L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


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La complainte de Cyrène [Jeffrey Landsong, Hawthorn Feathersigh] [02/05/42]

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Hawthorn Feathersigh
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Classe sociale : Aristocratie, noblesse disgracieuse
Emploi/loisirs : Écrivain ; faire discrètement disparaître des cadavres / Lire, écrire, jouir des défuntes beautés nocturnes, fréquenter les salons, jouer du violon ...
Age : 23 ans.
Age (apparence) : Milieu de la vingtaine, en soit son age propre.
Proie(s) : Les reliquats de vie, les éclats d'existence ... Cadavres exquis.
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MessageSujet: La complainte de Cyrène [Jeffrey Landsong, Hawthorn Feathersigh] [02/05/42] Dim 3 Avr - 22:45

[HRP/A lire successivement à Liberate me ex Inferis (en cours)/HRP]

Le sang s'écoulant de la plaie semblait imbiber et imprégner la toile toute entière, comme si il eut été autre que pigments et sillage d'un esprit torturé. Ces rubis liquides que sont les perles sanguines paraissaient ruisseler en deçà du cadre sertissant l’œuvre picturale,  écarlate filon baignant les murs fauves croulant sous de fastueux ornements baroques. Le cadavre de Méduse était une source intarissable, de cette fontaine de sang tant d'inspiration. Sa chevelure reptilienne reposait inerte sur le sol froid, aussi pale que l'étaient les traits livides qu'arborait la tête tranchée de la gorgone. Pétrifiée par la peinture, comme ayant affronté son propre regard, ses lèvres demeurées entre-ouvertes réclamaient une dernière caresse. La blessure béante qu’offrait son cou était un vase infâme, duquel se déversait toute l'exaltation tempétueuse de l'horreur charnelle. Comme si un amant trop passionné, un amant pourvu de crocs, un amant nocturne lui avait dans un baiser des plus violents arraché les chairs. Après s'être abreuvé de sa vie, il l'avait abandonnée à l'étreinte de l'agonie. Ce ne fut que dans la mort qu'elle put assouvir ses pernicieux désirs. A présent elle n'était plus que cadavre voué aux regards d'une foule pervertie, égale aux statues de marbre figurant auprès d'elle, et qu'elle aurait pu de son propre regard confectionner. Et son sang corrompu s'écoulait de son cou comme d'une canope mortuaire, sublimant les écailles des couleuvres de sa chevelure. Avilissant le tableau lui même et les âmes se délectant du spectacle qu'il offrait.

Voilà bientôt vingt minutes qu'Hawthorn n'avait esquissé le moindre geste, abîmé dans la contemplation du tableau de Leonardo da Vinci ayant pour sujet Médusa. Ce même tableau qui inspira à Shelley le poème fondateur de l'esthétique à présent apanage du jeune écrivain et dont l'art le précipita au devant de la cour d'Angleterre. Bien que railler ces perruques poudrées s'étaient avéré des plus distrayants, une moue de désapprobation s'était dessinée sur les lèvres d'Hawthorn à la lecture de Times paru le lendemain du procès. Bien entendu, celui ci faisait la une, accompagné de la mention du succès soudain et reconnu de son œuvre. Le comte se souvint avoir soupiré : l'engouement de ses contemporains pour le scandale lui ôtait tout plaisir d’être lu. Seul cet attrait pour l'esclandre avait poussé ce matin le peuple anglais dans les librairies, entre les lignes tracées de sa plume. Les véritables lecteurs l'ayant apprécié étaient bien peu en réalité, ce qui aux yeux d'Hawthorn n'était que pure fierté et marque d'excellence. Il se surprenait fréquemment à haïr toute chose dès lors que celle ci se trouvait appréciée du vulgaire. Ainsi avait il l'impression de se tromper chaque fois que l'on se trouvait d'accord avec lui.
Son regard aux éclats de l'émeraude dériva quelques instants encore le long des courbes voluptueuses et repoussantes des boucles reptiliennes de Méduse, aussi vertes que l'étaient les prunelles de l'aristocrate. Il murmurait à voix basse les quelques vers du poème de son éminent prédécesseur, premier sang du Romantisme Noir, savourant chaque syllabe. Il répétait à plusieurs reprises son préféré : « Tis the tempestuous loveliness of terror » … Chaque sonorité recelait toute l'intensité, toute la profondeur, toute la majesté de cette esthétique. Ses lèvres, si expressives, semblaient deux fantômes se rejoignant à l'envie à la musicalité des vers qu'il psalmodiait. Et il songeait … Il songeait à la manière dont il avait imaginé son histoire, si différente alors du mythe autour duquel les intellectuels poussiéreux s'accordaient. Il ne pouvait s’empêcher de prêter plus de charme et de goût à sa représentation de cette vénéneuse jeune femme, dont l'antique beauté fut damnée par une déesse envieuse. Pourquoi les divinités prenaient elles toujours ombrage de ce qui les dépassait ? Hawthorn plaignait à cette heure tout les Lucifer que le Ciel, la Terre et les Enfers purent jamais porter. Les Dieux n'étaient que jalousie. Jaloux de la beauté des mortels, de l'audace des parjures, du plaisir des dépravés. Ils étaient désireux de nos passions exacerbées par le péché, animés par l'envie de nous posséder, nous qui toujours leur échappions. Qui nous complaisions dans le blasphème, dans la concupiscence et dans l'impiété. Hawthorn était de ces nihilistes qui ne jouissaient que du Mal, répugné de la vertu et fasciné seulement par les vicissitudes de l'âme humaine. Les Dieux … Quel mépris le comte pouvait leur vouer ! On ne pouvait assurer que l'écrivain fut croyant ; celui ci n'admettait une idée qu'en raison de sa séduction et de son attrait romanesque. Aussi, trouvant la chrétienté romantique, se jouait il des images sacrées qu'il entrelaçait au profane dans ses poèmes. Les thèses et les pensées dont il s’imprégnait lui plaisaient uniquement parce qu'elles étaient susceptibles de nourrir ses fantasmagories et ses fièvres poétiques, ses delirium tremens littéraires et ses aises au cœur du contemptus saeculi. Aussi arborait il un perpétuel détachement, posant sur le monde et les œuvres d'art dont il s'entourait un regard indifférent, dont le poison verdâtre restait prisonnier de ses iris comme de fioles liquides. Le regard figé des statues, les yeux morts des personnages peints semblaient lui reprocher son crime. Eux seuls, figés dans le temps, refusaient de le contempler parader ainsi impunément. Car les Dieux, eux, avaient fermé les yeux sur l'abomination qu'il avait perpétré cinq jours auparavant. De son ultime sacrilège, de l’apogée de ses profanations, ils n'eurent cure.

Cessant sa sombre et néanmoins poétique litanie, Hawthorn s'extirpa de la léthargie onirique qui l'avait gagné lors de la contemplation du tableau de Da Vinci. S'éloignant de quelques pas, il poursuivit de sa démarche indolente la visite qu'il avait commencé il y a trois longues heures déjà. Des fresques bibliques succédaient à des enluminures et à des gravures illustrant les œuvres de Sade et les plus odieuses scènes du théâtre shakespearien. Les tableaux dépeignaient de sublimes illustrations de tout les péchés, de toutes les outrages exécrables à la bienséance et à la décence de la société victorienne. Confondant des œuvres oubliées de la Renaissance à des exploitations plus récentes du Vice, l'indécence et la débauche recouvrait tel un drap de satin la nudité des corps blêmes, les peaux lacérées et sanguinolentes, les visages déchirés par les pleurs. De somptueux et imposants triptyques mythologiques, représentant la transformation d’Arachnée ou le désespoir de Séléné contemplant le visage endormi d'Endymion, étendaient leur splendeur sur les murs mordorés et fauves. Père de Narcisse, sa beauté fut égale à celle de son fils. Les supplications de la déesse l'avait conduit à un sommeil éternel, dont jamais il ne s'éveillerait. Mais il y conservait sa beauté, comme une fleur séchée abritée entre les pages d'un keepsake ou un majestueux papillon de nuit conservé dans son cercueil de verre. Hawthorn ralentit lorsque il advint que ses yeux effleurèrent la peinture. Il admirait le visage du jeune homme, figé dans le plein épanouissement de sa beauté. Ses propres traits étaient ils aussi gracieux, était il aussi désirable ? Son visage était il comparable à celui, alangui et apaisé, de l’éphèbe dont le mont Latmos était le tombeau ? L'écrivain, travestissant et prostituant de nouveau la mythologie, imagina ce berger comme prince de la Nuit, monarque de l'obscurité, Dieu des ténèbres les plus impénétrables. Il se figurait que le délicat ourlet des lèvres sensuelles abritait de longues canines d'ivoire. Les êtres de la nuit, reposant eux aussi dans ces cercueils de verre protégeant leur beauté des offenses du temps comme autant de papillons nocturnes aux ailes sanglantes, hantaient de plus en plus fréquemment les songes de l'écrivain. Plus que jamais, il désirait se fondre lui aussi dans les ténèbres, épouser le Mal, effleurer la quintessence du Sublime. Préserver sa beauté … Dusse t'il comme Faust, dont le profil décharné le narguait sur le tableau voisin, vendre son âme au théâtral et élégant Méphistophélès. Ce dernier dominait le docteur étendu en bas des marches menant à sa bibliothèque, à laquelle s'adossait une Gretchen en haillons, l'épaule opalescente dénudée. Il lui tendait une main aux doigts effilés, un rictus aux lèvres.
Hawthorn laissa son regard glisser de ces tableaux dont il enviait les personnages. Bien qu'il ne pouvait considérer l'existence que de façon romanesque, reconnaissant partout les motifs de ses œuvres, ce détachement ne suffisait à satisfaire l'hydre de ses désirs, sans cesse renaissante. La dépravation elle même le laissait ces temps ci de marbre. Une statue à l’effigie d'Aphrodite succéda aux tableaux. Un serpent s'entourait lascivement autour de ses hanches voluptueuses, le visage de marbre de la déesse comme pétrifié dans un soupir d'aise et de plaisir. Hawthorn éprouva un vague désir à la contemplation de cette femme de marbre. Il se remémora alors une sinistre histoire, dans laquelle un homme tombant amoureux d'une statue cherchait à s'unir à elle … Ainsi qu'une autre narrant un festin de pierre au cours duquel la sculpture de la victime d'un libertin venait l’entraîner dans les profondeurs infernales. L'opéra à son propos était par ailleurs des plus délectables. La Débauche et la Mort, après tout, sont de bien aimables filles … Chassant de son esprit ces transports funestes, il quitta le long corridor pour pénétrer un boudoir dont s'élevait une musique chaotique.

Le club Cyreneus était sans doute le salon le plus privé fleurissant dans le jardin obscur et secret du Londres nocturne. Ainsi baptisé en mémoire d'Aristippe de Cyrène, historique fondateur de la doctrine hédoniste, il proposait à ses membres les plaisirs les plus raffinés et les plus douceâtres qu'un esthète ou qu'un dépravé avide de jouissances puissent fantasmer. Réservé aux aristocrates et aux plus hauts bourgeois de la capitale, son nom ne franchissait que rarement les lèvres de même que l'entrée de ce cercle n'était que rarement franchie par de nouveaux membres. Il faisait partie de ce vaste réseau tapissant les nuits brumeuses de Londres, la Galerie des Ombres. Accessible seulement des artistes décadents et des débauchés les plus connaisseurs, il s'agissait d'un ensemble de lieu mêlant Art et Luxure, intellect et agréments charnels, âme et corps. Ce mois ci y était présenté une exposition aussi scandaleuse que d'accoutumé, accompagnée des sempiternelles dérivations des sens qu'offrait le club. Seule l’âme peut guérir les sens, et seuls les sens peuvent guérir l’âme. Et l'âme d'Hawthorn requérait les soins les plus attentionnés.
Son esprit vaquait encore à l'assassinat de Casper Deedcraft, qu'il avait occis de ses propres mains. Ou plutôt putréfié à demi. Sa négligence le torturait à présent, le raillant tel un esprit bacchanale masqué et ivre : l'édition du Times de ce matin lui avait appris que son corps avait été identifié et qu'un enquête serait ouverte au Yard. Hawthorn n'avait émît le moindre signe d'inquiétude lorsque Feril Salieri, son dévoué majordome, lui avait apporté le journal tant affectionné de ses concitoyens.

Assis sous le kiosque s'élevant au sein du jardin intérieur de sa demeure, le comte s'abandonnait alors aux lignes de Mary Shelley, relisant avec délice son Frankenstein ou le Prométhée moderne, paru il y a quelques années a peine. Les lourds effluves des lilas embaumaient l'air lourd et chaleureux de ce début d'après midi. Les orchidées ployaient sous le zéphyr, exhibant les arcanes complexes de leurs pétales monstrueux. Fidèle à ses habitudes de dandy, Hawthorn s'était levé sur le douzième coup de midi. La soirée passée dans un bal donné par une marquise de sa connaissance l'avait éreinté. Elle l'y avait convié afin de donner un concert, étant de notoriété publique que l'héritier des Feathersigh n'était seulement un écrivain de talent, mais également un virtuose du violon. Redevable d'un service à ce vétuste spécimen de la noblesse anglaise, Hawthorn n'avait pu que s’assujettir aux doléances de la marquise.
Il repensait à une convive avec laquelle il avait longuement dansé, ainsi qu'à l'esclandre commise par le fiancé de celle ci lorsque l'écrivain avait déposé un baiser trop près des lèvres de la jeune fille (le dit fiancé avait été publiquement humilié dans les quelques instants qui suivirent, victime de l'éloquence aussi élégante qu'empoisonnée du comte), posant un long doigt pale sur le bout de sa langue afin de l'humidifier et de tourner la page qu'il achevait. C'est alors que Feril avait fait irruption, gravissant les deux marches du kiosque, un plateau d'argent à la main. Sur celui ci reposait une tasse de thé encore fumante, un exemplaire du Times ainsi qu'une enveloppe cachetée et immaculée. Reposant l'ouvrage qu'il détenait ainsi que les pensées qu'il avait suscité, Hawthorn rajusta la simple robe de chambre en lin dont il était vêtu, se saisit de la tasse de thé qu'il porta à ses lèvres ainsi que du journal. L'ayant parcouru, il n'avait blêmit. Il avait cependant éprouvé un impérieux besoin de se distraire, de se noyer dans les plaisirs qui lui ferait oublier Casper et la menace que représentait l’enquête. Prenant le coupe papier que lui tendait son majordome, il avait ouvert la lettre demeurant encore sur le plateau. Elle recelait l'invitation pour l'exposition de la Galerie des Ombres.


- Feril, je sors. Apprêtez ma tenue ainsi qu'un fiacre s'il vous plaît. furent ses uniques mots.

A présent, Hawthorn enjambait les corps étendus et enlacés, à demi nus, reposant sur le tapis persans du boudoir. Une dizaine d’individus se livraient ainsi aux plaisirs de la chair en toute insouciance, au son de l'orchestre entonnant des marches funèbres, s'ébattant dans les volutes grisantes de l'opium qui flottaient telle une nappe de brume à quelques centimètres du sol. Traversant d'un pas vif la salle, il gagna une alcôve adjacente, de forme octogonale. De l'encens brûlait sur un petit guéridon d'un bois luxueux, aux cotés d'un candélabre dispensant un halo luminescent sur les teintures d'un pourpre profond pendues aux murs. Un divan disposé au centre de la pièce faisait office de seul meuble remarquable, tout comme le candélabre était la seule source de lumière. Hawthorn rajusta les manchettes de la chemise de velours noir aux manches bouffantes qu'il portait. Pourvu d'un jabot, des lacets la refermait dans le dos comme aurait pu le faire un corset. Ses jambes étaient quant à elles recouvertes d'un pantalon de soie noire, de cette même soie dont étaient confectionnés les gants dissimulant ses mains. Enfin, l'écrivain se laissa tomber sur le divan, soupirant de plaisir en éprouvant son confort. Une table basse lui faisait face, sur laquelle étaient disposés un pichet de cristal contenant un vin écarlate, ainsi que deux verres de cette même finition. Peu importait au comte que l'alcôve fut réservée pour de futurs convives. Il se l'appropriait à l'instant même.  
La quiétude de cette alcôve le gagnait peu à peu, langueur indicible imprégnant peu à peu son esprit soucieux. Tel une boge infernale épargnée des glaces dévorantes du Cocyte des enfers de l’œuvre de Dante. Par caprice, il versa dans l'un des verres de cristal un peu de cette liqueur sanglante, qu'il porta à ses lèvres. L'alcool, absorbé en quantités suffisantes, avait le don de faciliter les effets de l'ivresse.
Se laissant aller au dossier du meuble, Hawthorn songeait au lieu où il se trouvait, admirant les lumières des chandelles se reflétant dans le philtre reposant dans son verre. Le quartier de St James changeait tout à fait de visage à la nuit tombée : il devenait alors un véritable bouquet de lys épouvantables, comme pouvait l’être ce salon. Cultivant un véritable engouement pour le mystère et l'occulte, le comte n'avait pu résister à venir à la réception de ce soir. Elle ne faisait que le distraire. Le distraire du maléfice qui étendait toujours davantage son emprise sur son corps, sur son âme pervertie. Le distraire de ce démon familier.  
Lui même, au fond, n'était qu'un émissaire de ces diables enluminés, exhibés dans la galerie qu'il venait de quitter.


Dernière édition par Hawthorn Feathersigh le Ven 12 Aoû - 0:03, édité 2 fois
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Jeffrey Landsong
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MessageSujet: Re: La complainte de Cyrène [Jeffrey Landsong, Hawthorn Feathersigh] [02/05/42] Mer 18 Mai - 1:41

[HRP/Suite d'un rp avec Swan, à venir./HRP]

[Du côté du Pall Mall]

Mains dans les poches, cigare entre les dents, cela faisait un moment qu'il l'observait. Ce pigeon. Ou du moins cette carcasse de pigeon...Ce morceau abandonné là près de lui et qui attirait son oeil sombre depuis quelques minutes déjà. A demi couvert d'ombres, sous son chapeau haut de forme, sa pupille le dévorait avec mépris et dégoût. Cet animal lui faisait presque pitié. Il avait mit du temps à comprendre qu'il lui manquait la tête et la moitié du corps. Sa charogne aux reliefs anarchiques semblaient jouer avec la lueur du lampadaire. Tantôt elle revêtait la forme d'un rat, tantôt ses plumes rappelaient sa nature passée, vestige de ce qui avait constitué son être autrefois. Si l'on s'attardait sur cet étrange tableau, on pouvait remarquer que son poitrail, ouvert sur une petite cage thoracique complètement défoncée, laissait entrevoir un reste de chair brune en décomposition. Le volatile était sec, affreusement sec et décharné. Il devait traîner sur le pavé depuis des jours, voire des semaines, s'humidifiant sous la lune, brûlant sous le soleil. Il ne sentait rien. Ce n'était qu'une coquille vide, sans odeur, sans goût, sans âme. Les chiens et les rats avaient lentement léché ses entrailles putrides, abandonnant os et fanes dans une position des plus grotesques.

Jeffrey sourit. Un pigeon en charpie...
Quoi de plus beau pour un carnassier de son genre?

C'était un sacrifice sur l'autel de la violence, un magnifique avertissement lancé au premier passant qui en frôlait la dépouille.
« Tu es mortel. Nous le sommes tous ! »
Voilà ce que la malheureuse bête tentait de crier dans son horrible gorge déchiquetée. Un râle d'agonie pour tous les prétentieux qui espéraient échapper au temps et à son appétit vorace.


- Tsss...

Le Cavalier serra les dents sur son cigare et jeta un coup d'oeil alentours.
Personne.
Son pied s'avança et le craquement sinistre qui résonna dans la ruelle le fit grogner de satisfaction. Ah ! Sentir sous la semelle de sa botte cette petite carcasse ridicule s'écraser comme fétus de paille lui procurait une sublime jouissance !
Domination.
Souillure et domination.
C'était là sa propre définition.

Dégageant son pied de ce qu'il restait du pauvre oiseau désormais parfaitement méconnaissable, le Cavalier éteignit son cigare sur une grille de fer forgé et le rangea précautionneusement dans un étui d'argent. Puis, il fit disparaître ce dernier dans une des poches de son pantalon noir comme la nuit avant de sortir sa montre à gousset. Ses iris dorés brillèrent devant les aiguilles aiguisées qui s'offraient aux reflets de la lune.
Il était en avance. Inutile de se presser.

La nuit lui ouvrait les bras.


************

[Dans une fumerie de Piccadilly]

Jeffrey s'éveilla dans un sursaut.
Où était-il ?
Qui était cet homme qui lui tendait la main?


- Eh ! Lève-toi ! Oh !

La bouche glacée de son pistolet s'appliqua sur le front de l'inopportun, marquant d'une auréole macabre sa peau grasse et moite de sueur. L'homme blêmit.

- Holà ! Déconne pas mon gars !

Les mains levées pour rassurer celui qui le menaçait maintenant de toute sa hauteur, le trafiquant recula son ventre pansu et tenta de trouver refuge dans l'ombre d'un rideau.

- S'agit juste de laisser la place aux autres M'sieur...

Le Cavalier grogna et s'agrippa à un fauteuil pourpre. Dans son esprit, mille fantômes heurtaient sa conscience. Il voyait des visages qui n'existaient pas, ses oreilles bourdonnaient et sa tête lui tournait. Son estomac criait famine. Difficile de rester debout...Il fallait bouger.
Oui, il avait assez traîné dans cette fumerie...

Une fois dehors, le haut bourgeois respira l'air glacé du soir. La fange de la ville remonta dans ses narines dilatées, douce odeur d'alcool mêlée à celle du stupre et des vapeurs empoisonnées dont les taciturnes désabusés s'abreuvaient à cette heure. Un mince filet de salive franchit ses lèvres à leur commissure droite. D'un mouvement de poignet, le Cavalier l'essuya.
Qu'est-ce qu'il avait fumé exactement ? Aucune idée. Un genre d'opium, sans doute. Une substance meilleure que d'habitude, c'était chose certaine. En tous cas, c'était efficace pour rêver de volutes et entendre le fracas de vagues imaginaires. Drôles d'impressions ! Et cette sensation qui lui tiraillait l'entre-jambe...Avait-il joui sans s'en rendre compte ? C'était bien possible. Pourtant, un désir inassouvi persistait au creux de ses reins...
Un peu fiévreux, le fils Landsong fourra son pistolet dans son pantalon et traîna la jambe jusqu'à son fiacre près duquel l'attendait le fidèle Tibère. Droit comme un "i", le cocher ne se permit pas de dévisager son maître et encore moins de lui faire une remarque concernant son état.


- A Saint James, fit ce dernier dans un balbutiement fort rauque.

- Yes sir.

Sur la banquette du véhicule, Jeffrey s'endormit un moment avant qu'un pavé un peu plus haut que les autres ne l'éveille. Après quelques minutes d'égarement, le Cavalier reprit ses esprits et recadra quelque peu ses idées. Il finit par plonger la main dans un sac de toile d'où il tira un morceau de cake à la pâte compacte criblée de raisins secs. Mordant à pleines dents au coeur de ce trésor de saveurs sans que son palet n'en apprécie réellement la qualité, il ferma les yeux, fatigué de leur sécheresse. Altérées par les drogues qu'il avait ingurgitées, ses papilles n'eurent cure de ce met de secours mais son estomac, lui, clama son mécontentement. Le bourgeois l'ignora, d'autant que son esprit errait désormais sur son nouvel objectif: une femme, de quoi satisfaire son sexe gorgé d'avidité.

Mâchonnant sa substance, Jeffrey avala sa salive avec difficultés. Sa gorge se serra, comme celle d'un crève la faim devant une miche de pain. C'est que cela faisait deux jours...Deux jours ! L'insatiable prédateur aux griffes couvertes de sang ne pourrait aspirer à la paix que s'il trempait son corps entier dans la douceur d'un nouveau carnage. De la chair ! Oui ! De la chair fraîche, palpitante, luisante de sueur et d'envie...Les souffles torrides expirés de lèvres peintes en diable de quelques bacchantes aux iris abyssaux...L'extase ! enfin, aux mains fermes et aux tétins fébriles, maîtresse de son âme, souveraine de ses nuits.
Ce qu'il désirait maintenant, c'était une sulfureuse débauche de sens ! Ses mains n'aspiraient plus qu'à tâter la mort de la civilisation aux confins de sa naissance. Sa langue voulait plonger au creux bouillonnant de l'origine du monde qui tentait de se cacher en vain derrière son rideau de dentelles nacrées !

Saint James était le lieu parfait pour satisfaire ses désirs ardents.
Invité la veille, il n'avait plus qu'à poser ses pieds nus sur les tapis gorgés de sel avant de se vautrer dans la luxure la plus complète, et ce en toute impunité. Tibère n'était ni complice, ni conciliant. Ce n'était qu'un exécutant, un muet qu'il payait de menaces. Aussi avait-il l'assurance que rien, ni personne, ne viendrait le déranger dans sa recherche des plaisirs où le commun des mortels se prélassait en attendant demain. Son père n'était pas assez stupide pour ignorer ses penchants, mais il n'était pas non plus assez vaillant pour poser le doigt dessus, surtout si aucune âme ne venait témoigner des débauches de son merveilleux fils.

Magnifique liberté !


************

[Dans la Galerie des Ombres]

Jeffrey avait soif, mais Jeffrey avait déjà bu plus que de raison. Sur le coin du nez, une poudre possédait son esprit tandis qu'au creux de sa gorge, l'alcool offrait à sa chair les relents brûlants d'une nouvelle folie.

- Où nous conduisez-vous Monseigneur ? Demanda la fille pendue à son bras droit. Ses pommettes bariolées de pigments rosés souriaient d'étrange façon. La belle avait encore une once de lucidité que le Cavalier ne possédait plus.

- Vous verrez mes mignonnes...répondit ce dernier en regardant tour à tour la brune et la blonde qui l'accompagnaient. Ou bien étaient-elles toutes les deux rousses ? Non, brunes...Bah ! Il s'en moquait bien ! D'ailleurs, elles n'étaient guère son genre, mais la poitrine provocante de la première avait eu raison de ses fantasmes et les bas de dentelles que la seconde exhibait depuis quelques minutes avaient attisé sa curiosité. J'ai réservé un petit bout de pièce là-bas...

La Galerie des Ombres était un de ses lieux favoris. Certes, le bourgeois n'avait que faire des tableaux décadents exposés sur les murs flamboyants de cet incroyable salon des refusés - il n'avait jamais apprécié l'art au grand damne de sa mère - mais il venait volontiers jouer au connaisseur pour plonger le nez dans quelques décolletés et s'adonner aux pratiques les plus taboues de toute l'histoire de la sexualité. Il venait se moquer des toiles, cracher des obscénités sans nom sur les formes voluptueuses qui s'y dévoilaient souvent et surtout boire plus que partout ailleurs. Il venait se jeter sur les coussins poisseux des alcôves qu'on lui réservait par habitude, embrasser les lèvres que ces damnées jambes de poupées offraient si facilement à sa vue et goûter aux nouvelles drogues ramenées d'Orient par quelques nantis de ces paradis brumeux.
Ce soir, joie intense, il avait été invité à découvrir la nouvelle exposition qui s'était installée là pour le plus grand plaisir des connaisseurs. Jeffrey avait souri en entrant: des corps décharnés, des seins nus, des visages torturés, des esprits aux regards maudits...Pour une fois, l'art avait attiré son oeil d'ignorant. Il fallait dire que ces formes arrondies lui parlaient et que les horreurs peintes en croûtes luisantes de crimes lui rappelaient quelques uns de ses propres meurtres...
Ainsi s'était-il quelque peu attardé sur les tableaux avant d'entrer en chasse. Les deux nymphes qui passaient déjà sur son corps leurs mains expertes l'avaient tiré de son observation amusée pour le conduire sur le chemin de la boisson.
Qu'espéraient-elles ? De l'argent ? Quelques orgasmes ?
Questions inutiles !
Qu'espérait-il, lui ?
Tout.
Il désirait tout ce qui était en ces lieux. Voler un tableau pour sa collection personnelle lui paraissait doux. Violenter l'une de ces putains pour sublimer l'assouvissement de ses vices lui trottait dans la tête. Boire jusqu'à oublier son propre nom était une option également envisageable...Mais, quitte à faire un choix, il préférait mordre dans la pomme qu'Adam s'était coincée dans la gorge avant de renoncer à toute sensation physique.


- Oh ! T'as un ami à nous présenter, chéri ?  

Jeffrey mit du temps à réaliser qu'un homme se trouvait déjà sur le divan qu'il avait envisagé de salir ce soir. A moitié installé sur ce dernier, non loin de l'indésirable dandy, le Cavalier lui jeta un regard en biais et le considéra un instant sans le voir avant de le prendre à partie.

- Dis donc, toi, c'est réservé ici.

Vouvoyer cet individu ? Jeffrey n'en avait ni l'envie, ni les manières, surtout dans ce genre de situation. Le cœur au bord de l'abysse, la raison au fond de sa vessie, seul son regard nuançait son expression stupide d'un semblant d'intelligence. Et encore...Ses yeux étaient rougis par l'alcool et la drogue, ce qui lui donnait une allure de cadavre.

- Laisse mon vin tranquille ,grogna-t-il en ramenant sur lui l'une des filles qui l'accompagnaient afin de glisser ses mains sous ses jupons dentelés de bordures crèmes. La belle se laissa faire et soupira bientôt sous les caresses un soupçon brutales de son ravisseur qui mélangeait pensées et gestes.

L'autre fille s'avança vers l'inconnu et lui jeta un regard complice. Bientôt, elle chuchota à son oreille:


- C'est le fils Landsong...Je crois qu'il ne sait plus ce qu'il fait. Hi hi ! Méfiez-vous, son père est très influent...

Son regard brilla de malice tandis qu'elle se permettait de se placer à califourchon sur lui. Mais si Jeffrey était effectivement dans un état passablement déplorable, il lui restait encore assez de lucidité pour comprendre qu'il perdait l'une de ses conquêtes du soir. Aussi cessa-t-il brusquement ses caresses pour se lever et venir s'asseoir sur la table. D'un geste sec, il attrapa par le bras la jeune femme qui lui faussait compagnie afin de la ramener vers lui avec force.

- Allons ! N'importune pas notre "invité", hein ! Monsieur allait s'en aller, n'est-ce pas ? ajouta-t-il en lançant un regard noir au dandy avant de poser ses pieds sur le divan près de lui.

La jeune femme tenta de se dégager mais le Cavalier avait encore la poigne ferme. Bien vite, elle comprit qu'il lui était inutile de lutter et elle commença à lui lécher le cou en exécutant une série de mouvements sensuels contre lui pour l'amadouer un peu. Jeffrey se laissa faire, sans pour autant laisser paraître qu'il prenait plaisir à ce quelle lui faisait. Son regard s'était perdu sur le visage du dandy.
Son esprit, complètement embrumé par les substances qu'il avait ingurgitées ou inhalées, avait un mal fou à déterminer ce qui, chez cet homme, l'attirait. Était-ce sa peau blanche ou ses cheveux d'un blond particulièrement terne qui lui donnait l'impression qu'il appartenait à un autre monde ? Non, c'étaient ses yeux aux éclats glauques...A moins que ce ne soient ses vêtements tirés à quatre épingles ?
Il fallait dire que lui, à côté de ce personnage inattendu, devait paraître bien négligé avec sa chemise blanche déboutonnée jusqu'au milieu du poitrail. Sa veste militaire, elle-même élimée aux bordures, lui paraissait soudainement bien large aux entournures. D'ailleurs, son pantalon était un peu trop ample lui aussi: il glissait de ses hanches...
C'était rare que le Cavalier se sente à ce point mis en défaut. D'habitude, il ne prenait pas garde à sa tenue et encore moins à celle d'autrui. Mais ce dandy l'interpellait pour une raison qui lui échappait et il ne pouvait s'empêcher de se comparer à lui.

Fallait-il sympathiser avec le bougre ?
Jeffrey resta muet un moment. Il tenta de réfléchir, en vain.

Alors une envie de souiller cet homme le prit soudainement. Sa main trouva la carafe de vin à laquelle l'inconnu s'était déjà servi. Doucement, avec un sourire en apparence amical, il se servit dans le verre encore disponible. Après avoir reposé la carafe, il but une bonne moitié de son verre avant d'embrasser la jeune femme qui rôdait encore près de son cou afin de lui glisser entre les lèvres un peu du liquide rougeoyant. La petite dinde se mit à rire, amusée par ce nouveau jeu. Mais, lorsque Jeffrey jeta soudainement le reste du vin au visage de l'inconnu, la jeune femme poussa un petit cri de souris et quitta rapidement le Cavalier qui l'avait enfin lâchée. Elle rejoignit sa compagne qui s'était assise à l'une des extrémités du divan et se mit à observer la scène qui se déroulait dans l'alcôve.

L'air fier de lui, Jeffrey dévisageait maintenant le dandy avec suffisance et hauteur. Perché sur le bord de la table, il lui sourit: clairement, il prenait possession des lieux.


Dernière édition par Jeffrey Landsong le Dim 28 Oct - 22:09, édité 2 fois
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Hawthorn Feathersigh
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MessageSujet: Re: La complainte de Cyrène [Jeffrey Landsong, Hawthorn Feathersigh] [02/05/42] Mer 27 Déc - 17:54

Tout semblait brûler. Les dorures se faisaient flammes léchant les voûtes, océan écarlate et mordoré engloutissant les rives de pierre, la conscience de l'homme ivre. Ces arcades lui semblaient tantôt des portes de grès promises à l’effondrement que le corps convulsé et cabré d'une femme nue, lentement consumée par ces flammes vermeilles. Et l'apôtre de Bacchus, tout à sa passion dont le brasier pouvait être la manifestation, se délectait tout à loisir de ses hurlements, un sourire lugubre déformant ses lèvres. Quel douceur de voir la peau de nacre noircir puis devenir cendres sous ses baisers ardents ! Quelle infernale volupté ! Était ce donc là l'exaltation de la Mort lorsque une  âme damnée rejoignait la froideur de sa couche ? Les fantasmes se précisaient toujours davantage. Les berges de granit et d'obsidienne, le lit à baldaquin disparaissant dans les flammes, les huis collégiaux versant des larmes de marbre en se désagrégeant … Enfin, ils ne faisaient qu'un, qu'un seul et même jouissif mirage. Sur une grève vitrifiée par l'obscurité elle même, vaste miroir noir surmonté d'une arche de pierre dantesque, les lèvres incandescentes de l'amant mortifère dévoraient le corps décomposé de la concubine, la couche devenant elle même une gigantesque mâchoire rougeoyante se refermant en un maelstrom d'incarnats rideaux en lambeaux. Le ciel, jusqu’à présent semblable au voile gris et neigeux du tourment, sembla s'embraser et s'ouvrir. Déchiré par la tempête, les éclairs illuminaient ce bûcher de dentelles d'une lumière irréelle et surnaturelle. Aucun œil rougeoyant, solaire ou divin, ne se manifesta. Seul régnait le Chaos, un clair obscur sanglant qui jamais ne prendrait fin, emplissant l'atmosphère des plaintes et gémissements retentissants du désespoir. Des cieux béants se déversèrent des nuées d'anges nocturnes, oiseaux noirs et chauve-souris joignant à la symphonie de la Discorde leurs propres chants stridents. Au tableau ne manquait plus qu'Eris descendant du firmament à bord de son char aux montures fulminantes, joignant son ire divine à la démence qui semblait se répandre tel un cancer dans les arcanes balbutiantes des pensées  du pourceau d'Epicure. Mais de l'Empyrée ne provînrent que deux ombres titanesques, une paire d'ailes noires scellant le sol gelé et verni par les ténèbres, comme si Erebos lui même s'était fait orfèvre. Voici que paraissait le Prince Infernal, réclamant ce joyau d'obscurité et de destruction afin d'en orner sa couronne !

Un gémissement rauque s'échappa de la gorge d’Hawthorn, glissant entre ses lèvres comme une voix d'outre tombe. Un appel de sa conscience s’échappant enfin de la sépulture que fut la bouche du dandy, déchirant son linceul d'opium et la bière spiritueuse où elle fut enfermée. Ses lèvres étaient exsangues, sa gorge desséchée. Derrière ses paupières encore fermées s'illuminaient mille fanaux d'un vert éclatant, dont la lueur aveuglante faisait souffrir chaque nerf optique de l'aristocrate. Sa nuque reposait sur les hauteurs du dossier du divan, à présent trempé de sueurs froides ; son corps était arqué, comme l'avait été celui de la femme entrevue lors de son hallucination. Le crâne du dandy reposait dans le vide, ses cheveux d'un blond diaphane semblables à une cascade fantomatique. Lentement, il roula sur le côté, son torse s'appuyant sur le dossier de velours du divan. Cette pression seule le fit suffoquer, provoquant sa chute, alors qu'il tentait vainement de retenir un pan de tissu afin de refréner l'élan de son propre corps. Peine perdue. Les tapis persans recouvrant le parquet n’atténuèrent en rien la violence de sa précipitation sur le sol imprégné de la chaleur des lieux. Le souffle lui manquait, hors d'haleine, sa poitrine se soulevant à un rythme effréné. L'espace de quelques instants, Hawthorn cru qu'il allait replonger dans l'inconscience, comme on replonge avec délice dans les souvenances de péchés et de travers passés.
S'adossant à la table basse sur laquelle reposait encore le pichet de cristal presque évidé, l'écrivain tenta de regagner contenance et cohérence, ses pensées ne lui obéissant plus. De longs frissons parcouraient chaque parcelle de son épiderme laiteuse, ses mains tremblaient ; ses appendices oculaires le faisait effroyablement souffrir. Mais par dessus tout, la chimère dont il fut victime le terrifiait. De douloureuses larmes roulèrent sur ses joues rougies par l'ébriété, naissant de ses yeux dont le vert absinthe s'était teinté des volutes grisâtres de l'opium. Bien qu'ouverts, ils ne distinguaient rien. Tout n'était que brume, flammes d’émeraude et de sang. La vue lui avait elle déjà été ôtée ? Le Démon lui faisait il dès lors don des ténèbres sur lesquelles il régnait ?


-Addimus his precibus lacrimas quoque ; verba precantis qui legis, et lacrimas finge videre meas !(*), murmura t'il la voix pleine de sanglots.

Ses prières aux Enfers ne pouvaient être exaucées. Pas maintenant. Il était trop tôt ! Il ne fallait pas que les ténèbres lui soient offertes avant qu'elles ne l'aient emporté. Pas avant qu'il ne parvienne à trouver le moyen de convoquer de nouveau l'entité qui avait damné sa lignée tant d'années auparavant !
Il avait depuis de longs mois réitéré d’infructueuses tentatives. Conviant des courtisanes que ses propos, ses caresses ou ses menaces séduisaient, Hawthorn se livrait aux rituels de magie noire consignés entre les pages des innombrables ouvrages dont la bibliothèque du manoir regorgeait. De tels manifestes occultes demeuraient éminemment rares ; les rayonnages de la demeure n'en comptaient qu'une paire. Voilà qui n'importunait guère le jeune dépravé. Bien que chaque nouvel échec le contraria, le juvénile décadent découvrit bientôt dans cette lugubre liturgie un plaisir romanesque  : entouré ainsi de douze jeunes femmes, il lui semblait être le Diable en personne invoqué lors d'un coven, comblé de sorcières toujours plus sulfureuses que les précédentes. Belles de nuit, fleur de pavés … Quel que soit le nom que leur donnait Hawthorn, celles ci succombaient toujours à l'attrait de l'interdit, au charme du prohibé. Et bien que la seule poésie d'une telle communion le transporta, le comte ne se gardait guère d'en demeurer aux seules incantations. Ces prêtresses de l'ombre délaissaient bien vite leurs robes de prière, faisant offrande de leur volupté enchanteresse à l'idole diaphane qu'était Hawthorn. Certaines sacrifiaient parfois même leur innocence et leur pureté sur l'autel de son plaisir ; l'artiste se délectait tout d'abord de la douceur qu'il leur inspirait, leur murmurant de tendres mots tandis que ses lèvres prenaient possession de leur chair. Et lorsque ces péronnelles parvenaient à l'orée de leur propre jouissance, l'écrivain les en privait. Il assouvissait ses propres passions, bien souvent dans la violence et la cruauté, les privant à jamais tant de leur vertu que du plaisir. Jamais plus elles n'éprouveraient un quelconque désir … Et la demeure de l'esthète, temple érigé à la gloire de l'indécence, résonnait toute la nuit durant de cantiques sanglants et extatiques.

Chaque battement de cil était une révérence que ses paupières adressaient à la Douleur. Celle ci se retira néanmoins bientôt, quittant le regard d'Hawthorn comme l'on quitte un trône, mettant ainsi prématurément fin à leur audience. Ses larmes se tarirent, ne laissant qu'un sillage humide sur ses joues enflammées par l'ivresse. Sans doute ces perles de détresse devaient elles contenir la brume opiacée ayant obscurci ses regards, car la vue lui revint lorsque elle quittèrent ses prunelles - avec une acuité et une soudaineté telle qu'il laissa échapper un dernier gémissement.
Passant une main tremblante sur ses paupières enflammées, Hawthorn chercha à tâtons de l’autre les reliquats de son ivresse, nul souvenir ne demeurant jamais. Enfin, ses doigts longilignes perçurent entre le cristal de la vaisselle et l’acajou du la table à laquelle il était adossé le doux contact du vélin. Saisissant avec une avidité incontrôlée le feuillet ainsi composé des vers écrits au cours de son délire, le froissant dans sa précipitation, il s’empressa d’en parcourir les lignes. Un sourire béat se dessina tout d’abord sur ses lèvres, précédant un rictus moqueur, auquel succéda une véritable grimace de dégoût. Les lèvres à présent plissées d'une moue vexée et furieuse, le jeune écrivain réduisit en lambeaux l’odieux recueil de ses odes avinées. Que fallait il donc qu’il ingère pour écrire un bon vers ! A croire que seuls les meilleurs spiritueux suscitent les pensées les plus spirituelles.
Rampant davantage qu’il ne marcha, Hawthorn regagna le divan dont il s’était plus tôt effondré. S’y laissant cette fois tout à fait choir, il repoussa du revers de la main l’écrin d’argent ciselé gravé de ses initiales renfermant l’exquis poison dont il s’était embrumé l’esprit. Tout cela n’était que vanité. Nulle artificialité, que cela soit celle de l’Art  ou des drogues, ne le distrayait pleinement ce soir. Nulle ne parvenait à le détourner de ce péché dans lequel il se complaisait, nulle ne lui offrait la rédemption de la création. Quel ennui. Alors qu’il s’apprêtait à se relever et à quitter les lieux en quête de jouissances moins élevées, des éclats de voix lui parvinrent, comme lointains, différents des cris et des gémissements s’échappant du  hall. Deux voix suaves, éminemment féminines, et une  autre, bourrue, avinée, masculine. Une telle cacophonie peinait autant qu’elle ravissait ses délicates oreilles de mélomane. Le tableau qui s’offrit cependant à lui n’avait rien à envier à ceux qu’il contemplait plus tôt dans la soirée, bien qu’il ne discerna à présent ses détails qu’avec faible acuité. Un homme, ou plutôt une épave en chemise blanche et à la veste éliminée, accompagné de deux jeunes femmes dont les vaporeux atours en disaient suffisamment long quant à leur profession, pénétrait sur l’heure son sanctuaire fantasmagorique. Alors que l’outre s’écroulait sur le divan non loin d’Hawthorn, le jeune esthète ne fit grand cas de son intrusion.  Les bacchantes escortant cet Agreus attiraient bien davantage ses regards, et attisaient son envie.  D’elles, il ne distinguait que de vagues silhouettes intangibles. Étaient elles blondes, brunes ? Il n’aurait su en jurer ; toutes deux lui paraissaient rousses - toutes deux avaient une chevelure de vin, une chevelure dont on voudrait s’abreuver, une chevelure dont on voudrait s’enivrer. De ces deux bouteilles, il ne discernait que les courbes voluptueuses et harmonieuses, leurs corps de verre miroitant sensuellement à la lumière des chandelles. L’envie lui prit de les effleurer du bout des lèvres, de perdre sa langue dans le goulot de ces luxurieuses fioles. Il n’avait cure de la qualité du cristal dans lequel elles furent fondues – qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ! Et ces deux dames-jeannes semblaient receler quelque liqueur qui, il n’en doutait guère, saurait apaiser momentanément sa soif.

L'écrivain percevait bien quelques borborygmes s’échappant des lèvres asséchées de son comparse d'infortune – l'épave avinée, ainsi qu'il le nommait en pensée. Il n'en avait néanmoins cure. Quand bien même se serait-il agi d'un haut bourgeois ou d'un dignitaire, Hawthorn n'eût daigné poser les yeux sur lui et encore moins lui dédier le moindre mot. Il n'était qu'un contretemps inopportun, qui ne serait en mesure d'entacher l'orgueil du dandy. Le haut de la poitrine de la jeune femme,  rehaussée et dévoilé plus que dissimulé par son corset, ayant déposé son séant sur ses genoux, l’intéressait bien davantage que cet insecte éméché. Alors qu'elle entreprenait de lui susurrer à l'oreille quelques mots empreints de malice, son bassin ondulant contre le sien semblait inoculer dans le corps du jeune dandy une vigueur nouvelle. Son esprit lui revenait, comme purifié sous cette sensuelle cascade pourpre, les souillures grisâtres de l'opium comme lavées par ce flot de lascivité fauve.


C'est le fils Landsong...Je crois qu'il ne sait plus ce qu'il fait. Hihi! Méfiez-vous, son père est très influent...

- Oh vraiment ? Laissa échapper dans un souffle le jeune homme.

L'odorante fleur de pavé laissa à son tour échapper un rire cristallin, lorsque l'haleine du dandy rencontra la peau exposée par son corset en partie déjà desserré par la main experte dansant dans son dos. Les doigts gantés de noir, longilignes d'Hawthorn avait entrepris de dénouer languidement les lacets emprisonnant le corps de cette bacchante de verre. Que découvrirait il une fois celui ci ayant chu comme un rideau au petit jour ? Le corps de la jeune femme serait il fait de verreries, mosaïques d'éclats colorés, camaïeu de lumière lui conférant l'aspect des vitraux qu’idolâtrait le juvénile écrivain ? Il n'avait dès lors plus qu'une hâte : retirer ces atours entravant sa vue et ses mains, proscrire les dentelles honnies empoisonnant son esprit d'un tel érotisme. Il désirait sentir la chair transparente de la belle sous ses doigts, y couper sa propre peau dans les aspérités les plus charnues. Penchant vaguement la tête de coté pour apercevoir son hôte, la perplexité le gagna quelques instants. Hawthorn ne connaissait l'homme que de nom, sa réputation le précédant. Ou plutôt celle de ses exploits hippiques – belle découverte que celle de son intérêt pour ce genre d'écurie. "Quel vil palefrenier que voilà." Songea Hawthorn avec une pointe dégoût. Encore un de ces bourgeois, roturier dont seuls le temps et le prosaïsme firent la fortune. Le galant aux attitudes cavalières présentait en effet une triste allure : son teint cadavéreux était souligné par la blancheur de sa chemise déboutonnée laissant apercevoir un torse d'une virilité marbrée, à peine couvert d'une veste éliminée. Comment aurait-il pu le reconnaître, et encore plus lui prêter un quelconque respect ? Landsong exhalait cependant un parfum de violence, de fureur qui ne laissait guère indifférent le sens artistique de l'esthète. Dévasté par l'alcool et sans doute sous l'emprise d'une pléthore de substances aussi prohibées les unes que les autres, un être aussi lamentable lui paraissait au travers du spectre de l'ivresse comme échappé d'une tragédie grecque jouée lors de dionysies trop arrosées.
Quelques caresses prodiguées au bras de la jeune fille par le lacet nouvellement dénoué accompagnaient ce soliloque intérieur. Landsong se leva alors pour s'emparer brutalement de la muse de verre, s'installant présomptueusement sur la table. Hawthorn n'esquissa le moindre geste pour la retenir ; il saurait jouir en temps et en heure, en horreur, de l'envie ourdie au cours de ces brèves jeux de chair. Autre chose le captivait alors : tandis que cette lamia de velours laissait libre cours au déhanchement de sa langue dans le creux de sa gorge, Landsong le dévisageait et ne le quittait guère des yeux. Là encore, Hawthorn soutint silencieusement son regard. Comme à l'accoutumé, nulle émotion ne transparaissait dans ses yeux aux lumières verdâtres et sinistres, feux follet d'émeraude figés dans une ambre végétale. Ses lèvres en revanche, ses lèvres d'un rouge fané s'étiraient en un rictus amusé et condescendant. La fascination qu'il semblait exercer sur l’inopportun et grossier visiteur le divertissait comme jamais il n'eût pu l'espérer ; si bien qu'il ne songeait déjà plus à repartir, ayant trouvé là le jeu auquel livrer sa soirée. Qu'avait donc cet homme à le regarder ainsi ? Aurait-il préféré à la langue de cette Sybaris la sienne ? Femme vipérine dont le venin, quelque soit le nom que l'on prêtait alors aux maladies vénériennes, était certainement moins mortel que le sien. Hawthorn resserra imperceptiblement son point ganté à cette pensée : la malédiction qui lui pesait tant l'avait déjà conduit au meurtre d'un homme il n'y avait de cela que quelques jours. Un second incident de cette nature serait dangereux – surtout en raison de l'influence de l'homme lui faisant face.

Ce qu'il advint par la suite fut si soudain que l'ordinaire flegme de l'écrivain en fut lui-même altéré. Hawthorn tressaillit vaguement lorsque Landsong porta son assaut œnologique, la liqueur se rependant tant sur le divan que sur sa personne en de larges gerbes écarlates. On eût dit une scène de crime, scène que l'offenseur dominait depuis le bord de la table, le regard empli d'un hautaine satisfaction. Hawthorn leva alors lentement les yeux, aux iris toujours aussi placides, tandis que ses lèvres se fendaient en un sourire aussi amical que celui étant apparu sur la bouche de Landsong en guise d'augure à son affront. Les cheveux du dandy étaient à présent poisseux de vin, aussi rouges que la chevelure fantasmée des deux jeunes femmes s'étant réfugiées l'une contre l'autre, au bord du divan. De longues traînées incarnats s'écoulaient sur son visage, qu'il n'esquissa d'essuyer. Il se satisfit au contraire de sensuellement passer sa langue sur ses lèvres, afin de percevoir une fois encore les saveurs du spiritueux. Tirant en arrière ses cheveux qu'il noua d'un ruban noir ornant jusqu’alors sa chemise souillée, provoquant ainsi l'écoulement dans le creux de sa nuque de la liqueur retenue par sa crinière, il considérait avec amusement le provocateur. Il n'était nul besoin d'être un fin connaisseur de la psychée humaine pour se figurer que cet homme ne pouvait tolérer de se voir soustraire ses possessions, aussi illusoires soient-elles. Voilà qui n'étonnait guère l'aristocrate : les classes inférieures de cette société le répugnaient pour cette raison même. Qui est plus soucieux de son pécule qu'un homme ne possédant rien ? Ce fut d'une voix calme et assurée que le noble déchu prit la parole.

- Est ce la l'unique façon dont tu puisses défendre tes biens ? En inondant de vin celui qui t’ôte tout privilège de jouir de tes richesses, comme urinerait sur le fief qu'il veut sien le plus vulgaire des chiens ? Tu es pitoyable  ! Hawthorn tendit alors son propre verre encore empli de ce philtre grisant qu'était leur casus belli, et le brisa aux pieds de l'importun. Un vin médiocre qui plus est !  Et sans doute est ce là le plus offensant des affronts que tu me puisses faire.

Le dandy se détourna ostensiblement de son comparse pour faire face aux délicieuses et craintives créatures s'étant retirées à l'ombre du divan. S'il devait s'emparer de l'une d'elle, cela ne serait en rien pour répondre à un vœu revanchard ; non, il était au-dessus de cela, de ce qui ne serait à ses yeux qu'un piètre argument entre deux ivrognes, dépourvu de majesté. Non, rivaliser afin de s'emparer de telles spécimens charnels était bien plus seyant. Si toutefois rivalité devait naître : Hawthorn savait bien que le vice, plus que tout autre Idéal, était fédérateur – bien qu'il hésita encore à manifester à l'égard de l'indélicat bourgeois la moindre connivence.

- De plus tu effraies nos convives … Sache qu'il ne faut leur inspirer la terreur que lorsque nous les possédons tout à fait. Quand toute possibilité de nous échapper leur est ôtée. Et que sciemment, elle s'abandonne à notre emprise et à notre cruauté.

L'esthète avait emprunté à dessein un ton professoral, voire dogmatique, à deux fins : provoquer une énième fois Landsong, mais également distiller dans le cœur des deux courtisanes une terreur plus grande encore. Hawthorn avait de longue date appris que la frayeur opérait davantage encore qu'un quelconque numéro de charme. Les mots langoureux qu'il glissait par la suite à l'oreille de ses victimes achevait de susciter leur engouement et leur abandon. D'un démon en costume, il avait sans conteste les manières.
Aussi se saisit il délicatement du poignet de celle qui, quelques instants plus tôt, avait suscité en lui des fantasmagories dignes de figurer sur les vitraux d'un baptistère érigé à la gloire du péché, et qui frémissait à présent. Tandis que son autre main s'emparait avec douceur de sa taille, le dandy plongea dans son regard apeuré ses yeux glauques et indifférents. Les doigts ayant saisi le fin poignet y exécutaient d'ores et déjà un languide et apaisant ballet, guidant peu à peu l'infortunée jeune femme vers le divan, qui paraissait déjà le cœur névralgique de cette comédie. Hawthorn glissa une œillade complice à Landsong, sa curiosité plus que jamais attisée par ce curieux personnage, tandis qu'il allongeait avec une infinie prévenance la demoiselle dans le divan.


- Détendez vous ma chère … Je puis vous assurez que nous vous prodiguerons tout les soins que vous escomptiez recevoir à votre entrée dans cette délicieuse abside. Et d'autres grâces encore … Abreuvons ces lèvres. Un si beau cristal ne saurait rester vide …

Avec une infinie délectation, Hawthorn puisa dans le vin restant quelques gorgées. Puis il explora de ses lèvres ainsi humides et empourprées la bouche de la jeune femme, sa joue et son menton, sa gorge puis enfin ses profondeurs, accompagné des soupirs de la malheureuse tout d'abord retenus par la crainte, puis alanguis à mesure que les douceâtres caresses du jeune homme perduraient dans l'affabilité. Ainsi penché au dessus d'elle, de son corps reposant parmi le velours, Hawthorn ignorait qu'il mimait avec exactitude une gravure entraperçue tantôt, ouvrage de Thomas Burke reprenant Le Cauchemar de Füssli, exposé à la Royal Academy en 1782. Un somptueux quatrain accompagnait l’œuvre … (*) Oui, on eût dit un incube penché amoureusement sur le sein d'une défunte.

Nota (*):
 
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Jeffrey Landsong
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MessageSujet: Re: La complainte de Cyrène [Jeffrey Landsong, Hawthorn Feathersigh] [02/05/42] Dim 28 Oct - 23:58

L'impudent petit parasite sourit avec ce soupçon de dédain qu'un abominable orgueilleux tel que Jeffrey ne pouvait éviter de percevoir et de haïr. Comment osait-il encore croire qu'il avait sa place dans cette alcôve sans y risquer sa misérable peau de lait ? Ce verre de vin, qui souillait ses cheveux et sa chemise, n'était pas un simple avertissement : c'était le glas qui sonnait son départ prématuré de cet écrin de tentures et de coussins s'il ne voulait pas y perdre son honneur, ou pire. Ne l'avait-il donc pas compris ? Le Cavalier serra les dents. Pourquoi ne s'enfuyait-il pas en courant ?

Convaincu que cet imbécile allait bientôt se lever pour en venir aux mains avec lui, Jeffrey se crispa un peu. Il était prêt. Prêt à le mettre en charpie s'il le fallait. Prêt à le réduire à l'état de cadavre, à coup de poing, à coup de bouteille si besoin. Sa pitoyable face d'aristo irait rejoindre celui du pauvre pigeon desséché qu'il avait écrasé sous sa botte quelques heures plus tôt ! Et pourquoi pas !? Après tout, n'était-il pas le fils du plus influent des éleveurs équins de la capitale ?! Que craignait-il ? Rien ! Qu'il vienne donc ce crétin !

Mais le dandy ne se leva pas. Avec un calme extraordinaire, il se contenta d'essorer un peu ses cheveux et de le prendre de haut. Il l'insulta de chien qui pissait sur lui pour marquer son territoire et laissa son propre verre de vin mourir aux pieds de son agresseur en soupirant qu'il ne valait rien.

Jeffrey fut si étonné par sa réaction, (et sans doute son esprit était-il bien trop embrumé par l'alcool et les multiples poudres qu'il avait ingérées), qu'il ne réagit pas dans l'immédiat. Chose peu habituelle, ses "amis" vous le diraient. Le drogué se contenta de le regarder attraper une des filles qu'il avait ramenées avec lui pour se mettre à la caresser sur le divan. Le fils Landsong ne s'était pas attendu à une telle attitude. Il était si calme ! Si nonchalant !


- Tu t'installes à la table qui...qui m'est réservée et tu crois encore pouvoir m'ôter le plaisir de jouir de ces femmes ? bouillonna tout haut le jeune homme dont les yeux, rouges et vitreux, ne prouvaient que trop l'état déplorable de ses sens. C'est ce qu'on va voir !

Hors de lui, complètement fou de honte de s'être ainsi fait mépriser par un improbable inconnu sorti de nulle part, Jeffrey l'attrapa par les cheveux et le tira à lui avec une force décuplée par son envie d'en découdre et de lui prouver qu'il n'était pas du genre à menacer dans le vide.

- Le "chien" que je suis est un des pires que tu aurais pu provoquer !! beugla-t-il comme un dément.

Sa mâchoire se referma sur la nuque de l'inconnu comme un molosse qui aurait eu envie de lui arracher la carotide. Sa main se crispa si fort sur ses cheveux blonds qu'il décolla la racine d'une partie d'entre-eux.
La fille s'enfuit en poussant un grand cri et quitta l'alcôve avec sa compagne. Le personnel de l'établissement comprit qu'il se passait quelque chose de plus "anormal" que d'habitude et deux hommes vinrent jeter un coup d'oeil à la table des belligérants.

Le Cavalier avait bien vite desserré ses dents sur la nuque du jeune homme et lorsque les deux gardiens pointèrent le bout de leur nez, c'était sa langue qui avait pris le relais pour venir pourlécher le contour de la plaie qu'il venait de faire. Son souffle s'accéléra alors encore et sa seconde main trouva la hanche de son adversaire.


- Tu veux jouir...hein ? Hé ben...Allons-y...

Jeffrey entreprit de baisser complètement le pantalon du dandy. Le prendre comme une femme semblait lui avoir fait soudainement particulièrement envie. Une façon de le punir et de se faire plaisir. Un acte de domination pure, pour marquer son territoire avec violence et douleur. Il le cherchait ? Il le trouvait. C'était tout. Il fallait bien une première ! Le pratiquer avec un homme n'était-ce pas finalement la même chose qu'avec une femme ? A vérifier ! Sur le champ !

- Je vais te...la caler...bien comme il faut ! Tu vas voir...

Les deux gardiens intervinrent. Il était évident que ces "clients" n'étaient plus du tout en état de se souvenir de ce qu'ils faisaient maintenant et que le sang qui coulait désormais dans la bouche du plus agité des deux risquait de n'être que le prélude à un véritable carnage. Ici, on buvait comme des diables, on se droguait comme des sauvages et on baisait volontiers comme des porcs, mais on ne tuait pas. Cette bagarre allait dégénérer bien au-delà de ce que les rites les plus violents rattachés aux pratiques déviantes ne "préconisaient". Enfin, façon de parler. L'établissement craignait surtout les plaintes que les deux imbéciles risquaient de déposer et la ruine de leur petit commerce...

- Messieurs ! Il est temps de sortir ! fit le plus costaud des deux hommes avant d'empoigner Jefferson par l'épaule.

Ce dernier, sexe à l'air, lui jeta son poing dans la figure, un peu mollement, et brailla un "Me touche pas toi !!" comme l'aurait fait un enfant gâté qui refuserait de se rendre à une autorité adulte.
Il ne fallut pas longtemps pour que les deux gardiens ne soient rejoints par quelques uns de leurs camarades musclés (d'autant que les deux filles de joie s'étaient précipitées pour aller se plaindre au gérant des lieux). En quelques minutes, et malgré leurs gestes désordonnés ou leurs cris de protestation (surtout venant de Jeffrey qui avait même tenté de sortir son pistolet), le duo d'amateurs de "plaisirs" un peu trop virils au goût des lieux fut jeté dehors, directement sur les pavés, dans une ruelle adjacente, un peu trop sombre même pour les chats errants, puis allègrement battus à coups de pieds dans l'estomac pour qu'ils n'aient plus envie de revenir passer le reste de la nuit dans la Galerie des Ombres.

Ivre mort, incapable de réellement comprendre ce qu'il venait de se passer, Jeffrey sentit son corps endolori hurler sa peine. Il avait même prit un coup dans les parties...Son esprit s'éteignit quelques instants et erra sur les sentiers des rêves délétères qui peuvent rendre fous.

Lorsqu'une main saisit le Cavalier, ce dernier se laissa faire, trop fatigué pour se défendre. Peut-être était-ce le dandy de malheur qui venait l'égorger pour se venger du verre de vin et de la morsure ? Peut-être était-ce l'une des filles qui venait les faire les poches ? Qu'importe ? Il n'avait plus le courage de réagir. S'il devait crever ici comme un chien, c'est que c'était son destin, rien de plus.


- Monsieur ?! Monsieur ?! Il faut vous lever...

Jeffrey grogna mais ne bougea pas. Le cocher, (car c'était bien Tibère), lui referma son pantalon et lui tapota les joues. Il avait presque réussi à l'asseoir contre un mur lorsque le jeune homme s'agrippa à son manteau.

- T...Tue-le...fit-il faiblement dans une espèce de plainte aiguë. Un gargouillis infâme de salive et de sang glissa entre ses lèvres fendues. Il...va..m..l..payer...

Tibère jeta un regard au dandy étalé non loin avant de faire comme s'il ne l'avait pas vu. Il souleva son maître en plaçant une épaule sous son aisselle et le ramena jusqu'à leur fiacre en tâchant de faire au plus vite. Il ne fallait pas attirer les regards outre mesure et encore moins laisser aux deux hommes une occasion de plus de s'entre-tuer.

Une fois qu'il eut hissé le Cavalier sur la banquette du véhicule, l'homme de main se dépêcha de rejoindre sa place de cocher et fit claquer les rênes pour lancer les chevaux à vive allure. Jeffrey s'effondra, bercé par l'affreux vacarme des roues sur les pavés crasseux de la capitale. Il marmonna des jurons terribles et des menaces de mort avant de sombrer dans un sommeil qui aurait pu être sans fin si son père n'avait pas prit le relais une fois arrivé au ranch familial...


[HRP/ Fin du RP avec Jeffrey. Cela annonce une certaine chasse à l'homme...Wink /HRP]
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La complainte de Cyrène [Jeffrey Landsong, Hawthorn Feathersigh] [02/05/42]

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