L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


Forum RPG - Londres au XIXème siècle. Incarnez Vampires, Loups-Garous, Lycanthropes, Homonculus, Chimères, Alchimistes, Hunter...et choisissez votre camp dans une ville où les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses....
 
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Le pourparler des ombres [01/05/1842] [Comte, Sarah]

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Sarah Spencer
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MessageSujet: Le pourparler des ombres [01/05/1842] [Comte, Sarah] Lun 15 Aoû - 0:30

[HRP/ Suite de Les Chimères/HRP]

Le cimetière Highgate. Endroit privilégié des ombres, véritable monument à la mémoire des morts et surtout terre de repos pour les riches ayant moyen de s’offrir une sépulture digne d’être à l’abri des voleurs de corps. Depuis les siècles, on avait vu se développer un véritable culte autour de ceux qui quittaient pour l’au-delà. Elle était loin l’époque où l’on avait peur que le défunt puisse revenir vous hanter! Des simples fausses communes, on s’était mis à envelopper le mort dans un linceul cousu, pour être certain qu’il ne s’échappe pas. Puis on le mettait dans un cercueil dont visiblement il ne connaissait pas le confort. Encore trop risqué? On mettait le cercueil 6 pieds sous terre! Et pour une plus grande protection, on recouvrait le tout d’une dalle de pierre. C’était ce genre de rituel qui permettait aux humains de dormir en paix, l’esprit tranquille, convaincu que leurs chers amis, frère ou parent ne pourraient revenir à la vie. Mais cela n’empêchait en rien les immortels de revenir... En cette époque si charmante, la mort ne faisait plus peur. Les soirées de spiritisme abondaient, les médiums aussi. On côtoyait les défunts des jours après leur trépas. On se faisait même prendre photo avec eux, comme s’ils étaient encore vivants, les yeux grands ouverts, les enfants entourant leur sœur, l’homme tenant sa femme, le bébé se tenant debout… Clichés qui ne servaient qu’à tromper l’éternité, souvenir macabre... Quelle époque barbare!

Il n’y avait que les cimetières qui n’avaient pas changé. Respectant une architecture bien particulière, un alignement qui n’avait pas réellement changé depuis l’époque grecque. L’endroit était calme, paisible, à l’image même de ce que l’idéal humain se faisait du repos éternel. La grande grille de métal noir ceinturait les landes verdoyantes du parc, comme l’appelait Prudence, et cela suffisait normalement à tenir les gêneurs loin. Sinon, quelques promeneurs nocturnes se chargeaient de lui donner une belle frousse, lorsque l’humeur lui était agréable ou encore une mort rapide, lorsqu’elle l’était moins. Mais ce soir, ce soir le paisible parc des éternels allait être la scène d’une symphonie des ombres auxquelles Prudence se trouvait convoquée.

Dressée dans le creux de l’aile de marbre d’une statue d’ange, elle observait l’horizon à la manière d’un guetteur sur le mat d’un voilier. Sa grande silhouette maigre était habillée d’une étoffe d’un noir profond et d’une douceur incomparable. Son costume trois-pièces s’ajustait à sa personne et moulait ses formes si peu avenantes. La physionomie de Prudence ne s’était jamais réellement développée dans sa vie humaine. Sitôt qu’elle portait des vêtements un peu amples, ses seins devenaient inexistants, ce qui la rendait comparable à un homme. Avec les années, elle avait développé cette ambigüité, préférant porter des vêtements d’homme plutôt que les robes. Fort heureusement, de nos jours les corsages faisaient des merveilles, mais il lui arrivait encore de porter ces habits beaucoup plus confortables que les amas de dentelles et de rubans. Et puis, il fallait dire qu’elle y avait pris goût. Pour le confort, pour le luxe de choquer. Après tout, elle était une excentrique et la société adorait les troubles-fêtes hautains, pourquoi aurait-elle essayé d’être autre chose? Ses cheveux courts d’un noir profond attiraient déjà les regards de même que ses petites lunettes dont la surface reflétait comme des miroirs. Ses magnifiques lunettes lui manquaient ce soir. Elle avait choisi de les laisser à son hôtel, geste quelle regrettait à présent. Au loin, tout était calme ce qui lui permit de jeter de nouveau un coup d’œil à la créature qui dormait dans son ombre.

Allongée ainsi sur une dalle, la jeune humaine ressemblait à une ondine endormie. Elle était tout simplement magnifique. Il fallait dire que les dernières épreuves avaient considérablement modifié la physionomie de l’aristocrate. Ses cheveux, coupés court pour modifier son apparence avaient repoussé et arrivaient désormais au creux de ses côtes. Ses mèches rebelles avaient retrouvé leur couleur châtaine et leur brillance, ils ondulaient en cascade le long de son visage. Celui-ci avait définitivement perdu les quelques rondeurs de l’enfance qui lui restait, affinant ses traits, les rendant plus volontaires. Son corps lui-même s’était modifié. Les semaines passées dans la peau du Sieur Fitzwilliam avaient obligé la jeune femme à vivre le mode de vie urbain des jeunes dandys. Celui-ci, beaucoup plus exigeant que les promenades galantes, avaient développé les muscles de la demoiselle dont les courbes étaient désormais plus prononcées et les attraits féminins plus développés. Même en cet instant, malgré le bandage qui couvrait sa main, ses habits d’hommes informes, tout en elle respirait une douce beauté teintée d’un érotisme chaste.

Le col de sa chemise malmené s’ouvrait, dévoilant sa gorge sublime et la naissance de la courbe de ses seins. Sa main gauche était posée contre sa poitrine qui se soulevait avec douceur. Sous sa main, bien cachés dans les replis de son manteau, les deux journaux étaient encore dissimulés, personne n’ayant songé à fouiller le manteau de la belle. Sa tête légèrement penchée vers la droite, ses cheveux s’étendaient autour de sa tête comme une auréole sombre et glissaient le long de sa joue. Endormie par le don obscur, aucun pli soucieux ne plissait son front élégant. Ses traits étaient détendus et son visage respirait une douceur incommensurable. Par fantaisie, Prudence avait déposé un très long voile noir presque transparent par-dessus la jeune humaine qui recouvrait complètement le socle de marbre et dont les pans frôlaient l’herbe sauvage qui poussait autour de la dalle. Le tissu s’animait au gré de la brise diffusant une image exquise de poésie nocturne dont l’immortelle ne pouvait détacher ses yeux. Tout chez la jeune humaine respirait l’élégance et la noblesse. Il fallait être fou pour ne pas s’en apercevoir et la vampire aurait volontiers fait de cette princesse un être digne de traverser les siècles, mais aussi son amante. Elle ne pouvait s’empêcher de songer à la douceur de cette peau, à la chaleur qui devait l’habiter, comme elle avait envie d’y glisser les doigts, d’y plonger les crocs...

Mais voilà, elle ne le pouvait pas. On lui demandait de surveiller un trésor qu’elle n’avait pas le droit de toucher. La jeune femme ne pouvait retenir la moue boudeuse qui crispait ses lèvres. C’était là le cruel destin que lui avait confié Amos lorsqu’il avait débarqué dans sa demeure à l’improviste avec cette jeune humaine et quelques chiens servants de la Camarilla. Prudence avait toujours été une grande sympathisante de la Secte Blanche, mettant volontiers ses dons et ses inventions au service des anciens. Mais elle n’intervenait pas dans leurs histoires. Seule comptait la mascarade et si pour se faire elle devait terrasser quelques vampires du Sabbat, elle n’hésitait pas. Il était presque l’aube lorsqu’Amos était entré en coup de vent, réclamant entretien, nourriture et réconfort. Si elle lui avait volontiers offert les deux premiers, il n’en était rien pour le troisième. Après tout une femme pouvait bien faire languir les hommes si elle le voulait. L’hôtel particulier de Prudence s’était donc transformé en petit repère. Des membres de la garde Solis, humain privilégié, étaient venus surveiller l’endroit. Prudence n’avait rien compris à toute cette agitation jusqu’à ce qu’on lui révèle l’identité de l’humaine qui dormait à présent à l’étage. Le petit chieftain de la secte lui avait demandé de soigner légèrement l’humaine. Il ne voulait pas qu’on l’accuse de dissimulation. Cela avait troublé la belle vampire de devoir s’occuper d’une créature aussi délicieuse. C’était là une mission bien cruelle que lui avait confiée Amos. Il fallait dire qu’il voyait là une sorte de châtiment à lui faire subir suite à leur récent conflit. Il la torturait délicieusement en lui demandant de surveiller cette créature qui attisait en elle bien plus que le désir charnel. Mais cette humaine n’était pas n’importe qui. Elle portait sur elle la marque d’appartenance à un être qu’elle n’aurait su défier. Cette marque invisible à l’œil humain brillait pour les vampires comme la lumière du jour. Bien dissimulée dans les replis soyeux de la peau de la chasseuse, elle mettait en garde celui qui oserait porter les crocs contre ce cou magnifique. Mais cela n’avait pas empêché quelqu’un de le faire. Prudence avait grondé intérieurement en regardant l’horrible morsure qui trônait sur l’épaule de l’humaine. Une blessure barbare, sans aucune douceur ni talent, un acte de boucherie sur un corps si magnifique. Prudence aurait pu guérir la plaie, c’était là l’un de ses talents si ardemment demandé par la Camarilla, mais on s’y était opposé. Une rencontre importante devait se dérouler, un traître rodait parmi leur rang et cette morsure était la preuve incontestable de ses actes. Aussi le Prince de la nuit aurait-il pu voir là une tentative de dissimulation, les hostilités étaient déjà bien avancées, il était inutile de partir la flamme qui embraserait le combat. Malgré tout, la vampire avait guéri la majorité des blessures de la jeune humaine. Elle avait glissé avec désir ses doigts le long de ses côtes, de sa cuisse, de ses paumes pour en effacer toute trace de blessure. Seule celle à sa tête était trop importante pour qu’elle puisse la guérir convenablement, mais son don avait fait une grande partie du travail.

Voilà comment la nuit était tombée, les membres s’étaient mis en route, vidant son hôtel comme on quitte une fête, pressé d’assister à un duel. Le conseil s’était levé pour prendre place au cimetière. On avait confié la jeune humaine à Prudence qui l’avait amené un peu à l’écart avant de l’allonger sur un des tombeaux. Son don obscur qui lui avait donné bien des talents, lui permettait d’effacer complètement la présence de la jeune humaine qui rendait nerveux les membres. Ainsi l’échange se ferait sans distraction et empêcherait ceux qui ne pouvaient se retenir lorsque l’odeur du sang venait chatouiller leur narine. Le vent se leva, emmenant avec lui de nouvelles odeurs, de nouvelles informations et le murmure incessant que faisait la terre lorsqu’elle parlait aux étoiles. Les ombres étaient prêtes, il ne manquait plus que l’acteur principal de la pièce pour lancer le spectacle. La nuit serait longue ou courte, en déciderait le destin.

L’immortelle releva la tête, comme un animal qui hume l’air suspectant une odeur étrange. Son aura complètement dissimulé et la présence de la jeune humaine également, la jeune femme ne craignait pas qu’on la découvre dans cette partie reculée du cimetière, mais pourtant, elle sentait des frissons désagréables grimper le long de sa colonne tandis qu’une aura puissante s’approchait. Elle eut l’impression que la statue de pierre frissonnait également. La jeune humaine endormie sembla s’agiter sans pour autant se réveiller. L’aura gonfla, plus bruyante qu’un million de cloches de verre. Elle murmurait, sinueusement à l’oreille des fantômes : j’arrive… je serai là… j’arrive… vous ais-je manqué? Bientôt il eut une sorte de frisson au loin et le vent tomba comme s’il n’avait jamais existé. Tous les acteurs étaient arrivés, le pourparler des ombres pouvait commencer...


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MessageSujet: Re: Le pourparler des ombres [01/05/1842] [Comte, Sarah] Dim 4 Sep - 10:10

[HRP/ A lire après « Quand l'agneau devient loup »/HRP]

Franchir les grilles de Highgate ce soir signifiait beaucoup pour le Prince de Londres. Il ne venait pas pour pleurer les morts, ni pour méditer sur son immortalité ou ses desseins, comme il en avait l'habitude. Non. Cette fois, il venait célébrer la vie et, peut être, donner la sienne...

Sarah avait été retrouvée par la Camarilla et il venait la chercher.

Cela faisait une dizaine de jours que la jeune humaine avait disparu. Une dizaine de jours que le Vampire arpentait les rues à sa recherche, déployant ses disciples, louvoyant entre les ombres de la capitale jusqu'à mettre en jeu toute la stratégie diplomatique qu'il avait soignée ces vingts dernières années. Ses mains avait plongé dans la fange et le cœur poisseux de la vieille ville et ses pourtours afin de retrouver la belle. Sans succès. Il en avait fait des cauchemars et cela l'avait rendu plus irritable que jamais. Son esprit, déjà embrumé de songes et de déliquescences, s'était nappé de désespoir et de tristesse. Pour le lord, Sarah représentait un espoir que peu pouvaient concevoir. Elle était la clé de voûte d'un de ses plus grands projets. Il ne pouvait la perdre.

Lorsqu'il avait reçu la lettre d'Elvis W. Valentine lui annonçant que la Camarilla avait retrouvé l'héritière Spencer, son cœur avait fait un bond. Sur le moment, il avait douté. Ce rendez-vous à Highgate n'était-il pas un piège de plus tendu par ces imbéciles de Camarilliens ? Et s'ils avaient réellement retrouvé l'héritière Spencer, comment avaient-ils fait pour mettre la main sur elle avant lui ? Pourquoi toute son énergie avait-elle été si vaine ? Suspicion, frustration, jalousie, colère, joie, appréhension...Cette nouvelle avait bouleversé le Vampire. Enfermé dans son bureau sous l'opéra, il avait lu et relu cette lettre pendant une longue heure avant de prendre les mesures nécessaires à cette nouvelle rencontre au cimetière.  
Jirômaru savait qu'il ne pouvait décemment faire confiance à un Primogène, pas même à Valentine. Car s'il était sans doute celui qui le respectait le plus dans la Secte, il était tout à fait possible qu'il agisse sur les ordres de Crimson. Or, tous savaient que ce dernier tentait de prendre sa place de Prince et de le défaire. Le Comte s'en méfiait comme de la peste d'autant qu'il commençait à songer que ce dernier possédait peut être la force de le vaincre...
Ce rendez-vous risquait donc de dégénérer et le vieux Vampire devait rester sur ses gardes. Cette nuit pouvait marquer le début d'une guerre sanglante ou la fin des tensions qui régnaient entre lui et la Secte Blanche. Cela pouvait aussi bien être un piège dans lequel il serait enfin tué ou un véritable soulagement, une douce étreinte attendue depuis plus d'une dizaine de jours. Tout était possible. Mais, le désir qu'il avait de retrouver la jeune femme avait prévalu sur la prudence et Jirômaru préférait prendre des risques plutôt que de rater l'occasion de récupérer celle qu'il avait choisie. Il espérait surtout que la jeune humaine soit « saine et sauve », comme le lui avait écrit Valentine. Cela était souhaitable, pour le bien de tous...

Ainsi, le front haut, la démarche impérieuse, le Comte guidait-il les siens entre les tombes couvertes de lierres et de racines. Perçant la pénombre et la brume qui se déchirait en lambeaux fantomatiques, ils étaient huit au total: les Sept, réduits à six membres, une femme échevelée, bâillonnée, dont les mains restaient liés dans son dos par une corde rigide, et lui-même. Le seigneur Vampire venait procéder à un échange d'otages et se préparait à faire face à une bataille. Ses disciples, tous vêtus de capes noires bordées de rouge, le suivaient en veillant sur les alentours. C'était Marco, le grand blond aux yeux clairs, qui tenait la prisonnière contre lui. Sa main était ferme, tout comme son regard braqué sur la cape rouge sang de son maître. Ce dernier avait attaché ses longs cheveux blancs à l'aide d'un ruban noir comme la nuit et gardait sa main gantée de blanc près de la garde de sa lame. Événement particulièrement rare: il avait emporté son katana. C'était peut être la première fois en cinquante ans qu'il le portait à sa ceinture. Ainsi, vêtu de noir, avec un gilet brodé d'argent, visiblement armé et prêt à en découdre, le Prince de Londres imposait sa présence comme un général de guerre à l'entrée d'un champ de bataille. Son aura n'était pas complètement déployée mais l'atmosphère changeait sensiblement à son passage. Sa densité devenait étouffante et un sentiment de malaise étreignait le cœur de tous les êtres vivants présents dans un vaste périmètre. Agniès, la plus jeune des Sept, avait des difficultés à la supporter. Elle rappelait à tous qui était le maître en ces lieux et combien s'opposer à son pouvoir pouvait être dangereux.


- Ils sont là...murmura bientôt le colosse d'ébène qui était à la droite directe du Comte.

Ce dernier sourit d'un air mesquin et sa voix grave bourdonna dans sa gorge comme une menace :


- Je sens Sarah...

Le groupe franchit la dernière nappe de brume qui le séparait de l'ère centrale du cimetière et tous ses membres se stoppèrent net. Seul le Comte s'avança.

- Allons ! Commençons cette petite discussion, Camarilliens!

Des ombres sortirent alors des formes en cape et chapeaux. Crimson et sa bande* s'alignèrent en face du Prince et des siens. Avec eux, d'autres serviteurs suivaient, notamment Amos, un occulis, Bloomfield, un aristocrate connu pour son impétuosité, et  Isaac, un greffier zélé.
Jirômaru les accueillit avec froideur, sans sourciller, sans aucune salutations. Le silence s'installa. Chacun toisait l'autre en face, sans un mot. Certains affichaient un air méprisant, d'autres, comme Bloomfield, semblaient plutôt intrigués.
Ce fut finalement Crosswell qui soupira le premier:


- Je ne vois pas mon fils...

Le Comte eut un rictus des plus désagréables, comme s'il venait de voir un insecte tout juste bon à être écrasé.

- Je ne vois pas Miss Spencer...fit-il avec ironie.

Crimson éclata de rire et s'avança pour venir à sa rencontre.


- Ah ah ah! Allons, Comte...vous auriez si peu confiance en nous? S'en est presque navrant...

Jirômaru leva un sourcil et jeta un regard particulièrement hautain au chef des Primogènes.

- Je ne rendrais le fils Crosswell qu'à condition de récupérer Sarah Spencer saine et sauve.

Crimson lui sourit et se mit à faire quelques gestes théâtraux pour dramatiser la situation.

- Oh! Mais ce n'était pas le contrat, Monsieur le comte! Et vous remettez en question notre honneur...

Son aîné ne répondit pas. A quoi bon? Crimson cherchait toujours à le mettre hors de lui afin de le pousser au crime et profiter de l'occasion pour prendre sa place. Cependant, l'odeur de Sarah qui lui parvenait élimait sa patience...

- Marco...

Le Vampire blond s'avança avec sa prisonnière et la fit s'agenouiller près de son maître. Il ne fut pas brusque, mais sa poigne de fer ne fut pas non plus des plus douces. Une fois que la jeune femme fut à genoux, il l'abandonna et recula. La belle tremblait un peu, mais son regard indiquait qu'elle resterait fière et confiante.
Le Comte se pencha alors vers elle et lui saisit doucement les bras pour l'aider à se relever. Si elle avait pu cracher comme un chat, elle l'aurait sans doute fait. Mais la pression que cette scène exerçait sur chacun et son bâillon l'obligèrent à rester droite et calme. Une fois qu'elle fut debout, le Vampire lui prit la nuque et la tint devant lui, comme on exhibe un trophée.


- Pour vous prouver ma bonne foi, je vous rends Miss Prime maintenant. Mais si vous voulez retrouver le fils Crosswell, il va falloir me livrer Sarah Spencer.

Crosswell fit un mouvement mais Crimson lui barra la route d'un geste vif.

- Très bien.

Le Comte fixa un moment son regard glacé. Puis, il poussa en avant la jeune femme qui courut bientôt se réfugier dans les bras de la dénommée Paige R. Gates. Tandis que cette dernière aidait la jeune Camarillienne à se défaire de ses liens, Crimson et le Comte se rapprochèrent. La tension de l'air atteignit un sommet.

- Ne jouez pas à l'imbécile Crimson, fit le lord avec un regard venimeux, vous savez comme moi que j'ai le droit de tous vous tuer.

Crimson claqua des doigts et Walker disparut dans l'ombre. Il était parti chercher Prudence et Sarah.

- Je n'ai qu'une parole, my lord. J'espère que vous aussi...

Il faisait allusion au duel que le Comte lui avait promis. Ce dernier montra les crocs.

- Ne vous inquiétez pas, je meurs d'envie de vous arracher la gorge...

Le chef des Primogènes sourit de toutes ses dents.

- A la bonne heure! Mais gardez donc vos envies pour tout à l'heure. Nous avons une autre affaire à régler et je doute que je sois le premier auquel vous voudriez « arracher la gorge ».

Le Comte fronça les sourcils. Que voulait donc dire cet énergumène?

*Voir les Primogènes dans l'article Sectes


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
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MessageSujet: Re: Le pourparler des ombres [01/05/1842] [Comte, Sarah] Lun 12 Sep - 19:06

L’immortelle laissait son regard de glace glisser sur les statues et monuments de pierre. L’air froid heurtait son visage imperturbable sans qu’elle n’en semble le moins du monde affectée. Les pensées de la vampire vagabondaient. Elle songeait à la France et à ses grands paysages. Elle revoyait les grands jardins, les allées d'orangeraies, les fontaines magnifiques. Elle repensait à Paris dont la cathédrale n’était pas encore terminée lorsqu’elle l’avait quitté la ville. Mais toute l’agitation qui secouait le pays, toutes ces instabilités l’avaient convaincue qu’il était temps de changer de crypte. Tout cela était si loin à présent. Elle releva la tête pour sentir l’air de nouveau. Leur invité était arrivé. La jeune femme sentait l’aura du Prince et des siens entrer dans le cimetière. Même les morts avaient sans doute frémi au passage de cette empreinte ténébreuse. Loin de l’endroit où se déroulait le pourparler, la vampire ne ressentait qu’un fragment de cette puissance et pourtant celle-ci l’avait fait trembler. Elle ferma les yeux pour sentir leur progression. Les auras se déployaient dans le cimetière, devenant de petits points rouges dans la carte de son esprit. Elle pouvait sentir chacun des êtres se trouvant sur la terre des morts.

Prudence ouvrit de nouveau les yeux, prise d’un malaise. Quelque chose avait troublé son esprit. Elle avait senti une vibration, douce, sinueuse, comme une caresse glissant le long d’une nuque endormie. La vampire jeta un coup d’œil aux alentours cherchant à percer les ténèbres. Il n’y avait rien que les monuments historiques à la gloire du temps passé. Pourtant quelque chose n’était pas normale. Elle aurait pu le jurer.

La vampire se redressa contre l’ange. Quelqu’un se dirigeait précisément vers eux. L’aura s’approcha encore et elle reconnut celle de Walker. Prudence soupira. Son malaise ne disparaissait pas. Peut-être n’était-ce que la tension dans l’air qui lui donnait cette horrible impression, mais elle sentait que quelque chose n’allait pas. Bientôt, elle aperçut la silhouette de l’homme qui tournait autour d’eux. La vampire étira les lèvres en un sourire mesquin. Il était amusant de voir son confrère tourner autour d’eux, incapable de sentir leur aura. L’immortelle sauta au sol pour y atterrir dans l’herbe sans le moindre bruit devant Walker qui sursauta légèrement. Son don masquant son aura, elle l’avait visiblement surpris.


-Il est temps de l’amener… lui lança-t-il sèchement.

Prudence ne put s’empêcher de lui offrir un sourire moqueur avant de marcher en direction de la belle endormie. Walker la suivit silencieusement. Le pouvoir de Prudence était prodigieux. Il était juste à côté de l’humaine et pourtant il ne pouvait la sentir. Les deux vampires s’approchèrent de la jeune femme endormie. L’homme fit claquer sèchement sa langue en voyant le voile noir qui recouvrait l’humaine. Il ne partageait définitivement pas les habitudes extravagantes de sa consoeur. Au moins se soir elle s'était vêtue convenablement. D’un geste leste, Prudence attrapa délicatement la jeune femme avant de se mettre en route. Ils marchèrent entre les pierres tombales comme s’ils évitaient les passants d’un chemin. Pourtant, Prudence regardait régulièrement derrière elle, la sensation désagréable ne disparaissait pas. Avec leur vision nocturne, il était facile pour les créatures nocturnes de se diriger à travers les hautes herbes. Plus ils approchaient de l’endroit du pourparler, plus les auras se faisaient écrasantes. Prudance ne pouvait s’empêcher d’y voir là le schéma habituel des hommes qui faisait valoir leur valeur en se gonflant. Se rendaient-ils seulement compte qu’il rendait l’atmosphère invivable pour tout le monde? Les silhouettes se découpèrent finalement de la noirceur. Ils arrivaient derrière les camarilliens. L’immortelle nota que Miss Primes était de retour. Le Comte se tenait au milieu du cercle former par les deux clans. Crimson marchait tranquillement à leur rencontre. Lorsque les deux camarilliens rejoignirent le groupe, une forte agitation secoua les membres de la secte blanche. Le visage de Bloomfield changea de couleur devenant plus blanc et cireux que la craie. Il épongea son front d’un revers de la main, enlevant les grosses gouttes de sueur qui y perlait. Il avait songé que tout delà n’était qu’une mascarade, la jeune Spencer était morte, cela ne faisait aucun doute. Lorsqu’il était entré dans le cimetière avec les autres, il n’avait pas senti la présence d’un humain. Il avait songé que tout ceci n’était qu’une scène pour récupérer les deux otages du Comte et d’enfin faire le duel pour destituer le Prince. Mais elle était ici. Malgré, le linceul ridicule qui la recouvrait, c’était bien elle, il pouvait reconnaitre l’odeur de son sang. Il comprit que ce n’était qu’une question de temps avant qu’il ne soit démasqué. Avant qu’il n’ait pu faire le moindre geste Crosswell, aider d’Amos le saisirent violemment, l’obligeant à mettre un genou au sol. Prudence demeura immobile, l’humaine toujours dans ses bras. Crimson s’approcha de l’immortelle avec l’endormie toujours recouverte.

-Mademoiselle Spencer...

Sarah ouvrit doucement les yeux tandis que son pied se posait sur l’herbe humide du cimetière. Elle battit des paupières comme pour en chasser le rêve dans lequel elle se trouvait. Le vent happa le linceul gris qui la recouvrait, épousant pendant quelques secondes son visage lui donnant l’air d’une statue de pierre. La magicienne était dans un état second. Une lourdeur semblable au brouillard emplissait son esprit et ses membres. Elle sentait le voile obscure qui recouvrait son visage, ses pieds qui avançaient dans l’herbe, le tissu de ses vêtements qui se trempait, happé par l’humidité des herbes folles et pourtant, elle était incapable de faire le moindre geste. Ses membres bougeaient contre sa volonté. Elle fit ainsi quelques pas avant de prendre place sur une pierre tombale qui se trouvait dans l’espace exigüe qui séparait les partisans du Comte et les membres de la Camarilla parmi lesquels Bloomfield se débattait toujours malgré la poigne solide des deux hommes qui le retenait.

-Vous ne nous en voudrez pas d’avoir convié mademoiselle, mais elle est le témoin du petit procès qui doit avoir lieu...

L’aristocrate sursauta en entendant la voix douce percer l’air avant de prendre conscience que d’autres bruits semblaient surgir près d’elle. Elle voulut crier, mais ses lèvres ne s'ouvrirent même pas. Soudainement, la main blanche de Crimson agrippa le voile qui la recouvrait et l’enleva d’un geste brusque. Ses yeux d’humaines ne percevaient absolument rien parmi cette obscurité d’encre. Pourtant elle était certaine que quelque chose se passait. Sur un ordre silencieux, Prudence s’approcha de la jeune humaine pour en écarter le pan de son manteau, dévoilant son épaule blanche, mais surtout l’horrible morsure qui en marquait la peau. Sarah avait cessé de respirer. La paralysie qui l’habitait rendait son corps aussi immobile qu’une poupée, mais elle sentit tout de même un long frisson remonter sa colonne vertébrale. Crimson continua de sa voix douce.

-Comme vous pouvez le constater, nous avons trouvé le responsable de la petite mésaventure de votre amie.

Prudence observait la scène avec un certain recul sans pour autant s’empêcher de jeter des regards méprisants à Bloomfield. Quel imbécile! Par sa faute il avait brisé le fragile équilibre qui existait entre la Secte blanche et le Prince en plus de blesser la belle humaine. Mais quelque chose la chiffonnait. Elle doutait que Bloomfield ait agi tout seul. Il était beaucoup trop lâche pour oser s’opposer ainsi à la Camarilla et au Prince! Un silence lourd s’était installé au milieu du cimetière. Tout le monde attendait le mouvement du Comte. Prostré, Bloomfield ne cessait de gémir et de tenter de se débattre. Ses yeux hagards regardaient le cimetière comme s’il tentait d’en trouver une issue.


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MessageSujet: Re: Le pourparler des ombres [01/05/1842] [Comte, Sarah] Jeu 22 Sep - 15:35

On dit que les ombres d'Highgate murmurent des comptines la nuit, que ses caveaux raisonnent de bals macabres à minuit et que Dieu lui-même donne aux racines des arbres qui l'agrémentent le droit de toucher aux tombes et aux âmes évanouies. Mais ce que l'on ne dit pas, c'est que cet immense cimetière, composé de brume et de lichens fous, sert de refuge diplomatique à des créatures de légende. Ce que l'on ne dit pas, c'est qu'au beau milieu de ses stèles gravées et de ses anges, des démons se donnent rendez-vous pour parlementer...

Ce 31 avril 1842 serait un tournant dans l'histoire des Ombres, une fracture. Marquant sans aucun doute le début d'une nouvelle guerre entre immortels, cette nuit jetterait sur le monde un sanglant linceul et annoncerait la fin d'une ère presque paisible. Mais parmi l'infinité de chemins qui s'offraient aux vivants, lequel serait emprunté ? Quelles entités lutteraient au cœur des ténèbres ?
Certains parlent de destin, d'autres inventent des prophéties, mais l'avenir n'est jamais complètement tracé. Tout conteur peut se tromper et l'histoire de ce soir avait mille fin possibles. Sa trame pouvait encore changer et ce que le monde attendait s'amuserait peut être à revêtir une surprenante apparence.

Ainsi, alors que la Grande Horloge sonnait tout juste 23h15 dans l'enceinte de la city, Highgate se nimbait de brume et ses murmures ouvraient un nouveau conseil des Ombres.
Jirômaru Keisuke, Vampire parmi les Vampires, Prince de Londres, comte et lord à la cour de Victoria, metteur en scène reconnu et amateur d'opéras, faisait face à Abraham Phil Crimson, Primogène de la Camarilla, diplomate d'exception et vicomte ambitieux qui désirait plus que tout tenir la capitale dans le creux de sa main. Cette rencontre, planifiée avec soin la veille par les deux camps, ne présageait rien de bon pour le Monde de la Nuit et ceux qu'il gouvernait. Ce soir, les deux Vampires s'échangeraient des otages. Ce soir, ils s'affronteraient sans doute pour déterminer lequel d'entre-eux posséderait la capitale...c'était du moins ce que chacun attendait.
Cependant, après quelques regards venimeux et la restitution d'un des otages par le Comte, un nouvel élément s'invita dans ce tableau que tous croyaient peint d'avance: la mise au jour d'un traître.

Lorsqu'il était entré dans le cimetière, Jirômaru avait senti la présence de Sarah. Son corps et son sang portaient sa marque, aussi lui était-il assez intimement lié pour être certain que la jeune femme était bien présente. Convaincu que les Camariliens avaient bel et bien retrouvé l'héritière Spencer, le Vampire avait franchi les hautes grilles de Highgate pour récupérer ce qu'il considérait sien.
En pénétrant les lieux, il avait touché de son aura les pierres tombales, les arbres, les buis et le moindre recoin de ce vaste empire des morts. Il avait tâtonné, partout, à la recherche de celle qu'il chérissait à sa manière, mais il avait été parfaitement incapable de localiser la jeune Humaine. C'était comme si son odeur avait été apportée sans son corps ou son esprit.
Le Comte s'était interrogé. La belle dormait-elle ? Son âme s'était-elle fermée au monde qui l'avait vu naître ? Il ne sut interpréter cette étrange sensation qui l'envahissait à chaque fois qu'il tentait de la toucher avec son pouvoir. C'était comme s'il se retrouvait face à une porte fermée derrière laquelle il entendait de la musique sans pouvoir être certain des instruments qui la composaient. Son cœur s'était serré et sa colère avait grandi. Sarah avait peut-être été envoûtée ou enterrée dans un cercueil protégé de sortilèges, mais elle pouvait tout aussi bien être morte...

Prêt à en découdre avec la Camarilla et ses membres, le Prince de Londres s'était donc avancé au milieu du cimetière pour les interpeller et commencer les négociations, si négociations il pouvait encore y avoir. Crimson était venu à sa rencontre et la séance avait débuté. Jirômaru avait rendu Miss Prime et le Primogène avait envoyé Walker chercher Sarah. La tension était à son comble. Pendant que le chef des Oculis disparaissait dans la brume pour aller quérir la jeune Humaine, le Comte interrogeait Crimson:


- Que voulez-vous dire, Crimson ? Quelle est cette « affaire » ?

Le Camarilien, trop heureux d'avoir l'avantage sur son aîné, ménagea son suspens.

- Soyez patient, my lord. Vous le saurez bien assez tôt. Susurra-t-il avec un sourire mesquin.

Près du Comte, les Sept s'impatientaient à mesure que l'aura de leur maître prenait de l'ampleur. Maria serra les poings. La perspective de retrouver Sarah ne lui plaisait pas, car elle aurait préféré que la magicienne n'aie jamais croisé la route de celui qu'elle vénérait presque et dont elle avait été pendant de longues années l'amante favorite, mais elle supportait encore moins cet air supérieur que venait de prendre le Primogène face au Comte. Elle avait hâte de quitter ces lieux, avec ou sans la jeune femme. De son côté, Manouk soupira doucement. Il sentait que tout cela allait mal finir et que la bataille serait inévitable.

Après un long silence, Jirômaru et ses disciples purent apercevoir deux silhouettes se détacher de la brume derrière Crimson. Walker revenait. A ses côtés marchait une femme magnifique que le Comte reconnut aussitôt. C'était Prudence, une Oculis, gardienne de la Mascarade, très réputée pour ses dons de dissimulation. Plissant le regard, l'ancien samouraï perçut dans ses bras un corps à l'abandon. Son coeur manqua un battement.
Sarah ! C'était Sarah !
Un voile étrange la recouvrait mais le Vampire ne pouvait qu'espérer que ce soit bien elle. La tension monta d'un cran. Maintenant qu'elle était à sa portée, le vieux Vampire ne rêvait plus que d'une chose: se précipiter vers elle, la reprendre et quitter ce cimetière pour la mettre enfin en lieux sûrs.  
Mais alors qu'il faisait un pas en avant, poussé par le désir de récupérer la jeune femme, Amos et Croswell se jetèrent sur Bloomfield. Le Comte s'arrêta et observa la scène sans faire le moindre geste. Bloomfield se mit à gesticuler en tout sens, manifestant une incompréhension hypocrite. Il tenta de se défendre à coups de cris indignés mais sa voix brisée n'indiqua que trop son état d'anxiété. De quoi avait-il peur ? Pourquoi Crimson l'avait-il fait saisir ?
Jirômaru interrogea le Primogène du regard mais ce dernier lui tournait déjà le dos pour se diriger vers Walker et Prudence. Silencieux, le Comte tentait de comprendre ce qu'il se tramait maintenant et se tint prêt à intervenir. Voir ce Vampire approcher de si près la jeune Spencer lui était insupportable. Lentement, sa main gauche trouva la garde de son sabre...

Heureusement, Crimson ne toucha pas la jeune Humaine. Il s'en approcha doucement et murmura son nom près de son oreille. L'air resta en suspension un instant puis la belle s'éveilla soudain, comme si ce nom l'avait sortie d'un sortilège ou d'un songe des plus profonds. Toujours drapée dans son voile noir, elle descendit des bras de Prudence et ses pieds touchèrent bientôt l'herbe tendre. Le Comte tiqua. Était-ce réellement Sarah ? Pourquoi ce voile était-il toujours sur sa tête ? A quoi jouait donc Crimson ? Cette mise en scène lui déplaisait fortement.
La silhouette de la jeune femme avança doucement jusqu'à une pierre tombale sur laquelle elle prit place. Tout dans sa démarche laissait à supposer qu'elle ne maîtrisait pas ses mouvements. Crimson l'avait donc en son pouvoir...Jirômaru serra les dents. C'était un affront de plus...Lui-même n'avait jamais eu recourt à la manipulation de l'esprit ou du corps avec elle. Jamais ! Et c'était sans aucun doute sa plus grande fierté. Sarah avait failli succomber à ses avances sans qu'il ne s'introduise dans son esprit et cela signifiait beaucoup pour lui. Car, même si le Don Obscur avait la capacité d'influencer les Humains en prodiguant à ses créatures un charme particulier, au moins n'avait-il pas été à l'encontre de la volonté de la belle.

Bloomfield se débattait maintenant de toutes ses forces. Crimson saisit du bout des doigts le voile qui couvrait Sarah et le Comte fit un pas en avant.


- Un procès... ? murmura-t-il tandis que le Primogène faisait glisser le voile à terre d'un geste brusque.

Le regard glacé du Comte tomba sur le visage de Sarah. C'était bien elle. D'une pâleur extrême, les lèvres presque bleues, elle portait des cheveux plus courts qu'à l'accoutumée et semblait terrifiée. Elle ne bougeait pas, mais ses yeux cristallins s'agitaient dans la pénombre. Sans doute ne voyait-elle rien et son cœur s'affolait-il au milieu de ce qu'elle savait être des Vampires. La pauvre Humaine devait se croire en pleine séance de sacrifice...

Prudence s'approcha alors de la jeune femme et écarta le col de son manteau. Sur le cou de Sarah, une horrible morsure déformait sa peau.
Il y eut chez tous les Vampires une véritable vague de colère. A cette vue, le Comte écarquilla les yeux comme jamais et les Sept se redressèrent d'un bond. Leurs crocs saillants brillèrent sous les étoiles et plusieurs sifflements accompagnèrent la brise qui frôlait les tombeaux. Même Marco blêmit face à cette révélation. Cette fois, il y aurait un châtiment, un vrai.

Jirômaru mit quelques secondes à réagir tant sa colère dévorait la moindre parcelle de son corps. Il s'en fallut de peu pour que le cimetière entier ne se retrouve dans la Salle Noire. Les ombres s'étirèrent, noyant le ciel et les astres dans les ténèbres, tandis qu'une flamme rongeait désormais l'esprit du vieux Vampire: la flamme de la vengeance.
Avançant d'un pas rapide vers Crimson et Sarah, le Comte invita son confrère à faire un pas de côté, ce que ce dernier fit avec un sourire de satisfaction, puis il saisit la jeune femme par le menton, avec autant de douceur que sa rage pouvait lui permettre de conserver. Sa main droite trouva son épaule et son pouce passa lentement sur sa blessure avant de finir dans sa bouche. Crachant vivement au sol, le Vampire eut un rictus haineux. Cette morsure, apposée par dessus sa marque, avait été faire sans aucun art, sans aucune précaution. Elle avait déchiré sa peau dans un acte aussi barbare qu'interdit. C'était là l'oeuvre d'un Vampire qui ne s'était pas réellement soucié de son sang et du bonheur que c'était que de le prélever. C'était là l'oeuvre d'un Vampire enragé qui n'avait eu pour but que de la mutiler, de prendre ce qu'il avait désiré en souillant sa beauté.
Jirômaru fronçait le nez, dégoûté à l'idée qu'un autre aie pu toucher sa précieuse Sarah. Son regard se fit plus triste tandis qu'il croisait celui de la chasseuse. Même si elle était encore incapable de bouger et que ses yeux ne pouvaient voir dans la nuit, il était persuadé qu'elle sentait que c'était lui qui se trouvait auprès d'elle. Elle reconnaissait sans doute son parfum, sentait sa taille et entendait sa voix grave. Il avait tant de choses à lui dire...
Après quelques secondes d'immobilité durant lesquelles le Comte ne quitta pas son regard, il soupira près de ses lèvres :


- Ils vont payer, Sarah...Je te le promets.

Sur ces mots, sa bouche s'ouvrit, dévoilant des canines bien plus aiguisées qu'à son habitude, et il quitta la chasseuse pour fondre sur Bloomfield qui hurlait à présent comme un diable. Amos et Crosswell lâchèrent le traître et s'écartèrent juste à temps. Une gerbe de sang prodigieuse éclaboussa la terre, les pierres et les arbres alentours. Amos sentit une traînée poisseuse dégouliner sur sa joue et Crosswell ne put s'empêcher de pousser un petit cri de frayeur. Il recula jusqu'à rentrer dans Crimson. Ce dernier le retint d'une main ferme et l'obligea à se redresser tandis qu'un sourire particulièrement jubilatoire fendait son visage. Bloomfield était mort. Ainsi avait-il payé pour ses crimes et sa trahison.

Haletant de rage, le Comte se dressait de toute sa taille au milieu d'une mare de sang. La tête de Bloomfield, figée dans une expression de terreur, gisait cheveux épars contre sa botte droite. Son corps distordu restait un peu plus loin, près de la pointe du katana que le Prince Vampire serrait encore dans ses deux mains. La sentence n'avait même pas été prononcée que l'exécution était déjà terminée. Dans un éclair d'argent, Jirômaru avait ainsi mis fin à l'existence de ce parasite.
Les Sept ne bougeaient pas, tout comme les sbires de Crimson. C'était comme si le monde avait cessé de tourner, le temps que chacun puisse saisir la portée de ce qu'il venait de se passer. Le silence, pesant, serrait toutes les gorges.

Au bout d'un moment, Crimson s'avança vers le Comte en applaudissant, un sourire joyeux sur les lèvres. Il riait.


- Bravo ! Bravo ! C'était un coup de maître ! Rapide, effica...Le Vampire s'étrangla au milieu de sa phrase. La pointe aiguisée de son aîné venait de toucher sa gorge. A travers ses longs cheveux immaculés, son regard anthracite brilla d'une lueur venimeuse et le transperça de son poison.

- Relâche-la. Ordonna-t-il sur un ton qui ne souffrait pas de refus.

Le Primogène sourit faiblement, décontenancé, puis il reprit confiance et se redressa quelque peu. Il voulut écarter du doigt la lame de son confrère mais ce dernier appuya un peu plus cette dernière jusqu'à faire perler son sang. Les Camariliens se mirent en position d'attaque.


- Relâcha-la MAINTENANT! Hurla le Comte sans se soucier des sbires de Crosswell.

Maria s'agrippa au bras de Marco. L'obscurité était anormale, le vent s'était glacé et l'atmosphère était devenu plus écrasante que jamais. Le Comte commençait à invoquer la Salle. Cette fois, Crimson blêmit.


- Je...Et le fils Crosswell ? demanda-t-il dans un souffle.

- Vous l'aurez demain matin à votre porte. Répondit sèchement le vieux Vampire en serrant les dents.

- Bien. Fit Crimson en claquant des doigts.

Prudence jeta un regard à Sarah. Cette dernière fut libérée de toute entrave et recouvra du même temps le contrôle de son corps et de son esprit. D'un geste vif, le Comte éjecta alors le sang qui souillait son arme et la rengaina. Son tintement clair vrilla les tympans d'Agniès qui frémit derrière Manouk. Puis, abandonnant le cadavre de Bloomfield ainsi que Crimson, Jirômaru retrouva Sarah en une fraction de seconde et l'attrapa par la taille. Comme on cueille un fruit sur le point de tomber, il récupéra la belle Humaine avec douceur et la maintint contre lui. Ramenant sa cape sur elle, il tâcha de calmer ses angoisses.


- Sarah...Ne tremble pas. Tout va bien. Je te ramène chez toi. Sa voix se voulait douce et chaleureuse, mais sa colère ne l'avait pas encore quitté. Sarah...parle moi...

Crimson observait la scène avec un mélange de moquerie et d'appréhension. Cette fois, il avait réellement tout pour imposer le duel. Il n'avait plus qu'à attendre le lendemain matin pour récupérer le fils Crosswell et ils se battraient.

De son côté, Jirômaru ne se préoccupait plus des Camariliens. Serrant la chasseuse contre son torse, il posa sa tête sur la sienne et soupira. Il était soulagé de la retrouver en vie.


- J'ai cru que tu étais morte...


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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Sarah Spencer
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MessageSujet: Re: Le pourparler des ombres [01/05/1842] [Comte, Sarah] Mar 27 Sep - 0:05

Sarah était terrifiée. Terrifiée par cette noirceur d’encre qui la laissait dans l’ignorance. Terrifiée de se réveiller encore une fois à un endroit inconnu, mais surtout terrifiée de cette torpeur qui engourdissait chacun de ses membres. La brume blanche et les feux follets qui s’insinuaient entre les arbustes avaient dessiné la forme distincte des tombes qu’éclairait la nuit. Elle se trouvait donc dans un cimetière, mais cette révélation l’apeurait bien plus qu’elle ne la rassurait. Depuis toujours, la terre des morts avait fait trembler les vivants et plus encore ceux qui connaissaient le secret des créatures de la nuit. Les cimetières constituaient un endroit de choix pour les maudits du soleil. Prisonnière de son propre corps, la Chasseuse ne pouvait qu’entendre les voix qui résonnaient  autour d’elle sans pouvoir intervenir. Et pourtant, elle avait la si désagréable impression qu’elle était le centre de cette discussion. Des ombres autour d’elle se mouvaient sans qu’elle ne puisse en reconnaitre la moindre silhouette. À travers l’épais silence,  elle entendait la voix aiguë de ce qui lui semblait être un homme tentant de se débattre. Était-ce un humain? Était-ce un sacrifice? Pourquoi l’avait-on conduit là? Les questions assaillaient son esprit et ne trouvaient que l’écho comme réponse. La belle humaine ferma les yeux pour tenter de rassembler ses souvenirs. Elle se remémorait sa présence au parc et celle des vampires qui l’avait encerclée. Il ne faisait aucun doute pour la jeune femme qu’elle se trouvait à présent aux mains de ceux qu’elle pourchassait ou plutôt qui la pourchassait. La rage se réveilla doucement dans l’esprit de l’Ondine. Si ses ravisseurs espéraient pouvoir la plier à leur volonté, elle ne les laisserait pas faire sans réagir. Tandis qu’elle cherchait à se débattre de la torpeur qui engourdissait ses membres, une main douce vint écarter les pans de son manteau, révélant l’horrible blessure.

Au contact de l’air froid sur sa peau, la magicienne sentit des picotements la parcourir. Autour d’elle, la tension monta encore. Un sifflement général vrilla l’endroit tandis que l’espace se satura d’une colère générale. Les murmurent enflèrent, véritable protestation générale. Au loin, la voix continua vérocifier.


-Ce n’est pas vrai, c’est un subterfuge! Elle ment!

Elle, mentir? Elle n’avait pas encore dit un seul mot! Était-ce sa blessure qui les intéressait autant? Elle ferma les yeux refusant de laisser le doute envahir son esprit. Une main glacée vient saisir durement son menton et des doigts fins l’obligèrent à relever la tête. Le cœur de la jeune femme manqua un battement. Le temps sembla se suspendre. Malgré l’obscurité, elle reconnut Sa présence. Ou plutôt elle la devina comme on reconnait l’arrivée de l’hiver lorsque le vent se lève. À travers l’ombre, elle sentit la silhouette fine qui se dressait devant elle. Elle ferma les yeux humant son parfum subtil. Lentement ses souvenirs redessinèrent l’ombre qu’elle connaissait tant. Elle s’imagina mentalement la sature imposante de l’homme près d’elle, ses longs cheveux blancs encadrant son visage, sa cape rouge et ses yeux... ses yeux d’anthracite posé sur elle avec la même détermination que ceux d’un prédateur. Elle ne pouvait oublier la dernière image de cet homme qui avait marqué son esprit, celle de son visage déformer par la rage dans la salle du théâtre alors que les flammes dévoraient tout sur leur passage et que le sang souillait le sol. C’était lui. Le Comte. Et il était ici. À côté d’elle.

La respiration de la Chasseuse s’accéléra lorsque la main descendit le long de son cou écartant les pans de sa chemise. Pouvait-il sentir son cœur battre à la chamade? La magicienne aurait pu trembler d’appréhension si son corps lui avait permis. Cela faisait si longtemps qu’elle ne laissait plus personne l’approcher que les contacts humains lui étaient devenus étrangers. D’autant plus qu’il fallait que ce soit lui. Et pourtant, la simple présence de ses doigts sur sa peau ravivait en elle toute l’humanité qu’elle avait perdue au cours des derniers jours. La main continua son chemin le long de son cou éveillant chaque parcelle de peau qu’elle frôlait. Le sang de la belle humaine ne fit qu’un tour. Elle détestait l’émoi que faisait naitre en elle cet homme. Mais les doigts fins du vampire poursuivirent jusqu’à sa blessure. Lorsqu’ils touchèrent sa chair meurtrie, l’héritière ressentit une vive brûlure et ses souvenirs la firent basculer de nouveau dans les remous de la rivière, dans le cahotement chaotique du fiacre, dans la pression écrasante de la mâchoire qui s’était refermée sur elle pour lui imposer cette marque disgracieuse.

La main quitta rapidement son cou et un poids sombra dans la poitrine de l’aristocrate. Qu’allait-il faire? Elle se souvenait que trop bien de la jalousie farouche et de la colère qui traversait l’homme lorsqu’un autre l’approchait et chaque fois c’était elle qui avait pâti de son égoïsme. Elle ne pouvait comprendre qu’en ce moment c’était ce désir possessif qui lui garantissait la vie. Plusieurs secondes passèrent. Elle sentit le souffle du vampire contre son visage tandis qu’il murmurait près de ses lèvres. La jeune femme cessa complètement de respirer. Cette voix. Ce murmure qui hantait ses nuits depuis des semaines. C’était bien lui, elle en avait à présent la confirmation. Le timbre déclencha en elle un frison et plusieurs émotions contradictoires. La rage de savoir son ennemi de toujours près d’elle, l’appréhension face à cette situation, le doute, mais aussi un certain réconfort. Avec le Comte présent, personne n’oserait l’approcher, mais qui la protègerait de lui? Pourtant le ton de l’homme était doux, presque triste tandis qu’il lui parlait. Elle reçut cette promesse qui l’atteignit plus qu’elle n’aurait voulu se l’admettre. Ainsi donc il ce n’était pas lui qui avait orchestrer cette horrible attaque? Pendant quelque temps, la Chasseuse s’était laissée convaincre que le Lord avait pu avoir un lien direct ou indirect avec les événements. Ne l’avait-elle pas blessé horriblement? N’avait-elle pas rejeté une nouvelle fois ses avances et ruiné sa pièce? Dieu seul savait ce que la vengeance chez l’immortel pouvait signifier. Plus loin, l’homme continuait de se débattre, poussant de longs cris qui n’atteignaient personne. La main quitta son visage, aussi légère qu’une brise et la voix de l’homme se changea en hurlement de terreur avant de finir étranglée tandis qu’un horrible bruit déchirait la nuit suivie du son mat qu’effectuait un corps qui chutait dans les hautes herbes. Il eut une légère agitation parmi les membres puis le silence revint. Imposant. Puissant.

Sarah tenta de nouveau de sortir de sa torpeur. Le silence l’inquiétait. Son imagination s’emballait dans des histoires invraisemblables. L’homme était mort, sans aucun doute. Mais pourquoi? Et par qui? Serait-elle la prochaine? Tandis qu’elle cherchait à se redresser, des applaudissements retentirent près d’elle. Quelqu’un riait. L’aristocrate fut choqué du ton joyeux de la voix. Comment quelqu’un pouvait se réjouir d’une situation aussi macabre? Ses pupilles dilatées s’étant habituées à l’obscurité, elle vit plus précisément les ombres qui se détachaient de l’obscurité. Ils étaient plusieurs, divisés en deux clans bien distincts, chacun habitant son espace avec force. À quelques pas d’elle se trouvaient deux hommes séparés par une lame où s’accrochaient les reflets des astres.

Le hurlement du Comte transperça le silence. La jeune humaine aurait sans doute sursauté si son corps lui avait permis. L’obscurité s’épaissit et la jeune femme fut de nouveau plongée dans la noirceur la plus totale malgré ses yeux toujours ouverts. L’air devint si écrasant qu’elle sentit le poids du monde s’abattre sur ses épaules. Le froid s’intensifia et elle vit se dessiner des nuages de buée près de son visage. Elle tenta de bouger de nouveau et cette fois elle sentit le bout de ses doigts se crisper sur la pierre. Il fallait qu’elle s’extirpe de ce cauchemar.

Alors que l’air devenait tout simplement irrespirable, un claquement de doigts sonore retentit et la torpeur qui habitait l’esprit de l’héritière disparut comme si elle avait soudainement plongé dans les remous de la rivière Thames. Elle reprit alors pleinement la maitrise de ses mouvements, mais son corps, figés depuis tout ce temps, eu une faiblesse.  Elle saisit la pierre sur laquelle elle se trouvait à deux mains pour ne pas perdre l’équilibre. À chaque inspiration qu’elle prenait, elle sentait l’air froid lui brûler la gorge, les poumons. La tête rejetée vers l’arrière, elle regarda un instant les étoiles tandis que le vent happait son visage faisant naitre des larmes à la commissure de ses yeux. La jeune femme bougea la tête, cherchant à percer l’obscurité. Un silence de mort planait désormais sur l’endroit, mais l’aristocrate sentait au fond d’elle-même que rien n’était terminé. Ses sens étaient en alerte. Tout en elle lui criait de prendre garde, que le danger était là. Mais où? Malgré la noirceur d’encre et la brume de l’endroit, elle sentait le poids des regards qui l’observaient encore. Un bruit sourd brisa le silence religieux qui s’était installé que la magicienne identifia comme le tintement clair d’une lame. Persuadée que sa dernière heure avait sonnée, la Chasseuse eu à peine le temps de se redresser qu’un bras puissant la saisit par la taille et elle se retrouva enveloppée dans un lourd morceau de tissus, pressée contre un corps puissant. Sarah posa la main contre le torse de l’homme pour ne pas tomber. Le temps sembla se suspendre et son cœur manqua un battement tandis que ses doigts reconnaissaient le corps contre lequel elle était posée. Le parfum de l’immortel vint enivrer ses sens. Sous ses doigts, elle sentit la douceur de la chemise et la coupe du veston que l’homme portait, mais aussi les muscles saillants qui se dessinaient sous les vêtements, encore bandés par l’effort qu’il venait d’accomplir et par la rage qui l’habitait.

Auprès de lui, la Chasseuse se sentit devenir toute petite. Cet homme avait toujours attisé en elle une attraction incompréhensible. L’Artémis vierge qu’elle était ne pouvait comprendre cette attirance entre leurs deux corps. Les jours passés à fréquenter les salons d'hommes lui en avait appris plus sur les relations entre les hommes et les femmes mais elle ne parvenait pas à appliquer cela à elle. Une vague de chaleur indésirable s’insinua au creux de son ventre. Elle avait toujours détesté la proximité du vampire. Sarah eut un remord de se sentir si bien, emmitouflée dans cette cape et contre lui. Elle entendit la voix douce de l’immortel contre son oreille. Le timbre était inconstant, encore tremblant d’une colère pas entièrement consumée. Le Comte appuya sa tête contre la sienne et la jeune femme sentit la caresse douce de ses longs cheveux blancs contre sa joue. L'Ondine se rendit compte pour la première fois qu’elle avait froid. Ses doigts contre le vêtement sombre tremblait, tout comme le reste de son corps et elle ne pouvait le réprimer. Malgré ses vêtements, malgré son manteau elle tremblait de froid. Son nez contre le cou du vampire, elle sentait la peau de l’immortel dégager une certaine chaleur alors que la sienne était glacée.


-Vous…

Sa voix était faible, un murmure au milieu de la nuit. Elle n’arrivait pas à le tutoyer, cela aurait été admettre leur proximité et elle s'y refusait. Un flot d’émotion contradictoire l’habitait encore. Elle n’avait pas oublié sa haine pour cet homme pour tout ce qui lui avait fait subir non seulement à elle, mais aussi à Alexander. Et pourtant, en cet instant, elle était heureuse qu’il l’ait sauvée. Du moins, c’est ce qu’elle semblait comprendre de la situation. Elle ressentait un peu de cette sécurité qui l’avait quitté depuis tant de semaines.

La main contre son dos la pressa de nouveau tandis que la voix du comte murmurait contre son oreille qu’il avait cru en sa mort. L’aristocrate accusa le choc de cette révélation. Cet homme était si différent de ce que sa mémoire avait gardé de lui. Où était passé le vampire hargneux qui se dresser au milieu du théâtre lui promettant qu’elle allait payer son geste? D’ailleurs comment pouvait-il se tenir devant elle, aussi droit alors qu’elle l’avait cruellement blessé au bloody rose deux semaines avant? La belle humaine avait perdu toute notion du temps. Elle ne savait pas qu’environ un mois s’était écoulé depuis les terribles attentats ratés. Elle ne savait pas non plus que dans moins de deux heures la grande horloge sonnerait l’aube de ses 22 ans. Perturbée, elle ne parvenait à articuler le moindre mot. Morte? Oui, elle l’avait sans doute été pendant un moment au milieu des flots tumultueux. Était-elle seulement de nouveau en vie? Les derniers jours s’étaient écoulés en un mélange de silence et de violence, mais lui avait fait comprendre qu’une partie d’elle avait disparu à jamais au fond de la rivière. Contre son oreille, elle entendit le cœur du vampire battre, lui rappelant que malgré tout, une partie de lui continuait d’être humaine. Elle releva la tête cherchant à discerner les yeux sans pupilles de l’homme à travers la noirceur, voulant y lire la vérité. Était-il sincère ou n’était-ce encore que l’un de ses plans?

Prudence observait le couple avec un œil malicieux. Ils étaient presque mignons. Le grand homme était prêt à tout pour sauver cette jeune humaine. La vampire faisait partie de ceux qui ne comprenaient pas cette attirance. Certes l’héritière était une femme désirable, magnifique, un véritable joyau, mais c’était également une créature farouche, une hunter de surcroit. Pourquoi le Prince s’attachait-il à un être aussi détestable que dangereux?
Peut-être avait-il l’intention d’en faire une des leurs. Elle l’espérait de tout cœur, car les épreuves que venait de vivre l’aristocrate pouvaient encore se reproduire et sa faiblesse humaine, malgré sa visible détermination, ne pourrait la protéger infiniment.

L’immortelle se redressa brusquement, quittant de ses yeux clairs les tendres retrouvailles entre le Comte et la jeune humaine. D’un geste habile, elle grimpa sur le toit d’un caveau qui se trouvait proche et elle étendit son aura délicate à travers le cimetière. Son don ténébreux aider de son pouvoir traversa les auras des êtres alentours comme un aigle à la recherche d’une proie. Maintenant que le jeu c’était calmer, que l’aura du Comte et de Crimson avait perdue de leur ampleur, elle sentait de nouveau ce malaise comme celui de voir une lueur dans une maison abandonnée. Cette fois il n’y avait plus de doute, les vibrations qu’elle avait perçues étaient assez fortes pour que ce soit une intervention humaine (ou non) qui tentait de les masquer. Elle ferma les yeux et tendit la main devant elle comme si ses doigts cherchaient à saisir le voile obscur qui recouvrait une pièce secrète. Puis brusquement, un nouveau point rouge se dessina sur la carte de son esprit.


-Hostibus*! cria-t-elle en latin en direction du groupe, mais il était déjà trop tard.

Isaac chuta au sol, entrainé par son assaillant dans l’obscurité. Des membres de la Secte Noire sortirent par dizaine, attaquant tous ceux qui étaient présents. Prudence lâcha un violent juron tandis qu’elle évitait habilement un homme qui tenta de lui sauter dessus. Elle se doutait bien que Bloomsfield était trop lâche pour avoir agit seul. Le traitre s’était lié avec les membres du Sabbat. Il avait du leur révélé la tenue de cette importante rencontre et les membres du clan ennemis avaient vu là une belle occasion de se débarrasser du Prince, mais aussi d’affaiblir la Camarilla en s’attaquant directement aux Primogènes. Le cimetière se transforma en champs de bataille. Les vampires se battaient férocement. Les membres du Sabbat étaient nombreux, mais ils étaient pour la majorité des nouveaux née à peine conscients de leur transformation. Maladroits, sans aucun entrainement pour le combat, ils fonçaient tête baissée avec la détermination de ceux qui se croient invincibles.

Sarah sentit la main dans son dos se raffermir tandis qu’elle était pressée encore plus contre le torse du Comte.  Autour d’elle, des bruits éclatèrent. Une voix cria et le monde s’agita, volant en éclat de cris et de bruit. Une véritable bataille sembla se dérouler sans qu’elle ne puisse voir qui étaient les assaillants. Elle sentit le corps du vampire se hérisser de rage. Sa puissance la submergea et l’obligea de reculer d’un pas, sortant des replis de sa cape. Ses yeux d’aveugles plongés dans l’obscurité ne virent pas le véritable coup de théâtre qui était en train de se jouer. Près d’elle, elle sentit le corps du Comte bouger, souvent suivie d’un râle d’agonie. Était-il en train de se battre?

Prudence commençait à perdre patience. Les assaillants étaient très nombreux, sans aucun talent ni respect du combat. Ils se jetaient parfois à trois sur un membre pour le jeter à terre. Après un coup d’œil à Amos, la jeune femme sortit du revers de son manteau une arme à feu dont les astres s’accrochèrent aux reflets métalliques. L’arme de Prudence était particulière. Afin de protéger la mascarade, l’occulis portait toujours sur elle une création de son cru, pouvant blesser mortellement ses semblables et aussi venir à bout de quelques loups-garous. Les balles de son pistolet étaient composées d’un alliage particulier. Composée de particules d’argents entourer d’une fine particule de plomb. La belle s’était souvent blessée avant de mettre au point la formule exacte et bien particulière de ces balles uniques. Une fois que la balle perforait la peau de l’ennemie, elle se décomposait dispersant des éclats d’argent qui s’incrusterait dans la blessure. À peine, avait-elle sorti son arme qu’elle fit feu sur un assaillant qui s’était approché trop près de Crimson. La balle atteignit l’homme en plein ventre et il s’écroula au sol en un râle de douleur. Certains auraient pu penser que la combattante manquait de précision dans ses tirs, mais Prudence était une vampire bien entrainée. Si elle visait ainsi c’était dans le but d’avoir quelques prisonniers à interroger. Les membres du Sabbat ne faisant aucune distinction entre les deux clans les attaquaient férocement. Les Primogènes se battaient bien, détruisant leurs ennemis en une gerbe de sang. Les disciples de Comte étaient également très efficaces. Prudence se sentit quelque peu soulagée de la tournure des événements. Maintenant qu’elle voyait les disciples du Prince à l’œuvre, se battant courageusement, ne laissant que des corps sans vie autour d’eux, elle doutait que la grande Secte ait eu la force nécessaire pour gagner un combat contre eux. Le Prince lui-même était magnifique. Se battant près de Valentine qui était venue lui porter main forte, sa grande cape rouge sang voletait dans l’air au rythme de ses mouvements tandis qu’il tuait avec une précision implacable. L’immortelle laissa un instant son regard couver le corps de son ainé qui se mouvait avec l’aisance d’un danseur. Comment pouvait-on ne pas le trouver beau?

Sarah ne savait plus où donner de la tête. Les cris, les voix, elle se faisait bousculer dans tous les sens sans jamais pouvoir savoir d'où venait le coup. Elle sentait le Comte tourner autour d’elle, sa main cherchant toujours à la garder près de lui. Une gerbe humide éclaboussa son visage et elle demeura interdite avant de porter lentement sa main contre son menton pour toucher le liquide. Sous les rayons de la lune, elle reconnut la couleur du sang qui perlait désormais le bout de ses doigts. Paniquée, elle voulut faire un pas, mais trébucha durement sur une ombre qui l’envoya valser au sol à quelques mètres. À moitié sonnée, elle ramena sa paume écorchée contre son corps, cherchant des yeux ce qui avait précipité sa chute. Son visage se mua en une expression de stupeur tandis que son regard se posait sur le corps ensanglanté et sans vie qui trônait près d’elle. La magicienne se figea complètement, prise de vertige. Des flashbacks traversèrent son esprit, l’obligeant à revivre la scène des quais où elle avait dû se mesurer aux vampires et aux loups-garous. Sa main au sol se crispa et ses doigts s’enfoncèrent dans la terre des morts. Le bourdonnement revint et elle sentit son visage se couvrir d’une sueur froide. Elle n’entendit plus que les cris et devant ses yeux elle revécut les horribles visions sanglantes qui n’avaient jamais quittées ses cauchemars. Ses mains se mirent à trembler et l'odeur du sang qui saturait l'air lui donna un haut le coeur. La respiration courte, elle s’accrocha au sol pour rester encrée dans le présent, pour ne pas basculer.

C’est le moment que choisit l’un des membres du Sabbat pour s’approcher d’elle. Évitant habilement le Prince tandis que deux de ses comparses s’en prenaient à lui par revers, il suivit l’odeur de la belle qui ne bougeait pas. Son instinct le poussait vers la jeune humaine, vers ce sang si frais, si vivant, si odorant. Alors qu’il se tournait vers elle, les crocs saillants prêts à fondre vers ce cœur qui battait, elle se tourna vers lui attrapant le bout de son veston usé. L’homme se figea devant ce regard qui n’avait plus rien d’humain. À travers les longues mèches rebelles, surplombant son visage pâle couvert d’éclaboussures sanguinolentes, des yeux aux pupilles extrêmement dilatées dans la noirceur entourées d’un bleu pur, le dévisageaient durement. Il en fut si surpris qu’il se sentit s’enflammer, et c’est ce qui arriva. Le veston prit feu, se propageant rapidement au reste des vêtements et aux cheveux de l’homme. Sarah relâcha le morceau de tissus sans que les flammes ne quittent le bout de ses doigts. Le corps en pleine combustion, le vampire traversa le cimetière en poussant de longs hurlements. Cette vision détourna l’attention de plusieurs de ses pairs et c’est cet instant précis qui permit aux membres de la secte blanche d’en abattre plusieurs. Estomaquée, la Chasseuse n’osait plus bouger. La main toujours tendue elle ne comprit pas tout de suite ce qui venait de se passer. Ses visions l’avaient complètement submergée et elle avait une fois de plus perdu le contrôle de ses dons. Les flammes à l’extrémité de sa main disparurent. Le souffle court, elle regarda la torche humaine traverser les tombes, révélant pour la première fois à ses yeux d’humains l’ampleur du carnage. Des corps gisaient au sol, les vampires se battaient avec une splendeur macabre, les crocs plus pointus que ce qu’elle n’avait jamais vu, leur peau de marbre déformé en une expression guerrière. Elle demeura interdite contemplant ce spectacle que peu d’humains devaient avoir vu. Il eut une détonation et le vampire en flamme s’écroula au sol tandis que le brasier transformait son corps en cendre. Complètement dépassée, l’Ondine demeura immobile, perdue dans les hautes herbes et la brume. Elle se sentit sur le point de défaillir et de nouveau les picotements l’envahir, remontant le long de ses bras prêts à enflammer le cimetière au complet.

Brusquement, une main puissante la tira vers l’arrière, l’obligeant à se remettre sur pied. Chancelante, Sarah tituba et son dos heurta le torse viril de l’homme qui se trouvait derrière elle. Elle releva légèrement la tête croisant le regard de glace du Comte tandis que sa présence écrasante la figea. Les flammes qui consumaient son esprit et qui menaçaient de lui faire perdre de nouveau le contrôle s’étouffèrent devant l’aura démesurée du grand homme. Elle regarda un instant son visage dur, sa mâchoire serrer, son souffle court contre sa joue. Elle demeura immobile, incapable de détacher ses yeux de ce regard qu’elle voyait enfin. Son coeur qui battait déjà à la chamade s'accéléra.


Spoiler:
 


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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Le pourparler des ombres [01/05/1842] [Comte, Sarah] Dim 9 Oct - 16:27

Le Comte serrait fermement Sarah contre son torse. Ses doigts, gantés de blanc, se crispaient autour de sa taille gracile, comme s'il craignait de la perdre à nouveaux. Légère, la jeune femme lui semblait aussi fragile qu'une plume prête à s'envoler à la moindre brise. A vrai dire, elle ressemblait à une enfant près de lui, tant sa haute silhouette et ses bras de géant la maintenaient dans son ombre. Et puis, sa cape de sang l'enveloppait, tel le rideau de théâtre qui cache aux regards l'intimité de la scène entre deux actes. Ainsi l'ancien samouraï conservait-il l'héritière Spencer contre lui afin de l'isoler du froid et des yeux hostiles. Il tentait tendrement de la rassurer, lui accordant une alcôve chaleureuse et sereine, loin des angoisses, loin de la brume, loin de ses cauchemars.
Les yeux fermés, le grand Vampire ne pouvait dissimuler son soulagement. Après plus de dix jours de recherches, il avait presque abandonné l'espoir de récupérer la jeune Humaine vivante. Son esprit s'était apprêté au deuil et son cœur, déjà malmené par la récente mort de Salluste, avait manqué de se fermer à toute illusion de bonheur. Tenir dans ses bras la chasseuse était ce soir très symbolique. Cela donnait à son âme un souffle nouveau et lui murmurait qu'il allait pouvoir continuer de suivre la voie qu'il avait choisie.
Conservant pour eux seuls ce moment d'union, le Comte respira le parfum de sa douce Sarah, le menton délicatement posé dans ses cheveux bruns imbibés d'humidité. Pendant quelques minutes, il profita, silencieux, de ces instants qui lui étaient bien plus chers que ce que beaucoup imaginaient. Ses bras puissants étreignaient la chasseuse, comme l'on ceint une amante retrouvée après des mois de guerre au bout du monde, et sa peau marbrée sentait, au travers de sa chemise et de son veston brodé, la chaleur qui émanait du corps fin de la belle. Cette chaleur ravivait chez lui une sensation qu'il avait presque oubliée : celle de vivre.
Près son oreille, ses lèvres étirées murmurèrent des mots inintelligibles, du japonais sans doute, puis il oublia, l'espace d'un instant, tout ce qui les environnait : le cimetière et ses tombes rongées par les lichens, ses disciples et leurs regards inquiets, la Camarilla et Crimson qui l'observaient avec méfiance, dégoût ou dérision...Plus rien n'avait d'importance, à part Elle.

Aimait-il cette mortelle ? C'était une question à laquelle beaucoup souhaitaient une réponse claire. Cependant, le Vampire lui-même était incapable d'y répondre. Il avait souvent laissé son esprit errer sur les bords de ce mystère, afin de l'élucider, mais il n'avait encore jamais réussi à déterminer ce qu'il attendait exactement de cette jeune femme. Un jour il la désirait ardemment, et le lendemain il la rejetait tout aussi violemment qu'il l'avait voulue la veille.
Lors de leur première rencontre, il avait joué avec ses peurs et tenté de la prendre de force : il l'avait poursuivie sur le pont et dans le musée de Mme Tussaud, à l'instar de nombreuses victimes de son appétit, pour jouer avec sa vie et goûter au nectar de son existence. Il y avait même ajouté un soupçon de rage en découvrant que c'était une Huntress capable d'utiliser la magie. Ce soir-là, elle n'avait été qu'une proie de plus à ses yeux, une proie cependant follement excitante.  
Par la suite, ses pas avaient recroisé les siens et il avait soudainement décidé de la charmer. Il s'était mis à imaginer de nouvelles perspectives la concernant et avait commencé à réserver à la jeune Humaine une place de choix dans ses projets. Son orgueil et son goût pour les femmes avaient alors été mis à rude épreuve par la belle : elle l'avait rejeté à plusieurs reprises et même blessé physiquement à l'aide d'une broche tout d'abord, puis de mots...Mais il avait été patient et avait au moins fini par obtenir d'elle une étreinte passionnée. De cette étreinte, il en avait gardé un souvenir aussi délicieux que cruel : il avait été si près de la posséder entièrement, si près...! Lorsqu'il songeait à cette nuit sur le satin de son lit, le Vampire rêvait de retrouver cette jouissance réciproque qui n'avait finalement jamais aboutie à cause d'Arath, son disciple, et des Loups-Garous qui avaient tué l'un des Sept sur les quais. Il espérait de tout coeur retrouver la douceur de ce moment et l'achever, enfin, pour montrer à cette femme à quel point il tenait à elle et à quel point leur union pourrait leur ouvrir de nouveaux horizons insoupçonnés.
Malheureusement, au milieu de ses désirs tourmentés, le sourire du lord se figeait parfois. Il se rappelait aussi que Sarah avait tué un des siens sous son propre toit et qu'il l'avait presque noyée en l'enfermant dans un cercueil qu'il avait jeté ensuite dans les égouts. Il se souvenait également qu'il l'avait volontairement abandonnée dans une pièce en proie aux flammes après l'avoir presque entièrement vidée de son sang. Sarah n'oublierait sans doute jamais ce jour, tout comme il n'oublierait jamais ce coup de feu au théâtre, lorsqu'elle avait tiré sur lui au Bloody Rose...Tout semblait les opposer.
Le constat était ainsi étrangement pénible : au fond, il avait espéré sa mort autant qu'il l'avait crainte. Que fallait-il donc en penser ? Le patriarche s'interrogeait régulièrement sur les raisons qui l'avaient poussé à sauver Sarah de sa propre colère, à celles qui l'avaient fait chercher inlassablement dans la capitale, à celles enfin qui l'avaient poussé à la protéger malgré elle pour l'inclure dans sa destinée.
Pourquoi était-il traversé par autant de sentiments contradictoires à son sujet ? Pourquoi ne pas éliminer une bonne fois pour toute cette insolente et reprendre la trame qu'il tissait depuis des siècles afin de satisfaire ses plus grands desseins ? A quoi bon s'attacher à une mortelle aussi dangereuse et versatile ? Ses plans ne la nécessitaient pas réellement...se le cacher n'avait pas de sens.

La voix de la chasseuse, faible et tremblante, brisa les pensées du Vampire et lui arracha un triste sourire. Son timbre, brûlant de douceur, coula sur elle comme un baume :


- Oui, Sarah...Je suis là...Ne t'en fais pas...J'ai tué celui qui t'a attaquée...Il ne pourra plus jamais te toucher. Personne ne te touchera plus.

La pauvre jeune femme semblait perdue. Elle venait de traverser des épreuves que nul ne pouvait estimer à leur juste valeur. Son corps avait été meurtri comme jamais, sa pureté souillée, son esprit bafoué. Elle avait égaré ses espoirs, marché dans la fange du monde pour défendre son humanité et survivre. Ce qu'elle avait vécu, le Comte lui-même l'ignorait, mais l'horrible blessure qu'elle portait sur sa magnifique gorge blanche lui donnait une petite idée de ce qu'elle avait pu subir en son absence. Au fond, le Vampire s'en voulait beaucoup de ne pas avoir été assez prudent. Il regrettait amèrement de l'avoir laissée au couvent sans surveillance.

- Je suis désolé, Sarah...soupira-t-il contre la joue glaciale de la belle chasseuse. J'aurais dû veiller davantage...

Maria jeta un regard soucieux à Marco. Son amant pinça ses lèvres et détourna les yeux pour observer la tête de Bloomfield qui gisait toujours dans sa mare de sang. Les sentiments qu'éprouvait leur maître étaient très obscurs et personne ne saisissait réellement le sens de ses excès de colère ou de douceur envers la jeune Humaine. L'ambivalence de ses réactions les empêchait d'être sereins, cela avait toujours été, mais depuis qu'il avait rencontré la chasseuse, il les inquiétait réellement : sa santé se dégradait à vue d'oeil, ses décisions devenaient de plus en plus dangereuses, ses réflexions se faisaient hasardeuses et ses songes chaotiques. Huysman était mort, Salluste aussi, et l'ancien samouraï laissait de plus en plus de Vampires étranges s'installer dans la capitale. Il ne se préoccupait plus autant des Loups-Garous qu'avant et tenait parfois des propos particulièrement effrayants au sujet du Père et de la Mère. Il avait même dévoré Joyce au cœur du repaire des Camarilliens...Leur aîné semblait s'abîmer dans une descente infernale, au seuil de l'auto-destruction, et vouloir les entraîner tous avec lui. L'échiquier habilement mis en place par ses soins il y avait quelques mois de cela s'était renversé avec l'attentat au théâtre, et les dernières pièces qui tenaient encore debout se fissuraient lentement...
Le Comte n'était pas fou, c'était du moins ce que pensait Marco, mais un voile opaque recouvrait encore ses plus secrètes intentions et en faisait une menace pour tous. Et si la vie de la jeune Humaine passait avant la leur ? Malgré ses quelques révélations suite à la mise au tombeau de Salluste, ils étaient encore en droit de se questionner : il semblait évident que leur maître ne leur avait pas tout dit...

Une lourde main noire sur son épaule tira Marco de ses réflexions. Son regard azuré croisa celui de Manouk qui fixait la brume derrière les Camarilliens. Le grand blond fronça alors les sourcils, comprenant que l'Africain avait repéré quelque chose d'anormal, et se mit à scruter lui aussi les ténèbres. Instinctivement, Maria se rapprocha d'eux et les interrogea de ses beaux yeux verts. Nul ne brisa le silence, mais une tension étrange s'installa entre eux. Seul Manouk semblait certain d'avoir senti quelque chose. Il regardait du côté de Prudence qui s'était légèrement éloignée et qui humait l'air comme pour en comprendre les sombres subtilités. L'empoisonneur savait que si l'Occulis se tenait en alerte, c'était très mauvais signe...

Alors que le silence régnait sur le cimetière et que le temps semblait s'être figé, Prudence poussa soudainement un cri d'alerte et la brume fut déchirée de dizaines d'ombres qui se précipitèrent sur les Camarilliens et les Sept. Manouk hurla immédiatement au Comte un mot dans un ancien dialecte africain et attrapa dans le même temps Maria pour la tirer en arrière tandis qu'une lame frôlait sa longue chevelure d'ébène.
Jirômaru sortit brusquement de ses pensées et se redressa d'un bond. Ses yeux gris prirent aussitôt une teinte fauve et son regard vola d'un Vampire à l'autre tandis qu'une féroce bataille s'engageait alentours. Sur son visage, son demi-sourire se mua en une expression de rage indescriptible et ses crocs saillirent entre ses lèvres.


- Protégez Sarah ! Tuez TOUS ceux qui l'approcheront ! Rugit-il comme un lion en tendant le cou pour mieux distinguer ses ennemis et estimer leur nombre et leurs forces.

C'était des membres du Sabbat. Leurs cris hystériques et leur façon de combattre révélaient leur appartenance à la Secte Noire. L'anarchie régnait dans leurs rangs mais la fureur et le désir de sang qui habitaient chacun d'entre-eux en faisaient des adversaires parfois très difficiles à atteindre. C'était des enfants de la nuit sans organisation, sans réel chef, mais c'était également des tueurs-nés qui n'hésitaient pas à se jeter dans la mêlée en oubliant toute notion d'honneur ou de pitié.
Le Comte raffermit sa prise sur la taille de Sarah tout en sortant son katana d'une main. La lame aiguisée de l'épée japonaise tinta contre son fourreau et le Vampire serra ses doigts autour de sa garde. Ainsi Bloomfield s'était-il lié au Sabbat. Cela expliquait de nombreuses choses...


- Pauvres fous...

Les yeux irisés d'or du Comte brillèrent d'une lueur mortelle. Rien, ni personne, ne lui prendrait plus jamais Sarah. Rien, ni personne, ne l'approcherait sans subir son terrible courroux.

Maria et Ambre le rejoignirent d'un bond sur la pierre tombale tandis que Arath, Manouk, Agniès et Marco faisaient barrière tout autour en contre-bas. Ensemble, ils formèrent un cercle défensif pour protéger leur maître et sa précieuse Humaine. Les ordres avaient été clairs : pas de quartier pour ceux qui risquaient de blesser Sarah. La règle ancestrale qui stipulait qu'un Vampire ne devait en aucun cas en tuer un autre n'avait plus lieu d'être dans cette situation. En cas de légitime défense, nul ne pouvait blâmer celui qui versait le sang de la race. Et puis, le Comte était le doyen des Vampires, le Prince de cette ville, et Sarah était sa proie : personne, pas même le haut Conseil de la Camarilla, ne pourrait crier au scandale s'ils réduisaient à néant cette faction de la Secte Noire. Ils étaient dans leurs droits.

Lorsque les attaquants arrivèrent au corps à corps avec les Sept, ce fut un déchaînement de pouvoirs tel que le cimetière se mit à gronder et ses tombes à trembler. Arath irradia de tatouages rouges incandescents et les Vampires qui le touchèrent furent aussitôt couverts de brûlures étranges, comme faites à l'acide. Manouk apposa ses mains sur différents ennemis et ces derniers se retrouvèrent empalés sur de longues aiguilles avant de se jeter à terre et de se tordre de douleur à cause du poison noir que l'Africain avait injecté dans leurs corps. Agniès disparut à plusieurs reprises, entraînant avec elle un ennemi dans une dimension invisible avant de revenir avec une charpie informe auprès d'elle. Marco, lui, sortit un pistolet à percussion et se mit à tirer des balles coquées d'argent.
Pendant ce temps, Maria s'accroupit près de Sarah, pour la récupérer si son maître avait besoin de toute sa force. C'était elle qui avait la charge de l'évacuer si la situation dégénérait réellement. De son côté, Ambre s'apprêtait à l'aider de ses illusions.

Dans un premier temps, le Comte ne bougea pas. Son pouvoir de Vision Parfaite lui permettait de voir plus que ce que beaucoup voyaient. Ainsi, il se contenta tout d'abord d'analyser la situation. Les Vampires du Sabbat étaient venus en masse. L'envie de vengeance, la volonté de détruire, le goût du sang et de la révolution les dévoraient. Ils avaient en réalité un seul objectif : celui de briser le Prince et les Primogènes afin de gouverner la ville à leur place. Sarah ne les intéressait pas, mais s'ils pouvaient la tuer au passage, histoire de parfaire leur crime, cela leur procurerait bien du plaisir.
Les Camarilliens et les Sept se battaient comme des tigres, mais cela n'empêcha pas le Sabbat de les séparer les uns des autres et de les disperser. Marco et Agniès durent donc s'éloigner de leur maître pour lutter contre un trio particulièrement tenace, et Arath devint une cible privilégiée tant il ravageait les rangs des assaillants. Il en venait toujours plus, et quand ce n'était pas une lutte à trois contre un, c'était parfois à cinq ou six contre un...Maria et Ambre durent bientôt porter secours à Arath.

Ainsi le Comte entra à son tour dans la bataille. Les Vampires du Sabbat réussissaient désormais à traverser le cercle des Sept et à monter sur la pierre tombale pour croiser le fer avec lui. En un geste, ils finissaient généralement à terre, baignant dans leur sang, le cou ou l'abdomen complètement tranchés par la lame japonaise. Jirômaru était d'une précision chirurgicale. Entraîné depuis sa naissance à l'art de la guerre et notamment au maniement de l'épée, il ne laissait aucune chance aux acolytes du Sabbat qui, eux, se précipitaient sur lui sans réelle stratégie ou maîtrise de leur arme.
Le vieux Vampire en tua un nombre considérable, sans jamais quitter Sarah. Il semblait au cœur d'un ballet mortel où chaque gerbe de sang célébrait sa puissance et la fin d'une existence. Mais le chaos s'installa bientôt et les Sept furent submergés. Valentine vint alors prêter main forte au Prince en se plaçant près de lui pour l'aider à éliminer les plus intrépides. Le Comte lui jeta un regard reconnaissant et passa sa lame au travers du corps d'un jeune Vampire qui venait de se jeter sur lui.

La bataille sembla rapidement tourner en leur faveur. Le Sabbat était trop désorganisé et ses membres étaient trop jeunes pour faire face à la puissance des anciens qu'ils attaquaient. Ils avaient manqué de clairvoyance.
Mais alors que le Comte achevait un nouvel ennemi, sa main quitta Sarah une fraction de seconde et cette dernière recula avant de chuter en arrière. Jirômaru poussa un cri de surprise mêlé de peur et de colère. Il voulut rattraper la jeune femme mais son geste fut stoppé par une douleur incroyable qui lui traversa le bras droit. Ses yeux d'or croisèrent ceux d'un Vampire qui venait de planter ses crocs au travers de son manteau et de sa chemise. Avec un sourire mesquin, ce dernier renforça sa prise, empêchant le lord de se servir de son arme, et se mit à répandre une substance brûlante dans ses chairs. Dans un hurlement de douleur et de rage, le Comte l'attrapa par les cheveux à l'aide de sa main libre et le tira vers lui pour tenter de le mordre à son tour. Épouvanté par ce geste, le Vampire lâcha prise et recula légèrement. Ce fut amplement suffisant pour que son aîné puisse lui asséner un coup mortel.
Le plus difficile à anticiper dans cette bataille c'était les pouvoirs liés au Don Obscur. Chaque belligérant avait son lot de capacités extraordinaires et en faisait usage pour se défendre ou attaquer. Jirômaru sentait désormais sa main droite trembler et son avant-bras se paralyser lentement. Mais il tint bon et ses doigts restèrent figés autour de la garde de son épée. Il ne devait pas céder, surtout pas maintenant !

Se tournant vers Sarah pour la reprendre contre lui, le Vampire fut soudainement aveuglé par l'éclat vif de flammes qui illuminèrent le cimetière non loin de sa position. La Vision Parfaite ne supportait pas les sources de lumière...Une main sur ses yeux, le Vampire poussa un râle de douleur et tendit la main vers la chasseuse pour tenter de la récupérer malgré tout.
A quelques mètres de lui, Maria cria quelque chose à Manouk qui se trouvait près de la scène. Le colosse à la peau d'ébène sauta en avant, attrapa la chasseuse pour la redresser et la poussa dans les bras de son maître qui ne voyait plus. Ambre revint aux côtés du Comte et projeta une illusion qui enveloppa le couple dans un bloc d'ombres. Jirômaru serra contre lui la jeune Humaine et retrouva lentement l'usage de ses yeux. Cet effort lui coûta beaucoup d'énergie. Les dents serrées, son aura devint écrasante et il manqua une nouvelle fois de faire appel à la Salle Noire. Son regard gris et perlé de larmes, croisa alors celui de Sarah et son cœur s'apaisa. La belle venait de brûler vif un Vampire et son pouvoir semblait l'avoir complètement affolée. Le lord lui passa une main sur la joue.


- Il est temps de partir...Ses lèvres effleurèrent celles de la chasseuse puis il détourna son visage.

L'illusion d'Ambre se brisa et le cimetière réapparut soudain.
Il y eut en cet instant, plusieurs grands cris et Marco hurla un avertissement à son maître. Un énorme craquement retentit près d'eux et l'un des arbres alentours se fendit en deux dans un fracas épouvantable. Ses feuilles devinrent instantanément brunes et se flétrirent sur elles-mêmes avant de se détacher de leurs branches en une masse compacte. Leur chute ne dura qu'une fraction de secondes avant qu'un souffle puissant ne les envoie à toute vitesse en direction du Comte et de ses disciples. Arath et Manouk s'interposèrent, mais les feuilles les aveuglèrent brutalement et se mirent à leur cisailler les bras qu'ils levaient devant eux pour protéger leurs visages. Jirômaru comprit rapidement que ce n'était qu'une diversion. Valentine cria dans sa direction au moment où cinq Vampires se précipitaient sur lui en passant par les flancs. Le lord saisit Sarah par un bras pour la tirer derrière lui mais ce geste lui coûta plus que ce qu'il aurait pu imaginer. Avancée maladroitement, sa lame se ficha dans les côtes d'un des assaillants et ce dernier tomba en la lui arrachant des mains. Ses quatre alliés en profitèrent pour atteindre leur cible. Une lame passa à quelques millimètres du nez du patriarche tandis qu'une paire de crocs se fichaient dans son épaule et qu'une chose noirâtre lui attrapait les jambes. Le Comte trébucha et s'affaissa sur la bordure de la tombe. Mais il ne comptait pas se laisser dévorer vivant et sa main trouva bientôt la gorge de celui qui osait goûter à son sang. Un horrible son sortit de la bouche sanglante de l'imprudent et son cou se brisa entre les longs doigts de son aîné. Alors les yeux du Comte virent un des acolytes se ruer sur Sarah et son cœur fit un bond prodigieux dans sa poitrine. Pour la première fois en plus d'un siècle, il usa véritablement de son aura.


- NE L'APPROCHE PAS !

Sa voix tonna dans l'air comme l'éclair un jour de tempête. Le poids de l'air devint soudainement si écrasant que le Vampire s'arrêta en pleine course et se tourna vers son aîné avec un regard d'effroi absolu. Les autres reculèrent d'un pas et restèrent figés tout autour.
Le Comte se releva alors, figure monstrueusement démesurée aux cheveux défaits. Il ressemblait à ces fantômes gravés sur les manuscrits dantesques que l'on tâchait d'oublier pour ne pas sombrer dans la folie. Sa cape flottait autour de son corps tendu. Elle était déchirée au niveau du col, révélant son cou qui saignait abondamment sur son veston.
Le lord avança la main sur le jeune Vampire, qui s'était recroquevillé à quelques pas de Sarah, et ses yeux le fixèrent comme s'ils pouvaient le traverser de leurs feux.


- Disparais.

Le Vampire hésita puis il se leva et, le regard abruti par le pouvoir de son nouveau maître, il se mit à se déchiqueter lui-même l'abdomen à coups de griffes et de pierres qu'il trouvait ici et là. Ses compagnons le regardèrent se mutiler lui-même, pétrifiés d'horreur. Alors l'ancien samouraï leur fit face et sa main se tourna, paume vers le ciel, pour lever ses doigts couverts de sang vers les nuages et la lune qui riait au travers. Celui qui gisait à terre, percé de son katana, se redressa lentement. Puis, le regard complètement vide, il s'arracha l'arme du corps pour la laisser tomber à terre avant de se jeter sur le plus proche de ses compagnons. Il y eut un hurlement profond et la lutte reprit son cours d'une façon que nul n'oublierait jamais. Les feuilles mortes en suspension tombèrent et deux autres cadavres se relevèrent pour se précipiter sur les membres du Sabbat qui étaient trop près de Sarah. Le Comte faisait désormais des gestes dans l'air glacé du cimetière, comme pour manipuler des pantins accrochés au bout de longs fils transparents. Il venait d'user de son pouvoir naturel de domination et utilisait désormais le « Post Mortem », cette faculté qui lui permettait de prendre possession des corps humanoïdes et de les diriger comme des marionnettes. Il était rare, très rare qu'il se serve de ces pouvoirs. Même les Sept ne l'avaient pas beaucoup observé dans ce genre d'état.
Manouk revint rapidement vers Sarah et l'attrapa par la taille pour prendre le relais et la protéger pendant que son maître se déchaînait. Maria ramassa le sabre de ce dernier et, accompagnée d'Ambre qui revenait des escaliers d'un mausolée où elle venait d'assassiner un autre Vampire de la Secte Noire, elle rejoignit le grand Africain pour récupérer la jeune Humaine.
Il fallait maintenant quitter les lieux. Leur maître faisait un carnage, libérant l'espace autour d'eux, mais ses forces étaient mises à rude épreuve. Il n'était pas au meilleur de sa forme et tous savaient que ses pouvoirs le rendaient malade. Déjà, son nez saignait abondamment sur ses lèvres livides.


- Passez ! Nous pouvons y aller ! Dépêchez-vous ! cria Ambre en poussant ses confrères entre les tombes, là où le Comte venait d'achever quelques assaillants.

Sans se préoccuper des Camarilliens qui luttaient à leur manière un peu plus loin, les Sept entraînèrent Sarah vers la sortie la plus proche. Excepté Agniès, qui prêtait main forte à Valentine qui se trouvait à quelques mètres du Prince, tous encadrèrent la jeune Huntress et entreprirent de la faire sortir du cimetière.
Au bout d'à peine deux minutes de marche forcée entre les racines et les tombes, le Comte les rattrapa. Ses cheveux gouttaient de sang et son visage portait une longue estafilade. Son regard, égaré dans la haine, enivré de violence, les effleura à peine lorsqu'il passa près d'eux pour récupérer Sarah.


- Maître ! Votre épée ! fit Maria en lui tendant son katana.

Le Comte saisit l'arme sans un mot et, d'un geste brusque, projeta à terre le sang noir qui souillait sa lame avant de la rengainer en un éclair. Puis, il saisit Sarah pour la soulever et l'emporter avec lui loin de toute cette folie. La jeune femme ne pesait rien pour un être tel que lui, mais il répugnait à la maculer de sang, aussi la prit-il un peu maladroitement pour éviter de la souiller avant de décider de l'endormir. A ses côtés, Manouk et Ambre l'aidèrent à fermer les yeux clairs de la belle.

La brume avala le Comte et ses disciples.
Les pourparlers ne faisaient que commencer...


[HRP/ Suite dans "Souviens-toi de cette promesse"/HRP]


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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Sarah Spencer
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MessageSujet: Re: Le pourparler des ombres [01/05/1842] [Comte, Sarah] Dim 16 Oct - 2:39

Sarah était perdue. Oscillante entre des émotions contradictoires, elle avançait sous les bouffées d’adrénaline qui faisait battre son cœur, passant d’un état de faiblesse à celui d’une rage incontrôlable. Elle avait peur, peur de perdre la maitrise d’elle-même et de transformer le cimetière en véritable brasier ardent. Elle ne voulait surtout pas se retrouver en position de faiblesse et de vaincue comme au parc à ce qui lui semblait être quelques heures plutôt. Pressée contre le corps du Comte, elle laissait son regard fixer le vide devant elle, tentant de retrouver la maitrise d’elle-même, mais surtout de comprendre ce qui se passait. Son esprit accueillait les informations sans êtres capables de les saisir pleinement. Les murmures du vampire à son oreille tentaient de la rassurer, mais il ne lui apportait que plus de questions. Qui avait-il donc bien tué? Celui qui l’avait attaqué, mais quand cela? Au parc? Au quai? Sur la lande? Elle s’était fait tant d’ennemis qu’elle ne comprenait pas. Pourtant, elle était presque tentée de croire la promesse que les lèvres froides murmuraient dans l'espace intime créé par la lourde cape. Elle avait tant d'espoir perdu. Pouvait-il réaliser cette vie sans danger? Au fond d'elle-même, la jeune femme voulait pouvoir compter sur quelqu’un, s’appuyer sur un partenaire qui saurait la supporter dans les épreuves. Mais celui qu’elle avait choisi était introuvable, évanoui dans les ténèbres depuis plusieurs jours après une évasion spectaculaire. Elle ne pouvait pas non plus compter sur Abigail, sa jeune amie avait déjà ses propres tourments à endurer. Le reste de la Guilde était dispersé et personne ne lui avait donné de nouvelle. Elle était seule, profondément seule. C'est ce que ses démons intérieurs ne cessaient de lui répéter dans les plus sombres de ses cauchemars.

Pourtant, il y avait cet homme, qui la tenait enveloppée dans sa cape et dans ses bras, la serrant si fort qu’elle sentait son cœur battre contre sa poitrine. Sans le savoir, ils partageaient les mêmes émotions. Lorsqu’ils étaient seuls, comme en cet instant, la Chasseuse se sentait proche de cet être qu'elle tentait de tuer. Il faisait naitre au plus profond de son cœur, une émotion puissante, incompréhensible. La même qui retenait sa main chaque fois qu’elle avait eu l’occasion de mettre fin à l’éternité de l’immortel. Cette émotion brulait chacune des fibres de son être. Il y avait une attirance inexplicable entre eux, une sorte de magnétisme qui allait au delà du simple charme du don obscur. Cette émotion se ressentait physiquement, hérissant les cheveux de sa nuque, déclenchant des frissons incontrôlables le long de son corps. Il faisait naitre en elle des sentiments puissants, comme issus d'une vie antérieur ou encore une impression de déjà vue, dans un songe lointain. Mais elle le haïssait également profondément. Pour tout ce qui lui avait fait, à elle, mais surtout à Alexander. Le Prince avait écrasé sous sa main jalouse les seuls rêves d’amour qu’elle avait pu avoir. Il avait banni son tendre amant de la haute société, mais aussi de la ville, le condamnant à errer dans les rues sombres de la ville pour tenter d'échapper à la police. Pour cela, elle lui en voudrait toujours.

Son front poser contre le sien, leur joue se caressant doucement, elle l’écoutait s’excuser de chose qu’il n’aurait pu changer comme le ferait un enfant. Il s’en voulait, comme s'il aurait pu changer quoi que se soit aux événements qu'elle avait traversée. La gorge serrée, l'aristocrate ne savait que répondre. Elle ne savait pas comment lui faire comprendre que celle qu’il avait cherchée était morte. Elle n’était plus la même qu’avant. Celle qu’elle avait été était morte dans la rivière, emportée par les flots avant de renaître sur les berges boueuses. Depuis, elle s’était forgé une carapace, une armure derrière laquelle rien ne l’affectait. Elle ne voulait pas qu’on l'approche, qu'on la touche, qu’on la réconforte, elle ne voulait pas se laisser-aller à compter sur quelqu’un qui finirait par disparaître comme tous ceux qu’elle avait croisés. Elle ne voulait pas sortir de sa tour de solitude. Et la main dans son dos qui la pressait, témoignant d’une affection qu’elle ne voulait recevoir la fit frissonner malgré elle. Mais les événements s’enchainèrent et la nuit s’ouvrit sur un nouvel ennemi rompant l’instant magique ou le temps avait cessé sa course.

La Magicienne du user de ses pouvoirs pour s’extirper de la noirceur et prendre enfin connaissance du carnage qui faisait rage autour d’eux. Le cimetière s’était transformé en champ de bataille et le Comte tournait autour d’elle cherchant à la protéger de son ombre. Perdue dans ce nouveau climat de guerre, les pouvoirs de la belle prirent une fois de plus le dessus, se déchainant sans qu’elle ne puisse rien maitriser. Le corps enflammé de son agresseur lui révéla l’horreur de la situation. Le combat qui se faisait violent, les cris qui fusaient, le sang aussi. Oscillant de nouveau entre le désespoir et la folie, la jeune femme fut de nouveau poussée contre l’immortel qui l’accueillit d’une main tendre et possessive. Le cœur battant à la chamade, les pupilles dilatées dans l’obscurité, l’Ondine ne souhaitait plus qu’une chose, s’enfuir. Elle souhaitait prendre ses jambes à son cou et courir sans jamais se retourner, loin des cris, loin du sang et surtout loin de lui et de ses mots qui l'atteignait plus qu'elle ne le voulait.

Des murs d’ombre s’érigèrent autour d’eux et pendant quelques instants, la Chasseuse crut que le Prince l’avait aspirée dans sa terrible pièce noire. Elle eut un geste de recul qui ne fit que la pousser encore plus contre le torse imposant de l’aristocrate dans son dos. Pourtant l’espace irréel ne se matérialisa pas. La jeune femme releva la tête, plongeant son regard pur dans celui embrumé de larme de l’immortel. La main froide de l’homme se posa contre sa joue dans un geste d’apaisement. Désespérément en manque de réconfort, la belle faillit fermer les yeux et laisser son visage se poser contre cette paume. Mais elle ne le fit pas. Elle était tout simplement incapable de briser le mur intérieur qu’elle avait érigé autour de ses émotions et de son cœur au fil des semaines. Lorsqu’elle avait pris l’apparence de Gabriel Fitzwilliam, elle s’était retrouvée projeté dans un monde dur, un monde d’homme où les sentiments n’avaient pas leur place. Elle avait dû mettre de côté sa douceur féminine pour devenir un dandy aux manières froide et calculatrice. Un homme ne se laissait pas aller à ses émotions et n’affichait jamais ses réelles intentions. Loin de tout ce qu’elle connaissait, elle avait arpenté pour la première fois seule les rues froides de la capitale, désespérément à la recherche de celui que ce cœur avait choisi. En vain. Elle avait dû affronter la douleur, ses peurs, ses doutes et ne compter que sur elle même. À travers ses désespoirs, elle avait peu à peu oublié ce que c’était que de ressentir et de vivre s’enfonçant dans le vice de l’alcool et des nuits sans fin. Puis les attaques étaient venues, d’abord celle du fiacre, puis celle des quais et enfin celle-ci, au milieu des ténèbres. La joie retrouvé avec Abigail s’était effacée. Son visage s’était refermé, elle enfouissait de nouveau ses douleurs et ses peines au plus profond de son être pour redevenir simplement la créature farouche qui se tenait à présent au côté du Comte. Pourtant, lorsque les lèvres froides du vampire effleurèrent les siennes en un murmure prometteur, elle ne put retenir un frisson. Cet homme avait les gestes qui avaient le don de fissurer la carapace qu’elle avait mis tant de temps à se forger.

Les murs disparurent brusquement et les ombres familières du cimetière réapparurent de même que les cris et l’odeur métallique du sang. Sarah demeura interdite devant le visage impassible du Comte. Elle ignorait comment il pouvait se tenir là, immobile, malgré la rage meurtrière qui se déroulait autour d’eux, malgré la mort qui rôdait et qui frappait de sa grande fauche les vies. Il demeurait calme et imperturbable comme l’eau d’une rivière un jour de pluie. Il eut un grand fracas qui recouvrit les cris environnants. Un arbre plus loin fut fendu en deux comme si la foudre l’avait frappé, puis les feuilles se levèrent, portées par un vent inexistant. Voyant les feuilles se lever la jeune femme ne put retenir une expression de stupeur. Elle n’avait jamais réellement pris conscience des pouvoirs que pouvaient posséder les créatures des ténèbres. Elle savait que le Comte avait de sombres dons effrayants, mais elle ne se doutait pas que ces capacités surnaturelles étaient répandues chez les Immortelles. Elle-même s’était toujours sentit à part et unique avec ses pouvoirs particuliers souvent associés à la sorcellerie. Mais à voir le cimetière trembler sous les instances et les manifestations surnaturelles, elle ne pouvait se cacher que ses ennemis avaient beaucoup plus d’atout qu’elle n’en avait conscience.

Sans se douter que les feuilles n'étaient qu’une habile manœuvre de diversion, Sarah se décala de la protection du Comte pour faire face aux feuilles qui étaient devenues aussi coupantes que des ciseaux. Refusant de se laisser abattre, la magicienne leva la main devant elle comme pour en chasser délicatement la plume inopportune d’un chapeau. Aussitôt les feuilles s’enflammèrent retombant au sol comme des étoiles filantes, éclairant enfin les visages des assaillants. La magicienne reconnut alors quelques un des alliés du Prince qui les entouraient. Certains étaient en mauvaise postures, le corps couvert d’éclaboussure de sang, les vêtements tailladés. Dans un grand effort, l’Ondine leva la main devant elle comme si elle cherchait à atteindre un objet qu’elle ne pouvait pas voir. Puis, elle referma brusquement la main. Un des membres du Sabbat qui s’approchait en traitre de la belle Maria, reconnaissable à sa silhouette si gracile et à sa longue chevelure d’ébène, décolla du sol plus rapidement encore que s’il avait été heurté par un cheval avant d’aller s’écraser trois mètres plus loin dans un craquement sourd. Trois autres de ses compagnons subirent le même sort, frappant durement les tombes ou allant s’écraser contre les arbres.

La belle usait de ses pouvoirs pour venir en aide à ceux qu’elle avait toujours considérés comme ses ennemis. Mais en pleine bataille, les alliances se brisaient et d’autres se créaient pour faire face à un ennemi commun. Alors qu’elle pensait avoir triomphé de cette attaque, cinq assaillants fendirent la nuit plus rapidement que ce que ses yeux d’humain purent voir. Le bras puissant du Prince la saisit de nouveau, l’obligeant à se réfugier derrière lui alors qu’il se dressait pour la protéger en véritable rempart humain, prêt à la défendre contre tous. Le premier tomba sous la lame du Comte tandis que trois autres s’en prirent directement à lui. N’ayant nul besoin d’être mis à l’écart, l’esprit combatif de la Chasseuse refit surface devant l’inégalité du combat. N’écoutant que son courage, ou sa folie, elle fit un pas vers l’avant, bien décider à venir en aide à celui qui la protégeait malgré tout depuis le début du carnage.

Mais avant qu’elle n’ait pu faire le moindre geste, son souffle se coupa alors que quelque chose la heurtait en pleine poitrine. Ses yeux se baissèrent et elle vit avec effroi une lame enfoncée dans les replis de son manteau. Sans comprendre, elle fut entrainée par le coup et tomba vers l’arrière, déboulant la petite pente qui menait à la tombe alors qu’un cri déchirait la nuit. Elle roula sur elle-même dans l’herbe folle jusqu’à ce que son dos heurte violemment le ciment d'une pierre tombale dans un bruit sourd. De longues secondes s’écoulèrent sans que Sarah ne trouve la force de se redresser. Dans sa chute, l’épée s’était brisée ne laissant qu’un grand morceau de la lame enfoncée dans sa poitrine. La Chasseuse regarda l’éclat de métal dont les reflets attirait la lumière de la lune, sans comprendre comment elle pouvait être encore en vie. Elle n'osait respirer, de peur que l’arme mortelle n’achève son chemin jusqu’à son cœur. D’une main tremblante, elle referma les doigts autour de la lame meurtrissant ses doigts sur le fil affilé. Malgré le sang qui se mit à perler, elle retira la lame tandis que son autre main tâta fébrilement sa poitrine à la recherche de ce qui l’avait sauvée. Sa main trouva le renflement rigide des journaux qu’elle avait conservés dans la poche intérieure de son manteau. L’épaisse couverture de même que le deuxième journal qu’il contenait avaient créé une épaisseur protectrice qui avait stoppé la lame. La magicienne demeura intertide, stupéfaite d’avoir une fois de plus échappé à la mort.

Encore sonnée, l’Ondine se redressa, s’appuyant difficilement contre l’épitaphe pour se relever. Sa main blessée laissait une empreinte rouge contre la pierre tandis que le bourdonnement revenait à ses oreilles. L’adrénaline qui coulait dans ses veines semblait s’être évaporée. Encore une fois, elle constatait que malgré ses efforts, elle ne pouvait gagner un combat perdu d’avance et qu’elle ne devait sa survie qu’à sa bonne étoile ou le sens de l’humour douteux de la vie. Étourdie, elle n’arrivait plus à se repérer et l’obscurité l’aveuglait. Un grognement sinistre lui fit relever la tête. À travers la nuit, un visage hargneux qui la fixait au loin se dessina. Son assaillant la regardait avec rage en voyant que sa lame n’avait pas réussie l’achever. Excité par l’odeur du sang, les crocs saillant à travers ses lèvres minces, il se rua en direction de la jeune femme. Avec un effort qui lui coûta, la demoiselle attrapa la lame qu’elle venait d’enlever et malgré les coupures et le sang qui perlait sur ses doigts elle raffermit sa poigne, prête à défendre chèrement sa peau jusqu'au bout.


- NE L'APPROCHE PAS !

La voix du Comte fendit l’obscurité comme le claquement d’un fouet. La haine qui déformait sa voix fit sursauter l’aristocrate qui tourna vers lui ses yeux d’azurs. Le grand vampire se dressait de toute sa hauteur tandis que sa présence se faisait écrasante. Il ressemblait à un fantôme s’extirpant de sa tombe tels un démon ou un esprit vengeur. Ses longs cheveux défaits voletaient autour de son visage dont les traits étaient déformés par la rage. Il semblait être blessé, car un épais liquide sombre maculait sa gorge. Cette apparition figea l’humaine et son assaillant qui dévisageaient à présent son ainée dans un regard de peur profonde. Le Comte s’approcha d’eux et le vampire se recroquevilla sur lui-même comme s’il craignait la main tendue du Prince. Sarah elle-même aurait sans doute reculé si elle n’avait pas déjà été contre la pierre tombale.

-Disparais.

La voix du grand Prince devient un murmure aussi tranchant que la mort. Le vampire ennemi se redressa et Sarah craint un instant qu’il ne tente de l’attaquer de nouveau. Mais alors qu’elle levait son arme pour se défendre, le visage de la Chasseuse se décomposa en une expression de frayeur et de dégout. Le vampire déchirait son abdomen projetant du sang et des chairs qui ne manquèrent pas de l’éclabousser. Elle ne pouvait détacher son regard pur de l’horrible scène qui se dévoilait sous ses yeux. Les ongles longs fouillaient l’intérieur de son corps et en sortaient les organes sans que son visage ne change d’expression. L’odeur fétide du sang se répandit dans l’air et cela termina d’achever la jeune femme. Son corps fut saisi d’un brusque haut de cœur et elle lâcha la lame de sa main tremblante pour s’accroupir dans l’herbe et rendre le maigre contenu de son estomac surtout composé de bile. C’en était trop pour son pauvre esprit d’humaine. Un poids énorme s’abattit sur elle et ses forces l’abandonnèrent d’un seul coup. Elle avança légèrement avant de se recroqueviller sur elle-même, les yeux fermés, le nez dans l’herbe, les mains posées sur ses oreilles pour se couper de la réalité et du carnage. Le bourdonnement repris, plus fort que jamais et elle perdit  le contrôle de son corps et de ses pouvoirs. Un cercle de feu apparut brusquement autour d’elle, dévorant l’herbe tendre, grimpant à un arbre qui se trouvait dans sa circonférence. Les cadavres qui s’amorçaient furent submergés par les flammes et s’embrasèrent aussi vite que la mèche d’une lampe à l’huile. L’ondine voulait tout oublier, s’enfoncer dans la terre et disparaître. Elle ne voulait plus voir les morts se relever, le sang couler, les entrailles se répandre. Elle ne voulait plus entendre les cris, le son des armes qui s’entrechoquait simplement le silence. Les flammes prirent de la puissance, dévorant sans merci tous ceux qui tentaient de l’approcher sans pour autant prendre de la hauteur.

Ce fut sans doute grâce à cela que l’un des acolytes du Prince pu sauter par dessus la barrière lumineuse. Une main puissante la saisit par la mince taille de l’héritière, l’obligeant une fois de plus à se remettre sur ses jambes tremblantes. Sarah manqua de refuser et de se laisser choir au sol, incapable de prendre pied de nouveau dans cette terrible réalité, mais la poigne indiscutable de Manouk l’obligea à avancer. Aussitôt qu’elle fut debout, les flammes perdirent de leur intensité. Ils traversèrent le cercle doré pour s’enfoncer de nouveau dans les ténèbres. Avant de s’éloigner au milieu des arbres, la jeune demoiselle tourna son beau visage en direction du Comte dont les mains en l’air contrôlaient les marionnettes désarticulées des membres décédés du Sabbat pour qu’ils attaquent leur confrère. C’était une scène surréaliste. Un combat dont même les guerres les plus terribles n’avaient pu esquisser le tableau.

Une voix claire fendit la nuit les pressants à travers les tombeaux pour s’éloigner de la scène. D’autres vampires arrivèrent en renforts et la Chasseuse eut un mouvement de recul ne reconnaissant pas tous les visages des Septs. Encore une fois la main de Manouk ne lui laissa pas le loisir de bouger à sa guise et ils s’éloignèrent des cris et des cadavres pour s’enfoncer dans l’obscurité et le brouillard. La vue de la jeune femme se voila au milieu des ténèbres. Elle avança avec difficulté au milieu des Septs. Progressant dans la noirceur, ses pieds butèrent à de nombreuses reprises contre les racines, les pierres tombales et les lierres. Sa jambe blessée la faisait boiter et les enjambées des créatures nocturnes dépassaient largement la foulée normale d’un homme.  Elle se serait sans doute étalée de tout son long dans l’herbe si la poigne sévère de Manouk contre son bras ne l’avait pas retenu.

Au bout de deux minutes, ils ralentirent le pas et Sarah pu enfin chercher à respirer de nouveau. Son visage était devenu rouge par l’effort, mais aussi par la douleur qui lui traversait la jambe et la poitrine. Si le coup de lame ne l’avait pas touchée, retenu par les livres, le coup avait néanmoins été assez fort pour lui faire perdre le souffle. Sa main blessée ramenée contre sa poitrine maculait sa chemise blanche déjà bien malmenée. Des pas se rapprochèrent et la jeune humaine recula, persuadée qu’un assaillant les avait suivis, mais la voix douce de Maria près d’elle révéla la présence du nouveau venu. Si l’apparition du Comte sembla répandre un soulagement chez ses adeptes, cela ne calma pas l’esprit agité de la magicienne. Lorsque la main la saisit, sa voix grondante fendit l’air.


-Ne me touchez pas!

Son timbre était tremblant, aigu, encore chargé par l’émotion. Le carnage avait réveillé en elle tout l’instinct farouche et animal qui lui avait permis de survivre ces dernières semaines et sa révulsion d’être touchée refaisait surface. Son corps entier était secoué de violent tremblement, mélange de froid et de peur sans doute. Ses yeux brillaient d’un éclat sauvage, menaçant et son regard noir était perçant à travers les ténèbres. La peau blanche de son visage était parsemée d’éclaboussure de sang. La blessure à sa tête déjà bien remise par les bons soins de Prudence s’était ouverte de nouveau lors d’une chute et un mince filet de sang glissait le long de son visage. Ses cheveux emmêlés étaient couverts de branches et de feuilles. Elle avait repris l’apparence meurtrie de l’Ondine de la rivière. Au milieu de l’obscurité, elle n’avait pas besoin de lumière pour deviner qu’Il se tenait là, près d’elle. Elle sentait sa présence à travers toutes les fibres de son être. Sarah chercha à protester et à se débattre, mais ne put se soustraire au bras puissant du grand homme. Les bras protecteurs qui l’enserraient lui semblèrent devenir un étau étouffant.

-Je vous ai dit… commença-t-elle, mais sa voix se brisa en un murmure éteint.

Une immense fatigue envahit brusquement la belle, comme si le poids des dernières épreuves terminait de l’achever, comme si un lourd rideau se couchait sur une pièce terminée. Blottie comme une enfant, sa main se posa sur le torse du Prince pour chercher à le repousser, mais glissa sur les vêtements poisseux. Le regard clair de la magicienne se posa sur sa paume désormais recouverte du sang du vampire dont quelques gouttes glissaient le long de ses doigts. Sa tête retomba vers l’arrière entrainant la cascade de sa chevelure. Son esprit déjà affaibli par les terribles épreuves de la nuit se laissa bercer par le don obscur. Elle lutta un peu, marmonnant des paroles incompréhensibles, sa main s’accrochant à un lambeau de la chemise du Comte. Elle ne voulait surtout pas se laisser entrainer dans le royaume des songes. Elle devait rester éveillée pour connaître la suite, pour prendre part au combat, pour fuir loin de tout. Elle voulut relever la tête pour observer l’immortel, mais ses paupières se fermèrent d’elles-mêmes. Elle s’endormit aussitôt, perdue dans les replis de son manteau trop grand disparaissant au milieu de la brume derrière un éclat rouge sang.


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Le pourparler des ombres [01/05/1842] [Comte, Sarah]

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