L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


Forum RPG - Londres au XIXème siècle. Incarnez Vampires, Loups-Garous, Lycanthropes, Homonculus, Chimères, Alchimistes, Hunter...et choisissez votre camp dans une ville où les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses....
 
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Souviens-toi de cette promesse [Comte, Sarah] [02/05/42]

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Comte Keï
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MessageSujet: Souviens-toi de cette promesse [Comte, Sarah] [02/05/42] Dim 16 Oct - 12:17

[HRP/ Suite du « Pourparler des ombres » /HRP]

[Dans la Salle du Conseil, sous l'opéra.]

Autour d'une grande table de bois massif, un murmure brisait le silence de la Salle du Conseil. Les Sept étaient réunis.

- Où est le maître ? Fit le grand blond qui errait dans la pièce d'un pas lent et posé.

- Toujours auprès d'elle. Il veille. Il n'a pas voulu que je reste. Répondit Maria avec une pointe d'amertume que tous saisirent.

Il y eut un long silence pendant lequel tous la regardèrent baisser les yeux. Puis, Ambre tiqua et posa ses deux coudes sur la table devant elle avant de glisser ses mains sous son menton.


- Je m'inquiète pour son bras. Je n'ai jamais vu ça avant. C'est comme s'il avait été touché au Bloody Rose...ça lui a rongé les chairs et il ne se régénère pas comme d'habitude.

- Il en a vu d'autres...répondit Manouk d'un air sombre.

Il avait les bras croisés sur son torse couvert de colliers tribaux et le visage baissé, les yeux fermés, comme s'il ruminait quelques pensées obscures. Il n'avait répondu qu'à mi-voix.
Maria lui jeta un regard irrité.


- Ce n'est pas une raison pour ne pas s'en occuper ! S'exaspéra-t-elle, indignée.

Manouk l'ignora. Il avait d'autres chats à fouetter que cette femme qui ne comprenait jamais que la moitié des enjeux qui se jouaient sous son nez. Le colosse à la peau d'ébène était fatigué de tous ces simagrées. Cette nuit avait été un cauchemar pour tout le monde.


- Vous avez vu Crimson se battre ? Demanda Agnès d'une petite voix éteinte. Quand le Sabbat est arrivé, je l'ai perdu de vue et je ne l'ai plus croisé par la suite. Je me demande s'il s'est enfui...

- C'est un lâche, gronda Arath en montrant les dents, il a abandonné ses fidèles pour se terrer dans son trou, comme un rat ! Voilà tout !

- Je l'ai vu, soupira Manouk sans lever les yeux. Il se déplaçait trop vite pour vos yeux, c'est tout.

- Nous sommes tous capables de nous déplacer rapidement, lança Maria en rougissant.

Marco s'approcha d'elle et lui posa une main sur l'épaule pour l'inciter au calme. Il lui sourit tristement tandis qu'elle ramenait ses grands yeux verts dans les siens.


- Oui, mais lui c'était...différent, confirma-t-il doucement. Je l'ai aperçu, c'était assez effrayant...

- Ce serait son autre pouvoir ? S'inquiéta Ambre.

- Rien n'est sûr...soupira Manouk en relevant la tête. Au Diable Crimson, nous avons d'autres sujets de préoccupations !

Toute l'assemblée lui jeta un regard inquiet. L'Africain ne haussait pas souvent le ton et lorsqu'il le faisait c'était fort mauvais signe...

- Le Sabbat est en déroute, nous en avons eu la confirmation par Seth, mais ses membres peuvent encore nous attaquer. Il faut protéger les plus jeunes.

Marco intervint: il n'en pouvait plus de toute cette pression.

- Manouk, que pouvons-nous faire de plus ? Tous les disciples sont au courant de la situation, l'opéra est impénétrable à l'heure qu'il est et les membres de la Secte Noire sont morts ou en fuite. Qu'est-ce qui t'inquiète à ce point ? La bataille est finie !

L'empoisonneur lui jeta un regard sombre et montra les dents.

- Et à qui crois-tu que cette bataille a réellement profité ?! Hein ?! Réfléchissez bon sang !

Maria ne comprenait pas. Pour elle, ils avaient bravement combattu et ils s'en étaient très bien sortis. Certes, le Comte avait un bras presque inutilisable, Arath ne pouvait plus bouger la jambe gauche et son dos portait d'affreuses brûlures, Agniès avait été blessée à l'argent au niveau d'une cuisse, Manouk portait encore des estafilades dues aux feuilles mortes qui avaient volé dans leur direction et elle-même souffrait d'un mauvais coup derrière la nuque, mais ils étaient tous en vie ! Ils avaient réussi à quitter le cimetière et à regagner l'opéra sans encombre supplémentaire ! Ils avaient rendu un otage et récupéré Sarah ! Qu'est-ce qu'il fallait de plus pour satisfaire Manouk ? Ils avaient gagné cette bataille et ils étaient en sécurité pour un temps. Le Sabbat souffrait de trop nombreuses pertes pour se permettre de les attaquer aussitôt, et la Camarillia avait ses propres disciples à gérer. Ils allaient pouvoir profiter de quelques semaines de paix.

Alors qu'elle allait répliquer, Ambre prit les devant :


- Tu veux dire qu'il y a autre chose ? Demanda la belle comédienne à l'Africain. Ses yeux clairs brillèrent d'une lueur étrange, comme si elle avait accès à des informations qu'elle seule pouvait partager avec le grand noir.

- Autre chose ? S'interrogea Agniès en fronçant les sourcils.

Manouk soupira et serra les dents, plus contrarié que jamais. Cette fois, il n'avait plus le choix: ses compagnons devaient savoir. Sa voix tonna dans la pièce, comme celle d'un adulte qui réprime des enfants trop enthousiastes :


- Vous savez pertinemment que Crimson et sa bande vont revenir réclamer l'otage et le duel, nous n'avons pas fini de marchander avec la Camarilla. Tout ceci n'est que le commencement d'une guerre depuis trop longtemps retardée. De même, le Sabbat n'en a pas fini avec nous: ses fidèles vont rapidement reformer leurs rangs et nous attaquer. Cette fois, ce sera leur extermination ou la nôtre. Nous n'avons plus le choix. Mais surtout...Sa voix baissa d'un ton et ses yeux fuirent la tablée. Au delà du duel, Jirômaru n'en a plus pour très longtemps et ses successeurs vont bientôt se battre pour obtenir son sang.

Les Sept lui jetèrent à l'unisson un regard pétrifié d'horreur. Que venait-il de dire ?!
Les ongles de Maria déchirèrent la surface de la table.


*******************

[Dans la chambre du Comte]

Assis dans un grand fauteuil de velours rouge et or, le Comte appuyait son bras droit sur le bois d'ivoire d'un de ses accoudoirs ornés de feuilles. De sa main gauche, il s'occupait de replacer le dernier morceau de tissu qui fixait un long bandage blanc sur son avant-bras meurtri. Il grimaçait, souffrant de cette blessure inattendue, et soupirait en peinant pour refaire le nœud qui se défaisait sans cesse.
Le Vampire qui l'avait mordu était mort, mais son poison continuait de dévorer ses chairs. Sa main droite s'articulait mal depuis quelques heures et il sentait ses ligaments se durcir et trembler à chaque effort qu'il faisait. Ses muscles ne fonctionnaient plus correctement et une douleur lancinante brûlait sa peau devenue noire. Les bons soins de Maria et d'Ambre n'avaient guère servi. Cette fois, il allait avoir besoin d'aide...
Étirant ses longues jambes devant lui, l'ancien samouraï soupira en se passant une main sur le visage. Son pantalon noir le serrait sous les genoux, là où s'arrêtaient ses bas, et sa chemise l'étouffait malgré qu'il ait déjà relevé ses deux manches. Un mal particulier s'était emparé de son corps. Il était possédé d'une fièvre maligne, chose impensable chez les Vampires. D'un geste, il finit par dégager sa nuque de ses longs cheveux blancs et se décida à ouvrir son col jusqu'au milieu du torse. Le bain qu'il avait pris quelques heures auparavant lui paraissait bien loin. Sa peau le brûlait et lui donnait l'impression d'être dans une fournaise.
Ses pensées s'égarèrent sur Prudence. L'Occulis avait des dons de guérison extraordinaires et pourrait sans doute l'aider. Officiellement, elle devait venir ce soir pour récupérer le dernier otage. Cela venait d'être convenu par missive. Mais en vérité, si le Comte la faisait venir sous l'opéra, c'était surtout pour qu'elle puisse soigner sa blessure ainsi que la gorge de Sarah. Certes, il s'était engagé à rendre le fils Crosswel, mais ce ne serait pas sa priorité.

Le regard peiné de l'immortel glissa sur son lit à quelques mètres de lui. Sarah y dormait paisiblement. Son beau visage dépassait délicatement des édredons et ses cheveux bruns l'encadraient sur l'oreiller, comme pour en souligner la pâleur excessive et contraster avec le linge immaculé qui lui tenait chaud. Maria l'avait lavée, coiffée, parfumée, soignée comme elle avait pu, avant de la vêtir d'une longue robe de nuit d'un bleu aussi pur que ses yeux cristallins. Quelques rubans satinés dépassaient près de sa gorge rougie.
Le Comte eut un rictus de dégoût. Il ne la supportait pas, cette marque, cette souillure qui abîmait sa belle peau blanche ! C'était pour lui le symbole d'une immonde trahison, une affreuse trace de doigt laissée à la suie sur le bord immaculé d'une rose blanche. Il avait l'impression qu'un abominable voleur s'était introduit chez lui pour salir son bien le plus précieux. C'était presque à ses yeux une jupe sanglante de jeune fille, le sacrifice d'une enfant sur l'autel de la décadence...  
Et pourtant, derrière son écœurement apparent pour ce genre de morsure barbare, il savait qu'il désirait souvent lui-même cette débauche répugnante. En regardant dormir la jeune femme dans ses draps de satins, le visage paisible, la bouche entrouverte, il rêvait parfois de plonger sauvagement ses crocs dans ses veines et de la prendre, brûlante de fièvre, pour la faire crier et prier Dieu qu'Il la libère de son emprise infernale. Jusqu'à présent, il avait réussi à ne pas tuer la chasseuse et il s'était mis à la respecter d'une bien étrange façon. Pour beaucoup, il en avait fait sa poupée de porcelaine, fragile et aimée, à laquelle nul ne pouvait toucher sans son autorisation. Mais dans son esprit, il était évident qu'il l'avait surtout sauvée de sa propre folie, de la Bête qui sommeillait sous les battements de son cœur et qui réclamait toujours plus de viscères et de larmes...En vérité, il en avait fait une survivante, une intouchable, une perle rare à protéger de la marée salée qui déferlait sur le monde aux heures des chats-huants et des chauves-souris. Il en avait fait une princesse de la nuit...

Le Comte laissa ses pensées divaguer et passa sa manche sur ses yeux en inspirant un grand coup, la tête en arrière sur son dossier. Il souffrait des pupilles et sa vision était encore floue : sa « Vision Parfaite » avait surexposé son regard au feu déclenché par la magicienne et il ne parvenait pas encore à en éliminer tous les résidus. Il voyait quelques taches noires danser devant lui, et cela l'exaspérait.
Revivant la scène, Jirômaru se mit à analyser un peu ce qu'il s'était passé pendant qu'il manipulait les corps des membres du Sabbat. Sarah avait utilisé ses pouvoirs pour s'en sortir lorsqu'il n'avait pas pu rester auprès d'elle. La jeune femme avait enflammé un Vampire qui avait manqué de la tuer, puis elle avait calciné les feuilles mortes lancées par un de ses complices. Pour aider les Sept, la belle avait également projeté quelques ennemis en arrière grâce à un don que le lord identifiait désormais comme un don de télékinésie. Décidément, la chasseuse avait des ressources incroyables ! Même à demi-consciente, elle était encore capable de se défendre. C'était chez elle un réflexe de survie, une ultime réaction de sa psyché pour garantir son existence. Cela rappela au Vampire la réaction de Raphaël dans la Bibliothèque et sa propre propension à utiliser la Salle Noire sans le désirer vraiment. Apparemment, le Don Obscur et la magie des Humains fonctionnaient de la même manière en cas de danger extrême : ils se déclenchaient automatiquement, dans un dernier sursaut, pour tâcher de sauver leur précieuse vie...

Le Vampire laissa son regard détailler la silhouette inerte de Sarah dont ne sortait qu'un doux soupir. Il se demandait ce que la jeune femme pensait réellement de lui. Le voyait-elle uniquement comme un monstre prêt à tout pour satisfaire ses envie démentielles ? Le considérait-elle seulement comme une aberration de la nature qu'il fallait absolument détruire pour sauver l'Humanité ? Quels sentiments une Humaine de sa condition et de son tempérament pouvait-elle développer à l'égard d'un pauvre fou tel que lui ?
Serrant sa tête entre ses mains, l'ancien samouraï grogna une sourde imprécation et soupira longuement. Il était fatigué. Fatigué et meurtri dans son âme et dans sa chair. Il ne savait plus où diriger ses pas dans l'immensité de ses desseins. En son fort intérieur, il savait que le sacrifice de Sarah était nécessaire, mais il ne pouvait s'empêcher de se demander s'il ne se fourvoyait pas. Que dirait-Elle en se réveillant ? L'aimerait-Elle toujours en apprenant ce qu'il aurait fait ? Salluste était contre cette idée...Il s'était même opposé au mariage...


- Que ferais-tu...mon frère...?

Le murmure de l'immortel s'éteignit dans sa gorge irritée par les combats de la veille et ses yeux s'emplirent de larmes. La tête basse, il songea que son ami aurait sans doute su le conseiller, mais Salluste était mort à cause de son orgueil démesuré...et maintenant, il était seul, terriblement seul...Il portait tant sur ses épaules...
L'iris anthracite de Jirômaru brilla en tombant sur Sarah. Et elle ? Que croyait-elle porter ? La jeune femme ne savait même pas ce qu'elle pouvait bien représenter dans ce monde...

Lentement, le Vampire se leva et s'approcha du lit. Il observa un moment la jeune endormie, le visage figé dans une expression contemplative et profondément mélancolique. Puis, il s'assied près d'elle. Sa main écarta un peu ses cheveux bruns et il resta là, grimaçant, tandis qu'il regardait encore la blessure que la belle portait à la gorge. Bloomfield avait payé pour sa traîtrise et son audace, mais cela ne suffisait pas à effacer sa faute. Un tel affront laissait sa marque. Le Comte réprima un haut le cœur et se détourna. Il avait tant de questions à poser, tant de haine à exprimer.
Ses yeux parcoururent sa chambre. Elle était chaleureuse, tapissée de grandes tentures et de tapis chatoyants. Deux chandeliers brûlaient près de grands vases remplis de roses blanches, et quelques bougies parfumées éclairaient çà et là les zones d'ombre. C'était une lumière douce et rassurante, teintée de romance et de péché.
Le cœur battant, l'ancien samouraï ramena son regard sur Sarah. Il hésita un instant, puis il se pencha en avant pour l'embrasser. Ses lèvres frôlèrent les siennes mais il s'arrêta soudain.
« Ne me touchez pas. »
Les paroles que la belle avait prononcées la veille frappèrent son esprit et il recula. Un rictus amusé déforma son visage et son soupir se fit plus amer:


- Tu avais pourtant apprécié la dernière fois...

Perdu dans ses pensées, Jirômaru resserra machinalement son bandage autour de son bras droit puis il passa ses longs doigts glacés sur son épaule blessée. Il songea à son passé, maintenant distordu, et à tous ceux qu'il avait aimés jadis et qui n'étaient désormais que poussière et souvenirs.

Que lui restait-il finalement?


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
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Sarah Spencer
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MessageSujet: Re: Souviens-toi de cette promesse [Comte, Sarah] [02/05/42] Lun 17 Oct - 6:13

[HRP / En provenance du Le pourparler des ombres /HRP]

[Dans la chambre du Comte]

La belle était étendue sur une mer de douceur, nageant doucement dans les draps de soie qui la couvrait. Les lèvres entreouvertes, son visage était paisible. Aucun pli soucieux ne déformait son front. Grâce aux bons soins de Maria, elle avait retrouvé une apparence noble et décente. Sa peau avait été débarrassée de la terre et des éclaboussures de sang pour retrouver sa blancheur. Ses longs cheveux qu’elle avait longtemps teints en noir avaient été lavés, parfumés, et ils avaient retrouvé leur éclat et leur douceur. Pour compléter le portrait de sa féminité, elle avait été débarrassée de ses vêtements d’homme, trop grand pour elle, et vêtue d’une agréable robe de nuit d’un bleu éclatant qui dévoilait sa gorge et ses bras graciles la rendant plus femme que ce qu’elle n’avait été les dernières semaines. Sa main blessée avait été recouverte d’un bandage et la blessure à sa tête avait été soignée. Le reste n’était que bleus et courbatures. Seule la blessure à son cou n’avait pas été touchée, déjà en bonne voie de guérison, elle ne nécessitait pas qu’on s’en occupe pour l’instant.

Endormie par le don obscur, la belle voguait dans un sommeil profond et sans rêves. Elle dormit longtemps, son corps reprenant tout le repos que ses longues nuits d’errances et ses cauchemars lui avaient volé. Confortablement installée au milieu de tant de bien-être et de chaleur, rien de vain troubler son sommeil. Son esprit en profita également pour traiter tous les événements et les informations qu’il avait emmagasiné et qu’il n’avait pu comprendre, transformant chaque scène en un souvenir douloureux. Puis, les ténèbres envahirent doucement les songes de la belle avec la même lenteur mortelle qu’un poison qui remontait jusqu’au cœur. Les rêves commencèrent à affluer, dessinant les contours incertains d’un endroit qui ne lui disait rien. C’était à la fois le cimetière, mais aussi la lande noire. Des visages apparurent, déformer, grimaçant, mélange entre la bête et l’homme. Ils étaient plusieurs, avançant dans l’ombre sans réellement avoir l’air de marcher. Ils évoluaient, tournant autour d’elle comme une meute de loups prêts à fondre sur une proie. Au loin, elle entendait le bruit du vent qui emportait de longs hurlements sans fin, des cris d’agonie, mais aussi le son des lames qui s’entrechoquait. Une odeur âcre vint chatouiller son nez, l’odeur métallique du sang qu’elle gouta malgré elle dans sa bouche. Sarah tenta de se débattre, mais des mains la saisissaient de partout. Ils l’entrainaient au milieu de l’obscurité vers un puits dont les remous éclaboussaient de rouge les pierres qui le constituaient.

Étendue sur les draps de soie, la jeune humaine s’agita, rompant le silence magique qui s’était installé dans la chambre. Ses doigts fins enserraient les draps tirant dessus, les malmenant. Ses pieds glissèrent sous la couverture, enroulant le tissu autour de son corps fin. Elle gémit et les traits de son visage se figèrent en une expression de peur et de douleur. Les flammes des bougies dispersées dans la chambre perdirent leur intensité, menaçant de s’éteindre. Le souffle de l’Ondine devint rapide, sifflant, soulevant sa poitrine à chaque inspiration. Elle se mit à trembler sous les draps comme si le froid s’abattait de nouveau sur elle.

Au milieu de son cauchemar, la Chasseuse hurlait, incapable de se soustraire à la poigne de fer de ses assaillants. Ils étaient trop nombreux, trop fort. Leurs mains glissaient sur sa peau, griffant sa chair. Ils l’entrainèrent proches du puits où la voix d’une femme chantonnait. Elle appelait à l’aide et cherchait des yeux un allié ou une arme. Mais les visages hostiles demeuraient sourds face à ses supplications. Elle était seule, seule contre tous. Ses mains s’appuyèrent sur le bord pour ne pas tomber, pour ne pas se laisser entrainer par son propre poids. Ils la poussèrent de nouveau, cherchant à tirer ses bras vers l’arrière pour lui enlever toute résistance. Ils la firent basculer et elle chuta longtemps avant d’atteindre l’eau rouge de sang. Lorsqu’elle atteignit le fond, elle sentit le liquide imbiber ses vêtements et les alourdir comme le jour terrible de sa chute dans la rivière. L’Ondine voulut crier, mais le liquide poisseux entra dans sa bouche, noyant sa voix et étouffant les sons. Les remous l’aspirèrent vers le fond d’où émanait une vive lumière. La magicienne continua de se débattre, effectuant de grands mouvements pour contrer la puissance du courant. Elle sentait ses pieds nue battre l’eau et dans un tour de main, elle se débarrassa de son manteau qui l’alourdissait. Rien n’y fit. Elle sombra, balancée de tout côté. Une main saisit sa cheville pour la tirer vers l’arrière.

Sarah se redressa brusquement en position assise dans le lit. Une bougie explosa, projetant des goutes de cire sur le meuble sur lequel elle se trouvait et les flammes des autres bougies s’éteignirent à l’exception du chandelier poser près du miroir. Les pieds de la jeune femme tentèrent de chasser les couvertures qui s’étaient enroulées autour d’elle comme des plantes grimpantes. Une main se posa contre son visage brulant. Elle sentait la chaleur de ses joues pourtant couvertes d’une sueur froide. Son autre main se posa sur ce cru être un coussin. Ses yeux papillonnèrent pour en chasser les images de l’horrible cauchemar que son esprit enfouissait déjà au plus profond de son être, ne laissant que son cœur battre la chamade. Elle ramena doucement ses genoux à elle et sa main quitta son front pour glisser le long de ses tempes jusqu’à ses yeux qu’elle couvrit. Son corps était léger, reposer et pourtant elle sentait le sommeil l’envahir de nouveau. Elle demeura un long moment immobile, calmant sa respiration jusqu’à ce que celle-ci ne redevienne un souffle paisible. Alors que son immobilité menaçait de l’assoupir de nouveau, elle se força à ouvrir les yeux. Contrairement à ses autres réveilles, elle ne se sentait ni effrayés, ni malade. Aucune douleur ne traversait son corps si malmené par la vie. Le regard encore embué par le sommeil et ses songes, elle regarda la pièce devant elle avec une vague impression de déjà vue. Plongée dans une douce pénombre, la lumière des chandelles reflétée dans le miroir éclairait suffisamment pour que ses beaux yeux puissent apercevoir ce qui l’entourait. Elle se souvenait de cette chambre, mais plusieurs détails lui étaient étrangers. Ses souvenirs formatés par le Comte le jour de l’attentat avaient comblé le vide en créant de nouveaux souvenirs qui se modifiaient maintenant face à cette nouvelle réalité. Elle se souvenait des tentures et de la grande commode en bois sombre, mais dans ses souvenirs, le meuble était posé contre l’autre mur. Elle se revoyait assise dans le grand fauteuil à observer le cercueil en bois d’ébène où reposait le Comte. Pourtant, elle aurait pu jurer que le tissu du meuble était d’une autre couleur. Malgré ces quelques détails contradictoires, l’endroit lui semblait familier, presque réconfortant. Elle reconnaissait la couleur des draps, celle des tapis. Son nez frémit lorsqu’elle reconnut l’odeur si particulière des roses blanches qui reposait dans les vases.

Cette impression de déjà vue et ses souvenirs qui s’ajustaient au fur et à mesure qu’elle redécouvrait la pièce la confronterez à cette idée qu’elle était peut-être de nouveau dans un de ses songes. Ce n’était pas la première fois qu’elle avait l’impression de se réveiller et pourtant d’être encore dans un rêve. Ainsi choyée, enveloppée de douceur, elle était persuadée de voguer encore parmi les fils intangibles du monde de Morphée. Elle se sentait lourde, amorphe, comme si le simple fait de fermer les yeux pouvait de nouveau la faire basculer dans un autre songe. Il fallait dire qu’elle avait souvent rêvé à cette pièce, à ce qu’elle y avait vécu, lors de sa première visite avec le Comte, puis de sa deuxième, lorsqu’il l’avait couché sur ces draps de soie l’entrainant vers des plaisirs insoupçonnés. Elle y était souvent revenue en rêve, visiter cet homme qui faisait battre son cœur malgré elle. Elle l’avait affronté, détesté et même combattu, ses souvenirs redonnant une vie propre à cette chimère de son imagination. Elle avait l’impression de le connaître si intimement qu’elle ajustait ses réactions pareil que s’il s’était réellement trouvé en face d’elle. Mais elle s’était également fait souvent prendre par son esprit torturer, revivant l’instant magique ou leur corps avait basculer dans un doux plaisir avant de se réveiller brusquement, le corps en nage et une étrange sensation au creux de son ventre. Elle avait tenter de comprendre ses songes et pourquoi elle y revenait toujours inlassablement. Peut-être l’avait-il simplement envouté? Sinon comment expliquer cette attirance incompréhensible? Comment expliquer qu’elle puisse l’aimer et le détester en même temps? Elle se convainquit que le fait de l’avoir revu avait déclenché en elle ce nouveau rêve.

Alors qu’elle prenait conscience de l’endroit qui l’entourait, elle se rendit compte de sa présence, ou plutôt ce fut son corps qui le remarqua avant ses yeux. Les poils se dressèrent sur ses bras et tout son corps se tendit. Elle sentit de nouveau l’air se charger d’un magnétisme familier. Lentement, elle baissa les yeux sur sa main qui tenait encore fermement le genou du Prince. Elle sentit sous ses doigts la texture du tissu, mais aussi la chaleur anormale qui se dégageait de la peau sous le vêtement, lui prouvant une fois de plus qu’elle ne pouvait être de retour dans la réalité. Le vampire ne pouvait dégager de chaleur, sa peau était toujours froide. Ses iris remontèrent doucement vers la main posée sur la cuisse. Les doigts fins de l’homme s’étiraient comme la toile d’une araignée et sa peau blanche contrastait avec le tissu noir de son vêtement. Un épais bandage couvrait l’avant-bras et la Chasseuse plissa les yeux. Encore le résultat de ses machinations songea-t-elle. Il était inconcevable pour elle que le Grand vampire puisse être blessé. Rien ne l’atteignait, ni les lames, ni les coups de feu, jamais ses yeux d’humaine ne l’avaient vue blessé. Sauf peut-être l’eau bénite lors du théâtre. Son regard quitta le bras pour remonter encore, s’arrêtant cette fois sur le torse viril qui se découvrait à ses yeux encore empreints de cette douceur que confère le sommeil. Elle regarda la peau que la chemise ouverte dévoilait à son regard pudique. Les flammes dessinaient le contour des muscles saillants, mais aussi les étranges taches sombres qui recouvrait sa peau d’albâtre. Sarah pensa alors lever la main pour les toucher, mais elle retint son geste. Elle ne voulait surtout pas briser le fil délicat de son songe. Et si celui-ci lui révélait enfin les réponses aux nombreuses questions qui assaillaient son esprit depuis si longtemps? Elle savait que les rêves révélaient bien souvent les secrets que l’esprit conscient des humains oubliait facilement. Dans cet état de demi-sommeil, au milieu de cet espace qui ne lui semblait pas réellement exister, elle espérait trouver la clé de ses tourments. Ses yeux se posèrent finalement sur le visage parfait de l’immortel. Ses longs cheveux blancs descendaient le long de son visage et sur ses épaules, contrastant avec la blancheur de sa peau et celle de sa chemise. Ses traits étaient éclairés d’un doux clair-obscur et les flammes des chandelles faisaient les lueurs au fond de ses prunelles. Il la regardait de ses yeux anthracite, une expression mélancolique brillant au fond de son regard. Ses lèvres étaient étirées en un faible sourire, comme s’il l’avait attendue au milieu de ce songe pendant fort longtemps. Elle observa la chimère de son esprit qui se tenait devant elle et l’immobilité du Lord, renforça la conviction de son songe.


-Est-ce réel?

Sa voix était un doux murmure, brisant doucement le silence et la pénombre. Peut-être son corps reposait-il encore au milieu du cimetière, parmi les autres cadavres et que son âme errante avait reproduit cet endroit où elle ressentait une certaine sécurité. Elle n’osait pas bouger, de peur de mettre fin à l’enchantement. Elle n’avait jamais vu l’aristocrate ainsi, si douce, si calme. Elle sentait la chaleur que dégageait son corps et elle voulut le confirmer. Lentement, sa main quitta le genou de l’immortel pour venir se poser sur sa main dont la peau était brulante.

-Où est-ce que je rêve encore?

Et si tout cela n’était que la machination de son âme torturée? Un simple mirage qu’elle se serait créé pour se réconforter, pour se sortir de la douleur de sa solitude? Elle avait tant de questions à lui poser, tant de mots qui lui brûlait les lèvres. Elle cligna lentement des yeux, incapable de sortir de cette douce torpeur. Elle avait peur de basculer de nouveau vers un autre mirage, vers un cauchemar sans fin. Elle devait choisir sa question avec soin, persuadée que son esprit et ce que son imagination avait créé ne pourraient lui répondre si elle s’égarait.

-Pourquoi moi?

Sa question quitta ses lèvres en un souffle. Oui c’était sans doute là le plus grand questionnement qui avait assailli ses nuits. Pourquoi l’avait-il choisi parmi toutes celles qui avaient sans doute traversé son existence? Pourquoi elle plutôt qu’une autre qui ne demandait qu’à se soumettre à sa volonté? Elle devait savoir, elle devait comprendre ce qu’elle avait de si spécial à ses yeux pour qu’il aille jusqu’aux confins d’un cimetière, à travers les larmes et le sang, frôler la mort pour la récupérer.


[Sous l'Opéra]

Prudence avançait d’un pas rapide, laissant ses lourdes bottes à talons heurtés les dalles sombres des égouts. Elle avait changé de vêtement depuis la veille, enlevant son costume qu’elle avait brulé pour un magnifique ensemble composé de plusieurs morceaux de tissus. Elle portait une robe noire dont le corset ceindait sa taille fine. La jupe de celle-ci retombait en plusieurs couches jusqu’au-dessus de ses genoux à l’avant et jusqu’à ses chevilles à l’arrière. Son manteau à queue de pie voletait derrière elle. Elle avait coiffé ses longs cheveux sur lesquels reposait un petit haut de forme. Ses mains blanches étaient dissimuler sous des gants noirs en satin. Une tenu tout à fait indécente et scandaleuse pour l’époque, mais comme toujours, elle s’en fichait.Comme toujours, elle portait sur elle son précieux révolver, mais sa mission ce soir était pacifique. Elle avait été invitée par le grand Prince à pénétrer dans sa tanière. En faite, elle avait surtout été choisie par les deux clans pour apaiser les tensions. Plusieurs des Camarilliens étaient blessés et se remettaient encore de la terrible nuit qu’ils avaient vécu.

Alors qu’elle s’approchait du portail qui composait l’entrer du domaine du Comte, la pression de l’air se fit écrasante et la jeune femme du ralentir le pas. Les membres du Prince veillaient, déployant leur aura comme un avertissement silencieux. Prudence ne manqua pas de marquer son agacement. Malgré son visage mutin, elle était d’une humeur particulièrement désagréable. Bien qu’elle comprenait l’importance de sa mission, elle était fatiguée et elle aurait préféré rester bien au chaud dans sa demeure. Pourtant, elle ne pouvait en vouloir au grand homme de protéger ainsi son antre. Après la sournoise attaque, ils étaient tous sur un pied de guerre. Déployant à son tour son aura pour signaler sa présence, elle attendit patiemment qu’on vienne la chercher. Cela ne prit pas longtemps. Un jeune homme fendit l’obscurité, venant à sa rencontre, l’air méfiant.


-Je suis attendue. Déclara la belle immortelle en tendant une lettre marquer du sceau de l’aristocrate.

Le vampire ne chercha même pas à saisir la lettre, se contentant de tourner les talons, l’invitant à la suivre. Ils traversèrent ainsi de nombreux dédales de corridor et de nombreuses pièces. Ils croisèrent également quelques membres de l’indépendant qui se contentèrent de l’observer avec retenue. Au fond, l’Occulis n’en avait cure. Il la laissa finalement devant une grande porte qu’il désigna d’un signe de la tête avant de disparaître de nouveau. La jeune femme lâcha un juron en latin, sa langue natale qu’elle n’avait jamais réellement abandonnée. Répugnant de frapper, la demoiselle ouvrit la porte d’un geste lourd, un sourire aux lèvres comme si elle entrait dans un salon ou tous attendait son arrivés.

Elle trouva les Septs, membres fidèles du Comte, ses gardiens, ses protecteurs, mais aussi ses protégés, autour d’une table, l’air grave. L’arrivée de l’Occulis sembla jeter sur le groupe un nouveau souffle. Avant qu’ils n’aient pu faire le moindre geste, la jeune femme s’approcha d’eux comme s’ils se retrouvaient pour quelques réjouissances.


-Bonsoir à tous! Je suis ravie de vous revoir en... un seul morceau.

Elle rit de son humour noir. Au fond, elle trouvait admirables ces petits soldats prêts à défendre corps et âme leur chef tout comme elle était prête à le faire pour le bien de la Mascarade. Contrairement à ses habitudes, l’immortelle laissait son aura paraître, ne voulant pas mettre chacun d’eux sur un pied d’alerte. Elle dévoilait ses intentions de manière claire et pacifisme. Inutile de créer un nouveau conflit. Elle comprenait leur mine sinistre. Le combat de la veille avait affecté chacun d’entre eux et fragmenté la mince ligne qui maintenait la paix entre les différents clans depuis le Grand traiter de non-agression de Hillsburry. Les châtiments n’avaient pas encore été prononcés, mais il ne faisait aucun doute que cela ne serait pas sans conséquence. N’ayant reçu aucune invitation à s’asseoir, Prudence prit place sur l’un des sièges vacants de la table sans se départir de son sourire charmeur. Elle ne leur tenait pas rigueur de ce manque de courtoisie.

-Le Prince est là? Demanda-t-elle de sa voix chantante.


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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Souviens-toi de cette promesse [Comte, Sarah] [02/05/42] Lun 24 Oct - 15:05

[Dans la chambre du Comte]

Plongé dans ses sombres pensées, le Comte se remémorait un passé qu'il ne parvenait pas à oublier. Il errait dans les limbes de son esprit embrumé, chassant l'espoir qui s'étiolait à mesure qu'il s'épuisait lui-même.
Soudain, un bruit sourd explosa près de lui. Surpris, l'immortel sursauta brusquement et leva un bras dans un réflexe de défense afin de se protéger le visage. Une bougie venait d'éclater en morceaux. Fort heureusement, le feu s'était éteint dans le même temps, ne laissant que de la cire chaude refroidir sur le tapis qui couvrait le sol et sur le meuble où elle avait été posée. Tournant son regard vers Sarah qui s'était redressée dans le lit et qui venait de poser une main sur son genoux, Jirômaru l'observa d'un œil inquiet. C'était elle qui venait de déclencher cette étrange réaction. Encore une manifestation de son pouvoir ! Que voulait-elle désormais ? Avait-elle besoin d'aide ? Muet, le Comte attendit de voir ce que la jeune femme allait maintenant faire. Pendant un moment, elle sembla absente. Son regard fit lentement le tour de la pièce, comme si elle s'efforçait de comprendre où elle avait atterri, mais il paraissait vide de vie, complètement perdu dans un océan de doutes et de craintes primitives. Puis, lentement, la belle Huntress se détendit et elle rendit compte de la présence du Vampire à ses côtés. Son regard tomba sur sa main qui tenait toujours son genoux et remonta sur son torse puis son visage. Le Comte ne bougea pas d'un cil, comme s'il eut peur d'effrayer un animal blessé. Au fond de lui, il fut un peu gêné de ce regard qui le parcourut ainsi. Il se demanda ce qu'il pouvait bien se passer dans l'esprit de la jeune Humaine en cet instant.
Alors Sarah lui demanda si ce qu'elle vivait était réel. Le lord lui sourit d'un air triste et hésita un instant. Que fallait-il lui répondre ?


- Je l'espère, Sarah, et je le crains également...finit-il par soupirer doucement.

Ses pensées étaient désormais fortement attachées à cette petite main posée sur son genoux. Il sentait au travers de son pantalon court une chaleur particulière et l'idée même que la chasseuse ne le touche ravivait chez lui quelques désirs charnels.
Alors, la belle quitta son genoux et le Comte manqua de faire un geste pour la retenir, mais lorsqu'il sentit sa main recouvrir la sienne, il s'immobilisa de nouveau. Un certain soulagement l'envahit.


- Si c'est un rêve, Sarah, alors j'aimerai qu'il dure...

Jirômaru s'appuya un peu sur le lit pour se pencher vers la jeune femme. Son souffle passa près de sa joue tandis qu'il allait l'embrasser sur sa pommette, mais l'ultime question de la belle le figea net.
Pourquoi elle ?


- Ne me le demande pas...soupira l'immortel en s'éloignant brusquement tout en levant les yeux au plafond.

Sarah voulait savoir pourquoi il s'attachait à elle, pourquoi il la poursuivait elle et pas une autre, pourquoi il l'avait sauvée ce soir plutôt que de l'abandonner...


- Je ne sais pas, répondit-il finalement sur un ton légèrement glacé. Je ne sais pas...

Le regard du Vampire se fit lointain. Perdu dans les méandres de ses pensées, il cherchait à formuler une réponse mais rien ne se formait dans le chaos de ses sentiments contraires. Pourquoi l'avait-il sauvée ? Il ne le savait pas. Pourquoi l'avait-il choisie ?

- Parce que...tu es belle ? Tu me fais vivre un enfer ?...Tsss....Peut-être est-ce parce que je sais que toi, tu pourras tous les sauver...

Son murmure se perdit dans sa gorge et s'éteignit comme une flamme. Le Comte se passa une manche sur le front et serra un peu les dents. Sous son bandage, sa blessure brûlait ses chairs et commençait à tourmenter ses nerfs. La fièvre avait déjà envahi l'ensemble de son corps et menaçait de le terrasser.

*******************

[Dans la Salle du Conseil]

Manouk avait jeté un tel froid sur l'assemblée que nul n'osait plus dire mot.

Maria gardait les yeux fixés sur les rainures qu'elle venait de faire avec ses ongles à la surface de la table. Elle les gardait écarquillés, comme ces fous que l'on retrouve dans d'étranges positions au coeur des asiles, prostrés, une consternation muette mais féroce sur le visage. Sa poitrine se soulevait brutalement à mesure qu'elle avalait l'air ambiant par bouffées saccadées. Bientôt, la jeune femme se mit à hoqueter et ses joues brillèrent de larmes. Dans un geste qui se voulait rassurant, Marco serra sa main sur son épaule pour la réconforter, mais la belle Vampire se leva soudain et lui écarta le bras avec rage.


- Qu'est-ce que tu en sais, toi!? hurla-t-elle face à Manouk en frappant des deux mains sur la table avec violence. Son cri déchirant vrilla les tympans d'Agniès qui se recroquevilla un peu sur elle-même. Qu'est-ce que tu en sais!?

L'Africain laissa son regard glisser dans le sien. Impassible, il croisa les bras sur son large poitrail. Maria fut prise d'un long frisson et son visage, rougit par sa fureur, prit lentement une teinte de craie. Manouk venait d'entrer dans son esprit et de lui ordonner de se taire. Sans insister, le colosse à la peau d'ébène se leva doucement et s'éloigna vers la porte qui donnait sur les couloirs de l'entrée.

- Tout le monde s'en doutait. Toi aussi, Maria...

Les lèvres de la belle se serrèrent puis se déformèrent dans une expression de détresse absolue. Ambre se leva et prit Agniès contre elle pour la rassurer un peu et Arath grogna un "Il m'énerve." dans son coin en croisant les bras. De son côté, Marco regardait Maria avec tristesse.

- ...Pourquoi...? sanglota la jeune femme d'une voix brisée.

Manouk ne répondit plus. Il leva la main vers la poignée dorée de la porte en chêne et leur jeta à tous un regard circulaire.


- L'Occulis vient d'arriver. Je compte sur vous pour éviter les incidents diplomatiques.

La porte pivota sur ses gonds avant que le grand Noir ne l'ouvre et Prudence entra sans se gêner en les saluant avec théâtralité. Les deux acolytes chargés de l'accueil qui l'accompagnaient jetèrent un coup d'oeil à Manouk et se laissèrent congédier d'un hochement de tête. Tous s'étaient désormais levés. Leur expression resta neutre, comme s'ils fussent de pierre. Seule Maria conserva son air désespéré. Ses joues étaient détrempées de larmes, même si elle ne sanglotait plus.
Voyant que Prudence se mettait à l'aise, Manouk convia d'un geste les Sept à s'asseoir également. Il s'installa directement en face de l'Occulis afin de prendre la discussion en mains.


- Bienvenue, Prudence. Ce ne sera pas long. Le Comte va vous recevoir.

*******************

[Dans la chambre du Comte]

Il l'avait sentie de loin, cette puissante aura...Prudence était entrée dans son repaire depuis quelques minutes déjà. Elle allait être conduite dans la Salle du Conseil auprès des Sept puis il irait l'accueillir en personne afin de la mener à Sarah.
Son regard caressa le doux visage de la Huntress et un léger sourire anima ses lèvres étirées.


- Sarah...Je vais faire venir une personne capable de te soigner cette...morsure, fit-il en frôlant son cou de ses doigts glacés. Je te demande de la laisser faire. Fais-lui confiance. Fais-moi confiance...Je sais que c'est difficile mais je ne peux te rendre à tes parents avec une telle marque...

Le Vampire embrassa la jeune femme sur le front puis se leva lentement pour se diriger vers la porte qui donnait du côté de la Salle du Conseil. Il la poussa mollement et la laissa ouverte. Puis il attendit, le dos droit, que Prudence n'arrive encadrée de Manouk et d'Ambre. Les deux disciples avaient réagi à l'appel de leur maître et avaient convié l'Occulis à les suivre jusque dans la chambre de leur maître.
Ce dernier les accueillit d'un regard bienveillant et ne les congédia pas immédiatement. Ils restèrent donc en retrait, dans le couloir, pendant que le Comte saluait dans les formes son invitée. Ambre remarqua qu'il avait remis correctement ses manches de chemise et qu'il avait boutonnée celle-ci jusqu'au dernier bouton. Cachait-il sa blessure ou n'était-ce que pour la forme ?


- Bienvenue en ma demeure, my lady. Merci de vous être déplacée, fit le lord en souriant brièvement face à Prudence.

Un accord tacite semblait gouverner cette entrevue: c'était comme si les deux Vampires savaient, sans avoir besoin de le dire, que le seuil de cette pièce représentait bien plus que ce que beaucoup voyaient. Une fois la frontière franchie, l'Occulis s'engageait à répondre à la demande du Prince et lui à respecter ses méthodes à partir du moment où elles ne lui faisaient pas affront.
Prudence n'était pas folle, bien au contraire. C'était une femme que le Monde de la Nuit savait sage et réfléchie. Elle possédait une certaine éthique, que ses congénères admiraient souvent, et l'on savait que sa parole était d'or. Jamais Prudence n'avait trahi qui que ce soit sur cette terre. Jamais elle n'avait tué sans nécessité absolue.
Évidemment, le Comte restait sur ses gardes. Il n'aimait pas que l'on entre dans son intimité, surtout en ces lieux, et il craignait tout de même pour la vie de Sarah. Certes, l'Occulis s'était engagée par missive à soigner la Huntress du mieux qu'elle le pourrait, sans risquer de la blesser davantage, et le Comte avait juré d'échanger aussitôt le fils de Crosswell, mais les récents événements leur avaient prouvé à tous que la confiance aveugle ne pouvait exister.

Lorsque Prudence passa devant lui pour se diriger vers le lit où reposait Sarah, Jirômaru murmura dans son ombre :


- "Il" vous attend déjà à l'entrée...

Le Vampire parlait évidemment de l'otage qu'il restituait à la Camarilla.

- Vous direz à Crimson que je préférai m'assurer qu'il parte avec vous plutôt que de risquer qu'un malheur ne lui arrive sur le chemin du retour...

Dans les faits, le Prince aurait dû apporter le jeune prisonnier dans l'antre de la Camarilla à l'aube de ce jour, c'était ce qui avait été prévu la veille, mais il n'avait pas pu honorer sa promesse à cause de l'attaque imprévue du Sabbat. C'était pour cette raison qu'il avait envoyé une missive prévenir le chef de la Secte Blanche qu'ils allaient devoir procéder autrement. Prudence avait été choisie pour sa capacité à rester neutre dans ce genre de conflit et pour ses pouvoirs de guérison qui étaient nécessaires à l'héritière Spencer.

Le Comte laissa l'Occulis s'approcher de son lit et la suivit en conservant une certaine distance pudique. Lorsqu'elle commença à examiner la chasseuse, Jirômaru détourna le regard et invita Ambre à s'avancer. La belle rousse entra dans la chambre et se posta non loin de Prudence afin d'être témoin de ce qu'elle pratiquait sur la jeune Humaine. Le Comte, lui, s'éloigna lentement pour revenir près de l'entrée. Ses iris anthracites pénétrèrent celles de Manouk qui restait dans le couloir et leurs pensées se mêlèrent un instant. Le maître fronça les sourcils et le disciple dévia son regard pour s'appuyer sur un mur et fermer les yeux.

Le pouvoir de Prudence prit un peu de temps à agir mais l'Occulis était soigneuse et Sarah avait dû être rendormie pour que la créature de la nuit puisse s'en occuper convenablement. De toute façon, c'était préférable pour sa psychologie et pour éviter qu'elle ne risque à nouveau d'user de ses dons dans la panique. Il valait mieux la laisser errer dans ses songes.


**************


Quelques heures plus tard, le calme était revenu dans la chambre du Comte. Prudence était partie avec le fils Crosswell et les Sept étaient retournés dans la Salle du Conseil.
De nouveau seul avec Sarah, l'ancien samouraï s'était réinstallé sur le lit, près d'elle, pour contempler son visage. L'Occulis avait fait un travail remarquable: la trace de morsure était un lointain souvenir, cuisant mais lointain, et la peau de la jeune Humaine avait perdu de sa rougeur malsaine. Un sourire satisfait persistait aux coins des lèvres du Vampire. Au moins Sarah ne souffrirait-elle plus de la marque de son agresseur. Avec ce genre de soin qui tenait au Don Obscur, et avec la mort du possesseur de la marque, elle ne serait plus inquiétée par les désagréables sensations que l'attachement absolument non-désiré pouvait provoquer. C'était une bonne chose de faite.

Quant à sa blessure à lui, elle persistait sous son bandage refait à neuf. Le Comte l'avait montrée à l'Occulis et lui avait demandé conseil. Sa consoeur avait tenté de le soigner mais ses forces avaient perdu en puissance notamment à cause des soins qu'elle avait d'abord prodigués à Sarah et, à cause de la nature de la blessure, son Don n'avait pas pu faire grand chose. Elle avait réussi à faire baisser un peu la fièvre, mais elle allai revenir. Elle avait également atténué un peu la douleur et la taille de la blessure, mais le poison noir qui y était incrusté ne pouvait pas être éliminé aussi facilement. C'était un poison aussi tenace que celui que les Hunters utilisaient dans leurs Bloody Rose et aussi ravageur. Il limitait la régénération et tout ce qui touchait au Don Obscur. Jirômaru souffrait encore violemment, mais il n'avait pas le choix : il devrait être patient et il allait devoir éviter les Blood Tablett pendant un moment afin d'accélérer sa régénération avec du sang frais. Déjà, Manouk avait fait passer l'information aux calices et mit quelques disciples à la recherche de nouveaux donneurs plus à même de pouvoir aider son maître, même si ce dernier lui avait intimé de n'en rien faire.

La chemise reboutonnée jusqu'au col, la manche droite relevée pour éviter de gêner son nouveau bandage, le Comte entreprit de réveiller Sarah afin de faire le point avec elle. Ils avaient beaucoup de choses à se dire et il était temps d'avoir une discussion tous les deux.


- Sarah ? appela doucement l'immortel en se penchant au-dessus de la belle. Réveille-toi, Sarah...

Jirômaru posa sa main gauche sur le bras de la jeune femme et la secoua légèrement afin d'éveiller ses sens. Puis, assuré que la jeune Humaine sortait de son sommeil artificiel, il s'en détacha et attendit qu'elle ne reprenne entièrement conscience. Lorsque Sarah fut enfin réveillée, le Comte s'en approcha un peu et se pencha au-dessus d'elle. Pour maintenir sa position, il posa une main sur le côté d'une des cuisses de la Chasseuse qu'il sentit au travers des draps soyeux.

- Sarah...C'est fini, tu n'as plus de marque...

Son regard se perdit dans celui de la chasseuse. Puis, comme s'il se ressaisissait, il se redressa et se leva pour prendre un objet plat près d'une commode. Revenant à sa place, il le tendit à la jeune femme.

- Regarde...

C'était un petit miroir ovale à la bordure d'or gravée de motifs floraux.

- Comment c'est arrivé ?demanda-t-il soudain en ramenant ses yeux gris dans l'azur des siens. Sarah...Que faisais-tu en dehors du couvent ? Et...pourquoi avais-tu mon carnet avec toi ? ajouta-t-il d'une voix lancinante. Je croyais que ceux qui se permettaient d'entrer dans les pensées d'autrui te répugnaient...?

Le Vampire sourit tristement à la Huntress sans la quitter des yeux.
Qu'avait-elle bien pu y lire ? Qu'en avait-elle compris ? Le Comte était curieux de connaître les réponses à ces questions implicites...


- En plus, tu me l'as abîmé...ajouta-t-il en lui indiquant d'un coup d'oeil le-dit carnet qui reposait sur sa table de chevet. L'objet était accompagné d'un autre petit livre, le journal de Sarah elle-même. Le Comte lui sourit d'un air un peu victorieux et se pencha au-dessus de la jeune femme. Doucement, presque tendrement, il murmura près de ses lèvres : Me permets-tu de lire le tien ? Nous serions quittes...


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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Sarah Spencer
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MessageSujet: Re: Souviens-toi de cette promesse [Comte, Sarah] [02/05/42] Jeu 3 Nov - 0:38

Les yeux encore embrouillés par le sommeil, Sarah observait les couleurs se fondre dans l’obscurité et les flammes des chandelles qui se mirait en un éclat doré. Il régnait dans la pièce une atmosphère de douceur et de songe. Tout à ses yeux évoquait l’irréel, un espace qui n’existait que dans le creux de son esprit. Pour la première fois depuis fort longtemps, elle se sentait bien. Elle regardait la chimère de ses songes qui se tenait près d’elle, immobile. Il demeurait là, son visage paisible surmonté de ses yeux remplis de douceur. La main sous la sienne ne semblait pas vouloir se dérober. À cet instant, sa seule présence effaçait les nuits glaciales qu’elle avait passées, seule, à arpenter la ville. Il lui faisait oublier qu’elle était brisée et les cauchemars qui la hantait toujours.  À cet instant, elle aurait pu l’aimer, cet homme dont elle tenait là main, cette créature issue de son esprit qui reposait dans cet espace où le temps et l’eau ne coulaient pas.

Lorsqu’il parla, sa voix grave la caressa doucement comme un baume chaud.

- Si c'est un rêve, Sarah, alors j'aimerai qu'il dure...

Oui...il avait raison. C’était un songe plaisant, beaucoup plus que les cauchemars qui manquaient de la saisir de nouveau. À chaque clignement de yeux, ses paupières restaient fermées un moment, sa tête oscillant vers l’oreiller. Pour la première fois en plusieurs semaines, elle se sentait bien, confortable, bercée dans la chaleur des couvertures, dans la douceur de la pièce et en sécurité près de cet homme qui avait pourtant déjà tenté de la tuer. Sa main serra un peu plus celle qui se trouvait sous la sienne, dans un geste d’apaisement. Lorsqu’il s’approcha d’elle, elle ferma les yeux, savourant la proximité qui les reliait. Elle sentit son souffle parcourir sa joue et elle demeura immobile, anticipant impatiemment le contacte de ses lèvres contre sa peau, mais cela ne se concrétisa pas. À la place, il se redressa brusquement, la faisant sursauter. Même en songe, sa chimère continuait d’agir selon son tempérament, passant d’un geste doux à une réaction forte. Sarah ferma les yeux devant cette réponse qui n'en était pas une. À quelque part, cela ne la dérangeait pas.  Elle comprenait. Elle était rassurée que cette insoutenable attirance soit partagée. Au fond, ils étaient tous les deux tiraillé par le même flot d’émotions contraires. Oscillant entre la douceur et la violence, entre l’amour et la haine, entre l’envie de tuer et celle d’embrasser. C’était quelque chose qui ne s’expliquait pas, quelque chose dont tous les mots du monde semblaient incapables de décrire. Ses yeux glissèrent de nouveau de sur le visage du Comte, puis sur son torse. Sa chemise ouverte laissait apparaitre sa peau blanche marquée de ses horribles traces noires. Qu’est-ce que cela pouvait bien être? Comment pouvait-il être aussi blessé? Qu’est-ce qui avait bien pu marquer la peau parfaite de son corps? Encore une fois, elle eut envie d’y porter la main, simplement pour le toucher.

- Parce que...tu es belle ? Tu me fais vivre un enfer ?...Tsss....Peut-être est-ce parce que je sais que toi, tu pourras tous les sauver...

Sa voix douce la saisit de nouveau. Ses pensées se concentrèrent sur le visage de l’immortel dont la mâchoire s’était crispée. Il semblait en proie à une vive émotion, le dos de sa main posé contre son front pale. Elle le dévisagea de son regard pur, incapable de saisir la portée de ses mots. Les sauver? Qui donc était menacé? Et part qui? Ou quoi? Était-ce du vampire, celui dont le corps ressemblait à une momie? Le Père dont le carnet des songes lui avait révélé l’existence? Mais qui était cet être pour obnubiler autant les pensées du Prince? Elle regarda le Comte de nouveau. Comme il lui semblait fragile en cet instant. Ses longs cheveux blancs descendaient le long de son visage fiévreux et il lui semblait que pour la première fois, elle pouvait voir le poids des siècles peser sur ses prunelles. Lentement, sa main blessée quitta les draps pour venir saisir avec douceur l'une des mèches blanches qui barraient le front soucieux du lord. Malgré les bandages qui recouvraient ses doigts, elle sentit la texture soyeuse de la mèche contre sa peau.

-Même les rêves n’ont pas toujours les réponses que l’on espère...

C’était la constatation qu’elle se faisait, surtout pour elle-même. Même en rêve, il restait un être énigmatique, rempli de mystère. La jeune femme s’approcha alors doucement, goutant la douceur des lèvres du Prince lorsqu’elle y posa tendrement les siennes. Elle l’embrassa longuement, profitant du pouvoir infini que conféraient les songes. Le visage contre le sien était chaud, voire brulant. Elle sentait sa peau trembler contre la sienne. Puis, elle sentit le Comte se détacher doucement d’elle. Quelque chose semblait avoir capté son attention. La Chasseuse soupira avant de faire un sourire résigné. Même en songe, il continuait de lui glisser entre les doigts. Elle le laissa s’éloigner, appuyant son dos contre les oreillers. Ses paroles tournaient dans son esprit embrumé cherchant encore et encore un sens à ses mots. Elle regarda sa grande silhouette appuyer contre le cadre de la porte. Il avait repris cette apparence mondaine, celui de l’homme intouchable. Lentement, elle ferma les yeux.

[Dans la salle du Conseil]

Prudence étendit paresseusement ses longues jambes devant elle, prenant une place confortable dans le siège qu’elle occupait. Ses yeux brillants passaient d’un visage à l’autre, le détaillant scrupuleusement avant de passer à un autre. Les Sept étaient beaux. L’Immortalité leur avait conféré des traits d’anges, mais la nature humaine les avait également bien gâtés. Ils encerclaient la table, fidèles gardiens, protecteurs de l’ombre. Ils étaient là à veiller sur leur maitre dont elle sentait l’aura. Rares étaient les visiteurs à avoir été convié dans l’antre du Prince. Il se contentait bien souvent de visite mondaine à sa demeure humaine. Prudence était désormais l’une des vampires privilégiées à avoir pénétré au plus profond de son domaine. Cela devait contribuer au malaise que pouvaient éprouver les disciples. Elle avait senti leur regard de dédain alors qu’elle passait dans les corridors. Le Grand Vampire indépendant et les siens n’avaient jamais porté les Camarilliens dans leur cœur et c’était connu. Mais la belle immortelle avait balayé tout cela d’un coup de tête. Elle était insensible au ragot, ils coulaient sur elle comme l’eau sur le plumage d’un canard, sans jamais l’atteindre. Pourtant, elle sentait chez l’Élite noire du Comte une tension. Elle voyait dans leurs yeux une inquiétude profonde qu’ils n’arrivaient pas à masquer. Bien qu’ils restaient de marbre, l’esprit fin et avisé de l’Occulis arrivait à deviner leur émotion sans qu’il n’ait à ouvrir la bouche.

- Bienvenue, Prudence. Ce ne sera pas long. Le Comte va vous recevoir.

Les yeux verts de la jeune femme se posèrent sur l’homme devant elle avec gourmandise. Aussi bien entouré, il pouvait prendre tout son temps, elle ne s’en plaindrait pas. Ramenant ses mains sous son menton, elle posa son visage mutin dans ses paumes blanches pour dévisager le vampire. Elle voyait l’éclat des chandelles se mirer sur sa peau noire et les flammes des chandelles dans ses iris sombres. Il lui faisait penser à une panthère noire, ce qui n’était pas pour la laisser insensible. Elle accentua son sourire avant de passer une main coquette dans sa chevelure d’ébène. Puis un détail la frappa, il manquait quelqu’un. En y regardant bien, la vampire ne vit pas Salluste, le plus fidèle allié du Prince que tous connaissaient de nom et de réputation, sans oublier de visage bien sûr. Elle venait à peine de songer à cela qu’elle sentit quelque chose effleurer son esprit et ses yeux d’émeraudes se posèrent de nouveau sur le beau ténébreux qui prenait place devant elle. C’était lui qui l’avait frôlé ainsi, par mégarde sans doute. Sans nécessairement vouloir lire ses pensées, l’Occulis sentait qu’elle y avait songé juste assez fort pour qu’il l’entende, ce qui ne fut pas le cas des autres. Il y avait comme un avertissement dans les yeux sombres du bel homme. Une demande, douce, amicale. Il ne fallait pas songer à cela. Comprenant le message, Prudence se positionna de nouveau sur sa chaise. Elle était le genre de personnalité qui pouvait se satisfaire seule d’une conversation, aussi elle ne s’offusqua pas du silence pesant qui pesait sur la pièce.

-Ce fut tout un combat, débuta-t-elle pour combler le vide. Je suis bien heureuse de voir qu’aucun de vous n’a réellement souffert de cette attaque. Petites pestes, attaquer ainsi à l’improviste.

Prudence parlait d’une voix enjouée. Si les siècles lui avaient appris une chose, c’était que le temps finissait indéniablement par apaiser les choses. Il valait mieux continuer de vivre et d’avancer.

-Mais ils ont été mis en déroute tous autant qu’ils furent.

La belle vampiresse continua de bavarder pour elle-même énumérant les pouvoirs qu’elle avait vus à l’œuvre, la manière dont les Sept s’étaient défendues, l’adresse même du Comte au combat et des talents cachés de sa jeune humaine. Un sourire carnassier fendit le visage d’ange de la jeune femme lorsqu’elle les avisa qu’ils avaient pu mettre la main sur plusieurs des membres de la Secte noire. Oui, il y avait eu peu de survivants. Prudence s’était occupée elle-même de celui qui avait pu dissimuler la horde de vampires à ses sens. Il fallait dire que le tempérament de la belle faisait qu’elle avait horreur d’être battue sur son propre terrain. Aussi, elle s’était arrangée pour ne pas que la situation puisse se reproduire.

-Vous seriez curieux de savoir que mademoiselle Elton aurait été vue dans les parages peu avant notre petit rendez-vous...

C’était tout autant une question qu’une affirmation. La Grande Occulis avait appris quelques informations pendant le jour. Ses espions humains et ses contacts dans le Yard avaient joué en leur faveur. On parlait de sacrifice rituel dans le cimetière. Bien sûr les cadavres avaient disparu, achevés par les bons soins des membres de la Mascarade, mais les dégâts causés par les manifestations magiques de même que le sang demeurait présent. Le gardien du cimetière avait manqué de faire une syncope. Le Yard enquêtait. Tout cela la laissait de marbre, ce n’était que des détails insignifiants dans son esprit. Toutefois, la présence de l’une des chefs présumés du Clan noir dans les environs l’interpelait. Elle n’osait croire qu’ils allaient être dans une guerre ouverte. Ses yeux se mirent à pétiller tandis qu’elle songeait à la tournure des évènements. Le duel entre la Camarilla et le Comte était reporté pour une durée indéterminée. Crimson était peut-être vif, mais pas stupide. La Camarilla avait soif de pouvoir, mais les siècles de ses membres leur avaient appris assez de sagesse pour savoir que s'il se mettait à dos à la fois le Comte et le Sabbat, ils pouvaient tout aussi bien signer la fin de la secte une fois pour toutes. Ils avaient besoin de lui comme alliés dans cette guerre qui les opposerait contre la Grande Secte. Soudainement, deux des membres se redressèrent imperceptiblement, comme réagissant à un appel silencieux. Prudence sentit l’aura du Prince qui l’invitait et elle cessa son babillage inutile.  Elle se redressa d’un saut habile et avança à la suite de son beau ténébreux et de la jolie rousse. Ils marchèrent jusqu’à une porte qui s’ouvrit à l’instant où ils s’en approchaient. Le Comte apparut, adossé mollement contre le cadrage. En le voyant, Prudence se figea intérieurement sans que rien ne paraisse dans ses manières. En observant son confrère, elle se sentait bizarre. Quelque chose la tiraillait. Il lui semblait soudainement vieux, faible, quelque chose vibrait au sein de son aura. L’Occulis fit une petite révérence, gardant sur son visage un sourire mondain. Lorsqu’il l’invita à entrer, la jeune femme prit un air sérieux. En traversant le pas de la porte, elle savait dans quoi elle s’embarquait et surtout à quoi elle s’engageait. C’était une femme droite, fiable, toujours prête à aider ses confrères dans la limite du possible. Sa bonté était infinie tout comme son courroux pour celui qui osait abuser d’elle. Malgré toute la signification de son mouvement, elle pénétra dans l’antre de la bête d’un mouvement serein. Dans son sillage, elle entendit la voix grave du Comte et cette fois son sourire changea de nuance. Ah oui, le fils Crosswell. Malgré sa position, Prudence était de ceux qui croyaient en une cause plus noble que celle des jeux de pouvoirs. Elle croyait en l’importance de la survie humaine, mais surtout à la Grande Mascarade. Les dandys hautains des clans la laissaient tout simplement de marbre. Elle hocha doucement la tête signifiant qu’elle avait compris. Une fois sa mission terminée, elle repartirait avec le fils Crosswell et transmettrait le message à Crimson. Le jeune était surement du genre à avoir peur de la nuit.

Lorsqu’elle entra de son petit pas dansant dans la pièce, Prudence souria des douces ténèbres qui y régnait. Elle n’avait pas imaginé la chambre du Prince ainsi et pourtant elle n’en était pas non plus surprise. Elle y fit quelques pas, laissant ses yeux savourer la poésie qui y régnait. Les vases, les chandeliers, le mobilier. Tout y respirait un romantisme d’une époque passé. Pour peu, elle aurait laissé trainer ses doigts sur les meubles simplement pour respirer la douceur qui régnait dans la pièce. Mais elle n’était pas là pour ça. Soudainement, elle sentit une odeur sinueuse la frapper. Doucement, comme le parfum d’une fleur qu’on ne sent pas immédiatement, mais dont on ne peut oublier l’arome une fois identifier. Elle déglutit avec difficulté avant de tourner la tête vers le lit où reposait la jeune humaine. L’héritière s’était rendormie à son entrée dans la pièce, emportée dans les songes par le don obscur. Sa tête reposait doucement sur l’oreiller, le corps perdu dans un amas de douceur. Sa poitrine se soulevait doucement au rythme de son souffle. Cette vision frappa la vampire. Dans le cimetière, elle l’avait pourtant bien vue, mais le vent avait dilué son odeur et les épreuves avait masqué sa beauté. Étendue ainsi, dans une pièce fermée, elle ne sentait plus qu’elle, elle n’entendait plus qu’elle. Elle passa doucement sa langue sur ses lèvres dont les crocs étaient sortis. C’était la première fois qu’un humain attisait autant l’instinct animal en elle. Elle jeta un regard circulaire au Comte sans réellement chercher le contact. Elle ne comprenait tout simplement pas comment il pouvait vivre ainsi, avec une odeur aussi alléchante, une créature aussi délicieuse étendue sur la soie aussi près.

L’immortelle secoua la tête, faisant voler ses cheveux courts autour de son visage. Ce n’était pas le moment de se laisser aller, elle était ici pour une mission. Son trouble ne dura qu’une seconde et bientôt elle enleva ses délicats gants blancs. Elle n’était pas le genre d’être à se laisser aller à ses pulsions primitives, même si c’était la première fois que le désir était aussi fort. Décidant tout bonnement de cesser de respirer, l’Occulis s’avança vers la jeune endormie tandis que ses iris émeraude prenaient des reflets dorés. Lentement, elle vit le corps de la jeune femme se transformer en une multitude de couleurs tandis qu’apparaissait aux yeux de la vampire son aura ou chakra comme l’appelait certain guérisseur. Principalement, l’aura de l’humaine était d’un bleu clair, témoignant d’une absence d’activité. Ainsi donc, elle dormait profondément. À certaines zones, l’aura changeait de couleur, tirant vers le rouge clair, notamment au niveau de sa tête, de sa cuisse, de sa main droite et bien sûr de son cou. Le rouge représentait les blessures de l’humaine. En plissant les yeux, l’Occulis observa le cœur de la belle qu’elle voyait battre dans sa poitrine. La couleur de cette zone était indéfinie, passant du bleu foncé au rouge tout en conservant une teinte de mauve. Le bleu foncé témoignait d’une tristesse profonde, d’une grande dépression. Le rouge quant à lui représentait une colère pas encore consumée. Et le mauve. Le mauve la laissait perplexe. Elle la voyait normalement chez les vampires et autres créatures touchés par le don surnaturel, loups-garous, lycan... C’était la première fois qu’elle voyait cette couleur chez un humain. Il était vrai que l’humaine avait des dons assez incroyables. Doucement, la main blanche de l’immortelle tassa ses beaux cheveux, grimaçant intérieurement de la cascade de douceur qui frôlait ses doigts, puis, sa main se posa sur la blessure et cette fois elle du faire preuve d’un calme olympien pour ne pas plonger les crocs dans cette vie si pleine de chaleur qui battait sous ses doigts. La blessure apparut alors, faisant remonter en elle un élan de colère. Bloomsfield. Il avait eu la chance d’avoir une mort rapide. Si c’était elle qui s’en était occupée, il aurait été encore présent à crier son supplice. Sa main se posa sur la blessure de l’humaine et son don commença à faire son effet.

Quelques instants plus tard, elle quittait le repère sous l’Opéra, le fils Crosswell à ses côtés. Le travail de Prudence avait été efficace, toute trace de morsure avait disparu du cou gracieux de la jeune femme. Il avait été convenu avec le Comte qu’elle ne soignerait pas les autres blessures. L’Héritière Spencer devant être retournée à sa famille, elle devait porter quelques signes de son voyage dans la rivière. Elle ignorait ce que son ainé allait inventer pour satisfaire la société, mais cela ne la concernait plus.


[Dans la chambre du Comte]

Sarah ouvrit doucement les yeux. Une voix douce l’appelait. Elle en reconnaissait le timbre, il lui semblait familier. Elle s’extirpa doucement de ses songes sans rêves. Lentement, le plafond se dessina à ses yeux, puis les tentures, les boiseries. Elle papillonna des yeux et se redressa sur un coude retenant un grognement. Les évènements de la veille se bousculaient encore dans son esprit. Elle se souvenait du vent, des cris, mais aussi de l’odeur du sang qui coulait dans sa gorge. Elle s’assit difficilement sur le lit, portant une main à son front, tout en marmonnant un juron digne du pire joueur de whist. Une douleur traversait son crâne de manière tenace.

- Sarah...C'est fini, tu n'as plus de marque...

La Chasseuse se redressa brusquement en entendant la voix douce près d’elle tout en prenant conscience de l’endroit où elle se trouvait. Ses yeux firent de nouveau le tour de la pièce avant de détailler l’homme qui hantait ses rêves depuis des jours.

-Comte...

Les semaines passées dans la peau de Gabriel lui avaient conféré des habitudes typiques des Dandys de la société. Aussi, s’adressait-elle instinctivement à lui de la même manière que si elle l’avait croisé dans l’un des clubs de la ville. Tout en elle était chamboulé. Elle ne voulait pas de cette proximité, surtout pas de la sienne. La belle baissa les yeux, rougissant de se trouver en présence de cet homme qui était tout bonnement assis sur le même lit qu’elle. Ce même lit qui ravivait dans son esprit torturer de doux souvenirs de luxure et d’indécence. Une bouffée de chaleur se manifesta dans le creux de son ventre et elle amorça un mouvement de recul, mais les couvertures l’empêchèrent de bouger. Elle demeura immobile tandis que le vampire se levait pour aller saisir un objet qui se trouvait sur sa commode. Les évènements de la veille revinrent à son esprit comme une porte qui se referme sous un coup de vent. Ainsi, ce n’était pas qu’un simple cauchemar? Le parc, le cimetière, l’attaque, les vampires, tout cela était donc réel? Plus troublant encore, il l’avait sauvé... Sarah observa sa main, enveloppée de bandage. Elle se souvenait du sang contre ses doigts. Le Prince revient alors vers elle, reprenant sa place sur le lit d’un geste naturel. Elle demeura un long moment à le dévisager, sans comprendre, avant de poser les yeux sur l’objet qu’il lui tendait. C’était un petit miroir à la bordure dorée. Lentement, l’humaine le saisit sans comprendre ce qu’elle devait regarder. Elle observa son reflet aux traits tirés surmonter de ses grands yeux aux iris clairs. Alors qu’elle allait reposer l’item, son regard glissa alors sur son cou. Instinctivement, elle posa la main contre sa peau. L’horrible morsure avait disparu. Elle n’avait plus rien. Comment était-ce possible? Elle allait lui poser la question, mais il la devança dans ses interrogations.

Elle l’écouta simplement, incapable de placer le moindre mot. Ce qu’elle faisait en dehors du couvent? Et son carnet? Cette dernière remarque la troubla profondément et son visage se fondit en une moue enfantine. Oui il avait raison, elle avait toujours détesté le pouvoir que possédaient les immortels de lire les esprits, leur permettant de connaitre les moindres secrets que pouvait cacher le cœur d’un homme. Elle baissa machinalement la tête, comme un enfant pris en faute qui refusait d’admettre sa bêtise. Pourquoi elle l’avait pris? Tout simplement, car elle y avait lut son nom et que sa vilaine curiosité avait pris le dessus. Comment aurait-elle pu résister? Elle y avait vu là une occasion unique d’enfin comprendre cet homme énigmatique. Une occasion inespéré de percer ses secrets et d’enfin prendre un peu d’avance sur celui qui la pourchassait et dont elle souhaitait ardemment la mort à ce moment là.

Lorsqu’il lui annonça qu’elle l’avait abimée, la jeune femme se mordit la lèvre inférieure. Elle avait légèrement écorché les coins à force de le garder sur soi, ce n’était pas grand-chose. Brusquement, elle redressa la tête. Comment pouvait-il le savoir? Son carnet était verrouillé dans son propre journal. Instinctivement, elle porta la main à sa poitrine cherchant le renflement apaisant des livres dans la poche intérieure de sa veste endroit où elle les avait conservés pendant plusieurs semaines, mais au lieu de toucher la couverture rigide des ouvrages ses doigts de perdirent sur les tissus soyeux de sa robe et la courbe gracieuse de son sein.


-Comment avez-vous... sa phrase mourut dans sa gorge.

Elle suivit des yeux le regard du Prince et elle aperçut les deux ouvrages qui reposaient sagement sur la table de chevet. Elle du faire un effort pour ne pas tous simplement se précipiter pour le reprendre. Le mécanisme qui retenait les deux couvertures de son journal était ouvert. Une longue entaille déformait la page couverture. La Chasseuse ouvrit la bouche, mais la referma aussitôt gardant un air consterné. Il avait réussi à ouvrir son journal? Comment avait… Elle aperçut le petit sourire victorieux qui étirait les lèvres fines du vampire. Il avait bel et bien réussi. Il était venu à bout de la combinaison. Elle se maudit intérieurement de ne pas avoir choisi quelque chose de plus compliqué. Une innovation pour l’époque et ce personnage du passé en était venue à bout. Elle se mordit la lèvre inférieure. L’avait-il lu? Mais sa demande suivante la porta à croire le contraire. Lorsqu’il se pencha près d’elle, un frisson traversa son corps en entier et elle tenta de reculer. Les draps la retinrent et elle entendit le craquement sinistre de la robe de nuit qu’elle portait et dont elle venait d’étirer le col. La belle grimaça intérieurement. S’il y avait bien une chose dont elle avait définitivement perdu l’habitude, c’était les vêtements féminins. Ce qu’elle aurait donné pour porter une chemise en cet instant surtout près de cet homme.

Lorsqu’il murmura près de ses lèvres, Sarah eut une expression sévère sur le visage comme si le vampire venait d’énoncé la plus grossière indécence. Lire son journal? Impossible, impensable même. Bien qu’elle ne se souvenait pas par cœur de ce qu’elle y avait écrit, elle redoutait que quelqu’un puisse y poser les yeux. C’était intime, personnel, une partie de son âme reposait sur le papier abimé et elle ne pouvait l’offrir aux regards extérieurs.


-C’est hors de question.

Sa voix était sans répliques. Songeant qu’il valait mieux détourner l’attention du vampire, elle chercha à répondre à ses autres questions.

-Je rentrais du Couvent lorsque nous avons été attaqués… sur la lande…

Elle avait prononcé cette phrase rapidement, en un souffle, espérant que si les mots s’échappaient rapidement elle ne serait pas envahie de nouveau par les souvenirs des terribles épreuves. Elle avait déjà bien assez que ses souvenirs hantent ses nuits, inutile d’en faire plus. Pourtant, elle se sentait rassurée de pouvoir lui raconter ce qu’elle avait vécu. Lui seul pouvait comprendre. Lui, et son amour introuvable bien sur. D’une toute petite voix, elle poursuivit.

-Je suis tombée dans la rivière...

Cette simple phrase la fit frissonner d’effroi. Elle voyait de nouveau l’abime sombre devant elle, le froid qui la saisissait, le courant qui l’aspirait. Ses yeux regardaient fixement le miroir dont la surface réfléchissante dessinait le plafond et l’autre partie de la chambre comme si le Comte n’existait pas. Elle orienta de nouveau le miroir, mais rien. Son reflet demeurait masquer à ses yeux. Était-ce la même chose pour lui? Elle chercha un instant son regard, mais l’évita de nouveau, incapable de supporter la douceur qu’il y avait au fond de ses prunelles.

-Et le reste est vague. Je me souviens simplement d’avoir été récupérée par des vampires…

L’Ondine fixa son regard dans celui de l’immortel.

- Vous connaissez la suite...

Elle mentait sans ciller, sans que rien dans son attitude ne la trahisse. Elle était devenue bien douée à force d’interpréter un homme. Elle avait fait exprès de ne rien dire sur ce qui s’était passé entre le moment où elle était sortie des flots et celui où elle avait été retrouvée par la Camarilla. Elle ne voulait surtout pas trahir l’aide qu’elle avait reçue ni mettre en danger ceux qui lui avaient porté secours. Elle s’en voulait déjà terriblement pour ce qui était arrivé à la Comtesse Cartew sans devoir mettre en péril le gentil docteur et l’énigmatique archéologue, sans parler de sa tendre amie...

Sarah observa l’avant-bras bandé du vampire. Il semblait blesser ce qui la surprenait sans la réellement la surprendre. C’était comme si elle le savait déjà. Elle se souvenait du sang qui maculait son avant-bras lorsqu’il l’avait prise dans ses bras au cimetière, puis celui qu’elle avait vu sur ses doigts lorsqu’ils étaient partis. S’il était blessé, c’était en bonne partie de sa faute à elle. Passant une main dans ses cheveux, elle l’observa avec retenues.


-Je… suppose que je devrais vous remercier...

Elle se mordit la lèvre inférieure. Cela la répugnait et la réconfortait à la fois. Elle trouvait impensable de devoir sa vie à celui qui avait tenté de la tuer si souvent. Et pourtant, il l’avait sauvé, envers et contre tous ceux qui s’était présenté dans les ténèbres du cimetière pour prendre son sang. Ce simple souvenir en déclencha un autre, celui de ses bras puissants refermés autour de son corps et la douceur de sa cape qu’il avait enroulée autour d’elle. La magicienne secoua doucement la tête pour ne pas laisser ses réflexions aller plus loin.

-C’est douloureux? Lui demanda-t-elle en avisant son bras.


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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Souviens-toi de cette promesse [Comte, Sarah] [02/05/42] Sam 5 Nov - 13:10

[Dans la Salle du Conseil]

Prudence était partie. De nouveau rassemblés dans la Salle du Conseil, les Sept se tenaient dans un silence presque religieux.
Arath était assis sur une chaise dans un angle de la pièce. Les jambes et les bras croisés, il avait posé son menton sur son torse et fermé les yeux, comme s'il dormait en gardant une porte invisible. En vérité, derrière cette apparente tranquillité, son esprit était en ébullition : des souvenirs particulièrement désagréables revenaient le hanter et il tentait de résister à la torture de les revivre.
Non loin de lui, assise sagement à l'extrémité de la grande table de bois, Agniès sentait la détresse muette de son confère. C'était la seule qui lui prêtait attention. Elle se tordait un peu les mains sur ses frêles genoux et lui jetait des regards anxieux de temps à autre. Elle, elle ne disait jamais rien. Elle était jeune, on l'oubliait facilement. Les Sept la prenaient pour une faible parce qu'elle s'étonnait encore de leurs pouvoirs et de la puissance de celui qu'elle servait maintenant à la place de Huysman, mais en réalité la jeune femme les comprenait bien plus individuellement qu'eux-mêmes. En cet instant, elle puisait dans toutes ces tensions de nombreuses informations qui lui permettraient, plus tard, de les apaiser comme un baume. Elle sentait qu'Arath souffrait de ses blessures, à la fois physiques et mentales. Elle se remémorait ce qu'on lui avait raconté à son sujet...
Ambre était près d'Agniès, comme d'habitude, prête à veiller et à rassurer sa jeune consœur, mais c'était sur Maria que la belle rousse dardait ses grands yeux verts : l'ancienne amante du Comte était dans un état pitoyable et elle l'inquiétait beaucoup. En effet, depuis le départ de Prudence, Maria s'était de nouveau laissée aller au désespoir. Ses larmes ne cessaient de mouiller ses joues et ses sanglots, étouffés au creux de sa grande gorge blanche, faisaient trembler ses lèvres exsangues. Elle ne pouvait supporter ce que Manouk leur avait dit peu avant l'arrivée de l'Occulis. Elle ne pouvait tolérer l'idée que le Comte était mourant. Son cœur saignait d'autant plus qu'elle pensait que son maître les écarterait de sa vie maintenant qu'il avait retrouvé sa précieuse Sarah. Marco lui tenait une main sous la table. Ses doigts se serraient par à coups, pour lui signaler sa présence. Appuyé sur un coude, il soupirait à ses côtés, comme pour partager sa douleur et la soulager. Mais Maria l'ignorait.
De son côté, Manouk était resté debout près de la porte qui donnait sur la chambre de l'ancien samouraï. Il marchait lentement, les mains dans son dos musclés, et semblait perdu dans ses propres pensées.

Tous désiraient s'exprimer, mais nul n'ouvrait la bouche. La Salle du Conseil portait dans son atmosphère un deuil inexpliqué. Cette nuit semblait promettre la destruction d'un monde.

Ce fut à nouveau Maria et ses doutes qui brisèrent la fragile enveloppe de la scène :


- Et s'il nous entraînait dans sa chute ? Et s'il ne voulait plus de nous ?

Ambre soupira et lui lança un regard empli de reproches.

- Calme-toi, Maria. Il nous laissera saufs, il nous l'a promis, tu t'en souviens ?

- Pff...Que valent ses promesses ? sanglota la belle Vampire en laissant sa tête tomber dans le creux de ses bras comme une enfant.

Ambre crispa la mâchoire, soudainement prise d'une grande colère. Marco serra sa main sur celle de son amante et grogna un peu :


- Maria...Tu t'égares. Le maître a toujours été un homme de paroles...Tu le sais.

Les pleurs de la jeune femme reprirent, plus silencieux mais également plus douloureux.

Au fond de lui, Manouk trouvait cette scène profondément ridicule. Après tout, n'avaient-ils pas gagné la bataille ? N'avaient-ils pas récupéré Sarah ? L'important n'était-ce pas d'avoir accompli la mission pour laquelle leur maître les avait mandés ? Toute cette tristesse qui suintait de chacun de leur pore, à ces gardiens, ces disciples d'élite, l’écœurait. Toutes ces questions inutiles, ces émotions, ces douleurs...ils se les inventaient. Le Comte savait ce qu'il faisait. Il ne les abandonnerait pas. La seule chose dont il fallait réellement se préoccuper, c'était de la guerre qu'ils allaient devoir affronter et des crocs qui risquaient de s'approcher de leur maître pour le posséder sur sa fin...Le grand Africain réfléchissait ainsi aux pions qu'il avait placés avec son ami et tentait de combler les vides de leur stratégie.

Cependant, une pensée ne cessait de venir parasiter sa concentration : il ne pouvait s'empêcher de songer à l'Occulis qui venait de quitter les lieux.
Lorsqu'elle était entrée, fière, pleine de volonté et d'assurance, Prudence avait accroché son regard d'émeraude au sien et une étrange sensation l'avait traversé. Cette lueur dans sa pupille, à la fois mutine et douce, avait fait ciller son âme comme une flamme s'agite dans la brise crépusculaire. Avait-il bien interprété ce regard brûlant ? L'Occulis l'avait observé de près, trop longtemps à son goût, et elle l'avait désiré, il en était maintenant certain. Pourquoi cette femme avait-elle donc pris le temps de s'attarder sur lui ? Que croyait-elle qu'il aurait à faire d'un semblable intérêt dans cette situation ? Rien. Il n'était pas là pour céder à quelque pulsion animale ! Et pourtant, le géant demeurait flatté d'avoir pu attirer le regard d'une telle femme. Prudence était d'une beauté à couper le souffle, mais elle était surtout très intelligente et loyale. Ce qui arrêtait les pensées de l'Africain sur ce détail qu'il avait vécu en sa compagnie, c'était l'idée qu'il ait pu plaire à une entité aussi brillante.
Hormis ce regard que d'aucuns jugeraient indécent, Manouk retenait de leur brève entrevue le tâtonnement de son aura à la surface de ses pensées. La belle Vampire n'avait pas réellement tenté d'entrer dans son esprit, elle ne se le serait pas permis, mais elle avait implicitement demandé où était passé Salluste, le plus ancien et le plus sage des Sept. L'Africain ne lui avait pas répondu directement. Il s'était contenté de lui faire comprendre qu'elle posait le pied sur un terrain glissant et qu'il lui fallait faire demi-tour avant de glisser dans une crevasse. Il avait relevé ses barrières mentales pour la repousser doucement et lui murmurer qu'elle n'avait pas à s'en soucier. Mais, malgré son apparent détachement, un déchirement lui avait traversé la poitrine. La douleur de cet instant, lancinante, lui était restée et il ruminait maintenant les paroles de l'Occulis pour tâcher de se défaire de l'image de Salluste.
Ainsi Mademoiselle Elton avait-elle été vue avant l'attaque...Encore une traîtresse ! Combien devraient-ils en tuer avant de garantir la sécurité de l'Ombre à Londres ? Après Joyce et Bloomfield, le Comte allait encore devoir sévir afin de retrouver un semblant de paix entre Vampires...En aurait-il seulement la force ?


- Je vais voir si le maître va bien. On ne peut pas le laisser seul avec Elle, fit soudain Maria en se levant d'un bond.

Ambre sursauta sur sa chaise et poussa un petit cri en tendant la main vers son amie.


- Non ! Maria !

Marco voulut la retenir par le bras mais la belle Italienne lui montra les crocs en crachant comme un chat. Son amant recula, effrayé par tant de violence à son encontre, tandis qu'elle se tournait pour faire face à Manouk qui s'était figé entre elle et la porte. Elle n'eut pas le temps de lui hurler dessus de dégager que son immense main noire s'aplatissait de toute sa taille sur sa joue. Le coup fut si brutal que la jeune femme s'en trouva immédiatement sonnée et s'écroula aux pieds du colosse. Marco se précipita sur Maria alors que l'Africain la saisissait au col pour l'emmener avec lui vers la porte opposée.

- Ça suffit maintenant.

Sa fureur faisait trembler sa voix de stentor. Sorti de ses pensées par ce nouveau caprice, il allait emmener la jeune femme dans ses quartiers et l'y consigner par la force. Il en avait assez de devoir lui rappeler sa place et de subir ses insupportables gémissements. Il avait autre chose à faire !

- Manouk ! Lâche-la ! hurla Marco en arrivant à sa hauteur.

Arath, qui s'était levé lui aussi, saisit rudement l'Allemand par l'épaule pour l'obliger à reculer afin de laisser passer son aîné. Alors qu'il crispait ses doigts sur sa chemise, sa voix d'une gravité sans nom fut sans appel :


- Tais-toi, crétin ! Il vient de lui sauver la vie.

Marco se dégagea en grognant et resta là, pantelant, la bouche entrouverte, trop conscient que ses confrères avaient raison. Arath avait manqué de perdre la vie en faisant irruption dans la chambre du Comte alors que ce dernier était en tête à tête avec la chasseuse. Manouk venait de sauver Maria d'une mort affreuse, ou du moins d'un supplice que nul ne pouvait désirer...
Le regard clair de Marco tomba sur son amante qui tentait vainement de se débattre avec le peu de forces qu'il lui restait. Il savait pertinemment que la jeune femme crevait de jalousie en imaginant que son Prince ne la regarderait plus jamais à cause d'une simple Humaine. Il savait qu'elle n'était dans ses bras que par défaut et que son plus profond désir était de se retrouver avec celui qu'ils appelaient tous « maître ». Sa tristesse perla au coin de ses yeux alors que Manouk disparaissait avec la belle Vampire dans le couloir qui donnait sur les dépendances des disciples.

Ambre se leva et intima à Agniès d'en faire de même.


- Je suggère que nous allions tous rejoindre les disciples. Il faut renforcer la sécurité et laisser au maître son intimité.

Arath tiqua mais il fut le premier à hocher de la tête et à quitter la pièce. Finalement, Ambre resta dans la Salle du Conseil afin de garder la porte qui menait au couple. C'était la seule que le Comte écoutait réellement, la seule qu'il n'avait jamais menacée.

*******************

[Dans la chambre du Comte]

Seul avec Sarah, Jirômaru caressa de ses doigts glacés la poignée de la porte qu'il venait de refermer sur Prudence. Entre ses lèvres, un long soupir libéra une partie de ses appréhensions et soulagea son corps. Il avait été si tendu par la présence de l'Occulis que ses muscles s'étaient en partie ankylosés. Appuyant son dos contre le bois travaillé de la porte, les iris anthracites du Vampire se posèrent sur la chasseuse qui sommeillait un peu plus loin. Seul son doux visage dépassait des draps blancs qui recouvraient le lit. Elle semblait jeune, effroyablement jeune, et pourtant c'était déjà une femme mature, pleine de caractère, aussi intrépide et insaisissable que l'eau d'une rivière en automne. Ainsi endormie dans le satin de cette alcôve parfumée, elle paraissait enfin sereine. La marque de son cou avait disparu et sa peau retrouvait déjà quelques couleurs qu'elle avait perdues dans la bataille du cimetière.  
Jirômaru la regardait tendrement depuis quelques minutes, sans bouger. Mais bientôt, une grimace déforma son visage. Le lord sentait son bras droit le démanger sous son nouveau bandage et les pulsations de son cœur habitaient sa blessure comme pour lui reprocher sa tentative de l'amenuiser. Prudence avait réussi à soigner la gorge de Sarah mais elle n'avait pas pu apaiser le mal de son aîné. C'était tout juste si elle avait réussi à faire baisser sa fièvre...
Qu'importe ?
Le vieux Vampire ne pouvait pas se soucier de son propre état, pas maintenant. Il devait réfléchir à toutes les perspectives qui s'offraient à lui. Il hésitait beaucoup sur le sort qu'il devait réserver à la jeune huntresse. Devait-il la garder quelques jours à ses côtés, pour la rendre ensuite à ses parents ? C'était ce qu'il lui avait murmuré lorsqu'elle s'était éveillée la première fois. Il lui avait dit qu'il allait faire soigner sa morsure avant de la ramener chez elle...Mais, au fond, il se demandait également s'il ne devait pas plutôt la garder éternellement et la faire passer pour morte. Pouvait-il s'en emparer ainsi impunément ? Le voulait-il seulement ?

Jirômaru ramena ses doigts sur ses lèvres. Avant l'arrivée de Prudence, Sarah l'avait embrassé de sa propre volonté et le goût de ce baiser lui était resté. C'était la première fois que la jeune femme lui donnait un réel signe d'affection. Son esprit, perdu entre le rêve et la réalité, avait franchi une nouvelle frontière. Acceptait-elle donc sa nature ? Parvenait-elle enfin à voir l'homme qui se cachait derrière la créature surnaturelle ? Elle avait tendu sa main, pris une de ses longues mèches de cheveux blancs entre ses doigts fins et lui avait murmuré que les réponses à ses questions ne se trouvaient peut être pas dans ses rêves. Son infinie douceur avait perturbé le Vampire qui s'était figé à ses côtés pour l'écouter et l'observer jouer avec ses cheveux. Puis, avant qu'il ne puisse lui répondre, elle avait approché son beau visage du sien et appliqué ses lèvres sur les siennes. Ce baiser imprévu avait été long et tendre. Trop surpris par ce geste, Jirômaru n'avait pas réagi. Il s'était laissé faire, le cœur battant, en se demandant si ce qu'il vivait n'était pas un de ces fameux rêves que la belle venait d'évoquer.
Prudence était arrivée au moment où la chasseuse avait abandonné la bouche de son hôte. Jirômaru lui avait lancé un regard triste et songeur avant de se lever pour aller accueillir l'Occulis. Que devait-il conserver de cette étrange réaction ? Sarah avait-elle embrassé un fantôme de son imagination ou avait-elle consciemment capturé l'essence de ses sentiments ? Que pouvait-il espérer de ce baiser ?

Revenant vers la chasseuse, le Vampire entreprit de la réveiller pour discuter avec elle. Sarah se leva difficilement sur ses coudes et grogna un peu. Elle semblait déjà différente de ce qu'elle avait été avant qu'il ne l'endorme pour que l'Occulis puisse lui prodiguer ses soins. Sa façon de prononcer son nom en ouvrant ses yeux clairs sur lui le perturba grandement. C'était la première fois qu'elle était aussi mondaine avec lui. Sa réaction lorsqu'elle réalisa qu'elle se trouvait dans sa chambre, sur son lit, fut encore plus blessante pour le Vampire. Elle voulut reculer et ses joues s'empourprèrent de pudeur. C'était comme si elle sortait d'un rêve et que la réalité qu'elle trouvait au réveil la mortifiait.

Patient, le Comte resta tendre avec la jeune femme. Il se leva doucement, conscient que sa convalescence n'était pas terminée, et alla quérir un miroir pour qu'elle puisse s'observer et se rassurer en voyant que son cou était guéri. Puis, de nouveau assis auprès d'elle, il décida de l'interroger enfin sur ce qu'il s'était passé au couvent, sur sa disparition et sur le fait qu'elle détenait son carnet de songes.
Sarah fut grandement troublée par ses questions. Elle sembla soudainement se rendre compte qu'elle avait été changée et que ses secrets avaient été aussi découverts que son corps. Le Vampire lui sourit d'un air quelque peu amusé. Il la regarda poser une main sur sa poitrine qui courbait les draps de satin sur elle et rougir.


- Rassure-toi, Sarah, c'est Maria qui s'est occupée de toi...Je ne me le permettrais pas, sauf si je n'avais pas le choix...

Son regard tomba à nouveau sur les journaux qui reposaient sur la table de chevet et il demanda à la belle s'il pouvait s'emparer de son journal comme elle avait pris possession du sien. Sarah avait clairement honte d'avoir fouillé dans le carnet de songes du lord mais ce qui la blessait c'était surtout la perspective qu'il ait déjà pu lire son propre journal. Face à son regard empli de colère, le Comte leva un sourcil et voulut lui répondre, mais la jeune femme tenta de détourner son attention en s'efforçant de raconter ce qu'il lui était arrivé.

Jirômaru serra un peu les dents pendant son récit. Non seulement Sarah était repassé au vouvoiement mais en plus elle ne faisait que lui confirmer ce que tout le monde savait: elle avait été attaquée au retour du couvent, elle était tombée dans la rivière et avait été ensuite récupérée par la Camarilla. Mais elle omettait de nombreux éléments, c'était évident. Le prenait-elle pour un imbécile ? Il y avait un laps de temps bien trop long à combler dans son histoire pour qu'elle tienne debout jusqu'au bout.
Le lord soupira, exaspéré. Puis, prenant sur lui, il adoucit sa voix et se pencha un peu sur la chasseuse. Appuyée par dessus la belle sur sa main gauche, il saisit entre ses doigts une mèche de ses cheveux raccourcis et lui jeta un regard profond.


- Je t'ai cherchée près de la rivière...Sarah, j'aurais retourné ciel et terre pour te retrouver...

La belle fuyait son regard et observait le petit miroir qu'elle avait conservé près d'elle. Le Comte recula un peu. Au bout d'un moment, il se détacha de la jeune femme et se passa une main sur le visage. Il ne savait plus comment l'aborder. Son esprit était de nouveau partagé entre diverses émotions qui l'empêchaient de réfléchir correctement. Il avait à la fois envie de prouver à cette femme qu'il était capable de l'aimer d'une merveilleuse tendresse et l'envie de lui sauter au cou pour la violenter et lui faire payer ses mensonges. Elle le rendait fou.
Abattu, le Vampire baissa la tête et ferma les yeux derrière le rideau de ses longs cheveux d'argent. Sa main gauche s'était crispée sur les draps près de la chasseuse à laquelle il tournait maintenant le dos.

Soudain, la jeune femme lui parla de remerciements. Le Comte eut un petit rire douloureux.


- Mhpf...Je n'attends aucune reconnaissance, Sarah. Je n'en attends de personne, et ce depuis longtemps.

La huntresse lui demanda alors si son bras le faisait souffrir. Le Vampire rouvrit les yeux et ramena son bras devant lui pour jeter un regard morne à son bandage. Puis, il se tourna vers Sarah et fixa de ses iris gris l'océan des siens. Il lui sourit faiblement.

- Oui. C'est douloureux. Je ne sais pas si cela guérira un jour...

Il manqua de lui dire que c'était une blessure aussi violente que celle qu'elle lui avait faite au Bloody Rose au genoux droit et qui lui tirait encore parfois les muscles, mais il se retint. Il n'avait pas le cœur de se plaindre, encore moins de l'accuser.
Au bout de quelques minutes de silence, le Vampire ramena ses yeux sur les journaux. Puis, il glissa sa main gauche sur les jambes de Sarah en la regardant avec confiance.


- Je n'ai pas ouvert ton journal Sarah...La serrure a sauté pendant la bataille, c'est tout. Je n'en ai pas besoin. Si je voulais savoir ce que tu as dans le cœur ou dans la tête, il me suffirait de lire tes pensées. Je ne le veux pas. Je préfère sans doute ignorer...ou que tu m'apprennes les choses à ta manière...

Cette fois, le Comte se rapprocha sensiblement de la chasseuse et la prit dans ses bras. Il était entièrement monté sur le lit pour la serrer contre lui. Son souffle, près de son oreille, s'accéléra tandis qu'il reculait un peu le visage pour prendre le sien entre ses mains. Ses yeux reflétèrent la belle et exprimèrent un flot d'émotions contraires. Alors ses lèvres se posèrent sur les siennes dans une étreinte tendre. Ses bras s'enroulèrent autour de sa taille et de ses épaules pour la maintenir contre lui tandis qu'il la penchait en arrière afin de l'allonger sur l'oreiller. Doucement, il se posa alors à ses côtés, pour éviter de l'écraser de son poids d'homme, et cala sa hanche contre la sienne au travers du tissu qui les séparait. Gardant un bras derrière la tête de la jeune femme et un autre par dessus sa taille qu'il caressait lentement, le Comte partagea son oreiller et ferma les yeux en la pressant contre son torse.

- Laisse-moi profiter de ta présence...juste un peu...

Le Vampire ne bougeait plus, comme s'il avait simplement décidé de dormir aux côtés de la jeune Humaine en lui accordant un refuge entre ses bras. En vérité, il sentait ses forces l'abandonner et les choix qu'il avait à faire le plongeaient dans une mélancolie sans nom.


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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Sarah Spencer
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MessageSujet: Re: Souviens-toi de cette promesse [Comte, Sarah] [02/05/42] Mar 8 Nov - 5:08

Perdue au milieu de l’océan de douceur, Sarah se sentait toute petite auprès du grand homme. Par pudeur, elle avait remonté machinalement le drap contre sa poitrine. Sa tête baissée observait le petit miroir dont elle faisait mirer la surface en le bougeant doucement. Les paroles du Comte l’avaient ébranlée lorsqu’il lui avait révélé qu’une autre s’était occupée d’elle. Pour la première fois, elle s’était sentit mal à l’aise de songer que quelqu’un l’avait vue nue. Dans le rôle de Gabriel, elle avait camouflé son apparence féminine, masquant ses courbes, changeant sa manière de bouger, de s’habiller. Le regard des autres sur elle n’avait jamais reflété un intérêt autre que pour ses paroles ou ses réflexions. Elle avait refoulé au plus profond d’elle la femme qu’elle était. Dans ses manières, sa façon de raisonner, son maintien. Elle avait enfoui tout ce qu’elle était derrière un masque mondain. Après la chute dans la rivière, son corps n’avait été que le réceptacle de son âme déchue. Puis il était devenu la représentation concrète de sa douleur. C’était la première fois qu’elle notait le regard appuyé d’un autre sur son apparence et les yeux perçant du Comte avait toujours eu le don de mettre son âme à nue. Aussitôt, son visage avait rougi jusqu’à la pointe de ses oreilles. Le regard du vampire suffisait à lui seul à la faire sentir femme de nouveau.

L’immortel l’écouta tout au long de son récit sans l’interrompre et pendant un instant, la Chasseuse crut qu’il la croyait, mais son soupir l’atteignit plus qu’elle n’aurait voulu se l’admettre. Lorsqu’il lui révéla qu’il l’avait cherché partout sur les berges de la rivière, son cœur manqua un battement. Ainsi donc il l’avait cherché? Lui, plus que qui compte? La jeune femme recula imperceptiblement. Elle s’était sentie si abandonnée durant les derniers jours. Elle avait été tiraillée d’un assaillant à un autre, enlevée, attaquée... Elle avait cherché de l’aide et ses compagnons, mais seul le silence avait fait écho à ses suppliques. Ses anciens coéquipiers n’avaient donc rien fait pour tenter de la rejoindre? Au dire de la belle Katherine, ils étaient en train de préparer un nouveau plan au moment où le Yard était arrivé. Ils avaient continué d’avancer, la laissant seule derrière. Combien de nuits froides et sombres avait-elle passées dans la ville à les rechercher, chacun leur tour? Alexandre, Stan, Raphael. Ils étaient restés introuvables. Et quand elle-même avait été attaquée... quand la rivière avait emporté son corps meurtri, personne ne l’avait cherché à son tour… Sauf lui...

À chaque fois que le Prince murmurait son prénom, la belle sentait son cœur se gonfler. L’intonation qu’il prenait la chamboulait. Il murmurait son prénom comme une promesse, un espoir, une menace. Sa voix grondante déclenchait en elle des frissons incontrôlables. Elle baissa les yeux, incapable de supporter son regard plein de tendresse qui agissait sur son âme écorchée comme un baume apaisant, une chaleur réconfortante. Il était la lumière qu’elle avait désespérément cherchée au milieu des ténèbres. Il était si attentionné. C’était un homme différent. Lorsqu’il lui annonça qu’il n’avait pas ouvert son journal, elle releva la tête, confuse. Comment avait-il pu extraire son carnet dans ce cas? Les explications qui suivirent la firent blêmir et elle fut saisie de remords de l’avoir ainsi accusé. Oui, c’était bien possible que sous le choc  de l’attaque la serrure ait lâché. Avant qu’elle n’ait pu prononcer la moindre excuse, il était déjà contre elle, son visage frôlant le sien. Elle se figea et son cœur manqua un battement. Le regard qu’il posa sur elle la perturba. Son regard à lui seul suffisait à la dominer. Elle y lisait un mélange de tendresse et de folie. Elle y voyait un message qui n’était destiné qu’à elle seule, le reflet de sa propre détresse et des sentiments contraire qui les habitait tous les deux.

Lorsque ses lèvres vinrent se poser contre les siennes, elle ne fit aucun geste pour l’en empêcher. Ses yeux se fermèrent par pudeur et elle savoura doucement le contact du baiser. Inconsciemment, elle avança son visage pour prolonger légèrement ce moment privilégié. Allongée sur le lit, le corps lové contre celui du Comte, Sarah n’osait plus bouger, ni même respirer. Encore une fois, il l’emprisonnait de ses bras, caressant doucement sa hanche à travers le drap. Le visage niché dans le cou de l’immortel, la magicienne entendait sa respiration douce et régulière contre sa tête. Elle avait l’impression d’être blottie dans un nid de chaleur, là où aucun danger ne pouvait l’atteindre. Ses yeux clairs fixaient le plafond, ne sachant trop comment réagir. Elle n’avait pas le cœur à le repousser, pas après tout ce qu’il avait fait pour elle et pourtant...Toute cette situation n’avait aucun sens. Ce n’était plus le même homme qui l’avait pourchassé dans le parc et le Musée de Mme Tussaud. Elle se sentait totalement désarmée devant l’attention qui lui accordait. Qu’elle était donc cette place mystérieuse qu’il lui avait réservée dans son cœur vieux de plusieurs siècles? Le plus troublant était qu’il perturbait ses propres sentiments à elle. Se détester mutuellement était une chose, se battre pour savoir lequel des deux finirait par tuer l’autre en premier en était une autre. Mais en ce moment il l’atteignait d’une manière plus mortelle qu’elle ne pouvait le croire. Il chamboulait sa vie, il la chamboulait elle-même. Elle se mordit la lèvre inférieure refusant de laisser son cœur se gonfler davantage de toutes les appréhensions qui lui pesait. Ça n’avait aucun sens... Au fond sans le savoir elle se noyait encore. Elle se contentait de voguer sur les évènements restant impénétrable elle ne voulait pas s'ouvrir elle ne voulait pas compter sur quelqu'un. Elle avait crié si longtemps dans les remous de la rivière et seul un silence de mort avait fait écho à son désespoir. Il était comme une main qu'il attrapait par le col pour l'extraire de force du néant qu'elle s'était créé.


-Que réserves-tu pour l’avenir?

Demanda-t-elle soudainement en un murmure, brisant le silence calme qui s’était installé dans la chambre. Elle releva doucement la tête, la pointe de son nez traçant le contour de la mâchoire de l’immortel. Elle chercha de son regard pur ses iris brumeuses disparut derrière ses paupières closes. Peut-être dormait-il? Non, elle était certaine que derrière son visage calme il l’écoutait. Elle replongea son regard dans la contemplation du plafond. Elle tentait de rassembler ses idées, mais rien ne semblait cohérent à ses yeux.

-Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants? Ce n’est pas possible, pas pour nous...

Sarah se mordit la lèvre inférieure. C’était ridicule, risible. Elle ne pouvait pas s’imaginer retourner à sa simple vie mondaine après tout cela. Pas après toutes ces épreuves, pas après tout ce qu’elle avait traversé. En lui parlant, elle entrouvrait le voile de mélancolie qui obscurcissait son cœur. Ce qui la troublait le plus était ses propres sentiments à elle. Cet émoi qu’il faisait naitre au creux de son cœur. Il ne pouvait y avoir de fin heureuse, pas pour eux. Ne lui avait-il pas dit lui-même qu’il ne serait jamais le Prince dont parlaient les contes pour enfants?

-Le temps finira par nous rattraper… Les années me flétriront doucement et je deviendrai vieille tandis que tu garderas ton visage d’immortel. Que feras-tu lorsque je finirai indéniablement par mourir? Tu continueras ta paisible existence, traversant les siècles de ton pas feutré en songeant à cette époque comme un lointain souvenir...

Elle était fataliste. Elle ne pouvait s’empêcher de l’être. C’était ridicule. La simple perspective d’être séparé un jour de lui, lui faisait mal et pourtant, elle ne voulait pas laisser son cœur se gonfler davantage pour lui. Elle ne voulait pas se sentir si bien dans ses bras. Ce qui l’effrayait au plus profond de son âme était de réaliser qu’elle pouvait avoir besoin de lui.


-Ça n’a pas de sens...murmura-t-elle pour elle-même.


Cela allait beaucoup trop loin pour ne pas qu’elle se rende compte qu’elle n’avait plus aucun contrôle de la situation. Elle se mordit de nouveau la lèvre inférieure ce qui traduisait sa nervosité et la confusion de ses sentiments


-Qu’attends-tu de moi?

Maintenant, tout lui échappait, même le sens des événements et surtout celui de ses sentiments. Elle aurait dû souhaiter le quitter à tout prix. Elle aurait dû chercher à s’éloigner de lui, de ses bras confortables mais elle était incapable de se résoudre à agir. Qu’attendait-il d’elle? N’avait-il pas compris qu’elle était vide, brisée? Sarah ferma les yeux et soupira longuement. Un silence apaisant régnait dans la pièce.

-Tout est... si paisible ici...murmura-t-elle.

Sa faible ouïe humaine n’avait pas entendu les éclats de voix des disciples dans la grande Salle qui s’était tue. Seul le souffle chaud du Comte dans son cou brisait le silence religieux qui s’était installé. Les flammes consumaient doucement les chandelles projetant des ombres mouvantes sur les murs. Lentement sa main déplaça une mèche qui avait glissé dans son cou avant de saisir l’un des rubans de sa robe de nuit. Elle entortilla le morceau de tissus autour de son doigt d’un geste enfantin. La douceur du tissu glissait sur sa peau sans parvenir à s’enrouler autour de son doigt.


-Il est entré dans le fiacre. Ces crocs étaient sortis.Elle porta machinalement sa main à sa gorge blanche. La morsure fut si douloureuse, je n’avais jamais eu aussi mal... J’ai grimpé sur le toit du fiacre pour tenter de m’échapper. Le véhicule a fait une embardée et je suis tombé. Je ne sais pas nager et le courant m’a fait couler au fond de la rivière...

Elle entendait le bruit paniquer des chevaux, celui des flots qui faisait rage sous le pont. Le bruit du bois qui se fendait sous le coup du fiacre.

-Je ne sais pas comment je suis sortie de la rivière. Murmura-t-elle brusquement. Elle attendit un moment puis poursuivit. Tout était vague dans mon esprit... je me souviens simplement d’un endroit dans la forêt et du soleil contre ma peau. Je ne sentais plus rien. Quelqu’un m’a ramené à la ville. Je suis partie, mais je ne savais pas où aller. Tout était flou dans ma tête, dans mon esprit. J’étais… vide… comme si j’étais dans un rêve sans rien reconnaître. Les gens ne me voyaient même pas. J’étais comme une ombre qui traversait la ville...

Sarah arrêta son récit, attendant une réaction du Comte, mais seul sa respiration lui parvenait. Elle soupira de nouveau. Pourquoi lui racontait-elle tout cela? Il ne pouvait pas changer le passé. Pourtant, en s’ouvrant un peu à lui, elle se sentait plus légère, comme si le fait de raconter soulageait quelque peu son âme. Lorsqu’elle parla de nouveau, sa voix était un murmure à peine audible. Comme une histoire qu’on chuchotait à un enfant ou une confidence qu’on ne pouvait faire que sur l’oreiller.

-J’ai fini par être recueilli chez une femme, mais alors que la nuit tombait, des hommes masqués sont entrés. Je ne me souviens que des iris couleur de sang qui me fixait et du brouillard qui saisit mon esprit. Lorsque j’ai repris connaissance, j’étais attaché dans un vieux hangar. Ils me versèrent sur la tête un seau rempli d’un liquide visqueux. C’était du sang. J’en avais partout...

Elle baissa les yeux sur ses mains. Le simple fait d’évoquer ce douloureux souvenir et elle avait l’impression de sentir l’horrible liquide qui recouvrait sa peau, la tachant du rouge à l’odeur pestilentiel.

wgreen]C’était la pleine lune... Les loups-garous sont entrés, des Caramilliens aussi. S’en est suivis une véritable bataille. Il y avait des cris, des flammes, des morceaux de chair et de sang partout. On ne distinguait même plus la couleur du bois... Je n’avais nulle part où aller. Chaque fois, un nouvel assaillant apparaissait cherchant à me tuer. J’ai fini par perdre conscience. Un médecin m’emmena dans une cabane où il me soigna. Puis je suis partie. J’ai passé une nuit dans une demeure abandonnée et j’ai été récupérer les journaux. Je ne voulais pas que personne ne tombe dessus. Sur le chemin du retour j’ai été rattraper par des Camarilliens… et je me suis réveillée au cimetière...

Perturbée par son propre récit, sa main pâle s’était accrochée au bras du Comte, pour ne pas couler de nouveau dans la frayeur de ses souvenirs. Elle avait omis quelques détails, les personnes précises qu’elle avait croisé, mais l’essentiel était là. L’ensemble de ses blessures, de ses craintes, de ses cauchemars. Elle ouvrait de nouveau cette plaie profonde qui ne guérirait probablement jamais.

-Je ne sais même pas combien de temps j’ai erré ainsi...Je n’ai plus…aucune notion de temps.

Sarah étouffa le sanglot qui comprimait sa gorge en enfouissant son nez dans le cou du Comte. Elle respira profondément son odeur musclée, mélange suave d’homme et de rose blanche. Sa main serra un peu plus fort le bras de l’immortel. Pouvait-il seulement la sauver d’elle-même? Voulait-elle seulement être sauvée? Pour le moment elle souhaitait surtout oublier le temps qui passait et surtout s’oublier dans les bras réconfortants de cet homme mystérieux.[/i]


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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Souviens-toi de cette promesse [Comte, Sarah] [02/05/42] Ven 11 Nov - 22:22

[Dans la chambre du Comte]

Jirômaru était las. Las de cette vie qui ne cessait de réclamer des sacrifices. Il ne désirait plus être confronté à des choix. Ceux qu'il avait eu à faire jusqu'à ce jour avaient été plus cruels les uns que les autres. Il ne savait même plus s'il pouvait encore considérer que son existence avait un sens. Parfois, dans les ténèbres de la nuit, il chuchotait à son âme esseulée les tourments qui rongeaient son cœur: la haine, la peur, l'amour, l'espoir, la rancœur, la culpabilité...Tout était si confus, et il avait encore tant à faire pour soulager son esprit ! Mais la grande aiguille de son destin ne lui laissait plus assez de temps pour s'occuper de son propre avenir. Il devait désormais se concentrer sur ceux qu'il s'était mis à protéger: ceux qui assureraient l'accomplissement de ses desseins.

Serrant Sarah dans ses bras, heureux de trouver un peu de réconfort dans la chaleur de son corps pressé contre lui, le Vampire tenta, un instant, d'oublier son fardeau. Le parfum de la chasseuse apaisait ses sens et son jeune souffle, contre son menton, lui rappelait que la belle était vivante et qu'il venait de la sauver du Sabbat. Il ne voulait pas qu'elle le considère comme un héros, mais il tirait de ce fait une certaine satisfaction.
Les yeux fermés, il profitait de cet instant volé à la course folle de son fil de vie qui se déroulait comme une pelote sans fin et qui menaçait de plonger dans un lac sans fond où il se déliterait inévitablement. Il se prenait à imaginer qu'il pourrait rester là, à jamais blotti contre cette femme, dans l'espoir fou de redevenir un jour celui qu'il avait été jadis. Il tâchait d'oublier tout ce qu'il venait de vivre dans les entrailles de Londres, tout ce qui le brûlait de l'intérieur et donnait à ses chairs la sensation de n'être plus qu'un lambeau de peau jeté sur un grill dans quelques abysses infernales. Huysmans, Ilsa, Glen, Joyce, les orphelins, Salluste...Tous ces noms frappaient contre les parois de son âme comme ces reproches muets que l'on peut lire dans les yeux d'un amant qui se sent délaissé. Il avait besoin de paix. Les pouvoirs qu'il possédait en tant que Vampire le dévoraient lentement et l'agitation de la capitale commençait à dissoudre ses dernières forces.
Sarah sentait bon. Sarah était chaude comme l'âtre, douce comme la soie, fragile et forte à la fois. Elle lui intimait le besoin qu'elle avait elle-même de se sentir aimée et protégée. Ses lèvres avaient appuyé les siennes, sans reculer, et son nez frôlait maintenant son cou. Dans cette union silencieuse, elle semblait y trouver une source de plaisir, ou du moins d'apaisement, et l'ancien samouraï appréciait son immobilité. C'était un accord tacite de paix entre deux êtres qui recherchaient un peu de chaleur, qui se comprenaient l'espace d'un instant, qui se complétaient...

Mais les instants comme celui-là disparaissent souvent bien vite. Sarah brisa soudain le silence qui s'était installé entre eux et son murmure ondula dans la pièce comme un écho de la réalité qu'ils tentaient tous deux de fuir quelques minutes plus tôt. Au début, Jirômaru ne bougea pas, perdu entre son espace mental et sa chambre. Son bras droit pulsait de douleur et la fièvre emportait une partie de son attention. Sur le moment, presque endormi, il ne comprit pas ce que la belle venait de dire. Puis, lentement, il réalisa qu'elle lui demandait ce qu'il avait prévu pour eux deux, pour l'avenir. Cette question le frappa. Elle était lourde de pessimisme, cependant elle révélait que la jeune chasseuse venait de songer aux possibilités qu'ils avaient de continuer le chemin de leur vie ensemble. Le Vampire remua un peu et un léger sourire fit frémir la commissure de ses lèvres. Puis il ouvrit les yeux pour regarder l'humaine. Elle lui parut terriblement gênée. Sans un mot, le Comte l'écouta en observant les traits de son doux visage près du sien. Il tiqua lorsqu'elle évoqua des enfants et les diverses impossibilités qui s'érigeaient entre eux comme des barrières de fer entre deux pays ennemis. La jeune femme semblait désirer entrevoir un espoir mais son bilan ne leur laissait finalement aucune voie à emprunter main dans la main. Jirômaru songea alors avec cynisme qu'il avait déjà fait mille fois le tour de la question de son côté et que le fatalisme de la chasseuse ne faisait que remuer le couteau fiché dans ses chairs depuis longtemps.
Au début, il ne répondit pas. Il laissa d'abord la belle terminer son constat et se murmurer que tout cela n'avait pas de sens. Puis, il s'anima enfin. Se redressant lentement sur un coude, le lord plongea ses yeux gris dans ceux de la belle aristocrate. Jamais le Comte n'avait paru aussi sérieux face à Sarah. Quelque chose de profondément intime passait dans son regard.


- Je ne compte pas vivre éternellement, Sarah. Je suis fatigué de cette immortalité...Il marqua une pause et détourna son regard pour observer brièvement la table de nuit et les carnets qui y reposaient. Tu ne sais pas ce que c'est que d'étirer sa vie sur des siècles et des siècles...

Son regard se fit plus dur tandis que ses pensées se mêlaient. Oui, Sarah pourrait devenir immortelle et vivre à ses côtés, il y avait déjà pensé. Ses disciples eux-mêmes le lui avaient maintes fois suggéré. Il pouvait lui-même la transformer, immédiatement s'il le désirait... Mais il ne le ferait pas. Pas comme ça...Il avait d'autres projets pour elle. D'autres solutions...

Après quelques minutes de silence, Jirômaru trembla légèrement sur son coude et se rallongea en soupirant. Ses nerfs et la fièvre commençaient à avoir raison de ses muscles: son bras droit bouillonnait du poison qui y circulait encore. Il avait besoin de repos.

La chasseuse lui demanda alors ce qu'il attendait réellement d'elle. L'ancien samouraï tiqua. Il hésitait à répondre. Le destin de Sarah était lié à sa seule véritable quête. Mais que pouvait-il lui révéler de ses desseins ? Qu'en avait-elle déjà compris dans son carnet de songes ? Comment lui dire... ? Quels mots choisir... ?


- Je...commença-t-il avant de se raviser.

Le Vampire venait de sentir l'aura de Manouk grandir d'un coup et se radoucir. Fronçant légèrement les sourcils, il tendit un peu l'oreille avec inquiétude: quelque chose animait les Sept dans la Salle du Conseil. Il y eut des éclats de voix depuis le bout du couloir, uniquement audibles par les créatures telles que lui, puis des claquements de portes. Jirômaru comprit facilement qu'une dispute venait d'éclater et que ses disciples avaient décidé de quitter la Salle. Bientôt, il ne resta plus que l'aura d'Ambre...
Sarah murmura soudain dans le creux de son cou qu'elle appréciait la paix de ce lieu. Le Comte leva un sourcil, interrogatif, avant de se rendre compte qu'il avait dû être le seul à percevoir les mouvements de ses disciples. Puis, heureux de voir que la chasseuse se sentait plus à l'aise auprès de lui, il repoussa légèrement le drap qui le gênait dans ses mouvements et serra un peu plus ses bras autour du corps de la jeune femme. Sarah parut si paisible que le lord oublia ses dernières appréhensions. Les disciples disparurent dans son flot de pensées et son regard glissa sur la petite main de la belle qui entortillait paresseusement un des rubans de sa robe de nuit. Ce geste enfantin fit sourire l'immortel. Il l'apaisa et lui rendit un semblant d'espoir. Ses yeux dévièrent peu à peu sur le vêtement de nuit que portait la jeune humaine. Le drap ne dissimulait plus tout à fait ses courbes, révélant à son regard d'homme la hauteur de sa poitrine de femme qui se soulevait au rythme de ses respirations. Ses lèvres d'immortel s'entrouvrirent à mesure que ses souvenirs refaisaient surface. Ses doigts se rappelaient encore cette poitrine qu'il avait logée dans le creux de ses grandes mains. Douce, proportionnée, ferme, il l'avait embrassée avec passion, près à faire découvrir à la belle qui les possédait les merveilleuses sensations que l'acte charnel pouvait offrir...Au creux de son estomac, Jirômaru perçut une sensation de chaleur qui accéléra les battements de son cœur.

Malheureusement, la chasseuse venait de replonger dans les affres de ses propres souvenirs qui étaient loin d'être aussi suaves que les siens. Elle se mit à raconter ce qui lui était arrivé depuis son départ du couvent: l'attaque de son fiacre, sa morsure, sa chute dans la Tamise, les soins qu'elle avait reçus d'inconnus, son errance dans le labyrinthe de son esprit et les ruelles de la capitale devenue à ses yeux une ombre formidable peuplée de fantômes. Le Comte l'écouta, sans montrer aucune émotion. Il but ses paroles, sans jamais la quitter du regard, sans esquisser le moindre sourire ni la moindre révolte. La belle continua ainsi, confiant ses peurs, expliquant ce qu'elle avait vécu sur les quais au milieu des Camarillien et des Loups-Garous, exposée à une grotesque mise en scène que ses agresseurs avaient orchestrée avec des seaux de sang...Puis elle évoqua un médecin qui l'avait récupérée et soignée avant qu'elle ne se retrouve dans une maison en ruine puis au cimetière.
Le Comte tentait de mettre toutes ces informations bout à bout et d'en trouver une véritable logique. La temporalité de ces événements restait floue et l'interpellait beaucoup: il savait que cette histoire sur les quais s'était déroulée avant que la chasseuse ne quitte le couvent. Comment cela pouvait-il donc être possible ? Cela n'avait aucun sens !
Mais, alors qu'il allait demander à la jeune femme de lui remettre les choses dans l'ordre et de lui expliquer pourquoi et comment elle avait pu quitter le couvent avant d'y revenir, il la sentit s'accrocher à son bras, comme une enfant qui réclame l'attention d'un adulte pour être rassuré. Le Vampire laissa de côté ses questions, sachant pertinemment qu'en cet instant Sarah avait surtout besoin d'une épaule pour se confier et de sa présence pour essuyer ses larmes qui se mettaient maintenant à couler de ses beaux yeux bleus. Il se colla donc un peu plus à elle et enroula encore ses bras autour de sa taille et de ses épaules. Sa voix, nouée jusque là par la colère, se fit rauque et douloureuse tandis qu'il frottait un peu le dos de la chasseuse pour la réconforter:


- Sarah...Je suis désolé...Je n'aurais jamais dû te laisser sans surveillance au couvent. J'aurais dû faire suivre ton fiacre et m'assurer que tu te portais bien. J'ai voulu te laisser ta liberté, te laisser réfléchir dans la paix, sans te déranger...La proposition du mariage serra un peu le cœur de l'immortel. Il fit une grimace pleine de culpabilité et soupira: Je n'ai pas su comment agir après le théâtre...

Blessé dans son orgueil comme dans ses chairs, le Comte avait eu beaucoup de mal à accepter que la jeune femme ait pu faire partie de l'attentat qui l'avait visé et qui avait ruiné à la fois sa pièce et l'illustre bâtiment où il la faisait jouer. Il ne supportait pas non plus l'idée que c'était elle qui lui avait tiré dans le genoux...Sarah l'avait non seulement blessé physiquement mais en plus, malgré son aide pour l'innocenter, elle l'avait humilié devant ses parents en refusant sa proposition de mariage. Son père avait décidé de la mettre au couvent pour l'obliger à se calmer et à réfléchir. Jirômaru avait accepté la situation, pensant qu'écarter un peu de lui la jeune femme serait une bonne chose: il pourrait ainsi oublier sa rancoeur à son encontre, se rétablir en paix et surtout rénover le théâtre et replacer ses pions sur son échiquier sans avoir à se soucier d'elle. Il avait pensé, à tord, qu'elle serait en sécurité.
La haine et l'amour s'embrassaient à nouveau dans son esprit: il lui en voulait beaucoup pour le théâtre, mais il ne pouvait plus se détacher de la souffrance qu'elle semblait éprouver en cet instant.


- Sarah...ne pleure pas...

Le Vampire souleva le visage de la jeune humaine et tint son menton entre deux doigts avant de l'embrasser doucement sur ses lèvres baignées de larmes. Son regard brilla d'une étrange lueur.

- Sarah...Si tu souffres autant, je peux effacer une partie de ta mémoire pour te faire oublier ces scènes d'horreur...Le Comte déglutit, le visage soudainement inquiet. Ses yeux reflétaient sa répugnance face à sa propre proposition. Tu sais que j'en ai le pouvoir...Le Vampire serra les dents et sa mâchoire se fit plus raide. Je le ferais, mais uniquement si tu me le demandes.

L'ancien samouraï marqua une pause, jugeant dans l'océan cristallin des yeux de la chasseuse son besoin d'oublier et la proportion de son désir. Puis, avant qu'elle ne lui réponde, il se releva un peu vivement pour passer par-dessus elle. Emprisonnant ainsi Sarah entre ses jambes et ses coudes, le Comte attrapa sa tête entre ses mains et la pressa un peu pour guider ses lèvres et les embrasser de nouveau avec fougue. Puis, il resta là, son corps pressé contre son sein, son souffle chaud près de sa bouche qu'il venait de quitter. Il laissa retomber le long de sa joue ses cheveux de neige qui allèrent se mêler aux mèches brunes de la belle. Les bougies faisaient briller ces dernières sur l'oreiller blanc, leur donnant une teinte miel par endroits. Le Vampire eut alors pour la jeune femme un regard emprunt d'une grande tendresse mais également d'une puissante détermination.

Mais...tu as peut être besoin de te souvenir, Sarah... Conscient que ces mots restaient énigmatiques, le Comte continua: Penses-y...Tout ce que tu pourras retenir de ceux que tu pourchasses servira ta cause. Ton bras ne sera jamais aussi bien armé que lorsque tu maîtriseras les techniques de tes adversaires. Pour cela, il te faut les observer, les fréquenter, les subir, pour enfin trouver le défaut que leur cuirasse ouvrira à ton poignard. Aussi irréel que cela pouvait paraître, le Vampire était en train d'avouer à la belle une grande partie de ses desseins les plus intimes. L'Humanité a besoin que tu continues la lutte, Sarah...

Jirômaru embrassa encore la chasseuse, à la fois parce qu'il en avait une furieuse envie mais aussi parce qu'il redoutait sans doute tout ce qu'elle pourrait lui répondre ou lui demander en cet instant. Lentement, il s'appuya un peu sur elle et ses mains glissèrent le long de son cou et de ses hanches. Ses baisers devinrent plus intenses et rapprochés, comme s'il préférait se perdre dans une étreinte formidable plutôt que d'affronter cette conversation qu'il ne maîtrisait plus.


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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Sarah Spencer
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MessageSujet: Re: Souviens-toi de cette promesse [Comte, Sarah] [02/05/42] Mar 15 Nov - 4:53

Le visage perdu dans le cou de Jirômaru, son nez glissé sous son oreille, Sarah respirait doucement, ravalant ses larmes silencieuses qui coulaient malgré elle sur ses joues. Elle était encore chamboulée par les émotions contradictoires qui tourbillonnaient en son for intérieur. Et une fois de plus, elle se sentait complètement égarée. En se réveillant chez cet homme, elle s’était sentie perdue et réconfortée à la fois. C’était comme retrouver un vieil ennemi simplement égaré pendant un instant et qui revenait faire front au moment de la bataille. Elle s’était préparée à l’affronter, persuadée qu’il ne pourrait pas traverser sa carapace. Mais de tout ce qu’elle avait pu prévoir, il avait utilisé sa plus fine arme contre elle. Il s’était présenté à elle désarmé, sans aucune prétention, remplie de douceur et d’attention. Sans y prendre garde, son cœur s’était mis à battre plus vite. Elle s’était laissé choir sur le rivage blanc de sa peau, emportée par la douceur de ses bras. Elle continuait de s'enfoncer dans cette oisiveté chérie oubliant le temps qui passait comme si elle regardait l'une des plumes de Satan qui tombait doucement du ciel. Mais plus elle tentait de percer l’aura de mystère qui entourait cet homme, plus il s’enfermait dans un labyrinthe d’énigmes sans fin. Elle ne le comprenait pas, même si elle n'avait jamais eu la prétention de le connaitre.

Lorsque l’aristocrate lui avait révélé qu’elle ne croyait pas qu’il puisse y avoir un avenir possible entre eux, elle s’était attendue à ce qu’il la contredise, qu’il s’oppose à son raisonnement, mais il n’avait rien dit, se contentant de pousser un soupir qui lui avait fendu le cœur. Il lui avait alors révéler sur le bout des lèvres qu’il avait rêvait de renoncer à son immortalité. Cette remarque avait troublé profondément la jeune femme et la peur avait passé dans ses yeux purs. Pendant l’espace d’une seconde, elle avait saisi l’ampleur de ses propos et la lourdeur de leur signification. Le Prince ne voulait donc plus de sa vie? Elle avait songé se redresser et planter son regard alarmé dans la brume de ses yeux, mais elle n’en avait rien fait. Elle avait avalé de travers, ayant soudainement la sensation que sa gorge s’était nouée. Comment était-ce possible? Sarah avait toujours imaginé la vie des vampires d’un point de vue romanesque. Traverser l’éternité, vivre les siècles, rencontrer les grands personnages. Une douce malédiction teintée de poésie et de sang. Et lui, lui si fier, si brave, le grand homme, le Lord dont tous craignaient le nom, lui, était prêt à renoncer à ça... Il avait sans doute raison sur un point. Non, elle ne pouvait savoir ce que c’était de vivre éternellement, mais elle ne voulait pas s’imaginer un monde où il n’existait pas. Incapable de formuler une phrase cohérente, elle avait ravalé ses paroles, enfouissant profondément de nouveau le flot d’émotion contradictoire qui surgissait dans son cœur. Elle avait détourné la tête et mordu sa lèvre inférieure pour s’empêcher de dire n’importe quoi. L’émotion qui la submergeait risquait de tout lui faire dire de travers.

Et puis une autre solution était apparue à l’esprit agité de la magicienne. Pourquoi ne pas vivre à ses côtés éternellement? Ne pouvait-il pas la transformer? Il pourrait ainsi rester ensemble, dans ce lit rempli de douceur. Sarah recula un peu plus profondément dans l’oreiller. Que lui prenait-elle? Comment pouvait-elle avoir ce genre de pensée? Ils étaient ennemis. Il représentait tout ce qu’elle haïssait, tout ce pourquoi elle luttait, tout ce qui avait attiser sa haine ses derniers jours. Il était comme ceux qui avaient attaqué son fiacre, ceux qui l’avaient emmené sur les quais et ceux qui l’avaient attaqué au cimetière... Oui, mais lui l’avait protégé. Il l’avait sauvé de ces autres qu’elle détestait. Pouvait-elle seulement réaliser ce à quoi elle avait pensé? Renoncer au soleil, voir ceux qu’elle aimait veiller et disparaître... L’image d’Alexander s’imposa un instant à son esprit. Et lui, pouvait-elle le trahir de la sorte? Son cœur se durcit. C’est lui qui l’avait abandonné. Il avait formé une nouvelle équipe, prit avec lui la sensuelle, la magnifique Katherine à qui il avait confié leur plan. Et elle? L’avait-il seulement cherché? Alors qu’elle s’était enfuie du couvent, qu’elle avait cherché à travers les ruelles sous son apparence d’homme simplement pour le croiser de nouveau. Elle lui en voulait tout simplement, car son caractère humain la poussait à croire qu’il n’avait rien fait pour la retrouver. Et pendant ce temps, elle avait cet homme merveilleux qui tentait vainement de la réconforter comme si tous les évènements étaient de sa faute. Lorsqu’elle lui demanda ce qu’il attendait d’elle, il sembla esquisser une réponse qui mourut tout aussi rapidement. Encore une fois, la magicienne manqua de le presser, désirant ardemment sa réponse. Pourquoi refusait-il d’éclairer son destin? Elle avait parcouru avidement son carnet des songes, elle y avait lu toutes les pages encore et encore qu’elle pouvait réciter par cœur certain passage. Elle y avait lut son nom avec consternation. À chaque fois le Comte l’effleurait d’un geste avant qu’il ne disparaisse dans les brumes de son esprit tortueux. Qu’elle était donc la place qu’il lui réservait? Qu’attendait-il d’elle? Où se trouvait-elle dans ses songes et dans son destin voilé de mystère? Sarah ne savait plus que penser, tant de questions se pressaient dans son esprit qu'elle n'arrivait pas à choisir laquelle elle allait formuler. Le Comte apportait plus de mystère à son esprit que de réponse.

Lorsque sa main se posa sur son dos, elle étouffa un soupir. Comme elle se sentait bête en cet instant. Elle avait l’impression de n’être qu’une gamine qui venait chercher du réconfort dans les bras d’un adulte accueillant. Elle se sentait toute petite, minuscule sous cette grande main qui frottait doucement son dos. Elle ne pouvait empêcher les images qui s’imposaient dans son esprit. Elle revoyait cette même main glisser contre sa joue, cette main glisser contre son corps et sa poitrine, cette main serrer sa gorge alors qu’il la poussait brutalement contre les bibliothèques du petit salon du Chatelet. Comment cet homme pouvait attiser autant de souvenir contradictoire et d’émotion contraire en elle? Mais que cherchait-elle en cet homme en cet instant? Elle ne voulait surtout pas sa pitié, son orgueil n'aurait su l'accepter. Ella avait simplement besoin de sa présence. Lorsqu'il lui proposa d'effacer sa mémoire, elle se figea complètement, replongeant d'un seul coup dans ses souvenirs du théâtre. Elle revoyait sa main plaquer contre son visage et ses souvenirs qui s'effaçaient devant ses yeux, cette sensation d'eau froide qui fouillait sans ménagement dans son crâne et la douleur qu'elle avait encore parfois lorsqu'elle tentait de se rappeler un fragment, un détail. Tout en elle refusa cette nouvelle. L’héritière avait déjà décidé de ne pas choisir cette méthode. Elle ne voulait pas oublier et pourtant elle n'en pouvait plus de revivre inlassablement ses cauchemars, ses rêves affreux où se mêlait tout ce qu’elle avait vécut. Lorsqu'il glissa sa main sous son menton, elle n'eut pas la force de résister et elle releva la tête pour croiser son regard brumeux d’où brillait une étrange lueur. Lorsqu’il planta son regard dans le sien, la belle se figea complètement. Elle avait toujours eut cette sensation que les iris brumeux de l'immortel mettaient son âme à nu tout comme son corps qui frissonna de honte et de plaisir lorsqu'il plaqua de nouveau ses lèvres contre les siennes dans un geste impétueux. Elle chercha une explication au fond de son regard brumeux, mais avant qu’elle n’ait pu esquisser la moindre parole, il passa par-dessus elle, l’écrasant légèrement sous son corps d’homme qu’il pressait contre le sien. Malgré le drap et leur vêtement qui les recouvraient, l’Ondine sentit les muscles saillants du Prince et son cœur qui battait contre le sien. Le regard rempli de détermination qu’il planta au fond de ses prunelles la fit frémir au plus profond de son âme. Il avait à nouveau ce regard de prédateur qui ne se posait jamais de question, habitué qu'il était de se faire obéir. Elle devait parler pour ne pas qu’il se rende compte de l’effet dévastateur qu’il avait sur elle. Mais elle n’avait pas fini. Sa réponse l’avait déstabilisé. Pourquoi souhaitait-il qu’elle continue sa lutte? Ne lui avait-il pas déjà demandé de cesser ses chasses nocturnes? Pourquoi ce revirement de situation? Ne comprenait-il pas que si elle continuait sa lutte comme il disait, elle finirait indéniablement par se dresser contre lui? Qu’elle resterait à toujours son ennemi et que pire encore, elle devrait le tuer?

La Chasseuse n’eut pas le temps de répondre que déjà les lèvres de l’immortel s’emparaient de sa bouche dans une étreinte fougueuse. Elle esquissa une réponse, mais ses mots s’étouffèrent sous le baiser brûlant que lui donna le Comte. Ses baisers se firent plus précis, plus pressants tandis qu’il se serrait contre son corps. Aussitôt, les joues de la belle s’enflammèrent et une chaleur s’insinua dans le creux de son ventre. Son corps pressé contre le sien fit mourir ses questions qui lui brulait pourtant de poser. Elle ne pouvait rien faire, emprisonné entre ses coudes et ses jambes, son corps enroulé dans la couverture. Elle se sentait prisonnière dans cet étau de chaleur alors qu’il la couvrait de son ombre. La jeune pucelle avait l’impression de se retrouver de nouveau enroulé dans sa grande cape rouge, lorsqu’elle s’était réveillée dans le cimetière et qu’il était apparut, la soutenant dans ses bras puissant. Elle se retrouvait de nouveau soumise sous son corps fort qui la dominait de toute sa taille. Mais voulait-elle seulement s’y soustraire? Avec passion, elle s’empara à son tour de ses lèvres avides, approfondissant leur baiser. Elle ne voulait pas qu’il songe qu’il pouvait ainsi se sauver de leur discussion, mais en cet instant, son corps réclamait plus sa présence que son esprit. Ses mains remontèrent le long du cou musclé du Prince pour venir saisir sa nuque et s’y accrocher dans une étreinte fougueuse. C’était la première fois qu’elle se donnait à lui, qu’elle l’embrassait de son bon vouloir. Elle ouvrait sans le savoir une partie fermée de son cœur dans laquelle il s’était glissé sans invitation. Chacun de ses baisers la faisait frémir et les battements de son cœur s’accélérèrent. Sa main contre la nuque de l’immortel remonta à la base de ses cheveux et les saisit pour raffermir sa poigne et presser son visage encore plus contre le sien.

Puis, lentement, elle détourna la tête, soustrayant ses lèvres aux baisers brûlants du Comte qu'elle incita à continuer en pressant sa tête blanche contre sa joue, puis contre son cou. Lorsqu'il referma ses lèvres le long de sa jugulaire, un frisson traversa sa colonne vertébrale et elle se cambra vers l’avant. Elle revivait à son tour les souvenirs de luxure et de douceur qu’ils avaient partagée ensemble. Sa main serra encore plus la nuque de l’homme, le pressant contre sa peau. Elle avait une furieuse envie qu’il la morde, de lui offrir son sang. Elle voulait basculer de nouveau dans cette sensation de volupté qu’il lui avait fait connaitre avec le baiser du vampire. Elle voulait sentir ses veines s’enflammer, son corps se torde de plaisir. Elle sentait aussi que Jirômaru en avait besoin.


-Prend mon sang… murmura-t-elle dans son oreille.[i]

Depuis combien de temps veillait-il sur elle? Il lui semblait fatiguer, en proie à une douleur lancinante qui devait provenir de son bras. Elle l’avait vue se laisser choir sur le lit comme s’il était courbé de fatigue. Elle voyait dans ses yeux le poids des siècles qui lui pesait. Elle avait noté ses paupières qui se fermait, son corps qui tremblait, ses mains qui se crispaient tout comme sa mâchoire. Il avait besoin de se nourrir.


-Je te l'offre... Tu en as besoin... murmura-t-elle de nouveau sur un ton qui n’acceptait aucune réplique.

Après tout ce qu’il avait fait pour elle, elle se sentait qu’elle lui devait au moins cela, que c’était la moindre des choses utiles qu’elle pouvait faire pour lui en cet instant. Il avait besoin de se reposer à son tour. Sa main glissa avec douceur de sa nuque jusqu’au sommet de sa tête blanche. Puis, lorsqu’elle sentit les crocs du Comte frôler sa peau elle s’arqua instinctivement, offrant son épaule nue à sa morsure.


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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Souviens-toi de cette promesse [Comte, Sarah] [02/05/42] Dim 20 Nov - 1:59

Jirômaru était seul. Cruellement seul.
Il l'avait toujours été. Il le serait toujours.

Destiné à la guerre depuis sa naissance, il avait hérité d'un nom auréolé de gloire qu'il lui avait fallu brandir fièrement tel les étendards de jadis. Jamais le fils Keisuke n'avait pu être réellement lui-même. Son père, Yotila Keisuke, en avait fait un guerrier, un grand stratège, un chef aimé et respecté. Il lui avait offert une instruction dirigée et l'avait façonné à sa manière, l'écrasant sans remord dans le moule qu'il lui avait choisi. A l'instar d'une lame que l'on trempe soi-même, le samouraï en avait fait son bras droit, son arme favorite, sa victoire personnelle.
Jirômaru ne s'était jamais plaint de cette vie. Encore aujourd'hui, il ne regrettait pas ses jeunes années passées sur les champs de bataille et dans les demeures impériales aux côtés des plus grands de son temps. Il ne pouvait pas haïr ce qui avait fait de lui un homme d'acier aux principes inébranlables. Sa fière assurance venait de cette époque reculée, sa foi en l'humanité également. C'était de cette époque reculée qu'il conservait une furieuse envie de veiller sur les plus faibles et de dominer par la force les plus ignorants. C'était de ses emblèmes familiales qu'il tirait les dernières gouttes de volonté qui le raccrochaient à la vie.  
Mais Jirômaru avait toujours été creux. Comme une poupée de porcelaine que l'on peint à sa guise, rien ne l'avait rendu plus fragile que ce masque de vaines certitudes.
La douceur d'une étreinte lui avait été longtemps interdite et son caractère, ainsi forgé par le fer et le sang, n'avait jamais pu aspirer à la paix. Sa mère, morte en couche, n'avait jamais été qu'un fantôme derrière cette nourrice affable qui l'avait élevé contre son sein. L'affection lui avait été refusée. Les femmes, cachées derrière de hauts paravents ou des éventails d'estampes, ne l'avaient jamais considéré avant sa maturité. Aucune n'avait le droit de le toucher. Aucune n'attirait son regard. Et, le jour béni où son cœur s'était enfin exprimé pour la première fois, son esprit, trop chargé de craintes et de doutes, l'avait empêché de s'approcher de la belle. Arame, avait été la première femme qu'il avait aimée. Elle avait également été la première femme qui l'avait blessé. Un mal profond s'était alors insinué en lui et avait commencé à le ronger. Il avait rejeté toute la tendresse qu'il avait pu avoir pour cette entité sacrée sur ses camarades de guerre, et il s'était juré de ne jamais plus aimer quiconque avec une telle intensité. Reclus derrière sa carapace de cuir et de métal, il s'était abandonné à ce que son père l'avait formé. L'espoir d'oublier, l'envie d'avancer, le besoin de briller aux yeux d'une famille sans faille...tout l'avait poussé à se forger une âme sourde aux changements que le monde était déjà en train de subir.
C'est là, dans ces dispositions malheureuses, que Jirômaru avait été cueilli par le Démon...

Laissez la porte ouverte aux ombres de la nuit et elles viendront éteindre vos chandelles dans un murmure sournois...

Jirômaru craignait la mort. Il ne désirait qu'une chose : perpétuer la lignée des Keisuke, comme son père le lui avait demandé en rendant son dernier souffle. Ainsi, la mort ne pouvait pas le prendre, pas si tôt. Il avait encore tant à accomplir ! Le mariage d'Arame lui avait arraché tout espoir d'aimer un jour, mais il n'avait pas perdu la foi en la justesse de ses combats.
Lâcheté ? Faiblesse d'esprit ? Espoir d'un fou ?
Il avait suffit de quelques mots pour sceller son destin :


« Oui. Donne-le moi... »

Sa vie avait basculé. Sa vie s'était damnée.
Pour une minute de plus, une éternité se dessina devant lui, et le chemin vers la rédemption devint une rivière infinie de larmes dans laquelle il ne put que se noyer.
Sacrifices après sacrifices, le samouraï déchu avait traîné sa lâcheté dans les cendres de l'Est et les glaces éternelles des contrées les plus hostiles. Un nouvel être était né en lui, une nouvelle soif, une créature faite de lambeaux suintants de sa faute. Un monstre avait déchiré ses gencives. La Bête avait perverti son esprit. On l'appela bientôt « Vampire ».
Conscient de sa lâcheté, repentant, malade, Jirômaru avait espéré mourir dans les steppes pour expier ses péchés. Mais le Diable veillait toujours à ses intérêts, et son envoyé avait maintenu en vie le fils des Keisuke pour lui. Cet envoyé infernal, Matosaï, avait octroyé à l'Infant réconfort et pouvoir à chaque fois que ce dernier avait cillé. Ses douces paroles, suaves et fallacieuses, avaient heurté l'esprit de son jouet, réanimant sous sa peinture écaillée le souvenir fugace d'une jeune femme aux yeux d'amande. Sans le savoir, l'empoisonneur avait offert à son ennemi en devenir de subtiles toxines à expérimenter.
Jirômaru avait soudainement changé. Revêtant le costume d'un allié, il conserva cachée une révolte enfin née et trouvé de nouvelles raisons de se battre. La légion de ses frères tombés au combat, sur laquelle il s'appuyait, avait servi de levier à ses ambitions et sa plus grande guerre avait discrètement commencé.

Des siècles plus tard, celui que l'on nommait désormais « Le Comte » menait encore les batailles qui devaient le conduire sur le sommet de ses désirs purgatoires. Derrière ses exactions et ses cruautés affichées, derrière le masque mondain et politique, il touchait du bout des doigts cette peinture écaillée qui révélait parfois son vrai visage. Peu connaissaient ses réels desseins, et pourtant cela était déjà trop.
Salluste avait emporté ses secrets dans la tombe. Son corps, abandonné au temps, reposait maitenant entre six plaques de marbre blanc. Son esprit, ses souvenirs, sa sagesse : tout s'était envolé avec son dernier souffle. La garantie la plus sûre n'était-elle pas le silence du tombeau ? Jirômaru songeait encore que son ami se serait opposé à lui avant la fin. Cela le confortait dans l'idée que cette mort n'était finalement pas vaine. Cependant, le vieux Vampire n'oublierait jamais cette main maculée de sang qui lui avait agrippé le col. Il n'oublierait jamais ces lèvres pâles noyées dans la douleur près des siennes. Il n'oublierait jamais cet ultime avertissement que son frère lui avait murmuré avant de s'éteindre, brutalement, et de disparaître à jamais. Une lugubre malédiction menaçait son équilibre depuis ce jour et ses cauchemars se morcelaient dangereusement.
Manouk, lui, vivait encore et restait à ses côtés. Mais son regard noir ne cessait de l'interroger. Au fond, le colosse d'ébène ne semblait pas accorder aux plans de son maître le crédit nécessaire à la pérennité de leur pacte. Il se méfiait, à juste titre, des égoïstes manœuvres de son aîné et sentait que le destin de ses propres frères était menacé. Il pressentait le mensonge et la trahison. Allait-il persévérer à ses côtés ou le quitter définitivement ? Ce n'est généralement pas le but d'une quête que l'on reproche à son héros, mais bien les moyens qu'il s'est donnés pour l'atteindre. Manouk doutait des chemins qu'empruntait Jirômaru et son œil attentif gardait sur lui un soupçon de défiance. Il songeait souvent à cet adage qui dit que « C'est dans la manière de procéder que l'âme est mise à nu, puis glorifiée ou conspuée. » Le colosse d'ébène attendait, sans mot dire, mais son cœur le mettait en garde et son esprit était prêt à affronter la vérité dans le sang.
Ilsa, enfin, avait été mise dans la confidence au détour d'une délicieuse soirée. Jirômaru avait-il décidé volontairement de l'inclure dans ses desseins ou la belle avait-elle usé de ses charmes et de ses pouvoirs de diplomate pour amadouer son aîné et en apprendre plus sur le sort qu'il réservait à se semblables ? Avait-elle conquis son cœur par amour ou par besoin ? La question remuait souvent les pensées du Comte qui se demandait si la mort de son amante de la nuit n'était pas à orchestrer de ses propres mains. Il lui avait fait confiance, peut être à tord, et lui avait confié ses plus grands projets et qu'en avait-elle fait ? Elle les avait rejetés. Avec douceur, elle avait refusé de faire partie de cette folie et l'avait abandonné.

Jirômaru avait toujours été seul. Il le serait toujours.


*************

- Tu es si chaude...Sarah...

Emporté par sa fougue, Jirômaru s'appuyait maintenant sur la chasseuse et l'embrassait avec passion. La belle humaine se laissa faire, consentante ou terrifiée - le Vampire ne s'en souciait pas alors – puis elle répondit à ses baisers brûlants en se lovant dans ses bras puissants. Ses lèvres, d'une finesse incomparable, fondirent contre les siennes, glacées, et ses mains vinrent bientôt entourer son cou pour s'y accrocher avec envie. A ce geste, le Comte ressentit une vive émotion emporter son cœur. Sarah s'offrait à lui de sa propre volonté ! La belle chasseuse s'abandonnait enfin à ses caresses !
Furieusement excité par cette situation qu'il n'aurait jamais cru possible quelques minutes auparavant, l'ancien samouraï laissa ses désirs prendre le dessus sur son esprit tourmenté. Son corps, pressé contre celui de la belle, manifesta rapidement ses espérances. De la même manière, son souffle s'accéléra à mesure qu'il sentait les doigts de la jeune femme se crisper à la base de ses cheveux dans le creux de sa nuque.
Combien de fois avait-il rêvé cette étreinte merveilleuse ? Combien de fois avait-il joui en soupirant son nom sans trouver sa peau, son odeur ou son regard ? Il la voulait entière et franche, consciente et aimante ! Son corps tout entier rêvait de lui faire goûter cette délicieuse volupté qui noierait ses sens dans un flot de bonheur infini ! Il la voulait pour lui seul, par orgueil et par amour...

Sarah n'avait jamais autant manifesté de désir pour lui et Jirômaru en frissonna d'émotion. La jeune hutresse pressa sa peau contre la sienne et prit certaines initiatives qui grisèrent le Vampire. Sa manière de détourner doucement son beau visage pour lui offrir sa joue, son cou et son épaule nue le poussa à l'embrasser avec toujours plus de fougue et d'envie. Le Comte finit par entrouvrir ses lèvres pour happer sa peau de porcelaine qui se dévoilait à son regard enflammé. Ses mains trouvèrent alors bien vite le chemin de ses hanches de femme qui se cambraient déjà de plaisir à cause de la puissance de ses baisers. Dans son esprit tortueux défilèrent de nombreuses images et ses désirs prirent une forme plus concrète.
Il mourrait d'envie de posséder Sarah physiquement, de lui prendre son innocence, de la pervertir en la comblant de sa virilité. Il souhaitait l'entendre gémir de plaisir sous ses doigts, sous sa langue, sous son bassin d'immortel. Il voulait l'entendre crier son nom et le supplier de continuer jusqu'à l'extase triviale aux fragrances animales. Il espérait la voir mourir dans le sépulcre de ses soupirs avant de renaître, nouvelle, enfin libérée de la vierge prison qui lui interdisait la voie de l'abandon et des merveilleux délices qu'offrait la vie.

Jirômaru esquissa un geste vers le col légèrement ouvert de la chasseuse mais le murmure qu'elle laissa glisser dans son oreille le figea brusquement. Ses yeux de glace croisèrent les siens et une terrible expression d'incompréhension déforma son pâle visage. Sa surprise fut telle qu'il laissa sa main en suspension entre eux deux et qu'il entrouvrit à nouveau les lèvres sans pour autant prononcer un seul mot. Sarah lui confirma alors ce qu'il n'avait pas été certain d'avoir bien entendu ou compris, et son ton le convainquit tout à fait.


- ...non...

Jirômaru laissa retomber sa main pour maintenir son corps au-dessus de la chasseuse sans plus la toucher. Son bras droit se remit à trembler violemment à cause de sa position, de son poids mais aussi du mal qui le rongeait. Ses iris anthracites cherchèrent alors une réponse dans l'océan des yeux de Sarah mais il n'y trouva qu'une ferme résolution ancrée au plus profond de son âme. Son souffle tiède se fit soudainement plus court, comme s'il manquait d'air, et ses lèvres s'agitèrent de légers spasmes tandis qu'il tentait de se retenir d'ouvrir grand sa mâchoire et de mordre comme un fauve dans la jugulaire que la jeune femme lui présentait maintenant avec ferveur.
Pourquoi lui imposait-elle une chose pareille ? Comment pouvait-elle lui offrir ainsi son sang ? Elle venait de subir l'attaque d'un de ses semblables et de vivre un enfer au cœur de la bataille au cimetière : pour lui, c'était inconcevable qu'elle puisse désirer qu'il la blesse à nouveau...
Le Comte serra les dents et son front prit le pli inquiet et furieux de celui qui se retrouve placé face à un choix moral dont l'issue plaisante semble appartenir au domaine des rêves ou aux ressors d'un piège affreux. Mais la Bête qui sommeillait en lui désirait ardemment déchirer cette peau laiteuse et plonger ses poignards aiguisés dans la rivière de son essence écarlate.

Jirômaru se pencha pour ramener ses lèvres contre la peau de la jeune femme et se remit à l'embrasser lentement. Au départ, il refusa de la mordre et se retint. Il sentit à plusieurs reprises sa mâchoire se contracter et ses crocs le tirailler, mais il lutta contre sa nature. Fébrile, tremblant d'effort et d'envie, il laissa la belle attraper sa tête pour la serrer contre elle qui se cambrait à chaque fois qu'il frôlait son cou, et se contenta de la saisir à bras le corps pour mieux sentir contre lui sa poirine et son parfum.
Malheureusement, l'espace de ces quelques secondes avait suffi à réveiller une partie de sa grande faim. Son corps ne se souvenait que trop bien du goût savoureux de ce sang qui pulsait au bout de ses lèvres apposées contre les veines de la belle humaine. En réalité, entre la jouissance primitive d'une étreinte charnelle et celle que procurait la morsure maudite, Jirômaru ne savait pas ce que ses sens préféraient. Mais, en cette heure, en cet instant, il avait privilégié sans réfléchir l'acte charnel qu'il désirait depuis maintenant des mois. Ilsa, Maria, Chastity...aucune de ces femmes n'avaient réussi à éveiller autant de désir chez lui que Sarah. Elle les surpassait toutes parce qu'elle s'était toujours refusée à lui et que son abandon représentait bien plus que ce que des amantes pouvaient représenter elles-mêmes. Malgré sa blessure et sa fatigue, l'idée de mordre la chasseuse ne lui était pas venue. C'était comme si son esprit s'était focalisé sur son corps dont les formes apparaissaient peu à peu sous le drap de satin qu'il écartait d'elle en la caressant.


- Tu as toujours été cruelle avec moi...souffla le Vampire près des lèvres de la belle. Je...je serai doux...je te le promets.

Jirômaru ne tint plus. Il embrassa la chasseuse sur les lèvres puis sa langue passa sensuellement sur son cou et son épaule dénudée. Sa main droite saisit la jeune femme par son omoplate gauche et l'autre souleva sa tête déjà tendue vers lui pour l'orienter à sa guise. Sa salive de vampire brilla à la lueur des bougies qui reposaient dans la chambre et disparut dans son ombre lorsqu'il avança ses crocs d'ivoire vers la source de son pouvoir.
Lentement, la peau de Sarah se perça sous la pression exercée par le Comte, et son sang perla sur sa bouche surnaturelle. Tout en refermant cette dernière sur le cou de la belle, le Vampire laissa sa langue lécher son épiderme entre ses dents qui s'enfonçaient en elle, et sa prise sur son corps se raffermit avec douceur et envie. Un long frisson tendit tous ses membres et raidit son torse bandé. Ses épaules étirèrent sa chemise et ses doigts se serrèrent sur Sarah. Tandis que la première gorgée du nectar tant désiré coulait dans sa gorge, Jirômaru poussa un grognement de plaisir qui s'intensifia à mesure qu'il étreignait la chasseuse dans ses bras musclés. Ce goût ! Cette pureté ! Le sang de Sarah était sucré et chaud. Il avait le parfum d'un paradis perdu, la teneur d'un fruit interdit aux mortels tant son arôme délicat dégageait une aura divine !
Gorgée après gorgée, le Comte et Sarah s'unirent dans ce baiser extraordinaire. Leurs corps, réchauffés tous deux par l'excitation, s'accordèrent comme dans un bal sous les étoiles, et leurs sens vibrèrent d'un frisson formidable. Jirômaru prit un plaisir fou à sucer le sang de Sarah. Cette fois, elle le lui avait proposé d'elle-même, sans qu'il ne la force, sans qu'il ne la pousse volontairement au crime. Cette fois, il jouissait réellement de la posséder et de lui accorder ces sensations incroyables que son Don était capable d'offrir.
La morsure fut indolore, car le Comte fit attention à son emplacement et à sa profondeur. Sa salive avait anesthésié une partie du cou de la belle et sa manière de boire se révéla bien plus sensuelle que la première fois qu'il lui avait apposé le « baiser du Vampire ». Mêlant ce baiser fabuleux à son désir charnel, le lord pressa son bassin contre celui de la chasseuse et elle put sentir l'effet qu'elle lui faisait au travers de sa robe de nuit légère. Bientôt, ses mains de géant reposèrent sa tête sur l'oreiller et descendirent le long de sa poitrine qu'il sentait pointer sous le fin tissu. Elle trouvèrent ses seins et s'y attardèrent tendrement d'abord, puis avec ferveur tandis qu'il aspirait la gorgée limite au-delà de laquelle Sarah risquait de s'évanouir ou de faire une anémie.
Le cœur battant, le Vampire hésita une fraction de seconde avant de se retirer doucement. Les lèvres tremblantes de plaisir, la gorge nouée par l'émotion et le front brûlant de fièvre, le lord jeta un regard passionné à la jeune humaine et se laissa soudainement tomber sur le dos à ses côtés. Le souffle rapide, il peina à se remettre de ce qu'il venait de vivre avec la chasseuse. Ses tempes pulsaient sous ses mèches blanches trempées de sueur et son bras droit était pris de petits spasmes nerveux.
Au bout d'un moment, le Comte brisa le silence qui s'était installé. Il grogna en se tournant vers Sarah pour la reprendre dans ses bras et lui jeta un coup d'oeil inquiet. Ses yeux vérifièrent d'instinct la morsure qu'il venait de lui faire et l'expression de la belle. Apparemment, il avait réussi à minimiser la marque. Elle disparaîtrait dans quelques jours, sans la faire souffrir. C'était une bonne chose. Il passa son pouce sur la petite plaie et soupira, les yeux encore brillants d'excitation.


- J'ai failli m'emporter Sarah...C'est dangereux...

Son sourit se fit triste et il ferma les yeux en fronçant les sourcils. Le sang de la chasseuse se répandait dans son système, réactivant une partie de ses forces et de ses pouvoirs. Mais le Vampire sentait également poindre un malaise particulier. La nausée le prit et il crispa un peu ses doigts sur la jeune femme qu'il tenait contre lui. Son bras droit était empoisonné. Même avec le sang d'un humain, il continuait de le tourmenter. Cette fois, il était arrivé au bout de ce qu'il pouvait supporter.
Un râle léger monta dans sa gorge et il serra les dents. Des larmes perlèrent au coin de ses yeux et il se redressa soudain pour prendre sa tête dans ses deux mains. Ses longs cheveux s'emmêlèrent autour de son visage étiré et il finit par saisir de sa main gauche son avant-bras qui le faisait atrocement souffrir.


- Sarah...J'ai besoin dormir...J'ai besoin de mon cercueil...fit-il en ramenant son regard malade dans celui de la jeune femme. Je...Viens avec moi.

Les prunelles du Vampire dévièrent sans sa volonté et il dut se ressaisir en secouant légèrement la tête. Le flot de sensations qu'il venait d'échanger avec la belle l'avait épuisé et il savait qu'elle-même devait sans doute se reposer également. Après tout ce qu'ils avaient vécu l'un et l'autre, et après cette folle étreinte, ils devaient retrouver les songes qui les habitaient dans l'espace volubile de leur psyché.
Sans attendre de réponse, Jirômaru se leva et tituba jusqu'au pied du lit à baldaquin. Arrivé devant son cercueil d'ébène, il en poussa le couvercle qui sembla s'ouvrir de lui-même et observa le satin pourpre qui recouvrait ses parois intérieures. Jamais son cercueil ne lui avait paru si vide et si froid. Lui qui venait de quitter les bras brûlants de Sarah et les draps blancs de son lit, trouva soudain ce réceptacle fort repoussant. Il voulait dormir avec la chasseuse, la tenir contre lui, entendre son souffle dans son cou et profiter, encore un peu, de sa présence avant de la rendre au monde des vivants.
Le Comte releva la tête et jeta un regard à Sarah. Il hésita un instant, puis il revint vers elle et lui ouvrit les bras avant de la prendre et de la soulever telle une enfant. Légère comme une plume, la chasseuse fut facile à porter pour l'immortel. Avec mille précautions, il l'emmena avec lui jusqu'à son véritable lit et la déposa dedans avant de la rejoindre.


- N'aie pas peur...Mon aura t'aidera à dormir...et tu pourras sortir quand tu voudras...

Le grand Vampire referma le cercueil et l'obscurité se fit pour la chasseuse. L'intérieur de l'objet funèbre était vaste. Il pouvait contenir deux personnes de la taille du Comte et Sarah restait bien plus frêle que lui. Prenant contre son torse la jeune humaine, le lord posa sa tête contre la sienne et, son menton dans ses cheveux, il soupira de soulagement. Le sang qu'elle venait de lui offrir allait faire son office et l'aider à réparer les lésions de son bras ainsi que les estafilades qu'il lui restait de la bataille au cimetière. Et puis, le cercueil allait lui permettre de faire une véritable nuit. Avec la jeune femme à ses côtés, il aurait chaud et il oublierait peut être, l'espace d'un instant, sa cruelle solitude...

- Merci...souffla-t-il avant de fermer les yeux et de sombrer, presque immédiatement, dans l'inconscience.


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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Sarah Spencer
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MessageSujet: Re: Souviens-toi de cette promesse [Comte, Sarah] [02/05/42] Jeu 24 Nov - 6:03

Passion et feu. C’est ce qui brulait les veines de Sarah, qui la faisait se cambrer et s’accrocher au corps ferme de Jiromaru. La passion et le feu. La voix grave de l’immortel contre son oreille la grisait et lui coupait le souffle. Elle passait sa main dans les cheveux de neige, les doigts tremblant de maladresse, d’excitation, tandis qu’elle effectuait ces gestes pour la première fois. La pucelle n’avait jamais connu un homme et elle ne savait pas comment agir. Elle se laissait guider par instinct, par ses envies. Prisonnière des bras puissants de l’homme, elle se sentait si petite et soumise à ce regard qui la dévorait littéralement. La belle jeune femme ne pouvait s’empêcher de l’observer avec fascination. Après tout ce qu’ils avaient vécu ensemble, elle ne pouvait s’empêcher de le haïr tout à fait. Le maitre des ombres était beau, plus que la majorité des hommes et il savait se montrer un amant formidable. Il l’embrassait avec tendresse et ardeur, ses mains parcourant son corps et la faisant frissonner de désir. Ils créaient dans l’espace de cette chambre un moment hors du temps, loin de leur querelle et de la guerre qu’ils se menaient. Après toutes ces nuits, toutes ces chasses, la belle Chasseuse se laissait enfin aller aux propositions du Lord et s’offrait d’elle même à ses caresses merveilleuses.

Il y avait si longtemps que l’Artémis résistait au maitre des ombres, qu’elle s’opposait farouchement à lui. Dès le début, le Comte l’avait pourchassé de ses avances tel un prédateur sinueux, cherchant à s’approprier son sang et son corps. Dès leur première rencontre, la jeune humaine avait été charmée par le beau vampire. C’était le premier immortel qu’il l’eût touché. Elle avait été si sensible par sa présence, si hypnotiser qu’elle n’avait opposé aucune résistance lorsqu’il lui avait demandé son sang. Il avait toujours exercé sur elle une fascination profonde. Dès qu’ils se trouvaient dans la même pièce, elle le sentait. Tout son corps réagissait à la présence de l’homme. Lui, sa présence, son parfum, son âme entière vibrait aussi fort que la première fois qu’elle l’avait laissé prendre son sang dans le parc. Ils étaient comme des aimants qui s’attiraient indéniablement. Avec une attraction aussi forte, l’héritière Spencer avait souvent manqué de succomber à ses charmes, mais chaque fois, sa raison l’avait emportée. Mais en réalité, derrière ses manières, ses regards impénétrables et son attitude farouche, un secret pesait sur son cœur. En réalité, c’était la peur qui l’avait éloigné du grand homme. La peur des sentiments qu’elle pouvait éprouver pour lui et plus importants encore qu’elle puisse s’admettre éprouver ces sentiments. Mais surtout la peur qui l’avait retenu à chaque fois. La peur du rejet. Qu’il ne partage pas ses sentiments ou pire qu’il se délaisse d’elle une fois sa virginité conquise. C’était possible, ça s’était déjà vu. Combien d’épouses avaient vu leur mari partir dans les bras d’une maitresse une fois leur hymen emporté? Que lui resterait-il une fois devenue comme toutes les autres qui avait déjà partagé son lit? Et si elle n’était pas à la hauteur de ses attentes? Si elle se révélait être une piètre amante, elle, si inexpérimentée. Elle ne voulait pas vivre cette situation. Elle ne voulait pas pleurer pour lui et se sentir aussi faible face à sa propre condition. Tant qu’elle demeurait la vierge intouchable qu’elle avait toujours été, elle attirait au moins sa curiosité, son intérêt, son regard.

Mais en cet instant magiques, ses questionnements, ses peurs, ses doutes, tous ses sentiments s’étaient évaporés sous la douceur du baiser qu’il avait déposé sur ses lèvres. Elle ne connaissait pas la place qu’elle avait dans son cœur. Elle ne connaissait pas ses sentiments ni s’il était sincère, mais les faits avait jouer en sa faveur. Il l’avait cherché, il l’avait sauvée, lui contre tous ses détracteurs qui avaient attenté à sa vie. Il souffrait en cet instant pour l’avoir sauvée. Il méritait son estime et en cet instant, son affection. Elle s’accrocha contre son cou pour prolonger leur étreinte, leur baiser, sa main caressa doucement la joue du vampire. Mais elle voulait lui offrir plus encore et c’est sa gratitude qui et son amour qui lui fit proposer son sang.

Lorsque le Prince s’éloigna brusquement d’elle, le souffle de l’Ondine se coupa et elle chercha l’air un instant. Pourquoi s’arrêtait-il ainsi? Était-ce sa proposition qu’il rejetait ou elle? La magicienne se mordit la lèvre inférieure dans un geste d’appréhension. Peut-être trouvait-il qu’elle était une mauvaise amante... Elle chercha dans ses yeux brumeux la réponse à ses questions et la réponse qu’elle y trouva la fit frissonner. Une lueur ardente et dangereuse s’était allumée dans les yeux brumeux du Comte. Il ne voulait pas la mordre. Pourtant, elle savait qu’il en avait besoin! Elle voyait la douleur traverser son visage et figer ses traits depuis un bon moment. Profitant du fait qu'il s'éloignait légèrement d'elle, elle se redressa sur un coude pour rester tout contre ses lèvres. Ses jambes désormais libres s'écartèrent pour prendre un meilleur appui tandis que les jambes du Comte glissaient tout naturellement entre ses genoux ouverts. Sa main se posa contre sa joue blanche et froide de l’homme, glissant doucement contre ses lèvres pour en dessiner le contour du bout de ses doigts. Lèvres qui vinrent rapidement retrouver les siennes dans un baiser d’une lenteur exquise. Elle le sentait se crisper sur son cœur, tous ses muscles tremblaient dans un effort contenu. Il éloigna de nouveau sa bouche de la sienne et ce fut Sarah qui trembla de désir. La phrase qu’il murmura alors la blessa intérieurement et elle se mordit de nouveau la lèvre inférieure. Il est vrai qu’elle avait été cruelle avec lui tout comme il l’avait été avec elle. Pourquoi voulait-il lui rappeler cela maintenant? Elle redressa de nouveau la tête pour plonger son regard d’azur dans la brume des siens. La magicienne vit alors passer un éclair menaçant. L'ombre de la bête s'empara des prunelles de l’immortel et elle reconnut alors le regard prédateur qu'il lui avait si souvent jeté. Intérieurement elle regretta ses paroles. Avait-elle été trop loin? Était-ce une erreur de lui avoir proposé son sang? L’appréhension la saisit et elle s’éloigna légèrement de l’homme, jaugeant ses intentions dans son regard. Mais bientôt, elle sentit de nouveau la douceur de ses lèvres contre les siennes et ses interrogations moururent sous ses baisers. Le Prince retenait ses lèvres captives et elle soupira contre sa bouche. Lentement, son baiser glissa contre sa joue de manière sensuelle, puis contre sa gorge et son épaule dénudée. Les lèvres froides du vampire contre son cou furent comme une décharge électrique qui brula les veines de Sarah. Elle s’accrocha à lui, ses mains se crispant contre son dos et son bras. Son soupir tout féminin se termina en gémissement lorsqu’il aspira son sang. Aussitôt elle bascula dans un tourbillon de chaleur, de volupté. Elle sentit son sang gonfler ses veines, battre à un rythme de plus en plus saccadé.


-Oh Jiromaru soupira-t-elle contre ses lèvres brulantes.

Elle l’embrassa avec une passion désordonnée sur la joue, sur l’oreille et contre son cou. Elle perdait tous ses moyens contre ses caresses. Ses mains tremblaient et elle avait l’impression que la fièvre s’était emparée de son corps. Elle laissait échapper de petits cris entre ses lèvres serrées, étouffer aussitôt par des gémissements. Son cœur se mit à battre plus vite, elle chavirait de plaisir tandis qu’ils s’unissaient dans une liaison privilégiée que les mots ne pouvaient expliquer. C’était plus fort que la première fois, plus intense, plus intime. Elle hoqueta brusquement de surprise lorsqu'elle sentit la virilité masculine de l’immortel appuyer contre sa cuisse. Ses joues se mirent à lui bruler et elle rougit violemment au plus profond d’elle-même. Elle n’avait jamais été dans une situation aussi intime et cela la troublait. Un éclair de lucidité transperça ses pensées et la vierge Artémis songea un instant que jamais elle ne pourrait accueillir en elle cette virilité si proportionnée. Mais bien vite ses pensées furent bousculées par de nouveaux frissons qu’elle tenta d’étouffer sous ses lèvres gonflées par l’ardeur de leur baiser. Elle brulait de désir, dans une pudeur toute féminine, elle qui n’avait jamais connu le corps d’un homme.

La ferveur avec laquelle il caressa sa poitrine fut le coup de grâce pour son corps déjà éprouvé par l’excitation. Ses muscles se contractèrent et elle se tordit brusquement emportée par le plaisir avant de se briser en plusieurs éclats brillant comme un orage d’été dévastateur. Sarah vogua un moment sur un océan de pur contentement. La tête rejetée vers l’arrière, les paupières closes. Ses mains qui s’étaient crispées contre les épaules et le bras musclé glissèrent doucement le long du corps avant de se reposer mollement contre le matelas. Elle atteignait doucement le stade de la petite mort du baiser maudit. Son cœur battait à la chamade, faisant circuler le peu de sang qui lui restait. Sa poitrine se soulevait doucement au rythme de sa respiration. Au prix d’un grand effort, elle ouvrit les paupières, ses pupilles encore dilatées par le plaisir prêtent à soulever le monde, pour observer le Comte qui la regardait avec passion. Sa gorge laissa échapper un petit rire faible qui se mêla rapidement aux bruits de leur souffle. Avait-il ressenti autant de plaisir qu’elle? Son âme qui vibrait encore en était certaine. Lentement, elle sentit l‘immortel se détacher d’elle pour s’allonger à ses côtés. Lorsque son corps quitta le sien, elle eut un nouveau soupir, comme si l'air lui manquait soudainement. Ses mains tremblaient encore sans qu'elle ne puisse les empêcher. Son corps au complet tremblait. Ses lèvres étaient gonflées et ses cheveux ébouriffés formaient une auréole sombre autour de sa tête. Elle était étendue sur les draps en désordre, sa robe de nuit relevée jusqu’à ses genoux dévoilant l’élégance de ses jambes et la délicatesse de ses chevilles. Ainsi positionner, elle ressemblait plus que jamais à une furie des récits antiques. La chasseuse roula doucement sur le coter, se repliant sur elle même, cherchant à se reconstruire, à rassembler ses esprits. Un sourire de satisfaction paresseux ourlait le coin de sa lèvre boudeuse. Jamais elle n’avait ressenti une telle plénitude. Jamais elle n’avait connu une telle extase.

Les chandelles avaient grandement diminué lorsqu’elle entendit un grognement dans son dos qui la sortit de sa torpeur. Avant qu’elle n’ait pu faire un geste, elle sentit les bras puissants du vampire la saisir de nouveau pour la tirer contre lui. Le sourire de la belle en cet instant fut sincère et il s’agrandit un peu. Elle était si fatiguée maintenant. Le moment qu’ils venaient de vivre, la passion, le désir, la ferveur, mais aussi la diminution de la présence de sang dans son corps la plongeait dans une grande fatigue. Elle n’ouvrit même pas les yeux lorsqu’elle l’entendit marmonner contre son oreille du danger de leur acte. En ce moment, elle s’en fichait, encore perché dans le sentiment de plénitude qui ne s’était pas encore estompé. Elle aurait pu s’endormir immédiatement dans un bonheur total. Mais lorsqu’elle entendit le gémissement de douleur du Lord, elle ouvrit brusquement les yeux comme si elle avait été piquée. Cette fois son sourire disparut complètement tandis que ses yeux se figèrent d'une ombre d'inquiétude. La sensation de plénitude disparut et elle dut faire un effort pour ouvrir ses beaux yeux. Elle se retourner pour l’observer, mais ne vit que son dos qui semblait secouer d’un spasme. Ce ne fut que lorsqu’il tourna vers elle son regard baigner de larme qu’elle saisit l’ampleur de sa souffrance. Aussitôt, elle tendit une main vers lui pour l’apaiser, mais avant que ses doigts puissent atteindre le vampire, il se leva brusquement.

La Chasseuse voulut se redresser sur un coude, mais elle bascula aussitôt sur le dos. La tête lui tournait encore. Elle était incapable de reprendre pied dans la réalité. Elle sentit une pointe s'insérer dans le creux de son cœur et elle se sentit brusquement délaisser tandis qu'il quittait en un pas leur étreinte. Elle le vit s’avancer vers le pied du lit où il ouvrit un objet. Sarah cligna des yeux, tentant de percer l’obscurité, mais c’était beaucoup trop d’effort. Elle ne savait pas si elle aurait la force de tenir sur ses pieds pour le rejoindre. Ses paupières se refermèrent d’elles-mêmes tandis qu'elle cherchait à rassembler ses forces pour se relever. Mais bientôt elle sentit de nouveau la présence du lord à ses coter et avant qu'elle n'ait pu faire le moindre geste, il la souleva comme une simple poupée pour la lover de nouveau dans ses bras puissants tandis qu'il la transportait. Lentement, elle comprit les paroles du Comte et ses paupières se soulevèrent brusquement tandis qu’il la déposait… dans son Cercueil! Elle voulut se redresser, mais déjà il refermait le couvercle, les plongeant dans une obscurité d’encre. Une pointe de panique saisit la belle humaine qui se sentait pise au piège. Le souffle du maitre des ombres contre son visage l’apaisa doucement. Ses bras l’entourèrent de nouveau dans une douce étreinte. La jeune femme sentit de nouveau le sommeil la saisir comme un halo chaleureux. C’est à peine si elle entendit le merci du Comte avant de sombrer à son tour dans un sommeil réparateur, un sourire aux lèvres.



***

[Quelques heures plus tard]

Quelque chose cognait contre son oreille, elle entendait un bruit rythmé, distinct. Une sorte de tambourinement. Ce n’était pas une musique ni des paroles... Sarah papillonna doucement des yeux s’extirpant de son sommeil. Ses rêves s’évanouirent pour faire place à la réalité. Elle ouvrit les yeux sans réussir à voir ne serait-ce que la moindre lumière. Il régnait autour d’elle un silence pesant, étouffé et une obscurité d’encre. Dans son sommeil, sa tête s'était posée sur l’épaule du Comte, son visage niché dans le creux de son cou. Lui même avait enroulé ses bras autour de son corps et emprisonné ses jambes contre les siennes. Ils ressemblaient à plantes grimpantes solidement emmêler. C’était la première fois qu’elle partageait son sommeil avec un homme. Elle n’aurait jamais cru que le vampire était du genre tactile et pourtant pendant tout le temps qu’elle avait vagué dans les rêves il l’avait tenu contre lui, comme s’il avait craint qu’elle ne disparaisse. La belle humaine tenta de se redresser, mais son geste fut brusquement arrêté par le bruit sourd que fit sa tête lorsqu'elle heurta le couvercle du meuble. Lentement, le souvenir de l’endroit où elle se trouvait remonta à sa mémoire. Aussitôt la nausée la saisit ainsi qu'un vent de panique. Elle n'avait jamais été claustrophobe, mais la perspective d'être dans un cercueil la glaça complément, traumatisme qui n'était sans doute pas étranger à la fois où l'immortel l'avait enfermer dans un cercueil avant de le sceller pour le jeter dans une rivière souterraine.

D'une main paniquée, la Chasseuse repoussa le couvercle qui s’ouvrit doucement. L’aristocrate ne put contenir un profond soupir de soulagement lorsqu’elle sentit le panneau de bois bouger. Elle allait pouvoir sortir sans difficulté. À travers la petite ouverture, elle aperçut les lumières ambiantes des chandelles qui brulaient dans la chambre. Avec précaution, la magicienne se défit de l’étreinte de l’immortel avec autant de douceur qu’elle pouvait, elle ne voulait pas le réveiller, lui qui semblait si fatigué. Puis, elle s’extirpa avec toute la subtilité que sa condition humaine lui permettait, de l’imposant meuble de bois. Pour ne pas faire plus de bruit que nécessaire, elle n’ouvrit pas le couvercle en entier. Elle en sortit en demeurant accroupie, restant sur ses genoux près du meuble pour retenir le panneau d’ébène pour ne pas qu’il claque en se refermant. Une fois sortie, l’Ondine demeura un instant assise au sol, reprenant doucement la maitrise de ses sens. Les chandelles avaient été changées et certaines avaient été allumées. Il régnait dans la pièce une douce lueur qui laissait encore beaucoup de zones d'ombre dans la pièce. Le froid du sol réveilla sa peau et elle frissonna. Quel moment elle venait de vivre. Tous les évènements qui se succédaient lui semblaient irréels. Le cimetière, le Comte, leur étreinte. Sarah frotta ses tempes du bout de ses doigts. Tout cela n’avait aucun sens. Elle ne se reconnaissait plus dans son propre comportement. Était-elle devenue folle? La jeune femme baissa les yeux sur ses mains qui ne cessaient de trembler. Elle n’arrivait toujours pas à contrôler ses mouvements depuis...

Le simple souvenir de ce moment lui déclencha un puissant frisson. Elle avait définitivement trop froid pour rester ainsi au sol. La belle humaine se leva et s'approcha d'une chaise où trônait la cape rouge du comte dans laquelle elle s’emmitoufler rapidement. Aussitôt, le poids du vêtement lui donna un sentiment d’apaisement et le parfum du Lord vint chatouiller son nez. Elle reconnaissait son odeur même sur ses vêtements. Lentement, la demoiselle s’approcha de la commode où était surmonté un miroir. Son regard s’attarda un instant sur son reflet. Elle semblait en meilleure forme que lors de son premier réveil. Ses joues étaient encore rouges de pudeur et ses yeux brillaient d’un éclat sauvage. Profitant de ce moment de solitude, l’héritière passa sa main blessée dans ses cheveux. Son bandage tenait bien. Elle n’avait jamais pris réellement conscience de la longueur de ses mèches. Sa coiffure avait bien poussé, atteignant maintenant le creux de ses côtes, mais elle demeurait bien loin de leur longueur d’avant, lorsqu’elle descendait jusqu’au bas de son dos. D’un geste habile, la Chasseuse remonta ses mèches ondulées en un chignon désordonné qu’elle solidifia d’un ruban noir qui trônait sur le meuble. Son visage et son cou dégagé, elle reprenait une apparence plus humaine. Ses yeux purs tombèrent alors sur la marque qu’elle portait à son cou. Elle était pâle, à peine visible. Pourtant en la regardant, la jeune femme sentit de nouveau le rouge lui monter aux joues. Quel moment ils avaient partagé... Devait-elle en avoir des remords?

Son attention se porta alors sur une table près de la porte qui donnait lieu à la grande salle. La magicienne s'en approcha et y découvrit un plateau sur lequel était posé un bol de soupe donc l’arome la fit saliver. Il y avait également une théière et une tasse de thé encore fumante.


-C’est pour vous. Annonça froidement une voix féminine que l’aristocrate n’avait pas du tout aperçue.

Sarah sursauta brusquement et leva la tête en direction du lit où était tapie une somptueuse créature. Maria, l’une des disciples du Comte était assise sur le coin du lit, au milieu des draps défaits par leur ébat. Le visage de la Chasseuse se referma aussitôt, mais elle ne put s’empêcher de s’empourprer intérieurement. Que faisait-elle ici? Était-ce le Prince qui lui avait demandé de venir? Elle n’avait pas l’air d’être là par simple envie. La présence de la disciple la mit aussitôt mal à l’aise. Elle se sentait prise sur le fait, jugée par les beaux yeux sombres qui la dévisageaient. Elle regarda la jeune femme se lever avec la grâce que beaucoup de femmes auraient enviée. La vampiresse était vêtue sombrement d’une robe beige dont le corset noir soulignait sa taille fine. Pourtant, l’immortelle resplendissait comme la nuit. Sa démarche féline conduit ses pas jusqu’à une grande armoire qu’elle ouvrit d’une main assurée. Elle en sortit alors une robe d’un bleu profond, presque noir qu’elle posa contre le pan ouvert du meuble.

-Pour vous vêtir. Lui dit-elle d’un ton qui aurait glacé les enfers.

Sarah baissa les yeux avant de ramener brusquement les pans de la cape contre son corps. Il était vrai qu’elle n’était absolument pas présentable. Encore vêtue de la chemise de nuit dont le col s’était agrandi, elle prit conscience le vêtement ne la couvrait pas vraiment. L'ondine ne savait plus où se mettre. Jamais elle n’avait été toisée avec un de mépris à peine dissimulé. Elle sentait dans le regard de la belle vampire une accusation, comme si elle savait ce qui s’était passé. Les deux femmes se toisèrent pendant un instant puis la belle vampiresse prit place à la table devant l’humaine. Une atmosphère d’hostilité sembla s’installer. Sarah fronça les sourcils d’un air noble. Ce n’était pas la première fois qu’elle se heurtait à une autre femme. Les querelles dans les salons des dames étaient chose commune, mais l’héritière Spencer avait toujours su garder un certain tact. D’un geste lent, elle prit place devant Maria, chacune se jugeant du regard.


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Comte Keï
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Classe sociale : Aristocrate
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Age : 589 ans
Age (apparence) : 28 ans
Proie(s) : Les Humains (pour se nourrir) et tout ceux qui se mettront en travers de son chemin.
Secte : Indépendant
Clan : Ventrue
Lignée : Kyasid (les ombres)
Rang Pyramidal : Premier
Crédit Avatar : White Snake by Zeilyan sur Deviantart
MessageSujet: Re: Souviens-toi de cette promesse [Comte, Sarah] [02/05/42] Jeu 15 Déc - 11:58

Dans la chambre du Comte.

Le soupir de Sarah resterait à jamais gravé dans la mémoire de Jirômaru. Cela faisait maintenant huit mois que le vieux Vampire pourchassait la jeune femme. Huit mois qu'il tentait de la dévorer ou de l'aimer. Huit mois qu'il espérait secrètement qu'elle s'offre à lui de son plein gré pour atteindre cette extase si délicieuse qu'il venaient de concrétiser enfin.
Lorsqu'il avait rencontré Sarah pour la première fois, l'ancien samouraï l'avait immédiatement désirée. Il l'avait d'abord considérée comme une proie, une victime de plus, puis comme l'esclave de ses envies, pour enfin finir par la respecter et la vouloir plus intensément que quiconque. Son cœur avait changé et ses aspirations avaient donné à la belle huntress une importance capitale.
Ce qui s'était passé entre eux cette nuit était l'aboutissement d'une lutte particulière. Le Vampire et la jeune femme avaient en effet combattu de concert : l'un contre l'autre, respectant leurs natures et les rôles que cette histoire leur avait attribués, puis main dans la main, pour leur survie respective, dans un élan de magnifiques sentiments.
Ce baiser qu'il venaient d'échanger était tout sauf anodin. C'était un acte d'amour réciproque, un pêché qu'ils avaient volontairement partagé pour le plus grand bonheur de leurs corps en émoi. Aux yeux des Hommes, ce n'était pas un acte charnel à proprement parler et beaucoup pensaient, avant sa concrétisation, que cela ne changerait pas leur façon de concevoir les Vampires et leurs relations avec eux. Mais après une telle étreinte, après avoir ressenti autant de plaisir dans cette morsure fantastique, ils se rendaient souvent rapidement compte que ce qu'ils avaient accepté était en réalité tout aussi extraordinaire que s'ils s'étaient offert corps et âme à une moitié désignée par le destin.

Assoupi dans son cercueil, le Comte tenait Sarah contre lui comme s'il refusait de la perdre à nouveau. Le parfum de la jeune humaine blottie contre lui le rassurait et cela l'aida à calmer son cœur qui battait encore la chamade. Sa chaleur naturelle, que son torse et son bassin ressentaient aisément au travers de ses vêtements légers, le grisèrent avant qu'il ne bascule dans un autre univers.
Il la remercia et son soupir de soulagement se perdit sur ses lèvres entre-ouvertes. Son esprit s'égara dans les méandres de ses songes et tous ses muscles se détendirent peu à peu tandis qu'il sombrait dans un lourd sommeil.
Jamais encore il n'avait autant apprécié « le baiser du Vampire ».
Jamais encore il n'avait vécu une telle jouissance dans les bras d'une femme.


****************

Quelques heures plus tard. Dans la chambre du Comte.

Assise en face de Sarah qui mangeait lentement, Maria ne pouvait s'empêcher de lui jeter des regards assassins. Malgré le rôle qu'elle avait à jouer dans cette intrigue, rôle que son maître lui avait brutalement imposé, la belle Vampire ne pouvait ignorer ce que son propre cœur réclamait. Maria aimait Jirômaru. Elle l'aimait d'un amour sincère mais également très particulier. C'était un amour dont les tenants et les aboutissants restaient obscurs aux yeux de tous. Maria avait été l'amante du Comte pendant une dizaine d'années. Elle avait été sa disciple et son amie. Aujourd'hui, c'était celle vers laquelle le grand Vampire revenait toujours dans ses moments de solitude extrême. C'était à elle qu'il confiait ce qu'il avait de plus cher, celle en laquelle il semblait croire le plus. Mais cela ne lui suffisait pas. Maria songeait que derrière ces belles images, elle était en réalité désormais reléguée à un simple rôle de servante, de camériste et même de prostituée. Elle n'était plus réellement son amante : une autre avait pris sa place. Et cette autre, c'était la jeune Spencer...

Son regard d'émeraude observa une nouvelle fois la belle chasseresse. C'était décidément une femme magnifique. Son corps, élancé, pris dans une jeune maturité, possédait des formes discrètes mais suffisantes aux yeux des hommes. Il vibrait de grâce, tremblait d'émotion, pulsait sous une peau de pêche que les aristocrates de sa caste devaient elles-mêmes envier à chacune de ses sorties. Ses yeux, éclatants, pleins de vie et de mystère, brillaient d'une lueur d'intelligence, d'une folle douceur et d'une étrange malice. Leur océan dévoilait sa profondeur merveilleuse et donnait à son âme une apparence de pureté qui la plaçait au-dessus de bien des femmes de son âge et de sa race. Sa chevelure, sauvage, d'un brun incroyablement lumineux, encadrait avec délicatesse et fougue son beau visage de poupée et participaient également à son charme fatal.
Maria lui trouvait quelque chose de changé depuis la dernière fois qu'elle l'avait vue. Elle semblait plus pâle, plus mince et sans doute plus masculine. Elle portait les marques de son exil au couvent et surtout de l'attaque qu'elle avait subi des membres du Sabbat. Mais malgré tout, elle restait effroyablement jolie sous ses petits bandages qui cachaient ses dernières blessures.
Au fond, la belle Vampire comprenait pourquoi son maître la délaissait pour cette humaine. Cependant, elle ne pouvait le tolérer plus longtemps : sa souffrance était devenue terriblement tangible et elle ne voulait plus accorder son pardon, ni à Sarah, ni à lui-même.

Maintenant que la chasseuse était levée et qu'elle se tenait là, devant elle, avec sa soupe et son pain, Maria rêvait de lui dire ce qu'elle pensait de sa présence en ces lieux. Le Comte dormait encore. Son aura, toujours puissante, était légèrement agitée mais elle ne se déployait pas à la recherche des siens. Il ne semblait pas prêt de se réveiller.
La belle Italienne hésita un peu en jetant un coup d'oeil au cercueil d'ébène. Au début, elle se contenta d'observer la chasseuse d'un air sombre et de s'assurer qu'elle ne s'étouffait pas. Avec tout ce qu'elle avait vécu, désorientée, meurtrie, épuisée, elle pouvait encore faire preuve d'une certaine maladresse. Puis, à mesure que le silence pesait sur la chambre, Maria se convainquit qu'elle avait bien le droit de lui adresser la parole et de lui exposer un peu ses amères pensées.


- Il va vous tuer, vous le savez, n'est-ce pas ? demanda-t-elle d'une voix rauque qui brisa brutalement la paix de la pièce. Ses grands yeux verts transpercèrent ceux de la jeune humaine. Il n'y a pas d'autre issue possible à cette...romance...La Vampire serra les dents et détourna son regard pour le ramener sur le cercueil. Depuis que vous êtes arrivée dans sa vie, vous le tuez à petit feu...ajouta-t-elle avec une colère à peine dissimulée. Vous êtes une vraie plaie. Il se débarrassera bientôt de vous.

Ramenant ses yeux dans ceux de Sarah, Maria lui sourit d'un air mesquin en soufflant son mépris. Oui, ce qu'elle disait était la stricte vérité : Jirômaru avait prévu de la tuer, il le leur avait dit. Si cette idiote imaginait que sa ferveur à la sauver et à vouloir l'embrasser la sauverait, elle se mettait le doigt dans l'oeil ! Qu'il l'étreigne ! Qu'il la morde avec tendresse ! Cela ne changerait pas la destinée qu'il lui avait réservée !
L'Italienne jeta un regard à la nouvelle morsure que portait la chasseuse et serra les poings. Il refusait toujours son sang à elle...Qu'avait donc celui de la chasseuse ? C'était ridicule ! Cela n'avait pas de sens ! Un sang restait un sang, qu'il soit légèrement plus pur que les autres ou non, qu'il soit sucré ou salé, ils se ressemblaient tous à quelques détails près ! La seule réelle différence entre-eux, qui marquait les envies et soumettait aux désirs, c'était les sentiments qu'ils permettaient de transmettre. Jirômaru aimait Sarah, c'était la raison pour laquelle son sang lui plaisait autant. Ses sentiments le transformait en un nectar divin : c'était son cœur qui lui donnait tant d'importance. Et cela, Maria l'avait bien compris maintenant...


- Vous feriez mieux de vous habiller maintenant. fit-elle soudain en se levant. Elle n'avait cure de la réponse éventuelle de la chasseuse. Du moment qu'elle sentait au fond de ses tripes la peur l'étreindre comme une vieille amie, elle était satisfaite.
Avec un sourire venimeux, la belle Vampire abandonna Sarah devant son plateau et se dirigea vers le lit du Comte. Doucement, avec des gestes mesurés, elle se mit à le refaire. Il n'y avait pas de trace de sang en son centre, aussi fut-elle intimement convaincue que son maître n'avait pas encore volé la virginité de Sarah. C'était déjà ça...Et maintenant que la chasseuse savait qu'il l'avait condamnée d'avance, il ne pourrait la lui prendre que par la force, en la violentant. Un sourire plus sadique ourla ses lèvres cerise : Maria jubilait, pensant qu'elle venait de gagner une forme de futur qui l'avantagerait elle et non plus la chasseuse.

Mais Maria était une jalouse qui ne connaissait pas réellement celui qu'elle vénérait.
Maria était une jalouse qui venait de signer son arrêt de mort.


****************

Dans l'esprit du Comte. Sur un autre plan dimensionnel.

Filaments de douceur
Espace clos
Infini
Petits êtres d'esprit
Guidez-moi encore
Une dernière fois...

La surface se déchire
Membrane originelle
Matrice de ficelles
Mon corps passe au travers
Comme c'est étrange...cette sensation de mourir
Je m'étouffe

Tu ne peux continuer.

Je le dois.


Âpres poussières
Vous disparaissez
Ne m'abandonnez pas !

Tu ne connais donc aucune limite ?

Sors.
Affronte-moi.

Le silence pèse sur les murs qui frémissent.
La voix s'est tue.
Ils se sont enfuis.
Le pastel devient noir.
Tout se nécrose...

Pulsations.

Un cercueil.
LE cercueil.


Tout est ouvert.

Rien n'a survécu.

Ce qui fut jadis ne sera plus


Ma main le touche.
Ses lèvres sont froides.
Sa peau est brûlante...

Non, c'est la tienne.

Tu es mourant.

Nous le sommes tous deux.
Veux-tu donc ma place ?

Je ne l'ai jamais voulue...


La brise s'égare.
Les méandres s'emplissent de cris.
Les guides sont morts.
Je les ai perdus.

Revenez !


****************

[Dans la Salle du Conseil]

Marco ouvrit brusquement la porte de la Salle du Conseil. Ses cheveux en bataille, soulevés par le courant d'air que son geste provoqua, encadrèrent son visage tiré par une profonde inquiétude. Ambre, qui gardait toujours la Salle, sursauta sur sa chaise en le voyant arriver.

- Où est-elle ?! lança le Vampire en criant comme un diable.

La belle rousse abaissa le livre qu'elle tenait, lui jeta un regard peiné et soupira en se tournant vers lui :


- Marco, tu sais bien que je ne pouvais pas l'arrêter. Le maître l'a désignée comme gardienne pour la jeune Spencer. Elle doit jouer son rôle auprès d'elle.

L'Allemand s'empourpra en serrant dents et poings.

- Non mais vous êtes tous dingues ou quoi ?! Ordre ou pas, vous savez bien qu'elle ne pourra pas s'empêcher plus longtemps de la bouffer ! Je vais la chercher. ajouta-t-il d'un air décidé en traversant la pièce à grands pas.

- Marco ! Non ! Arrête !

Ambre eut beau se lever pour attraper son confrère par une manche, elle ne put l'arrêter. Sa carrure et sa force physique l'empêchèrent de lui tenir tête. Le grand blond força la porte qui donnait sur le couloir en direction de la chambre de son maître et se précipita vers sa destination. La jeune femme le suivit en courant, priant pour que le Comte soit magnanime avec lui...
Mais Marco s'arrêta d'un coup. Ce fut si soudain qu'Ambre lui rentra dedans, heurtant son dos raidi.


- Qu'est-ce que ?! grogna-t-elle contre lui avant de reculer pour lui jeter un regard plein d'incompréhension.

Marco s'était figé et ses yeux restaient dardés sur la porte de chêne massif, ornée de feuilles et de plantes diverses, comme s'il venait de voir un fantôme au travers. Il blêmit d'un coup et se mit à trembler violemment. Ambre lui attrapa un bras et le secoua avec un peu de force.


- Marco ? Marco !

Les lèvres de l'Allemand frissonnèrent et sa voix, brisée, racla sa gorge nouée :

- Je...Il songe...Il parle au...au Père...Il parle au Père !

Ambre fronça les sourcils et tendit un peu son aura en avant pour toucher ce qu'il y avait derrière la porte. Mais rien n'y fit. Maria bloquait ses tentatives d'entrer et le Comte était hors d'atteinte dans son cercueil. Comment Marco pouvait-il donc savoir que leur maître était en plein songe ? Comment pouvait-il savoir qu'il songeait au Père ? Lui qui n'avait jamais dévoilé ses pouvoirs avait-il donc la capacité de partager les rêves ?
Doucement, la jeune actrice serra sa main sur son bras. Le cœur battant, son murmure frôla ses joues :


- Marco...Arrête...Il va te tuer.

Parlait-elle du Comte ou du Père ? L'un comme l'autre risquaient de détruire l'esprit de son ami.

***************

Tu ne peux continuer.

Je le dois.


Ce souffle sur ma peau
Brûlure du soleil

Elle te tueras.
Elle connaît le chemin.

Frisson
Douleur
Peur

Sa main se pose sur mon visage
Je dois fuir !

Trop tard mon ami.


***************

[Dans la Chambre du Comte.]

Ce fut la souffrance et l'effroi qui éveillèrent Jirômaru en sursaut. Son cri, rauque et douloureux, remonta dans sa gorge nouée. D'un geste, il se redressa en dégageant le large couvercle de son cercueil noir. Assis dans l'alcôve brûlante de satin bordeaux, il porta ses deux mains à son visage en serrant les dents. L'odeur de son propre sang se répandit autour de lui. Ses narines lui brûlaient atrocement. Sa paume se souilla alors du liquide rougeoyant qui en coulait abondamment et son estomac se souleva dans un haut le cœur incroyablement violent.

Maria poussa un cri de surprise et, voyant son maître saigner autant, elle bouscula l'assiette de Sarah et se précipita vers lui en hurlant :


- Maître !? Maître !! Que vous arrive-t-il ?!

La main du Comte saisit la jeune femme par la gorge avec une brutalité toute surnaturelle. Il sembla à l'oeil humain que ses doigts allaient la transpercer tant il la serra avec force. Maria hoqueta, incapable de parler, et des larmes envahirent ses yeux verts tandis que ses paumes tentaient désespérément de faire pression sur le poignet qui la condamnait. La main de Jirômaru glissa alors à cause du liquide poisseux qui les recouvrait, et son corps bascula en avant. Maria chuta, la gorge maculée du sang de son maître, et se retrouva à genoux près du cercueil. La porte de chêne fut poussée par Marco en panique, suivi d'Ambre qui, elle, se précipita vers Sarah pour la faire reculer.

- Maria ! hurla l'Allemand en se jetant sur la belle Vampire qui hoquetait à terre.

Le Comte se redressa en s'agrippant sur le bord de son cercueil et jeta un regard malade et horrifié au couple de disciples qui se tenait devant lui.


- Salluste...Appelez Salluste...

Marco crispa ses doigts sur les épaules de Maria et la tira en arrière pour l'éloigner de leur maître. Ambre serra une de ses mains autour du bras gauche de Sarah qu'elle tenait maintenant près d'elle et son regard s'emplit de larmes.
Il y eut un moment de silence durant lequel Jirômaru, qui tremblait maintenant comme une feuille, tenta de sortir de son cercueil avec une maladresse de nouveau né. Son menton gouttait du sang qui ne cessait de couler de son nez et souillait sa chemise à demi ouverte. Il transpirait du front et du torse, comme un fiévreux au bord de la mort. Plus personne ne bougeait. Cette vision semblait choquer tous les regards.


- Aidez-moi...supplia soudain le Vampire en tendant sa main sanglante vers eux.

Ambre quitta lentement Sarah et s'avança vers son maître. Avec mille précautions, la jeune actrice prit la main du vieux Vampire et s'accroupit à sa hauteur. Elle sentit l'aura du Comte flancher.


- Maître...Que pouvons-nous faire ? demanda-t-elle d'une voix gémissante.

- Sors-moi de là. Le lit...répondit son aîné en s'appuyant sur elle.

Ambre jeta un regard à Marco pour qu'il l'aide à soulever le Comte et à le faire parvenir jusqu'à l'édredon, mais ce dernier semblait paralysé de terreur et de colère. Dans ses bras, Maria s'était évanouie. Alors, l'actrice se tourna vers la jeune humaine et l'implora du regard avant de passer une épaule sous l'aisselle de son maître pour le tirer de son cercueil.


- Le lit...et...laissez-nous.

Ambre comprit que dans ce « nous » Sarah était incluse.

- Votre chemise...

*Enlève-la.*

Le Comte n'avait plus la force de parler. Il passa sans le vouloir par la pensée. Ambre saisit alors un pan de la chemise de son maître et entreprit de la lui enlever. Marco vint soudain l'aider, comme si sa fidélité avait pris le dessus sur ses craintes et ses sentiments contraires. Il laissa Maria à terre et soutint Jirômaru pendant que l'actrice lui enlevait le vêtement humide de sang, révélant peu à peu les affreux stigmates noirs qui parsemaient sa peau de marbre. Les auréoles s'étendaient en filaments grisâtres, comme de fines algues envahissent les rochers sous la mer, et l'une d'entre-elles semblait bien plus conséquente que les autres. Elle se trouvait sur son flanc droit et sa couleur avait pris une teinte plus foncée. Sa peau, à cet endroit, semblait pulser.
Ambre fit une grimace de dégoût et d'inquiétude, puis elle glissa la chemise en boule sous le nez de son maître qui n'avait même plus la force de la tenir.


*********************

Comment Jirômaru était-il arrivé sur son lit ? Il ne le savait pas. Pas plus qu'il ne savait ni comment ni par qui il avait pu être lavé de son sang et de sa sueur. Mais lorsqu'il s'éveilla de nouveau, il se sentit mieux, plus dispos, plus à même de réagir. Il se redressa péniblement dans les oreillers blancs et tâta son nez qui ne saignait plus. La douleur était presque passée et seul un léger picotement le dérangeait encore. Puis, il passa sa main sur son torse : une nouvelle chemise le recouvrait, cachant ses stigmates. Elle était d'un bleu roi qu'il avait peu l'habitude de porter.

Le Comte poussa un long soupir et laissa sa tête tomber en arrière. Il savait que Sarah était là, mais il ne lui jeta pas un regard.


- Je veux revoir le soleil Sarah...Je veux le voir sur ta peau nue avant de disparaître... murmura-t-il en fermant les yeux.


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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Sarah Spencer
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MessageSujet: Re: Souviens-toi de cette promesse [Comte, Sarah] [02/05/42] Lun 26 Déc - 23:14

Sarah était froide et solitaire. Voilà plusieurs jours déjà qu’elle avait commencé à s’enfermer dans une immense tour d’ivoire et à cloitrer son cœur dans un imperturbable cristal. Elle ne voulait plus que rien ne l’atteigne, ne plus rien ressentir. Après les attentats du théâtre, elle avait dû compenser avec son échec, les morts dont elle était responsable, la fuite d’Alexender et son rejet par l’ensemble de la bonne société. Elle avait du vivre avec le fardeau de les avoir tous entrainé dans cette terrible histoire et de vivre avec les conséquences, tout ça par sa faute. Elle avait vu la déception dans les yeux de ses parents et la douleur de leur mentir. Mais le plus terrible avait été de devoir cacher sa douleur à elle. Elle était anéantie par la fuite de son amant, de voir ses espoirs envolés, de voir leur amour se briser comme une vague contre les rochers de la grève. Tout cela, elle avait du le refouler au plus profond d’elle-même, pour ne pas rien laisser paraître, pour ne pas fissurer son masque et de briser l’illusion que tous se faisaient d’elle. En masquant sa fuite du couvent sous les traits de Gabriel Fitzwilliam, elle avait retrouvé un soupçon de liberté qui lui avait permis de respirer de nouveau. Elle avait alors consacré la moindre seconde de son temps à rechercher ses confrères et à tenter de racheter la réputation d’Alexender. Elle avait réussi à semer assez de doute dans l’esprit de plusieurs pour croire que tout cela n’était qu’un coup monté contre l’aristocrate. Malgré tout, malgré ses recherches, ses efforts, ses appels vers les membres de la guilde n’avaient pas trouvé le moindre écho. Ils avaient disparu, la laissant seule, terriblement seule avec son fardeau à porter. Peut-être lui en voulaient-ils? Peut-être la tenaient-ils responsable du cuisant échec, des morts, de leur fuite, de leur expulsion... Peut-être lui en voulaient-ils suffisamment pour la laisser seule, sans nouvelle, pour l’exclure de leur groupe, de leur secret, pour l’oublier...

Puis il y avait eu l’attaque du fiacre et sa chute dans la rivière. La noirceur et le froid qui obscurcissait le cœur de la belle chasseuse avaient encore grandi, faisant disparaître son sourire et laissant dans le creux de ses prunelles une ombre grandissante. Elle avait vu les coupures dans les journaux. On ne la cherchait déjà plus. Elle était morte aux yeux de tous. Et ses compagnons qui ne lui avaient pas laissé la moindre note... Lorsqu’elle avait été enlevée de nouveau par les membres du Sabbat, puis par la Camarilla, son être s’était complètement glacé. Elle ne ressentait déjà plus les émotions qui habitaient autrefois son visage. Elle ne connaissait plus la joie ni même l’illusion du bonheur.

Lorsque le Comte l’avait serré contre lui, elle avait senti quelque chose se réanimer en elle, son cœur battre de nouveau. Ses sens avaient basculé et elle avait retrouvé cette vague de chaleur qui avait éclipsé le froid qui envahissait son cœur. Avec une sorte de désespoir refouler elle s’était accroché à lui, atteignant des sommets fabuleux avant de s’échouer de nouveau sur les draps, le corps en ébullition. Elle s'était donnée dans ce péché pour atteindre toutes ses sensations qui lui avait donné l’impression de vivre de nouveau.

Toute cette merveilleuse chaleur était désormais bien loin maintenant qu’elle se tenait face à la belle vampiresse et son implacable froideur. La petite table qui les séparaient semblait bien frêle face à la colère à peine réprimée de la jeune femme. Ne sachant trop comment agir, Sarah se contentait de manger aussi calmement qu’elle le pouvait sa petite soupe. Sa cuillère tremblait entre ses doigts tandis qu’elle portait le liquide chaud à ses lèvres avides. Pourtant, bien qu’elle ne doutait pas que la soupe fut excellente, tout avait un gout de cendre dans sa gorge sèche. La chasseuse mangeait surtout par nécessiter. Depuis plusieurs jours qu’elle n’avait pu se nourrir convenablement, elle sentait que son corps devait se sustenter quelque peu pour qu’elle puisse reprendre des forces. À chaque bouchée, elle devait réprimer le puissant malaise qui comprimait sa poitrine. La magicienne ne pouvait s’empêcher de garder son regard de glace dans les yeux brulant de la belle Italienne. Que faisait-elle là? Son visage empreint de mépris la forçait à se tenir sur ses gardes. Il lui était réellement difficile de garder son air mondain face à autant de rage à peine contenue. Au bout de quelques instants, elle finit par reposer l’ustensile contre le bol de porcelaine. Le peu de faim qu’elle avait s’était envolé avec toute cette tension.

La présence de la disciple du Comte dans la chambre lui paraissait douteuse, comme une ombre qui se dressait devant le beau tableau que le Comte et elle avaient esquissé en secret dans le grand lit. La belle jeune femme la dévisageait de la tête aux pieds, observant chacun de ses moindres gestes et la détaillant de manière si précise que l’héritière ne pouvait que se sentir offensée et gênée. Un poids sombra soudainement dans l’estomac déjà bien fragile de l’Ondine. Et si elle les avait entendus? Elle tenta de lire les traits durcis de la jeune femme. L’air de Maria durcit brusquement. Oui, elle était certaine qu’elle avait entendu leur ébat. Sarah se renfrogna en elle-même. Elle refusait de se laisser embarquer dans une nouvelle confrontation. Elle ne voulait pas créer un nouveau conflit au sein du repère du Comte comme la... Un souvenir passa dans l’esprit embuer de la chasseuse avant de disparaître aussitôt. Encore une fois, elle avait la terrible impression qu’elle avait oublié quelque chose d’important. Terrible conséquence de l’intervention du Grand Lord sur sa mémoire, le fil de ses pensées se brisa et elle secoua doucement la tête avant de passer à autre chose. Que lui voulait-elle? Sarah avait déjà croisé à quelques reprises la magnifique jeune femme pour savoir qu’elle faisait partie des disciples intimes du Comte. N’était-elle pas l’une de ses actrices? Il lui semblait que le Prince n’avait pas de scrupule à mêler ses acteurs à ses plans nocturnes, à moins que ce ne soit le contraire? Les coups d’œil inquiet que la belle vampiresse portaient  au cercueil d’ébène convainquait Sarah que ce n’était pas le maitre des lieux qui avait mandater la jeune femme à cette rencontre.

Alors que la tension atteignait son paroxysme, la belle Italienne brisa enfin le silence de sa voix magnifique. Les mots qu’elle laissa échapper atteignirent en plein cœur la Chasseuse qui ne put s’empêcher de ciller. Elle constatait au regard de Maria qu’elle ne mentait pas. Mais alors que la belle crachait sur elle son venin, la Chasseuse fut perturbée par autre chose. Ce n’était pas simplement les paroles qu’elle lui dévoilait qui l’atteignait, mais aussi le ton sur lequel elle dévoilait ces révélations et surtout ce qu’elle cachait au fond de ses grands yeux verts. L’aristocrate avait déjà vu ce regard de haine. C'était la rage d'une femme délaissée, une femme dont l'amour si grand se changeait petit à petit en haine féroce. Cette tristesse profonde qui se cache seulement derrière un immense mépris et une grande colère. Ainsi donc, elle l’aimait. Elle, sa disciple, aimait d’un amour sans fin son maitre. Sarah se figea intérieurement. Combien en avait-il eu avant elle? Est-ce qu’il prenait comme amante toutes les femmes qui constituaient ses proches? En autant de siècles d’existence, combien en avait-il eu? Bien décider à poursuivre sur sa lancée, la disciple continua sur ses révélations. Les mains de la jeune Spencer ramener sur ses genoux sous la grande cape serrèrent le tissu de sa robe de nuit pour ne pas trembler encore plus. Mais qu’es qu’elle lui chantait?  De sa voix douce remplie de mépris, la vampiresse lui dévoilait le destin que lui avait réservé le Comte. Ses beaux yeux verts la transperçaient tandis qu’elle l’accusait des maux dont souffrait son maitre. Malgré son air froid et vide de toute expression, Sarah bouillonnait intérieurement. Non, elle n’aurait pas osé proférer de telles paroles en l’air. Elle n’aurait pas osé de telle révélation, de s’attirer les foudres de Jiromaru si cela n’avait pas été vrai.

Sarah resta un instant figée, suivant du regard la gracieuse silhouette de Maria se levait avant de s’afférer à refaire le lit. Sous la petite table, les poings de la chasseuse serraient durement. Elle se sentait perdue, trahie, captive dans cette chambre qu’elle ne pouvait quitter. Et le regard de satisfaction que ne pu s’empêcher d’avoir la belle disciple en soulevant les draps lui donna une brusque envie de vomir. Lorsque Maria revint vers elle pour saisir le bol, sa rage froide s’accentua encore. Elle était incapable de tolérer plus longtemps ce faux semblant. Un bruit violent déconcerta sa colère et aussitôt le regard des deux femmes se porta vers le cercueil d’ébène qui reposait au pied du lit. Le grand couvercle avait été repoussé et le Prince se tenait en son centre, assis, ses mains blanches posées contre son visage dont s’échappait une nuée de sang. La scène figea les deux femmes, mais Maria fut la première à réagir. Bousculant la table, elle se précipita vers son maitre dans l’espoir de l’aider. Mais aussitôt que la belle Italienne fut à porter de son maitre, sa main blanche se posa brusquement sur la belle gorge de la vampiresse dans un geste si violent que Maria elle-même sembla stupéfaite. Les doigts de Jiromarue serrèrent avec une telle force que Sarah eut l’impression qu’ils s’enfonçaient dans la gorge blanche de la disciple. Son visage prit alors une expression de stupeur mêlée à celle de l’effroi. Elle voulut faire un geste pour aider Maria, mais celle-ci tomba au sol. Aussitôt la porte derrière l’aristocrate s’ouvrit à la volée laissant passer un homme dont elle ne vit que l’ombre se mouver tant il se précipita vers le cercueil. Une main attrapa le bras de la magicienne et elle jeta un coup d’œil apeuré à la disciple qui se tenait maintenant près d’elle. La main de la jeune femme s’enroula autour de son bras, l’obligeant à reculer. Sarah se laissa entrainer par le mouvement, incapable de faire le moindre geste. Un silence de plomb tomba dans la chambre tandis que tous les regards se fixaient sur le grand Prince qui glissait en tentant de sortir du meuble funeste. La scène la choquait plus que tout ce qu’elle avait vécu à présent. Puis, il leva vers eux un regard fiévreux avant de leur demander de l’aide. Son ton suppliant fendit le cœur de Sarah. La belle rousse la quitta alors pour s’approcher du Lord qui lui demanda de le porter jusqu’à son lit. Malgré sa taille fine et ses membres graciles, Ambre aida son maitre à se redresser. La disciple jeta alors un regard à son collègue lui demandant silencieusement de l’aide, mais le jeune homme semblait trop choquer pour faire le moindre geste. Elle tourna alors son regard vers Sarah. Pour la jeune humaine, ce fut comme un déclic et elle bondit vers la jeune femme pour l’aider. Elle saisit le bras du Comte pour l’aider à se redresser. Sa peau était chaude, brulante, comme celle d’un fiévreux. Par réflexe, l’héritière posa une main sur la poitrine du Prince pour l’empêcher de basculer vers l’avant. La disciple demanda alors à son maitre ce qu’il voulait faire de sa chemise. Puis, comme si elle avait entendu une réponse silencieuse, elle entreprit de lui enlever. C’est à cet instant que le grand blond sembla sortir de sa torpeur. Il s’approcha de Sarah pour la repousser durement, mais sans la brusquer. La Chasseuse recula de quelques pas, gardant sa main gauche désormais souillée de sang dans les airs. Son corps tremblait violemment. Elle sentait de nouveau les picotements parcourir sa nuque nue. La jolie disciple enleva avec douceur la chemise du Comte. Sous le regard pur de la belle humaine se dévoila alors le corps martyrisé du grand Prince. Sur sa peau blanche qui recouvrait ses muscles tremblants, des stigmates, d’un noir profond, s’étendaient comme des fissures sur une porcelaine délicate. Face à cette vision horreur, la Chasseuse voulut porter sa main devant sa bouche, mais ses doigts encore tachés de sang la dégoutèrent de son propre geste. Elle recula encore jusqu’à ce que son dos ne heurte une porte. Elle se sentait de trop devant cette scène. Elle se sentait comme une indésirable, une ombre, une tache qui n’avait pas raison de sa présence. Ses tremblements devenant plus violents, Sarah eut peur de perdre le contrôle d’elle-même. Incapable de rester, elle s’enfuit dans l’autre pièce.

Elle referma durement la porte derrière elle avant de fixer cette dernière, gardant ses paumes fermement encrées contre le bois comme si elle s’attendait à ce que quelqu’un ne tente de l’ouvrir de force. Elle sentait ses mains trembler contre le bois et lentement, elle se laissa tomber à genoux au sol. Son souffle était court et elle avait l’impression que les murs autour d’elle tanguaient. Et si Maria avait raison. Si c’était elle qui était la cause des horribles stigmates qu’elle venait de voir? Perdue dans ses sombres pensées, c’est dans cette position qu'Ambre la retrouva lorsque la belle rousse entra par la porte de la chambre d’invité. La flamme de la chandelle qu'elle tenait à la main vacilla un instant comme si un souffle invisible tentait de l'éteindre, puis elle reprit vigueur. Combien de temps s’était-il écoulé? Une seconde? Un siècle? La belle Chasseuse perdait facilement tous  ses points de repère.


-Mademoiselle?

La voix douce de la jeune femme fit relever la tête à Sarah qui tourna vers elle un regard éteint. Ce n'est qu'en apercevant la lueur de la flamme qu'elle se rendit compte qu'elle était restée dans les ténèbres pendant tout ce temps. Elle se trouvait dans la salle du piano. Derrière elle trônait le grand instrument dont le bois poli reflétait la lueur de la chandelle. La flamme éclaira la porte où la main sanglante de Sarah avait laissé une empreinte. La belle actrice grimaça avant de s'approcher de la magicienne qui avait repris ses airs sauvages de l'ondine qu'ils avaient été récupérés au cimetière. Puis, lorsqu’elle fut tout près, elle tendit la main, pour aider la chasseuse à se relever. Son geste rempli de sollicitude surprit Sarah qui regarda cette main blanche près d’elle avant de ramener son regard dans les yeux de la belle disciple. Derrière ses beaux yeux, elle se doutait que la jeune femme partageait l'opinion de Maria. C’était donc ainsi que tous la percevaient? Comme une indésirable, une simple proie supplémentaire. Partageait-elle le même amour que Maria pour son maitre? Avait-elle été elle aussi son amante? Quelle place occupaient donc les disciples dans le cœur malade du lord? Sans savoir pourquoi, la chasseuse accepta la main tendue de la jeune actrice et se releva. Elle se laissa entrainer dans la chambre d’invité où l’attendait la robe que Maria lui avait déjà proposée. Avec une grande douceur, l’actrice plongea la main de Sarah dans la grande bassine d’eau pour l’aider à se débarrasser du sang séché qui souillait sa main. L’aristocrate regarda doucement l’eau prendre une couleur rosée. Combien de fois devrait-elle laver ses mains souillées de sang? En regardant Ambre se déplacer dans la pièce, la jeune humaine ne pouvait s’empêcher de se questionner. Combien d’amantes le Comte avait-il eues au court de son existence? Lui qui avait traversé les siècles et les épiques... Avait-il connu les nuits sans fin de Louis 14 ou encore les orgies des Médicis? Combien de femmes avait-il serrées dans ses bras et combien d'entre elles étaient devenus ses disciples?

Lorsque la belle actrice ouvrit un placard contenant diverses robes, un nouveau poids sombra dans son esprit. C’était là la preuve indéniable de l'attention qu'il portait pour la gent féminine qu’il invitait dans ses appartements. Il y en avait donc eu d'autres...Avec une grande douceur, Ambre aida l’héritière Spencer à se vêtir. Il fallait dire qu’avec sa main blessée, la jeune humaine était incapable de lacer convenablement sa robe ou encore d’en attacher les petits boutons. Puis, après un dernier sourire, la belle actrice quitta la pièce, laissant l’Ondine à sa solitude. Sarah plongea son regard dans le vide. Ils étaient tous aussi hypocrites les uns que les autres. Malgré la sollicitude et la compassion de la belle actrice, l’héritière ne pouvait s’empêcher de voir en elle une rivale supplémentaire. Incapable de supporter plus longtemps cet endroit, Sarah sortit à son tour.

La salle du piano était encore doucement éclairée. Ambre avait pris soin d’allumer les pièces pour que la jeune humaine puisse s’y déplacer à sa guise. Sarah s’approcha doucement du piano, attirée par une force invisible. La simple présence de l’instrument calmait ses angoisses. Aussitôt qu’elle posa les doigts sur les magnifiques touches d’ivoires, ses tremblements cessèrent. Elle glissa doucement sa main, sentant le froid des touches, la ligne mince qui les séparait chacune des autres, le bois poli. Elle demeura un instant immobile à fixer l’instrument avec envie. La musique lui manquait. Elle avait quitté brusquement sa vie au même moment qu’Alexender et l’un comme l’autre lui faisait ressentir un abysse profond au fond de son cœur maintenant qu’elle y songeait. Avec une grâce due à l’habitude, elle prit place sur le banc avant de caresser de nouveau les touches. Elle n'avait pas pensé à couvrir ses pieds nus aussi fut elle saisit par le froid de la pédale de l'instrument lorsqu'elle y posa le pied. Elle ne savait pas quoi jouer. Elle ne savait même plus si elle en était encore capable. Devant elle était posée des partitions dont elle détournait doucement le regard tant les accords lui semblaient compliquer. Et dire que jouer avait toujours été pour elle comme une libération, un besoin aussi vital que de respirer. Elle avait l’impression de ne plus en avoir la force aujourd’hui.

Spoiler:
 

Elle ferma doucement les yeux tentant de se détacher d’elle-même, de ses émotions, de faire le vide. Les premières notes résonnèrent dans la pièce. Timide, faible. Puis elles prirent de la vigueur. Malgré le couvercle du piano fermer, elles résonnèrent dans la pièce, grimpant le long des murs. Elles envahirent les corridors, puis la grande salle où elle trouva sans doute quelques auditeurs. Sarah joua le premier mouvement en entier. Les notes empreintes de tristesse, de nostalgie, sonnèrent comme une longue lamentation dont son cœur trouvait l’écho. Elle jouait dans un plaisir solitaire, pour masquer sa peine et sa rage.

Elle sentait qu’elle se retrouvait dans cette marche funèbre qui menait doucement vers la lumière. Elle voulait tout oublier, retourner à ses jours heureux où sa première préoccupation était de terminer d’apprendre un morceau par cœur pour pouvoir le rejouer à sa guise. Elle voulait retrouver ce temps chaleureux, sa misère, sans douleur, sans solitude. Ses mains glissèrent contre les touches dans un crescendo de fausses notes et Sarah en retira brusquement ses mains qui étaient agitées de nouveau de tremblement. Oui, sa terrible solitude lui pesait. La belle resta un moment à fixer l’instrument, incapable de croire que c’était elle qui avait fait ces sons cacophoniques. Non, plus rien ne serait comme avant...Comme pour se sauver des ténèbres qui grandissaient en son for intérieur, la belle abandonna le piano.

Avec une douceur réticente, l’Ondine poussa la porte de bois sculpté de ses mains tremblantes puis elle entra de nouveau dans la chambre du Comte. Ses pieds nus frôlèrent le sol dans un silence religieux. Les chandelles avaient été changées et il régnait dans la pièce une douce lueur. Toute trace de sang avait été effacer de même que les vêtements souillés du Lord. Son cercueil, dont le couvercle était ouvert, laissait les reflets des flammes s’accrocher au satin pourpre qui recouvrait l’intérieur de l’objet funeste. Rien n’avait changé. C’était comme si la terrible scène qui s’était déroulée entre ses murs quelques moments plutôt avait déjà été oubliée. Mais la magicienne, elle, ne l’oubliait pas.

Sur sa droite, elle vit la silhouette étendue du Prince. Sa tête blanche était posée sur l’oreiller et elle constatait pour la première fois la pureté de ses cheveux aux reflets argentés. Il était étendu de tout son long, pauvre diamant échouer sur un rivage de douceur. Le calme avait de nouveau recouvert ses traits. Il semblait dormir encore, où voguer dans l’inconscience. Sa chemise bleue lui donnait un air plus vivant, l’habillant un peu de couleur. Pourtant, elle ne pouvait oublier la terrible rage dont il avait fait preuve ni son extrême faiblesse. En le regardant étendue, Sarah se sentit de nouveau attirer par lui. Même inconscient il agissait sur elle comme un terrible aimant. Elle rêva l’espace d’une seconde aller s’étendre de nouveau à ses côtés et de plonger le nez dans le creux de son cou simplement pour en respirer le parfum. Comme elle pouvait le haïr.

L’aristocrate fit quelque pas, ses mains tremblantes serrant la grande cape rouge contre ses épaules. Le terrible froid qui avait envahi son être depuis son séjour dans la rivière était encore bien présent. Elle observa d’un œil consterner le grand cercueil noir. Sa simple vue la plongea de nouveau dans l’effroi. Elle y revoyait le Comte en sortir, son sang couler de son visage immaculé, ses mains se serrant autour de la gorge de Maria… Elle avait la terrible impression que cela aurait pu être elle à la place de la pauvre disciple. Son cou n’aurait pas résisté à une telle attaque. Ses os se seraient rompus rapidement devant une telle puissance et elle se serait écroulée au sol comme une poupée de chiffon.

Brusquement, un long frisson remonta le long de la colonne de l’Ondine. Quelque chose au fond d’elle lui rappelait qu’elle se trouvait profondément sous terre et c’était comme si elle sentait le poids du monde qui existait au dessus d’elle peser sur son corps. Se fichant complètement des convenances, elle s’allongea sur le tapis moelleux. Sa poitrine se comprima et une douleur aiguë la fit trembler de tout son corps. Elle subissait durement le contre coup de tout ce qu’elle venait de vivre. Une longue minute s’écoula puis la tension se relâcha. La jeune femme s’allongea de tout son long, se forçant à de grandes inspirations pour retrouver son calme. Au moins, en étant au sol, elle n’avait plus l’impression de tomber.

Lorsque la voix du Comte résonna dans la chambre, la magicienne ouvrit doucement les yeux, accrochant son regard éteint aux moulures qui ornait le plafond. Elle n’avait pas la force de se relever et d’affronter son regard malade. Toutefois, les mots qu’il prononça la pénétrèrent comme une caresse contre sa joue. Elle frissonna malgré elle au timbre de l’homme, son corps frissonnant au souvenir de cette même voix qui soupirait d’extase contre son cou. À peine réveiller, il reprenait son effet désastreux sur son corps. Pas cette fois, elle n’allait pas capituler aussi facilement. Le silence plana un moment, chacun reprenant son rôle déterminé par le destin. Sarah s’enfermait de nouveau dans sa tour d’ivoire, refermant son cœur insensible. Lorsqu’elle parla, sa voix claire avait repris l’aplomb et le soupçon d’effronterie qu’elle avait toujours eu.


-Tu es atteint de dégénéressance c’est ça?

Elle avait murmuré doucement cette phrase et pourtant tout le sens qu’elle portait en elle s’abattit comme un coup de tonnerre révélant par la même occasion l’étendue de son savoir de Hunter. Malgré ses attitudes rebelles et fonceuses, l’Ondine avait toujours été une jeune femme méthodique et d’une grande réflexion. Son précepteur lui avait souvent répété que le savoir était la clé de la connaissance et que l’histoire leur avait enseigné que les grandes guerres se gagnaient que lorsqu’on avait une bonne connaissance de son ennemie. La magicienne avait donc passé une bonne partie de sa vie à étudier les vampires avant de s’en faire des ennemis officiels. Elle avait observé leur habitude, leur geste du quotidien... Elle avait même réussi à devenir assez proche de certains d’entre eux pour s’en faire des informateurs. Elle connaissait donc cette terrible maladie, la seule qui pouvait encore affecter les immortels, qui les tuait à petit feu, les rendant fous et inaptes, les transformant en véritable danger pour les humains et leur race. Elle connaissait son effet dévastateur pour avoir déjà dû tuer des êtres incapables de se nourrir qui s’attaquaient à tout, emporter par une terrible folie.

- C’est pour cette raison que tu le cherches n'est-ce pas? Cet homme, ce vampire, celui dont parle ton carnet, tu crois qu'il pourra empêcher ça?

Son ton était tremblant. Elle était en colère contre elle-même de ne pas avoir compris assez vite la teneur du carnet des songes. Elle doutait profondément qu’il puisse exister un être capable d’empêcher la terrible maladie. Son cœur se serra brusquement. Et elle dans toute cette histoire? Elle se mordit la lèvre inférieure. Et s’il se servait d’elle comme un simple substitut, un passe-temps agréable, le temps de trouver une meilleure alternative. Il se servait d’elle pour se nourrir, tout simplement. Maria ne lui avait-elle pas révélé la clé de son terrible destin? Et s’il faisait semblant de s’attacher à elle simplement pour s’assurer de sa docilité? Devait-elle lui dire qu’elle était au courant du sacrifice qu’il voulait faire d’elle? Du noir secret que lui avait confié sa disciple. Elle secoua doucement sa tête, faisant voler ses belles boucles autour de son visage. Non, elle ne lui dirait pas. Ce n'était pas à elle de jouer les indices, elle était bien au-dessus de tout cela. Trahir les révélations de Maria reviendraient à entrer dans son jeu et cela elle ne le voulait pas. Elle en avait assez d'être manipulée, utiliser par tous. Brusquement, l’aristocrate se redressa, laissant choir au sol l’épaisse cape vermeille. Le grand morceau de tissus au sol dévoila sa silhouette fine enjoliver par la tenue que lui avait choisie la belle Italienne. La robe était simple, d’un bleu profond, presque noir. Elle ne possédait pas de crinoline, simplement un jupon de tissus un peu ample qui faisait que les pans de la jupe retombaient doucement jusqu’au sol, masquant ses pieds nus. Les manches descendaient jusqu’à ses coudes laissant apparaître le blanc de ses avant-bras et le bandage de sa main droite. Sarah demeura au centre de la pièce, enlevant d’un geste machinal les poussières imaginaires qui recouvraient sa robe. Il fallait qu’elle bouge, qu’elle quitte cette oisiveté pour ne pas sombrer de nouveau, pour ne pas s’effondrer. Elle n’attendait rien de lui, elle ne voulait pas rien attendre de lui. Ses mains tremblaient encore. De froid? D’appréhension? Elle ne pouvait le dire. Le silence s’installait de nouveau, faisant monter ses angoisses et sa colère. Sarah fit quelques pas jusqu’au miroir où elle fixa son reflet. Elle devait rester forte. Son regard se posa sur le lit où elle voyait les draps chiffonnés et les couvertures tirées sous le poids de l’être invisible.

-Je veux rentrer. Murmura la belle héritière.

Sa propre demande la surprit. Rentrer? Mais où donc? Elle n’avait nulle part où aller. Retourner chez Abi? Cela n’avait pas de sens. Retrouver la guilde? Son cœur se serra. Non... Elle ne le pouvait pas. En trois semaines de recherche sous les traits de Gabriel, elle n’avait pu les retrouver, elle n’aurait aucune chance de plus à présent. Elle devait retourner au seul endroit qu’elle considérait encore comme chez elle : Le Manoir Spencer. Peut-être la présence de ses parents réussirait à la sortir de sa tour d’ivoire. La belle chasseuse passa une main dans sa chevelure désordonnée évitant toujours ostensiblement le regard du Comte.


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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Souviens-toi de cette promesse [Comte, Sarah] [02/05/42] Ven 30 Déc - 12:43

[HRP/ Dans la Salle du Conseil /HRP]

Sur les dalles glacées de la Grande Salle, les Sept étaient réunis. Manouk et Marco se tenaient un peu à l'écart et discutaient vivement en chuchotant. Ambre et Agniès veillaient sur Maria qui avait été allongée sur un banc non loin de la table centrale. La belle Italienne dormait d'un sommeil artificiel. Sa gorge blanche, striée de marques violacées, faisait peine à voir. Ces vestiges douloureux témoignaient de la poigne du Comte et de sa violence. De son côté, Arath, le ténébreux, était assis sur une chaise. Le Vampire demeurait silencieux, le poing sous le menton. Il écoutait d'une oreille la conversation de ses confrères.

- Cela ne peut plus durer. fit Manouk, furieux.

Son ton restait presque neutre mais l'on sentait que sa voix vibrait d'une sourde colère. Son maître et ami luttait contre des forces qui le dépassaient et c'était ce genre d'ambition qui avait tué Salluste. Il ne comprenait pas pourquoi il s'obstinait à agir seul. Cela les mettait tous en danger. Et puis, l'inconscience de certains disciples, comme Maria, le révoltait tout à fait.


- Nous ne pouvons pas l'arrêter. soupira Marco abattu. Regarde Maria ! Il préférera nous tuer plutôt que d'y renoncer...

- Cela ne fait aucun doute. acquiesça le grand Africain.

L'Allemand resta interdit un moment, puis il se passa une main sur le visage, exaspéré par le calme apparent de son aîné.


- Je...j'ai vu ce qu'il voit la nuit, dans ses songes. J'ai vu cette...cette chose à laquelle il parle...

Manouk fronça les sourcils. Marco était un des seuls Vampires de sa connaissance qui n'avait pas encore développé ses pouvoirs.

- Parle, fils, dis-moi ce que tu as vu.

Arath serra les dents. Que Marco ait vu ou non une partie des songes du Comte, cela ne changeait rien. Ils devaient combattre tous ensemble ou ne rien faire. Seul, leur maître était impuissant et il était temps qu'il en prenne conscience. Lui, il rêvait d'une vraie guerre, d'une bataille physique. Il en avait assez d'attendre que le Comte ne trouve la faille qui les mènerait à leur adversaire. Ces attaques mentales ne menaient qu'à la ruine de sa santé. C'était stupide de continuer dans ce sens.
De leur côté, Ambre et Agniès s'inquiétaient de l'état de Maria. Si Jirômaru n'avait pas glissé à cause du sang qui maculait sa main, il lui aurait sans aucun doute brisé le cou. Il s'en était fallu d'un cheveu ! Les deux jeunes femmes palpaient doucement la peau sombre de la belle italienne et appliquaient dessus un baume censé apaiser sa douleur.


- J'ai peur pour la demoiselle Spencer...Après ce qu'il a fait à Maria...murmura Agniès à sa consoeur.

Ambre soupira en silence. Sans quitter Maria du regard, l'actrice écarta un peu ses longues boucles noires et toucha du bout des doigts son cou meurtri avant de caresser sa joue.


- Il ne la blessera pas. Je ne pense pas. Mais ses songes lui font parfois perdre la notion de réalité. Et puis...Maria prend des risques inconsidérés en sa présence. Elle ne cesse de lui désobéir ou de tenir tête aux plus anciens. Même Manouk est exaspéré par son comportement.

Agniès baissa la tête, comme une enfant. C'était la plus jeune des Sept et la dernière engagée en leur sein. Elle ne connaissait pas encore toutes les subtilités des relations qui existaient entre eux et leur maître. Souvent, elle sentait qu'une partie de ce qui se jouait autour d'elle lui échappait.

- Je m'en veux de la laisser avec lui. ajouta-t-elle avec timidité, comme si elle craignait les foudres de la belle rousse. Elle avait l'air...complètement paralysée de peur.

Ambre grimaça. Sarah avait tenté de les aider à soulever le Comte et à le porter jusqu'à son lit. Mais elle avait ensuite été prise de panique et avait fuit la terrible scène qui s'était jouée devant eux. Elle s'était réfugiée dans la salle de musique, le temps qu'ils s'occupent du vieux Vampire, et ils ne s'en étaient pas préoccupés sur le moment. Puis, après avoir lavé le visage de son maître et lui avoir enfilé une nouvelle chemise, Ambre avait retrouvé la jeune chasseuse prostrée dans les ténèbres. Sa position et l'hostilité particulière au creux de son regard avaient reflété sa profonde détresse. La pauvre humaine devait être traumatisée par la vision de Jirômaru, sanglant, couvert de stigmates, le corps blanchi par la mort et la maladie. Son esprit avait sans doute été durement marqué par sa violence à l'égard de Maria et par l'aspect pathétique de ses suppliques.
Après un silence, Ambre répondit d'une voix quelque peu terne :


- La peur est nécessaire à la survie de chacun. Elle doit avoir peur de lui.

Des notes de musiques leur parvinrent soudain. Arath redressa lentement la tête et tendit l'oreille avant de revenir à sa position initiale. Manouk et Marco se jetèrent un regard interloqué et reprirent peu à peu leur sombre conversation. Maria sourit à Agniès avec un peu de chaleur.

- Sarah Spencer a de nombreuses ressources, j'en suis convaincue. Elle signera la perte du Prince ou son salut.

*****************

[HRP/ Dans la chambre du Comte / HRP]

Sarah ne le regardait pas. Le silence s'était installé comme si une barrière invisible les séparait. Ce silence troubla Jirômaru et ses iris anthracites se mirent à chercher la chasseuse. Au départ, il ne parvint pas à la localiser. Pourtant, il sentait son odeur et sa chaleur. Était-ce un rêve ?
Le Vampire se redressa encore un peu sur l'édredon et bientôt ses yeux retrouvèrent la silhouette de la jeune femme et la dévorèrent. Elle était là, allongée sur le tapis, enfermée dans la demie-pénombre de la pièce. Elle était couverte de son manteau rouge et sa chevelure sauvage tombait en cascade sur ses épaules. Que faisait-elle donc au sol ? Pourquoi ne lui répondait-elle pas ?
Le cœur du Comte fit un bond. Sous sa cape vermeille, elle paraissait morte.


- Sarah ?! appela-t-il avec inquiétude.

Alors la voix de la chasseuse calma ses craintes mais ses paroles le mortifièrent. Il mit du temps à réagir, trop perturbé par la position quelque peu grotesque que la chasseuse avait prise et par la cruauté de sa question. Pourquoi ne s'était-elle pas couchée à ses côtés ? Que savait-elle sur la dégénérescence ?
Le Vampire soupira et ferma les yeux un instant. Tout était si flou dans son esprit...Il avait oublié ce qui l'avait réveillé, il avait refoulé au plus profond de son être son geste envers Maria. Mais, peu à peu, tout lui revenait. Sa mémoire morcelée se composait de fragments étrangement imprécis. Plus il rassemblait les brides de souvenirs qu'il avait perdues et plus il sentit que l'atmosphère avait changée et que quelque chose s'était brisé entre Sarah et lui.

Ramenant son regard sur la belle, il frémit à la vue de sa cape et grimaça :


- Nous le sommes tous, Sarah...La dégénérescence est simplement plus visible chez certains...

Le vieux Vampire répugnait à entretenir ce sujet. Il ne désirait pas se confier sur sa santé, ni à ses disciples, ni à Sarah. C'était un domaine de son intimité qu'il refusait de partager, par pudeur sans doute, par honte également. Il ne voulait pas dévoiler toutes ses faiblesses.
Mais alors qu'il allait tenter de dévier la conversation et d'inciter la jeune femme à le rejoindre, Sarah avança l'hypothèse que l'homme qu'il recherchait, et dont il faisait mention dans son carnet de songes, était un Vampire qui pourrait l'aider à vaincre la dégénérescence.
L'ancien samouraï fronça aussitôt les sourcils et prit un air sévère. Il savait que la jeune aristocrate avait lu son carnet de notes mais d'en avoir une preuve aussi sèche le blessait. Il avait l'impression que l'on avait forcé un de ses coffres forts et violé sa vie privée.
Cette fois, il ne répondit pas.

Jirômaru avait tellement de choses à dire à Sarah et pourtant, il n'avait jamais réellement trouvé l'occasion de discuter sérieusement avec elle. Toujours, ils s'étaient retrouvés en plein cœur de conflits, en pleine bataille, au creux d'un ébat. Jamais ils n'avaient pris le temps de s'accorder un tête à tête sincère, pour exposer leurs sentiments respectifs ou leurs aspirations. Le vieux Vampire mourrait d'envie de partager mille et une pensées avec elle, mais il se l'interdisait. Tant de vies étaient en jeu ! Tant de biens ! Il ne pouvait se permettre de prendre plus de risques qu'il n'en avait déjà pris ces derniers mois.
Pourtant, lorsqu'il vit Sarah se lever et marcher vers ce grand miroir qui lui servait à s'habiller, le lord sentit que l'heure était venue. Sa cape tombée au sol révélait une nouvelle fois les courbes graciles de la jeune femme et lui rappelait qu'ils n'appartenaient pas au même monde. Le vêtement rougeoyant reflétait cette vie qu'il devait bientôt abandonner.
Sarah jeta un regard sur son lit, évitant soigneusement son regard braqué sur elle. Puis elle murmura qu'elle désirait rentrer. Jirômaru resta muet encore un instant, puis il se décida. Lentement, il tira la couverture pour s'en défaire et se leva. Sa longue chevelure blanche frôla le baldaquin et la table de nuit tandis qu'il rejoignait la chasseuse. Avec une infinie douceur, il passa dans son dos pour la prendre dans ses bras. Ses mains s'enroulèrent autour de sa taille et il la maintint ainsi, contre lui, le menton légèrement appuyé sur sa tête. Ses yeux trouvèrent leurs reflets dans le miroir et un soupir mélancolique déchira sa gorge. Lui, il se voyait, serrant tendrement la belle humaine contre sa chemise bleu roi. Mais il savait que la jeune femme, elle, ne voyait que son propre reflet, seul, comme s'il n'existait pas. Cette idée lui fendit le cœur.


- Je te ramènerai chez toi, Sarah. Je n'attends que la nuit...elle ne va pas tarder.

Puis le grand Vampire pressa un peu la chasseuse pour l'inciter à se tourner et à lui faire face. Il remonta ses mains sur ses épaules et s'éloigna légèrement d'elle afin de l'obliger à le regarder dans les yeux.

- Sarah, regarde-moi...Le Comte sentait ses jambes trembler tout comme les mains de la belle qu'il prit bientôt entre les siennes. Cet homme, dont tu me parles et que je poursuis dans mes songes, n'est pas n'importe quel Vampire...Il marqua une pause, hésitant sur ce qu'il devait maintenant dévoiler ou non. Viens...

Jirômaru tint la main de Sarah pour l'emmener avec lui près de la table de chevet. Une fois arrivé près du petit meuble, il la lâcha et saisit alors son carnet de songes pour le feuilleter lentement. A mesure qu'il tournait les pages, il s'assied sur le rebord du lit. D'un regard, il invita la chasseuse à s'asseoir elle aussi. Il sentit son inconfort mais il ne pouvait plus supporter qu'elle l'évite. Aussi l'attrapa-t-il par le poignet un peu vivement, mais sans violence, pour la tirer vers lui et la pousser à prendre place sur l'édredon.

- Regarde...fit-il en lui mettant sous le nez une page sur laquelle trônait un croquis esquissé à la mine de plomb. Tu vois ce cercueil ? Ces entrelacs d'un temps passé, ces étranges membranes déchirées ? Le croquis représentait un grand cercueil au sommet de trois marches au milieu d'une pièce dont les murs semblaient faits de toiles d'araignées. C'est de cela que je songe, de cette cachette. Je tente d'atteindre le Vampire qui se terre dans cet espace...

L'ancien samouraï hésitait toujours à aller plus loin. Il n'était pas certain que la jeune humaine le comprenne tout à fait. Après une pause, son regard transperça celui de la chasseuse.

- Sarah, crois-tu en Dieu ? Es-tu une bonne chrétienne ?

Le Comte savait pertinemment que la jeune femme avait reçu une éducation classique, comme toutes les filles de bonne famille, mais il l'interrogeait sur ses pensées intimes et non plus sur ce que la société avait fait d'elle.
Le silence se fit. Puis le lord referma son livre et soupira en levant les yeux au plafond à l'instar d'un homme qui prie le ciel de comprendre ses choix. Il se mit alors à tapoter doucement son genoux avec le carnet fermé, comme s'il réfléchissait à sa façon d'amener les choses.


- Sache que je crois en Adam et en Ève. A travers ses longs cheveux d'argent, son regard gris glissa dans l'azur des yeux de la chasseuse. Il lui sourit avec un soupçon d'ironie, comme si ce qu'il lui dévoilait maintenant risquait de paraître dénué de crédibilité. Car...pourquoi les Humains n'auraient-ils pas de Père et de Mère si les Vampires en possèdent ?

Sans attendre de réaction de la part de Sarah, l'ancien samouraï se leva soudain pour jeter son carnet sur la table de chevet. Il l'avait fait avec un genre de mépris, comme si ce petit livre renfermait une histoire qu'il détestait. Alors il ramassa sa cape vermeille qui gisait sur le tapis et entreprit de la poser sur le dossier d'un de ses fauteuils ornés de velours.

- Les Vampires que je traque possèdent de grands pouvoirs, mais je ne souhaite pas leur demander de m'aider à endiguer mon mal. expliqua-t-il sans regarder Sarah. Je doute d'ailleurs qu'ils aient réellement envie de préserver leurs enfants les plus...récalcitrants.

A ces mots, le Comte ramena son regard sur Sarah. Il paraissait soudainement aussi sérieux qu'un chef de guerre préparant une bataille. Bientôt, il s'appuya sur le dossier du fauteuil et se frotta lentement les yeux.

- Le Don Obscur, comme nous l'appelons, ne peut être renouvelé que si l'on se nourrit « correctement » ou si l'on s'entre-dévore. continua-t-il sur un ton las. C'est un fluide qui coule dans nos veines et dont les effets s'amenuisent avec le temps. Le Vampire s'approcha du miroir, les mains dans son dos. Je suis vieux Sarah, terriblement vieux. Mes pouvoirs sont démesurés mais ils se dispersent et je m'y égare parfois. Ce corps n'est plus le mien depuis longtemps...murmura-t-il en regardant ses mains. Il est le fruit de siècles de lutte contre le Don et mes semblables. Ce n'est plus qu'un assemblage de contradictions, une véritable aberration. Le Vampire ramena ses ongles contre ses paumes et serra les poings. Je ne l'entretiens que pour avoir le temps d'arriver à mes fins.

Jirômaru laissa ses bras tomber le long de ses flancs et revint vers la jeune aristocrate. Il la trouva si belle dans sa robe simple, si fragile, qu'il sentit son cœur lui rappeler le dernier baiser qu'ils avaient échangé. Doucement, il saisit entre ses doigts une de ses mèches rebelles et lui sourit avec tendresse. Son regard était à la fois doux et mélancolique, mais également empli d'une furieuse détermination.

- Si je parviens à les tuer, Sarah, le Don s'épuisera tout à fait. Si je les tue tous les deux, il n'y aura plus de Vampires d'ici quelques siècles.


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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Sarah Spencer
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MessageSujet: Re: Souviens-toi de cette promesse [Comte, Sarah] [02/05/42] Mar 3 Jan - 19:26

Confrontée à son propre reflet, Sarah laissait son esprit s’égarer tandis qu’elle reprenait assez d’aplomb pour retrouver un semblant de maitrise en soi. Elle savait qu’elle ne pourrait empêcher ses mains de trembler. Elles bougeaient sans qu’elles ne s’en rendre compte, comme si elles illustraient le flot d’émotions contraires qui tourbillonnait dans l’âme dérangée de la belle Chasseuse et qu’elle s’efforçait de refouler au plus profond d’elle-même. Après la terrible confrontation qu’il avait eue dans cette chambre, l’aristocrate ne savait plus très bien où elle en était. Elle résistait de tout son être à garder ses distances avec le Comte. Sa seule présence suffisait à la mettre dans tous ces états et elle ne voulait pas se laisser aller à ce genre de comportement qui la faisait passer pour un être faible, une jeune fille aux mœurs légères. Elle n’avait besoin de personne. Elle était une femme forte, du moins se laissait-elle bercer par cette illusion. Son regard fixé à l’image que lui renvoyait le miroir brisait doucement le reflet qu’elle s’était fait d’elle-même. Oui, il était temps pour elle de rentrer. Que ferait-elle une fois de retour au manoir? Serait-elle capable d’affronter le regard de ses parents? Le retour à sa vie monotone? À cette vie qui lui était désormais étrangère...

Perdue dans ses réflexions, la magicienne ne vit pas le Comte se lever. Ce ne fut que lorsqu’il passa ses bras autour de son corps qu’elle sursauta, figée par sa soudaine présence. Aussitôt elle respira son parfum. Ses yeux continuèrent de fixer son reflet qui lui renvoyait sa seule image. Il était troublant de se voir ainsi, seul devant la glace malgré qu’elle savait qu’il était là. Elle sentait son souffle dans ses cheveux, ses bras qui l’entouraient doucement. Elle voyait le tissu de sa robe se froisser sous une pression. Et pourtant elle était seule dans cette grande glace. Le murmure du Comte contre son oreille la fit frissonner intérieurement et elle fit tous les efforts du monde pour garder son visage impassible. Il attendait donc la nuit pour la ramener chez elle? Cette pensée la fit sursauter intérieurement. Elle avait donc passé toute une journée ici? Rien ici ne lui permettait de voir le temps qui passait. La fin du monde aurait très bien pu surgir sur terre qu’elle ne l’aurait su, tant un calme pesant régnait sur les lieux. Elle sentit les mains du Prince la presser doucement pour l’obliger à se retourner, ce qu’elle fit en soupirant. La voix chaude de l’homme contre son visage ébranla ses barrières intérieures. Elle réagissait encore à sa simple présence. Comment pouvait-il avoir cet effet sur elle? Elle sentait ses mains trembler contre les grandes paumes qui les enserraient. Tandis qu’il l’entrainait doucement vers le grand lit qu’il venait de quitter, la Chasseuse sentit un frisson lui traverser l’arrière de la nuque alors qu’elle repensait aux merveilleuses sensations qu’elle avait éprouvées au milieu de ce nid de douceur. Dans un regain de pudeur, elle n’osait s’approcher du meuble imposant, pourtant, elle se laissa conduire. Le lord prit place sur le bord de l’édredon, attrapant par la même occasion son précieux carnet, et Sarah resta debout, ne sachant plus trop où se mettre. Elle ne voulait pas reprendre cette proximité avec lui, encore moins dans ce lit. Elle ne se sentait pas assez solide pour lui tenir tête, pour s’opposer à lui.

Le Comte ne la laissa pas poursuivre bien longtemps son dilemme intérieur puisqu’il saisit alors son poignet pour lui faire prendre place à ses côtés. Avec raideur, la jeune femme prit place aux côtés du Prince. Il tourna les pages du petit ouvrage à la recherche de quelque chose en particulier. Il lui montra alors un petit croquis que la magicienne avait déjà vu, ayant feuilleté de nombreuses fois l’ouvrage à la recherche des réponses à ses nombreuses questions. Elle avait déjà vu le dessin, mais elle n’y avait jamais porté une grande attention, il lui avait semblé qu’il n’était pas d’une grande importance, sans doute le fruit d’un rêve du Comte. Pourtant, maintenant qu’il lui remettait le dessin sous les yeux, il lui semblait étrange que le Prince ait pris le temps de dessiner cela. Il lui révéla alors que c’était l’endroit où se terrait le vampire qu’il recherchait. Le regard de Sarah s’attarda de nouveau sur le croquis. L’endroit lui semblait irréel. Elle ne voyait aucun endroit qui aurait pu ressembler à un tel décor. Lorsqu’elle croisa de nouveau le regard du Comte, elle vit que celui-ci la dévisageait avec le plus grand sérieux.

Lorsqu’il lui demanda si elle croyait en Dieu, l’Ondine faillit échapper un petit rire mêlé de sarcasme et d’ironie. Oh oui, comme toute bonne jeune fille on lui avait appris à croire en Dieu, en son immense pouvoir. Elle avait étudié le latin avec des religieux et chaque dimanche sa famille allait à la messe lorsqu’ils habitaient encore à Édimbourg. Elle avait toujours agi en bonne chrétienne, priant avec ferveur, remerciant des petites joies de la vie. Mais les années l’avaient obligé à prendre une autre position. Où était Dieu tandis qu’il existait sur terre des créatures comme les vampires et les loups-garous? N’était-elle pas elle même une aberration selon ce que lui avaient appris les saintes Écritures? Elle dont les dons pouvaient la conduire à tout moment au bucher des hérétiques et des sorciers? Plus récemment encore, le peu de foi qu’il lui restait avait disparu. Après les attentats du théâtre, alors qu’elle avait vu les siens mourir et par la suite alors qu’elle avait affronté les malheurs, la rivière et les attaques, elle s’était demandée où était Dieu pour qu’elles doivent affronter seules tant de tourment. Si Dieu existait réellement, ils les avaient tout simplement abandonnés. Mais elle ne poussa pas le sacrilège à formuler tout haut la rancœur qui pesait sur son cœur. Elle garda un silence obstiné, fuyant le regard perçant du Comte. Pourquoi lui posait-il cette question? Ce qu’il lui dit alors la laissa sans voix. Des originels? Elle n’osait trop y croire. Les vampires existaient depuis la nuit des temps. Ses recherches lui avaient permis de remonter leur présence dans certaines légendes du temps des Celtes, de la Grèce Antique et même dans les écrits de Babylone. Comment leur existence pourrait-elle remonter à une source unique?

Ses yeux avides de curiosité suivaient à présent le Comte qui se déplaçait doucement dans la pièce. Le vieux vampire fit quelque pas lui en révélant un peu plus sur ceux qu’il recherchait. Chacune de ses phrases faisait naitre dans son esprit encore plus de questions. D’un geste machinal, la belle humaine attrapa l’une de ses mèches qu’elle enroula autour de son doigt en un mouvement simple et continue. Le geste répétitif apaisait un peu son esprit en pleine réflexion. Tout cela semblait si insensé, mais l’aristocrate le connaissait suffisamment pour savoir qu’il ne s’avancerait pas dans de tels propos s’il n’en était pas entièrement convaincu. Lorsqu’il revient doucement vers elle, Sarah reposa ses mains sur ses genoux, cessant son geste enfantin. Maintenant qu’il se trouvait de nouveau devant elle, la magicienne n’osait plus bouger, sa gorge sèche l’empêchait de prononcer le moindre mot. Lorsqu’il termina d’exposer son idée, la belle Chasseuse demeura complètement abasourdie. La stupeur figea chacun de ses traits. Se rendait-il compte de ce qu’il venait de dire? Elle demeura immobile, attendant une suite qui ne venait pas. Non, il ne pouvait pas être sérieux.


-Tu veux éteindre ta propre race? Finit-elle par murmurer.

Même en prononçant ces mots à voix basse, leurs significations lourdes de sens tombèrent sur la chambre comme un coup de tonnerre. Incapable de rester en place, Sarah se leva, sa mèche s’échappant de la main tendue de Jirômaru. Tout cela n’avait pas de sens. Comment pouvait-il affirmer que la disparition de deux seuls individus pourrait éradiquer la race entière? Elle ne connaissait pas assez ce qu’ils appelaient le Don Obscur ni le rôle qu’il jouait dans la pureté de la race. Plongée dans ses réflexions, l’aristocrate fit quelque pas dans la pièce, son esprit pragmatique s’emballant de lui-même vers les nouvelles perspectives que lui permettaient les révélations du Comte. Que serait le monde sans les vampires? Il ne resterait alors que les loups-garous pour troubler le sommeil du juste. Mais, cela n’avait pas de sens... La magicienne se mordit la lèvre inférieure. Et si c’était possible... Elle osa y croire, un simple instant, et son cœur s’emballèrent. Le monde entier libéré des vampires, de leur éternité et de leur soif maudite. Elle songeait avec amertume comment les épreuves des derniers jours n’auraient jamais eu lieu sans ces créatures bannies du soleil. Et elle? Sa question la frappa d’elle-même. Sa vie serait complètement bouleversée de nouveau. Sans créature à chasser, elle ne redeviendrait qu’une simple jeune fille de bonne famille. Elle reprendrait la vie monotone de sa condition... Sarah jeta un nouveau coup d’œil au Prince qui la fixait avec une attention particulière. Elle ne pouvait s’empêcher d’être suspicieuse.

-Pourquoi me dis-tu tout cela?

Elle ne pouvait oublier qu’ils appartenaient à des clans ennemis. Le moment magique qu’ils avaient partagé était loin à présent et le temps avait repris le cours des choses. La manière dont il avait attaqué Maria lui avait rappelé la rage dont il avait déjà fait preuve envers elle, sur le pont de Londres, dans le salon d’Alexander. Elle avait refermé son cœur et comdanée de nouveau les émotions contraires qui l’emportaient. Pourquoi la mettait-il dans un secret aussi compromettant? D’un autre côté, cela signifiait qu’ils se battaient vers un seul et même but... Ils travaillaient pour la fin des vampires, ils étaient dans le même camp...

-Les Sectes ne te laisseront pas faire...

Murmura-t-elle pour elle-même. Mais après tout, étaient-ils seulement au courant? Et si les attaques contre sa personne n’étaient que des tentatives malhabiles pour atteindre le Prince? L’humaine eut l’impression de n’être qu’un pion au milieu d’un jeu qu’elle ne comprenait pas. Non, les Sectes ne devaient pas être au courant, sinon ils auraient cherché à atteindre le Lord directement plutôt que de s’en prendre à elle. Sarah fit quelques pas dans la pièce, faisant dos au Comte, elle tourna autour de la petite table s’approchant de la porte de chêne qui menait à la Grande Salle. Elle avait recommencé à enrouler le bout de l’une de ses mèches autour de son doigt qui ne tremblait plus. Ce serait un beau moyen de se venger de tout ce qu’elle avait vécu. La fin, cette simple idée faisait chanceler l’Ondine. La fin de tous ces combats, de ces nuits sans fin, de cette peur qui lui enserrait le cœur. Puis, tandis que son esprit s’échauffait, une constatation s’insinua doucement à travers ses pensées, glissant dans son âme jusqu’à ce qu’elle glace ses membres tout à fait. Sarah releva alors brusquement la tête, tournant son regard clair vers le Comte.

-Mais... Et toi alors?

La terrible vérité s'afficha devant les yeux de la belle chasseuse. La fin des vampires signifiait la fin de tous ses enfants... Y comprit l’un des plus puissants. Sous le poids des révélations de Jiromaru, la belle chanceuse demeura interdite. Elle recula doucement, ne supportant plus de sa proximité. Comment pouvait-il lui dire une telle chose?

-Que feras-tu lorsque tu seras le dernier d’entre eux? lança-t-elle avec rancœur. Tu te laisseras mourir c’est ça?

Sarah se sentait blessée. Cette nouvelle déclenchait en elle une vague de tristesse qu'elle refoulait de tout son être. Elle ne voulait pas être triste ni songer que le Comte pourrait un jour disparaitre. Elle ne voulait pas admettre son attachement, les sentiments qu’elle éprouvait pour lui, où qu’elle pensait éprouver. Sa mélancolie se changea brusquement en colère froide. Elle avait l’impression que tout lui échappait. Qu’elle assistait impuissante à la révélation suprême d’un destin qu’elle ne pourrait pas changer. Pourquoi lui disait-il tout cela? Pourquoi lui raconter la terrible fin à laquelle il dédiait sa vie? Comment pouvait-il souhaiter voir la fin de son règne? De son éternité? Sarah était jeune, terriblement jeune. Malgré ses airs, malgré ses manières, malgré tout ce qu’elle avait vécu, elle demeurait une jeune humaine, incapable de comprendre le fardeau de l’éternité, de comprendre la complexité de ceux qui traversaient les siècles. Elle ne pouvait pas concevoir le désir de Jiromaru et sa quête insensée. Elle le rejetait, ses propos, sa quête, lui, tout entier.

-C’est complètement insensé!cria-t-elle plus fort qu’elle ne l’aurait souhaité.

Derrière elle, elle entendit ce qu’elle cru être des bruits des pas qui semblèrent venir dans leur direction. Emportée par sa colère, la magicienne pointa d’un geste rageur la porte. La commode qui trônait non loin d’elle fit brusquement un écart, allant se heurter violemment contre le cadre de bois, bloquant complètement son ouverture. Elle ne voulait que les disciples interviennent. Ils devaient finir cette discussion! Sarah fit quelque pas vers la porte comme pour s’assurer qu’elle tiendrait bon, mais au fond, elle s’en moquait complètement.


-Et eux? explosa-t-elle vivement. Tu leur as tout dit? Et ils te suivent aveuglément, même si tu les mènes à leur perte?

Crier lui faisait du bien. Elle avait l’impression de reprendre un peu de pouvoir face à cette situation qu’elle ne maitrisait plus du tout. Elle n’en pouvait plus de cette intangibilité, de cette oisiveté qui lui comprimait la poitrine et de cette douleur qui venait d’abattre sur ses épaules le poids du monde entier.

-Vous êtes tous aussi insensés les uns que les autres!

Elle s’approcha de la petite table, fermant les yeux un instant. Elle ne voulait pas entendre ses excuses ni ses explications. Elle était blessée, incapable de comprendre pourquoi cette révélation lui faisait mal, ni le pourquoi de sa colère.

-Et moi dans toute cette histoire? Qu’attends-tu de moi?

Finit-elle par lui demander dans un geste égoïste. Maintenant qu’il l’avait entrainer de force dans toute cette histoire, maintenant qu’il lui avait enlevé sa seule chance de bonheur avec Alexander, qu’il avait complètement ruiné son univers à quoi pouvait-elle bien servir dans cette destinée? Pourquoi lui donnait-il l’impression qu’il avait besoin d’elle? Il avait déjà tracé sa propre destinée, elle n’était qu’une simple diversion.

-Que je reste là à réchauffer ton lit? Ton âme? En attendant bêtement que tu arrives à ta fin?

Lui dit-elle avec hargne. N’était-ce pas ce que lui avait dit Maria? Que toute cette romance n’était qu’une simple illusion, qu’il finirait par la tuer? Pourquoi ne le faisait-il pas maintenant? La belle recula d’un pas alors que son esprit alarmé faisait des conclusions hasardeuses et hâtives. Il ne faisait que se servir d’elle. Elle n’était qu’un maigre réconfort sur son existence. À moins que ce ne soit son sang qu’il convoitait? Pour l’aider à rester en vie et à soigner ses horribles blessures qui couvraient son corps et à continuer pour qu’il puisse atteindre son but? La Chasseuse avait la terrible impression d’être utilisée.

-Ce n’est pas juste! Je refuse que tu te serves de moi! cria-t-elle en frappant la petite table de ses deux mains.

À son geste, les bougies qui se trouvaient sur la commode explosèrent, projetant leur cire sur le meuble. Les petits objets qui se trouvaient dans la pièce s’élevèrent au même moment dans les airs, restant en complètes suspensions comme s’ils étaient retenus par des fils invisibles. Les carnets, plumes, rubans, tout se figea dans les airs. Sarah resta complètement interdite, stupéfaite de ce que ses pouvoirs accomplissaient sans qu’elle ne le souhaite. Elle baissa la tête, quittant de ses yeux purs remplis de détresse les iris anthracite du Prince. Sous ses paumes ouvertes, elle sentait le meuble trembler comme s’il n’attendait que son signal pour s’envoler à travers la pièce. La belle n’en pouvait plus. Elle était épuisée, fatiguée, les nerfs à vif. Toutes ces révélations la tourmentaient. Elle sentait qu’elle perdait complètement le contrôle. Lentement, elle recula de quelque pas, chancelante sous sa propre colère. L’air lui manquait. Comment pouvait-il lui imposer une telle chose? Comment pouvait-il lui annoncer qu’il ne vivait que pour atteindre son but avant de disparaître? Elle ramena ses mains qui s’étaient mises à trembler de nouveau contre sa poitrine, serrant les poings. La belle chasseuse ferma les yeux, résistant contre l’envie terrible de s’enfuir en courant et l’adrénaline qui insufflait à ses pouvoirs une nouvelle force qu’elle ne maitrisait pas.


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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Souviens-toi de cette promesse [Comte, Sarah] [02/05/42] Dim 8 Jan - 15:27

Sarah s'était de nouveau enfermée derrière une carapace rigide et froide comme la pierre. Elle était redevenue la chasseuse qu'il avait rencontrée au Regent's park, intrépide, insolente, impossible à raisonner ou à domestiquer. Le mur invisible qui les séparait souvent depuis qu'ils se connaissaient avait repris de sa hauteur. Son horrible surface, lisse et glacée, se dressait entre eux à l'instar d'un rempart. L'obstacle douloureux entravait les émotions que le Comte tentait de partager avec la belle. Son âme ne voulait plus communiquer avec la sienne...

Le grand Vampire se questionnait : Que s'était-il donc passé pendant son sommeil ? Qu'avait-il dit ? Qu'avait-il fait ? Pourquoi Sarah passait-elle donc de soupirs transpirants, excités, avides de sensations, à ces soupirs douloureux, impatients et froids ?
Tout restait encore flou dans l'esprit de Jirômaru. Cependant, il ne cessait de se répéter qu'il ne méritait pas cet étrange mépris que la jeune magicienne avait maintenant pour lui. Du mépris ? Était-ce réellement du mépris ? Non, c'était plutôt une sorte de lassitude, une indifférence fatiguée qui témoignait sans doute de sa volonté de rentrer chez elle et de retrouver la chaleur de sa famille. La belle était absente du monde des hommes depuis trop longtemps et son cœur souffrait à l'évidence des aventures qu'elle venait de vivre.
Mais...n'était-il pas là pour l'aider ? Ne lui avait-il pas offert un peu de chaleur dans ces draps de satin pour la rassurer, prendre soin de sa santé et de sa psyché ? Ne lui avait-il pas promis qu'il la ramènerait chez elle dès qu'il le pourrait et qu'il ne la blesserait pas ? L'impatience de Sarah était compréhensible, mais le Vampire avait espéré, un peu naïvement sans doute, qu'elle lui accorderait ne serait-ce qu'un mot aimable, une caresse, un baiser. Il avait espéré, au fond de son cœur, que leur dernière étreinte lui aurait ouvert les yeux sur les sentiments qu'il éprouvait pour elle et lui aurait donné envie de lui accorder au moins sa confiance à défaut de son amour. Sa soudaine distance le faisait souffrir, d'autant plus qu'il ne parvenait pas à se recentrer depuis sa crise.

Face à la froideur de la jeune femme, Jirômaru choisit de faire de nombreux efforts afin de désamorcer la situation. Malgré son incompréhension, il évita de presser la belle de questions. Il la laissa errer un peu dans la pièce, seule, et se contenta de l'observer après s'être assuré qu'elle était bien en vie. Lorsqu'elle s'arrêta devant le grand miroir, il l'écouta lui demander si sa volonté de brûler sous le soleil lui venait de sa « dégénérescence ». Quelque peu perturbé par cette question, il serra les dents et décida de ravaler sa fierté. Il lui avoua tranquillement que tous les Vampires étaient atteints de ce mal et qu'il était simplement plus visible chez certains.
Compromis, concessions, confessions...Cette conversation le rendit aussi mal-à-l'aise que la jeune chasseuse.
A bout d'un moment, le Vampire s'obligea à se lever pour revenir à son contact. Le corps endolori, les pensées brouillées, il se fit violence afin de rejoindre Sarah. Il la prit dans ses bras et respira doucement son parfum. Malgré son état et malgré les dures paroles de la jeune aristocrate, il voulait la rassurer, lui apporter un peu de réconfort, retrouver ses yeux bleus qu'elle dérobait à son pâle regard.

Devant ce miroir qui ne reflétait pour elle qu'une petite fille esseulée, Jirômaru tâcha de se souvenir de ce qui c'était passé un peu avant et qui expliquerait la distance que la chasseuse tentait de placer entre eux. Il tenta de se remémorer cette scène dont il ne conservait qu'une impression floue et qui semblait être la clé pour comprendre l'attitude glacée de la belle. Ainsi, ses pupilles anthracites trouvèrent-elles l'image de Sarah devant lui et il se mit à réfléchir, le plus rapidement possible, afin de redonner un sens au flot de sensations que sa mémoire lui offrait.
Il avait rêvé. Oui. C'était un nouveau songe qui l'avait réveillé et meurtri. Il avait revu le Père. Non, le Père était venu à lui...Mais surtout, il l'avait touché...Le Père s'était offert à lui ! … Non : le Père l'avait laissé venir à lui. Puis il l'avait averti, encore une fois, des dangers qu'il encourait à errer dans sa dimension. Il avait voulu le tuer...Non...Il avait tenté de fuir...Il n'avait pas pu. La longue chevelure chatoyante d'une flamme l'avait dévoré avant qu'il ne puisse esquisser un geste. Une douleur fulgurante avait traversé son esprit malade et poignardé son centre nerveux. La Mère l'avait retrouvé ! Oui, la Mère ! C'était Elle qui l'avait réveillé...
A ce souvenir, un haut le cœur bouleversa le lord, mais il garda contenance et fit en sorte que Sarah ne s'en aperçoive pas. Il n'était pas en état de rester debout et pourtant il tenait à l'être, pour pouvoir rester auprès d'elle. C'était dangereux car son esprit, morcelé, à demi-brisé par la génitrice originelle, n'attendait qu'un effort supplémentaire pour le faire basculer dans « l'entre-deux mondes ». Il devait résister, attendre que la jeune humaine soit partie avant de sombrer dans les ténèbres. Il ne voulait pas lui offrir une vision de lui, rampant à même le sol, déchiré en lambeaux, suppliant qu'on l'achève. Il ne voulait pas en faire une spectatrice de sa souffrance et de sa folie.
Ainsi, le Comte se rappela une partie du songe qu'il venait de faire. Son esprit tâcha de faire le lien avec l'attitude de Sarah, mais il ne parvint qu'à imaginer qu'il avait pu simplement lui faire peur en criant quelques mots haineux envers la Mère. Ce n'était pas satisfaisant.
Ce que le Vampire avait oublié, c'était Maria. Il avait oublié que sa main s'était crispée d'elle-même sur son cou, comme s'il avait cru tenir la Mère en personne. Il avait oublié son malheureux réflexe, ce geste désespéré qui avait eu pour but de le défendre d'un mal incroyablement effrayant. Il avait oublié sa violence, oublié le sang, oublié ce qui avait caressé d'effroi la jeune chasseuse. Et puis, Jirômaru ignorait que sa disciple avait eu le temps de confier à Sarah qu'il avait prévu de la tuer. Finalement, les éléments qui auraient véritablement pu l'aider à comprendre la soudaine froideur de la chasseuse lui échappaient encore et ses conclusions restèrent erronées.

Bientôt, le Comte soupira doucement et laissa de côté ses souvenirs. Dans le miroir, il dévora du regard la silhouette de la chasseuse. Il ne comprenait toujours pas pourquoi elle était soudainement si distante mais il comptait bien lui prouver qu'il était encore là pour elle et non pas contre elle.
La jeune humaine semblait vouloir fouiller davantage dans son intimité immédiate. Elle semblait elle-même chercher à lever le voile sur des incompréhensions qui la perturbaient. Pourquoi désirait-il brûler au soleil ? Était-ce parce qu'il dégénérait ? Pourquoi voulait-il retrouver un Vampire dont il rêvait souvent ? Était-ce parce que ce dernier avait la solution miracle pour endiguer sa dégénérescence ?
Jirômaru était terriblement fatigué, mais il était prêt à lui répondre, non pas pour l'instruire, mais bien pour lui faire plaisir. Ainsi, accepta-t-il avec amertume de lui accorder quelques explications avant de décider soudain qu'il était temps de lui révéler l'essence même de ses desseins. Il n'en pouvait plus de ces faux-semblants ! Il ne voulait plus voir le canon de son pistolet lui faire face...Mais, surtout, il désirait qu'elle continue sa quête s'il échouait. Confier à la chasseuse l'existence du Père et de la Mère revenait à livrer aux Hunters la solution ultime pour se débarrasser des Vampires. C'était un acte terrible de trahison envers sa race, des mots qui lui vaudraient d'être emmuré vivant pour l'éternité s'ils venaient à être répétés...

Sarah l'écouta d'abord en silence. Ses grands yeux océans revinrent enfin toucher ceux du Vampire et son attention poussa le lord à tout révéler. Jirômaru invoqua Dieu, Adam et Ève. Il affirma ainsi, plus qu'il sous-entendit, que les Vampire possédaient des parents et que c'était eux qu'il pourchassait au travers de ses songes. Il expliqua à la belle que son carnet contenait les indices qui l'aideraient à mettre la main sur eux et se mit ensuite à lui exposer comment le Don Obscur pourrait être anéanti.
La jeune humaine, qu'il avait conduite sur son lit, le regarda, muette, lui montrer une page clé de son carnet et lui confier ainsi ses plans les plus obscurs. Le Comte finit par rejeter son carnet et par abandonner la belle pour revenir devant le miroir. Sarah ne réagit pas immédiatement, ce qui laissa au lord le temps de revenir vers elle pour lui prendre une mèche de cheveux et parachever sa confidence. L'immobilité de Sarah et son regard choqué prouvèrent au Comte qu'il venait d'ébranler toutes ses croyances. Il hésita alors, l'espace d'une seconde, à partir d'un grand rire pour lui faire croire qu'il venait de lui jouer une nouvelle pièce, histoire de rassurer son esprit et de lui éviter un choc trop conséquent, mais son cœur le poussa à ne pas revenir sur ce qu'il venait de lui révéler. C'était la vérité et il voulait la partager avec elle.
Alors la voix de Sarah fut un doux murmure pour le Vampire. Doucement, il lâcha ses cheveux bruns et lui sourit d'un air triste :


- Je ne veux pas « éteindre ma propre race », Sarah, je veux simplement purifier une branche pourrie de l'humanité et rendre à cette dernière toute sa beauté. Le Don Obscur est un poison qui s'insinue lentement sous l'écorce des vivants pour en ronger le cœur. Si nous le laissons se propager encore, l'arbre tout entier mourra.

Jirômaru semblait jouer sur les mots, mais à ses yeux la nuance était grande. Pour lui, les Vampires ne faisaient pas partie d'une autre « race », ce n'était que des enfants créés par une facette sombre de l'Humanité, une tumeur à oblitérer du genre humain. Et la source de cette gangrène était ce couple d'originels à éliminer...
Sarah prit soudain un air suspicieux et lui demanda à nouveau pourquoi il se confiait à elle. Le Comte soupira, en partie soulagé de constater qu'elle ne paraissait pas si choquée que cela mais au contraire curieuse. Il plongea son regard dans le sien avec une intensité toute particulière :


- Sarah...N'as-tu donc pas encore saisi ? Il marqua une pause durant laquelle son regard dévia sur le cou de la jeune humaine. Un éclat de tristesse brilla dans ses yeux. A qui le dirais-je si ce n'est toi ? Qui pourrait me comprendre ? Qui pourrait prendre le relais si je venais à disparaître ?

Alors la chasseuse mit en avant le fait que les Sectes ne le laisseraient pas faire. Jirômaru sourit cette fois d'un air cruel :

- Non...en effet. Mais je ne les laisserais pas m'arrêter. Pour l'heure, les Sectes hésitent, elles ont peur de comprendre ce qui me motive...Et puis...elles n'ont aucune preuve.

Le Comte laissa Sarah se relever et s'écarta pour lui libérer le passage. Tandis qu'elle se mettait à tourner autour de la table et à rôder près de la porte de chêne, il s'assit sur le lit, incapable de tenir debout plus longtemps. Des perles de sueur maculaient le haut de son front brûlant et il profita que la jeune femme lui tournait le dos pour passer discrètement la manche bleue de sa chemise sur sa peau en un geste rapide. Il ne voulait pas qu'elle le voit faiblir.
Le silence s'installa. Sarah semblait réfléchir à la portée de tout ce que le vieux Vampire venait de lui dire. De son côté, Jirômaru songeait qu'il avait désormais franchi une frontière qu'il s'était refusée jusqu'à présent et que de cette conversation dépendaient bien plus de choses qu'il ne l'aurait voulu. C'était trop tard maintenant : Sarah serait avec lui ou il devrait l'enfermer à jamais dans les couloirs glacés de son repaire...

Alors la jeune chasseuse sembla prendre soudainement conscience d'un élément qu'elle avait négligé jusque là. Son regard transperça le Vampire et ce dernier leva un sourcil interrogateur face à son expression stupéfaite. Que lui arrivait-il ? A quoi pensait-elle ?
Sarah lui demanda brusquement ce qu'il adviendrait de lui dans toute cette histoire. Face à cette question, le Comte resta muet, la bouche entre-ouverte. Elle s'inquiétait donc pour lui ?
La jeune chasseuse continua alors sur sa lancée et son ton transforma ses nouvelles questions en reproches terriblement amers. Jirômaru resta interdit quelques secondes. Pourquoi la jeune femme était-elle si blessée tout à coup ? Qu'est-ce que son sort pouvait bien lui faire ? Le Vampire eut l'impression d'être aspiré dans une spirale de ténèbres. Son cœur s'alourdit et son estomac sembla attiré vers le bas. Son regard sentit une étrange colère monter dans celui de Sarah et il la regarda s'agiter intérieurement.

Le Comte attendit un instant, puis il s'obligea à se relever, pour se rapprocher de la belle qui s'était de nouveau éloignée de lui. Il vint vers elle en tendant une main comme pour l'attraper et la rassurer, mais Sarah se mit soudainement à crier que c'était insensé et son regard se tourna brusquement vers la porte comme si elle eût peur que quelqu'un l'ait entendue et ne vienne l'interrompre. D'un geste, elle envoya une commode devant la porte à l'aide de son pouvoir. Jirômaru s'était figé, abasourdit face à tant de violence de la part de la jeune Huntress. Et puis, il n'avait pas l'habitude que la magicienne utilise ses pouvoirs, surtout pas dans sa chambre. Il comprit alors que son état psychologique devait avoir atteint une limite et qu'elle craquait face à la masse d'informations qu'il venait de lui donner. Elle semblait surtout mortifiée à l'idée qu'il ait prévu de mourir et elle paraissait attendre des explications, comme si elle espérait qu'il revienne sur ce qu'il venait de lui faire comprendre.
Jirômaru tendit le dos face à ses cris et à la manifestation de ses pouvoirs. Pour la première fois depuis qu'il avait rencontré Sarah, il se sentit démuni. Sa réaction lui prouvait que trop bien qu'elle avait développé de forts sentiments à son égard et qu'elle refusait d'admettre qu'il puisse disparaître de ce monde. Tremblant, le Comte fléchit légèrement un genoux et prit un air désespéré. Jamais encore il n'avait autant souffert en la présence de la chasseuse.


- Sarah...fit-il en grimaçant. Mon corps se meurt et mon âme a besoin de repos. J'en ai trop vu, j'en ai trop fait...Même si c'est le Diable qui m'accueillera à bras ouverts, au moins ne serai-je plus obligé de supporter le poids de ce fardeau. Bien sûr que je me laisserai mourir...Cela me paraît évident...

Sarah explosa. Elle lui demanda avec rage s'il avait prévenu ses disciples et si ces derniers le suivaient en pleine connaissance de cause ou s'ils n'avaient aucune idée du sort terrible qu'il leur réservait. Le Comte tiqua et baissa la tête. Ses pensées ne cessaient de s'agiter dans son esprit confus. Son regard flamboya alors d'une lueur fauve : malgré sa grande tristesse, sa détermination ne faisait aucun doute.

- Une fois la source de ce poison tarie, ses derniers rebuts devront disparaître : mes disciples, les Sept, Ilsa, moi-même...Les non-morts rejoindront enfin la terre et la lune retrouvera sa splendeur oubliée. Il faut que le Don Obscur disparaisse...Il ne doit rien en rester...Rien...

Jirômaru pensait ce qu'il venait d'avancer. Il désirait bien mourir après avoir accompli sa quête et pensait sincèrement que l'anéantissement des siens était nécessaire. Pour lui, laisser ne serait-ce qu'un Vampire encore en pleine possession du Don signait la fin de l'humanité. Le but de la vie, quelle qu'elle soit, n'était-il pas de se multiplier et de conquérir tous les espaces ? Un Vampire en créerait dix autres, cent autres, mille autres ! Un seul Vampire pouvait permettre au Don de se perpétrer et de reprendre sa lente marche vers la domination suprême !
Mais Jirômaru n'avait pas encore tout dit à la chasseuse...D'un certain point de vue, il lui mentait autant qu'il se mentait à lui-même...Certes, il avait bien prévu de mourir après avoir tué le Père et la Mère, mais il lui resterait avant cela une ultime mission...Oui, une fois ses entraves levées, une fois sa race abandonnée au temps, il devrait vivre, encore un peu, quelques années sans doute, pour accomplir ce qu'il n'avait pas osé accomplir depuis maintenant plus de cinq cents ans...

Le Comte s'approcha lentement de la chasseuse qui ne semblait plus vouloir l'écouter. Il voulut la toucher pour calmer sa rage, mais ses paroles l'arrêtèrent dans son geste. Qu'avait-il prévu pour elle ? Laissant retomber sa main, Jirômaru soupira en fermant les yeux. Il ne pouvait le lui dire.
Alors la colère de Sarah prit une tournure plus concrète. Sa voix déchira l'espace de la chambre et ses mots, crachés comme un venin, blessèrent violemment le lord. Le vieux Vampire comprit enfin combien le point de vue de la belle pouvait être douloureux. Son cœur se serra. Sarah croyait donc qu'elle n'était qu'un divertissement, une femme de plus dans son lit, une présence chaleureuse dans sa froide solitude...Le Comte ne put s'empêcher de songer qu'elle avait raison, au fond, et qu'il se servait bel et bien d'elle pour calmer son âme...Cela le blessa d'autant plus qu'il avait toujours lutté contre ses propres vices et que ces derniers semblaient toujours le rattraper.
Au milieu de ses pensées, Sarah frappa de ses deux mains la table devant elle en hurlant qu'elle refusait d'être utilisée ainsi. Sur la commode qui entravait l'accès à la porte, les bougies éclatèrent, faisant sursauter le Comte, et une myriade de petits objets s'élevèrent soudain dans les airs. Le Vampire jeta un regard circulaire dans la pièce pour appréhender cette nouvelle tempête provoquée par les pouvoirs de la magicienne. Un long frisson lui parcourut l'échine. Sa gorge s'assécha et son cœur s'accéléra. Sa colère était légitime, mais elle ne pouvait continuer à hurler ainsi. Lui-même commençait à sentir monter en lui une étrange émotion...
Ramenant ses yeux sur la belle qui fermait les siens en serrant les poings contre sa poitrine, Jirômaru hésita. Que devait-il faire pour la calmer ? Que devait-il dire ?

Du revers de la main, l'ancien samouraï poussa doucement un encrier qui se tenait en suspension près de lui et rejoint Sarah près de la table. Lentement, il lui prit les mains avec prudence et s'appuya contre elle en pressant leurs poings liés contre leurs cœurs.


- Sarah...Croyais-tu donc que j'avais un échappatoire ? demanda-t-il d'une voix douloureuse. L'aurais-tu...voulu ? Ses yeux brillèrent de reconnaissance et ses lèvres s'entrouvrirent. J'aurais tant voulu t'aimer...

Ses mots se noyèrent dans le doux baiser qu'il déposa sur les lèvres de la chasseuse. Alors, ses pensées se mêlèrent à celles de la jeune femme :

*J'aurais tant voulu en avoir le droit, Sarah...
J'aurais tant voulu...*


Les mains du Comte glissèrent sur les bras de la belle et étreignirent bientôt sa taille avec force avant de tomber sur ses hanches. Une puissante envie de la posséder s'empara de lui. La Bête s'éveilla et le Prince des Vampires se sentit soudainement à la fois plus désespéré et plus enragé que jamais. Oh oui ! Il l'aimait ! Il l'aimait d'un amour inconsidéré ! Il voulait le lui dire, le lui prouver ! *Je meurs d'envie de faire de toi ma femme, ma seule et unique femme !* Mais il ne le pouvait pas... *Nous n'appartenons pas au même monde.* Il ne pouvait pas la condamner...Et pourtant, il le désirait plus que tout! *Je le veux !* Il voulait la mêler à sa vie plus intimement encore que ce baiser vampirique avait pu les lier ! *Je veux te soulever, te jeter sur cette commode et te prendre...* Il voulait la saisir, comme l'on s'empare d'un trésor recherché depuis des siècles ! Il voulait l'aimer ! Il voulait la tuer ! Il voulait tout détruire, tout reconstruire !

Jirômaru s'arrêta brusquement. Ses lèvres quittèrent ceux de la chasseuse et ses mains abandonnèrent ses magnifiques courbes pour venir presser sa propre tête. Il blêmit et son regard s'affola. Ses pensées s'échappaient de son esprit. Il ne maîtrisait plus rien ! Tout se mélangeait !
Quelque chose lui cisailla l'avant-bras et son regard tomba sur une plume d'acier qui venait de le heurter. Il serra les dents et la repoussa d'un geste haineux. Les dernières bougies qui frétillaient encore dans leur support s'agitèrent et les ombres grandirent dans la pièce.
Les émotions de l'un et de l'autre entraient en confrontation. Les pouvoirs de Sarah et ceux du Vampire tournoyaient maintenant d'une seule force. Leurs désirs respectifs, puissants et contradictoires, ainsi que leurs dernières forces, les poussaient vers une peur commune...

Et s'ils avaient finalement le choix ?

Les yeux écarquillés, le Comte attrapa brutalement Sarah par les cheveux à l'aide de sa main droite et tira sa tête en arrière. Il la domina alors de toute sa hauteur et ses longs cheveux immaculés glissèrent sur sa jeune poitrine tandis qu'il collait furieusement ses lèvres à sa gorge blanche.


*Je me sers de toi, Sarah, comme tu te sers de moi...*

La langue du Vampire humidifia la peau de la belle tandis qu'il pressait de sa main gauche son sein qui pointait sous sa robe légère.

*Nous passons notre solitude dans les bras l'un de l'autre.*

Les crocs du Comte percèrent le lobe gauche de la chasseuse et sa langue lécha avidement la petite perle de sang qui en coula. Son souffle et sa présence contre la jeune femme se démultiplièrent.

*Nous luttons pour sauver un monde qui nous rejette !*

Jirômaru écrasa la chasseuse contre lui pour la pousser en arrière et la coincer contre un mur. Il plaça alors son genoux entre ses jeunes jambes, très haut, trop haut pour qu'elle ne sente pas combien son corps pouvait apprécier un tel contact.

*Tu ne seras plus jamais seule, Sarah. Je te le promets.*

Le lord souleva la belle pour la faire glisser vers la commode. Mais dans ce geste, un tremblement crispa sa jambe droite et lui valut un râle douloureux. Le Comte ne pouvait exécuter ce qu'il désirait une nouvelle fois imposer à la chasseuse. Il n'en avait plus les moyens...
Ses mains se crispèrent péniblement, déçues de ne saisir que le vide, et sa tête s'appuya sur celle de la chasseuse. Arrêtant d'un coup ses élans enflammés, Jirômaru descendit lentement le long de Sarah et s'assied à ses pieds. Pantelant, couvert de sueur, incapable de s'empêcher de trembler, le Vampire s'agrippa comme un naufragé à sa robe et étouffa un sanglot.

Sa dernière pensée flotta un instant dans l'espace de la chambre dont les ombres s'effilochaient...


*Je t'aime autant que je te hais.*


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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Sarah Spencer
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MessageSujet: Re: Souviens-toi de cette promesse [Comte, Sarah] [02/05/42] Mar 17 Jan - 19:43

Enfermée dans sa tour d’ivoire, la belle chasseuse avait tenté de redevenir le cristal solide et brillant qu’elle avait toujours été. Elle ne voulait plus rien ressentir, que tout glisse sur sa surface lisse sans jamais l’atteindre. Elle avait erré dans la pièce, tentant de refouler sa colère, sa peine et surtout son incompréhension face à cet homme qui pouvait être aussi doux que la soie avant de redevenir le prédateur brutal et dangereux que représentait sa race. La terrible attaque qu’il avait faite sur Maria avait secoué la jeune femme qui ne supportait plus sa proximité. Le rempart qui se dressait entre eux avait repris toute sa hauteur et elle avait recommencé à le haïr. Mais, alors qu’elle se croyait désormais inatteignables, les révélations du Prince l’avaient ébranlé et une fissure s’était formée sur le cristal de son cœur.

Sarah s’était figée, frappé par la fin indéniable que lui révélait Jiromaru. Toute sa belle logique avait disparu, remplacée par le tumulte de sentiment dans lequel elle se noyait. Dans son énervement, la coiffure de l’aristocrate s’était défaite, laissant tomber de nouveau ses longues mèches rebelles encadraient son visage où se reflétait une détresse profonde. Elle ne comprenait pas. Elle se sentait abattue, prisonnière dans un destin dont elle ne pouvait s’échapper. Pourquoi lui disait-il tout cela? Elle sentait son cœur tourner lentement au noir, l’obscurité qui la caressait depuis les attentats du théâtre tentait de la séduire encore. Il lui était si facile de sombrer dans la folie, la douce folie. Son esprit déjà bien éprouver se rompait sous le flot d’informations qu’il venait de recevoir. Elle en avait pris plus qu’elle ne pouvait le supporter. Le cimetière, leur étreinte, Maria et maintenant Lui. Elle aurait du se reposer, elle aurait du dormir pendant des siècles simplement pour retrouver l’énergie qu’elle avait disperser dans son interminable fuite. Maintenant qu’elle avait cessé de courir, elle sentait ses forces l’abandonner, son esprit se rompre, ses pouvoirs s’animer d’une volonté propre, pousser par sa haine, son désespoir, sa solitude et sa rancœur.

Sous l’effet de la colère, l’ondine s’était reculée, jusqu’à ce que son pied ne heurte la chaise et la stoppe dans son mouvement. Elle étouffait. Sa propre colère la dépassait complètement. Elle s’était enfermée si longtemps dans des non dits, dans un silence immuable, dans une solide tour d’ivoire où rien ne pouvait l’atteindre, mais LUI, avaient une fois de plus percé ses défenses. Ne pouvait-il pas comprendre qu’elle était brisée? Une simple poupée de verre et qu’il était inutile de tenter de rassembler les morceaux. Ne pouvait-il pas la laisser détruite? Pourquoi voulait-il continuer dans cette voie qui ne menait nulle part? Elle ne voulait plus le voir. Les yeux fermés elle souhaitait que sa volonté le fasse disparaître dans le néant qui tourbillonnait dans son esprit. Pourquoi refusait-il encore de lui révéler quelle était sa place dans cette somptueuse machination qu’il avait orchestrée? Elle connaissait la vérité, pourquoi était-il incapable de le lui dire? Pourquoi ne pas abréger ses souffrances maintenant plutôt que d’éterniser la chose! Cela lui plaisait-il donc de la voir souffrir?

Tous ses sens en alerte, elle sentit la présence du Comte se rapprocher d’elle. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, il était de nouveau près d’elle, si fier, si froid, sa beauté d’immortel l’atteignit plus encore que la lame d’un poignard. Sa présence l’écrasa tandis qu’elle disparaissait dans l’ombre imposante de sa stature. Sarah voulut reculer d’un pas, mais son corps refusa de l’écouter. Elle resta immobile, figée, ses mains tremblantes emprisonnées dans les siennes. Son murmure contre son visage la blessa cruellement et cette fois elle eut le mouvement de recul qu’elle réprimait. L’aurait-elle voulu? La réponse la terrorisa. Elle voulait fuir, tout quitter, s’éloigner de lui, mais pourquoi son corps ne lui obéissait-il pas? Elle baissa la tête cherchant à fuir son regard pour ne pas qu’il puisse voir à quel point elle était bouleversée. Mais il n’y avait aucune issue, elle était prisonnière de son aura. Elle le détestait. Elle lui en voulait de la mettre dans une telle situation. Elle avait la cruelle impression qu’il jouait encore avec ses faiblesses, qu’il la poussait à bout simplement pour voir jusqu’où elle pouvait aller. Elle avait le sentiment de marcher en équilibre sur le bord d’un abime et que la moindre bourrasque manquait de la faire basculer pour de bon dans le néant.

Lorsqu’il lui parla d’amour, elle releva la tête comme si elle avait été brulée. Avant qu’elle n’ait pu faire le moindre geste, il l’embrassa. Aussitôt que leurs lèvres se touchèrent, elle bascula de nouveau. Ses mains s’accrochèrent à son torse, serrant sa chemise entre ses doigts désespérer. Elle se serra contre lui, se jetant à âme perdue dans cette étreinte qui laissait sur sa bouche le gout amer d’un adieu futur. Comment avait-elle pu en arriver là? Non, elle le détestait! Elle le haïssait, lui, pour tout ce qu’il avait fait, pour tous ceux à qui il avait pris la vie, à toutes celles qu’il allait prendre encore, pour ses mensonges et plus encore pour ses vérités. La voix du Prince, douce, grave, impétueuse se mit à murmurer à son esprit. Elle entendit les mots vibrer aux creux de son être aussi clair que l’eau d’une vieille fontaine. Les bras de l’immortel l’entourèrent dans une force à peine maitriser et elle se sentit de nouveau minuscule, prisonnière contre son corps de marbre. Ses pensées se mêlèrent en des éclairs fugaces, fragment de souvenirs, morceau de reproches et de désir, tourbillon puissant de haine et d’amour. Elle sentait l’esprit du vampire pénétrer le sien comme s’il errait dans sa tête tandis qu’elle s’accrochait à son cou.


*Nous n'appartenons pas au même monde.*

Elle lui mordit furieusement la lèvre. Pourquoi lui rappeler? Pourquoi agrandir l’abime qui les séparait déjà? Elle voulut le repousser, se soustraire à son baiser, mais elle ne réussit même pas à le faire chanceler.

*Pourquoi m'as-tu arraché des miens alors? Pourquoi m'avoir fait ça, à moi, à Alex? Pourquoi m’avoir enlevé la seule chance de bonheur que j’aurais pu avoir?*

Aussitôt elle sentit sa colère grandir encore et la tension dans l’air devenir étouffante. Était-ce sa rage? Ou encore celle du Comte, car elle avait osé parler d’Alex? Douce colère, cruel désespoir. Elle voulait lui faire mal, aussi mal que ce qu’elle pouvait ressentir.

*Je veux te soulever, te jeter sur cette commode et te prendre...*

Tout le corps de la belle chasseuse se tendit à ces paroles. Des images de luxures indécentes traversèrent son esprit et elle hoqueta, à la fois tentée et choquer par le cru de sa pensée. Elle ne put retenir un petit gémissement à la seule idée d’atteindre une nouvelle fois cette fabuleuse extase qu’elle avait ressentie il y avait quelques heures et qui lui semblait appartenir à un autre siècle. Il quitta alors brusquement ses lèvres et Sarah releva la tête, cherchant l’air à pleins poumons. Ses mains glissèrent du cou du Comte jusqu’à son torse où elle pouvait sentir son cœur tambouriner contre la paume de sa main.

Les murs se mirent à trembler tout comme les meubles qui décoraient la pièce. On aurait dit que tout allait s’envoler dans les airs pour se transformer en une pluie de cendre. Les objets qui voltigeait déjà tournoyaient à présent pousser par un vent imaginaire. L’aristocrate sentait son corps trembler. Ses veines pulsaient sous une rage démesurée, comme si elle était investie d’une force qui ne lui appartenait pas. Tout lui échappait. Ses pouvoirs et ceux de l’immortel, les flammes et les ombres, tout se mélangeait dans leurs esprits torturés. La situation échappait à tout contrôle. La magicienne plongea son regard dont la pureté semblait s’être ternie, dans la lune éternelle qui habitait les yeux de Jiromaru. Mais que leur arrivait-il? Comment pouvait-il avoir une telle emprise sur elle? S’en rendait-il seulement compte? Le regard du Prince avait repris celui du prédateur qu’il avait toujours été et ses iris brillaient comme les flammes de l’enfer. À la fois brutal et doux, tendre et cruel. Elle eut un bref sursaut de lucidité et la peur lui vrilla l’estomac. Mais qu’est-ce qu’elle faisait? Ce n’était qu’une ruse de plus, une illusion dans laquelle elle se berçait!

Son beau prince fondit alors sur elle dans un geste qu’elle eut à peine le temps de percevoir. La main blanche du Comte se referma contre les cheveux de sa nuque qu’il saisit brusquement et Sarah sentit son corps s’arquer pour suivre le mouvement. Il la domina un instant de sa stature imposante, lui rappelant combien elle était petite et faible face à lui. La chasseuse se mordit la lèvre inférieure, complètement désarmée face à la facilité à laquelle elle se soumettait à lui. Elle sentit la douceur des cheveux de l’immortel glisser sur sa gorge offerte que le tissu malmené de sa robe avait dévoilée.


*Il va vous tuer... C’est indéniable… L’un de nous devra mourir…*

La belle humaine serra les lèvres pour ne pas gémir lorsqu’il posa sa bouche contre sa gorge. Ses caresses la brulaient, comme s’il laissait une empreinte au fer rouge marquer sa chair.

*Je me sers de toi, Sarah, comme tu te sers de moi...*

*Non*

Elle perdait de nouveau le contrôle. Un soupir s’échappa se ses lèvres serrées lorsqu’elle sentit ses caresses devenir plus osée. Elle voulait qu’il cesse! Qu’il continue!

*Nous passons notre solitude dans les bras l'un de l'autre.*

Cette fois un petit cri s’échappa de la gorge offerte de la jeune femme. Elle avait senti sa peau se percer, mais déjà l’aura du vampire devenait étouffante tandis qu’il refermait son ombre autour d’elle.

*Nous luttons pour sauver un monde qui nous rejette !*

Il la força à reculer et son dos heurta brutalement le mur qui se trouvait derrière elle.

*Sors de mes pensées!* voulut-elle lui crier. L’Ondine se revit plonger dans sa tour d’ivoire, dans cette marée humaine où elle ne se sentait pas à sa place! Pour toutes ces nuits où elle avait donné son temps, son énergie et son sang pour une race d’humain bornée pour qui elle avait autant de valeur qu’une bête juste bonne à rapporter une somme considérable. Il visait juste, trop juste. Coincée contre le mur qui tremblait sous leur instance elle sentait contre son corps le désir brulant du Prince. Un désir charnel, tout ce qui avait de plus humain en lui.

*Tu ne seras plus jamais seule, Sarah. Je te le promets.*

* Ne me mens pas ainsi...*

Quelque chose se rompit alors. La tension qui avait atteint son paroxysme se creva brusquement. Elle sentit la pression des bras du Comte disparaître tandis qu’il la relâchait doucement pour se laisser tomber à ses pieds. De nouveau libre, Sarah ferma les yeux et appuya sa tête contre le mur, levant son visage vers le plafond à la recherche d’air. Le silence était revenu dans la pièce, puissant, imposant. Ses pensées tournoyaient encore, véritable tourbillon où s’inscrivait ce curieux moment. Le mur contre lequel la magicienne était appuyée avait changé d’aspect. Des rainures sciaient la tapisserie comme des veines noircies qui s’étirait vers le sol et le plafond et qui partait d’un point central se trouvant derrière la jeune femme. Lentement, l’Ondine se laissa glisser contre le mur jusqu’au sol, ses jambes chancelantes incapables de la soutenir plus longtemps. Son souffle était court comme si elle avait oublié comment respirer pendant tout ce temps. Son cœur battait la chamade. Elle avait ramené une main contre sa poitrine, accrochant ses doigts au décolleté de sa robe tandis que l’autre s’était posé contre sa tempe où elle sentait poindre une douleur lancinante. La dernière pensée du Comte flottait encore dans son esprit, un murmure, une promesse, une insulte... La Chasseuse ouvrit doucement les yeux. La plupart des meubles étaient restés à leur place. Une chaise s’était renversée. Les objets qui voletaient dans la pièce reposaient maintenant au sol, jonchant les quatre coins de la pièce. La plupart étaient restés intacts, leur chute amortit par le lit ou encore le tapis moelleux. Seul un verre avait éclaté, laissant plusieurs éclats près du mur. Le vase de rose s’était renversé et les fleurs parsèment le plancher comme des lueurs de douceur. Sarah observa le désordre en silence. Troublé par le gâchis qu’ils avaient fait, mais plus encore par ce qu’il reflétait. Ils ne pouvaient rien faire ensemble. C’était allé à l’encontre de l’ordre commun des choses. Ils n’étaient bons qu’à créer le chaos.

Les yeux purs de la magicienne se posèrent sur la silhouette frêle du Comte. Comme il lui semblait faible à présent. Le corps couvert de sueur, son regard éteint, les efforts qu’il avait fournis semblaient l’avoir vidé de toute énergie.


*vous le tuez à petit feu*

Elle leva sa main vers lui pour tenter de le rassurer. Mais quel geste pouvait-elle bien poser? Que pouvait-elle lui dire? La vérité était là, ils le savaient tous les deux. Pourquoi rendait-il la situation aussi difficile? Pourquoi ne pas en finir maintenant? Elle plongea son regard dans les siens, cherchant un doute, une réponse à ce secret qu’il ne voulait partager. Malgré toutes ses révélations, il ne lui dirait pas ce qu’il avait prévu pour elle. Elle le savait.

Un long moment s’écoula où ils restèrent à se dévisager, puis Sarah se releva péniblement. Chacun de ses membres la faisait souffrir comme si elle venait de livrer une importante bataille. Maria avait raison, elle ne pouvait rien lui apporter. C’était elle qui le détruisait. La belle chasseuse avança au milieu des ruines, traversant les épaves que leur tempête avait provoquées. Elle ne porta même pas attention à ses pieds nus qui frôlait le sol jonché d’objet et d’éclats de verre qui aurait pu la blesser. Elle attrapa doucement son journal qui reposait au sol, à l’envers, les pages ouvertes. Il avait été emporté lui aussi par la manifestation surnaturelle et la serrure avait une fois de plus sauté sous le coup de la chute. L’aristocrate le serra contre sa poitrine qui s’agitait encore à chaque respiration. Puis, telle une ombre, elle quitta la pièce, traversant vers la chambre d’ami avant de refermer la porte derrière elle.

Elle resta un instant immobile, le dos appuyé contre la porte close. Dans le calme, loin de Lui, elle se sentit respirer de nouveau et elle put enfin laisser aller le sanglot qui comprimait sa gorge depuis un bon moment. Elle ne comprenait pas ce qui s’était passé. Comment avait-il pu en arriver là? Comment pouvait-elle se trahir ainsi? Les traits eux? Trahir Alex?
À bout de force, son esprit refusant de tolérer plus longtemps tout ce qu’il avait vécu, l’humaine se laissa tomber sur le lit, se recroquevillant en position fœtale, incapable de supporter plus longtemps le poids de son existence.



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MessageSujet: Re: Souviens-toi de cette promesse [Comte, Sarah] [02/05/42] Lun 20 Fév - 17:56

Nombreux sont ceux qui pensent sincèrement que les sentiments d'amour et de haine naissent d'un seul et même mouvement du cœur. Certains imaginent ainsi qu'ils sont frères jumeaux et qu'ils demeurent liés, à jamais. D'autres, plus optimistes, espèrent qu'ils ne sont qu'ennemis jurés. A leurs yeux, l'un peut donc fonctionner sans l'autre, comme s'ils se repoussaient, à l'instar de deux aimants contraires.
D'un côté vit l'espoir, celui qui laisse un goût de bonheur sur les lèvres. De l'autre ricanent les ténèbres, celles qui guettent les âmes perdues sur le chemin de la nuit.

Ce soir, Jirômaru réalisait qu'il faisait partie de ceux qui avaient toujours très distinctement séparé amour et haine alors que les deux entités battaient ensemble dans ses veines. Ce soir, il réalisait que la belle Sarah Spencer l'avait transformé...
En bientôt six cents ans d'errance, le Vampire n'avait jamais réussi à accepter que son être tout entier puisse être bâti sur cette bien étrange alchimie des sentiments. Aujourd'hui, son corps, qui s'affaiblissait d'heure en heure, et son esprit, malade à en oublier l'essentiel, survivaient péniblement au sein de ce flot d'émotions contraires. Cette alchimie les dévorait et les entretenait dans le même temps.
Ne dit-on pas que l'on ne se sent jamais plus vivant que lorsque l'on s'approche de la mort ? Ne sont-ce pas les douleurs et les aberrations qui nous rappellent à chaque souffle l'importance de notre existence ?

Le Comte venait d'atteindre le bord d'une faille terrifiante. Ses pieds nus agrippaient la roche friable des hautes parois de cet abysse sans fond, espérant le retenir dans sa déroute, tandis que le murmure de milliers de voix insufflait le doute dans le creux de son cœur.
Devait-il sauter ? Valait-il mieux qu'il sombre dans les méandres infernaux de l'oubli ?
Il y songeait, de plus en plus fort...
Les grains de terre tombaient dans le gouffre à mesure qu'il s'y penchait.
Et puis un frisson lui parcourait l'échine...
La lâcheté l'avait toujours répugné.
Il n'en avait fait preuve qu'une fois.
Une seule fois.
La lâcheté avait emporté son humanité...


* Non...*

Elle n'emporterait pas sa vie, même si elle l'avait à jamais gâchée.

***************

Les mots de Sarah sont des poignards acérés.
Ils déchirent mon cœur comme du papier trempé de sang...

Blême, tremblant, Jirômaru se tenait là, à quelques centimètres du visage de la chasseresse. Il fut alors brutalement happé par ses propres démons. Il voulait monter à la jeune femme combien il était prêt à se sacrifier pour elle, mais il souhaitait également la sacrifier elle. Combien de temps tiendrait-il éloigné de lui cette envie irrésistible qu'il avait de la torturer et de la jeter aux flammes de sa fureur ? Combien de fois saurait-il réprimer ses pulsions passionnées alors qu'il poserait sa main sur son sein effarouché ?

Il lui avait enlevé sa « seule chance de bonheur » ?
Quelle cruauté...
Sarah avait-elle seulement conscience de la portée de ses pensées ?
Elle passait sur lui ces mots parés de lames pour lacérer son cœur et piétiner son âme.
...« Alex »...
Cet humain souillait ses lèvres...


*Cet homme t'aurait détruite...Bien plus que moi.*

N'avait-elle pas vu à quel point ses rêves d'amour n'avaient aucun sens ? Von Ravellow n'était qu'un aristocrate extravagant, lié à des scandales qui le dépassaient souvent, soupçonné de cocufier la moitié de la capitale, insultant la couronne et les lois en infiltrant des bourgeois à ses réceptions...Ce n'était qu'un jeune écervelé, un menteur invétéré, un coureur de jupons, un excentrique sulfureux bon qu'à lancer débats et duels stériles au cœur des salons ! Cet imbécile se croyait en droit de compter fleurette aux femmes entre deux actions suicidaires ! Ce n'était qu'un bouffon ridicule qui mettait volontiers en danger tous ses proches et les abandonnait sans cesse pour satisfaire ses ambitions personnelles ! Ce n'était...
...qu'un reflet de lui-même...

Jirômaru soupira, exaspéré.
Il fallait bien qu'il lui avoue un jour...


*S'il n'était pas aussi stupide, je t'aurais peut-être confiée à lui...Mais n'est pas digne de confiance.*

L'envie brûlante de prouver à Sarah qu'il valait mieux que cet homme le reprit. Il voulait lui montrer qu'il lui apporterait toujours plus de sensations, de joie, de bonheur...Cette envie devint bien vite une véritable obsession. Les rejets successifs de la belle l'avaient trop blessé pour qu'il les tolère plus longtemps. Ses mains, crispées sur sa chemise, et ses soupirs languissants, lui avaient trop souvent donné l'impression qu'elle lui appartenait toute entière. L'aimait-elle ou n'était-ce que la manifestation du désir d'une petite fille de briser les interdits ? Sarah contournait la logique et le Vampire ne savait plus comment l'aborder. Pour mettre un terme à sa frustration et la décider, il voulut soudainement la posséder par la force. Une fois la frontière franchie, la perdre contre lui dans la douceur de l'extase serait un jeu d'enfant...

Malheureusement, Jirômaru était très faible. Ses multiples combats, contre les loups, contre les siens, contre les hommes et contre lui-même l'avaient terriblement malmené. Avant de s'en rendre compte, le Vampire mêla ses pensées intimes à celles de la jeune huntress. Sans le vouloir, il excita ses fantasmes en les unissant aux siens...Il la souleva, la caressa, la brusqua...
Sarah se noya avec lui. Ses mains l'accompagnèrent sans résister, son dos s'arqua face à tant de proximité...La soumission évidente de la jeune femme donna au lord le champ libre pour la posséder enfin...La pièce entière trembla de leur nouvelle étreinte. Les objets et les ombres s'agitèrent de concert.
Jirômaru s'emporta.
Il mordit le lobe de son amante, pour goûter à nouveau à son sang si délicieux, et la poussa à se donner. Mais les pensées de la belle firent brusquent écho dans son esprit et une douleur lancinante traversa son bras blessé. Bientôt, il fléchit sous le poids de sa propre faiblesse et de la culpabilité qui écumait au bord de ses lèvres serrées...
Un geste d'humanité ?
Une conscience effleurée.
Son corps l'abandonna le premier.


***************

Ce regard inquiet qui me juge...
Cette envie de m'aimer et de me détruire à la fois...
Va-t-en...

Sarah avait eu un geste, à moins qu'il ne l'ai imaginé au travers de ses larmes...Le Comte ne savait plus distinguer la réalité du fantasme. Muet, il tentait de fuir ces yeux qui le torturaient. Il ne voulait pas qu'elle le voit ainsi ! Ses sanglots l'humiliaient.

Alors, Sarah se leva. Le Vampire laissa ses mains glisser sur le tissu de sa robe et l'abandonner, impuissant. La belle récupéra son journal et, lentement, se rendit dans la chambre d'amis.
Lorsque la porte se referma sur la jeune femme, Jirômaru resta seul, dans un silence effrayant. Son regard fit le tour de sa chambre. Elle lui sembla soudainement si froide, si vide de vie, que ses sanglots étouffés se muèrent peu à peu en une longue plainte qui abîma un peu plus sa gorge nouée. Durant de longues minutes, le Vampire se laissa ainsi aller au désespoir le plus intime. Ses larmes mouillèrent ses joues émaciées et coulèrent le long de sa gorge jusqu'à sa chemise entrouverte. Il se recroquevilla sur lui-même, complètement abattu, et se mit à gémir, comme un enfant abandonné par le destin. Ses longs cheveux blancs cachèrent son visage derrière leur rideau effilé et leurs pointes s'étirèrent sur le sol devant lui. Ses mains tremblantes vinrent se crisper sur son front brûlant de fièvre et de chagrin.
Jirômaru se demandait encore pourquoi il avait agit de la sorte avec la huntress. Sarah le perdait, c'était maintenant d'une évidence cruelle. La jeune humaine déchirait son cœur en morceaux et laissait son esprit malade errer entre une affection passionnée et une haine démesurée. Le Vampire ne parvenait plus à comprendre ce qui le motivait : l'amour ? Le simple désir ? L'envie d'exister aux yeux d'une femme ? Le besoin de détruire l'innocence ?
Même s'il se faisait violence pour étouffer sa souffrance, la nausée lui retourna l'estomac et il se mit à hoqueter. La colère et la tristesse le rendaient fou. Il voulait hurler à pleins poumons, geindre comme un orphelin, se replier sur lui-même et disparaître, pour dormir, pour oublier tout ce qui le dévorait, pour laisser le monde se débrouiller seul.
D'ailleurs, qu'avait-il reçu de ce monde ?
Rien.
Uniquement le néant, le mépris, la douleur...
Que lui devait-il ?
Rien.
Absolument rien.


- Pourquoi mentirais-je ? Je n'ai que toi...murmura-t-il dans les ténèbres.

Son hoquet fit frissonner son échine toute entière et bloqua ses poumons. Il crachota et releva son visage pour respirer.
Au bout d'un moment, enfin calmé, l'homme jeta un nouveau coup d'oeil à sa chambre. Ses iris anthracites s'arrêtèrent alors sur les roses blanches qui reposaient au sol et ses dents se serrèrent.
Tout cessa soudain. Le Comte ferma ses poings, prit une grande inspiration et se releva. Son geste fut maladroit, car ses jambes ne le portèrent qu'à grand peine. Mais, enfin debout, le Vampire marcha jusqu'aux fleurs immaculées et en ramassa une. Ses doigts caressèrent ses magnifiques pétales avant de s'écraser sur la tige qui portait sa belle tête blanche. Les épines de la plante pénétrèrent sa paume et l'écorchèrent. Son sang macula le bois vert à mesure qu'il resserrait sa poigne dessus. Jirômaru n'esquissa qu'une légère grimace. La douleur qu'il ressentait physiquement n'était rien comparée à celle qui touchait son cœur. Dans ses prunelles brumeuses, la fleurs s'ouvrait comme un calice où reposait la réponse aux questions existentielles de toute son espèce. Alors, sa main sanglante s'empara de leur velours et les souilla en les arrachant. Dans un râle de colère, le Comte éparpilla les pétales rougis et jeta l'ensemble de la plante à terre. Son visage se tourna brusquement vers l'armoire où reposait son ancienne armure. Ses emblèmes dépassaient derrière ses épaulières, brodées sur son drapeau. La grue et ses ailes noires appelèrent son regard et le plongèrent dans ses souvenirs.



Après quelques instants de contemplation, le Vampire soupira. Il passa la manche de sa chemise bleu roi sur son visage à l'aspect pitoyable pour y sécher ses larmes salées. Puis, se recomposant une expression plus neutre, il traversa la pièce à grandes enjambées et rejoignit son grand manteau rouge qui l'attendait sur le dossier d'une chaise. D'un geste il enfila l'immense vêtement vermeille, à l'instar d'un toréador qui entre en piste. Il en raidit le col avant de le fermer rapidement sur son torse fatigué. Ses longs doigts diaphanes passèrent dans ses cheveux blancs pour leur redonner forme et s'enroulèrent bientôt autour pommeau d'ébène de sa canne épée qu'il retrouva contre sa table de chevet. Ainsi paré, le Vampire quitta sa chambre d'un pas vif. Il claqua sa porte derrière lui, sans douceur, et murmura quelques mots en latin sans arrêter sa marche. C'était une formule qui verrouillait les lieux. Cette fois, le passage derrière la tenture était clos et nul ne pourrait entrer dans cette chambre sans risquer la mort.

Il était temps d'agir.


***************

Lorsque la double porte de la Salle du Conseil s'ouvrit d'un coup, les Sept, surpris, sursautèrent d'un même mouvement. Aucun n'avait senti l'aura de leur maître, pourtant celle-ci était particulièrement imposante et agitée. Ils le dévorèrent donc tous du regard, intrigués par son attitude si solennelle et par les rougeurs qui maculaient le contour de ses yeux. Ambre et Manouk froncèrent les sourcils, inquiets de constater que Jirômaru venait de pleurer. La chasseuse le troublait-elle à ce point là ? C'était une manifestation physique somme toute très humaine et elle était rare chez le vieux Vampire, en tous cas en leur présence. Cela révélait à quel point il ne pouvait plus nier ses sentiments. Ce signe de faiblesse les alerta presque autant que ses stigmates qui dépassaient de sa chemise au niveau de son col. Depuis la mort de Salluste, le Comte était décidément très affaibli...

En s'avançant près de la table massive, Jirômaru fusilla du regard les deux curieux et les obligea à baisser les yeux. Puis, il posa brusquement une main sur la surface lisse et cirée du meuble. Ses yeux lancèrent des éclairs à la lueur des torches qui ornaient la pièce.


- Agniès, Marco, allez chercher William et Jack, je les attendrai ici. ordonna-t-il d'un ton impérieux. Je veux qu'ils se présentent devant moi dans moins d'une heure.

Le grand blond hésita un instant, perturbé par l'ordre soudain, mais sa cadette prit les devant au plus vite afin d'éviter de s'attirer les foudres de leur aîné :

- Bien Monseigneur, fit la jeune magicienne en exécutant une petite courbette.

Puis, sans demander son reste, elle attrapa Marco par le bras et l'entraîna à sa suite dans les couloirs qui menaient aux appartements des disciples. L'Allemand la suivit après avoir jeté un regard inquiet à Ambre et à Maria qui dormait.
Jirômaru suivit ses yeux bleus et son propre regard tomba sur la belle Italienne. Elle portait d'affreuses marques au cou et son visage paraissait plus pâle qu'à l'accoutumé. Le Comte ouvrit la bouche pour demander ce qu'il lui était arrivé mais il s'arrêta soudain : son esprit avait retrouvé seul le chemin de ses souvenirs et il se rappelait désormais de tout ce qu'il s'était passé lors de son dernier réveil. Son front s'assombrit et il serra ostensiblement les dents en découvrant ses canines. Ambre crispa une main sur la robe de son amie. Ses iris mentholées tentèrent d'attirer l'abysse de ceux de son maître afin de lui transmettre une partie de ses craintes, mais Jirômaru la dénigra. Ce fut la main que posa Manouk sur son épaule qui l'empêcha de s'attarder sur son ancienne amante et sur tout ce qu'il avait à lui dire, ou à lui faire...


- Que comptes-tu faire, mon frère ? Faut-il ramener la jeune Spencer chez elle ou la garder ici ? N'oublie pas que le Sabbat reviendra et que si nos accords avec la Camarilla sont clairs en apparence, rien ne garantit qu'elle sera en sécurité une fois revenue à la surface.

Le Comte eut un mal fou à détourner son regard de Maria mais il se sentit obligé de répondre à son vieil ami. Sa voix de stentor tonna tandis qu'il délivrait son épaule de la main noire de Manouk dans un geste menaçant.

- Nous devons la rendre au monde des vivants. Elle a besoin de voir sa famille ou elle perdra la raison. Et puis, je ne pourrais la supporter plus longtemps...

- Les femmes sont compliquées...

- Tais-toi.

Le regard que lança Jirômaru à l'Africain fit frémir Ambre tant il fut sombre. Apparemment, il n'était pas d'humeur à plaisanter ou à badiner. Elle priait maintenant pour qu'il oublie Maria un moment. Mais ses yeux revinrent sur elle et elle frissonna d'effroi.

- Monseigneur...gémit-elle d'une voix étranglée. Elle n'a pas...

- Va chercher Sarah. Habille-la de vêtements simples, sans odeur, sans trace. Vois avec Héloïse pour lui trouver une tenue que le Yard aurait pu lui prêter. Ramène-moi également les vêtements en loques qu'elle portait à Highgate.

Ambre se leva et quitta la pièce, morte de peur pour Maria, mais pas assez inconsciente pour insister.
Le Comte jeta un nouveau regard à la belle italienne au cou meurtri. Mille et unes pensées traversaient son esprit à son sujet. Que devait-il croire ? Il l'associait désormais à la Mère, à celle qui avait tenté de le tuer dans son sommeil...Mais il l’associait également à cette étrange phrase qu'il avait lue dans l'esprit de Sarah...


« Il va vous tuer... C’est indéniable… L’un de nous devra mourir… »

 
Qu'avait-elle donc osé dire à la chasseuse ? Était-ce elle qui l'avait effrayée au point qu'elle lui tourne le dos à son réveil ? Il devrait démêler cette affaire au plus vite.


***************

Environ une heure et demi plus tard, Sarah fut rejointe par Ambre. L'actrice poussa doucement la porte de la chambre d'ami et s'approcha lentement de la belle chasseuse.

- Miss Spencer ? demanda-t-elle avec une pointe de tendresse dans la voix. Ecusez-moi de vous déranger mais je dois vous apprêter. Nous allons vous rendre à vos parents.

Ambre expliqua rapidement à la jeune humaine que pour la ramener chez elle ils devaient la conditionner afin que l'on ne puisse pas croire que c'était le Comte qui l'avait enlevée. Avec mille précautions, la Vampire aida ainsi la belle à revêtir une tunique grise et à coiffer un peu ses cheveux en bataille. Elle lui proposa aimablement une soupe, pour la réchauffer et la nourrir un peu, avant de lui offrir un mouchoir blanc, orné de dentelles. Les initiales qui l'avaient autrefois accompagné avaient été décousues.

- Tenez...Séchez vos larmes, soyez forte, comme vous l'avez toujours été.

Malgré les réticences de la chasseuse et son état émotionnel particulièrement instable, la belle rousse avait réussi à la convaincre de la suivre. Lorsqu'elles passèrent dans la chambre de son maître, les morceaux de vase et de verre avaient été soigneusement enlevés, et les roses blanches reposaient sur la petite table dans l'attente d'être remises en ordre. Il ne restait rien de la fleur ensanglantée. La porte d'entrée se déverrouilla toute seule et le long couloir qui donnait sur la Grande Salle s'offrit à elles. Ambre donna la main à Sarah pour l'accompagner. Arrivées devant la double porte, elle la lâcha et lui jeta un regard inquiet. Elle se voulut rassurante :

- Tout se passera bien. Ne vous en faites pas. Nous sommes là pour vous aider à retrouver les vôtres.

L'actrice ouvrit la porte invita Sarah à s'avancer. Puis, elle la poussa à se tenir devant la grande table qui s'allongeait devant elle et la laissa pour aller s'asseoir. Jirômaru se tenait à son autre extrémité. Assis sur une des chaises ornées de motifs végétaux et de gueules d'animaux, il portait le visage haut et avait attaché ses longs cheveux blancs en catogan à l'aide d'un ruban noir. Il avait l'air plus fermé que jamais. Une de ses longues mains reposait sur ses genoux croisés sous la table tandis que l'autre restait sur sa surface lisse. Ses doigts s'agitaient, comme s'il faisait preuve d'une incroyable impatience en cet instant.
Ses disciples se tenaient tous assis. A sa droite, Manouk, le grand noir, croisait les bras en dévisageant la chasseuse comme s'il la découvrait pour la première fois. Près de lui, Agniès tentait de faire preuve d'un peu de pudeur en baissant les yeux. Arath, lui, restait aussi froid qu'une pierre tombale. A la gauche du Comte se tenait Ambre. La belle actrice aux cheveux roux restait droite et affichait un léger sourire pour tâcher de rassurer la jeune humaine. A ses côtés était assis Marco. L'allemand crispait la mâchoire, comme s'il se préparait un conseil de guerre dans lequel sa vie était mise en jeu. Il manquait Maria mais quatre autres Vampire faisaient partie de l'assemblée. Deux hommes, en costume du Yard, se tenaient à la gauche de Marco. Ils observaient Sarah comme pour vérifier que c'était bien elle qu'on leur présentait ce soir. Leurs cheveux bruns, coupés au-dessus des épaules, étaient attachés avec élégance dans leurs nuques. Leurs visages, parfaitement découplés, frappaient l'esprit de leur saisissante beauté et leurs ressemblances. Près d'Agniès, en face de ces deux inconnus, un troisième homme en costume sombre dévisageait la chasseuse sous une frange épaisse, noire comme la nuit. Ses yeux luisaient d'un étrange éclat vermeille tandis qu'il appuyait son menton sur ses mains jointes. Une balafre sciait son visage en deux, depuis son front pâle jusqu'à sa bouche en passant sur sa joue droite.

Jirômaru montra de sa main le siège qui se trouvait au bout de la table.


- Assied-toi, s'il te plaît.

Son ton avait été effroyablement sec.
Attendant que la jeune femme prenne place, le Vampire ramena ses mains sur les accoudoirs de son siège et soupira. Au bout d'un moment, il reprit :


- Pour te ramener chez toi, il va falloir être un peu malins. Il est évident que je ne peux te ramener moi-même, tes parents et la ville entière se lanceraient dans d'abominables suppositions...Surtout depuis que je t'ai demandée en mariage...

Son regard s'assombrit un peu. Depuis quelques semaines, il regrettait amèrement d'avoir fait cette demande, d'autant plus qu'il s'était rendu compte qu'elle n'avait finalement pas pris la forme qu'il aurait souhaité.

- Je te présente William et Jack Sturridge. Ce sont des agents du Scotland Yard, fit-il en désignant du regard les deux Vampires qui se tenaient côte à côte. Ce sont des Vampires qui restent sous mon égide. Les yeux du lord brillèrent de complicité et, peut-être, d'une forme de sournoiserie. Il semblait presque fier d'avoir des disciples infiltrés jusque dans la police, sous le nez et la barbe des Hunters...Je leur fais confiance. Ils vont prendre le relais et te ramener au manoir Spencer. Avec l'aide du Docteur Fortunato, ici présent, je vais faire en sorte qu'au Yard on croit qu'ils t'ont retrouvée près du cimetière d'Highgate et qu'après quelques examens et papiers ils ont préféré t'amener directement chez tes parents pour les rassurer et pour qu'ils puissent prendre soin de ta santé.

Le Comte se tue. Un long silence pesa sur l'assemblée tandis qu'il dévorait des yeux la jeune chasseuse. Diverses émotions transparurent dans le creux de ses prunelles agitées, et son souffle se fit plus audible, comme s'il luttait contre une douleur qu'il ne pouvait cacher.
Manouk prit la parole à son tour, pour soulager son maître.


- Nous vous demandons de rester extrêmement prudente. Le Sabbat n'a pas disparu, même s'il a perdu cette bataille, et ses derniers représentants vont sans aucun doute se lier pour vous assassiner.

Doucement, le Comte se leva pour se diriger vers la chasseuse. Ambre lui jeta un regard perplexe et Agniès se raidit. Manouk se leva à son tour pour s'approcher de la chasseuse.

- Nous veillerons sur vous, mais nous ne pourrons jamais garantir votre sécurité si vous restez dans le monde des Hommes.

Jirômaru s'assit sur la table près de Sarah tandis que Manouk venait se placer derrière lui.

- J'écrirai à tes parents. Mais tu ne me verras plus avant longtemps.

Sans ajouter mot, le Comte prit la tête de Sarah entre ses deux longues mains et ses yeux se fermèrent. Il lui ordonna de fermer les siens et sa pensée se mêla à la sienne.

*Laisse-moi faire...C'est nécessaire...Je te promets que je n'ai jamais agi contre l'Humanité...*

En pénétrant une nouvelle fois l'esprit de la huntress, une envie folle saisit Jirômaru : il mourait d'envie de fouiller son passé et de savoir, enfin, ce qu'il s'était réellement passé depuis qu'il l'avait laissée entrer au couvent de Ste Marguaret. Il voulait aussi connaître ses vrais sentiments, effacer les lambeaux de ceux qui concernaient Von Ravellow. Il voulait enlever de sa tête l'attentat du théâtre ainsi que la vision horrible du cimetière d'Highgate. Il voulait bannir à tout jamais ses propres moments de faiblesse. Il aurait aimé ainsi réorganiser les pensées de la jeune humaine et ne lui laisser que ce qui l'intéressait lui, que ce qui la convaincrait qu'il était le seul à l'aimer et à pouvoir la protéger.
Mais l'ancien samouraï détestait utiliser le Don Obscur pour agir sur les esprits. Cela salissait son honneur. Il ne l'utilisait qu'en ultime recourt, lorsque cela était nécessaire pour la survie de l'individu ou pour celle d'un groupe. Pour l'heure, il devait simplement endormir la chasseuse afin qu'elle puisse être prise en charge par les agents du Yard. Il devait l'apaiser et lui faire oublier, l'espace d'un instant, le lieu où elle se trouvait. Ainsi, elle serait plus aisée à mener et cela garantirait une partie de sa santé. Ainsi, il ne toucha à aucun de ses souvenirs et ne fouilla pas son passé. Il se contenta de l'endormir. Lorsqu'elle se réveillerait, elle conserverait tout ce qu'elle avait vécu, tout ce qu'ils s'étaient dit. D'ici quelques jours, elle serait même capable de se souvenir que le Vampire se cachait sous l'Opéra.


*J'aurais tant aimé que tu ne me voies pas ainsi...N'oublie pas nos moments de bonheur...Sarah...Souviens-toi de cette promesse...*

Tandis que la belle fermait les yeux et que son âme s'endormait, le Comte lui déposa un tendre baiser sur le front. Puis, il s'en détacha et vacilla. Manouk le retint d'un geste et l'aida à s'asseoir sur une des dernières chaises libres non loin de lui. A demi-inconscient, le lord vit Ambre venir inspecter Sarah et les agents du Yard se lever. Jirômaru serra les dents. Il avait toujours désiré faire de la jeune humaine son bien, mais le destin ne semblait pas lui accorder ce droit. Au fond, il ne savait plus ce que son cœur réclamait. D'autres devaient prendre le relais avant qu'il ne la tue ou ne se tue lui-même. Cela le répugnait...

Les frères Sturridge étaient dans la police depuis presque une dizaine d'années. Ils avaient intégré les rangs du Yard afin de servir le Comte et de surveiller les hommes de loi qui régnaient sur la capitale au nom de Sa Majesté. Le duo dirigeait les enquêtes gênantes dans des impasses, surtout lorsqu'elles concernaient les Vampires de l'Opéra, ou les menaient sur le bon chemin lorsqu'elles concernaient des Loups ou le Sabbat. En général, ils ne se préoccupaient pas des actions de la Camarilla. C'était un accord général. Des Vampires dans les forces de l'ordre était une nécessité pour leur survie et le bon maintien de la Mascarade.
C'était des disciples agréables, d'une grande capacité d'adaptation. D'aucun disaient qu'ils étaient profondément bons, d'autant qu'ils résolvaient volontiers des affaires qui concernaient des meurtriers humains. Ils agissaient dans les brigades de nuit, bien évidemment, et défendaient la veuve et l'orphelin des malfrats de tout genre. En soit, ils n'avaient pas un grand rôle au sein de la police, ils n'étaient que sous-fifres, et c'était bien volontaire, mais leur présence rassurait plus d'un agent et leurs actions s'avéraient souvent très bénéfiques pour le moral des troupes. On leur accordait d'ailleurs facilement confiance et amitié. Ainsi leur couverture semblait-elle à toute épreuve. Le Comte était généralement fier d'eux, même s'ils avaient été d'une inutilité affligeante dans la recherche de la jeune Spencer...
Ce soir, il leur confiait son bien le plus précieux...

Inconsciente, Sarah fut soulevée et emportée par William. Elle sembla si fragile, si pâle, que Jirômaru hésita, l'espace d'un instant, à revenir sur sa décision. Il ne supportait pas de voir la jeune femme emmenée par un autre.


- Maître.

La voix d'Arath arracha le Vampire à ses réflexions. Ce fut comme s'il venait de le piquer à l'aide d'une aiguille.

- Arnoldo est là.

Jirômaru frissonna en voyant le petit italien franchir la porte dans le même temps que William. Ils se croisèrent, sans échanger un mot, et le jeune calice se présenta devant son maître. Résigné à laisser Sarah quitter l'Opéra, le Comte se leva pour lui tourner le dos et se diriger vers le Docteur Fortunato qui s'était lui aussi relevé.

- Venez.

Les deux Vampires s'éloignèrent pour retourner dans la chambre. Arath jeta un regard au petit Arnoldo pour lui rappeler qu'il devait les suivre. Le jeune calice sursauta et se lança sur leurs pas en trottinant tandis que les agents du Yard refermaient la porte derrière eux.

Sarah serait chez elle dans la nuit.


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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Sarah Spencer
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MessageSujet: Re: Souviens-toi de cette promesse [Comte, Sarah] [02/05/42] Ven 24 Fév - 0:51

Après avoir quitter la chambre du Comte, Sarah s’était écroulée sur le lit, à bout de force et de volonté, son esprit se révoltant tranquillement dans le désespoir qui l’habitait. Elle s’était recroquevillée en serrant contre elle son journal dans un geste d’humanité enfantin. Plus que jamais, elle se sentait perdue, indécise, ployée sous le poids d’un destin qu’elle n’arrivait plus à contrôler. Elle regrettait déjà amèrement son geste et toute cette situation qui dégénérait. Entendre la voix de l’immortel dans sa tête l’avait fortement ébranlé tout comme la puissance de leur sentiment respectif. Ses propres désirs lui faisaient peur. Elle se sentait coincée entre le feu et les flammes. Mais elle ne pouvait rien faire pour l’immortel. Ne pouvait-il pas comprendre qu’elle faisait cela uniquement pour son bien? Elle le tuait à petit feu, elle le détruisait un peu plus à chaque fois et elle ne voulait pas être celle qui serait responsable de sa mort. Elle savait ce qu’il attendait d’elle, qu’il voulait plus que son amitié ou son corps, mais pourquoi ne comprenait-il pas qu’elle était incapable d’en donner plus? Elle était brisée et il devait la laisser brisée. La magicienne avait étouffé un sanglot, dégouté de sa propre attitude et de la honte qui glissait sur ses membres comme une deuxième peau. Elle aurait dû le prendre dans ses bras, le réconforter, lui murmurer des paroles tendres, mais elle n’avait rien fait, ne voulant pas l’encourager. Il devait se détacher d’elle à tout prix avant de tout perdre.

Une douleur aiguë avait de nouveau déchiré le cœur de l’humaine. Qu’attendait-elle exactement? À quoi se résumait sa vie? Elle courait après une ombre qui était sortie brusquement de sa vie. Elle attendait depuis des semaines la moindre nouvelle d’Alexander sans rien n’avoir. L’aimait-elle encore? Avant le théâtre, il lui avait semblé que cet amour était incommensurable, si fort qu’il pouvait relever tous les obstacles. Elle l’avait attendue dans l’obscurité, chercher dans les moindres recoins de la ville, en vain. Et maintenant, chaque fois que ses pensées s’orientaient vers lui, elle ne ressentait qu’une immense tristesse et un terrible sentiment d’abandon. Alors qu’elle était perdue plus que jamais, alors que les forces des ténèbres s’étaient mises en jeu pour prendre sa vie et la sacrifié aux loups ou aux vampires seul le Prince était venu à son secours. Ne l’avait-il pas aidé? Ne l’avait-il pas sauvée? Mais Maria avait raison, espérer ne pouvait mener à rien. Voir le Comte aussi malade l’affectait. C’est elle qui le tourmentait ainsi. Et si elle était responsable de ce qui lui arrivait? Ces horribles stigmates sur son corps, cette faiblesse évidente, ses yeux plus malades que jamais...Elle était en train de le tué c’était évident.

L’Ondine resta ainsi pendant un long moment, incapable de saisir le temps qui passait, remuant ses sombres pensées. Les larmes avaient fini par sécher sur ses joues sans que l’eau et le désespoir ne disparaissent de ses grands yeux bleus. Elle se sentait pitoyable, meurtrie, une envie suicidaire pulsait contre ses tempes. Plus que jamais, elle se sentait comme la terrible Hélène de Troyes qui avait précipité le destin et la mort de tant d’hommes. Devait-elle suivre cette voie? Sa propre lâcheté l’écoeurait. Une fois de plus, la voix douce de la belle rousse avait percé l’obscurité naissante pour la tirer de sa torpeur maladive. Sarah cligna des yeux, cherchant le courage de se redresser. Ses cheveux en batailles partaient dans tous les sens et les mèches de ses cheveux avaient collé contre ses joues maculées de larme. Le collet de sa robe malmenée dévoilait sa gorge blanche et la naissance de la courbe de ses seins d’où la morsure du Comte était encore visible. Les mains tremblantes, la magicienne se redressa malgré son manque de volonté. Elle écouta d’une oreille distraite les propos de la belle vampiresse sans comprendre, comme si la situation ne la concernait pas, qu’elle n’était que le personnage passif de ce qu’elle racontait. Elle la laissa la vêtir d’une tunique sombre et coiffer ses cheveux indisciplinés, ne comprenant pas pourquoi elle était traitée avec tant de douceur alors qu’elle ne méritait que du mépris. Elle enfila à contrecœur les souliers bruns que lui avait apportés l’actrice. Lorsqu’Ambre lui tendit son mouchoir, la belle leva alors son regard d’azur rempli de désespoir en direction de la jeune femme. Sa détresse était donc si visible? Elle se sentait complètement mise à nue, brisée, malmenée. Elle dédaigna la soupe que la disciple lui présenta, incapable de desserrer les lèvres sans risquer que celles-ci ne se mettent à trembler de nouveau. Ambre avait raison. Elle devait se montrer forte, se reconstruire, enfouir de nouveau ce flot de sentiment au plus profond de son être. Son visage se referma et elle fit un effort surhumain pour redevenir l’être froid qui s’était présenté devant l’immortel quelques heures plutôt. Sans un mot, elle suivit la vampiresse, quittant son refuge. Lorsqu’ils traversèrent la chambre du Comte, le pas de la Chasseuse cessa brusquement et ses yeux embrasèrent la pièce. Les meubles avaient été replacés, les éclats de vases ramassés. Seuls les étranges sillons de cendres continuaient d’orner les murs, mais ils commençaient déjà à s’effacer. Un simple coup de chiffon et ils disparaitraient pour de bon. Il ne restait presque plus rien de leur rencontre qui s’effaçait déjà dans le temps. Il avait donc une chance de se reconstruire...

La belle rousse continua son chemin vers la porte qui s’ouvrit d’elle-même, dévoilant un petit passage que l’humaine n’avait jamais vue. Il fallait dire qu’elle n’avait jamais réellement quitté les appartements du Comte lors de ses visites et si en temps normal sa curiosité aurait été enchanté d’un tel développement, rien en cet instant n’aurait pu sortir son esprit de la langueur suffocante dans lequel elle s’embourbait. Aussi, Sarah suivit docilement la disciple, n’ayant pas la force de protester. Arrivée devant la double porte, l’actrice se tourna de nouveau vers elle, comme pour s’assurer qu’elle n’allait pas disparaître ou s’évanouir. Le teint pâle de la jeune femme et ses cernes sous ses yeux lui donnait un air si maladif qui était facile de craindre pour sa santé. Après une dernière parole réconfortante, la belle rousse ouvrit les portes, dévoilant une nouvelle pièce. Elles débouchèrent alors dans une grande salle aux allures médiévales. Les murs étaient taillés à même la pierre, reflétant les lueurs des flambeaux qui l’éclairaient. Une imposante table ovale en bois travaillés était disposée au milieu de la pièce. Plusieurs personnes y avaient pris place, attendant sans doute sa venue. Certain visage lui était inconnu, d’autre fortement familier, un en particulier, celui du Comte. Tous avaient un air grave sur le visage, comme s’ils venaient de recevoir une nouvelle affligeante.

La Chasseuse avança lentement avec toute la prestance que lui permettaient ses membres tremblants, sans quitter Jiromaru des yeux. Seul le bruit de ses souliers sur les dalles était audible, comme si elle interrompait une discussion importante ou un conseil de guerre. L’aristocrate se posta au bout de la table, fixant l’immortel avec insistance. L’imposant meuble qui s’étendait devant elle lui semblait devenir un rempart qui s’érigeait entre eux deux. Elle sentait les yeux de chacun des membres la dévisager comme si elle était une indésirable, une intrigante. Elle du se faire violence pour ne pas simplement s’enfuir sous le poids . Le ton sec que prit alors le Comte pour lui demander de s’assoir, l’atteignit au cœur comme un coup de fouet. L’aristocrate le fixa longuement avant de prendre place avec raideur sur le siège qu’on lui présentait. Ses mains crispées, serrées contre le pan de sa robe avaient repris leur tremblement incessant. Après un bref silence, le Prince lui dévoila son plan, illustrant la longue réflexion qu’il avait du faire pour trouver un moyen simple de rendre la jeune fille à sa famille. Si Sarah l’écouta attentivement, elle ne put s’empêcher de frissonner lorsqu’il mentionna sa demande en mariage. On y entendait quelque chose dans sa voix qui sonnait comme un regret. Le visage de l’humaine se durcit tandis qu’elle ravalait sa fierté et son orgueil. Elle ne comprenait pas. Regrettait-il donc de l’avoir ainsi courtisé publiquement? Sa remarque avait fait naitre aux creux de son regard une nouvelle étincelle. Elle dévisagea chacun des membres, gravant leur visage dans sa mémoire, peut-être cela lui serait utile plus tard. Lorsque les présentations furent faites, elle n’eut même pas la politesse d’effectuer un signe de la tête, toute son attention restait centrée sur le Prince. Lorsqu’il termina de parler, leurs regards se croisèrent de nouveau et Sarah effaça petit à petit de son esprit chacun des membres présents comme s’il n’y avait plus qu’eux autour de la table. Elle lisait au fond des prunelles de l’immortel des paroles qu’il lui adressait à elle seule. Ses poings se serrèrent. Et si elle n’avait pas envie de partir? Si elle ne voulait pas le quitter? Elle sentait naitre au creux de son cœur un vent de révolte. Si elle insistait, peut-être changerait-il d’avis? Ce fut la voix grave de Manouk qui la fit ciller et elle quitta avec regret les yeux du Comte. Le grand noir lui recommanda alors la prudence. Cette fois la magicienne soupira et ses lèvres se teintèrent d’un sourire d’incompréhension et d’ironie. L’assassinée? Elle? Qu’elle importance pouvait-elle avoir aux yeux de la société nocturne? Pourquoi s’en prendrait-ils à elle alors que rien d’autre ne comptait sinon lui? Elle releva brusquement la tête entendant les pas se rapprocher. Jiromaru vint se poster devant elle, prenant place sur la table déclenchant chez la jeune femme un nouveau frisson. Il était redevenu l’inébranlable cristal qui brillait dans ses yeux. Elle du se faire violence pour ne pas saisir sa main et la presser dans la sienne. Elle ne le pouvait pas. Ce n’était pas convenable. Il lui annonça alors que c’était probablement la dernière fois qu’il se voyait avant fort longtemps. Cette remarque affecta profondément la jeune héritière sans qu’elle ne puisse se l’admettre. Elle entendit alors sa voix surgir dans son esprit comme un doux murmure. Leurs pensées se mêlèrent et elle sentit le sommeil la gagner.

*Non!*

Elle savait qu’une fois endormi, il la laisserait partir. Elle sentait déjà dans sa gorge le goût amer d’un adieu. Mille et une pensées se noyèrent. Elle avait tant à lui dire, ne voulait-il pas qu’elle reste? N’avait-il pas besoin d’elle? Elle n’avait même pas pu le remercier convenablement de l’avoir sauvé du cimetière. Sa main droite s’agrippa au poignet de l’immortel dans un geste tendre, comme pour ne pas sombrer dans le monde des rêves, mais bientôt une immense vague d’apaisement vint la saisir. Ses paupières devenues lourdes se fermèrent d’elles-mêmes. Elle se sentit aller contre la chaise alors que sa main glissait doucement se détachant du Prince. Elle sombra dans le sommeil tandis que résonnaient dans son esprit les dernières paroles du vampire.


[HRP/ Fin du topic suite pour Sarah à L'Onde immuable /HRP]




Dernière édition par Sarah Spencer le Jeu 6 Avr - 17:48, édité 1 fois
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Souviens-toi de cette promesse [Comte, Sarah] [02/05/42] Ven 24 Fév - 17:15

L'Eclat perdu
Epilogue
Ah ! S'il en est un dans les cieux qui ait jamais veillé sur toi, que devient-il en ce moment ? Il est assis devant un orgue ; ses ailes sont à demi ouvertes, ses mains étendues sur le clavier d'ivoire ; il commence un hymne éternel, l'hymne d'amour et d'immortel oubli.
Musset - Confession d’un enfant du siècle.

- Vous pouvez ouvrir les yeux...

Au travers de la brume, des volutes boisées se dessinèrent lentement jusqu'à prendre la forme d'entrelacs floraux et d'animaux fantastiques. Les limbes laissèrent peu à peu place à la demi-pénombre du lit à baldaquins. Comme s'il sortait d'un songe, Jirômaru gémit un peu en se redressant. Ses tempes pulsaient sous ses mèches rebelles et il avait l'impression que le monde avait entamé une danse infernale autour de lui. Les tentures ondoyaient contre les murs sous un vent imaginaire, ses tableaux ne s'alignaient plus, ses meubles restaient distordus...

- Allez-y doucement, Monsieur le Comte. Restez assis, il vous faudra du temps.

Malgré la douceur de la voix, on pouvait y sentir une certaine raideur caractéristique des gens autoritaires et directs.
L'ancien samouraï serra les dents. Une main sur son épaule l'aida à se redresser sans chanceler tandis qu'une autre saisissait son poignet alors qu'il allait poser ses longs doigts sur son front. Le Comte se raidit en sentant la peau glacée de son confrère appuyer sur la sienne.


- Le sang du petit est pur, mais il ne vous nourrit pas assez. Il ne pourra jamais endiguer le mal qui vous ronge.

Jirômaru grogna pendant que le Docteur Fortunato lui tordait le bras pour prendre sa tension.

- Je sais. Ludwig est en route...rétorqua-t-il avec lassitude.

Le médecin eut un rictus désagréable sous sa frange noire coupée au couteau. Il pouffa avec ironie en rendant au Comte son poignet.


- Tsss ! Vous savez pertinemment que votre second calice est tout aussi inefficace que celui-là...fit-il en désignant le petit Arnoldo d'un coup de tête.

Assis sur une chaise, les mains jointes et la tête basse, l'enfant leva les yeux pour lui jeter un regard rapide avant de baisser la tête avec honte et de se mettre à se frotter les mains avec anxiété. Cela faisait quelques minutes qu'il tentait de se faire oublier.
L'enfant portait un bandage au cou, symbole de sa soumission ou de son dévouement. En vérité, les mauvaises langues ignoraient tout du jeune Italien qui servait de calice au Comte. Souvent, ses confrères lui reprochaient son jeune âge et jugeaient que cette situation était d'une grande cruauté. Mais qu'en pensait Arnoldo ? Qui avait eu le courage ou l'audace de le lui demander ? Personne. Seuls les Sept étaient au fait de la relation qu'il entretenait avec leur maître. Et encore, Agniès ignorait toujours que pour le petit la difficulté de son rôle ne reposait pas sur son don de sang...

Le Docteur Fortunato ne lui jetait plus de regards intrigués depuis qu'il l'avait soigné. Il savait qu'il n'avait pas à s'immiscer dans les affaires du Comte. Il était là pour prendre soin de sa santé, pas de celle de son petit calice. Mais il n'avait pas pu s'empêcher de souligner qu'il n'était pas d'accord avec lui.
Jirômaru grimaça en repoussant le médecin du revers de la main afin de s'asseoir sur le bord du lit.


- Je n'en veux pas d'autres.

L'homme leva un sourcil et soupira bruyamment tandis que son patient se penchait en avant comme pour observer les motifs du tapis que ses pieds nus venaient de trouver. Jirômaru ne pouvait pas se lever. Il tremblait de tous ses membres et, derrière ses longs cheveux blancs, il s'était mis à baver.
Le médecin l'observa d'un œil critique. Son nouveau bandage au bras lui donnait un aspect affreusement humain.


- Les pouvoirs que vous avez ingérés en dévorant Joyce auraient dû vous tuer. Vous ne devez votre survie qu'à votre disciple qui vous en a soulagé d'une grande partie en se sacrifiant. La prochaine fois, je ne donne pas cher de votre peau. Regardez-vous...Vous faites pitié.

Le Comte se passa une manche sur la bouche et referma avec maladresse le dernier bouton de sa chemise blanche afin de cacher les stigmates qui en dépassaient. Son regard noir transperça le médecin qui, impassible, s'occupait de ranger ses effets personnel dans sa valise de fonction.
Cela faisait presque vingt ans qu'Elias Fortunato était aux soins de son aîné. Il le connaissait bien et se permettait ce genre de ton à chacune de ses visites. Jirômaru lui faisait entièrement confiance, d'autant qu'il prenait également soin de ses calices personnels. Sa tolérance envers son confrère était bien plus haute qu'avec la majorité des autres Vampires. Elias avait le pouvoir de cloisonner ses pensées, ce qui lui permettait de conserver le secret professionnel, même sous la torture, et de stocker une quantité phénoménale d'informations sur ses patients. La structure de son esprit était comme une boîte à compartiments dont les clés n'étaient utilisables que par lui et lui seul. C'était bien commode pour son métier.


- Ça va faire un mois...murmura le Comte en plantant ses ongles dans son pantalon de toile brune.

Le docteur leva les yeux au ciel et lâcha sa valise pour s'agenouiller devant son aîné. Il tenta d'adopter un ton plus moralisateur qu'ironique :


- Et vous pensez que c'est suffisant pour que votre corps et votre esprit en soient remis ? Une lueur d'inquiétude pointa dans le regard sombre de l'homme aux cheveux noirs. Lentement, il obligea le Comte à relever le menton et se mit à examiner ses yeux. Le lord se laissa faire, incapable de résister. Joyce faisait partie des Premiers...Il possédait des pouvoirs incroyables et les avait lui-même dénaturés en dévorant des membres du Sabbat. Vous le saviez pourtant...Le médecin soupira et se releva. Vous avez bu du sang bien trop puissant pour que vous le contrôliez, puis vous avez avalé celui d'un alcoolique, complètement dégénéré, avant de reprendre des Blood Tablet et de rappeler vos calices. Vous avez fini par boire au cou de cette jeune femme, Lady Spencer, en oubliant combien le sang des aristocrates au cœur pur est grisant. Comment voulez-vous que le Don Obscur puisse tolérer tant de sources aussi différentes ? Vous êtes complètement inconscient...

Jirômaru ne l'écoutait déjà plus. Il chancela et sa tête tomba en avant. Le médecin le rattrapa d'un geste et, avec l'aide d'Arnoldo qui s'était levé d'un bond, il l'allongea avec précautions sur l'édredon.

***************

Le Comte dormit de longues heures. Agité, il se perdit dans d'étranges cauchemars qui se mêlaient au creux de son esprit.

Il se voyait, agrippé aux barreaux glacés de la Tour, ses pieds nus crispés sur les pierres humides de mousse. Dans cette position grotesque, vêtu de son kimono d'intérieur, il observait la ville qui s'étendait sous ses yeux. La lune laissait son ventre rond illuminer de sa pâle lueur les lambeaux de nuages qui se déchiraient au-dessus des toits noirs de la capitale endormie. Les cheminées crachaient leurs fumées grises qui rejoignaient les nuages en longues colonnes de suie, comme pour faire du ciel une autre prison. L'air puait le charbon et la vase. La mort rôdait en compagnie des chiens errants dans les ruelles sombres où mendiants, prostituées et badauds vivaient leurs dernières heures avant qu'ils ne se cachent. La pluie menaçait de tomber.
Une voix claire faisait alors vibrer l'espace et le Vampire se redressait pour l'écouter. C'était Amaryllis, la belle cantatrice, qui délivrait au monde une nouvelle mélodie. Au loin, une chauve-souris poussa une série de petits cris stridents avant de disparaître dans un parc.
Sur le chemin qui sortait de sous les arbres, un couple s'éclipsait. Ilsa avait trouvé une nouvelle victime. Elle passerait sans doute une merveilleuse nuit.
Sa main glissa dans une de ses amples manches et il en sortit une lettre. Tandis qu'il la dépliait, la pluie se mit à tomber, goutte après goutte, en un léger crachin fort désagréable. Ses doigts défroissèrent le papier et ses yeux s'attardèrent sur la douce calligraphie. Sarah lui demandait d'arrêter de lui envoyer des fleurs. Son père la pressait et elle ne supportait plus de voir des roses blanches.
L'eau abîmait le papier, ses larmes aussi, puis le vent lui arrachait la lettre des mains et l'emportait au loin. Son regard la suivait jusqu'à ce qu'il tombe sur une lueur rougeoyante. Un bûcher brûlait sur une place. Des hommes en capes noires levaient leurs épées vers le ciel pour célébrer la fin de leurs ennemis. Trois corps se consumaient. Fiora Hagane, cheftaine du protectorat, Wynn Leichenhall, violoncelliste et assassin d'exception, et Huysman, l'un des Sept.


- Que fais-tu là, « mon frère » ?

Crimson lui souriait d'un air moqueur. Il tenait un pistolet dans la main droite.

- Ils s'éloignent tous. Regarde.

Le doigt qu'il tendait montrait un navire qui quittait le port. Ses voiles grises dans la bruine du soir ressemblaient à d'horribles fantômes. Sur le pont, Elwood serrait la main de Von Ravellow. Miss Stephenson et le Sieur Veneziano s'embrassaient.

- Qu'as-tu fais de Sarah ? Où la place-tu dans cet enfer ?

Le Comte restait interdit.

- Il nous associe...

Surgissant de l'ombre derrière lui, Glen O'Sullivan et Salluste lui sourirent. Jirômaru se tournait vers eux et les regardait se placer devant lui. Leurs visages sournois se muaient en une expression de pure contentement.
La peur lui prenait les tripes.
Ils avançaient, les mains en avant, pour le pousser dans le vide.


- Pitié...

Salluste lui montrait les crocs, Glen passait sa langue sur ses propres lèvres et Crimson pouffait derrière eux.
Alors les cheveux du Comte s'allongeaient et les attrapaient. S'enroulant comme des serpents autour de leurs membres, pénétrant leurs bouches et leurs yeux, ils se teintaient de sang au milieu d'abominables hurlements. Le Vampire se transformait en une ombre gigantesque à la gueule criblée de dents acérées et les dévorait comme s'ils n'étaient que de simples gourmandises lancées à un chien affamé.


***************

- Maître ?!

Jirômaru ouvrit les yeux d'un coup, faisant sursauter le jeune humain qui le secouait doucement.

- RECULE ! hurla le Vampire en s'éloignant de lui.

Arnoldo fit un bond en arrière et trébucha sur le tapis avant de se retrouver sur le sol. Complètement horrifié par ce qu'il venait de vivre, le Comte plongea son visage dans ses mains et étouffa un sanglot. Ses yeux restèrent écarquillés sans ciller tant il était terrifié. Après de longues minutes de lutte avec lui-même, Jirômaru finit par se calmer. Le corps tout en sueur, il souffla l'air malade qui gorgeait ses poumons et tâcha de respirer avec plus de tranquillité. Le petit calice était resté à terre, sans bouger. Son regard croisa celui de son maître et ses lèvres tremblèrent.


- Viens-là...fit doucement le Comte en lui faisait un signe amical de la main.

L'enfant se releva maladroitement et s'approcha du Vampire, la tête basse. Jirômaru avait l'air soudainement si vieux ! Et pourtant, il lui faisait horriblement peur. Qu'allait-il lui demander ?


- Regarde dans la table de nuit...

Le garçon hésita mais s'exécuta bien vite.

- Prends le petit sachet de velours noir. Voilà...Ouvre-le...

Arnoldo saisit l'objet et l'ouvrit. Il fit glisser son contenu dans sa paume et découvrit une pièce d'argent frappée d'un symbole. Le jeune Italien tourna aussitôt la tête vers l'armoire où reposait l'armure japonaise de son maître.

- C'est mon emblème, la seule trace qu'il en reste avec cet étendard que tu vois là-bas derrière l'armure. Je veux que tu le gardes pour moi...Je te le lègue. Je sais que tu collectionnes les pièces. Celle-ci est spéciale, elle est unique dans son genre. C'est comme une médaille...

Le petit calice ferma sa main sur la rondelle d'argent et sourit légèrement. Il savait ce que cela signifiait. C'était le seul qui pouvait le comprendre à ce sujet. Le seul auquel le Vampire s'était confié au sujet de son clan.

- Maître...Vous n'allez pas l'épouser, n'est-ce pas ? demanda-t-il d'une petite voix étouffée.

La question était impertinente, il le savait, mais il sentait également que le Vampire avait besoin de mettre des mots sur son mal.
Jirômaru plongea ses yeux gris dans ceux de l'enfant et lui sourit d'un air coupable.


- Quand on cueille une fleur avant l'heure, son éclat ternit et elle meurt. L'éclat de Sarah est perdu, je l'ai froissée, à cause de mon impatience. Je préfère la rendre à son jardin plutôt que de la mettre dans un vase...

Arnoldo pencha la tête sur le côté et plissa les yeux. Il ne comprenait pas la totalité de la métaphore mais il avait saisi que son maître désirait se séparer de la jeune femme.
Lentement, il rangea la pièce dans sa bourse de velours et plongea cette dernière dans une de ses poches.


- Et moi ? J'ai perdu mon éclat ?

Le Comte toussa en riant. Il ne s'était pas attendu à une telle question.

- Arnoldo...Ah ah ! Tu te considères comme une fleur ?

Le rire du Vampire mourut aux coins de ses lèvres tandis qu'il se remettait à tousser. Il avait encore besoin de repos.

- Allons, vas dire à Manouk que je suis réveillé et demande à Ambre un vrai repas. Tu en as besoin.

Le garçon acquiesça d'un geste de la tête et trottina jusqu'à la porte de la chambre. Avant de partir, il se tourna vers son maître et lui sourit.

- Un vase, c'est comme une prison. Au moins, dans un jardin, on peut se promener.

Sur ces derniers mots, l'enfant quitta la pièce et referma soigneusement la porte derrière lui. Jirômaru resta interdit face à ce que venait de lui dire le petit calice.
Au fond, les enfants n'ont-ils pas toujours raison ?


Made by Neon Demon


[HRP/ Fin du RP avec le Comte.
Voir Les journaux - L'héritière Spencer retrouvée!
Suite du Comte dans "Paradis Perdu"/HRP]


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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Souviens-toi de cette promesse [Comte, Sarah] [02/05/42]

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