L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


Forum RPG - Londres au XIXème siècle. Incarnez Vampires, Loups-Garous, Lycanthropes, Homonculus, Chimères, Alchimistes, Hunter...et choisissez votre camp dans une ville où les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses....
 
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La Voix de la sagesse [Comte, Alastor, Raphaël] [25/04/42]

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Comte Keï
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Race : Vampire
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Emploi/loisirs : Lord / Metteur en scène
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Proie(s) : Les Humains (pour se nourrir) et tout ceux qui se mettront en travers de son chemin.
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MessageSujet: La Voix de la sagesse [Comte, Alastor, Raphaël] [25/04/42] Jeu 28 Jan - 21:15

[HRP/ Après "Le Prix de la fidélité"/HRP]

Etudiants en droit des Lincoln's Inn, académiciens presque séniles, Alchimistes d'Etat et historiens l'observaient. Derrière une moustache provocante, un rictus l'insultait de "m'as-tu vu" tandis que sous l'éclat brillant d'une paire de lunettes en demi-lune, un regard pétillait d'admiration. D'un côté, entre les lèvres étirées d'un visage fatigué, se formait un "o" suspicieux; de l'autre, un petit sursaut raturait le papier...
C'est qu'il était rare de voir le Comte louvoyer entre les rayons de la Grande Bibliothèque, du moins à cette heure. On disait de lui qu'il préférait accéder aux ouvrages lorsque la nuit était tombée; qu'il adorait se faire ouvrir les portes de la bâtisse une fois que tout ses visiteurs l'avaient quittée. On racontait aussi qu'il obtenait "trop" facilement le loisir de profiter des livres en solitaire et qu'il n'aimait pas se mêler à la "masse" des savants de la ville. On chuchotait même qu'il avait accès aux réserves les plus reculées et on jalousait ce privilège que l'on rattachait aux relations étranges qu'il entretenait avec la reine.
Que venait-il donc faire en ces lieux à six heure du soir? Que cherchait-il d'aussi important qu'il se retrouve obligé de fréquenter la "faune" de savants et de jeunes apprentis sorciers qui siégeait encore là?

Ignorant tous ces curieux du dimanche, Jirômaru frotta du revers de la main son col noir qui gouttait un peu sur ses épaules. Il était venu seul, et à pied. Dehors, le soleil était couché depuis peu et les lourds nuages noirs qui gonflaient le ciel de leur fureur future pleuraient déjà un peu leur encre sur le monde. Il faisait encore froid, pour un mois d'avril, mais c'était surtout l'humidité qui se faisait insupportable, du moins pour les Humains. Le Comte, lui, ne s'en souciait guère. Que pouvait donc lui faire la pluie? Le rendre malade? Lui donner froid? Il ne pouvait attraper la mort, ni même ressentir sur sa peau la fraîcheur d'une ondée. Par contre son chapeau...
Son haut de forme un peu arrangé, le lord plaça ce dernier sous son bras et se mit en marche. Lentement, il arpenta un peu les allées où les travailleurs relevaient la tête à son passage sans pour autant le saluer. A leur niveau, sa canne-épée au pommeau fleuri brillait à chaque fois qu'il passait devant une table où ils avaient tous allumé la lampe à huile qui leur était individuellement dédiée. Le regard s'attardait alors sur son manteau de cocher noir comme la nuit et sur le contraste étonnant que ses longs cheveux de neige offraient dans son dos. Puis, la première fascination passée, l'oreille entendait ses bottes luisantes crisser contre le marbre comme si elles fussent neuves. Présage étrange, sensation désagréable s'il en est. Alors la pensée s'égarait sur cette silhouette surnaturelle qui s'éloignait lentement. Longue, étirée et pourtant large, comme la lame d'une épée médiévale, elle était comme annonciatrice d'un déluge prochain, de la réalisation d'une prophétie impie ou d'un quelconque cataclysme dantesque. Un frisson parcourait l'échine de ceux qui remarquaient que sa démarche avait du tigre sa férocité et un quelque chose de félin, aussi tendre que dérangeant. Ils sentaient que cet homme, à l'instar du fauve, cachait ses griffes dans le velours de ses gants immaculés.
Au bord des lèvres, une question effleurait l'air chargé de poussière: pour qui était-il donc venu?

Au bout de quelques minutes, le Comte sembla avoir trouvé ce qu'il cherchait: il interpella un jeune homme qui rangeait des ouvrages en hauteur et, une fois ce dernier descendu de son échelle, il discuta un peu avec lui. Frêle et imbécile devant le colosse aux cheveux de neige, le commis lui fit bientôt une courbette, l'enjoignant à le suivre. Le sourire aux lèvres, sans doute par politesse plus que par satisfaction, le lord lui emboîta le pas en faisant claquer sa canne contre le marbre du sol à intervalles réguliers.
Une dizaine de rayonnages franchis, le jeune homme s'inclina de nouveau devant l'imposant visiteur et lui indiqua du plat de la main une porte que bien peu de personnes avaient franchie. C'était une des entrées de l'annexe, le lieu de résidence de celui que l'on nommait communément ici "Le Conservateur".
En une fraction de seconde, le lord disparut des regards et chacun reprit malgré tout son travail. Les gorges se taisaient mais dans l'esprit bouillonnant des plus candides et des plus sournois, les questions se bousculaient.
Qu'allait donc faire le lord Keisuke chez le Conservateur?


> Jirômaru Keisuke <

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Alastor Drake
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Classe sociale : Haut bourgeois
Emploi/loisirs : Comptable et bibliothécaire
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Proie(s) : Les Humains, mais il les choisit avec soin pour éviter les meurtres inutiles.
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MessageSujet: Re: La Voix de la sagesse [Comte, Alastor, Raphaël] [25/04/42] Ven 29 Jan - 17:58

[HRP/ Premier RP du Conservateur./HPR]

Vingt-quatre psautiers, composés de rosaires et de liturgies, trois Bibles hébraïques, un épître isolé sur un parchemin rongé d'humidité...Comment un berger de Portsmouth avait-il pu entrer en possession de semblables ouvrages?
Les mains gantées du Conservateur tournaient les pages avec précaution. Du bout de ses longs doigts effilés, il frôlait la surface du papier avant de tâter la tranche et les nerfs de la reliure. Son oeil aiguisé passait en revu les secondes pages ainsi que la quatrième de couverture pour trouver des indices concernant les premiers propriétaires de ces livres qu'il avait reçus le matin-même. Ils avaient été sauvés de peu d'une bergerie prise dans une inondation. Cette dernière avait tué ses habitants mais ses biens, découverts par la maréchaussée de la ville, avaient été récupérés à la hâte et expédiés à la capitale où ils sauraient trouver leur place. Même s'il n'était pas relieur, ni restaurateur, Alastor Drake n'avait pas pu s'empêcher d'observer ces ouvrages avant de les confier à des professionnels en la matière. Il avait voulu voir de quoi il s'agissait et se demandait maintenant comment ces petits bijoux avaient bien pu se retrouver là, dans une grange de paysan, près d'un des plus grands ports militaires de l'Angleterre.


- Qu'êtes-vous donc allés faire à "Pompey"? Murmura-t-il tout haut en tournant de nouveau une des Bibles entre ses mains.

Le Conservateur aimait les énigmes et celle-ci l'amusait beaucoup. Elle tombait à point nommé dans son planning. Après tout, n'était-il pas plus motivant de chercher l'origine de ces oeuvres "sauvées des eaux" plutôt que de commencer le nouvel étiquetage des étagères de la réserve? Sans aucun doute.

Assis dans son siège préféré, fait d'un chêne raide et arrondi, ainsi que bordé de velours rouge, le Vampire avait croisé les jambes sous un des nombreux et imposants bureaux qui semblaient apparaître dans chacun des angles de ses appartements. Au milieu des reflets dorés qu'offraient les ornements du mobilier, entre différentes pyramides de feuilles parcheminées et de faïences coûteuses utilisées pour boire le thé, poser sa plume, ou tout simplement porter des fleurs, le Conservateur faisait figure d'ombre. Entièrement vêtu de noir, depuis son pantalon jusqu'à sa redingote, avec pour seule touche de clarté que son jabot de dentelles blanches, il ressemblait à un corbeau au milieu du nid d'une pie qui aurait exposé-là toutes ses brillantes trouvailles.

Plongé dans ses réflexions, Alastor griffonnait au fusain sur un parchemin clair ses notes et remarques. Il était en train de songer que cela pouvait bien être lié à la présence de la Royal Navy qui était partie de Portsmouth il y avait de cela maintenant près de trente-sept ans, pour aller faire la bataille de Trafalgar contre les Français et les Espagnols, lorsque de légers coups furent frappés à sa porte. Contrarié d'être ainsi dérangé en plein coeur de ses réflexions, le Vampire grogna une vague imprécation avant de clamer que l'on pouvait entrer.
Jézabel, son assistante, ouvrit lentement la porte et lui sourit d'un air qu'il ne lui connaissait que trop bien...


- Mademoiselle Rainworth... fit le Conservateur en se tournant vers elle pour grimacer son agacement, j'aimerai que l'on ne me dérange pas pour rien.

Son regard brilla par-dessus ses lunettes rectangulaires comme pour ponctuer ses paroles d'un avertissement à ne pas prendre à la légère. La jeune femme, elle, raffermit son sourire et entre-ouvrit un peu plus la porte, laissant sa folle chevelure rousse dépasser de son cadre.

- Monsieur, le Comte Keisuke demande à vous voir. Répliqua-t-elle d'un ton presque vainqueur.

Alastor resta statique, comme si cette nouvelle ne lui faisait aucun effet, et se contenta de lever un sourcil sceptique.


- Ah oui? Vraiment? Posant son fusain sur son bureau, le Vampire rassembla ses doigts et tourna son fauteuil vers son assistante. Eh bien, qu'il entre...

La belle fit demi-tour et revint bientôt accompagnée du lord en question. Lorsqu'elle ouvrit la porte en l'annonçant, le Conservateur ne daigna pas se lever. Il accueillit ainsi le Comte les mains jointes sous son menton, les coudes fermement enfoncés dans ses accoudoirs. Dévoilant légèrement ses canines dans un sourire figé, il le salua avec peu de chaleur.

- Bonjour, sir Keisuke. Que me vaut l'honneur de votre visite?
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Raphaël Veneziano
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MessageSujet: Re: La Voix de la sagesse [Comte, Alastor, Raphaël] [25/04/42] Sam 30 Jan - 10:06

[HRP/ Suite de "Le Prix de la fidélité"/HRP]

Le néant.
L'obscurité et puis rien.
Le vide.
La fin.


Où était-il ?
Pourquoi ses yeux ne percevaient-ils aucune lueur ?
Et cette douleur...

« Tu n'espères tout de même pas pouvoir livrer un combat avec moi sans en mourir ? »

Ce visage émacié, ces yeux gris...

Le regard de l'Ange Blanc se posa sur sa main droite recroquevillée sous son poitrail.
Un hurlement d'effroi lui déchira la gorge.
Il ne lui restait plus que trois doigts...


« Enivrons-nous donc ! Et si votre vin vaut la peine d'être fini, je vous aiderai peut-être, le soleil revenant, à retaper cette bicoque prête à s'écrouler ! »
« Raphaël !! FUIS!
Cette voix...

« J'ai trouvé une Blood Tablet. Je sais ce que vous êtes, Raphaël. »
Pourquoi avait-il si mal ?

« J'ai besoin d'aide pour le traquer. »
« N’est-ce pas pour garder une personne en vie que vous voulez tuer ce vampire ? »
« Dieu ? Tu parles de l'abrutis qu'on a crucifié ? Avec des clous dans le corps ? »
« N'aggravez pas votre cas, monsieur Venezziano ! »

Son crâne allait exploser.

« Si tu la désires, tu arrives trop tard, elle porte déjà ma marque ! »
« Je ne veux que toi Raphaël... »
« La vie en général est dangereuse, la prendre comme un jeu n’est qu’une autre façon de la considérer... »
« Ne me mentez pas. »

Un flot de paroles envahissait son esprit malade de douleur. Mais que lui voulaient donc ces voix ?! Elles se répétaient, se brouillaient, se chevauchaient sans aucun sens possible, c'était à devenir fou !

« J'ai eu beaucoup de chance d'être tombée, dans tous les sens du terme, sur vous. »

- Eulalia?

Son murmure, plus rauque que jamais, se perdit dans les ténèbres.
Raphaël tremblait comme un damné. Tout ce sang qui lui collait la manche et saturait son odorat lui donnait la nausée. Il n'arrivait pas à se relever.


« Cessez de vous morfondre et allez de l'avant ! »

Il devait survivre.
Pour elle. Au moins pour elle...

Une nouvelle rage au cœur, le Hunter se redressa et termina péniblement son mouvement en position assise. Sa main estropiée devant son regard fiévreux, il déglutit, dégoûté par la perte de ses doigts. Il eut alors un haut le cœur affreux et se replia sur lui-même. Il serra les dents en même tant qu'il empoignait ce qu'il restait de sa main droite avec la gauche pour la compresser contre son torse. Bavant de douleur, il tourna de l'oeil et s'égara encore dans les cauchemars avec lesquels le piège du Comte ne cessait de le harceler depuis des heures.

Au milieu de la tourmente, il voyait des visages, il entendait des voix. Des images du passé heurtaient sa mémoire et se disloquaient avec ses dernières forces. Le fil de sa vie s'étiolait à mesure qu'il perdait la raison...
Ici, il revoyait Stella, celle qui lui avait jadis sauvé la vie. Il sentait son souffle chaud contre sa joue avant de la voir disparaître derrière un rideau de sang.
Là, le vent hurlait par les fentes du plancher où roulait une Blood Tablett brisée en deux. Elle finissait sa course à ses pieds et se transformait en millier de petits éclats de verre.
Puis tout s'évanouissait.
Il n'y avait plus de haut, plus de bas.
Une sensation glaciale lui cisaillait les os.

Son esprit errait dans les ténèbres de cette cage sans commencement ni fin.

Au bout d'un moment, le Vampire rouvrit les yeux. A bout de forces, il rampa un peu avant de se retrouver plaqué sur le sol invisible par une tempête de poussière.
Il se mit à tousser et à cracher du sang.
Ce n'était pas de la poussière mais de la cendre.
Le Hunter tenta de se protéger le visage en ramenant ses genoux au niveau de ses joues. Tel un enfant roulé en boule au fin fond de son lit se réfugie en lui-même pour échapper aux monstres de son imagination, l'Ange Blanc se mit à gémir.

Tout cessa soudainement.
Combien de temps avait-il passé dans cette furieuse épreuve? Il n'en avait aucune idée. Tout ce qu'il savait, c'était que la douleur qui traversait sa main droite commençait à disparaître. Ses chairs meurtries s'engourdissaient jusqu'à l'avant-bras. Bientôt, il perdrait sans doute totalement l'usage de sa main.
La bourrasque passée, le Vampire releva la tête. C'est alors qu'il se rendit compte qu'il n'était plus seul: un tas de cendre recouvrait une forme qui s'apparentait à...un cadavre. C'était celui de sa mère. ! Non celui de son maître d'armes...
Tout devint flou.
Ce n'était plus de la cendre mais un linceul qui gisait là. Il formait un tas informe dont le contenu ne présageait rien de bon. Une odeur pestilentielle flottait maintenant dans l'air.

Le Hunter blêmit encore, si cela fut seulement possible. Son instinct lui ordonnait d'aller voir de plus près cette aberration.
Il n'y avait rien, ni personne en ce lieu maudit. Rien à part son propre corps meurtri, cette flaque de sang et cette...chose.
D'où émanait donc la lumière qui les rendait tangibles ?

Rampant sur le vide, et laissant derrière lui une traînée de sang noir, le Vampire tenta de se relever mais abandonna bientôt l'idée. Il n'avait plus la force de tenir sur ses jambes.
Son esprit sombra à nouveau.

Une jeune fille. Petite et frêle, d'une blondeur surnaturelle. Elle lui souriait, il la mordait.
Ses yeux écarquillés brillèrent d'une flamme amusée avant de se mettre à pleurer des larmes. Son cri, de terreur et de rage, transperça les tympans de son agresseur qui recula d'un pas pour la considérer avec stupeur. Puis, le visage de la gamine se gonfla de bulbes abominables qui éclatèrent pour laisser apparaître d'autres visages d'enfants qui se mirent à gémir leur souffrance. Le Hunter voulut se boucher les oreilles et se mit à hurler. Sa main sanglante empourpra sa joue pâle comme la mort et refusa de faire un autre mouvement. Inerte, elle retomba avec son bras à ses côtés.

Soudain, le jeune aristocrate ouvrit les yeux et se retrouva dans la nuit. Son corps, pris de spasmes infernaux, lui mit l'écume au bord des lèvres. Les yeux révulsés, il crut que sa dernière heure avait sonnée.
Mais tout cessa aussi brutalement que cela avait commencé et il resta-là, au milieu de nulle part, seul, les vêtements en lambeaux comme si des centaines de griffes acérées les avaient ravagés. Pantelant, il haletait comme un moribond lorsqu'il serra le poing et se redressa encore une fois.

D'une démarche hésitante et maladroite, le Vampire avança vers le linceul.
Qu'y avait-il en dessous ? Il mourait d'envie de le savoir.

Après des dizaines de longues et laborieuses minutes passées à se traîner comme un damné, Raphaël atteignit sa cible. Lentement, de sa main valide et tremblante, il tira à lui le drap raide et écarquilla les yeux face à ce qu'il découvrit.

La voix d'Eulalia retentit dans sa tête:


« Dieu ne vous a pas abandonné. Si vous gardez la foi, il ne vous abandonnera jamais...Mais une partie de votre destin repose sur vos épaules, vous ne pouvez pas tout remettre entre les mains du Tout Puissant. Je suis sûre qu'Il vous a depuis longtemps pardonné...Mais si vous ne vous pardonnez pas vous-même... »

C'était lui-même, avant sa vampirisation. Et cette voix, c'était la voix de l'espoir.
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: La Voix de la sagesse [Comte, Alastor, Raphaël] [25/04/42] Dim 31 Jan - 16:37

Une fois la porte de l'annexe franchie, le Comte laissa le commis faire demi-tour tandis qu'il était accueilli par l'assistante de son confrère. Cette dernière, toujours des plus souriantes, avait déjà attiré son attention à plusieurs reprises. Humaine, elle n'en servait pas moins le Conservateur, sans jamais faillir à sa tâche, tout en restant la plus charmante et la plus avenante des jeunes femmes de sa condition. Jirômaru s'était déjà oublié dans ses grands yeux, un peu comme il l'avait fait avec la compagne de Glen, et il lui même était arrivé de songer que pour un homme aussi froid qu'Alastor, le dévouement de la belle était une sorte de gâchis.
Ravi de la revoir, le lord laissa son regard glisser le long de ses cheveux jusqu'à ses épaules avant de lui sourire d'un air aimable.


- Je souhaiterai vivement m'entretenir avec Monsieur Drake. Si vous voulez bien m'annoncer, mademoiselle...

Tandis que la jeune femme lui tournait le dos pour lui ouvrir la voie, le Comte ne se gêna pas pour laisser son iris grise caresser ses hanches et ses formes voluptueuses. Un jour, qui sait? Même si cela pouvait bien déplaire à son confrère, il avait l'habitude d'obtenir ce qu'il désirait...

Suivant la belle, le Vampire laissa ses pensées s'égarer sur la Camarilla et les Hunters. Un rictus agacé traversa son visage. Comment ces imbéciles osaient-ils espérer pouvoir l'empêcher de mettre la main sur l'héritière des Spencer? La Camarilla serait lentement démantelée par ses soins et les Hunters n'étaient déjà plus que l'ombre d'eux-mêmes depuis les événements du théâtre.
En soit, la Secte n'était composée que de vieillards séniles incapables de s'organiser et de raisonner en groupe. Même le Sabbat était plus efficace! En outre, si jamais il mettait la main sur le fou qui avait osé s'en prendre à Sarah, son statut lui permettait de le tuer. Il en avait le droit, c'était là son plus grand "privilège". Ces idiots ne perdaient rien pour attendre...
Quant aux Hunters, s'ils n'étaient pas morts, ils étaient au moins diminués et en exil. Evidemment, le lord savait bien que ces crétins reviendraient, de cela il en était même certain. Alexender était trop téméraire pour lâcher prise et il ne tarderait sans doute pas à réapparaître. Raphaël, lui, avait déjà eu le malheur de sortir de sa tanière. Il était déjà hors d'état de nuire et il finirait par cracher le morceau au sujet de ses compagnons. Il suffisait qu'il fasse preuve de patience. Pour l'heure, le Hunter se débattait dans la Salle Noire. Le Comte pouvait parfois l'entendre gémir et il partageait une partie de ses visions, auxquelles il participait allègrement, tout en jubilant de la souffrance qu'il lui infligeait. Bientôt, le jeune Vampire finirait fou ou dépérirait complètement. Si le Comte ne le tuait pas encore, c'était parce qu'il espérait qu'il murmure une ou deux informations qui pourraient lui être utiles...
Retrouver Sarah était son impératif. Une fois qu'il aurait remis la main sur la jeune femme, il châtierait cruellement les responsables de sa disparition, puis il terminerait d'anéantir les Hunters.

La jeune assistante du Conservateur le tira de ses pensées en lui indiquant qu'il pouvait entrer dans le bureau qu'elle venait d'ouvrir. De nouveau attentif, le Comte lui sourit et franchit la porte en la remerciant d'un regard.
L'accueil de son confrère ne l'étonna guère. Alastor était réputé pour sa droiture et sa froideur. Il ne s'encombrait jamais de paroles inutiles et il semblait que l'amabilité ne faisait pas partie de son quotidien. C'était un être efficace, glacé et mystérieux, d'une neutralité qui devenait parfois presque effrayante.
Laissant la belle refermer la porte dans son dos, Jirômaru s'approcha un peu du Vampire qui siégeait devant lui. Sa façon de l'observer, avec cette pointe de dédain aristocratique qu'il lui avait toujours connue, l'irrita un peu mais il n'en montra rien.


- Bonjour, Monsieur Drake. J'espère que vous vous portez bien depuis notre dernière entrevue? Demanda le Comte d'un ton calme et posé. Je suis en quête de réponses et je pense que vous pouvez m'aider.

Le Conservateur ne s'était pas levé à son arrivée. Il ne lui avait même pas proposé de poignée de main, de siège ou de verre. Même s'il avait déjà vécu cette situation en sa présence, le lord n'appréciait guère cette attitude hautaine qu'adoptait son confrère avec lui.
Cependant, conscient qu'il avait besoin de ses lumières ce soir, Jirômaru préféra éviter le conflit et fit mine de n'en avoir cure. Lentement, il se mit à arpenter la pièce pour observer les tableaux aux murs et les livres dans les bibliothèques qui faisaient les angles, tout en continuant la conversation sur un ton badin.


- On dit que vous êtes le centre de toutes les nouvelles de la capitale, et même de plus loin, et que si l'on vous sollicite lors de quelque entretien il est possible d'obtenir des informations que l'on ne saurait trouver ailleurs...Revenant vers son hôte, le Comte marqua une pause. Puis, s'appuyant sur sa canne-épée, il lui fit de nouveau face. Vous savez que je suis à la recherche de la jeune Spencer. Avez-vous une idée du lieu où elle pourrait se trouver ?

Le regard du lord brilla d'intérêt tandis qu'il attendait la réponse de son confrère. Il n'aimait pas demander de l'aide ainsi. Trop fier pour avouer qu'il était dans une impasse, c'était bien malgré lui qu'il était venu voir le Conservateur.


> Jirômaru Keisuke <

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Alastor Drake
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MessageSujet: Re: La Voix de la sagesse [Comte, Alastor, Raphaël] [25/04/42] Mer 3 Fév - 19:24

Le menton appuyé sur ses mains, Alastor dévisagea le Comte d'un air neutre, affichant presque une passivité mortuaire face à son salut. Il se contenta de l'accueillir d'un regard et d'un mot, sans se lever, sans lui serrer la main ou lui faire une courbette. Sans doute le lord aurait-il souhaité plus de considération, d'autant qu'il était de la race noble et le Prince de la ville. C'était aussi tout simplement son aîné de quelques siècles et par là un être qu'il se devait de respecter pour des questions évidentes de hiérarchie. Mais le Conservateur n'était pas disposé à lui plaire, surtout pas ce soir alors qu'il le dérangeait en pleine recherche. Et puis, il n'avait que faire de la hiérarchie. Il restait neutre en toutes circonstances et vivait en parfaite autonomie. Certes, il respectait les principes vampiriques imposés par les membres de sa race, mais il n'était pas du genre à y mettre tout son zèle. Se soumettre à autrui? Jamais.

Face aux questions badines du Comte, le Vampire faillit lever les yeux au ciel. Des banalités...De stupides banalités qui leur faisaient perdre un temps fou...Mais que lui voulait donc son confrère? N'avait-il pas encore compris qu'il avait toujours mieux à faire que de siroter un verre en parlant de la pluie et du beau temps?

Sans répondre aux phrases toutes faites de son aîné, le Conservateur le suivit du regard tandis que ce dernier arpentait ses étagères, sans doute pour se donner contenance. Derrière ses lunettes rectangulaires, il l'observait, aussi droit et rigide qu'une statue de marbre. Quelque part, Jirômaru l'intriguait. Qu'il vienne si tôt en sa demeure signifiait qu'il avait des soucis, ou du moins des questions auxquelles les réponses tardaient à venir et qui le plaçaient dans une situation délicate. Était-ce en rapport avec la jeune Spencer qu'il cherchait? Certainement. Qu'est-ce que cela pouvait être d'autre? Il avait fait la une des journaux avec sa déclaration cavalière au théâtre et la jeune femme avait disparue peu de temps après. S'il avait été le responsable de sa disparition, cela se serait su dans le Monde de la Nuit, mais personne ne semblait avoir vu l'Humaine. Même lui, le Conservateur, n'avait eu qu'un bref écho de ce qu'elle était devenue...


- On raconte beaucoup de choses sur moi, sur vous aussi d'ailleurs, mais sommes nous pour autant ce que les langues décrivent? Méfiez-vous, Comte, des images que l'on bâti et qui ne sont finalement qu'illusions...

Face au lord qui venait de se positionner devant lui en s'appuyant sur sa canne-épée, Alastor croisa les bras et s'enfonça un peu dans son siège pour mieux caler son dos contre son dossier de velours. Ainsi donc, c'était bien pour la belle aristocrate qu'il avait demandée en mariage qu'il était venu. Qu'il l'apprécie, voire qu'il l'aime, était encore compréhensible -  car même si le Conservateur avait depuis longtemps oublié ce genre de sentiment, il savait que les membres de sa race y étaient encore fréquemment sujets - mais pourquoi se souciait-il autant d'elle et d'elle seule? N'avait-il pas d'autres possibilités pour asseoir son pouvoir que cette jeune femme? Il pouvait épouser n'importe quelle duchesse, comtesse ou baronne des environs. Pourquoi se démener comme il le faisait pour récupérer celle-ci en particulier? Qu'avait-elle de remarquable? C'était là, le point obscur qu'il lui restait à éclaircir au sujet des agissements du Comte.

- Même si je le savais, my lord, je ne vous le dirais pas. Répondit-il en esquissant un petit sourire cynique. Vous connaissez ma position dans ce monde, vous l'avez vous-même "validée". Pourquoi venir me déranger pour me demander ce que vous savez que je vous refuserai? Posant un coude sur l'accoudoir avant de placer sa joue dans sa main, le Conservateur prit un air las. Je n'ai pas plus d'informations que vous à ce sujet, comte Keisuke. Il marqua une pause et finit par le fixer de ses yeux bruns. Mais...dites-moi...Pourquoi cherchez-vous à ce point à prendre possession de cette Humaine? Qu'a-t-elle de plus que les autres?

La question était osée, mais le Conservateur mourait d'envie de le savoir, comme beaucoup de Vampires d'ailleurs. Depuis que le Comte s'était mis en tête de pourchasser l'héritière des Spencer, depuis que l'on avait ouïe dire qu'il l'avait coincée sur le Pont de Londres, dans le Musée de Madame Tussaud, puis dans son propre repaire; depuis que l'on avait appris qu'il avait manqué de la tuer au bal du sir Ravellow puis au théâtre, les langues de la nuit ne cessaient de claquer à ce sujet. L'ombre qui planait sur les dessins du Prince agitait les esprits. Quel était donc ce petit jeu auquel il semblait se prêter depuis quelques mois? Tout juste ressorti des tréfonds de l'opéra pour remonter sur la scène publique, il se faisait rudement remarquer en ce moment...

Prenant une longue inspiration, le bibliothécaire soupira et se mit à tapoter de sa main libre le second accoudoir, comme s'il s'ennuyait à mourir ou s'impatientait. En vérité, il sentait que le Comte n'était pas venu seul. C'était une sensation indescriptible et très dérangeante. Son aîné était seul, physiquement parlant, mais il ramenait avec lui une deuxième âme. Une âme meurtrie. C'était comme un cri qui traversait l'atmosphère et faisait osciller le temps et l'espace autour d'eux. Qu'avait-il donc enfermé dans son esprit? Qui avait-il attrapé? Les hurlements ne chevauchaient et il était difficile de cerner cette chose qui se débattait de toutes ses dernières forces pour tenter de survivre dans l'enfer qui le coupait du monde réel. Les pouvoirs de Jirômaru Keisulke n'étaient pas à prendre à la légère, mais leur instabilité et leur puissance en faisait aussi ses points faibles. De cela, le Conversateur était très conscient. Depuis qu'il avait frôlé la peau de son aîné et qu'il avait assimilé le fonctionnement de ses pouvoirs, il était sans doute l'être le mieux placé sur Terre pour le comprendre, du moins en partie.


- Est-ce tout, my lord? Demanda-t-il d'un ton froid avant de jeter un coup d'oeil à son bureau. C'est que, voyez-vous, j'étais en pleine étude...
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Raphaël Veneziano
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MessageSujet: Re: La Voix de la sagesse [Comte, Alastor, Raphaël] [25/04/42] Sam 6 Fév - 13:14

Cela faisait un moment qu'il l'observait. Ce cadavre...
Il était comme...hors du temps.
Son visage avait changé. Ce n'était plus Stella, ce n'était plus Albert...
Il avait pris son propre visage, avant qu'il ne soit transformé, puis il s'était encore modifié...

Qui était donc cet homme ?
Qui avait-il été ?

Les épaules drapées d'un linceul poussiéreux, il semblait sourire à la mort qui l'avait pris-là. Recroquevillé sur lui-même, il se tenait à demi allongé sur ses vêtements trop amples et rigides pour s'effacer sous son poids devenu ridicule. Cynique, les dents jointes dans un ultime rictus insolent, il fixait de ses cavités aveugles le néant qui l'enveloppait tout entier. Il semblait rire de l'inconnu qui venait aujourd'hui le visiter.
Raphaël s'était assis en face de lui. Attiré par cette chose sans vie, il avait presque oublié sa douleur pour s'adonner à sa complète contemplation. Ce squelette avait quelque chose d'aussi familier que de lointain. C'était comme s'il faisait partie d'un tout cohérent alors qu'il n'était qu'une énigme de plus dans cet espace sans commencement ni fin.

L'attendait-il ?
Que signifiait-il donc ?

Le Hunter avait fini par comprendre qu'il errait dans une espèce de vide qu'avait généré son ennemi. C'était là un des nombreux pouvoirs du Comte. Il l'avait vu l'utiliser sur le Pont de Londres, lorsqu'il avait englouti avec lui l'héritière Spencer pour s'entretenir avec elle en privé. Oui, c'était la même impression, la même tension...Les ombres avaient tout envahi et l'espace s'était ouvert sur l'infini avant qu'il ne disparaisse avec la jeune femme.
Maintenant, c'était lui qui était pris dans ce piège obscur. Ses souvenirs se mêlaient de cauchemars atroces et sa raison le fuyait. Pourtant, après des heures de torture, il avait rouvert les yeux et posé un regard plus clair sur ce monde. L'avait-il compris? Pas dans sa totalité, mais sans doute en partie.

Dans un coin de sa tête, il entendait le rire cynique du Comte. Ses oreilles bourdonnaient de ses menaces et de ses murmures glacés. Les inventait-il ou le Vampire était-il encore en train de le malmener à travers son esprit?

Des voix ne cessaient de le harceler de toutes parts. Des brides de son passé, des morceaux de vie qui ne lui appartenaient pas...
Quel sens pouvait-il donner à tout cela?

Sa main estropiée saignait encore et lui arrachait une souffrance indicible. Mais tantôt elle disparaissait, lorsque son âme plongeait dans le néant, entraîné par toute cette masse de voix qui le rongeaient, tantôt elle revenait comme pour lui rappeler qu'il était encore en vie et qu'il avait un rôle à jouer avant de se laisser attraper par la mort.

De cauchemars en cauchemars, il avait échappé au pire sans le savoir. Malgré lui, il restait en son coeur un espoir qui brûlait comme une flamme dans l'âtre de sa chair. Il devait y croire encore, car sans cela jamais il n'aurait pu relever la tête et se traîner jusqu'à ce cadavre éclairé au milieu de ce piège infernal.


- Qui es-tu?

Sa voix s'éteignit dans la pénombre et le squelette se contenta de continuer à le fixer en souriant. Le Vampire sentit sa main trembler de douleur. Alors, lentement, il tira sur la chemise déchiré du pantin qu'il avait devant lui pour en tirer des lambeaux de tissu. Avec mille précautions et des gestes plus maladroits les uns que les autres, il entreprit de se faire un bandage. Ses doigts coupés lui avaient laissé un moignon sanglant qui palpitait au rythme de son coeur. La douleur lui fit serrer les dents.

- Je t'emprunte...ça...mon vieux...

Le temps passa. Invisible. Impossible.
Dans cette pièce noire, dénuée de vie, dénuée de sens, Raphaël ne pouvait calculer le nombre de minutes, le nombre d'heures, le nombre de jours qu'il vivait.

Et puis il s'éveilla une nouvelle fois.
Le squelette était encore près de lui. Le jeune aristocrate se redressa et s'assied pour mieux l'observer.
Une flèche était plantée dans son coeur. Il ne l'avait pas vue la première fois. Avait-il encore changé? L'hampe était mouillée de sang sec et ses fanes étaient tordues comme les plumes d'un oiseau ébouriffé par la pluie.
Raphaël fronça les sourcils et s'approcha. Il tendit sa main valide et toucha du bout des doigts l'extrémité de la flèche et tira un peu dessus pour tenter de l'enlever au cadavre. Ce dernier sembla reculer, comme s'il lui défendait d'aller plus loin dans son entreprise, et une voix murmura au Vampire de cesser de toucher à ce qui ne lui appartenait pas.
L'instinct le poussa à contredire cet ordre et, après une hésitation, il enleva la flèche d'un coup sec.

Le squelette se mit alors à hurler et Raphaël voulut se lever pour fuir. Mais, sous la panique, il tomba en arrière et rampa sur ses coudes tandis que l'être immonde qui ouvrait grand sa gueule d'os bavait un liquide noirâtre qui se mettait à le recouvrir de sa substance collante.
Le Hunter écarquillait les yeux et poussait lui-même des cris de peur lorsque tout s'arrêta soudain.

L'obscurité totale s'installa et plus aucun son ne parvint au Vampire. Immobile, le coeur battant, l'haleine hachée, le jeune homme crut qu'il allait mourir de peur.
Au bout de longue minute, une lueur réapparut doucement et le cadavre refit surface. Il avait cette fois une apparence plus ancienne et portait ce qui s'apparentait à une armure asiatique...
Raphaël hésita à s'en approcher, mais il avait compris qu'une chose l'appelait en cette allégorie et que s'il voulait s'en sortir il devrait l'affronter.

Revenu devant le squelette, il se tint à genoux et tenta une nouvelle fois d'engager un simili de conversation:


- Qui es-tu...? Qui t'a fait ça?
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: La Voix de la sagesse [Comte, Alastor, Raphaël] [25/04/42] Jeu 18 Fév - 20:45

Il n'était pas le bienvenu. Quand l'avait-il été d'ailleurs ? Avec Drake, les tensions avaient toujours existé. Car, même si les deux Vampires s'entendaient sur leur conception de l'Humanité et s'ils comprenaient l'utilité qu'ils avaient l'un pour l'autre, ils avaient rapidement compris qu'ils ne pourraient jamais totalement s'entendre. Ils en étaient même venus à mettre en place un pacte de non-agression qui les obligeait à tenir leurs armes sous scellée, du moins au sein de la Grande Bibliothèque. Le Conservateur s'y était installé à cette unique condition qu'il serait maître des lieux et que le Comte n'y viendrait jamais en ennemi. Ainsi, le lord n'avait aucun droit sur ces dalles. Porter la main sur son confrère reviendrait à invoquer des forces qui le dépasseraient et à lui renvoyer ses affronts, l'inverse étant également vrai. Ainsi, le bibliothécaire pouvait-il servir d'encyclopédie à quiconque avait besoin de ses services - Vampires comme Humains, Loups-Garous comme Alchimistes, meurtriers comme agents du Yards - sans craindre que son aîné ne vienne l'assassiner d'un coup de dent. C'était un pacte particulièrement rare et mal connu des Vampires eux-mêmes, mais le Conservateur possédait une science dont peu pouvaient se vanter et il avait saisi que le territoire du plus vieux d'entre-eux nécessitait de prendre quelques précautions sans lesquelles il aurait sans doute déjà porté un collier autour du cou. La liberté d'exercer sa passion, voilà ce qu'il avait obtenu du Prince en personne ! Et de cela, le Comte était furieux depuis quelques temps...

Comment faire confiance à un homme qui peut cacher dans ses livres la formule pour vous détruire ? Drake connaissait non seulement bien des choses qui pouvaient aider les uns et les autres à comprendre le monde dans son ensemble, mais il avait en plus la connaissance du Don Obscur au point de réussir à comprendre les pouvoirs que vous possédiez ! Le Comte savait que le bibliothécaire possédait de nombreuses solutions inavouées à ses questions les plus secrètes et ils détestait de devoir encore jouer au chat et à la souris pour en obtenir quelque chose. Sans ce pacte, il l'aurait sans doute déjà torturé depuis longtemps pour lui faire cracher l'endroit où se cachait le Père. Mais le Conservateur était neutre, du moins se revendiquait-il ainsi, et il ne voulait pas donner des informations qui pourraient compromettre une race, quelle qu'elle soit. Les énigmes restaient parfois nécessaires à ses yeux et Jirômaru le haïssait pour ses fréquentes cachotteries.

Et puis, cet homme était aussi froid qu'orgueilleux et sa façon de prendre les visiteurs pour des imbéciles heureux irritait fortement le Vampire. Il ne parlait qu'à coup de maximes faciles et rebondissait peu sur les paroles d'autrui, comme s'il s'en détachait complètement, comme s'il ne lui importait pas de les entendre. C'était un être hors du temps, hors de l'instant présent. Il contemplait les autres, leur répondait brièvement, sans enrober l'utile de l'agréable, et demeurait parfois même silencieux. C'était exaspérant !

A ses compliments faussement mis en avant, le Conservateur répondit au Comte avec une de ses détestables maximes. Il fallait se méfier des images que l'on forgeait autour de sa personne et de ce que l'on disait de lui...Bien évidemment ! Pour qui le prenait-il donc ? Son air suffisant et cette façon de poser la voix, comme un père qui éduquerait son fils, fit tiquer Jirômaru.


- Si nous étions ce que les langues décrivent, nous serions bien des choses...

Manquant de peu de faire claquer sa langue sur ses dents, le vieux Vampire préféra entrer dans le vif du sujet. Même s'il utilisa son air mondain pour mettre des formes à la matière, il n'en avait pas moins prouvé qu'il était aussi pressé que son confrère de terminer cet entretien.

Où était Sarah ? C'était là la question qui lui brûlait les lèvres autant que les pensées depuis déjà trop de nuits. Où était la chasseuse qu'il devait marier ? Où était l'héritière des Spencer ?
Si le Conservateur l'ignorait, c'est qu'elle était peut être réellement morte...ou enlevée et emmenée dans une autre ville que ses sbires n'avaient pas encore réussi à retourner assez.
Il devait savoir.

Malheureusement, le Conservateur ne se contenta pas de lui dire qu'il ne le savait pas, il le provoqua en lui expliquant que quand bien même il aurait une idée du lieu où se trouvait la jeune femme, il le lui cacherait. Le Comte leva un sourcil et ses mains gantées se resserrèrent sur le pommeau de sa canne-épée.
Son sourire ! Sa position, son regard...TOUT lui donnait envie de le tuer maintenant. Le pire dans tout ça, c'est que le jeune prétentieux osa lui demander pourquoi il désirait CETTE humaine-là et pas une autre.

Au fond de lui, le Vampire sentit soudain un appel: Raphaël agonisait. Ce n'était pas le moment ! La Salle Noire développait ses pires cauchemars et lui remémorait des brides de son passé pour l'embrouiller, mais lorsque le Comte n'était pas concentré dessus, son pouvoir laissait le captif interagir avec l'espace, voire même réussir à l'interpréter. Jusqu'à présent, Jirômaru l'avait surtout entendu gémir et son sang avait saturé ses narines à travers son âme. Mais maintenant qu'il était aux prises avec le Conservateur, il avait laissé de côté la Salle Noire et le jeune Hunter avait repris quelques forces. Il ne devait pas le laisser continuer ainsi, sinon il risquait de s'approcher de la clé...

Le Comte se redressa, comme pour se ressaisir, et serra les dents. Ses yeux de glace ne quittaient plus ceux du bibliothécaire.


- Avant d'espérer que je réponde à vos questions pour satisfaire votre curiosité malsaine, Monsieur Dake, il faudrait déjà que vous répondiez aux miennes...

Son confrère venait de le piquer à vif. Comme si c'était le moment de l'ennuyer avec des énigmes ou de revendiquer une fois encore sa soit disant neutralité ?! Avec l'attentat au théâtre, la mort de Salluste, la disparition d'Alexender et maintenant la perte éventuelle de Sarah, s'amuser à lui parler de la sorte dépassait l'entendement ! Il était fatigué de jouer au chat et à la souris. Il avait besoin de réponses MAINTENANT et ce crétin lui faisait perdre un temps précieux alors qu'il pouvait sans nul doute l'aider plus que quiconque dans sa quête.

Alors qu'il allait répliquer, le Comte sentit à nouveau Raphaël bouger. Il ne put le situer précisément dans la Salle Noire mais il entendit sa voix poser des questions. Tout était flou. Ce n'était décidément pas le moment !  

Son regard marbré vit son confrère soupirer et jeter un coup d'oeil à son bureau. Ah il était pressé de continuer son étude... ? Bien. Il commençait à dépasser les limites de l'acceptable. Cette fois, il allait le lui faire comprendre.
Sans répondre, Jirômaru s'approcha du fauteuil de son interlocuteur et frôla sa manche en passant près de lui. Il fit mine de regarder ce qui traînait sur son bureau mais, doucement, il froissa du bout des doigts un parchemins et grinça entre ses dents :


- Vous feriez bien d'éviter de mettre un pied en dehors de votre « merveilleuse » bibliothèque, « Monsieur Drake ». Tournant son visage vers lui, le Comte montra ses canines. Sinon...


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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Alastor Drake
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MessageSujet: Re: La Voix de la sagesse [Comte, Alastor, Raphaël] [25/04/42] Ven 26 Fév - 16:23

- Sinon quoi ? Coupa le bibliothécaire en lançant à son aîné un regard mauvais tout en reculant légèrement son visage pour montrer ses propres canines. Sinon vous allez me torturer et m'enfermer dans votre subconscient, comme vous l'avez fait du jeune Veneziano ?

Le Vampire eut un rictus amusé tandis qu'il dévisageait le Comte avec une suffisance marquée. Son pouvoir lui avait permis de comprendre qui était enfermé dans ce que son aîné nommait la "Salle Noire" et il semblait satisfait de son propre savoir. Devancer les pensées de celui qu'il outrageait maintenant, lui permettait d'avoir une longueur d'avance en terme d'arguments. Cependant, les tensions qui s'étaient désormais installées entre eux ne l'amusaient absolument pas. A ses yeux, elles étaient inutiles et figuraient dans son éternelle liste des "pertes de temps notables". Malheureusement, il fallait croire qu'elles étaient aujourd'hui devenues nécessaires. Il fallait que le Comte comprenne qu'il ne pourrait pas toujours obtenir ce qu'il désirait, encore moins s'il passait ainsi par la menace.

Décroisant les jambes, l'archiviste posa ses paumes sur ses accoudoirs et fixa le Comte de ses prunelles obscures.


- Allons, vous n'êtes pas sérieux...Vous savez pertinemment que je connais la clé de voûte de votre piège, vous ne sauriez m'y retenir. Et puis...nous avons un accord.

Alastor n'était pas fou au point de croire que ce nouveau conflit avec le Prince de Londres n'allait aucunement arranger ses affaires, mais il ne pouvait le laisser le menacer ainsi sans réagir. La "paix" de la cité dépendait des attitudes des uns et des autres, or il était temps que le Comte réalise que son statut ne lui donnait pas tous les droits.

Levant un sourcil pour lui jeter un nouveau regard plein de condescendance, le Conservateur se leva lentement. Il ne supportait plus que son aîné ne le frôle ainsi. Ses yeux se figèrent dans les siens tandis qu'il lui faisait front de toute sa hauteur.


- Vos menaces ne vous serviront à rien ici, et vous le savez.

Le Vampire put sentir l'aura de son confrère gonfler de fureur. Dire que cela ne l'effrayait pas aurait été se mentir à lui-même, mais l'admettre et le montrer ne serait que peu digne de la réputation qu'il s'était faite auprès des créatures de la nuit. Son orgueil et son besoin de liberté ne cessaient de lui rappeler qu'il était en droit d'exiger plus de considération et de respect, mais, après quelques secondes de silence, Alastor dû fléchir un peu. La forte présence du Comte et la hiérarchie de sa race lui hurlaient de courber l'échine avant de se la faire arracher...
Finalement, il préféra s'éloigner un peu pour s'arracher à cette tension abominable qui s'était établie entre eux. Tournant le dos au lord, il reprit doucement:


- Ma "curiosité malsaine", comme vous dites, vous est bien souvent très utile, si je ne me trompe...Vous feriez bien de la considérer avec un peu moins de superbe si vous souhaitez qu'elle vous "serve" encore.

Alastor tiqua à ses propres mots et regretta presque aussitôt de les avoir prononcés. Il était bien loin de considérer qu'il était au service du Comte, et son expression lui paraissait, pour le coup, réellement mal choisie. Tant pis, ce qui était dit, était dit. De toute façon, son aîné était bien assez intelligent pour saisir le véritable sens de cette dernière.
Rôdant à son tour le long des murs pour observer ses propres tableaux historiques et éviter ainsi le regard du vieux Vampire, le Conservateur continua en prenant une position d'intellectuel occupé à décrypter les toiles qui se tenaient devant lui. Il joint ses mains dans son dos et sa voix prit le timbre d'un professeur.


- Vous pensez sérieusement que ce gamin vous donnera ce que vous cherchez ? Il se laissera mourir plutôt que de vous indiquer où se trouvent ses charmants camarades...Déjà, il vous résiste. Sa nature vampirique l'a doté de capacités qui l'empêchent de sombrer dans le néant que vous lui présentez. Bientôt, il vous forcera à abandonner la partie. Il sortira, ou vous le détruirez...mais jamais vous n'aurez ce que vous désirez de lui. Son sourire se fit mesquin tandis qu'il touchait du bout des doigts un des tableaux dont une croûte dépassait. Vous ne réfléchissez pas beaucoup pour un Vampire de 589 ans...

Revenant vers son bureau, le Conservateur saisit du bout des doigts le parchemin que le Comte venait de froisser et le glissa sous un grimoire conséquent avant de s'adosser contre le bord du meuble et de croiser les bras. La tête baissée, comme s'il réfléchissait, il soupira. Puis, le Conservateur remonta ses lunettes sur l'arrête aiguë de son nez et jeta un regard sournois au Comte.

- Il suffit de dire à un enfant de ne pas se rendre à un endroit en particulier pour qu'il y court...
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Raphaël Veneziano
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MessageSujet: Re: La Voix de la sagesse [Comte, Alastor, Raphaël] [25/04/42] Mer 2 Mar - 10:33

Aucune réponse.
Le néant.

Raphaël soupira et se pencha un peu en arrière. Ses yeux azurés brillèrent de ses larmes. Il n'en pouvait plus.


- Qu'on m'achève...

Ses gémissements sortaient difficilement de sa gorge nouée.

- Qu'on...m'achève...

Le Vampire ferma les yeux et laissa sa tête retomber. Le menton sur son poitrail, il se recroquevilla sur lui-même, maintenant de sa main valide le poignet de celle qui était estropiée. Ses sanglots fendirent l'obscurité et les voix se remirent à le harceler.

"Tu étudies ces vieux vestiges sans intérêt?"
Il serra les dents. Cette voix grave...ce ton condescendant...

- Sors de ma tête!! Il se boucha les oreilles avec ses coudes repliés autour de sa tête. Sors! Parlait-il au Comte ou à lui-même?

"Oh mon Dieu mais qu'est-ce qu'ils t'ont fait...?"

"Promets-moi de ne plus me faire des peurs pareilles!"

"Peut-être devriez-vous vous sustenter?"

Ces voix, ces voix...ces voix qui n'en finissaient plus! Et ces écailles qui le frôlaient dans le noir, ces serpents qui lui jetaient des regards sournois en sifflant contre sa peau brûlante...! La peur et l'incompréhension lui rongeaient l'estomac. Sa main le lança de nouveau et ses larmes salées coulèrent sur ses lèvres desséchées.

"Puis-je savoir quel est votre nom?"
C'était la voix de Sarah...Quand l'avait-il entendue dire cela? La première fois qu'ils s'étaient rencontrés, sur le pont...Oui...Il s'en souvenait maintenant.

"Je ne suivrai pas Alexender"

"Raphaël veut continuer la lutte seul, ce qui est hors de question."

"Elle porte déjà ma marque!"

"Nous ne retrouverons jamais notre vie normale."

"Soyez prudent, pour l'amour de Dieu."
Eulalia...pourquoi ne pouvait-il plus la voir?

"Je ne vous dévoilerai mon nom que lorsque je jugerai que vous le méritez."

Raphaël releva soudainement la tête et jeta un regard noir au squelette qui siégeait toujours devant lui. Son sourire l'irrita au plus haut point. Mais, comme s'il avait saisi l'importance de cette dernière voix, il se pencha en avant et sourit d'un air désabusé.

- Mon nom est Raphaël Veneziano. Je suis né en 1797, à Milan, de donna Felices del Alma et de sir Veneziano. J'ai été mordu par Dario Elviro del Cabena en...1802 et depuis je refuse de boire le sang des êtres humains. Je lutte pour tuer le lord Keisuke et rétablir à Londres une paix que nombreux pensent utopique. Je n'aurai de cesse de me battre pour la justice en laquelle je crois, pour ceux qui me sont chers, pour l'humanité, pour Dieu le Père.

Le squelette redressa la tête et son sourire fit blêmir le Vampire qui recula en poussant un cri de surprise. Lentement, claquant sa mâchoire décharnée comme un pantin désarticulé, le cadavre s'anima et prit enfin la parole:

- Tu es bien arrogant, pour un Nouveau-Né. Le Comte ne se laissera pas tuer aussi facilement. Regarde-toi! Tu n'es déjà plus qu'une ombre dans son esprit. Qu'as-tu à donner?

Raphaël hésita. La voix du squelette était celle du Comte. Était-ce un nouveau piège? Un test?
Au bout de quelques minutes de silence, alors que le cadavre semblait s'être rendormi, le Vampire déglutit et se redressa pour faire face.


- Ma vie. Je donnerai ma vie pour permettre aux Hunters de réussir leur quête, je donnerai ma vie pour sauver Eulalia Grey, je donnerai ma vie pour racheter mes péché et gagner ma place auprès de Dieu et de ses fidèles.

Le squelette releva à nouveau la tête et se mit à rire. C'était une scène effrayante, complètement hors du temps, d'un surnaturel aberrant. Raphaël frémit.
Puis, le cadavre lui tendit une main en lambeau.
Le Vampire hésita, mais lentement, il finit par tendre la sienne. Tremblante, enveloppée de morceaux de tissu sanglants, elle atteignit celle de son interlocuteur et une grande lumière aveugla Raphaël.

Il se retrouva à terre, contre des dalles froides, vomissant à grands crachats, suffoquant, brûlant de fièvre, souillé de sueur et de sang. L'air qu'il respirait maintenant lui déchirait les poumons comme s'il venait de sortir d'une prison au sommet d'une montagne. Il ne voyait rien, mais il entendait des voix qui s'agitaient autour de lui.
Où était-il? Sa conscience le quittait à nouveau.

Alors, une chose froide glissa dans son cou et le sifflement d'un serpent vrilla ses tympans. Des exclamations l'environnèrent et il sentit une toile contre sa joue. Une aile. Un dragon. Son pouvoir se réveillait. Il tentait de le protéger de toute cette pression, de cette abominable douleur qu'il ressentait à présent et qui risquait de le rendre définitivement fou.

Quelque chose le secoua puis il ferma les yeux et sombra dans les ténèbres.
Son pouvoir l'abandonna.
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: La Voix de la sagesse [Comte, Alastor, Raphaël] [25/04/42] Mer 9 Mar - 12:20

Face à la réaction du Conservateur, le Comte était resté totalement interdit. Son confrère venait de lui couper la parole, de le dévisager avec mépris et de lui montrer les canines tout en lui répondant avec un cynisme des plus insolents. Comment osait-il ainsi le braver?! Jamais encore Jirômaru n'avait eu à essuyé un pareil affront venant de lui. Et puis, le fait qu'il sache que Raphaël était à ce moment-là enfermé dans la Salle Noire le déstabilisa complètement. Certes, le Comte savait qu'Alastor Drake possédait le pouvoir de comprendre le Don Obscure qui régnait en chacun de ses détenteurs, mais il ne pensait pas que ses capacités allaient jusqu'à déduire des choses semblables. Sur le moment, le lord se sentit souillé, presque mis à nu devant un infâme voyeur qui aurait jeté un coup d'oeil malsain sur son jardin le plus secret.
Le Comte serra les dents et son visage se décomposa tandis que son confrère prenait ses aises pour continuer de l'humilier. Il se mit à trembler de rage et sa main se crispa sur sa canne-épée comme s'il fût tenté de l'utiliser sur l'heure.


- Pensez-vous donc que notre "accord" vous protégera toujours? Vous n'êtes qu'un impertinent qui se croit libre de jouer avec mes nerfs sous prétexte qu'il reste cloîtré dans son sanctuaire!

Le ton du Comte s'était fait brutal, tranchant comme une lame, et son regard anthracite brillait maintenant d'une lueur maligne: s'ils avaient été à l'extérieur, nulle doute qu'il aurait saisit le Conservateur par le col pour lui faire cracher tout ce qu'il savait en plus de le punir de son inconscience.
Très proche de lui, le vieux Vampire ne put empêcher son aura de croître en même temps que sa colère et l'atmosphère, déjà lourde de tension, ne fit que s'épaissir davantage.


- Vous faites le fier parce que votre pouvoir vous permet de connaître le mien, mais je doute sincèrement que vos connaissances, aussi extraordinaires soient-elles, vous sauvent de ce que Venezziano est en train de subir...clé de voûte ou pas.

Avec de la concentration, le Comte restait persuadé que son confrère ne parviendrait jamais à contrer son pouvoir et qu'il le tuerait aussi facilement qu'il avait tué son maître, si ce n'était plus facilement...

Alastor se leva alors, pour échapper au regard de son aîné qui ne le quittait plus de ses prunelles enflammées. L'ancien samouraï l'observa tandis qu'il lui tournait le dos et reprenait ses mots pour lui faire la morale. Le Comte leva un sourcil et tiqua d'autant plus qu'il avait maintenant une vue imprenable sur la nuque de son confrère. Une terrifiante envie d'y porter les mains ou les crocs grondait en lui. Certes, le Conservateur lui était utile, et ce dernier ne se gênait pas de lui rappeler, mais il était également problématique dans la société qu'il dirigeait dans l'ombre et son sang devait avoir le goût du savoir...Alastor était sans nul doute le seul Vampire de sa génération dont le Comte pouvait désirer le sang et, à travers lui, une partie de son Don. Contrairement à des dégénérés comme Joyce, dont le sang était aussi sale que leur âme, celui d'un tel prodige devait valoir la peine que l'on y trempe les lèvres.

Heureusement, le Conservateur ne pouvait pas lire les pensées de son aîné. Parti observer ses tableaux historiques, il avait joint les mains dans son dos pour donner son point de vue sur Raphaël et sa situation. Entendre le Vampire expliciter ce qu'il savait déjà irrita Jirômaru qui posa une main sur le dossier du fauteuil que ce dernier venait de quitter, comme pour éviter de la laisser lui attraper le cou.


- Cela ne vous regarde pas Alastor...gronda-t-il entre ses dents.

Mais le Conservateur continua sur sa lancée et évoqua encore le fait que Raphaël se démenait maintenant pour sortir de son piège. Le Comte le sentait effectivement remuer et il ne parvenait plus à se concentrer assez sur la Salle Noire pour l'empêcher d'approcher de la vérité. C'était comme si le bibliothécaire, en abordant ce sujet, poussait sa victime à les rejoindre. Le Hunter était déboussolé mais le piège et ses méandres commençaient à faire sens et les ressorts de son mécanisme se détendait à mesure que son tortionnaire perdait le contrôle sur son propre esprit. Les émotions que son cadet suscitait en lui perturbait l'univers dans lequel il tentait de le retenir prisonnier et Raphaël en profitait.


- J'obtiendrai ce que je suis venu chercher...fit le Comte en s'approchant encore du Conservateur.

Alors ce dernier lui rit au nez, balançant qu'il ne réfléchissait pas beaucoup pour quelqu'un qui avait 589 ans. Jirômaru sursauta presque à l'évocation de son âge. Comment ce prétentieux pouvait-il connaître ce dernier avec une telle précision?! Pouvait-il donc avoir accès à ce genre d'information lorsqu'il usait de son pouvoir? Impossible! Avait-il fait des recherches sur lui? Personne ne connaissait son âge véritable, pas même les membres des Sept!
Le lord jeta un regard noir au bibliothécaire qui s'occupait de défroisser le parchemin qu'il venait de malmener du bout des doigts. Ce dernier ne se préoccupa jamais de la grimace venimeuse qui déformait désormais ses traits, au contraire: il l'ignora pour réfléchir, les bras croisés sur son poitrail, avant de lui jeter un regard sournois et de lui offrir une idée pour forcer Raphaël à lui donner ce qu'il désirait.

Le Comte s'avança vers lui d'un pas décidé. Cette fois, il allait lui coller un soufflet dont il se souviendrait longtemps. Pacte ou non, il venait non seulement de lui prouver qu'il en savait trop sur son compte mais en plus de l'insulter et de lui donner la becquée comme à un pitoyable poussin auquel il faisait découvrir la vie.

Mais alors que son imposante carrure jetait son ombre sur le bibliothécaire, Jirômaru s'arrêta net et ses yeux s'emplirent de brume. Il se figea, bouche ouverte, canines sorties, dans une expression douloureuse, avant de tituber et de se raccrocher au bras de son confrère. Sa canne-épée tomba à ses pieds, dans un choc métallique des plus lugubres et son haut de forme manqua de la suivre.


- C'est pas possible...! haleta le Comte en poussant Alastor sur le côté pour se raccrocher au bureau. Je...vais le...tuer.

Son ombre grandit et les lampes à huile de la pièce s'éteignirent toutes. Il y eut un grand cri dans le néant de ces ténèbres qui venaient d'avaler chaque parcelle de lumière existante en ces lieux. Puis, le bruit d'un corps qui tombe sur le sol résonna dans cette atmosphère étrange et la voix du Comte s'étrangla dans une sorte de râle colérique.
Une lampe se ralluma.
Raphaël gisait à terre, entre les deux Vampires, et suffoquait. Il crachait de la bile et du sang mêlés, tout en se tordant de douleur. Sur ses épaules, de longs serpents ailés, noirs et blancs, gesticulaient en tous sens comme pour sortir de son corps atrophié et tenter de mordre le premier qui oserait s'approcher de leur invocateur.
Le Comte saignait du nez. Ses iris, redevenues grises, luisirent d'une flamme mortelle tandis qu'il dardait sur le jeune Vampire un regard empli de haine. Essuyant grossièrement son nez d'un coup de gant, le lord récupéra son arme et sortit la lame de son étui noir.


- Va donc au Diable! Crétin!

L'acier tranchant brilla dans sa main et fendit l'air. Un cri monstrueux s'éleva dans l'air tandis qu'un des serpents se retrouvait sans tête, avec une aile déchirée dans sa diagonale. Son corps retomba contre Raphaël et s'agita quelques secondes encore avant de ramollir et de disparaître complètement. Les autres créatures se tortillèrent dans tous les sens, comme si elle fussent prises de panique et s'allongèrent bientôt pour disparaître à leur tour.

Saisissant Raphaël par le col, le Comte le secoua en hurlant, sa lame prête à lui percer le flanc.


- Ha tu crois t'en tirer comme ça!? Dis-moi où est Sarah et je t'achèverai sans douleur! Parle! Oh crois-moi: tu vas regretter d'être né!


> Jirômaru Keisuke <

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MessageSujet: Re: La Voix de la sagesse [Comte, Alastor, Raphaël] [25/04/42] Mer 9 Mar - 13:27

Pousser à bout son aîné amusait quelque peu le Conservateur, même si, au fond, il détestait cette situation pour la simple et bonne raison que le Comte était terriblement dangereux et  que, malgré le pacte qu'ils avaient passé entre eux, il savait que sa vie ne valait que peu de chose face à un tel monstre. Le titiller un peu, pour lui rappeler le goût du respect et cette sensation désagréable que pouvait bien offrir le besoin de patience, était jubilatoire en ce que le lord était facilement irritable. Il en avait d'ailleurs la réputation. Même s'il était connu pour être un galant et un homme tout aussi droit que son titre voulait bien l'évoquer, le Monde de la Nuit connaissait sa cruauté et son impulsivité. Mais le Conservateur n'était pas de ceux qui aiment perdre leur temps en jouant ainsi avec les nerfs d'autrui.

En réalité, c'était par fierté qu'Alastor avait osé tenir tête au Comte ce soir-là. C'était pour lui prouver qu'il n'était toujours pas sous son égide et qu'il ne le serait jamais, pour lui apprendre à demander les choses avec plus de respect et pour lui rappeler que sa neutralité ne pouvait pas l'aider à obtenir tout ce qu'il voulait en un claquement de doigts. Ses menaces étaient une habitude qu'il devait perdre face à lui, un point c'est tout. Pour le reste, il suffisait de prendre rendez-vous et de mettre à plat la situation afin qu'il voit en quoi il pourrait le renseigner. Ce n'était certainement pas en débarquant de la sorte, comme en pays conquis, que leurs relations s'amélioreraient.

Essuyant donc menaces sur menaces en répondant avec ironie, le bibliothécaire décida finalement de s'éloigner un peu de son aîné pour ensuite tâcher de le remettre sur le droit chemin en lui ouvrant les yeux sur ses actions et possibilités.
Oui, il savait que Raphaël Venezziano l'accompagnait. Oui, il l'entendait gémir dans le subconscient de son visiteur, et ce grâce à son pouvoir. Il sentait que le Comte perdait le contrôle sur son piège et que le jeune Vampire reprenait confiance en lui. Lui-même l'appelait, discrètement, pour lui demander ce qu'il faisait là, pourquoi il luttait encore, qui il était réellement. Son pouvoir le lui permettait. Ce n'était guère pour interférer avec la volonté de son aîné qu'il s'insinuait dans les failles de son piège, mais bien par pure curiosité.


- Oh si, cela me regarde, sir Keisuke, car vous vous êtes permis de le ramener en ma demeure et de souiller ainsi la loi du domaine.

C'était vrai. En introduisant un captif dans son domaine, sans lui en demander permission, le Comte outrageait son hôte. Dans l'absolu, le Conservateur avait le droit de mettre son aîné à la porte, mais la situation n'était pas aussi simple. Le Comte était le Prince de la ville et son autorité prévalait sur toutes les autres lois, même les plus ancestrales. Ce n'était d'ailleurs que grâce à leur pacte personnel qu'Alastor était encore indemne.
Cependant, lui rappeler les règles des immortels ne pouvait pas être une mauvaise chose. Au pire, il lui rirait au nez, au mieux, il réfléchirait peut être aux conséquences de ses actions et tempérerait son intrusion.

Malheureusement, le Conservateur ne put tout de même pas s'empêcher de pousser la conversation plus avant et d'insulter son aîné d'imbécile, compte tenu de son âge et de ses actions irréfléchies. Jirômaru se mit alors à trembler de rage et le bibliothécaire se rendit compte que son impulsivité était bien plus brute que ce que l'on en disait. En le voyant s'approcher, il perdit son sourire sournois et fronça les sourcils, les nerfs tendus. Allait-il donc oser le frapper ici, dans son domaine ? Cette fois, il était allé trop loin et il le reconnaissait...

Mais alors que le Comte le dominait de toute sa hauteur et qu'Alastor sortait de nouveau ses canines pour le dissuader d'approcher de lui, le vieux Vampire se figea et ce qui s'en suivit changea complètement la donne: le lord tituba, sa canne tomba à terre et sa main vint se raccrocher à lui. Le Conservateur poussa une exclamation de surprise et lui attrapa l'épaule pour tenter de le redresser mais ce dernier le repoussa et s'appuya sur le bureau. Alastor ouvrit de grands yeux derrière ses lunettes: la Salle Noire s'ouvrait !


- Je vous avais prévenu! Grogna-t-il en s'éloignant un peu de son aîné qui semblait bientôt pris de spasme.

La lumière disparut et le bibliothécaire sentit que ses entrailles étaient tirées vers le bas. Une impression abominable de vide le saisit et il eut la soudaine sensation que le monde entier basculait dans un flot d'encre baveuse, collante, étouffante au possible. Et puis tout s'arrêta et il retrouva son bureau. Une seule lampe s'était rallumée (ou ne s'était pas éteinte ?) mais pour des Vampires, elle était non seulement suffisante mais presque superflue. Ses sens lui revinrent lentement et il sentit monter dans son nez différentes odeurs...le sang...un sang crasseux, un sang pourri..., mais aussi un sang particulièrement puissant..., la sueur...la vase...

Se redressant en même temps qu'il remontait ses lunettes sur son nez, Alastor laissa son regard légèrement rougeâtre tomber sur un homme qui, recroquevillé sur lui-même, vomissait ses tripes sur le sol. Il était vêtu d'habits poisseux de saleté et de sang. Il empestait la mort. Ses cheveux étaient d'un blanc soutenu, mais recouverts de crasse, et sa peau était toute aussi pâle. Sur ses épaules, d'étranges serpents ailés ondulaient, prêts à mordre.
Jamais encore le Conservateur n'avait eu l'occasion d'observer semblable pouvoir. Qu'étaient donc ces créatures ? Des illusions ? Des invocations ? Que représentaient-elles ? N'étaient-elles pas le symbole d'un péché éternel qui se matérialisait là sous leurs yeux ?
Mais le savant n'eut pas le temps de se poser plus de questions. Le Comte, littéralement hors de lui, mettait déjà sa main à l'épée. Alastor écarquilla les yeux tandis qu'il le voyait brandir sa lame près du jeune Vampire.


- Non! rugit le Conservateur.

Mais l'image d'Aliénor, sa femme, traversa alors son esprit. Elle était couverte de sang, un enfant mort dans les bras et elle pleurait, les yeux crevés...Cette scène avait quelque chose d'aussi attirant qu'effrayant.
Poussant un cri d'horreur, Alastor recula jusqu'à son bureau et se plaqua une main sur la bouche pour s'empêcher de hurler davantage. Son esprit, rationnel et pragmatique, conçut que c'était une illusion engendrée par le jeune Vampire. L'épée du Comte trancha alors la tête d'un des serpents et l'illusion disparut. Les autres serpents moururent à la suite du premier et le lord saisit le jeune Hunter par le col. Sentant toute la colère dont le Vampire bouillonnait, et quelque peu remis de l'illusion qu'il venait de voir, le Conservateur se précipita vers son confrère pour lui poser une main sur le bras.


- Arrêtez! Arrêtez...Il est inconscient, ça ne sert à rien. Songez à ce que je vous ai dit tantôt.

Alastor ne tenait pas à sauver la vie de Raphaël mais trop de sang avait déjà coulé sous son toit. Crispant sa main sur le manteau du Comte, il le dévisagea d'un air parfaitement mécontent.

- Je vous avais prévenu. A force de croire que vous maîtrisez tout le monde, vous ne maîtrisez plus rien. Vous êtes ici sous mon toit, dans ma résidence, vous avez déjà bafoué assez de règles comme ça...Je ne permettrai pas que vous tuiez ici. Le bibliothécaire intensifia son regard à mesure qu'il poussait le Comte à lâcher le Hunter. Vous l'avez dis vous-même: ceci est un sanctuaire.
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MessageSujet: Re: La Voix de la sagesse [Comte, Alastor, Raphaël] [25/04/42] Dim 13 Mar - 0:33

C'était bien la première fois que le Comte perdait le contrôle de la Salle Noire. Certes, il lui était déjà arrivé de lâcher quelque peu prise sur ses victimes, de les oublier un instant, voire de leur laisser le temps de réfléchir ou de quitter les méandres des cauchemars qu'il générait pour leurs esprits malades, mais jamais encore il n'avait eu à subir la sortie forcée de l'un d'entre-eux. Raphaël était le premier à quitter de lui-même de ce piège tendu par son Don Obscur. Comment avait-il donc fait ? Par quel sortilège avait-il pu lui échapper à ce point ?! Était-ce à cause de cette conversation des plus désagréables qu'il menait avec son confrère ? Sans doute en partie. Mais c'était également dû à autre chose...Le Comte avait été traversé par l'impression terrible que l'on s'était insinué en lui...Alastor avait-il été jusqu'à sonder son pouvoir ? Oh il lui ferait payer...

La tête pleine de ces questions exaspérantes, le lord sentit son esprit errer un instant, le temps que son ennemi ne sorte complètement des ténèbres où il l'avait enfermé. L'abominable sensation d'être dépossédé de tout, d'être aspiré dans un horrible gouffre et de ne pas pouvoir empêcher qu'un fragment de sa vie ne lui glisse entre ses doigts le tortura un instant.
Puis, il se ressaisit. L'estomac complètement retourné, des perles de sang gouttant de son nez, il s'empara de son épée, sans se soucier de ce que le bibliothécaire lui criait. Sa haine était à son sommet. Contre de Vampire qui osait le braver, contre ce tueur qui osait résister, contre cet homme qui avait choisi la voie qu'il avait écartée pour survivre...il était fou de rage, fou de jalousie. Se rendre compte qu'en plus d'avoir le courage d'un tigre, ce jeune blanc bec avait le loisir de contrer ses plus terrifiantes capacités, l'avait mis parfaitement hors de lui, d'autant qu'il s'était senti à la fois agressé et impuissant : agressé par le contre-pouvoir de ce dernier et son propre piège, choc inattendu, et impuissant face à une situation qui lui avait complètement échappée.

Ainsi, Jirômaru s'était-il rapidement avancé pour faire face au Vampire réapparu entre le Conservateur et lui-même, afin de lui tomber dessus sans lui laisser le temps de tenter quoi que ce soit. Face aux serpents que le pouvoir du Hunter avait invoqués, il se fit impitoyable. Il trancha l'air de sa lame, tranchant les créatures pour mettre à vif leurs chairs fantomatiques. Il les força à s'éteindre.
Alors il saisit le jeune Vampire par le col pour lui hurler sa colère. Cette fois, il allait le tuer. Près de son flanc, sa lame brilla d'une lueur venimeuse et, à l'instar des serpents qu'il venait de détruire, il sortit ses crocs d'ivoire pour cracher sa haine sur ce pantin désarticulé qu'était devenu le jeune aristocrate.
Le Comte imagina mille et une manières de rendre la vie de son ennemi plus insupportable que jamais. Il allait lui arracher les ongles un à un et les lui faire avaler! Il lui brûlerait les cheveux avant de lui appliquer un fer chaud sur le sommet du crâne! Il lui crèverait les yeux...Torturer un homme était devenu chez lui une spécialité. Dans le Monde de la Nuit, il était réputé pour son impatience mais aussi pour ses idées particulièrement sournoises lorsqu'il s'agissait de faire parler un adversaire.
Mais le Vampire serra finalement les dents. Non. L'achever, maintenant, c'était ce qu'il allait faire. A quoi bon le garder encore en vie alors qu'il n'avait pas l'air de savoir où se trouvait Sarah? Pourquoi s'échiner à le torturer pour n'obtenir qu'une supplique de plus ?
Ses lèvres froides à quelques centimètres du cou de Raphaël, Jirômaru hésita un bref instant.

Ce fut la main du Conservateur qui l'arrêta dans son geste. Dardant sur lui ses iris grises, le Comte le repoussa d'un coup d'épaule brutal et glissa sa lame sous la gorge du Hunter.


- Lâchez-moi imbécile !

Mais le bibliothécaire ne s'arrêta pas à ce geste. Il continua sur sa lancée, crispant ses doigts sur son manteau, et lui rappela que ces lieux étaient toujours sous la protection de leur pacte. La lame du Comte entailla la gorge du Hunter et s'arrêta à la première goutte de sang qui perla le long de son fer brillant. Une ombre passa dans son regard.
Le pacte...
Non...Il ne pouvait pas tuer Raphaël ici...

Face à cette vérité, le Comte écarquilla les yeux de rage.


- Vous ne le "permettrez" pas ? fit-il entre ses dents serrées tout en laissant Raphaël s'affaisser sur lui-même. Ce Vampire a enfreint bien plus de règles que moi et je n'aurai pas le loisir de le tuer ?

Attrapant Raphaël par les cheveux, Jirômaru le tira à lui et observa sa joue droite. Elle portait une balafre affreuse, due au contact de son couteau d'argent. Un sourire lui fendit le visage, d'autant que son regard retomba sur cette main à laquelle il manquait désormais deux doigts...
Divers sentiments étreignirent le coeur du vieux Vampire. Perdu entre une jubilation infernale et une honte terrible, il blêmit un peu et sentit son nez le brûler à nouveau.


- Mais vous avez raison...fit-il soudain en laissant le Hunter retomber sur le sol avant de se tourner vers le bibliothécaire et de lui adresser un sourire particulièrement sournois. Ce n'est qu'un enfant et nous verrons bien où ses pas vont le mener lorsqu'il sortira d'ici...

Pointant son épée vers le sol, le Comte s'approcha de son confrère en adoptant une démarche étrangement lente et posée. Il venait de prendre une décision.

- Très bien...A moins que vous ne souhaitiez l'adopter, j'attendrais qu'il ne quitte ce "sanctuaire"...

Le sourire du Vampire en dit long sur le venin qui lui rongeait les veines en cet instant. Le Conservateur venait de lui mettre une muselière dont il n'oublierait jamais le goût amer et ses menaces n'étaient plus à prendre à la légère. Il s'avouait vaincu, pour cette fois, mais son confrère venait de lui arracher des mains une proie bien trop importante à ses yeux pour qu'il ne puisse lui pardonner l'affront que cette soirée représentait.
Une chose était certaine de son point de vue: s'il avait été piégé par ce pacte maudit qui les liait, Alastor venait lui-même de se piéger à sa manière. En effet, si le bibliothécaire voulait sauver le jeune Hunter, il serait obligé de le garder sous son toit pendant des années, voire des siècles. C'était impossible. Et lorsque Raphaël sortirait, le Comte serait là pour l'accueillir. De même, dès que le Conservateur oserait mettre un pied dehors, il serait là pour lui rappeler qui gouvernait à Londres...

Essuyant sa lame directement dans le creux de son gant immaculé, le lord récupéra son étui et la rangea. Puis, il redressa sur ses longs cheveux de neige son haut de forme noir comme la nuit et soupira:


- Je vous le laisse...mais...méfiez-vous, il a tendance à mordre...comme nous tous...

Sur ces mots, le Comte tourna le dos à son confrère et quitta son bureau, sans même accorder une seconde de plus à son hôte. Une fois la porte franchie, il retrouva la belle assistante qui l'avait accueilli à son arrivée. Le Vampire la suivit jusqu'à la sortie, la dévisageant cette fois avec un intérêt des plus malsains: son maître ne savait pas ce qu'il faisait...Il risquait bien plus qu'une altercation en public ou un coup de croc...

A cette heure, la bibliothèque s'était vidée et les lampes avaient été éteintes. Il ne restait plus âme qui vive entre les étagères. Leurs pas résonnaient sur les dalles marbrées, donnant à leur progression une solennité fantastique.

La dernière porte passée, le Comte salua la jeune femme et s'éloigna dans les ruelles de la ville. Il fut rejoint par deux autres silhouettes avant de disparaître dans la nuit qui s'avançait.


[HRP/ Fin du rp avec le Comte. Suite dans "Ironie du sort"/HRP]


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Dernière édition par Comte Keï le Mer 23 Mar - 13:54, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La Voix de la sagesse [Comte, Alastor, Raphaël] [25/04/42] Lun 21 Mar - 15:16

La tempête était passée. Seul avec le Hunter, Alastor posa une main sur son bureau pour s'appuyer dessus d'un air las. C'était comme s'il venait de traverser une épreuve. L'aura du Comte s'atténuait, sa voix n'était plus qu'un souvenir, tout comme son parfum à la fois suave et malsain.

- Hé bien, nous avons frôlé la catastrophe...murmura le Conservateur en soufflant légèrement.

Au bout d'un moment, il redressa ses lunettes sur son nez droit et son regard tomba sur Raphaël qui était resté inerte à ses pieds. Sur le sol souillé, il ressemblait à un mendiant écroulé sur le pas d'une porte restée close devant son nez en plein hiver. Ses cheveux sales luisaient de vase et de boue, sa peau pâle suintait de sang coagulé et de crasse. Recroquevillé sur lui-même, il serrait contre son torse le moignon de sa main mutilée et semblait en proie à un cauchemar sans fin.

S'approchant doucement, le bibliothécaire hésita un instant. Il le toisa de haut et soupira. Le Comte avait raison...Qu'allait-il donc faire de ce misérable? Le soigner? L'enfermer? Quel choix lui restait-il? Quelle utilité pouvait-il bien trouver à sa survie?
Posant un genoux à terre, il glissa une main précautionneuse sous son cou et le retourna sur le dos pour observer son visage. Il dégagea ses mèches collées à ses joues affreusement blanches et grogna sa désapprobation face à ce qu'il était en train de faire.
Du bout des doigts, il toucha son front. Il n'était pas fiévreux mais son esprit était égaré bien loin dans les ténèbres de ses souffrances.
Ce contact servit au Vampire à cerner une partie de ses pouvoirs. Ainsi, il comprit que Raphaël était bien capable d'invoquer des créatures pour se défendre et surtout de raviver les souvenirs les plus douloureux ainsi que les peurs intérieures de ses adversaires. C'était pour cela qu'il avait vu Éléonore.


- Tu ne maîtrises rien...

Son murmure se perdit.
Raphaël était jeune. D'après ses canines, il n'avait pas une centaine d'années. Et de toute évidence, son créateur ne lui avait rien appris. Il ne maîtrisait pas ses pouvoirs et ne se nourrissait pas convenablement. Malgré sa carrure relativement honorable, il était faible et chétif pour un Vampire. Sa pâleur extrême, en plus de sa capacité régénératrice amoindrie, prouvait assez au Vampire expérimenté qu'il était que son cadet ne buvait pas assez de sang.
D'où venait-il donc réellement? Son nom sonnait italien...Qui l'avait donc transformé ainsi et abandonné? Quelle était son histoire?

Alastor laissa la tête du jeune Vampire reposer sur le sol. Il paraissait plus paisible déjà.
Retournant près de son bureau, le Conservateur réfléchit. Pour lui, que Raphaël se fasse tuer ou non par le Comte n'avait aucune importance. Tout ce qu'il voulait, c'était éviter de souiller la bibliothèque et de servir de témoin à un semblable meurtre. Sa neutralité, mille fois revendiquée, n'était pas prête de faiblir ce soir. Cependant, face à la détresse de son jeune confrère, fermer les yeux lui semblait impossible.


- Vous allez m'attirer des ennuis, Sir Venezianno...

Le bibliothécaire se remémora le regard noir que le Comte lui avait lancé avant de s'avancer vers lui. Il était réellement devenu menaçant cette fois...Jusqu'à quand réussirait-il à le narguer sans recevoir son châtiment? Décidément, il fallait qu'il révise sa position vis à vis du Prince s'il ne voulait pas risquer de finir enfermé dans un cercueil de plomb.

La porte grinça et Jézabel apparut timidement.


- Mon maître? Le Comte est parti.

Alastor jeta un regard fatigué à sa secrétaire.

- Méfiez-vous Jézabel, je l'ai passablement énervé. Il se pourrait qu'il vous prenne pour cible.

La jeune femme resta un moment interdite puis son sourire fendit son visage magnifique.

- Allons, Monsieur, vous tentez de me faire peur. Haha! Mais Sir Keisuke n'est pas comme ça...Vous le savez...

Le Conservateur leva les yeux au ciel et grogna son désaccord avant de revenir vers Raphaël. Il l'observa encore quelques minutes avant de prendre sa décision:

- Aidez-moi à le soulever, miss, je ne peux pas décemment le laisser là...

Raphaël fut pris en charge par la jeune femme qui le lava superficiellement, refit son bandage à sa main droite et l'habilla de vêtements de nuit. Puis, elle le coucha dans un lit de fortune que son maître conservait dans un réduit où il entreposait tout ce qui n'était plus nécessaire au quotidien de la bibliothèque. La poussière saturait les lieux mais au moins aucune fenêtre ne permettrait au jeune Vampire de sortir ou de risquer de voir la lumière du jour.

A son bureau, et après avoir nettoyé les dégâts occasionnés par le jeune Vampire, le Conservateur reprit son travail de traduction. Il était hors de question qu'il s'occupe davantage de son hôte imprévu. La seule chose qui le perturbait dans sa présence dans la pièce d'à côté, c'était ce qu'il allait devoir faire à son réveil...S'il "mordait", comme venait de lui dire le Comte, alors il devrait peut être le jeter dehors et ainsi le condamner à servir de guide à son aîné...
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Raphaël Veneziano
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MessageSujet: Re: La Voix de la sagesse [Comte, Alastor, Raphaël] [25/04/42] Jeu 31 Mar - 1:13

Tout n'était que ténèbres. Aveugles, ses yeux cherchaient un éclat de vie, n'importe quoi, une lueur à laquelle se raccrocher. Mais l'espoir ne semblait pas permis dans ce lieu perdu, oublié des hommes et de Dieu...

« L'espoir est comme la chance : si tu ne l'invoques pas, il te délaissera. »

- Stella?

Ce n'était qu'une illusion de plus. Une voix. Un écho de son passé.
Pourquoi revivait-il sans cesse ces moments ? Rien de tout ceci n'avait de sens.
Il était nu dans un océan de charbon. Sa peau le brûlait. C'était comme s'il s'était trouvé sur la pente dangereuse d'un volcan dont les fumerolles tentaient de le réduire en cendres. Quelle était donc cette étrange impression ? La fièvre le prenait.

Longtemps, il resta muet et seul, terriblement seul, dans un monde égaré entre fantasme et réalité. Longtemps, il oublia qui il était et pourquoi il souffrait autant.
Son corps était meurtri. Son cœur était flétri. Son âme était bannie à jamais du Ciel vers lequel il tendait désespérément les mains...
Des visages frôlaient son esprit, des murmures caressaient sa peau de nacre. Mais personne ne semblait pouvoir l'aider. Toujours, une horrible impression d'être observé lui étreignait les tripes.
Qui le regardait donc ainsi ? Pourquoi était-il si surveillé ?

De la bile franchit ses lèvres et un goût affreusement amer lui pesa sur la langue.
Allait-il mourir ?
Eulalia avait encore besoin de lui. Il ne pouvait pas l'abandonner !
Mais elle, ne l'avait-elle pas abandonné ? N'était-elle pas plus en sécurité loin de lui ? Il valait sans doute mieux ne jamais sortir de ce monde infernal...


« Sssss...Lève-toi. »

Raphaël s'éveilla soudain.
Ses yeux s'ouvrirent brusquement, comme s'il sortait d'un terrible cauchemar et son corps fut pris de tremblements violents. Le jeune Vampire se débattit dans les draps qui le couvraient généreusement et poussa une exclamation de peur et de douleur.

Où était-il ?
Qui était-il ?
Pourquoi avait-il si mal à la main droite ?
Et ces couvertures ? Et ces vêtements ? D'où sortaient-ils ?
Qu'avait-il fait ?
Qu'avait-il dit ?

Le candélabre qui brûlait sur une table un peu plus loin l'aida à fixer son regard.
Il s'assied maladroitement dans le lit sur lequel il reposait et se prit la tête dans ses mains. C'est alors qu'il s'arrêta et sentit qu'il lui manquait quelque chose. Devant son visage livide, sa main estropiée se mit à trembler tandis qu'il s'agitait de nouveau en proie à une peur indicible.
Il poussa un cri d'effroi et sa bouche se figea dans une expression de dégoût intense. Ses yeux s'emplirent de larmes.
Deux doigts, il lui manquait deux doigts ! L'index et le majeur droits...
Le Comte...

Le Comte !?

Raphaël écarquilla les yeux et paniqua comme si celui que sa mémoire venait de retrouver se tenait là, devant lui, près à l'assassiner froidement. Il tenta de se lever en esquissant de grands gestes mais ses jambes ne purent le retenir et son corps tout entier bascula pour aller heurter le sol poussiéreux du réduit où il se trouvait.
A terre, l'Italien tourna la tête de tous côtés et gémit. Les dents serrées, il pleurait face à son incapacité à reprendre la maîtrise de son corps. L'angoisse qui lui rongeait les nerfs se muait en crise. Pris de spasmes, le jeune aristocrate se mit à tousser et à ramper vers le lit pour se hisser dessus. Ses forces l'avaient quitté et ne semblaient pas vouloir qu'il ne se reprenne.

Un moment passa, un moment particulièrement douloureux pour le Vampire qui s'était mis à hoqueter en s'étouffant dans sa propre salive.
Finalement, il parvint à lever un bras et à s'agripper aux draps pour se lever. Il tituba et s'assied sur son bord pour éviter une nouvelle chute. Respirant avec difficultés, Raphaël resta plié en deux pour cracher du sang entre ses jambes écartées et finit par se laisser tomber en arrière et par s'allonger. Ses yeux de glace trouvèrent le plafond et ses pensées semblèrent se calmer.

Le Comte ne l'avait pas tué.
Il était encore en vie ! Oui, il vivait !
Son corps et son esprit avaient été mutilés mais il respirait encore !
Mais pour combien de temps ?

Le Vampire respira l'air chargé de poussière et réfléchit.
Il se trouvait dans un endroit qu'il ne connaissait pas et pourtant une odeur familière lui montait aux narines. Était-il dans une cachette du Comte ?
Non. Ses vêtements de nuit, ses bandages propres, cette odeur de savon sur ses épaules...Le Comte ne l'aurait pas traité avec ces égards, même s'il comptait le garder en vie pour l'interroger.
Qui avait donc pris soin de lui ? Et pourquoi ?

Se redressant lentement, le Hunter jeta un nouveau coup d'oeil à la pièce dans laquelle il se trouvait. Il y avait là quantité de meubles anciens, des chaises, des tableaux et surtout des livres, beaucoup de vieux livres qui tombaient en lambeaux, empilés les uns sur les autres dans un chaos que seul le propriétaire des lieux pourrait reconnaître comme un « ordre » quelconque.
S'aidant des barreaux du lit, Raphaël se leva et chemina avec précaution vers un bureau qui semblait encore servir. Se rattrapant au dossier de la chaise qui trônait devant, il jeta un œil sur ce qui traînait à la surface du meuble dépareillé. Une dizaine de livres, des morceaux de parchemin, un coupe-papier en métal, deux encriers salis par l'usage, une bobine de fil qui servait apparemment à ficeler des liasses de parchemins et à recoudre les tranches des livres abîmés, des outils inconnus...C'était sans doute un bureau qui servait à quelque ouvrier pour la restauration de vieux livres.

Un bruit de pas le fit sursauter. Quelqu'un venait ! Le bouton de l'unique porte de la pièce pivota sur lui-même et le Vampire ouvrit la bouche de stupeur. Sa main valide trouva le coupe-papier et se ferma dessus tandis qu'il s'appuyait sur le bureau pour se donner contenance. Il était en biais par rapport à la porte, caché dans l'obscurité d'un angle de la pièce.

Une femme entra alors. Sa chevelure brilla à la lueur des bougies et sa robe frôla le sol dans un bruissement élégant. Raphaël la vit s'approcher du lit et s'arrêter net en voyant que son hôte ne s'y trouvait plus. Son expression passa de l'étonnement à la consternation lorsqu'elle se tourna vers lui. Le Vampire n'hésita pas une seconde : il se jeta sur elle pour l'attraper par le cou et lui glisser le coup-papier sous la gorge. Dans son élan, il heurta le bord du lit et bascula avec elle sur l'édredon. Cela l'aida dans sa tâche car il ne tenait guère debout.
Penché par-dessus la jeune femme, il profita de l'avantage que lui avaient donné la surprise et sa force surnaturelle pour l'écraser un peu et appuyer un peu plus son arme de fortune contre sa carotide. Mais sa main mutilée le gêna beaucoup et lui fit serrer les dents de douleur. Ses yeux brillèrent de colère tandis qu'il sortait les crocs pour menacer sa prisonnière.


- Pas un geste, pas un mot, ou je n'hésiterais pas à te faire taire. Prévint-il en ramenant ses genoux sur les cuisses de la jeune femme pour s'assurer qu'elle ne bougerait pas. Dis-moi où je suis ! Et...qui tu es ! Qu'est-ce qu'il s'est passé?

En vérité, le Hunter était complètement perdu. Il ne savait ni où il se trouvait, ni qui était cette beauté qu'il menaçait à l'heure actuelle. Il ne savait pas comment il avait échappé au Comte ni pourquoi on l'avait en partie pansé. Tout se mélangeait dans sa tête et il ne parvenait pas à faire taire la peur qui martyrisait tout son être. Et si cette femme était une disciple du Comte ? Et s'il n'avait été installé là que pour mieux souffrir ensuite ?
La chaleur du corps de la jeune femme le poussa à se coller davantage à elle pour affermir sa prise et se prouver qu'il lui était supérieur. Il laissa son souffle et son parfum envahir ses sens et sous sa main il put commencer à sentir son sang palpiter sous sa peau de pêche.
Il mourrait de soif.
Cette veine qu'il tenait au bout de sa petite lame lui donnait une envie folle de l'égorger et de boire tout son saoul à la source de son malheur.


« Sssssuce ccce nectar... »

Tremblant comme jamais, Raphaël approcha ses lèvres de la gorge de la jeune femme et les battements de son cœur s'accélérèrent à mesure qu'il se rapprochait de cette veine qui lui donnait tant envie. Ses crocs luisirent dans sa bouche ouverte et son regard perdit son éclat.
Dominé par la Bête, le Hunter ne laissa aucune chance à sa victime.
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Alastor Drake
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MessageSujet: Re: La Voix de la sagesse [Comte, Alastor, Raphaël] [25/04/42] Mer 13 Avr - 1:40

Cela n'avait été tout d'abord qu'un cri. Jézabel avait doucement relevé la tête et cessé la lecture de son cantique pour tendre l'oreille. Était-ce le Sieur Veneziano ou n'était-ce qu'un badaud un peu ivre dans la rue ? La lucarne qui laissait filtrer un peu de la flamme d'un lampadaire dansait sur le dos de sa main qui maintenait ouvert son livre fétiche. Un papillon tournoyait autour en jetant de temps à autre son ombre de velours sur les pages jaunies. Jusqu'à présent, il n'avait pas attiré l'attention de la jeune femme, mais maintenant qu'elle avait quitté l'alcôve de son loisir, elle l'observait se débattre avec le verre de la haute lanterne.
Avec un léger soupir, la jeune assistante de bibliothèque rassembla ses pieds nus contre elle et serra ses genoux de ses deux bras blancs. Sa robe de nuit, lourde de dentelles et de rubans, laissait sa peau laiteuse filtrer au travers des manches. Appuyant son jeune menton sur cet amas de coton soyeux, la belle hésita. Devait-elle descendre voir le Vampire ou devait-elle laisser son maître s'en occuper ? Elle l'avait lavé en partie, habillé de frais et couché. Maintenant, dans sa tenue de nuit, fatiguée de sa longue journée de travail aux côtés du Conservateur, elle était intimement convaincue que traîner près d'un Vampire mutilé par ses pairs n'était pas une bonne idée. Après tout, Monsieur Drake l'avait déjà mise en garde bons nombres de fois.
Ce furent les bruits de chute et le fracas qu'elle entendit contre un mur qui la firent réagir. Et s'ils se battaient tous les deux ? Et si le jeune Vampire était en train d'user d'un de ses mystérieux pouvoir contre son maître ?
Abandonnant sa lecture sur son lit, la jeune femme se saisit de sa robe de chambre rose et blanche, l'enfila à la hâte sans en fermer la ceinture et s'engouffra dans l'escalier qui descendait vers le rez-de-chaussée. Alors qu'elle atteignait la dernière marche du long colimaçon de pierre, elle ralentit son pas et se fit silencieuse au possible. Le cœur battant, elle tendit de nouveau l'oreille pour écouter les murmures de la nuit. Il n'y avait plus aucun bruit. Avait-elle rêvé ? Impossible.
La plante de ses pieds nus sur les dalles glacées du sol s'appliqua avec de grandes précautions. Jézabel était respectueuse de son maître et de ses méthodes: pour rien au monde elle ne lui aurait désobéit. Mais le Conservateur ne lui avait pas interdit la chambre de leur hôte et sa curiosité la poussait à vérifier que ce qu'elle avait entendu depuis sa chambre n'était que le son d'une maladresse quelconque.

En posant sa main sur la poignée de la porte, la jeune femme serra les dents. Doucement, elle la tourna dans sa paume et poussa la porte pour l'entrouvrir. Sa tête passa timidement le cadre de bois et, le silence régnant dans la pièce, elle s'avança à l'intérieur du débarras transformé en chambre de fortune. La lumière du chandelier placé sur un bureau non loin du lit l'aida à marcher dans l'ombre qui enveloppait la pièce. Arrivée devant le lit, elle ouvrit la bouche de stupeur: Raphaël Veneziano n'était plus là ! Tournant vivement la tête de tous côtés, la belle humaine étouffa un cri de surprise et de peur lorsque le jeune homme se jeta sur elle pour la pousser en arrière et lui glisser une lame sous le cou. Le souffle court, complètement retournée par cette attaque soudaine et la sensation de l'édredon qui s'affaissait sous elle tandis que le Vampire s'appuyait sur ses cuisses, la jeune assistante du Conservateur se mit à hoqueter les yeux pleins de larmes cristallines.
Qu'elle avait été idiote ! Elle venait de pénétrer dans la chambre d'un condamné à mort, d'un homme, d'un Vampire ! Elle venait de se livrer à un démon...
Qu'allait-il donc lui faire ? Ce regard fou qui la dévisageait avec rage lui donnait des frissons d'angoisse ! Et ces canines saillantes... !
Jézabel avait blêmi comme jamais.
Incapable d'esquisser le moindre geste, elle avait seulement tenté de refermer ses cuisses, par réflexe, et se retrouvait coincée sous une masse extraordinaire, un couteau contre sa jugulaire. Elle ne pouvait crier pour appeler à l'aide. Elle ne pouvait pas non plus articuler correctement ses réponses à son agresseur. Pourtant, elle essaya:


- M...Monsieur Veneziano...Je...Je vous en prie...

La jeune femme suffoquait et tremblait de peur. Le Vampire ne la regardait déjà plus vraiment. Ses pupilles glacées fixaient son cou.

- Je, je suis l'assistante de Monsieur Drake...Je ne faisais que...

Mais Raphaël ne l'écoutait pas. Il se pencha sur elle et ouvrit un peu ses lèvres. Jézabel poussa un cri et ferma les yeux.
Il y eut alors une bourrasque et le chandelier s'éteignit soudain. La jeune femme sentit le poids de Raphaël la quitter et un fracas épouvantable retentit dans la pièce. Écarquillant les yeux, la belle perçut la haute silhouette de son maître qui se dressait entre elle et le Vampire qu'il venait de balancer contre le bureau d'angle. Échevelé, les lunettes tout juste posées sur le bout de son nez, il paraissait dans une fureur noire.


- Monsieur Drake ! Cria-t-elle en tendant un peu la main vers son sauveur.

Ce dernier fixait Raphaël sans ciller. Ignorant son assistante, il se redressa et remonta ses lunettes sur l'arrête de son nez avant de pousser un profond soupir. Le coupe-papier que brandissait Raphaël quelques instants auparavant brillait dans sa main droite.


- Monsieur Veneziano, fit-il en avançant vers son hôte d'un pas décidé, vous êtes recherché pour attentat contre la reine, votre tête se trouve sur tous les murs et journaux de Londres, vous vous êtes mis le Comte et tous ses sbires à dos, accoquiné avec son plus grand rival, votre simple présence a souillé ma bibliothèque et vous vous permettez maintenant de toucher à ma plus fidèle assistante ?

Se postant devant le jeune Vampire, le Conservateur tendit le coupe-papier sous son nez.

- Elle vous a lavé, habillé et pansé, et c'est ainsi que vous la remerciez ?

Le Vampire contourna son hôte et posa délicatement l'objet métallique sur le bureau, à quelques centimètres de lui.

- Il va falloir revoir vos manières...

Jézabel resserra sa robe de chambre contre sa poitrine et ferma sa ceinture. La tête basse, les membres tremblants, elle se leva doucement et s'avança derrière son maître. Alastor ne se retourna pas, afin d'éviter de quitter des yeux Raphaël et de contrevenir à la bienséance. Sa voix grave fut impérative:

- Mademoiselle Rainworth, veuillez regagner votre chambre s'il vous plaît. Vous en avez assez fait comme ça. Je vous attends demain, à 8h, dans mon bureau.

La jeune femme baissa les yeux et fit une courbette maladroite avant de s'enfuir prestement de la pièce.
Le regard sombre, le Conservateur eut presque envie de donner un coup à ce jeune freluquet qui se tenait devant lui. Il était pourtant peu enclin à la violence...
Gardant cependant contenance, le Vampire s'obligea à briser le silence pour se présenter dans les formes et informer son hôte.


- Je suis Alastor Drake, archiviste et comptable de la Grande Bibliothèque. La jeune femme que vous venez de menacer se nomme Jézabel Rainworth, c'est mon assistante. Vous êtes ici dans les appartement privés de la Bibliothèque, dans mes appartements. Le Comte Jirômaru Keisuke vous avait en son pouvoir mais vous avez réussi à sortir de son piège et nous vous avons récupéré. Vous êtes maintenant libre de rester le temps de vous remettre de vos blessures ou de partir. Sachez seulement que l'on vous attend dehors...

Excédé par le rôle que le Comte l'obligeait à jouer dans toute cette histoire, le Conservateur serra un peu les dents et attendit que le jeune Vampire ne lui réponde. Prêt à toute éventualité, il resta droit comme une statue et son regard ne quitta pas les pupilles étrangement dilatées de Raphaël. Si ce Nouveau-Né ne savait pas se tenir, il se verrait dans l'obligation de le bannir des lieux.
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Raphaël Veneziano
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MessageSujet: Re: La Voix de la sagesse [Comte, Alastor, Raphaël] [25/04/42] Dim 24 Avr - 20:13

La Bête avait longtemps attendu avant de s'emparer de lui. Elle avait attendu qu'il ne lui reste plus rien d'autre qu'Elle. Sa patience sublimerait sa victoire. Oh oui ! La Bête avait le temps. Le temps de se délecter de sa souffrance. Le temps de le rendre définitivement fou...

Raphaël n'avait pas bu de sang humain depuis son dernier contact avec la jeune Eulalia Grey. Cela remontait maintenant à treize jours. Treize jours de soif intense. Treize jours d'une cavale sans aucune possibilité de se nourrir correctement.
Certes, il avait fréquenté des Humains et avait toujours eu dans ses poches son étuis de Blood Tablett mais, durant cette période, il s'était contenté de quelques rats et d'un chien rongé aux puces pour la simple et bonne raison que, sans Eulalia, il ne pouvait accéder à la source de son péché sans blesser quelqu'un. Or, il s'y refusait. Il s'y était toujours refusé. Noble prétention d'un être maudit qui sait pourtant que cette voie le conduira à bien pire que la mort...
Il s'était ainsi caché dans une chambre décrépie en compagnie d'une jeune fille dont le cou lui avait rappelé sans cesse celui de son aimée. Mais il avait tout fait pour lui résister et son alliée avait passé le moins de temps possible en sa présence. Malheureusement, elle avait disparu et il s'était retrouvé seul, obligé de sortir dans la nuit pour tâcher de la retrouver. Nouvelle épreuve. Marcher sous la pluie n'est rien pour un Vampire mais il avait dû ruser pour éviter la maréchaussée, il avait baissé les yeux devant chaque prostituée, presque couru lorsque des Humains passaient près de lui. Finalement, il avait réussi à retrouver les Hunters et avait repris espoir. Cependant, sa nature avait levé les cœurs...Tant de regards sur lui ! Tant de solitude en réalité...Il avait dû quitter les Humains, pour sa survie et pour la leur, parce que c'était un banni, un infâme criminel-né sans aucun pardon possible. Il était parti. Il avait erré. Il s'était fait prendre...Le Comte l'avait alors torturé puis enfermé dans cette pièce sans murs ni plafond, au milieu de ses cauchemars les plus secrets, et il avait cru mourir. Des visages, des voix, des souvenirs éthérés...et la certitude que Dieu l'avait abandonné. Son corps avait longtemps souffert, mais ce n'était rien à côté de ce que son esprit avait dû subir dans ce piège infernal. Il s'était mis à parler seul, pour tâcher de lutter, et il avait même fini par converser avec un cadavre...

Maintenant qu'il était sorti de cet Enfer, la Bête profitait de ce qu'il avait vécu pour lécher ce qu'il lui restait de forces et d'âme. Le pervertir une bonne fois, lui donner le goût du crime, le pousser à assouvir ses plus lâches pulsions : voilà ce qu'Elle voulait.
Comment aurait-il pu y résister ?
Affaibli comme jamais, la bouche sèche, les doigts coupés, le Vampire avait besoin de sang. Ses Blood Tablett ne lui servaient plus qu'à accélérer sa dégénérescence et à le rendre malade. Elles étaient d'un inutile secours. Et cette femme à la peau de pêche, si douce, si fragile dans sa robe fantôme parfumée de jasmin...n'était-elle pas sa seule chance ?
Penché par-dessus la belle, appuyé de tout son corps sur le sien qui s'enfonçait dans les draps de son lit de fortune, Raphaël n'était plus lui-même. Possédé par sa soif, engendrée par ses peurs, ses souffrances et son instinct, il avait senti l'appel de la Bête comme un ordre auquel il ne pouvait plus se soustraire.
Ses crocs luisants jaillirent de sa bouche et frôlèrent la jugulaire de la jeune femme. Cette fois, il goûterait à ce nectar sans se retenir ! Cette fois, il tuerait !

C'est à cet instant qu'une main puissante l'attrapa au poignet et qu'un bras lui ceignit le torse pour l'obliger à lâcher son coupe-papier et à reculer. Raphaël ne put réagir. Surpris par son assaillant qu'il n'avait pas entendu arriver derrière lui, il se sentit soulevé et projeté sur le côté. Sa hanche heurta brutalement le bureau et il tenta de se rattraper avec sa main estropiée. La douleur qui traversa son membre mutilé traversa sa gorge d'une plainte rauque et il s'écroula, incapable de tenir sur ses jambes. Son regard, brouillé par la colère et par la peur, tomba sur celui qui lui avait empêché d'épancher sa soif. C'était un homme imposant, tout vêtu de noir, dont les cheveux, aussi sombres que la nuit, retombaient sur ses larges épaules. Les lunettes qu'il portait sur l'arrête aiguë de son nez aquilin lui donnaient un air des plus sévères. Il avait le visage très pâle et fin, les yeux teints d'ombres et la bouche féminine. Pourtant, c'était bien un homme. La haine que Raphaël put lire dans le regard de son adversaire le perça au cœur. C'était un homme qui venait de défendre un être qui lui était particulièrement cher...

Le Hunter déglutit et, avec toutes les difficultés du monde, il parvint à se relever en s'appuyant contre le bureau. Il réalisa alors que son coupe-papier était désormais dans les mains de celui qui lui faisait face. Quelle rapidité !


*Impossible ! A moins que...*

Ce furent les paroles de l'homme qui le convainquirent : s'il parlait ainsi des « sbires » du Comte, c'était qu'il était au courant de la nature de ce dernier. Cet élément, associé au précédent, donnait assez de certitudes au Hunter qu'il était.
Un Vampire...

Face aux remontrances de la créature, à son charisme, à son regard et à sa politesse froide, Raphaël se sentit complètement écrasé. Son cerveaux refusait de réfléchir correctement. Au fond de ses méandres, un serpent continuait de siffler sa rage. Sa raison s'égarait et il ne parvenait plus à discerner le rêve de la réalité.
Avait-il réellement cet homme face à lui ?
Qu'avait-il tenté de faire ?! C'était affreux !
Et si c'était un Vampire, pourquoi ne l'avait-il pas tué ?

Le coupe-papier sous le nez, l'aristocrate déchu fronça les sourcils et sortit les crocs. Il ne se sentait pas capable de sauter à la gorge de cet homme, pourtant, s'il devait se défendre, il n'hésiterait pas une seconde à mettre ses dernières forces dans un ultime combat.
Mais son hôte laissa bientôt l'objet tranchant près de lui, comme pour lui montrer qu'il ne lui voulait pas de mal et qu'il allait jusqu'à lui laisser une « arme » à disposition. Le Hunter laissa son regard dolent tomber sur le petit morceau de fer blanc et hésita à le prendre. Sa main valide se dirigea lentement vers lui mais s'arrêta à mi-chemin, comme si sa raison revenait l'habiter un instant.

Alors l'homme en noir congédia la jeune femme qui se tenait derrière lui.
Jézabel Rainworth...Un nom qu'il n'avait encore jamais entendu.
Raphaël la regarda disparaître rapidement et frémit lorsqu'il eut conscience que sa soif lui hurlait de la poursuivre. Il secoua la tête et ramena son attention sur son hôte.
Ce dernier se présenta. A son nom, le Vampire entre-ouvrit la bouche mais aucun son n'en sorti jusqu'à ce que l'homme ait fini son petit discours.
Trop d'informations d'un coup. Le Hunter n'arrivait pas à tout suivre.
Le silence s'installa. Puis, lentement, les membres tremblants, Raphaël serra les dents et tenta de mettre de l'ordre dans sa tête.


- Je...suis dans...la...bibliothèque... ? Commença-t-il doucement comme un homme que l'on vient de sauver d'une noyade et qui redécouvre les rives d'où il est tombé. Comment...suis-je arrivé là ? Et vous...fit-il en levant sur Drake un regard fatigué, vous êtes ar...archiviste ?

Il fallut de longues minutes pour que le Vampire reprenne à peu près conscience de lui-même et de sa propre histoire. Enfin, après bien des efforts, il parvint à articuler correctement ses pensées.
Son regard devint alors plus froid.


- Vous êtes un Vampire, n'est-ce pas ? Qu'est-ce que je fais là ? Pourquoi vous ne me tuez pas ? Le Comte vous a demandé de me garder en vie pour qu'il puisse continuer de me questionner, c'est ça ?

Son regard s'était fait venimeux. Mais, peu à peu, l'animosité du Hunter s'affaiblit et il tomba lentement à genoux. Il ne parvenait plus à se tenir debout. Ramenant sa main contre son poitrail, les larmes aux yeux, il ne savait plus comment appréhender la situation. Cependant, il avait pris conscience de ce qu'il venait de manquer de faire.

- La fille...je ne...voulais pas...Il enfouit sa tête dans le creux de son coude et souffla d'une voix brisée, à l'instar d'un enfant qui vient de faire un cauchemar : J'entends...j'entends des choses...Des voix ! Des murmures...qui me poussent à...à...Oh ! J'ai vu...tant de choses...tant de choses...affreuses...

Raphaël s'abandonna aux pleurs. Il désirait mourir, oublier ses souffrances, ne plus sentir cette main qui le tourmentait, ne plus avoir l'occasion de mordre qui que ce soit.

- On m'attend dehors...Sa voix avait été très faible mais il recommença en riant nerveusement. IL m'attend...c'est ça ?

Le Hunter ne comprenait pas ce qu'il se passait.
Le cœur au bord des lèvres, il crispa sa main valide sur son avant-bras et planta ses ongles dans sa peau, à travers la chemise qui le recouvrait partiellement.


- Pourquoi me laver... ? Pourquoi m'habiller... ? Si c'est pour me torturer ensuite ? Quelles cruautés a-t-il encore prévu pour moi ? Hein ? Qu'est-ce qu'il attend ?

Son visage, plus pâle et rigide que la surface d'un lac gelé, se fendit d'une moue cynique.

- Je ne sais pas où est Miss Spencer. Il ne le saura jamais.
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Alastor Drake
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MessageSujet: Re: La Voix de la sagesse [Comte, Alastor, Raphaël] [25/04/42] Dim 29 Mai - 0:39

Le Conservateur poussa un long et profond soupir. Ne s'était-il pas lui-même mis en garde? A la minute où il avait repoussé le Comte pour laisser une chance de survie au jeune Vampire, il l'avait regretté.
Regretté? Réellement?
Non.
Seulement...il avait posé le pied dans une ombre qui risquait bien de le dévorer un jour.
C'était un choix.
Un choix un peu...hâtif.

Bien qu'il revendique son Indépendance et son détachement vis à vis du monde, Alastor Drake n'était pas un être sans coeur. Certes, l'idée même qu'il ait encore une âme était sans nul doute sujet à controverses, mais il lui restait une once d'humanité, un semblant de pitié peut-être...
Malheureusement, sauver Raphaël, ou du moins empêcher le Comte de l'achever sous son toit, lui donnait une forme de responsabilité donc il se serait volontiers passé.
Maintenant qu'il se retrouvait face au jeune Vampire larmoyant, tremblant de colère et de douleur; maintenant qu'il était certain que sans son intervention il aurait dévoré sa précieuse secrétaire, le Conservateur hésitait sur le tournant qu'il devait donner à cette entrevue.


- Tss. Le lord Keisuke ne m'a rien demandé. Je n'ai d'ordre à recevoir de personne. Grinça-t-il entre ses dents alors qu'il tâchait de rester aussi droit et glacial qu'il l'avait été lorsqu'il avait désarmé l'Italien. Je ne suis pas là pour satisfaire les tortionnaires.

Pourquoi se justifier? Pourquoi lui répondre? Il n'avait pas à discuter avec ce fuyard égaré entre deux mondes. Il avait du travail. Bien mieux à faire en somme. Toute cette agitation dans la Bibliothèque le rendait nerveux. Ces doigts coupés aussi...

Raphaël s'effondra sur lui-même et commença à gémir. Il marmonna qu'il entendait des voix et s'excusa d'avoir tenté de boire au cou de Jézabel avant de se mettre à pleurer. Le Conservateur fronça les sourcils.
Qu'il s'excuse était surprenant et cette histoire de voix signifiait beaucoup: il était sous le joug de la Bête. D'ailleurs, il se parlait à lui-même, c'était évident. Pourquoi se confierait-il à un Vampire alors que son but était, en toute apparence, de détruire tous ceux qui croiseraient sa route? Quelque chose ne tournait pas rond. Il était possédé, possédé par la Soif.


- Chacun croit toujours avoir vu le pire...fit Alastor en s'approchant un peu du jeune homme.

Mais Raphaël se mit à trembler et l'odeur de son sang traversa l'air comme l'éclair déchire un ciel de nuit. Le Conservateur s'arrêta net, le regard figé sur ces ongles qui s'enfonçaient dans la chair du Hunter, souillant la chemise de nuit dont il était vêtu.
Le silence se fit.
Alors, l'aristocrate se mit à interpréter la situation et à rire nerveusement. Il pensait qu'on avait pris soin de lui pour mieux le livrer au Comte et à ses sévisses. Pour lui, le lord savourait d'avance ce qu'il allait lui faire subir. Il chercherait encore et toujours Sarah Spencer et lui mourrait sans pouvoir l'aider. D'après son ton, grave et bas malgré ses rires saccadés, le Hunter était prêt à se laisser tuer, résigné, avec le sourire aux lèvres. Il ignorait où se trouvait la jeune héritière tant convoitée par le seigneur vampire et s'en réjouissait tout à fait. Pâle satisfaction s'il en faut.

Alastor soupira de nouveau et redressa ses lunettes sur son nez d'un air morose.


- Oui, Monsieur Veneziano, le Comte vous attend dehors, sans doute pour vous obliger à le mener à Miss Spencer ou, si vous ne le pouvez, à vos camarades embusqués dans Dieu sait quel recoin de la ville. Mais ce n'est pas lui qui nous a demandé de vous soigner et je vous saurai gré de ne pas nous associer.

Le bibliothécaire s'ennuyait presque malgré la situation. Pour lui, cette conversation était des plus inutiles. Quelle perte de temps! Il n'avait pas à livrer à cet homme quelque information que ce soit, mais le contexte l'obligeait presque à dire ce qu'il ne voulait pas formuler.

Au bout d'un moment, profitant de ce que le jeune Vampire semble plus calme, le Conservateur s'en approcha plus franchement et lui tendit une main, paume vers le ciel. En son creux reposaient deux cachets blancs. Numérotés, ils étaient d'un ovale peu prononcé, lisses et fendus d'un trait en leur centre.


- Prenez. Ordonna-t-il d'un timbre sombre dont la tonalité ne laissait pas de choix. Avalez. Vous devez vous régénérer.

Conscient des réticences que cet échange allait susciter chez le Hunter, le Vampire hésita à user de la force de son aura pour l'obliger à obéir. Finalement, il se contenta de lui abandonner les cachets sur le bord du bureau contre lequel il était assis.

Tournant le dos à son "invité", le Conservateur s'éloigna d'un pas rapide pour gagner la porte du débarra. Une main sur la poignée, il s'arrêta pour jeter un dernier regard au jeune homme.


- Que vous ayez des informations sur Mademoiselle Spencer ou non, vous n'avez aucun échappatoire. Vous ne pouvez rester ici éternellement et le Comte mettra la main sur vous au moindre pas dehors. A vous de choisir votre sort: je ne suis pas là pour vous servir de conseiller ou de conscience. Sachez seulement que je ne fais pas la charité et que je ne tolérai aucun..."débordement" en ces lieux. Restez loin de ma collègue ou vous aurez affaire à moi.

Sur ces mots, Alastor ouvrit la porte et quitta la pièce avant de la refermer avec un peu de force. Abandonner le Hunter après sa menace, avec pour seule consolation deux Blood Tablett, ne lui posait aucun problème de conscience. Il savait que pour se reconstruire cet homme avait besoin de paix. De paix et de temps. Il n'en aurait pas avant longtemps et c'était sans doute une des seules nuits où il pourrait réfléchir avant de se retrouver entre les griffes du Comte. Autant le laisser seul avec lui-même.

- Les égouts.

Alastor sursauta presque. Jezabel se tenait devant lui, les bras croisés, appuyée d'une épaule sur le mur froid du couloir. Elle le regardait de ses grands yeux brillants avec une mine grave.

- Vous n'êtes pas sérieuse miss Rainworth? répondit le Conservateur en se redressant comme piqué par une telle idée. Mais la jeune femme ne se démonta pas et continua:

- Je suis on ne peut plus sérieuse Monsieur, fit-elle en décroisant les bras. Vous pouvez dissimuler son aura le temps qu'il quitte la bibliothèque et s'éloigne un peu.

Alastor entrouvrit la bouche et la referma aussitôt. Était-elle donc folle? Aider le Hunter à s'enfuir au nez et à la barbe du Comte ne ferait que lui déclarer ouvertement la guerre.

- Qu'est-ce qui vous effraie?

Le Vampire jeta un regard noir à la jeune femme.

- Vous le savez très bien.

Poussant un soupir pesant, Alastor enleva ses lunettes et se frotta le nez. Il était fatigué de devoir subir une telle situation. Qu'avait-il fait pour mériter ça?

- Retournez vous coucher, Miss. J'ai du travail.

Jézabel eut une moue de désaccord mais n'insista pas. Elle fit une courbette et disparut dans le couloir pour regagner sa chambre.
Le Conservateur resta quelques minutes sans bouger, tendant l'oreille pour écouter les bruits environnants. Que faisait Raphaël? Est-ce qu'il allait dormir? Il était clair qu'il ne devait pas rester sans surveillance, mais Jézabel ne pouvait garder sa porte...Fallait-il qu'il le fasse lui-même? Hors de question.
Après une longue réflexion intérieure, le Vampire grinça des dents et prit une décision. Il fit demi-tour et ouvrit la porte du débarra à la volée. Avançant d'un pas ferme sur le jeune Hunter, il se fit pressant:


- Raphaël, si je vous donnais un échappatoire, vous me jureriez de laisser ce lieu en paix? Quoi qu'il arrive après votre départ, que les Hunters aient ou non la vie du Comte, comme vous semblez le désirer, je veux avoir la certitude que vous ne viendrez pas tirer au beau milieu de cette bibliothèque.

Son regard tomba sur les cachets.

- Avalez. Vous en aurez besoin.

S'accroupissant pour se mettre à la hauteur du jeune Vampire, le Conservateur posa une main sur son poignet gauche.

- Venez. Je vais vous faire sortir d'ici.
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Raphaël Veneziano
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MessageSujet: Re: La Voix de la sagesse [Comte, Alastor, Raphaël] [25/04/42] Jeu 2 Juin - 12:13

Des Vampires, toujours des Vampires...Où qu'il aille, quoi qu'il fasse...Mais combien étaient-ils donc dans cette ville infernale ? Des dizaines ? Des centaines ? Si le conservateur de la Grande Bibliothèque en était un, qu'est-ce qui permettait de croire que les lords n'en étaient pas tous ? Le Comte était bien à la Chambre ! Et la reine ?! Non, elle saluait les londoniens en plein jour...Mais tout le monde savait que le Comte en était étrangement proche. Il la manipulait sans doute !
Le pays était-il donc perdu ?

Raphaël était plongé dans ses pensées tandis qu'il dévisageait le bibliothécaire qui venait de lui confirmer sa véritable nature. Que fallait-il faire désormais ? Le tuer ? Il n'en avait pas la force.

Le premier choc passé, le jeune Vampire s'était écroulé. Ivre de fatigue, nourri de désespoir, il avait pris un peu de recul pour réfléchir. Les larmes coulèrent bientôt sur ses joues, comme pour laver ses blessures tout en noyant son cœur dans d'obscurs désirs. Il trembla de peur, murmura sa haine, cracha son amertume.
Le Comte voulait trouver Sarah ? Il ne l'aurait jamais ! Il l'avait enfermé dans la Bibliothèque ? Il y crèverait et cela ne lui apporterait rien !
Son rire nerveux, mêlé à ses pleurs, lui donnèrent l'impression de devenir fou. Tout semblait si stupide ! Comment avait-il fait pour tomber aussi facilement entre les griffes de ce maniaque décérébré ? Et encore, il avait eu de la chance.
De la chance...

Le regard de Raphaël croisa celui du conservateur. Sa chance se résumait à l'acte de ce Vampire...Quelle humiliation ! Mais pourquoi l'avait-il sauvé ? De quel monstre était-il le nouveau jouet ?


- Tais-toi...

Le Hunter ne voulait pas discuter avec son homologue. Il se détachait des activités du Comte ? Grand bien lui fasse ! Mais il restait complice quand même...Comment justifier qu'ils étaient tous deux en pleine discussion quand il était sorti du piège du vieux Vampire ? C'était son larbin, comme beaucoup d'autres. Qu'il cautionne ou non ses exactions, il ne s'y opposait pas. S'il l'avait vu lui donner un bon coup de couteau, il aurait pu le considérer comme un potentiel allié, mais là...ce n'était qu'un monstre de plus à éliminer.

- Mes « camarades » auront sa peau, et la tienne...marmonna-t-il encore la bouche contre son bras.

Alors le Vampire lui tendit une main et Raphaël eut un sursaut, prêt à se battre s'il faisait un geste de plus dans sa direction. Mais ses yeux glissèrent sur les cachets que l'homme lui tendait. Des Blood Tablett. Le Hunter fit une grimace de dégoût et lui jeta un regard noir.


- Penses-tu que j'aie besoin de ta pitié ? cracha-t-il en détournant la tête.

Le bibliothécaire laissa les cachets sur le bureau et lui tourna le dos. Raphaël fixa sa nuque un instant et la furieuse envie de se jeter sur lui pour planter ses crocs dans sa chair le traversa tout entier. Puis il songea au coupe-papier, posé près des cachets, et s'imagina lui planter entre les omoplates. Mais ses forces l'avaient abandonné et il aurait été incapable de se lever et de parcourir la distance qui les séparait, aussi infime soit elle.
Il ne perdait rien pour attendre !

Le conservateur s'apprêtait à sortir lorsqu'il se retourna pour lui lancer quelques ultimes répliques. Le Comte l'attendait, il n'avait aucune chance de lui échapper. S'il restait sous ce toit, ce ne serait pas pour l'éternité. Et s'il touchait encore à un cheveu de sa secrétaire, il risquait d'y passer.
Raphaël sourit au Vampire d'un air mesquin.


- Qu'elle ne traîne pas près de mon lit...fit-il en grognant comme un chien blessé.

Une fois que la porte eut été fermée, le Hunter poussa un lourd soupir. Puis, il tenta de se mettre debout mais n'y parvint pas. Agrippé au bureau, il réussit simplement à faire tomber les cachets au sol et à retrouver sa place initiale en gémissant. Sa main gauche lui brûlait comme jamais et les nerfs de son avant bras hurlaient leur supplice. Serrant les dents, le Vampire se recroquevilla sur lui-même et souffla sa douleur.
Ces deux jours passés dans le piège du Comte, en plus de sa main mutilé, avaient fait de lui une véritable loque. S'il avait été capable d'attraper la jeune femme, ce n'était que grâce à cette frénésie qui l'avait pris lorsqu'il l'avait aperçue, cette soif dévorante...
Sa main valide trouva l'un des cachets et il le ramena devant ses yeux. Ce n'était pas la même présentation que ceux qu'il prenait d'habitude. Ils paraissaient plus...lisses, plus fins. Comment étaient-ils réalisés ceux-là ? Les supporterait-il mieux ?


- Raaa !

Le jeune aristocrate jeta le cachet devant lui mais ce dernier rebondit sur un des pieds du lit pour revenir à ses pieds. Raphaël manqua de l'écraser mais il se contenta de pousser un nouveau grognement. Détresse, douleur, frustration...Rien ne semblait plus pouvoir le sauver.
Fallait-il qu'il reste ici pour toujours ? Impossible. D'ailleurs le bibliothécaire ne le laisserait pas faire. Et quel intérêt y avait-il à ça de toute façon ? Vivre enfermé comme une bête : hors de question ! Devait-il sortir pour affronter le Comte ? Non...Il y avait là un réel danger pour ses amis. Qu'il ignore où se cache Sarah était une chose, mais il savait où les Hunters se rassemblaient et cette information pouvait être récupérée par le vieux Vampire. Il devait s'enfuir, loin, quitter la ville, ou périr, ici, pour emporter avec lui le souvenir de cette cachette.

Alors qu'il était en train de songer à la meilleure méthode pour se donner la mort tout en emportant avec lui son hôte, Raphaël vit ce dernier entrer comme une bourrasque dans la pièce. Son air grave et sa démarche rapide le mirent sur la défensive. Venait-il le tuer ?! Maintenant ?! Comme ça ?! Il avait certainement lu ses pensées !
Le Hunter recula brusquement contre le pied du bureau et leva un bras pour se défendre. On aurait cru un enfant qui craint un mauvais coup de la part d'un adulte. En réalité, l'aristocrate n'avait pas encore abandonné tout espoir de vivre et sa détresse venait de faire un bond.

Face aux propos du conservateur, Raphaël fronça les sourcils.


- Que...quoi?

Il n'était pas sûr de tout comprendre. Qu'est-ce qu'il lui proposait au juste ? Un genre de pacte ? Il voulait qu'il promette de ne pas revenir chasser dans la Bibliothèque s'il l'aidait à s'échapper. La belle idée!

- Je...

L'homme lui indiqua le cachet à ses pieds et l'enjoignit, une fois encore, d'avaler les palliatifs qu'il lui avait donnés. Quelque peu abasourdi, Raphaël ne réagit pas. Ce n'est que lorsque le Vampire s'accroupit à sa hauteur et posa une main sur son poignet qu'il explosa:

- Lâche-moi ! Ne m'touche pas !

D'un coup de main, il éloigna celle que le Vampire appuyait sur lui et tenta de le repousser en arrière d'un coup de pied. Puis il lui montra les dents, à l'instar d'un chien enragé.
Le silence s'installa. Raphaël voulait hurler et se battre, mais il n'en pouvait plus. Son organisme ne fonctionnait que par miracle et sa tête lui tournait. Il avait besoin de dormir et de se sustenter. Tout devenait de plus en plus flou et cette situation le mettait hors de lui.
Cependant, au bout d'un moment, il se calma. Son visage se décomposa à nouveau et, la tête basse, il se remit à marmonner :


- Je ne sais pas ce que vous y gagneriez mais...moi, dans tous les cas, je suis incapable de marcher.

Ce mots lui coûtaient mais il ne pouvait nier la vérité. S'il avait pu marcher, il aurait sans doute suivi le Vampire pour mieux le coincer et l'assassiner avant de prendre la fuite, mais au bout de deux pas, il savait qu'il s'écroulerait. Tout cela était inutile.

- Et puis...je ne sais pas dissimuler mon aura...C'est peine perdue.

[HRP/ Ellipse. Fin du rp de Raphaël. La suite prochainement!/HRP]
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Alastor Drake
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MessageSujet: Re: La Voix de la sagesse [Comte, Alastor, Raphaël] [25/04/42] Jeu 2 Juin - 18:46

Des regards noirs, des menaces, le rejet de sa race et de lui-même...Raphaël faisait partie des rares Vampires qui ne s'étaient jamais accoutumés à leur condition et qui avaient décidé de lutter face à l'expansion du Don Obscur. Alastor n'avait encore jamais rencontré un de ses congénère détestant autant sa propre nature. Certes, il avait déjà eu droit à de sombres tête-à-tête avec des Vampires particulièrement méprisants ou désespérés, mais jamais encore il n'avait eu affaire à un Vampire-Hunter.
Quelque part, il trouvait que cette « philosophie » de vie était des plus logiques. Au fond, il pensait même que c'était étrange que si peu d'entre eux ne se soient ainsi retournés contre leurs créateurs. Avaient-il eu le choix de l'immortalité ? Pour la plupart, non. Ainsi, beaucoup avaient accepté ce cadeau empoisonné comme une ultime promesse de bonheur et il était certain que les Nouveaux Nés s'habituaient à leur nouvelle nature si leur maître prenait soin d'eux. Mais il arrivait que les plus faibles, ou les plus dépressifs, finissent par se laisser mourir. Parfois, il y en avait qui se révoltaient contre leurs semblables et qui finissaient mal après quelques meurtres exécutés sous une impulsion sauvage.
Mais qu'un Vampire aille jusqu'à jurer la fin des siens, qu'il se revendique du côté des Humains et qu'il prenne les armes pour les détruire, aveuglément, sans distinction entre les uns et les autres, mettant dans le même sac toutes ces têtes à partir du moment où elles portaient des crocs, cela restait rarissime. Et c'était d'autant plus rare qu'au moindre écart les Vampires ne laissaient pas de chance d'en réchapper. Il fallait donc être malin, malin et organisé.
Comment Raphaël avait-il pu survivre jusque là ? Il était jeune, très jeune, et semblait incroyablement fragile. D'ailleurs, la couleur de ses cheveux en disait long sur l'avancée du processus de dégénération. Il allait mourir dans quelques années ou devenir fou. Apparemment, il ne maîtrisait pas ses pouvoirs et il dépérissait à force de ne pas se nourrir correctement. C'était déjà trop tard pour le sauver.

C'est sur ces pensées profondes qu'Alastor se concentrait pour éviter de devenir violent avec le jeune homme qui se tenait devant lui. C'est qu'il devenait plus insolent que jamais et s'était même mis à le tutoyer, marque éminente d'irrespect et de mépris. Il refusait de l'écouter, lui promettait la mort et refusait son aide avec la brutalité et l'attitude d'un enfant de 5 ans. Qu'il était donc agaçant !


*Mais pourquoi me suis-je interposé... ?*

Le Conservateur avait bien assez à faire avec ses traductions babyloniennes pour se retrouver avec un tel fardeau supplémentaire ! Un Vampire enragé qui ne pensait qu'à les tuer lui et le Comte...Cette soirée s'annonçait des plus gaies !

- Je les laisse sur le bureau. Grogna-t-il avant de lui tourner le dos.

Décidément, Raphaël ne méritait guère son attention. Il était exaspérant de colère.
Même lorsqu'il le mit en garde au sujet de Jézabel, le Vampire ne put se retenir de la menacer. Alastor se retint de répondre. A part envenimer la situation, qu'est-ce que cela aurait changé ? Sans doute rien.
Une chose cependant attira l'attention du bibliothécaire : l'emploi du possessif faisait du lit qui l'accueillait le « sien » et cela prouvait que le jeune Vampire avait une forme d'attachement à ces lieux. A bien y réfléchir, cela pouvait présupposer qu'il comptait tout de même se reposer ici et accepter, ne serait-ce que quelques heures, son hospitalité. C'était plutôt encourageant, même si d'aucuns trouveraient cette interprétation tirée par les cheveux.

Alastor avait décidé de laisser l'Humain seul avec lui-même pour qu'il réfléchisse et avale les Blood Tablett sans se sentir dévisagé. Il savait bien que sa nature n'aurait fait que le bloquer davantage et il pensait, sans doute à raison, qu'il valait mieux lui accorder un moment de paix.
C'est alors qu'il tomba sur Jézabel dans le couloir et que cette dernière lui suggéra d'aider le jeune homme à s'enfuir au nez et à la barbe des sbires du Comte. Son idée était de le faire passer par les égouts tout en l'aidant à camoufler son aura. Quelle drôle d'idée ! C'était bien trop risqué. Les disciples du vieux Vampire devaient déjà surveiller les égouts. Et puis...avait-il réellement envie d'intervenir dans cette histoire ? Voulait-il déplaire au Comte au point de faire acte de trahison ? Parce que cette fois c'était bien une trahison qu'il risquait d'entreprendre. Le Prince de Londres n'était pas seulement le Vampire alpha de la ville, c'était aussi leur doyen à tous. Il lui devait une forme d'allégeance qui ne souffrait pas de semblable affront. C'était donc dangereux, très dangereux. En outre, Alastor n'était pas non plus un bon samaritain qui se souciait réellement d'autrui. Raphaël et ses amis Hunters allaient se faire prendre et périr sous la botte du Comte ? Et alors ? Pour lui, leurs vies n'étaient pas plus importantes que d'autres. Il ne choisirait pas de camp. Il n'en avait jamais choisi.

Un dilemme se posait là pour l'archiviste. Gardien de la mémoire, il connaissait les multiples possibilités qui s'offraient à lui. La vraie question qu'il devait se poser maintenant c'était : en quoi croyait-il ? Que défendait-il ?

….

De retour sur ses pas, le Conservateur venait d'agir sur un coup de tête. Cela était rare chez lui, voire inexistant, mais il venait de prendre une décision qui risquait de renverser sa vie : sauver Raphaël, ou du moins l'aider à quitter les lieux sans tomber immédiatement dans la gueule du loup. Pourquoi avait-il choisi ce soir ? Parce qu'il connaissait en partie les grands plans du Comte et souhaitait qu'il échoue.

….

Arrivé devant Raphaël, il le pressa de lui donner quelques garanties. Ce dernier crut sans doute qu'il était revenu pour le tuer, puisqu'il fit un geste pour se protéger d'un coup qu'il n'avait même pas esquissé.


- Allons ! Détendez-vous un peu, et mangez ces cachets !

Mais le Hunter lui hurla dessus dès qu'il entra en contact physique avec lui et Alastor dut se tenir en retrait. La réaction du jeune homme était tout à fait compréhensible. Non seulement il venait sans doute de vivre une de ses plus éprouvantes aventures mais en plus il était mutilé et placé en face d'une créature qu'il ne supportait pas. Il devait craindre d'être tué, manipulé ou pire, torturé. Le Comte en avait fait un chiot apeuré...
Après un silence, Raphaël se mit à parler et le Conservateur fit preuve d'une grande patience pour l'écouter sans l'interrompre. A ses paroles, il soupira doucement et prit le parti de calmer la fougue dont il venait de faire preuve ainsi que de rassurer le Hunter.


- Je n'ai rien à y gagner...au contraire...fit-il accroupi en face de lui. Son regard se fit plus doux. Mais je ne peux décemment laisser mourir quelqu'un sous mon toit ou tirer un homme hors de l'eau pour le noyer ensuite. Il soupira. J'ai sans doute été un peu trop hâtif...Il est évident que je ne vous emmènerai nulle part dans cet état...Vous devez d'abord vous reposer.

Raphaël mit alors en avant le fait qu'il ne sache pas dissimuler son aura. Le bibliothécaire grimaça et réfléchit un moment. Puis, il se releva et toisa de haut le Hunter.

- Vous ne le savez pas...encore, mais rien n'est jamais perdu. Son regard se fit plus grave. Je vous apprendrai.

[HRP/Fin du rp avec Alastor. Suite à venir./HRP]
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La Voix de la sagesse [Comte, Alastor, Raphaël] [25/04/42]

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