L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


Forum RPG - Londres au XIXème siècle. Incarnez Vampires, Loups-Garous, Lycanthropes, Homonculus, Chimères, Alchimistes, Hunter...et choisissez votre camp dans une ville où les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses....
 
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Une tête qui inspire la confiance ... [Krieg / Red'maw] [25/10/1841]

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Red'maw
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MessageSujet: Une tête qui inspire la confiance ... [Krieg / Red'maw] [25/10/1841] Jeu 28 Avr - 1:07

La soirée avait commencé de manière relativement paisible … Extrêmement paisible, en fait. C’était le jour de fermeture du Broken Jaw, comme toutes les semaines. Je l’avais tranquillement passé dans le coin de Emminent's park, à me reposer ou lire sur un banc … Le coin, plus tranquille et mieux fréquenté que Whitechapel, me permet en général de bien mieux me relaxer et profiter du temps qui passe. En début d’après-midi, un client (qui vient de moins en moins souvent d’ailleurs) m’a reconnue, et m’a demandé si par hasard je pourrais lui rendre un petit service. Rien de bien terrible : juste livrer, pour lui, un ouvrage qu’il venait de terminer de relier pour un de ses clients. J’aurais probablement refusé s’il n’avait pas laissé entendre après coup qu’il me paierait cette petite commission … après tout. Le raccompagnant chez lui, j’ai patienté quelques minutes sur le pas de sa porte, avant qu’il ne ressorte en me confiant le paquet et l’adresse d’un certain monsieur Butlock. Environ une bonne demi-heure de marche plus tard, j’étais à cette dernière, et toquais à la porte principale en espérant que la personne serait là … gagné. Lui expliquant – non sans quelques difficultés – qui j’étais et pourquoi je lui remettais ceci, il insista pour me faire entrer prendre une tasse de thé, « à titre de dédommagement » … Là aussi, j’aurais pu refuser, mais étant donné que je ne retournerais probablement pas à mon parc par la suite et que je n’avais rien de prévu … Et puis, ce n’était pas comme si je me sentais vraiment menacée par un petit vieux auquel manquait une jambe, et dont la maison était un capharnaüm de bouquins voir de parchemins plus ou moins rangés … Me dégageant une place dans un fauteuil, j’eu à peine le temps de prendre la tasse de thé qu’il me tendait (il venait de s’en préparer une théière) que j’étais plus ou moins forcée d’assister à un petit exposé sur les livres … Dans les 10 premières minutes, je tentais de partir : plus ou moins sans succès … au final, je finissais par me résigner à rester bien callée dans le vieux fauteuil de cuir, à boire dans ma tasse et à manger des petits gâteaux secs. Le tout, bien entendu, en calant un mot ou deux de temps en temps pour faire signe de vie …

Je ne savais même pas que de vieux bourgeois comme celui-ci existaient : assez riche pour ne pas avoir à travailler, mais trop intelligents pour simplement se prélasser dans l’oisiveté. On aurait dit un tuteur en manque d’élèves … Ou de conversation en général. Cependant, et même si son exposé plus ou moins détaillé sur l’évolution du taux d’analphabète en Angleterre était assez intéressant, je ne pus au bout d’un moment m’empêcher de l’interrompre franchement, avant de lui pointer la fenêtre du doigt … Il était déjà plutôt tard. Ce n’était pas comme si David s’inquiéterait vraiment de ne pas me voir revenir avant le coucher du soleil, mais j’aurais aimé dîner … Et si possible, ne pas me balader en tenue féminine à la nuit tombée dans les ruelles de Londres. Malheureusement, ce second projet semblait compromis : la nuit était déjà bel et bien tombée … les horaires hivernaux. Prenant donc congé de cet hôte sympathique, mais probablement un peu étourdi, je parcouru de nouveau les rues de Londres, revenant vers le quartier Irlandais … et je compris assez rapidement que ce cher Butlock, malgré sa bonhommie tout innocente, m’avait collé dans de beaux draps. Bien entendu, en plein cœur de l’hiver j’aurais été sotte de simplement me vêtir de vêtements légers : la robe en feutre que je portais était surmontée d’un petit gilet, qu’accompagnait mon écharpe blanche. De jour, cette tenue avait été parfaitement suffisante, de nuit, elle était … légèrement en dessous de ce dont j’aurai eu besoin. Mais la température, si fraiche soit-elle, n’était pas ce qui me dérangeait le plus. Si j’ai pour habitude de ne pas systématiquement aborder une allure très féminine, c’est tout simplement parce que les rues de la ville où je me trouve ne sont pas extrêmement bien fréquentées : les ruelles des bas quartiers dans lesquelles je m’engageais pour rentrer ne firent pas exception. Je pense que c’est du côté de Suzanne’s park que je repère les 3 ou 4 crétins qui se sont visiblement mis en tête de me suivre : si je n’étais pas observée, je me frapperais presque … Bien entendu, une règle d’or lorsqu’on ressemble à une proie sans défense est d’aller traîner dans un coin rempli de prédateurs plus ou moins opportunistes.  

J’entends quelqu’un me siffler, mais je fais la sourde oreille alors que je sors du parc, passant de nouveau sur le pavé. Derrière moi, le bruit de paires de souliers qui claquent sur le pavé est aussi prévisible qu’agaçant lorsqu’il parvient, également, à mes oreilles. Je tourne à l’angle d’une rue, et presse légèrement le pas … mais lorsque, au coin de la rue suivante, je laisse un de mes yeux regarder là d’où je viens, ils sont toujours en train de me suivre, et pressent même légèrement le pas. Or, dans la tenue que je porte, je sais parfaitement que si je tente de me mettre à courir, j’ai toutes les chances du monde de m’emmêler les pieds dans ma robe ou quelque chose du genre … Je regrette mon pantalon. Je peste mentalement à plusieurs reprises, tentant de les perdre entre les taudis et les masures délabrées : on sent clairement que je m’enfonce dans un quartier pauvre … Mais pas assez vite, et je le sais. C’est finalement à l’angle d’une tannerie – je reconnais l’odeur – et d’une maison en particulièrement mauvais état qu’une main accroche mon bras, et me force à m’arrêter. Je pivote, et tente de récupérer mon bras … sans succès, l’autre a de la poigne. Très irritant.

- Dis-donc, ma grande, t’as les oreilles bouchées ? ça fait quelques temps qu’on t’appelle, tous les trois …
- Ooooh, elle est encore plus mignonne de près !
-’Rien entendu.
- C’est pas faute d’avoir sifflé bien fort … Pas vrai Boris ?
- Ah, ça …
- Lâches-moi.
- Tiens … Pas commode, la donzelle. Tu es pressée, tu as un ménage à finir chez la personne à qui tu sers de bonne ?
Je remue le bras pour le récupérer : encore une fois sans succès. Je ne crois pas qu’il saisisse la nuance entre « peur » et « colère » dans la voix des gens, ou en tous cas, il ne la détecte pas dans la mienne.
- Lâches. Moi.
- Sinon quoi ?
- Aller, fais pas ta timide … Tu vas voir, on va t’apprendre des trucs rigolos.

Celui qui dit cette phrase a la – fort – mauvaise initiative de faire un pas en avant, et de poser une main sur un de mes seins, qu’il presse à travers 3 couches d’étoffe. Le problème, c’est que j’ai toujours une main de libre. Et très rapidement, cette dernière forme un poing, qui s’écrase sur le nez crochu du type. Ce dernier, surpris, s’écroule en arrière : avant même que le copain qui me tient le bras ne réalise réellement, mon genou lui a percuté les côtes pour que la douleur le fasse me lâcher. Le stratagème réussit : d’un geste brusque, je me dégage, avant de … trébucher. Le troisième vaurien, peut-être plus vif d’esprit que les deux autres, a eu la présence d’esprit de mettre son pied en travers des miens. Je m’écroule dans la boue en réussissant à amortir le choc avec mes bras … mais ça ne me permet pas d’éviter le coup de pied qui vient juste après. Le tissu m’empêche de répondre de la même manière, ou même de me relever rapidement : je fais à peine un pas avant de retourner contre le sol. Les deux autres se reprennent, malheureusement, et ensuite … je remercie mes penchants pour le combat. Par pour les réflexes, la musculature, ou la résistance qu’ils ont développé chez moi … Mais tout simplement parce que du coup, j’ai l’impression de « moins » souffrir lorsqu’ils se mettent à me bourrer de coups de pieds en jurant comme des charretiers.

Ca ne dure pas très longtemps, mais c’est assez intense : l’un d’entre eux me met 3 ou 4 coups en pleine bouche. Je sens dès le premier qu’il me fait légèrement éclater la lèvre inférieure … elle était gercée de toute manière. La faute au froid. En revanche, les suivants déchaussent la majorité de mes dents de lait de devant … ils ne se rendent même pas compte que je les crache. Celles que les coups n’ont pas délogé viennent, de toute manière, tomber toutes seules … Je connais parfaitement le phénomène, à vrai dire. En attendant, je me roule en boule, et attend que les coups ne cessent. Ils mettent plus de temps à le faire que je n’aurais cru, et beaucoup plus que désiré, bien entendu. Lorsque les pieds cessent de s’abattre sur moi, une main vigoureuse me saisit au niveau du col, me soulève, et le plaque contre un mur … celui qui m’a saisi tout à l’heure, qui est accessoirement le plus grand et large du groupe, me regarde avec de petits yeux mauvais. J’ai fait saigner du nez l’autre que j’ai frappé tout à l’heure … L’expression qu’il a tire un coin de mes lèvres sur le côté, dans un rictus amusé et légèrement douloureux : je dois avoir un bleu sur la joue. Lentement, je sens quelque chose de pointu percer mes gencives en plusieurs endroits, là où les dents sont tombées : d’autres naissent … mais elles n’ont clairement pas la même forme. Je garde les lèvres closes pour les cacher … pour l’instant. Je crois, pendant une seconde, saisir du coin de l’œil une silhouette, à l’entrée de la ruelle … mais je n’ai pas le temps de gérer d’éventuels témoins. L’un des types siffle en observant ma tête, ne s’attendant visiblement pas à ce que des coups de pieds à répétition ne l’abîment à ce point. Imbécile.

- C’est qui qui l’a frappé comme ça ? C’est quand même mieux quand elles sont plus agréable à regarder, bordel …
- Ta gueule Erik. T’es calmée, toi ? Parce que sinon, on peut recommencer autant de fois que tu veux …
- Vous avez vu son sourire ? Elle est flippante …
- Je serais d’avis de lui en coller une ou deux de plus, juste par sécurité … Normalement, elle aurait dû être dans les vapes, là.

J’ai envie de balancer quelque chose, mais aucune répartie ne me vient. En revanche, celui qui me porte tente de me balancer son poing dans la figure. Il ne me tient pas assez fermement : je parviens à bouger la tête sur le côté. Pas assez pour empêcher sa main de me racler la joue, mais assez quand-même pour qu’il frappe dans le mur de briques qui se trouve dans mon dos. Le hurlement de douleur qu’il pousse provoque en moi une vague de satisfaction, et ce n’est pas la parodie de claque qu’il m’envoie en me voyant sourire qui saurait la réprimer … au contraire. Il m’a lâché pour la donner. Le con.

La seconde qui suit, je lui ai administré la droite de sa vie. Normalement – et j’insiste sur ce terme – une fille de mon âge et de ma taille devrait être incapable de frapper aussi fort. Normalement. Je sais très bien que je ne suis pas normale … et si j’avais besoin de confirmation, la manière qu’il a de rejoindre le sol comme une poupée désarticulée en serait une de qualité. Les deux autres reculent. L’un d’eux sort un couteau. Il est petit, rouillé, et pas en très bon état. J’expire deux fois par le nez pour marquer mon amusement, et fait un pas dans sa direction. Il me tend le bras pour tenter de me poignarder. Je le saisit d’une main contre le coude, et de l’autre contre son poignet, et le bloque. Un instant, il a l’air de ne pas comprendre. Puis, subitement, je force assez pour plier son coude … dans le mauvais sens. Il hurle et lâche son arme : le dos de mon poing droit lui heurte la tempe et l’envoie bouler contre un mur de brique. Le premier type, visiblement moins sonné que je ne l’aurais cru, tente de se relever. Je lui place un coup de pied en plein dans la mâchoire inférieure : j’ai la satisfaction de la sentir craquer, et de la voir se déformer anormalement. Il retombe aussitôt à terre, alors que je pivote vers le 3ème larron. Lui n’a pas bougé d’un pouce … Il est maigre, pas beaucoup plus grand que moi, et n’a même pas dégainé la serpe passée dans la corde qui lui sert de ceinture. Il ne recule même pas rapidement lorsque je m’approche de lui, et pose mes mains sur ses joues … Je crois qu’il essaie de balbutier quelque chose. Il n’en a pas le temps : je tire son visage vers le mien, et pose mes lèvres contre les siennes. De toute évidence, il ne s’attendait clairement pas à ça : je le sens se tétaniser encore plus. Puis, lentement, il se détend … je pense que le goût de mon sang qui glisse dans sa bouche l’anesthésie, ou quelque chose du genre … Avec curiosité, je tente de voir s’il ouvrirait les lèvres, si je tentais de glisser ma langue entre … Mon geste semble le réveiller : j’ai le plaisir – ou le déplaisir, je réalise seulement à quel point sa bouche doit être sale – de le sentir coopérer. Voir même, de s’emballer : il ne lui faut que quelques secondes pour faire la même chose dans l’autre sens …

C’était précisément ce que j’attendais : refermant les dents d’un coup sec, je lui sectionne une bonne partie de la langue. Il tente de hurler, mais mes mains sont toujours sur ses joues : je colle ma bouche à la sienne, et bois de force le flot de sang qu’il répandrait dans le cas contraire partout sur le sol ou autres … Sentir le liquide carmin me couler aussi bien dans la gorge que sur le menton apaise tout le ressenti que j’avais en moi, et au bout d’un moment je finis même par libérer son visage et le laisser tomber sur le cul, gesticulant comme un enfant un peu attardé et me fixant avec des yeux terrifiés. Reculant un peu à l’aide d’un de ses bras, il finit par avoir la présence d’esprit de tirer son arme blanche. En glissant une main sous ma chevelure, je sors également la mienne … Et lui envoie d’un geste dans le ventre. Mon coup de pied le coupe en plein milieux de son cri. Je ne sais pas s’il perd connaissance ou pas, mais il ne résiste pas et ne remue que faiblement lorsque je me penche pour récupérer mon arme, dont je lèche la lame avec application … je ne pense avoir rien percé de vital, mais je ne suis pas médecin, après tout.

C’est seulement après avoir rengainé que je me souviens de la silhouette, et pivote le crâne … était-elle réellement là tout ce temps ? Bah … que ce soit un simple passant à effrayer, un nouvel adversaire, ou juste quelqu’un qui va s’en aller comme il est venu, ça ne change pas grand-chose pour moi. J’aimerais juste qu’il évite de fuir : je risque d’avoir du mal à le poursuivre, en robe …
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Krieg
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MessageSujet: Re: Une tête qui inspire la confiance ... [Krieg / Red'maw] [25/10/1841] Mar 17 Mai - 12:39

"Ne fais jamais confiance aux bas-du-front de ce genre." C'était ce qu'avait dit le boss, ce matin, après avoir briefé, une énième fois, les gros bras du quartier. Slick n'avait pas vraiment écouté. C'était comme ça que ça marchait, la plupart du temps. Le boss se perdait au moins dix minutes par jour dans un monologue aussi long que chaotique, Slick et les autres hochaient la tête sans vraiment écouter, puis partaient "bosser". Mais, parfois, quelques-unes des paroles de Krieg prédisaient un évènement à venir. Comme ici.
"Ne fais jamais confiance aux bas-du-front de ce genre." Slick comprenait bien maintenant. Il leur avait pourtant donné un job facile : "Intimidation et vol à la tire sur tout ceux qui passent votre zone". Bon sang, même à quatorze ans il aurait été capable de suivre ce genre d'instructions !
Et non, au lieu de se tenir au coin qui leur était dédié, ils avaient suivi une donzelle en laissant, au passage, librement passer un couple de faux-bourgeois souhaitant visiblement s'acoquiner dans ce genre d'endroits. Comble du bonheur, ils venaient de se faire massacrer de la manière la plus sale et pitoyable possible. Par cette même donzelle. Les coups portés par cette dernière s'étaient révélés si satisfaisant à voir que Slick avait abandonné l'idée d'aller porter assistance à la bande pour observer, tout simplement, jusqu'à ce que ça soit terminé.
Et ça l'était. Ils étaient tous tombés. Sans exception. Les moins amochés tentaient encore, difficilement, de se relever, pour l'honneur, mais même un aveugle particulièrement attardé pouvait comprendre que la fille les avait tout simplement humilié. Ca s'entendait aux gémissements des plus faibles.
-Le pire, dans tout ça, c'est que le boss va encore me dire qu'il avait raison. Fit Slick en se décollant du mur sur lequel il était appuyé depuis le début de l'échauffourée. En reconnaissant sa voix, l'un des incapables gémit un peu plus fort. Pitoyable.
Ses yeux -ou plutôt son oeil encore valide- se posa sur la silhouette de la dame. Hm, pas trop mal. Un physique de pute de qualité moyenne. Gros derrière, petite poitrine. Face de cinglée. Un peu trop gamine à son goût. Hm. Voilà qu'il se met à devenir aussi critique que son boss. Ce n'était pas son genre, pourtant. Il avait abandonné l'idée d'être difficile avec les filles depuis que ses bons vieux geôliers lui avait coulé de la cire brûlante sur la partie gauche du visage.
-J'm'appelle Slick. On s'est déjà croisé, nan?"
La dame à pas l'air bien. Sur la défensive. Elle le prend sans doute pour l'un des leurs. C'est presque vexant. Mais pas important. D'où lui vient ce petit air familier? Une serveuse d'un des bars où il glande? Une catin ? Ah, ça y est, quelques souvenirs confus la concernant s'empilent pour former quelque chose de plus ou moins concret.
-Ah, je commence à comprendre. J'avais du mal à faire le rapprochement, avec ta chouette petite robe. Tu te bats, pas vrai? Avec les grands gars des docks !
Slick s'approcha d'un des corps encore au sol pour le gratifier d'un coup de pied dans les côtes.
-Qu'est-ce que vous venez d'apprendre, là, les filles?
-Pitié...Le dis pas à ton...
Nouveau coup de pied.
-Tenir une position, c'est pas si compliqué nan? Tenir. Une. Position.
Le type au sol tremblait maintenant. Un autre tentait de relever celui qui avait écopé d'une lame dans le ventre en grinçant des dents.
-Relèves-toi...Relèves-toi bordel ! Slick attrapa le paresseux par le col et le souleva d'un coup. Vu de l'extérieur, la scène paraissait relativement amusante, puisque le type en question faisait deux fois la taille du balafré. Mais personne n'avait envie de rire, à ce moment-là. A part peut-être la fille. Pour le sport, Slick attribua une paire de gifles au grand incapable.
-Si j'étais toi, je changerais de monde. Il aime pas trop la désobéissance.
-C'est la dernière fois qu'on le fait, je te jure !
-J'en doute pas une seconde. Foutez le camp.
Ils s'exécutèrent. Bras dessus, bras dessous, tirant les plus amochés derrière-eux en couinant comme des gosses. Le balafré les observa partir en crachant par terre. Bon, maintenant, faire comme le boss le disait toujours. Profiter de l'occasion. Les éléments solitaires et indépendants sont les plus utiles et recherchés. Oui...Elle à l'air indépendante. Il lui adressa un nouveau regard, nettement moins scrutateur que le premier.
-Bon, hm...Pour toi maintenant, trois choix s'offrent à toi : Sois tu oublies ce qui vient de se passer. Sois tu les poursuis. Sois tu me rejoins là, demain, en fin d'après-midi. Mon boss aura peut-être un boulot pour une frappeuse de ton genre. Il ponctua sa phrase en tendant à la demoiselle un bout de papier graisseux, sur lequel était griffonné une adresse mal orthographiée.
S'ensuivit un court silence, pesant, durant lequel elle le jugea du regard sans essayer de le cacher. Slick s'éloigna en souriant, les mains dans les poches de son pantalon de lin sale et décoloré. Avant de disparaître dans les ténèbres d'une ruelle adjacente, le balafré ajouta néanmoins :
-T'inquiètes pas, c'est pas un travail qui nécessite de vendre son cul au plus offrant...

✞ ✞ ✞ ✞ ✞ ✞

Les genoux dans la boue, les vauriens pleurent. Les larmes coulent toujours lorsque ça arrive. Ils le savent tous. Il n'aime pas la désobéissance.
-Et donc, je me lève ce matin. Pas trop tôt, comme vous le savez, en me disant que je vais passer une bonne journée. J'ai tout bien fais comme il fallait, le jour d'avant. J'ai briefé les plus malins d'entrevous, et ait chargé Slick de faire passer le message aux autres, alors...Pourquoi ça n'irait pas? Pourtant, qu'est-ce que j’apprends, à peine arrivé en ville? Qu'une bande de quatre abrutis ont manqués à leur devoir de malfrats pour se faire rétamer. Par. Leur. Propre. Proie. A une contre quatre, une ! Parce que oui, en plus, c'était une frêle donzelle. Bien. Bien, bien, bien.
Les incriminés ne bougent pas, ils continuent simplement de fixer leurs genoux enlisés. Ce genre d'affaire se passe en dehors de la ville, dans la forêt. Au bord d'une des rivières puantes infectées par les détritus des égouts de Londres. La lumière du soleil crame la rétine des rats de ruelles et ne disparaît que lorsque l'ombre de leur chef mécontent s'arrête devant eux. L'un des quatre crache encore un peu de sang. Un pansement suintant de pue à été posé à la va-vite sur la plaie que la lame de la dame lui à infligé, hier. Le pauvre pleure comme les autres, mais au lieu d'être simplement à genou, il est allongé sur le dos. Pas dormi de la nuit. Plus assez de force pour tenir. Ses viscères lui font un mal de chien. Slick est en retrait, comme toujours. Le jeune balafré, bras croisés sur le torse, observe son chef faire les cent pas devant les incapables en se délectant de la peur sur leurs visages. Sur sa gauche, on à posé une vieille valise ouverte, d'où dépasse plusieurs crochets de bouchers semblables à des hameçons géants. L'incapable avec la langue coupée ne la quitte pas des yeux depuis son arrivée. Ca amuse autant Krieg que Slick.
-Slick?
L'intéressé lève la tête.
-Ouai?
-Elle arrive quand, la gamine?
-J'ai chargé William de l'amener ici...Si elle se présente à l'adresse que je lui ai donnée hier, je veux dire...C'est pas comme si notre organisation avait fait une bonne première impression, avec ces blaireaux.
-T'es sûr qu'elle sait lire au moins?
Slick hausse les épaules et Krieg frappa du pied dans les côtes du type allongé.
-T'endors pas toi.
Son voisin de droite lève la tête pour parler d'une voix cassée.
-Il est vraiment pas bien ch...
-La ferme. Ou vous serez tout les deux vraiment, vraiment pas bien.
Il s'exécute en aidant l'autre à se relever. Slick ricane et Krieg siffle d'agacement. Après un court silence, le vieux loup ajoute :
-Bon, si elle est pas là dans quinze minutes, on commence sans eux. J'ai pas toute la journée.
Le balafré hausse encore une fois les épaules. Il n'est pas sûr que son chef ait grand chose à faire dans la journée, en fait. A part lorsqu'on nécessite sa présence, personne ne le voit jamais en ville. C'est pourtant pas une gueule facile à rater. Même sous sa forme humaine, on dirait un prédateur. Surtout sous sa forme humaine, en fait.

De son coté, Krieg est dubitatif. Le jeune Slick est quelqu'un de débrouillard, bien entendu. Si il pense avoir déniché une talentueuse recrue, ça vaut le coup d'attendre un peu. Cependant...Prendre une jeunette dans une organisation criminelle simplement parce qu'elle à corrigé quatre abruti, ça semble un peu léger. Bien sûr, elle se bat dans les Docks, elle se bat bien même. Mais casser le nez d'un docker illettré, c'est autre chose qu'égorger un représentant de l'ordre récalcitrant avec un couteau rouillé. C'est moins crade. Plus moral.
-Chef.
En reconnaissant la voix de William, Krieg cesse de tourner en rond pour faire volte-face dans sa direction. Le jeune fouineur n'est pas seul, derrière-lui se profile la silhouette de la demoiselle dénichée par Slick. Celui-ci semble d'ailleurs plutôt satisfait. Il ne savait vraiment pas si elle allait venir, ça se voyait dans son regard.
-Parfait, au moins vous êtes à l'heure.
-Y'avait une heure précise? S’inquiète William.
Le vieux loup sourit d'avantage et répond :
-Non, justement. Bon, mademoiselle? Moi c'est Krieg, le boss de Will et Slick, que tu connais déjà, et le cauchemar de ces quatre abrutis, ici présent. C'est pas très important. Avant que nous poussions d'avantage l'entretien, il faut d'abord que tu vois quelque chose...
La suite fait trembler William, pas encore vraiment habitué, tout en faisant sourire son collègue balafré. Krieg se baisse vers la valise et attrape l'un des crochets, puis s'approche du type allongé. Ce dernier se redresse difficilement et recule en patinant dans la terre mouillée.
-Ah, tu vois que t'avais encore assez de force pour bouger finalement. Grince l'ancien mercenaire en posant son pied sur le torse du fuyard pour l'empêcher de reculer d'avantage.
-N...non-chef-s'il-vous-plait-on-le-fera-plus! Non-pitié-non-pitié-chef-je-vous-en-supplie-pitié-ne-faites-pas-ça-chef-je-vous-en-conjure !!!
-Tu me conjures? Tu me demandes un élan de clémence? A moi?
Krieg pouffe. Les trois autres incapables regardent, sans un mot. Pas parce qu'ils ne veulent rien faire. Mais parce qu'ils savent qu'ils ne peuvent rien faire. Slick les fixe. Il n'attend qu'un mouvement de leur part pour prendre part aux réjouissances.
-Je ne supporte pas les chiens de ton genre, incapable de maîtriser leurs plus basses pulsions. Tu as tenté un viol et un meurtre, hier, tu t'es raté en plus. Et maintenant tu me parles de pitié?
-Chef...
Le crochet rentre par l'œil droit, avec une lenteur calculée. Il hurle de douleur, alors Krieg hurle avec lui. Lorsque la pointe est totalement passé à travers le nerf optique, et que ce dernier gratte contre l'os, le mercenaire appuie. Quelque chose craque. Les hurlements cessent, mais le corps continue à bouger. L'acier est entré dans la boite crânienne et gratte la cervelle. Ces bruits font grimacer les trois autres, qui continuent de pleurer, les yeux fermés. William à détourner le regard depuis un moment. A l'inverse de Slick. Il attend toujours que l'un d'eux tente de fuir.
Mais ils ne fuient pas. Ils sont trop amochés de toute façon. Les règles sont strictes dans la bande. Se soustraire à la douleur d'une punition méritée, c'est condamner tout ses proches. Au moins deux des trois ont des gosses. C'est pour ça qu'ils restent. Le troisième, moins vieux que William, doit penser très fort à sa maman pour ne pas tenter de prendre ses jambes à son cou. Etre témoin de tant de faiblesse est écœurant. Mais ça n'empêche pas Slick et son chef de pouffer régulièrement.
-C'est pratique, pour accrocher les corps, plus tard. Les crochets impressionnent plus que les banales cordes autour du cou ou des pieds, tu comprends? Explique Krieg en retournant vers la valise. Une fois que c'est bien rentré, c'est insupportable à faire ressortir, à cause de la courbure. Alors tu plantes le bout du crochet qui dépasse dans un mur, et tu laisses le macchabé pendre là, avec sa cervelle en purée et son œil qui dégouline sur le pavé. Y'a que nous qui faisons ça, alors le message passe plutôt bien, la plupart du temps. Attends, je te remontre.
Le vieux loup porte son attention sur celui qui à la langue coupée. Ce dernier pousse des glapissements encore plus pitoyables que l'autre, et bien moins humain. Difficile de s'exprimer normalement, dans son état. L'incapable ne rend pas l'âme tout de suite lorsque la pointe atteint finalement la cervelle, et Krieg est obligé de le retenir par la nuque lorsqu'il se met à ruer comme une vieille carne sous l'effet de la douleur. La mort le prend deux minutes plus tard. Son tueur abandonne sa carcasse sans plus de cérémonie et retourne vers la valise. Après avoir râlé pendant un bon moment, en tentant de retirer un pique solidement planté dans le cuir, il se redresse finalement et jette l'un des instruments de morts improvisés aux pieds de la dame.
-Essaies.
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Red'maw
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MessageSujet: Re: Une tête qui inspire la confiance ... [Krieg / Red'maw] [25/10/1841] Dim 22 Mai - 15:25

Si trois options s’offrent réellement à moi, il oublie peut-être de mentionner la 4ème … A savoir : que lui aussi, je pourrais le réduire au silence. Je ne sais pas depuis quand il est là, je ne sais pas qui c’est – probablement le « supérieur » des trois autres crétins – et je ne sais pas exactement ce qu’il s’imagine à mon sujet en me matant avec autant de pudeur que si j’étais une pute qu’il venait de se tirer, mais d’une part, il m’inspire un profond dégoût, et en plus, il a l’archétype d’une sale gueule. Je hausse presque un sourcil lorsqu’il me tend un papier : il sait écrire, lui ? … visiblement, oui, mais mal. Je connais le quartier où il me demande de me rendre … Ya pratiquement rien, là-bas, à part de pauvres miséreux qui parviennent à peine à survivre avec les miettes qu’ils glanent ça et là. La dernière phrase qu’il me balance avant de disparaître me redonne subitement l’envie de le rattraper et de lui mettre mon poing là où je pense … mais je finis par me retenir, et par m’appuyer contre le mur, seule avec mes réflexions. Un travail pour une cogneuse … ce n’est pas que je m’ennuie au Broken Jaw, ni que je n’aime pas David, mais bon … d’un autre côté, est-ce que je suis totalement prête à basculer dans l’illégalité totale ? Parce que ça ne fait aucun doute : si son boss a « un boulot » pour moi, ce sera probablement le genre de job qui pourrait me coûter quelques mois, voire années derrière les barreaux. Et je ne mentionne même pas la corde … Je frotte mes dents avec ma langue. Fines, pointues, très légèrement dentelées … David risque de ne pas apprécier. Je dois pouvoir négocier mon après-midi, probablement … Je reviendrai faire le service dans la soirée, quand les clients seront trop ivres pour distinguer mon sourire … tssss. Cette histoire est ridicule. Je regarde une nouvelle fois l’adresse … avant de fourrer le papier dans une de mes poches, et de quitter à mon tour la zone. Je me sens lasse.

* *
*

David m’a laissé partir, finalement. « Mieux » : il m’a dit qu’il avait rencontré pendant la journée un petit jeune qui, potentiellement, pourrait venir bosser à la taverne quelques jours de la semaine. Il ne serait pas payé une fortune et serait loin de faire autant de boulot que moi, mais bon … Décrocher un travail honnête, par les temps qui courent, ce n’est pas forcément gagné : si tout se passe bien, mon patron l’embauche à plein temps … et me déleste de quelques-unes de mes heures. Le gosse vit chez sa mère, à quelques rues de là : il doit avoir 16 ans … 17 ? J’ai mal écouté lorsqu’il me l’a dit, et je ne l’ai pas vu en personne : moi, je suis à l’adresse que j’ai reçu hier. Le coin est aussi miteux que ce à quoi je m’attendais : j’ai presque peur de dégonder la porte lorsque je tape trois coups secs sur le battant. Il faut que je m’y reprenne à deux fois pour finalement entendre un « oui oui, j’arrive !» me parvenir de loin … Je n’ai pas entendu très distinctement, mais la voix me semble jeune. Les sourcils froncés, je regarde la porte s’ouvrir. Effectivement, ce type est jeune … Plus que moi. Plus que je n’ai l’air de l’être, en fait. Une nouvelle fois, j’ai l’impression de m’être trompé d’adresse : ce ne serait pas impossible dans la mesure où celle que j’ai reçu avait une ou deux belles grosses fautes, si ça se trouve, je devrais être en train de me balader sur les chouettes allées pavées aux alentours de Piccadilly. Mais lorsque je sors de ma poche le papier sale qu’on m’a passé hier et que je le tends au gamin, il l’observe un instant, puis me regarde avec un espèce de sourire. Je crois qu’il est soulagé que je ne sois pas un énorme marin mal rasé et à moitié ivre qui s’enfermerait volontiers quelques instants avec lui dans la baraque pour lui faire découvrir toutes sortes de choses peu catholiques et potentiellement douloureuses. J’ai même l’impression que là, c’est lui qui souhaiterai que je le fasse. Quel dommage.

- Heum … Moi c’est William. Enchanté.
Je sers la main légèrement molle et moite qu’il me tend sans me départir de mon air neutre.
- ‘chantée. C’est ici ?
- … Ici …
- Le rendez-vous (je n’ai aucune idée de s’il comprend le français, surtout avec mon accent, mais vu comment ses yeux s’illuminent, je crois que oui)
- Ah, oui ! Non. Bordel ! - C’est Slick qui vous a passé ça, hein ? J’opine du chef en essayant de cacher mon envie de lui en coller une et de m’en aller. - Juste que je sois sûr de … pas m’être trompé. Visiblement, je ne suis pas très efficace quand je vois la tronche qu’il tire. Je réessaie. - Il … m’a dit d’attendre quelqu’un ici, et de la conduire au vrai point de rendez-vous.
- Ah … Bon.
- heum … on y va, alors ? Je hoche la tête en m’écartant un peu sur le côté. - B-bien ! Suis-moi !

… Je l’avoue, je ne m’attendais pas à ça … Et là je ne sais plus à quoi m’attendre du tout. Bon point : William sait à peu près où il va, et même si j’ai naturellement tendance à me méfier en voyant certains quartiers par lesquels nous passons, je comprends à son allure et à la manière qu’il a de vérifier régulièrement si je le suis – mais pas de s’arrêter pour trouver son chemin – que l’affaire a bel et bien été planifiée, et que ce gosse ne joue bel et bien que le rôle de guide. Nous sortons rapidement de Londres : ce n’est ni vraiment une bonne, ni une mauvaise nouvelle de mon point de vue … Quoique j’aimerai éviter qu’on retourne à Glasgow à pieds bien entendu, mais ça n’a pas l’air d’être le cas là non plus. Au bout de peut-être une demi-heure de marche que je m’efforce de garder silencieuse (je ne réponds en tout et pour tout qu’à une seule de ses questions, un « ça va ? légèrement incongru) nous débarquons à côté d’une des petites rivières, reliées à la tamises, dans laquelle on retrouve la même eau boueuse et polluée qu’en ville, sinon une pire encore. Le type à la figure à moitié grillée de la veille est là : je mets quelques instants à me rendre compte que mes agresseurs aussi … Plus grâce aux plaies qu’aux visages, en réalité. Cela dit, c’est compréhensible : je doute que beaucoup de demoiselles puissent identifier visuellement de parfaits inconnues qui les ont suivis dans une ruelle sombre pour la bloquer, avant qu’elles ne leurs refassent plus ou moins proprement le portrait. Et il y a aussi ce type aux longs cheveux noirs, que je présume immédiatement être le chef du groupe. Pas parce que ses frusques font un brin moins miteuses. Même pas parce que William l’interpelle en disant « chef ». Ni à cause de son sourire pointu, qu’il assume visiblement pleinement … Non, ce qui me dit, en premier lieux, que c’est bien le dirigeant de … quoi que soit ce groupe d’ailleurs, une bande, une organisation, ou quoi que ce soit … C’est tout simplement le fait qu’au moins 5 personnes ici ont peur de lui. Les 4 gusses à terre, et William. Slick, lui, a plus l’air content de me voir qu’autre chose : je ne sais pas quoi en penser. Et le type, qui se présente sous le nom de Krieg, lui … il a une tête rappelant celle des clients qui viennent dans une taverne dans l’unique but de provoquer une bagarre. Pas d’y participer. De la provoquer. Et probablement d’achever les survivants.

S’en suit une scène qui a le mérite de me faire quitter l’air neutre / blasé que je tentais de maintenir jusqu’ici. Je ne sais pas à quoi je m’attendais en débarquant ici, mais … pas à voir mes agresseurs … « châtiés » de la sorte. Ce qui m’étonne, c’est qu’ils ne tentent même pas de se soustraire à la condamnation arbitraire qui leur tombe dessus, pas plus qu’à la peine infligée : c’est tout juste s’ils tentent misérablement d’argumenter. C’est plus pitoyable qu’autre chose, et aussi efficace que de l’huile sur un feu : je crois même que le dénommé « Krieg » prend plus son pied en les voyant à sa merci de telle manière que s’ils s’étaient contentés de subir sans protester … Cela dit, je ne sais pas s’il est venu à l’esprit d’un de ces crétins de ce battre. L’idée me paraît rapidement stupide : à 4 contre une, ils ont perdu et ont étés salement amochés … Quelque chose me dit qu’ils savent qu’ils ont encore moins de chances maintenant et avec ce type. Je me force donc à regarder sans trop sourciller un, puis deux de mes agresseurs prendre un crochet dans l’œil et dans le cerveau. Je prête à peine attention à l’explication que je reçois : je suis un peu trop concentrée sur le spectacle qu’offre le macchabé encore chaud qui a servi d’exemple en premier. Je crois que je sursaute presque lorsqu’un nouveau crochet atterris à mes pieds : j’ai une seconde d’absence, avant de m’accroupir pour le ramasser, puis de me redresser … J’ai deux cibles potentielles. Je tire la tronche … Je n’aime pas avoir un choix de ce style. Je fais également taire la petite voix dans mon crâne qui me souffle que tuer, c’est mal. Ce sont des pourris, des moins que rien, de pauvres types, et s’ils étaient à ma place, ils n’hésiteraient pas … tsss. S’ils étaient à ma place, ils n’auraient pas à décider qui y passe en premier. Finalement, je me rends comptes que celui des deux qui pleurniche le plus, dans le plus grand silence et sans que personne ne s’en rende compte, a souillé ses bas … Avec un soupire, je me dirige vers son camarade. Lorsqu’il s’en rend compte, il déglutit, avant de me parler avec un calme que je ne lui aurais pas cru … Surtout sachant que c’est celui auquel j’ai retourné le bras hier. Je me demande comment il a réussi à se le mettre en écharpe : on a dû le faire pour lui, vu le nœud.

- écoutes … Je … Je suis désolé pour hier soir. Ca se voit à ton visage oui.- Je … On voulais … Ecoutes, je suis sûr que t’as pas vraiment à faire ça ! J’aie eu à planter l’œil de personne pour rentrer dans le groupe moi, je suis sûr que c’est pas le cas pour toi ! Il panique légèrement. Je me doute qu’il dit la vérité, et même si son argument n’est pas forcément des plus pertinents, je pense qu’il cherche à me donner du grain à moudre. Il reprend son souffle avant de continuer, visiblement conscient qu’il joue sa vie sur comment il parviendrait à m’influencer. - Je … J’ai une gamine. Qui a ton âge. J’hésite à lui répondre que ça rend particulièrement tordu le fait qu’il ait voulu me violer, mais ni le temps, ni l’envie, ni la possibilité pratique. - Tu n’es pas faite pour … des trucs … aussi sales que ça, hein ? D’un geste du menton, il me désigne les deux corps à côté de lui. Il a le visage couvert de sueur, mais tente de rester calme. Je finis par fermer les yeux en soupirant, et je regarde le crochet à un instant … Je finis par le passer dans ma ceinture.
- Debout. L’expression de soulagement sur son visage me fait presque peine à voir. Pas parce que je sais ce qui l’attends après … Plutôt parce qu’elle me fait prendre conscience d’à quel point la situation est moche. Mais bon.
- tu ne peux pas savoir à quel point je – Je parviens à le couper dans sa phrase d’un claquement de langue, lorsqu’il se redresse. J’ai mis du temps avant de trouver une manière qui fait autant de bruit, d’ailleurs. - … quoi ?
Je claque du doigts de telle manière à ce que mon index, à la fin de mon geste, désigne Krieg, qui se trouve pour l’instant derrière le pauvre bougre. Ce dernier m’observe, puis mon doigt … Puis, finalement, son chef.
- Et lui ?

Je parviens au résultat que je voulais : il finit, au bout d’un instant de réflexion, par réaliser que le fait que je ne sois pas son bourreau ne le tire en rien d’affaire, et se prépare à argumenter quelque chose pour son chef aussi. Je crois. Ou alors, il attends que ce dernier ne s’approche de lui, ne le regarde dans les yeux, et n’aspire son âme par ce simple geste. Je penses d’ailleurs que ledit boss compte dire quelque chose : que ce soit au pauvre minable, ou à moi ... Ou peut-être à Slick, en fait : c’est à cause de ce type que je suis là après tout. Mais quoi qu’il en soit, je ne laisse pas s’écouler plus d’une seconde, avant de franchir la distance qui me sépare du type en un ou deux pas. Ma main passe au-dessus de son crâne, et saisit quelques mèches de cheveux grasses, pile là où se termine le front : je le tire en arrière brutalement, en m’assurant de l’autre main qu’il ne tombe pas par terre. Grosso-modo, cela implique que je retienne une grosse partie de son poids sur un bras, mais j’ai vu pire. Il tente de pousser un cri étranglé lorsqu’il bascule : là aussi, ça ne dure pas beaucoup plus d’une seconde … Parce que je me penche sur son cou que je viens d’exposer, et que j’y plante mes crocs. Mes dents n’ont toujours pas changé depuis hier soir : la dentition de requin dont je suis pourvue déchire les chaires avec une facilité presque déconcertante.

J’ai le plaisir de parvenir à trancher aussi bien la carotide que la gorge : la première pisse le sang à l’intérieur de ma bouche (ce qui me permet de boire comme à une fontaine), tandis que la seconde change le cri qu’il poussait en un gargouillis incompréhensible, et bien moins pénible à l’oreille question intensité. Il tente de se débattre, sans succès : son bras handicapé est de mon côté, et l’autre n’a pas l’allonge nécessaire pour me faire quoi que ce soit de déterminant. Il met peut-être une, deux minutes à s’affaiblir à cause de la perte de sang : tout ce temps, je le légèrement penchée vers l’avant, à m’assurer qu’il ne tombe pas, et à laisser le liquide remonter dans ma bouche avant de passer dans ma gorge. L’anémie fait rapidement son effet, de même que le manque d’air : très vite, ses gestes deviennent bien moins violents, plus mous, puis … cessent tout à fait. Lorsque son cœur n’envoie même plus assez de sang vers le haut pour que je puisse continuer à boire de manière convenable, je referme encore plus les crocs, et arrache un lambeau de chaire, puis laisse le type tomber. Vidant ce que j’ai dans la bouche du plus de liquide possible en le mâchant lentement, je finis par recracher un petit morceau de viande informe, et par m’essuyer la bouche et le menton du reverse de la main … J’ai de la chance : la tenue un peu garçonne que j’ai mis aujourd’hui n’a pas la moindre tâche. Si ça pouvait rester comme ça … M’accroupissant sur le type agonisant, je dégaine finalement mon crochet, et met en pratique la leçon qu’on m’a filé quelques instants plus tôt : il ne résiste pas, ni crie, pas, et ne fais que me fixer d’un œil torve, alors que l’autre éclate, et que son orbite sert bientôt de point d’attache pour le crochet qui lui gratte l’intérieur de la boite crânienne. Me relevant, je soupire en regardant le corps à terre. Je ne sais même plus très bien quoi penser de la situation … C’est probablement la première fois que j’épanche comme ça ma soif sur quelqu’un sans défense. Et devant témoin, en prime. Je me demande si le dernier type va s’enfuir : il a l’air prêt à. Mais finalement, c’est William qui déchire le silence, d’une manière qui n’a pas dû surprendre que moi.

- C’était ça qu’elle voulait dire … Plusieurs paires d’yeux – et un autre, solitaire – se tournent vers lui, demandant de toute évidence une explication. - … Quand j’ai demandé … Si elle allait bien … Elle m’a dit qu’elle avait soif …

… Ce n’est absolument pas volontaire, mais je ne peux pas m’empêcher de pouffer dans mon poing lorsqu’il dit ça.

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MessageSujet: Re: Une tête qui inspire la confiance ... [Krieg / Red'maw] [25/10/1841] Mer 22 Juin - 18:24

Krieg souriait en se grattant l'avant-bras gauche. L'air pensif, le vieux loup détaillait la ruine humaine étalée aux pieds de sa nouvelle collaboratrice. Malgré sa très grande expérience dans le domaine du meurtre de son prochain, il ne voyait rien de très intéressant à critiquer concernant la soudaine mise à mort qu'on venait de lui offrir. Ca avait été brutal, sanglant. Cruel aussi, dans une moindre mesure. Avec un peu de travail sur le style, cette gamine aurait toutes ses chances de devenir une très bonne exécutrice. Dans ce genre d'organisation -son genre! - Krieg savait d'expérience qu'il était important de faire peur. Et une bouffeuse de carotide de ce type pouvait faire, ma foi, relativement peur, une fois bien entrainée.
Le vieux loup leva les bras au ciel, parodiant ainsi efficacement une révélation divine, pouffa, puis applaudit vivement en s'approchant lentement de la demoiselle. Derrière, accroupi aux cotés d'un William occupé à rendre tripes et boyaux, Slick ricanait aussi, soulagé par l'apparente approbation de son chef. Les applaudissements du dirigeant de l'étrange meute mirent une longue minute à prendre fin, soixante secondes durant lesquelles Krieg s'amusa à tourner autour de la jeunette et de son cadavre en prenant soin de la détailler exagérément d'un œil critique. Finalement, une fois définitivement satisfait, le mercenaire vint se planter devant elle pour lui mettre la main droite sur le visage. Comble du bonheur, il eut la satisfaction de percevoir son léger mouvement de recul avant qu'elle ne se laisse toucher. Ce que le tueur lui offrit alors n'eut rien à voir avec une douce caresse sur la joue ou, au contraire, une humiliante claque, non. En vérité, ce fut bien plus étrange. Il lui enserra la face, sans pour autant forcer. La paume sur le nez, les doigts effleurant le front pour venir au contact de ses cheveux d'une couleur si étrange pour une femme de son âge. Et ainsi, tout en emprisonnant ce visage embelli par la présence d'un sang ne lui appartenant pas, Krieg fit d'un ton enjoué :
"-Ton avis Slick?"
L'intéressé, qui aidait William à se relever pour la troisième fois, lâcha ce dernier pour grincer, en souriant :
"-Honnêtement chef? En la regardant, je sais pas si je dois bander ou trembler."
Ledit chef retira sa main pour en lécher l'intérieur de la paume, désormais souillée par quelques gouttelettes de raisinés à moitié séché.
"-Dans le doute, fais-les deux." Cracha-t-il en plongeant son regard dans celui de sa trouvaille.
Le court silence qui suivit se révéla à la fois gênant pour William et hilarant pour Slick et son chef. Le premier observant d'un œil relativement inquiet les deux autres se retenir de pouffer comme des gosses. En entrant dans cette "organisation", le fouineur s'était attendu à bien des choses. Mais certainement pas à une série d'exécution précédant une blague incompréhensible et invraisemblablement immature. Et ce simple fait le fit froncer des sourcils. Tout cela ne faisait que confirmer un fait déjà particulièrement avéré : Il était parfaitement impossible de comprendre ce foutu cinglé aux dents en pointes.
"-Bon, trêve de plaisanterie." Dit finalement Krieg, tout simplement, avant de reculer de quelques pas pour casser, d'une torsion de main, la nuque du dernier survivant. Slick s'avança pour finir le travail au crochet mais le mercenaire ne s'attarda pas à observer la chose. Enfonçant profondément ses mains dans les poches de son pantalon de tissu noir, il se dirigea vers la forêt en invitant d'un mouvement de tête à la demoiselle de le suivre. William fit de même, principalement pour s'éloigner le plus possible du travail, relativement sale, du balafré de l'équipe. Une fois sûr qu'elle le suivait bien, le chef de bande commença son exposé :
"-Tu vois lorsque Slick m'a parlé de toi, la première fois, j'ai d'abord pensé que tu ferais une excellente pute. Ne te vexe pas, ce n'est pas contre toi. Le fait est qu'en général, les femmes de cette ville sont bien meilleures dans la prostitution que dans le meurtre et l'extorsion. La faute aux nobles, je suppose."
Il enjamba un tronc posé en plein milieu du chemin, ce qui déclencha un grand mouvement de panique parmi la multitude d'oiseau s'étant posé dessus. D'un geste vif, Krieg attrapa l'un des plus petits au vol pour lui briser l'échine du pouce et le faire disparaître dans sa bouche. Les craquements qui suivirent n'eurent strictement rien d'appétissant. Le mercenaire reprit juste après avoir avalé la boule de plume.
"-Mais en écoutant Slick, je me suis dis que j'allais te laisser une chance. Et j'ai l'impression d'avoir bien fait. Penses-tu que j'ai bien fais?"
Il ne fit pas attention à la réponse.
"-Maintenant qu'on m'a rapporté tes qualités de combat de rues et que j'ai vu tes qualités d'exécutrice. Je me pose une question plutôt...Comment dire...Relativement classique. Où diables pourrions-nous t'affecter?"
William se contentait d'écouter, à quelques pas dans leurs dos. Il sondait du regard la demoiselle. De base, cette dernière n'avait pas l'air franchement expressive, mais une fois posée aux cotés de ce psychotique tueur éternellement souriant, la mordeuse avait l'air d'une foutue statue. Est-ce qu'au moins elle écoutait ce que son chef lui disait? Le fouineur secoua la tête. Quelle importance? Le boss n'avait pas besoin d'avoir un auditoire attentif pour se perdre parmi ses propres paroles. Son amour pour le monologue semblait presque maladif.
"-Car je vois bien que tu ne prends pas plus de plaisir que ça à tuer ou malmener des types. Ce qui est tout de même un frein, dans le métier. Ca peux s'arranger avec l'habitude mais ce n'est pas le sujet. Tu serais peut-être meilleure dans un autre domaine, disons...Moins létal. Et encore une fois, je ne parle pas de prostitution. Tu n'as pas l'air d'avoir de maladie et tu n'es pas immonde à voir, mais ton air de portemanteau inexpressif ferait de toi une bien mauvaise catin, finalement."
William se gratta l'occiput. Elle n'avait pas l'air offusquée, c'était déjà ça. Ce qui l'impressionnait actuellement, dans le discours de son chef, c'était le fait qu'il n'imaginait même pas que l'étrange albinos puisse décider de leur fausser compagnie. Krieg semblait déjà la considérer comme l'une des leurs. Ce n'était pas le cas bien entendu, le vieux loup restait trop paranoïaque pour ça, mais sa façon de jouer le confiant père de famille juste après un massacre pour se rapprocher un peu plus de la nouvelle recrue était tout de même criante de vérité.
"-Excuses-moi, je joue un peu avec toi. Le fait est qu'en réalité, je sais parfaitement où tu pourrais t'épanouir. Les boulots de protections, les boulots d'intimidations. Briser des mâchoires sans tuer et être payer, ça te plairait bien, hein? Ce serait un bon début, pour toi. Ca t'apprendrais à travailler les bases. A faire peur. A faire mal. Ce genre de chose. Mais ce n'est pas le plus important, pour l'instant."
William se prit les pieds dans une racine et tomba en avant. Son patron s'écarta d'un pas pour le laisser s'écraser au sol, sans lui accorder le moindre regard, puis reprit.
"-Je voudrais que tu m'arranges une petite rencontre avec ton patron, au Broken Jaw."
Le fouineur se redressa en prenant appuie sur ses genoux endoloris. On y arrivait. Voilà, c'était ça. Depuis le début. Ce qui avait décidé le souriant tueur, ce qui l'avait convaincu d'organiser "une audition" pour la demoiselle. C'était ça. L'appât du gain. Étendre un peu plus l'influence de la meute. Creuser une nouvelle tanière, près des bastonneurs des Docks. Extorquer de l'argent à un patron de bar en échange d'une protection imaginaire. Des manières de gangs. Des manières que William connaissait bien.
"-Rien de très officiel, hm? Juste une petite discussion, à une table dans son bar. Histoire de discuter du potentiel avenir de son établissement. Tu penses cela possible?"
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MessageSujet: Re: Une tête qui inspire la confiance ... [Krieg / Red'maw] [25/10/1841] Sam 9 Juil - 12:21

Je ne sais pas exactement ce que je suis supposé penser face à ce type. Je suppose que lorsqu’on le connaît beaucoup, on finit par s’habituer à ses petites manies, son humour étrange et sa tendance à parler seul pendant des heures … Pas que ça me dérange réellement de ne pas répondre, remarque. Je doute qu’il ait porté attention au « Peut-être » que j’ai laissé entendre lorsqu’il m’a questionné sur le bien-fondé de son choix. Et à vrai dire, je me demande un peu à quoi il pourrait réellement porter attention, de manière générale. Foulant la terre humide et les feuilles mortes, je me retiens avec un certain succès d’en coller une à William en suivant son chef, mais rigole lorsqu’il trébuche et s’écrase au sol. Je me reprends certes vite en main, mais le détail m’amuse … En outre, je suppose que le fait d’avoir bu m’a mis de relativement bonne humeur. Bon, le faire devant témoins, c’était plutôt inédit, mais je n’ai pas le sentiment que ça ait été une si mauvaise idée, en fin de compte : il semble prendre positivement ma méthode d’exécution. A tel point que la sienne s’est, au passage, clairement simplifiée pour sa dernière victime … Je doute qu’il en ait quelque chose à faire.

En revanche, je n’aime pas le ton qu’il prend pour certaines phrases. Le moment où il évaluait mes capacités de catin m’a plus donné envie de sourire qu’autre chose – il ne sait pas à quel point il a raison de ne même pas essayer – et je ne suis pas spécialement dérangée par son idée de me demander de taper sur des types : il a parfaitement raison de se dire que c’est ce que je ferai de mieux. Mais sa demande de s’entretenir avec David, ça … J’hausse un sourcil un instant, surprise, puis le fronce. Il me faut certes moins d’une seconde pour réfléchir à la réponse, mais j’en prends quand même plusieurs avant de la formuler à voix haute. En réalité, c’est juste parce que je prends le temps de sortir mon calepin de la poche arrière de mon pantalon, ainsi que le fusain que je cale dans la reliure. Ce n’est pas tout de dire « oui » ou « non » à une question de ce style : en général, il faut aussi justifier un peu … Ou en tout cas, dans mon cas, je trouve cela plus approprié. Surtout que je doute que ce soit vraiment la réponse à laquelle il s’attend.

Nan.Not there.

Je gratte le papier de manière calme, posée, en essayant d’être le plus lisible possible malgré mon absence de support décent pour écrire … J’espère qu’ils savent lire. Eh … suis-je bête : j’ai été conduite ici grâce à un bout de papier, après tout. Rédiger le billet doit bien me prendre une ou deux minutes, mais je n’en ai pas grand-chose à faire : je crois que Slick nous rejoint mais je ne relève pas les yeux vers lui pour confirmer. Après un petit moment de réflexion, je finis par plier le morceau de page, et par déchirer proprement le billet que je viens de noter pour le tendre. Il y a une adresse dessus : ce serait bête de la garder juste pour économiser une demi-page … William récupère la note après quelques instants où personne ne semblait vouloir daigner bouger, et la tend à son patron. L’idée qu’il lise le message à voix haute m’aurait surpris honnêtement, je doute qu’il sache lire,
lui …Enfin, qu’importe : c’est à Krieg qu’est adressé le message, tant mieux si c’est lui qui en découvre le contenu le premier. Surtout sachant que Slick n’était pas là les instants d’avant. Enfin … Pas juste là avec nous.

Pour un certain nombre de raisons, je refuse qu’on fasse le moindre entretien au Broken Jaw, j'ai déjà assez de mal à virer les clients tardifs et ivres de manière normale sans en prime garder trois types louches pour que moi et le patron on leur tape la causette.
Retrouvez-nous (moi et David, mon patron) plutôt dans 3 jours, à l’intérieur de l’entrepôt 21, sur les docks vers 2h du matin. On parlera du Broken Jaw, de moi et vous à ce moment-là.

(et oui, je ferai probablement la pire pute que vous pourriez trouver sans porter la moindre maladie : avec mes dents qui sont comme les vôtres, un faux mouvement et on perd définitivement un client)


Je lui balance un sourire laissant bien voire mes dents de requins lorsqu’il a fini sa petite lecture, avant de soupirer en reprenant mon air neutre, replaçant mon carnet dans ma poche. Je me sens las … impossible de dire pourquoi. La digestion, probablement … Encore que je sens, comme d’habitude, le sang « disparaître » de mon ventre, comme s’il était aspirer ailleurs, là où il ne prendrait pas de place. Ça m’en donnerait presque faim … il doit rester des biscuits secs à la taverne. Levant les yeux vers les arbres, je remarque que le soleil baisse … Je suppose que l’après-midi doit arriver vers sa fin. «
- Je rentre », que je lâche d’un ton un brin sec avant de pivoter les talons et de me détourner des trois malfrats. J’ai le déplaisir d’entendre un bruissement derrière moi, qui pourrait correspondre aux pas de quelqu’un de jeune, léger, et maladroit. Un « - Seule. » sans appel sort de mes lèvres, alors que je reviens vers les 4 cadavres qui se trouvent dans la boue, non loin de là. Celui qui a eu la nuque brisé va me servir à quelque chose … Le retournant sans trop d’efforts, je le dépouille de sa veste – à peu près – propre et la passe par-dessus mon gilet et ma chemise, qui eux sont tâchés de sang. Pas beaucoup, mais assez pour que ce soit louche. Et je ne tiens pas à attirer l’attention … Ajustant un peu mon béret et m’essuyant la bouche, je reprends le chemin vers Londres, en me demandant si le gamin sera toujours en vie demain soir, vu ses deux acolytes. Bah … Je ne sais pas ce qu’il fait avec eux, mais il a autant l’air à sa place qu’une sardine dans un banc de requins. L’image m’arrache un sourire.


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*


David n’a pas été content lorsque je lui ai rapporté le résultat de mon après-midi … Et grosso-modo déballé toute l’histoire. Il a fait les 100 pas dans notre petite salle commune, à l’étage, grommelant dans sa barbe, et me posant de temps en temps une question directe à laquelle je réponds par oui ou non avant de me replonger dans mon bouquin. J’ai l’habitude de sa façon de « gérer mentalement les crises » … Et il a raison d’être inquiet, quand on y pense. Je n’ai pas franchement de regrets pour ce que j’ai fait, mais lorsqu’il me balance à la figure qu’on pourrait peut-être brûler cet endroit s’il refuse de payer – et il l’a dit très clairement : il cherchera un arrangement pour ne pas avoir à le faire – je comprends un peu mieux dans quel bourbier je l’ai mis … Au bout d’une bonne heure et demi, il finit par se calmer, s’asseoir sur une chaise qu’il installe à l’envers devant moi, et on cause. Pas bien longtemps, mais pas juste deux minutes non plus : le temps qu’il faut pour établir un « plan d’action » correct. Le coup du rendez-vous dans notre entrepôt abandonné fétiche était une bonne idée, selon lui. Ça nous laisse plus de marge qu’ici, déjà. Lorsqu’on a fini de voir ensemble comment devrait et devra se dérouler l’entretien, si on peut l’appeler comme ça, il me demande si j’ai envie de voir comment la nouvelle recrue se débrouille, seule en salle. Je lui emboîte le pas sans grande conviction.

Les deux jours suivants passent de manière mi tendue, mi morose. Il y a peu de clients. La faute au temps : il se met à pleuvoir des chats et des chiens sur Londres la veille du rendez-vous avec Krieg, et ça ne s’arrête pas par la suite. Et en plus, il y a un élément que j’ai oublié de prendre en compte … La nuit que j’ai choisi tombe le jour avant la veille d’une pleine lune. Et je ne sais pas si c’est une histoire de puissance, d’ancienneté ou quelque chose de ce genre, mais David y est sensible : Il est légèrement plus irrité que d’habitude...  J’ai l’espoir naïf qu’au moins, la pluie se calmera pour le rendez-vous, mais c’est  en vain. Lorsque nous avons fini de ranger la salle principale du Broken jaw, une fois tous les clients partis vers minuit / une heure du matin, et que nous sortons tous les deux couverts de grands manteaux de toile épaisse et cirée, il est impossible d’y voir à plus de 5 mètres. Heureusement qu’ils sont spécialement prévus pour ce genre d’occasion d’ailleurs : ma veste en toile normale n’aurait pas supporté autant de flotte, ou en tout cas pas en m’en protégeant totalement. Pourquoi j’ai décidé de remettre une jupe, une chemise et un gilet en dessous ? Aucune idée. Les bottes de cuir, c’est pour rester les pieds au sec, et le béret, c’est pour éviter de me mouiller trop le crâne, c’est tout ce que je peux dire … David quant à lui a mis la même tenue que d’habitude : pantalon en toile, haut en toile blanc, bretelles, et un pull par-dessus. S’il ne portait pas son imperméable, il aurait tout l’air d’un ouvrier … En plus grand et plus énervé, peut-être. Sa courte barbe noire me donne parfois l’impression qu’on a enfermé son visage dans un genre de rectangle … Il avait ricané lorsque je lui ai dit. Mais pour le moment, il est renfrogné comme jamais, et plus nous approchons de l’entrepôt, plus j’ai comme le sentiment que cet entretien risque de mal tourner. L’un dans l’autre, je sais que j’ai à peu près toutes mes chances d’y survivre, étant donné que je sais me transformer et guérir d’à peu près n’importe quoi … Et la « malédiction » de David lui permettrait facilement de ré-échapper à un ou deux coups de couteaux. Mais après, on ne sait jamais trop bien ce qui pourrait se passer, avec un type comme celui qu’on va rencontrer … Ni à quel point il sait bien se battre. Une petite voix me souffle « beaucoup mieux que toi ». Je la fais taire.

Lorsque nous arrivons à l’entrepôt, il est aussi vide, éventré sur un flanc et poussiéreux que d’habitude : même si le gros trou dans le mur (causé si mes souvenirs sont bons par l’explosion d’une caisse de poudre, quelques mois plus tôt) laisse rentrer énormément de pluie et d’humidité, la moisissure n’a visiblement pas réussi à s’installer de manière efficace … Trouvant un coin ni trop sale, ni trop exposé aux courants d’air, je m’installe pour patienter encore peut-être une demi-heure tandis que David, lui, fais de nouveau les 100 pas. Une demi-heure, c’est si notre ami aux yeux de corbeaux est ponctuel : je suis parfaitement préparée à attendre plus … Ou moins, ceci dit. Le temps passe dans un silence relatif, étant donné que la pluie ne cesse pas un instant. Cependant, je suis presque sèche lorsque nous entendons des pas, à l’extérieur, et une discussion … Est-ce un monologue ? Je n’en sais absolument rien, mais je reconnais instantanément les trois silhouettes qui, à leur tour, passent par l’ouverture « officieuse » du bâtiment. Un jeune con, un défiguré, et un type dont l’honnêteté semble aussi discutable que ma capacité à faire une lecture publique en bibliothèque. Presque aussitôt, David s’arrête de marcher en se posant à côté de moi, et je note à son expression que quelque chose cloche. Pointant sans honte les trois individus du doigt, je fais les présentations … Succinctes. Je lui ai déjà dit qui ils étaient, mais au cas où.

- Williame, Slick … … Et Krieg. Puis, mon doigt part cette fois vers le type qui m’héberge, alors que mes yeux vont vers les 3 malfrats. - David.
- Enchanté messieurs … Mais si vous voulez bien nous excuser une petite minute, répond le géant à côté de moi d’un ton un peu étrange.

Et la seconde d’après, il me choppe par l’écharpe, et me tire derrière lui. Dans la mesure où ce geste, auquel je n’ai pas vraiment été habitué, me surprend totalement et m’étrangle, je ne résiste pas vraiment, et le suit alors que nous … Ressortons dans la ruelle. Je mets moins d’une paire de secondes à sentir ma veste s’alourdir à nouveau et changer de teinte à cause de la pluie, et comme j’avais retiré mon couvre-chef, il en va de même pour ma tête et mes cheveux … Finissant par lui frapper la main pour qu’il me lâche, je recule d’un pas et le regarde dans les yeux en plissant les miens.

- T’es pas bien ? Je suppose que le fait que je sorte 3 mots de rangs, et la grimace que ça me fait tirer lui font un peu réaliser son geste, mais il n’a pas l’air particulièrement dérangé par ça, ni par l’eau qui lui ruisselle sur le crâne.
- Red. Deux de ces trois types sont comme moi. Je prends une seconde pour digérer l’info, mais ne fait même pas l’erreur de me tourner pour les regarder : ils ne doivent pas être visibles de toute manière … Sauf si l’un d’eux est sorti nous regarder. Ce n’est pas dur de deviner qui ne se transformera pas demain ou après-demain, de toute manière.- Tu savais ?
- Nope.
- … Bon. Viens.

Je cligne des yeux à deux reprises, et le regarde se retourner pour repartir … Il est sérieux ? Je secoue la tête en remarquant qu’il m’attend, et le rattrape en trois enjambées, maudissant cette météo. Je dois l’avouer, même si Krieg ne m’a pas semblé humain, je voyais la chose plus … Métaphoriquement. Lorsque nous rentrons de nouveaux, pas grand-chose n’a bougé : tout juste William a-t-il fait l’erreur de s’asseoir. Il va comprendre sa bêtise lorsqu’il se relèvera, sans doute … David, tendant son énorme paluche, serre des mains en prenant un sourire cordial presque naturel, pendant que je reste un peu derrière, perplexe. Je ne m’attendais pas à ça, non.

- Bien … Je suppose que vous l’avez remarqué, Red’ n’est pas très causante, - Pas toujours. que je coupe avec un petit sourire. Il reprend comme si de rien n’était :  … Mais elle a pris le temps de m’expliquer à peu près toute l’histoire … Et de m’informer du fait que vous vouliez me parler. Je suppose que dans les deux affaires, ce serait préférable que je joue l’interlocuteur … Sauf pour les questions en « oui / non », bien sûr. - Hun hum. - Maintenant, la question monsieur … Krieg, c’est bien ça ? Ce serait de savoir ce dont vous voulez parler en premier. Red’ … Mon pub … Ou autre chose.

Je me demande si William se rend compte qu’il est au beau milieux d’un groupe d’inhumains, qui même sans user de leurs « capacités » pourraient le tuer une bonne dizaine de fois chacun. Ou plutôt, je me demande si c’est à cause de ça qu’il tremble, ou du froid. Remettant ma barrette en place, j’élude la question … Ce n’est pas lui, la personne la plus importante, ici.
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Krieg
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Oui.
Absolument tout le monde.
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MessageSujet: Re: Une tête qui inspire la confiance ... [Krieg / Red'maw] [25/10/1841] Mer 5 Oct - 15:25

-Quel temps de chien.
Krieg ricana à l'entente de la réflexion du jeune Slick, qui fixait l'extérieur de l'entrepôt avec l'air blasé du type n'aimant pas la pluie.
-Pas étonnant que notre petit groupe soit de sortie, alors.
Personne ne répondit et un demi-silence tenta de s'installer, en faisant fi des clapotis de la pluie et des pitreries de William, qui tentait de s'asseoir sur un tas de taule sans déchirer plus qu'il ne l'était son manteau miteux. Une scène assez pitoyable en réalité, qui avait au moins le mérite d'occuper son esprit bien trop imaginatif. Après un court moment de flottement, Slick retira sa veste de cuir noir pour la jeter en direction du plus jeune du groupe. L'habit s'étala derrière ce dernier sans que le balafré n'y prête vraiment attention, le sol de l'entrepôt étant de toute façon moins sale que lui.
-Tu aurais dû le jeter cet après-midi. Souffla le chef de bande, les yeux rivés sur le tricot sans manche, partiellement blanc, et taché de sang, que son employé portait à même la peau.
-C'est ce que je voulais faire, mais je me suis souvenu que je n'avais plus de baillons, boss.
Krieg ricana et William l'imita, sans vraiment comprendre où était la blague...Ou même si il y avait une blague. Puis il entreprit de remonter la manche droite de son manteau, une énième fois. Le fouineur avait rejoint Slick et son chef une heure auparavant et son apparition avait instantanément causé une crise de rire aux deux tueurs. Soucieux de vouloir ressembler plus ou moins aux autres membres de la "bande" William avait volé le manteau qu'il portait actuellement à un grand type, sans vraiment se soucier du fait qu'effectivement, ce modèle-ci était pensé pour...Un grand type. Aussi traînait-il constamment derrière-lui vingt bons centimètres de tissu trempés par la pluie et la boue. Ca avait l'air exténuant. Slick, qui s'attendait à le voir abandonner au bout d'une dizaine de minutes, lui avait promit de l'arranger dans la semaine, pour qu'il ressemble enfin à autre chose qu'à un "gosse dans un costume d'adulte". La réflexion avait moyennement plut au concerné, mais ce dernier s'était contenté de hocher la tête en fixant ses manches trop longues. Les faits étaient là : On ne pouvait pas se battre en marchant sur son manteau.
-Il est à qui ? Manda justement le fouineur, brisant une nouvelle fois le silence s'étant installé dans le froid entrepôt.
-Quoi donc?
-Le sang.
-Oh.
Slick risqua un regard du coté de son chef, qui ferma les yeux pour lui donner son accord : Il pouvait en parler ici.
-Boyd et sa bande se sont entêtés.
-Vous les avez tous tués?!
Krieg ricana puis cracha quelque chose de noir, à ses pieds. Ca avait l'air d'être un mélange de sang et de salive. Le balafré, de son coté, balaya la zone du regard, comme si il s'attendait à voir des gardes débarquer par les trous des murs. William plissa les yeux. Ca se voyait que Slick était vraiment stressé. Parce que sa main droite s'était rapprochée de son couteau fétiche, celui accroché contre sa hanche droite, sous son tricot. Lorsque le malfrat voulait seulement intimider ou se donner un genre, sa main se posait plutôt sur le pommeau de la dague à sa ceinture. Chose étrange, pourquoi avoir peur ici?
-Calme toi Slick. Souffla calmement le chef de bande.
-Je ne l'aime pas.
-C'est parce que tu n'es pas habitué à sa présence. C'est comme ça entre loups. Krieg se passa la langue sur les dents pour se faire saigner un peu plus, comme à son habitude. William devina que son chef se préparait à s'égarer dans un long monologue. La méfiance animale, Slick. Lorsque deux loups solitaires se rencontrent, ils se méfient. Ici, c'est pareil. Une nouvelle preuve de la faiblesse du sang humain. Même lorsque la lune n'est pas pleine, notre instinct bestial prend parfois le dessus sur nos êtres...
-Excusez-moi de vous interrompre mais...vous les avez vraiment tous tués?
William fut surprit de constater que celui qui avait coupé son chef n'était autre que lui-même. Ses tempes se mirent à battre extrêmement rapidement, puis Krieg émit un nouveau ricanement.
-Non, bien sûr que non. Il n'y avait que Slick et moi contre...Hm. Environ trente des brutes de Boyd. Alors nous sommes parti en laissant tomber le paiement.
Le jeune homme haussa un sourcil, interloqué. Laisser tomber? Vraiment?
-Pourquoi alors...
-Tu te souviens de Jenna, la putain qui accompagne tout le temps Boyd?
-Celle avec un œil jaune et un œil bleu?
-Précisément. Maintenant elle n'a qu'un œil bleu.
William hocha la tête d'un air faussement détaché et Slick se passa le dos de la main gauche sur le front. Dehors, deux chats s'époumonaient à hurler dans le but d'impressionner l'autre, chose qui n'avait pas l'air de franchement fonctionner puisqu'ils persistaient depuis cinq bonnes minutes déjà. Hormis cela et l'abondante pluie, rien n'avait l'air d'approcher.
-Mais qu'est-ce qu'ils foutent !
-Il se méfie, comme toi tu méfies. C'est pour ça qu'il est ressorti. Je l'ai vu dans son regard.
-La seule chose que j'ai vu dans son regard, c'est de la peur, moi.
-De l'inquiétude, pas de la peur.
-Y'a une différence?
-Minime. Mais oui.
Slick s'immobilisa en voyant que les concernés s'apprêtaient à revenir dans l'entrepôt. En les voyant entrer, Krieg ricana puis pencha la tête sur le coté, patient sans en avoir l'air. Il fusilla tout de même du regard le patron de bar lorsque celui-ci vint serrer sa main, principalement pour faire comprendre que le faire attendre n'était pas forcément une bonne idée. Durant les salutations d'usages, le chef de la bande jeta un coup d'oeil en direction de Red. Son sourire avait l'air d'être un bon signe. Qu'il soit dû à sa nervosité ou à son amusement, ce rictus présageait -normalement- que la situation la sortait de son inexpression apparemment habituelle. La grosse voix du patron de la demoiselle le tira un instant de ses réflexions et, du coin de l'oeil, l'ancien mercenaire remarqua que Slick commençait à faire les cent pas, derrière-lui. Ce détail le fit sourire un peu plus. Le jeune fils de la lune agissait exactement comme sa propre personne, à l'époque où son âge se comptait encore en décennie, pas en siècle. Ca avait quelque chose d'assez amusant d'associer sa jeunesse à cette gueule cassée. William toussota, gêné par le silence de son chef, signe que cela devenait vraiment trop long.
-Hmmm...Hmmm. Souffla finalement Krieg en fronçant les sourcils, l'air profondément concerné. Une nouvelle minute de silence s'écoula lentement. Je ne sais pas. Où est-ce que tu chasses,  les soirs de pleine lune?
Ses deux comparses ricanèrent, mais seul le plus dangereux était réellement amusé. Le vieux loup se contenta de conserver son sourire de mauvaise augure.
-Le pub, bien entendu, je viens parler du pub. Le reste ne me concerne pas pour l'instant.
Nouveau silence. William se redressa un peu pour se gratter le cou vigoureusement.
-Les gars de ma bande ont besoin d'un endroit tranquille où se poser, dans le coin. Cracha finalement le chef de meute. Et j'ai besoin d'entrer en contact avec les bastonneurs des quais. Alors je me suis dis : Pourquoi pas faire d'une pierre, deux coups avec le Broken Jaw? En faisant de la cave de ton établissement l'une de nos planques, je  m'assure une petite rentrée d'argent et une entrée soignée parmi les gros bras de l'entrepôt. En fait, le mieux serait encore que ce soit toi ou Red qui m'introduise auprès de ceux qui s'occupent des pari.
L'ancien mercenaire marqua une pause, le temps que son vis-à-vis digère l'information. Le grand gaillard savait maîtriser ses expressions faciales, chose rare, pour un type avec un physique de débardeur. Mais il y avait des choses qu'il ne cachait pas. Comme ce furtif froncement de sourcil, lorsque les mots "rentrée d'argent" avaient été prononcés. C'était donc de ce coté que ça gênait. L'éthique, le fait d'être associé à une bande de salopards, ça n'avait pas l'air de le toucher. Voilà qui simplifiait pas mal de chose.
-Soyons plus clair : je ne prend pas en compte que mon intérêt personnel, cette...Association nous serait bénéfique, à tout les deux. En établissant une planque dans ta cave, ou ton grenier, qu'importe, je t'assure l'afflux d'une nouvelle clientèle fidèle et, pour la plupart, fichtrement portée sur la bouteille. De plus, ceux que j'affecterais à la surveillance ne seront pas des soudards incapable de se tenir mais bien de fidèles et discrets bouffeurs de chairs qui, en plus de ne jamais te gêner, se feront une joie de s'assurer que personne ne dérange ta clientèle lambda. La sécurité de ton établissement sera doublée. C'est donc normal que je demande un petit pourcentage, pas vrai?
Krieg étouffa un ricanement en constatant que sa plaidoirie semblait si grotesque que même William n'avait pas l'air convaincu.
-Un peu plus sérieusement, je te demanderais quinze pourcent tout en forçant mes gars à payer à chaque consommation. Tout en forçant nos futurs associés à payer. Tout en défendant le Broken, ses employés et ses clients.
-Ce que le boss veux dire, en fait. Le coupa Slick, en souriant nerveusement. C'est qu'il va pouvoir récupérer une partie de la paie de ses propres hommes grâce à ces quelques pourcentages, tout en leur faisant croire qu'ils gagnent à surveiller cet endroit...
Krieg ouvrit la bouche pour protester...Mais finit par se raviser.
-C'est exactement ça, huhu. Mais c'est pas tout. Au final, avec tout ce nouveau peuple dans ton bar, même en soustrayant mes quinze pourcent, tu gagnerais plus qu'avant, si mes calculs sont bons.
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Red'maw
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MessageSujet: Re: Une tête qui inspire la confiance ... [Krieg / Red'maw] [25/10/1841] Mer 19 Oct - 23:56

J’ai envie de faire comme William.

Je ne sous-entends pas par là « ruiner un manteau de toute manière trop grand pour moi », mais juste m’asseoir. J’ai passé la plus grande partie de mon après-midi à valser entre les tables avec des plateaux sur les mains, et de ma soirée à nettoyer la grande salle de nombre de choses peu glorieuses que pourraient y avoir laissé les clients : je commence à avoir les jambes fatiguées. Bon, soyons honnêtes : ce n’est pas comme si je risquais la moindre courbature demain matin. Peut-être un léger manque de sommeil. Je force, ces derniers temps … bah. William est bien assit, lui, pourquoi pas moi ? Je ferme les yeux, mon propre manque de sérieux me contraignant légèrement. J’insiste sur le « légèrement ». Je finis par rouvrir les paupières lorsque Krieg reprends la parole, et remarque seulement à quel point il a attendu avant de le faire. Une blague. Une blague spécifique. J’ai un soupçon d’appréhension. David va réagir … ? non. Enfin, une réaction à la David. Relativement inexpressif, mais je vois ses épaules se relâcher légèrement quand les deux ricanent. Subitement, je me demande ce qu’ils font là. L’un d’entre eux du moins … Red’Maw, ma fille. Ce sont des truands. Ils ne te font pas confiance, pas plus qu’à l’homme à côté de toi. C’est normal de venir à plusieurs, dans ce genre de cas … Même si, dans le pire des cas, William ne servirait franchement à rien. Mais je doute qu’on en arrive là.

Ensuite, ça parle du pub. Forcément, je me sens concernée, et pas qu’un peu … Mais la discussion me perd rapidement. Regardant les tôles sur lesquels tombent la pluie, je m’interroge. Est-ce qu’il reste à manger pour nous, à la taverne ? J’aimerais grignoter, en rentrant. Vu le temps, hors de question de traîner dehors. Un rat traverse l’entrepôt, rasant un mur éloigné. Je tourne de nouveau la tête vers le trio lorsque Slick prend la parole. Son expression me donne envie de grincer des dents, mais je m’efforce de rester neutre. Enfin, je m’efforce … je n’ai pas trop à forcer pour dire à mon visage de ne rien faire. Je tourne les yeux vers Krieg. Il n’a pas l’air d’apprécié d’être coupé dans sa phrase par son suivant. Est-ce qu’il va le frapper ? Finalement non. Dommage. Mon regard est un instant attiré par un corbeau qui se pose à côté d’une fenêtre cassée. Secouant son plumage trempé, il essaie de se cacher de la pluie. Il me rappelle Aylith … tsss. Probablement parce qu’elle a un corbeau en elle … si j’ai bien tout compris. Mince, de quoi on parle déjà ? David n’a pas encore pris la parole … Ils comptent le jouer longtemps, le coup du « je mets à chaque fois 15 minutes à te répondre » ? Ah. Il sourit. Ça, ça veut dire qu’il s’amuse … à sa manière. Que je ne comprends pas. Enfin … pas très bien.


- Mhhhh … Et là, c’est le moment où je dis : “c’est très intéressant ce que vous me proposez là … Mais … » … … Et il se tourne vers moi en attendant que je lui donne la réplique. C’était bien ce que je disais : il s’amuse.
- Maiiiiiiis ? que je finit par pousser, en lui rendant son regard.
- Mais. Laissez-moi vous raconter une histoire, Krieg. Oh nom de … - Il y a … 12 … il lève les yeux au ciel comme si il faisait un effort considérable pour se souvenir. - non, 13 ans. Il y a 13 ans, un jeune type pas beaucoup plus grand que Slick débarque dans le quartier irlandais, et monte un pub. J’étais déjà installé depuis 10 ans : autant vous dire que ça m’a fait étrange de voir ma clientèle baisser de moitié. Je me renseigne … Bon. Je suppose qu’il sous-entends par là qu’il a su pour le jeune type, parce qu’il ne détaille pas plus que ça. - Je laisse couler. Le temps passe … Quelques semaines, peut-être mois après, je vois des clients revenir. Pas un ou deux en plus tous les soirs … Presque … Presque tous ceux qui avaient déserté d’un coup, en fait. Alors je me renseigne, à nouveau. Nouveau sourire. Ca me rappelle celui qu’il a eu, ce jour où les policiers étaient descendu au broken … Une histoire de mec disparu, je crois … je ne sais plus. Mais c’était juste après une nuit complète passée sur les docks, et David ne cicatrice pas forcément aussi vite que moi … alors forcément, c’était très louche. Mais il s’était contenté de sourire, comme maintenant … avant d’expliquer plus ou moins directement qu’ils pouvaient fourrer le nez dans leurs propres affaires. J’espère qu’il ne va pas refaire la même. - Et l’info est pas très dure à chopper : elle est sur toutes les lèvres. Le jeune type s’était acoquiné avec un groupe, qui « protégeait » son bar. Normal : un concurrent un peu déloyal aurait pu vouloir le faire brûler « par accident », vous connaissez sûrement la musique. Bref … Le groupe qui protégeait son bar, un soir, a pris en grippe un client qui, en fait, avait surtout trop bu. Pas le genre méchant, mais méchamment con quand il est bourré. Et le client s’est fait planter à cause de ça. Tellement peu loin de la sortie que le lendemain, le jeune type a fait salle quasi-vide. Le temps que la nouvelle se répande, elle était totalement vide, et maintenant le jeune type a un œil en moins, traîne sur les docks, et est en permanence tellement murgé qu’on ne comprend rien de ce qu’il raconte.

Je baille. Visiblement, ça coupe David dans son discours. Sans que je sache pourquoi, j’en suis … satisfaite. Un peu. Je hausse les épaules en le regardant : il doit être 2h du matin, j’ai une tête d’ado, j’ai bossé toute la journée et il vient de raconter une histoire. Il s’attendait à quoi ? Et maintenant, il attend quoi ? Visiblement, ça doit venir de moi, vu que ses yeux noirs sont toujours rivés sur mon visage. Je finis par lâcher un soupire, et par regarder ailleurs, fourrant un peu le nez dans mon écharpe.

- Et ensuite ?
- … Et ensuite, rien. Mais tout ça pour dire que les “protections” de ce genre … Je m’en passe. Et du coup, vos 15 pourcent … ça va pas se faire non plus. Le broken jaw accepte tout type de clientèles, et de manière générale, les rares problèmes que j’ai eu … moi ou la petite blonde à côté de moi, on a généralement suffi à les régler. Donc ça peut marcher pour que vos hommes passent … Mais je ne vous refile pas 15% de mes bénéfices pour qu’ils protègent quelque chose qui n’en a pas besoin.

Je hausse un sourcil. Il est malade ? Ah … non. Vu son sourire, il continue à jouer. Je suppose qu’il a jamais rien incendié en jouant avec les braises, ou des allumettes. Dommage. Mais bon, qu’il continue … Après tout, tant qu’on lui laisse le temps de continuer.

- “Mais” … ah, merde. J’ai loupé celui-là. - je ne suis pas du genre à faire perdre leur temps aux gens, et encore moins à gaspiller le mien. Alors laissez-moi vous raconter une autre histoire, beaucoup plus courte. Celle des taxes. De base, je ne suis pas anglais. Et je n’ai rien contre cette chère Victoria, mais ça me fait mal de devoir lui verser un denier à chaque fois que j’achète de quoi faire tourner mon commerce. Surtout que je lui en verse souvent, et pas mal. Alors voilà le deal que je vous proposerais, plutôt. Je connais des gens qui font de la contrebande. Le problème, c’est que je leur revient pas, comme acheteur.

Si j’étais un « gros client », genre un de ces pubs de bourgeois où les clients entrent pour parler affaire, et dînent de je ne sais quels mets raffinés en buvant le fin du fin … Et surtout, si je vendais la bière importée d’Irlande 5 fois ce qu’elle vaut, il n’aurait aucun problème à me vendre la sienne. Mais, pour des raisons obscures, la dernière fois que j’ai voulu « faire affaire », je me suis fait raccompagner à la porte. Ça doit être ma gueule, l’emplacement de mon pub, ou mes arguments, je ne sais pas … Mais j’ai un truc qui cloche. Donc, voilà ce que je te propose. Je t’indique qui il est, où tu le trouves, et comment tu entres en contact … « de la bonne manière » avec lui. Et tu t’arranges pour me négocier un contrat qui me permettrait de m’approvisionner pour bien moins cher.

Et là, je n’ai pas les chiffres en tête, comme ça. Mais je pense que si je calcule bien, entre le surplus de clientèle et la baisse de coût pour le ravitaillement … Je dois pouvoir … « partager », en échange de ce service, jusqu’à 20% de ma recette. Tu n’as pas à m’assigner de gardes. Je te permets de récupérer un peu plus de la paie de tes hommes.


Et voilà … Lui tout craché. Je ne sais même pas si je suis vraiment surprise. Le corbeau ne bouge plus … je suppose qu’il dort. Me frottant les bras sous mon manteau, je balance d’un pied sur l’autre. J’ai des fourmis dans les jambes. Il fait froid, ici … la faute à la pluie. Elle ne veut pas se calmer. David continue d’échanger encore quelques instants sur sa proposition encore plus juteuse de contrat, mais je n’écoute pas les détails : il connaît son affaire, et sait la gérer. Je suis presque un peu surprise qu’il n’ait pas déjà commencé à tenter de sympathiser plus que ça avec le … … j’ai un doute. Comment je peux qualifier Krieg ? Tout sonne … à côté. Comme si à chaque fois, il fallait pire. Bon … Sympathiser avec le monstre ? Oui, ça paraît bien. Un monstre, donc … et ce qui m’étonne, c’est qu’il ne tente pas de faire ami-ami avec. Je sais qu’il n’en tirerait probablement pas grand bénéfice. Non, ce qui lui plairait, dans ce genre de choses … ce serait le frisson du danger. L’amour du risque. Mettre sa tête dans la gueule du loup … en en étant un soi-même, cela dit, le danger est un brin plus relatif, je suppose. Mon attention est brusquement retenue lorsque j’entends mon nom dans la discussion.

- ‘maw pourra toujours vous - Hein ? - … content de voir que tu suis. Donc, je disais … Red’Maw pourra toujours vous accompagner, pour les types qui gèrent le club comme pour le contrebandier … Vu qu’elle va faire du temps partiel pour vous. Par contre … Il y a un détail qui vient de me revenir. Red’ ?
- Moui ?
- Tu leur a dit ?
- Dit quoi ? Je pose la question honnêtement en plus : j’ai vraiment de plus en plus envie d’aller dormir. Il roule des yeux dans les orbites, comme s’il voulait regarder au ciel puis aux enfers le plus vite possible, et je réalise. Retroussant les lèvres, je montre les dents de requin, posant un doigt dessus. - Oh. Ca ?
- Oui, “ça” … ça me semble quand même plutôt important à mentionner, non ?
- Ouaip … mais non.
- Non … Tu n’as rien dit.
- Nope.

Il éclate de rire. Un bon gros rire bien franc, qui lui colle parfaitement : le rire d’un type honnête qui trouve quelque chose vachement drôle. A vrai dire, je trouverais presque ça amusant aussi … « presque ». Il secoue la tête et s’excuse au bout de quelques secondes, se massant le visage avec sa main, avant de regarder les trois. Je suppose que pour eux, ça ne doit pas avoir beaucoup de sens. Encore que. J’ai un comportement encore moins humain qu’eux, quand j’y réfléchis bien … mais ça ne m’a pas trahi trop souvent, ces dernières années.

- Désolé … Enfin … En même temps, dans la mesure où elle ne savait pas que vous aviez un… hmmm … Disons, « cycle menstruel », ça ne m’étonne pas qu’elle ait gardé les lèvres closes. Mais je suppose que vous aviez dans l’idée de la mordre, à un moment ou un autre, peut-être ? Peut-être pas remarque … Si c’est le cas d’ailleurs, tant mieux. Ça ne marcherait pas. Mais elle expliquera ça mieux que moi.

Si je le pouvais, je sortirais un « la bonne blague ». Mais c’est un mot de plus que ce que je peux dire à la suite. Je déteste mon cerveau.
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Krieg
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Date d'inscription : 19/12/2015
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Race : Loup-garous, indubitablement
Classe sociale : Âme errante. Je n'existe pas aux yeux de votre société, vermine humaine.
Emploi/loisirs : Chasse à l'homme
Age : 334
Age (apparence) : La trentaine passée.

Proie(s) : Tout le monde.
Oui.
Absolument tout le monde.
Résistance mentale : 5/5 de résistance mentale.
MessageSujet: Re: Une tête qui inspire la confiance ... [Krieg / Red'maw] [25/10/1841] Jeu 20 Juil - 19:33

Dès que le silence s'était jeté sur leur conversation, Krieg l'avait chassé en entrechoquant vivement ses mains l'une contre l'autre. Assez violemment pour que William sursaute et que Slick cesse de faire les cent pas derrière-lui. Le vieux loup souriait en applaudissant, sans grande surprise d'ailleurs. Il souriait, riait même de temps à autres, sans s'arrêter de frapper ses mains. Une scène pas si troublante que ça, au final, en tout cas pour ces témoins si...Particulier. Mais une scène qui dura tout de même deux longues minutes.
"-Boss?"
Krieg cessa d'applaudir pour se tourner vers l'auteur de cette interruption : Slick, qui l'observait, la tête légèrement penchée sur la droite, avec son air impatient de chien fou.
"-Hm? Je pensais que répondre tout de suite de vive-voix à nos nouveaux associés risquaient d'aller à l'encontre de leurs habitudes, du coup j'ai simplement voulu temporiser."
Slick ouvrit la bouche pour répondre...Puis se ravisa. Son chef lui accorda un discret et incompréhensible mouvement de menton, puis fit volte-face pour de nouveau river son regard dans celui du grand aubergiste.
"-Avant toute chose : Me permets-tu quelques instants?"
En réalité, Krieg n'attendit pas la réponse pour se diriger vers Red'Maw. Une fois sa question posée, il sembla glisser littéralement jusqu'à la demoiselle, pour ensuite se pencher délicatement vers elle et...Sentir son visage. Littéralement. Slick fronça les sourcils. William émit un toussotement gêné en se demandant si une bagarre risquait d'éclater...Mais Krieg persista, ses sourcils froncés et son regard presque sérieux trahissant une indubitable concentration.
Quelques instants relativement gênants plus tard, l'ancien mercenaire cessait de renifler bruyamment pour se redresser, en pinçant au passage le nez de Red. Cette dernière découvrit aussitôt ses dents en affichant une grimace de désapprobation que son "pinceur" détailla avec sérieux en croisant les bras.
"-C'est pas des crocs de vampires à première vue...Et, sauf si mon odorat a soudainement disparut, t'es pas l'une des nôtres. Du coup je sèche. Je n'ai encore jamais croisé d'humain naturellement immunisé à notre don. Hmmmmm."
Court silence. William et Slick échangèrent un regard chargé d'incompréhension.
"-Peut-être une création originale? Oh ! Le nom de l'illustre Alchimiste Richard Von Klinge te dis quelque chose? Hm. Visiblement non. Trop jeune sans doute.
-Boss?
-Chut. C'est important. Le plus plausible reste le fait que tu sois une création alchimique, donc. Qui l'eût crut? Je ne pensais pas pouvoir un jour parler avec l'une d'elle. Jusqu'à maintenant je n'ai jamais réussi à reconnaître un phénomène de ton genre vivant. Oh ! Il faudra que je te présente au doc'.
-Boss !"
L'intéressé cessa son avalanche de parole.
"-Oh pardon."Le regard de Krieg traversa la pièce pour se poser sur Slick, qui affichait désormais ouvertement le fait d'avoir dégainé l'une de ses lames."Oui, non, ranges ça. On ne le tue pas, il est avec nous."
William émit un soupir de soulagement si fort que l'unique mèche de cheveux de son comparse meurtrier en fut soulevée. Ce dernier s'exécuta en rengainant sa dague, puis décida qu'il était temps de se détendre. Alors, sans un mot de plus, il s'assit par terre. Son chef quitta la jeune chimère pour retourner vers ce gros costaud d'aubergiste et lui taper sur l'épaule.
"-C'est foutrement généreux, tout ça, coco. Ca laisse présager une fameuse association, tu sais? Je te serrerais bien dans mes bras mais...Non...Hm. J'ai l'impression d'oublier quelque chose, là."
Slick se retint d'émettre un claquement de langue agacé en constatant que son boss recommençait son petit manège. Dans n'importe quelle autre condition...Non. Avec n'importe qui d'autre, à la tête de sa bande, le balafré n'aurait même pas pensé à cacher son ennui, son mépris, pour toutes ces fastidieuses négociations. Mais avec Krieg...C'était différent. Le jeune chien fou voulait prouver au vieux loup qu'il le respectait. Que, même si il ne le comprenait pas vraiment, il le suivrait jusqu'au bout. Pas par peur...Ou même par admiration. Non, en réalité...Ce qui le forçait, d'une certaine manière, à suivre son chef, c'était quelque chose de bien plus primaire qu'un simple sentiment. Ca venait de son sang de loup. Celui que Krieg lui avait offert en reconnaissant ses capacités.
C'était l'esprit de meute.
Alors Slick s'éclaircit la gorge et dit, comme son chef l'attendait :
"-Les quais, boss."
Krieg hocha la tête vivement, plusieurs fois.
"-Les quais, c'est ça. Il ne faudrait pas oublier le coup de me présenter aux gros costauds des quais, hein? C'est un détail qui a son importance, tout de même. Les combats, les paris, y'a rien de mieux pour trouver de nouveaux employés. Pour se faire encore un peu plus de fric. Et pour se faire un nom."
Nouveau silence.
"-Mais qu'importe, on verra ça plus tard j'imagine. Maintenant, ce qui compte...C'est de savoir."
Lentement, Krieg fit volte-face pour se diriger vers le siège improvisé de William. Ce dernier se leva aussitôt pour lui laisser la place, en manquant de trébucher sur son propre manteau. Une fois installé, le lupin continua.
"-Dis-moi, très cher associé. Dis moi tout ce que tu sais... sur celui qui t'a manqué de respect."

†††

"-Boyd arrive boss."
Long soupir. Le vieux loup résista à l'envie de se lever du siège pour accueillir ledit Boyd à coup de surin. Il n'était pas assez irréfléchi pour céder à une telle tentation. Mais son esprit restait assez vicieux pour l'envisager.
"-Ils sont nombreux?"
Slick poussa un peu plus les vieux rideaux de l'unique fenêtre illuminant ce qui lui servait de "planque". L'équivalent d'une petite chambre, dans laquelle il avait empilé toutes ses pauvres possessions. Un siège en cuir au dossier ouvert –celui sur lequel se trouvait son patron actuellement-, une poêle à frire couverte de suie, un seau métallique constamment remplie d'eau de pluie, un tapis en laine presqu'aussi infesté de puce que le matelas qui se trouvait au-dessus de lui et...Environ une dizaine de vêtement dépareillés, aux doublures et aux poches remplies d'objets rouillés, pointues ou coupants.
"-J'dirais qu'ils sont dix. Peut-être plus."
Krieg haussa un sourcil en entendant son sous-fifre pouffer.
"-Hm?
-Jenna est aux bras de Boyd. Ils lui ont foutu un bandeau sur l’œil."
Les lèvres du vieux loup se retroussèrent en un affreux sourire.
"-Quel œil?"
Le duo de tueur rit cruellement. Puis Krieg passa sa main sur l'accotoir droit de son siège en fin de vie.
"-Comment fais-tu pour vivre là-dedans?
-Je survis, boss."
L'ancien mercenaire secoua la tête. Calmement, il attrapa une puce venant d'atterrir sur la manche de son manteau et l'écrasa entre ses ongles.
"-Il va falloir changer ça. Le sang de loup ne te protège pas des puces, au contraire. Fais-les entrer. Pas plus de quatre.
-Ok."
Slick ouvrit la fenêtre pour recracher sèchement les instructions de son chef au visage des nouveaux arrivants. Les casseurs de la bande de Boyd plissèrent des yeux en entendant le ton employé, mais personne ne tenta quoique ce soit de stupide. Quelques secondes plus tard, Boyd et sa trainée annonçaient leur entrée en faisant grincer l'antique porte en bois de la planque.
Le premier arrivant ne pouvait être autre chose que l'équivalent d'un garde du corps pour Boyd. A peu près aussi large d'épaule que la porte d'entrée, l'air particulièrement énervé... Son nez écrasé, ses petits yeux de teignes, éternellement plissés, et son large front, laissaient d'ailleurs penser qu'il avait un quelconque lien de parenté avec son chef, qui partageait, hélas, les mêmes traits, forts peu séduisants. A la suite du grand costaud venait l'éternelle petite fouine dont Krieg avait oublié le nom, mais pas la gueule. Ce semi-homme, d'un peu moins d'un mètre cinquante, avait été catapulté au rang de conseiller et ami proche du chef de sa bande après le coup de foudre de ce dernier pour...Sa soeur, Jenna. Cette raclure avait vendu sa propre sœur à un espèce d'imbécile psychotique. Et celui-ci l'avait remercié en le faisant devenir son conseiller.
Même pour Krieg, c'était un raisonnement incompréhensible. Comment pouvait-on ne serait-ce qu'imaginer que ce genre de sous-homme connaitrait un jour le sens même du mot "loyauté"? Ca le dépassait. Le répugnait. Presqu'autant que le regard faussement amical que la fouine lui lança dès qu'elle fut suffisamment proche.
Bien entendu, les deux derniers arrivants débarquèrent bras-dessus bras-dessous. Boyd lui-même et Jenna. Le premier, grand et un peu gras. La deuxième, petite, frêle...Et visiblement droguée. Le pansement qu'elle avait à la place de l'œil que Slick lui avait prit, deux jours auparavant, avait l'air relativement propre. Malgré ses bords tachés de sang.
"-Quel endroit répugnant." Gronda le chef de gang, en guise de présentation.
Krieg acquiesça en rivant son regard sur celui du grand garde du corps, sans pour autant se lever de son siège.
"-Salutations à toi-aussi, Boyd. Tu as réfléchi à notre petit arrangement?"
L'autre cracha dans la poussière à ses pieds.
"-Oui. Ce n'est pas un arrangement, fils de putain. Tes méthodes sont aussi dégueulasses que cet endroit. Ou la sale gueule de ton petit chien."
Slick adressa un grand sourire au chef de gang et Krieg ricana.
"-Venant d'un chef de gang qui culbute un demi-visage depuis deux jours, c'est pas très crédible, coco."
Le regard de Boyd s'enflamma.
"-T'es vraiment qu'un sale fils de putain.
-Hmmmm." D'un mouvement de la main droite, le vieux loup l'encouragea à continuer.
"-...Mais on te suivra...Mes hommes sont les tiens, désormais. Tant que tu respectes le marché."
Le sourire de Krieg réapparut, gagnant en intensité, et Jenna, qui l'évitait pourtant du regard, se mit à trembler.
"-Bien sûr, huit pourcents, c'est ça?
-C'était dix !
-Oui, mais tu as mis deux jours pour te décider.
-Espèce de..."
La pute borgne murmura quelque chose à "son aimé". Et Boyd se tut un court instant...Avant de hocher la tête.
"-Va pour huit pourcents."
Krieg frappa ses mains l'une contre l'autre, brutalement. Si bien que même le garde du corps sursauta. Puis il se leva de son siège pour se diriger vers la porte d'entrée.
"-Suis-moi, veux-tu? Allons officialiser tout ça."
Dehors, les autres gros bras attendaient, rassemblés autour de la planque. Elle se trouvait dans les landes, bien entendu. Vu de l'extérieur, ce n'était rien de plus qu'une ancienne cabane de chasseur laissée à l'abandon. Et, après tout, au final, ce n'était guère plus. La planque avait été construite quelques décennies plus tôt, entre deux petits arbustes insignifiants. Désormais, lesdits arbustes, devenus de robustes chênes, projetaient leur ombre au-dessus d'elle tandis que leurs jeunes pousses l'encerclaient toute entière. Une ruine de cabane de chasseur, perdue au milieu de la végétation...Et servant de refuge à un loup-garou. En ajoutant à cela un ciel gris et un discret brouillard planant tout autour, on aurait pu obtenir un sinistre tableau. Mais le ciel était bleu, dépourvu du moindre nuage. Et l'air était sec. Alors le sinistre passait aux oubliettes, pour laisser place au pittoresque.
Ce qui, en réalité, était un peu gênant, selon Krieg.
"-Bon, Boyd, tu te dépêches?"
Le concerné se détacha des bras décharné de sa catin pour sortir à son tour.
"-Bien. Genoux à terre maintenant.
-Quoi?"
Krieg leva les yeux au ciel.
"-Genoux à terre. Je veux que tu prêtes serment, bon sang. Je veux que tu t'humilies devant tout ces gars, qui te respectent et ont peur de toi. Pour qu'ils comprennent qui est le boss, maintenant.
-Je ne...
-Tu aurais pu discuter mes conditions si tu avais fermé ta grande gueule, il y a deux jours. Pas maintenant."
Boyd balaya du regard l'assemblée. Ses yeux se posèrent sur chacun de ses hommes. Et aucun d'eux ne parvint à soutenir son regard. Alors, le chef de gang soupira...Puis plia, lentement, douloureusement, l'un de ses genoux, pour s'incliner face à son nouveau dirigeant.
"-Parfait."
Le coup fut trop rapide, trop précis, pour que Boyd ne le remarque. Le couteau s'enfonça profondément dans son poumon droit, puis remonta lentement, pour creuser un tunnel de chair et de sang jusqu'à son épaule. Entre temps, Slick s'empara de la scie rouillée, planquée sous sa fenêtre, pour la planter en plein milieu du crâne du garde du corps estomaqué, qui se révéla assez entêté pour mourir debout. Jenna poussa un glapissement de terreur et de désespoir. Et la fouine resta sans bouger.
"-Gardes les yeux ouverts, improbable, stupide, énorme fils de pute." Souffla Krieg en rattrapant le corps de sa victime qui tombait à la renverse. Son venimeux regard croisa celui de Boyd,  gorgé de peur, de douleur. Et le vieux loup tourna vicieusement sa lame dans la plaie."Regardes-moi. Je suis la dernière chose que tu vas voir dans ta misérable vie. Et, crois-moi, il n'y en a pas d'autre."
La lame se retira de la chair pour s'y replonger aussitôt, libérant une nouvelle rivière de sang. Elevant la voix, le mercenaire s'adressa aux hommes rassemblés autour de lui :
"-Je trucide actuellement votre chef. Personne ne veux m'arrêter?"
Personne n'osa répondre. A part la plus frêle de la bande.
En poussant un ultime cri de rage, Jenna parvint à se libérer des frêles bras de son frère pour tenter de se précipiter sur son homme à l'agonie.
Slick l'en empêcha en lui brisant la nuque. Avant de se tourner vers l'horrible fouine. Le vieux loup l'arrêta sans quitter des yeux Boyd.
"-Pas lui coco. On va en avoir besoin."
Sa victime se tortilla faiblement, visiblement plus préoccupé par le fait d'échapper au regard qui buvait sa douleur que par celui de survivre à la lame qui déchirait sa vie.
"-Ta copine vient de mourir. Et je suis en train de te tuer. Qu'est-ce que tu dis de ça, hm?"
La réponse vint sous la forme de quelques pitoyables soubresauts. Puis Falmer Boyd dit "Le nerveux" décida qu'il était temps de mourir.
Son assassin laissa le corps tomber à ses pieds, se redressa en léchant le sang qui ornait ses mains, puis scruta l'assistance autour de lui. Un petit gars avec un bandage couvert de suie sur le bras droit se dépêcha de mettre les choses au clair :
"-On a comprit le message, boss."
Le concerné souffla du nez.
"-Ah, il y avait un message?"
Court silence. Slick se mit à rire.
"-Je plaisante. Slick, approches–toi s'il te plait." Après quelques secondes d'hésitations, le loup ajouta, à l'attention de la fouine tremblante :"Toi aussi...Truc."
Le chien fou s'exécuta en enjambant le corps de la malchanceuse qu'il venait de tuer, trop rapidement à son goût. La fouine le suivit, sans cesser de trembler...Et manqua de sursauter lorsque Krieg se faufila entre lui et Slick pour passer ses bras autour de leurs cous.
"-Bon, de deux choses l'une. Tout d'abord, dites bonjour à votre nouveau supérieur direct : Slick, à ma gauche."
Ledit nouveau dirigeant hoqueta de surprise mais son chef ne lui laissa pas le temps de répondre.
"-Je suppose que votre ancien boss avait une baraque bien à lui?"
Personne ne répondit. L'ancien mercenaire resserra un peu plus sa prise autour du cou de la fouine tremblante.
"-Truc?
-Oui ! Oui oui oui. Il a une maison. Avec plusieurs chambres. Une cuisine. Et deux cheminées.
-Bien. Tout le monde, vous êtes d'accord pour que Slick soit votre chef?"
Si quelqu'un ne l'était pas, il se garda bien de le faire savoir.
"-Paaaarfait. Maintenant, si l'une de vos putes fait mal son boulot, vous en parlez à Slick. Si l'un de vos potes prend un peu plus que sa part, vous en parlez à Slick. Si une autre bande vous manque de respect, vous en parlez...Enfin vous comprenez, quoi. Maintenant... Machin?"
La fouine trembla un peu plus.
"-Je veux que tu mènes ton nouveau supérieur à la baraque qui lui revient de droit. Et je tiens aussi à ce que tu le mettes à jour. Je sais que c'est toi qui t'occupes du registre de vos petites...Employées. Si j'interroge Slick demain, je veux qu'il puisse me dire où se trouve chacune de vos catins, qu'elles soient à Whitechap' ou même dans les égouts. Compris?
-Parfaitement."
Krieg le toisa jusqu'à ce qu'il se sente obligé de baisser les yeux. Cela prit un peu moins de trois secondes.
"-Tant mieux. Vous pouvez disposer mesdames."
Les dames disposèrent donc. Sans hésitation. Sans même montrer le moindre signe de désapprobation. Intérieurement, l'ancien mercenaire poussa un long soupir de déception. C'était trop facile. Les protestations allaient prendre la forme de revanches anonymes dans les semaines à venir. Faute de pouvoir l'atteindre, lui. Ils mettraient des petits coups dans le dos de Slick en espérant qu'il le tiendrait responsable du désordre. Peut-être quelques bagarres, un ou deux meurtres...Foutus poltrons.
A moins que cette bande-ci ne se soit suffisamment ramollie pour vraiment accepter son nouveau patron sans rechigner. Ce qui, en réalité, serait presque pire, finalement.
Il relâcha finalement son étreinte, laissant la fouine et Slick s'écarter un peu. Le premier s'écarta rapidement pour s'accroupir auprès du cadavre de son ancien patron, dans le but de lui faire les poches...Et le deuxième se tourna vers son chef.
"-C'était prévu, ça?"
Krieg haussa les épaules.
"-Pas vraiment, l'idée m'est venue en voyant le taudis qui te servais de baraque. Même William vit mieux que toi. C'est un peu triste. Pourquoi? Tu n'aimes pas?
-Sisi...C'est juste un peu soudain, quoi."
Le mercenaire souriant tapa dans le dos de son assistant balafré.
"-Les surprises, c'est important dans la vie fiston. Allez va, maintenant. T'as encore du boulot."
Slick ne se fit pas prier. Après un rapide hochement de tête, le balafré se dirigea vers la fouine, l'attrapa par le col pour l'inviter à passer devant lui via un vif et douloureux coup de pied dans le dos. Le pitoyable bonhomme s'exécuta ventre-à-terre en s'humiliant à grands coups d'excuses et de piaillements incompréhensibles.
Krieg les observa partir, ses mains tâchées de sang à moitié enfoncées dans les poches de son pantalon gris, usé et troué au niveau du genoux droit. Le mercenaire demeura parfaitement immobile jusqu'à ce que son sous-fifre disparaisse de son champ de vision. Il fit volte-face dès que ce fut chose faite pour se trainer jusqu'au gros cadavre de Boyd et s'accroupir près de lui.
"-Z'êtes en avance de dix minutes les enfants." Souffla-t-il à l'attention des deux formes qui l'observaient, planquées derrière un des deux chênes encadrant la baraque. "Mais c'est pas grave. Venez me filer un coup de main."

Red'Maw fut la première à sortir de sa planque. Sans doute parce qu'à l'inverse de William, elle n'avait pas vraiment essayer de se faire discrète. Son avancée silencieuse sembla d'ailleurs encourager le fouineur, qui osa faire un premier pas dans la direction de son patron quelques secondes après la dame. L'air profondément pitoyable, le souffle court, il marmonna quelque chose dans le but de s'excuser d'une voix bien trop fluette pour que Krieg n'y prête la moindre attention.
"-Au moins vous avez trouvé rapidement. J'ai dû chercher ce coin pendant une demi-heure, ce matin. 'faut dire qu'il y avait un peu plus de brouillard. William, veux-tu m'aider à trainer ce foutu déchet dans la baraque?"
L'intéressé répondit en tombant à genoux pour régurgiter son déjeuner. Le loup-garou leva les yeux au ciel.
"-Comment t'as fais pour survivre jusque là fiston?"
Entre deux bruyants hoquets, l'intéressé parvint à placer :
"-Je ne...Tuais personne."
Le chef de bande secoua négativement la tête, partageant ainsi tout le mépris qu'il ressentait à l'égard d'une existence sans meutre ni combat. Puis il attrapa les deux bras du cadavre à ses pieds et entreprit de le tirer en arrière.
"-Je finis ça et on est parti, du coup. Tu vas pouvoir suivre le rythme de la dame coco?"
William hocha la tête vivement.
"-Je suis pas en mousse non plus...Je veux toujours...Je peux toujours venir.
-Ah mais quel fils de..." Grogna le mercenaire à l'attention  du macchabée en relâchant les bras de ce dernier pour se masser le dos. "Comment est-ce qu'une nana aussi fine pouvait se faire un truc aussi gras? Il pèse une tonne !" Constatant que son sous-fifre affichait une mine confuse, en ayant sans doute prit l'insulte pour lui, il pencha la tête sur le coté. "Ouai, tant mieux. Plus on est de fou plus on rit, héhé...Red', je sais que c'est pas très galant, mais pourrais-tu me filer un coup de main? Je suis prêt à parier que tu soulèves plus que l'autre oiseau, là.
-Hé!"
Ledit volatile se redressa d'indignation, au mépris d'un vertige qui manqua de le faire retourner au sol. Krieg ricana.
"-C'est l'esprit coco." Sourit-il. "Oh, Red. Ton problème de blabla dont parlait ton patron, hier, il est physique ou psychologique? Tu risques pas de nous faire une syncope en plein milieu des négociations, hein?"
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Red'maw
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MessageSujet: Re: Une tête qui inspire la confiance ... [Krieg / Red'maw] [25/10/1841] Lun 4 Sep - 17:42

Je dois avouer que les applaudissements ne me surprennent que les premières secondes … Mais après tout, s’il a envie d’être excentrique. De toute façon, ce n’est pas moi qui va commenter quoi que ce soit, et lorsque je regarde David, je ne pense pas que lui non plus. Il s’attendait probablement à une réaction plus … utile, disons. Quelque chose auquel il pourrait répondre. Mais si ça lui chante d’attendre … Je patiente sans compter les secondes qui passent. Au bout d’un moment, je sens que je somnole … Mais au moment où ça devient trop fort, on me réveille. Slick. Visiblement, il suffisait de ça pour remettre un peu les choses en branle … les paroles de Krieg ont un petit côté étrange, mais je suppose que ça ne dénote pas de d’habitude. Par contre, sa manière de marcher d’un pas pressé jusqu’à moi et de me renifler me fait faire un pas en arrière, et me réveille tout à fait. Je me tourne vers David, à la recherche d’un peu d’aide … Il semble perplexe, mais pas tant que ça. C’est normal de « sentir » une potentielle recrue comme ça ? Puis je réalise … Il est loup-garou. Mais à part de la bière, je ne vois pas très bien ce qu’il peut sentir sur moi … Bon, du tabac, mais je n’ai pas beaucoup fumé récemment. Lorsqu’il se redresse enfin, il me … Pince le nez ? Là je me sens forcée de retrousser les lèvres, et je lui aurais mis un coup dans la main s’il ne l’avait pas retiré en quelques secondes. Sa simili explication de pourquoi il vient de me faire tout ce cirque me calme. Je lâche juste deux mots à moitié sifflés à son « une créature alchimique » pour faire bonne mesure, mais quelque chose d’autre me retient l’attention.

- Une chimère.  

Le fait que Slick ait dégainé un de ses couteaux me ternit brusquement tout le – peu – de sympathie que je pouvais avoir pour le personnage. Je ne sais pas qui il menace, mais s’il a envie de jouer à ça, il ne va probablement pas gagner. Heureusement, son chef calme le jeu … David est resté relativement impassible, mais il a passé les mains dans le dos. Il fait souvent ça, aussi, lorsqu’il va faire des combats nocturnes … Mais bon. Je me rends compte qu’un de mes poings était particulièrement crispé, et y remédie également. Le sujet de conversation passe à autre chose : les contrebandiers. Là, David s’éclaircit la voix, et pour la première fois de la soirée – dieu merci – il décide de répondre rapidement.

- Le type s’appelle Tatch. Il a un petit comptoir sur la tamise, là où elle sort de Londres, sur la rive Est. Il a aussi une petite bande. Majoritairement des gros bras qui transportent tout ce qu’il fauche … Enfin, « subtilise » aux transporteurs légaux. Le meilleur moment pour le rencontrer, c’est en début de soirée, entre 18 et 21 heures … Il fait ses comptes à ce moment-là, avant de partir dîner. Ou au bordel, m’a-t-on dit … Pour ce que ça me regarde. Un conseil … Les gros-bras sont majoritairement des cons, pour parler franchement. Mais ils savent se battre … Même si, pour le bien-être du commerce, c’est mieux d’éviter de les endommager, eux ou leur patron. Tatch est plutôt bon à ce qu’il fait, et puis bon … Depuis toutes ces années, on peut dire que dans le milieux, il fait partie des meubles, tout le monde le connaît. Red’ pourra vous y conduire, je lui ai déjà montré l’endroit où il bosse … C’est à côté d’un entrepôt qu’il possède, et où il entrepose la majeure partie de ce qu’il revend.

*     *
*


La majeure partie du reste de l’entretien m’échappe … Le sommeil, je suppose. Je sais juste que ça se finit sans heurt, que William, au moment du départ, finit par se prendre les pieds dans son trop grand manteau et s’étaler de tout son long dans une flaque d’eau boueuse, et que quand on arrive enfin à la maison, je me contente de retirer tout ce qui a été trempé par la pluie, et par m’écrouler sur mon matelas pour une nuit sans rêve. Lorsque je me réveille, David, qui avait très bien compris que j’étais trop fatiguée pour être d’une quelconque utilité la veille, me fait un récapitulatif. Demain, je pars avec William retrouver Krieg lui-sais-où en fin d’après-midi. « Avec William » veut surtout dire que je vais d’abord le chercher lui, avant d’aller voir son chef … Je hausse les épaules. La journée passe de façon monotone, attendue … la soirée est bonne, mais rien d’exceptionnel. Lorsque je vais me coucher, je passe quelques minutes dans mon lit à jouer avec mon stylet … En l’observant à la lumière de la lune, je me dis qu’il serait peut-être temps que je me dégotte autre chose. Après tout, si je veux être hors-la-loi … Mieux vaut que j’ai plus d’une arme à disposition, non ? Être une chimère est une arme, ceci dit … Mais pas une sur laquelle je dois trop compter.

Le lendemain, lorsque je toque à la porte de William, c’est une voix féminine qui me répond, cette fois. En attendant un peu, je vois une femme, clairement plus âgée que moi, m’ouvrir et me regarder quelques secondes … J’hésite sur quoi dire, jusqu’à ce qu’un sourire n’illumine ses traits à elle, et quelle ne se retourne vers la maison.

- William ! Ta petite amie est arrivée !
- Ah … Non, je …
- Merci m’man ! J’arrive !
- Vous êtes ravissante … Il ne vous emmène pas crapahuter dans des endroits trop étranges j’espère ?
- Non non … Mais …
William arrive précisément à ce moment-là pour passer sous un bras de ma mère, me prendre par le coude et me tirer hors de portée de ses questions.
- Merci m’man on file on se revoit en fin de soirée !

A vrai dire, je ne sais pas si fuir en courant devant sa génitrice fait vraiment partie des habitudes des garçons de son âge, mais lui, il est douée … En quelques minutes, nous sommes totalement sortis de Londres, et alors seulement consent-il à ralentir le pas. Décrochant mon bras de son emprise, je lui jette un regard noir, face auquel il préfère se défiler … Il tente bien de dire qu’il ne m’avait pas appelé dans ces termes, et que sa mère associait « petite » et « amie » sans vraiment penser aux deux ensemble … je préfère ne rien répondre et me contenter de marcher vite aussi. Il nous faut une bonne demi-heure pour rejoindre l’endroit où son boss lui a donné rendez-vous : de ce que j’arrive à lui tirer, c’est l’endroit où vit Slick … Ce qui m’étonne, je l’aurais cru plus proche de la ville en elle-même. Mais au final, lorsque nous arrivons au cabanon, je me dis que finalement, l’endroit lui va tout à fait. En revanche, il y a du monde. –beaucoup- de monde. William ne reconnaît pas la plupart des têtes, et nous préférons nous faire discrets, derrière la maison … Lorsque Krieg et Slick sortent, accompagnés de 4 autres personnes, je pense me révéler, mais William est
quand même mort de trouille. Soupirant, je reste à couvert. J’assiste à un triple meurtre qui me semble relativement gratuit … Le manque de réactions dans l’assistance est presque aussi surprenant que le geste en lui-même. S’en suivent quelques minutes de « mise en place d’une nouvelle organisation », si je comprends tout bien, puis on nous fait signe de sortir. Ça ne m’étonne pas le moins du monde d’avoir été repéré : je sors sans vraiment attendre, et me plante non loin du gros type mort … Boyd, si j’ai bien compris.

Je me serais bien encombrée d’un bonjour … Si j’avais eu l’impression que ça aurait pu être utile. Au lieu de ça, je regarde William refuser la corvée de traînage de cadavre … De façon poétique. Lorsqu’on me demande si je veux filer un coup de main, je hausse les épaules, puis hoche la tête. Je ne réponds pas à la question sur mon « problème », et fait simplement deux pas pour me retrouver … à l’endroit où est Krieg. D’un geste de la tête, je lui fais signe de se décaler, et m’accroupis pour saisir les bras du gros tas. Ne lui en déplaise, mais même s’il fait une tête de plus que moi, j’ai quand même l’impression d’avoir de plus gros bras. Bon, certes. Ce gros tas mort est lourd. Mais il bouge. Et pas trop difficilement. Il me faut quelques instants pour le faire glisser jusque dans la baraque de Slick : en rentrant dans cette dernière, je fronce le nez d’une manière qui fait presque sourire William. Lorsque je le laisse tomber cependant, je retiens un de ses bras … Sa main est légèrement boudinée, mais ce n’est pas ce qui m’intéresse. Ses doigts. Il portait plusieurs bagues. J’en saisis une, et la tire … Lorsque je l’ai, je laisse le bras retomber à terre avec un bruit mou. L’anneau est en fer poli, avec un renforcement sur un côté … Je tente de le passer à mon doigt. A ma surprise, il tient sans jeu. Je fais bouger mes doigts, ferme le poing. Je mets un bon direct dans l’encadrement de la porte. Le métal a enfoncé le bois sur un petit cercle. Avec un sourire satisfait, je glisse la bague dans une poche, puis sort de la maison. Nous repartons vers Londres … Vu que le trajet ne prend pas deux minutes, j’en profite pour sortir carnet et fusain de leurs poches attitrées respectives, et griffonne un peu en cours de route, avant de passer le papier à Krieg. J’aurais fait mieux si je n’étais pas immobile, mais bon …


Le problème dont je souffre est physique, je n’ai pas de problème à former des phrases. Juste à les dire. Je ne sais pas ce que c’est qu’une sincaupe, mais à part m’ennuyer, je ne vois pas ce qui pourrait m’arriver pendant les négociations. Sinon, quand j’ai grand-chose à dire, je l’écris, lorsque c’est possible.


William jette des coups d’œil furtif à mon papier, mais j’ai de gros doutes sur s’il sait écrire et lire. Après tout, peut-être, mais si c’est le cas, il cache bien son jeu. Comme … Vraiment très bien. Le trajet, pour ma part, se déroule dans un silence monotone … Je dirige nos pas vers les entrepôts où ont lieu les combats clandestins. Il n’y en a pas pour l’instant : en plein milieu de la journée, les gens essaient généralement de travailler. Mais je sais que normalement, le patron du « bar » qui se trouve dans l’entrepôt, si on peut l’appeler comme ça, doit faire l’inventaire de ce qu’il lui reste. Or, il fait ça avec celui qui gère les combats. Et souvent un ou deux assistants qui aident à déplacer les tonneaux, rafistoler le ring ou l’entrepôt en lui-même, ce genre de choses. Je me rends compte, en entrant en ville, que cette dernière pue. L’odeur ne m’avait pas manqué pour un sou. Nous atteignons notre destination au milieu de l’après-midi. Ce n’est pas dur de repérer l’entrepôt où nous nous rendons : c’est un des plus miteux, de l’extérieur. Il n’est pas spécialement grand non plus, d’ailleurs. Je toque à plusieurs reprises à la porte dérobée qui permet d’accéder à l’endroit, vu que la principale est condamnée. On met plusieurs minutes à venir m’ouvrir. Normal : personne à faire le guet derrière le battant … Pourtant, c’est Cyril, le même gosse que d’habitude, qui ouvre le judas. Il reconnaît mes yeux rouges tout de suite. Puis, il tombe sur ceux, noirs, de Krieg à côté de moi. Il nous observe un instant en silence. Puis ouvre le battant quasi sans un mot. Krieg et moi entrons avec de brefs saluts … Et William se prend la porte en pleine figure lorsque Cyril veut la refermer. L’incident me fait sourire en coin. S’en suit une scène affreusement bête et banale, que j’écoute en marchant devant Krieg : les rares bruits dans l’entrepôt ne me cachent pas les deux voix un peu fluettes de deux ados trop maigres.


Vraiment désolé, je t’avais pas vu … T’as pas eu trop mal ?
N-non non, c’est bon,, rétorque William en essuyant le sang qui lui coule sûrement du nez ou de la lèvre. Je n’ai pas regardé : j’en sens simplement l’odeur d’ici. William … ‘chanté.
Moi c’est Cyril, j’bosse ici … Dis, Red’Maw, je la connais, mais … L’autre, c’est qui ? Il vient se battre ?
Mon patron. Et je ne sais pas vraiment …
Bah, en tout cas, j’espère qu’il est plus causant qu’elle, he he he …

Je m’arrête sur place, et tend le bras pour empêcher Krieg de continuer à avancer. Inspirant profondément, je souffle, puis me tourne vers lui avec un sourire.

- Je reviens.

Nous ne sommes qu’à une paire de dizaine de mètres des gérants de l’endroit. Ils se sont déjà arrêtés de bosser pour observer Krieg d’un œil rassuré, sans trop l’être … Mais je suppose que comme je suis avec lui, ils n’ont rien dit aux gorilles derrière eux. Pivotant sur le sol poussiéreux, je me met à marcher en sens inverse vers les deux ados. Ils continuent d’échanger, et je crois que William tente d’expliquer que je ne suis pas débile. Il aurait surtout mieux fait de préciser « pas sourde », mais c’est trop tard de toute façon. Lorsque j’arrive à environ 5 pas, ils me remarquent tous les deux, et se tournent vers moi. Cyril lève les mains, souriant d’un air peu assuré. Soit il a deviné pourquoi je viens, soit il fait très bien semblant, mais sa voix tremble quand il parle.

- Heum, Red’, tu sais, j’rigolais hein, j’voulais juste dire …
- La ferme.

Je lui offre le plus beau sourire du monde lorsque je lui dis ceci, pieds joints, juste devant lui, mains l’une dans l’autre et tête penchée sur le côté. William saigne de la lèvre, et tente de presser sa main sur cette dernière pour arrêter le sang. Ça ne marche qu’à moitié. Cyril tourne un instant le regard vers lui en voyant que je l’observe un peu. Ce n’est que lorsqu’il se tourne de nouveau vers moi que mon poing lui percute la bouche de plein fouet. Je l’envoie littéralement sur le cul. Certes, pas très dur : il a 12 ans, doit peser 50 kilos tout mouillé et les poches pleins de cailloux, et il n’a pas de très bons appuis. Mais ça n’empêche que j’ai la satisfaction de constater que ma main lui a ouvert la lèvre. Criant de douleur dans sa main, il recule un peu, mais se rend compte que je ne vais pas le poursuivre, et que ma main ne le châtiera plus. La frottant en observant toujours le gosse avec un sourire, je penche la tête sur le côté, puis, d’un coup de tête, désigne le visage de William à Cyril.

– Voilà. Harmonisés.

Faisant de nouveau volt-face, je rejoins Krieg en quelques grandes enjambées, continuant de masser mes phalanges. Frapper de cette manière fait quelque peu mal aux poings, et je pense m’être fait craquer le poignet … Mais ça en valait amplement la peine. Les gérants du club connaissent parfaitement l’historique entre moi et Cyril, et cela fait bien longtemps que je peux en coller une à ce petit con sans m’inquiéter. Tant que je n’abuse pas … Arrivant à côté de Krieg, je lui fais de nouveau signe d’avancer, l’air radieuse.

-  C’est bon.


Dernière édition par Red'maw le Sam 30 Sep - 11:39, édité 1 fois
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Krieg
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MessageSujet: Re: Une tête qui inspire la confiance ... [Krieg / Red'maw] [25/10/1841] Ven 29 Sep - 12:31

"-Ah."
Ce n'était pas une réponse très intelligente, ni même appropriée, mais le coup que venait de faire (ou plutôt de donner) Red'maw avait laissé Krieg légèrement dubitatif. La tête penchée sur le coté et le sourcil droit haussé, le loup jeta un coup d'œil du coté du gosse malmené en lui adressant, au passage, un petit sourire se voulant "apaisant". Le pauvret se mit aussitôt à fixer ses chaussures comme si sa vie en dépendait et Krieg, loin d'en prendre ombrage, ricana. Bien sûr, sa définition "d'apaisant" n'était pas exactement la même que le commun des mortels.

"-Red. Qu'est-ce que tu nous amènes là?" Gueula un type étrange, tout tordu, complètement avachi contre un tonneau faisant à peu près sa taille...Et pesant visiblement bien plus lourd. Au premier regard, il n'avait pas l'air d'être une figure importante, avec sa tête de rat, ses dents gâtées, ses sourcils broussailleux, plus épais que l'entièreté de sa carcasse famélique et ses frusques grotesquement rapiécées...Cependant...Les trois gorilles autour de lui prouvaient que sa vie valait quelque chose, au final. Première et intéressante surprise.
"-Hm. Moi." Répondit finalement le vieux loup, en exécutant, au passage, une révérence particulièrement grotesque, avant d'avancer jusqu'au type étrange.
Sans grande surprise, un des grands costauds se plaça aussitôt en travers de son chemin. Son supérieur l'en écarta d'un sifflement, apparemment intrigué par ce nouvel arrivant.
"-C'est toi le gérant?
-Ca dépend. T'es qui?
-Un ami de Red'."
La trop légère carcasse fut secouée par quelques quintes de toux censées évoquer un rire. Le type avait l'air encore plus pitoyable de près. Ses cheveux gris, longs et filasses, semblaient trempés tant ils étaient gras. Et un bandage gris de saleté recouvrait la quasi-entièreté de sa gorge. Ses lèvres étaient...Eh bien, figées, dans une espèce de grimace éternelle, maladive, définitivement non-voulue, qui ressemblait autant à un sourire qu'à un début de sanglot. En ajoutant à ça son nez, long et crochu, le type avait l'air d'un sorcier sortant tout droit d'un conte pour enfant.
"-Red a des amis?"
Une fois suffisamment proche de l'étrangeté pour pouvoir sentir la sueur du gorille situé derrière ce dernier, Krieg répondit, en tentant d'imiter la grimace figée sur le visage de son vis-à-vis :
"-Manifestement. "
L'autre pouffa. Le son se révéla tellement désagréable que William, à l'autre bout de la pièce, grimaça. Krieg resta stoïque et souriant.
"-Un effronté, évidemment. Qu'est-ce que Red aurait pu amener d'autre ?" Les gorilles autour d'eux, leurs énormes bras croisés sur leurs poitrines, rirent comme un seul homme. Puis le silence revint. "Bon, tu veux te battre, c'est ça? Les combats commencent dans la soirée, tu veux qu'on te présente sous quel n...
-Dans un premier temps. Le coupa Krieg. J'aimerais connaître ton nom, fiston.
Nouvelles "quintes de rires" de la part du principal concerné, qui prit un peu plus appui sur son tonneau, dans le but de se tenir presque droit. En réalité, sa silhouette restait tellement tordu que son menton arrivait à peu près au niveau du torse de Krieg, qui était lui-même déjà fort vouté.
"-Ca fait bien longtemps que plus personne ne m'appelle fiston, ah ! Tu essais de me complimenter maintenant? Hm ! Je t'aime bien. Je suis Stuart. Officiellement. Officieusement, c'est moi, Brook-le-vrai.
-Ah."
Krieg pesta intérieurement. Cela faisait maintenant deux fois en quelques minutes qu'une répartie cynique lui manquait. Il allait falloir veiller à ce que cela ne devienne pas une habitude.
"-Et c'est censé me dire quelque chose?"
Une quinte de rire de trop sembla manquer d'expédier Brook-le-vrai au tapis, si bien que le loup-garou eut presqu'envie de le retenir avant qu'il ne tombe à la renverse. Presque.
"-T'es pas tant informé que ça finalement hm? Bon c'est pas grave, je m'en fous. Pour simplifier, c'est moi qui m'occupe des paris. Tout les paris. Maintenant que tu connais mon nom, expliques-moi c'que tu...
-Je voudrais acheter ton établissement."
L'un des gorilles, incapable de se retenir, pouffa. Krieg lui adressa un sourire avenant signifiant "si tu continues, je vais t'égorger avec l'os de ton propre bras". Le vieux, de son coté, fixait cet acheteur inattendu d'un air particulièrement soupçonneux. Satisfait de son effet, le mercenaire attendit qu'une réponse vienne, qu'importe la forme de celle-ci.
"-Quoi?"
Bien, au moins ce n'était plus lui qui manquait de répliques cinglantes. Les choses allaient en s'améliorant, visiblement.
"-J'ai de l'argent, suffisamment. Mais ce sera pour plus tard. Je sais comment fonctionne ce genre de coins. Les "employés" ne respectent pas les nouveaux arrivants, surtout si ils sont assez garnis de pognon pour pouvoir acheter l'établissement qu'ils fréquentent depuis leur plus tendre jeunesse. Il faut prendre le temps de connaître les gars. Et surtout, de se FAIRE connaître des gars, pas vrai?"
L'autre n'avait pas l'air de vouloir lui couper la parole. La puanteur se dégageant de sa personne donnait, par ailleurs, l'envie à Krieg d'arracher le pansement qui bandait son cou pour voir si la plaie que le tissu recouvrait se mettrait à saigner jusqu'à ce qu'il en crève. Une idée intéressante. Peut-être plus tard.
"-Moui, moui. L'établissement perdrait toute crédibilité si le premier bourge venu pouvait se l'approprier." Finit par dire l'étrange rongeur humain.
Krieg hocha la tête et posa avec réticence sa main sur l'épaule du vieux bougre.
"-Exact. Donc on s'en cogne, de cette histoire d'achat, pour l'instant, j'ai des besoins plus pressants. Le premier concerne ma réputation. Je suis un outsider, comme vous dites par ici. Et mes gars sont des originaux. T'as entendu quelque chose sur les gars de Slick et les punitions qu'ils infligent?
-Nan.
-Précisément. Mes gars font peur dans leur quartier. Et bientôt dans celui de ce gros abruti de Boyd. Mais on manque singulièrement de rumeur à notre sujet. Bonnes comme mauvaises. Personne n'a envie de rejoindre une bande d'ancien gagne-petit soudainement devenu les sbires d'un énième outsider, pas vrai?
-Boyd est avec vous?"
Le sourire que Krieg lui adressa en guise de réponse fit comprendre à l'ancêtre que "Boyd ne sera plus avec personne". Et cela lui fit froncer les sourcils. Aussitôt, deux gorilles se posèrent dans le dos du loup-garou.
"-Quel genre de petits merdeux tu m'as ramené, Red?"
La main sur l'épaule de l'ancêtre se serra.
"-Le genre dangereux, fiston. Qu'est-ce que ça peut te foutre? Je ne veux pas te tuer, toi."
Cette dernière révélation eut le mérite de détendre l'atmosphère. D'un regard, le vieux fit reculer une nouvelle fois les gros costauds...Puis se dandina difficilement vers un comptoir miteux, fait de brics et de brocs –sans doute le bar de "l'établissement"- pour y chiper une bouteille d'un alcool quelconque.
"-Je n'aime pas parler le gosier sec.
-Et je déteste parler avec des types complètement bourrés. Donc vas-y mollo, fiston."
Ledit fiston fit craquer sa vieille carcasse en renversant sa sale tête pour boire au goulot de la bouteille, puis reporta son regard vers l'invité surprise.
"-C'est encore mon établissement, que j'sache. Mais t'en fais pas, je tiens la route.
-Certes. Qu'en dis-tu?
-Que j'ai rien à dire parce que tu n'm'as rien dis d'bien intéressant, foutredieu."
Le tueur se massa l'arcade sourcilière. Visiblement, il n'avait pas été assez clair.
"-Je veux que l'un de mes gars puisse faire sa petite entrée dans votre grande famille. Et je veux qu'on le mette en face d'un gros méchant, un des favoris de préférence. Du genre de ceux qui ont convaincu la garde de ne pas traîner la nuit dans les docks.
-Pourquoi tu n'prends pas Red? Elle fait pâlir beaucoup d'nos gars ici."
Krieg jeta un coup d'oeil du coté de la concerné. Aussi animée qu'un porte-manteau abandonné, la chimère avait l'air de s'ennuyer ferme. Le loup soupira.
"-C'est déjà une tête connue. Et elle s'est battue pour elle-même, bien avant que ma meute ne débarque. Ce ne serait pas assez...Comment dire? Significatif?
-Ta "meute"?" Répéta l'ancêtre, en essuyant sa bouche trempée d'alcool.
Le loup haussa les épaules.
"-Ma meute, ouai.
-Un nom de bande un peu classique, mais avec ta gueule d'animal sauvage, ça te va pas trop mal.
-Je prends ça pour un compliment.
-C'en est un. Continue."
Krieg le salua d'un hochement de tête entendu et s'exécuta :
"-Le fait que Red soit de mon coté aidera un peu, mais je veux marquer les foules."
Le rire de l'ancêtre, encore plus désagréable que d'habitude, le coupa aussitôt.
"-Les foules, qu'y dit ! Ah ! Y'a pas mal d'habitués les soirs, mais bon dieu, c'est loin d'être une "foule". Alors "LES foules", t'es pas près d'les trouver ici.
Mais le vieux loup ne se démonta pas pour autant.
"-C'est parce que tu ne sais pas ce qui intéresse les gens. Ca aussi, on le changera, mais plus tard. Pour l'instant, ma meute doit faire son entrée. Et j'ai besoin de ta coopération pour ça.
-Et qu'est-c'que j'y gagne, moi, le p'tit chef?" Manda l'autre, en enchainant sur une autre gorgée.
Krieg attendit qu'il ait finit de boire pour répondre:
"-Je traite bien mes associés. Je les paies bien, surtout.
-Tu n'm'as pas l'air très riche.
-Je n'aime pas afficher mon aisance." Renchérit le mercenaire, en sortant de la poche de son pantalon couvert de poussière une bourse bien garni, qu'il jeta aux pieds du vieux.
La récupération de ladite bourse se révéla plus compliquée que prévu, principalement parce que le dos du prénommé "Brook-le-vrai" n'avait pas l'air de s'accorder avec le reste de son corps. Mais lorsqu'il mit la main dessus et qu'il en vérifia le contenu, le vieux rat sembla plus que satisfait.
"-C'est pas une p'tite somme, t'en aurais pas d'autres comme celle-ci?
-Pas maintenant."
Principalement parce que Deydreus, malgré sa situation, ne lui fournissait pas des fonds infinis.
Le vieux cligna furieusement des yeux pendant plusieurs secondes sans jamais cesser de regarder la bourse, puis posa cette dernière sur le comptoir.
"-Donc, tu plaisantes pas, t'as vraiment les moyens d'acheter c'coin si tu l'veux.
-Oui." Mentit Krieg, sans cesser de sourire. "Mais ça viendra plus tard, comme je te l'ai dis."
L'autre fit dodeliner son étrange tête.
"-D'accord, d'accord, ton gars aura sa place et son combat. Avec Le Quinze, tiens. Il se couchera au douzième coup. Il simule bien, t'en fais pas.
-Qui a parlé de simulations?"
Le vieux fronça les sourcils en comprenant où l'original voulait en venir.
"-Dis donc, p'tits chef, j'aime pas trop le ton que tu prends. Nos gars sont des durs à cuirs.
-Pourtant ils pâlissent en face de Red'.
-Elle est plus costaude qu'elle en a l'air !
-Et?
-Oh, va t'faire ! Y'aura un combat. Et aucun trucage. Comme tu l'auras décidé. Mais j'veux pas t'voir revenir en pleurant parce que ton gars s'est fait casser des os qu'il ne pensait même pas avoir ! Le Quinze n'est pas un enfant de coeur."
Krieg ricana.
"-D'où lui vient ce nom, au fait?
-Le jour où sa femme est morte, il a enchainé quinze combats sur le ring. Et il les a tous gagnés.
-Et le seizième?"
Le vieux désigna de son menton tordu la jeune Red, qui les observait en silence dans son coin. A cet instant, Krieg eut l'impression de voir un sourire fugace traverser son visage inexpressif.
"-Je vois." Il s'éclaircit la gorge bruyamment. "Bon, alors c'est entendu?
-Ouai. Que ton gars se présente ici en disant qu'il fait partie de "la meute" et on s'en occupera. Comment j't'appelle p'tit chef?
-Krieg.
-Ouh, quel nom de grand méchant !" Ironisa le vieux, en ponctuant cette dernière réflexion d'une dernière rasade de mauvais alcool. "Va pour Krieg. Simple, facile à retenir. Krieg, très bien."
Le concerné observa son vieux cinglé d'interlocuteur essuyer sa bouche tordue, pleine de bave et d'alcool, en silence pendant quelques longues, très longues secondes...Puis fit brusquement volte-face pour se diriger vers la sortie.
"-Parfait. On se reverra d'ici peu." Cracha-t-il, une fois face à la porte d'entrée. William, un mouchoir sur la bouche, se dépêcha de le rejoindre pour lui ouvrir le passage.
-J'espère bien, héhé !" Fit Brook-le-vrai, en soupesant une énième fois sa nouvelle bourse.
Krieg n'entendit pas le "a bientôt p'tit chef !" que le vieux rat lui adressa ensuite, car la porte s'était déjà refermée dans son dos. Sans un mot, calmement, il s'éloigna de quelques pas de l'établissement, s'enfonça un peu dans les ténèbres avoisinantes et les caisses de bois pourries, prit une grande inspiration...Eut aussitôt l'impression qu'un poisson mort s'était infiltré dans ses narines, grimaça, cracha, balaya les environs du regard histoire d'être sûr que personne ne les avait encore prit en chasse, et, finalement, se détendit en s'affalant contre la paroi grinçante d'un hangar presqu'aussi miteux que le bâtiment dont il ressortait.

"-Ca veux dire que ça s'est bien passé, ça?" Demanda bêtement William, la main toujours posée contre sa narine molestée.
Le loup ne répondit pas tout de suite. D'abord, il prit le temps de faire comprendre au jeunot que c'était une question idiote en le fusillant du regard, chercha ensuite quelque chose pouvant lui servir de siège improvisé, jeta son dévolu sur un tonneau renversé calé entre deux caisses, s'écroula quasiment dessus...Et répondit :
"-J'ai même pas eu à tuer quelqu'un coco, donc oui."
Ledit fiston renifla douloureusement.
"-Ah bon. Mais...
-Hm?
-Tout ce charabia concernant les rumeurs, la meute...
-Ouai?
-C'était vrai? J'veux dire, tu veux vraiment qu'on s'fasse connaître plus encore? On risque pas de..."
Krieg posa ses coudes sur ses cuisses et croisa les mains.
"-On risque gros, évidemment, surtout si un hunter décide de se pencher sur notre cas. Mais on risque pas plus que lorsqu'on a massacré cet imbécile de Boyd ou...Ah, Red, au passage."
L'intéressée, qui se tenait légèrement en retrait sans piper mot –pour changer-, eut l'air de soudainement sortir de sa torpeur :
"-Fais particulièrement attention à toi, ces prochains jours. Pour peu qu'un ou deux fouineurs revanchard t'ais vu traîner avec William ou Slick, tu risques de devenir une proie rêvée pour ceux qui ont une dent contre moi. Je me doute que tu es débrouillarde, mais un coup bien placé à l'arrière du crâne, ça calme n'importe qui. Donc, hm. Tout d'abord, prends ce que William va finir par sortir de sa poche quand il aura retrouvé l'usage de ses mains."
Ainsi William, après avoir retrouvé l'usage de ses mains engourdies, finit par sortir de sa poche un petit pendentif argenté représentant une simple croix. Krieg fronça les sourcils à la vue de son éclat, mais continua :
"-C'est de l'argent. Je te déconseille de le filer à ton patron, d'ailleurs. Range donc cet air étonné, veux-tu? C'est simplement pour éviter qu'un hunter ne te prenne pour cible en traquant l'un de nos gars, avec ça, tu auras l'air d'une parfaite et innocente petite serveuse. Ça ne marchera pas avec les vieux chasseurs qui ont roulés leur bosse, mais ça marchera avec les jeunots peu expérimentés. Crois-moi. Ensuite, bon...Le Broken Jaw est un endroit sûr pour toi. Le patron n'a pas exactement l'air d'être un grand plaisantin, ni d'être ce genre de rapace prêt à vendre sa protégée au premier salopard venu. Donc tu n'as, à priori, que très peu de chance de te faire égorger dans ton sommeil. Cependant, si, dans les semaines à venir, tu te rends compte qu'un habitué ne se pointe plus, que quelqu'un te suit ou te regarde bizarrement...Même si tu n'as qu'une simple et fugace impression. Tu prends ce fichu collier et tu le jettes à l'entrée du Broken. A n'importe quelle heure, du jour ou de la nuit, tu comprends? Je ne peux pas avoir les yeux partout tout le temps, pas encore. Mais ça, ça te permettra de focaliser mon regard ou celui de Slick pendant un certain temps."
Le jeune fouineur, qui n'avait de cesse de hocher la tête d'un air concerné depuis le début du résumé de son chef, s'exclama finalement :
"-Hé, mais moi j'ai jamais eu ça !"
Krieg sourit. Encore.
"-Qui voudrait te tuer?"
Long silence. Le vieux loup finit par prendre appui sur ses genoux pour se relever et déclarer :
"-Bon, ceci étant fait, ceci étant dit, place à la prochaine adresse. Amènes-nous donc à ceux qui manquent de respect à ton patron."
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Red'maw
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MessageSujet: Re: Une tête qui inspire la confiance ... [Krieg / Red'maw] [25/10/1841] Mer 4 Oct - 17:11

Le quinze … Pas une victoire si glorieuse que ça. Au treizième combat, un coup de coude sur la tempe l’avait déjà bien sonné. Et lorsque je suis monté sur le ring, il avait la tête en sang. Ceci dit, il cognait toujours aussi fort. Je retrouve un air neutre en peu de temps. Les négociations ont l’air de bien se passer … je pense ? Avec Krieg, les choses sont souvent confuses, pour les autres. Il les aime comme ça, surement. William et Cyril se « rendent utile » dans le fond de l’entrepôt, sous les ordres d’un gorille quelconque. Puis, la discussion prend fin … Un échange de bourses, un échange de noms, un petit arrangement de combat, et voilà ? ça semble si simple. Mains dans les poches, je sors derrière le vieux loup, et fronce aussitôt le nez. L’air dans l’entrepôt m’aurait presque fait oublier celui de l’extérieur. Marchant sur quelques mètres, nous nous arrêtons, histoire que le « patron » fasse une pause … mh. C’est drôle de l’appeler comme ça, quand j’y pense. Pourtant … c’est le cas, maintenant. Je me demande quand viendra la paye … De combien elle sera … Quand j’y pense, mon embauche doit être une des plus étranges dont j’ai jamais entendu parler. En fait, je ne sais même pas si j’ai eu le choix … bah. C’est toujours plus intéressant que faire serveuse, en tout cas.

- Mh ?

Le fait d’entendre mon nom me fait lever la tête. Et entendre Krieg parler me fait hausser un sourcil. Il s’inquiète pour moi ? S’il n’avait pas cette tête, je trouverais l’acte « mignon » … Là je suis juste perplexe. Et ça ne s’arrange pas lorsque William me tend une croix … En l’observant un peu, je comprends tout de suite de quel métal elle est faite. En y réfléchissant, après tout … effectivement, quel meilleur moyen de berner un chasseur pensant traquer un groupe de loup-garou ? Enfin … Un groupe où il n’y a que ça. Je finis par le ranger dans une poche … M’afficher avec ne me fait pas envie. Et David risque de grincer des dents à chaque fois qu’il la voit. Enfin … je m’y ferais, surement. Ou au pire, je ne la sortirais que de temps en temps. Et quand j’y pense … C’est aussi une arme. Pas pour un humain normal …Mais contre un loup-garou, ou même un vampire. Le fait que Krieg m’en confie une prouve qu’il a assez confiance pour se dire que je ne tenterais pas de l’attaquer avec …Encore que. Se procurer quoi que ce soit de létal en argent n’est pas très compliqué, et une croix ne serait pas la meilleure. Enfin. Lorsqu’il termine son monologue, j’hoche la tête pour approuver.

- ça marche.

La suite prête à sourire, de mon point de vue … De façon cruelle, mais juste, William est bien le dernier qu’on prendrait comme cible pour un assassinat. A vrai dire, le fait qu’il soit encore en vie à l’heure actuelle est un miracle en soit … Un miracle qu’il met à l’épreuve à chaque instant qu’il passe à proximité de Krieg. Je soupire … Il va déjà être temps de repartir. Ceci dit, cesser d’avoir le nez agressé par les docs ne me fera pas de mal. L’endroit où on se rend sent … un brin meilleur. Ça se situe toujours sur les bords de la tamise ceci dit, mais … un instant. Quelque chose cloche … Un bruit étrange … Et soudainement, j’ai un réflexe. Pousser William. Mon « coup », si on peut l’appeler comme ça, le percute à l’épaule, et le décolle presque du sol. Il s’écrase contre la paroi de briques de l’entrepôt avec un bruit étrange, et tombe à terre en glapissant. Il s’écoule une ou deux secondes de battement, relativement étranges. Et peut-être pour la première fois depuis que je le connais, il a l’air énervé lorsqu’il se relève.

- MAIS CA VA PAS LA TÊ … te … Oh … Oh mon …

Son pic de rage retombe encore plus vite qu’il n’était monté. Le mien, au contraire, crève le plafond. Car la main avec laquelle je l’ai poussé, je la crispe au maximum pour tenter d’encaisser la douleur. J’ai un carreau d’arbalète qui me ressort par le milieu de la paume. Un de ces carreaux pas chers, en bois, même pas très pointu. Observant ma blessure un instant seulement, je me tourne aussitôt vers le toit. Le tireur et son compagnon n’ont pas eu la bonne idée de se planquer. Pas tout de suite en tout cas. Mais c’est trop tard. Ils sont tous les deux nichés sur le bâtiment sur lequel débouche la ruelle dans laquelle nous sommes. Les deux ont une arme à distance, de piètre facture. Je crois reconnaître la tête d’un des deux … un des hommes de mains du gros. De toute façon, je sais avec quasi-certitude que ce n’est pas l’œuvre d’un hunter … le projectile de l’arbalète en dit long sur celui qui la manie. Sa cible aussi, si c’était bien ce qu’il visait. Dans un peu tous les cas, au final, ça ne change pas grand-chose. Parce que je suis furieuse, désormais. Retirant le carreau en tirant lentement dessus, je lèche légèrement la pointe ensanglantée après l’avoir extrait … Puis, retire mes bottines. Je m’approche du mur auquel s’adossait Krieg, il y a quelques instants. Et surtout, je laisse cette énergie étrange crépiter autour de moi, parcourir mon corps … Et le transfigurer. Mes pieds s’allongent. Mes muscles triplent en densité. Mille millier d’écailles percent ma peau, la recouvrent, et lui donnent cette teinte orange et noire. La serveuse s’efface et laisse place à la chimère … Et aussitôt, la transformation me donne soif de sang. Mais je m’en fiche. De toute façon, j’ai deux proies à me mettre sous la dent … Je suis juste obligé de tirer l’arrière de ma jupe vers le bas, le temps que ma queue ne puisse sortir, et se déployer derrière moi, se générant en un clin d’œil.

Je bondit devant un william terrifié. Pauvre gosse. Perdu au milieu des monstres. Les briques offrent des appuis faciles. Mes griffes s’enfoncent légèrement entre. Je n’escalade pas. Je me jette vers le haut, puis m’accroche. Il ne me faut que 3 secondes pour atteindre le toit. Je regarde en face. Ils étaient 3, au final. Tire-laine. Petites frappes. Cache-misère. Viande froide. Un d’eux recharge son arbalète. Mes griffes arrachent un morceau du toit. Je lui lance. Je le touche à l’épaule. Il tire dans le sol. Je souris. Je me met à galoper. Le bord de mon toit se rapproche. Très vite. Sans importance. Je bondis. Mon corps passe au-dessus du vide. Deux des trois comparses ont déjà commencé à courir. Vers l’échelle, sûrement. Déjà trop tard. Je met un coup au troisième en passant. Il crie de douleur. Bras qui a craqué. Je ricane. Les deux autres sont lents. Je les dépasse en un instant. Je pivote pour les regarder. L’un d’eux se pisse dessus. Ils freinent autant que possible. Pas assez. Je bondis vers eux. Mes mains rencontrent leurs gorges. Ils sont emportés par mon élan. En retombant, je pousse leurs têtes vers l’avant. Elles percutent le toit en concert. Joli bruit. L’un d’eux avait un couteau. Il l’avait sorti. Il le lâche. Je le prends. Lui plante dans la joue. Il ne crie pas. Il ne crie pas ? Je fronce les sourcils. Sa gorge est nue. Mal rasée. Ah. Une cicatrice. En plein milieu. Muet.Je les prends par le col. Les traîne. Retourne vers Krieg et William.

Au bord du toit. Je jette celui qui parle. Là, il crie. Pas longtemps. Il percute le sol avec un bruit mou. Bras cassé le suit. Il ne meurt pas de sa chute. Mais je regarde en bas. Krieg. William. D’autres silhouettes ? Stupide. Je ricane. Pas de joie. Je prends muet par la gorge. Il se débat faiblement. Je saute. L’atterrissage est rude pour moi. Encore plus pour lui. Ses jambes percutent le sol. Ça les brise. Il ne crie toujours pas. Il essaie. Mais reste silencieux. Je sourie encore plus. Ceux avec Krieg et William sont tournés vers moi. Je bloque la rue. Mais je n’agis pas. Pas envie. Je préfère laisser le patron s’amuser. Je me contente de prendre un des bras du muet, le soulever. Il tremble. Résiste. Sans succès. Mes crocs se plantent dans son coude. Il tente de hurler à nouveau. Je mords plus fort. Le sang coule. Léger goût d’alcool. Manque de viande dans l’alimentation. Peut-être malade. Et pourtant, je m’en abreuve avidement. Il remue. Il ne peut pas crier, mais il veut se libérer. Je tire d’un coup de sec, arrachant la peau et quelques tendons. Son visage est rouge … On dirait que sa peau jaunie et sale va exploser. Je mords ailleurs. J’arrache. Je mords. Quand le sang cesse de couler, je relâche … il s’écroule à terre. Je me passe la langue sur les dents un instant, les nettoyant.

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Une tête qui inspire la confiance ... [Krieg / Red'maw] [25/10/1841]

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