L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


Forum RPG - Londres au XIXème siècle. Incarnez Vampires, Loups-Garous, Lycanthropes, Homonculus, Chimères, Alchimistes, Hunter...et choisissez votre camp dans une ville où les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses....
 
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Alliances restaurées [Alexender, Raphaël] [10/05/42]

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Alexender Von Ravellow
Hunter - "Criminel" en fuite
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Race : Humain
Classe sociale : Aristocrate déchu
Emploi/loisirs : Hunter / Il est recherché par le Yard et les Vampires de Jirômaru Keisuke.
Age : 25 ans
Proie(s) : Tous les Vampires, sauf Raphaël qu'il surveille maintenant sans chercher à l'assassiner. Le Comte Kei est son pire ennemi. Alexender peut aussi s'attaquer à des Loups-Garous.
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MessageSujet: Alliances restaurées [Alexender, Raphaël] [10/05/42] Dim 10 Sep - 10:58

[HRP/Suite de Juste peine /HRP]

Alexender
&
Raphaël


Seul dans son lit, Alexender observait une nouvelle fois les multiples taches qui maculaient le plafond de sa misérable chambre. A la lueur tremblotante de sa lampe à huile, elles dansaient comme de petits diables agités par le sabbat. Le Hunter gardait un air sévère. Les sourcils froncés, il réfléchissait et se perdait dans d'obscures conjectures.
La lettre qu'il avait reçue d'Eulalia Grey la veille le transportait de joie mais l'anéantissait tout autant: Sarah avait enfin donné signe de vie. Les deux jeunes femmes s'étaient vues et la belle chasseuse avait décidé de lui donner rendez-vous, chose qu'il avait rêvé de faire mais qu'il s'était interdite à cause de sa position éminemment dangereuse. Il ne savait pas si le Comte avait toujours la main mise sur elle et s'il n'interceptait pas tous les courriers qui lui étaient écrits. Il suffisait d'une erreur, une seule, et c'était la fin des Hunters. Son cœur n'avait cessé de lui ordonner de lui envoyer ne serait-ce qu'un mot, une fleur, un petit article codé dans les journaux, mais sa raison et ses camarades l'avaient suffisamment mis en garde contre sa fougue. Il s'était résolu à attendre. Attendre un signe émanant d'elle et qui lui prouverait qu'elle n'était pas sous l'emprise du grand Vampire. Attendre que la société entière ne parle de sa réintégration en son sein. Attendre...
Alexender n'avait jamais été doté de patience. C'était un homme au caractère particulièrement impulsif, qui suivait ses instincts et agissait en conséquence de ses sentiments et émotions. Il n'était pas idiot, mais son aveuglement pouvait parfois le conduire à se mettre en danger. L'épisode du théâtre en avait été un exemple cuisant. Sans les Hunters, et notamment la sagesse d'Izac et le soutien de Gaspard, il aurait sans doute signé son arrêt de mort depuis longtemps.


Ses yeux quittèrent son plafond pour revenir sur la petite missive qui reposait sur sa table de chevet. Ses iris ambrées brillèrent de détermination et son cœur fit un bond. Puisque Sarah avait elle-même donné ce rendez-vous, c'était qu'il était possible qu'ils se voient en toute sécurité. Il lui faisait confiance. Ce n'était pas le genre de femme à prendre les choses à la légère et à risquer la vie de ses compagnons. Eulalia avait réussi à avoir un entretien avec elle, pourquoi pas lui ? Cela signifiait que la jeune héritière des Spencer n'était pas autant surveillée que ce qu'ils avaient imaginé. Après tout, c'était une Huntress qui possédait bien des ressources pour lutter contre la domination des Longues Dents ! Elle savait comment déjouer leur attention et les combattre !
Alexender sourit, un peu crispé. Il irait à ce rendez-vous, il la prendrait dans ses bras et l'embrasserait, piège ou non, lieu saint ou non. L'idée même de revoir Sarah le transcendait de joie. Il l'avait tant cherchée ! Il avait tant prié pour elle ! Tant pleuré...
Sa gorge se serra soudain et une boule écrasa son estomac. Il s'imagina en face de la jeune femme et songea à leurs futures retrouvailles...Que lui dirait-il ? Comment allait-il pouvoir lui expliquer sa défaite face aux circonstances ? Ils ne s'étaient pas revus depuis leur attentat au théâtre il y avait de cela deux mois. Il avait tant à lui raconter : sa convalescence chez Eulalia, sa fuite chez les prostituées de Romerta, sa visite chez la Sorcière pour tenter de démêler la situation, ses retrouvailles étranges avec Stan, la nouvelle formation des Hunters, l'aide des prostituées de Romerta et leur nouvel échec qui avait coûté la vie à la maquerelle, son emprisonnement dans la Tour et sa fuite, ses recherches pour retrouver les siens complètement dispersés, sa rencontre avec Katherine Thornes, le sauvetage des prostituées à Coldbath, leurs recherches pour la retrouver elle après qu'elle ait disparu lors de son retour du couvent, la capture de Raphaël par le Comte et son retour glaçant, l'échappatoire que le Bibliothécaire avait offert à ce dernier...Il s'était passé tant de choses depuis mars ! Il ne saurait par où commencer...


Le Hunter soupira et ses yeux s'embuèrent de larmes. Il avait l'impression d'avoir survécu à un déluge de feu qui s'était abattu sur lui depuis qu'il avait donné son bal. Il se voyait comme un survivant. Ce qu'il avait vécu dans la Tour, personne ne pourrait jamais l'imaginer. Même son ami Gaspard, qui l'avait secouru et auquel il s'était confié, ne pourrait jamais décrire la souffrance qui l'avait habité, et qui l'habitait encore. Il en gardait des séquelles mentales profondes qu'il parvenait à dissimuler mais qui le torturaient parfois la nuit. Tout était allé si vite...Tout avait été si cruel...Comment aborder son nouvel échec chez les prostituées ? Comment évoquer la pendaison de Romerta et sa fuite dans les ruelles délavées par la pluie ? Comment éviter de dévoiler sa solitude, ses peurs, ses doutes ? Alexender avait failli renoncer à tout, même à la vie, et il en était affreusement conscient aujourd'hui. Il savait que son rôle au sein des Hunters était de faire figure de pilier et qu'il devait se montrer fort. Heureusement, il était coriace de nature, coriace et obstiné. C'était un être vengeur, un homme qui entretenait son feu intérieur à l'aide des braises de la haine. Il vivait encore parce qu'il s'était mis en tête qu'il vengerait Romerta et ses filles. Il vivait encore pour sauver Suzanne et Marguerite, qui étaient toujours enfermées dans les geôles ignobles de Chelmsford. Il vivait, enfin, pour se venger lui, de tout ce que le Comte lui avait fait subir !
Et Sarah ? Ce n'était pas uniquement de la vengeance qu'il voulait lui promettre, mais un avenir...Un avenir impossible. Oui, il aurait la peau du Comte. Pour elle, pour lui, pour eux tous ! Mais il ne pourrait plus jamais espérer que cette vengeance lui rendrait son statut perdu.
Le grand rouquin passa sa main sur son visage et poussa un grognement de rage. Il n'en pouvait plus de toutes ces histoires ! Il ne supportait plus de vivre dans l'ombre, loin de son confort d'antan et de sa place en société. Avant que le Comte ne le condamne à l'obscurité, il gérait sa double facette avec bien plus d'efficacité ! Qui s'occupait des Loups-Garous désormais, à part Izac ? Qui protégeait les londoniens des créatures qui proliféraient sur la lande ? Et maintenant que tous les Vampires des environs tentaient de l'éliminer pour obtenir les faveurs de leur dégénéré de chef, il ne pourrait plus jamais agir autrement que dans cette détestable situation, c'est-à-dire caché au fin fond d'un trou moisi à bricoler des armes et des plans tordus afin d'espérer, peut-être, avoir la tête de quelques uns d'entre-eux ! C'était effroyablement pitoyable. Jamais, de toute sa vie, Alexender ne s'était senti si inutile ! Il se sentait faible, acculé dans une impasse, relégué au rang de fantôme incapable de toucher qui que ce soit...


Le Hunter serra les dents et se leva brusquement. Il reboutonna d'un geste vif sa chemise grande ouverte et l'ajusta dans son pantalon avant de glisser une ceinture solide autour de ses hanches. Puis, il noua ses cheveux en catogan à l'aide d'un ruban noir dont les bords s'effilochaient et s'assit sur la chaise raide qui faisait face à une table branlante, bureau de fortune. Il saisit une plume et entreprit la rédaction de sa réponse à Eulalia. Au départ, il avait prévu de ne pas répondre, trop lâche pour accepter de risquer sa vie et celle des autres pour une missive, mais il ne pouvait pas laisser la jeune femme dans le doute et encore moins refuser le rendez-vous que Sarah lui avait donné. Il devait répondre, ne serait-ce que pour confirmer sa présence à l'oratoire, à l'heure prévue, dans les termes convenus d'avance.


- A la grâce de Dieu...fit-il tout haut en se fendant d'un sourire mauvais.

Mr Smith à Miss E. Grey

Miss Grey,

En lisant votre lettre, j'ai d'abord cru à une plaisanterie de mauvais goût. Je m'excuse si j'ai pu douter de vous, mais la nouvelle était si extraordinaire que je refusais d'y prêter quelque crédit. Dieu ! Est-ce donc possible que vous ayez croisé cette personne dont nous parlons depuis des semaines ? Nous qui pensions ne jamais pouvoir lui serrer la main de nouveau ! Quelle surprise ! Quelle joie !

Son retour, suite à son voyage d'agrément, était connu de tous, mais je ne pensais pas ses disponibilités aussi malléables. Je suis très heureux de constater que nous nous étions trompés et que le destin m'offre la possibilité de lui faire part de mes vifs sentiments à son égard. J'ai hâte de partager souvenirs et ambitions !

Je prends donc bonne note du rendez-vous et me rendrai sur les lieux à l'heure indiquée. Sa fantaisie ne m'étonne qu'à moitié. Je sais que la piété forme l'un des piliers de son existence. Si vous la voyez encore, assurez-lui ma présence future.

Quant à Mr Johnson, il va bien. Il ne se plaint pas et nous discutons un peu. Rassurez-vous : le ciel peut à tout moment se dégager.

Bien à vous,

Mr Smith

Alexender se relut une fois et plia le petit parchemin en quatre avant de revenir sur sa décision et de le rouler pour l'attacher avec une ficelle. Il le confierait à un coursier, que Nathan dénicherait dans la rue en sortant tantôt.
Le cœur battant, le Hunter souffla sa lampe et descendit dans le salon commun. Le feu crépitait doucement dans l'âtre mais il n'y avait pas âme qui vive. Où étaient donc passés Seamus et Nathan ? Ce n'était pas à eux de surveiller la porte pourtant ! Il grimaça, contrarié. Puis, il entendit quelques éclats de voix dans la cuisine. Ils étaient donc en train de préparer le déjeuner...Sa missive attendrait le début de l'après midi.
Résolu à patienter, le rouquin s'installa dans un des fauteuils et soupira en serrant ses doigts autour de son petit rouleau de parchemin. Soudain, il sursauta comme un diable : Raphaël se trouvait dans le sofa à quelques mètres de lui ! Il ne l'avait pas vu en arrivant et sa présence venait de lui faire un véritable choc. Les yeux écarquillés, Alexender garda la bouche ouverte un moment avant de se rasséréner. Le Vampire dormait. C'était-là sa « place » au sein du QG. Il demeurait dans le salon et le sofa était devenu son lit. Le rouquin se passa une main sur le visage et respira plus profondément. Il était environ 11h45 du matin et il était logique que l'albinos sommeille...
Au début, Alexender évita de regarder son compagnon d'infortune, trop fier pour lui accorder son attention. Il observa le feu et attendit, légèrement avachi dans son fauteuil. Puis, il ne parvint plus à retenir sa curiosité et son regard glissa sur le Vampire. Il hésita, mais bien vite il se mit à le détailler avec avidité.


Raphaël n'était pas très grand, pour un Vampire, il avait même une taille plutôt commune. Son visage était celui d'un jeune homme d'une vingtaine d'année. Sa peau, blanche comme le marbre, et la perfection de ses traits lui conféraient la beauté d'un éphèbe. Ainsi allongé sur le côté, il paraissait tout droit sorti d'un de ces jardins grecs où les statues des plus grand maîtres se disputaient les regards des Muses. Raphaël...L'homme portait le nom d'un des plus grands artistes de la Renaissance italienne. Était-ce un hasard ? Ses cheveux étaient d'un blanc immaculé, surnaturel, mais ils n'avaient pas dû être ainsi depuis sa naissance...D'ailleurs, comment était-il né ? D'où venait-il ? Comment en était-il arrivé là ?
Alexender se rendait maintenant compte qu'il ne connaissait pas grand chose de cet étrange personnage qui les avait rejoint dans leur quête de vengeance. Il savait qu'il avait hérité d'un manoir il y avait de cela deux ans, qu'il y stockait un peu de vin italien, qu'il possédait une épée médiévale et qu'il n'avait jamais accepté sa nature de Vampire. Il savait qu'il était dans une phase de dégénérescence avancée, d'ailleurs ses cheveux ne trompaient personne, et qu'il ne tenait pas beaucoup à la vie. Il savait également qu'il ne maîtrisait pas ses pouvoirs et qu'il était même incapable de les décrire. Il tenait une croix sans se brûler, il pouvait voir dans le noir et agir très rapidement, se régénérer et soulever trois fois plus lourd que lui, mais pas cacher ce que les Vampires appelaient entre-eux son « aura », ce qui rendait sa présence dangereuse pour eux tous. Alexender avait aussi retenu sa formidable capacité à tenir tête au Comte...
Son regard dévia lentement sur sa main atrophiée. Elle n'était guère visible depuis sa place mais cela ne l'empêcha pas de frissonner. Malgré leurs capacités régénératrices, les Vampires étaient incapables de faire repousser des os...Raphaël avait été mutilé par le Comte et il ne pouvait plus tenir une arme de sa main droite. Il allait devoir apprendre à se servir de la gauche. Quelque part, cela lui faisait pitié. Finalement, ce Vampire ne semblait pas malveillant. Il donnait son amour à la jeune femme qu'était Eulalia et se contentait de les aider du mieux qu'il le pouvait, quitte à y laisser la vie. Sa nature détestable était un frein à leur amitié, mais au fond de lui Alexender commençait à l'accepter malgré leurs différents...

CODAGE PAR AMIANTE

Crédit images
- Grande image: FNB concept attic de Gandalfleblond.
- Petite image: Symbole dans Vampire Knight, artiste inconnu en ligne.
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Raphaël Veneziano
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MessageSujet: Re: Alliances restaurées [Alexender, Raphaël] [10/05/42] Dim 10 Sep - 19:29

[HRP/ Suite de "Juste peine"/HRP]






Alliances restaurées


Prends soin de ces liens qui nous unissent


Raphaël avait veillé toute la nuit. En effet, sa nature faisait de lui le gardien idéal pour permettre aux Hunters de se reposer : c'était un être nocturne. Tandis qu'il surveillait l'entrée de leur abri, les Humains pouvaient jouir d'un sommeil réparateur. Dans le petit couloir attenant au salon, le Vampire avait ainsi attendu des heures entières, sans jamais relâcher son attention, afin d'assurer leur sécurité à tous. Ce n'était pas la première fois, et ce ne serait sans doute pas la dernière. En vérité, il commençait à s'y habituer. Depuis que leur groupe s'était ressoudé autour de l'espoir que représentaient Sarah, enfin de retour chez elle, Katherine, infiltrée chez le Comte, et Eulalia, qui continuait de leur envoyer des provisions et de les tenir informés, Raphaël s'était porté volontaire pour s'occuper de la porte le temps que chacun prenne du repos. Ainsi, lorsqu'il n'était pas derrière le judas à observer la rue, il s'asseyait sur les bancs molletonnés et patientait, immobile, perdu dans ses pensées, l'oreille attentive au moindre bruit provenant de la rue. Il profitait également de ces moments de solitude pour s'entraîner à dissimuler complètement son aura. Ses efforts payaient car il y parvenait de mieux en mieux, même en situation de stress. Il pensait même avoir réussi à l'étouffer suffisamment pour demeurer avec ses compagnons humains. Évidemment, il savait que si le Comte venait à passer dans la ruelle, il ne pourrait résister bien longtemps à sa force d'attrait avant de se dévoiler. Cependant, il avait au moins la certitude qu'il aurait tout juste le temps de s'éloigner, en sautant par exemple d'une fenêtre à l'arrière du bâtiment, avant que le terrifiant Vampire ne comprenne d'où son aura provenait exactement. L'Ange Blanc se sentait ainsi capable de couvrir les Hunters et de ne pas révéler l'endroit de leur cachette.
Mais surveiller les environs pour aider ses compagnons était une chose, y passer sa nuit entière était un surplus de zèle. Raphaël ne se reposait pas assez. Depuis qu'Eulalia avait quitté le QG, le jeune homme broyait du noir et se sentait affreusement seul. La présence régulière de Katherine et ses affinités avec Alexender ne l'aidaient pas. Cela le peinait beaucoup parce que cela le renvoyait à sa propre solitude. De plus, malgré les amitiés de Christopher ou de Nathan, il sentait qu'il n'était pas encore tout à fait accepté dans les rangs des Hunters. Certes, on ne le rejetait plus autant qu'avant, mais il demeurait différent.
A table, par exemple, il ne mangeait pas comme le reste de la bande et les Blood Tablett qu'il ingérait devant tout le monde restaient une gêne effroyable entre-eux, d'autant qu'il les rejetait très souvent violemment. Parfois, il tremblait visiblement, à cause de sa malnutrition, et certains lui jetaient un coup d'oeil sceptique, si ce n'était pas suspicieux. Chacun savait qu'il avait besoin de sang frais pour survivre et, en l'absence d'Eulalia, les palliatifs étaient son seul recourt. Il en était malade, et cela se voyait. Aussi, le Vampire préférait-il s'isoler ou garder la porte au-delà de son tour de garde, plutôt que d'affronter les questions et remarques des jeunes gens.
Ce matin, il avait renvoyé gentiment Alphonse pour lui permettre de vaquer à d'autres occupations et était resté éveillé jusqu'à 9h15. Christopher avait alors pris la relève et le Vampire s'était enfin couché. Ce zèle l'épuisait, mais Raphaël avait besoin de s'occuper l'esprit pour oublier sa peine d'être ainsi séparé de sa douce.

Il dormait depuis quelques heures lorsque le fougueux Alexender descendit les escaliers pour chercher Nathan dans le salon. Le jeune garçon s'était enfermé dans la cuisine avec Seamus pour préparer le repas, aussi le rouquin s'était-il finalement installé dans un fauteuil afin d'attendre qu'ils sortent tous deux. Raphaël ne broncha pas à son arrivée pour la simple et bonne raison qu'il n'avait absolument pas sentit sa soudaine présence. Le Vampire dormait à poings fermés, ce qui était rare dans le contexte actuel. Plongé dans ses songes, il ne sentit pas le regard du Hunter glisser sur son visage tandis qu'il l'observait d'un œil aussi curieux que miséricordieux. Pour lui, le royaume des cauchemars était alors sa seule réalité...

Ses pas le menaient dans des lieux hors du temps, hors de la conscience. Ils le conduisaient sur les chemins tortueux de sa mémoire et projetaient dans son esprit des images venues d'une autre époque. Stella était là. Elle le toisait de haut pour le sermonner et lui donnait une nouvelle tâche à accomplir d'ici le matin. Puis une grande main brunie par le soleil s'abattait sur sa joue et éveillait en lui désarroi et colère. Il n'avait pas mérité ce châtiment-là. Venaient ensuite les deux étranges serpents qui le suivaient dans les couloirs la nuit. L'un noir, l'autre blanc. Ils lui murmuraient des choses, des choses horribles. Leurs ailes de chauves-souris effleuraient ses cheveux alors que leurs langues sournoises sifflaient à ses oreilles de le tuer, cet homme qui n'était pas son père et qui l'humiliait chaque jour qu'il passait avec Elle. Raphaël sentait sur son échine courir les froides écailles de leurs longs corps sinueux. Cela lui donnait la chair de poule. Il craignait leurs crochets luisants de venin alors qu'il se savait immunisé contre les poisons. Stella le lui avait appris. La morsure dans son cou brûlait sa chair souillée. Jamais le Seigneur ne l'accepterait désormais. Il était abandonné. Seul. Désespérément seul. Les égouts ne pouvaient plus contenir sa révolte. Il fallait mettre fin à ses jours. Oui, mais pas comme ça. Pas comme on noie un vulgaire chat ! Une voix venait le chercher dans l'abysse noire. Elle brillait, timide et pourtant enjôleuse, comme un espoir soudain. Mais l'espoir est traître. La main blanche qui le tirait de l'eau et brisait les algues qui le retenaient avait quelque chose de terrible. Un voile carmin passait devant ses yeux. Un manteau sanglant. Alors les cavités oculaires vides d'un squelette le dévoraient et un casque venu de lointaines contrées asiatiques roulait à ses pieds. Le cri strident d'une femme vrillait l'air et le squelette se bouchait les oreilles qu'il n'avait plus.

Lorsqu'il ouvrit les yeux, Raphaël s'étonna de ne pas avoir le cœur plus en émoi que d'habitude. Il cligna plusieurs fois des yeux, comme pour s'assurer qu'il était bien dans le monde réel et se redressa lentement pour se mettre sur son céans. Il passa une main dans sa tignasse blanche et soupira. C'est là qu'il se rendit compte de la présence d'Alexender.
Les sens soudainement en alerte, le Vampire se redressa d'un bond et jeta un regard inquiet au rouquin. Que faisait-il là à l'observer de la sorte ? Le feu qui crépitait doucement dans la cheminée et répandait sa chaleur sur les tapis le rassura quelque peu. De la même manière, les légers éclats de voix de Seamus et Nathan qui lui parvinrent de la cuisine et l'atmosphère paisible des lieux calmèrent sa surprise. Après tout, il se trouvait dans le salon, c'était tout naturel que le Hunter ne se soit installé là pour attendre le repas.


- Bonjour, Sir Von Ravellow...fit-il avec politesse en adoptant une posture plus droite et convenable.

Raphaël n'avait pas particulièrement envie de discuter et il ne savait d'ailleurs pas comment aborder son homologue, surtout au sortir d'un tel cauchemar. Il avait besoin de temps et manquait d'énergie pour avoir suffisamment de volonté dans ce sens. En soit, Alexender et lui n'avaient jamais réellement conversé en tête à tête.
Lentement, le Vampire reboutonna sa chemise et recoiffa en quelques gestes calculés sa crinière de neige. Il se frotta les yeux et s'étira un peu les jambes. Il avait encore sommeil mais il savait que l'heure du repas n'allait pas tarer à sonner et qu'il avait tout intérêt à se joindre à ses compagnons. Il avait en effet pris l'habitude d'assister à leurs réunions dominicales tout simplement pour faire acte de présence et leur rappeler qu'il faisait désormais partie de leur bande, mais aussi pour ne rater aucune conversation d'importance.


- Ça sent un peu le brûlé...chuchota-t-il d'un ton amusé.

Ce n'était pas grand chose, mais au moins aurait-il essayé. Après un long silence, il jeta un regard intrigué à Alexender. Ce dernier tenait dans ses mains un rouleau de parchemin soigneusement ficelé. C'était de toute évidence une missive qu'il devait faire porter tantôt.


- C'est pour miss Grey, n'est-ce pas ? demanda-t-il d'un ton neutre. Vous avez accepté de voir Miss Spencer... ?

Le Vampire, comme tous les autres Hunters, était au courant de la situation. La veille, lorsque le rouquin leur avait lu la lettre d'Eulalia, il lui avait donné son avis net et tranché : c'était une folie de sortir d'ici pour aller voir la chasseuse. Il mettait non seulement sa propre vie en jeu, mais aussi la sienne et celle de tous les membres de leur groupe. D'autres, comme Nathan, avaient considéré que l'occasion était trop belle pour la laisser s'échapper. Certains avaient même suggéré d'enlever la jeune femme pour la ramener ici avec eux. Proposition face à laquelle Izac lui-même avait donné du poing sur la table. Alexender s'était laissé une journée de réflexion afin de démêler le pour et le contre.

- Chacun est libre de choisir la voie que son cœur lui dicte, Alexender, mais jurez-moi que cette lettre ne met pas en péril Eulalia...fit le Vampire en fronçant les sourcils.


by tris
Crédit image: Soma Cruz, Castlevania, trouvé sur Zerochan
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Alexender Von Ravellow
Hunter - "Criminel" en fuite
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MessageSujet: Re: Alliances restaurées [Alexender, Raphaël] [10/05/42] Mer 13 Sep - 20:28

Alexender
&
Raphaël


Raphaël s'éveilla soudain. Alexender ne détourna pas le regard, trop perturbé par la situation. Il ne pouvait se détourner et faire semblant de vaquer à d'autres occupations sans se sentir éminemment hypocrite. Il observa donc le Vampire se redresser et sortir de ses songes. Il n'avait pas l'air d'avoir bien dormi, même si son visage ne reflétait ni angoisse, ni exaspération. Pourtant, cela ne devait pas faire longtemps qu'il s'était installé. Était-ce sa présence qui l'avait réveillé ? Le Hunter espérait que non.
Son allié croisa alors son regard et son attitude changea du tout au tout. Il se raidit et se redressa pour de bon, comme s'il eut été piqué par un insecte venimeux. Alexender lui sourit gentiment, pour le rassurer. Apparemment le Vampire n'avait pas du tout perçu sa présence. Il n'était donc pas responsable de son éveil. Raphaël se ressaisit rapidement et le salua humblement, par politesse, et entreprit de se redonner constance en reboutonnant sa chemise et en se recoiffant.


- Bonjour, Raphaël. répondit le rouquin d'un ton neutre. J'espère que ce n'est pas moi qui vous ai réveillé. ajouta-t-il en esquissant un sourire faussement inquiet. Les convenances l'exigeaient dans les circonstances présentes.

Le Vampire s'étira un peu les jambes et le silence envahit la pièce. Ils se retrouvèrent ainsi, en face à face, près de l'âtre crépitant. Les deux Hunters n'avaient jamais réellement discuté ensemble, du moins pas seul à seul, et il parut évident qu'ils demeuraient mal à l'aise l'un avec l'autre. Alexender conservait une espèce de franche haine vis à vis des Vampires et Raphaël devait craindre ses écarts. Après tout, ils avaient déjà failli s'entre-tuer...Il fallait agir avec sagesse, afin de maintenir la cohésion de leur groupe déjà bien assez mis à mal par les dernières péripéties qu'il avait vécues.
Conscients des enjeux de leur conduite respective,
les deux hommes tâchèrent de faire bonne figure et de dialoguer avec courtoisie. Le Vampire finit même par faire l'effort de commenter l'odeur qui leur parvenait des cuisine où Seamus et Nathan semblaient brûler des pommes de terre. Malgré sa gêne, occasionnée notamment par l'aspect nouveau que prenait leur relation, Alexender rit légèrement en songeant qu'ils allaient encore grimacer devant leurs assiettes.


- Oui...Seamus et Nathan ne sont pas les plus doués d'entre-nous dans ce domaine...Mais je serai bien mal placé de les critiquer, je n'ai jamais cuisiné moi-même...

L'ancien châtelain poussa un soupir quelque peu douloureux. Il venait de songer à Suzanne et Marguerite, ses deux domestiques, et à ces beaux jours révolus lors desquels il goûtait à leur merveilleux plat, installé confortablement dans sa grande salle à manger. L'idée même que son châtelet puisse être actuellement désert voire pire, en possession du Yard et des Vampires, le rendait malade.


Alors qu'il pensait à son dernier plan pour les libérer, et qu'il avait laissé à l'abandon depuis qu'il avait appris le retour de Sarah, Alexender ne se réalisa pas qu'il avait de nouveau opposé à son collègue un mur de silence. Il ne se le vit pas non plus attarder son regard sur le petit rouleau de parchemin qu'il tenait encore dans ses mains.
Lorsque Raphaël lui demanda si c'était une missive pour Eulalia, le Hunter revint brusquement dans la réalité et ses iris d'ambre tombèrent sur l'objet qu'il serrait sans doute un peu trop fort entre ses doigts. Le nom de Sarah claqua dans l'air et le Vampire voulut s'assurer qu'Alexender ne mettrait pas en danger Eulalia, qui servait d'intermédiaire. Le rouquin soupira. Il voulait être honnête avec Raphaël, comme avec n'importe lequel des Hunters de leur bande, mais cela le gênait de converser avec lui dans ce genre d'intimité, surtout lorsqu'il s'agissait de Sarah. Après un long silence durant lequel il se contenta de regarder l'âtre qui flamboyait, il finit par daigner répondre à son interlocuteur.


- C'est en effet ma réponse au sujet du rendez-vous que miss Spencer m'a donné. J'ai accepté. Je ne peux pas le refuser, malgré le danger qu'il représente. Cela fait si longtemps que je ne l'ai pas vue...Il déglutit et se redressa, plus digne. Et non, je ne compte pas mettre en danger miss Grey. Elle a déjà assez souffert comme ça. J'ai tout codé, comme nous en avons pris l'habitude, et je la confierai à Nathan qui a des enfants sous la main pour transmettre les messages. Personne ne pourra faire le lien entre nous tous, je vous le promets. Alexender fixa soudain le Vampire dans les yeux et son front se tendit. Lisez-la. Cela vous rassurera. fit-il en lui tendant le rouleau d'un geste franc.

Le Hunter poussa le Vampire à prendre le parchemin et l'encouragea du regard. Il pouvait le lire, il n'en avait cure. Après tout, il n'y avait rien de bien intime à l'intérieur. Et puis, il lui devait bien cela. C'était Eulalia la destinataire première de cette lettre, sa compagne. Il avait le droit de savoir.


- Vous voyez, fit-il pendant que son homologue lisait les dernières lignes de la missive, j'y précise même que vous vous portez bien, pour rassurer notre amie commune, et j'avais presque anticipé notre discussion.

C'était vrai. Alxender avait bien notifié que Raphaël, sous le pseudo de Mr Jonhson, se portait bien et qu'ils conversaient un peu ensemble. En soit, il avait été très bref à son sujet, presque expéditif, tout simplement parce qu'il ne voyait pas l'intérêt de s'attarder sur ce point: l'important ici était de confirmer qu'il se rendrait bien au rendez-vous de la chasseuse.

- Je suis navré si je n'ai pas épilogué à votre sujet...Je ne savais pas quoi écrire. fit-il un peu maladroitement.


Le silence reprit sa place dans le salon. Les frasque de Seamus et Nathan semblaient prendre de l'ampleur. De ce qu'ils pouvaient percevoir au travers de la porte à l'autre bout de la pièce, c'était que Seamus venait de sauver quelques pommes de terre tandis que Nathan avait culbuté le pain et marché dessus. On aurait cru deux enfants de neuf ans en train de jouer dans les bas de leur mère en se prenant pour des marmitons. Cela avait quelque chose de terriblement risible. D'ailleurs, Alexender pouffa légèrement lorsque la voix de Nathan perça le mur pour couiner qu'il n'avait pas fait exprès et que ce serait son morceau de pain. Il était attendrissant, ou pitoyable, le Hunter ne savait plus qu'en penser.
Le rouquin ramena son regard dans celui de Raphaël. Une question le titillait depuis qu'il avait appris sa nature et qu'il avait accepté sa présence parmi eux. Cependant, il n'avait jamais trouvé ni le temps, ni le contexte nécessaires pour la lui poser. Il songea que c'était sans doute le moment de s'en occuper. Tant pis si cela refroidissait encore un peu plus l'ambiance, mais il sentait qu'il était temps de se dévoiler l'un à l'autre, question de confiance.


- Dites-moi, Raphaël, qui vous a transformé ? Comment en êtes-vous venu à chasser vos semblables ? Je suppose que, comme nombre d'entre-nous, moi y compris, c'est pour venger des proches que vous vous êtes armé face aux Vampires...

Raphaël leur avait déjà dit rapidement, au détour d'une conversation, qu'il avait eu un père adoptif. Si ses souvenirs étaient bons, il avait même dit qu'il l'avait tué...Mais dans le flot des conversations, d'autant qu'elles avaient été particulièrement animées jusque là, le Hunter ne savait plus ce qu'il avait entendu ou fantasmé. Il avait besoin de connaitre un peu mieux ses alliés, surtout celui-là.

- Racontez-moi votre histoire Raphaël...J'aimerais vous comprendre.

La démarche était certes intrusive, mais elle avait le mérite de se vouloir utile. S'ils en apprenait plus sur l'un et l'autre, alors peut-être qu'ils pourraient enfin se faire confiance. Au fond de lui, Alexender ne pouvait s'empêcher de mépriser la nature de Raphaël: ses cheveux blancs, sa peau de marbre, ses yeux d'un bleu glacé et même sa voix, légèrement langoureuse, lui donnaient envie de l'assassiner sans sommation. Mais il savait également qu'il était de leur côté, que les Hunters avaient besoin d'hommes et que pour défaire le Comte il pourrait être un allié de taille. Raphaël était encore utile à l'embryon de guilde qu'il avait créé, et pour cela il était prêt à faire des efforts pour le considérer comme l'un des siens.


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Raphaël Veneziano
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MessageSujet: Re: Alliances restaurées [Alexender, Raphaël] [10/05/42] Lun 25 Sep - 23:45






Alliances restaurées


Construire la confiance demande de la patience et parfois le sacrifice de son intimité


C'était la première fois, depuis qu'ils s'étaient rencontrés, que Raphaël et Alexender se retrouvaient en face à face. C'était la première fois qu'ils pouvaient échanger entre-eux, sans interférence, sans un empressement qui leur ôtait toute possibilité de se découvrir l'un à l'autre. En effet, les deux hommes avaient toujours eu des rapports au sein d'un groupe, en plein combat ou dans des contextes qui ne se prêtaient absolument pas au dialogue. Jamais ils n'avaient pu partager un moment, seul à seul, avec un peu de temps devant eux. Aujourd'hui, ce moment leur était offert. C'était à eux de le saisir ou de l'ignorer...

Jusqu'à présent, Alexender avait toujours paru soit exagérément exubérant et jovial aux yeux du Vampire, soit affreusement hostile. Jamais encore il n'avait pu le fréquenter dans des situations propices à forger chez lui une opinion positive du rouquin. Même s'il était loin de faire partie de ces gens qui jugent en quelques coups d'oeil ce que l'étranger peut être, Raphaël n'avait pas pu s'empêcher de cultiver quelques préjugés au sujet de son "collègue". Il fallait dire que l'aristocrate, désormais déchu, avait toujours pris soin d'entretenir une réputation peu reluisante et qu'il n'avait jamais réellement accepté la présence d'un être de la nuit au sein de son groupe. Raphaël avait toujours tenté de conserver ses distances avec cet homme, pour mille et une raisons.
Avant même de le rencontrer sous son apparence de Hunter, le Vampire avait entendu dire que le noble n'était qu'un débauché, un plaisantin qui se riait de ses pairs et qui collectionnait les femmes dans l'alcôve toujours tiède de son châtelet. Il avait également ouïe dire que le rouquin buvait volontiers plus que de raison et qu'il lui arrivait de forniquer avec ses domestiques. Le tableau n'était alors déjà pas très reluisant.
Depuis qu'il le connaissait sous sa seconde facette, le Vampire avait découvert chez le jeune homme un tueur, buté comme un enfant, parfois d'une violence sans nom et même d'un entêtement parfois aussi stupide que dangereux. Il avait compris que certaines des rumeurs qui courraient sur lui étaient vraies, notamment en matière de femmes, et l'avait rapidement pris en grippe, d'autant qu'il semblait décidément avoir la gâchette facile. Ainsi, sans pour autant afficher son mépris autant que ce dernier affichait le sien à son encontre, il s'en était fait une image particulièrement sombre.

Engager le dialogue avec lui semblait aujourd'hui nécessaire, afin de gommer en partie les différents griefs qu'ils pouvaient avoir l'un contre l'autre, ainsi que pour dénouer quelques nœuds qui les empêchaient d'être efficaces dans leurs entreprises. Puisque le rouquin avait amorcé la chose en venant se planter là, sur le sofa en face de lui, autant aller au bout et voir ce que cela pouvait bien donner.

Au départ, il y eu quelques banalités, qui tenaient davantage de la simple politesse mondaine que de l'envie de discuter. Ils se saluèrent, s'excusèrent et évoquèrent le chaos qu'Alphonse et Seamus semblaient nourrir dans la cuisine. A l'instar de deux inconnu qui font la pluie et le beau temps dans un parc, pour meubler les minutes désagréables d'un premier contact, ils demeurèrent légèrement figés, le dos tendu, les paroles guindées, dans la peur de faire un mauvais pas et de perdre cette minuscule fenêtre qui venait de s'ouvrir entre eux.
Chacun prit sur lui. Raphaël hésita et Alexender sembla aussi réticent que lui à amorcer le dialogue et à chercher des sujets de conversation. Quelque part, cela rassura le Vampire. Mais bien vite les banalités devinrent plus une gêne qu'autre chose...Évoquer la cuisine n'était pas une si bonne idée que cela, puisque Raphaël ne cuisinait pas non plus, mais pour des raisons bien différentes que celles qu'avançait Alexender. L'aristocrate déchu avait toujours eu des domestiques, tandis que lui se nourrissait de sang d'animaux ou de cachet...Comment évoquer les petits plats brûlés et les capacités de l'un et de l'autre sans ramener sur le tapis leur différence de condition ? Raphaël laissa ce sujet mourir aux coins des lèvres de son comparse et décida de s'intéresser à l'enveloppe que ce dernier tenait dans les mains.

Malgré leur besoin de légèreté, les deux hommes devaient aborder des sujets éminemment gênants. Ils auraient beau tourner autour du pot et tâcher d'éviter les zones d'ombre qui les séparaient, ils seraient bien obligés de percer les abcès qui les rendaient aussi méfiants et ridiculement hostiles. Le rendez-vous que Sarah Spencer avait donné à son amant devint rapidement le thème principal de leur discussion. Raphaël voulait savoir ce que le Hunter avait décidé de répondre à la jeune femme et il voulait s'assurer que sa chère et tendre Eulalia n'aurait pas à souffrir de son système de communication.
Alexender resta muet un moment, ce qui fit tiquer le Vampire qui se demanda s'il répondrait un jour à sa question. Une nouvelle tension venait de s'installer. Mais bientôt le rouquin se mit à le rassurer et il lui tendit même sa lettre afin qu'il puisse la lire. Raphaël tendit doucement la main, hésitant.


- Vous êtes sûr...? demanda-t-il en recevant un peu malgré lui l'enveloppe entre ses longs doigts blancs.

Le rouquin le força presque à lire la missive, comme pour lui montrer qu'il lui faisait confiance, ou du moins qu'il ne désirait rien lui cacher lorsque cela concernant Eulalia. Même s'il n'en dit rien, le Vampire lui en fut infiniment reconnaissant. Pour lui, la sécurité de sa compagne était primordial. Au final, les deux hommes se ressemblaient un peu: tous les deux cherchaient à sauver leur amour et à lutter contre les ténèbres. Ils n'avaient simplement pas les mêmes méthodes, ni les mêmes pouvoirs.


- Merci...Je pense que Miss Grey ne peut effectivement pas être inquiétée à cause de cette lettre, fit Raphaël en lui rendant sa lettre. Ne vous inquiétez pas, elle sera rassurée avec ces quelques mots. C'est amplement suffisant.

Raphaël se rencogna dans l'angle du sofa qu'il occupait et soupira. Au fond de lui, il mourait d'envie d'écrire lui-même à Eulalia pour lui dire combien elle lui manquait déjà. Il se sentait encore faible de sa rencontre avec le Comte et il ne supportait toujours pas cette main à laquelle il manquait des doigts.

- Je ne peux pas blâmer votre choix. J'aurais fait de même. confia-t-il au rouquin en parlant du rendez-vous avec Sarah. Il vous faudra cependant être très prudent. Je ne peux m'empêcher d'imaginer que ça peut être un piège du Comte...

Il y avait songé pendant des heures. Persuadé que le rouquin se rendrait au point de rendez-vous pour retrouver sa dulcinée, le Vampire n'avait pas pu éviter de se convaincre qu'il s'agissait peut être d'un faux rendez-vous et que l'information qu'avait recueillie Eulalia pouvait avoir été montée de toute pièce pour attraper le Hunter.

Le silence se réinstalla entre eux. La gravité du sujet, et son aspect très intime, venait de jeter un froid sur le salon. L'âtre qui crépitait près d'eux ne parvenait plus à rendre l'atmosphère chaleureuse. Ils avaient tellement de choses à se dire pour désamorcer leur situation...

Ce fut le rouquin qui entama une nouvelle discussion. Raphaël sentit son coeur s'emballer. Le regard fauve du Hunter dans le sien réveilla une indicible peur dans le creux de son corps. L'homme voulait connaître son passé. C'était comme s'il en avait absolument besoin pour remettre dans l'ordre les pièces d'un puzzle qu'il ne parvenait pas à monter. Pour accepter un temps soit peu sa condition de Vampire, Alexender semblait prêt à écouter le récit de sa vie.


- Je...Raphaël hésita. Il ne savait pas par où commencer. Il ne se souvenait même plus de ce qu'il avait déjà dévoilé à ses "confrères" depuis qu'il avait rejoint leur groupe. C'est à la fois très simple et très compliqué...soupira-t-il en joignant ses mains entre ses genoux.

Il pencha la tête en avant, comme pour se préparer à un discours dans une timidité enfantine, puis il plongea son regard glacé dans les flammes de son interlocuteur.


- Je ne sais plus ce que je vous ai déjà raconté...murmura-t-il d'un ton sombre. Mais je veux bien essayer...si vous y tenez...Il prit une grand inspiration et commença son récit: Je suis né en 1797, à Milan en Italie. Raphaël stoppa déjà son récit pour sourire d'un air ironique. Oui, j'ai déjà presque soixante-dix ans...je pourrais être votre grand-père...Le temps passe si vite et pourtant si lentement...Il dévia son regard pour observer les flammes dans l'âtre brûlant. Au bout d'un moment, il reprit: Je n'ai jamais réellement connu mon père, mon vrai père. Il a disparu avant ma naissance. J'ai été élevé par ma mère, une grande aristocrate fortunée, et par son amant...un Vampire complètement rongé par la dégénérescence...J'ai vécu presque seul, dans des conflits constants avec ma mère et cet abruti qui nous battait l'un et l'autre lorsqu'il manquait de sang. Et puis un jour, je me suis opposé à lui avec un peu trop de voix...Il m'a alors mordu et ma mère l'a obligé à me sauver la peau en me transformant. J'aurais préféré crever ce jour-là...mais Dieu en a décidé autrement. Dieu...ou le Diable...Son ton s'était nettement assombri. J'avais alors 27 ans. Ce visage, que je porte comme un masque, date de cette époque. L'immortalité ! Quel enfer...Le Vampire soupira d'un air fatigué. Je n'ai jamais accepté ma nouvelle nature...Et, à force de refuser l'inévitable, je suis tombé gravement malade. Ma mère et son "homme" m'ont alors abandonné...Enfin...ils ont tenté de me tuer. J'ai été balancé dans les égouts, attaché comme un chat que l'on veut noyer. Raphaël se tue un moment, revivant avec douleur cet abandon de sa mère. J'ai été recueilli par une Vampire du nom de Stella. Elle m'a aidé à survivre et à oublier un peu mes souffrances. Douze ans ont ainsi passé. J'étais malheureux mais je survivais. Je haïssais tout ce que je représentait et pourtant Stella me convainquait que je ne pouvais pas encore mourir. Ce fut une époque étrange, une vie souterraine, sans identité. Je vivais dans l'ombre absolue, jusqu'à ce que ce taré ne me retrouve...Il a assassiné Stella puis ma mère, qui a tenté de me protéger de sa folie. Ironiquement, c'est un Hunter qui m'a sauvé...un hunter qui m'a pris ma vengeance...et qui m'a laissé vivre sous ce ciel que je ne peux plus voir que de nuit...Sa voix se brisa légèrement et son front se fit plus sévère. Il a suffit d'une balle. D'une seule balle...J'aurais dû le faire depuis longtemps. Ma mère aurait pu être sauvée...Stella aussi...

Raphaël marqua une pause et se passa une main sur le visage comme pour effacer toutes les images qui lui revenaient en mémoire. Il finit par se ressaisir et par croiser les jambes avant de poursuivre son histoire:

- J'ai ensuite voyagé en France, appris l'escrime auprès d'un maître d'armes et Hunter français qui m'a pris sous son aile...J'ai commencé à me battre contre les "miens" pour aider cet homme dans ses chasses et pour venger un peu ma condition, ma mère et Stella. Je me suis pris au "jeu". Puis mon maître est mort. J'ai vécu dix ans...non onze ans au pays de Galles, j'y ai fréquenté un Alchimiste qui a tenté de me guérir de ma dégénérescence et qui a voulu m'aider à mieux ingérer les Blood Tablett. Ce fut un échec cuisant. Je suis finalement venu m'établir ici, en reprenant de vieux titres familiaux, pour plonger mon épée au coeur de ce "nid" dont mon maître m'avait parlé. Je voulais me rendre utile...je suppose...

Raphaël se tue tout à fait. Il venait de raconter toute sa vie à Alexender, ou du moins de la résumer à l'essentiel. Il ne savait plus quoi ajouter, si ce n'était des anecdotes particulièrement intimes, et il ne comptait pas en dévoiler plus que nécessaire.

- Et vous, Alexender, comment en êtes-vous arrivé là ? Vous me dites que c'est par soif de vengeance que vous avez pris les armes face aux créatures de la nuit, le schéma classique...mais cela ne cache-t-il pas autre chose ? Pourquoi vous être forgé une telle réputation ? J'imagine que c'était une forme de stratégie ?



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Alexender Von Ravellow
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MessageSujet: Re: Alliances restaurées [Alexender, Raphaël] [10/05/42] Jeu 28 Sep - 20:26

Alexender
&
Raphaël


La transparence...C'était peut-être ce qui sauverait les Hunters. S'ils parvenaient tous à se faire confiance et à travailler main dans la main, dépassant préjugés et rancoeurs, alors la victoire pourrait être envisagée. Elle n'était pas certaine, elle ne le serait jamais, mais sans cette cohésion rendue possible par leur abnégation et leur prise de conscience collective, elle ne serait jamais qu'un doux rêve au milieu du chaos. Alexender se sentait prêt à changer, pour son bien, celui de ses compagnons et celui de la guilde qu'il tentait de ressusciter de ses cendres. Il savait qu'il devait revoir ses méthodes et procéder avec plus calme et de complaisance s'il voulait parvenir un jour à tuer le Comte et à libérer Londres des créatures de la nuit. L'espoir lui était encore permis, malgré sa propension à ne plus y croire, et il était temps qu'il agisse dans le sens d'un bien commun, avec plus de délicatesse, plus de raison et de confiance. A force de suivre son coeur et toutes les émotions qui y étaient liées, il allait finir par dissoudre le clan entier et mettre toujours plus de vies en jeu. Cependant, faire confiance à Raphaël était d'une difficulté sans nom: c'était un Vampire, une créature que l'aristocrate déchu rêvait de liquider sans sommation; c'était un buveur de sang qui se nourrissait d'Eulalia et qui ne savait pas encore maîtriser ni sa soif, ni ses pouvoirs...Comment parvenir à lui accorder un minimum de crédibilité en tant que Hunter et coéquipier ? Comment accepter sa nature sans craindre ses pulsions ?

Pour afficher sa bonne volonté, Alexender avait décidé de franchir un cap ce matin-là. Maintenant qu'ils se retrouvaient en tête à tête, autant qu'ils apprennent à se connaître. Bâtir la confiance prend du temps, et il n'en avaient que très peu, mais cela demande surtout des efforts de la part de chacun. Quelques mots pour amorcer la discussion, des banalités, des regards...et puis il faut entrer dans le vif du sujet: ce qui nous préoccupe, ce qui peut avoir marqué l'autre, sa vie, son passé, ce qui nous lie,
ce qui nous oppose...Ce n'est qu'en ayant conscience de ce qui anime l'âme d'un être que l'on peut accepter ce dernier au point de lui confier sa vie. Alexender doutait beaucoup de pouvoir réussir un jour à considérer que Raphaël était capable de prendre soin de sa vie, ou même de réussir à le voir comme un "ami". Cependant, tenter de cerner sa personnalité et connaître un minimum son passé et ses inspirations pourrait l'aider dans sa quête d'harmonie.
La première étape de leur rapprochement fut d'échanger au sujet de Sarah et d'Eulalia. Les deux jeunes femmes étaient liées par leurs convictions profondes et leur amour de la guilde. Elles s'étaient vues très récemment et avaient pu discuter de tout ce qu'il s'était passé depuis l'attentat au théâtre. Alexender tendit la lettre qu'il avait écrite pour donner à Eulalia sa réponse positive concernant un rendez-vous que Sarah lui avait donné par son biais. C'était ça la transparence: l'ouverture, la tolérance, la transmission des informations, quelles qu'elles soient. Qu'il la lise, cette lettre, qu'il se rassure ! Qu'est-ce que ça pouvait bien lui faire ? Si le Vampire pouvait être plus paisible après sa lecture, lui permettre d'en prendre connaissance était le mieux qu'il avait à faire. Au début, Raphaël fut hésitant, par pudeur, par respect. Alexender dut un peu lui forcer la main pour l'obliger à aller au bout des choses. Ainsi, il lui montrait qu'il n'avait rien à lui cacher, surtout pas au sujet de son amante. Il lui était agréable: c'était le premier jalon de ce qui pourrait devenir une franche camaraderie au sein du QG. Les deux hommes partageaient leurs doutes et leurs souffrances: chacun avait une femme à aimer et à protéger, chacun cherchait sa place dans le tumulte des affaires du monde.
Enfin, ils en vinrent à se confier leurs passés respectifs. L'un et l'autre désirait en savoir plus sur son partenaire. Il était temps qu'ils mettent de côté leurs différents griefs et qu'ils se comprennent un peu mieux. Comment étaient-ils devenus Hunters ? Comment Raphaël avait-il été transformé ? Qu'est-ce qui les poussait à lutter ainsi pour la disparition des Vampires ? Tant de questions vitales pour concevoir un semblant de confiance...


Au coin du feu, les deux hommes se confièrent donc chacun leur tour. Comme Alexender avait amorcé le sujet, ce fut Raphaël qui détailla son passé le premier. Le rouquin observa d'un oeil attentif le Vampire qui se livrait lentement à lui. Il semblait angoissé, sûrement par peur d'être jugé une nouvelle fois trop hâtivement. Mais ce qui interpella surtout le Hunter, ce fut la façon dont il détourna plusieurs fois les yeux et frémit. Apparemment, Raphaël demeurait marqué au fer rouge par son passé. Sa mère l'avait élevé en compagnie d'un Vampire complètement fou et sa transformation avait été un accident dut à un conflit familial d'importance. Alexender tenta d'imaginer ce qu'avait bien pu ressentir le Vampire lorsqu'il avait réalisé qu'il ne serait plus jamais le même et lorsqu'il avait dû suivre l'exemple d'un homme qu'il haïssait. Il avait abandonné l'envie de vivre et ses "parents" avaient fini par s'en débarrasser dans les égouts. D'asile en asile, il avait survécu par miracle, grâce à la bonté de quelques âmes: une Vampiresse, un Alchimiste, un Hunter...avant de finir à Londres pour faire face à sa façon au Monde de la Nuit. Alexender était soufflé par ce qu'il venait d'entendre. Il ne s'était pas attendu à un tel résumé de son passé et se sentait désormais légèrement mal à l'aise d'avoir osé entrer si profondément dans son intimité.

- Je...Le rouquin chercha ses mots. J'ai du mal à imaginer toutes les souffrances que vous avez pu endurer. L'abandon de votre mère et toutes ces pertes...Enfin...Je veux dire...La façon dont se s'est déroulé...Il jeta un coup d'oeil peiné et maladroit à son interlocuteur avant de rire d'un air un peu crispé. Ah, ah...évidemment que je ne peux pas imaginer...La transformation a dû être un enfer...Je comprends mieux votre engagement...Douze ans sous terre...? C'est incroyable...

C'était maladroit et sans grand intérêt, mais Alexender ne savait pas comment réagir face à de telles confidences. Il compatissait, c'était vrai, mais il ne pouvait pas réellement mesurer l'étendue de la souffrance qu'avait éprouvé l'Italien. Qu'on puisse jeter son enfant dans les égouts le dépassait de loin. Il ne pouvait concevoir qu'un être humain soit capable de tant d'égoïsme.

- Vous avez le nom de celui qui vous a...fait ça ? finit-il par demander d'un ton sombre. Je veux dire...le nom de votre "beau-père" ? Et ce Hunter qui vous a sauvé...vous connaissez son nom ? Et celui qui vous a entraîné en France ?

Alexender voulait savoir s'il avait déjà entendu parler de ces hommes en question. Puis, il se rendit compte qu'il n'avait absolument pas calculé le temps passé entre l'événement décrit par Raphaël et aujourd'hui. Les Hunters pouvaient tout aussi bien être très âgés, voire décédés. Il passa sa main dans sa crinière de feu d'un air perturbé.

- Pff...Je m'imagine qu'on pourrait les rallier à notre cause et trouver chez eux des coéquipiers supplémentaires, mais je rêve un peu...Nous sommes si peu nombreux...Parfois ça m'angoisse.


Raphaël semblait affecté par son propre récit et les questions de son interlocuteur, mais il ne se laissa pas démonter pour autant. Lui aussi désirait connaître un peu mieux son comparse et il se permit donc rapidement de lui retourner sa prime question. Il y ajouta même un soupçon d'ironie qui sous-entendait qu'il avait compris qu'il y avait une raison plus obscure qu'une simple envie de vengeance qui animait le bras armé du Hunter. Alexender mit un certain temps avant de lui répondre mais il le fit avec ce même désir de transparence qui l'avait poussé à lui offrir un droit de regard sur la lettre qu'il avait faite à Eulalia.

- C'est un peu moins compliqué que vous... fit-il en cherchant instinctivement des yeux son habituel verre d'alcool, qui n'était pas là. Je suis né à la Nouvelle-Orléans. Mon père tenait une plantation d'indigo. Vers mes seize ans, ma mère s'est faite tuer par des Vampires et mon père a sauvé notre peau en nous amenant en Angleterre où il avait ses relations et sa réputation. Quelques années plus tard, il s'est fait assassiner lui aussi, par des petites frappes de l'East End...Enfin je suppose...ajouta-t-il d'un air morose. Je suis retourné sur les terres familiales et j'ai découvert toute la vérité: mon père était un Hunter qui avait fourré son nez dans les affaires d'un certain Lilian Parker, un véritable monstre de malice. Il avait descendu une paire de ses acolytes...Vous comprenez l'acharnement des Vampires sur ma famille...Le rouquin poussa un long soupir et son regard d'ambre s'attarda sur le feu dans l'âtre. J'ai éliminé toute la bande, récupéré les terres et le manoir que Lilian avait osé prendre en notre absence, brûlé les notes de mon père, repris une vie faussement mondaine et attisé les braises de ma haine...Son regard revint se planter dans les yeux glacés du Vampire. L'idée même qu'une race supérieure puisse risquer de nous asservir me rend malade. Je veux venger ma famille, évidemment, mais aussi éviter que d'autres ne vivent ce que j'ai vécu alors. Il marqua une pause et joignit ses mains sous son menton. Que voulez-vous qu'il y ait d'autre, Raphaël ? Ma vie de "débauche" est un voile pour cacher mon Bloody Rose et ma rage, mais aussi ma façon profonde de concevoir la vie. Je ne supporte pas tous ces codes de conduite, ces différences sociales, ces coincés qui nous dictent à chaque heure ce qu'il faut dire, ce qu'il faut porter, ce qu'il faut faire pour plaire à la "bonne" société...Je revendique ma liberté, c'est tout.

Alexender ne désirait pas se cacher derrière de faux semblants. Oui, il aimait les femmes et il pouvait avoir plusieurs partenaires dans la même semaine que cela lui était bien égal. Oui, il aimait les banquets et le faste des soirées masquées, pour rire, pour manger, pour profiter des mondanités ridicules afin de glaner des informations sur les créatures de la nuit, assurer sa production d'indigo ou faire de nouvelles conquêtes parfumées. Et alors ? Il ne pouvait croire qu'une vie après la mort l'attendait bien gentiment de l'autre côté du couvercle de son cercueil: pour lui, il fallait profiter de ce qu'il avait sur le moment et jouir de tout ce que la vie pouvait bien lui apporter plutôt que de se restreindre et se laisser happer par la faucheuse sans avoir vu la moitié de ce qu'il pouvait voir, sans avoir goûté à tout ce qu'il pouvait goûter ou sans avoir embrassé toutes les femmes que sa destinée plaçait sur son chemin. A quoi bon vivre si c'était pour se ranger et attendre sa fin derrière un bureau, un cigare et des discussions politiques sans lendemain ? A quoi bon se limiter au "bienséant" pour crever dans un coin, seul, oublié de tous, sans avoir connu toutes les saveurs que ce monde offrait ?

- Je n'ai que faire de ma réputation. Je veux vivre, c'est tout. Je considère qu'il faut profiter de ce que le destin place devant nous sans nous retenir. Mais...maintenant...cette "stratégie" et ce mode de vie ne me sont plus permis... Sa voix mourut dans sa gorge nouée: sa philosophie de vie n'était plus applicable à sa situation. Sans ses titres, sans son châtelet, sans ses domestiques et sans innocence judiciaire, il ne pouvait plus réellement dire qu'il était "libre".

- Nous nous ressemblons, Raphaël...Je n'aurais jamais cru pouvoir dire cela un jour...Des Vampires nous ont tout pris et nous tentons de "nettoyer" Londres, par vengeance personnelle et pour une soit-disant liberté dont l'Humanité risque de se voir priver. Le "schéma classique", comme vous dites...


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Raphaël Veneziano
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MessageSujet: Re: Alliances restaurées [Alexender, Raphaël] [10/05/42] Sam 30 Sep - 12:35






Alliances restaurées


La foi guide mon bras.
Pas toi ?


Raphaël avait toujours été très réservé. Son caractère, plutôt placide et taciturne, le rendait peu sociable et discret. Jamais il ne se livrait. Jamais il n'étalait ses sentiments ou son passé. A qui aurait-il pu se confier de toute façon ? C'était un homme seul, éminemment seul. Même du temps où il se cachait dans les sous-sols, aux côtés de Stella, jamais il n'avait réellement pris la peine de dévoiler ce qui étreignait son coeur. Contrairement à Alexender qui laissait ses émotions le déborder et qui clamait à qui voulait l'entendre ses aspirations et pensées, l'Italien demeurait un mystère. Sa nature et sa solitude avaient renforcé son côté farouche. Il ne pouvait faire confiance à personne et, pour lui, faire étalage de ses sentiments ne faisait que les exacerber. A quoi bon grogner sa tristesse ? A part ressasser indéfiniment ce qui l'a animée et se mutiler davantage qu'on ne l'est, cela n'amène généralement rien. Stella lui avait déjà dit que de se confier pouvait apaiser son coeur, mais il lui avait aussitôt rétorqué qu'il fallait également songer que cela pouvait peiner l'oreille charitable qui recueillait ce type d'épanchement. A ses yeux, il risquait tout simplement de briser les autres avec ses propres soucis. Il ne pouvait le tolérer. Et puis, en son fort intérieur, il savait que la plupart des gens se moquaient bien de ce qu'il pouvait ressentir. L'égoïsme était devenu la nouvelle religion des hommes "civilisés" et il ne voyait pas ce que pourrait lui apporter ce partage émotionnel. En outre, il avait tant à dissimuler et tant à dénouer seul qu'il ne lui était pas permis d'espérer trouver un vrai confident sans mettre en danger cette pauvre âme, voire se tirer lui-même une balle dans le pied.
Devant la cheminée, face à Alexender, il avait ouvert le livre de sa vie et résumé ce qui le motivait aujourd'hui. C'était une situation inédite, un véritable tremblement de terre dans ses habitudes. Le Hunter voulait connaitre son passé et ce qui le poussait à vouloir détruire les "siens". Il voulait tenter de le cerner pour l'accepter et tâcher de lui faire confiance. Dans le contexte actuel, refuser de se livrer un peu n'aurait fait que creuser le fossé qui les séparait. Tous deux avaient parfaitement conscience de la nécessité de se tendre la main et de s'ouvrir l'un à l'autre. Après tout, que risquaient-ils ? Cela ne pourrait que renforcer leurs liens et apaiser les tensions qui persistaient entre eux, notamment à cause de sa nature vampirique et de la peur que cette dernière inspirait à tous. La peur ou le dégoût...

Une fois que l'Ange Blanc eut achevé le terrible récit de son passé, un poids énorme sembla lui tomber des épaules. Il soupira plus profondément, comme s'il sortait d'une épreuve de force, et une forme de plaisir s'empara de son coeur. En réalité, confier ainsi à Alexender ce qui l'avait bâti jusqu'à présent lui donnait l'impression de jeter sur la table l'ensemble de ses cartes et de remettre le jeu à zéro. C'était comme s'il venait de lui donner tout ce qui lui manquait pour l'accepter enfin dans son entier, Vampire ou non. Après tout ce qu'il avait vécu, il était évident que sa lutte envers les créatures de la nuit était tout à fait légitime et que sa nature n'était rien d'autre qu'un fardeau dont il se serait bien passé. Comment Alexender pourrait encore douter de ses intentions ? Suite à ce récit, à moins qu'il ne lui ai donné aucun crédit, il était certain qu'il le regarderait avec plus de complaisance.
Le rouquin semblait soufflé. Il l'avait écouté avec attention et ses différentes réactions avaient été courtoises, quand elles n'avaient pas été pleines de compassion. Apparemment, il ne le jugeait plus coupable et il comprenait un peu mieux son engagement au sein des Hunters. Il parut particulièrement choqué de sa séparation avec sa mère et crachait sur celui qui lui avait servi à la fois de beau-père et de tortionnaire. Sans le laisser paraître, cela réchauffa le coeur du Vampire. Un léger sourire se dessina brièvement à la commissure de ses lèvres pâles. Quelle étrange sensation ! Certes, il s'était déjà confié en partie à Eulalia et cela lui avait déjà fait un bien phénoménal, mais là il s'adressait à un homme, une figure qui ne lui avait jamais été réellement amicale jusqu'à présent, et le changement qui venait de s'opérer sur ses traits lui procurait l'impression d'une victoire. Ainsi donc ils pouvaient se considérer comme de réels alliés. A défaut d'amitié, ils pourraient au moins ne plus craindre de lame dans le dos.


- Je ne peux changer mon passé...Ma mère a eu des choix difficiles à faire.
Je pense aujourd'hui qu'elle m'a abandonné pour me laisser une chance de survivre. Celui qui m'a transformé ne m'aurait jamais toléré plus longtemps: il aurait fini par m'égorger.Et puis...ce que je ne vous ai pas dit, c'est qu'elle m'a sauvé en se sacrifiant...Il l'a tuée parce qu'elle s'est interposée.


Raphaël ne voulait pas qu'Alexender puisse penser que sa mère n'avait été qu'une abominable égoïste. Elle avait été lâche, c'était certain, mais elle n'avait jamais été méprisante avec lui. Son amant lui avait retourné la tête et l'avait toujours tenue en laisse...L'Italien grimaça au souvenir de toutes ces années de misère et de doute. Alexender n'en revenait toujours pas qu'il ai pu vivre douze ans dans les égouts.

- Oui...c'était une époque que je n'aime pas trop me rappeler, même si je considère ces douze années plus bénéfiques que le peu de temps que j'ai passé en compagnie de mon "beau-père".

Le rouquin s'intéressa soudain aux noms de ceux qui avaient croisé sa vie. Raphaël en resta bouche-bée un instant. Le Hunter s'était animé d'une étrange force, comme s'il s'apprêtait à partir en guerre à ses côtés pour le venger. Une nouvelle fois, le Vampire éprouva une certaine forme de joie dans le creux de son coeur. Il sourit à son comparse tandis que ce dernier lui avouait qu'il avait songé un instant pouvoir recruter de nouveaux Hunters.

- Mon "beau-père" se faisait appeler Romuald Daniel Joyce, mais je pense qu'il a eu plusieurs noms, comme beaucoup d'immortels...fit-il en songeant soudain que le Comte avait sans doute eu plusieurs noms et que si les recherches d'Eulalia à son sujet s'étaient soldées par un échec c'en était peut-être la cause. Le Hunter qui l'a tué m'est toujours inconnu. Il a disparu juste après m'avoir sauvé la vie. Je ne sais pas pourquoi il m'a épargné et j'aurais aimé le savoir. Il doit être mort à l'heure qu'il est. Mon maître français s'appelait Albert Dombreuil. Il a été tué par un Vampire du nom de Terence, que j'ai moi-même achevé...A ce souvenir, Raphaël tressaillit un peu. Il avait invoqué son pouvoir le plus noir pour vaincre ce monstre et il ne se souvenait plus de tout. C'était comme si sa mémoire avait tenté de le protéger en occultant la vérité. Dans sa folie, il avait tué des innocents...Je n'ai gardé aucun lien avec ces gens. Ils ont tous disparu et je ne pourrai malheureusement pas rallier qui que ce soit à notre cause...J'en suis fort navré, croyez-moi...ajouta-t-il en affichant une moue contrariée. Il aurait aimé avoir dans ses connaissances des Hunters pour gonfler leurs rangs, mais à part un Vampire qui vendait des Blood Tablett, il ne pouvait pas dire qu'il avait des relations...

Alexender laissa alors échapper que le manque de coéquipiers l'angoissait parfois. Le Vampire plongea ses yeux translucides dans les siens et hésita à répondre. Il aurait voulu le rassurer un peu, lui donner quelque espoir de réussite malgré leur nombre réduit, mais il ne croyait pas lui-même à cet espoir. A ses yeux, ils survivaient maladroitement, sans réelle chance de s'en sortir un jour. Quand bien même ils tueraient le Comte, il y aurait d'autres Vampires terribles à éliminer pour libérer Londres de l'emprise de ses monstres. Sans compter les Loups-Garous...Leur lutte n'aurait jamais de fin. La sienne, il la voyait comme un sacrifice pour laver ses péchés et espérer que Dieu l'accepte un jour parmi ses fidèles...
Curieux lui aussi du passé d'Alexender, Raphaël profita qu'il eut terminé son propre récit pour lui renvoyer ses questions et ainsi lui demander de débuter le sien. Il avait à peu près cerné la personne qu'était le rouquin, mais quelques points demeuraient dans l'ombre et c'était le moment pour les éclaircir. Alexender sembla hésiter, puis il eut la complaisance de lui répondre.

Comme il s'en était douté, le Hunter avait tout perdu à cause des Vampires. Son père avait combattu les créatures de la nuit et mis toute sa famille en danger. Sa mère en était morte et il avait dû quitter la Nouvelle-Orléans pour venir sur Londres. Il avait ensuite dû se débrouiller seul, son père s'étant fait assassiné par quelques diables avides de sang ou d'argent, puis il avait vengé les siens avant de revenir pour s'installer et entretenir sa haine sur deux plans différents : le plan mondain, de jour, le plan armé, de nuit. A sa façon, Alexender était le stéréotype même du vengeur masqué, de celui qui voulait faire sa propre justice après avoir vécu un traumatisme. Quelque part, c'était un soupçon risible. Cependant, Raphaël ne riait pas en l'écoutant, loin de là. Il grimaça, gêné de prendre la place du confident, et l'écouta d'un air légèrement peiné. Au départ, il ne dit mot, mais son visage avait prit une expression de stupeur lorsque le rouquin avait mentionné le nom de Lilian Parker. Une fois son récit terminé, il laissa le Hunter achever de lui expliquer sa conception de la vie avant de s'animer de nouveau.


- Alexender, ce Lilian était connu...fit-il d'un air grave. Sa bande a fait beaucoup de dégât en Italie avant de disparaître d'un coup. Vous venez de répondre à une des énigmes qui bouillonnent dans ma tête...Stella avait souvent parlé de ce Lilian à Raphaël. Pour elle, c'était un danger, même pour les siens, à cause de ses tendances cannibales. C'était un homme qui trempait toujours dans les histoires d'argents les plus sordides et qui avait récupéré de nombreux domaines par la force. Apparemment, sa fuite l'avait conduit à la Nouvelle-Orléans où il avait continué de faire des dégâts...Vous n'avez pas eu de chance...conclut-il dans un soupir. Concernant votre idéal de liberté, j'ai un peu de mal à vous suivre, ou du moins à y adhérer. Je pense que les codes sont nécessaires pour éviter que la société ne sombre dans l'anarchie. Il se tue un instant, hésitant sur le ton à adopter. Finalement, il reprit, plus sérieux que jamais : Et Sarah dans tout ça ? Je croyais que vous aviez envisager de la marier et que c'était pour cela que le Comte s'était empressé de vous séparer...N'est-ce pas la trahir que de raisonner ainsi ? Ne pensez-vous donc pas que vivre dans le péché jettera toujours l'opprobre sur vous, quelle que soit votre situation ? Le Vampire fronça les sourcils et posa son menton sur ses mains jointes. Alexender, avez-vous la foi ? Croyez-vous en Dieu ?

Raphaël avait dit les mots tout nets, tels qu'il les sentait nécessaires. Pour lui, Alexender s'égarait sur une voie qui ne pouvait que lui apporter malheurs et déceptions. Il pensait pouvoir échapper à la norme et se bâtir un empire sur ses émotions et ses désirs : quelle folie ! Il était évident qu'il n'irait jamais loin avec ce genre de philosophie. Maintenant, le Vampire comprenait mieux pourquoi le rouquin fonçait toujours tête baissée sans réfléchir : il ne vivait que l'instant présent, sans songer aux conséquences. C'était encore un enfant. Un enfant qui vivait au gré de ses caprices. Et cela, il ne pourrait jamais le tolérer.



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Crédit image: Soma Cruz, Castlevania, trouvé sur Zerochan
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Alexender Von Ravellow
Hunter - "Criminel" en fuite
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Date d'inscription : 11/03/2008
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Classe sociale : Aristocrate déchu
Emploi/loisirs : Hunter / Il est recherché par le Yard et les Vampires de Jirômaru Keisuke.
Age : 25 ans
Proie(s) : Tous les Vampires, sauf Raphaël qu'il surveille maintenant sans chercher à l'assassiner. Le Comte Kei est son pire ennemi. Alexender peut aussi s'attaquer à des Loups-Garous.
Crédit Avatar : Personnage par Ayami Kojima.
MessageSujet: Re: Alliances restaurées [Alexender, Raphaël] [10/05/42] Dim 1 Oct - 12:25

Alexender
&
Raphaël


L'histoire de Raphaël était tragique. Comme beaucoup, il avait tout perdu à cause des créatures de la nuit. Mais, contrairement à Alexender, lui, il avait non seulement perdu tous les êtres qui lui étaient chers, mais en plus perdu son humanité. Le Hunter eut la décence de considérer que son passé était plus noir que le sien. Il tenta d'imaginer la souffrance que son comparse avait pu éprouver lorsqu'il avait senti son "beau-père" lui arracher la vie et lui en offrir une autre, maudite, sous les supplications de sa mère en pleur. Cet enfoiré avait pris possession de sa demeure et de sa génitrice sans aucun scrupule, utilisant sa fascination et la violence physique, avant de pousser la pauvre femme à abandonner son fils qui refusait de vivre comme un Vampire. C'était abominable. Quelque part, Alexender ne pouvait s'empêcher de penser qu'il aurait mieux fallu qu'il ne meure dans les égouts plutôt que d'être recueilli par cette fameuse Stella. Son séjour à ses côtés ressemblait à des années de prison et son terme avait été la mort de sa sauveuse et de sa mère devant ses yeux...Cependant, même s'il ne le dit qu'à mi-mots, le rouquin considéra également sa mère comme un monstre: après tout, elle avait jeté son fils dans l'eau poisseuse des sous-sol, ligoté, pour s'en débarrasser. Qu'elle ait été sous l'influence d'un Vampire ne la dédouanait pas tout à fait...Raphaël sentit son dégoût et précisa qu'il n'en voulait pas à sa mère, convaincu qu'elle n'avait pas eu le choix. Alexender n'insista pas. Il ne voulait pas le blesser davantage qu'il ne l'était.

- Nous ne sommes pas responsables des choix des autres de toute façon...fit-il en haussant les épaules. Même si nos actes modifient leur jugement, les hommes sont toujours seuls maîtres de leurs paroles ou de leurs actions.

Alexender le pensait fortement. Pour lui, quoi que l'on puisse faire ou dire, les réactions d'autrui demeuraient personnelles. Chacun était capable de prendre sur soi les comportements de ses semblables et d'agir avec recul, il suffisait d'un peu de volonté. Quand il voyait la situation actuelle, il se confortait dans cette idée. Au départ, il avait été particulièrement acide avec Raphaël à cause de sa nature. Aujourd'hui, il tentait le dialogue: il allait au-delà de ses premières impressions et de ses griefs, il changeait sa manière de faire afin de proposer une paix relative. Il faisait un choix: celui de s'apaiser et de laisser sa confiance s'apprivoiser.


Par la suite, le Vampire lui confia les noms des différents personnages qui avaient bâti sa vie. Alexender l'écouta attentivement, fouillant dans sa mémoire afin de vérifier qu'il ne les connaissait pas. Son "maître" s'appelait Joyce...Non, il n'en avait jamais entendu parler. Son sauveur avait disparu sans laisser d'identité...Tant pis. Son maître d'armes français s'appelait Albert Dombreuil...Jamais entendu parlé non plus...Le rouquin haussa les épaules et soupira:

- Il eut été formidable que je les connaisse. Vous m'avez dit que vous aviez près de soixante-dix ans, tout cela remonte à loin. Je n'étais soit pas né, soit qu'un petit marmot braillard. Et puis, j'étais à la Nouvelle-Orléans ou ici, à Londres. Je n'ai jamais mis les pieds en Italie...ajouta-t-il en souriant légèrement. Ne soyez pas navré, Raphaël, je rêve un peu. L'espoir de reconstituer la Guilde m'inspire beaucoup en ce moment. Nous avons besoin d'hommes et je ne veux laisser aucune piste à l'écart. Le problème c'est que les Hunters sont discrets, et c'est nécessaire, mais du coup les trouver pour leur proposer de rejoindre notre groupe est compliqué, surtout aux vues de notre situation.

Alexender savait pertinemment qu'ils n'étaient pas assez fort pour vaincre le Comte. Ils devaient passer par des stratégies compliquées et tendre des pièges pour le coincer plutôt que de l'affronter directement faut de bras, ce qui ralentissait sa chute. C'était rageant. Sarah était entre ses griffes et le temps leur était compté d'ici son mariage...


Ce fut bientôt à son tour d'exposer son passé. Alexender se livra à Raphaël, sans doute par courtoisie (puisqu'il ne pouvait décemment lui demander le sien sans lui rendre la pareille), mais aussi par besoin. Quelque part, même s'il avait un Vampire en face de lui, il ressentait le désir irrésistible de partager ce qui l'avait rendu aussi intransigeant. Ainsi, Raphaël comprendrait-il un peu mieux sa colère et lui pardonnerait-il ses dures paroles. C'était une forme d'excuse, à n'en pas douter.
Au départ, il eut un peu de mal à trouver ses mots. Il n'avait jamais raconté son passé, à part à ses domestiques et à Gaspard, et ouvrir ainsi la page de son livre à un Vampire lui donnait l'étrange impression qu'il trahissait ses propres aspirations. Cependant, il savait qu'il devait évoluer et que Raphaël serait d'une aide précieuse pour la suite de son histoire. Accepter cet échange ne lui coûtait qu'un peu de volonté et d'honneur...
Au fil de son récit, Raphaël sembla réfléchir beaucoup. Il l'écouta sans jamais l'interrompre, signe de respect, et ne réagit qu'une fois qu'il fut certain qu'il eût terminé. Alexender lui jeta un regard perplexe lorsqu'il lui appris que Lilian était un Vampire connu en Europe, notamment en Italie où il avait apparemment déjà détruit d'autres familles. Sur le moment, il demeura coi et fronça les sourcils. Puis, il grogna:


- Hé bien...Le monde est petit...Le rouquin soupira. Je suis d'autant plus heureux d'avoir éliminé ce taré qu'il avait déjà fait d'autres victimes avant moi...Quel enfoiré...

C'était incroyable que Raphaël connaisse ce fameux Lilian. Quelque part, cela les rapprochait davantage. C'était comme s'ils avaient eu un ennemi commun à une époque lointaine, et qu'ils se retrouvaient après avoir partagé sa traque. Cela avait quelque chose de plaisant, même si Alexender ressentit également un étrange sentiment de viol de son intimité. C'était comme si rien ne pouvait demeurer secret, comme si son histoire avait déjà été éventée alors qu'elle n'avait existé que dans l'ombre de ses pas. Cela lui rappelait également que toutes les créatures de la nuit pouvaient être liées.
Maintenant qu'il y pensait, peut-être que le Comte avait lui aussi connu Lilian...Cela lui donna froid dans le dos.


- Vous tentiez de tuer ce Lilian ? demanda-t-il avec curiosité. Nous sommes alliés depuis longtemps, sans le savoir...C'est encourageant vous ne trouvez pas ? Cette remarque lui avait demandé bien des efforts, mais Alexender était prêt à jouer la carte des coïncidences pour appuyer leur démarche de paix.


Malheureusement, de nombreux points opposaient encore les deux hommes: Raphaël avait une vision très classique de la vie en société, alors même qu'il n'en faisait plus réellement partie depuis des dizaines d'années - son manoir en ruine en était la preuve - tandis qu'Alexender déviait facilement des normes imposées à tous. Le Vampire ne concevait pas que l'on puisse avoir différentes conquêtes et il blâmait sans réelles pincettes l'attitude du rouquin. Alexender fronça les sourcils. Il se sentit soudainement jugé et bousculé dans ses principes profonds. C'était en partie de sa faute, puisqu'il venait d'étaler sans pudeur sa conception de la liberté, légèrement révolutionnaire, mais il ne pouvait tolérer les réprimandes à peine voilées de son allié.

- Je ne vous demande pas d'y adhérer. dit-il d'un ton bourru. A chacun sa façon de voir les choses.

Mais Raphaël ne s'arrêta pas à la simple expression de son incompréhension: il évoqua Sarah et lui demanda s'il n'avait pas l'impression de la trahir. Alexender rougit un peu, à cause d'un soupçon de honte qui lui étreignit le coeur, mais surtout à cause de la colère que le Vampire venait de réveiller en lui. Ce dernier ne lui laissa pas le temps de répondre: il lui demanda de but en blanc s'il croyait en Dieu, sous-entendant sans doute que ses "péchés" seraient forcément punis par le Seigneur dont il négligeait les principes moraux. Alexender le prit comme une forme de menace. Son poing se serra et son regard se durcit.

- Ce qui se passe entre Sarah et moi me regarde. Je ne vous permets pas de me juger à ce sujet.

Sa voix avait pris une teinte plus grave et ses yeux brûlaient désormais d'une étrange flamme de haine. Alexender se sentait attaqué, et pourtant, au fond de lui, il savait qu'il l'avait bien cherché. Il n'acceptait tout simplement pas que l'on puisse lui mettre la vérité en face.

- Vous êtes mal placé pour me faire la morale, Raphaël...Très mal placé, je crois...ajouta-t-il d'un ton presque venimeux.

Evidemment, il sous-entendais que boire au cou d'Eulalia n'était pas plus reluisant que d'aller coucher avec d'autres femmes. Lui, au moins, ne ferait jamais de mal physiquement à la jeune femme...


- J'ai été croyant, autrefois, il y a bien longtemps maintenant, mais j'ai réalisé très tôt que nous ne pouvions compter que sur nous-mêmes. Je pense que mes parents avaient délaissé la foi bien avant ma naissance, aussi ne me l'ont-ils jamais réellement inculquée. grogna-t-il avec colère.

Il se leva alors. Sa stature domina un instant celle du Vampire, comme s'il souhaitait le menacer plus concrètement. Son doigt, accusateur, se dressa entre eux.


- L'anarchie est déjà le lot de cette société: elle est pourrie jusqu'à la moelle, vous le savez tout aussi bien que moi ! Et si Dieu avait un quelconque pouvoir, vous pensez sérieusement qu'il aurait laissé des êtres comme le Comte prendre la tête de la Chambre des Lords ou encore votre "beau-père" exister ? Dites-moi un peu...Raphael, vous croyez sans doute que les Vampires et les Loups-Garous sont des hommes dévorés de péchés que le Seigneur aurait punis, non ? C'est ridicule. Après ce que vous avez vécu, cela n'a pas de sens. Étiez-vous donc déjà un pécheur lorsque ce connard vous a mordu ? Je ne crois pas...

Cette fois, la conversation tournait mal. Alexender tremblait légèrement sous le coup de la colère, et il était évident qu'il faisait un effort considérable pour ne pas exploser complètement. Que Raphaël puisse utiliser Sarah pour lui faire la morale le rendait fou de rage. Qu'il s'insinue un peu dans son passé était une chose, qu'il pousse le culot jusqu'à lui demander de rendre des comptes au sujet de ses moeurs en était une autre. Comment pouvait-il espérer conserver sa sympathie à ce compte-là ?

- Nous avons tous nos travers, Monsieur Veneziano, et nos opinions sur ces derniers, mais je refuse de croire que toute notre vie est guidée par une main invisible qui nous dicterait notre conduite. Les mots étaient durs, mais il les pensait. Par ailleurs, je vous conseille de ne pas trop jouer avec mes nerfs en évoquant Sarah. J'ai fait l'effort de ne plus vous exposer ma désapprobation au sujet de votre relation avec Miss Grey, je vous saurai donc gré de ne pas m'exposer la vôtre au sujet de Miss Spencer.


CODAGE PAR AMIANTE

Crédit images
- Grande image: FNB concept attic de Gandalfleblond.
- Petite image: Symbole dans Vampire Knight, artiste inconnu en ligne.
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Alliances restaurées [Alexender, Raphaël] [10/05/42]

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