L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


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Il faut bien un irlandais pour attraper un autre irlandais [Aylith, Red'maw] [13/10/41]

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Aylith Byatis
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MessageSujet: Il faut bien un irlandais pour attraper un autre irlandais [Aylith, Red'maw] [13/10/41] Sam 12 Mar - 2:22

Mon pas rageur battait le pavé malpropre des rues de Londres. Trois fois. C’était la troisième fois que  Butch venait me voir cette semaine, pour me demander de faire quelque chose pour lui. Ce qui n’est pas un problème en soit, entendons-nous bien, j’apprécie les clients réguliers, mais lui… C’était une autre histoire. Oui, il payait bien, et c’était pour cela que je n’avais aucun problème à lui rendre un petit « service » ou deux, de temps à autres… Mais il avait cette fichue manie de me traiter comme sa subordonnée, de considérer que j’étais à sa disposition, qu’il pleuve ou qu’il neige, et que sa demande serait satisfaite dans la journée. C’était cela qui m’énervait tout particulièrement. Et je n’étais visiblement pas la seule, puisque je pouvais presque sentir Kaja tourner en rond dans ma tête, attendant visiblement mon signal pour le traquer, et lui arracher la tête d’un coup de mâchoire bien senti. Istasha, quant à elle, était toujours aussi imperturbable. Tout juste avait-elle émis un petit claquement de langue désapprobateur en entendant le mot « tout de suite », ce qui devenait une habitude avec elle.
La paye étant bonne, j’avais toutefois décidé, à nouveau, de satisfaire ses demandes. Ce que Butch ne savait pas en revanche, c’est que je le facturais 20% plus cher que tous les autres, mais il l’avait mérité. J’avançais donc, passablement irritée, vers Whitechapel, où se trouvait toute l’information dont j’aurais besoin. Il fallait que je trouve un certain Aidan, migrant irlandais qui s’était installé à Londres quelques mois plus tôt, et avait accumulé dans l’intervalle un certain nombre de dettes en pariant sur des combats. Quel genre de combat ? Je préférais ne pas savoir pour être parfaitement honnête. Toujours était-il que quand les hommes de mon commanditaire s’étaient pointés chez lui dans la city pour lui demander (gentiment) ce qui leur appartenait, ils avaient trouvé l’endroit vide. Le bougre ayant décidé de jouer aux fantômes, il ne pouvait être allé qu’à un endroit : l’East End. Il était plus facile de disparaître dans ce cloaque que n’importe où ailleurs dans l’Empire Britannique, et c’était pour cela que j’allais m’y rendre en premier lieu. C’était, par ailleurs, l’un des endroits où j’avais le plus de contacts. Evidemment, quand vous savez qu’un quartier de la ville est le théâtre de toutes les transactions douteuses, trafics et autres meurtres intéressés, et que vous êtes sur le marché de la vente d’informations… Eh bien, vous n’avez plus qu’à y placer la moitié de vos hommes, pour savoir tout cela, et ensuite faire payer le prix fort à vos clients.

Je me dirigeais d’ailleurs vers la ruelle où dormait habituellement Jack (je suis à peu près persuadée que ça n’est pas son vrai nom, mais c’est sans importance), un clochard particulièrement volubile, et qui aurait certainement entendu quelque chose au sujet du type qui m’intéressait aujourd’hui. C’était la raison de la présence de la flasque de whisky à ma ceinture : il était plus facile de lui tirer les vers du nez en lui offrant quelque chose qu’il appréciait tout particulièrement. Evitant de justesse le jet d’eau sale et d’excréments qui tombait d’une fenêtre au-dessus de moi, j’apercevais enfin son repère, dans lequel je ne comprenais toujours pas comment il arrivait à entrer. Le « passage » devait faire à peine plus de 50 centimètres de large, et il y vivait ? C’était courageux de sa part, mais je n’en aurais pas été capable, je le crains. Pressant un peu le pas pour y arriver plus vite, je le trouvais endormi sur un sac de linge crasseux et d’ordures en tous genres. Il avait l’air particulièrement bienheureux, considérant sa situation, mais j’étais partie pour gâcher son plaisir, car, de manière immédiate, j’avais besoin de ses services.
Je commençais donc à pousser du pied sa jambe, dans l’espoir qu’il se réveillerait immédiatement, mais il ne réagit pas du tout. Ce qui voulait probablement dire qu’il avait pris une cuite la veille, et qu’il ne serait pas si facile que cela à ramener dans le monde des vivants. Un coup d’œil à une flaque de vomi encore fraîche, quelques mètres plus loin, m’appris que mon impression première était probablement la bonne, et qu’il allait donc falloir employer les grands moyens. M’accroupissant à ses côtés, je lui envoyais donc une claque retentissante qui eut, elle, le mérite de fonctionner. Réveillé en sursaut, le soulard commença à s’agiter dans tous les sens, avant de sortir un couteau de son manteau miteux, et le pointa sur moi. Lorsqu’il me reconnut, il abaissa la lame, sans perdre son air grincheux, et pris la parole d’une voix rocailleuse :


-Ah c’est toi ? Qu’est-ce que tu veux Lily ?
Je pris le temps de lui adresser un regard désapprobateur face au surnom employé (ainsi que sur son apparence générale, mais ça il avait l’habitude), avant de lui répondre :
-J’ai besoin d’infos Jack. Je cherche un certain… Aidan. Irlandais d’origine, grand, roux, les yeux bleus il me semble. Toi et tes amis l’auriez pas vu passer par ici des fois ?
Comprenant que je venais pour faire affaire, il se redressa et rajusta à peu près son vêtement pour paraître plus présentable. Ce qui ne fonctionna en aucun cas. Il adopta également un air sérieux, mais ses yeux criaient sa cupidité lorsqu’il éructa :
-Et c’est pour ça que tu m’as réveillé ? Va-t’en, et revient demain, j’aurais peut-être quelque chose pour toi.
Exactement ce à quoi je m’attendais. Je détachais donc la flasque de ma ceinture pour de la lui faire pendre devant les yeux, avant de reprendre d’une voix douce :
-J’ai besoin de l’info aujourd’hui… Mais dis-moi si t’as rien, j’irais juste voir Higgins, il sera peut-être un peu plus coopératif.
-Non, attend ! Je crois qu’il est dans le quartier Irlandais, chez un de ses amis… J’en sais pas plus, mais tu devrais jeter un œil au Broken Jaw, j’ai entendu dire qu’il s’y rendait régulièrement.
-Merci Jack, toujours un plaisir de faire affaire avec toi.

Un petit sourire sur le visage, je lui lançais l’alcool ainsi qu’une poignée de piécettes avant de prendre la direction indiquée. J’avais déjà ce qu’il me fallait pour l’attraper, mais je pourrais sans doute accélérer le mouvement en me rendant à son débit de boisson préféré, plutôt que de passer des heures perchée sur une branche de l’East end jusqu’à ce qu’il décide de pointer le bout de son nez. Le pas un peu plus léger, je parcourais donc rapidement les ruelles du quartier décrépi en évitant les gaillards visiblement trop belliqueux pour leur propre bien et autres pickpockets. Whitechapel était certes l’un des points névralgiques de mon business, mais je n’appréciais que très moyennement l’endroit, aussi plutôt j’en aurais fini avec cette affaire, plus tôt je serais retournée à ma bibliothèque pour m’ensevelir sous des tonnes de papier… Pour mon plus grand plaisir.
Il ne me fallut qu’une poignée de minutes pour me rendre jusqu’à l’endroit indiqué (que je faillis d’ailleurs manquer, à cause de l’état déplorable de l’enseigne… Mais Istasha m’arrêta alors que je dépassais l’entrée de ce bouge minable, en me forçant à poser les yeux dessus). J’hésitais quelque peu devant la porte, étant personnellement peu désireuse de pénétrer en ce lieu… Mais les affaires sont les affaires, et il fallait bien mériter ma paie. Nous approchions alors des huit heures du soir, ce qui voulait dire horaire de pointe, donc difficile de poser des questions au personnel… Tant pis, je patienterais dans un coin. En essayant de réprimer mon appréhension je poussais la porte de l’établissement pour y pénétrer. Une quinzaine de personnes étaient déjà assises à l’intérieur, et presque autant de regards se tournèrent vers moi. Je les saluais d’un bref geste de la main avant de me trouver une table tranquille à proximité du bar. J’étais habillée de manière pratique mais pas particulièrement élégante, ce qui me permettait de me fondre, à peu près, dans la clientèle habituelle de l’endroit… Si l’on omettait que mes vêtements à moi étaient propres. Peu à peu, les curieux détournèrent le regard, ne me considérant visiblement que comme une soularde comme une autre.

Je scrutais pour ma part les environ s, à la recherche de ma cible… N’ayant qu’une description physique sommaire, il m’était assez difficile de l’identifier, d’autant plus que la taverne était peuplée en majorité d’autres irlandais, pour mon plus grand déplaisir. Il faudrait donc patienter un peu, et poser les bonnes questions aux bonnes personnes. Mon fauteur de trouble pouvait très bien me passer sous le nez en ce moment même, mais je n’en avais cure… Après tout, je n’avais qu’à découvrir comment le trouver, de manière certaine, à certains horaires pour que Butch soit satisfait, pas besoin de faire de l’excès de zèle. Je remarquais également qu’il n’y avait que deux membres du personnel ici : le barman, qui était sans doute également le tenancier de l’établissement, et une jeune femme qui jouait les serveuses en virevoltant entre les tables pour satisfaire tout le monde, non sans attirer un regard lubrique ou deux ici et là. L’air bourru du chef d’établissement ne m’inspirait pas exactement confiance : si je lui posais les questions qui m’intéressaient, il saurait que je n’avais pas que des bonnes intentions, et pourrait décider de faire tout un tas de choses tout à fait déplaisantes. La serveuse, quant à elle, pourrait sans doute se rendre utile. Elle avait l’air à peu près gentille, et peut-être possédait-elle encore l’innocence de croire que je n’étais qu’une amie cherchant Aidan. C’était tout au moins mon plan d’action pour le moment.
Lorsqu’elle vint s’enquérir de ce que je désirais boire, je lui demandais de m’amener ce qu’ils avaient de plus proche d’un bon vin, et elle revint avec un verre de piquette à peine buvable, mais on fait avec ce que l’on a. Je lui laissais un bon pourboire, histoire de l’amadouer, tout en me rendant compte que son élocution était… Hésitante. Etait-elle bègue ? Ça serait bien ma veine tient, devoir interroger une gamine bègue pour identifier les habitudes d’un irlandais dont je me fichais éperdument… Le tout pour le compte de Butch. Cette soirée s’annonçait particulièrement agréable. Une petite dizaine de minutes plus tard, je commandais de quoi manger, avant que la jeune femme ne me ramène un ragout finalement bien meilleur que ce à quoi je m’attendais. Bon, je ne m’attendais pas à grand-chose à vrai dire, mais c’était tout à fait comestible. Je mangeais en silence, continuant d’observer la pièce… Les autres clients s’étaient visiblement fait à ma présence, puisque je ne faisais pas particulièrement de bruit, et ne semblait pas poser de questions indiscrètes. Avec un peu de chance, ils oublieraient tous que j’étais là ce soir, ou ne sauraient pas faire le lien avec ce qui allait inévitablement arriver à leur compagnon de boisson.
Lorsque la jeune femme revint pour récupérer mon plat vide, je l’attrapais brièvement par le poignet avant de lui glisser à voix basse :


-Je suis désolé, je suis nouvelle par ici, et j’aurais besoin d’un conseil ou deux… Vous pourriez prendre un peu de temps pour moi après votre service ?

Je plantais mes yeux dans les siens, pas agressivement, mais sans jouer les mendiantes non plus. Si elle était véritablement naïve, elle croirait à mon histoire, si ça n’était pas le cas… Elle saurait que je veux faire affaire avec elle, et pourrait se montrer intéressée. Une fois la phrase sortie et le message passé, je la relâchais, mine de rien, avant de retourner à mon occupation précédente : fixer le fond de mon verre tout en tentant de débattre avec Kaja de la meilleure approche à suivre. Elle voulait simplement pointer le pistolet sur la tempe de la jeune femme jusqu’à ce que l’on ait les renseignements dont nous avions besoin, tandis que j’étais plus partisane d’une approche aux airs plus « diplomatiques ». Comme d’habitude, la discussion se faisait sous les commentaires sarcastiques d’Istasha, dont la participation était… Minimale.


Dernière édition par Aylith Byatis le Lun 14 Mar - 8:47, édité 1 fois
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Red'maw
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MessageSujet: Re: Il faut bien un irlandais pour attraper un autre irlandais [Aylith, Red'maw] [13/10/41] Dim 13 Mar - 2:44

-Red ? J’ai fini de faire les comptes tout à l’heure, quand tu étais à la bibliothèque … C’est … Pas fameux.
Je ne me sens vraiment pas surprise de l’apprendre, étant donné qu’à cause de l’hiver, comme tous les ans, les clients sortent un peu moins souvent pour venir boire. -Hum huum ?
-Donc … On va un peu ralentir sur le beurre dans les patates pour quelques temps, si tu vois ce que je veux dire.
Je m’y attendais à celle-là.
-Et si tu as l’intention de traîner du côté des docks pour nous renflouer un peu … t’as ma permission.

Pas de grande surprise là non plus … David est « gentil » à sa manière, mais il a vraiment de drôles de manières de me demander ce genre de services. Enfin, après, je le comprends un peu … Je le vois déjà faire beaucoup plus d’heures que d’habitude, et s’il monte lui-même sur un ring, je ne suis pas certaine de parier sur sa victoire. Pourquoi ça me revient en tête ? Aucune idée : il m’a dit ça vers … 5 heures, je crois ? Depuis, j’ai commencé le service, lui s’est installé au bar, et nous n’avons pas vraiment eu le temps de parler tous les deux – à part pour les commandes des clients – mais peut-être tout simplement que ce genre de nouvelles a tendance à m’affecter plus qu’il ne faudrait … ça se reflète même dans mon comportement : j’essaie de sourire plus durant le service, de bosser plus vite, et de me montrer plus amicale que d’habitude. Pas parce que je suis vraiment joyeuse : je tente juste d’inciter les clients à boire un peu plus … Je ne sais pas, il me semble que David m’a dit un jour que ce genre de méthodes marchaient. La soirée n’est pas « calme », mais on a étés plus bondés de monde pour autant, je dois l’admettre … Les personnes et les tablées habituelles se mettent en place. Ici, Bart’ demande le jeu de dominos, et 3 pintes. Là, Matthew sort son jeu de cartes, prend 2 pintes pour lui et son voisin de gauche, alors que celui de droite veut un verre d’alcool fort, et celui d’en face un fond de porto. J’apporte les commande, sourit à un ou deux quolibets, et passe à la suite.

La soirée n’a rien de notable … Peut-être juste une nouvelle qui entre, à un moment. Comme d’habitude lorsqu’une personne n’est jamais entrée ici, elle attire l’attention de tout le monde … Puis, lentement, les dés se remettent à claquer, les cartes à s’abattre, et ceux qui étaient déjà en train de manger du ragoût se remettent à vider leur écuelle. Je ne m’attendais pas à grand-chose d’autre, mais j’ai comme ce sentiment étrange que la demoiselle aux cheveux noirs n’est pas venue ici uniquement pour la qualité des boissons et du service … Elle me le prouve d’ailleurs en commandant du vin. Du vin … est-ce qu’on a déjà vu un irlandais boire ce genre de liquide ? David hausse un de ses sourcils broussailleux lorsque je lui transmets la commande, mais me sert tout de même un verre avec une vieille bouteille de sous le comptoir. J’encaisse … il y a plus que l’acompte, mais j’ai l’impression que c’est délibéré. Je marmonne un « merci beaucoup » difficilement intelligible, mais ne relève pas outre mesure … pour quoi faire ? J’espère juste que le vin que je lui ai servi n’est pas bouchonné : ce serait un comble. Je me demande presque si c’est vraiment mon sourire qui me vaut ce petit bonus. L’idée me paraît ridicule à peine l’ai-je formulée mentalement.

Après plusieurs verres et quelques parties, les estomacs semblent se réveiller et demandent à être remplis : en une poignée de minutes à peine, la grosse marmite de ragoût que j’ai préparé ce matin, et qui a mijoté une bonne partie de la journée, est déjà vidée de son contenu. Ne faisant pas exception à la règle, la nouvelle venue m’en demande elle aussi une portion, que je lui apporte sans broncher : elle semble l’apprécier un peu plus que son verre, qu’elle ne s’est d’ailleurs pas fait resservir. Cependant, quelque chose d’inattendu se produit lorsque, en voyant qu’elle a terminé, je viens pour la débarrasser : elle me prend le poignet. La chose est plutôt courante, mais je dois avouer que ça n’arrive presque jamais avec une autre femme. C’est en vertu de ce seul fait (quoique, peut-être aussi du fait qu’elle ait l’air sobre) que je m’abstiens de me libérer d’un geste brusque, et prête attention à ce qu’elle me dit … Même si c’est encore une fois une demande qui implique ma personne, le (ici la) client(e), et ce que je fais après mon service, c’est demandé avec assez de politesse et de discrétion pour que j’accepte l’idée. En prime, elle me lâche d’elle-même la main, et sans attendre ma réponse de manière plus ou moins insistante … J’arrive à dessiner un sourire à peu près naturel en répondant un « Bien sûr. » dont je me demande s’il est bien approprié. Puis, l'air de rien, je tente de retourner à la cuisine déposer ce que j’ai dans les bras … Malheureusement, si je puis dire, la manœuvre, si discrète fut-elle, ne passe pas totalement inaperçue. Lorsque je débarrasse la table où se tenait une partie de Poker quelques instants plus tôt, l’un des joueurs, Ivans, effectue la même manœuvre que la demoiselle avant lui. Sa main à lui est cependant plus ferme, moite, et assez désagréable au contact pour tout dire : sa peau est usée à force d’entrer en contact avec certains produits, dans la tannerie où il travaille …


-Et dis-moi, Red, t’es de bonne humeur ce soir on dirait ! ça change !
-Ivans …
-Non mais je dis ça parce que la petite nouvelle là Il désigne d’un mouvement du menton la table de la brune, et par extension elle a visiblement le droit de faire des cachoteries avec toi ! C’est une copine, tu la connais ?
- Nan. Lâches.
- Tu laisses une fille que même toi tu connais pas te faire ça, et pas moi, qui vient ici presque trois fois par semaine depuis au moins deux ans et demi ?
- Second avertissement.Je vois dans ses yeux qu’il pense que je rigole, lorsque je dis ça. Il faut que j’arrête de sourire.
- Pourquoi t’es si cruelle avec nous, Red’ ? Pourquoi tu nous laisse paaaOOAAAAAAY !

Ce qu’il y a d’amusant, avec les gens ivres, c’est qu’ils ont des réflexes particulièrement peu efficaces. Dans le cas précis par exemple, je n’ai strictement aucun mal à  sortir mon poignet de sa main, puis à le saisir et à le faire pivoter. En le saisissant au bon endroit de la main et en l’obligeant à piler les doigts, je sais que la pose de son bras lui fait mal, sans que je ne risque de lui déboîter quelque chose. Encore que, en y allant assez fort … Mais ce n’est pas le but de la manœuvre, de toute manière. La scène tire quelques rires, à la table d’Ivans comme à d’autres. J’ai un petit sourire narquois sur les lèvres en le regardant se tordre, et tenter de m’échapper : futile, vu sa pause, mais l’effort mérite d’être noté.

- Okay, okay ! Je rigolais Red’Maw !
- Mhhh … On neeeee …? Un neophyte (comme la demoiselle dans le coin) pourrait se demander pourquoi je ne termine pas ma phrase, mais en réalité, c’est parce que presque tout le monde ici connaît déjà la suite. Que j’invite mon client à réciter.
- ne … fait pas chier la serveuse … Lorsqu’on est au Broken Jaw …

J’ai une petite moue satisfaite, et lui relâche le bras, qu’il replie et frotte sans savoir comment faire partir les tiraillements que j’ai provoqué dans son coude et avant-bras. Prenant les trois écuelles de bois, je les rapporte à la cuisine sans prêter attention au regard – que je sais noir – de David, et rigole en entendant les conversations reprendre … Une phrase s’élève à l’attention de mon patron. « Dis-moi, tu la loues pour combien, ta serveuse ? Ma femme a besoin d’une nounou de sa trempe, pour mater les gosses ! ». D’autant plus ironique que la personne qui dit ça se fait déjà elle-même mater par la femme en question … enfin, pour ce que ça me regarde.

Le reste de la soirée passe avec cette habituelle torpeur qui saisit plus ou moins rapidement les clients une fois qu’ils ont la bourse un peu plus vide, l’estomac rempli, et quelques chopines de plus dans le ventre qu’à leur arrivée. La cliente reste dans son coin, visiblement plongée dans ses réflexions. Peut-être 3 heures s’écoulent avant que l’avant-dernier client ne parte, laissant la grande salle dans un silence plus ou moins agréable. David, qui s’était déjà mis à un peu faire le ménage depuis une vingtaine de minute, m’indique en deux-trois gestes qu’il me laisse ranger un peu et fermer la salle : il va se coucher. Bien sûr, il ne dit pas tout ça à l’oral, et ne passe pas non plus 20 minutes à gesticuler, mais … Disons que nous avons nos codes tous les deux, depuis le temps. J’approuve sans grande conviction, et le regarde s’éloigner … avant de revenir à la petite nouvelle. Prenant une paire de choppe, je les remplie généreusement de brune, avant de les poser sur sa table, et de me saisir d’une chaise face à elle que je retourne pour m’affaler contre le dossier en m’asseyant. Levant un doigt pour lui intimer de ne pas encore prendre la parole, je fouille une poche de mon haut, et en tire un papier plié en 4 … Combien de fois ai-je du montrer cette note ? Pas tant que ça, je présume, mais en tout cas je ne m’en sépare que rarement … Je pose le papier sur la table, le faisant lentement glisser vers elle pour qu’elle en prenne connaissance.


« Bonjour.
Je suppose que vous vous en êtes rendu compte : je ne parle pas énormément. Ce n’est pas vraiment à cause de mon caractère : je suis simplement incapable de formuler à l’oral une phrase comprenant plus de deux mots. Si besoin est, je sais parfaitement écrire ce que j’ai à dire (d’où cette note), mais j’aimerais tant que possible économiser mes réserves de papier et éviter de gaspiller du temps.
Ne vous en faites pas si je réponds de manière directe, ou qu’une phrase que je tente de prononcer est bourrée de pauses, donc.
Merci. »

En la relisant, je me dis à chaque fois que je pourrais tenter de trouver une tournure plus élégante pour expliquer mon état … Mais, aujourd’hui comme depuis toujours, je n’ai ni l’inspiration pour la tournure en question, ni l’envie de copier une nouvelle lettre, ni l’utilité d’une nouvelle version « plus agréable que l’ancienne » qui ne serait en réalité qu’un gâchis injustifié de papier et d’encre. Laissant un sourire arquer mes lèvres lorsqu’elle relève les yeux vers moi, je reprends la feuille, et penche légèrement la tête sur le côté.

- Vous désirez ?


Dernière édition par Red'maw le Lun 14 Mar - 18:15, édité 1 fois
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Aylith Byatis
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MessageSujet: Re: Il faut bien un irlandais pour attraper un autre irlandais [Aylith, Red'maw] [13/10/41] Lun 14 Mar - 9:25

Le reste de la soirée fut –relativement- calme. Pourquoi relativement ? Parce que quand vous êtes dans la même pièce qu’une bonne quinzaine d’Irlandais, et que l’alcool coule à flot, vous ne vous en sortirez pas sans quelques cris, invectives et coups de poings rageurs sur les tables. Toujours est-il que, malgré le niveau sonore particulièrement élevé, aucun des autres clients ne semblait vouloir du mal à qui que ce soit. Ils exprimaient simplement leurs émotions immédiates de manière particulièrement bruyante. Pour le plus grand plaisir d’Istasha d’ailleurs, qui me demandait de garder les yeux rivés sur la table de jeu de cartes qui se déroulait à quelques mètres de nous, pour apprécier l’issue de chaque donne. Quand les cartes étaient distribuées elle s’amusait même à faire des paris sur lequel gagnerait et raflerait la mise de quelques piécettes qui ornaient (de manière bien chiche il faut le dire) le centre de la table de ces messieurs. Ce qui m’étonnait véritablement, c’était que presque toutes ses prédictions se réalisaient, alors que nous n’avions la vue que sur le jeu d’une des personnes, légèrement en biais par rapport à nous. Personne qui perdit d’ailleurs son salaire de la journée au fur et à mesure que la soirée avançait.
Kaja, pour sa part, avait fini par se calmer. Peut-être en était-elle venue à la conclusion que Butch attendrait, toujours était-il que sa contrariété avait cessée d’être omniprésente dans nos échanges, remplacée par une espèce de résignation relativement déprimante, mais que j’ignorais royalement. Si la louve avait fini par réprimer ses pulsions les plus primaires avec l’âge, ça ne l’empêchait pas de rester beaucoup trop émotive pour son propre bien. Il fallait simplement lui laisser un peu de temps pour se remettre de la déception et elle serait à nouveau d’attaque. Elle l’était pratiquement tout le temps, de toute façon. J’ignorais donc la louve qui n’était visiblement pas plus intéressée que cela par ce qui se passait autour de nous, et continuait mon observation tranquille de la salle. J’aurais bien aimé avoir apporté un livre, mais se mettre à bouquiner dans un tel cadre, c’était le meilleur moyen d’attirer l’attention, quelque chose que je voulais éviter, autant que faire se peut. Pour l’instant, l’objectif était d’ailleurs parfaitement atteint, puisque les clients se souviendraient probablement de moi comme d’une jeune fille timide qui sirotait du vin dans son coin… Ou ne se souviendraient pas de moi du tout, remarquez.

Les heures passèrent, doucement. Istasha continuait son petit jeu, et je me bornais à la suivre, n’ayant rien de mieux à faire pour l’instant de toute façon. Et puis, petit à petit, alors que la nuit se faisait plus noire dehors, les hommes rentrèrent chez eux les uns après les autres. Le départ du premier déclencha en réalité un exode massif qui, en moins d’une dizaine de minutes, vida le débit de boisson des deux tiers de ses consommateurs d’un coup. Restaient les piliers de bars, qui finissaient une énième chope, et ceux trop saouls pour rentrer chez eux tous seuls. Les premiers rentrèrent chez eux au compte-goutte, visiblement déçu de ne pas pouvoir passer toute la nuit dans la chaleur conviviale de l’endroit. Les seconds, ce fut la serveuse qui les escorta, gentiment mais fermement, jusqu’à la sortie. Au vu de leur état, j’aurais parié que la majorité d’entre eux allaient se trouver un coin douillet où passer la nuit dans la rue d’à côté plutôt que de tituber jusqu’à leur logis… Et pour ceux qui restaient, ça serait une sacrée randonnée, dans les rues de Whitechapel la nuit. S’ils arrivaient à bon port sans s’être faits détroussés, ça serait un miracle… Mais au vu de leur tenue, ils ne devaient pas avoir grand-chose à se faire voler.
Le tenancier, dont j’avais compris qu’il s’appelait David de par la façon dont l’interpellaient les habitués, avait alors déjà commencé à nettoyer la salle, passant derrière les soulards pour rendre leur table à nouveau présentable (toutes proportions gardées). Il jeta un bref coup d’œil à la mienne, dont il put constater l’absolue propreté, avant de s’éloigner. Je n’étais pas le genre qui renversait de l’alcool à tout va, même si dans le cas présent, on parlait de mauvais alcool. Après deux dizaines de minutes, il échangea une poignée de signes avec la serveuse, qui lui expliquaient visiblement qu’il la laissait finir le boulot et fermer boutique, puisqu’il disparut dans le fond de la salle sans plus de cérémonies. Je levais un sourcil vaguement étonné, surprise qu’il laisse cette responsabilité à la jeune femme, mais il lui faisait sans doute confiance. Kaja choisit ce moment pour se manifester à nouveau, visiblement intéressée par la suite des évènements. Istasha, quant à elle, faisait à nouveau preuve d’un silence absolu, son attention rivée sur la jeune femme amicale qui allait nous servir d’informatrice ce soir.

Celle-ci finit rapidement ce qu’elle était en train de faire avant de retourner derrière le bar pour remplir deux chopes de bière. Elle les amena ensuite à ma table, posant la première devant moi dans une invitation évidente à me servir. D’un petit hochement de tête je la remerciais, avant de tremper mes lèvres dans le liquide sombre. Je n’étais pas particulièrement friande de ce breuvage, mais il serait malvenu de le refuser pour une simple question de goûts. J’en ingurgitais donc quelques gorgées d’un air faussement appréciateur, avant de reposer le verre pour lire la note qu’elle venait de poser sur la table. Celle-ci me pris au dépourvu, je ne m’attendais pas à ce qu’une fille du bas peuple sache lire et écrire, mais compte tenu de sa difficulté à prononcer les mots, c’était logique. Je parcourais donc le papier du regard, comprenant les spécificités de son problème de parole, et sa répugnance à avoir une conversation trop longue avec qui que ce soit, visiblement. Ce qui n’était pas un problème après tout, je n’étais là que pour une poignée d’information, ce qui ne prendrait pas bien longtemps à obtenir… Après tout, les seules que j’allais lui demander serait si elle avait vu Aidan, et les horaires où il se trouvait généralement ici. Pas besoin de phrases de plus de deux mots pour cela, globalement.
Je décidais toutefois de faire preuve de bonne volonté pour la jeune femme, qui n’avait certainement pas suffisamment d’argent pour se payer le monceau de papier nécessaire à ses conversations quotidiennes. Je sortais donc un petit calepin, où je notais habituellement les observations que je réalisais dans le cadre de mon travail. J’avais commencé celui-ci il y a à peu près deux semaines, et il était déjà rempli d’un quart, mais cela lui laissait l’opportunité de me parler sans se soucier du prix de la conversation… Après tout, j’étais celle supposée la payer pour entretenir celle-ci. Je réfléchissais rapidement à ce que le carnet contenait, pour ne pas lui dévoiler d’informations importantes… Mais seuls étaient écrits des noms, des dates, des lieux… Cela ne voudrait rien dire pour elle. Qui plus est, les affaires répertoriées ici avaient toutes déjà vu une conclusion, si ce n’est celle de la famille Miller, mais les chances qu’elle connaisse ces petits bourgeois étaient particulièrement faibles. Une fois cet état des lieux fait, et ayant la certitude que rien de compromettant n’allait se retrouver sous les yeux de mon interlocutrice, je plaçais l’objet de son côté de la table, ajoutant un crayon à papier quelques secondes plus tard. Je l’invitais ensuite à s’assoir d’un geste de la main, chose bien inutile puisqu’après tout, c’était moi l’invitée.
Après une nouvelle gorgée de bière, je prenais la parole d’une voix douce et innocente que j’avais travaillée au fil de mes années passées à me cacher de tous :


-Je viens d’arriver à Londres. Cela n’était pas un mensonge après tout, je n’étais là que depuis une poignée d’années, ce qui était relativement peu, comparé au reste de ma vie. Ma mère –dieu ait son âme- m’a dit de rechercher un certain Aidan pour m’aider pendant les premiers temps… Il me semble qu’il est un oncle de la famille ? Ou un cousin ? J’avoue que je ne me souviens plus bien… A cette phrase d’une niaiserie crasse, j’ajoutais un petit sourire gêné fabriqué de toutes pièces. Enfin, voilà, je sais qu’il est habitué de la taverne, et je me demandais si le nom vous disait quelque chose ? Si oui, j’aimerais beaucoup que vous puissiez me dire quand est-ce qu’il vient habituellement pour que je puisse le retrouver à l’un de ces moments-là… Je sais qu’il vit dans le quartier, mais je n’ai pas l’adresse exacte malheureusement.

Si j’avais été à la place de la serveuse, je me serais probablement fichue une baffe de manière immédiate. L’innocence et la naïveté crasse qui transpiraient de la petite tirade me donnaient des envies de meurtre, très honnêtement… Et si elle comprenait que tout cela n’était qu’un rôle, alors cela constituait une raison de plus de me ficher une bonne torgnole, en imaginant que je ne l’ai pas précédée. Pour ajouter à cette espèce de dégoût personnel qui transpirait par tous les pores de ma peau, Istasha éclata d’un rire narquois dans un coin de ma tête, tandis que je sentais l’esprit atterré  de Kaja qui se retenait de commenter la scène. Elles savaient toutes deux que je n’avais pas exactement le choix, me faire passer pour une gamine innocente mettait les gens bien plus en confiance que leur dire que j’accomplissais une mission pour un usurier, mais ça ne les empêchait pas de se payer ma tête. Je les comprenais parfaitement, j’aurais fait la même chose si la situation avait été inversée (et croyez-moi, elle l’a été une poignée de fois).
Outrepassant donc la honte que je ressentais après cet étalage de gentillesse, je fouillais à nouveau dans l’une de mes poches pour en sortir une paire de shillings supplémentaires, afin de payer pour les consommations de la soirée, laisser un pourboire plus que généreux… Et la pousser à ne pas se poser trop de questions sur ma personnalité, ou le véritable but de mes questions. Je poussais la monnaie de son côté de la table d’un geste sûr, car l’argent ouvrait toutes les bouches, avant de relever mon regard vers le sien. J’avais tenté de rendre mes yeux plus doux de nombreuses fois par le passé, mais l’effet était en général assez peu convaincant. Qu’elle croit à mon histoire ou pas était son problème de toute façon, mon problème étant de savoir si elle était prête à vendre l’information ou non. En attendant sa réponse, j’attrapais à nouveau la chope qu’elle m’avait servie pour ingurgiter quelques gorgées de liquide. La bière n’était finalement pas si mauvaise ici-bas, meilleure que le vin en tout cas… Mais, si j’avais eu le choix, j’aurais tout de même préféré le second breuvage. Plus fin.
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Red'maw
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MessageSujet: Re: Il faut bien un irlandais pour attraper un autre irlandais [Aylith, Red'maw] [13/10/41] Lun 14 Mar - 19:58

Je ne peux quand même pas m’empêcher de noter quelque chose : elle est chanceuse. En temps normal, elle aurait dû attendre bien plus longtemps que ça avant de pouvoir me parler « seule à seule » … Je m’attendais d’ailleurs à ce qu’elle ne finisse par se lasser, et me dise qu’elle reviendrait demain matin, ou tôt dans l’après-midi. Tant mieux pour elle. Je dois admettre quelque chose lorsque je porte la bière à mes lèvres : on sent tout de suite qu’elle n’a pas vraiment été gardée au frais ces dernières heures … Le problème classique d’une soirée avec peu de clients : on laisse le tonneau à l’air ambiant, il se réchauffe … et au bout de quelques heures, la qualité en a clairement pris un coup. D’un autre côté, il ne serait pas réaliste d’imaginer qu’on puisse laisser les liquides à la cave, au frais, et que je doive faire des aller-retour en bas à chaque commande … Enfin, ce serait possible. Mais ça n'arrivera jamais, ici comme ailleurs. Reposant la chope sur la table, j’appuie mon menton sur le dossier de la chaise, et fronce les sourcils. Les jeunes filles qui se baladent avec de quoi noter sont plutôt rare, dans Londres, de ce que j’ai constaté … Elles sont plutôt rares de manière générale, en réalité. Le fait qu’elle me tente un stylo l’instant d’après me fait seulement comprendre : elle me fournit un moyen d’écrire … Là, je dois l’admettre : je suis surprise. Agréablement, je n’en suis pas certaine, mais je ne m’attendais clairement pas à quelque chose de ce genre. Prenant le calepin, je laisse mon doigt courir sur le papier fin un instant, avant de me concentrer sur ce qu’elle me dit. Après tout … c’est bien l’élément le plus important, ce qu’elle a à me demander, n’est-ce pas ?

- … Aidan ?

Je répète le nom comme si cela allait m’aider à mieux le mémoriser une fois qu’elle a terminé de parler. Et à vrai dire, mon premier réflexe aurait été de dire « vous auriez dû demander à la table de ceux qui jouaient aux cartes : ils le connaissent bien ». Avant que je ne me demande brusquement pourquoi elle n’a pas questionné les clients. Timidité ? Je ne comprends pas très bien les tenants et aboutissants de cette émotion, mais je sais qu’il peut pousser certains hommes et femmes à agir de manière … Illogique. En tout cas, ça collerait avec son profil de jeune femme timide et nouvelle dans les environs. Jouant entre deux doigts – purement par habitude – avec le crayon qu’elle m’a confié, je baisse les yeux sur le carnet …

- Je connais. Je hoche doucement la tête, les yeux dans le vague, avant de les lever vers elle. Un habitué …

Bien sûr, je cherche moins à lui apprendre quelque chose qu’à confirmer ses paroles : elle-même s’est rendue ici sur la base de cette information après tout, n’est-ce pas ? Cependant, et comme souvent, je n’ai pas tout dit : pas par omission volontaire, mais parce que je n’ai pas envie de perdre 10 minutes à expliquer, deux mots par deux mots, quelque chose qu’elle ne m’a pas demandé, mais qui pourrait l’intéresser tout de même … Retournant le carnet pour le mettre face à moi, je ne peux m’empêcher de parcourir une ligne déjà noircie de notes du regard. Et de froncer un sourcil. Je vois un nom, une adresse, une date … récente. Quartier de Piccadilly. J’hésite à tourner une autre page pour voir s’il y a ce genre d’inscription partout … avant de me raviser. Elle m’offre de quoi lui noter ce qu’elle veut savoir : je ne vais pas le prendre comme une opportunité de fouiller sa vie. Cependant, le fait m’intrigue. Laissant un peu le bout du crayon tapoter contre la table le temps de rassembler mes quelques souvenirs, je finis par mettre le doigt sur ce qui m’a fait hésiter lorsqu’elle m’a cité le nom de celui qu’elle cherchait. Ça, et un ou deux autres petits détails.

Grand, rouquin, irlandais, yeux bleu-vert et une plaie sur la lèvre inférieur gauche ?
Je ne connais pas non plus son adresse. Certains clients auraient pu vous la filer contre un coup à boire.
Pour ses heures de passage, il ne vient plus en ce moment. J’ai entendu dire qu’il vivait temporairement chez quelqu’un dans le quartier, je ne saurais pas donner d’adresse encore une fois.
Je ne l’avais jamais entendu parler de sa famille, par contre.

Je retourne le carnet à la fin de ma phrase, à peu près sûre d’avoir écrit de manière lisible. Il faut dire que j’ai eu des conditions bien pires pour noter mes messages qu’assise devant une table. Cependant, un point me chiffonne toujours, sur lequel je n’arrive pas à mettre le doigt … Je pensais qu’il s’agissait du fait qu’il ne résidait pas chez lui en ce moment à cause d’histoires, mais ce n’est pas ça … Le fait de ne pas retrouver une info m’irrite légèrement, alors que je constate qu’elle a terminé de lire. Presque aussitôt, je repose une main sur le carnet, le reprenant pour le conduire vers moi, le retournant une fois de plus pour relire les quelques lignes que j’ai noté … Et d’un coup, ça me revient. Je ne me souviens pas du nom de chacun des clients du « Broken Jaw » : même si nous avons une fréquentation assez faible comparée à d’autres établissement, ce ne serait pas possible de retenir tout le monde … Mais lorsque je recroise des clients à l’extérieur, bien entendu, j’ai plus facilement tendance à mémoriser leurs visages. Or, dans le cas précis, je sais où j’ai vu le visage d’Aidan … à part lorsqu’il commandait une nouvelle bière. Je me frapperais presque de mettre autant de temps à me souvenir de quelque chose de si simple … Puis, je réalise. Si c’est sa nièce, ou peu importe, et qu’elle vient de débarquer à Londres … Est-ce une bonne chose de lui montrer certains aspects de la vie de son « oncle » qu’il aimerait probablement bien dissimuler ? Enfin. M’humectant les lèvres le temps de choisir mes mots, je remets le crayon dans une position me permettant d’écrire avec, et me remet à noircir un peu la page.

En revanche, je pense connaître un endroit où j’aurais ces informations. Il y a encore du monde à cette heure, et ça ne me poserait pas de problème de m’y rendre.
Pour toi, par contre, tout dépend. Seule, tu ne pourras pas y accéder : il faut quelqu’un « déjà de la maison » qui t’accompagne. Et en plus … Ce n’est pas un lieu très bien fréquenté. Je ne sais pas d’où tu viens, mais commander du vin, posséder de quoi écrire, et laisser des pourboires pareils pour avoir des infos pourrait t’y valoir des gros soucis. Le plus « favorable » d’entre eux étant se réveiller avec une bosse sur le crâne et les poches vides.
Si ça ne te fais quand même pas peur, tu peux quand même m’accompagner. D’ici une, peut-être deux heures, tu auras tout ce que tu voudras savoir sur Aidan. Et peut-être plus …

Je termine rarement des explications de cette manière, mais si la simple pensée d’aller dans un lieu mal famé la rebute, je n’ai pas besoin de lui livrer plus de détails que cela non plus. En prime, plus le temps passe, plus je trouve sa démarche étrange … étrange, mais pas forcément si mauvaise que ça. Je n’ai qu’à jeter un œil à l’argent qu’elle a déposé à côté de moi sur la table pour comprendre qu’elle tient à ce que je lui livre ses infos … Une partie de moi se demande s’il ne s’agit pas d’un piège. Une autre, que j’aurais préféré muette, répond que tel est pris(e) qui croyait prendre, surtout dans mon cas … et de toute manière, je vois mal qui voudrait faire tomber une serveuse ayant des difficultés de locutions dans une quelconque entourloupe.
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Aylith Byatis
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MessageSujet: Re: Il faut bien un irlandais pour attraper un autre irlandais [Aylith, Red'maw] [13/10/41] Dim 20 Mar - 2:23

Je commençais, doucement, à apprécier la serveuse. Elle n’était pas comme toutes les jeunes filles un peu naïves qui servaient dans ce genre d’établissement, et qui ressentaient le besoin de vous raconter toute leur vie dès que vous laissiez une poignée de piécettes sur la table… Sans doute dans l’espoir d’en récolter un peu plus. Elle n’avait pas non plus l’air blasé des plus vieilles qui n’attendaient plus rien de la vie, et insistaient pour vous raconter les derniers ragots du quartier quand vous leur demandiez des informations fiables… Non, elle me rappelait un petit peu mon frère. Elle était gentille, efficace, et discrète –volontairement ou non. J’appréciais de pouvoir travailler, pour une fois, avec quelqu’un qui avait la tête sur les épaules et ne cherchait pas à abuser de ma bonne volonté… D’autant que je ne suis pas exactement le genre de personnes qui s’attendrit parce que vos parents sont morts alors que vous aviez deux ans et que vous avez fini à l’orphelinat. Un cas un peu trop répandu à Londres en ce moment, et qui avait engendré une génération de désespérés qui cherchent désespérément un peu d’amour maternel. Un amour que j’étais bien loin de pouvoir leur donner, et ne parlons même pas d’en avoir envie.
Ma réflexion s’arrêta lorsqu’elle retourna le carnet vers moi, pour que je puisse lire ses notes. La description que j’avais d’Aidan correspondait à peu près à la sienne, quoique celle que j’avais entendue quelques heures plus tôt était bien moins élogieuse. J’acquiesçais donc doucement pour lui confirmer que c’était bien cet homme que je recherchais. Je retenais un petit soupir d’agacement en parcourant la suite, s’il ne venait pas ici et qu’elle ne connaissait pas son adresse, tout cela allait bien vite se compliquer. D’autres clients auraient pu me la donner apparemment, mais j’aurais autant aimé éviter cela… Vous savez, demander à quelqu’un où l’une de ses connaissances vit, quelques jours avant que celle-ci se fasse rattraper par l’un de ses créanciers (qui lui filerait sans doute une bonne raclée au passage), c’est le meilleur moyen de faire comprendre à tout le monde que vous êtes une informatrice. Non, je voulais l’éviter tant que cela était possible… Et je comptais donc sur la discrétion de la serveuse pour que ma petite quête ne s’ébruite pas, mais je pourrais lui mentionner cela un peu plus tard, histoire de m’assurer qu’elle avait bien compris ce que j’attendais d’elle, en échange de mon argent.
Elle reprit immédiatement le carnet, une fois que j’eu fini de lire ce qui y était noté. Sa dernière phrase exprimait son doute quant à mes explications jusqu’ici, aussi alors qu’elle écrit, je lâchais quelques mots pour m’assurer que ma couverture n’était pas encore à jeter :


-Ma mère et lui ne se sont pas vus depuis longtemps, et d’ailleurs je ne suis pas exactement sûre qu’il accepte de m’aider, mais je me suis dit que ça valait le coup… Nous ne sommes pas forcément la famille la plus soudée qui soit, pour être parfaitement honnête.

Un petit coup de dramatique aidait bien souvent la pilule à passer, elle allait probablement éviter de me poser des questions supplémentaires à partir de maintenant, de peur de blesser ma « sensibilité ». Après tout je n’étais qu’une jeune femme innocente, et si elle n’était pas aussi désinhibée que moi, rouvrir les vieilles plaies pour satisfaire sa curiosité ne serait pas une idée qui lui viendrait naturellement… Enfin, je suppose. Je regardais à nouveau la jeune femme qui continuait d’écrire, d’une main hésitante, sur le petit carnet… Elle avait l’air encore un peu innocente, et avait probablement la même histoire que tant d’autres jeune femmes de son âge ayant échoué dans cette ville. Une histoire que personne ne souhaitait entendre, mais qui était une réalité tangible, terrible pour certains… Et pour laquelle je n’avais aucun intérêt actuellement. D’autant plus que je n’étais pas d’humeur pour entendre raconter une fois de plus les misérables péripéties qui avaient fait qu’une jeune Irlandais visiblement tout ce qu’il y avait de plus normale ait pu échouer dans un bar miteux (mes excuses au propriétaire) de l’east end. A nouveau, mon interlocutrice retourna le calepin dans ma direction pour que je puisse lire ses notes, ce que je m’appliquais à faire immédiatement.
Malgré son écriture brouillonne, j’arrivais rapidement à déchiffrer que je n’avais peut-être pas perdu mon investissement finalement. Elle pouvait me montrer où se trouvait Aidan, ou tout au moins là où il se rendait régulièrement, ce qui allait tout particulièrement me faciliter la tâche pour la suite des opérations. L’endroit ne semblait toutefois pas être particulièrement sûr, au vu des mises en gardes de la serveuse… Mais ça ne me posait pas de problèmes personnellement, je savais me défendre si c’était nécessaire… Et après la rencontre avec Butch, je sentais déjà Kaja s’intéresser à la suite des évènements. Comme à son habitude, Istasha proposa une autre approche : demander l’adresse à la jeune femme, puis s’y rendre sous ses traits aviaires pour passer inaperçu, repérer notre cible, puis retourner chez nous avant de donner l’information à notre commanditaire demain. Je refusais toutefois, notamment parce que, malgré les descriptions que j’en avais, j’allais avoir du mal à reconnaître Aidan seule, et que de toute façon, je ne risquais pas grand-chose à m’aventurer dans un coin encore plus mal famé de Londres après m’être rendue à Whitechapel.
Mes deux entités animales ayant approuvé ma façon de faire, je reprenais la parole de la voix d’une jeune fille un peu brave, mais pas particulièrement rassurée, pour dire :


-Je veux bien que vous m’emmeniez là-bas, qu’importe où cela est… Il faut vraiment que je retrouve mon oncle, et si c’est le seul endroit que vous connaissez, alors autant essayer. Et puis, je suis capable de prendre soin de moi-même, ne vous en faites pas.


Je concluais ma phrase d’un sourire un peu gêné, mais visiblement plein de courage face à tout ce qui nous attendait. Et je m’administrais une claque mentale de plus. Si j’étais une excellente menteuse, je n’arrivais pas à me résoudre à utiliser des subterfuges aussi ridicules pour arriver à mes fins. Un bon nombre de mes anciens compagnons de route se seraient moqué de moi jusqu’à s’en décrocher la mâchoire s’ils avaient assisté à cette soirée. Heureusement pour moi, ils étaient toutefois tous morts et enterrés, depuis bien longtemps pour la plupart. Quant aux deux personnes qui habitaient dans ma tête, elles semblaient s’en moquer éperdument. Istasha parce qu’elle considérait que c’était juste un moyen d’arriver à nos fins, et donc quelque chose d’impossible à critiquer, et Kaja était déjà plus concentrée sur la possibilité d’un combat futur que sur la discussion actuelle. J’étais donc la seule à m’auto flageller, ce qui était parfaitement ridicule. Je calmais donc ce sentiment de honte diffus qui embrouillait mon cerveau avant de revenir au sujet qui m’intéressait ce soir, à savoir la traque d’un Irlandais ayant accumulé bien trop de dettes, et qui allait me rapporter une bonne partie du petit pactole qu’il avait emprunté à la mauvaise personne. J’indiquais donc d’un petit mouvement de tête la sortie à mon informatrice, lui proposant de se mettre en route dès à présent, mais elle agita la sienne négativement, souhaitant visiblement retarder notre départ.
Elle m’expliqua la raison de cela en quelques mots, comme elle savait visiblement bien le faire. La jeune femme voulait se changer… Et pour être parfaitement honnête, je la comprenais. Elle portait encore son  « uniforme » de serveuse, qui était tâchée par les éclaboussures de bière et les tâches de gras… Des habits que je n’aurais pas souhaité avoir sur moi une seconde de plus que nécessaire. Toutefois, si je pouvais me permettre ce genre de coquetteries, je doutais qu’une jeune femme habitant dans l’un des quartiers les plus pourri de Londres possédait des tonnes d’habits de rechange, ou même que n’importe lequel d’entre eux ait été lavé plus d’une fois dans le dernier mois. Les joies de la vie de miséreux… J’étais passée par là aussi, il y a longtemps… Et j’étais particulièrement contente d’être sortie du caniveau pour ce genre de raisons là. J’acquiesçais donc, envoyant mon interlocutrice se changer rapidement pour pouvoir continuer mon enquête. Je me doutais bien qu’elle n’avait pas besoin de ma permission pour faire ce qu’elle voulait, mais c’était la moindre des politesses. Enfin, de mon point de vue.

J’espérais toutefois qu’elle n’allait que se changer là-haut. D’une part parce que je n’avais pas exactement le temps pour qu’elle décide de se faire belle alors que nous partions à la chasse à l’homme, mais surtout… Parce que si cette petite n’était pas honnête (et c’était souvent le cas dans l’East End), elle aurait tout à fait pu aller prévenir ses copains qu’elle avait une jeune demoiselle friquée dans la salle du bas, et qu’elle pouvait l’emmener où elle le voulait sans que cette dernière ne lui pose de question. C’était déjà arrivé une poignée de fois, et j’aimerais autant éviter que cela se reproduise… Notamment parce que cela me forçait à recourir à des pouvoirs que j’aurais autant aimé garder secrets pour en réchapper… Et ensuite il fallait que je traque tous les participants à la petite manigance pour mettre fin à leur existence futile, tout ça pour protéger mon secret. Vous parlez d’une corvée. J’aurais donc préféré que, cette fois-ci, mon indic’ évite de tenter de me poignarder dans le dos pour doubler sa part du butin, avant de finir par se retrouver avec strictement rien, pas même sa vie, en sa possession. Si je pouvais me montrer compréhensive, je n’avais strictement aucune patience pour les imbéciles.
En attendant que la jeune femme ait donc fini de se changer (en espérant que cela ne soit que ça, encore une fois), je récupérais mon calepin, et effaçait rapidement les quelques paroles qu’elle y avait inscrites. D’une part parce que je n’en avais plus l’utilité dorénavant, d’autre part parce que ça laissait des preuves que nous avions effectivement discuté. Et si je devais me débarrasser d’elle, autant ne pas laisser de traces. Enfin, si on est parfaitement honnête, cela était également dû à une petite partie légèrement maniaque de mon cerveau. J’en profitais pour barrer le nom du Broken Jaw, quelques pages plus tôt, pour me souvenir que ma cible ne s’y rendait visiblement plus, avant de ranger le tout dans une petite sacoche que j’accrochais ensuite à ma ceinture. Posant mon coude sur la table, puis ma tête sur ma main, je commençais doucement à patienter jusqu’à ce que la serveuse me rejoigne à nouveau. Il devait être tard dorénavant, mais je n’étais pas le moins du monde fatiguée. J’opérais mieux la nuit de toute façon.
Après quelques minutes d’attente, l’Irlandaise me rejoint à nouveau, dans de nouveaux habits, et visiblement prête à partir. Je haussais un sourcil vaguement étonné face à sa nouvelle tenue, mais me retenait de faire tout commentaire alors que je me levais pour la suivre. Alors que nous atteignions la porte, je me retournais finalement vers elle, attirait son attention en me raclant la gorge, et lançait d’une voix douce :


-Je pense que nous ne nous sommes pas présentées jusqu’ici, aussi j’aimerais bien le faire maintenant. Je suis Dana. Comment vous appelez vous ?
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Red'maw
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MessageSujet: Re: Il faut bien un irlandais pour attraper un autre irlandais [Aylith, Red'maw] [13/10/41] Mar 22 Mar - 1:28

Je ne comprends pas ces histoires de familles. Ils ne se parlent jamais, mais il pourrait l’aide … du moins, elle pense ça. C’est un peu paradoxal, quand même … C’est pratique pour moi de ne pas avoir de proches. Pas de parents, pas de frères, de sœurs. Enfin. Mes parents adoptifs, en Irlande… Je ne leur parle presque jamais, maintenant que j’y pense. Eux non plus ne donnent pas beaucoup de nouvelles. Pourtant, s’ils m’envoyaient quelqu’un, je l’aiderai … je suppose. Bon, peut-être que ce n’est pas si étrange que ça, au final. Mais reste : tout le monde ne réfléchit pas de ma manière. Je soupire légèrement en guise de réponse à son commentaire, même si comme me l’a fait remarquer plus d’une fois David, « ce genre de manière de t’exprimer ne reflète absolument rien de ce que tu penses. D’ailleurs, il ne reflète rien … même si « rien » ne désigne pas ce que tu penses : ça bouillonne probablement de plein d’idées, là-dedans ». Si ça lui fait plaisir de faire des phrases si longues mais dénuées de sens. Lorsqu’elle lit mon second message, j’ai, encore une fois, ce sentiment étrange en voyant son visage. Je ne sais pas si j’aime, ou pas, son expression. Mais elle n’est pas « normal ». Encore que. Si, c’est une manière de sourire très légèrement plutôt commune, pour certaines personnes. Mais elle n’indique pas forcément de bonnes choses. Enfin …

Au moins, elle semble bel et bien déterminée à me suivre jusqu’à l’autre bout de la ville pour son oncle. On ne va pas si loin, mais c’est … bon à savoir ? Je ne suis pas sûre que l’abandonner entre ici et les docks soit une riche idée. Pas que je m’inquiète pour elle. Enfin. Pas que cela m’affecterait s’il lui arrivait quelque chose, plutôt. J’aimerais juste éviter d’avoir ma part de responsabilité là-dedans. Voyant qu’elle me désigne la sortie du crâne, je réponds par le même langage … en secouant la tête de gauche à droite. Me levant de table sans plus de cérémonie, je me dirige à mon tour vers l’étage, et gravis les quelques marches qui m’en séparent sans trop faire attention : j’ai tellement l’habitude de celle, traitre, qui se trouve en avant dernière position avant le palier que je la saute uniquement grâce à ma mémoire musculaire … ou quelque chose du genre. Une fois dans ma chambre, je ne reste pas longtemps : le temps de poser mon écharpe et ma barrette sur la table de nuit, de me planter un pic d’ébène – cadeau d’un client étranger qui m’aimait bien – dans mes cheveux, et de troquer l’habituelle tenue de travail contre quelque chose de plus masculin. Pantalon, maillot de corps et gilets en toile font leur apparition, tandis que je couvre mon chef d’un béret que j’arrange pendant quelques instants. Histoire de gagner du temps, je me saisis également de bandages que j’ai la dernière fois roulé sur un coin de ma commode, et me les passe sur les mains. Leur contact rugueux et familier me procure une légère satisfaction lorsque je serre les nœuds. Avant de passer à la suite, je prends tout de même quelques instants pour, sur un morceau de papier, noter quelque chose, avant de le fourrer dans ma poche. Une fois certaine que tout est en place, je m’observe quelques instants dans le miroir, sur le palier … bon. A part ma poitrine, et à moins de regarder clairement, j’ai l’air d’un petit mec blond aux yeux rouges. Or, dans la nuit londonienne, c’est assez dur de « regarder clairement » qui que ce soit. Satisfaite, je redescends les marches 2 à 2, et me fait craquer la nuque alors que j’approche de la sortie. Je lui tends la note entre deux doigts en voyant qu’elle se dirigeait elle aussi déjà vers la porte, et passe cette dernière en répondant à sa question.


- Red’Maw.

Elle hausse un sourcil et me dévisage légèrement. J’incline la tête vers l’avant en vissant mon regard dans le sien, et opine du chef, avant de me détourner. J’ai eu droit à ce regard pratiquement autant de fois que j’ai donné mon identité. Toujours le même, en plus ou moins prononcé, avec quelques nuances. « Est-ce que c’est vraiment ton nom ? ». « Mâchoire rouge ? Pourquoi ça ? ». « Tu tentes de me faire marcher, n’est-ce pas ? ». « Heum … ça a un lien avec tes yeux ? ». On me les a toutes faites, que ce soit au broken jaw , dans les rues de Londres, à l’endroit où nous nous rendons, ou dans ma terre d’origine, l’Irlande. Peu se sont fait rapidement à l’idée de m’appeler comme ça, même si j’ai eu quelques surprises agréables. Certains sont convaincus que c’est un mensonge, peu importe ce que je leur dis. J’ai fini par cesser de réagir. Libre à elle de penser que je cherche à protéger mon identité avec un faux nom … encore que. J’ai été appelée par des clients, plusieurs fois dans la soirée : peut-être voulait-elle juste l’entendre de ma bouche. Peu importe. Au bout de quelques secondes, qu’elle a probablement mises à profit pour réaliser, ou lire ma note, je finis par entendre ses pas lorsqu’elle me rejoint. Peut-être me suivait-elle depuis le début remarque : je ne faisais pas très attention. Un petit sourire étire mes lèvres. Je me demande comment elle prend l’avertissement sur mon papier. Je ne vais pas me retourner pour observer son expression cependant.

J’espère juste que tu tiens vraiment à rencontrer cet oncle, ou qu’il va te sortir d’un sacré pétrin. Parce que là où on se rend, si tu disparais, c’est probablement dans la tamise qu’on te retrouvera… Peut-être.
Et il vit quotidiennement dans un tel environnement.
Si je te fais signe de te taire, tais-toi. Si je te dis de me suivre, colle-moi. Et si tu me vois monter sur un ring … trouves une place confortable au bar et surveille tes poches.

Je n’ai pas eu l’envie d’écrire plus de précisions sur mes consignes, pas plus que je ne donnerais de détails à l’oral, pour des raisons évidentes. Les rues, éclairées par un croissant de lune bien plein à mon goût, ont cette atmosphère à la fois étrange et malsaine qui les caractérise tant. Je fais juste assez attention aux immondices que je piétine pour ne pas tâcher mes chaussures de manière irrémédiables : elles ne sont ni d’excellente facture, ni de première jeunesse, mais elles sont robustes, confortables, et dureront plus longtemps si je ne les trempe pas dans la boue chaque fois que je pose le pied dehors. En outre, nous n’avons à marcher « que » pendant … Peut-être une vingtaine de minutes. Je reste silencieuse et vigilante durant le trajet : je n’exclus absolument jamais la possibilité que quelqu’un survienne pour m’ouvrir la gorge, en dehors du broken Jaw … et quelques fois, même à l’intérieur. Je suppose que ma compagne de voyage comprend que mon manque de discussion n’est pas dû – que – à mon handicap : dans tous les cas, elle me suit, et c’est ce qui importe. Chose que je me dois de noter, d’ailleurs … Quelque chose me tend. J’ai l’impression récurrente de saisir des choses, du coin de l’œil. J’affecte de ne rien voir pour ne pas inquiéter la demoiselle qui me suit. Elle-même n’a plus l’air aussi brave que quelques minutes plus tôt, mais elle ne proteste pas le moins du monde pour avancer … courageuse. En quelques sortes.

Les docks sont toujours nimbés de cette odeur infecte de poisson plus ou moins frais, de la sueur des marins elle aussi plus ou moins fraiche, et des boyaux qu’on a vidé avant de les rejeter dans le fleuve sans trop se demander si c’était une bonne idée d’en pourrir un peu plus les eaux. Je ne sais pas si j’ai cette chance grâce à mon autre forme, mais j’ai réussi à m’habituer très vite à l’odeur du sang de poisson … Elle me donnerait même presque faim, depuis quelques mois. Mais je sais que ce n’est pas le cas de tout le monde, en particulier des gens qui n’ont tout simplement pas l’habitude. Je ne prends même pas mine de feindre le dégoût par empathie pour elle : je ne sais pas si elle y accorderait de l’importance, mais j’en doute. En quelques minutes de marche, nous passons entre deux gigantesques entrepôts, en contournons d’autres plus petits, traversons l’ombre des grues qui permettent de faciliter le passage à terre de bien des marchandises, et finissons par parvenir à un bâtiment de taille « moyenne », dans les environs. Cela veut dire qu’on pourrait faire tenir 3 ou 4 tavernes de taille respectable à l’intérieur, probablement … mais après tout, Londres, capitale de l’empire britannique, ne se doit-elle pas d’avoir de quoi accumuler toutes les richesses qu’elle ramène des 4 coins du monde ? Probablement … Mais je sais que dans celui-là, ce ne sont pas des caisses remplies de nourritures ou de biens qu’on transporte. Plus depuis bien longtemps. En revanche … il y règne une animation bien connue dans certains milieux, qui ne peut se dérouler à une autre heure qu’au beau milieu de la nuit, bien entendu.

Sachant où me rendre, je me désintéresse de la grande porte aussitôt que je la vois, et me dirige plutôt vers un des côtés du bâtiment, vers une petite porte en fer que peu de monde songerait à étudier en premier. L’entrepôt, publiquement parlant, appartient à quelqu’un qui en a fait condamner toutes les issues : en réalité, seule celle-ci fonctionne réellement, les autres sont cloutées et bloquées définitivement. Je fais enfin signe à la jeune femme à côté de moi de se taire, et m’approche du battant … Sur lequel je tape 2 coups. Puis, deux autres. Un petit loquet métallique glisse sur le côté, et une paire d’yeux émeraude m’observe quelques instants. J’espère futilement qu’ils n’appartiennent pas à la personne à laquelle je pense. Une voix fluette se fait entendre, détruisant tous mes espoirs.


- Mhhh mouais ? C’est qui ? Il sait parfaitement que c’est moi : à ma connaissance, je suis la seule personne aux yeux rouges qu’il ait jamais croisé de sa vie.
- Red’Maw.
- Red’Maw qui ?
-Cyril … Ouvres.
-Red’Maw Cyril ouvres ? Tu parles d’un nom ! Jamais entendu parler.
- Cyril …
- Désolé. Dégagez.

Je ne sais pas ce qui m’énerve le plus chez ce gosse. Son humour, parfaitement digne de la sale teigne de 12 ans qu’il est, ou sa manière de me refermer le loquet devant les yeux en pouffant. Il se croit drôle. Je me masse l’arête du nez un instant, puis me tourne vers Dana. Levant doucement un doigt, je souffle doucement pour reprendre mon calme, et parler nettement.

- Tu parles … mon doigt part vers la porte, et le loquet, qu’elle désigne pendant que je fais une pause de quelques secondes. Il verrouille.

Je ne m’embête pas à lui demander si elle a compris : elle n’a pas l’air idiot. Fermant le poing en me tournant de nouveau vers le battant, je cogne deux coups sourds, suivit de deux autres. J’ai peut-être un peu trop insisté : j’arrive à discerner entièrement son petit air victorieux lorsqu’il rouvre.

-C’est qui ?
-Red’Maw. A sa grande déception, j’ai réussi à maîtriser ma voix.
-Mhhh … T’es gentil mec, hein … Mais c’une fille, Red.
Je retire le béret et défait le chignon d’un geste, je n’en aurais plus besoin.- C’est mieux ?
-Oh, mince ! Je ne t’avais pas reconnu. Tu veux entrer ?
-Oui.
-Oui quoi ? Des fois, j’ai vraiment envie de lui éclater chacune de ses dents. Dommage, je n’ai pas le droit de le traîner de force sur le ring.
-Oui Cyril.
-Non, oui quoi, mam’zelle la mâchoire rouge. Je sais qui je suis.
-Ouvres ça.
-Aller, je t’aides … S’il … teeee …
-Plaît. Ouvres.
- … Non. T’as triché. À plus. Et il referme.

Je suis presque tentée de frapper une troisième fois. Ou de me métamorphoser, et de faire sauter ce ridicule petit morceau de métal de ses gonds … En le chargeant un certain nombre de fois, il devrait bien céder, n’est-ce pas ? En tout cas, pour l’instant, c’est moi qui suis hors de mes gonds : je pense que ça se voit à la manière que j’ai de broyer mon couvre-chef entre mes doigts. Mais quelque chose s’apparentant à un miracle intervient : une voix plus grave intervient derrière la porte … et au bout de quelques instants, cette dernière se déverrouille, et s’ouvre comme par enchantement. Je fais signe à Dana de me suivre, avant de pénétrer les lieux. Au moment où nous rentrons dans le « club » de combat clandestin où j’affectionne tant me rendre, quelqu’un, sur le ring, passe littéralement par-dessus la corde et s’écroule dans la foule. Son adversaire, le visage en sang, pousse un beuglement victorieux à l’attention de la cohorte de soulards, de marins, de prolétaires et de petites gens à moitié ivres qui se pressent en demandant plus de spectacle. Pas beaucoup de règles. Beaucoup de blessés. L’assurance d’un affrontement brutal. Des paris. Il y a ici tout ce que demande le peuple … du moins, sa catégorie la moins raffinée. Je fais signe de la main à l’espèce de gorille qui, à quelques mètres de l’entrée, me fait un clin d’œil. Un des gérants de l’endroit, visiblement venu régler mon petit souci … quant à Cyril, je le choppe au col dès que j’aperçois sa face de rat, et le tire près de mon visage … mais je finis par me résigner, et simplement le laisser retomber sur le derrière. Puis, remettant quelques mèches en place, je me retourne vers Dana.


-Des questions ?
-Oh … T’avais pas dit que tu venais accompagnée. Le regard que je lui jette lui rappelle l’absence de porte entre nous pour le protéger, et il enchaîne. Non, juste que … J’ai b’soin de ton nom, si tu veux rentrer à l’avenir. De ça, d’une signature sur un bête papier … Pour le reste, Red’ ramène peu de gens, mais tous sont à peu près dignes de confiance. J’espère que t’as pas l’idée saugrenue de filer l’endroit aux flics … Parce qu’on fait pas vraiment dans le légal. Hein Red’ ?

Je ne relève même pas la question, et laisse le gosse fermer la porte alors que je fais quelques pas. Dans un coin, un comptoir, auquel sont servies quelques boissons plus ou moins douteuses pour ceux à qui gueuler comme des bœufs donne soif. Bien entendu, je m’en approche tout de suite … en faisant signe à Dana de venir avec moi. Prenant un tabouret de bois, je m’assois dessus sans plus de cérémonie, et me tourne vers la salle … Un sourire me barre le visage.

-C’est ici.


Dernière édition par Red'maw le Mer 23 Mar - 23:40, édité 1 fois
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Aylith Byatis
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MessageSujet: Re: Il faut bien un irlandais pour attraper un autre irlandais [Aylith, Red'maw] [13/10/41] Mar 22 Mar - 4:45

Mon sourcil, haussé à la vue de la tenue de la jeune femme, continua son chemin vers les hauteurs de mon front lorsque celle-ci m’annonça son nom, l’air de rien. Ça n’était pas un nom d'ailleurs, au mieux un pseudonyme… Mais je m’en fichais. Puisque tous les clients de la taverne l’appelaient « Red », elle devait l’utiliser plus fréquemment que son appellation de naissance. Peu commun, mais pas exceptionnel. Je la dévisageais, envisageant de lui poser une ou deux questions supplémentaires pour apprendre l’origine de ce surnom ma foi original, mais son regard m’en dissuada. Celui-ci exprimait la fatigue d’avoir à répondre à ce genre d’interrogations en permanence, et je pouvais comprendre cela. Mieux, j’avais eu exactement le même regard, une poignée d’années plus tôt. Pour la petite anecdote : lorsque je m’étais installée à Paris après la chute de Napoléon, j’avais décidé de garder mon nom d’emprunt Allemand, suite à un concours de circonstances passablement indépendant de ma volonté. Je n’avais compris que trop tard que cela n’était pas exactement une bonne idée, les Français étant parfois légèrement rancuniers… Et avoir un prénom à consonance germanique dans cet environnement vous attirait les regards, les remarques, et tout un tas d’observations qui étaient en général bien loin d’être bienvenues.
Je tenais donc ma langue alors que nous sortions de l’établissement, tout en dépliant délicatement le bout de papier que Red’maw m’avait donné. Je m’arrêtais une poignée de secondes pour parcourir le papier, un avertissement sur ce qui m’attendait pour la suite de la soirée. Des réjouissances en perspective. La serveuse me menait dans un établissement où l’on pratiquait le combat, probablement de manière illégale au demeurant. Aucun moyen de savoir lequel. Personnellement, j’en connaissais trois dans les environs. Je n’étais jamais « officiellement » entrée dans l’un d’entre eux, aussi les risques que quelqu’un me reconnaisse étaient inexistants. Je me posais ensuite la question duquel il pouvait bien s’agir. Sachant que l’un d’entre eux se trouvait au cœur du quartier juif, il était peu probable que ce soit celui dont il était question ce soir, je n’avais pas vu beaucoup d’Irlandais lors de mon dernier passage. Restait donc celui sur les docks, et l’autre planqué dans les tréfonds de la rue des tanneries. Je comprenais rapidement, au vu de notre itinéraire, que nous nous dirigions vers la première de ces possibilités. Difficile de dire quel endroit me convenait le mieux, les deux étant des cloaques dans lesquels je passais aussi peu de temps que possible, aussi j’étais assez peu heureuse de la destination de notre voyage… Mais pas plus que pour n’importe quel autre lieu mal famé qui aurait pu m’attendre à la fin de ce chemin.

J’étais également passablement rassurée quant aux intentions de ma jeune guide. Qu’elle m’informe de notre destination (bien que sans le savoir) voulait dire que, si son but était de tirer ma bourse, elle attendrait d’être sur le place pour le faire. Et il était plus facile de se débarrasser de quelqu’un au milieu d’une foule d’ivrogne passablement échaudés que dans une ruelle sombre de Londres, où personne ne vous entendrait crier. Encore que si quelqu’un devait crier, ce serait probablement elle. D’horreur quand je me transformerais, de douleur lorsque je la tuerais. Mais nous étions loin d’en être là. Je continuais donc ma route, perdue dans mes pensées, et l’expression probablement froide comme un iceberg. Malgré mes habitudes d’actrice, je n’arrivais pas à me débarrasser de cette manie : dès lors que je commençais à me perdre dans mes pensées, mon visage avait tendance à se renfermer, ce qui avait le don de pourrir mes couvertures lorsque je me faisais passer pour quelqu’un de sympathique. Dans le cas contraire… Eh bien tout le monde s’en fichait royalement. Les chances que la jeune femme aperçoive mon visage dans la pénombre ambiante étaient toutefois assez faibles, aussi je me moquais bien de ce dont j’avais l’air, au moment présent.
A la mention de « cercle de combat illégal », Kaja s’était brusquement éveillée, sentant visiblement le goût du sang bien avant que celui-ci ne soit à disposition. Ça n’était pas un problème pour l’instant, mais si la louve décidait de s’exciter brusquement, cela pourrait poser des problèmes… Elle avait assez bon sens pour ne pas tenter de nous faire monter sur le ring, mais si quelqu’un nous provoquait, tentait de nous voler ou de nous amener dans un coin chose pour « s’amuser », elle serait plus que prête, et les chances que cela dégénère étaient… Elevées. Impossible de la calmer toutefois, il allait falloir faire avec, et peut-être lui offrir un casse-croute à un moment ou à un autre pour pouvoir continuer de la tenir en laisse. A cette perspective, la Louve m’offrit un grand sourire mental, me promettant de se tenir à carreau aussi longtemps que nécessaire, si je lui offrais un petit cadeau en fin de soirée. Si cela n’interférait pas avec ma mission actuelle, je n’avais aucune objection de toute façon, donc nous allions voir du sang ce soir, d’une façon ou d’une autre.
Je me rendis rapidement contre que nous risquions de faire couler le liquide carmin bien plus tôt que ce à quoi je m’attendais, lorsqu’une ombre disparu à la limite de mon champ de vision. Pour quelqu’un de normal cela n’aurait rien voulu dire, mais j’avais trop l’habitude d’observer mon environnement. C’était une silhouette. Quelqu’un nous suivait, de la manière la plus discrète possible. Ils ne voulaient pas se faire repérer… C’était presque mignon. Des tire-laine ? Ça ne serait pas la première fois à Whitechapel… Mais ils n’attaquaient pas. Les minutes passaient, et nous nous enfoncions dans des petites ruelles qui auraient fait de parfait guet-apens, mais au mieux entendais-je un bruissement de cape au loin… Ils ne voulaient pas notre peau… Mais alors quoi ? Leur inaction me fit bien vite les ranger dans un coin de mon esprit alors que je pensais à d’autres choses, ils étaient sois indécis, soit ils me suivaient tout simplement, peut-être pour le compte de Butch qui voulait s’assurer que je faisais le boulot correctement. En tout cas, tant qu’ils n’intervenaient pas, ils ne m’étaient d’aucun intérêt. Dans le pire des cas, s’ils se décidaient finalement à tenter de me trancher la gorge, au moins n’auraient-ils pas l’avantage de la surprise. Il n’y avait rien à faire pour l’instant, aussi je continuais de marcher en silence.

Notre petit périple visiblement si intéressant pour d’autres nous amena, doucement mais surement, sur les docks. L’odeur de l’endroit me fit froncer le nez, dans une tentative futile de l’empêcher de pénétrer mes narines. Je n’étais pas particulièrement friande de la senteur du bois moisi, du poisson datant de plusieurs semaines et du demi-millier de fragrances qui s’y mêlaient. J’avais beau avoir vécu une bonne partie de ma vie en tant que vagabonde, depuis que j’avais les moyens de m’éviter ce genre d’expériences désagréables… Et bien j’en abusais, autant que possible. Toutefois, on ne peut éviter éternellement la nécessité du travail bien fait, aussi je suivais sans rechigner Red, qui avançait d’un pas sûr sans jamais jeter un regard en arrière. Confiante la petite. Ça ne me posait pas de problèmes, mieux ça servait mes intérêts, mais ça serait probablement mauvais pour elle plus tard. Je l’appréciais –toutes proportions gardées – et savoir que lui planter un couteau dans le dos était aussi aisé me faisais me sentir un peu mal pour elle. Pas question de faire une remarque toutefois, cela aussi était mauvais pour le rôle que je jouais actuellement. Peut-être qu’un jour je pourrais lui apprendre cette importante leçon… Si elle ne lui était pas enseignée de la pire des façons avant cela.
Notre couple finalement assez peu à sa place arriva finalement en vue d’un grand entrepôt dont je savais qu’il renfermait notre destination. Ma guide évita la porte principale comme si celle-ci n’existait pas, et se dirigea vers une petite ouverture dans le côté du bâtiment. Je prenais mentalement note de la chose, dans le cas où j’aurais besoin de revenir dans le futur. Avoir ses entrées dans ce genre d’endroits était pratique, même si avec mes capacités c’était quelque chose qu’on pouvait éviter aisément. Une fois arrivées devant la poterne, nous nous arrêtâmes en silence, tandis que la serveuse donnait deux séries de deux coups sur le battant. Presque immédiatement, un petit judas s’ouvrit, et des yeux qui avaient visiblement du mal à se maintenir à niveau du fait de la taille de leur propriétaire nous scrutèrent rapidement. Enfin, scrutèrent surtout Red pour être parfaitement honnête, puisque le garde court sur patte ne se rendit même pas compte de ma présence. Une voix enfantine s’éleva, et je pouffais presque de rire à son écoute. Un gamin était en charge de la sécurité ici. Je savais que les enfants étaient en général particulièrement dédiés à leur mission, mais au niveau de l’efficacité, on avait vu mieux.

S’ensuivit un jeu d’une poignée de minutes entre le garde et son interlocutrice, où le premier s’évertuait à faire enrager la seconde sans plus de raisons que son plaisir personnel. C’était presque mignon si l’on ne se rendait pas compte de la tension évidente qui habitait les muscles de la serveuse. Celle-ci semblait visiblement vouloir passer un savon au méchant garnement qui la faisait tourner bourrique, et je lui conseillais intérieurement de ne pas ouvrir la porte s’il tenait à ses oreilles. Bien évidemment, ces bonnes paroles étant restées muettes, le (très) jeune homme finit par déverrouiller l’entrée, et nous pénétrâmes toutes deux dans l’enceinte impie de ce temple des instincts bestiaux humains. Je le dit avec mépris, parce que c’est l’opinion générale des gens qui ne se rendent pas dans ce genre d’endroits –encore qu’ils aient eux-mêmes des loisirs à la vertu tout à fait discutable- mais personnellement je me fiche éperdument de ce à quoi les pauvres gens occupent leur temps. La seule requête que j’aurais serait qu’ils le fassent dans un endroit qui n’attaque pas brutalement vos sinus, mais les choix sont en général passablement limités, et il faut bien admettre qu’un entrepôt désaffecté constitue tout de même la planque idéale. Spacieux, discret et loin de toute ronde des gardes, si vous voulez dissimuler quoique ce soit, ce genre d’endroit est parfait. Je me devais donc, malgré mes réticences personnelles, de reconnaître la roublardise des gens s’étant installés ici.
Une fois entrées, et comme je m’y attendais, Red attrapa le gamin par le col, avant de le soulever du sol sans effort pour l’amener à quelques centimètres de son visage. Dans une situation différente, Cyril, puisque c’était son nom, aurait probablement apprécié l’expérience, mais la vague inquiétude qui se lisait dans ses yeux me prouvait que ça n’était pas le cas ici. Tant mieux, cela montrait qu’il avait un poil de bon sens. Il fallait toutefois remarquer la force de la serveuse, qui lui avait fait quitter le plancher des vaches d’un seul geste, et visiblement sans aucun problème… Elle avait apparemment plus de poigne que je ne m’y attendais. Mais l’explication était assez simple : si elle venait ici pour combattre régulièrement, tourmenter un gosse ne devait pas être bien compliqué. Je notais toutefois le fait dans un coin de ma tête, pour éviter de lui chercher des noises autant que je le pourrais à l’avenir. La jeune femme laissa toutefois tomber l’affaire (littéralement) avec un petit soupir exaspéré, avant de se retourner vers moi pour me demander mon avis sur l’affaire. D’un ton qui impliquait qu’elle ne le voulait pas vraiment. Je me contentais donc de secouer la tête, avant qu’elle ne se détourne.
Le petit garnement qui se relevait en s’époussetant le pantalon fixa alors immédiatement son regard de fouine sur moi, retrouvant visiblement le sens des affaires. Il me donna un petit cours sur la marche à suivre pour pouvoir rentrer ici dans le futur, que j’écoutais religieusement. Je pouvais me passer de cela, mais cela peut toujours se monter utile à l’avenir, et je suis quelqu’un de prévoyant. Alors que je le suivais jusqu’à une petite table installée quelques mètres plus loin, je voyais Red s’avancer vers le bar, me faisant signe de la rejoindre lorsque j’en aurais fini. Mon attention revint vers Cyril, alors que je lâchais quelques paroles pour celui-ci :


-Bien sûr que je ne compte pas vous livrer à la police, je suis venue avec une amie. Je m’appelle Dana. Où dois-je signer ?
Il m’indiqua prestement un petit coin de la feuille graisseuse qui me faisait face. Je saisissais d’une main experte mais prudente la plume qui reposait dans un encrier proche, avant d’apposer quelques lettres à l’endroit indiqué. Alors que je rangeais l’objet à sa place, il me dit, d’un ton amusé mais dur :
-J’ai aussi besoin d’un nom de famille, pour m’assurer que c’est bien vous, quand vous reviendrez.
Il m’adressa un petit clin d’œil complice. Je jetais un nouveau regard à ma compagne pour m’assurer qu’elle ne nous entendait pas, avant de sortir quelques piécettes de ma poche en murmurant :
-On va éviter ça.

Le jeune homme ne dit rien alors que je me détournais pour rejoindre mon « amie » au bar. Je m’installais à côté d’elle sur un petit tabouret passablement inconfortable alors que celle-ci expliquait l’évidence : nous étions arrivées à destination. Visiblement, je faisais le tour des débits de boisson ce soir. Quelques secondes plus tard, le tenancier nous rejoint, un type particulièrement costaud et à la barbe bien fournie, qui parlait avec un fort accent, mais impossible de savoir lequel… Je n’étais pas suffisamment habituée à l’Anglais je suppose. Il nous demanda ce que nous souhaitions boire. Je laissais Red commencer, avant de déclarer fermement :

-Vodka.

Il me regarda avec un petit air étonné avant de me verser mon verre. Je posais une pièce sur le comptoir, mais son regard insistant me fit comprendre que ça n’était pas assez. Une seconde vint donc la rejoindre, tandis que je m'étonnais du prix de la boisson. C’était significativement moins cher lorsque je résidais à Moscou… Je suppose que ça n’était pas dans leurs habitudes de voir quelqu’un commander ce genre d’alcool, ici. Distraitement, j’attrapais le verre avant de le vider cul-sec, comme le voulait l’usage. Elle n’était pas excellente, mais j’avais connu pire. Celle de Varsovie était tout particulièrement mauvaise par exemple… Mais je n’étais pas ici pour faire la comparaison des spiritueux. Je reposais le verre en le faisant claquer sur le bois, comme à mon habitude, avant d’entreprendre une observation succincte de la salle. C’était rempli à ras-bord de marin, d’ouvrier et d’autres gens de peu de moyens qui venaient ici s’amuser un peu ou se faire quelques pièces si leur dernier pari avait été heureux. La plupart d’entre eux retourneraient chez eux la bourse plus vide que lorsqu’ils étaient entrés toutefois.
Sur le ring, un nouveau combat commençait à peine, mais j’y prêtais à peine attention. Je n’étais pas particulièrement friande de voir des humains se taper dessus pour le plaisir, bien que, comme dit plus haut, cela ne me révulsait pas non plus. Impossible de savoir si Aidan était dans la foule d’ici… Je voyais une bonne vingtaine de chevelures qui auraient pu lui appartenir, puisque les Irlandais étaient légions dans ce bouge, mais je n’aurais pas pu les différencier, et il y avait fort à parier qu’au moins le quart d’entre eux remplissaient la description que m’avait fournie Butch. Un peu en désespoir de cause, je me retournais vers ma voisine avant de lui demander d’une voix posée :


-Vous voyez Aidan vous ? Parce que je suis parfaitement incapable de l’apercevoir dans cette foule.

Alors que je posais la question, Istasha me murmura qu’un petit rigolo tentait de glisser quelque chose contre ma taille. Kaja fut celle qui réagit le plus rapidement, saisissant notre pistolet de la main droite pour le pointer sur la main baladeuse qui était sur le point de se saisir de ma bourse. Je me retournais avec un grand sourire vers la personne qui s’était soudainement figée. Celle-ci était livide dorénavant, et retira tout doucement ses doigts des cordons de la petite sacoche, avant de lever les bras à hauteur de torse en s’éloignant doucement .Une poignée d’autres personnes avaient aperçu la scène et un petit cercle se forma autour de moi, les confrères du voleur en herbe visiblement peu désireux de goûter du plomb que je venais de gracieusement proposer à leur camarade. Mon arme retrouva bientôt son étui, alors que je portais à nouveau mon attention sur mon interlocutrice première. Une telle tentative ne se reproduirait pas de sitôt, pas après ce qu’il venait de se passer… Mais si Red décidait de nous emmener au milieu de la foule pour une raison ou pour une autre, il y avait fort à parier que j’aurais à réitérer l’exploit une poignée de fois. Ce qui ne m’enchantait pas plus que cela, vu à quel point cela pouvait attirer l’attention, ou dégénérer très vite. Et puis, Kaja avait réussi à se contrôler cette fois-ci, mais cela ne voulait en rien dire qu’à la prochaine occasion, elle se montrerait aussi calme.
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Red'maw
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MessageSujet: Re: Il faut bien un irlandais pour attraper un autre irlandais [Aylith, Red'maw] [13/10/41] Ven 25 Mar - 1:29

- Bière. Brune.

Je sais parfaitement que les boissons servies ici sont achetées à des contrebandiers, mais même en Je crois que mes sourcils se froncent d’une drôle de manière lorsque j’entends le nom de la boisson qu’elle commande. Bon, certes : je lui ai dis plus tôt que se commander du vin n’était pas une pratique courante en Angleterre … mais de la Vodka ? J’entends parler de cette boisson presque aussi souvent que je me fais agresser … et encore. Bon, d’un autre côté, je passe une bonne partie d’une grande majorité de mes nuits à traîner dans les rues d’une des villes les plus grandes, sombres, et malfamées qu’il m’ait été donné de connaître. Certes, mon expérience des milieux urbains n’est pas très diversifiée, mais je peux quand même dire que cette ville est extrêmement louche … enfin. Dans tous les cas, pour ce qui est de « ne pas se faire remarquer », c’est raté. Je ne remarque la scène avec le pickpocket que lorsque ce dernier se met à reculer pas à pas, les mains levées, et j’ai le temps de saisir un reflet métallique du regard avant que ce dernier ne soit de nouveau dissimulé sous ses vêtements … Avec quoi l’a-t-elle menacé, au juste ? Je n’en jurerais pas … mais si c’est bien ce que je crois, à savoir un revolver, ça ne me plaît pas. Et moins à cause de l’arme en elle-même que par l’impression croissante que j’ai d’être prise pour le dindon de la farce … mais après tout, qu’importe s’il lui plaît de porter un masque. Je fais bien la même chose tous les jours, et je ne m’en tire pas trop mal … il faut juste espérer pour elle que ça ne lui joue pas un mauvais tour, ici … si elle est vraiment nouvelle en ville.

- Non. Je cherche.

Mais je ne trouve rien. Ou du moins, pas ce que nous sommes venus pister jusqu’ici … mais d’un autre côté, je doute qu’il daigne pointer sa trogne ici, sachant qu’il ne vient plus se saouler. A moins qu’il n’ait changé de bar, ce qui est très peu probable, je le suspecte de ne plus se présenter car il n’a plus de quoi se payer des coups. Un cas « tragique », mais fréquent en cette période, hélas … ça, ou il est mort, ou porté disparu : aucune de ces options ne me déplairait vraiment, mais elles n’arrangeraient pas la jeune femme que j’accompagne. Au bout de quelques minutes à scruter les têtes des différents individus présents, je lâche un soupire irrité … je ne trouverais rien de cette manière, même en connaissant parfaitement son visage. Sur le ring, un hurlement de douleur retentit, attirant mon attention pendant un instant … épaule disloquée, je dirais, vu d’ici. Clairement, des deux mastodontes présents sur le ring, l’un des deux va avoir énormément de mal à travailler demain. Je fais légèrement claquer ma langue contre mon palais lorsque le coup de grâce survient : le vainqueur lève un poing couvert du sang, de la salive et de la sueur de son adversaire, qu’un crochet du droit particulièrement violent vient d’envoyer à terre. Je crois que c’est d’ailleurs le même gagnant qu’au précédent combat, lorsque nous sommes entrés … Ce n’est pas très difficile à remarquer : il est noir de peau. Or, il y a
très peu de personnes de ce genre, dans le quartier. Ce détail noté, je reviens à la foule, avant de me tourner … et d’enfin noter quelque chose d’intéressant.

A première vue, ça ne l’est pas. Voir pas du tout. On dirait surtout un vieux poivrot, penché sur son verre avec une concentration intense, qui n’aura probablement qu’une rue où dormir dès que « l’établissement » fermera. Ça, c’est pour les inconnus. Pour les intimes, je ne sais pas … Mais pour les connaissances et autres personnes amicales, c’est « Billy ». Billy adore deux choses, entres autres. Son verre, qu’il déguste contre toute attente à une vitesse épouvantablement lente (raison pour laquelle il est d’ailleurs sur la liste noire du Broken Jaw : la manière qu’il a de commander un verre pour passer des heures à le regarder perturbe tout le monde), et profiter de son immobilité totale pour écouter absolument tout ce qui se passe autour de lui. Or, s’il a un œil mort à cause d’un coup reçu sur la tempe quand il était jeune, Billy possède en revanche une excellente audition, et une mémoire particulièrement pointue. En résumé ? Je ne pensais honnêtement pas trouver Aïden en rentrant ici, mais j’étais pratiquement certain que quelqu’un le saurait … et je pense l’avoir trouvé. Finissant d’engloutir ma choppe déjà à moitié vide en quelques gorgées, je finis par tapoter doucement le bras de ma voisine, en me relevant : je me doute bien qu’elle m’aurait vu et suivi, mais dans le bruit ambiant et la foule … nous n’avons que quelques pas à faire, de toute manière, avant que je ne finisse par m’asseoir, toujours dos au bar, sur un tabouret très similaire à celui que j’ai quitté quelques instants plus tôt. Presque aussitôt, j’entends le clochard soupirer lourdement, mais je fais comme si de rien n’était … Sur le ring, l’arbitre annonce une pause dans les combats. Visiblement, le perdant a besoin d’aide pour se relever … voir, pour se réveiller. Un cas plutôt classique, là encore. Mais cela m’importe peu.

- Salut Billy.
- Red’Maw … ça fait une paye. Une amie à toi, à côté ?
- C’est ça.
- Une amie étrange … Elle veut se faire remarquer ?
- Non non …
- Trop tard. Tu as besoin de quelque chose, ma grande ?
- Une info.
- Quel genre ?
- Quelqu’un.
- Quelqu’un … qui a fait quelque chose ?
- Un disparu.
- Oh, un “disparu” … tu veux savoir à qui la faute ?
- Non… Juste où.
- Ah, ce genre de disparu … Le nom ?
- Aiden … Mazlof ?
- Ah, lui … mauvaise graine. Il n’écoute pas le vieux Billy. Il perd … et il continue de ne pas écouter.
- L’est où ?
- Tout doux, ma grande … tout doux.

Les points que j’aime, chez le vieux Billy. Il passe toutes ses discussions à regarder son verre : je ne suis même pas certaine qu’il serait capable de m’identifier visuellement sans s’y reprendre à 3 fois. Il ne demande pas grand-chose la plupart du temps : il est à moitié fou, selon pas mal de monde. Et il est assez discret, lorsqu’il s’agit de dire qui lui a demandé quoi … J’ai vu des personnes essayer. Mais jamais réussir. Les points désagréables … Le menacer ne sert à rien : il est vieux, fatigué, et a tellement peu à perdre (à savoir sa vie) qu’il n’y accorde pas grande importance, comme le reste d’entre nous. Il a aussi tendance à ne livrer que les informations qu’il veut … et son avis est assez versatile. Mais lorsque, tournant la tête, je remarque qu’il me fait signe d’approcher, je me relève de mon tabouret pour laisser Dana se décaler également, avant de me pencher vers lui. Je n’aime pas l’odeur de son haleine, mais elle reste moins désagréable que la moyenne, et de loin.

- Voilà ce que Billy sait … Aiden parie. Et mal, avec ça. Mal, mais souvent. Et comme ça ne fonctionne pas très bien, il emprunte … du coup, il perd de l’argent, et il se fait des ennemis en prime. Billy sait que, du coup, il est parti se cacher quelque part … Mais là, tout de suite, Billy a un autre problème. Billy aussi à fait un pari … Lentement, je le vois qui se tourne vers le ring, afin d’observer l’homme à la peau d’ébène qui se trouve dans un de ses coins, avant d’observer son verre de nouveau. - Billy n’aime pas qu’un blanc-bec, quelle que soit la couleur de son plumage, vienne ici pour dire qu’il va se venger de tous les blancs assez idiots pour l’affronter. Billy n’aime pas les anciens esclaves, affranchis parce que là d’où ils viennent, ils ont gagné assez de combat pour le faire, et qui du coup se pensent au-dessus de tout. Billy n’aime pas les malappris dans leur genre ... alors Billy a parié qu’il perdrait. Mais Billy a mal parié, pour l’instant … comme tout le monde. Et je n’ai plus rien pour parier …. Le seul qui soit content, pour l’instant, c’est Book’, à côté de l’arène. Lui, il a de l’argent … et pas Billy. Tu vois où est le problème ?
- … ‘l’est fort ?
- Billy compte 3 paris ratés dans sa soirée … c’est p’têt déjà un peu trop. Mais si quelqu’un pouvait faire gagner Billy …

J’ai un petit sourire. C’était presque aussi évident qu’un nez en plein milieu du visage, mais j’attendais qu’il le dise … d’une manière ou d’une autre. Quelque part, je crois que je me sens flattée. Me redressant, je soupire … Je n’ai pas d’argent sur moi. Du moins, pas assez pour obtenir quelque chose de décent à l’arrivée, même si je sais que la côte va clairement me placer comme perdante. Elle fait souvent ça. Surtout quand j’ai arrêté de venir pendant plusieurs semaines, comme ce soir. Billy, lui, regarde son verre avec un petit sourire amusé. Je sens une certaine excitation me prendre dans les mains, que je secoue par réflexe. Après une petite inspiration, pendant que le type sur l’arène demande qui tient à se présenter ensuite face au « hercule noir », je tourne la tête vers Dana, et lève d’un coup le menton pour attirer son attention.

- Tu paries ?
- Attention … Pas sur lui.
- Beh non.

La manière que j’ai de formuler ma réponse me paraît presque stupide … mais elle m’amuse, un peu. Une nouvelle fois, je me tourne vers l’arène, et j’ai un petit sourire … en fait, je commence d’ores et déjà à m’échauffer les poignets. Il doit faire bien … une fois et demi ma taille, pour probablement le double de mon poids. J’ai vu bien pire.

Lui, en revanche … je doute qu’il sache ce qui l’attend.
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Dernière édition par Red'maw le Dim 8 Mai - 21:02, édité 1 fois
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Aylith Byatis
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MessageSujet: Re: Il faut bien un irlandais pour attraper un autre irlandais [Aylith, Red'maw] [13/10/41] Ven 1 Avr - 3:18

La réponse négative de ma compagne à la dernière question que j’avais posée me fit froncer les sourcils. Si Aidan ne venait ni à la taverne, ni dans son cloaque préféré, alors il y avait un certain nombre d’options qui s’offraient à moi, toutes aussi peu reluisantes les unes que les autres. La première étant qu’il était mort, et que son corps pourrissait dans l’une des innombrables ruelles sombres de Londres. Si c’était le cas, j’avais fait tout cela pour rien. Une autre possibilité était qu’il se savait pisté, et avait donc décidé de se cacher jusqu’à ce que l’affaire se résolve d’elle-même. En ce cas-là, il était un peu plus malin que ce que je ne pensais, mais il ne m’échapperait pas bien longtemps. Même s’il restait enfermé dans le logement d’un de ses amis, celui-ci ferait forcément une erreur à un moment, le dirait à qui il ne fallait pas… Ou en présence de quelqu’un qui saurait me rapporter l’information. Mieux, il allait probablement avoir besoin d’argent pour survivre, et cela le forcerait à sortir de son trou. Je n’avais donc plus qu’à patienter. Dernière possibilité enfin : il n’était pas présent ce soir pour une raison sans aucun rapport avec Butch, et une fois de plus je n’aurais qu’à attendre pour qu’il vienne tout seul se jeter dans la gueule du loup.
Ma soirée n’aurait donc pas été totalement inutile : je savais où chercher dorénavant, où l’attendre… Et la patience était l’une de mes principales qualités. Butch en revanche… Ça n’allait pas particulièrement lui plaire. Mais, comme toujours, il allait devoir s’y faire, on ne retrouve pas un rat qui se sait traqué en un jour. J’aurais encore le droit à une discussion musclée avec lui, à mon plus grand déplaisir, puis il se résoudrait, et me dirait de le contacter lorsque j’aurais du nouveau. Ce qui voulait également dire que j’allais pouvoir faire monter encore un peu la note. La perspective était réjouissante, mais je me gardais bien de montrer mon plaisir. Cela briserait définitivement ma couverture, et je n’avais pas besoin de cela pour le moment… Je révèlerais mes intentions à la serveuses une fois que j’aurais attrapé son client,  et elle pourrait choisir de me donner un coup de main de manière ponctuelle, ou regretter de m’avoir aidée mais sans rien pouvoir y faire, et retourner à sa vie de misère. Tout cela était un problème d’un autre jour toutefois, pour ce soir, je n’avais finalement plus qu’à m’éclipser discrètement, puisque la raison de ma présence avait désormais disparu.

A peine eu-je le temps d’ouvrir la bouche pour signifier mon congé à la jeune femme que celle-ci se leva, après avoir attiré mon attention, pour se diriger vers quelque chose à l’autre bout du bar. Je serrais les dents, consciente que j’allais avoir du mal à fuir maintenant, et me levait à mon tour pour la rejoindre. Un coup d’œil en direction du bar m’appris qu’elle avait fini sa chope avant de se mettre en route, ce qui était remarquable. Elle avait une bonne descente, en tout cas. Pas aussi bonne que celle des Russes que j’avais côtoyés il y a bien des années, mais néanmoins tout à fait respectable… Enfin, pour une Irlandaise, je suppose que c’était normal. Ils avaient un amour pour l’alcool tout aussi puissant que celui des slaves, bien qu’ils ne partagent pas la même boisson. Observation futile, me fit remarquer Istasha… Et je hochais la tête mentalement, avant de me mettre sur la trace de ma compagne, bien consciente que disparaître maintenant était parfaitement exclu. L’idée revint toutefois d’exil lorsque je vis la personne à laquelle Red s’adressait. Ce cher Billy. Bien que j’aie une certaine affection pour le clochard en question, rencontrer une connaissance tout en jouant un rôle qui n’était pas le mien n’était pas exactement une bonne idée… Mais j’avais peut-être une chance de garder ma couverture intacte : le borgne, malgré son âge avancé, restait particulièrement vif d’esprit.
Je m’asseyais donc derrière la serveuse, attendant que le vieil homme ne me remarque. Ce fut chose faite lorsque ma guide lui adressa la parole. Son unique œil valide se fixa sur moi, légèrement agrandi par la surprise de me voir ici. Je penchais légèrement la tête sur le côté pour le saluer, avant de passer discrètement ma main tendue devant ma gorge, à trois reprises. Un mouvement presque imperceptible de son crâne dégarni m’assura qu’il avait compris le message, et tiendrait sa langue tant que l’autre membre de notre étrange trio serait présente. Il ne résista toutefois pas à l’envie de me lancer une pique subtile, bien consciente que je ne pouvais pas décemment réagir sans révéler ma véritable identité. Je lui adressais un petit sourire, dont je m’assurais qu’il apparaissait légèrement forcé, pour lui faire comprendre que je n’appréciais que moyennement son trait d’humour. Il s’en fichait éperdument bien sûr, mais eut la bonne grâce de changer de sujet rapidement pour que l’échange ne s’éternise pas. Il semblait connaître la personne que je traquais, ce qui était une bonne chose… Et si j’avais su que ladite personne se rendait ici régulièrement, je serais allée voir Billy directement. Mais ça n’était pas le cas… J’aurais toujours l’occasion de le cuisiner plus tard, quoiqu’il en soit. Pour une pièce ou deux, le gaillard n’hésitait pas à m’informer… Profusément. Un trait appréciable, mais parfois un tantinet agaçant.

Comme je m’y attendais, le vieillard se lança dans une diatribe totalement hors sujet, expliquant par la même occasion quel paiement il désirait pour partager son savoir. Bien sûr, si Red avait été une personne en ayant les moyens, il n’aurait probablement pas proposé une contrepartie aussi extravagante, mais il était certain que ça n’était pas le cas. Qui plus est, il semblait véritablement désireux de faire fermer son clapet à l’ancien esclave reconverti en terreur des rings, visiblement. C’était tout le paradoxe de ce vieux bonhomme : il appréciait tout particulièrement le calme, mais ne se privait jamais d’un bon mot, ou d’un discours long et somnifère sur sa vie, ses idées, ou à peu près n’importe quel sujet qui lui tenait à cœur de toute façon. D’une certaine façon, nous avions beaucoup en commun… La langue bien pendue en moins dans mon cas, bien sûr. La diatribe du clochard arrive finalement à sa fin, et ma compagne semble finalement assez emballée par l’idée de filer une bonne correction à l’affranchi toujours sur le ring. Surtout si l’occasion lui permet de se faire un peu d’argent de poche.
Un sourire franc sur le visage, la serveuse se retourne vers moi pour me demander si je souhaite miser un peu d’argent sur le résultat du match… Visiblement, les deux compères sont relativement certains que l’issu sera favorable à notre championne. Pour être parfaitement honnête, ils touchent une corde sensible : je suis une joueuse dans l’âme. Toutefois, je ne suis pas le genre de personne qui s’en remet uniquement au hasard. Mes yeux se posent donc sur le géant d’ébène, les bras levés, qui invective la foule dans l’espoir de s’y trouver un adversaire. Celle-ci semble toutefois un peu trop impressionnée par sa série de victoires, et personne ne se dévoue pour amuser les autres. Ils ont des raisons de faire cela. Le champion incontesté –pour l’instant- de la soirée est bien bâti, ses muscles se dessinant très clairement sous sa peau. Il est fort c’est indéniable, et probablement particulièrement endurant également… Les années de labeur vous rendent comme cela. La sueur roule toutefois sur sa peau, et il s’arrête régulièrement pour retrouver son souffle… L’effort continu fatigue, c’est évident, et en jouant un peu dessus, il est probable que Red soit capable de le vaincre. Je la sais également forte, tout au moins suffisamment pour soulever un gamin sans problème… Et elle est certainement plus rapide que le colosse. Toujours miser sur l’agilité face à la puissance brute. Ma main droite partit fouiller l’une de mes poches tandis que je lançais à ma compagne, l’air enjoué :


-Mais avec plaisir. Prend la moitié de ce qu’on gagnera.

Ma dextre revint dont se poser sur la table, avant de se soulever à nouveau pour révéler une demi-douzaine de shillings, prêt à se multiplier si l’issu du combat nous est favorable… Et au vu de la confiance qu’affiche la serveuse, je ne doute pas qu’elle le sera. Cette dernière s’empara de la monnaie avant de quitter notre compagnie non sans un bon mot, dans la direction approximative du ring. Alors qu’elle se fondait dans la foule, je lâchais un petit :

-T’as intérêt à gagner !

Une fois que la jeune femme se fut réellement fondu dans la foule, je revenais à l’homme dont rien ne me séparais dorénavant. Celui-ci savait que je profiterais de la moindre absence de notre comparse pour lui adresser un mot ou deux, aussi son attention s’était portée sur moi dès que Red avait quitté notre champ de vision. D’une certaine façon, il me semblait encore plus misérable que la dernière fois que je l’avais vu… Sa veste avait changée, mais était bien plus rapiécée que d’habitude, et les légères ecchymoses qui couvraient ses bras ne s’étaient pas faites toutes seules. Je ne lui enviais pas le moins du monde sa vie, d’autant que j’avais eu à goûter à une existence finalement assez similaire, il y a quelques décennies… Et si la richesse fait oublier à certain les difficultés de l’existence, je me souvenais de chacune d’entre elle avec vivacité… Tout en priant pour ne jamais avoir à les subir à nouveau. Je sortais une piécette de plus de mon manteau avant de la lui envoyer d’une pichenette. Il hocha la tête en remerciement, avant que je ne prenne la parole d’une voix calme, les yeux fixés sur l’arène au centre de la pièce :

-Je pense qu’elle a ses chances, mais elle ne devrait pas paraître aussi confiante que cela… Elle est véritablement aussi bonne qu’elle semble le croire ?
-Billy l’a vue défaire des gars bien plus imposants que ça… Tu devrais lui faire confiance. Enfin, si tu en es capable.

Je sentais ses yeux perçants posés sur moi. Cela faisait des années que je connaissais Billy, et il avait une certaine idée de toutes les magouilles dans lesquelles j’étais trempée. Il avait également entendu parler de tout ce que j’avais eu à faire pour maintenir ma réputation, ce qui incluait des choses dont je n’étais pas vraiment fière. Le vieillard avait beau ne pas en avoir l’air, il prenait facilement en affection les personnes qui lui rendaient visite régulièrement… Et j’avais presque l’impression que mon père me sermonnait sur mon style de vie. Mais mon père était mort il y a plusieurs siècles maintenant, et si je ne m’embarrassais pas du jugement des Lords les plus honorables de Londres, qu’est-ce qui lui faisait penser que je pouvais accorder ne serait-ce qu’une once d’importance au sien ? Je l’appréciais, comme on apprécie une vieille connaissance avec laquelle on boit un verre une fois l’an, et s’il pensait que nous étions plus que cela, alors il se fourrait le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Je balayais donc son opinion insipide, les yeux rivés sur le ring qui allait accueillir ma jeune guide… Mais une petite voix au fond de ma tête (celle d’Istasha, bien sûr), me répétait, encore et encore, que j’avais peut-être plus besoin de l’acceptation de ce vieil homme que je ne le pensais.
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Red'maw
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MessageSujet: Re: Il faut bien un irlandais pour attraper un autre irlandais [Aylith, Red'maw] [13/10/41] Mer 6 Avr - 1:27

Alors que je pose mon béret devant Billy pour qu’il le surveille, j’admets ressentir une certaine satisfaction en voyant la réaction de ma compagne. Bien … Elle me fait confiance. Très bien, même. Lorsque je vois les 6 shillings posés sur la table, je revois certes légèrement mon avis à la baisse … Je doute qu’elle souffre grandement d’une telle perte, même si c’est tout de même quelque chose. En tout cas, pour moi, ça le serait. Pour elle … Je ne sais pas vraiment. Est-elle véritablement dans le besoin ? Elle n’en a pas l’air …Elle me donne des pourboires plus que généreux. Elle cherche à acheter mon silence. Elle paye des alcools importés pour une fortune. Plus le temps passe, plus je suis perplexe … Je lui demanderai des éclaircissements une fois que nous serons à nouveau un peu plus au calme. En lui faisant bien comprendre que, si elle ne perd rien à me cacher des choses … Elle n’y gagne pas non plus à me mentir. Je veux dire, où ai-je le moindre intérêt à répéter qu’une certaine Dana venue de l’étranger cherchait son oncle, qui n’est qu’un alcoolique parmi tous ceux que compte ma clientèle ? Certes, la disparition de « l’oncle » en question est suspecte … … Pourquoi se cache-t-il, lui, d’ailleurs ? Maintenant que j’y pense, les paroles du vieux Billy à ce sujet sont claires, mais je n’avais pas réalisé … Peu importe. Un nombre assez important de gens disparaît souvent dans cette ville de toute manière, que ce soit à cause de « problèmes » qu’à cause des habitants de la nuit, qui ne sont pas tous très portés sur la discrétion absolue. J’arrive au niveau de « Book », de toute façon. Qui est book ? Personne en particulier : c’est un titre, dont hérite pour le temps d’une soirée celui qui se charge de prendre les paris. En général, ils sont deux – trois à assumer alternativement ce rôle, mais comme dans notre milieu, il n’est pas impossible de ne pas voir quelqu’un se présenter un soir, et d’apprendre ensuite qu’on l’a retrouvé dans la tamise … en bref, des « Book », j’en ai connu un certain nombre, en deux ans et demi. Celui qui, ce soir, s’occupe de chercher un adversaire dans la foule n’est pas plus vautour ou hypocrite que les autres : au moins possède-t-il une belle moustache. En me voyant m’approcher et lui poser les pièces dans la main, il hausse un sourcil avec un sourire.

- Tu viens parier ça sur qui ?
- Sur moi.
- A la bonne heure ! Montes sur le Ring ma belle … j’ai pas l’impression qu’on te disputera la place, de toute manière.


Ses lèvres légèrement gercées s’étirent encore plus. Il sait parfaitement que, parmi les habituées, je suis une des combattantes les plus fidèles et aussi une des plus pugnaces : contre un petit nouveau invincible, il est donc à peu près certain de pouvoir sortir des côtes à son avantage … Que ce soit sur lui, ou sur moi. Mais bien entendu, avant ça, il communique à l’arbitre mon arrivée sur la scène, afin que ce dernier ne chauffe la salle. Ce n’est pas franchement le style de publicité dont j’ai besoin, mais après tout, je ne vais pas les empêcher de faire leur petit commerce sur mon dos. Moi-même, j’y trouve au moins deux avantages non négligeables … D’une : je me fais de l’argent. Et de deux … J’ai le droit de cogner dans quelque chose de vivant sans avoir à en craindre les conséquences. A part, bien sûr, s’il décide de trop riposter … mais j’ai un remède pour ce genre de personnes. Le même que pour les autres adversaires que je croise d’ailleurs : les frapper jusqu’à ce qu’ils ne se relèvent plus.

- Messieurs, je vous demanderais d’acclamer une demoiselle que vous connaissez bien, qui a probablement du sang plein les mains à force de venir cogner des gens avec ici, et qui parle aussi peu qu’elle se bat longtemps, Red’Maw !

Je pense que mon visage exprime parfaitement toute la joie que je ressens à cette annonce : j’ai vu des gens quitter un enterrement avec des mines plus réjouies que la mienne … mais ça ne dure qu’un temps. Lorsque je passe entre deux cordes et me retrouve à nouveau sur le « parquet » surélevé qui sert de scène, d’arène, ou quoi que ce soit d’autre où deux gladiateurs sont supposés s’affronter, mon esprit change presque automatiquement de manière de fonctionner. Je sens du sang, ici. Il y en a sur le sol, sur les cordes, dans l’air … Même sur le type à qui je fais face. Il a l’air légèrement plus petit vu d’en face. Mais pas moins musclé. J’ai d’ailleurs le déplaisir de constater qu’il est presque toujours aussi frais après ses nombreux matchs, malheureusement pour moi … Mais d’un autre côté, peut-être ne fait-il que bluffer. « Après tout, contre une gamine faisant deux bonnes têtes de moins », ce genre de choses. Ce ne serait pas le premier à se dire quelque chose de ce genre : probablement pas non plus le premier auquel je vais faire regretter ce genre de pensés … Le sourire qu’il affiche, confiant, ne m’inspire absolument aucune sympathie : j’ai encore une fois l’impression qu’il visualise l’argent qu’il va toucher après sa prochaine victoire, plutôt que moi. Qu’importe. L’homme qui arbitre les rencontres nous demande si nous sommes prêts. Ni mon adversaire ni moi ne répondons par autre chose qu’un bref signe de tête. D’un cri, il lance le combat, avant de se reculer. Je lève mes poings, et me met en posture de garde. Lui … non. Remarque, je crois l’avoir déjà vu faire ça à son précédent combat : probablement pour déstabiliser l’adversaire. Quelque chose du genre …

- Tu sais, je suis pas très sûr que ce soit un endroit pour toi. Je me sens brusquement encore plus atrocement fatiguée que lors de l’annonce, plus tôt. - Je suis juste venu pour casser les dents de quelques blancs fiers d’eux, mais toi je vais me retenir un peu.
- Evites.
- hum ?

Je ne visualise pas une manière de lui dire “évites de te retenir face à moi” en moins de 3 mots … bah, tant pis : je ferais passer mon avertissement autrement. Je m’approche de lui sans répondre à son interrogation, jusqu’à rentrer à portée de ses grands bras. D’un geste plus prompt que je ne l’aurais cru capable, il tente de me saisir au niveau de la gorge ou de la tête d’une main. Rapide, certes, mais moins que moi bien entendu … tout est histoire de carrure. Me baissant assez pour sentir sa main ne rencontrer que des mèches blondes, je fonds sur le flanc qu’il a exposé, et ai le temps d’y coller un coup de poing avant de bondir en arrière pour esquiver une éventuelle riposte. Visiblement, il ne s’attendait pas à ce genre de résistance : il se masse douloureusement les côtes en m’étudiant, après s’être très légèrement ramassé sur lui-même. J’ai toujours les poings au niveau des joues. Je pense qu’il discerne assez clairement mon sourire… Le sien revient, progressivement. Il comprend probablement que, si je n’ai pas profité de ce coup pour tenter de l’enchaîner, c’est parce que ce n’était « qu’un avertissement » … Ou alors, je lui ai fait moins mal que je ne l’ai cru, et ça c’est plutôt mauvais signe.

- Tu veux que j’évite … Tes coups ? Ou de tenter de t’épargner le visage ?
- Deuxième option.
- Je vois … Pas bavarde, hein ? Petite peste.
- Sale con.

Je l’avoue. Je ressens une certaine jubilation à voir la colère qui perce soudain dans ses yeux d’ébène. Mais il l’a cherché après tout : il n’avait qu’à s’abstenir de m’insulter gratuitement. Il tente un genre de « charge », et prépare son bras gauche. La manœuvre est presque aussi prévisible que le destin d’une choppe au Broken Jaw : il compte sur le fait qu’il soit en train de bouger et sur son allonge pour me toucher, ou me forcer à me contenter d’esquiver. Ça se voit qu’il ne m’a jamais vu se battre, et outre mesure, qu’il se repose plus sur son physique que sur la technique : certes, il est grand, rapide, endurant et fort, mais ça ne lui suffira pas. En faisant un pas de côté sur ma droite, et d’un geste de mon bras situé du même côté que j’effectue en pivotant mon torse, je dévie son coup pour qu’elle passe sur ma gauche … Quant à mon bras gauche, je le soulève, et ferme le poing. Pivotant presque aussitôt le torse dans l’autre sens, je sens mes phalanges percuter sa mâchoire à pleine vitesse : mon coup rencontre malheureusement sa joue et ne lui fait pas aussi mal que je ne l’aurais espéré, mais j’apprécie le léger son plaintif qu’il émet tout de même. Puis, quelque chose que je n’attendais pas se produit : il pile, bande les muscles de son torse, et donne à ce dernier une impulsion pour que son bras revienne vers moi. Je dois l’avouer : sur ce coup-là, il me prend de court : le choc, que je parviens difficilement à parer, me déstabilise assez pour que je fasse quelques pas vers l’avant, trébuchant presque. Je suis pratiquement certaine que si j’avais mieux visé et avec un peu plus de force, il aurait été incapable de faire ce petit tour … Mais un coup de coude dans le dos n’est pas grand-chose, comparé à ce que j’ai déjà encaissé.

Pivotant pour lui faire face de nouveau, je me baisse juste à temps pour éviter une droite qui visait directement ma tête. Me dépliant à nouveau, je place un direct dans ses côtes : il répète la manœuvre qu’il a eu juste avant … Et parvient cette fois à me toucher à l’arrière du crâne. Déstabilisée, je chute à terre, la douleur se diffusant plus lentement dans mon corps que d’habitude : j’ai les idées embrouillées. Enfin. Pas assez pour ne pas avoir le réflexe de rouler sur le côté presque dès que je touche le sol. Cette initiative est relativement bienvenue : l’instant d’après, son pied écrase l’endroit où je me trouvais … Me relevant avec un petit sourire, je reprends ma pose précédente, les poings levés, et les yeux plissés. J’ai un petit rictus amusé. Lui aussi. Il revient sur moi, et enchaîne deux ou trois coups de poings : les deux premiers ratent leur cible, le troisième est dévié sur le côté, mais lorsque je tente une contre-attaque, son genoux percute ma jambe et me fait – en plus d’atrocement mal – perdre l’équilibre : il en profite pour enchaîner sur une droite directe en plein visage. Je m’écroule littéralement sur le dos : j’ai un léger goût de sang dans la bouche … Et je crois qu’il provient de ma lèvre. Je le vois qui me surplombe, et lève la jambe … Il n’a pas le temps de la baisser : sa cheville est bloquée entre mes tibias, et d’un mouvement de ciseau, je lui fais perdre son seul appui pour qu’il chute, lui aussi, lourdement à terre : j’agrémente le tout d’un petit coup de pied avant de rouler vers l’arrière.

Lorsque je me relève de nouveau, je le vois essuyer un peu de sueur sur son visage, et me sourire de nouveau … Ses dents sont rougies. A cause de son précédent combat, surement. Il a l’avantage sur moi. Pour l’instant. Je n’ai pas l’intention de le laisser gagner avant que mon atout à moi ne se révèle, cependant … Mon avantage à moi ne tarde pas bien longtemps, dans ce genre de situations.

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Aylith Byatis
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MessageSujet: Re: Il faut bien un irlandais pour attraper un autre irlandais [Aylith, Red'maw] [13/10/41] Lun 25 Avr - 14:37

David contre Goliath. Le récit biblique trouvait un écho tout particulier dans cette salle enfumée aujourd’hui… Une petite Irlandaise, serveuse dans un bar et avec un grave problème d’élocution allait affronter un gigantesque noir qui avait déjà mis au tapis l’ensemble de ses opposants de la soirée. En temps normal, je n’aurais pas parié la moindre piécette sur la jeune fille car, si elle était rapide, elle allait manquer de force pour abattre son colossal adversaire… Mais quelque chose me disait que ça ne se déroulerait pas ainsi ce soir. Peut-être à cause de son assurance, qui était loin d’être quelque chose de normal… On se représente souvent les gladiateurs comme des personnages trop confiants, souvent vaincus après avoir sous-estimés leurs adversaires, mais c’est très rarement le cas. Ce sont des gens suspicieux, prudents, bien conscients qu’ils pourraient mourir à chaque fois qu’ils descendent dans l’arène. Ceux qui se croient supérieurs aux autres ne vivent jamais très longtemps, c’est une leçon que tout combattant doit apprendre très rapidement, s’il tient à survivre quelques temps dans ce business. Alors, ceux qui étaient sûr d’eux, appartenaient systématiquement à deux catégories : la première était celle des idiots à l’égo démesuré, qui confirmait régulièrement la règle que j’ai énoncée précédemment. Les seconds en revanche étaient confiants pour une raison : ils étaient les meilleurs, et ils le savaient. Ils ne sous estimaient pas leurs ennemis et prenaient chacun d’entre eux comme une véritable menace, mais sans jamais se départir de leur confiance en leurs capacités.
Et, si le noir, dont je ne connaissais pas le nom, appartenait visiblement à la première catégorie, saoul de tous les combats qu’il avait remporté jusqu’ici, j’avais comme dans l’idée que Red appartenait, pour sa part à la seconde catégorie. Elle ne se vantait pas de ses capacités, et je ne la sentais pas particulièrement enjouée à l’idée de botter le cul de son adversaire, c’était plus une forme d’obligation… Et une façon de le forcer à fermer sa gueule. Qui plus est, au vu de son apparence, tout était contre elle. Tout parieur sensé aurait misé son argent sur le colosse d’ébène, mais elle s’en fichait visiblement, alors que je la pensais véritablement pragmatique, encore que peut-être un peu naïve. Elle se pensait capable de vaincre un homme qui avait mis à terre des hommes deux fois plus larges qu’elle, pourquoi ? Quand on n’est pas un vantard invétéré, on est rarement confiant sans raison, et j’étais persuadée qu’elle avait plus d’un tour dans son sac, que j’allais donc pouvoir observer pendant l’affrontement. C’était presque drôle, ce petit bout de femme qui se hissait sur le ring pour se placer face à son futur adversaire, et lever les yeux vers lui pour croiser son regard. Tout jouait contre elle… Mais j’avais une certaine affection pour ceux qui ne payaient pas de mine au premier abord.

Enfin, ce qui m’arrangeait surtout, c’était que tout cela allait me mener à Aidan sans que j’ai à bouger le petit doigt. Red était serviable, et dès que Billy lui avait dit ce qu’il fallait faire pour obtenir les informations qu’il avait, elle s’était proposée pour combattre. Ca n’aurait pas été mon cas. J’aurais probablement proposé d’effacer son ardoise, ou compenser ses pertes de la soirée, mais monter sur un ring en public ? Jamais de la vie. D’autant que la jeune serveuse n’était pas fondamentalement concernée par cette affaire, elle aurait tout simplement pu garder l’argent que je lui avait donné jusqu’ici, et retourner à sa vie de tous les jours, mais elle semblait s’être bien plus impliquée que ne le requerrait la situation. Je lui en était reconnaissante bien sûr, d’autant que je voyais mal ce qu’elle avait à y gagner si ce n’était un peu plus d’argent de ma part… Et même cela n’aurait pas poussé n’importe quelle fille de bar à aller affronter un ancien esclave dans un cercle de combat clandestin, le tout sur les docks de Londres au milieu de la nuit. Ce qui voulait dire encore autre chose.
D’une part, peut-être que Red était particulièrement loyale, et comptait bien satisfaire toutes mes demandes, ce qui serait particulièrement utile ce soir, mais pourrait se révéler ennuyant demain puisqu’il faudrait gérer sa réaction à l’enlèvement d’Aidan. D’autre part, elle pourrait tout simplement avoir tendance à s’impliquer à fond dans tout ce qui la touchait de près ou de loin, ce qui n’était pas non plus une bonne chose, puisque c’était un véritable aimant à emmerde la plupart du temps. Les deux dernières options, au contraire, m’arrangeaient bien plus : soit elle était particulièrement attirée par l’argent, et notre relation pourrait bien se montrer longue et profitable, pour les deux parties… Soit elle faisait tout ceci simplement par esprit d’amusement, car l’idée de briser les espoirs d’un ancien esclave venu « faire passer une leçon aux blancs » lui plaisait beaucoup, et notre relation pourrait également se prolonger, quoiqu’avec quelques ajustements. Mais s’il fallait choisir l’une de ces quatre possibilités, ou ne serait-ce qu’un mélange entre plusieurs d’entre elles, j’aurais eu bien du mal à désigner ce qui correspondait à ma compagne. J’avais beau être fine psychologue (j’aimais à le penser en tout cas), il était difficile de percer à jour quelqu’un qui ne lâchait que deux mots par phrases.

Mais l’affrontement allait commencer, aussi je me stoppais dans mes considérations sur la nature humaine et reportait mon attention sur le ring, tandis que les deux adversaires commençaient à se tourner autour, cherchant visiblement une ouverture dans la garde de l’autre. La plupart des affrontements commençaient ainsi, et si je n’avais que peu d’intérêts pour la chose, Kaja était captivée. Elle me fit remarquer que la jeune femme avait un bon équilibre, quoique ses bras fussent placés un peu haut. Quant à son vis-à-vis… Il était gigantesque, mais n’avait pas du combattre bien longtemps. Ses deux pieds étaient trop loin l’un de l’autre, ce qui augmentait sa stabilité mais allait largement limiter ses possibilités de réactions. Il savait qu’il était fort, et il en jouait au maximum, mais on ne gagne pas un véritable combat en attendant les coups de son adversaire pour les lui rendre, et en faire un concours d’endurance. Non, si l’on veut gagner dans ce genre de situations, il faut être plus rapide que son adversaire, lui porter des coups sans qu’il ne puisse riposter, être l’attaquant, pas celui que reçoit des coups. Enfin, contre un adversaire contre Red, il était compréhensible que l’homme décide simplement de riposter : elle était plus frêle que lui, elle serait moins résistante.
Et puis, brusquement, le colosse charge. Il a changé ses appuis environ deux secondes plus tôt, aussi pour un œil attentif, ça n’était pas bien difficile à anticiper, et visiblement la serveuse s’y attendait également, lui collant un joli coup à la mâchoire qui aurait très bien pu l’envoyer dans les vapes si elle avait été un grand gaillard avec des gars comme des troncs d’arbres, comme la plupart des combattants. Le coup n’était toutefois pas suffisamment puissant, et la contre-attaque vient rapidement, bien qu’étant plus destinée à forcer Red à se déplacer qu’à véritablement lui faire mal. L’homme reprend l’attaque, frappant au-dessus de la tête de la jeune femme qui esquive et lui renvoie un coup dans les côtes… Si j’avais été à sa place j’aurais visé plus bas mais, bien sûr, je ne suis pas une combattante, et certainement pas une combattante loyale. Le bras du colosse revient toutefois frapper l’arrière du crâne de la serveuse, qui tombe au sol pendant une fraction de seconde, visiblement un peu sonnée. Elle évite toutefois le coup de boutoir qui s’abat sur la position qu’elle occupait quelques secondes plus tôt. C’est drôle parce que je m’attendais presque à la voir rester au sol, mais, comme je l’ai dit, elle a plus que certainement quelques tours dans sa manche, et est visiblement habituée à la douleur… Comme la plupart des habitants des bas quartiers de Londres me direz-vous.

Elle se relève, et le colosse, infatigable, repart à l’attaque. Il est plus rapide que son physique ne le laisse imaginer, et visiblement endurant également, enchaînant les coups comme ça si n’était rien alors qu’il s’est battu toute la soirée. Avec un peu d’entraînement, il serait la terreur des rings, et pourrait même servir d’amuseur pour les gentilshommes de la haute, la meilleure destinée qui s’offre à lui, mais ça ne sera jamais le cas. Il est trop fier. S’il perd ce soir, il passera quelques jours à panser son honneur blessé avant de revenir semer la terreur dans les bas quartiers. Il finira probablement bandits, ou homme de main pour un type comme Butch. Mais, ce soir, il est au faîte de sa puissance, et arrive à nouveau à toucher Red, d’un coup de genou cette fois-ci. Elle vacille, et Kaja retient visiblement un glapissement de douleur à l’idée de ce qui va suivre. Et ça ne manque pas : la serveuse est cueillie en plein visage par une droite destructrice, qui aurait envoyé presque n’importe qui au sol de manière définitive. Toutefois, alors que le géant s’approche pour porter le coup ultime, la jeune femme l’attrape par les jambes avant de le forcer à s’écrouler lui aussi, accompagné d’un petit coup au passage. Mes doutes quant aux capacités de ma championne sont en train de s’évanouir. Si elle est capable de résister à ce qui vient de lui tomber dessus, avec son physique, alors elle ne perdra pas ce match. Son adversaire va se fatiguer éventuellement, et même s’il est baraqué, il semble tout aussi affecté par les coups qui lui ont été portés que son ennemi… Et cette dernière a visiblement la rage de vaincre. Intéressant.
Je tourne, un instant, le regard vers Billy qui fixe toujours l’arène. Ce qui attire toutefois mon attention, c’est le petit sourire approbateur qui illumine son visage… Je ne l’ai que rarement vu arborer ce genre d’expressions par le passé, mais il est visiblement confiant sur l’issue du combat. Peut-être même un peu trop… Il reste quelque chose à voir visiblement. Oui je pense que Red va gagner ce combat, ou tout au moins qu’elle a toutes les capacités nécessaires pour ce faire, mais ça ne va pas être facile, et rien n’est fini, loin de là… Mais son expression ne change en rien… Il est visiblement heureux de ce qui est en train de se passer. Resterait-il quelque chose à cette gamine qu’elle n’a pas encore révélée, une botte secrète qui fera mordre la poussière à son adversaire à coup sûr ? Ça semble impossible, ou plutôt… Improbable. Un humain normal va en s’affaiblissant au fur et à mesure qu’un combat dure, c’est une règle de base de l’affrontement et elle se vérifie toujours, alors pourquoi ce petit sourire narquois… Qu’est-ce qui se cache derrière ces dents pourries ?
Je n’aurais pas toutes les cartes en main tant que je n’aurais pas vu la suite, voilà qui était certain, aussi je n’avais plus qu’à patienter, et à observer la scène. J’élevais toutefois la voix légèrement pour demander à mon voisin :


-Il te reste une cigarette dont tu pourrais te séparer cette semaine ?

Il me jeta un petit regard surpris, il ne me savait pas fumeuse, partiellement à raison. Je tendais toutefois la main en sa direction et malgré ses yeux curieux, il déposa un petit rouleau de papier dans la main, rempli de tabac. Je calais celui-ci entre mes lèvres avant d’attraper une boîte d’allumette sur le comptoir pour allumer le bout du cylindre. J’exhalais une première bouffée de fumée avec satisfaction… Si je n’avais plus qu’à attendre la fin du combat, autant me fondre dans l’ambiance enfumée de la salle.

[HRP: Sorry pour le temps de réponse, j'ai eu des semaines particulièrement chargées dernièrement]
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Red'maw
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MessageSujet: Re: Il faut bien un irlandais pour attraper un autre irlandais [Aylith, Red'maw] [13/10/41] Dim 8 Mai - 21:20

Au début du combat, je pense que j’aurais pu dire que ses poings cognaient comme des marteaux. Ce n’est pas du tout étonnant, vu l’individu qui les balançait sur mon visage, mais pour autant, je n’avais pas l’intention de trouver ce fait plaisant. Bien entendu, ce n’était pas comme si je le laissais me toucher souvent. Au contraire … L’avantage à être petite et agile face à quelqu’un de grand et très lourd. Enfin, petite … Dans tous les cas, j’ai tout fait pour ne pas lui faciliter la tâche : bouger. En permanence, sur les côtés, me baissant parfois, roulant même sur le côté lorsque la situation l’exigeait et que la manœuvre était envisageable. Dévier certains de ses coups. Et surtout, lui faire payer au triple chaque fois où son poing avait atteint sa destination. J’aurais souhaité plus, mais lui aussi se défend … Même s’il a plus tendance à garder les bras levés devant l’endroit où je veux le frapper qu’à faire de petits bons d’esquive ou quoi que ce soit du genre. Là aussi, rien de bien surprenant pour un être de sa taille … Mais cela reste pénible. Il n’est pas « mauvais ». Il ne se bat pas extrêmement bien, mais il n’est pas mauvais. Et avec la force dont il dispose, ça suffit à me donner quelques difficultés. Rien de particulièrement transcendant, mais à un moment que je situe assez mal dans le temps, je sais que je me retrouve une fois de plus à terre, sonnée, avec un goût métallique dans la bouche … Une de mes dents a quitté ma gencive et fait sa petite folle autour de ma langue, répandant un goût de sang que je trouve désagréablement abondant. D’autres bougent … Super. Je passe mon poing devant ma bouche comme pour essuyer du sang qui coule, en profite pour cracher la dent à l’intérieur de mes doigts, et me remet en position. C’est juste un détail relativement ennuyeux, rien de plus.

Un détail ennuyeux qui se multiplie au bout d’un moment. Et par « qui se multiplie », j’entends qu’au bout de peut-être 20 minutes de combat, je dois avoir environ 12 dents dans les deux mains … Une fois que j’en ai perdu une, les autres suivent de manière relativement aisée. Je ne comprends toujours pas pourquoi, et les petits éclats blancs me rentrent dans les doigts à chaque fois que je porte un coup ou que je serre tout simplement trop les doigts, mais je dois faire avec. Et en attendant, je peux bien perdre mes dents : lui perd petit à petit ses moyens. Même s’il tente de le cacher, il n’est pas à même de mener un combat aussi longs après ceux qu’il a disputé auparavant : ses appuis sont moins sûrs, sa garde moins efficace. Un direct au nez de ma part le fait reculer de deux pas, et se toucher la lèvre : elle est désormais couverte de sang. Il titube légèrement, là où je fais de petits bonds sur le côté, les yeux plissés … Si je le pouvais, je lui offrirais un sourire, mais il risque de trouver louche qu’il me manque toutes mes dents sans m’avoir vu les cracher … Et en outre, il ne s’imagine probablement pas avoir frappé assez fort pour ce genre de choses. Je passe sous une nouvelle droite, et met un coup d’épaule dans sa cage thoracique pour le déstabiliser avant d’agrémenter la chose d’un coup de genoux dans sa hanche : le colosse bascule à terre, où je lui laisse tout le temps de récupérer ce qu’il lui reste de souffle et cracher à terre une salive rougeâtre. La foule autour de nous est hargneuse et encourage tant moi, tantôt lui : je note que le ratio a changé depuis le début du match d’ailleurs … Fait amusant, sachant qu’ici, « modifier » un pari consiste à laisser à Book la somme déjà pariée, et à en verser une nouvelle sur son nouveau choix. Ce qui veut donc dire : plus d’argent qui passe dans la caisse … ça servira bien à faire les gains des vainqueurs. Ma langue me fait mal lorsqu’elle passe sur une de mes lèvres … ce crétin l’a vraiment éclaté. Je n’ai pas le temps de me concentrer là-dessus. Lorsque, lasse d’esquiver, je finis par bloquer franco un de ses coups de poings – dans lequel il a mis presque plus de puissance qu’au début du combat, et ce n’est pas peu dire – et que
lui recule, ébranlé, je décide qu’il est temps d’en finir.

Voir son attaque aussi aisément contrée semble le déstabiliser encore plus émotionnellement que physiquement : il me regarde avec des yeux hagards, et tarde à se reprendre, pour m’envoyer un coup de poing au mieux mou. Un marteau fatigué. Je bloque son bras au niveau du coude avec mon avant-bras, avant de donner un coup dedans pour lui faire écarter la main vers le côté. De l’autre poing, je cogne son autre bras, le laissant l’espace d’un instant avec les deux bras largement écartés, et la défense totalement ouverte … Et sans attendre, je mets deux claques parfaitement synchronisées au niveau de ses tempes / oreilles. Je ne sais pas si je lui fais éclater les tympans – j’espère très honnêtement que ce n’est pas le cas – et je n’en tiens pas compte : l’instant d’après, mes mains saisissent ses joues, et forcent sa tête à foncer tout droit … Sur la mienne. Mon front percute le sien un peu plus brusquement que désiré : je vois 36 chandelles … Mais je me reprends bien assez vite : bien plus que lui, en tout cas, qui titube et ne sait probablement même plus différencier le haut du bas. Histoire de l’aider, je joint mes mains et met un grand coup en plein dans son plexus pour le pousser en arrière : il bascule presque tout de suite en arrière et percute le sol de toute sa masse, ébranlant le ring. La seconde d’après, j’ai sauté sur son torse, et lui ai callé 3 belles mandales sur la joue droite, au point que je sens ma main craquer de façon douloureuse. Saisissant ses joues, je lui soulève la tête, avant de la repousser brusquement et de la cogner contre le sol. Ici aussi, je m’y prends à 3 reprises en très peu de temps … Je partirais bien pour une 4ème, mais la tête me tourne un peu. Je vacille, et me retrouve à devoir m’accouder sur le torse de ma victime pour ne pas complètement chuter. Les yeux fermés, les oreilles dans les bras, je crois que j’ai un moment de calme … Peut-être une poignée de secondes. Puis, je me redresse, me relève lentement, et reste au-dessus du type à terre. L’arbitre compte dans sa tête jusqu’à 5, puis poursuit le décompte jusqu’à 10 à voix haute. Je n’ai pas une grande surprise lorsqu’on arrive au dernier moment sans que mon adversaire ait bougé, et je ne pousse ni cri de joie, ni quoi que ce soit du genre … Maintenant que je me tiens juste au-dessus d’un homme à terre que je viens de briser, je n’ai pas d’euphorie, pas de plaisir particulier … J’ai gagné. Je n’ai plus à me battre … Et je crois que je sens percer une pointe de regret.

J’aurais pu le tuer.
Je ne sais pas très bien ce que je ressens vis-à-vis de si je l’avais fait.

Lorsque Book me voit enjamber la corde pour sauter à côté de lui, il a un petit rire caractéristique, et tente de jouer au plus fin. Rien de bien transcendant, les petites plaisanteries classiques du style « mui, mais tu as mis un peu de temps à le finir », « c’est pas si victorieux que ça au final, je devrais diviser tes gains avec ceux des précédents adversaires », « toi aussi t’as quand même l’air salement amochée, ça me force à diminuer la somme finale forcément ». Le plus drôle dans l’histoire, c’est que certains vainqueurs marchent dans sa combine et partent avec moins que ce qu’ils devraient gagner … Mais David m’a prévenu dès le premier soir, et je ne fais que soupirer à ses petites plaisanteries. Lui aussi perd sa bonne humeur, me dit qu’il va compter devant moi, et se met à la tâche pour me donner mon dû : pendant qu’il s’occupe de ça, je regarde deux individus larges d’épaules soulever le type que je viens d’assommer et le poser sur un brancard qui se trouvait à côté de l’arène depuis bien plus longtemps qu’on ne pourrait le croire. Lorsqu’il me donne finalement la bourse, je la soupèse, hoche doucement la tête, puis me souvient brusquement de quelque chose.

-  Une autre.  
- Pardon ?  
- Bourse. Vide.  
- … tu veux une autre bourse vide ?  
- Hun hun.  
Il plisse les yeux, et m’observe quelques instants avant de finalement obtempérer.
- C’est bien parce que tu fréquentes assez souvent l’endroit, mhh ?  
- ‘Rci book.  

Sans un échange de plus, je traverse la foule sans trop prendre garde aux félicitations diverses – ou menaces, selon sur qui la personne avait parié – et retrouve ma voie jusqu’au bar auquel m’attendent Billy et Dana. Sur le chemin, je prends soin, en secret bien entendu, de faire glisser mes petits morceaux d’os blancs dans la 2nd bourse, que je range dans une poche de mon pantalon … J’espère que je n’en ai incrusté aucun dans une des joues de mon adversaire sans faire exprès. En tous cas, les bandes que j’ai autour des mains et des doigts m’ont bien servies … je les défais et les enroule, les rangeant elle aussi dans mes affaires lorsque je me pose au bar : la gauche a une couleur violacée au niveau des articulations. Lorsque le barman se tourne vers moi avec un air interrogatif, je lui pointe la chope d’un doigt, puis opine la tête lorsqu’il me la prend et la met en dessous du tonnelet de bière brune. J’ai l’esprit embrouillé … Les coups … le son … la faible luminosité. Tout ça commence à me filer la migraine. Je pose la bourse bien remplie sur le bois, et n’ajoute rien. Aussi bien Billy que la demoiselle qui m’accompagne ont pu assister au combat d’un bout à l’autre : que dire de plus ?

- Partagez-vous le butin entre vous deux, avant de me passer ma part … Drôle de match.
- Dana ? Comptes. Je tente d’avoir le ton le moins sec possible, mais il est dur de ne pas mâcher mes mots lorsque plusieurs de mes dents continuent à se déchausser … Je déteste être « en cours » sur ce genre de chose. Après, ça va, avant, bien sûr tout va bien, mais pendant …
- Tu lui fais confiance, Red ? Bon … Le vieux Billy en aura vu des vertes et des pas mûres, tiens. Et quelques trucs pas très attendus, aussi … Il vide brusquement son verre, et le fait claquer sur le comptoir en le reposant, continuant de l’observer à nouveau de son œil unique pendant qu’il parle. Bien … Aiden Mazlof. ‘Pas venu depuis un bout. Il parie mal, boit, perd de l’argent et du temps … Et puis, pouf. Peu de monde en parle. Il n’est pas très apprécié, et pas trop connu non plus, alors … Et puis, on parle à nouveau de lui. Quelqu’un veut lui demander des sous. Et à ce qu’il paraît, il a trouvé un moyen de rembourser. Une combine … Qui devait justement le voir disparaître temporairement. En gros, Aiden s’absente le temps qu’on se mette à le chercher … Le vieux Billy était trop loin pour tout entendre. Mais il a entendu des choses … Aiden sait où se cacher. Une planque un peu sale, mais pas trop. Dans le quartier pauvre, mais pas trop. Chez quelqu’un d’aussi nul que lui, mais pas trop non plus. Le quelqu’un, c’est Echna Willingstone. Pas loin du quartier juif, au-dessus d’une tannerie … Le vieux Billy ne saurait plus dire laquelle, mais bon. C’est ce que vous vouliez savoir … Red, et Dana ?
- J’pense. Je laisse une petite pause en me frottant le menton, avant d’engloutir ma bière, et de la reposer sur la table. - Dana ? On file ?

Ce n’est pas que je n’aime pas le vieux, ni que l’ambiance me mine tant que ça … Mais je vais avoir de plus en plus de mal à cacher ce qui arrive à l’intérieur de ma mâchoire. Bien sûr, je reste impassible, et je tente un maximum de ne pas pousser ma langue contre mes joues, voire pas du tout … Mais je ne vais pas pouvoir tenir le rythme bien longtemps. Je suppose que je prétendrais aller au petit coin au moment de quitter la salle … Si possible, j’aimerai que ce soit dans un avenir des plus proches.
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Aylith Byatis
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MessageSujet: Re: Il faut bien un irlandais pour attraper un autre irlandais [Aylith, Red'maw] [13/10/41] Dim 22 Mai - 1:49

Je ne saurais véritablement dire si la fin du combat fut plus ou moins spectaculaire que son commencement. La technique des premières minutes avait laissé la place à une compétition de force brute et, assez étonnamment, la frêle jeune fille était en train de l’emporter sur le colosse d’ébène. Ce qui n’avait aucun sens. Si, au début, nous avions assisté à un véritable jeu du chat et de la souris, Red tâchant tant bien que mal d’esquiver les frappes de son adversaire pour lui en rendre quelques une, la peur avait visiblement changé de camp. Enfin, je doutais que la serveuse ait jamais eut véritablement peur, mais il était clair que son adversaire voyait sa confiance en lui-même s’effondrer en ce moment même. La subtilité avait laissé place à la force brute, terrain où il aurait dû se sentir le plus à son aise, mais, défiant toute logique, il perdait pied peu à peu. Le chat et la souris avaient laissé place au marteau et à l’enclume, et comme c’est bien souvent le cas dans ce genre de situation, la seconde était bien plus solide que le premier. Je regardais donc la serveuse mettre à bas, petit à petit, un homme faisant une fois et demi sa taille, et probablement deux fois son poids, le tout en muscle.
Elle n’était pas ordinaire, ça c’était ma seule certitude à ce moment précis. J’avais parié sur la vitesse contre la force brute, mais visiblement c’était une erreur. Bien sûr, j’allais empocher mes gains à la fin de la rencontre, la personne sur laquelle j’avais misé étant celle qui remporterait le duel, c’était évident dorénavant, mais pas pour la raison à laquelle je pensais. Non, j’avais simplement misé sur une gamine visiblement faite de fer forgé, face à un type qui, au bout du compte, n’était qu’un homme. Et, si le fait d’avoir fait une erreur m’irritait légèrement, cela soulevait également tout un tas de question. Comment une femme comme elle, avait une carrure certes plus imposante que la mienne, mais résolument chétive, pouvait –elle tenir la dragée haute à un ancien esclave dans un face à face comme celui-ci ? La première chose qui me vint à l’esprit était évidemment qu’elle n’était pas humaine… Ou tout au moins pas entièrement. Mais c’était mon métier qui voulait cela, toujours se méfier de ses yeux. Je forçais donc mon esprit, bien qu’assez emballé par l’idée, à se concentrer sur une autre explication possible à ce tour de force.

Et, bien que ça ne me plaise pas de le dire, je ne trouvais rien. La logique humaine ne pouvait pas expliquer que Red soit capable de l’emporter. Elle était moins musclée que son adversaire, peut-être plus rapide, mais elle n’en faisait pas l’usage… Certes la fatigue du colosse était tangible, et cela jouait en sa faveur, mais cela pouvait-il expliquer tout ce qui se déroulait devant mes yeux ? J’étais bien loin d’en être certaine. Peut-être que me renseigner un peu plus à son sujet ne serait pas une mauvaise idée après tout, si elle devait travailler pour moi, j’avais tout intérêt à connaître tous ses petits secrets… Même les plus sombres. Ce pour quoi j’avais un certain avantage : c’était mon métier d’apprendre ce genre de choses. Je regardais donc avec une certaine curiosité les derniers échanges entre les deux lutteurs, se soldant de manière attendue par une victoire de la jeune femme, qui avait pratiquement tué son adversaire lors de la dernière passe. Heureusement pour elle qu’il était bien bâti. Avait-elle voulu cela ? Il en aurait fallu moitié moins pour s’assurer qu’il reste au sol où il était tombé… Une erreur honnête, ou le signe de quelque chose de plus sombre ? Les loups garous avaient ce genre de force extraordinaire, et une soif de sang qui pouvait s’avérer irrésistible de manière ponctuelle… Mais je n’allais pas me lancer dans des conjectures tout de suite. Non, j’aurais bien l’occasion de découvrir ce que cette petite serveuse à moitié muette me cachait, maintenant que ma curiosité avait été piquée.
En parlant du loup d’ailleurs, on en aperçoit le bout de la queue. Red, victorieuse, vint nous rejoindre moi et Billy avec un air pensif. Déposant une bourse bien remplie entre nous deux, elle s’assit rapidement sur l’un des tabourets en bois qui entourait le comptoir, avant d’écouter le vieil homme commenter le résultat de la rencontre, l’air fermé. Elle prit rapidement la parole d’une voix ferme, m’ordonnant de compter les gains, ce qui me fit hausser un sourcil. Le ton sec, péremptoire, ne me plaisait pas véritablement, mais cela faisait bien longtemps que je ne m’offusquais plus de ce genre de phrases glaciales. Je m’exécutais donc patiemment, accordant toutefois mon attention au vieux clochard qui avait repris la parole, nous livrant finalement les informations pour lesquelles j’avais passé la soirée à errer dans la partie la plus mal famée de Londres… Et, au début, je fus déçue. Il me débitait des évidences sur l’homme, comme la raison de ses dettes par exemple, ce qui ne m’intéressait pas le moins du monde, mais la suite… Oh oui, la suite était intéressante.

Enfin, intéressante pour moi. Quelqu’un qui n’a pas l’habitude se ficherait probablement éperdument de la majorité de la tirade du vieillard, ne se focalisant que sur l’endroit où trouver sa cible, mais ça n’était pas mon cas. Trouver Aiden venait de devenir le cadet de mes soucis. L’irlandais devait des sous, c’était une évidence, mais ce qui importait, c’est qu’il avait trouvé comment payer. Une combine dont on pouvait parier qu’elle reposait sur quelque chose d’illégal… Ou tout au moins de moralement répréhensible. Le traqué avait donc envie qu’on le traque, car c’était ce qui lui permettrait de rembourser ses dette. J’avais déjà entendu tout un tas d’histoire comme ça, des endettés qui prenaient le maquis, demandaient à l’un de leurs amis de se proposer comme chasseur de prime, et utiliser l’argent donné à l’ami en question pour effacer leur ardoise. Il fallait donc une parfaite complicité entre le chasseur et le chassé, un lien fort… Qu’il n’avait pas avec moi. Je ne connaissais Aiden que de nom, et de ce qu’on m’en avait raconté, je ne tenais pas particulièrement à connaître le bonhomme, d’autant plus qu’il s’apprêtait visiblement à me poignarder dans le dos.
Comment me direz-vous ? C’est finalement clair comme de l’eau de roche. Si le fait d’être recherché lui permet de rembourser ses dettes, c’est qu’il a un complice dans l’appareil de recherche… Ou tout au moins un commanditaire… Et si ça n’était pas moi, il ne restait qu’une personne. Butch. Ce bon Butch. Ce détestable Butch. Ce fils de pute de Butch en fait. S’il permettait à une personne qui avait des dettes chez lui de ne pas les rembourser, c’est qu’il avait quelque chose de plus juteux sous la main. Quelque chose qui compenserait ses pertes, et lui permettrait même de faire un peu de profit. Et qui pourrait bien lui offrir ce magot providentiel ? Mais moi bien sûr. Je ne sais pas comment il s’est débrouillé, mais mon employeur du moment avait visiblement découvert que j’étais une Lycanthrope… Ou tout au moins une non-humaine. Une fois cette information en sa possession, la suite coulait de source : il avait vendu ma dépouille au plus offrant. Et le rôle d’Aiden dans tout ça ? Il servait d’appât bien sûr. Si je passais la soirée sur ses traces, Butch saurait où envoyer les types supposés me liquider. Rien de plus aisé à trouver que quelqu’un qui pense être le chasseur.

Je réprimais promptement un éclat de rire hystérique, alors que je me rendais compte du piège dans lequel j’avais foncée tête baissée. C’était pour cela que nous étions suivie un peu plus tôt, des Hunters attendaient probablement le moment idéal pour frapper… Et je suppose qu’à la sortie de l’entrepôt, alors que Red serait épuisée et moi convaincue d’avoir accompli ma mission, ce moment idéal se concrétiserait. C’était tout à fait charmant. Je fus tirée de mes pensées par ma compagne, qui m’invitait à quitter l’endroit dans un futur proche. Ironique. Je passais en revue mes options de manière rapide… Et il n’y en avait pas beaucoup. Sortir en faisant mine de ne pas s’en soucier ? C’était se jeter dans la gueule du loup, et je n’aimais pas trop ça. Abandonner Red aux Hunters alors ? Peu de chances que cela marche, surtout si elle était bien humaine. Patienter ? Non plus, il fallait que je me débarrasse rapidement de tous ceux qui savaient à propos de ma véritable nature… Non, nous allions nous battre, bien que je n’aimais guère cela. Istasha était silencieuse, mais Kaja… Kaja était toute excitée. J’allais la laisser aux commandes, c’était dorénavant une évidence, et elle se délectait de cette idée. Je décidais finalement de ce que je devais faire, et me redressait sur mon siège avant de poser les pieds au sol.
D’une voix calme mais dure, un peu différente de celle que j’avais utilisée jusqu’ici pour jouer le rôle de Dana, je répondais à Red :


-Plus rien ne nous retient ici de toute façon. Prends ta part.
Je faisais glisser une poignée de piécettes à destination de Billy avant d’empocher mes propres gains.
-Avant de partir, saurais-tu s’il y a des toilettes par ici ? glissais-je à la jeune femme à voix basse.

Celle-ci me répondit en indiquant du menton une porte miteuse dans le mur est de l’entrepôt, visiblement une loge de gardien reconvertie en lieux d’aisances de fortune. Je fronçais très légèrement les sourcils avant d’entraîner la jeune femme à ma suite dans la direction indiquée. Je suppose qu’elle ne savait pas bien ce qui était en train de se passer, mais elle ne résista pas. Je ne jetais même pas un regard en arrière alors que le vieux Billy disparaissait dans la foule, mon pas régulier nous emmenant vers un lieu dans lequel allait se jouer, en partie, le futur de la soirée. Une fois sur place, j’ouvrais rapidement la porte avant de pénétrer dans le petit cagibi sombre, la serveuse toujours à ma suite, entraînée par la main qui avait agrippé son bras. Une fois à l’intérieur, et après avoir vérifié que nous étions seules, je refermais le battant derrière nous, non sans plisser du nez à cause de l’odeur toujours plus forte qui se dégageait des latrines. Je revenais vers ma compagne, avant de prendre une longue inspiration, préparée à lui lâcher dessus un paquet de merde brûlante, ce qui ne plaisait jamais à personne.

-Ecoute Red, il est possible que tu t’en doute, mais je ne m’appelle pas vraiment Dana, et je ne suis pas vraiment une cousine perdue d’Aiden. J’ai été envoyée par un usurier pour le retrouver afin qu’il paye ses dettes, d’une façon ou d’une autre. Toutefois, si ça n’est pas ma paranoïa qui parle, il est fort probable que toute cette affaire n’ait été qu’un piège pour que l’usurier en question se débarrasse de moi, pour une raison que j’ignore… Ce qui veut dire que, derrière les portes de l’entrepôt, il y a toutes les chances du monde pour qu’un certain nombre de personnes nous attendent, pour me faire la peau. Sachant cela, est-ce que tu as une idée sur la façon dont je pourrais m’éclipser sans attirer l’attention ? J’aurais également l’utilité d’un coup de main, mais si tu préfères t’éviter les emmerdes qui vont suivre, je comprendrais également.

La tirade était, presque, sincère. J’avais laissé une poignée d’informations par devers moi, comme mon véritable nom, le fait que je n’étais pas humaine, ou encore que les personnes qui risquaient de se mettre à mes trousses étaient des hunters spécialisés dans la traque de bêtes comme moi… Mais la jeune fille n’avait pas besoin de cela. Si elle était humaine, je n’avais pas vraiment de scrupules à la sacrifier pour me donner un coup de main contre mes poursuivants, en revanche si elle était ce que je pensais qu’elle était… Alors il était tout à fait possible qu’elle me soit d’une grande aide dans ce qui allait suivre, et il lui faudrait également se battre pour sa vie, ce qui ne la rendrait que plus efficace… Quitte à ce que je doive la liquider également plus tard pour protéger mon identité. Restait à savoir ce que la principale intéressée avait à répondre à cela.
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Red'maw
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MessageSujet: Re: Il faut bien un irlandais pour attraper un autre irlandais [Aylith, Red'maw] [13/10/41] Ven 3 Juin - 23:49

Je réalise quelque chose, lorsque « Dana » change de ton pour m’adresser la parole. Et à vrai dire, je me sens presque idiote de ne pas avoir vu un piège de ce genre plus tôt. C’est probablement parano, mais … Mais plus j’y réfléchis, et plus je me dis que la théorie se tient, en fait. J’indique les toilettes à la jeune femme d’un mouvement de tête, et en profite pour changer mon expression et faire part de mon soulagement : précisément la destination à laquelle je souhaitais me rendre. Mais à part ça …
A part ça, une fille sortie de nulle part débarque, ce soir, dans ma taverne, et prétend être à la recherche d’un habitué. Je n’ai jamais entendu parler d’elle avant, et à vrai dire, je pense que c’est également le cas de tout le monde dans l’établissement, à commencer par l’habitué qu’elle recherche. Aiden a des dettes : tout le monde s’accorde à le dire. Billy vient de confirmer qu’il est « rentré dans une combine qui consiste à ce qu’on le cherche » … Et si. Et si, en me voyant me battre ici à plusieurs reprises, il lui était venu à l’esprit que mes performances n’étaient pas tout à fait naturelles ? S’il avait miraculeusement eu l’idée que je n’étais pas humaine ? Et s’il s’était dit qu’il pourrait, via un stratagème étrange, vendre mon corps ou mieux, moi vivante, pour payer ce qu’il doit ? Le plan me semble presque trop bien ficelé. Il demande à une gamine, qui est peut-être liée aux gens auxquels il doit des sous, de venir me voir, de m’attirer à part … Et de se renseigner sur lui. Il sait que je viens ici souvent, tout autant que ma tendance à ne pas me méfier énormément des gens sans raisons. Une fois dans le « contexte idéal », elle me zigouille, potentiellement avec des associés … Le contexte idéal pourrait être cette planque, justement. Lorsque nous franchissons toutes les deux la porte des toilettes, j’avoue que je ne sais pas très bien ce que je dois faire. Après tout, je n’ai rien me prouvant que ce soit vrai : juste des suspicions et un comportement de plus en plus louche de celle que je guide … Rien qui me prouve véritablement que ce soit faux, aussi.

Ce n’est qu’à ce moment que je réalise, en fait, que nous sommes toutes les deux seules dans les toilettes. Ses doigts ont laissé une légère trace rouge sur ma peau : elle ne serrait pas très fort, mais assez pour que je la suive quand même. Je suppose pouvoir logiquement déduire qu’elle ne veut pas seulement se soulager … Et si elle a l’intention d’avoir une discussion avec moi, ça va me poser problème, pour plusieurs raisons. Outre le fait que je la considère maintenant comme potentiellement désireuse d’en attenter à mon existence, elle a probablement sélectionné l’endroit qui pue le plus de tout l’entrepôt … Et je ne parle même pas du fait que je gardes toutes mes dents, déchaussées, entre mon palais et ma langue pendant que les nouvelles sont lentement en train de se frayer leur voie dans mes gencives. J’ai la bave pleine de sang, les muscles de la mâchoire rigides, et une envie de plus en plus forte de vomir qui doit se voir sur mon visage : j’ai l’impression de changer de teinte … Je suppose que ce n’est rien, ferme les yeux un instant pour que ça passe, et écoute bien ce qu’elle me dit en la regardant à nouveau. Et je dois avouer que je ne m’attendais pas à ça … Enfin. Au moins, ça confirme bien ce que je pensais à la base : elle ne s’appelle pas Dana, et son histoire de Nièce est belle et bien montée de toutes pièces. En revanche, elle m’indique également qu’elle a peur d’être attendue dehors et me demande un moyen de repartir … Bon. Soit elle est extrêmement forte et le piège qu’elle me tend doit être redoutablement bien orchestré … soit elle dit la vérité, et c’est elle la victime de l’histoire, et non moi. L’ironie de la situation me ferait presque sourire si je me sentais un peu mieux … Finissant par fermer les yeux, je souffle doucement par le nez, avant de sortir un morceau de papier et mon fusain. Ma note est rapide, peut-être un peu trop concise, et j’avoue avoir mieux écris dans ma vie, mais ce n’est pas pratique de n’avoir que sa main comme support et je suis pressée.

Ton nom = ?

Sortie secours -> toits. ATTENDS-MOI

Coup de main -> contre …?
Laisses-moi 2min


M’écartant doucement sur le côté, je tends doucement un de mes bras à l’horizontale en attendant qu’elle ait fini de lire pour lui indiquer la marche à suivre. Je suppose qu’elle va déduire assez rapidement pourquoi j’ai besoin d’être seule … Et de toute manière, si elle ne le fait pas, je suis disposée à … rien du tout : elle finit par me laisser, et referme même la porte derrière elle. Je me laisse aller contre un des murs, et referme les yeux en cherchant à prendre des inspirations longues et profondes. C’est d’une efficacité mitigée, au mieux. Je rouvre brusquement les yeux, et me précipite vers les toilettes, posant mes deux mains contre la paroi : non contente de cracher, dans un nuage sanglant relativement sale, toutes mes dents, je sens quelque chose d’autre … Des fois, j’avoue ignorer le fonctionnement de mon corps. D’où me vient cette nausée profonde ? Pas de l’odeur … Pas que de ça … Je me crispe, fermant les yeux et tremblant pendant quelques instants. Mes muscles m’envoient des messages un brin aléatoire, irréguliers. Puis, soudainement, la « crise » s’arrête … Je me redresse, me recule doucement, et observe la cuvette couverte de sang … Tant pis. Au moins, ce que j’ai craché ne sera pas vraiment visible : les « toilettes » sont simplement un long tuyau débouchant directement dans la tamise … C’est un problème lorsque l’eau monte, mais au moins, de petits éléments lourds ne risquent pas de rester flotter à la surface. Je laisse ma langue toucher avec précautions mes nouvelles dents … c’est bien ce qu’il me semblait. Des crocs. Bah … Ils vont probablement pouvoir me servir. Un petit coin de mon esprit me fait me demander pourquoi Dana est pourchassée … Je ne lui poserai pas la question. De toute manière, c’est une usurière, ou elle bosse pour quelqu’un ayant ce métier : il n’y a probablement rien de si extravagant à découvrir de ce côté-là.

- Suit-moi.

Les deux premiers mots que je prononce lorsque je retrouve la jeune brune à la sortie des toilettes sont prononcés sans brusquerie : j’ai le plaisir de constater que ma voix n’a même pas tremblé lorsque j’ai parlé. Tendant doucement la main vers elle paume vers le haut, je laisse entendre un «
- Papier ? », même si honnêtement, je m’attendais à ce qu’elle me réponde à l’oral … Quoique. L’un dans l’autre, quelque chose noté sur une feuille est plus discret qu’une parole échangée dans un endroit bourré de monde … Cependant, avant qu’elle ne me réponde survient un évènement relativement désagréable mais hélas un peu trop courant dans ce genre d’endroits : je sens ma taille être … Délestée d’un poids devenu plutôt conséquent. D’un geste aussi brusque que réflexe, mon bras se tend, et ma main saisit l’oreille de Cyril, que je prends plaisir à pratiquement broyer entre mes doigts. Il tente de crier. Ma main se plaque sur sa bouche avec le cri d’une claque. Je ne dis pas que je n’y prends pas un certain plaisir, mais je tente de rester le plus neutre possible, alors que je me met subitement à avancer à travers les gens. Je pense que Dana me suit : je ne me retourne pas pour vérifier, emportant le gosse avec moi. Nous arrivons, au bout de quelques instants, dans un coin légèrement plus tranquille ou je peux le balancer sans trop de ménagement contre le sol : sa main va immédiatement se placer sur l’oreille que je viens de lui maltraiter, alors qu’il me regarde avec des yeux effrayés. Tentant de ne pas sourire à tout prix, je m’accroupis devant lui, et penche la tête. Il tombe bien. Hors de question que je lui dise.

Levant une main devant lui, je lève doucement un doigt.
- Deux choses. Ma bourse. Il tremble légèrement, et la sort de sous sa veste – où il l’a planqué à une vitesse assez spectaculaire, je l’admet -  pour me la tendre en tremblant. Je la récupère, la raccroche, et poursuit. - Les escaliers.
- Les escaliers ? Ceux d’accès au toit ?
- Oui.
- Mais ils sont interdis d’accès …
Je lui sors le sourire le plus aimable de mon existence, avant de délicatement passer une main sous mes cheveux, et d’en sortir le stylet, que je place contre le bout de son nez.
[color:7081=#cyan]- Ah vraiment ?

Je me doute qu’il est tenté de répondre « oui », mais le fait est que le couteau le fait réfléchir … Me laissant finalement aller à sourire, je décale la pointe vers le bas, avant de lui rentrer dans le nez. Dans un autre contexte, ça pourrait être drôle, s’il ne la sentait pas prête à lui ouvrir en deux : il sait parfaitement qu’il me ferait extrêmement plaisir en me donnant l’occasion de faire ce genre de choses. Surtout à lui. Surtout avec toutes les blagues de merdes qu’il me fait subir dès qu’il en a l’occasion. Je suppose que dans quelques années on finira par s’entre-tuer. Ou il tentera de me baiser. Ou les deux en même temps, peut-être.

- D-d’accord ! Je … Je vous y conduit … Mais … je vais être obligé de le signaler quand même …

Je hausse les épaules, alors que je finis par abaisser mon arme, en essuyer la pointe sur sa chemise sans même qu’il ne proteste, et me redresse en la rangeant avant de pivoter vers « Dana ». Maintenant que pour ce qui est de notre guide, c’est réglé, il me faut toujours ses réponses à elle … Et une fois que je les aurais, je suppose que Cyril se contentera de nous conduire aux escaliers, d’ouvrir la porte avec la clef dont il est supposé avoir le double, et nous laissera faire notre vie … Ce qui, en soit, ne serait vraiment pas un mal. Je commence à en avoir assez de cet endroit … Le « club » ne devient vraiment plus fréquentable que sur le ring, en ce moment.
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Aylith Byatis
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MessageSujet: Re: Il faut bien un irlandais pour attraper un autre irlandais [Aylith, Red'maw] [13/10/41] Lun 13 Juin - 3:19

C’est alors que je finissais ma tirade révélant (presque) tout à Red que je remarquais son teint pâle, sa bouche résolument fermée, et les quelques perles de sueur qui coulaient de son front, bien après que celles provoquées par le combat aient séché. Elle n’avait pas exactement l’air en forme, et en saisissant son matériel d’écriture, je m’attendais presque à la voir me demander de la ramener saine et sauve à la maison… Mais ça ne fut pas le cas. Non, elle me demandait quel était mon véritable nom, ce que je pouvais sans doute lui donner maintenant, ainsi que le genre de paiement qu’elle pouvait espérer, si nous survivions à la suite des évènements. Je prenais la chose avec une pincée d’humour, mais la jeune femme ne manquait pas de cran, pour me demander ce que je pouvais lui offrir alors que je venais de lui annoncer que nous étions potentiellement toutes deux en danger de mort. Enfin, vous me direz, il n’y a pas vraiment de meilleur moment que ceux-là pour poser cette question non plus, les prix ont tendance à monter de façon inconsidérée lorsqu’une personne se sentait acculée… Ca n’était pas mon cas présentement, mais il n’était pas exclu que cela le devienne plus tard.
Parce que, oui j’avais confiance dans les compétences des trois personnes qui partageaient ce corps, mais j’avais également vécu suffisamment longtemps pour savoir que même les plus rusés des vieux briscards pouvaient trébucher, et que tous les loups de la meute n’attendaient que cela pour les dévorer. Pensives, je suivais donc la demande de ma compagne, qui voulait visiblement me voir quitter la pièce. Son teint, toujours aussi blanchâtre, me disait que ça n’était peut-être pas autant pour digérer les informations que je venais de lui offrir que pour régurgiter son dînée de la soirée dans le fond des « toilettes », si on pouvait véritablement nommer ces choses ainsi. Toujours est-il que, adossée au mur à côté de la porte, je réfléchissais à toute vitesse à la suite des évènements… Quitter l’endroit par le toit était particulièrement tentant pour moi, étant donné que si les choses tournaient véritablement mal, je n’aurais qu’à me transformer pour fuir, et attendre une autre occasion de frapper… Comme mes adversaires allaient bientôt l’apprendre, je n’étais pas quelqu’un de sanguin, et la vengeance est un plat qui se mange froid, comme le veut l’adage… Et loin de moi l’idée de rejeter la sagesse des anciens.

Quelques minutes à peine à ruminer des pensées particulièrement sanglantes en compagnie de Kaja suffirent à Red pour me rejoindre. Elle avait l’air d’aller un peu mieux, en tout cas si on prenait en compte le fait qu’elle avait visiblement retrouvé le (partiel) don de parole dont elle disposait jusqu’à il y a un peu plus tôt dans la soirée. Ses paroles suivantes se firent toutefois un peu plus péremptoires, m’intimant de lui emboîter le pas… Ce qui semblait être une bonne chose : elle voulait me mener vers un refuge elle-même. Ou me vendre de manière immédiate, mais je doutais qu’elle soit de mèche avec les assaillants, au vu de son attitude durant la soirée, et elle aurait bien du mal à se douter que les personnes qui me recherchaient étaient des hunters décidés à me réduire à l’état d’animal empaillé, ou quelque chose d’à peu près aussi réjouissant, de mon point de vue. Juste avant de reprendre la route, toutefois, elle tendit une main ouverte vers moi, me demandant le petit bout de papier qu’elle m’avait offert un peu plus tôt, et qui renfermait visiblement ses interrogations les plus existentielles du moment, mais je préférais autant ne pas laisser de trace écrite. Je m’apprêtais à lui répondre que je lui répondrais une fois que nous serions seules, lorsqu’elle se retourna brusquement, attrapant un certain garnement que nous avions déjà croisé par le visage.
Visage qui commença d’ailleurs à se décomposer, ne s’attendant visiblement pas à se faire aussi abruptement saisir, et avec une telle force… Mais l’auteur de la (probable) tentative de larcin qui avait mené à cette réponse quelque peu brutale aurait dû se douter que provoquer quelqu’un qui vient de mettre à terre le colosse d’ébène ayant régné sur le reste de la soirée était une mauvaise idée. Je dis probable car je n’avais pas moi-même vu la main se glisser vers la bourse de Red alors qu’elle me regardait, mais à en juger par l’absence manifeste de celle-ci à l’endroit où elle pendait un peu plus tôt, et à la main désespérément dissimulée sous une veste appartenant à Cyril, je supposais que ce dernier avait tenté le tout pour le tout, sachant la serveuse particulièrement en veine à ce moment-ci de la soirée. Difficile de le blâmer pour cela, on apprend à saisir toutes les opportunités lorsque l’on vit à moitié dans la rue, mais son manque de discernement risquait de lui couter plus cher qu’une poignée de piécettes… Je ne connaissais pas l’Irlandaise si bien que cela, bien sûr, mais l’air déterminé sur son visage, et l’état d’esprit dans lequel elle devait être de manière immédiate n’auguraient rien de bon pour le garnement.

Je suivais donc le couple étrangement entrelacé en me glissant agilement à travers la foule, n’oubliant pas de me débarrasser du papier de ma compagne dans une torche proche. Je me tenais un peu sur leurs flancs lorsqu’ils firent finalement halte, à quelques mètres du consommateur le plus proche, partiellement dissimulés par quelques sacs dont j’ignore parfaitement la contenance. Quelque chose comme du blé ? Plutôt de la farine en réalité, leur surface est trop régulière pour une plante. Toujours est-il que dans ce cadre particulièrement rustique, j’observais l’altercation entre les deux jeunes personnes se résoudre d’elle-même, Cyril étant visiblement trop terrifiés par la jeune femme pour refuser quoique ce soit, et cette dernière ayant visiblement décidé de le mettre à contribution dans notre évasion spectaculaire. Enfin, pas si spectaculaire que cela, puisque le plan était justement de passer inaperçu (si tant est qu’il y ait eu un plan bien sûr), mais vous me pardonnerez mes écarts de langages.
Les talents de fines négociatrice de Red (métaphore pour « ses capacités d’intimidation ») eurent tôt fait de convaincre le jeune malandrin de nous conduire à notre sortie de secours, non sans avoir visiblement eu l’envie de rechigner… Mais lorsqu’un objet en métal s’aventure suffisamment prêt de votre cerveau pour que vous le sentiez presque gratter contre ce dernier, vous tentez rarement la voie de la résistance… Sauf si vous êtes stupides, auquel cas le prélèvement d’un bout de matière grise en plus ne devrait pas vous handicaper tant que cela. Toujours était-il que, après quelques tentatives de discussions rapidement écourtées, le jeune homme se releva, tremblant comme une feuille morte, avant de nous guider à travers la foule vers les escaliers en question. Il s’y déplaçait de manière ma foi fort experte, visiblement habitué à cela par une vie à exercer son « métier »… Mais cela voulait également dire qu’il aurait pu tenter de nous échapper prestement. Red avait donc eu la sagesse de lui coller au train, suffisamment prêt pour qu’il sente en permanence son souffle très légèrement rauque sur l’arrière de sa nuque, le poussant à respecter sa part du contrat… S’il tenait à son bien-être physique.
Encore une fois, le trajet ne fut guère long, l’entrepôt ne faisant qu’une cinquantaine de mètres de longueurs pour moitié moins de largeur, et en évitant une ou deux bouteilles volantes, ainsi que le corps affalé d’un soulard sur le sol, notre trio arriva enfin face à une volée d’escaliers dont la solidité était visiblement discutable… Mais devrait suffire pour ce soir. Je me voyais mal demander l’installation d’une poulie pour tracter en haut du bâtiment de toute façon. Cyril s’effaça pour nous laisser le chemin libre, visiblement envieux de se carapater au plus vite, mais je lui susurrais à l’oreille une dernière phrase avant de le quitter :


-Tu peux peut-être garder tout cela pour toi, si ça ne te dérange pas ? Je détesterais avoir à revenir ici en ayant appris que tu as couru te réfugier dans les jupes du patron, et je suis certaine que c’est également le cas de Red.

Le tout avait été dit d’une voix particulièrement douce et aimable, et alors que j’éloignais mon visage de son oreille avec un sourire doux et protecteur, l’effroi visible dans ses yeux lui fit garder bouche close, alors que ses yeux se rendaient compte que ma main droite était posée sur la crosse de mon pistolet. Après un petit clin d’œil joueur, je me retournais, invitant ma camarade à prendre les devants sur les marches branlantes qui nous faisaient face. Une vingtaine de ces dernières et nous arrivâmes à un palier, situé à mi-hauteur de la salle, ou quelque chose comme ça. Autant de marches plus tard et nous arrivions sous une trappe dûment fermée, qui devait donc mener sur le toit de l’entrepôt, puisque nous étions actuellement dans les arches de fer qui maintenaient celui-ci en place. Moi et la serveuse nous arrêtâmes un instant, consciente que si mes ennemis avaient bien fait leur travail, il n’était pas impossible que quelqu’un garde cette entrée. Il allait donc falloir être particulièrement prudents pour la suite. Tout doucement, je soulevais ladite trappe, révélant le ciel étoilé de la nuit (enfin, nous sommes à Londres, donc les nuages dissimulant le ciel étoilé de la nuit), ainsi qu’une lune qui jouait à cache-cache avec les cumulonimbus. Il faisait particulièrement sombre, et si nous travaillions un peu notre timing, nous arriverions sans doute à passer inaperçus assez aisément… Mais ça n’était pas mon objectif.

Non, ce que je voulais pour ce soir, c’était éliminer tous ceux qui savaient que je n’étais pas humaine… Il allait me falloir me débarrasser de tous les hunters présents ici, ainsi que de leur commanditaire, dont je commençais à me douter de l’identité. Kaja, sentant son heure approchait, se faisait de plus en plus impatiente sous ma boîte crânienne, attendant visiblement la seconde où je lui lâcherais le contrôle pour se lâcher complètement, ce qui finirait bien évidemment en bain de sang… Mais j’avais besoin de la certitude que nous ne serions pas du mauvais côté du bain en question. Istasha consciente que, malgré sa personnalité la poussant à se tenir à l’écart des ennuis, nous pourrions avoir besoin d’elle était également particulièrement concentrée, prête à déployer ses ailes lorsque le moment serait venu. Confiante dans l’idée que j’avais donc trois alliées si l’on comptait Red, je jetais un œil par l’ouverture, scrutant le moindre petit recoin sombre que l’on pouvait trouver sur ce toit… Et après une poignée de minutes de recherches, je me rendis compte que ceux qui étaient sur mes traces, si je ne les avais pas totalement imaginés, n’étaient pas si bons que cela. Je refermais la trappe une seconde pour lancer à la jeune femme à mes côtés :


-Vous pouvez m’appeler Aylith, et je suis à même de vous ouvrir une vie infiniment meilleure que celle de serveuse. Il n’y a personne sur ce toit, on va donc sortir, mais bougez lentement, et surtout ne faites pas de bruit.

Je me hissais dehors dès que j’eus fini de donner mes instructions, scrutant les ombres alentours à la recherche d’un possible piège, mais il n’y en avait pas… Pour le moment. Une fois assurée que nous étions en (partielle) sécurité pour l’instant, je m’approchais du bord du toit pour scruter les environs… Je voyais plusieurs silhouettes dans le noir, mais difficile de dire s’ils étaient des hunters ou non. Et puis, j’en vis un pour lequel aucun doute n’était possible : il était trop bien habillé pour fréquenter l’endroit. Impossible de savoir s’il avait son arme fétiche sur lui dans la pénombre, mais c’était probable. Je délaissais donc la zone, puisqu’il était probable qu’ils se soient séparés pour m’empêcher de fuir par un quelconque autre itinéraire dont ils auraient ignorés l’existence, avant de m’intéresser à une autre. Dans les cinq minutes suivantes, j’avais identifiés deux personnes supplémentaires dont je supposais qu’elles étaient à ma recherche, à leur tenue ou à leur posture. J’arrivais même à apercevoir le bloody rose à la ceinture de l’un d’entre eux, celui-ci était à peine éclairé par l’éclairage public voisin. Trois hommes. Je m’en remettais finalement à mon odorat, laissant Kaja me donner un coup de main pour vérifier que je n’avais raté personne dans le voisinage, avant de me rendre compte que, au milieu des effluves de poisson et de bière rance, un autre parfum, subtil, pouvait être senti. Un quatrième hunter. De sexe féminin. Les fragrances artificielles n’étaient pas exactement ce que des femmes fréquentait les environs pouvaient se permettre. Probablement quatre ennemis donc, et je connaissais la position de trois d’entre eux… Si nous étions rapides et efficaces, nous pourrions profiter du fait qu’ils étaient séparés pour les éliminer un par un… Mais cela voulait dire les empêcher de crier à tout prix, et espérer que Red ne poserait pas trop de questions.
Je me penchais d’ailleurs vers cette dernière pour lui murmurer, le plus bas possible :


-J’en ai repéré quatre en tout, et j’aimerais autant m’en débarrasser maintenant pour ne pas avoir à le faire plus tard… Prête à faire un peu de sport ?

Je lui décochais un sourire en coin joueur, encore que je n’étais pas exactement certaine qu’elle l’eut aperçu au vu de la luminosité ambiante, mais j’étais visiblement de bonne humeur. Un peu de chasse à l’homme, tant que cela ne devenait pas une habitude, ça ne pouvait pas faire de mal, n’est-ce pas ?
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Red'maw
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MessageSujet: Re: Il faut bien un irlandais pour attraper un autre irlandais [Aylith, Red'maw] [13/10/41] Mar 5 Juil - 6:23

Si les escaliers ne sont d’ordinaire pas accessible aux consommateurs, ce n’est pas parce que les marches légèrement disjointes et usées, voir pourries, ne supporteraient pas leurs poids. C’est plutôt justement parce qu’en dépit des apparences, elles les conduiraient sans trop de problème à la trappe qui permet l’accès au toit, et que de là … Et bien, lorsqu’un crétin ivre monte sur un toit, on a toutes les chances de le retrouver écrasé en bas du bâtiment le lendemain. Et ça, le propriétaire du club, ainsi que 90% des gens qui viennent y passer la soirée, ils n’en veulent surtout pas. Cependant, même si la dose d’alcool que j’ai dans le sang n’est pas nulle, de même que pour ma compagne de soirée, c’est d’un pas assuré que nous parvenons sous les étranges poutres métalliques qui empêchent le toit de nous tomber sur la tête, et y marquons une petite pause. C’est cet endroit-là, qui a le mérite d’être parfaitement isolé du reste des gens présents dans le club, que « Aylith » choisit pour me donner mon identité et me faire une offre que je suis probablement supposé ne pas pouvoir refuser. Je veux dire … « une vie bien meilleur que celle que j’ai » … bah, elle le pense probablement, et a des raisons de le faire après tout. Après tout, il est vrai que je l’ai vu sans sourciller mettre de l’argent sur la table toute la soirée … Et ce n’est que pour retrouver un irlandais qu’on a perdu dans la masse grouillante qu’est la population londonienne. En attendant … pff. Les coups de l’autre crétin m’embrouillent l’esprit : j’ai du mal à trop me concentrer sur ce que je voudrais vraiment. Je finis par marquer, d’une manière ou d’une autre, mon approbation et à me préparer à la suivre. Dans le pire des cas, je renégocierai notre arrangement plus tard …

La nuit est fraiche, je le sens à travers la mince ouverture que nous avons sur la nuit londonienne. Je laisse ma compagne scruter l’extérieur … Par quel genre de personnes est-elle poursuivie pour les suspecter d’être monté sur le toit ? En général, une bande de brute t’attend directement à la sortie de chez toi ou de ton travail, bâtons cloutés sur l’épaule, couteaux dans la main et sourire goguenard sur la gueule. Alors que là … enfin. Je ne peux en tout cas pas me reprocher de faire route avec une parfaite inconsciente : cela fait plaisir de réaliser cela, dans la mesure où la première partie de la soirée n’allait pas vraiment dans ce sens. Son inspection semble révéler une absence totale de piège sur le toit, et lorsque je monte à sa suite, je ne peux m’empêcher de trouver l’endroit trop calme … Quelque chose me flatte le nez. Dans les odeurs de poisson, d’eaux sales, et de déchets portuaires en tous genres qu’on trouve ici, cela peut sembler presque logique, mais … Enfin. Si j’avais voulu dire que quelque chose
de plus que ce qui a été mentionné précédemment puait, j’aurais usé d’un autre terme … Là, au contraire, c’est une fleur sur un tas de fumier, littéralement. Je laisse ma compagne inspecter visuellement les ruelles, alors que je cherche un peu, le nez en l’air, pour trouver cet élément qui me perturbe tant … Je ne peux pas me transformer pour savoir d’où ça vient bien entendu, mais si j’en avais eu la possibilité, ce parfum ne serait pas resté caché plus d’une poignée de secondes. Parfum … Oui … C’est un parfum. Nous sommes poursuivis par des gentlemen ? Étrange … Non, c’est un parfum féminin. L’idée me rend quelque peu confuse, alors qu’Aylith revient vers moi en me tendant ce que je suppose être un appât alléchant sous le nez. Je ne sais pas très bien si je dois mordre. D’une, parce que contrairement à elle, je viens de me faire frapper – et pas qu’un peu – par quelqu’un faisant plusieurs fois mon poids et bien plus que ma taille. De deux, parce que nous ne sommes que deux, et qu’elle parle de 4 personnes. De trois, parce que j’ai un doute sur sa définition du « sport » en question, même si je pense qu’il implique de tuer des gens. Et de quatre, parce que je crois percevoir un sourire … ou juste un petit rictus en coin, peut-être.

Mais je dois avouer que je n’ai pas le temps de répondre, car j’entends un sifflement perçant, et un réflexe que je ne comprends pas très bien me fait tendre le bras … Et intercepter de cette manière un carreau d’arbalète. Je pense qu’il était destiné à ma voisine, mais en attendant, c’est bel et bien au niveau de mon épaule qu’il rentre dans la chaire … Et ressort de l’autre côté, d’ailleurs. Je ne suis pas tombée sous le choc. Je n’ai même pas fléchi. Vacillé un peu, peut-être, un instant. Ma chemise se teinte lentement de rouge … Mes yeux se dirigent vers l’endroit d’où provient le carreau. Un toit, à proximité. Le parfum … Je suppose qu’elle était cachée jusque-là : je ne l’ai pas plus repéré que ma compagne, avant qu’elle ne se redresse et tire. J’ai quelque chose qui me noue les tripes, et semble lentement remonter le long de mes boyaux, comme une sorte de fiel, de liquide sirupeux et désagréable qui encrasse tout ce qu’il touche … Mais fait battre mon cœur comme jamais et affine mes sens à l’extrême. La nuit me paraît bien moins sombre, et le « silence » dans lequel elle était plongée disparaît. Un léger vent d’est court sur ma peau et dans mes cheveux. Lentement, je lève une main vers le carreau d’arbalète, et le saisit pour tirer dessus. Je pense que même à cette distance, la chasseuse est capable de voir mon regard fixe et meurtrier. L’espace d’un instant, je le détourne vers la pointe, que j’ai extrais sans trop de mal de mon épaule. De l’argent. Huntress. Nous étions poursuivis par des hunters. Lentement, mes coins de lèvres s’étirent pour révéler mes crocs de requins, alors que je réalise qu’est-ce qui englue mon corps tout en cherchant à le rendre plus performant. Je suis bourrée jusqu’aux oreilles d’une forme particulièrement vicieuse de rage, qui me rend presque euphorique à l’idée des instants à venir. J’ai juste la présence d’esprit de me guider vers ma guide, alors que ma peau change lentement de teinte pour se rapprocher de l’orangé.

Des hunters … Okay pour le sport.

Ma voix déraille, mais je ne m’en préoccupe pas. Ma tempe me donne l’impression qu’on vient d’y mettre deux coups de burin, mais la douleur ne m’importe pas. Je ne me concentre que sur la colère, et sur cette sensation si unique qui m’envahit à chaque fois que je sens mes os se déformer, ma chair se tendre et se densifier, et ma peau s’épaissir, se couvrir de fines écailles lisses aux teintes multiples. Je ne sais pas quand j’ai commencé à courir : je balance mes deux bras autour de moi normalement, sans même prendre en compte le fait que l’un d’eux ait été blessé un instant plus tôt. La chasseuse est relativement professionnelle : elle tente déjà depuis quelques instants de recharger son arme en gardant un calme olympien… Mais elle n’est pas assez rapide. De petits éclairs sillonnent mon derme alors que je sens l’alchimie en moi opérer, et accélérer la transformation. Le vent souffle de plus en plus fort dans mes oreilles, alors que mes pieds quittent mes chaussures d’eux-mêmes, leur forme allongée n’étant de toute manière plus du tout adaptée à ces dernières. Le second carreau part vers moi, mais je plonge à 4 pattes et galope : il passe au-dessus de mon crâne sans faire de mal. Lorsque je bondis pour franchir l’allée qui sépare les deux entrepôts, celui sur lequel nous nous trouvons et le sien, ma transformation est presque terminée : ma queue trouve un moyen de passer au-dessus de ma ceinture pour éviter de déchirer mon pantalon, et se déploie pratiquement en l’air. La chasseuse se met clairement à paniquer, et ouvre la bouche en reculant d’une manière un peu trop précipitée, mais elle n’est qu’à quelques mètres du rebord : lorsque mes 4 membres percutent la tôle ondulée, je rebondis presque immédiatement pour me jeter sur elle. Elle commence à tenter de crier, je crois : elle n’en a pas vraiment le temps que je la percute d’un coup d’épaule, et l’envoie voler sur le sol.

J’aurais bien combattu plus que ça, mais visiblement, elle était bien mieux taillée pour le combat à distance qu’autre chose … Ses traits sont fins, sa peau lisse. Elle est jeune. Novice. Ça explique qu’elle ait la bêtise d’employer du parfum avant de partir en mission. L’espace d’un instant, je renifle sa gorge … J’ai une envie si fantastique d’y plonger mes crocs. Mais je finis par me retenir. La blessure sur mon épaule est déjà guérie, et il y a d’autres proies au menu, ce soir … D’un coup de dents, j’arrache tout de même le médaillon qu’elle porte autour du cou, avant de lui retirer sa cape. En quelques secondes et coups de Stylet, j’en fais plusieurs lambeaux de belle taille, dont deux lui servent rapidement de bâillon, et le reste de liens pour les jambes et les bras. Cet exercice ne me prend qu’une petite minute, mais j’ai l’impression que c’est déjà beaucoup trop … Une idée me vient. Brutalement, je plante mes crocs dans la chaire de son poignet. La douleur la réveille, et elle remue quelques instants en gémissant de douleur … Mais elle n’émet que des couinements étouffés, et ne parvient pas à gagner ne serait-ce qu’un millimètre de jeu dans ses liens, ce qui est parfait. Je siffle doucement à son oreille entre mes dents : le son la dissuade tout de suite de bouger un cheveux de plus, et je ricane presque en quittant le toit, la bouche pleine de sang une fois de plus et un air satisfait sur le visage. Comme on pouvait s’y attendre, elle s’est contentée de rentrer dans un entrepôt, de trouver une échelle menant aux combles, de forcer le cadenas de la trappe d’accès au toit et de s’y poster … Je fais le trajet inverse en quelques instants, et reste quelques instants à 4 pattes entre des caisses de marchandises qui doivent probablement transporter des épices exotiques, vu le parfum qui règne dans la pièce. Une seule porte est ouverte et donne sur la nuit : je me dirige vers cette dernière, gardant la posture à 4 pattes et prenant bien soin de ne pas émettre un son. Lorsque je la franchis, un instant, j’ai l’impression d’être seule : une parole dans mon dos me confirme le contraire.

- Par l’enfer, qu’est-ce que tu es, toi ?
Un des hommes qui nous attendait en contrebas probablement. J’ai un sourire sanglant en répondant.
- Une chasseuse. Sans argumenter plus avant, je crache à ses pieds le médaillon rougis, et ricane.

Un carreau d’arbalète se traverse l’endroit où se trouvait mon torse l’instant d’avant, mais j’ai déjà bondit en arrière : je ne m’attendais pas à ce qu’il soit si rapide sur la gâchette, mais mes réflexes ont pallié à ce léger manque de clairvoyance. Sans lui laisser le temps d’en charger un nouveau, j’ai déjà disparu au coin entre les deux entrepôts, et ricane. Je l’entends appeler ses collègues et m’emboiter le pas. La chasse dans les docs peut commencer … J’espère juste qu’Ailyth ne m’en voudra pas de l’avoir entamé de cette façon. Je me demande si elle compte participer, d’ailleurs … Et ce qu’elle est. Mon esprit ne formule ces questions que maintenant, alors que je m’arrête derrière un nouvel entrepôt, marquant une pause pour m’assurer que je suis bien suivie. Je ne veux pas qu’on se batte juste à côté du club, mais je serai parfaitement capable de les semer … Heureusement, ils semblent à peu près assez rapides pour suivre le rythme.
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Aylith Byatis
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MessageSujet: Re: Il faut bien un irlandais pour attraper un autre irlandais [Aylith, Red'maw] [13/10/41] Jeu 14 Juil - 3:18

Lorsque le bruit caractéristique d’une corde qui se détend soudainement se fit entendre, Istasha poussa un cri (pour autant que l’on puisse nommer cela ainsi, son auteure étant un corbeau et la scène se déroulant dans ma tête). Le sifflement qui se fit entendre par la suite m’apprenait qu’un carreau fonçait à toute vitesse vers moi, ou ma compagne… Je me jetais à terre, par réflexe, mais j’avais bien conscience du fait qu’il était de toute façon trop tard pour y échapper : le temps que la gravité m’amène face contre terre –ou contre toit en l’occurrence- le projectile m’aurait touchée, si tant est qu’il ait été bien ajusté… Et je n’en doutais pas, tout Hunter qui se respecte saurait toucher un pigeon à 300 mètres, alors une humaine à une vingtaine… « Piece of cake » comme on dit. Mais alors que je me recevais lourdement sur la tôle du toit de l’entrepôt je me rendis compte que, non, je n’avais pas été touchée… J’avais pourtant entendu ce « thump » lourd, signe que le carreau avait pénétré quelque chose de mou… Je me retournais donc à moitié, pour scruter avec un poil de surprise la pointe acérée de la munition, qui dépassait de l’épaule de la serveuse.
Pas un cri pourtant, pas de surprise non plus… La jeune femme était remarquablement calme, pour quelqu’un qui venait de se faire tirer dessus. Et puis, son expression changea. Le calme laissait place à la colère, à la rage même… Ses traits se déformaient, tirés par un rictus sardonique que je ne m’attendais pas à voir apparaître sur le visage d’une pauvre serveuse de l’east end. Pas aussi naturellement, tout au moins. Et alors que mes yeux étaient vissés sur sa face, je compris (vaguement) ce qui était en train de se passer. Elle n’avait pas mal, parce que ce genre d’arme ne pouvait pas lui faire mal, elle était quelque chose d’autre. La pointe de l’arme était pourtant en argent, et cela faisait un mal de chien à toute créature de la nuit qui se respecte… Mais il semblerait bien que celle qui m’avait tenu compagnie toute la soirée était une autre sorte de monstruosité. Sous mes yeux ébahis –c’est tout relatif, disons que j’avais l’air vaguement étonnée, comme une vieille dame anglaise trouvant du miel dans son thé- le corps de Red commença à changer… Et pas en bien. Enfin, peut-être que si tout compte fait, au vu de la situation actuelle, mais ça n’en était pas plus rassurant.

Ses épaules se voutèrent, alors qu’elle prenait du volume, des traits bestiaux commençant à se mêler à sa forme humaine… Un spectacle ô combien rare, et que je n’avais vu effectué que par des Lycanthropes jusqu’ici, mais il semblait que j’étais face à quelque chose de tout à fait différent. Quelques secondes à peine plus tard, celle qui avait été, dans une vie antérieure il semblerait, une pauvresse moisissant au fond du quartier le plus pourri et dangereux de Londres s’élançait en direction du vide qui séparait le toit où nous nous trouvions et celui où notre attaquante surprise avait pris place. Je restais une seconde interdite devant ce nouveau spectacle assez ahurissant, avant de reprendre mes esprits. J’avais une idée ou deux sur la « chose » qui habitait le corps de la bègue actuellement, mais les hypothèses attendraient plus tard : au vu du vacarme intense que produisait l’hybride en s’élançant sur celle qui était devenue bien malgré elle sa proie, la moitié de l’entrepôt allait se demander ce qu’il se passait, et les hunters qui jusqu’ici nous attendaient bien sagement en bas du bâtiment allaient tenter quelque chose. Il fallait les en empêcher.
Pour ce faire, les options n’étaient pas légions. La plus évidente, bien sûr, eut été de les égorger ici et maintenant… Si nous arrivions à les attraper un par un, ce serait faisable sans prendre trop de risques… Mais, s’ils avaient un tant soit peu d’expérience, ils travailleraient ensemble, et nous finirions toutes les deux mortes dans une ruelle (si tant est que Red puisse mourir aussi aisément). Et, quand bien même nous arriverions à tous les massacrer, ce serait certainement sous les regards ébahis d’une bonne centaine d’ivrognes… Et, peut-être que vous vous en êtes rendus compte, mais en plus d’être quelqu’un d’assez peu social par nature, j’avais également un certain amour pour la discrétion. Donc, tenter le combat frontal était, pour le moment, hors de question… Non, le mieux était de faire comme toutes les autres fois où des hunters m’avaient poursuivie : les épuiser, les faire courir, les séparer… Et me débarrasser d’eux, un par un, dans l’ombre d’un bâtiment sans nom qui serait, à tout jamais, leur tombe. J’étais assez adepte du jeu du chat et de la souris, je m’y adonnais régulièrement, mais faire croire à quelqu’un qu’il est le chat aide bien souvent à lui prouver qu’il ne peut rien de plus contre moi qu’une petite souris.

Je jetais un œil à Red, visiblement occupée à tuer notre arbalétrière d’un peu plus tôt sur son toit, et décidait de prendre la fuite dans cette direction : elle aurait moins de mal à me rattraper ainsi, et à deux nous serions plus fortes. Je me rapprochais donc de la face de l’entrepôt qui faisait face au port de Londres, et où je savais qu’un Hunter nous attendait, prévenant toute fuite par la mer. J’étais à une petite dizaine de mètres au-dessus de lui, et il avait les yeux fixés sur le toit où se trouvaient nos deux compères respectifs, avançant prudemment dans cette direction. L’avoir ne serait pas difficile, le pistolet à ma ceinture ferait aisément l’affaire tout seul… Mais il avait l’inconvénient d’être très bruyant, impossible à recharger suffisamment vite pour accueillir le Hunter qui ne manquerait pas de se pointer en entendant la décharge, et il ne m’offrait pas de porte de sortie future, contrairement à ce que j’avais en tête actuellement… Cela allait me demander plus d’efforts, mais sur le long terme, je ne doutais pas que cela en vaudrait la peine.
Je me reculais d’un petit mètre sur le toit alors qu’Istasha grandissait dans mon esprit, éclipsant la présence de Kaja qui piaffait pourtant d’impatience… Mais j’allais avoir besoin qu’elle reste calme un petit moment, car ce qui allait suivre, je ne le faisais pas tous les jours. Laissant le corbeau s’immiscer plus profondément dans mon esprit, partager de plus en plus de mes pensées jusqu’à ce que celles-ci ne forment plus qu’un tourbillon dans lequel il était impossible de savoir qu’est-ce qui appartenait à qui, je me sentait, d’une certaine façon partir. Ma perception du monde changea, tout doucement. Ma vue devint plus acérée, tandis que mon sens du toucher perdait de son intensité, un peu plus à chaque seconde qui passait… Et alors que, doucement, j’intégrais la façon de penser étrange de ma compagne à la mienne, mon corps commença à changer. Doucement d’abord, mes pupilles changeant pour un noir profond… Et puis, de plus en plus vite. Des plus commencèrent à apparaître aux abords de mon visage alors que mes bras grandissaient à vue d’œil, se transformant rapidement en de gigantesques voiles de peau recouvertes des mêmes plus qui, peu à peu, poussaient sur tout mon corps. Mes pieds se faisaient également plus fin à vue d’œil, certains doigts disparaissant pour laisser la place à d’autres qui au contraire grandissaient de manière impressionnante.

Le corbeau prenait part à ma forme physique, mais alors que j’atteignais le stade d’hybride, je la sentie continuer de pousser, comme pour me faire ressembler toujours un peu plus à ceux de son espèce. Je tentais de nous calmer, doucement, et peu à peu la pression s’allégea sur notre esprit, le stress de la transformation laissant place à l’épuisement qui suivait toujours celle-ci. Mon torse était humain, ma tête également, mais mes bras avaient laissé la place à de gigantesques ailes qui me permettraient de voler, et mes pieds étaient désormais des serres acérées, plus longues qu’un couteau de chasse, et tout aussi dangereuses. La tête nous tourna un instant, alors que nous nous remettions debout, de manière légèrement pataude. Un corbeau ne marche pas, ou bien pas longtemps. Une fois le vertige passé, une poussée des ailes nous envoya dans les airs, et la seconde à plusieurs mètres du sol. Nous scrutions le hunter qui cherchait toujours une cible visiblement. Il ne se doutait pas qu’il venait d’en devenir une.

Nous ramenions brusquement nos ailes contre notre corps, et nous commençâmes à chuter rapidement. Outre le battement d’ailes qui nous avaient propulsées dans les cieux, et qui aurait pu passer pour celui d’une mouette bien grasse dans le vacarme ambiant, nous n’avions pas fait un bruit superflu, pas la moindre trace de notre présence… Mais un chasseur sachant chasser des créatures telles que nous se doit d’avoir une forme de sixième sens… Et il ne faisait pas exceptions à la règle. Peut-être entendit-il l’infime bruissement du vent contre nos plumes, ou peut-être s’était-il souvenu que sa cible n’était pas seule ce soir, toujours est-il qu’il leva la tête alors que nous ne nous trouvions qu’à une paire de mètres au-dessus de lui. Il leva son arme en même temps que nous déployions nos ailes pour stopper notre chute, occultant la lune au firmament… Et alors que nos serres trouvaient le chemin de sa gorge, il tira, un peu au hasard. Nous pestâmes un instant contre le bruit du pistolet, mais celui-ci, levé dans la précipitation, nous manqua de peu… Alors que nous serres pénétraient sa chair. Deux griffes longues d’une quinzaine de centimètres lui percèrent la jugulaire, alors que les autres s’enfonçaient dans ses épaules pour l’agripper. Un hurlement de douleur se noya dans son sang alors que nous le soulevions, brusquement.
Nous n’avions pas la force de porter un homme ainsi, surtout avec une prise aussi bancale, mais si cela n’était que pour quelques mètres nous pourrions nous débrouiller. Dans un effort qui nous sembla être olympique, nous transportâmes le pauvre inconscient se tortillant de douleur jusque dans la tamise, où nous le jetâmes sans plus de cérémonie. A moitié vidé du liquide carmin qui tâchait dorénavant nos serres, nous doutions qu’il survive bien longtemps dans l’eau glacée du fleuve… Et peut-être qu’avec un peu de chance, un de ses compagnons resterait en arrière pour le chercher… Mais c’était peu probable. En considérant que Red avait tué l’arbalétrière, il restait 3 hunters en étant de se battre dans les parages, nous les voyions mal se disperser pour chercher un confrère qui, de toute évidence, avait succombé à l’attaque de l’un des monstres qu’ils pourchassaient. Non, ils allaient vouloir travailler ensemble autant que possible… Ce qui  voulait également dire qu’il allait falloir redoubler d’ingéniosité pour les séparer. Mais nous savions déjà à qui confier ce genre de travail… Le genre de personnes qui, pour chasser, sépare les faibles du troupeau, jusqu’à ce que, seul et sans défense, ces derniers succombent sous les crocs ou soient terrassés par la fatigue.

De quelques battements d’ailes supplémentaires nous nous transportâmes plus loin sur les docks, dans l’ombre d’un autre entrepôt situé plus bas sur la rive. Après nous être assurées que les autres hunters n’étaient pas dans notre proximité immédiate, nous mettions fin au processus de fusion, qui nous avait laissées pantelantes. Istasha retourna à son activité préférée : observer depuis le banc de touche, tandis que je reprenais ma forme humaine éreintée. Le souffle court et le pas lourd, je continuais de m’éloigner doucement, boitillant légèrement. Mes muscles me faisaient mal, et mes poumons étaient en feu… Et cela allait durer encore un moment. Mais, avec un peu de chances, mes poursuivants me donneraient l’occasion de récupérer, et même si je ne serais jamais au top de ma forme avant d’avoir eu l’occasion de faire une bonne nuit de sommeil ou deux, j’aurais au moins l’air un peu plus présentable que maintenant. L’esprit légèrement assombri par la fatigue, je dégainais de la main gauche mon pistolet, tandis que la droite allait chercher la dague accrochée à ma jambe. J’étais presque parfaitement ambidextre, bien que née droitière, et je pouvais faire usage des deux armes de manière efficace si tant est qu’on m’en laissait l’occasion.
Et puis, alors que je me réfugiais derrière un autre bâtiment commercial quelconque en entendant des pas à proximité, je laissais le dernier membre de notre trio prendre la relève. Kaja pris donc ma place aux commandes avec plaisir, et un grand sourire carnassier vint illuminer mon visage d’habitude marqué par une certaine froideur. Elle scruta les environs quelques instants, s’assurant que nos poursuivants n’étaient pas déjà sur nous, et accessoirement cherchant la trace de Red, avant de se mettre en mouvement à pas de loup  -excusez-moi le jeu de mot, il est tard, et je viens de terminer une transformation- vers l’intérieur des terres. La connaissant, elle voulait contourner nos poursuivants, pour s’assurer que l’arrière garde n’était pas suffisamment à la traîne pour qu’on l’élimine tout de suite. Il était surprenant de voir que, malgré la fatigue physique évidente de notre forme, elle avançait avec facilité, presque comme si ce genre de considérations n’avait pas de prise sur elle. La louve s’était mise en chasse, et s’il y avait bien quelqu’un ici capable d’envoyer dans l’au-delà ceux qui avaient l’audace de se croire prédateurs, alors c’était elle.
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MessageSujet: Re: Il faut bien un irlandais pour attraper un autre irlandais [Aylith, Red'maw] [13/10/41] Mar 2 Aoû - 18:04

Je “galope” Durant plusieurs minutes, mais ne cherche en aucun cas à quitter les docks : la zone offer bien trop de coins d’ombre, de bâtiments ouverts et vides et de possibilités de pièges pour que je ne la laisse aussi facilement. En outre, la tamise est juste à côté, ce qui m’offre toujours une porte de sortie des plus confortables – bien que malodorante – , il n’y a pratiquement aucune habitation dans les environs, et ma « cliente » est toujours dans le quartier, elle aussi : autant ne pas la semer … Ou prendre le risque de la laisser seule aux mains de ceux qui nous chassent. Encore que de ce côté-là, je doute qu’elle se retrouve piégée par les hunters qui ont survécu, dans la mesure où ils sont derrière moi. Je le sais parce qu’ils sont aisés à identifier : l’un se sert en permanence (enfin dès qu’il le peut) d’une arbalète, le second d’un bloody rose, et le troisième cherche à tout prix le contact physique. Je doute que le pommeau qui dépasse de son épaule soit celui d’une dague. Mais j’esquive les projectiles, qu’ils soient de bois, d’argent ou de métal moins « noble » sans trop de soucis à chaque fois, avant de marquer un nouveau virage, de rentrer dans un nouveau bâtiment pour le traverser, ou d’escalader une nouvelle façade. Bien sûr, lorsqu’ils sont trop loin, je me contente de me planquer et attend qu’ils reviennent … Et lorsqu’ils sont finalement à portée, je redeviens brusquement visible l’espace d’une seconde. Avant de tourner à un nouveau coin et de les entendre reprendre la course en jurant. L’endurance relativement courte dont ils disposent me ferait presque rire : comparée à la mienne, elle est dérisoire.

Un point amusant de la métamorphose. Je ne sais pratiquement jamais pourquoi, plutôt que de courir, je galope. Pourquoi user mes mains en même temps que mes pieds. Après tout, les requins ne sont pas quadrupèdes, n’est-ce pas ? Et pourtant, je me retrouve régulièrement sur les pieds et les mains pour aller vite. A force, je n’ai même plus mal aux paumes lorsqu’elles se posent sur quelque chose de pointu ou tranchant. Un avantage ? Lorsque je croise quelqu’un, à cette heure tardive … D’une part, la plupart des gens sont à moitié ivres. Et en prime, vu ma pose, ils me prennent pour un gros chien. Je suppose que l’obscurité aide beaucoup, bien sûr. De toute manière, que pourrais-je être d’autre, à leurs yeux ? Les eaux de la tamise comme de la manche ne sont pas le moins du monde peuplées de squales, et quand bien même, la sous-espèce dont je fais partie n’a même pas été officiellement « découverte », me semble-t-il. Enfin. Dont faisait partie ce qui est aujourd’hui une grosse partie de moi. Encore plus maintenant que je suis transformée.

- J’te tiens ! Le cri me fait sourire, alors que je ne me retourne même pas vers sa source.

Mais il est vrai qu’il me tenait, quelques secondes plus tôt. Je suis dans une ruelle relativement étroite, un hunter vient de surgir à sa sortie, et celui qui m’a crié ça est à l’entré. Je ne sais pas très bien comment ils ont pu bloquer les deux accès comme cela, mais c’est ingénieux … Bien que peu pertinent. Je bondit sans attendre que la première balle ne me fauche, et percute une paroi. La repoussant de toutes la force de mes jambes, je fais un nouveau saut, parvenant cette fois contre le mur opposé de la ruelle. Un « pac » sonore m’indique qu’une nouvelle balle vient de percuter le mur, à quelques centimètres de ma tête. Je ne fais pas attention à ça où aux éclats de brique qui me piquent le visage, et me détend une nouvelle fois. Les « griffes » de mes pieds accrochent les reliefs des briques dis jointives, et me propulsent vers le haut, et non juste dans la direction opposée au mur. Cette fois, mes deux poings fermés percutent une fenêtre, que je traverse avant de rouler en l’air, et finalement de percuter brutalement le sol. Je ne tente pas une roulade pour amortir ma chute : je risque plus de me rentrer de nombreux éclats de verre dans le dos qu’autre chose. Et à vrai dire, l’endroit où nous sommes est parfait … Je reconnais cet entrepôt. Abandonné également, il a quelques mois plus tôt été victime d’un incendie : personne n’a voulu le rénover ou le rependre, et pour l’instant, il moisit simplement là, avec son mur éventré, sa toiture miteuse, et sa nouvelle fenêtre cassée.

- Tu l’as vu disparaître ?
- Faisons le tour ! Elle doit être à l’intérieur. JENNA !? Tss, qu’est-ce qu’elle fait cette conne ?
- Pas le temps de l’attendre.

Après avoir traversé la fenêtre d’un bâtiment, je suis probablement à l’intérieur. J’avoue que l’idée ne m’aurait pas effleuré …enfin. Défoncer des portes ouvertes n’est pas un crime, après tout. Et de manière surprenante, aussi bruyants qu’ils aient pu être durant leur discussion, ils restent silencieux durant leur approche, et pendant quelques instants seul le silence me tient compagnie, alors que je me contente de dénicher le coin le plus sombre possible et de me tapir dedans, presque collée au sol. Dans mon dos, je me sens obligée de remettre un peu d’ordre dans le bas de ma tenue pour que mon pantalon ne se déchire pas ou quelque chose du genre, détail que je n’ai pas eu l’occasion de régler plus tôt. Heureusement, la ceinture supporte parfaitement de passer au dessus de ma nouvelle excroissance alors que le bas de toile passe en dessous lui, et il me faut à peine une poignée de secondes pour régler ce détail avant que je ne me mette réellement à l’affut. Je n’ai pas à patienter bien longtemps : bientôt, une silhouette se découpe sur le fond nocturne, là où le mur a été éventré, tandis que de l’autre côté, une porte est forcée de manière relativement rapide, puis ouverte d’un coup de pied. Je suppose que j’étais supposée me ruer dans cette direction : la faible lueur de la lune me permet d’étudier mes adversaires, et un peu de leur stratégie … Celui se trouvant dans la brèche dispose d’une arbalète, qu’il a visiblement encore eu le temps de recharger. Le second en revanche a rangé son arme à feu, et … tiens, je n’avais pas remarqué qu’il portait deux poignards de cette taille sous ses vêtements : pour un peu j’aurais plutôt parlé de cimeterres … Le reflet de l’une des lames m’indique qu’elle est composée, même si partiellement, d’argent. Quant à la seconde, il y a quelque chose de pas net avec.

- Aller, la « chasseuse » … Montres-nous tes jolis crocs.

Je
suppose qu’encore une fois, c’est un moyen de faire en sortes que je me jette sur lui … C’est probablement la pire idée qui soit : son partenaire le couvre avec son arbalète, et n’attend que de voit le bout d’une écaille orange ou noire pour me planter un objet long, dur et particulièrement pointu là où il parviendra à me toucher avec. D’un autre côté, je suppose que je pourrais me jeter sur le tireur : en courant de la bonne manière, il ne parviendrait pas à me toucher. Mais non. Mauvaise idée là encore : l’autre gugusse pourrait ressortir son … pistolet ? Revolver ? Que sont ces armes, de toute manière … ? Enfin. Dans tous les cas, l’option me paraissant la meilleure reste de ne pas bouger de ma planque, et de les laisser venir à moi. Peu importe lequel se présente le premier : au moins, je suis certaine qu’il sera mort avant que son compagnon ne puisse faire quoi que ce soit. Mais bien sûr, ils sont prudents à l’extrêmes, et patients dans leur fouille. Si j’avais quitté l’endroit, je les aurais semé depuis une éternité. J’avoue avoir un mal assez fou à ne pas bouger d’un cil. Plus le temps passe, plus ce ressentit s’accentue. Je veux bondir. Je veux mordre. Je veux tuer. Approches encore un peu … Juste un peu plus près. Personne d’autre n’arrive. Je pensais que les trois me suivaient. J’ai dû me tromper. J’ai l’impression que ma soif me tiraille … à quand remonte ma dernière gorgée de sang frais ? Les bottes raclent la poussière. Un peu plus près. Ce n’est pas l’arbalétrier. Peu importe. Il approche. Plus près. J’ai soif. Je me contracte.

Je suppose qu’un nuage se déplace en dégageant le ciel, et permet à la lune d’apparaître. En tous cas, la lumière s’intensifie. Précisément à l’instant où il avait les yeux tournés vers moi. Il me voit. Je vois qu’il me voit. Je me déplie aussi sec, mains tendues vers lui. Son corps décolle du sol quand je le percute : aussitôt, je ressens deux foudroiements. Le premier dans le bras gauche, le second dans le torse, à droite. Nous volons l’espace d’une seconde. Il pousse un cri que je n’entends pas. Nous percutons un mur branlant, et l’onde de choc de son corps en fait chuter toute la poussière qui s’y était accumulée. Il retire ses couteaux. Je ne le lâche pas, referme mes doigts sur son col, le tire à moi. Sa tête percute la mienne si fort que des dents à lui se brisent lorsqu’elles s’entrechoquent. Il recule, crachant du sang, titubant. Je pose une main sur mes plaies. C’est l’affaire d’une minute. Il tente maladroitement de me poignarder avec la lame d’argent. J’esquive le premier coup. Le second. L’autre dit quelque chose, en criant également. Je n’écoute pas. Il est derrière son compagnon. Parfait. Une nouvelle tentative me coupe une mèche de cheveux. Assez. Il tente de viser mon visage. Ma main surgit à toute vitesse, et bloque sa main.  L’autre se saisit de la lame. Je me fiche du métal qui déchire la chaire de mes doigts : d’un geste, je fais éclater le poignard en deux. Je laisse le métal terne tomber à terre. Il recule, hébété. Puis lâche la poignée inutile, et dégaine son bloody rose. Un coup de queue l’envoie voler par-dessus sa tête. Il ne réalise même pas qu’il a toujours le second couteau, visiblement.

Il tente finalement d’attaquer. Je lui brise le bras. Il hurle. Je m’en fiche, et lui repousse le front avec la paume. Il expose sa gorge sans résister, sans comprendre. Je plonge. Je mords. Il hurle encore. Ça gargouille entre mes lèvres. Le sang me gicle dans la bouche … J’ai l’impression qu’une sorte de voile rouge particulièrement épais et désagréable, que je n’avais pas repéré jusque-là, vient de s’envoler de devant mon regard. Je bois le liquide écarlate en gardant le chasseur désarmé et toujours vivant dans mes bras : lorsque son collègue tente de tirer, le carreau se plante dans la chaire molle de son collègue. J’en ricanerai, si je n’étais pas si occupée à boire. Le hurlement de ma victime diminue petit à petit en intensité, et ses gesticulations, déjà faibles, meurent lentement. Je continue de boire jusqu’à ce que les artères carotide ne cessent de m’abreuver d’elles-mêmes. Plus de pouls. Vu son teint, l’anémie a déjà provoqué l’arrêt du cœur. Il tombe lourdement à terre, pantin désarticulé et vidé. Je sens ma main cicatriser rapidement. Mon flanc, un peu moins, mais la plaie ne saigne déjà plus. Levant les yeux vers l’arbalétrier, je réalise qu’il s’est saisi de l’arme de son confrère … Et a dégainé la sienne. A moins qu’il n’en ait eu deux, de base. Il me vise, visiblement sous le choc, mais ne me porte pas encore toute son attention. Il parle à son collègue. Lui demande de répondre. Sans résultat. Finalement, il vocifère quelque chose à mon encontre. Je me demande ce que je vais lui arracher en premier, quand je serai sur lui … Ou si je vais mourir avant d’y parvenir. Ma question restera sans réponse : brusquement, il se fige, et chute lourdement face contre terre. J’hausse un sourcil, avant de simplement faire un sourire sanglant. Aylith.
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Aylith Byatis
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MessageSujet: Re: Il faut bien un irlandais pour attraper un autre irlandais [Aylith, Red'maw] [13/10/41] Lun 15 Aoû - 1:52

Kaja était, visiblement, dans son élément. La louve, après une poignée de secondes à retrouver ses marques dans un corps qui n’était pas le sien (mais qu’elle avait déjà habité de nombreuses fois), se mit en marche aussi discrètement qu’il était possible, se dissimulant au coin de chaque bâtiment pour vérifier que nos ennemis n’étaient pas devant nous. Un entrepôt. Un second. Bientôt nous serions derrière eux, et si Red avait l’extrême obligeance de faire diversion ne serait-ce qu’une paire de minute, les hunters ne seraient plus un problème. Je sentais mon amie prédatrice vibrer d’impatience à l’idée de tuer ceux qui avaient eu l’audace de nous prendre en chasse. Ils apprendraient bien assez tôt qu’un loup ne se laissait jamais traquer sans répliquer de façon brutale. Et, le loup en question était âgé de bientôt quatre siècles. Quatre siècles à se dissimuler de leurs semblables, à s’en débarrasser dans la pénombre, à être toujours en alerte… Notre trio n’avait pas de problèmes avec ce mode de vie, mais il faut bien dire que cela nous avait changées. Nous étions plus rancunières, plus violentes… Plus promptes à faire couler le sang. Comme tous ceux qui les avaient précédés, ils finiraient la gorge tranchée dans une ruelle, cadavres sans noms oubliés par tous… Et ils seraient bientôt rejoints par leur commanditaire, en enfer.
Ma respiration, qui était haletante lorsque j’avais achevé ma transformation, s’était doucement muée en un souffle lourd, profond, mais relativement silencieux. Un peu comme vous sentiriez la respiration d’un loup contre votre nuque alors qu’il vient de trouver votre cachette, pas encore accéléré par la violence du combat, mais bien suffisant pour vous faire souiller votre pantalon. Exemple assez spécifique j’en conviens, mais il est tiré de faits réels. Le soupir, promettant milles morts qu’exhala Kaja se transforma en un petit nuage de fumée vite dissipé dans le froid de la Londres d’automne. C’était peut-être le seul inconvénient de la soirée : le froid empêchait la chasseuse d’utiliser son nez correctement, celui-ci étant trop froid pour être d’une quelconque utilité. Ça n’était guère plus qu’une petite gêne, mais je la savais irritée. Et il ne faisait pas bon irriter la louve, même sans le vouloir. Une ruelle plus loin, et le crissement de bottes de cuir sur le pavés retentit, à peut-être une vingtaine de mètres de notre position, dans une ruelle adjacente. Probablement les hunters. Nous nous figeâmes pendant quelques secondes, sans faire le moindre bruit, et les pas commencèrent à s’éloigner. Tout doucement, comme si une ombre s’extirpait difficilement du mur sur lequel elle reposait, Kaja se remit en marche… N’est pas chasseur qui veut.

Après avoir rejoint, sur la pointe des pieds, le bout de la rue où nous avions entendu nos poursuivants passer, nous hasardâmes un rapide coup d’œil, avant de revenir à couvert. Ils étaient restés ensemble, comme je m’y attendais… En même temps, après avoir perdu presque la moitié de leur groupe dans les premières secondes du combat, se séparer eut été une gageure. Deux hommes, côte à côte, constituent le front de leur petit groupe, tandis qu’une femme, une longue épée courbe au côté, se situe une petite douzaine de mètres derrière eux, faisant visiblement office d’arrière-garde. Si les deux premiers ne sont probablement pas une menace d’ordre immédiat pour moi, puisque toute leur attention est fixée sur ce qui leur fait face, la troisième m’inquiète un peu plus. Elle prend son rôle au sérieux, scrute chaque recoin d’ombre qui les entourent, vérifie que les ruelles transversales ne sont pas occupées par moi ou la serveuse… S’en approcher sera difficile, et si elle sait se battre, l’éliminer discrètement ne sera pas une partie de plaisir non plus.
Après une cinquantaine de mètres supplémentaires dans la même direction, ils tournèrent à un angle, disparaissant de mon champ de vision. Après avoir laissé passer une poignée de secondes supplémentaires, je trottine jusqu’à l’endroit où ils ont disparu, avant d’à nouveau y jeter un œil. Ils ne sont plus que deux… Et visiblement, ils ont envie de se battre. La jeune femme a dégainé son épée, qui lui d’un éclat argenté comme on pouvait s’y attendre, tandis que son compère porte une arbalète de bonne facture devant lui, scannant chaque ruelle devant lui avec une attention redoublée, visiblement prêt à tirer au moindre mouvement. Je me demande un instant s’ils ne m’ont pas repéré, et si le troisième membre de la bande, invisible à l’heure actuelle, n’est pas en train de m’attendre sur un toit, ou quelque chose du genre. Kaja se fige un instant, tendant l’oreille en attendant le déclic caractéristique d’une arme qu’on déclencherait, mais rien ne vient. Je fais donc remarquer qu’il est peu probable qu’ils connaissent notre position, puisqu’ils ne font pas face à la bonne direction, et avec un grognement approbateur, la louve relâche un peu de la tension qui habitait mes muscles.

Et puis tout s’accélère brusquement. L’arbalétrier se colle contre le coin d’une ruelle et, après quelques secondes, surgit dans celle-ci, prêt à faire feu. J’entends un premier coup de feu, qui vient certainement d’un bloody rose, ce qui veut sûrement dire que le troisième a fait feu. Red est donc juste là. Celui que j’ai en visuel décoche un carreau qui rate visiblement sa cible, et il se précipite dans l’allée sombre, jurant à moitié, et rechargeant son arme du mieux qu’il le peut. La jeune femme, visiblement fidèle à son rôle, s’installe au bout de la ruelle, en scrutant les alentours pour couvrir les arrières de ses compagnons. Je reste dissimulée dans l’ombre du bâtiment, hasardant un coup d’œil à intervalles réguliers… Je suis à une trentaine de mètres d’elle. C’est trop. Elle aurait le temps de vider le chargeur de son bloody rose avant que je ne sois sur elle, et bien que les lycanthropes ne soient pas particulièrement sensibles à l’usage de cette arme (comparativement aux autres créatures de la nuit, je m’entends), un chargeur plein dans le torse aurait raison d’à peu près n’importe quel membre de mon espèce. Ou de n’importe quelle espèce, à la réflexion.
J’hésite à faire le tour du bâtiment pour surgir de l’autre côté, à une distance moindre, mais cela prendrait longtemps, et je la perdrais de vue trop longtemps au goût de ma paranoïa. Je profite du fait qu’elle se retourne pour parcourir une dizaine de mètres, pour me cacher à nouveau derrière une pile de marchandises. Après quelques dizaines de secondes supplémentaires à patienter dans la pénombre, j’entends l’un de ses coéquipiers l’interpeller. Il n’est pas tout proche, peut-être cinquante mètres… J’ai le temps de la tuer avant qu’ils ne soient là, et avec un peu de chance je pourrais même m’éclipser sans qu’ils ne puissent me prendre en chasse. Aussi, lorsqu’elle se retourne pour lui répondre je bondis, parcourant la courte distance qui nous sépare en à peine plus d’un instant, pour la percuter par derrière. Ma main gauche lâche mon pistolet qui tombe au sol dans un cliquetis somme toute assez anodin, et vient se placer sur la bouche de ma victime pour l’empêcher de crier. La droite, tenant toujours la dague, se précipite alors vers le bas du dos de ma victime, dans l’optique de toucher des organes vitaux à travers son dos… Et si possible lui abimer suffisamment la colonne vertébrale pour qu’elle se débatte un peu moins.

Pas de chance, la bougresse porte une cotte de maille sous ses vêtements, et ma petite lame ricoche sans la blesser. Kaja lâche un grognement de rage, et tire brusquement en arrière la jeune femme, tout en lui calant un méchant coup de genoux entre les reins. Celle-ci pousse un cri de douleur heureusement étouffé par ma main… Je sais que ses amis sont en train de s’éloigner, c’est audible, mais si elle parvenait à faire suffisamment de bruit, cela suffirait probablement à les alerter. J’arme un nouveau coup de dague, visant cette fois-ci son cou, qui n’est visiblement pas protégé, mais alors que l’arme commence à s’abaisser, la main de ma victime vient stopper mon bras en me saisissant par le poignet… Elle n’est pas mauvaise, la plupart des débutants se seraient laissé avoir plus aisément. Je force, et la pointe de la dague continue de progresser, bien plus doucement cette fois, vers la carotide de celle qui s’appelle apparemment « Jenna ». Alors que les premières gouttes de sang commencent à couler tandis que l’arme pénètre son cou, un coup de coude soudain vient me cueillir dans les côtes, expulsant tout l’air de mes poumons. Kaja tombe au sol avec un grognement de douleur, sans relâcher sa prise sur notre victime : celle-ci nous suit donc dans notre chute.
Par miracle, ma main reste sur sa bouche tandis que nous roulons au sol, combattant pour nos vies. J’utilise mes jambes pour la frapper autant qu’il est possible, dans l’espoir qu’elle finira par être déconcentrée juste assez longtemps pour que je l’égorge… Mais elle semble bien décidée à ne pas se laisser faire, les coups de coude pleuvent sur mon thorax, déjà douloureux. Kaja décide finalement de jouer notre va-tout : elle relâche sa prise sur la dague, qui tombe au sol avec un petit bruit métallique. Ni une ni deux, la jeune femme laisse tomber l’idée de me combattre au corps à corps et se rue sur l’arme, s’extirpant de mon étreinte par la même occasion. Elle saisit rapidement l’arme par le manche, prête à la retourner contre moi, mais se rend compte trop tard que c’était une diversion : Kaja est déjà à sa gorge, qu’elle arrache d’un coup de mâchoire… Visiblement, pas besoin d’avoir le physique d’un loup pour se comporter comme tel. Le regard surpris de Jenna se mue bien vite en horreur lorsqu’elle se rend compte qu’une fontaine carmin jailli de sa carotide tranchée. Avec un dernier regard choqué et terrifié pour moi elle s’effondre, perdant rapidement connaissance. Je me relève alors, m’époussète un peu, et ramasse mes armes avant de me remettre en route : Red pourrait avoir besoin d’un coup de main, et je n’ai qu’à laisser la jeune femme se vider de son sang sur le pavé pour qu’elle meure.

Après quelques pas effectués avec la plus grand discrétion, j’entends le bruit d’un combat à l’intérieur de l’entrepôt : les cris de douleurs, le déclenchement d’une arbalète et les…Gargouillis bestiaux d’un monstre. J’accélère donc, consciente qu’il me faut arriver avant la fin de leur petite fête si je veux être d’une quelconque utilité. Après avoir fait, rapidement, le tour du bâtiment, j’arrive devant sa partie éventrée, qui me laisse voir ce qu’il se passe à l’intérieur… Et ça n’est pas exactement joli joli. Red est dans plus ou moins la même position que celle où j’étais un peu plus tôt : les dents plantées dans la gorge de sa victime. C’est là que s’arrête la ressemblance toutefois : la serveuse n’a basiquement plus l’air humaine, et je ne la reconnais que par ses vêtements… Et peut-être également parce que je sais qu’elle est la seule aberration actuellement dans le coin. Enfin, elle semble se repaître du sang de sa victime, s’amusant visiblement des gargouillis désespéré que ce dernier produit alors qu’il essaye désespérément de survivre à une situation qui est, de toute évidence, mortelle. Istasha lâche un très léger gloussement, visiblement amusée par le pathétique de la scène, tandis que Kaja regarde ma compagne avec jalousie : je ne la laisse pas jouer avec la nourriture.
Il y a toutefois des soucis plus pressants que mon point de vue sur le comportement à adopter par mes totems : le second, s’il a l’air visiblement secoué, est en train de se reprendre. Il a dorénavant deux armes à la main, crie quelque chose du genre « Marcus, non ! » tout ce qu’il y a de plus cliché, et se prépare visiblement à un combat jusqu’à la mort avec Red. Je me tiens littéralement cinq mètres derrière lui, en pleine lumière, et il ne m’a même pas remarquée. Il faut dire que le spectacle qui s’offre à ses yeux est captivant, mais je suis quand même un peu vexée. Alors qu’il recule légèrement son pied droit, visiblement dans l’idée de prendre de l’élan pour sauter sur son adversaire, je lève mon pistolet. Il lève le bras, et l’épée, avec un rictus de rage tandis que j’arme le chien. Et, alors qu’il se jette en avant, ivre de rage, j’appuie sur la détente. Le tir est net, sans bavure : un trou fumant lui tient désormais lieu d’arrière du crâne, et il s’effondre, pantin désarticulé et sans vie. Une bonne chose de faite. Alors que je reprends le contrôle (à moins que je ne l’ait eu tout du long ?), je replace ma dague dans son fourreau, et commence à recharger mon pistolet. J’ai gâché une balle en argent sur un humain, c’est dommage, mais ça n’est guère plus qu’un détail. Remarquant Red qui me fixe, agréablement surprise apparemment, je lui lance un petit :


-Suis-moi si tu le désire, j’ai encore quelques affaires à régler ce soir… Et je pense que nous avons une chose ou deux à nous dire, toi et moi.

Le ton est joueur, ce qu’il implique, beaucoup moins. Maintenant que nous avons liquidé ses tueurs, il faut se charger du type derrière tout ça : Butch. Il ne se doute probablement pas que j’ai réussi à vaincre ses assassins (il est vrai qu’il m’aurait été autrement plus difficile de le faire seul), et le connaissant, il doit dormir sur ses deux oreilles dans son hôtel particulier. Ce type me répugne. Toujours est-il qu’en frappant maintenant, nous nous éviterions pas mal de problèmes : il n’aurait pas le temps de se rendre compte que sa petite machination a échoué, et de renforcer sa sécurité. Non, nous n’aurions qu’une poignée de gros bras à terrasser avant de l’atteindre… Ou peut-être même pourrions-nous éviter ce petit inconvénient, avec les bons mots : ils n’avaient pas de raison de se méfier de moi, leur patron ne partageait pas tous ses secrets avec ses sbires, surtout ceux qui concernaient des meurtres, et j’étais une visiteuse régulière de la demeure du préteur sur gage. Nous avions survécu à l’embuscade, il suffisait maintenant de couvrir nos arrières… Et de faire passer un message.

[Vous aurez peut-être remarqué que le post change pas mal de pronom pour narrer le récit… Ca n’est pas une erreur, mais une volonté pour illustrer la légère confusion d’Aylith sur son identité après avoir passé un temps unie avec Istasha, si c’est dérangeant, je modifierais o/]


Dernière édition par Aylith Byatis le Dim 16 Oct - 23:55, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Il faut bien un irlandais pour attraper un autre irlandais [Aylith, Red'maw] [13/10/41] Mar 23 Aoû - 23:24

-Suis-moi si tu le désire … Pour une raison qui m’échappe, j’ai l’impression de devoir chercher une référence à ce morceau de phrase, mais je crois que la citation n’est pas exacte. j’ai encore quelques affaires à régler ce soir… Et je pense que nous avons une chose ou deux à nous dire, toi et moi. Elle résume ma pensé, avec cette dernière partie.

Je répliquerais bien qu’elle aura probablement plus de choses à dire – et sera en mesure de dire plus de choses – que moi lorsque nous aurons effectivement la petite discussion dont elle parle … si je le pouvais. Lentement, je lève la main, lui faisant signe de rester là où elle se trouve pour le moment … Alors que je ferme les yeux. Je me concentre pour ne pas grimacer, mais j’ai peur que ce soit un échec : rien d’étonnant, vu le nombre de signaux douloureux que reçoit mon cerveau en même temps. Et je ne dis pas cela pour juste me plaindre : je sais, aussi bien grâce à David qu’à mes expériences personnelles, que la transmutation d’une humaine à une chimère et vice-versa est tout sauf naturelle. Les os s’allongent ou se raccourcissent, les articulations se déplacent, les capteurs sensoriels s’affinent ou s’émoussent, et de manière générale, ça se résume assez vite. Tout fait mal. Des pieds à la tête, j’ai l’impression de ressentir foulures, entorses, muscles qui se déchirent et os qui éclatent. Ce n’est pas le cas, mais mon corps a visiblement du mal à faire la différence. Lorsque je sens enfin les trop nombreuses informations contradictoires s’arrêter d’affluer, je rouvre les paupières, haletant légèrement. Je suis en sueur sous mes vêtements, et j’ai froid. Depuis quand ? je n’en suis même pas certaine. Déglutissant, je finis par hocher la tête, sourire … Et perdre l’équilibre pour m’écrouler à terre.

- Et merde.

Plissant les yeux un instant en les fermant, je me redresse un peu. J’ai des taches dans le regard. La raison de cela me frappe soudain : j’ai tout le flanc trempé d’un liquide carmin encore chaud. Retirant mon gilet, je constate que ma chemise est gorgée de mon propre sang, à tel point que j’en ai légèrement tâché le sol … elle est foutue. Lâchant un petit «
- Ca va. » à ma camarade dans une tentative un peu maladroite de ne pas trop l’inquiéter, je rampe sur le dos jusqu’à un débris de mur, contre lequel je m’adosse, laissant ma tête basculer un peu en arrière.

- Laisses-moi … … deux minutes. Je ne sais pas si le calcul est correct, mais c’est dans cet ordre d’idée. Saloperie de hunter.

Un des bons, ou mauvais points de la transformation, c’est sa tendance à rendre tout … Flou. A certains moments, tout devient confus. Qui est qui. Pourquoi ceci ou cela. Quelle différence entre une chose et une autre. Même les sons, les sensations … J’ai une vision très claire de ce que j’ai fait, et pourtant elle est embrouillée à l’extrême. Je serais incapable de donner un visage aux deux hunters, par exemple. Ou de dire lequel portait les armes à distances, et l’autre les épées. Je ne voyais que deux adversaires … ou proies. De même, je ne perçois pas la douleur de la même manière. Ce que j’ai vu comme une éraflure tout à l’heure était en réalité à ce point profond … bah. Je n’ai pas la force de me remettre à m’enfuir en courant pour le moment, mais ce n’est pas si terrible. J’ai juste besoin de reprendre mon souffle. Profitant de la petite pause, je sors mon calepin, mon fusain qui n’a miraculeusement pas été brisé par ma chute ou ma course frénétique de plus tôt, et me met à noter. Je n’ai pas forcément grand-chose à dire, mais rien que voir à quel point je contrôle ma main est un bon moyen de voir à quel point j’ai cicatrisé, à l’intérieur. D’ailleurs, je note que mon bras est presque entièrement guéri, lui aussi. Grattant rapidement le papier, je finis par simplement le tourner vers elle quand j’ai terminé, attendant qu’elle vienne le lire. J’espère que la lumière de la lune lui sera suffisante : je n’ai pas de lampe à pétrole ou autre sur moi.

Je n’ai pas tué la fille qui m’a tiré dessus. Elle est sur le toit, ligotée, peut-être toujours assommée. On va la chercher pour que tu l’interroge ? Tu es plus indiquée pour ça.
Et tu n’es ni louve, ni vampire. Chimère ? Autre ? J’aimerai en savoir plus …
Et aussi savoir ce que tu « as à régler ».

Lorsque son regard se détache finalement de mes lignes, je claque le carnet, et le range … Avant de pousser le bloc de pierre derrière moi pour me redresser. Je titube un peu, une fois debout, mais je vais bien. L’anémie s’est calmée. Mais j’ai légèrement soif. Je soupire, chassant l’idée, et m’approche des corps pour les fouiller. Ça ne prend pas longtemps : chacun à une bourse bien remplie contenant la même somme, ainsi qu’une autre plus usée. Probablement le paiement d’avance pour leurs chasses et l’argent personnel. Le couteau d’un d’entre eux me fait lorgner dessus, un instant, mais je finis par le laisser. Trop gros pour être discret, avec ma silhouette. Du reste, rien d’intéressant, de mon point de vue. Lorsque nous décrétons toutes les deux d’un accord commun et silencieux qu’il n’y a plus rien d’intéressant ici, nous quittons l’endroit, en silence. Nous retournons sur nos pas, alors que nous revenons discrètement vers l’endroit d’où nous sommes parties. Je suis particulièrement nerveuse : vu l’état de mon haut, n’importe qui me voyant pourrait hurler que j’ai commis un meurtre sans réfléchir. Et c’est loin d’être faux. Fort heureusement, la seule « alerte » du trajet se présente sous la forme de deux amis complètement ivres, qui ne me voient même pas me plaquer dans l’ombre d’un portique, et confondent Aylith avec un « jeune homme » quand ils lui disent de manière vulgaire que la nuit, c’est dangereux pour être seul, mais surtout quand c’est pas encore le jour. Je n’ai pas l’occasion de voir son visage, mais j’ai la conviction que sa réaction doit être amusante à voir. Puis, nous arrivons en peut-être 15 minutes à une porte déjà entre-ouverte, que je pousse pour rentrer dans le bâtiment. Remontant le long de l’échelle, je parviens jusqu’au toit, où rien n’a changé depuis mon départ. Lorsque je m’approche de la jeune femme, je remarque une petite flaque sous son crâne … du sang, à l’odeur. J’ai soif. Tant pis. Lui soulevant la tête, je lui tapote la joue doucement … ce n’est qu’une coupure entre ses cheveux, et pas une grosse : elle émerge en un instant. Probablement sa caboche qui a heurté le métal tout à l’heure.

- Cries pas. Je lui souffle ça sur un ton que j’estime indiscutable, mais à sa place, j’avoue que je ne sais pas si ça changerait grand-chose à ce que j’allais faire une fois libérée. Et ça ne rate pas : le bâillon retiré, elle essaie de gueuler. Je lui plaque la main sur la bouche avec tant de force que son crâne heurte le toit une nouvelle fois, et peste entre mes dents. - Pauvre conne …

J’avoue que j’hésite à lui ouvrir la gorge d’un coup de dents et à en finir avec elle, mais je me retiens. Cependant, je note que mon expression la calme : lorsqu’elle se remet du choc, elle ne tente pas de crier à travers ma main. Je décoche un sourire pointu … Parfait. Maintenant, elle est assez terrifiée pour se rendre compte que si elle recommence, elle risque une mort très sale. Lorsque je libère de nouveau sa bouche, elle tente d’implorer de la pitié, ou quelque chose du genre … Mais à volume modéré. Je n’écoute même pas. Je la relève pour la mettre assise, et me glisse dans son dos, où sont attachées ses mains, que je détache sans vraiment lui laisser trop de marge de manœuvre non plus. Elle semble ne pas comprendre la manœuvre, jusqu’à ce que je me saisisse de ses pouces, et ne les torde légèrement dans le mauvais sens. Pas assez pour les déboiter. Pas encore. Mais pour avoir vu des loustics bâtis comme des titans implorer leurs mères après avoir eu les pouces retournés, je sais que si je passe à l’acte elle va probablement chialer de douleur. Je suppose qu’elle le sait aussi, parce qu’elle semble beaucoup plus coopérative quand Aylith se met finalement à lui parler. Et le petit interrogatoire commence ainsi …

Je ne suis pas surprise d’entendre plus de questions auxquelles la chasseuse doit plus répondre par « oui » ou « non » qu’autre chose. Visiblement, mon … Est-ce que je peux l’appeler « employeuse » ? En tout cas, elle sait à peu près quel genre de jeu se joue ce soir, qui est à table, qui a quelles cartes et quelles sont les règles. La chasseuse, de son côté, n’hésite pas à en faire un peu trop, à rajouter des détails dont je n’ai personnellement cure, et à se montrer particulièrement coulante. Je ne sais pas si c’est la peur, ou l’envie de survivre à tout prix qui la rend comme ça. Les deux raisons me donnent surtout envie de la cogner à nouveau, mais je doute que ce soit productif, aussi je me contente d’écouter. Apparemment, c’est un certain « Butche » qui est le commanditaire de cette chasse. Comme s’y attendait Aylith, je n’étais en rien impliquée là-dedans, avant de me changer en genre de fauve capable de faire des bonds de plusieurs mètres. Il la voulait « dans le meilleur état possible, bien que morte ». Une histoire d’ami spécialiste qui voulait le corps … le reste part, comme dit plus tôt, dans des détails qui me donnent envie de lui remettre son bâillon. En revanche, elle admet ne pas avoir été mise au courant – si son employeur le sait – de ce qu’était précisément sa cible, ni d’à quoi s’attendre, à part une « chasse difficile » : la preuve en a été faite. J’ai un sourire lorsqu’elle fait noter que ce doit en partie être grâce à moi, mais plutôt que d’acquiescer, je lui colle une mandale sur l’arrière du crâne en lui ordonnant d’arrêter ça.

Lorsqu’on lui annonce la mort de ses collègues, je suspecte son « Oh mon dieu » d’être plus un genre de remerciement pour le fait qu’elle soit toujours en vie qu’une manière d’exprimer le choc qu’elle ressentait pour son équipe … Elle n’était pas de leur groupe. Lorsqu’Aylith estime savoir assez de chose, elle me laisse quartier libre avec la jeune femme, qui tourne la tête vers moi avec une tête terrifiée. Elle a la peau douce, bien entretenue … Je sais déjà que si je la mords, je n’en serais pas déçue : je l’ai déjà fait tout à l’heure … Mais je n’ai ni envie de prendre la peine de lui remettre son bâillon, ni de l’entendre crier dans tout le voisinage, et de toute manière j’ai l’impression qu’on est un brin pressé, à côté de moi. Finalement, je finis par lui relâcher les mains, et glisser une des miennes dans ma nuque, avant d’en ressortir le stylet et de l’agiter sous son nez. Je ne sais pas si elle pensait à quelque chose de stupide, genre sortir une des armes dont je l’ai privé avant de la ligoter quand elle était inconsciente ou quelque chose de ce genre, mais ça lui coupe net ce genre d’envie. Relevant la pointe d’un coup sec, je lui fais signe de se lever en l’observant. Elle s’exécute, sans comprendre visiblement.

- A poil. Elle me regarde un instant comme si je venais de lui dire d’essayer de vider la tamise à la paille. - Tes vêtements … retires-les.

Mais là encore, elle cligne des yeux et garde son expression embêtée, qui lui donne l’air aussi conne que les flaques de vomi que je dois parfois nettoyer au broken jaw. Il faut que je fasse mine de me lever avec mon couteau en main pour qu’elle réagisse finalement, mettant ses mains devant elle et lâchant des « je vais le faire !» qui ne me tirent qu’un grognement. Ces bourges qui veulent chasser du monstre et pensent que c’est leur vocation parce qu’on leur a gonflé le crâne avec l’histoire du gentil triomphant du méchant loup-garou … J’attends qu’elle soit en sous-vêtements pour lui faire signe qu’elle peut arrêter. Mademoiselle porte de la dentelle au passage … Je ne sais pas ce qu’elle a dans la tête, partir combattre comme ça. Regardant ce qu’elle a déposé à terre devant moi, je finis par me saisir de son haut et de son grand manteau … Nous faisons à peu près la même taille, elle n’a pas beaucoup de poitrine non plus, n’est pas large d’épaules … parfait. Retirant mon gilet et le laissant tomber sur la tôle, je fais de même avec ma chemise, avant de noter qu’on m’observe. Du côté d’Aylith comme de la prisonnière, je pense : il n’y a que la dernière qui écope d’une claque magistrale, cependant. Tant que je suis torse nu, j’en profite pour palper ma plaie au flanc, mais elle est entièrement refermée. Fouillant la veste en cuir de je-ne-sais-quel animal, j’y trouve un mouchoir de soie, dont je me sers pour laver le sang qui a commencé à sécher sur mon flanc. Je ferais mieux avec de l’eau, mais ça ira bien jusqu’au retour à la maison … Je me saisis ensuite de ses vêtements, qui eux ne donnent pas l’impression que je me suis roulé dans des cadavres, et les enfile rapidement, avant de soupirer … Qu’est-ce que je fais de la fille. Visiblement, réaliser qu’elle n’allait pas être la proie de quoi que ce soit l’a rassuré, mais maintenant elle tremble de froid et hésite sur quoi dire ou faire, à quelques pas de là. Je finis par m’approcher lentement, l’observer … Et lui coller une droite qui l’allonge à terre. Elle est tellement sonnée qu’elle ne se débat même pas quand je lui rattache les mains dans le dos, et la charge sur mon épaule. Faisant signe à Aylith de partir, nous descendons du bâtiment, retournant au niveau de la rue et des docs. Lui faisant signe de m’attendre, je pars un instant vers les quais de déchargement, mon paquet sur l’épaule. Une fois arrivée là-bas, je la jette dans l’eau. Je suppose que le choc couplé à la différence de température la réveille, mais elle ne remonte qu’une fois, quelques mètres en aval, avant de sombrer définitivement. Je souris en observant les eaux sombres. La tamise recrache rarement ce qu’elle avale … Sauf quand il s’agit de moi. Finissant par me détourner de nouveau vers ma compagne, je fourre les mains dans les poches de ma toute nouvelle veste. Avec un peu de chance, je pourrais presque me faire passer pour elle … elle était blonde aussi, me semble-t-il.


- C’est parti ?
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Aylith Byatis
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MessageSujet: Re: Il faut bien un irlandais pour attraper un autre irlandais [Aylith, Red'maw] [13/10/41] Lun 17 Oct - 1:11

L’interrogatoire s’était passé –à peu près- comme je l’espérais. Un peu trop de demande de pitié à mon goût, mais c’était une règle du genre. En tout cas, la jeune femme était visiblement beaucoup trop terrifiée pour nous mentir : c’eut été signer son arrêt de mort, et elle devait s’en douter. Je pense qu’elle devait par ailleurs beaucoup regretter son choix de carrière à l’instant présent, mais que voulez-vous… La plupart des hunters ne survivaient qu’à une poignée de missions, et nous allions lui offrir une mort un peu plus propre que ce à quoi elle aurait eu droit face à un loup-garou. Pour les hunters restants… Eh bien, c’étaient eux qui étaient vraiment dangereux, mais je ne les avais jamais sous-estimé jusqu’ici, en témoigne ma survie. Je m’interrogeais donc sur la façon la plus rapide et discrète d’en finir avec la malheureuse quand une scène assez surprenante pris place devant mes yeux : notre victime et sa tortionnaire étaient en train de se déshabiller. Très honnêtement, si je n’étais pas en train de le vivre, je me serais cru en train d’assister à un très mauvais vaudeville. Le sourcil légèrement élevé par la surprise, je ne pouvais donc m’empêcher de fixer Red, qui était à présent torse-nu.
Celle-ci remarqua que je la regardais, mais ne fit pas la moindre remarque, en profitant au contraire pour frapper du revers de sa main la jeune femme déjà au bord des larmes, et dorénavant tremblotant de froid. Elle inspecta un instant sa blessure –qui s’était refermée à ma plus grande surprise-  avant de revêtir les vêtements de la prisonnière. Cela avait du sens, bien évidemment, mais surprise que j’avais été par la tournure récente des évènements, je n’avais pas fait le lien. Laissant mes yeux écarquillés faire place à une expression plus neutre, je regardais calmement ma compagne ligoter à nouveau la huntress, toujours à moitié nue, avant de la charger sur son épaule, et me faire signe que nous pouvions y aller. Je savais pertinemment ce qui allait se passer ensuite, et ça ne plaisait qu’à moitié, mais c’était un mal nécessaire. Ouvrant la marche, je descendais donc rapidement les étages jusqu’à la rue. Quelque pas en direction de la tamise et je m’adossais au mur de l’entrepôt le plus proche, indiquant d’une signe de tête à la serveuse qu’elle pouvait y aller. Quelques secondes et un cri interrompu par le contact avec l’eau plus tard et Red me rejoignait, m’indiquant qu’on pouvait dorénavant se mettre en route sans plus s’inquiéter de ce qui venait de se passer. Avec un léger hochement de tête, je reprenais donc la marche, guidant la jeune femme à travers les rues de Londres.

J’aurais préféré demander à une voiture de nous amener à destination, mais elles n’étaient pas exactement du genre à venir stationner dans ce genre de coin : trop de chances de se faire dépouiller, sans compter que l’odeur était aussi déplaisante pour le conducteur que pour ses bêtes. Il ne nous restait donc plus qu’à marcher jusqu’à chez ce cher Butch, ce qui nous prendrait environ quinze minutes… Tout au moins cela était mon estimation. Et sans compter les malandrins qui hantaient l’east end, et qui pourraient se retrouver tentés de dépouiller deux jeunes femmes seules en pleine nuit. Ces derniers se firent toutefois suffisamment discrets pour que nous ne les remarquions pas, et une fois retournées dans des lieux un peu moins mal famés, le risque baissa sensiblement. Peut-être Red était-elle suffisamment connue comme habitante de l’endroit pour qu’ils nous laissent tranquilles ? Je l’espérais en tout cas, je n’étais pas d’humeur à me débarrasser d’un pauvre bandit avec cinq bouches à nourrir à la maison, d’autant que, même si je tentais de le dissimuler, le contrecoup de ma fusion avec Istasha se faisait encore sentir.
Après avoir marché environ cinq minutes en silence, ce pour quoi j’étais particulièrement reconnaissante à ma compagne, je pris la parole d’une voix douce mais feutrée, ne souhaitant pas particulièrement crier mes secrets sur tous les toits : il était venu le temps des explications.

-Ce que je t’ai dit un peu plus tôt n’était pas entièrement faux. Je m’appelle bien Aylith et, ce soir, je suis effectivement à la recherche d’Aiden à cause de ses dettes. Ce que je t’ai caché en revanche, c’est que je sais pertinemment pourquoi Butch m’a piégée. Oh, pardon : Butch, c’est celui qui m’a envoyée chercher l’irlandais, et qui a tenté de nous doubler. Enfin, je suppose que ce connard a, d’une façon ou d’une autre, compris que je n’étais pas humaine, et a décidé de se débarrasser de moi… Pas par principe, non, c’est pas son genre, mais probablement parce que ça lui rapporterait une petite fortune.

Je marquais une pause, m’interrogeant sur l’étendue des précisions que je devais apporter à la serveuse pour que sa curiosité soit satisfaite… Je n’étais pas exactement du genre à aimer révéler trop de choses à propos de ma personne, d’autant que c’était particulièrement dangereux dans mon secteur d’activité, mais je lui devais bien cela… Je suppose ? Kaja, loyale comme à son habitude, me poussait à aller plus avant, tandis qu’Istasha restait silencieuse. J’étais moi-même partagée : des siècles d’existence m’avaient appris à ne pas me confier le premier soir, mais elle était visiblement comme moi, tout au moins jusqu’à un certain point. Elle comprendrait, n’est-ce pas ? Et elle aurait du mal à me vendre, sachant que j’avais le même pouvoir de mon côté… Perdue dans mes pensées, j’avais baissé la tête, murmurant parfois quelques mots sans queue ni tête. Ce fut le regard interrogateur de ma compagne qui me ramena à la réalité, et je reprenais la parole en m’excusant :

-Désolé pour ça, j’ai tendance à sur-analyser à peu près tout. Enfin, quant à ce qu’on va faire maintenant, je suppose que tu l’as compris : il faut que je rende la monnaie de sa pièce à Butch, avant qu’il n’ébruite l’affaire si possible. Comme tout à l’heure, si tu préfères t’éclipser, c’est probablement le moment, et je ne me montrerais pas rancunière. Garde les bourses des hunters, ça sera ton paiement pour ton travail jusqu’ici, tu auras le droit au double une fois ce problème réglé, si tu décides de rester.

Je redevenais silencieuse, allongeant ma foulée pour progresser plus rapidement… A ma grande surprise, j’avais hâte de voir la tête qu’allait faire cet enculé lorsque je me tiendrais sur lui, un couteau à la main. A la réflexion, ça n’aurait pas dû me surprendre : j’avais toujours détesté Butch et ses manies… J’aurais parié qu’il était le genre à garder une salle de torture dans sa cave, et à se délecter des cris des enfants innocent. Enfin, bon, j’exagère probablement un peu, mais c’était un homme profondément mauvais, qui n’avait visiblement choisi la carrière d’usurier que pour le plaisir qu’il prenait à rattraper les mauvais payeurs. Il avait d’ailleurs une réputation exécrable dans la moitié de la ville, et les gens qui allaient chez lui étaient systématiquement les plus désespérés, des loques qu’on pouvait à peine appeler humaines… Travailler pour lui c’était aussi cela : chasser des personnes à qui la vie avait déjà tout pris, et je n’aimais pas particulièrement cela. Mais il payait bien.
Il s’agissait donc de lui faire comprendre ce que ça faisait de se retrouver du mauvais côté du canon : il se sentait intouchable depuis toutes ces années, à lui de payer l’addition ce coup-ci. Encore une fois, Kaja en sautillait d’impatience, tout en sachant pertinemment que je ne la laisserais pas jouer avec le prêteur sur gage : j’avais besoin que la scène de crime envoie un message, pas qu’elle ressemble à un fouillis innommable. Je n’allais même pas faire souffrir ce monstre autant qu’il l’aurait mérité : le tuer en premier, puis désacraliser sa dépouille serait suffisamment illustré pour que tous ceux qui avaient à l’idée de me la faire à l’envers y repensent à deux fois… Mais bien évidemment, ça ne suffirait pas. Ca n’avait jamais suffi. Lorsque j’étais en France, j’avais réalisé une mise en scène particulièrement réussie, avec un corps nu pendu aux chaines de son lustre, comme une version profondément perverse de la crucifixion de Jésus. J’avais également fait très attention à laisser une signature facilement identifiable, pour ceux qui me connaissaient… Mais moins de six mois plus tard, un autre avait voulu jouer au malin, et était également allé rencontrer son créateur. Ils n’arrêtaient jamais… Mais peut-être pouvais-je un peu les ralentir.
Toujours plongée dans mes pensées, nous arrivâmes enfin devant l’hôtel particulier de Butch, et je réalisais de justesse que les gardes allaient me voir si je continuais, ce qui me poussa à me plaquer contre le mur, au coin d’une ruelle proche. Je jetais un coup d’œil discret, pour confirmer la présence de deux gros-bras devant la porte d’entrée : ils étaient toujours là. Envisageant la meilleure approche à adopter, je fus interrompue par Red, qui tapotait sur mon épaule. Silencieusement, elle me pointa du doigt, l’air résolument interrogatif. Je réalisais finalement ce qu’elle me demandait, et lui disait avec un petit gloussement étouffé :


-Je suis ce qu’on appelle une Lycanthrope. Pas exactement le type le plus répandu de monstre. Je… Partage mon corps avec une louve et un corbeau. Et j’ai un peu plus de 350 ans maintenant. Ravie de te rencontrer.
L’air amusé, je lui tendais la main, l’invitant à la serrer pour sceller nos présentations officielles –enfin.
-Comme tu peux t’en douter, j’ai un peu l’habitude de traiter avec les créatures de la nuit, et je sais que tu n’es pas une membre de mon peuple, pas plus qu’un loup-garou ou qu’un vampire… Chimère, ou Homonculus donc ? Je n’ai pas encore bien l’habitude de vous autres, vous êtes trop récents pour moi.

J’affichais un sourire franc, notant l’ironie de la situation : je pouvais lâcher ce genre de secrets avec une telle facilité, alors qu’ils avaient failli me coûter la vie quelques dizaines de minutes plus tôt ! Mais, les créatures de la nuit n’étaient pas toutes hostiles les unes envers les autres : bien sûr que j’aurais eu bien plus de mal à dire ce genre de chose face à la furie sanguinaire d’un loup-garou qui aurait probablement voulu tester la consistance des entrailles d’une espèce jamais chassée jusqu’alors, ou la fourberie des vampires qui  auraient forcément trouvé un moyen d’utiliser l’information à leur avantage, si ils ne s’en servaient pas comme d’un sujet de conversation avec tous leurs amis de la haute. Non, si Red était, à en croire le dictionnaire, un monstre, elle n’en avait pas la mentalité, ou tout au moins pas encore… Sans cela, elle ne m’aurait pas aidé aussi longtemps. Pas aussi facilement non plus, remarquez. Et ce soir, dans notre situation, il valait mieux être un monstre qu’une petite chose sans défense qui finissait pieds et poings liés dans la Tamise.


[Désolé pour le temps de réponse, j'ai trouvé le moyen de me péter le poignet juste avant la rentrée ô_o]
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Red'maw
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MessageSujet: Re: Il faut bien un irlandais pour attraper un autre irlandais [Aylith, Red'maw] [13/10/41] Jeu 27 Oct - 7:21

Elle approuve l’idée de se mettre en mouvement sans la moindre hésitation. Pour être honnête, je ne vois pas très bien ce qui l’aurait retenu ici, mais bon. De toute manière, personnellement, je préfère bouger rapidement. L’idée qu’un type ivre nous ait  entendues n’est pas si incongrue, et avec les cris de l’autre … Je soupire. Etait-ce bien nécessaire de la tuer ? Hum. Elle m’a vu traverser une rue et me jeter sur elle sous forme transformée. Elle sait aussi pour Aylith. C’était une hunter, qui travaillait pour un homme que nous allons tuer … Oui, c’était nécessaire. Cette question de conscience écartée, je me met en marche suite à la jeune brune, qui sait visiblement où nous nous rendons. Tant mieux : j’avoue ne pas avoir écouté quand l’autre a lâché où se trouvait … Bush ? Non. Butch. A vrai dire, j’ai même du mal à voir qui c’est, maintenant que j’y pense, même si je pense que j’ai entendu le nom dans la soirée. Un part de moi me souffle que ce n’est pas grave de ne pas retenir qui il est, puisqu’il va mourir. J’ai subitement l’impression que le monde fonctionne bien trop simplement … enfin. Mon monde. La majorité des clients du Broken Jaw, par exemple, ne vivent pas vraiment dans le même. Et pourtant, ils essaient de sortir du leurs, parfois, avec l’alcool … je m’égare. Tout ce qu’il y a à retenir, c’est qu’il y a un type à tuer. Et aussi, probablement, ce qui se trouve entre nous deux et ce type.

Un instant, je me demande pourquoi je fais tout ça pour Aylith. Pour l’argent ? J’ai dû faire une sacré marge de bénéfices déjà ce soir, entre les combats, les bourses des hunters, et ce qu’elle m’a déjà payé … Je n’en profiterais pas directement de toute manière : tout ira dans les caisses du bar. Bon, presque tout. Il me faudrait de nouveaux vêtements. Mais je ne compte pas garder grand-chose. A propos de vêtements … je sens quelque chose tapoter contre ma poitrine … Je glisse la main dans le manteau. Oh. Je ne sais pas ce que c’est comme style de couteau, mais il est foutrement grand. Et large. Je ressors ma main pour la remettre dans ma poche. Donc … bosser pour Aylith … « Générosité » ? On ne passe pas sa soirée entre la recherche d’indic’, les combats clandestins et la chasse à l’homme par générosité. Enfin. Pour le 2nd, j’avais envie, et pour le dernier, je n’avais pas tant que ça le choix. Et puis, elle me paye … Mon idée d’un monde plus simple s’écroule. Si je n’arrive même pas à comprendre ce qui me motive … et pourtant, l’idée de la laisser là et de partir me séduit autant que l’automutilation. Bon. Je pense que je reste avec elle juste parce que ça me change de d’habitude. Que j’ai besoin d’air, peut-être. Parce que j’ai envie … et que c’est tout de même relaxant, de traîner avec quelqu’un d’autre qui sait ce que vous êtes vraiment. Je veux dire : j’aime bien David. Je l’adore, même, d’un certain point de vue. Mais il y a des raisons pour lesquels les grands types ayant une quarantaine bien entamée sont rarement vus comme copains avec des adolescentes. Les sous-entendus que tout le monde peut faire en sont, mais ça je m’en contre-fiche. Ce serait plutôt … Les différences de goûts, je suppose. Tiens … à propos de secret, ça me fait penser que je ne connais toujours celui de la brune à côté de moi. Pas vraiment. Mais j’en suis à peu près à ce point-là de mes réflexions quand elle prend la parole. Tu parles d’une coïncidence.

Bon … Grosso-modo, j’avoue que je me doutais déjà un peu de la première partie. Je veux dire : j’ai passé la soirée avec elle. Entre ce qu’a dit le vieux Billy, l’attaque des hunters, et ce qu’a révélé l’autre noyée … même si je n’avais pas fait l’effort de mettre les infos bout à bout, il n’y avait pas forcément à aller chercher bien loin pour comprendre. Je lui en suis quand même gré de préciser : au moins j’ai l’impression d’être un peu plus qu’un pion … Ou un pion avec un peu d’importance … peut-être ? Bah. Elle s’interrompt pour réfléchir, ce que je la laisse volontiers faire. Nous avons quitté les bas quartiers depuis un certain temps, et mon nez en est soulagé. Les pavés sont réguliers, les maisons bien tenues … Et avec nos tenues, nous nous fondons dans la foule. Enfin. Dans le décor. Il n’y a personne. C’est d’ailleurs sûrement pour ça qu’elle reprend la parole, et se permet de me parler de questions d’argent de ce style … Et de “render la monnaie de sa pièce” à quelqu’un. Est-ce que ça peut aussi être interprété comme une question d’argent ? … tant pis.

- J’te suis.

Je dirais que nous sommes arrivés à un endroit particulier quelques instants après qu’elle termine ses phrases, parce qu’elle s’arrête soudainement, et se décale dans une ruelle adjacente. Je fais de même sans trop me faire prier, et note les deux gardes, à 50 ou 100 mètres, qui font le pied de grue devant une porte. On est peut-être arrivés à destinations. Je pense poser la question à ma confrère, mais subitement, j’ai l’impression de renifler quelque chose … De bien particulier. Tournant la tête vers elle, je me rends compte – pour la première fois – de l’état de son visage et de sa bouche … Il y a du sang, dessus. Et pas qu’un peu. On dirait moi, en moins propre. Je lui effleure l’épaule, mais ne sais pas très bien comment formuler ce que j’ai à dire … Elle ne m’en laisse pas le temps, répondant à … à une autre question. Qu’est-ce qu’elle est. Le détail m’avait presque échappé, à force. Une lycanthrope … C’est un drôle de nom pour une race. Encore que. Mais je pensais que c’était un nom que donnait David à certains loup-garous … Lui-même m’ayant avoué qu’il n’était pas très renseigné sur le sujet, remarque. Ajustant un peu mon écharpe pour qu’elle ressorte moins de ma nouvelle veste, je me saisit de mon calepin toujours accroché au-dessus de mes fesses … Et sent un objet étrange dans une poche que je n’avais pas repéré du manteau. Je verrais plus tard. Je prends quelques instants pour noter ce que je veux dire, avant de tourner le carnet vers ma compagne.


Chimère. Animal + humaine. Pas passionnant.
On rentre comment ? Je prétends être la huntress qui t’as capturé ? Passage en force ?

Elle prend quelques secondes pour réfléchir ce choix, alors que je range le calepin … Qu’est-ce que j’ai dans cette poche ? Oh. Je sors le truc en le tenant entre mes doigts, de manière à m’assurer de ce que c’est tout en le montrant à ma « commanditaire ». Des menottes. D’argent. Très raffinées. Je cligne des yeux pendant un instant, avant de regarder la brune. Elle n’a pas l’air d’apprécier l’idée du tout, mais ne s’y oppose pas, et finit par se tourner en me tendant ses poignets. Je ne commente pas spécialement, mais force le mécanisme pour mal les refermer : il lui suffirait de forcer un peu pour se libérer les deux poignets en un instant. Je lui prends d’ailleurs les bras et les lui fait écarter : elle est libérée en un instant. Grognant de satisfaction, je « l’entrave » de nouveau, avant de me reculer un peu et de l’observer. Est-ce que le mensonge sera convainquant ? Lorsque je lui repasse devant, j’ai de nouveau un truc qui me choque : elle a toujours la bouche couverte de sang. J’avais oublié ce détail … Houla. J’ai failli lui lécher le visage pour nettoyer. En fait, je me suis peut-être déjà un peu approché de trop près … tant pis. Fouillant un peu la veste, je trouve (avec soulagement) un autre mouchoir de soie, alors que je tente de fournir une explication.

- Tu as … … du sang.

Lorsque je sors enfin ma trouvaille, je me permet de lui essuyer le menton pour ne pas avoir, une troisième fois, à remettre les menottes en place … Et j’en laisse un peu sur un coin des lèvres, comme si il venait d’elle. Ce n’est pas extrêmement criant de vérité. Ça devrait passer quand même : il fait nuit, il y a peu de lumière, les gardes doivent être fatigués … Je m’inspecte moi-même un instant. Que je sache, rien qui pourrait me trahir … espérons-le. Le poids du couteau dans la doublure de ma veste me rassure. Je le sors pour l’étudier un instant … Mon estime pour la chasseuse à qui il appartient remonte légèrement. La lame est large, solide. Propre, aussi, dans le sens bien entretenu. Elle doit facilement faire la distance entre le bout de mon pouce et celui de mon petit doigt, si j’ouvre la main au maximum. Le manche est légèrement bombé au milieu, et recouvert de cuir soigneusement placé pour ne pas glisser, sans être pénible à prendre en main. Une très bonne lame, en somme … Que je fais disparaître sans trop afficher ma satisfaction. Je suis presque sure que je passerais pour une folle furieuse si je le faisais. Encore que, c’est peut-être déjà le cas … bah, tant pis. Une fois ces quelques vérifications effectuées, je regarde la lycanthrope, une fois de plus.

- Parée ?

Elle répond par l’affirmative, et je lui saisis le bras de manière un peu brusque pour la conduire, nous mettant en route sans plus de cérémonie. Les deux gardes n’ont pas bougé depuis tout à l’heure : ils ont l’air de s’ennuyer ferme … Même si nous voir semble leur insuffler un peu de vie. Je crois que l’un d’entre eux voulait nous siffler : il se retient en voyant ma tenue, et encore plus en voyant la jeune femme que je conduis devant moi. Et à priori, il ne s’attendait probablement pas à ce qu’on avance directement vers eux, aussi, et que je m’arrête pile sous leur nez. Le plus grand observe son collègue, grattant un peu sa tempe du côté de son œil mort, avant de me jauger.

- Vous désirez ?
- Voir Butch.
- A cette heure ? Il dort, Butch. T’as quelque chose d’important pour lui ?
- Ouais. Ça. Je secoue légèrement Aylith par le bras, et lui jette un regard noir, avant de dévisager le garde de nouveau. Il se frotte le menton, moyennement impressionné. Laisses-nous passer, connard.
- Je me remets … Le groupe de hunters. Alors c’était après elle que vous en vouliez …Et beh. Butch va pas s’ennuyer, vu le morceau. Vraiment très fin. Je détourne le regard derrière, histoire d’observer la rue, puis le garde de nouveau. - Et les autres ?
- Trop inefficaces.
- … Et ça veut dire, ça ?
- J’partage pas.

Il ricane grassement, regardant son collègue qui se gausse aussi. Je me permettrais presque un sourire, mais je me retiens à la dernière seconde : je n’ai pas une dentition très adaptée à la chose. Hors de question de me griller aussi bêtement. Bon, étirer un peu les lèvres … ça peut passer. Ils finissent par se calmer, et le grand à l’air de vouloir s’écarter pour nous laisser passer … Mais pas le petit, qui continue de me regarder.

- Par contre … J’ai l’impression que t’es quand même un peu jeune, la minette … T’es vraiment une hunter ?

L’espace d’un instant, mon cerveau a du mal à comprendre. Puis, tout se débloque. Je penche la tête sur le côté en le regardant dans les yeux avec une expression parfaitement inédite … qui se change progressivement en regard noir. Il le soutient, un instant. Un instant relativement bref, en fait … Parce qu’au bout de quelques secondes à peines, il soupire, et détourne le regard en ajustant un peu sa grosse veste.

- C’est bon … Tu les accompagnes Scott ?
- Hum … Suivez-moi toutes les deux.

« Scott », donc, ouvre la porte devant laquelle il se trouvait depuis le début de la soirée, et pénètre dans le bâtiment. Un hôtel particulier, je suppose, quelque chose du genre … Je ne sais pas pour qui travaillait Aylith précisément, mais ça a l’air d’être le genre beaucoup trop riche. Enfin … un usurier. Pas une grosse surprise. Nous parcourons l’intégralité d’un long couloir, et je suis surprise d’entre des bruits de pas, au-dessus. Encore des gens debout, aussi tard ? Il doit être bien 3 ou 4 heures du matin … Je sais que le crime ne dort pas, mais tout de même. Et en prime, ils sont bruyants … Probablement une « fin de soirée ». Je dirais bien que « l’important, c’est d’être rentrées », mais j’ai un doute. J’espère que Butch voudra me voir seule avec Aylith … Ou en tout cas, que Scott sera la seule personne supplémentaire à buter. Mais alors que nous parvenons à un escalier, dont nous escaladons les marches en silence, je réalise une fois de plus que la simplicité est un luxe dont nous ne disposerons probablement pas. Les bruits sont de plus en plus forts … Ah, ils sont dans le couloir. Même depuis le rez-de-chaussée, on les entendait beugler au 2nd étage. Lorsque nous arrivons dans le couloir, je me fais une idée un peu plus précise de la situation. 3 types, morts ivres. Pas besoin d’avoir été serveuse pendant des années pour le voir : ils sont tous rouges, ont des mouvements peu coordonnés, et son tous hilares à propos d’une blague de cul que je regrette d’avoir entendu. Ils font au-revoir à une porte fermée, et Scott se tourne vers nous un instant.

- Vous avez de la chance : Butch organisait une petite soirée avec des amis … Les derniers partent, visiblement. Au moins, vous êtes sures qu’il sera réveillé. Enfin, presque. Aylith ? J’sais pas ce que vous lui avez fait, ou p’têt ce que vous êtes, mais j’vous regretterais. Ça changeait de temps en temps, de pas avoir un ivrogne.

Il dit cela juste assez bas pour ne pas prendre le risque d’être entendu par le groupe. Le détail m’amuse, alors que nous avançons à leur rencontre, lentement. Eux aussi se dirigent vers la sortie, bien entendu, et j’ai la surprise de constater que pour des gens ivres, ils marchent plutôt droit. Je me demande quel air je devrais avoir … neutre ? Je connais trop mal les hunters pour savoir s’ils se donnent un genre ou quelque chose, en société. Je tente de garder l’air neutre, mais je stresse. A cette heure, je pensais que Butch vivrait dans une maison, seul, qu’il serait en train de dormir, et qu’on se contenterait de faire sauter la serrure de sa porte d’entrée, pas qu’il faudrait passer une quelconque sécurité. Je suis perdue dans mes réflexions quand un évènement m’en tire brusquement. Une grosse paluche qui se pose sur mon épaule. Je ne sais pas pourquoi, mes yeux remarquent que nous sommes juste à côté d’une chambre vide, dont la porte n’est pas complètement fermée. Lorsque je tourne la tête, j’ai le déplaisir de sentir une haleine particulièrement imbibée. Et de voir un visage que je connais. La main aussi, d’ailleurs. Elle s’est déjà « posée » sur mon derrière.

- … Red’ ? Red’Maw ?

Et m*…. Son nom m’échappe, mais moi aussi, je le reconnais parfaitement. Un client, habitué du Broken Jaw, qui boit souvent seul. Il cligne des yeux à plusieurs reprises, avant de tirer un genre de sale sourire. Et le pire, c’est que comme il se tient l’épaule, à moins d’un geste relativement brusque, je ne vais pas pouvoir me dégager ou me défiler. Bien entendu, tout le couloir s’est arrêté pour nous regarder. Scott lâche même un «
- Tu la connais, Éric ? » auquel il s’empresse de répondre de la pire manière possible.
- Bah, ouais, c’est Red’ quoi. Qu’est-ce que tu fous dans ces fringues ? T’es hunter ? J’croyais que tu étais que serveuse dans un bar …

Il cherche visiblement le nom du bar en question, alors que Scott prend subitement une expression qui n’annonce rien de bon. Je ne m’attendais pas à jouer le jeu bien longtemps, mais voir ma couverture voler en éclat si vite est … pénible. Les mecs ivres n’ont pas encore forcément très bien réalisé ce qu’il se passait. Ils restent là, hébétés, ou en train de pouffer. Je tourne la tête vers Aylith. Je m’offre à peine une seconde de réflexion en la regardant. Puis, avec mes lèvres, je formule deux mots qui ne font pas de bruit. «
Stay safe. ». Je n’aurais pas de meilleur terme. Puis, je la pousse de toutes mes forces pour qu’elle passe à travers la porte encore entre-ouverte à côté de laquelle nous sommes. Il est probable qu’elle tombe. Encore plus qu’elle se fasse mal. Je doute qu’elle comprenne immédiatement. Mais ce n’est pas grave, tant que ça peut lui éviter un coup de couteau ou autres. Parce que je sais que ça va pleuvoir dans quelques secondes, ça.

Je le sais parce que moi-même, j’ai tout de suite glissé la main sous ma veste, et j’ai saisi le large manche de la lame de la chasseuse. Cette dernière glisse en dehors de son fourreau furtif avec un bruit des plus satisfaisants. L’instant d’après, elle rentre, cette fois dans les chaires du client qui m’a reconnu. Je vise le cœur, mais je pense que le sternum a dévié mon coup, que je n’ai pas assez appuyé. Enfin … Je l’ai tout de même suffisamment fait pour plaquer l’homme contre un mur. J’ai en tout cas la confirmation de lui avoir crevé un poumon lorsqu’il me crache du sang dessus, et tente, sans succès, de crier de souffrance. Je ne cherche même pas à retirer la lame : perte de temps. Non, j’ai déjà dégainé le stylet, et pivoté vers Scott. Lui-même a un redoutable poignard à la ceinture, mais ne s’en est pas saisi : il me fonce déjà dessus, et me met un coup d’épaule qui me fait décoller du sol. Je suppose, alors que mon dos heurte le sol et que je roule vers l’arrière, qu’il veut me garder en vie. Me demander qui je suis, pourquoi j’ai fait ça. Mais avant, il faudrait que je sois interrogeable. Soit capturée. Et ce n’est pas joué du tout, ça. J’ai dû voler sur deux bons mètres, avant de rouler cul par-dessus tête : je me suis coupé en me remettant sur mes pieds et mains. Il tente de profiter de son avantage pour m’envoyer sa botte au visage. Trop lent. Je bloque la jambe d’un bras avec quelques difficultés, et me sert de l’autre pour lui planter le stylet dans la cheville et le mollet, à plusieurs reprises, très vite. L’important est de déchirer le muscle au maximum, pas forcément de parvenir à trancher quelque chose de précis. Pas dans cette situation. Il crie, et je roule sur le côté pour éviter de recevoir son poignard dans le dos. Il n’aurait pas dû plier la jambe à ce point : il ne parvient plus à se relever. Derrière, je vois les poivrots restants commencer enfin à réagir. L’un d’eux me tient en joue avec une arme à feu, mais Scott est sur sa ligne de mire. Scott, qui tente de se servir de sa jambe valide pour porter tout son poids et me planter à nouveau. Cette tentative ne lui apporte que mon stylet dans l’œil.

Il retombe à terre comme une masse, et je me baisse tout de suite pour me saisir de son arme. Le coup de feu part. Je sens une douleur sourde me traverser tout le bras : j’ai peut-être quelque chose de cassé. J’ai du mal à voir quoi. Je sens juste le manche en bois, alors que je me redresse. Je vois deux cibles. Je vois rouge.


*     *
*


Quand je reprends « connaissance », je suis adossée à un mur. Il n’a dû se passer que quelques secondes, mais mon petit doigt me dit qu’elles ont étés violentes. Je ne sens plus mon bras, mais il a écopé d’au moins 2 nouvelles plaies, à vue de nez. J’ai mal aux côtes sur le flanc droit. J’ai quelque chose de mou dans la main … et qui suinte. Un morceau de chaire. J’ai dû l’arracher. En regardant autour de moi, je note … 6 corps. Le type méfiant qui se tenait à la porte. Un autre, nouveau. Je ne sais pas d’où il sort. Sur les 3 poivrots, l’un est à terre, émettant des gargouillis avec sa gorge déchirée et manquante, alors qu’il remue pitoyablement son bras à 3 coudes. J’ouvre la main. C’était bien ça que je tenais dans mes doigts, même si c'est désormais méconnaissable. Les deux autres ne bougent plus. Visiblement, j’ai cloué Eric … ah oui, c’est comme ça qu’il s’appelait. Eric. Un client plutôt régulier, bon payeur, qui causait pas d’embrouille. La main baladeuse, mais un seul avertissement avait suffi. La lame a dû rentrer dans le mur : il est toujours debout. Du sang coule toujours de sa bouche, mélangé à de la bave. Je ne vois pas les blessures que j’ai infligées aux deux autres, mais ils sont tous les deux allongés sur le sol, face contre terre. Je ne vois pas Aylith : la porte de la chambre dans laquelle je l’ai balancé est toujours ouverte. Je suppose qu’elle est là-dedans.

Une porte s’ouvre brusquement face à moi. Une pute. Pas une belle. Je vois quel métier elle a parce qu’elle est en « tenue de travail ». Visiblement, je l’ai interrompu. Elle reste quelques secondes, à me regarder avec des yeux et une bouche parfaitement ronde. Elle semble hésiter sur le juron à prononcer. Puis, une main velue se pose sur son épaule et la tire en arrière. Elle disparaît dans l’obscurité avec un cri. Un grand type chauve et mal rasé prend sa place, et ne m’observe qu’une seconde. Puis, il lève une arme à feu, et me tire dans la jambe. Je m’écroule avec un cri silencieux. Qu’est-ce qu’il est poilu … et torse nu. Rien aux pieds, non plus. Je suppose que la prostitué était en plein exercice avec lui lorsqu’une furie blonde a dessoudé ses potes de beuverie et ses hommes, sur le pas de sa porte. Ça expliquerait le temps de réaction. Il sort de la chambre, l’air furibond, et observe autour de lui pendant quelques instants, constatant le massacre. Moi, je laisse une bave très majoritairement constituée de sang me couler entre les lèvres, regard vers les sol. Je dois être en train de faire une anémie. J’ai un ou deux trous dans le bras, un autre dans la cuisse. Je sens une main moite me prendre le menton, et me forcer à redresser la tête en cognant le mur derrière. Vu de près, il est moche. Les vapeurs d’alcool dans son haleine sont le seul indice que j’ai concernant ce qu’il a bu, parce qu’il s’explique de manière parfaitement claire. Peut-être que la vue du sang l’a dégrisé. Ou peut-être est-ce moi qui suis trop dans les vappes pour relever.

- Ecoutes-moi bien petite pute, parce que j’ai pas l’habitude ou l’envie de me répéter. T’es qui. Pourquoi et comment t’as fait ça. Et qu’est-ce que c’est ton putain de problème ? T’es comme cette charogne d’Aylith, c’est ça ?

… J’ai vraiment … très envie de le mordre. Mais si j’étais dans mon état normal, j’aurais déjà du mal. Et avec les blessures par balle ou à l’arme blanche que j’ai reçu ? Je n’ai plus de force. Je pourrais essayer de me transformer … non, ça ne servirait à rien … et je suis trop fatiguée pour ça. J’ai l’impression que je vais sombrer à nouveau. Dans quelques secondes à peine, en fait.

Je réalise seulement à quel point je suis dedans jusqu’au cou.
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Aylith Byatis
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MessageSujet: Re: Il faut bien un irlandais pour attraper un autre irlandais [Aylith, Red'maw] [13/10/41] Ven 4 Nov - 3:53

Ça n’est pas la première fois que je pénètre en territoire ennemi avec les menottes aux poignets. Ca n’est même pas la première fois que lesdites menottes sont faites d’argent, les stéréotypes ont la vie dure… Mais c’est probablement la première fois que c’est une alliée qui me pousse vers l’avant, presque trop vite. Je manque de trébucher sur le pas de la porte de Butch, avant de me rattraper tant bien que mal, les mains toujours « attachées » dans le dos. Alors que nous pénétrons dans le couloir sombre, je souris un peu à l’idée que j’en ai finalement assez peu eu, des alliés, depuis que j’ai quitté ma tribu tant de décennies plus tôt. Le sourire retombe toutefois bien vite : je suis supposée avoir l’air contrite, peut-être un peu effrayée… Je ne leur donnerai pas ce plaisir, mais un visage neutre est au moins de circonstance. Je reprends donc mon air impassible habituel, tentant régulièrement de faire jouer le métal qui encercle mes poignets pour qu’il change de place. Je veux vérifier que je pourrais bien me détacher lorsque j’en aurais besoin. Et je n’aime pas l’argent. Même s’il n’est pas, sans pénétration dans la chair, dangereux pour mon espèce, la sensation de son contact sur ma peau reste particulièrement désagréable.
J’entends aussi, en entrant dans la maison, le vacarme de la beuverie un peu plus haut. Butch est connu pour ses soirées dépravées, ça ne m’étonne donc pas particulièrement de lui… Mais ça veut dire qu’il faudra attendre que tout le monde soit parti pour faire ce que nous avons à faire, ou bien tous les tuer. Et, si vous me connaissez un peu, vous saurez que je ne recours à ce genre de solutions qu’en dernier recours, pour protéger mon identité. Je note d’ailleurs qu’il me faudra me débarrasser des deux gardes qui m’ont vue ainsi attachée : impossible de prendre le risque qu’ils racontent partout que je suis celle qui a assassiné Butch. Je grimpe les escaliers d’une démarche toujours un peu trop rapide à mon goût, poussée sans ménagement par Red qui joue son rôle à la perfection, et surveillée par un Scott qui pose sur moi un regard presque… Bienveillant. J’aurais haussé un sourcil dans une autre situation. Je passe un palier et continue à monter : si ce foutu usurier boit ce soir, il est au second, plutôt que dans son bureau du premier. Je m’imagine un peu la tête de la soirée, puis renonce : trop dégoûtant.

Alors que j’atteins finalement le deuxième étage, je sens le souffle chaud de Scott contre mon oreille. C’est forcément lui, les inspirations dégagent un petit bruit rauque. Je m’attends presque à ce qu’il fasse un commentaire indécent du genre « j’espère que Butch m’en laissera un bout », mais il se montre finalement particulièrement attentionné. Il m’aime bien ? Surprenant, j’étais persuadée que tous les gorilles de cet enfoiré pensaient comme lui. Peut-être que nous pourrions l’épargner, avoir un gros bras qui vous en doit une est toujours une bonne chose… Et si l’on est prêt à prêter ses muscles à une enflure pareille, on doit certainement pouvoir travailler pour moi, ne serait-ce que de temps à autres. Alors que nous pénétrons dans le couloir j’essaye déjà de m’imaginer comment je pourrais l’utiliser… J’ai entendu parler d’un nouveau groupe de malfrat qui faisait parler de lui à Whitechapel ces temps-ci, donc peut-être chez eux ? L’idée est plaisante, et je n’ai jamais douté qu’il soit bon d’avoir des informations sur la pègre, dans n’importe quelle ville que ce soit. Toujours un peu perdue dans mes pensées, j’arrive au niveau des ivrognes qui tentent, avec autant de succès qu’un bateau par gros temps, de maintenir leur stabilité en s’appuyant aux murs.
L’haleine visiblement alcoolisée du premier me fait reprendre mes esprits : je n’ai pas le loisir de faire des plans sur la comète maintenant. Vérifiant à nouveau que les menottes sont aisément retirables, je marche à travers la foule en scrutant tous les visages qui apparaissent devant moi, puis tous les recoins que j’ai à portée de vue. Je cherche Butch lui-même. Pas de doute que s’il savait que j’arrivais, il serait sorti m’accueillir lui-même. Mais il est introuvable. Il n’est donc pas au courant… Ce qui est, globalement, plutôt une bonne chose : ça laissera plus de temps aux poivrots de trouver le chemin de la sortie, et donc moins de victime potentielle quant à la tuerie de ce soir. Encore que vu leur état, je me doute qu’un ou deux s’affalera sur le long chemin (environ 10 mètres) qui mène aux escaliers. Peut-être même que l’un d’entre eux tombera dans ceux-ci. Je l’espère un peu, un coup sur la tête ne leur ferait pas de mal… Et avec un petit peu de chance, ils perdraient connaissance et oublieraient tout de ma présence ici ce soir.

M’étant résolue à attendre le maître des lieux, je me perds à nouveau dans mes pensées. Scott voudra surement nous escorter lorsque nous rencontrerons Butch… Si je menace ce dernier avec mon pistolet, et que je demande à Red de le maîtriser, peut-être pourrais-je obtenir qu’il passe de mon côté ? Cela rendrait le tout bien plus facile… Et bien plus plaisant. Pour lui comme pour moi. Mais je m’emballe, son affection toute relative pour ma personne ne veut pas dire qu’il sera prêt à trahir son employeur. Il faudra alors le tuer. J’éprouve une très légère pointe de regret. Mais tous mes plans s’effondrent lorsqu’une voix avinée derrière moi prononce le nom véritable de ma compagne usurpatrice d’identité. Je me fige. Je sais très précisément ce que cela veut dire… Plus de possibilité de nous en sortir maintenant, la serveuse n’est pas suffisamment bonne menteuse. Je prendrais bien sa défense, en lâchant une insulte ou deux sur le moment de ma capture, mais je n’en ai pas le temps. Alors que je me retourne pour consulter mon amie du regard, cette dernière articule deux mots silencieux m’invitant à la prudence, avant de me jeter violemment dans la pièce adjacente.
Je me reçois mal. La serveuse m’a propulsé suffisamment fort pour atteindre le mur d’en face, et devant ce dernier se trouvait une commode. Mon contact avec celle-ci ne se fait pas exactement en douceur, et je tombe au sol en lâchant un court cri de douleur. Je me suis probablement démis l’épaule. Je pousse un grognement avant de me redresser légèrement, et tire sur mon bras droit pour me libérer des menottes. Elles ne bougent pas. Elles se sont enclenchées avec le choc ! Je panique, me voilà sans défense alors qu’une mêlée sanglante a pris place dehors. Je vois Red planter le poivrot qui l’a accostée avant de se retourner vers Scott, furie sanglante au milieu d’une foule désorganisée tentant tantôt de fuir, tantôt de se battre, l’un et l’autre avec un succès plus que discutable. Il me faut quelques secondes avant de reprendre mes esprits, puis je tente la menotte gauche… Celle-ci lâche sans plus de cérémonies. Petit soupir de soulagement. J’entreprends de me maser le poignet douloureux, réfléchissant à ce qu’il convient de faire ensuite… Mais les circonstances ne me laissent pas exactement le loisir de la réflexion.

Alors que je me relève, un autre ivrogne se jette sur moi. Nouveau cri, de surprise cette fois. Ce fils de pute était dans la chambre depuis le début. Je devine une forme sombre derrière lui, sur le lit… Probablement une prostituée. Mais je n’ai pas le temps de faire beaucoup plus de déduction, le poivrot ayant appuyé tout son poids sur moi. Je tombe à nouveau contre la commode, ravivant la douleur dans mon épaule. Sa masse m’écrase, et j’arrive à peine à respirer. Il le sent, et se presse encore plus sur moi, ses mains cherchant mes poignets pour m’immobiliser. Il pue l’alcool, mais il sait visiblement comment s’y prendre dans ce genre de situations. Je demanderais bien de l’aide à Red, mais celle-ci a l’air d’avoir déjà un certain nombre de choses à faire. Je me débats donc, comme un poisson pris au piège dans un filet de pêche… Sans grand effet. Il arrive finalement à saisir mes avant-bras, m’immobilisant effectivement sous lui. Je grogne alors que je tente de le soulever avec la force de mon dos, mais je retombe vite au sol, mon épaule droite lâchant sous le poids. Démise. J’avais oublié, dans le feu de l’action.
Sa compagne, elle, n’a visiblement pas perdu l’essentiel de vue. Alors qu’il continue de me plaquer au sol, elle s’est levée, retenant la couette dans un effort particulièrement vain de préserver sa pudeur. Elle attrape un couteau sous la table de nuit, ce que je remarque du coin de l’œil. Je ne suis pas faite pour ce genre de situation. Fermant les yeux un instant, je laisse Kaja prendre le contrôle de mon corps. C’est elle la combattante, ça l’a toujours été. Istasha continue d’observer la scène par mes yeux, notant les petits détails pendant que la louve se concentre sur le fait de nous libérer toutes les trois. Ca n’est pas facile. Mon physique n’est pas fait pour ce genre de compétition de force, et même si la louve se bat avec une ardeur retrouvée, ça n’est pas suffisant. L’homme grimace sous les coups de pied que je lui lance dans les jambes, mais tient bon malgré tout. Pourquoi ne suis-je pas tombé sur un alcoolique lambda, incapable de ne serait-ce que former quelques mots après avoir ingurgité autant d’alcool… Mais non, ma bonne étoile m’a à l’œil, il fallait que je tombe sur un type qui est suffisamment sobre pour faire la chose la plus efficace, ou qui a au moins les réflexes pour le faire alors même qu’il est soûl.


-Son foie.

Je n’ai pas parlé. Mes lèvres n’ont pas esquissé le moindre mouvement en dehors du rictus rageur qui les anime actuellement. La voix se trouve dans ma tête, légèrement moqueuse comme à son habitude. Istasha. Deux mots, c’est plus que ce qu’elle n’en dit d’habitude en plusieurs jours. Mais ils sont juste ce dont nous avons besoin : son foie. Sous un type puant l’alcool, et étant pourtant capable d’agir ainsi, on peut en déduire qu’il tient plutôt bien la boisson, et avec un peu de chance qu’il est un habitué de celle-ci. En ce cas-là, le foie est évidemment l’endroit à frapper pour faire mal, lorsque l’on n’a pas accès aux parties intimes. Je sens mon visage s’illuminer d’un sourire carnassier alors que Kaja se débat toujours… Il suffit d’attendre le bon moment, et de suffisamment l’occuper pour qu’il ne se rende pas compte de ce que nous faisons avant qu’il ne soit trop tard. Le bon moment arrive d’ailleurs : la jeune femme se rapproche, toujours sa lame à la main. Elle est visiblement un peu hésitante. C’est aussi une bonne chose, cela veut dire qu’elle n’aura pas d’empressement à nous tuer.
Alors qu’elle s’agenouille à côté de nous, le couteau levé, le type lui aboie quelque chose à propos de me poignarder maintenant. Pour l’aide à faire cela il se soulève un instant, laissant tout mon abdomen exposé. C’est ça, le bon moment. Je relève brusquement le genou avant de donner une violente impulsion dans sa direction. L’os atteint l’organe en une fraction de seconde, et avec plus de puissance que ce dont on me croirait capable. Le type tente de crier, mais j’ai également écrasé son diaphragme, et il s’en retrouve le souffle coupé. Sous l’effet de la douleur, sa prise se desserre, et je me dégage facilement. Il roule sur le côté, visiblement incapable de continuer, alors que je me redresse dans un éclair pour lancer un coup de poing dans le visage de la spectatrice effarée de la scène. Celle-ci l’encaisse, lançant dans le même temps son couteau dans ma direction générale. Il m’entaille le flanc, mais la blessure n’est pas trop profonde, bien qu’elle saigne trop à mon goût. Toujours sous l’impulsion de Kaja, je me redresse brutalement avant de me jeter sur la malheureuse en saisissant ma dague. A peine suis-je sur elle que la lame a pénétré sa gorge, et un flot de sang me jaillit à la figure. Je m’effondre sur la mourante, mon épaule n’ayant pas supporté le choc de la réception. Nouveau grognement. Je me redresse encore.

Derrière moi, le type a visiblement récupéré du coup. A peu près, au moins, pour se tenir devant moi, lui aussi debout, une main sur le ventre. Je l’observe. Musclé. Un peu plus jeune que la plupart des compagnons de boisson de Butch… Un peu plus de trente ans ? Ca n’est pas un régulier, car je ne le connais pas. Au moins il n’a pas d’arme, mais s’il arrive à m’attraper, il ne fait aucun doute qu’il aura, à nouveau le dessus… Mais il sait également qu’en se jetant sur moi, il mourra avant d’avoir pu faire quoique ce soit, aussi m’observe-t-il, attendant que j’agisse. Je dois faire vite, je saigne toujours, et Red a sûrement besoin d’un coup de main. Je joue un peu avec la dague, réfléchissant à la meilleure façon de m’y prendre. Enfin, Kaja réfléchissant à cette dernière option, je m’inquiète pour ma part de l’état des choses à l’extérieur de la chambre, des bruits de lutte particulièrement violents se faisant entendre par la porte ouverte. Et puis, brusquement, je m’élance.
Sur sa gauche d’abord, et il se décale à droite pour éviter la lame, ses bras s’élançant vers moi pour m’agripper. Je rajuste le coup, et me baisse brusquement. Je passe sous sa prise, et la pointe du couteau pénètre sa cuisse. Pas profond. Je me redresse, passée derrière lui alors qu’il se retourne, et je lance une nouvelle attaque instantanément, visant cette fois-ci son flanc. Il n’a pas la possibilité de l’esquiver, et lâche un cri de douleur alors que la lame coupe à travers sa chair. J’en profite pour l’enfoncer plus profondément, avant de la tirer vers le haut. Je bute sur les côtes. Je retire l’arme prestement, avant de reprendre de la distance. Alors que je m’éloigne, je reçois un méchant coup de poing sur mon épaule déjà meurtrie qui me fait gémir de douleur, mais il n’arrive pas à m’attraper. Deux mètres nous séparent désormais, et il se vide de son sang plus vite que moi. La blessure est méchante, il n’y survivra probablement pas sans l’aide immédiate d’un médecin. Et il en est conscient aussi.

Avec l’énergie du désespoir, il s’élance pour une charge frontale. Réagissant en un quart de seconde, Kaja nous fait nous décaler sur la gauche, avant de planter la dague définitivement dans le torse de l’homme. Celui-ci, mortellement touché, s’effondre sur l’arme que je lâche sous la pression de son poids. Il tombe lourdement au sol, s’empalant ultimement sur le petit couteau dont la pointe ensanglantée ressort par son dos, à quelques centimètres de la colonne vertébrale. Bien. Je commence à reprendre mon souffle, puis déchire un bout des draps du lit pour me faire un bandage de fortune. C’est loin d’être l’idéal, mais ça suffira pour l’instant. Je contemple le carnage sur le sol… La chambre est ravagée, et a maintenant plus l’air d’un champ de bataille que d’une chambre à coucher, justement. Je pousse un soupir de soulagement avant de remarquer que plus aucun bruit ne vient de dehors, si ce n’est les gémissements de quelques-uns des mourants. Red s’est-elle faite avoir ? Ou les a-t-elle tous liquidés ? Je prie pour que la deuxième option soit la bonne, mais ils étaient nombreux… Trop, peut-être ? Il faut que je me prépare à les accueillir, si je veux avoir une chance.
Prenant appui sur un coin du mur pour la maintenir en place, je remets mon épaule en place d’un coup sec. L’éclair de douleur qui suit me fait presque lâcher un cri de douleur, mais je me retiens : j’aimerais autant qu’ils me croient morte. A peu près remis en état de marche, mais pantelante, je m’assois sur le lit un instant. Juste un. J’aimerais pouvoir m’allonger et me reposer, la transformation d’un peu plus tôt m’a épuisée, et ce genre d’activité n’aide pas à se remettre. Après quelques secondes passées à reprendre mon souffle, je me lève à nouveau à contrecœur, pour me remettre au travail. Il me faut encore liquider ce con de Butch, et tous ceux qui se mettront entre moi et lui. Je retourne donc sur le dos l’homme qui m’affrontait un peu plus tôt, pour me rendre compte qu’il n’est pas aussi jeune que je le pensais… La fatigue ? Sans doute. Je récupère ma dague de ma main gauche, pendant que la droite saisit mon pistolet, et je fixe la porte. Personne ne vient. Et tout est silencieux. Le silence me stresse.

Je reste ainsi, figée dans le noir, pendant quelques secondes supplémentaires, tous mes sens tendus vers l’extérieur dans l’espoir de capter quelque chose qui puisse m’indiquer l’issue du combat qui y a pris place. Ce stimulus vient sous la forme d’un cri, qui m’assourdit presque après le silence absolu des derniers instants. Il est suivi, rapidement, par un coup de feu, puis par la voix que j’ai appris à tant haïr ces derniers temps (et plus encore ce soir) : celle de Butch. Red a réussi à tous les descendre ? C’est inespéré. Mais elle est dans de sales draps. Et, même si je n’ai pas particulièrement d’attachement à la jeune femme, elle pourrait m’être utile pour le futur. Enfin, je suppose. Il est toujours mieux de s’allier à un monstre que de l’avoir comme adversaire, mes ancêtres ont appris ça de la pire des façons. Je dois agir. Butch vient de tirer sa cartouche, et son arme n’en contient pas d’autre : il ne peut avoir tiré qu’au pistolet dans ce genre de situations, et je doute que ce soit un de ces « revolvers » américains dont j’ai entendu parler.
Je fais donc quelques pas en direction de la porte, pénétrant dans le couloir avec toute la condescendance dont je suis capable, avant de pointer mon arme dans la direction de l’usurier. Celui-ci ne me remarque pas tout de suite, trop occupé à fixer le corps sans vie de la chimère… J’arrive trop tard ? Je ne laisse pas cela me déstabiliser, et me racle la gorge. Il se retourne vers moi brusquement, et ses yeux s’étrécissent de rage. Je prends la parole d’un ton moqueur, hautain… Je rêve de cela depuis des semaines :


-Alors Butch, comment on se retrouve ? J’espère que tu n’en veux trop pas à mon amie ici présente d’avoir tué tes hommes, après tous les affaires sont les affaires. Enfin, tu as eu ta vengeance il me semble, c’est donc à moi d’avoir la mienne.

Je ne peux pas le tuer tout de suite, pas aussi facilement. Il faut que sa mort envoie un message clair pour tous les autres qui auraient soudainement envie de me doubler : on n’affronte pas Aylith sans en subir les conséquences. Et les conséquences sont particulièrement horribles. Je fais quelques pas dans le couloir couvert de sang, évitant soigneusement les cadavres au sol. Je demande à Kaja de me laisser reprendre le contrôle, car ce qui va suivre relève plus de la planification que de la bestialité dont elle sait si bien faire preuve. La louve se retire donc, me laissant à nouveau maîtresse de mon corps. Mais j’ai fermé les yeux un instant, le temps du transfert. Presque instantané… Mais Butch l’a vu. Il s’est jeté en arrière, dans sa chambre, sortant par la même de mon champ de vision. Je peste, avant de m’élancer à sa poursuite, mais il referme la porte derrière lui dans un claquement. A nouveau, un juron se prépare à s’échapper de mes lèvres quand j’entends des bruits de pas qui montent les escaliers. Qui ? Mon cerveau fonctionne à toute vitesse. La réalité va plus vite. La tête du garde qui m’a accueilli à l’entrée dépasse du palier.

-Eh boss, j’ai entend…

Ni une ni deux, je réoriente mon arme vers lui et fait feu. Alors que ses yeux s’agrandissaient à la vue du carnage, ils prennent une forme encore plus circulaire lorsqu’il se rend compte de l’existence soudaine d’un trou dans sa poitrine. Après un regard surpris dans ma direction, il tombe en arrière, son corps dévalant les escaliers dans un bruit de tonnerre. Pas besoin de le liquider en sortant au moins. Par contre, poursuivre Butch est désormais hors de question : je n’ai pas de munition chargée, lui si dorénavant. Tel que je le connais, il n’osera pas sortir de sa chambre : trop peur que je l’attende devant la porte. Non, il va se planquer dans un coin, sa « maîtresse » dans un autre, et attendra que la porte s’ouvre pour tirer. Je sais déjà comment je vais me débarrasser de lui… Mais cela peut attendre un peu. Je m’approche doucement du corps de Red, adossé contre un mur, et couvert de blessure… Ca n’est pas un cadavre convenable. Et puis, alors que je m’accroupis à ses côtés, une petite respiration sifflante se fait entendre. Vivante ? Après tout ça ? Je savais que les chimères avaient la peau dure, mais là c’en est presque ridicule.
Je l’examine d’un peu plus près. Son bras est en charpie. Je voie poindre l’os à deux endroits différents, et seulement l’un d’entre eux est une fracture. Elle a le flanc totalement bleu, mais ne saigne que par endroits. Le reste de son corps est couvert de contusions et de plaies en tous genres, si bien que je me demande comment elle a ne serait-ce qu’une goutte de sang encore à l’intérieur de son corps. Elle lève son regard vers moi. Consciente en plus ? Elle doit souffrir le martyr. Je la plains sincèrement. Ça ne m’était pas arrivé depuis une éternité, mais je n’ai jamais été très résistante à la douleur, et celle qu’elle doit ressentir en ce moment… Je frissonne rien qu’à y penser. Mais il faut que je l’aide. Un bandage ? Inutile, il y a trop de plaie… Non, je dois trouver autre chose. La question étant : quoi ? Et puis un éclair de lucidité me vient : c’est une chimère, elle a sans doute un moyen ou un autre de se régénérer… C’est le cas des Homonculus, alors pourquoi pas d’elle ? Enfin, ça n’est que pure spéculation, mes études sur les êtres alchimiques remontent un peu.

Je me remémore le reste de la nuit, cherchant un indice quant à ce qui pourrait m’aider… Un peu plus tôt. Quand nous étions dans la ruelle. J’étais couverte de sang, et son premier réflexe a été de s’approcher, comme si elle voulait le boire. Peut-être qu’elle en avait besoin ? Peut-être se nourrit-elle comme les vampires ? Non, l’idée est stupide… Je continue à chercher. Et puis je n’en trouve pas d’autre. Alors, en désespoir de cause, je me rabats sur mon hypothèse initiale. Je me relève pour aller traîner le corps le plus proche, en l’occurrence celui d’un poivrot dont le nom ne me revient pas de manière immédiate. Mon flanc me lance. L’homme gémit légèrement, visiblement encore à peu près vivant. Je continue. Une fois arrivée à côté de Red, je redresse le pauvre bougre sans défense pour l’asseoir à côté d’elle, puis j’aide la serveuse à porter ses crocs contre son cou. Elle a l’air… Reconnaissante ? Enfin, je suppose, parce qu’elle a surtout l’air mourante pour être parfaitement honnête. Je la positionne comme j’ai vu des vampires se positionner pour mordre leur victime, et observe la scène, désireuse de savoir si j’avais raison. Impossible à savoir pour être honnête, les mouvements de la jeune femme sont à peine perceptibles… Mais elle plante ses dents dans le cou de l’homme. Un spasme dû à la douleur ? Entièrement possible… Je garde espoir quand même.

Et puis je me rends compte que, malgré toute ma bonne volonté pour la blessée, j’ai également un travail à achever pour moi-même. Je me relève à nouveau, en gémissant de douleur : ma blessure au flanc a recommencé à saigner, alors qu’elle était à peu près coagulée. Je jure entre mes dents, avant d’aller récupérer un autre corps. Je prends cette fois-ci le plus léger que je puisse trouver, en l’occurrence celui de la prostituée dans la chambre de tout à l’heure. Je le dépose à côté de la porte de la pièce dans laquelle se trouve Butch, avant de commencer à recharger mon arme en sifflotant. Je ne sifflote pas très bien. Mais l’effet est psychologique : je le veux terrifié, qu’il fasse sous lui dans sa terreur de me voir surgir par la porte… Et ça, c’est une entreprise qui mérite bien quelques efforts. Une fois fin prête, je range mes armes à ma ceinture, avant d’attraper le cadavre à bout de bras. Je le tiens devant moi alors que je me positionne devant la porte, ma main se posant sur la poignée. Je la tourne très lentement, sachant que l’usurier fixe les mouvements du panneau de bois. Et puis, brusquement, je passe à travers, lançant le cadavre devant moi dans un effort qui me fait encore une fois grimacer.
Apeuré comme il doit l’être, Butch tire sans réfléchir, et touche la pauvre prostituée décédée en pleine poitrine. Le cadavre est rejeté en arrière, et je l’esquive d’un pas gracieux sur le côté. Je connais Butch. J’ai travaillé avec lui des mois… Et maintenant, je peux utiliser ce savoir contre lui. Je sais que c’est un ivrogne hédoniste, un violent compulsif, mais pas un type particulièrement courageux. Bon pour bluffer, bien moins lorsqu’il s’agit d’agir. Je marche sur lui d’un air assuré alors que je lis la terreur dans ses yeux. Je lève mon pistolet, et il ferme les paupières très fort, dans l’attente de la balle qui le cueillera. Je souris. La scène est exactement comme dans mes rêves. Je détourne l’arme, et tire sur la femme qui se trouvait avec lui dans sa chambre. Celle-ci lâche un cri étranglé avant de s’effondre. Toujours en m’avançant vers le coin dans lequel l’usurier a trouvé refuge, je range mon arme à feu, faisant passer ma dague de ma main gauche à ma main droite dans le même mouvement. Il n’est plus capable de se défendre, avec son arme à feu déchargée, et la terreur qui le prend aux tripes, et si je ne prends pas de plaisir dans la souffrance d’autrui d’habitude, je crois que je vais faire une exception.


-Bonsoir, Butch.
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MessageSujet: Re: Il faut bien un irlandais pour attraper un autre irlandais [Aylith, Red'maw] [13/10/41] Dim 13 Nov - 20:52

Ma vision devient très progressivement une sorte de dégradé de rouge … Et uniquement de cette couleur. Butch … si c’est bien son nom … me gifle. Je crois. Je m’écroule sur le sol sans résister. A vrai dire, il n’a fait que rajouter une goutte d’eau dans un vase déjà plein. Ce qu’il me dit me parvient de loin … Je crois que j’ai des absences, d’un mot à l’autre. Rien n’a de sens. J’ai l’impression que j’essaie de bouger mes doigts. Certains ne répondent pas correctement. J’ai les paupières tellement lourdes … Je crois qu’on me redresse en me tenant par la chevelure … J’espère que mon écharpe n’est pas tâchée. C’est un cadeau de ma mère … Ma mère … J’ai mangé une partie du corps de ma mère pour survivre … pour vivre … Je suis baignée dans quelque chose de moite, tiède, visqueux, et très doux … et pourtant, j’ai froid. Le froid ne me dérange pas. Ce n’est pas comme de la neige …

Quelque chose de brusque survient. Je rouvre avec difficulté les paupières … La porte devant moi se referme. Une forme noire se précipite devant. J’ai l’impression que le monde est une peinture pas très bien faite … Comme celles qu’on voit dans les mu … les … les musés. La forme pivote vers moi. Elle a un visage. Je plisse les paupières pour essayer de le discerner. Pale. Jeune. Cheveux noirs. Yeux bleus. Aylith. Je crois. Le visage s’approche de moi, des mains me touchent. Me déshabillent ? Qu’est-ce qu’elle veut … ah. Mes blessures. Un … trois … trouze … J’en ai … vraiment beaucoup. J’essaie de me souvenir d’à quand remonte la dernière fois où j’ai été dans un état pareil. Je n’y arrive pas. La forme s’éloigne. Reviens … elle veut bien revenir. Mais elle a changé. Un autre corps. Je sens un poids être installé sur mon ventre, entre mes jambes … Lourd … J’ai le menton sur quelque chose de chaud. Des mains dégagent un col. Un cou. J’ai un cou près du visage … Je tente de savoir ce que ça m’évoque, mais impossible de mettre le doigt dessus ….Puis, mon corps agit de lui-même. Je m’avance. Et mes crocs de requins déchirent la viande avec la facilité habituelle. Au début, c’est surtout mou. En sueur. Le goût est répugnant. Puis, quelque chose se met à passer contre mes gencives, et à couler sur ma langue, dans ma bouche. Du sang. Je mord plus fort. Plus de sang coule. Et, d’une manière progressive, mais assez rapide pour être totalement perceptible, le voile rouge se dilue, et disparaît. Ma vision se fait plus nette, plus précise. J’entends de nouveau autour de moi, et je comprends autre chose qu’un incessant bourdonnement. Je sens la vie revenir en moi en même temps qu’elle quitte le type que je mords. Je le sens remuer faiblement, tenter de se débattre. Inutile. J’ai presque l’impression que ma pupille s’affine, alors que mes mâchoires appliquent une pression de plus en plus impitoyable. Je veux le sang qui coule dans ses veines, et j’en veux plus que ce qu’il me donne …

Puis, il meurt. Je le sens plus au goût qu’autre chose : il ne se débattait déjà plus vraiment. Mais dans ma bouche, le liquide se met progressivement à perdre de sa magie curatrice … Lentement, ceci dit. Mais de toute manière, son cœur ne propulse plus rien vers le haut. J’aspire encore ce que je peux …Puis je rejette le corps sur le côté de mon bras valide, et laisse ma tête percuter le mur. Le choc m’arrache un « aie ». J’ai un sourire. Cette plainte a quelque chose d’ironique, après ce que j’ai subi ce soir. Les souvenirs affluent … Je me souviens de nouveau de qui je suis : de ce que j’ai traversé, et de ce que je dois faire … Même si, en ouvrant les yeux et en regardant paresseusement autour de moi, je ne vois pas grand-chose. Pas grand-chose qu’il me resterait à faire, je veux dire. Lentement, en m’aidant du mur, je tente de me relever. Un craquement au niveau du bras me fait fermer un œil … Deux os se remettent en place pour se ressouder correctement. Douloureux, mais c’est bon signe. Je tente de bouger les doigts … ils répondent à peu près tous. Le petit doigt et l’annuaire ont du mal … une histoire de … nerfs, il me semble. Ça se réparera.

Je plisse les yeux, me concentre un instant … Et crache un truc informe et sanglant sur le sol. Subitement, je respire un peu mieux. Je tente de me décoller du mur … J’ai envie de lâcher un petit cri lorsque j’y parviens. J’ai oublié le tir dans la jambe. Douloureux, mais pas insurmontable. J’ai … Un vertige, un instant. Rien à avoir avec tout à l’heure, mais je n’ai pas l’impression que mon corps accepte que je recommence si tôt à m’en servir. J’avance, en titubant légèrement. Pousse une porte. Rentre dans une pièce. Ça gueule, ici, mais je m’en fiche. Je vois Aylith … Un cadavre … Butch … Butch qui est ici, et là … et là .. et là … Mais majoritairement en face d’Aylith. Je suppose qu’elle le torture. Je suppose que je devrais ressentir quelque chose. Ça n’arrive pas. Je me contente de fermer les yeux, oscillant un instant sur place, avant de regarder le lit. Libre. Non tâché de sang. C’est un plus, même si sans importance.

- Réveilles-moi … … si besoin.

Ça sous-entend « quand on va partir » ou « si un nouveau combat éclate », mais je ne prends pas la peine de préciser : elle a l’air bien assez intelligente pour comprendre. Je m’approche du lit en traînant un peu plus une botte que l’autre sur le sol, et me laisse tomber dessus sans la moindre cérémonie. Je crois que je roule sur le côté. Le drap est encore chaud … et moite. Je suis trop fatiguée pour me poser des questions, et être dégoûtée par leurs réponses. Je ne sais même pas si les cris ont repris avant ou après que j’ai sombré.

* *
*

La sieste ne doit, en tout, durer qu’entre 10 et 20 minutes. Peut-être un peu plus. Lorsqu’Aylith me secoue – elle doit s’y prendre avec une certaine force pour parvenir à quelque chose – l’épaule pour me réveiller, il fait toujours nuit. L’endroit est silencieux, à présent… Je vois un symbole, dessiné dans le sang, dans le mur en face du lit. Après quelques instants, je me rends compte que Butch est juste en dessous, debout … ah, non. Cloué. Je ne demande pas d’explications. Il y a une bourse, bien lourde, qui traîne sur la table de nuit de Butch. Je m’en saisis. Je ne prends que le temps de récupérer mon stylet, un autre manteau plus ou moins propre, et la lame large de la hunter, avant de donner mon feu vert pour que nous déguerpissions. Je doute sincèrement que la police ne débarque aussi tôt, mais nous n’avons pas vraiment l’envie, ni l’une, ni l’autre, de spéculer sur leur efficacité. Mon bras me lance toujours horriblement, mais au moins, il est « fonctionnel » … ça ira mieux demain. Je boite légèrement lorsque nous quittons l’hôtel. Ça passe en quelques minutes. Comme à notre habitude semblerait-il, nous n’échangeons pratiquement pas … Personnellement, je marche à l’instinct, et je crois que ma compagne me suit, parce que nous retrouvons très vite le coin des tanneries, les odeurs pestilentielles des bas-fonds de la ville, et les bâtiments faits par et pour des pauvres du quartier irlandais. Lorsque l’enseigne défraichie mais loin d’être vétuste du Broken jaw se retrouve au-dessus de nos têtes, je prends une seconde pour l’observer … Puis fait un signe de tête à la brune, vers l’intérieur.

- Viens.

Ce n’est pas une question, mais j’avoue que j’aurais pu faire plus … coulant, peut-être ? Je ne sais pas. Je suis fatiguée. J’ouvre la porte de la grande salle avec mon double de la clef, et rendre dans cette dernière … Elle est exactement comme je l’ai laissé. Lançant ma veste sur une chaise, je me réjouis de ne presque pas sentir d’inconfort lorsque la manche qui se trouvait sur mon bras blessé le frotte. Je contourne le comptoir, et rentre dans la réserve …Qu’est-ce qu’on a … Un jambon suspendu me fait de l’œil. Je m’en saisis, avec une miche de pain de ce matin, et reviens dans la grande salle, où je sors la lame de la huntress. Je me taille une part de viande assez conséquente pour me dire qu’elle pourrait être déduit de ma paie, avant de l’enfourner en quelques instants, à peine. Ceci fait, je me coupe également un morceau de pain, et lâche un « sers-toi » à la jeune femme attablée avec moi. Tirant mon carnet et un fusain de ma poche, je le pose sur la table, et me met à noter, alors que je mâche lentement, cette fois. Je pourrais faire court, mais … Pour une fois, j’ai envie de détailler un peu. J’écris même à peu près proprement … Ce serait plus net si le fusain n’était pas cassé, cependant. Enfin … tant pis.

Je suis une chimère à moitié humaine, et à moitié requin. J’ai été « mélangée » comme ça par un type fou, il y a longtemps. Je peux me transformer presque à volonté, je deviens plus forte quand on me tape dessus, et boire du sang me permet de me régénérer. Je suppose que tu avais deviné. Merci pour tout à l’heure.
Tu t’en doutes surement : je ne dirais rien sur toi. Sauf un peu à mon patron, David, évidement. C’est le propriétaire de l’établissement. Je prétendrais qu’on a retrouvé ton cousin, et que je me suis fait agresser au retour. Ça arrive souvent.
C’était une drôle de soirée. Ça m’a changé de d’habitude, en tout cas. J’ai un sourire en écrivant cette ligne. Puis, j’hésite un peu en écrivant la suivante … mais il faut bien se lancer. Si tu as de nouveau besoin d’aide, un jour, tu sais où me trouver.
Au fait, je ne t’ai pas demandé si tu voulais quelque chose. Bière ? Vin ? Je suis pas sûr qu’on ait de la vodka.
Et qu’est-ce que tu vas faire, maintenant ?
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Il faut bien un irlandais pour attraper un autre irlandais [Aylith, Red'maw] [13/10/41]

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