L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


Forum RPG - Londres au XIXème siècle. Incarnez Vampires, Loups-Garous, Lycanthropes, Homonculus, Chimères, Alchimistes, Hunter...et choisissez votre camp dans une ville où les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses....
 
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Paradis Perdu [Comte Kei] [03-07/05/42]

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Comte Keï
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Date d'inscription : 01/11/2007
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Race : Vampire
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Emploi/loisirs : Lord / Comte de Scarborought / Metteur en scène
Age : 589 ans
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MessageSujet: Paradis Perdu [Comte Kei] [03-07/05/42] Dim 5 Mar - 18:22

[HRP/ Suite de « Souviens-toi de cette promesse »/HRP]

03/05/42
Dans la Chambre du Comte

L'Aube aux doigts de rose peinait à éclairer la capitale anglaise de ses doux rayons dorés. La nuit semblait refuser de lui laisser sa place, comme pour défendre farouchement ses ombres et ses mystères. La brume survolait encore les pavées humides des ruelles tandis que les fumées noires des cheminées s'élevaient dans le un ciel gris, aussi opaque qu'un tapis de cendres. L'air était vicié par des odeurs plus méphitiques les unes que les autres, et les chiens errants rongeaient encore les quelques restes qu'ils pouvaient trouver au fin fond des poubelles abandonnées à leur triste sort, sur le pallier des maisons de plaisir.
Londres la belle, Londres la cruelle, étendait ses veines poisseuses sous un manteau d'apocalypse.
Rien ne donnait envie de l'explorer.
Rien ne donnait envie de l'aimer...

Sur cette affreuse pensée, le Comte soupira derrière la vitre de son grand fiacre noir. Ses iris anthracites reflétaient les briques verdâtres du quartier de Knightsbridge et son esprit, brouillé par la fatigue et le mal qui rongeait son bras droit, errait dans les sombres abysses de ses regrets. Il ne pouvait oublier ses projets, et pourtant il rêvait aujourd'hui d'abandonner tout ce qu'il avait entrepris depuis qu'il était né dans le royaume des créatures nocturnes. Il n'avait jamais accepté son immortalité - à part peut-être au temps jadis où il sévissait aux côtés de Matosaï, grisé par le goût du sang, des méfaits et de la vengeance - et il songeait souvent que la mort était la seule solution qu'il lui restait pour échapper au Diable qui le poursuivait. Heureusement, il conservait un amour profond de l'humanité et désirait encore la sauver. Car, même s'il l'avait longtemps haïe, même si elle lui avait plongé dans le corps pieux et balles d'argents, il espérait toujours pouvoir la quitter avec la satisfaction qu'il aurait payé ses dettes envers elle. Pour l'avenir de ses enfants, pour l'avenir du monde, il devait tenir bon jusqu'à ce qu'il ne puisse plus se soustraire au trépas final.


- Monseigneur...l'aube approche.

Le Vampire grogna et laissa le rideau glisser entre ses longs doigts avant de se repositionner contre sa disciple qui lui ouvrait les bras. Le cocher poussa un petit cri pour exciter les chevaux et accélérer leur cadence. Le fiacre rebondit sur les pavés et s'engagea dans les rues adjacentes au Royal College of music. Ses fenêtres closes, aux rideaux complètement tirés, ne laissaient plus aucune chance aux badauds matinaux d'apercevoir en son sein l'éminent personnage qui rentrait chez lui. Jirômaru Keisuke regagnait sa demeure publique. Abandonnant l'Opéra et ses couloirs glacés, il revenait sur la scène hypocrite des mortels.
Il n'avait pas le choix.
Malgré son pitoyable état, que ses disciples jugeaient réellement alarmant, le retour de Sarah chez ses parents durant la nuit nécessitait sa présence au cœur des événements. Dans quelques heures, les journaux allaient se déchaîner, ses parents allaient attendre des marques d'affection en nombre et les plus incrédules allaient risquer de déranger la jeune femme. Jirômaru savait qu'il recevrait lui-même quelques visites au sujet du retour de la belle héritière...Il y avait encore tant de choses à mettre en place...
A demi-allongé sur la banquette de velours, la tête posée sur la poitrine d'Ambre qui le soutenait sous le regard inquiet de Manouk qui leur faisait face, l'aîné des Vampires élaborait les derniers détails de la stratégie qu'il avait mise en place pour assurer le retour de Sarah. Les frères Sturridge l'avaient emportée pour la raccompagner chez elle au nom du Yard. Ils l'avaient rendue à sa famille, en leur donnant une version des faits aussi crédible que possible, et leur avait promis la protection de la police sur une durée d'encore au moins un mois. Ils avaient conservé les vêtements de la belle, prétextant que c'était « pour l'enquête », et l'avaient présentée en tunique qu'ils lui avaient soit-disant prêtée. Puis, ils étaient rentrés au Yard pour aviser leurs responsables et modifier leur mémoire. Leur travail consistait à faire croire aux agents qu'ils avaient retrouvé la jeune femme au cimetière d'Hightgate alors qu'ils traquaient de dangereux criminels. Le monde entier croirait que les traces de bataille, encore visibles sur les lieux, étaient dues à une lutte de gang qui s'était disputé au sujet de la rançon qu'ils désiraient réclamer à Dorian Spencer pour sa fille. Tout le monde dirait que le Yard était arrivé à temps pour récupérer la belle avant qu'il ne lui arrive malheur. Modifier ainsi les esprits et réorganiser les indices que les Humains pourraient utiliser à leur guise, n'était pas tâche facile. Heureusement, la Camarilla aidait les disciples du Comte dans leur entreprise, car la Mascarade était toujours nécessaire à leurs yeux. Ainsi, Sarah pourrait retrouver une vie à peu près « normale », sans que les Vampires de Londres ne soient découverts.


- Envoyez Héloïse à Hightgate...avec Mac Avenant. Il faut que tout soit vérifié. La Camarilla fait parfois des erreurs...

Manouk grimaça en voyant son maître fermer les yeux et haleter comme s'il venait de souffrir le martyr rien qu'en prononçant ces mots. Il décroisa ses grands bras musclés et posa sa main noire sur le genoux de son aîné.

- Oui. Ce sera fait. Dors, Jirômaru. Dors.

Le Comte ne réagit pas. Son souffle resta difficile et son front, perlé de sueur, ne sentit même pas le contact de la main glacée qu'Ambre passa sur lui. Les deux disciples échangèrent un regard et les yeux de la belle actrice s'emplirent de larmes. Jamais encore leur maître n'avait été aussi faible. Même après qu'il eut perdu Salluste, il avait conservé une certaine forme physique. Cette fois, son corps l'abandonnait tout à fait.

- Qu'est-ce qu'on peut faire, Manouk ? demanda la jeune rousse en jetant un regard angoissé au grand noir.

Ce dernier soupira en lâchant le genoux de son maître. Ses yeux de nuit observèrent un moment son ami dont le visage reflétait la lutte intérieur qu'il menait. Le front grave, l'empoisonneur se tordit la bouche en analysant la situation. Il n'y avait rien à faire. Lui offrir leur sang ne l'aiderait pas. Même l'Occulis n'avait pas réussi à soigner son bras...Et ses stigmates envahissaient maintenant des zones si grandes sur son corps meurtri qu'il semblait impossible de les réduire...
Jirômaru était brisé.
Son corps conservait les douloureuses cicatrices du théâtre et d'Highgate, son coeur pleurait encore Salluste qu'il avait perdu à jamais, sa dégénérescence se gorgeait toujours du sang vicié de Joyces et du mendiant qui rongeaient ses pouvoirs, son âme saignait à cause de cet amour impossible avec Sarah...
Comment l'aider ? Comment endiguer toutes ces souffrances sans l'anéantir ?

L'Africain hésita un instant. Puis, il se redressa et avança sa main vers le front du Comte. Ambre écarquilla les yeux et saisit son poignet avec une force farouche.


- Tu es fou ? Arrête ! fit-elle épouvantée.

Manouk suspendit son geste et serra les dents. Pendant quelques secondes, il lutta contre son envie folle de frôler l'esprit de son maître. Puis, face au geste de sa consœur et à son regard enflammé, il recula.
Un grand silence envahit l'habitacle du fiacre. La gêne, la peur, l'inquiétude...toutes ces émotions se mêlaient dans l'air lourd du véhicule. Ambre n'osait plus regarder l'Africain.
Au bout d'un moment, ce dernier tendit la main, paume vers le haut.


- Donne-moi son journal. grogna-t-il avec raideur.

Ambre s'était tendue comme jamais avant d'afficher une moue contrariée. Sa main quitta le front de son maître, qui semblait dormir, et récupéra un petit livre relié dans une des poches de son imposant manteau rouge. Après un instant d'hésitation, durant lequel Manouk fut d'une patience toute relative, la belle actrice lui tendit l'ouvrage abîmé.
L'empoisonneur s'en saisit sans douceur et croisa les jambes avant de se mettre à le feuilleter avec attention.


- Que cherches-tu ? Tu sais bien que nous n'avons pas le droit de le lire...demanda la jeune femme avec aigreur.

- Il ne nous en laisse pas le choix, Ambre. Fortunato a été clair : si nous ne trouvons pas une solution, il est condamné.

**************


Vers 9h45 du matin, le Comte entrouvrit de nouveau les yeux. Aveugle, il ne parvenait pas à discerner les détails de l'endroit où il se trouvait. Cependant, il sentit distinctement autour de lui plusieurs auras et les battements de son cœur s'accélérèrent.

- Sortez. fit brutalement une voix familière.

Les auras se déplacèrent et la porte claqua bientôt. Encore faible et désorienté, Jirômaru grogna en tâchant de se redresser sur l'édredon moelleux qui le portait. Une main lui serra l'épaule et l'obligea à se rallonger.


- Laissez...moi...murmura-t-il en esquissant un geste pour se dégager de l'étreinte.

- Mais allez-vous donc rester tranquille ? s'indigna le médecin.

Au bout de quelques minutes, le Comte parvint à se recentrer et à comprendre qu'il se trouvait dans la chambre de son manoir publique. Il en reconnaissait maintenant les tapisseries, les tableaux, les vases...


- Comment mes disciples ont-ils réussi à me ramener là ?

- Les Vampires sont forts, vous le savez bien...

L'ancien samouraï sursauta presque. Il avait parlé tout haut au lieu de penser. Que le docteur Fortunato lui réponde venait de lui faire un choc. Une main sur son propre front, le Vampire soupira douloureusement en penchant la tête en arrière tandis qu'Alphonse, son seul domestique Vampire, lui plaçait dans le dos quelques coussins pour lui permettre de conserver une position assise.

- Je commence à tout confondre...Je ne sais plus faire la différence entre mes pensées et mes mots...

Le médecin lui tâta le pouls et lui saisit bientôt la main pour le regarder intensément.

- My lord...Il vous faudra du temps, beaucoup de temps, pour vous remettre de vos dernières aventures. Vos barrières mentales sont fendues et votre esprit s'écoule dans vos fissures pour se répandre dans vos veines, comme un poison. Sans compter que votre bras se nécrose maintenant...Je doute qu'il y ait quelque chose à faire...

Jirômaru écarquilla les yeux et ouvrit la bouche, complètement terrifié par ce que le Vampire venait de lui dire. Alphonse posa une main sur le bras du médecin pour l'obliger à reculer, et s'immisça entre-eux.

- Monseigneur, je suis convaincu que vous parviendrez à combattre ce mal. Gardez espoir. Si vous vous laissez gagner par la peur et la mélancolie, votre blessure continuera à vous ronger. Mais si vous faites face, elle se résorbera, comme toutes les autres.

Le Comte ferma les yeux et ne répondit pas. Il sentait sous son bandage sa peau noircie qui se désagrégeait lentement. Oui, il le savait. Son bras était perdu. Et pourtant, il pouvait encore le bouger, il en restait maître. Même si cela le faisait atrocement souffrir, il pouvait encore l'utiliser ! Alphonse avait raison : son propre pouvoir pouvait encore le sauver. Sa volonté était nécessaire. Il devait diriger vers sa plaie toute la force de sa régénération. Et pour cela, il avait besoin de repos et de concentration.

- Laissez-moi seul.

Les deux Vampires firent une courbette et quittèrent la pièce.
Durant de longues minutes, Jirômaru laissa ses larmes glisser sur ses joues. Sa souffrance n'était pas seulement physique, et tous le savaient, elle était aussi mentale. Le Vampire ne pouvait plus supporter toutes ces contradictions qui l'envahissaient.


**************


Vers 14h, le Comte avait lu tous les journaux du jour et rédigé une lettre destinée à Dorian Spencer, le père de Sarah. Assis dans son lit, une planche de bois sur les genoux, il œuvrait comme à son bureau, tout en restant alité. La cire chaude coula sur le papier jauni et il y apposa son sceau à l'aide d'une chevalière qu'il rangea aussitôt dans sa table de nuit. Satisfait, Jirômaru mit son pli entre les mains du petit Arnoldo qui, en costume, se tenait près de lui. Son regard gris le transperça avec intensité sous ses mèches blanches et il découvrit lentement ses crocs d'ivoire.

-  Va ! Et ne perds pas de temps. commanda-t-il.

-  Bien Monseigneur. répondit humblement le petit calice en frissonnant. Puis il tourna les talons et disparut dans le couloir.


Une fois seul, le Comte repoussa ses instruments et s'étendit un peu plus sur l'édredon. Il ferma les yeux et soupira un grand coup. Tout lui paraissait pénible, même respirer.
Lentement, avec d'infinies précautions, il se dégagea de ses draps humides de sueur et se leva. Il s'agrippa aux meubles et chercha des yeux son peignoir anthracite mais il ne le vit pas. Oubliant bien vite le vêtement, il se contenta de sa chemise grand ouverte et de sa culotte de toile. De toute façon, il ne craignait pas le froid et il était chez lui, au Diable les convenances !
Fouillant sans patience les papiers qui traînaient sur son bureau, le Vampire chercha un bout de parchemin vierge, en vain. Sa colère marqua son front courroucé et teinta son souffle de saccades nerveuses.
Trois coups furent frappés contre la porte et Alphonse entra avec un plateau dans la main sur lequel trônaient deux journaux et une enveloppe rouge. Lorsqu'il vit son maître debout, agrippé à son bureau personnel, il fronça les sourcils et le réprimanda aussitôt d'un ton sévère :


- Monseigneur, vous devez rester couché. Le docteur Fortunato a été formel à ce sujet. Appelez-nous, nous saurons v...

- LA FERME ! hurla le Comte en jetant tous ses papiers à terre pour se retourner et faire face à son disciple. Les cheveux en bataille, il s'approcha de lui d'un pas de géant et l'attrapa par le col. Je ne t'ai pas autorisé à entrer. DEHORS !

Sa main repoussa le Vampire avec peu de force et ce dernier se contenta de reculer de deux pas pour poser son plateau sur une commode. Ignorant son maître, il redressa son col et se dirigea vers le lit défait afin de réorganiser les draps.
Le Comte tremblait comme une feuille. Ce fut Elwood, qui arriva dans son dos, qui le rattrapa alors qu'il basculait en avant. Le vieux majordome poussa un cri de surprise et d'angoisse en tâchant tant bien que mal de porter le Vampire qui devait peser deux fois son poids. Alphonse le rejoignit d'un bon pour l'aider et, ensemble, ils ramenèrent Jirômaru dans son lit. Lorsque le Vampire fut réinstallé sous les draps, Elwood jeta un regard noir à Alphonse en se massant le poignet droit.


- Évitez de jouer, Monsieur Oaken. Ce n'est pas le moment.

Alphonse lui montra les dents.

- Oh lâchez-moi, Elwood ! Vous savez pertinemment que nous devons passer outre ses réactions, pour son bien.

Le majordome poussa un grognement que l'on aurait pu croire aussi approbateur que colérique. Puis, il entreprit de ramasser les documents éparpillés à terre pendant que son collègue récupérait son plateau en laissant sur la table de chevet du Comte les deux journaux et l'enveloppe rouge.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda le vieil homme en relevant la tête.

Alphonse lui jeta un coup d'oeil cynique et lui sourit avec insolence.


- Vous êtes bien curieux Elwood...fit-il avec ironie. Sa main frôla le papier écarlate. Peut-être une amante qui s'inquiète ? Peut-être le Sabbat ?

Elwood fit une grimace et soupira en achevant sa pile de papiers sur le bureau.

- C'est Crimson. dit-il soudainement avec une moue de mépris.

Un éclair de défi et de tristesse brilla dans les yeux verts du Vampire.


- Oui. C'est Crimson. Son regard tomba sur l'enveloppe damnée et sa mâchoire se serra. Si je n'étais pas sous serment, je la brûlerais.

**************

Plus tard dans la journée, les Sept furent convoqués dans la chambre de leur maître. Seule Maria demeura absente. La tension, horriblement palpable, fit rapidement des lieux un terrifiant théâtre où l'orage menaça de déchirer l'air à plusieurs reprises.
Il fut question des derniers événements : la prise de Raphaël, la bataille du cimetière, la défaite du Sabbat, le sauvetage de Sarah, la promesse de duel à Crimson...Il y avait tant à dire et encore tant à faire ! Le Comte ordonna à ses disciples de renforcer les défenses de l'Opéra et du manoir, en plus de surveiller les environs de la demeure des Spencer. Il leur rappela qu'ils devaient protéger Sarah au péril de leur vie et qu'ils devaient être présents le jour de son duel face au Primat écarlate. Au passage, il mit au point avec eux les derniers détails qu'ils devaient tous régler afin que le retour de Sarah soit parfait. Marco et Ambre eurent pour mission de s'accorder avec les frères Sturridge pour s'assurer que le Yard avait bien été conditionné dans leur sens et Manouk dut accepter de porter une missive à la Camarilla.


- Donnez-moi de quoi écrire...J'ai encore de nombreuses choses à faire...finit le Comte en les congédiant.

Agnès fouilla un peu les papiers qu'Elwood avait empilés sur le bureau mais ne trouva pas de parchemin vierge. Ce fut Ambre qui en trouva trois morceaux sur une étagère, glissés entre deux livres. Elle revint vers son maître et les lui tendit aimablement.


- Vous devriez vous ménager, Monseigneur...conseilla-t-elle timidement.

Le Vampire lui jeta un regard sombre et soupira.


- Certains devoirs ne peuvent attendre...Puis, après une courte pause, il ajouta: Où en est Ludwig ?

Manouk leva les yeux au ciel.

- Nous n'en avons aucune nouvelle. Milan n'est pas la porte d'à côté. Laissez-lui le temps d'arriver...

Le Comte jeta les trois feuilles de parchemins sur son bureau de fortune et abandonna le sujet. Après un silence, il gronda:

- Agnès, tu vas retourner auprès de Miss Stephenson pour l'assister dans ses expériences. Mais avant, je vais te confier une lettre à son attention...



> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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Dernière édition par Comte Keï le Dim 12 Mar - 12:21, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Paradis Perdu [Comte Kei] [03-07/05/42] Dim 5 Mar - 20:59

04/05/42
Dans les couloirs et la salle d'eau du deuxième étage

Le lendemain, le docteur Fortunato fut réveillé vers 6 heures du matin par Ambre qui lui expliqua que le Comte se trouvait seul dans sa salle d'eau. Face à l'inquiétude de la jeune femme qui le pressait, le vieux Vampire se sentit quelque peu désarmé. Il évita de lever les yeux au ciel, malgré sa colère, et la suivit après avoir refermé le cercueil que ses hôtes lui avaient prêté. Avant de quitter sa chambre d'invité, il passa par-dessus son déshabillé un long manteau noir qui lui donna l'aspect d'un militaire. Ambre le remercia mille fois avant même qu'ils ne parviennent devant la salle d'eau.

- Il s'est levé vers 4h30 et s'y est enfermé. J'ai frappé, plusieurs fois, mais je n'ai jamais eu de réponse. Expliqua la belle rousse en regardant la porte close d'un air angoissé.  Je le connais bien...Il m'aurait ouvert...Je pense qu'il est inconscient...

-  Inconscient? Rugit le médecin d'une voix forte.  Pour sûr miss ! Je n'ai jamais vu un patient aussi ridiculement récalcitrant face aux conseils qu'on lui donne ! Sans attendre de réponse à son humour noir, l'homme serra le poing et frappa comme une brute sur la porte devant laquelle ils venaient d'arriver.  Monsieur le Comte ? Jirômaru !? Le docteur tendit l'oreille mais n'eut aucune réponse. Alors, il recommença plus fort.  Monsieur le Comte ?! C'est moi, Elias Fortunato ! Ouvrez s'il vous plaît !

Ambre gémit près du médecin en se passant les doigts dans ses cheveux crépus. Elle imaginait le pire.

-  Poussez-vous. ordonna une voix grave dans leur dos.

Elias et Ambre sursautèrent en même temps et Arath poussa le médecin d'un geste un peu raide. Le duo s'écarta et le Lasombras donna un grand coup d'épaule dans la porte qui se dégonda à moitié. Un second coup suffit à la plier assez pour que le guerrier ne l'arrache de son cadre et ne la laisse tomber dans le couloir.


-  Qu'est-ce qu'il se passe ?! interrogea Marco qui venait d'apparaître dans l'escalier qui menait à l'étage inférieur.

Ambre lui jeta un regard plein d'émotions et l'Allemand vint à sa rencontre avant de jeter un coup d'oeil à Arath et au médecin qui entraient dans la salle d'eau.
Ils trouvèrent le Comte dans sa baignoire, le nez en sang. Ses yeux s'agitaient derrière ses paupières closes et son torse, couvert de ses affreux stigmates noirs, se soulevait à une vitesse parfaitement anormale.
Marco se figea à l'entrée de la pièce et blêmit tout à fait. Ambre voulut se précipiter sur son maître pour l'aider mais Arath l'arrêta de sa poigne d'acier.


-  Imbécile !

L'actrice se débattit un peu avant d'abandonner la lutte. C'était inutile de se jeter auprès de son maître, elle le savait. Tout ce qu'elle risquait c'était de finir comme Maria...

-  C'est...encore...lui...Le Père...murmura Marco d'une voix où transpirait la crainte absolue.

Ambre lui jeta un regard affolé.


-  Mais qu'est-ce qu'on peut faire ? Mon Dieu...

Le médecin s'approcha du corps agité du grand Vampire blanc et, avec prudence, lui prit le pouls, l'un de ses poignets entre les doigts. Puis, il l'observa quelques minutes, muet, avant de froncer le nez et de sortir brusquement de la pièce, un linge sur la bouche.

Manouk l'accueillit dans le couloir avec un regard suspicieux. Leurs yeux se rencontrèrent et ils conversèrent par la pensée. Le Comte était en plein songe et le médecin ne savait pas comment l'en tirer sans risquer de briser davantage son esprit. Et puis...son sang le rendait malade. Il dégageait une telle aura de puissance mêlée à une odeur de lie immonde, qu'il avait à la fois envie de le mordre et de le fuir.
L'Africain ordonna à tous de sortir de la pièce et de le laisser avec leur aîné. Ils obéirent, contraints par son grade supérieur qui le plaçait à la tête de ceux qui avaient le droit de toucher au sang du Comte.


-  Que va-t-il faire ? s'interrogea Ambre, le visage enfouit dans ses belles mains.  Il va le blesser...Il va se faire tuer...

Marco attrapa la jeune actrice par l'épaule et la prit dans ses bras pour la rassurer.

-  Chut...Tu sais bien que non...Manouk sait ce qu'il fait...

Ambre gémit contre son poitrail et crispa ses ongles sur sa chemise légère.

-  Salluste aussi...Maria aussi...

Le cœur de l'Allemand manqua un battement à ces noms et son regard s'assombrit.

**************

Ficelles invisibles dans le noir
Filaments de soie
Au cœur opalin
Tristement déchiré

Je vous ai aimés

Tu ne renonceras donc jamais ?
Elle va t'achever.

Pourquoi lui obéir ?
Pourquoi tolérer tout ça ?

Impertinent.

Le chemin se referme
La chair bleue se reforme

Lumières ! Revenez !

Tu n'apprendras jamais.

Ils ont besoin de moi.

Non. Tu as besoin d'eux.

La paroi se réchauffe
Cristal de tissu
Limbes colorées

Je ne la vois pas.

Va-t-en !

Douleur.
Tout ce sang.

C'est le tien.

Je ne veux pas mourir.


**************

Dans la Chambre du Comte

Lorsqu'il s'éveilla de nouveau, le Comte se trouvait dans sa chambre. Une étrange impression de déjà vu l'envahit tandis qu'il se redressait sur l'édredon. Près de lui, dans un fauteuil de velours rouge, Ambre dormait, le menton sur sa poitrine. On l'avait couverte d'une laine bordeaux.
Durant quelques minutes, le Vampire observa sa disciple. Elle avait maigri. Comment ne s'en était-il pas rendu compte ? Il se souvenait pourtant avoir pris un bain avec elle récemment...Comment cela ne lui avait-il pas sauté aux yeux ?


- Vous revoilà...Monsieur le Comte.

Le regard de l'Immortel toucha celui de son confrère qui l'observait lui-même depuis un second fauteuil. Jirômaru tiqua. Il n'avait même pas senti sa présence, signe que ses pouvoirs s'étaient éteints.

- Décidément...fit le médecin en se relevant. Vous ne tenez pas en place...

Le Comte détourna le regard et laissa ses yeux glisser sur ses tableaux.

- Quelle heure est-il ? demanda-t-il avec lassitude.

Elias sortit sa montre à gousset et soupira :


- Il n'est que 10h30 du matin. Vous devriez dormir...Vous feriez mieux de regagner votre cercueil, vos disciples sont unanimes à ce sujet. Cette chambre ne peut pas convenir. Mais vous seul avez la clé du débarra...Vous devriez me la confier...

Jirômaru fronça les sourcils, le regard dans le vide, comme s'il tentait de comprendre ce que le médecin venait pourtant de lui énoncer avec clarté. Puis, comme s'il eut entendu un appel, il tourna la tête vers sa table de nuit. Une nouvelle enveloppe reposait sur les journaux qu'il avait déjà lus.
Doucement, il tendit ses longs doigts vers le papier cacheté et le ramena sur son cœur. Ce parfum...Il était enivrant. C'était l'odeur des Spencer !
Le médecin l'observa d'un œil critique. Il se passa une main sur le visage et grogna:


- Monsieur le Comte...Vous devez dormir...

Ignorant le médecin, le Vampire saisit la plume qu'il avait abandonnée sur sa planche de bois près de lui et s'en servit comme d'un coupe-papier pour ouvrir la précieuse enveloppe.
C'était la réponse de Dorian Spencer à sa dernière lettre. Elle avait été rédigée quelques heures auparavant. L'enveloppe sentait la bougie et l'encre fraîche. Dépliant le papier, Jirômaru parcourut rapidement les mots tracés avec soin par l'aristocrate. Cette nouvelle lettre contenait des brides de joie du patriarche, trop heureux de retrouver sa fille unique, ainsi qu'une invitation à venir les visiter.



Une fois sa lecture terminée, le Comte grimaça en la reposant sur son giron. La perspective de se déplacer jusqu'au manoir des Spencer lui semblait impossible, d'autant qu'il ne souhaitait pas revoir Sarah dans l'immédiat. Son cœur en rêvait, son âme entière se tendait vers cette étrange femme qui avait réussi à le dompter ne serait-ce qu'un instant, mais ses forces l'abandonnaient et sa souffrance ne saurait tolérer sa présence. Il avait manqué de la tuer, en buvant à son cou, et de la forcer, en goûtant à ses lèvres. Ses sentiments contraires le rendaient dangereux pour elle et elle-même, à sa manière, le torturait plus que quiconque.

- Monsieur...

- Du vent, Fortunato. Du vent. répondit-il avec impatience en lui faisant un signe de la main comme pour chasser une mouche.

Le médecin s'éloigna en marmonnant dans sa moustache qu'il ne l'aiderait plus et qu'il n'était pas prêt de faire une nouvelle veille pour lui. Jirômaru l'ignora royalement et attrapa un morceau de parchemin vierge. Il s'arrêta un instant pour retourner le document. Il se demandait qui avait finalement réussi à lui trouver de quoi écrire...
Futilités.

La réponse que le Vampire élabora pour Dorian Spencer lui fut plus difficile qu'il ne l'aurait cru. Apprendre aux Spencer qu'il était malade et refuser leur invitation émoussa son orgueil et égratigna son cœur. Mais avait-il le choix ? Non. Son bras droit l'empêchait déjà d'écrire sans trembler et ses lettres se faisaient parfois bien maladroites. Il ne pouvait plus ignorer ses douleurs. Et puis, il était intimement convaincu que Sarah ne désirait pas le revoir. Après leur dernière discussion sous l'Opéra, il était persuadé que la jeune femme éprouvait désormais pour lui une véritable répulsion. Elle devait se sentir souillée, meurtrie, trahie. Elle lui avait offert son sang...Comment le vivait-elle ? De toute évidence, elle se sentait coupable et infecte. Ils avaient échangé tellement de baisers ! Il avait tant serré ses mains sur ses seins ! Comment pourrait-elle l'accueillir avec le sourire ? Même si les mondanités et le contexte leur feraient porter de nouveaux masques, ni l'un, ni l'autre ne serait capable de faire semblant jusqu'au bout. De toute façon, Jirômaru sentait bien qu'il ne pourrait pas tenir debout bien longtemps...


- Ambre ? appela-t-il en jetant un coup d'oeil à sa disciple qui dormait toujours. Ambre ?

La jeune femme s'éveilla doucement lorsqu'elle sentit le contact glacé de la main de son maître sur sa joue droite. Son regard doré toucha la brume de ses yeux tristes.

- Ambre...J'ai besoin que tu fasses porter cette lettre aux Spencer...Peux-tu faire ça pour moi ?

La comédienne entrouvrit les lèvres et ses yeux s'emplirent de larmes. Le Comte s'interrogea, et cela dut se voir car la jeune femme passa aussitôt la manche de sa robe de nuit sur le coin de son regard heureux.

- Qu'y a-t-il, Ambre ? Tu t'inquiètes pour moi ?

La belle rousse grimaça avec honte et lui sourit doucement d'un air coupable.

- Tout le monde s'inquiète à votre sujet, maître...Tout le monde.

Jirômaru s'attrista un peu. Puis, il lui tendit la lettre qu'il venait de cacheter.

- Tiens. Fais porter cette lettre aux Spencer et accompagne-la d'un bouquet d'une dizaine de roses blanches...Prends également ce ruban...pour le mettre autour des fleurs...

Ambre se leva et prit la lettre en faisant une courbette avant de recevoir le ruban noir que Jirômaru sortit de sa table de chevet.

- Bien Monseigneur.

La jeune femme quitta la pièce après avoir jeté un dernier coup d'oeil à son maître qui se rallongeait en prenant un journal. Il semblait avoir repris des couleurs, pourtant il n'avait rien mangé et c'était le début du jour.



> Jirômaru Keisuke <

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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Paradis Perdu [Comte Kei] [03-07/05/42] Dim 5 Mar - 23:26

05/05/42
Dans la salle d'eau du Comte

Deux jours après que Sarah aie été rendue à ses parents, le Comte restait alité. Il ne pouvait sortir, à cause de son bras qui le rongeait et de l'intense fatigue qui l'avait soudainement pris. L'usage de ses pouvoirs au cimetière l'avait cruellement affaibli, et sa dégénérescence semblait en profiter pour s'emparer des miettes de ce qu'il en restait. Jirômaru ne marchait plus seul. Son bras, surveillé de près par le docteur Fortunato, ne paraissait pas guérir malgré ses capacités de régénération et le sang du petit Arnoldo, qui le nourrissait correctement depuis son retour au manoir.
Dans ce contexte particulier, les Sept s'organisaient pour rester efficaces auprès de leur maître. Ambre passait beaucoup de temps à veiller sur son sommeil, toujours agité, tandis qu'Arath et Manouk prenaient garde à ses réactions parfois d'une violence incontrôlée ou d'une étrange maladresse. Agnès avait rejoint Chastity Stephenson, pour l'assister, et ils n'en avaient pour le moment plus aucune nouvelle. Elle suivait les ordres du Comte, c'était là son rôle.
Maria, elle, demeurait loin, enfermée dans les souterrains de l'Opéra, en compagnie des autres disciples. Elle se remettait doucement du choc qu'elle avait reçu. Manouk lui avait d'ailleurs interdit de revenir au manoir publique, pour la simple et bonne raison que le Comte risquait de la tuer. Quoi qu'il se soit passé le jour où il l'avait attrapée par la gorge, il fallait désormais éviter tout contact entre eux. Ce serait le Comte qui la rappellerait. Elle ne devait pas insister. Pour l'heure, Jirômaru semblait l'avoir oubliée. Il se concentrait sur Sarah et les journaux qui relayaient les informations du Yard. Son attention était entièrement tournée vers la femme de ses pensées, et même Chastity et Raphaël n'avaient fait qu'une brève apparition dans ses papiers.
Les domestiques, eux, s'activaient sans bruit dans les couloirs, et seuls Alphonse et Elwood étaient autorisés à entrer dans la chambre du Vampire. Elwood avait pris soin d'annuler tous les rendez-vous du Comte, comme il le lui avait ordonné, expliquant à tous que son maître était souffrant. Il en résultait que, depuis deux jours, le lord recevait de nombreuses lettres en rapport avec le retour de Sarah Spencer et sa propre convalescence. Chacun tentait de trouver sa place dans l'immense carnet social de l'aristocrate aux cheveux blancs, et les prétextes étaient aisés en cette période pour tâcher de lui plaire. Un petit mot de soutien, une lettre pleine de joie, des vœux pour ses fiançailles, des présents...Chacun semblait vouloir qu'il se rétablisse rapidement...Evidemment, tout cela était d'une hypocrisie sans nom.

Ambre songeait aux travers sociaux des humains tandis qu'elle se trouvait dans la salle d'eau en compagnie de son maître. Assise sur une chaise de paille, elle tâchait de fixer le paravent laqué qui s'imposait entre les deux baignoires de la pièce, plutôt que de regarder le Comte qui se lavait. Elle avait insisté afin que le Vampire ne reste pas seul durant ses ablutions, de peur que l'incident de la veille ne se reproduise. Le médecin l'avait longuement appuyée et l'ancien samouraï avait toléré sa présence. Ambre avait rougi, pensant que son maître choisirait Marco ou Manouk, mais elle avait accepté sans hésitation. Après tout, elle l'avait souvent vu en tenue d'Adam.

Allongé dans son bain, le grand Vampire se détendait sans se soucier de sa disciple. L'eau chaude lui faisait un bien fou, même s'il prenait garde à ne pas y tremper son bras bandé de compresses. Imbibées d'onguents odorants, ces dernières ajoutaient des saveurs dans l'air déjà saturé des sels parfumés qu'il avait glissés dans le liquide. Toutes ces fragrances enivraient ses sens et l'aidaient à mieux respirer. Des pétales de roses rouges ondoyaient à la surface écumeuse de la baignoire et lui donnaient des reflets sanglants. C'était beau et agréable.
Jirômaru se passa l'éponge brune sur les clavicules en grognant de satisfaction. Ses cheveux s'emmêlaient sur ses larges épaules marquées de coups et s'agglutinaient paresseusement sur une plaie qui ternissait sa peau immaculée. En s'y attardant, le Comte serra les dents. Il ne souffrait plus mais l'idée même qu'un vulgaire acolyte du Sabbat ait pu planter ses crocs dans ses veines le révulsait. Le criminel avait payé de sa vie, mais le lord regrettait amèrement de ne pas avoir pu le torturer. Son geste était impardonnable. Il méritait bien plus qu'une épée en travers du corps...
Jetant un coup d'oeil à son bras bandé, le vieux Vampire soupira. Cette fois, il était bel et bien paralysé. Toute la journée, il avait tenté d'endiguer ce phénomène, mais le poison que son adversaire lui avait insufflé en avait fini avec ses muscles. Peut être que le docteur Fortunato avait raison ? Peut être que son bras était définitivement perdu ?


- Ambre...Enlève-moi ça...s'il te plaît...fit-il soudain en montrant son bandage d'un coup de tête.

La belle actrice se redressa sur sa chaise et lui jeta un regard interrogateur. Le médecin avait bien dit qu'il fallait garder les bandes durant plusieurs heures. Il venait à peine de les changer lorsque le Comte s'était décidé à prendre un bain.


- Mais...maître...Vous devez les garder encore. Osa-t-elle, intimidée par son regard dardé sur elle. Il ne faut pas les défaire.

Jirômaru serra les dents et un voile mélancolique couvrit ses yeux gris.

- Je ne peux plus du tout le bouger Ambre...

La jeune femme se leva en tremblant, l'air affolé.

- Comment ça ? Vous ne pouvez plus...?

Le Comte lui sourit avec tristesse, conscient de la peur de sa douce disciple.

- Non. Je ne peux plus. Il marqua une pause durant laquelle Ambre s'approcha de lui. Ses belles mains frôlèrent le bandage et s'arrêtèrent, hésitantes. Enlève-les moi. ordonna le Vampire en intensifiant son regard.

L'actrice souleva délicatement le bras que son maître gardait par-dessus la baignoire depuis le début de son bain et entreprit de défaire les bandages qui le couvraient. Un à un, ils tombèrent à ses pieds en longues bandelettes de tissu blanc. Elle trouva les dernières noircies et grimaça face à leur aspect misérable. Complètement gâchées par une espèce de substance noirâtre, elles collaient aux chairs à vif du lord et il dut serrer un peu les dents lorsque la belle les lui ôta. Une fois sa tâche accomplie, Ambre ramena ses mains contre sa bouche.


- Mon Dieu...On dirait...ce qu'utilisent les Hunters...souffla-t-elle blême comme jamais.

Jirômaru accompagna son regard sur ses muscles déchirés. Il semblait que sa peau, ses chairs et ses nerfs aient été attaqués par un acide puissant qui les avait en grande patie brûlés. Une zone semblait cruellement profonde, au point que la jeune femme se demanda combien de pouces il manquait pour atteindre l'os...


- Dieu ou le Diable ne pourront plus rien y faire, je le crains. soupira le Comte en détournant son regard.

- Mais...vous ne souffrez pas ? demanda la belle rousse en crispant ses doigts sur sa robe.

- Pas autant que je le devrais, vue la blessure...Je pense que je suis prisonnier d'un sortilège, Ambre, pas d'un poison.

Le Vampire ramena son regard sur son bras et tenta de le bouger. Les muscles de son épaule se contractèrent, ainsi que ceux de son biceps, mais l'avant-bras resta raide et froid. La jeune femme sentit sa gorge se nouer.

***************
Dans la Chambre du Comte

En peignoir, Jirômaru s'acharnait à tracer des lettres de sa main gauche. Son bras droit était de nouveau bandé, et cette fois il le portait en écharpe à l'aide d'un grand tissus ocre noué autour de son cou. Marco le regardait d'un air inquiet. Il sentait la tension monter dans la chambre. L'aura de son maître se re-développait et sa colère lui donnait déjà une teinte désagréable. Il aurait aimé lui dire qu'il lui suffisait de leur dicter ses écrits plutôt que de se buter à tenter d'écrire lui-même de sa main gauche. Mais le Vampire avait pleinement conscience que l'état d'esprit de son maître n'était absolument pas apte à recevoir ce genre de remarque. Aussi préféra-t-il se taire et se contenter de l'observer sans mot dire.
Assis dans son lit aux draps blancs, son aîné lui semblait soudainement terriblement vieux. Sa peau et ses cheveux le confondaient avec le tissu et seules sa chemise bleue, son écharpe ocre et sa plume brune donnaient à sa personne quelques couleurs. L'Allemand avait l'impression d'assister à une scène de la vie quotidienne d'un esprit errant, comme dans ces histoires que lui avait lues sa nourrice lorsqu'il n'était encore qu'un jeune humain, naïf et passionné de ce genre de récits. Une pensée toute philosophique s'empara alors de son esprit: et s'ils n'étaient tous que des fantômes ? Et si leur existence n'était qu'un leurre dans un monde plus vaste ? Peut-être que des êtres plus évolués les observaient, invisibles, et se jouaient d'eux ? Après tout, le vent est invisible, est-ce pour autant qu'il n'existe pas ?


- Raaa ! Quelle plaie ! rugit le Comte en jetant sa plume à travers la pièce. Marco sursauta dans son fauteuil et hésita à se lever pour aller rechercher l'objet. Ne risquait-il pas d'attiser la colère du Comte ? C'est inutile...

Jirômaru se laissa tomber en arrière sur les oreillers qu'il avait accumulés sous sa nuque et ferma les yeux. Son disciple resta muet, les yeux rivés sur son visage de marbre. Puis, lentement, il se leva pour aller rechercher la plume de son maître. Lorsqu'il revint près de lui, Jirômaru lui jeta un regard fatigué.

- Emmène-moi dans mon cercueil...La clé est dans la poche intérieure droite... ajouta-t-il en désignant d'un coup de tête son manteau rouge.

Marco s'exécuta après avoir appelé Manouk. A deux, ils dégagèrent le Comte de son lit et le transportèrent jusqu'au débarra où le Vampire cachait son cercueil.
Jirômaru dormit tout le reste de la journée. Son sommeil fut bien plus réparateur que lorsqu'il se reposait dans le lit, mais le soir-même il demanda à ce qu'on le ramène dans sa chambre.


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MessageSujet: Re: Paradis Perdu [Comte Kei] [03-07/05/42] Jeu 9 Mar - 11:20

06/05/42
Dans la Chambre du Comte

Il y avait cette trappe avec ce molosse qui grognait dessous. Le plancher tremblait sous ses violentes attaques, les plantes se fanaient dans tous les vases de la pièce et le liquide noirâtre qui envahissait les murs se répandait lentement au sol, prêt à l'avaler tout entier...Une voix de femme tonnait dans le lointain, à travers un orage de poussières et de cendres, menace invisible dans l'océan de son esprit dévasté...

Le Comte se réveilla en sursaut en poussant un cri de frayeur. Le cœur battant, le front trempé de sueur, il gémit sous sa longue chevelure d'argent, une main plaquée sur le visage. Il eut l'impression que le monde entier basculait sous ses pieds et que son seul ancrage dans la réalité était ce piètre contact physique avec lui-même. Ce fut la douleur fulgurante qui traversa son bras droit qui lui rappela qui il était, où il se trouvait, pourquoi il souffrait autant. Il eut alors soif, terriblement soif. Sa gorge desséchée le torturait depuis quelques heures sans qu'il ne s'en aperçoive.


- Maître ? fit une petite voix près de lui.

Le grand Vampire serra les dents et se tourna lentement vers sa belle disciple. Ambre le regardait avec inquiétude. Elle s'était levée à-demi sur sa chaise et tendait une main vers lui comme si elle s'était apprêtée à le toucher. Jirômaru grimaça. Il vit la peur dans les magnifiques yeux verts de l'actrice et son âme en fut profondément touchée. Elle semblait si fatiguée...si tendue...


- Va dormir, Ambre. dit-il avec amertume avant de se rallonger complètement. Fais venir Arnoldo...

La jeune femme hésita un instant avant de se lever, exécuter une petite courbette et quitter la chambre pour accomplir la volonté de son maître. Le Comte tâcha de redonner à sa respiration un rythme normal, mais il avait l'horrible impression qu'une chose lui écrasait la poitrine. Il sentait contre sa peau, qui pulsait sous sa chemise trempée, le poids surnaturel de quelque créature infernale venue lui rappeler que son heure viendrait.

Quelques minutes plus tard, alors que Jirômaru se rendormait, des petits coups frappés contre la porte de chêne le réveillèrent. Il n'eut pas la force de répondre. La porte s'ouvrit, poussée par Ambre, et Arnoldo entra timidement dans la pièce tandis que la jeune femme se retirait en lui souriant doucement. Le jeune italien s'avança vers le lit de son maître et s'arrêta à la limite au-delà de laquelle le Vampire pourrait l'atteindre en tendant son bras valide. Ses petits yeux bruns observèrent l'Immortel avec pitié. Comme il lui paraissait vieux ! Était-il donc réellement mourant ?


*Oui, je suis mourant...Arnoldo...*

Le jeune calice sursauta et écarquilla les yeux, surpris que son maître passe par son esprit plutôt que de s'adresser à lui par la parole.

*Approche.*

Jirômaru entrouvrait les yeux, le visage tourné vers l'enfant. Il ouvrit sa main valide, la paume vers le ciel, et se força à sourire.

*Je meurs de soif...Tiendras-tu ?*

Arnoldo fit une moue contrariée et tendit sa main pour la glisser dans celle du Vampire.

****************

Jirômaru s'éveilla.
L'esprit brumeux du Vampire erra un moment entre ses cauchemars et la réalité. Il voyait des visages déformés l'observer au travers de parois bleutées dont la transparence effaçait les détails. Ils ne possédaient pas de bouche. Seuls leurs nez et leurs cavités oculaires se dessinaient contre cette étrange membrane qui les séparait de lui. Ces êtres semblaient tenter de la déchirer, comme pour s'affranchir de cet obstacle à leur liberté. Que voulaient-ils ? Le tuer ? Le rejoindre ?

Un petit soupir à ses côtés effaça ces formes spectrales. Dans un grognement, le Comte se tourna vers la petite vie qui dormait près de lui. Son regard froid tomba ainsi sur Arnoldo. Le jeune italien s'était enroulé dans la couverture. Au milieu de ce lit, qui paraissait démesuré, il semblait en paix. Pourtant, le pauvre petit humain se tenait recroquevillé sur lui-même et portait un bandage sanglant autour du cou. Il avait encore tant donné...
Le Comte s'approcha lentement de lui et ses longs doigts d'albâtre se posèrent sur ce minuscule cou qu'un rien semblait pouvoir briser. Le regard triste, le vampire serra ses doigts sur la peau tendue sous l'oreille de l'enfant. Quel âge avait-il ? 15 ans? Non, il ne devait n'en avoir que 13...Il était si jeune, si innocent...
Jirômaru lâcha son calice et ses yeux fatigués trouvèrent le chemin de sa table de nuit. Une lettre y reposait, attendant son heure. Après quelques secondes d'hésitation le Vampire frôla de ses doigts tremblants la surface du papier. Le sceau des Spencer brillait dans la faible lueur de la lampe à huile qui reposait sur sa commode. Dorian lui avait donc répondu ?
Le Vampire se mit sur son séant et entreprit de décacheter l'enveloppe blanche. Son bras droit, toujours paralysé, ne lui était d'aucune utilité. Aussi dut-il appuyer la missive contre son giron afin de pouvoir l'ouvrir de sa main gauche. Les efforts qu'il dut déployer pour cette tâche, somme toute banale, lui parurent particulièrement désagréables. L'ancien samouraï s'énerva un peu avant de réussir à récupérer la lettre et à la déplier. L'écriture, calligraphiée avec soins, n'était pas celle du patriarche des Spencer, c'était celle de sa fille, Sarah.
Le cœur du Comte fit un bond prodigieux tandis que ses yeux touchaient de leur limbes les doux remerciements que lui adressait la jeune chasseuse.



Lorsqu'il eut terminé sa lecture, le Vampire soupira, à la fois terriblement heureux et mélancolique. Cet amour impossible, ainsi que tous les enjeux de sa quête personnelle qui y était irrémédiablement liée, le faisaient cruellement souffrir.
Son regard chercha un instant le « présent » dont la belle faisait mention dans son écrit. Il trouva rapidement le petit sachet en velours rouge qui reposait sur la table de nuit. Laissant la lettre sur l'édredon, Jirômaru tendit son bras valide pour l'attraper. Il était frappé de l’emblème de Asprey & Garrard, les fameux bijoutiers. Sarah lui avait-elle donc fait parvenir un bijoux ? Après avoir défait le ruban qui le fermait, le Comte renversa le sachet et récupéra une chaîne d'or qu'il leva devant son visage de craie. Au bout de la chaîne miroitante, se trouvait un croissant de lune séparé en deux par une pierre de jade. Le Vampire sourit en l'observant. C'était un bel ouvrage, plein de grâce et de raffinement. Les finitions étaient parfaites, la pierre polie avec doigté et l'or étincelait à la lueur de la petite flamme de la lampe comme s'il voulût rappeler au vieil immortel qu'il était qu'un rayon de soleil était toujours possible dans son monde de ténèbres.
Sa main se referma sur le collier et ses yeux s'humidifièrent. Le poing posé sur son front brûlant, il lui fallut un moment pour se remettre de cette missive inattendue. Sarah avait donc pris la peine de lui écrire...à lui...et de le remercier d'avoir veillé sur sa famille et de l'avoir sauvée. Elle avait acheté ce précieux bijoux pour le lui offrir, avec toute sa gratitude, et lui laisser un souvenir tangible de leur dernière rencontre.

Après quelques minutes de silence, le Vampire posa le bijoux, son sachet de velours, la lettre et son enveloppe sur sa table de chevet et soupira. Quelle heure était-il ? Ses yeux trouvèrent sa fenêtre devant laquelle de lourds rideaux bruns occultaient la lumière du jour. Une lueur très diffuse filtrait sur le sol. C'était sans doute le matin.
Jirômaru voulut s'en assurer. Il se dégagea des draps, en prenant garde à ne pas réveiller Arnoldo, et laissa ses jambes passer par-dessus le bord du lit. Il attendit un instant avant de s'obliger à se lever. D'un pas hésitant, il se dirigea vers son grand manteau rouge qui reposait toujours sur le dossier d'une de ses chaises. Chancelant, il mit beaucoup de temps à le rejoindre, d'autant qu'il se prit les pieds dans un de ses tapis perses et manqua de chuter quelques mètres à peine après avoir quitté son lit. Une fois arrivé devant son manteau, il fourra sa main gauche dans une de ses poches et en tira une montre à gousset en or blanc. Ses aiguilles indiquaient onze heure du matin. Finalement, il était plus tard que ce qu'il avait songé.
En voulant remettre la montre à sa place, le Vampire fit un geste maladroit et l'objet lui échappa. Le bruit qu'il fit en percutant les dalles de la pièce réveilla en sursaut le petit italien. Jirômaru poussa un grognement de colère et se pencha pour ramasser sa montre. Arnoldo s'étira et passa sa jeune main sur son cou meurtri. Alors, il vit son maître basculer en avant et se rattraper de justesse à la table qui trônait au centre de la pièce. Aussitôt, il bondit du lit, comme un petit animal, et vint l'aider à ranger la montre et à se redresser.


- Maître...Vous n'allez toujours pas mieux ? Pourquoi est-ce que vous vous êtes levé ?

Le Comte le repoussa d'un geste brusque et regagna son lit en rejetant son aide.

- Ça va ! Lâche-moi !

Une fois sur son lit, le Vampire reprit sa respiration comme s'il venait de courir au travers du manoir tout entier. Le petit calice s'approcha de lui, un air triste peint sur son jeune visage. Le Comte détourna les yeux et l'ignora un moment tandis qu'il relisait la lettre de Sarah. Arnoldo resta debout, observant le vieil être de la nuit comme s'il le découvrait pour la première fois. Puis, il aperçut le collier d'or sur la table de nuit et ses yeux brillèrent de curiosité. Qu'est-ce que c'était que ce bijoux ? C'était un nouveau cadeau des barons et ducs qu'il fréquentait dans les salons ?
Jirômaru leva les yeux au plafond et lui montra ses canines.


- C'est un cadeau de Sarah. Petit impertinent. fit-il d'un ton sec. Va me chercher mon support...Je vais lui répondre.

Le calice lui sourit brièvement, avec malice, et s'en fut quérir la planche de bois qui servait de table d'écriture à son maître depuis quelques jours, ainsi qu'un encrier, une plume de première qualité (qu'il trouva avec difficulté dans un des tiroirs de son bureau) et un parchemin du plus bel effet.

Le Comte mit énormément de temps à répondre à la chasseuse. En effet, ses pensées se bousculaient et il se retrouva face à un choix bien cruel: devait-il persister dans la voie qui les menaient vers leur mariage arrangé avec le lord Spencer, ou devait-il fléchir et donner à la belle le choix qu'elle n'avait encore jamais eu jusque là ? Son cœur hésita longtemps. De plus, l'arrivée du docteur Fortunato dans sa chambre, ainsi que celle d'Ambre qui venait chercher Arnoldo pour l'examiner et lui rappeler qu'il devait manger afin de reprendre des forces, vinrent perturber ses premiers jets qu'il finit par abandonner dans un coin de la chambre après les avoir froissé avec rage. Il dut également prendre un nouveau bain, laisser le médecin lui refaire son bandage, accueillir Marco qui lui donna des nouvelles de Manouk et Arath. Puis, entre 13h et 15h, il dormit, incapable de continuer à lutter sous le jour des hommes.
Sa réponse fut donc achevée vers 15h30 seulement et Arnoldo se vit confier la tâche de l'apporter au manoir des Spencer. Le petit calice était plein de vie et, malgré sa fatigue, il avait suffisamment repris de forces pour s'acquitter de cette nouvelle mission de messager. Il aimait bien servir de coursier. C'était plus agréable pour lui que de conduire le fiacre de son maître, même s'il possédait un véritable dont avec les animaux et que son jeune âge en faisait un cocher extraordinaire.

Les Spencer reçurent la missive vers 16h.




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Dernière édition par Comte Keï le Ven 21 Avr - 20:29, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Paradis Perdu [Comte Kei] [03-07/05/42] Jeu 23 Mar - 20:57

07/05/42
Dans la Chambre du Comte

Jirômaru n'avait jamais su dormir correctement. A part dans son cercueil d'ébène, lorsqu'il se savait en sécurité et que nulle pensée négative ne venait perturber son sommeil, il n'avait jamais réussi à faire une journée complète depuis qu'il était devenu Vampire. Jamais il ne s'était adapté à sa condition de créature de la nuit. Lorsque la lune devenait maîtresse du ciel, il vivait comme ses confrères, mais le jour, il ne parvenait pas à trouver le repos. Il se réveillait toujours, au moins une fois dans la journée, en général vers 15h - heure qu'il avait d'ailleurs appris à détester - et il était obligé de se lever pour marcher un peu ou lire. La plupart du temps, il se relevait deux ou trois fois dans la journée...Avec les siècles, il s'y était habitué, et ses disciples aussi. Chacun restait sur le qui-vive et lui apportait ce dont il avait besoin. Mais parfois, l'absence réel de rythme affaiblissait son corps et son esprit au point qu'il ne se repérait plus dans la trame du temps. Cela lui était insupportable.

Le Comte se retourna sur le dos et ouvrit les yeux. Un mince filet de lumière lui parvint depuis le sol et il plissa le front, inquiet. Quelle heure était-il donc ? Combien de temps avait-il réussi à dormir ? A force de dormir la nuit, et par intermittence, il ne savait plus comment trouver la paix. Son bras droit, toujours cruellement douloureux, l'obligeait à prendre des positions qu'il détestait. Tout lui était pénible.
Sa main gauche vint étreindre son avant-bras malade. Sous les bandelettes, sa peau le brûlait comme si l'on y avait versé de l'huile avant d'y mettre le feu. Une grimace de souffrance tordit son visage de marbre et son gémissement frappa ses propres oreilles tant il fut pitoyable. La faiblesse le dégoûtait ! Il ne pouvait supporter d'être ainsi incapable de se servir de ses pouvoirs pour endiguer le mal qui le rongeait. Il ne pouvait plus rester alité comme ça alors que Sarah avait enfin été retrouvée ! Il lui restait tant de choses à faire !
Il devait aller la voir, la rassurer, sourire à ses parents, parler du mariage et de sa position de plus en plus hésitante. Il devait s'assurer que Chastity avait récupéré Raphaël pour leurs expériences sur la dégénérescence et les Blood Tablett. Il devait également revoir Crimson et la Camarilla pour arranger leur duel et le sort des derniers membres qu'il restait du Sabbat. Sans compter que la reine attendait un de ses rapports concernant le théâtre et que le Yard avait de nouvelles informations à partager avec lui au sujet des Loups-Garous...

Toutes ces obligations se rappelèrent à son esprit sous la forme d'une étrange vague d'émotions et ses yeux s'emplirent de larmes. Il était épuisé. Épuisé et faible. Il se sentait impuissant et cela le répugnait.

Rejetant avec rage la couverture qui le couvrait à moité, le grand Vampire se mit sur son séant et se passa une main sur son visage. Puis, il se leva tout à fait, nu comme aux premiers jours du monde, et se dirigea vers la fenêtre la plus proche. Ses doigts frôlèrent le lourd rideau de velours sombre qui empêchait la lumière du jour de pénétrer dans la pièce. Ses iris anthracites glissèrent sur le sol où un rayon de soleil répandait sa chaleur dorée. Le Vampire hésita, mais après quelques minutes de silence, il pouffa et avança son pied droit. Ses orteils touchèrent la lumière qui s'empara immédiatement de sa peau pour la brûler. Jirômaru serra les dents et enleva immédiatement son pied de la dangereuse surface. Un mince filet de fumée se dissout dans l'air alentour avant de disparaître. Une trace grisâtre recouvrait désormais sa peau. Un sourire cynique fendit son visage triste. A quoi bon avoir autant de pouvoir s'il ne pouvait plus apprécier la chaleur et la lumière du jour ? A quoi bon continuer de luter alors qu'il n'était même pas capable de soigner ce bras qui l'handicapait désormais ?

Jirômaru ferma sa main gauche sur le rideau et le froissa de ses ongles. Lentement, il posa sa tête contre le tissu. Appuyé sur le carreau de verre, protégé par le velours, le Vampire se laissa aller aux larmes amères du regret. Pourquoi avait-il donc accepté cette malédiction ? Comment avait-il pu vendre son âme à ce damné de Matosaï ? Certes, ce dernier l'avait trompé et il l'avait payé de sa vie, mais il ne pouvait s'empêcher de se demander comment il avait pu être aussi stupide, aussi lâche...

Une demi-heure plus tard, le Comte s'était vêtu. Il portait un pantalon crème rehaussé de brun, une chemise bordeaux à jabots et une veste longue de cavalier dont les boutons dorés et les broderies ressortaient fort sur son tissu noir. Il avait mis beaucoup de temps à réussir à tout enfiler. Avec un seul bras valide, cela relevait presque de l'exploit.


*Ambre.*

En quelques minutes, la jeune actrice se présenta à sa porte. Elle était vêtue d'une chemise de nuit à dentelles, sans aucun doute trop osée pour l'époque.

- Mon maître ? demanda-t-elle, inquiète de voir le Comte debout et habillé à une heure pareille.

- Attache mes cheveux s'il te plaît. Je ne peux le faire seul. lui demanda le vieux Vampire en lui tendant un ruban bordeaux.

La belle rousse s'exécuta. Elle s'approcha doucement de son maître qui prenait place sur un fauteuil devant sa commode, saisit la brosse qui était restée sur le meuble et entreprit de le coiffer. Ses mains effilées glissèrent dans les longs cheveux blancs du Comte. Elle s'étonna de leur longueur, car même si elle les voyait tous les jours, elle ne les avait presque jamais coiffés. Leur blancheur était incroyablement prononcée, comme s'il eussent toujours été dépigmentés.


- Ils étaient noirs autrefois. Très noirs...fit le Vampire en soupirant.

Il avait lu les pensées de sa disciple. Ambre lui sourit tendrement dans son dos.


- Tous les japonais ont les cheveux noirs, non ? demanda-t-elle sur un ton badin, comme pour tâcher de détendre son maître qu'elle sentait particulièrement mélancolique.

Le Comte sourit un peu et jeta un coup d'oeil à son reflet dans le miroir.


- Et...vous n'avez pas envie de le vérifier par vous-même ? osa-t-elle demander.

Jirômaru se perdit dans ses pensées. Avait-il envie de retourner au Japon pour visiter son ancienne patrie ? Cela faisait si longtemps qu'il n'y avait pas remis les pieds ! Non...c'était une très mauvaise idée. Il ne voulait plus jamais y retourner. S'il s'y rendait, le souvenir de son passé le torturerait à nouveau et il ne pourrait pas s'empêcher de rechercher des traces de son ancien clan. La douleur de constater que tout aurait disparu et que son nom avait bel et bien été oublié le rendrait fou. Lui qui avait promis à son père de perpétuer le nom et l'honneur des Keisuke avait failli à sa tâche...


- Non Ambre...non...Je ne peux y retourner. De toute façon, je ne suis pas apte...ajouta-t-il en jetant un regard à son bras droit qui restait sur son giron, incapable de bouger.

La jeune actrice se pencha un peu en avant pour terminer le noeud qu'elle venait de faire dans ses cheveux et contourna bientôt son maître pour reposer la brosse. Lorsqu'elle fit volte-face, elle trouva le Comte en train de la dévorer du regard et une étrange sensation lui parcourut l'échine. Ces yeux de prédateur lui faisaient effroyablement peur, et pourtant elle se sentit flattée par l'intérêt soudain que son maître semblait lui manifester.
Jirômaru ne la quitta plus des yeux pendant un moment. Il était comme figé dans son fauteuil, fasciné par sa disciple. Soudain, il serra les dents et son aura se déploya un peu. Ses pupilles se dilatèrent.


- Où est Maria ? demanda le vieux Vampire avec un timbre emprunt de colère. Sa disciple grimaça. Où est-elle, Ambre ?

L'actrice blêmit et recula d'un pas contre la commode tandis que son maître se relevait pour la dominer de sa hauteur de géant.

- Nous l'avons renvoyée sous l'Opéra mon Seigneur. répondit-elle d'une petite voix.

- Comment va-t-elle ? insista-t-il d'un ton sec.

- B..bien. Elle s'en est remise. Elle a beaucoup dormi. Mais elle désespère de ne pas vous voir. Elle ne comprend pas ce qui s'est passé...et...nous non plus.

Le Comte se détourna de la jeune femme et chercha sa canne-épée des yeux.

- Aide-moi à rattacher ce fichu bras.

Ambre s'était mise à trembler comme une feuille. Elle craignait pour la vie de Maria et pour la santé de son maître.

- Mais...il fait jour. Vous ne pouvez pas sortir à moins de passer par les égouts...

Le Comte se figea net et lui jeta un regard atterré. C'était vrai. Il avait oublié qu'il faisait plein jour. Passer par les égouts était une solution, mais pour rejoindre l'Opéra, sans fiacre, il mettrait beaucoup de temps, trop de temps pour que cela soit raisonnable.

- ...Quelle heure est-il ?

L'actrice farfouilla dans sa poche et observa le cadran de sa petite montre à gousset.

- Il est 15h monsieur, et nous sommes en Mai...

Le vieux Vampire se mit à rire, d'un rire nerveux, effrayant, fou. Sa main valide trouva le noeud dans ses cheveux et l'arracha d'un geste avant de le jeter au sol.

- Ah ah ah! Mais oui! Quinze heures! Evidemment!

Ambre ne savait plus où se mettre. Elle regarda son maître se défaire de ses vêtements avec maladresse et rire aux éclats, comme s'il eut perdu la raison.

*Va-t-en.*

La pensée du Comte résonna dans son esprit et l'attaqua comme une lame. La jeune femme fléchit un genoux et s'enfuit en courant vers la porte. Jirômaru, déjà torse nu, enlevait ses bottes avec la rage du désespoir.
Ambre posa la main sur la poignée, les larmes aux yeux. Son maître ne semblait plus avoir toute sa tête.


- L'ais-je jamais eue ?

La jeune disciple sursauta en poussant un cri. Jirômaru se trouvait contre elle. Il l'attrapa par l'épaule et approcha ses lèvres de son oreille.

- Méfie-toi de Maria, Ambre...Je ne sais si elle est maladroite ou si elle désire ma perte.

La belle rousse fronça les sourcils.

- Maintenant va...Trouve-moi une asiatique qui saura me faire oublier ma peine.

Le coeur d'Ambre fit un bond effroyable dans sa poitrine. C'était la première fois, en 189 ans qu'elle connaissait le Comte, qu'il lui demandait de lui ramener une prostituée. Il en avait parfois l'usage, mais cela était très rare puisqu'il avait de nombreuses amantes qui lui permettaient de combler ses besoins sans qu'il n'aie recourt aux filles de joie.

- Mais...votre bras...? Vous devez dormir...fit-elle extrêmement mal à l'aise.

Jirômaru lui montra les dents.


- Tu veux peut-être prendre sa place ?

Ambre déglutit. Elle ne savait plus que répondre. Elle ne comprenait pas ce qui arrivait à son maître. Avait-il tant besoin d'affection et de sexe ? Ou avait-il simplement besoin de goûter à un sang nouveau ?

- Les deux. répondit le Vampire de sa voix grave avant de descendre ses lèvres dans le cou de sa disciple.

*Cessez de lire mes pensées.*

*Depuis quand me donne-tu des ordres, Ambre ?*

La belle baissait la tête afin de restreindre la zone visible de son cou.

- Je...Je...Que préférez-vous ? demanda-t-elle en tremblant. Elle fermait maintenant les yeux, pleine d'appréhension.

Le Comte la lâcha soudain et ouvrit la porte lui-même avant de la pousser dans le couloir avec force.


- Va voir où en est Ludwig ! Je n'en peux plus de l'attendre !

Sur ces mots, le grand Vampire claqua la porte avec bruit, abandonnant sa disciple de l'autre côté. Ambre, complètement abasourdie par ce qu'elle venait de vivre, resta un moment figée devant la chambre de son maître. Mais qu'est-ce qui lui prenait donc ? De quoi avait-il réellement besoin ? C'était incompréhensible.
Lentement, elle finit par quitter les lieux.


**************
Dans le manoir puis dans le grand salon

Ambre alla se confier à Marco et trouva Alphonse pour lui expliquer que le Comte désirait une asiatique...Puis, elle envoya Arnoldo à Elwood afin qu'ils s'organisent avec le personnel humain dans le but de connaître la position de Ludwig. Depuis qu'il avait quitté l'Italie pour les rejoindre, ils n'avaient plus eu aucune nouvelle. Normalement, le calice aurait dû arriver la veille, mais ils n'étaient pas à quelques jours près, les chemins n'étaient jamais fiables. Ils devaient maintenant le presser avant que leur maître ne soit réellement furieux d'impatience.
Plus personne ne semblait comprendre le vieux Vampire. Depuis qu'il avait tué Salluste, il semblait perdu sur le chemin chaotique de la culpabilité, de la colère, du vice et du désespoir. Pourtant, il venait de retrouver Sarah...


- C'est une forme de dépression. Jirômaru a toujours eu des réactions étranges lorsqu'il devait faire des choix capitaux pour l'avenir.

Manouk semblait sûr de ce qu'il avançait. Marco et Ambre l'écoutaient sans mot dire. Leurs mains se joignaient presque sur la table du salon où ils s'étaient retrouvés.

- Il faut surtout qu'il dorme. Ce n'est pas en se levant à des heures pareilles, en ruminant tout ce qui le torture et en réclamant des prostituées qu'il parviendra à se remettre de son mal.

Marco s'était exprimé avec ferveur. Pour lui, le désespoir ne rimait pas forcément avec une vie de débauche.

- Son bras l'empêche de dormir Marco...Je l'ai bien vu...Soupira sa consoeur.

**************
Dans la Chambre du Comte

Dans sa chambre, le Comte tournait en rond depuis une demi-heure. Il avait gardé son pantalon après avoir jeté ses autres vêtements dans un coin de la pièce. Furieux contre le jour, furieux contre l'heure, furieux contre sa nature, il grondait qu'il haïssait le soleil, ces rideaux obscurs, ces tableaux au mur dont les personnages semblaient le dévisager comme l'on observe un lion qui rôde d'un bout à l'autre de sa cage, prêt à déchiqueter le premier qui oserait porter la main à ses barreaux.

Soudain, son regard tomba sur un de ses vases emplis de roses blanches. Son visage se détendit quelque peu tandis qu'il s'en approchait lentement. Sa main valide saisit une des fleurs et l'extirpa de son eau. Sa tête dans le creux de sa paume luisait presque dans la pénombre de la pièce. Sa tige gouttait sur le tapis.
Le Vampire fut pris d'une terrible mélancolie. Sa colère laissa la place au désespoir et il s'assied là, au milieu de la chambre, pour regarder ces pétales immaculés qui lui rappelaient tant ses combats et ses peines...
Alors, il songea au présent que Sarah lui avait envoyé quelques jours plus tôt. Il se releva avec difficulté, titubant comme un nouveau-né, et se dirigea vers sa table de chevet. Il laissa sa rose dessus avant d'en entrouvrir assez le premier tiroir pour y glisser ses longs doigts d'albâtre. Saisissant la petite chaînette qu'il trouva dans le fond du meuble, le Vampire leva devant son regard fatigué le petit pendentif d'or en forme de croissant de lune. Sa pierre centrale brilla d'un éclat vif lorsqu'il l'orienta vers la seule lampe à huile qui brûlait dans la pièce. Les lèvres de Jirômaru embrassèrent le bijoux avant de le passer autour de son cou. Le croissant doré rebondit contre son poitrail nu et se stabilisa.
Le Vampire se laissa ensuite tomber sur son lit. Il ramena ses longues jambes vers son abdomen et, en position presque fœtale, il se rendormit.

Le soir venu, le Comte dormait encore lorsque Alphonse pénétra dans sa chambre. Avec précautions, le domestique jeta un coup d'oeil à son maître avant de s'aventurer dans la pièce. Il ramassa les vêtements du lord pour les remettre sur une chaise et repositionna la brosse à cheveux qui se trouvait au bord de la commode, prête à tomber.
Puis, il hésita. Devait-il réveiller le vieux Vampire pour l'informer que Ludwig était enfin de retour ou attendre qu'il ne s'éveille de lui-même ? Le médecin préconisait de le laisser dormir tant qu'il y parvenait et de ne surtout pas le déranger. Sa santé était en jeu et ses sautes d'humeur restaient dangereuses pour tous.


*Où est-il ?*

Alphonse tourna vivement la tête vers son maître.

- Il se repose dans le petit salon. Annabelle et Carl s'occupent de lui. Le voyage l'a beaucoup fatigué.

Le Comte ne répondit pas. Il conservait les yeux fermés, comme s'il dormait toujours. Son souffle paraissait faible. Le domestique s'approcha un peu de lui.

- Dois-je le faire venir ? murmura-t-il doucement près de son maître.

Jirômaru ouvrit lentement les yeux et soupira en regardant le plafond.


- Non. Qu'il se repose d'abord.

- Bien Monseigneur. Et la jeune femme ? Dois-je la faire entrer ?

Cette fois, Jirômaru laissa ses yeux tomber sur lui.

- Quelle jeune femme ? s'étonna-t-il.

- Hé bien...la jeune asiatique que vous avez demandée...Elle est elle aussi dans le petit salon.

Le Comte mit du temps à se remémorer sa demande et, lorsqu'il parvint à se rappeler l'ordre qu'il avait donné à Ambre dans la journée, il grogna de mépris envers lui-même.

- Ramenez-la chez elle.

- Bien Monseigneur. Y a-t-il autre chose que je puisse faire pour vous ? demanda humblement Alphonse, une main sur le coeur.

- Laissez-moi dormir. Et amenez Maria au manoir...je dois lui parler.

- Bien Monseigneur.

Alphonse esquissa une courbette et quitta la chambre.

Le Comte passa la nuit dans sa chambre, incapable d'en sortir. Il écrivit quelques lettres mondaines, avec l'aide d'Alphonse, et toléra la présence d'Arnoldo qui voulait lui lire des histoires qu'il avait trouvées dans la chambre d'Elwood.
Le Docteur Fortunato rendit visite au vieux Vampire, malgré l'interdiction d'Alphonse, et il s'assura que son bras était bien bandé. Apparemment, les chairs avaient cessé de se nécroser. Elles s'étaient stabilisées, même si cela ne signifiait pas qu'elles guériraient avec sa régénération, au moins le poison semblait-il disparaître avec le temps.
Puis Jirômaru eut un entretient avec Ludwig. Le calice, heureux de retrouver son maître, lui témoigna toute son affection et l'assura de son soutien face aux épreuves qu'il traversait. Sur sa demande, il lui raconta ses aventures en Italie et lui offrit son cou afin qu'il puisse se repaître de son sang. Le Comte soupira d'aise: le sang de l'allemand avait toujours été son préféré après celui de Sarah.
Enfin, il dormit, encore. Jamais le lord n'avait eut autant besoin de rejoindre Morphée. Son corps venait de se mettre à réagir réellement à la présence du poison de son ennemi dans son bras. Son Don commençait tout juste à se réveiller afin de repousser son mal. Le sang de son calice et le sommeil étaient ses meilleures armes contre lui.

Peu à peu, le Comte reprenait ainsi des forces...


[HRP/ Suite avec Chastity dans "Chaleureuse amertume"/HRP]


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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Paradis Perdu [Comte Kei] [03-07/05/42]

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