L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


Forum RPG - Londres au XIXème siècle. Incarnez Vampires, Loups-Garous, Lycanthropes, Homonculus, Chimères, Alchimistes, Hunter...et choisissez votre camp dans une ville où les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses....
 
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Autodafé d'un pamphlet [Comte Kei] [14/05/42]

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Comte Keï
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MessageSujet: Autodafé d'un pamphlet [Comte Kei] [14/05/42] Mer 5 Juil - 0:42

[HRP/ Suite de "Jalousies"/HRP]



Autodafé d'un pamphlet

Le Comte Kei, Ludwig et Alphonse

"Acte de foi
Acte de loi
Montre-toi
Petit chat
Montre-toi
Et tu brûleras"


Dans un fiacre noir comme la nuit
14 mai 1842


Il n'avait pas pris le temps de se changer, mais il avait tout de même pu glisser dans ses longs cheveux d'argent un ruban aussi noir que son humeur. En face de lui, Alphonse le dévisageait d'un air contrit. Il ne s'en préoccupait pas, comme s'il fut seul. Le majordome, lui, ne cessait d'observer son maître du coin de l'oeil. Le grand Vampire était beau. Beau et cruellement attirant. Ses sourcils, froncés au-dessus de ses yeux d'un gris glacé, gravaient sur son visage de craie une expression terrible. La sévérité de ses traits, nourris de sa rage et de sa déception, lui conférait un charisme étrange : ce même charisme que l'on retrouve chez les héros antiques ou chez les tyrans...Le regard ainsi perdu sur les bâtisses qui défilaient par la fenêtre du fiacre, l'aîné des Vampires semblait contempler de haut la vanité humaine et se demander ce qu'il avait fait pour mériter son errance sur cette terre. La noblesse de son profil s'éteignait tristement au creux de ses lèvres pincées par les soucis.
Jirômaru avait quitté son manoir sur un coup de tête, sans se soucier des éventuelles conséquences de son acte. Après avoir répudié Maria et condamné Marco à sa surveillance, l'ancien samouraï avait ainsi rejoint le hall de sa demeure, hors de lui, pour récupérer sa cape sanglante, son haut de forme et sa canne-épée. La porte avait claqué derrière lui, comme le tonnerre, et toute la maisonnée avait laissé l'inquiétude gâcher le doux moment de paix que chacun avait cru possible ce soir-là. L'illusion avait été brutalement rompue. Seuls Alphonse, qui avait surgi dans l'entrée, et Ludwig, qui revenait d'une promenade dans le parc au moment où son maître quittait le manoir, avaient pu l'accompagner. Le Comte avait silencieusement toléré leur présence automatique à ses côtés et les deux hommes avaient à peine eu le temps d'attraper un manteau avant de le retrouver près de son véhicule préféré. Le Calice s'était dévoué pour conduire, conscient que l'humeur de l'immortel ne jouerait pas en sa faveur à l'intérieur du fiacre, tandis que le majordome ouvrait la porte pour leur maître avant de lui tenir compagnie.
Le lord s'était alors contenté d'ouvrir la fenêtre pour ordonner à l'Allemand de les mener au Queen's Head. Puis il l'avait refermée avant de se caler sans douceur dans son siège et de sombrer dans un affreux mutisme nimbé de colère. Maria l'avait trahi. Jamais, en plus de dix ans, la belle Italienne n'avait failli. Jamais. Depuis qu'il l'avait rencontrée, sa consoeur avait été d'un dévouement sans tache, sans bavure. Elle l'avait suivi dans tous ses périples, accompagné dans les soirées, excité dans son lit, et jamais elle n'avait dévié de sa voie de servitude auréolée d'amour et de soutien. Maria avait toujours aimé son maître, au-delà du concevable, au-delà de ce qu'il avait lui-même voulu. Mais depuis que Sarah Spencer était entrée sur l'échiquier, la jeune femme avait plongé dans les affres de la jalousie et réclamé toujours plus d'attention. Son impatience avait grandi, de même que ses tentatives de plaire au Comte. Avant même que la chasseuse n'intervienne sous l'opéra, la Ventrue avait commencé à insister pour que son maître ne l'utilise comme calice. Il se détournait de sa belle gorge, alors qu'il savourait sans faim le sang de Ludwig ou d'Arnoldo. Pour Maria, la jalousie avait trouvé sa braise dans ce désir inassouvi.
Puis, Sarah était arrivée et avait définitivement accaparé toute l'attention du Prince de Londres. Ses dernières tentatives s'étaient soldées par de cuisants échecs et de sévères punitions, qu'elle n'avait pas toujours méritées. Meurtrie dans sa chair comme dans son cœur, la Vampiresse s'était mise à haïr l'héritière des Spencer. Pourtant, toujours prête à se prosterner devant la puissance du Comte et à lui plaire, elle avait pris sur elle l'intrusion de cette rivale dans son milieu et avait même pris soin d'elle pour lui. Malheureusement, force était de constater que si la patience était une vertu, la jalousie était un pêché qui l'écrasait dans le temps...Maria avait cédé à ses caprices et déçu le sujet de ses pensées.
Aujourd'hui, elle en payait le prix fort. Jirômaru avait longtemps ruminé cette sentence, et elle ne lui avait jamais tout à fait convenu, mais il avait désormais décidé du sort de la jeune femme :  Maria ne serait plus jamais son amante ; Maria ne ferait plus partie des Sept. Cela le contrariait fortement, d'où ce visage fermé dont Alphonse ne pouvait détourner le regard, mais cela le soulageait également. Il était temps d'agir. Il était temps de réorganiser son échiquier.


*******************

Dans le salon du Queen's Head

Au milieu des cartes et des chandelles, dans le brouhaha des conversations et des rires de dentelles, alors que la capitale sombrait dans les ténèbres de la nuit, les habitués du Queen's Head profitaient des merveilleux accords d'une nouvelle pianiste. Emelyne Mehring avait été envoyée par les anges. On la disait arrivée la semaine passée et pourtant déjà conquérante. Elle avait jeté à ses pieds le beau Londres, charmé les plus amers et les plus médisants. Fille de la duchesse de Koënisbourg, l'Allemande, aussi jeune que ravissante, égayait le salon de son éblouissant sourire. Composé en bouquet au bord de ses belles lèvres peintes, il respirait la mort et goûtait au plaisir de torturer les vivants. On disait même qu'elle avait déjà séduit le vicomte de Midsomer et que ses longues boucles chocolat avait rendu sa femme plus jalouse que jamais. C'était un serpent dans un nid de musaraignes, une tentation plus acide que n'importe quel fruit luisant de sucs que l'on pouvait cueillir sur l'arbre sacré des désirs. Emelyne Mehring de Koënisbourg avait aujourd'hui 342 ans et ses canines brillaient de contentement.
Dans leurs fauteuils, de jeunes dandys observaient la magnifique créature avec intérêt. Leurs regards bondissaient depuis ses petits doigts diaphanes, qui glissaient avec élégance sur les touches pâles de l'instrument, jusqu'à sa gorge au col effrontément ouvert sur une poitrine plus que généreuse. Sa peau, parfaitement blanche, presque satinée sous les dentelles noires, leur donnait autant de frissons que les accords relevés qu'elle offrait à l'assemblée. Nombreux étaient ceux qui se demandaient de quelle manière ils pourraient obtenir ses faveurs. Le premier qui saurait la ravir à sa chère tante (qui semblait l'accompagner partout où elle se rendait) aurait, sans aucun doute, le privilège de tenter sa chance.
De leur côté, les mondaines dévisageaient la magnifique créature avec envie. Derrière leurs éventails à plumes et à franges, elles crevaient de jalousie. Les femmes sont si sujettes à ce sentiment...A la vérité, sa beauté et son talent étaient indéniables, et le reconnaître était la moindre des choses, mais l'accepter en était une autre. Les pintades effarouchées se pâmaient devant l'admiration qu'elle suscitait. Qu'avait-elle de plus qu'elles, cette petite étrangère au teint de porcelaine ? Qu'est-ce qui la rendait si mystérieusement attirante ? Après tout, ses yeux d'un bleu glacé faisaient presque peur : ils paraissaient contenir un lagon polaire dans lequel l'intrépide voyageur risquait fort de se retrouver piégé d'un seul regard. Et puis...sa robe écarlate était d'un vulgaire...avec ses pierreries du Moyen-Âge et ses lacets d'or...


- Ce n'est pas mal...Mais son doigté manque encore d'élégance...

Les longues mains de Ludwig s'étirèrent sur les épaules de son maître pour lui ôter sa large cape rougeoyante. Son sourire se fit mauvais tandis qu'il jetait un coup d'oeil à la duchesse au piano. Un des employés du salon prit rapidement la relève pour débarrasser le Comte de son chapeau haut de forme et de sa canne-épée tandis qu'Alphonse récupérait ses gants. Jirômaru redressa son col et laissa ses iris anthracites parcourir la salle qui s'étendait devant eux. Il s'arrêta un peu sur sa belle consoeur et sourit à son calice avec malice.

- Vous voudriez lui apprendre quelques notes, Monsieur Zwitter ? fit-il avec ironie en détaillant du regard le corps parfait de la jeune femme. Elle me semble encore bien jeune...

Le grand blond soupira en prenant un air faussement peiné.

- Hélas, je manque de temps my lord...et je n'aurais pas la prétention d'être de taille...Voyez comme elle brille au milieu de cet écrin de charbon ! Un diamant en plein cœur d'un éboulis d'éléments quelconques...

Jirômaru haussa un sourcil. Ludwig était doué pour repérer les Vampires : à force de les fréquenter, il savait presque déterminer la nature d'un homme, ou d'une femme, d'un simple coup d'oeil ; mais ce qui le surprenait toujours, c'était sa capacité à imager la réalité, dans cet élan poétique infini qui le caractérisait tant.

- Ce n'est pas son doigté qui m'importune le plus...soupira Alphonse en s'avançant dans la pièce pour suivre son maître qui faisait son entrée.

Le brouhaha des conversations se tue soudain et la salle s'emplit de murmures. Tous les regards se tournèrent vers l'étrange trio qui venait d'entrer et le temps sembla se figer. Bientôt les murmures devinrent chuchotements et le nom du lord Keisuke fut sur toutes les lèvres. Jirômaru serra les dents et se composa un sourire agréable. Oui, il était de retour. Oui, c'était Ludwig Zwitter et Alphonse Oaken qui l'accompagnaient. Oui, il revenait sur la scène mondaine et nul ne pourrait lui arracher ce plaisir de reparaître, enfin, dans la haute société.
Esquissant quelques rapides signes de tête, le lord se fraya aisément un chemin au coeur de la foule. Chacun s'écartait à son passage en le dévisageant comme s'il eut s'agit d'un mort revenu à la vie. Ludwig trouvait cela plutôt ironique comme impression. Aux côtés de son maître, placé un peu en retrait, il le suivait en saluant brièvement tous ceux qui croisaient leur chemin. Alphonse, lui, fusillait du regard tous ceux qui osaient mettre du temps à s'écarter. Les chuchotements se muèrent lentement en exclamations et en petits couinements de surprise ou de joie. Parfois, un grognement insatisfait venait ternir les effusions qui commençaient à se répandre dans l'assemblée, comme pour briser l'harmonie de ce souffle hypocrite qui accueillait le retour de ce « prodige ».
Détailler ce qui dégoulina d'une bouche à une oreille, ou de regard en regard, n'aurait que peu d'intérêt ici, d'autant que le Comte n'y prêta apparemment aucune réelle attention. Une chose était cependant certaine : son retour avait été autant attendu que redouté. Depuis quand s'était-il effacé de la vie du Queen's Head ? Depuis quand ne l'avait-on pas vu errer dans la Chambre des Lords ? Depuis Coriolan, depuis son annonce de mariage, depuis mars et le bal de Chastity Stephenson...Cela faisait des mois qu'il avait disparu de la scène politique et sociale. Des mois qu'on le disait malade. Malade d'une pathologie inconnue, malade d'amour.
 

- Dieu ! Ce que l'on peut raconter sur vous Monseigneur... ! Allez-vous leur répondre ? demanda Ludwig dans un murmure près de son oreille, après avoir fait un petit bond pour revenir à ses côtés.

Jirômaru ne lui répondit pas. D'un pas rapide, il atteignit une table ronde sur laquelle reposaient quelques cartes, une paire de pintes et un verre de vin. Il salua d'un coup de tête les trois hommes attablés. Le plus vieux d'entre eux venait de se lever en le voyant arriver. Les yeux écarquillés, il ouvrit les bras en lançant ses paumes vers le ciel, comme pour remercier sa bonne fortune.


- Doux Jésus, si j'avais su... ! My lord...je vous croyais alité ! fit-il en serrant la main que lui tendit aimablement le Comte.

- Vous aurais-je manqué à ce point, Sir Barry ? demanda ce dernier avec un sourire franc.

- Vous avez manqué au monde entier, Sir Keisuke...Au monde entier...! s'exclama le brave homme en lui indiquant un siège vide au milieu de ses comparses. L'ancien samouraï déclina son offre d'un signe de tête.

- Il manque un siège pour mon jeune protégé...

L'Architecte jeta un regard à Ludwig et rougit soudainement. Il l'avait pris pour un second domestique qui aurait dû rester debout derrière son maître alors que le Comte l'avait tout récemment présenté au bal de Miss Stephenson comme son protégé, donc un homme de son rang. C'était une faute grave. Complètement retourné par sa propre maladresse, le pauvre petit lord se mit à bégayer et à chercher une chaise des yeux.

- Oh ! Je suis navré ! Je ne l'avais pas reconnu...Vous savez...l'âge...

Les amis de Sir Barry l'aidèrent à trouver une chaise et, lorsque chacun eut salué le Comte et son « protégé » comme il se devait, chacun prit place autour de la table. Alphonse resta en retrait, non loin de son maître. Visiblement prêt à répondre à la moindre de ses exigences, il joignit ses mains dans son dos et se figea. En vérité, il sondait les auras qui les entouraient.
Par soucis de bienséance et de politesse, les autres clients du salon ne vinrent pas déranger la tablée pour saluer le Comte. Ils prirent leur mal en patience, observant l'homme depuis leurs propres sièges. Le brouhaha reprit peu à peu, mêlant conversations mondaines et chuchotements au sujet de cette visite inattendue.
Sir Barry servit Jirômaru et Ludwig en vin et attendit qu'ils fussent tous deux confortablement installés avant d'entamer la conversation qui lui brûlait les lèvres. Il n'avait pas vu le Comte depuis qu'ils avaient discuté tous deux des rénovations du Grand Théâtre...


- J'ai entendu dire que vous vous portiez mieux, mais je ne pensais pas vous voir de si tôt dans un tel lieu ! fit-il avec entrain.

- C'est que vous ne lisez pas votre courrier, Charles. répondit le Comte en souriant avec amusement. Son ton avait été un peu raide, presque sarcastique.

L'Architecte resta muet d'étonnement puis ses joues prirent une teinte d'un rouge écarlate.


- Vous...vous m'avez écrit... ? bégaya-t-il en reposant son verre d'un air surpris et affreusement gêné. Je...je n'ai pas lu mon courrier depuis...quelques jours...en effet...Je...

- Allons ! Ne vous excusez pas. Cela peut arriver à tout le monde. Je vous sais particulièrement occupé , fit vivement Jirômaru en croisant ses longues jambes sous la table. Je ne faisais que vous y informer de mon bon rétablissement. Je vous y proposais également un petit...projet...ajouta-t-il en plissant les yeux avec malice. Mais nous en discuterons plus tard, au calme, dans un lieu plus approprié j'entends...

L'Architecte reprit son souffle et soupira doucement. Il comprit qu'il avait intérêt à lire cette fameuse lettre qu'il avait honteusement omise de lire afin de connaître le contenu de la future pièce de son ami. Le Comte lui faisait toujours part de ses « projets » et lui laissait un livret bien avant les autres. C'était un privilège dont il ne voulait pas se passer pour une simple maladresse. Le lord plaçait sa confiance en lui : il ne devait pas le décevoir. Sir Barry n'était pas peu fier de l'attention que lui portait son pair, et l'idée même qu'il ait pu faire faux bond à ce grand homme le mortifiait.

- Je ferai plus attention à mon courrier Sir...fit-il en levant son verre comme pour trinquer d'avance à ce fameux « projet » dont ils ne pouvaient parler devant les petits nobliaux qui les entouraient. Puis, il se pencha en avant et changea de sujet : Que Diable vous est-il donc arrivé, Jirômaru ? On raconte tellement de choses à votre sujet !

Le Comte leva les yeux au ciel et soupira :

- Et que raconte-t-on de si passionnant ? demanda-t-il en grimaçant.

L'Architecte parut mal-à-l'aise. Il voulait informer son ami de tout ce qu'il avait entendu, mais il craignait de l'insulter. Cela était si flagrant que le Vampire prit les devants pour le faire parler.


- N'ayez crainte. Les rumeurs et autres racontars n'ont jamais tué personne.

Après un silence, le vieil homme osa faire la liste de ce qui se disait sur son compte depuis quelques semaines. Son rythme, effréné, trahissait son affolement et la passion que les fantasmes des uns et des autres faisaient naître dans l'esprit des plus crédules.

- Je ne sais pas par où commencer...Il y a tellement à dire ! Par exemple, certains murmurent que miss Spencer aurait refusé votre demande en mariage et que ce serait vous qui l'auriez enlevée pour...pour lui prendre sa virginité. Les plus « poètes » prétendent que les hululements des chouettes seraient un échos de ses soupirs au travers des arbres de la lande... L'Architecte baissa un peu la voix pour éviter que les nombreux curieux qui observaient le Comte ne puissent entendre ne serait-ce qu'une bribe de leur conversation. D'autres affirment que l'enlèvement de Miss Spencer n'était qu'une grossière mise en scène, orchestrée par vos soins, afin de vous faire passer pour un sauveur. On raconte que vous auriez tenté de l'enlever au couvent, en la remplaçant par une autre, et que le Yard vous aurait aidé dans cette mascarade, pour de l'argent. Vous seriez attiré par l'héritage de Dorian Spencer. Depuis quelques jours, on dit même que vous avez été empoisonné par un assassin et qu'une sorcière vous a sauvé en vous faisant boire du jus de corbeaux. J'ai entendu hier, de la bouche de Sir Alphonzo di Strombo lui-même, que vous aviez déjà un enfant avec miss Spencer et qu'il vous sert actuellement de cocher. Il semble en être persuadé. Pour lui, le mariage ne serait qu'une façon de laver votre honneur et de permettre à Monsieur Spencer de ne plus vivre dans l'humiliation du secret de sa fille. Arthur, ici présent, a entendu au Spirit que vous aviez perdu un bras en vous battant contre un agent du Yard et qu'il aurait repoussé comme par magie. Les gens chuchotent que Miss Spencer elle-même est une sorcière qui peut envoûter les hommes et les dévorer. On dit aussi que...

- Il suffit ! La voix du Comte avait frappé comme un coup de tonnerre, figeant sur place la tablée et interpellant les clients alentour. Sir Barry s'étrangla en se taisant et ses deux amis se tassèrent dans leurs sièges. Alphonse sourit brièvement tandis que Ludwig conservait une expression qu'il voulait neutre. Le regard de Jirômaru s'était fait glacial. Ses phalanges blanchissaient autour de son verre qu'il semblait tenter de briser. Ce ne sont que des sornettes ! Des contes à dormir debout ! Comment un homme sain d'esprit peut-il croire, ne serait-ce qu'une seconde, à de semblables boniments ? fulmina Jirômaru en manquant de se lever.

Ludwig serrait les dents. Son maître venait de se faire insulter, d'autant que le nom de sa protégée semblait lui aussi sur toutes les lèvres. Ces histoires comportaient quelques bribes de vérité, mais elles étaient noyées dans un flot baveux de suppositions et de fantasmes d'enfants, de jaloux, d'imbéciles...C'était scandaleux.


- Heureux sont ceux dont l'imagination revêt les atours d'une corne d'abondance, mais fous sont ceux qui s'abreuvent à leur discours dénués de raison. Entre la réalité et le rêve, il y a un gouffre dans lequel je vous conseille de ne pas tomber... grogna Jirômaru en desserrant l'étreinte qu'il exerçait sur son verre. Il ramena sa main sur son giron et soupira : Londres n'a donc rien d'autre à se mettre sous la dent que l'infortune d'un vieillard et d'une jeune lady ? C'est pitoyable. murmura-t-il à mi-voix comme épuisé par les imbécillités des mortels.

Les amis de Sir Barry se jetèrent des regards silencieux. Ils n'étaient pas de ceux qui croyaient en ces rumeurs. D'ailleurs, leur confrère leur rappelait bien souvent les qualités du lord et démentait régulièrement les histoires abracadabrantes que l'on pouvait bien inventer sur son compte. Cependant, certains sujets les intriguaient encore...


- Si je puis me permettre, Sir, il y a également quelques rumeurs au sujet de cet attentat au théâtre. fit le plus jeune d'entre-eux, en fixant le Comte dans les yeux. Il s'efforça de ne pas ciller et de rester digne face à cette force de la nature qu'était le lord. La ville s'est scindée en deux groupes : les partisans de sa Majesté, qui se trouvent de votre côté, et ceux de Monsieur Von Ravellow. A ce nom, Jirômaru fronça les sourcils. Il est murmuré que ce dernier n'aurait jamais été présent au théâtre et que les accusations que vous avez portées contre lui ont eu pour but de l'éloigner de Miss Spencer. On raconte que c'est pour écarter un rival un peu trop insistant que vous auriez orchestré tout ça...

Ludwig jeta un regard inquiet à son maître. S'il était venu se détendre en ces lieux, c'était peine perdue...L'ancien samouraï se passa une main sur le visage et recula un peu dans sa chaise. Il se sentit soudainement particulièrement fatigué. Combien de temps devrait-il lutter pour faire admettre à tous que son mariage avec Sarah avait été arrangé avec son père et que brûler la moitié du théâtre ou enlever la jeune femme n'aurait jamais été dans ses intérêts ?

- C'est ridicule...grogna-t-il, visiblement agacé.

- Pas tant que ça. osa le jeune aristocrate en farfouillant dans une poche intérieure de sa veste. Il finit par en sortir un parchemin pour le plaquer sur la table entre eux. Charles sursauta sur sa chaise.

- Vous avez gardé ce torchon !? Mais...Monsieur Westhood... ! fit-il outré.

- Certains journaux ont relayé les accusations de vos détracteurs et de nombreux pamphlets ont été rédigés contre vous. continua le jeune homme sans se soucier de l'Architecte qui bougonnait près de lui. Les esprits se sont échauffés dans les salons et il y a même eu quelques échauffourées. Les partisans de Von Ravellow sont nombreux maintenant...D'ailleurs, il se pencha pour chuchoter derrière sa main, il y en a presque une dizaine ici même, ce soir...

Le Comte saisit le parchemin et le parcourut rapidement du regard. C'était un pamphlet qui dénonçait ses pratiques et raillait le pouvoir qu'il pensait avoir sur le beau Londres. Il mettait en avant les défauts de son accusation face au rouquin et la catastrophe qu'avait été sa pièce. Il clamait innocents Alexender Von Ravellow et Raphaël Veneziano, montrant du doigt le lord corrompu, vénal et calculateur qu'il était. Les vers étaient mauvais et la langue lourde, mais le style vindicatif et la caricature de la situation suffisaient à plaire au premier venu et à séduire les plus crédules. C'était un travail médiocre, qui ne méritait que mépris de sa part, mais, étrangement, Jirômaru sentit son cœur battre la chamade et une certaine inquiétude le gagna : si ce papier se trouvait même dans les poches de ses propres partisans, alors il devait craindre leur nombres...Combien d'exemplaires de ce pamphlet avaient donc été distribués dans la capitale ? Combien d'hommes ne croyaient déjà plus en lui ?

- C'est affreusement mauvais...si vous voulez mon avis...Celui qui a écrit ça est un piètre poète. finit-il par grogner en jetant avec dédain le petit pamphlet pour le rendre à son propriétaire.

- Celui-ci...oui. Mais il y en a d'autres. Ce n'est qu'une pâle imitation des premiers qui ont commencé à circuler. Il y en a maintenant des dizaines, d'auteurs différents. Ils ont tous suivi l'exemple...

Jirômaru pinça les lèvres et prit une mine terriblement hautaine.

- Ah oui ? Et quel est cet exemple ? Mhm ? Qui est ce petit rigolo qui, le premier, a lancé cette mode ridicule ?

- Fitz...fit le jeune homme en sortant un lot de parchemins de sa poche pour les étaler sur la table. Il les tria un peu et en sortit un, plus conséquent que les autres. Ils étaient signés Fitzwilliam. Ils ont fait fureur et se sont répandus comme la peste dans les salons et les cafés. J'en ai même vus sur le trottoir de Westminster et sur le parvis des églises. Il y en a partout ! Tenez, voici le premier qui est paru...ajouta-t-il en tendant au lord le fameux pamphlet.

- Fitzwilliam...répéta le Comte pour lui-même tout en récupérant le maudit papier.

- Cela ne me dit rien. fit tristement Ludwig à ses côtés tandis qu'il jetait un coup d'oeil sur l'objet de la discussion.

Sir Barry s'anima à son tour :


- Oh, c'est un petit arriviste qui s'est cru plus malin que les autres et qui a fait son entrée avec fracas dans les salons. Je ne l'avais jamais vu avant. Personne d'ailleurs je crois...Il a de la famille du côté de York il me semble...Enfin...je confonds peut être...

Le Comte se leva lentement et s'appuya sur la table. Il jeta un dernier coup d'oeil au pamphlet qu'il tenait dans sa main droite et s'approcha de l'âtre qui crépitait quelques tables plus loin. Les regards le suivirent, intrigués. Lorsqu'il passa près des autres tables, les conversations moururent sur son passage et chacun se mit à l'observer avec circonspection. Alors le lord saisit le petit tisonnier qui pendait contre la pierre tiédie de la cheminée et embrocha le morceau de parchemin avant de le plonger dans le feu. Ses iris anthracites brillèrent cependant que les flammes dévoraient la caricature dénonciatrice. Cette dernière s'embrassa comme un fétus de paille et disparut bientôt au milieu des cendres. Le silence régnait maintenant sur le salon. La pianiste avait cessé de jouer.
Lorsque le lord se retourna, le tisonnier toujours dans sa main, il jeta un regard circulaire pour dévisager un maximum de personne. Combien réclamaient ici le retour de Von Ravellow ? Combien espéraient sa mort ? Parmi tous ces hypocrites poudrés, ridiculement attifés de dentelles et d'escarpins luisants, combien méritaient encore de vivre ? Il y avait là cinq Vampires, la pianiste comprise, sept lords, une dizaine d'aristocrates, deux prostituées qui se faisaient passer pour des bourgeoises aux bras d'anciens militaires...Une belle assemblée ! Ah oui !


- Que l'on fasse savoir à ce Monsieur Fitzwilliam que le comte Keisuke attend de lui un peu plus de décence et de virilité. fit-il assez fort pour que le salon entier l'entende. Qu'on lui fasse savoir que je suis prêt à le recevoir comme il se doit, en combat singulier, comme j'ai reçu le baron d'Arlington chez Miss Stephenson, pour obtenir réparation de ses multiples affronts. Qu'il sache que je suis de nouveau sur pied et que je ne saurais souffrir plus longtemps ses inepties. Qu'il cesse ses fanfaronnades enfantines et respecte les jugements de la Couronne, ou se présente à moi, en personne, et non pas caché comme un lâche derrière des vers, pour recevoir mon propre jugement.

Sur ces mots, le Comte jeta le tisonnier à terre. L'objet tinta lugubrement contre les dalles devant l'âtre, comme si l'avertissement voyait-là son ultime résonnance. Jirômaru attendit quelques minutes, laissant le lourd silence peser sur l'asemblée. Il dévisagea les clients du salon, un à un, tâchant de capter la moindre lueur de colère ou de dégoût qui pourrait lui révéler les partisans de Von Ravellow. Puis, il fit signe à Ludwig et à Alphonse de le suivre et, sans autre forme de procès, il s'en retourna vers l'entrée pour réclamer ses atours. Sir Barry se leva et le poursuivit en trottinant à ses côtés, même s'il peinait à suivre le rythme de ses enjambées de géant.

- Mais...restez donc...Que faites-vous ? Vous n'allez pas vous vexer pour si peu ? Allons...venez boire un peu avec nous... supplia le bonhomme.

- Non merci, Charles. Je n'ai pas envie de passer ma soirée à entendre les fables que les jalousies des uns et les fantasmes des autres ont bâti sur mon dos.

- Nous n'en parlerons plus, si vous le voulez. Mais restez...Vous venez tout juste d'arriver...

Une ombre rouge sang passa devant le Comte et il s'arrêta brusquement pour éviter de la renverser. Emelyne se tenait devant lui. Elle portait autour de ses épaules nues une peau de renard arctique, ce qui sublimait l'éclat vermeille de ses lèvres. Étirées en un large sourire, ces dernières invitaient à la débauche quiconque y posait les yeux.

- Vous nous quittez déjà, Monsieur le Comte ? fit-elle d'une voix envoûtante. Moi qui pensais que l'occasion de me présenter à vous me serait donnée ce soir...

- Il fallait vous présenter avant, et autrement, la coupa Jirômaru en la toisant de haut. Il y avait une pointe de colère dans sa voix.

La belle ne se démonta pas une seule seconde. Au contraire, son sourire se fit plus franc et ses yeux pétillèrent d'excitation.


- Quelle importance donnez-vous donc à ces bavards ? Laissez-les donc s'agiter...

- Je ne peux le tolérer, grogna le grand Vampire en se détournant de sa consoeur pour continuer son chemin. Ludwig tenait déjà sa longue cape rouge dans les mains, prêt à lui poser sur les épaules. Alphonse, lui, se préparait au pire : cette femme ne lui plaisait pas du tout...

- Mes amis ! appela la pianiste en interpellant l'assemblée. Monsieur le Comte est indisposé par les écrits de Monsieur Fitzwilliam. Ne pourrions-nous pas lui rendre les lieux plus agréables ?

Jirômaru se retourna vers la jeune femme. Comment osait-elle ainsi l'humilier davantage qu'il ne l'était déjà ? Il la dévisagea avec rage. Ce fut l'éclat de voix de Ludwig qui fit dévier le regard du Vampire sur l'assemblée. Tous les Humains s'étaient maintenant levés. Le Comte s'inquiéta soudain : les visages des mortels avaient pris une teinte blanchâtre, comme s'il fussent morts. Alors, d'un seul mouvement, plus de la moitié des personnes présentes sortirent de leurs poches des morceaux de parchemin : des pamphlets, de Fitzwilliam et d'autres écrivaillons qui avaient suivi son mouvement protestataire. Les yeux vides d'expression, ils se dirigèrent à la file indienne vers l'âtre brûlant et, un à un, ils jetèrent les pamphlets dans le feu. Le papier crépita et l'encre lança des étincelles rosâtres contre les pierres du foyer. Jirômaru entrouvrit la bouche et s'approcha de la pianiste tandis que ce petit manège continuait.

- Que faites-vous... ? demanda-t-il dans un souffle. La belle sourit. Ses cheveux se soulevaient étrangement dans son dos, comme s'il fussent animés d'une brise d'automne.

- Je condamne ces vilains mots au bûcher. C'est un autodafé. Vous sembliez aimer la pratique... répondit-elle avec une étrange froideur.

- Cessez cela. ordonna le Comte d'un ton sec.

- Vos désirs sont des ordres, my lord...murmura la belle.

Tous ceux qui se trouvaient debout avec leurs pamphlets remirent ces derniers dans leurs poches et retournèrent à leurs places. Soudain, le salon se réanima et il sembla que rien ne se fut passé. Seuls quelques clients se mirent à chercher leurs verres d'un air hébétés. Jirômaru ramena son regard dans celui de sa consoeur.


- Vous voulez m'être agréable ? Envoyez-moi un exemplaire de chacun de ces...de ces détestables brouillons, et faites brûler toutes les copies que vous trouverez, fit-il d'un ton déterminé. Mais je ne veux pas que vous les contraigniez ainsi...

- Qu'aurais-je en échange ? demanda la jeune femme en souriant comme une diablesse.

- Comment os...Jirômaru s'interrompit. Il avait failli la remettre durement à sa place mais il prit conscience qu'il avait plus besoin d'alliés que d'ennemis. J'aurais pu vous répondre que votre vie serait déjà un bel échange, puisque vous ne vous êtes pas présentée à moi à votre arrivée et que les lois de notre race m'autorisent à vous chasser de ces terres ou à vous écorcher vive...Mais je vais considérer ce soir comme le prélude d'une belle amitié...Ce sera déjà bien...

Sur ces mots, le Comte saisit sa cape et en rabattit le col sur sa nuque avant de jeter un dernier regard à la duchesse. Cette dernière lui sourit avec audace et s'en retourna vers son piano. Quelques visages se décomposèrent lorsque l'assemblée comprit que Jirômaru s'en retournait chez lui sans prendre le temps de les saluer tous. Tant de questions demeuraient sur toutes les lèvres ! Tant de rumeurs circulaient depuis quelques semaines ! Mais le lord ne semblait pas disposé à éclaircir les lanternes ce soir.
Une fois dehors, l'ancien samouraï réalisa qu'il avait oublié son haut de forme et sa canne-épée. Il se retourna pour trouver son fidèle calice qui lui tendait ses attributs, ainsi que ses gants. Le Vampire le remercia d'un coup de tête et entra dans le véhicule qu'il avait quitté à peine une heure auparavant.


- Un autodafé...Oui...murmura-t-il pour lui-même. Alphonse lui jeta un regard interrogatif. Jirômaru lui sourit alors d'un air venimeux. Je brûlerai ce Fitzwilliam...Je le brûlerai, comme ses vulgaires écrits...

[HRP/Fin du RP avec le Comte. Suite dans "Perspectives"/HRP]

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> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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Autodafé d'un pamphlet [Comte Kei] [14/05/42]

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