L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


Forum RPG - Londres au XIXème siècle. Incarnez Vampires, Loups-Garous, Lycanthropes, Homonculus, Chimères, Alchimistes, Hunter...et choisissez votre camp dans une ville où les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses....
 
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Un pas dans le Sanctum Sanctorum [Sarah, Alastor] [08/05/42]

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Sarah Spencer
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MessageSujet: Un pas dans le Sanctum Sanctorum [Sarah, Alastor] [08/05/42] Ven 12 Mai - 17:37

[HRP: Suite de Codex et Manuscrits /HRP]

La Grande Horloge sonnait tout juste 19h00 lorsque la belle héritière pressa le pas pour franchir l’imposant hall d’entrée de la Grande Bibliothèque. À chacun de ses pas, la traine de sa robe créait un bruissement feutré, faisant relever la tête des chercheurs et des universitaires qui s’acharnait dans leur recherche. Il n’était pas rare de croiser la jeune aristocrate en ces murs. Initiée dès sa plus tendre enfance à ce lieu rempli de savoir, elle avait longtemps passé des soirées au coin d’une table à dévorer livre après livre jusqu’à ce que les gardiens ne viennent la mettre à la porte pour la fermeture. Cette fréquentation quotidienne avide valut à la magicienne quelque privilège dont elle usait avec ambition. Devenue amie avec de nombreux commis, elle avait fini par jouer de sa nature pour avoir accès à ce qui représentait pour elle une véritable mine de trésors : la réserve. Le Sanctum Sanctorum, cette section de la bibliothèque où l’on retrouvait les ouvrages les plus polémiques, mais aussi les plus intéressants. Ouvrage philosophique, traité de magie, carnet de note des hérétiques, enluminures et manuscrit, on racontait même que la bible du diable était rangée dans l’une de ces sections. Mais plus mystérieux encore, c’est là que se trouvait le bureau du Conservateur. La simple évocation de ce personnage déclenchait automatique une réaction chez les auditeurs. Alastor Drake, directeur de la Réserve, Conservateur du Memorial Library, et surtout, vampire à ses heures. C’était une ombre savante que tous ceux qui fréquentaient la bibliothèque redoutaient et respectaient à la fois. Il était intraitable sur la durée de location des ouvrages et sur les livres qui pouvaient sortir de sa précieuse réserve. Il n’accordait que très rarement la permission de voir ces précieux items quitter les murs de la bibliothèque. Véritable encyclopédie, il n’hésitait pas cependant à aider les plus méritants dans leur recherche et à guider leurs études. Un homme à la fois proche et loin de tout et ce soir, c’était avec cet homme mystérieux que l’héritière avait rendez-vous.

L’attente n’avait pas été longue. Après avoir fait miroiter à Miss Rainworth son intention de céder son ouvrage au Conservateur en échange d’un rendez-vous, Sarah était rentrée chez elle croyant avoir le temps de préparer cette rencontre décisive. Dès le lendemain, à la première heure, un messager était venu porter la réponse de Drake en personne. Il acceptait volontiers de la rencontrer. À cette annonce, l’héritière avait été partagée entre diverses émotions. L’excitation d’avoir eu une réponse aussi rapide, la consternation de devoir sortir une fois le soleil tombé, mais surtout l’appréhension de se retrouver en tête à tête avec le conservateur qui était un vampire par-dessus tout. Le post-scriptum du message l’avait troublé. Lui rappeler ses dernières mésaventures n’avait cessé de la replonger dans ses terribles souvenirs dont le tremblement incessant de ses mains dévoilait le trouble profond. Cette nouvelle lettre déclencha une nouvelle vague de consternation au Manoir. La veille, à son retour de Freeman’s, Sarah avait été assaillie par sa mère qui tenait dans sa main une précieuse lettre. Il s'agissait de la réponse du Comte. La jeune femme avait refusé d’ouvrir le papier en présence de sa famille. Il s’agissait d’une conversation privée. De nouveau seule dans sa chambre, elle s’était assise avec raideur à son bureau, observant pendant plus d’une heure le papier fin de bonne qualité sans parvenir à ce décider d’ouvrir la lettre. Tant et aussi longtemps qu’elle n’en connaissait pas le contenu, toutes les possibilités sur ce qu’elle renfermait étaient envisageables. Au bout d’un moment, n’y tenant plus, elle avait fini par ouvrir le précieux message. La lettre était écrite avec finesse, ne trahissant rien de l’état difficile et lamentable du Comte. Le Prince la remerciait pour son présent et lui assurait son amitié, mais entre les lignes remplies de mondanité superflue, il lui offrait une échappatoire dont elle avait renoncé depuis dès mois. Il lui offrait la possibilité de rompre leurs fiançailles. L’étonnement que ressentit la jeune femme fut bien vite remplacé par l’affliction. Il lui laissait réellement le choix? Sarah n’avait su que répondre. Cette nouvelle avait déclenché chez elle une nouvelle crise de panique. Son cœur s’était affolé, ses membres s’étaient raidis et elle avait perdu pied avec la réalité. Tremblante, elle avait cherché son souffle pendant un bon moment avant de réussir à se calmer. Après une hésitation, elle avait fini par ranger la lettre dans son journal intime, à l’abri de la tentation de sa mère. Elle n’avait pas l’intention de répondre à cette lettre. Malgré l’aspect grossier de la chose, malgré son manque de mondanité, elle préférait laisser en suspens cette décision à plus tard. Le Comte comprendrait, du moins, elle l’espérait.

C’est donc l’esprit tourmenté que la Chasseuse s’était préparé à cette rencontre en y mettant tous les offices d’usage. La robe qu’elle portait était celle d’une visite mondaine. Mélange de haute couture et de côté pratique, il s’agissait d’un véritable joyau de ce que l’époque pouvait créer. Le tissu était d’un bleu profond et disposait d’une élégante petite traine. Son corsage serré et le décolleté de soie dévoilaient avec douceur sa gorge d’un blanc pur. Ses cheveux avaient été savamment coiffés pour les circonstances. Remonté en savant chignon, ses belles boucles burnes retombaient le long de son visage et encadrait ses yeux dont l’éclat accrochait les regards. Un long manteau d’un bleu marin terminait l’habit de la jeune aristocrate. Ses mains délicates dissimulées dans ses gants noirs, elle tenait serré contre son cœur un livre précieusement enveloppé dans une large bande de tissus.

La jeune femme s’avança doucement dans le corridor. La bibliothèque était fermée depuis près d’une heure. Seuls quelques membres sélectifs et chercheurs possédaient la passe nécessaire pour rester après les heures de fermeture. Cette passe, sous forme de lettre de recommandation, était délivrée par le Conservateur lui-même. À cette heure, seules cinq personnes étaient encore présentes. Assis à une table, ils étaient plongés dans d’épais volumes au schéma compliqué. Probablement des étudiants de médecine qui se préparait pour leur examen. Sarah venait juste de tourner le coin d’une rangée pour pénétrer dans la réserve lorsqu’une main s’abattit sur son épaule, la faisant sursauter. La jeune femme se retourna brusquement pour tomber sur le visage amical de Thomas, employé de la réserve qui terminait ses études en médecine. La surprise passée, elle lui offrit la main qu’il s’empressa de baiser. Ils discutèrent un moment, de la joie de se revoir, des études du jeune homme, au bout d’un moment il ne put s’empêcher de la gronder.


-Tu ne devrais pas être ici Sarah, le croqueur de livre est revenu de voyage et il est de mauvaise humeur. Il semblerait qu’il n’ait pas pu se rendre à une vente aux enchères et qu’un livre qu’il convoitait ait été vendu.  

L'expression fit rougir l'aristocrate jusqu'à la pointe de ses oreilles. C'était elle qui était à l'origine de ce sobriquet attribuée au grand bibliothécaire. Cela remontait à sa jeunesse, alors qu’elle devait avoir 12 ans. Un soir, elle s’était aventurée dans la réserve comme elle le faisait régulièrement. Elle avait alors grimpé sur une échelle pour récupérer un livre qui se trouvait hors de sa portée. Le volume trop lourd pour elle, elle avait fini par perdre pied, mais avant qu’elle ne chute au sol avec le précieux ouvrage entre ses mains, le Conservateur l’avait rattraper. La stupeur passée, il avait été tout sauf tendre avec elle, lui reprochant sa curiosité. La crise passée il l’avait tout bonnement expulsé pendant deux semaines de la bibliothèque. Deux semaines, longues et interminables pendant lesquelles l’imagination de la jeune Spencer avait inventé toute sorte d’histoires à propos de cet homme. Elle l’avait appelé l’ogre des histoires, le vampire d’encre ou encore le croqueur de livre. Cette expression était restée bien malgré elle dans le langage de ceux qui fréquentaient la bibliothèque. La Grande Bibliothèque était un petit monde et les habitués étaient toujours au courant de tout ce qui s’y passait. Sarah se balança d’un pied à l’autre.

-J’ai rendez-vous avec le Conservateur.

Le regard de Thomas se portait à elle puis à l’ouvrage qu’elle tenait dans ses mains. Ses yeux ahuris firent l’allée retour pendant un instant puis il marmonna une phrase incompréhensible avant de lui faire signe de le suivre. Il la conduit dans une section reculée de la réserve où se trouvait une table d’étude, plus loin se trouvait le bureau du Conservateur. Il demanda à la belle héritière de patienter pendant qu’il allait chercher le bibliothécaire. Après avoir quitté la jeune femme, Thomas se mit plutôt à la recherche de Miss Rainworth. Le Conservateur ne recevait jamais de visite, encore moins celle d’une femme. Il ne voulait pas être celui qui aurait dérangé le grand homme pour rien et risquer de perdre ainsi son privilège de travailler pour la bibliothèque. Il était plus sage de demander à sa secrétaire quelques explications. On racontait déjà que la veille, le bibliothécaire avait reçu la visite de Miss Stephenson, une chercheuse ou une femme d’affaires qui s’était invitée après la fermeture de la bibliothèque. Deux rencontres en deux jours, c’était impossible.

De nouveau seule, la Chasseuse déposa son livre sur la table en poussant un petit soupir. L’ouvrage commençait à peser lourd dans ses bras. Elle enleva ses gants et en profita pour ouvrir le col de son manteau cherchant un peu d’air. À comparer de dehors, l’atmosphère e la bibliothèque était plutôt agréable et la chaleur commença à lui faire regretter d’avoir apporter son manteau. Elle demeura quelques instants immobile, attendant sagement le retour de Thomas. Peut-être le Conservateur n’avait pas eu son message. Peut-être était-il à un autre rendez-vous. Elle attendait dans l’ignorance que son brave messager Thomas avait surtout peur d’affronter le regard noir du vampire et qu’il cherchait la belle rousse avant de déranger le grand homme. Sarah s’avança vers la fenêtre et observa la nuit noire qui se dessinait devant elle. Les lampadaires éclairaient faiblement la rue et le parc qui bordait la bibliothèque. Il lui sembla pendant un instant apercevoir la forme d’un homme qui la fixait. Elle n’eut que le temps de cligner les yeux que l’ombre disparut. L’héritière soupira, les vampires continuaient de la surveiller. Les ordres du Comte étaient clairs. Si elle avait réussi à se sauver de Blake il lui était plus difficile de s’échapper des vampires, elle ne s’en souvenait que trop bien. Sa nature peu patiente la fit bientôt soupirer. Où était donc le Conservateur? Elle s’avança vers une rangée de livres qui bordait l’espace. De précieux ouvrages remplissaient les tablettes. Elle résista pendant un instant à l’envie de saisir un livre et de s’installer confortablement dans l’un des fauteuils. La lecture était bien l’un de ses grands plaisirs. Alors qu’elle observait les tranches parfaitement aligner des ouvrages, un livre attira le regard bleu de la jeune femme. Sa couverture était plus épaisse que les autres livres et il dépassait légèrement de l’alignement. Sarah s’approcha pour l’observer de plus près. Le livre se trouvait sur la dernière étagère, hors de sa portée.


*Évidemment* ne put s’empêcher de songe l’aristocrate.

Elle attendit encore un instant puis, n’y tenant plus, elle alla chercher une chaise qu’elle approcha de l’étagère. Avec agilité, elle releva le bas de sa jupe pour grimper sur meuble et tirer le précieux ouvrage de son antre. La reliure était en cuir, d’un noir profond. Un ruban de soie rouge dépassait de la tranche des pages et marquait un emplacement. L’ouvrage n’avait aucun titre sur sa page couverture et la curiosité de la jeune femme la poussa à ouvrir les pages de l’ouvrage. Son visage s’illumina brusquement. Il s’agissait d’une ancienne édition des récits arthuriens. C’était la première fois qu’elle voyait une édition aussi vieille de Chrétien de Troyes. Les pages fines étaient accompagnées de reproduction d’enluminures de l’ouvrage original. Perchée en haut de sa chaise, la magicienne souria intérieurement, ressentant une joie particulière de tenir un ouvrage aussi précieux.


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Alastor Drake
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MessageSujet: Re: Un pas dans le Sanctum Sanctorum [Sarah, Alastor] [08/05/42] Dim 14 Mai - 20:21

[HRP/ Suite de Pour un manuscrit/HRP]



Un pas dans le Sanctum Sanctorum

Sarah Spencer et Alastor Drake

"Au-delà du miroir, Alice, tu trouveras la réponse à tes questions.
Là-bas, dans le noir, ma pauvre enfant, tu ne délogeras pas le démon."


Le bureau de Drake, le 8 mai 1842

La pointe dure d'une plume de métal grattait la surface jaunie d'un parchemin mangé aux mites. A la lueur d'une lampe à huile presque vide, sous les halos de flammes ondoyantes qu'elle faisait rayonner sur la table, la main d'Alastor Drake testait cette surface ancienne pour tâcher de découvrir avec quelle encre son homologue couvert d'écriture avait été rédigé. Cela faisait maintenant deux heures et quart qu'il s'activait. Il envoyait régulièrement sa secrétaire lui chercher noix et baies dans un petit coffret qu'il gardait dans le débarra. Puis, il les écrasait au mortier, les mélangeait avec vigueur à un liant différent à chaque essai, et appliquait avec ferveur l'encre obtenue afin de se rapprocher de l'originale. Cela lui serait utile pour situer la date de ce parchemin turc. Ce dernier avait été ramené d'Istanbul par un voyageur Allemand du siècle dernier. Une fois qu'il aurait retrouvé la technique utilisée, il pourrait avoir la certitude du lieu dans lequel ce précieux vestige du passé avait été rédigé. Ainsi, il pourrait en retracer l'histoire et saisir le sens de ses lettres calligraphiées avec soin.

- Monsieur, Miss Spencer est arrivée. Un commis vient de me demander de venir vous quérir. Il n'osait pas vous déranger.

Le Conservateur se redressa et jeta un regard impatient à la jeune femme. Par dessus ses lunettes rectangulaires, il semblait la juger comme un aigle toise une petite souris qui a eu l'audace de pénétrer sur son aire de chasse. La belle secrétaire lui sourit simplement, habituée à ses comportements menaçants.

- Dois-je la faire entrer ? demanda-t-elle calmement.

- Elle attendra. répondit l'archiviste d'un ton sec en se remettant au travail sans plus se soucier de la messagère. Jézabel lui jeta un regard amusé et disparut dans le couloir qui menait à la bibliothèque.

Alastor soupira. Deux jours auparavant, il avait contacté la jeune héritière de Spencer dans le but d'obtenir un rendez-vous avec elle. Il avait mis en avant sa volonté de récupérer un précieux manuscrit babylonien, qu'elle avait réussi à subtiliser à sa secrétaire dans une vente aux enchères de la Maison Freeman, mais au-delà de cette raison, il désirait également en apprendre plus sur elle afin d'étoffer ses connaissances des derniers potins d'intérêt de la capitale. La réponse positive qu'il avait reçue de la part de la jeune aristocrate avait réveillé chez lui une forme d'excitation. Il attendait sa visite avec impatience.
Sarah Spencer restait un mystère pour tous, même pour lui, et il lui tardait de la revoir afin de pouvoir converser avec elle et de sonder un peu son âme. Le Vampire connaissait sa famille, toute l'Angleterre la connaissait. Il la savait douée à cheval et au tir, ses exploits dans ces domaines faisaient le tour des salons depuis son plus jeune âge. En outre, il la savait érudite et avide de connaissances, profondément passionnée de littérature et d'histoires en tout genre. Sa présence à la Bibliothèque était devenue une habitude depuis qu'elle était en âge de comprendre ce qu'elle décryptait de ses grands yeux bleus. Mais tout cela ne suffisait pas pour la cerner. Alastor la savait également huntresse, capable de manier le fleuret avec brio et de tirer au Bloody Rose, sans hésitation, sur les plus éminents Vampires de la capitale...Le Conservateur avait toujours eu une longueur d'avance sur les mortels comme sur les immortels, notamment grâce à son intellect particulièrement brillant et à ses multiples contacts qui glanaient pour lui les informations les plus croustillantes du royaume.
Cependant, il devait bien avouer que les sentiments de la jeune femme lui restaient obscurs et que ses aspirations lui échappaient encore parfois. Le fougueux Von Ravellow l'avait ouvertement courtisée et il se retrouvait désormais sur les affiches placardées par le Yard en tous sens. Le Comte l'avait poursuivie inlassablement, jusqu'à venir lui réclamer de l'aide pour la retrouver lorsqu'elle avait disparue, alors qu'il était réputé pour ne plus s'attacher à personne. Quels liens entretenait-elle donc réellement avec ces deux hommes ? Allait-elle accepter la demande en mariage du vieux lord ? Et cette histoire de couvent, d'attaque et de rivière...Rien n'était clair. Évidemment, grâce à la large toile que le Conservateur avait tissée dans la capitale, il avait su avant tout le monde que la belle s'était enfuie du couvent, mais il n'avait pas saisi la teneur de ses démarches et l'avait rapidement perdue de vue. Elle s'était grimée et avait échappé à ses yeux d'Argos. A la vérité, il s'en était lui-même détaché pour étudier ses manuscrits babyloniens et il n'avait laissé sur ses traces qu'un petit caniche qui n'avait pas su faire son travail correctement. Un informateur bien médiocre qu'il n'était pas prêt de réemployer...
Aujourd'hui, il pourrait peut être avoir des réponses à ses propres questions, en échange des informations qu'elle allait elle-même lui demander. Ce serait un échange équivalent, ou il ne se montrerait pas plus arrangeant avec elle qu'avec n'importe quel autre importun.

Après un bon quart d'heure de travail, Alastor abandonna ses encres avant d'enfermer le petit parchemin turc dans un étui de cuir rouge fermé avec une ficelle de soie. Puis, il se rafraîchit le visage, en passant ses doigts humide d'eau clair sur ses tempes étirées. Enfin, il quitta son bureau pour se rendre dans la Bibliothèque. Une fois la porte de son office franchie, il croisa Miss Rainworth qui lui confirma qu'elle venait de faire le tour des rayonnages pour chasser les derniers étudiants qui n'avaient pas de pass, vérifier que les lampes inutilisées étaient bien éteintes et que les portes latérales avaient bien été verrouillées. Alors son regard se porta sur une silhouette féminine perchée sur une chaise. Jézabel suivit son regard et pouffa de rire avant de s'éloigner dans les rayonnages.
Alastor leva les yeux au ciel et s'approcha d'un pas vif de la jeune impertinente. Sarah avait toujours été d'une curiosité sans borne. Combien de fois l'avait-il chassée de la réserve lorsqu'elle n'avait pas encore le droit d'y pénétrer ? Combien de fois l'avait-il ainsi surprise en train d'escalader les étagères pour se saisir du livre le plus haut possible ? Comme une enfant qui ne peut résister à la tentation de jouer avec tout ce qui passe à sa portée ou d'atteindre les mystères dissimulés par les adultes, la petite lady agissait à sa guise, sans se soucier des conséquences de ses actes. Le Vampire glissa près d'elle comme une ombre et la surprit brusquement :


- Vous ne pouvez vous en empêcher, n'est-ce pas ? fit-il d'une voix forte, destinée à l'intimider et à la faire sursauter.

D'un geste calculé, il rattrapa l'ouvrage que la belle lâcha dans sa surprise et le referma d'un coup sec en lui jetant un regard outré.

- Allons, descendez de là, les chaises ne sont pas faites pour les souliers que je sache ! Et remettez vos jupons en place, ce n'est pas digne d'une femme de votre rang. Si vos parents vous voyaient...

Par pudeur, et sans doute lassitude, le Conservateur observa la couverture du livre qu'il tenait désormais dans sa main droite. C'était un recueil des récits arthuriens attribués à Chrétien de Troyes. Le Vampire leva un sourcil et soupira:


- Méfiez-vous de ce genre de récits, my lady, ils tournent bien vite la tête aux jeunes femmes en quête de chevaliers servants...Ses iris légèrement rougeâtres percèrent l'azur des siens et un pli mesquin marqua la commissure de ses lèvres glacées. Ayez l'amabilité de le ranger, s'il vous plaît. ajouta-t-il en tendant le précieux objet à la jeune femme, toujours perchée sur sa chaise. Pendant qu'elle s'exécutait, Alastor détourna le regard et jeta un coup d'oeil à l'ouvrage volumineux qui reposait sur une table. Une vague de joie passa dans ses yeux : il était plus gros qu'il ne l'avait escompté ! Je vois que vous avez amené le manuscrit...Allons, venez...Nous avons à discuter. dit-il, frissonnant d'impatience.

Après avoir replacé la chaise et s'être assuré que la jeune femme le suivait, le Conservateur la convia à entrer dans son office. La porte se referma sur eux dans un léger grincement et bientôt ils se retrouvèrent dans son bureau. Le Vampire proposa un fauteuil à la belle aristocrate avant de prendre lui-même place dans celui qui lui faisait face. Liant ses longs doigts entre eux, il posa son menton sur ses mains et sourit d'un air intrigué en dévorant des yeux le livre que la jeune femme tenait sur son giron.

- Quel est votre prix ? Cet ouvrage m'est précieux, vous le savez, et je suppose que vous ne savez pas lire le babylonien...Un rictus désabusé fendit le visage de l'immortel puis il s'installa plus confortablement dans son fauteuil en croisant les jambes. Appuyé sur un accoudoir, il reposa sa tête dans sa main droite pour regarder la jeune humaine de biais. Que voulez-vous savoir, miss Spencer, qui vaille la peine de vous échiner à récupérer semblable relique pour attirer mon attention ? demanda-t-il de but en blanc. Son regard flamboyait sous sa frange d'ébène.

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Sarah Spencer
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MessageSujet: Re: Un pas dans le Sanctum Sanctorum [Sarah, Alastor] [08/05/42] Lun 15 Mai - 18:36

Du bout des doigts, la belle aristocrate caressait les pages du livre, les tournants avec une attention toute particulière. Les textes de l’ouvrage étaient écrits en langue romane dont elle décryptait les mots avec une certaine aisance. Ce livre à lui seul devait valoir une somme colossale. La plupart des écrits qu’on retrouvait de Chrétien de Troyes étaient traduits, de mauvaise qualité, aux reproductions aussi douteuses que dispendieuse. Mais ce trésor, ce trésor était sans doute unique en son genre. La Chasseuse oublia pendant un instant l’endroit où elle se trouvait, plongé dans la contemplation de l’ouvrage qu’elle tenait entre ses mains. Elle réussit même à oublier la raison de sa présence à la bibliothèque, les tourments qui l’affligeaient, ses nuits trop courtes et les cauchemars qui la hantaient. Elle plongeait avec grâce dans ce pouvoir fascinant qu’avaient les livres chez ses lecteurs les plus imaginatifs; les coupants de la réalité pour les entrainer au fil des pages vers un autre monde.

Ce fut la voix claquante d’Alastor Drake qui la sortit brusquement de sa contemplation. Dans un sursaut incontrôlé, elle lâcha le précieux ouvrage qui glissa de ses mains tremblantes. Elle eut un mouvement naturel pour user de ses dons cherchant à éviter que le livre ne s’abime en heurtant le sol, mais le manuscrit fut habilement attrapé par le Croqueur de livre qui se tenait près d’elle, l’œil sévère. Aussitôt qu’elle tourna la tête vers lui, Sarah se sentit redevenir l’enfant aventureuse qu’elle avait toujours été. Le rouge frappa ses joues et elle se mordit la lèvre inférieure comme un enfant prit en faute devant le regard noir que lui lançait le bibliothécaire. Celui-ci la gronda alors sans ménagement comme il l’avait fait de nombreuses fois auparavant. Elle ne devait pas monter sur les chaises, elle ne devait pas prendre un livre inaccessible, si un livre était en hauteur c’était car il ne devait pas être à la porter de tous. Comme une élève indisciplinée, l’héritière roula des yeux lorsqu’il lui mentionna la honte que ressentiraient ses parents s’il la voyait ainsi, perché sur une chaise au beau milieu de la bibliothèque. La belle faillit lui répéter d’une voix cinglante que cela ne les concernait pas, mais elle ne dit rien. Le Conservateur le savait déjà. Il savait tout, d’après ce qu’on disait. Furieuse de s'être fait prendre ainsi, la jeune femme porta une main tremblante à sa gorge nue où elle pouvait sentir son cœur battre la chamade. Elle ne devait plus se laisser surprendre ainsi. À sa remarque sur le choix du livre toutefois elle ne put s’empêcher de tiquer. Osait-il réellement la comparer à ses jeunes bourgeoises entichées des romans à l’eau de rose et des conquêtes amoureuses? Cette fois il se trompait complètement. Ses lèvres s’étirèrent d’un sourire mondain qui n’atteignit pas ses yeux et d’un geste doux, elle reprit le livre pour le ranger à sa place, comme lui avait demandé le Conservateur. Lorsqu’il tourna les yeux pour observer l’ouvrage bien enveloppé qui trônait sur la table, la Chasseuse en profita pour l’observer sans retenue.

Le croqueur de livre était pareil que dans ses souvenirs. Depuis son expulsion elle avait toujours pris un soin attentionné d’éviter de se retrouver dans la même rangé, véritable jeu de cache-cache entre les rayons qui faisait toujours sourire les commis. Avec le recul, elle s’était mit à songer qu’Alastor Drake devait sentir sa présence à chaque fois qu’elle entrait dans la réserve et que ce n’était que par paresseuse ou lassitude qu’il faisait semblant de ne pas la voir. Il faut dire que Sarah avait toujours été très respectueuse des livres qu’elle manipulait avec soin et qu’elle replaçait systématiquement au bon endroit après chaque utilisation. Elle aurait sans doute fait une bonne bibliothécaire si sa condition lui avait permis de songer à prendre un métier. De son perchoir, la Chasseuse détailla chez le conservateur la beauté caractéristique des immortels. Ses cheveux aussi noirs que l’ébène entourait son visage sévère aux traits volontaires. Comme à son habitude, il portait un habit noir qui enveloppa son corps mince et faisait ressortir la blancheur de sa peau. Sa broche d’un rouge écarlate brillait contre le nœud de sa cravate et attirait les rayons des lumières environnantes. L’héritière s’attarda sur les yeux du bibliothécaire donc le regard perçant rehaussé par la monture de ses lunettes s’était braqué sur le livre. Elle y vit passé une brève émotion qui s’estompa aussitôt. Elle avait visé juste avec ce livre, il le voulait réellement. D’un geste élégant et assuré, la jeune femme descendit de la chaise d’un petit saut gracieux avant de replacer les jupes de sa robe. Elle devait reprendre constence si elle ne voulait pas se laisser impressionnée par la présence écrasante du Croqueur de livre. Elle n’était plus une enfant et elle refusait d’avoir plus longtemps peur de cet homme aux manières hautaines. Elle alla chercher le livre d’un geste qui se voulut assuré et glissa ses gants dans les poches de son manteau avant d’emboiter le pas du Conservateur sans pouvoir s’empêcher de songer au livre qu’elle venait de remettre en place. Comment pouvait-on oublier un trésor pareil sur une étagère.


-Vous savez que ce livre est probablement l’un des rares exemplaires à être parvenus jusqu’à nous? Il est écrit en langue originale, on ne retrouve plus d’ouvrage en langue romane depuis le début des traductions en latin du 16em siècle et

Sarah se tut brusquement en croisant le regard malicieux de Jézabel Rainworth qui faisait une tournée rapide pour replacer la bibliothèque. Bien sûr qu’il le savait... C’était probablement le Conservateur qui avait acquisitionné cet ouvrage pour le bien de la Couronne. L’Héritière se mordit de nouveau la lèvre inférieure. Cette rencontre n’allait pas être facile. Sans un mot, elle suivit l’homme dans son bureau sans pouvoir s’empêcher de frissonner en franchissant la porte de son office. Elle était dans la tanière du Croqueur de livre. Elle se sentait ridicule de recenser ses souvenirs d’enfant à cet instant. Elle s’avança doucement dans la pièce qui ressemblait à n’importe quel bureau. Il y avait un espace de travail composé d’un bureau rangé avec une telle perfection que même l’emplacement de la plume de travail semblait avoir été décidé par son propriétaire. Des lampes étaient disposées ici et là pour assurer à l’endroit une lumière uniforme. Un peu plus loin se trouvaient deux fauteuils qui faisaient office d’espace de salon. Des ouvrages et des manuscrits étaient posés sur quelques socles et leur vue fit frissonner la jeune femme d’une curiosité impossible. Mais elle n’était pas ici pour ça. Presque sagement, la Chasseuse prit place sur l’un des fauteuils, laissant le précieux ouvrage reposé sur ses genoux.

À peine Alastor Drake se fut-il installé que sa voix douce perça l’endroit en une phrase déterminé. Il voulait savoir le prix pour lequel elle était prête à céder le précieux ouvrage. Le sourire mondain de la jeune femme se tarit un peu lorsqu’elle nota la note moqueuse avec laquelle il supposa qu’elle ne devait pas savoir lire le Babylonien. Cette remarque ranima l’impertinence de la jeune femme dont les yeux se mirent à briller. Elle refusait d’être traitée en être inférieur surtout pendant des négociations. Elle n’avait pas affronté des vampires, la rivière et le Comte en personne pour venir se faire dicter sa conduite par un Conservateur hautain. D’une voix douce, elle se contenta de répliquer :


-Effectivement, je n’ai pas eu assez de temps dans ma brève vie humaine pour apprendre une langue morte avec les derniers Akkadiens de ce monde. Mais avec un siècle et de la patience, une étude de l’araméen et de l’écriture cunéiforme, je suis certaine que je parviendrais à déchiffrer le contenu de cet ouvrage...

Elle passa doucement une main sur la couverture de l’ouvrage comme si elle songeait sérieusement à entreprendre un tel projet avant de laisser tomber froidement :

-Où je pourrais tout aussi bien le vendre au professeur Phillip’s qui a manifesté son intérêt pour cet ouvrage...

Sarah laissa s’installer un silence. Elle bluffait. Il était vrai que le professeur l’avait contacté pour lui acheter le livre, mais elle aurait préféré le remettre au diable en personne avant de lui donner. Chercheur de l’Université d’Oxford, brillant enseignant et grand orateur, le Professeur Erman Phillip’s était aussi un terrible fanatique religieux. Il avait un jour brulé un manuscrit devant sa classe entière, car le contenu des pages remettait en question l’une de ses théories. Cette action lui avait valu l’admiration de l’église, mais la répulsion entière de l’élite intellectuelle de Londres. La jeune Spencer ouvrit un peu plus le pan de son manteau dévoilant un peu plus sa gorge blanche qu’elle sentait brusquement plus serrée. À la pensée qu’il pourrait refaire la même chose avec l’ouvrage qu’elle tenait entre ses mains, la belle héritière frisonne de dégout.

-Mais nous sommes encore bien loin de cette perspective...

Elle regarda le Conservateur dans les yeux pour tenter de percer le mystère qui voilait ses intentions. Il avait visé juste. Si elle avait acheté ce livre, c’était dans l’intention d’obtenir un tête-à-tête avec lui. Elle souhaitait avant tout que l’entretien se passe dans une courtoisie élémentaire. Elle n’était pas d’humeur à entrer dans une joute verbale et encore moins à devoir usé de stratège pour se faire entendre. Sa menace à peine voilée était avant tout une mise en garde contre le Conservateur qui la forçait à être sur la défensive. Mais cette attitude ne leur servirait à rien à long terme et il finirait dans une impasse que leur entêtement respectif finirait par avoir raison. Histoire de détendre l’atmosphère, elle enleva le précieux manuscrit de sa prison de soie d’un geste délicat, pour en afficher la couverture et l’ensemble de ses pages conservés en un état parfait compte tenu de son âge éloigné. Avec cérémonie, elle déposa l’ouvrage sur la table basse qui reposait près d’eux afin de montrer au croqueur de livre qu’elle était ouverte au dialogue. Elle lui laissait la possibilité de l’observer à tout loisir cherchant ainsi à détendre la situation.

La jeune femme regretta pendant un instant de ne plus être dans le déguisement de Gabriel pour pouvoir s’étendre à son aise comme aurait pu le faire n’importe quel gentleman. À la place, elle gardait le dos droit malgré le tiraillement de ses côtes douloureuses. La belle héritière croisa a son tour ses mains dans un geste féminin. À vrai dire, son mouvement servait surtout à tenter de masquer le tremblement incessant de ses doigts dont l’absence de gant rendait plus visible. Son regard d’azur se plongea de nouveau dans les iris ténébreux du vampire.


-Vous êtes le seul indépendant de Londres à bénéficier de l’appui des Sectes et du Prince. On raconte que votre savoir est si immense qu’il vous a rendu un intouchable auprès des Immortels.

Sa phrase n’était pas vraiment une question, mais plutôt une affirmation. Dès qu’elle avait commencé à s’intéresser au monde de la nuit, Sarah avait appris le réel rôle que jouait de Conservateur au sein de la société vampirique. Symbole de droiture et d’impartialité, il était sollicité par la Camarilla comme conseiller pour les jugements les plus délicats. Malgré cela, la jeune femme n’avait jamais réellement chercher à se rapprocher du bibliothécaire. Même si sa haine idéologique des vampires l’avait poussée à chercher à tuer bon nombre de ses semblables, elle ne s’était jamais intéressée au Conservateur en se sens. Elle n’avait jamais entendu dire qu’Alastor Drake était à l’origine de quelques meurtres honteux que ce soit et d’une certaine manière elle l’admirait pour sa détermination à vouloir sauver et perpétuer le patrimoine de l’humanité. Mais elle n’était pas ici pour tenter de le flatter.

-J’aimerais que vous me disiez ce que vous savez sur l’origine des vampires.

Demanda-t-elle de but en blanc. Depuis sa rencontre avec le Comte et de la révélation de sa quête, elle cherchait à saisir la justesse de ses propos. Et s’il disait vrai? Et s’il parvenait à mettre son plan à exécution? Pouvait-elle supporter de le perdre? Venir ici poser la question qui brulait son esprit donnait à Sarah donnait l’impression de trahir son Prince, mais s’il existait bien une seule personne à Londres à pouvoir l’aider dans sa recherche c’était Alastor Drake. Son regard de ciel clair plonger dans celui du vampire, la huntress le regardait sans ciller. Elle avait fermé son esprit pour éviter que l’homme ne soit tenté de lire ses pensées et ne parvienne à associer sa question au Comte. D’un naturel doué pour éviter d’afficher ses pensées ouvertement aux créatures de la nuit, elle attendait patiemment que vienne la réponse du Conservateur.


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Alastor Drake
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Secte : Indépendant.
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MessageSujet: Re: Un pas dans le Sanctum Sanctorum [Sarah, Alastor] [08/05/42] Jeu 18 Mai - 11:18



Un pas dans le Sanctum Sanctorum

Sarah Spencer et Alastor Drake

"Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre.
Or, la terre était chaotique et vide.
Les ténèbres couvraient l’abîme,
et l’Esprit de Dieu planait au-dessus des eaux.
Et Dieu dit alors: Que la lumière soit !
Et la lumière fut.
Dieu vit que la lumière était bonne,
et il sépara la lumière des ténèbres.

Il appela la lumière: «jour» et les ténèbres: «nuit».
Il y eut un soir, il y eut un matin. Ce fut le premier jour."

Bible, Genèse I


Le bureau de Drake, le 8 mai 1842

Sarah était bavarde, bavarde et impertinente. Elle l'avait toujours été. Depuis qu'Alastor l'avait surprise un jour à rôder près de la réserve, il l'avait déjà reprise un nombre considérable de fois. Elle devait avoir un peu plus de dix ans à l'époque de leur première rencontre, aujourd'hui c'était une femme de la vingtaine, en pleine fleur de l'âge, bonne à marier. Cependant, elle ne semblait pas s'être départie de ses petites manies à la Bibliothèque. Il fallait toujours qu'elle consulte les ouvrages les plus mystérieux des rayonnages, même si elle en avait désormais l'autorisation, et qu'elle en vienne à escalader les meubles pour atteindre les documents les plus précieux. Le Vampire lui jetait des regards noirs et faisait vibrer sa voix de stentor pour l'effrayer un peu et appuyer son autorité, mais il ne considérait pas la jeune femme comme une menace pour la tranquillité des lieux ou la conservation des ouvrages. Sarah était en effet très précautionneuse, respectueuse du savoir et de la valeur des livres qui reposaient en paix ici. C'était une femme bien éduquée mais très curieuse. Elle voulait soulever le voile qui couvrait d'une ombre les doctrines, les sciences, les cultures des peuples...Elle voulait étudier, découvrir, s'aventurer toujours un peu plus sur le chemin de la connaissance. Alastor ne pouvait condamné cela. C'était pour donner accès à ce savoir qu'il travaillait dans la Bibliothèque. Tout ce qu'il demandait, c'était que l'on respecte ses horaires et que l'on prenne soin du patrimoine qui dormait entre ces murs.

Sans se préoccuper des remarques déplacées de la jeune aristocrate, le Vampire la conduisit dans ses appartements et la fit s'installer sur un fauteuil de son bureau d'étude. Enfin face à face, ils purent commencer les négociations relatives au volume babylonien que la belle avait réussi à lui subtiliser à la vente aux enchères et poser cartes sur table quant à la réelle raison de sa venue.
Alastor l'observait par dessus ses lunettes rectangulaire comme un professeur juge un élève qui lui expose son dernier travail. Sarah semblait contrariée par sa dernière remarque concernant son ignorance du babylonien. N'avait-il pas raison ? Bien sûr que si. C'était parce qu'il l'avait trop vite percée à jour que la jeune femme rougissait un peu et se renfrognait. Un autre que lui aurait trouvé cela très amusant mais le Conservateur détestait perdre du temps. Avec lui, valait mieux aller à l'essentiel avant de lui faire perdre patience. Déjà irascible, il risquait de devenir particulièrement désagréable...
Sarah le menaça indirectement de le vendre à Mr Phillip's plutôt qu'à lui s'il ne se montrait pas plus coopératif. Le chantage, à peine voilé, fit sourire le Vampire qui adopta une moue sournoise. Comme s'il allait marcher ! L'héritière des Spencer jouait le tout pour le tout. Elle était sur la défensive, prête à lui prouver qu'elle n'était plus une enfant qui se laisse marcher sur les pieds par des êtres tels que lui. Elle désirait tellement attirer son attention et parler d'égale à égal qu'elle tâchait de trouver des stratagèmes pour le coincer. Alastor ne répondit même pas à sa menace. Il n'y croyait pas.
Et quand bien même elle vendrait le manuscrit à Phillip's, il le récupérerait, d'une manière ou d'une autre. Ce n'était pas un Vampire particulièrement riche parmi les siens, mais à l'échelle humaine, il avait amassé assez d'argent pour se permettre bien des caprices.

Au bout d'un moment, la belle chasseuse posa le livre sur la table entre eux et l'invita presque à le consulter. Le Conservateur se pencha au-dessus de l'ouvrage et en observa la couverture tout en écoutant la jeune femme. Il saisit le volume entre ses grandes mains effilées et ouvrit avec douceur la première page afin d'en observer les taches et les inscriptions. Puis, il le feuilleta paisiblement, s'arrêtant parfois sur un passage en fronçant les sourcils. Mais lorsque Sarah aborda son statut auprès des sectes, il referma le volume et le reposa sur la table avant de reprendre sa position initiale, les jambes croisées, les mains jointes et les yeux braqués sur la jeune femme.


- On dit beaucoup de choses sur moi...Il paraît même que je mange les livres...fit-il en lui adressant un sourire amusé. Les Sectes ne m'accordent pas leur "soutien", elles me laissent tranquille simplement parce que je peux leur être utile. Son regard prit un éclat plus dur. Personne n'est intouchable dans le Monde de la nuit.

Alastor ne savait pas jusqu'où la jeune femme avait fouiné pour éclaircir sa nature et son rôle dans la capitale, et il n'en avait cure. Cependant, il refusait de la laisser dans l'erreur. Croire qu'il était intouchable était idiot. Certes, la Camarilla, le Sabbat et les Indépendants ne lui cherchaient jamais querelle car il représentait une précieuse source de savoir et donnait volontiers des informations de toute nature au premier qui venait en quérir. Mais le Conservateur n'était pas sans savoir que ses méthodes lui avaient fait quelques ennemis qui préféreraient le voir mourir plutôt que de le laisser renseigner leurs adversaires politiques. Et puis...maintenant qu'il avait aidé Veneziano à s'enfuir, il était obligé de pactiser avec des Vampires tels que Miss Stephenson pour éviter de se faire assassiner dans un coin par un sbire du Comte...
Alors qu'il observait dans les yeux bleus de la jeune femme un changement, la belle lui demanda de but en blanc s'il pouvait la renseigner sur l'origine des Vampires. Le Conservateur leva un sourcil. C'était donc pour éclaircir cela qu'elle avait fait autant de démarches ? Que lui avait donc dit le Comte pour qu'elle en vienne à se jeter ainsi dans l'histoire de leur race ? Alastor avait compris depuis un moment que le grand Vampire s'intéressait au Père et à la Mère, mais il n'avait pas encore pris le temps de s'y intéresser.
L'archiviste redressa ses lunettes sur son nez et soupira légèrement. Sarah n'avait donc jamais élucider ces questions auparavant ? N'avait-elle jamais pu interroger une de ses victimes ? C'était étrange, et pourtant compréhensible.
Peu de Vampires se rappelaient encore de cette longue histoire. Très peu se souvenaient de "la faute". La plupart des Vampires croyaient en le Père et la Mère, mais aucun n'allait réellement plus loin.


- Ce que je sais peut relever de la légende, Miss Spencer, et ne pas être d'une crédibilité à toute épreuve. Tout comme vous, nous avons nos mythes et nos croyances. Je vais tâcher de les résumer, mais je ne garantis ni votre compréhension, ni votre attachement à de tels propos. fit-il d'un ton calme et posé. Alastor fixa le regard de la jeune femme avec plus d'intensité. Il hésita à recourir à son pouvoir pour illustrer ses propos mais il considéra que la jeune femme ne le supporterait pas. Les Immortels le toléraient avec difficultés...Il commença alors son récit de façon classique: La plupart des Vampires pensent qu'ils viennent de deux entités, à l'instar de votre Adam et de sa compagne Eve. Ils les appellent "le Père" et "la Mère". A eux seuls, ils auraient engendré maints fils et filles: les Sangs-Purs, des Vampires capables de transformer un humain en une simple morsure, sans nécessiter le don de leur sang. Le Conservateur avait fortement conscience de ce que de tels Vampires pouvaient représenter pour les humains. Aussi prit-il le temps de rassurer la chasseuse: Cela remonte à des siècles et des siècles. Il est dit que les Sangs-Purs ont tous péri, à cause du climat, de leur solitude, des chasses aux sorcières et autres...Alastor sourit d'un air mesquin. Il sous-entendait volontiers que les Hunters y étaient pour quelque chose. Leurs enfants, plus faibles, durent s'adapter et transmettre leurs pouvoirs en usant de l'échange de sang. Aujourd'hui, le pouvoir de ce sang dégénère à force d'être transféré d'un individu à un autre.

Le Vampire marqua une pause. Il se demanda ce qu'il allait maintenant lui offrir...Devait-il aller plus loin ou devait-il la laisser chercher par elle-même ? Le savoir était, pour lui, une chose à gagner et à mériter. Après quelques secondes d'hésitation, il songea que Sarah venait de traverser assez d'épreuves pour obtenir de lui quelques compensations. Il continua donc :

- Une fois leurs premiers enfants disparus, le Père et la Mère se seraient endormi dans des sanctuaires d'où ils gouverneraient en silence le Don Obscur qui nous anime. Aujourd'hui, la plupart d'entre-nous croient en leur existence et les vénèrent comme des parents. Mais certains leur vouent une haine particulière, considérant qu'ils sont à l'origine de notre condition et donc de notre mal. Tous les Vampires ne sont pas satisfaits de leur nature...et vous le savez bien. acheva-t-il.

Alastor décroisa les jambes et reprit son observation du livre. Il le posa sur ses genoux et le feuilleta de nouveau, avec maintes précautions. Ce faisant, il indiquait à la belle qu'il n'avait plus rien à ajouter. Après quelques minutes de silence, il lui jeta un regard par dessus ses lunettes.


- Puis-je savoir pourquoi vous vous intéressez ainsi à nos légendes, Miss Spencer ? Votre séjour au couvent vous a-t-il permis d'accéder à la pensée divine de quelque être supérieur ? Ou est-ce encore dans le but de nous exterminer...?

Le Conservateur n'y allait pas par quatre chemins. Il voulait clairement savoir ce qui motivait la jeune femme et lui rappeler qu'il savait pertinemment qu'elle avait passé ces dernières années à traquer les plus féroces d'entre-eux. Sa relation pour le moins étrange avec le Comte, et l'intérêt évident que les Sectes lui portaient à cause de cette dernière, la rendaient plus énigmatique que n'importe quelle autre humaine.

- A moins que cela aie un rapport avec ce qui ronge actuellement notre Prince...? Alastor ne souriait plus. Il voulait savoir si la belle avait des informations sur le Comte qu'il n'avait pas. C'était du donnant donnant.

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Sarah Spencer
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MessageSujet: Re: Un pas dans le Sanctum Sanctorum [Sarah, Alastor] [08/05/42] Ven 19 Mai - 4:24

Sarah avait chaud. Devant l’œil inquisiteur du Conservateur, elle avait une envie irrépressible de se dandiner d’un pied à l’autre comme un enfant pris en faute. L’héritière n’avait jamais été une femme qui pouvait être facilement impressionnée. Sûr d’elle, elle avait l’impertinence et l’assurance de sa jeunesse, que beaucoup méprenait pour une forme d’arrogance. Ses années passées en tant que Chasseuse à arpenté les rues et à se dresser contre les vampires et les loups-garous avait forgé son caractère bien trempé. Elle avait vu bien trop de choses à son jeune âge pour se laisser encore emporter par les événements. Son enlèvement et sa présence dans le cimetière d’Hightgate avaient fini par ternir l’innocence de ses grands yeux bleus. Aussi, ce n’était pas le regard perçant du jeune homme qui la mettait dans tous ses états. Son mal était oppressant, elle étouffait de se trouver dans une pièce sans fenêtre et surtout en présence d’un vampire. La magicienne n’avait pas peur, elle savait le Conservateur capable de se maitriser devant un humain. C’était d’elle même qu’elle craignait le plus les réactions. Son esprit était tourmenté et il suffisait d’un rien pour qu’elle ne perde le contrôle. Avec un effort dissimulé, elle tentait de contrôler sa respiration pour garder son esprit éveillé et ses démons bien enfouis.

Il n’y avait eu que la présence du comte qui avait réussi à l’apaiser, à l’endormir. Son souffle calme dans ses cheveux, ses mains puissantes entourant son corps étouffaient ses craintes enfantines et humaines. La nuit passée dans son cercueil était la seule à son souvenir où elle avait réellement dormi, sans rêve, sans cauchemars. Mais lui aussi n’était plus là. Le mal qui le rongeait avait trouvé écho jusqu’aux oreilles de la Chasseuse. La communauté des immortels ne parlait que de ça. Et s’il finissait par mourir? Et s’il disparaissait pour toujours? Leur dernière rencontre tournait en boucle dans l’esprit de la magicienne. Leurs baisers, les révélations, l’intervention de Maria… Mais c’était la santé du Prince qui inquiétait le plus la jeune femme. Son bras malade, les étranges stigmates qui marquaient son corps. Il lui avait semblé si faible, incapable d’avoir la force nécessaire pour aller jusqu’au bout de son désir lorsqu’il l’avait plaqué contre la porte et embrasé avec envie. Et son état ne s’était pas amélioré. Les rumeurs étaient sinueuses, murmurées sous le manteau, mais assez persistantes pour devenir un brouhaha constant aux oreilles de l’héritière. C’est cette raison qui avait poussé la magicienne à agir, à venir quémander le savoir du Grand Alastor Drake.

Affronté l’immortel n’était pas chose aisée, ses regards perçant qui la regardait par dessus ses lunettes lui donnaient l’impression de vouloir mettre son âme à nue. Dans la courtoisie la plus élémentaire, la jeune femme avait suivi le Croqueur de livre dans son antre, se pliant à son bon vouloir. Au-delà de la politesse, la Chasseuse appliquait inconsciemment les lois ancestrales du domaine vampirique. Loin d’être une imbécile, Sarah Spencer était probablement le Hunter dont les connaissances sur le monde des immortels étaient les plus étendues. Avant de les chasser, elle les avait suivis, étudiée, passant de nombreuses nuits blanches dans la bibliothèque, remontant leur présence jusqu’à l’époque de la Grèce Antique. Elle avait lu les récits des prêtes voyageurs et appris ce qui était efficace contre eux et à la longue elle avait même développé une certaine résistance à leur effet de fascination. Pourtant, elle ne s’était jamais réellement intéressée à leur origine. Pour Sarah, le don obscur avait toujours été une sorte de virus, similaire à celui des loups-garous. Elle s’était arrêtée comme plusieurs avant elle sur la supposition que leur origine était simplement nébuleuse, remontant à plusieurs siècles. Voilà pourquoi elle avait besoin du Conservateur pour l’aider dans ses recherches. Elle avait besoin de réponse et il disposait des siècles d’existences nécessaires pour percer à jour bien des secrets. Ainsi, c’était-elle attendue que la rencontre se passe bien, mais malheureusement, le savoir supérieur de l’immortel ne finissait pas de la rabaissé.

Le sourire sournois que lui offrit le bibliothécaire devant sa menace à peine voilée lui fit mordre sa lèvre inférieure. Il avait aisément deviné qu’elle bluffait et ne s’en cachait même pas. Cette attitude la renfrogna. La magicienne n‘était pas habituée de se trouver de ce côté de l’arc. Lorsqu’elle proférait des menaces c’était dans la possibilité de les réaliser, parler à tort et à travers ne lui ressemblait pas, mais elle n’avait pas vraiment le choix avec le vampire. Sans se laisser aller au bout de ses ressources, l’héritière Spencer avait déposé le manuscrit sur la table, invitant le Conservateur à le feuilleter. L’un comme l’autre n’avait pas la patience infinie de s’engager dans un jeu de chat et de souris. Respectant le moment, la jeune femme avait laissé le vampire consulter les vieilles pages jaunis par le temps, regardant l’éclat brillant d’une certaine joie illuminé son regard sombre. Si Alastor Drake n’avait qu’un seul amour, c’était indéniablement les livres. La belle en avait également profité pour ouvrir complètement les pans de son manteau dévoilant sa robe aux couleurs du ciel et sa gorge blanche. Elle respirait déjà mieux. Sarah avait attendu patiemment que le Conservateur ne relève la tête de son manuscrit avant de comprendre que si elle ne parlait pas la première, elle continuerait certainement d’attendre une semaine encore. Les mains tremblantes, elle avait fini par amener le bref préambule de sa visite. Comme elle s’y attendait, le Conservateur ne releva pas la moindre flatterie dans ses propos. Déposant le précieux ouvrage, il reprit sa position, dardant de nouveau son regard perçant dans le bleu des siens.


- On dit beaucoup de choses sur moi...Il paraît même que je mange les livres...

Cette fois, le tempérament de la Chasseuse lui interdit de rougir. Ainsi donc il avait entendu parler du fameux surnom dont elle l’avait afflué. Cela ne la surprenait qu’à moitié. Avec tous les membres de la bibliothèque qui le surnommait ainsi, il était évident qu’il en aurait entendu parlé. Pourtant, elle était certaine que sa participation dans cette histoire avec passé inaperçus. Sans se départir de son visage impassible, elle le laissa poursuivre sur la même lancée.

-Les Sectes ne m'accordent pas leur "soutien", elles me laissent tranquille simplement parce que je peux leur être utile. Personne n'est intouchable dans le Monde de la nuit.

Sarah frissonna. Était-ce une menace? Non, plutôt une affirmation doublée d’une mise en garde. Elle songea aussitôt au Comte et à son étrange maladie qui le clouait dans sa demeure. Rien n’était plus vrai qu’en cet instant. Les mains tremblantes, elle serra l’un des pans de sa robe, attendant que vienne la réponse. Lorsque le bibliothécaire commença son récit, la Chasseuse se redressa, attentive comme jamais.

- Ce que je sais peut relever de la légende, Miss Spencer, et ne pas être d'une crédibilité à toute épreuve. Tout comme vous, nous avons nos mythes et nos croyances. Je vais tâcher de les résumer, mais je ne garantis ni votre compréhension ni votre attachement à de tels propos. La plupart des Vampires pensent qu'ils viennent de deux entités, à l'instar de votre Adam et de sa compagne Eve. Ils les appellent "le Père" et "la Mère". À eux seuls, ils auraient engendré maints fils et filles: les Sangs-Purs, des Vampires capables de transformer un humain en une simple morsure, sans nécessiter le don de leur sang. Cela remonte à des siècles et des siècles. Il est dit que les Sangs-Purs ont tous péri, à cause du climat, de leur solitude, des chasses aux sorcières et autres...

La huntress déglutit avec difficulté. Le Conservateur savait-il de quoi il parlait? Avait-il seulement une idée de ce qu’elle représentait? Elle, plus que quiconque, magicienne et sorcière, détentrice d’un pouvoir qui la dépassait toujours. L’héritière resta attentive, chassant rapidement de son esprit l’idée que le vampire puisse connaître l’étendue de la force qui l’habitait. Elle avait complètement changé d’attitude. Les yeux grands ouverts, elle buvait les paroles du vampire plaçant ses propres connaissances sur chacun des mots qu’il disait. Elle avait laissé tomber sa carapace de huntress froide et impassible pour celui de la jeune érudite avide de connaissance et aventureuse qu’elle était. Le Conservateur continua doucement, sa voix de sentor résonnant dans le bureau.

-Leurs enfants, plus faibles, durent s'adapter et transmettre leurs pouvoirs en usant de l'échange de sang. Aujourd'hui, le pouvoir de ce sang dégénère à force d'être transféré d'un individu à un autre.

La jeune Spencer connaissait cette partie. Elle savait que les Sangs Purs avaient depuis longtemps disparut, mettant leur race en péril et rendant la propagions du don obscur plus difficile. Seuls les vampires les plus vieux avaient la force mentale suffisante pour laisser assez de vie à leur victime pour leur permettre la transformation. Voilà pourquoi la Mascarade était de mise et que les Calices étaient nombreux. C’était là le seul moyen de devenir un membre des immortels. Mais les plus vieux étaient devenus avares de leur sang, refusant de créer des descendants et de partager leur don obscur par crainte que leur infant ne finisse par les renverser. Alastor laissa planer un silence et la belle cru pendant un instant qu’il allait arrêter là son récit. Tant de questions bouillonnaient encore dans son esprit et elle devait se faire violence pour ne pas les laisser fuser de ses lèvres serrées. L’impatience du Conservateur était notoire et elle ne voulait surtout pas l’harceler.

- Une fois leurs premiers enfants disparus, le Père et la Mère se seraient endormi dans des sanctuaires d'où ils gouverneraient en silence le Don Obscur qui nous anime. Aujourd'hui, la plupart d'entre-nous croient en leur existence et les vénèrent comme des parents. Mais certains leur vouent une haine particulière, considérant qu'ils sont à l'origine de notre condition et donc de notre mal. Tous les Vampires ne sont pas satisfaits de leur nature...et vous le savez bien.

Un silence s’installa et le bibliothécaire replongea dans sa contemplation du manuscrit comme s’il oubliait soudainement sa présence. Le regard pur de la magicienne se posa dans la contemplation du vide. Ainsi ils existaient vraiment. Des vampires originels depuis longtemps oubliés du monde. Visiblement le Conservateur croyait en cette légende même s’il n’y prêtait pas réelle attention. Sarah se leva d’un seul geste, incapable de rester immobile plus longtemps. Elle fit quelques pas derrière son fauteuil tandis que ses réflexions envahissaient son esprit. Si le Père et la Mère existaient où pouvait-il donc se cacher? Jiromaru semblait croire que l’un d’eux avait trouvé refuge à Londres. Mais si le Prince n’avait pu lui mettre la main dessus quelle chance avait-elle de résoudre cette énigme, pauvre humaine qu’elle était. La jeune femme finit par croiser les bras, laissant le pouce de sa main droite venir caresser sa lèvre inférieure. Geste qu’elle posait quotidiennement lorsqu’elle se laissait aller à d’intense réflexion. Son regard se tourna vers le feu qui brulait dans la cheminée et qui chassait la moindre trace d’humidité dans la pièce. Et si les Sectes détenaient le secret bien gardé de l’emplacement des sanctuaires? Il lui faudrait trouver un moyen de les interroger et

- Puis-je savoir pourquoi vous vous intéressez ainsi à nos légendes, Miss Spencer ? Votre séjour au couvent vous a-t-il permis d'accéder à la pensée divine de quelque être supérieur? Ou est-ce encore dans le but de nous exterminer...?

La voix grave d’Alastor tira la belle chasseuse de ses réflexions et elle releva brusquement son regard pétillant vers le sien. Le Conservateur avait relevé le nez de son ouvrage sans qu’elle ne s’en rende-compte. L’héritière vint reprendre place sur son fauteuil avec une certaine raideur. Ses côtes l’élançaient sous son corset et sa côte fêlée était loin d’être totalement guérie. La question prit la Chasseuse au dépourvu. L’éclat qu’elle vit passer dans les yeux du vieux vampire la fit ciller. Elle y voyait une sorte d’amusement et de curiosité à la fois. Sara ne sut si elle devait se sentir insultée ou flattée d’une telle attitude. Encore une fois, le Conservateur la toisait en silence. À quelque part, la magicienne ne pouvait lui en vouloir. Tous les vampires qu’elle croisait prenaient exactement la même attitude. Sarah Spencer, la Chasseuse, était un véritable mystère autant pour la population immortelle que pour la société. Peu importe qui elle rencontrait, elle suscitait un intérêt. Ce n’était pas pour ses charmes, dont elle n’usait jamais, sans doute par modestie ou ignorance même s’il se dégageait d’elle une beauté sauvage et sensuelle qui ne laissait pas insensible bien des hommes. Elle représentait le conflit de deux mondes, le monde des vivants et celui des morts, un ensemble de contradiction bien souvent incompréhensible. C’était une chasseuse d’immortel qui se tenait pourtant dans le bureau d’un vampire sans craindre d’être mordue. C’était une ennemie du Comte qui pourtant était venu la sauver allant jusqu’à mettre sa propre vie en jeu. Qui donc était-elle pour susciter autant d’intérêt de la part des humains, des Grandes Sectes et du Prince lui-même?

La belle passa une main contre sa gorge comme si elle sentait encore la morsure brulante de Bloomsfield déchirer sa peau. Elle n’était pas dupe, sa réputation la précédait. Elle se doutait que le Conservateur avait eu vent de ses escapades nocturnes, du combat acharné qu’elle avait mené contre les siens. N’était-elle pas l’unique personne à avoir osé se dresser contre le Comte et à être encore en vie? Le regard du bibliothécaire lui fit comprendre qu’il savait qu’elle n’avait jamais été au couvent. Encore une constatation désagréable. Ses plans si bien élaborés perdaient toute leur crédibilité devant les immortels. Pourtant, la jeune femme ne se laissa pas impressionner par le regard inquisiteur du vampire.


- À moins que cela ait un rapport avec ce qui ronge actuellement notre Prince...?

Cette fois, le regard déterminé de la chasseuse cilla. L’entendre parler directement de Jiromaru la troublait. Tout le monde semblait savoir qu’elle entretenait une relation privilégiée avec le grand homme. Sinon pourquoi serait-il venu la récupérer dans le cimetière? Ce que Sarah ignorait encore c’était que le Comte avait remué ciel et terre pour la retrouvé menaçant la camarilla, dont la présence à Hightgate était encore floue dans son esprit, et allant même jusqu’à menacer le Conservateur dans son propre domaine. Mais tout cela, la belle chasseuse ne le savait pas. Ainsi, sa relation demeurer longtemps secrète aux yeux des vampires se retrouvait étalée au grand jour. Le Prince avait fait d’elle sa protégée et quiconque oserait porter la main sur elle subirait les foudres du grand homme. Mais voulait-elle réellement de cette situation? Encore une fois son cœur rempli de contradiction ne savait de quel côté penché. Ne lui avait-elle pas offert le pendentif? N’avait-elle pas refusé de répondre à sa lettre? L’égarement des sentiments de Sarah n’était que le reflet profond des mystères qui entouraient ceux du Comte. Il lui avait presque avoué qu’il l’aimait, mais quelque chose l’en empêchait, tout comme cette terrible menace annoncée par Maria. Et s’il venait réclamer sa vie? Aurait-elle vraiment la force de se refuser à lui? Sarah soupira intérieurement, ils étaient indéniablement liés par quelque chose qui les dépassait tous les deux et par cette promesse qu’elle tenait serrée contre son cœur.

Pendant un instant, l’ondine hésita sur qu’elle attitude prendre. Discuter de l’état du Prince avec Drake lui donnait l’impression de le trahir. Elle ne savait pas qu’elle était la relation entre les deux hommes, mais Jiromaru n’avait jamais été du genre à vouloir partager ses secrets. Mais éviter les questions du Conservateur l’aurait fait passer pour un être horriblement hypocrite. Au fond elle ne savait que répondre. Ses pensées n’avaient pas été plus loin que la première étape de son projet; retrouver les anciens. Ses doigts pianotant nerveusement sur l’accoudoir du fauteuil, la jeune femme plongea de nouveau son regard dans celui de l’immortel.


- La dégénéressance est en grande partie causée par le tarissement du sang pur.

Elle savait que cela n’était que du radotage pour le bibliothécaire. Aussi fit-elle un nouvel effort pour mettre ses pensées au clair et traduire ses intentions.

- Mais si on peut retrouver les anciens, on pourrait rétablir l’équilibre du Don Obscur, le rendre plus fort et éviter le tarissement et la folie qui saisissent les dégénérés...

Que voulait-elle faire au juste? Le sauver lui? Et les autres? N’était-ce pas aller à l’encontre de sa volonté? De celle du Comte? Et des hunters? Son regard s’assombrit brusquement à cette pensée. Ils l’avaient abandonnée, elle n’avait que faire de leur opinion. Sarah passa rapidement sa main sur ses yeux fatigués.

-Si les vampires peuvent se contrôler, ils n’auront plus à tuer d’humain, et moi de les pourchasser.

C’était une utopie. Un rêve irréalisable, mais qui valait tout de même la peine qu’on tente de l'atteindre.


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Alastor Drake
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MessageSujet: Re: Un pas dans le Sanctum Sanctorum [Sarah, Alastor] [08/05/42] Jeu 25 Mai - 9:24



Un pas dans le Sanctum Sanctorum

Sarah Spencer et Alastor Drake

"Dans l'ombre de la page, le mystère demeure
Dans l'antre du sage, la patience se meurt"


Le bureau de Drake, le 8 mai 1842

Sarah l'avait longuement écouté, sans l'interrompre, sans exprimer de réelles émotions. Alastor avait fait son récit, en tâchant d'être précis et efficace dans le choix de ses mots afin que la jeune femme le comprenne sans peine. Il n'avait rien omis par dessein, rien dissimulé par malveillance. Il avait été le plus clair possible pour satisfaire ses demandes. Sarah voulait savoir d'où venaient les Vampires ? Elle le saurait. Le Conservateur pensait que la jeune femme avait déjà les réponses à cette questions mais il n'en était apparemment rien. Malgré sa surprise, il lui avait donc patiemment exposé la légende qu'il connaissait.
Une fois son bref récit terminé, il s'était remis à feuilleter le volume pour lequel il avait autorisé la belle à entrer dans son domaine, histoire de la laisser digérer les informations qu'il venait de lui confier. Mais, après quelques longues minutes de silence, le Vampire se renfrogna. Il comprit que l'humaine ne lui apporterait rien en retour s'il ne lui posait pas de questions à son tour...Alastor leva donc les yeux pour darder ses iris sombres dans les siennes et lui jeter un regard inquisiteur. Pourquoi voulait-elle savoir cela ? Sa question avait-elle un rapport avec le Comte ?
Malgré ses questions, Sarah ne semblait pas prête à lui offrir un semblant d'information concernant le Prince...Son mutisme agaça le bibliothécaire qui finit par refermer le livre d'un coup sec avant de le poser sur la table devant lui. La jeune femme contournait ses interrogations...Alastor soupira intérieurement. Non, la petite aristocrate ne lui dirait rien...C'était couru d'avance ! Elle s'était entiché du Comte et elle n'exposerait pas sa vie privée...Le grand Vampire avait dû user du don de fascination pour la posséder, voire pire...Bien ! Si la jeune femme désirait garder ses petits secrets libertins, libre à elle, mais il avait espéré un peu plus de coopération...Par dessus ses lunettes étincelantes, il observa Sarah qui tentait toujours d'éviter ses questions en en posant d'autres...La jeune femme avança alors une théorie selon laquelle retrouver le Père et la Mère pourrait permettre aux Vampires de surmonter la dégénérescence et de se passer de sang. Cette fois, Alastor pouffa d'un rire rauque et méprisant :


- Vous voulez renforcer les Vampires ? Ah ah ! fit-il en montrant les crocs avec amusement. Leur donner accès au sang des originels peut sans doute stopper leur dégénérescence, mais vous croyez sincèrement qu'une fois en pleine possession de leurs pouvoirs et de leurs forces, ils arrêterons de dévorer les Humains ? Ah ah ah ! Le Vampire aux cheveux d'ébène repoussa le livre sur la table devant lui et se pencha en avant. Vos désirs sont louables, Miss Spencer, et je crois comprendre que vous souhaitez sauver votre ami à longues dents...Son regard brilla d'une lueur plus tendre. Mais rien, ni personne, ne pourra nous ôter le besoin de boire du sang...c'est notre punition...

Alastor se rassied au fond de son fauteuil et dédaigna définitivement le volume pour ramener son regard sur la jeune femme. Il posa l'arrête de sa mâchoire dans sa main droite, accoudé sur le velours de son fauteuil, et soupira doucement. Il se mit à tapoter l'autre accoudoir de ses doigts fins. Son impatience grandissait.

- Les Vampires ne peuvent « se contrôler », miss, et cesser de boire le sang humain. Même si les Blood Tablett, les palliatifs utilisés par nombre d'entre-nous, peuvent sembler efficaces, surtout s'ils viennent du sang des plus purs, ils ne peuvent endiguer la dégénérescence. Admettons que nous retrouvions les originels et que nous utilisions leur sang pour leurs enfants, cela ne pourra jamais être une solution : leur sang finirait inévitablement par se tarir à nouveau ou ces « créateurs » en mourraient. Et puis...les Vampires sont si nombreux...comment pouvez-vous penser que ce soit possible ?

Quelque part, Alastor éprouvait une forme de pitié pour Sarah. La jeune humaine désirait sauver les Vampires, ou du moins réussir à suffisamment calmer leur soif pour espérer une véritable harmonie entre eux et les siens. C'était utopique, follement utopique, mais aussi tellement beau...Même si le Conservateur, très terre à terre, avait tendance à détester les rêveurs, il fallait bien avouer que la chasseuse avait une façon de concevoir les choses avec ce soupçon de naïveté candide qui l'amusait beaucoup. Que les humains espèrent encore une alliance véritable sans aucune perte était intéressant. Mais à moins que certains d'autres eux ne deviennent des calices, jamais les Vampires ne pourraient coexister avec eux.

- Vous êtes jeune et téméraire, Sarah Spencer, et vos ambitions sont admirables. Mais, malgré toute votre volonté et votre foi, vous ne pourrez changer la nature de mes semblables. Alastor se leva lentement et se dirigea vers une étagère qui croulait sous d'anciens livres. Ils étaient tous reliés d'or et d'azur, et visiblement entretenus avec soin. Le Vampire chercha du doigt celui qui l'intéressait. Tout comme votre Adam et votre Ève, ceux que nous nommons nos « Parents » ont commis une faute qui les a condamnés au supplice sur Terre... Sa main s'arrêta sur un ouvrage et il le tira à lui d'un geste élégant et calculé. Tout est lié. Nous sommes tous liés. ajouta-t-il en revenant vers la jeune femme pour lui tendre le livre. Sur sa couverture brillait un titre, « The Holy Graal », et une illustration gravée dans le cuir représentait une coupe d'or dont une goutte de liquide s'échappait. Pourquoi croyez-vous que l'on ait recueilli le sang du Christ sur la croix ? murmura Alastor en abandonnant le livre entre les mains de Sarah. Quel besoin pouvaient donc en avoir les hommes ? Le Conservateur s'appuya sur son bureau et croisa les bras. De tout temps, même à l'époque des Sangs Purs, les Vampires ont eu la nécessité de boire du sang. Vous ne pourrez jamais leur ôter ce besoin. Pouvez-vous cesser de manger ou de boire ? Pouvez-vous vous contenter d'eau de mer ? Ce n'est ici qu'une question de survie au sein même du règne animal. Laissez-les vivre, usant de la Mascarade pour vous protéger, afin de vous rapprocher de cet idéal d'harmonie que vous désirez tant, ou détruisez-les. Le regard d'Alastor brilla d'un éclat menaçant. Cependant, priez toujours pour que les plus violents n'aient pas le temps de régner sur ce monde...

Alastor décroisa les bras et revint près de la chasseuse et de la table basse. Son regard glissa sur le cou de la jeune femme qui portait encore une légère marque. Il l'ignora pour remettre la main sur le volume apporté par la belle. Ses longs doigts fins se refermèrent sur sa tranche tandis qu'il le récupérait.

- Je n'ai rien de plus à vous apprendre en échange de ce livre...Sachez seulement une chose : Vampires, Loups-Garous et Lycanthropes font partie de la même famille. C'est du moins ce en quoi je crois.

Alastor considérait cet entretien clos. Puisque la jeune femme ne voulait pas lui confier quelques secrets du Comte, alors le prix du volume avait largement été payé. Pour tout ce qu'il venait de lui expliquer, le Conservateur risquait d'être emmuré à vie. Il avait délibérément brisé la Mascarade, même si la chasseuse faisait partie des humains qui connaissaient les leurs, et offert sur un plateau la confirmation que les Vampires avaient bien deux supérieurs hiérarchiques qui gouvernaient leur Don Obscur. C'était dangereux de confier semblable chose, surtout à une Huntress.

- Jézabel va vous raccompagner. fit-il en tendant la main pour récupérer le petit livre bleu sur le Saint Graal. Tachez de ne pas vous faire tuer en sortant. Le Comte a cherché après vous bien assez longtemps pour vous perdre une nouvelle fois...

L'archiviste rangea le petit volume bleu à sa place et posa l'ouvrage babylonien sur son bureau d'étude. Il ne souriait pas, malgré sa joie d'avoir obtenu ce volume, car les questions de Sarah avaient soulevé chez lui de nouvelles interrogations presque métaphysiques. Maintenant qu'il y songeait, la jeune femme avait dû entendre quelques conversations sur les originaux...C'était peut être même le Comte qui lui en avait parlé...Mais si le Prince se mettait ainsi à confier de pareilles légendes à son humaine de compagnie, c'était qu'il s'y intéressait lui aussi...Comment cela ne l'avait-il pas frappé auparavant ? Les desseins du lord commençaient à se dessiner et cela ne lui plaisait pas...

[HRP/Fin du RP avec Alastor./HRP]

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Sarah Spencer
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MessageSujet: Re: Un pas dans le Sanctum Sanctorum [Sarah, Alastor] [08/05/42] Lun 26 Juin - 2:29

La Chasseuse avait senti chez le Conservateur une question lourde de sous-entendue dont il souhaitait trouver réponse. Et cette question elle l'avait rapidement devinée. Ses joues s’étaient teintées de rose tandis qu'elle avait ostensiblement détourné le regard. Il voulait des informations sur le Comte. L’héritière s’était mordu la lèvre inférieure. Comme tous les autres, le Conservateur semblait croire qu'elle était l'un des points faibles du Prince qu'on pouvait facilement exploiter. Comment pouvait elle leur faire comprendre à quel point ils avaient tord? ... Et pourtant, elle entendait encore dans son esprit les menaces à peine voilées de Maria. C'était sa faute si le Comte se tuait à petit feu et il lui ferait bientôt payer...

Le regard dans le vide, la belle avait inspiré profondément pour calmé et ses angoisses. Que pouvait-elle lui dire à propos du vieux vampire? Depuis leur dernière rencontre, tout ce qu’elle croyait à son propos avait été profondément chamboulé. Il y a quelques mois à peine elle aurait volontiers avoué tout ce qu’elle savait à propos du Prince des Immortels simplement pour trouver une manière de le vaincre. Mais à présent... Tout avait bien changé. Depuis que leurs pensées s’étaient mélangées, Sarah se sentait liée à lui plus intimement qu’auparavant. Lors de ce moment privilégié, lorsque tout avait chamboulé, lorsque leur pouvoir et leur tourment commun n’avaient plus fait qu’un, elle avait pu lire dans son cœur tout l’amour et toute la haine qui l’habitait. Elle l’avait vue se dresser devant un gouffre sans fin, cherchant le chemin qui lui permettait de traverser. Elle avait senti dans son cœur la profondeur de ses sentiments. Elle avait senti tout son amour pour elle... Et cela l’avait terrifié. Croire à sa propre faiblesse était une chose, croire que ses sentiments était impossible et devaient être enfouis également. Mais avoir la confirmation que les sentiments du Comte étaient réels et profonds l’avait bouleversé. Cette scène repassait encore et encore dans son esprit tourmenté chaque fois qu’elle fermait les yeux et elle ne pouvait s’empêcher de songer que si le Comte n’avait pas été blessé, il aurait été au bout de ses désirs et qu’il l’aurait pris à cet instant sur cette commode. Et elle? Elle l’aurait laissé faire sans aucun doute. Elle ne pouvait révéler le dernier souvenir qu’elle avait de lui, sa blessure qu’il avait eue en la sauvant. Avouer l’état du Comte était avouer sa propre faiblesse et cela elle ne pouvait le tolérer.

Face au regard inquisiteur du Conservateur, la Chasseuse s’était complètement refermée. Les mains tremblantes, elle avait continué de jouer nerveusement avec l'un des plis de sa robe dans l'espoir que le geste répétitif apaiserait ses craintes intérieures. Elle avait élevé les barrières mentales de son esprit pour empêcher le vampire de lire ses pensées, même si elle ne croyait le bibliothécaire capable d’une telle chose. Elle s’était enfermée sous sa carapace, racontant sa quête insensée sans laisser paraitre la moindre émotion. Elle ne voulait pas s’afficher si ouvertement au Conservateur, non pas qu’elle n’avait pas confiance en sa discrétion, mais surtout par peur de son jugement qu’elle sentait poindre derrière ses lunettes rectangulaires. L’Artémis s’était alors concentrée sur ses recherches, révélant une partie des raisons qui l’avait poussé à solliciter une rencontre avec le Conservateur. Elle voulait savoir où elle pouvait trouver les vampires originels pour trouver un moyen de vaincre la dégénéressance. La réponse du conservateur lui parut bien longue. Mais pour connaitre la fin, elle devait bien en apprendre plus sur le début... il lui avait donc relaté les mystères entourant la création des premiers vampires ce qui avait manqué de faire sourire la jeune femme. Elle avait l'impression d'assister à un conte pour enfants. Les enfants, les originaux, leurs descendances, tout cela ressemblait à une histoire de famille bien compliquée. Pourtant il lui semblait pouvoir associer plusieurs informations qu'elle avait acquises au cours des années autour de cette histoire. Au fond d'elle-même, Sarah se maudissait un peu intérieurement de ne jamais avoir pris le temps nécessaire pour mieux s'informer sur le monde qui l'entourait. Elle qui se targuait de ses connaissances approfondies, elle se sentait soudainement démunie face au regard perçant du conservateur.

Profitant de son exposé, la jeune femme avait pris le temps d'observer le bibliothécaire. À la lueur des bougies, sa nature surnaturelle était frappante. C'était presque se demander comment les autres Hunter ne l'avaient pas remarqué avant. Mais le sens de l'observation accrue de la chasseuse la faisait surpasser bien souvent ses pairs lorsqu'il s'agissait de cibler rapidement les créatures des ténèbres. Elle les côtoyait se si près... l'apparente quiétude du conservateur tenait également en sa qualité de diplomate et de gardien du savoir. Si les hunters ne venaient pas le voir, c'était tout simplement parce qu'il ne cherchait pas les ennuis. Enfermer dans son repaire comme un moine copiste pieusement pencher sur un ouvrage, il ne de mêlait a des semblables que pour chercher des informations ou défendre la mascarade. Alastor était un homme imposant, de par son attitude plus que par son apparence soignée et méticuleuse. Sa main posée sur le bord de son fauteuil, ses doigts fins s'étiraient sur le tissu comme une toile d’araignée. Le visage penché, il fixait de ses yeux perçants la jeune héritière jugeant sa réception à l’information qu’il lui donnait. Sarah ne pouvait s’empêcher de trouver qu’il aurait fait un excellent précepteur. Sa voix entrainante attirait indéniablement l’attention, tout comme le choix de ses mots, qu’il sélectionnait avec soin. Après son récit, le Conservateur avait repris une position négligée, recentrant son attention sur l’héritière, lui demandant la raison de ses questions.

À cette interrogation, la magicienne avait déblatéré ses aspirations, exposant son idée de manière décousue. Elle avait révélé son aspiration, son désir de sauver ces êtres qui, avec beaucoup de vouloir, pourrait finir par cohabiter avec les humains, son désir d’en sauver un, plus que tout. Puis, elle s'était enfoncée de nouveau dans le fauteuil, espérant échapper à la réaction du Conservateur. À peine eut-elle terminé que le bibliothécaire laissa échappé un rire méprisant en se moquant d’elle. Sarah accusa l’insulte sans broncher. Elle sentait un vent de révolte grandir en elle tandis que le regard du Conservateur se fixait sur elle. Pour peu, elle aurait brulé sa précieuse bibliothèque. Mais le ton de l’homme se radoucit lorsqu’il sembla comprendre qu’elle souhaitait sauver le Prince. La Chasseuse détourna rapidement son regard cristallin. Était-ce donc si évident? Elle comprenait facilement le ton moqueur du Vampire. Elle, une huntress, cherchant à sauver ses ennemis aux longues dents. Il y avait de quoi rire. Pourtant, aussi noble sa quête pouvait paraitre, elle n'en demeurait pas moins impossible. Rapidement, elle se sentit encore devenir une enfant exposant un projet trop ambitieux et irréaliste à un professeur. La cohabitation entre les deux races était irréaliste; les vampires avaient besoin de sang et les humaines étaient les proies. L’héritière se remit à chiffonner le ruban de sa robe, enroulant le tissu autour de son doigt en une boucle continuelle. Devant l’immortel, la jeune femme se sentait soudainement si faible, si petite, si…humaine. Candidement humaine dans son désir insensé de les sauver et de le sauvé lui. Consciente de la limite de sa pensée, elle n'osa pas contredire le Conservateur de peur de l'insulter même si au fond d'elle, sa foi en la détermination et de la ténacité des humains la poussait à croire que tout était possible. Après tout, les humains avaient bien découvert le poison qui composait les bloody rose, rien ne pouvait les empêcher de trouver un moyen d'aider les vampires.


- Vous êtes jeune et téméraire, Sarah Spencer, et vos ambitions sont admirables. Mais, malgré toute votre volonté et votre foi, vous ne pourrez changer la nature de mes semblables.

L’aristocrate grimaça en entendant son nom prononcé ainsi. Il était très rare et très formel de l'appeler par son nom complet. Cela renforçait l’image qu’elle avait du Conservateur dans un rôle de professeur. Elle regarda l’immortel se lever d’un geste calculé et se mouvoir avec la grâce des gens de sa race. Pour peu, elle se serait laissé séduire par son l'aura fascinante qu'il dégageait, mais l'heure n'était pas aux œillades tendres. Les paroles du vampire jetaient une consternation profonde dans l'esprit de la jeune humaine. Elle le regarda se lever d’un geste calculé pour se diriger vers les étagères qui se trouvaient derrière son bureau. Combien de trésors, de secrets inestimables se trouvaient dans cette pièce? Lorsqu’il posa entre ses mains blanches un livre, le regard de la magicienne se posa automatiquement sur la couverture ouvragée, pour voir se dessiner les contours d’une coupe dont les bords brillants captaient les reflets des chandelles. Le Saint Graal? Ne lui avait-il pas dit de se méfier des contes? Mais ce qu’il lui révéla dépassa bien plus que ce qu’elle avait pu imaginer.

- Tout comme votre Adam et votre Ève, ceux que nous nommons nos « Parents » ont commis une faute qui les a condamnés au supplice sur Terre... Tout est lié. Nous sommes tous liés. Pourquoi croyez-vous que l'on ait recueilli le sang du Christ sur la croix ? Quel besoin pouvaient donc en avoir les hommes ? De tout temps, même à l'époque des Sangs Purs, les Vampires ont eu la nécessité de boire du sang. Vous ne pourrez jamais leur ôter ce besoin. Pouvez-vous cesser de manger ou de boire ? Pouvez-vous vous contenter d'eau de mer ? Ce n'est ici qu'une question de survie au sein même du règne animal. Laissez-les vivre, usant de la Mascarade pour vous protéger, afin de vous rapprocher de cet idéal d'harmonie que vous désirez tant, ou détruisez-les. Cependant, priez toujours pour que les plus violents n'aient pas le temps de régner sur ce monde...

Le regard de Sarah se durcit. Ses yeux bleus s’animèrent d’un éclat brillant et la détermination brilla au creux de ses prunelles. En un instant, elle oublia sa peur, sa consternation, et son dos se redressa imperceptiblement. Lorsqu’elle parla, sa voix avait repris une certaine assurance.

-Cela n’arrivera pas tant et aussi longtemps que je me dresserai contre eux...

Alastor vient alors récupérer l’ouvrage qui était à l’origine de leur rencontre. Sa main attrapa délicatement l’ouvrage comme on cueille un fruit précieux.

- Je n'ai rien de plus à vous apprendre en échange de ce livre...Sachez seulement une chose : Vampires, Loups-Garous et Lycanthropes font partie de la même famille. C'est du moins ce en quoi je crois.

Un silence s’installa. Les yeux purs de la magicienne se plongèrent dans ceux du Conservateur à la recherche de la moindre faille dans son récit. Mais il soutint son regard sans siller. La jeune Spencer avait le souffle coupé par tant de révélations. Jamais elle n’en avait autant appris sur les immortels et ces réponses la laissaient perplexe. Le monde se dévoilait dans une nouvelle complexité plus vaste qu’elle ne l’avait imaginé et un nouveau poids pesait sur ses épaules. Un choix difficile se dessinait sur son avenir et plus que jamais il lui faudrait redevenir la Chasseuse. Le regard rempli de détermination, la belle déposa l’ouvrage qu’elle tenait dans la main tendue du bibliothécaire. La discussion était close. Elle avait obtenu un juste prix pour l’ouvrage babylonien qu’elle avait acquis. La magicienne se leva pour prendre congé. Sa posture avait retrouvé son aplomb naturel. Après un bref remerciement et une révérence courtoise, elle se dirigea vers la porte, heureuse de quitter l’antre du Croqueur de livres. Toutefois, avant qu’elle n’ait pu franchir la porte, la voix grave du vampire la rattrapa.

-Tachez de ne pas vous faire tuer en sortant. Le Comte a cherché après vous bien assez longtemps pour vous perdre une nouvelle fois...

La démarche gracieuse de Sarah se figea et elle tourna légèrement la tête, prête à se retourner complètement pour lancer un regard outré au Conservateur. Ses yeux brillants de défis, elle se contenta d’esquisser un sourire avant de quitter la pièce. Elle avait fort à faire...

[HRP: Fin du rp de Sarah, suite à Le consulat des dames /HRP]


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Un pas dans le Sanctum Sanctorum [Sarah, Alastor] [08/05/42]

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