L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


Forum RPG - Londres au XIXème siècle. Incarnez Vampires, Loups-Garous, Lycanthropes, Homonculus, Chimères, Alchimistes, Hunter...et choisissez votre camp dans une ville où les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses....
 
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Que Dieu nous pardonne [12/05/42]

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Sarah Spencer
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MessageSujet: Que Dieu nous pardonne [12/05/42] Mar 19 Sep - 5:06

Que Dieu nous pardonne


[12/05/42]

Sarah et Alexender



Précédemment: Au nom du Père

Le souffle court, le cœur au bord des lèvres, la Chasseuse resta immobile, cherchant à calmer son corps éprouvé par l'effort. Dehors, on entendait le bruit étouffé de la pluie qui tombait contre la porte de bois et les pavés de la ville, créant un bruissement continu. L'eau ruisselait le long du capuchon de la jeune femme et glissait contre ses cheveux et sur ses joues froides. Elle posa une main tremblante contre sa poitrine, cherchant à apaiser sa respiration sifflante et la douleur qui sillait sa poitrine. Elle resta contre la porte un instant, attendant de voir si des pas venaient en sa direction. Peut-être avait-elle été suivie? Pourtant, elle avait pris toutes les précautions… Elle tendit l’oreille cherchant à percer le bruit de l’eau. Le bruit des calèches qui passaient dans la rue parvenait étouffer à travers l’épaisse porte en bois, mais rien de suspect ne semblait éveiller l’attention vigilante de la jeune femme. Sarah avait passé deux jours à soigneusement préparer son plan. Elle avait pensé aux moindres détails, aux moindres possibilités. Échapper à la vigilance de ses gardes n’avait pas été une chose facile et l’aristocrate n’avait rien voulu laisser au hasard. Sa nature prudente et pragmatique lui avait fait prendre toutes les précautions nécessaires pour être certaines que sa sécurité et encore moins celle de l’homme qu’elle venait rencontrer n’étaient pas compromises...

Le soleil se levait à peine lorsque l’aristocrate avait quitté sa demeure. Profitant de l’heure, elle avait saisi sa monture et quitté le manoir, avant même l’arrivée de Blake, prétextant une visite urgente à Hortense. Une fois au Leonticon, elle était entrée, saluant le majordome toujours fidèle à son poste, avant de quitter aussitôt en empruntant la sortie des domestiques, revêtant la cape bon marché de l’une des servantes. Elle avait alors longé la ruelle, puis remonté vers le nord, jusqu’à la librairie Narrow. De là, elle avait emprunté l’ancien sous-sol qui débouchait une rue plus à l’est dans l’ancienne cave de la taverne Logan’s, changeant au passage de nouveau sa cape. Elle avait ensuite redescendu la place publique faisant plusieurs détours. Après 1 heure de marche, elle avait pris la direction de la demeure d’Abigail sous les nuages sombres qui avaient commencé à obscurcir les cieux. La journée s’annonçait pluvieuse, une de plus.  Arrivée à la demeure de son amie, Sarah avait pris quelques secondes pour reprendre son souffle. Ses récentes blessures rendaient ses mouvements difficiles et marcher ainsi lui donnait l’impression d’avoir les poumons en feu. Mais elle n’avait pas le temps de s’éterniser, tant qu’elle restait en mouvement, ses pensées ne remontaient pas à la surface de son esprit tourmenté. Tant qu’elle était en mouvement, elle ne pensait pas à rebrousser de chemin. Dissimulée sous une cape d’Hunter, la magicienne avait alors quitté la demeure de son amie et traversé plusieurs parcs en faisant de nombreux détours inutiles. Lorsqu’elle avait finalement atterri devant l’imposante grille qui entourait l’Oratoire, une pluie diluvienne avait percé les cieux, noyant le paysage sous le brouillard.

Lorsqu'elle fut certaine que personne n'allait passer la porte, Sarah s'en éloigna quelque peu. Le clocher sonna 13h00. Elle était en avance, comme à son habitude. La Chasseuse poussa un soupir avant de tourner son regard azur vers la salle. Doucement, ses yeux s'habituèrent à l'obscurité ambiante et bientôt la vision de la petite chapelle de l'Oratoire Brompton plongée dans une douce pénombre, se dessina devant le regard bleu de l’aristocrate. La petite chapelle n'avait jamais rien eu à envier à sa grande sœur. Située à gauche de l'entrée principale, la petite chapelle était composée d'un chœur et de quelques rangées de bancs. Elle possédait un orgue majestueux situé au deuxième étage du chœur dont la mélodie venait se répercuter contre le plafond, créant un effet acoustique impressionnant. Dissimulée à l’abri de la population, la petite chapelle n’était plus très populaire et servait principalement pour les messes privées ou encore les mariages officiels de l’aristocratie. À cette heure tardive, l’endroit était désert. Seuls quelques lampions brulaient le long du mur de pierre. Au loin, on entendait le bruit étouffé de chant grégorien qui venait probablement de la Grande Chapelle. L’aristocrate s’avança doucement sur la petite allée. Le bruit sourd de son pied résonna dans l’espace lui renvoyant l’écho de sa solitude. Brusquement, la belle se figea, sa main serrant le col de sa cape. Le froid ambiant de la grande demeure ecclésiastique s’abattit sur elle et la glaça. C’était la première fois qu’elle remontait l’allée d’une église. La gorge serrée, l’héritière songea avec une certaine amertume qu’il existait une époque lointaine où elle avait espéré accomplir ce mouvement pour rejoindre l’homme de sa vie qui l’aurait attendue près de l’hôtel. Cette époque lui semblait si lointaine à présent. Et puis...

-Gabrielle?

Sarah se retourna en un sursaut, mais se détendit tout de suite en apercevant la silhouette familière du Père Gregory. Le vieil homme s’approcha d’elle de son pas plein d’assurance malgré ses membres tremblants. Ses longs cheveux blancs peignés vers l’arrière montraient son front dégarni et plisser par l’âge et la sagesse. Ce qui frappait chez ce vieil ecclésiastique était ses yeux d’un bleu d’acier qui témoignaient de son caractère fort et de sa jeuneuse fougueuse. Le Père Gregory avait une foi inébranlable. Il ne parlait que latin et appelait toujours chaque personne par leur nom de baptême, c’est pourquoi il appelait Sarah, Gabrielle. L’héritière sourit lorsque le Père saisit ses mains entre les siennes. Leur raconte remontait à bien longtemps déjà. Le Père Gregory était un descendant direct de Daniel Thompson, l’un des premiers membres de la guilde. Sa jeunesse avait été ponctuée de combat contre ceux qu’ils appelaient les anges déchus. Puis, l’appel de Dieu avait été plus fort et il avait pris les ordres. Lorsqu’il avait croisé Sarah et Abigail un soir de pleine lune, il avait tout de suite su le combat qu’elles menaient. Ils les avaient alors guidées jusqu’ici.

L'étreinte du Père fit sourire Sarah et lui redonna courage. La jeune femme l’ayant déjà prévenu par lettre de la situation, le vieil homme avait tout préparé. Après une brève discussion, ils se dirigèrent vers la grille qui menait à la crypte de l’Oratoire. La première fois qu’elle s’était aventurée à cet endroit, la Chasseuse n’avait pu s’empêcher de frissonner à la vue des cercueils des prêtres décédés, mais c’était un passage obligatoire pour accéder au secret de l’oratoire. Tout au fond de la crypte se trouvait un passage secret, construit à même le mur de pierre. Une fois actionné, celui-ci dévoilait un escalier qui descendait dans les profondeurs des souterrains qui évoluaient sous l’Oratoire. Les sous-sols de l’église dataient de bien avant le développement de la ville. Construits à même une ancienne carrière de pierre, ils étaient composés de plusieurs passages et de salles. Mais se promener dans les souterrains était dangereux. Avec les années, plusieurs passages étaient devenus impraticables, certains conduits avaient été inondés, d’autres s’étaient effondrés sous le poids des immeubles qui se développaient en surface. Les passages qui donnaient accès aux égouts étaient protégés par des entraves magiques créées par les anciens hunters. C’était le Père Gregory qui avait redécouvert le tout lors de son arrivée à l’Oratoire. Après des années de fouilles et de restaurations, il avait initié Sarah et Abigail à se diriger dans la noirceur des sombres passages. Ainsi, ce fut avec une certaine agilité que les deux êtres se glissèrent dans les corridors de pierre, éclairés par les flammes d’une chandelle. Une fois un corridor traversé, ils débouchèrent à une immense salle qui se trouvait sous le chœur de l’oratoire. Il s’agissait d’anciens thermes qui remontaient à l’époque où Londres était une capitale romaine. À moitié effondrer, l’ancien bassin était encore rempli d’une eau claire et chaude avec en son centre les restes d’un statut d’apparence féminine. Venaient ensuite les anciens Cartier des hunters. L’endroit était inoculer depuis plusieurs années, depuis que les guerres intestines avaient mis fin à l’alliance des membres de la Guilde d’Ivoire. On y trouvait encore une salle commune ainsi qu’une salle d’armes et de quelques chambres. La grande salle avait toujours été austère. Seuls quelques meubles la constituaient, dont une grande table ronde, derniers vestiges de ses hommes liés contre les créatures de la nuit. On avait dessiné sur l’un des murs un immense arbre d’un noir profond. À travers les années, les hunters qui avaient profité du refuge avaient gravé leur nom le long des branches de cet arbre à moitié effacé par le temps. L’acharnement du Père Gregory avait porté fruit. Des flambeaux avaient été allumés pour tenter de chasser l’humidité et des chandelles avaient été déposées sur les tables, habillant l’endroit d’une douce lumière. Après quelques paroles, Sarah resta seule dans la pièce, attendant que le père ne vienne raccompagner celui qu’elle attendait.

Désormais seule, la Chasseuse laissa échappé le bruyant soupir qui opprimait ses poumons depuis son départ matinal. Une main contre son visage, elle essuya l’eau de son visage d’un geste machinal. Elle ne pouvait réprimer les tremblements qui habitaient son corps. Était-ce le froid? L’humidité? Ses tremblements habituels depuis son retour de la rivière? Mais c’était surtout le stress et la peur qui faisaient frémir ses membres. Ses mains se posèrent contre l’âtre et une fine poussière recouvrit aussitôt la paume des gants noirs. Le choix du lieu pour cette rencontre si importante avait été spontané. La perspective de revoir Alexender et de lui donner un rendez-vous secret avait empêché la belle de réfléchir bien longtemps lors de sa discussion avec Eulalia. Sous le coup de l’impulsion, l’Oratoire s’était dessiné dans son esprit comme un endroit sécuritaire et propice à une telle rencontre. Maintenant qu’elle y songeait, la Chasseuse était plutôt fière d’avoir proposé le Sanctuaire. Eulalia ne se doutait pas du trésor qui se cachait sous les sous-sols de cette maison de dieu. Son idée avait du semblé à la jeune femme comme frivole, peut-être même déplacée, mais la magicienne n’en avait désormais plus cure. Le Sanctuaire représentait un trésor d’information et un endroit si sécuritaire qu’aucune créature nocturne ne pouvait y mettre les pieds. Quel vampire aurait tenté de forcer passage dans une Église? L’eau bénite, les croix et les items en argent ne manquaient pas.

Un nouveau frisson traversa le dos de la demoiselle. Malgré les chandelles, le froid continuait de pénétrer l’endroit. La Chasseuse enleva l’un de ses gants et tendit la main vers les bûches qui remplissait le foyer. Une puissante étincelle surgit au milieu du bois aussitôt suivi d’une violente flamme d’un rouge vif qui embrassa les brindilles et journaux. En quelques instants, un feu ronronna dans l’âtre de pierre, répandant dans la pièce une douce lumière et une chaleur qui chassa rapidement l’humidité. Le brusque changement d’éclairage illumina un instant le visage pâle de la jeune femme dont elle perçut le reflet au miroir poussiéreux qui reposait sur l’âtre. Sarah perçue son visage pour la première fois de la journée et elle jugeât gravement son apparence. Ses cheveux gorgés d’humidité avaient affaisé son chignons et quelques mèches rebelles retombaient désormais autour de son visage dont la peau blanche semblait presque translucide et qui faisait ressortir le rouge de ses lèvres. Les cernes sous ses yeux accentuaient son regard perçant et le bleu éclatant de ses yeux. L’héritière se mordit doucement la lèvre, pour peu, elle aurait ressemblé à un vampire... Après une grimace douloureuse, la jeune femme ramena sa paume blessée par son acte et serra ses mains tremblantes contre son manteau. Sarah soupira de nouveau avant de se laisser tomber sur le fauteuil miteux qui faisait face au foyer. Ses yeux purs parcoururent la pièce, observant les ombres être tranquillement chassées par la lueur des flammes. Comme elle aurait aimé que les choses soient différentes. Revoir Alexender la plongeait à la fois dans une intense émotion de joie mélanger de peur et de stress. Tout aurait été si simple si elle l’avait croisé au parc, sous le soleil chaud de printemps, comme n’importe quel amant. Tout aurait été si simple si toute cette histoire n’avait pas dégénéré à ce point. S’il n’y avait pas eu le théâtre, le Comte, leur fuite...

Ici, le temps ne semblait pas avoir d’emprise. À travers le crépitement des flammes, on entendait au loin une douce mélodie qui se répandait dans les corridors. C’était les chants grégoriens des chanteurs qui pratiquaient dans le chœur de l’éclisse bien loin au-dessus de sa tête. Perdue dans ses pensées, la belle demoiselle regardait avec un acharnement contrôlé l’horloge dont les aiguilles semblaient avancer à reculons. Malgré tout, trois heures sonna bientôt bientôt suivies de 15h10, puis de 15h20 et finalement de 15h30. Une douleur scia brusquement le cœur de la jeune femme. Peut-être ne viendrait-il pas...


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Image1: Church interior - Netgraftx
Image2: Rain - Guava Pie

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Dernière édition par Sarah Spencer le Mer 22 Nov - 1:16, édité 1 fois
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Alexender Von Ravellow
Hunter - "Criminel" en fuite
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Emploi/loisirs : Hunter / Il est recherché par le Yard et les Vampires de Jirômaru Keisuke.
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Proie(s) : Tous les Vampires, sauf Raphaël qu'il surveille maintenant sans chercher à l'assassiner. Le Comte Kei est son pire ennemi. Alexender peut aussi s'attaquer à des Loups-Garous.
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MessageSujet: Re: Que Dieu nous pardonne [12/05/42] Sam 4 Nov - 20:44

[HRP/ Suite du rp '' Alliances restaurées''/HRP]

Alexender
&
Sarah


Cela faisait maintenant plus d'une dizaine de minutes qu'Alexender et Nathan observaient le perron de l'Oratory depuis le deuxième étage d'un immeuble en ruine. Une odeur de bois vermoullu et de poussière saturait les narines des Hunters, mélange de mousses humides, de lychens et de boues nauséabondes. Appuyés contre une vieille commode écroulée, les yeux à quelques centimètres des lattes distordues d'une fenêtre brisée, ils épiaient le moindre mouvement, le moindre son, le moindre murmure qui pouvait provenir de la rue et de ses alentours. L'heure tournait, inexorablement, mais les deux hommes ne pouvaient pas prendre la situation à la légère et risquer de se précipiter au devant du danger potentiel. Il était impératif qu'il demeurent prudents : leurs vies étaient en jeu.

- C'est ici, tu en es sûr ? demanda doucement Nathan en jetant un coup d'oeil inquiet à son ami.

- Certain, répondit le rouquin d'un air grave. Eulalia a été claire dans sa lettre...

- Il est déjà trois heures trente...soupira le jeune calligraphe.

Alexender grogna de dépit et d'impatience. Malheureusement, le rendez-vous auquel il devait se rendre aujoud'hui était bien plus risqué qu'il n'y paraissait. Pourchassé par les agents du Yard et la plupart des Vampires de la capitale, il était sans aucun doute l'homme le plus recherché de la couronne et des êtres de la nuit à la solde du Comte. Il suffisait d'un seul pas de travers pour que tout bascule. Une seule erreur et ce serait la fin. Ne valait-il pas mieux arriver en retard que d'arriver les pieds en avant, glissé entre quatre planches ?
Ses yeux d'ambre rivés sur l'entrée de l'immense bâtiment, l'aristocrate déchu réfléchissait. Son cœur battait la chamade et il ne parvenait pas à décrisper ses épaules tendues par l'angoisse. Sarah avait choisi un lieu religieux et donné une heure idéale pour éviter les Vampires. Cela avait quelque chose de rassurant. Cependant, malgré ces précautions évidentes, Alexender ne pouvait s'empêcher de songer qu'il était peut être en train de jeter dans un nouveau piège. Le Comte avait des serviteurs humains, ce n'était plus un secret pour personne, et il pouvait par conséquent envoyer des tueurs le trouver de nuit comme de jour. De plus, le Yard n'était pas en reste lorsqu'il s'agissait de tendre des embuscades aux criminels...Des rumeurs couraient d'ailleurs au sujet d'agents grimés en ouvriers pour dénicher des groupes entiers de malfrats...Le Hunter se mordit les lèvres. Dans quelle mesure était-il assuré de ne pas tomber entre les griffes du Gouvernement ou des Longues Dents ? Izac avait peut-être raison...C'était une bien mauvaise idée que de venir à ce rendez-vous.


Deux jours plus tôt, dans leur repère de Whitechapel, Alexender avait longtemps débattu avec ses confrères au sujet de ce fameux rendez-vous. Il avait lu à haute voix la lettre qu'Eulalia Grey lui avait fait parvenir et demandé l'avis de tous. Izac avait rapidement désapprouvé l'idée même qu'il puisse revoir Sarah dans un semblable contexte et sa verve avait une nouvelle fois irrité le jeune rouquin.

- C'est une folie. Miss Spencer n'a pas toute sa tête, avait-il affirmé en croisant les bras.

Evidemment, Alexender avait rugit son désaccord et réclamé que le gitan ne s'excuse pour ses propos. La discussion était morte dans l'oeuf avant de se réanimer à table, le soir du 9. Nathan, Seamus et Alphonse avaient apporté leur soutien à leur supposé chef. Izac, lui, était resté sur sa position, rejoint par un Christopher incrédule prêt à jeter la lettre d'Eulalia au feu. Raphaël avait également pris le parti de considérer ce rendez-vous comme plus dangereux que bénéfique. Même s'il avait tempéré ses propos, son point de vue de Vampire avait son importance dans le débat.
Légèrement démuni face aux avis des uns et des autres, Alexender s'était laissé un temps de réflexion. Il avait annoncé à tous qu'il prendrait sa décision seul et que nul ne pourrait la contredire. Il avait donc laissé la journée passer ainsi que la nuit pour peser le pour et le contre avant de décider qu'il se rendrait au lieu-dit. Il avait finalement rédigé une réponse rapide afin qu'Eulalia puisse transmettre l'information à Sarah. Le 10 à midi, il avait attendu que Nathan ne sorte de la cuisine où il s'occupait du repas avec Seamus, pour s'en servir comme coursier. C'était là qu'il avait pu avoir une conversation particulièrement intense avec Raphaël.
Le Vampire et lui avaient ainsi échangé bien plus qu'à l'accoutumé et ils étaient parvenus à passer outre leurs différences afin de s'associer avec plus de force que jamais. Les armes avaient enfin été baissées, façon de parler, et un nouveau « pacte », fondé sur leurs acquis et leurs efforts de confiance, avait vu le jour. Leur alliance, ainsi restaurée, promettait une entre-aide qu'ils n'avaient jusqu'à présent jamais réellement désiré considérer.
Ce temps de réflexion et de discussion passé, Alexender avait confié sa réponse à Nathan, un des seuls Hunters qui pouvait encore sortir et vivre sa vie en plein jour. Sa décision lui avait alors paru irrévocable. Persuadé que revoir Sarah était ce qu'il désirait le plus au monde, il avait remis à la chance cette périlleuse expédition.


Au levé du jour, il avait trempé ses cheveux dans la teinture noire qu'il avait déjà utilisée pour ses diverses mission dehors. Ainsi, la rousseur de sa crinière serait-elle camoufflé par ce subterfuge. De plus, il avait pris soin de les attacher en catogan et de jeter par-dessus ses vêtements sombres une cape noire à large capuche. Au Diable les apparences ! Il en allait de sa vie...Sarah comprendrait.
Puis, après s'être ainsi métamorphosé afin de passer le plus inaperçu possible, il avait planifié sa sortie avec précision. Nathan l'accompagnerait jusqu'à un immeuble délâbré que le jeune homme connaissait par cœur pour y avoir traîné des années. Mais avant cela, il leur faudrait passer par des rues incongrues et faire quelques détours pour éviter qu'ils ne soient suivis depuis l'East End jusqu'au cœur immaculé de Marie. Rien ne serait laissé au hasard. Christopher et Seamus garderaient le QG avec Raphaël et Alphonse. Tous étaient prêts à décamper au plus vite si la situation tournait mal.
Alexender avait été clair : s'il tombait dans un piège et était capturé, s'il avait le malheur de parler et de révéler l'emplacement de leur repère, il faudrait qu'ils soient tous prêts à déguerpir. Izac avait même pour mission de l'achever s'il le pouvait et de prendre les rennes des Hunters pour le remplacer. Déjà, ils avaient rassemblé toutes les armes et quelques provisions dans des sacs, ainsi que tous les instruments qui pourraient leur être utiles. Ils avaient en outre prévu une issue de secours par les égouts et un itinéraire à suivre dans la lande s'ils devaient quitter la ville. Eulalia avait été prévenue de vive voix par Nathan que la Guilde entière était sur le qui-vive avec cette histoire de rendez-vous et que les conséquences pouvaient être désastreuses. On lui fit comprendre que si le Comte les saisissait elle devait absolument continuer à faire profil bas avant de tenter quoi que ce soit. Katherine, elle, ne fut pas mise au courant de ce rendez-vous. Eulalia devait l'informer uniquement si la situation dégénérait. Alexender précisa que ses dernières volontés étaient qu'ils veillent tous sur Sarah, qu'ils détruisent le Comte et tentent de libérer ses domestiques, Suzanne et Marguerite. Tout ce discours avait sonné comme un testament, mais chacun savait en son fort intérieur qu'il ne fallait négliger aucune issue.
Tout avait été prévu. Tout. Mais maintenant qu'il se trouvait face au bâtiment, le Hunter hésitait. Revoir Sarah le transcendait de joie. Après tout ce qu'ils avaient vécu chacun de leur côté, ils avaient des montagnes de choses à se raconter. Elle lui avait tant manqué ! Il l'avait tant cherchée ! Combien de fois avait-il prié pour sa vie ? Combien de fois avait-il pleuré ? Du rêve au cauchemar, ils avaient tout partagé, tout, mais à distance. Aujourd'hui, après des mois de séparation, ils allaient enfin pouvoir se serrer dans leurs bras et se parler. C'était une chance inespérée pour eux de redonner à leur histoire un sens et de se coordonner pour la suite de leur entreprise qu'Alexender croyait encore commune. Cependant son cœur manquait de courage. La perspective de tomber dans un piège le torturait. Raphaël avait fait preuve de témérité en quittant le QG, il en avait payé le prix fort. Le Hunter serra les dents. Etait-il prêt à sacrifier leur sécurité et sa propre vie pour un baiser de sa douce ?
Plus l'heure tournait et plus Alexender songeait que sa façon d'agir était bien égoïste...Par rapport à ses alliés, il faisait preuve d'une bêtise qu'il commençait à concevoir. Sarah avait-elle seulement conscience de ce qu'elle lui demandait ? Pourquoi tout risquer maintenant alors qu'elle était enfin en sécurité chez elle, entourée des siens ? Même si le Comte demeurait un meurtrier implacable et qu'il s'acheminait doucement vers ce fichu mariage, au moins était-elle saine et sauve. Le Vampire ne semblait plus vouloir la tourmenter...C'était l'occasion pour eux de lui tendre un piège et de le poignarder dans le dos. Peut être que Sarah aurait dû passer par les journaux, comme ils avaient prévu, pour bâtir ce fameux piège...
Un faible sourire fendit le visage du Hunter. C'était sans doute l'amour qui les poussait ainsi à se retrouver malgré les obstacles et les risques. Oui. Les sentiments demeuraient la base de chacun de leurs gestes, il tentait de s'en convaincre. Ils avaient besoin de se voir, pour se voir. Simplement pour se sentir, pour se toucher, pour s'écouter. Ils avaient besoin de se sentir en vie, ensemble, et de briser ce trop long moment d'absence et de silence qui s'était imposé entre-eux.


L'aristocrate déchu poussa un long soupir. Son ami lui jeta un regard inquiet. La main du rouquin vint carresser les lattes de bois qui le séparaient de l'extérieur. La pluie tombait toujours sur les ruelles délavées. C'était comme si le temps accompagnait ses pensées tourmentées.

- Je dois y aller...finit-il par murmurer. Son regard se perdit sur les colonnes de l'Oratoire. Je compte sur toi Nathan.

Le jeune Hunter grimaça mais il se contenta d'hocher la tête en signe de consentement. Alexender avait pris sa décision, il ne comptait pas manquer à sa parole. Fouillant dans le sac qu'il avait apporté avec lui, Nathan sortit un Bloody Rose et une boîte métallique. Il tendit l'arme à feu à son compagnon qui le prit pour le glisser à l'arrière de son pantalon et ouvrit la-dite boîte pour en sortir une demi-douzaine de cartouches noires.

- Tiens, avec celles qui sont déjà dans le barillet, tu as de quoi faire.

- Merci.

Sans échanger d'autres mots, les deux Hunters terminèrent de se préparer. Nathan vérifia que son propre Bloody Rose était correctement chargé, puis il s'assura que son coéquipier avait bien son couteau et que sa cape était bien fixée sous son col. Enfin, lorsqu'ils furent tout à fait prêts, ils se serrèrent la main et se firent une accolade.

- Tâche de faire bonne impression hein...fit Nathan en esquissant un semblant de sourire.

- Ne t'en fais pas...Tu me connais ! répondit le Hunter en lui donnant une tape sur l'épaule. Il sentit alors son ami crisper sa main sur la sienne. Leurs regards se fondirent l'un dans l'autre.

- Ne te fais pas tuer.

Alexender lui sourit d'un air déterminé. Oh non, il ne se ferait pas tuer. Pas maintenant ! Il allait entrer dans ce bâtiment, trouver Sarah et lui parler. Il n'y aurait pas de piège, pas de Vampire, pas de coup de feu. Ce lieu sacré serait encore debout lorsqu'il le quitterait et sa propre foi n'en serait que plus ravivée.

- Si par malheur c'est un piège, Nathan, n'oublie pas le plan...

Le jeune blondin grimaça mais acquiesça d'un coup de tête. Enfin, Alexender le quitta. Il disparut sous sa cape noire et descendit les deux étages de la ruine qui leur avait servie d'observatoire. Avec toutes les précautions du monde, il franchit les degrés et se retrouva bien vite au rez-de-chaussée. Il attendit encore un peu, caché derrière une autre fenêtre, avant d'ouvrir la porte qui donnait sur l'extérieur. Il parcourut alors le plus rapidement possible la distance qui le séparait de l'Oratoire et se dissimula derrière ses hautes colonnes. Après une nouvelle pause, lorsqu'il fut à peu près certain d'être seul, il poussa la porte de l'église et entra. Sous sa cape, il saisit son Bloody Rose et en arma le chien. Prêt à toute éventualité, il tâcha de toujours garder une distance minime entre son dos et les éléments d'architecture qui l'environnaient maintenant.


Des chœurs chantaient mais nul ne devait l'avoir entendu. Après avoir jeté un bref coup d'oeil dans la nef principale, Alexender se dirigea vers les parloirs destinés aux confessions. Il ne savait pas où trouver ce fameux père Gréhory dont la jeune miss Grey avait évoqué le nom dans sa lettre. Cependant, il se souvenait qu'il devait se rendre aux confessional pour s'annoncer en tant qu'Agnus Dei. C'était sans doute un mot de passe pour le mettre en relation avec Sarah. Ainsi la jeune femme avait-elle d'autres alliés ? Que certains hommes d'église soient de leur côté n'était pas une mauvaise chose : cela pourrait faciliter leur combat. Une pensée pour Taddeus Grey, le défunt père d'Eulalia, lui traversa l'esprit. Le pauvre homme avait fini sa vie d'une bien horrible manière...
Retrouvant du courage au cœur du petit sursaut de colère qui lui parcourut l'échine, le Hunter avança d'un pas plus ferme. Bientôt, il se trouva nez-à-nez avec un vieil homme en bure qui lui fit signe de s'arrêter.


- Tu devrais te découvrir mon enfant, tu es dans un lieu saint.

Alexender le considéra un instant, le cœur battant à tout rompre. Il le jugea longtemps du regard, en silence, avant de rejeter sa capuche en arrière et de découvrir ses cheveux noirs et son visage.

- Je dois me confesser, mon père, fit-il d'un air sombre.

Le vieil homme lui sourit légèrement avant de lui indiquer un parloir d'un geste de la main. Le Hunter exécrait l'idée de s'enfermer dans un espace aussi restreint, mais il devait faire confiance à Sarah. Il franchit donc la petite porte de bois et s'assiet sur le banc à disposition des croyants. Lorsqu'il vit au travers de la grille le visage du vieil homme, il posa le canon de son pistolet contre la paroi qui les séparait. Evidemment, son interlocuteur ne pouvait pas le voir.


- Mon père, j'ai péché. fit-il d'une voix presque trop dure. Je cherche une femme...

- Qui es-tu ? demanda le religieux en lui coupant légèrement la parole.

- Un Angelus Dei, répondit le Hunter en serrant sa main sur la cross de son arme à feu.

Le vieil homme l'observa au travers de la grille et soupira doucement. Puis, il se releva.


- Suis-moi...

Les deux hommes quittèrent le confessionnal et se dirigèrent vers la crypte. Alexender conserva son arme à la main, dissimulée sous le pan de sa cape. Il suivit le religieux en se tenant à une distance respectable. Apparemment, il n'avait pas affaire à un Vampire, mais il se méfiait tout de même de cet homme qu'il ne connaissait pas.
Lorsqu'ils franchirent la porte de la crypte, le cœur du Hunter s'emballa. Cette fois, si piège il y avait, il se jetait littéralement dedans. Comment pourrait-il survivre à une embuscade dans les souterrains ? Impossible ! Une goutte de sueur coula sur son front alors qu'ils descendaient les premières marches du sous-sol. Des images de ce qu'il avait vécu dans les égout en résence du Comte et d'Angelstone lui revinrent. Le traumatisme était encore très présent dans son esprit et la perspective de se retrouver coincé sous terre par des Vampires ou leurs serviteurs lui donnait la nausée.
Ravalant ses craintes, il continua de suivre le vieil homme sans mot dire. Ils franchirent ainsi plusieurs couloirs, passèrent devant des cercueils de pierre et descendirent dans les profondeurs de l'Oratoire. Alexender ralentissait régulièrement le pas pour observer son environnement. Face aux cercueils, il manqua de faire demi-tour. Ce ne furent que la démarche lente et le regard doux du religieux qui le poussèrent à aller plus loin. Enfin, après ce qui lui parut une éternité, ils débouchèrent dans une salle aménagée. Alexender parcourait des yeux les meubles empoussiérés des lieux et les noms qui demeuraient encore gravés dans la pierre. Qu'était-ce ? Il lui sembla en reconnaître plusieurs...Cet arbre aux rameaux noirâtres étendait ses branches sur des hommes et des symboles...Soudain, le rouquin réalisa que c'était bien-là les noms des plus célèbres Hunters de Londres. Ils se trouvaient dans l'ancien QG de la Guilde d'Ivoire !


Tout étonné de ce qu'il venait de lire, le Hunter ramena son regard sur son guide. Ce dernier lui souriait. C'est alors qu'il s'écarta pour lui présenter la personne qui se tenait derrière lui. Alexender crut défaillir en reconnaissant Sarah.

- ...Sarah...? expira-t-il d'un air hébété comme s'il ne pouvait concevoir que la jeune femme puisse se trouver en sa présence.

Sa main desserra légèrement son étreinte sur son arme avant de s'y criper à nouveau. Cela pouvait tout à fait être une illusion...Lentement, il sortit sa main de sous sa cape et pointa son Bloody Rose sur la jeune femme. Son regard brilla de détresse.


- Je...Dis-moi que ce n'est pas un rêve...Dis-moi que c'est bien toi...Sa main tremblait, comme tout son corps soudainement pris de spasmes. La tension nerveuse qui l'habitait commençait à le déborder d'autant qu'il avait perçu du coin de l'oeil le père Grégoire s'agiter en le voyant sortir son arme. Sarah...Son gémissement se perdit dans sa gorge nouée. Tu...tu es vivante...Je...

Prenant une grande inspiration, le Hunter laissa ses larmes couler le long de ses joues et s'approcha lentement de la jeune femme. Son canon pointait toujours dans sa direction. Son regard la détaillait maintenant de haut en bas, comme s'il était à la recherche d'un indice qui lui prouverait qu'il se trouvait face à une illusion. Les pouvoirs des Vampires étaient si destabilisants ! Tout était possible avec ces animaux...
Sarah était d'une pâleur effrayante. Ses grands yeux clairs surmontaient des joues légèrement creuses et ses cernes accentuaient davantage la blancheur de ses traits. Ses cheveux, un peu plus courts qu'auparavent, retombaient sur ses belles épaules en mèches désordonnées, vestiges d'un chignon qui avait subi les intempéries. Ses lèvres, d'un rouge profond, luisaient à la lueur des flammes qui crépitaient dans l'âtre brûlant. Jamais elle n'avait parue si proche et si lointaine à la fois. C'était comme s'il retrouvait une peinture oubliée et qu'il la considérait au travers d'un voile de poussière. Ses souvenirs ne collaient pas tout à fait avec le visage qu'elle lui présentait. Quelque chose semblait l'avoir...transformée...
Fronçant les sourcils, le Hunter s'attarda sur le cou de la belle et le considéra longuement. Mais le col du manteau qu'elle portait lui dissimulait en partie sa gorge. D'étranges à prioris gagnèrent le cœur du chasseur. Pourtant, son instinct le poussa à s'approcher davantage et à baisser son arme. Doucement, sans brusquer la jeune femme, il avança sa main gauche vers sa joue et la toucha à l'instar d'un incrédule qui souhaite vérifier que ce qu'il a devant lui n'est pas le fruit de son imagination malade.


- Sarah...Tu as l'air si...fatiguée...

Ses yeux croisèrent les siens et s'y attardèrent un peu. Le canon de son arme définitivement tourné vers le sol, Alexender enroula alors ses deux bras autours de la taille de la belle et la serra contre lui. Cette étreinte fut timide, comme s'il avait peur de briser l'illusion, de froisser la jeune femme ou de se faire poignarder. L'angoisse compressait son cœur et l'empêchait de goûter à la douceur de ce moment privilégié.

- Je t'ai crue perdue...



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Sarah Spencer
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MessageSujet: Re: Que Dieu nous pardonne [12/05/42] Mer 22 Nov - 1:11



[12/05/42]

Sarah et Alexender


Je t'attendais dans cet espace où rien n'existait sinon toi


Malgré le temps qui passait, l’énorme poids qui pesait sur la conscience de l’héritière Spencer ne diminuait pas. Dès qu’elle avait ouvert les yeux ce matin-là, la jeune femme s’était sentie fébrile, presque malade. Elle s’était postée à sa fenêtre, observant pendant de longues secondes la pluie diluvienne qui noyait le paysage derrière un rideau sombre et gris. Pendant ce court laps de temps, elle avait douté. Douté de cette rencontre qui pouvait la mettre en danger, douté de monopoliser une fois de plus Eulalia et le Père Gregory, douté de devoir mentir à sa famille et courir à travers toute la ville pour un rendez-vous qui pouvait tout aussi bien la décevoir et même pire, entrainer la mort. La magicienne avait songé un instant tout annuler, mais comment aurait-elle pu prévenir ses comparses? Elle s’était souvenue de son étonnement lorsqu’Eulalia lui avait parlé de leur moyen de communication en message crypté dans les journaux. Elle avait trouvait cela ingénieux sans pour autant pouvoir s’empêcher de se demander pourquoi elle n’avait pas été mise au courant bien avant de ce projet. Elle n’aurait certainement pas passé autant de temps à chercher le groupe dans tous Londres... Mais même encore aujourd’hui, la jolie bourgeoise avait été avare sur ce sujet. Sans doute ne voulait-elle pas mettre l’héritière au courant des détails de leur communication et de leur pseudonyme de peur que Sarah ne décide d’aller directement à leur repère et d’y être suivie. À la place, la belle avait révisé mentalement son itinéraire, chacun des gens avec lesquelles elle avait discuté, chacun des items qu’elle avait éparpillés ici et là pour constituer son costume. Elle avait cherché à élaborer tous les scénarios possibles, tous les imprévus qui pourraient survenir sur son chemin. Songé ainsi à chacun des détails lui avaient donné l’impression d’avoir un certain contrôle de la situation et d’y voir un certain succès. Elle ne pouvait toujours pas se pardonner les erreurs du théâtre et il était hors de questions que quelqu’un d’autre ne soit blessé par sa faute aujourd’hui. Mais même ce semblant de certitude n’avait pas réussi à enlever l’énorme poids qu’elle sentait peser sur son estomac.

Les yeux perdus dans le mauvais temps, la belle avait aussi songé à ce document signé qui reposait désormais dans l’un des tiroirs du bureau de son père. Le contrat de mariage, sur lequel elle avait apposé sa griffe. C’était un accord, rempli d’une certaine volonté ou d’un non-sens flagrant. Que voulait-elle au juste? Tiraillée de tout côté, elle avait l’impression d’être coincée sous une couverture trop petite qui lui laissait une terrible sensation de froid. Peu importe le côté qu’elle cherchait à prendre, elle avait toujours l’impression de ne jamais aller dans le bon sens. Peu importe le choix qu’elle ferait, elle ne pourrait les sauver tous les deux...

Après un nouveau soupir à s’en fendre l’âme, la Chasseuse s’enfonça un peu plus dans son fauteuil et son désespoir. Quelle idiote avait-elle été. Chaque balancement de l’horloge faisait résonner l’écho douloureux d’une amère vérité. Il ne viendrait pas. Son regard triste plongé dans les flammes la jeune femme ramena sa main tremblante contre ses lèvres pour y réprimer le sanglot qui comprimait sa gorge. Elle n’aurait pas dû mettre autant d’espoir dans cette situation périlleuse. Au fond d’elle, la voix de la raison lui murmura que c’était beaucoup plus logique ainsi. En mettant le nez dehors, le hunter ne risquait pas seulement d’être reconnu, mais d’être abattu sur la place publique en un rien de temps. Toute la ville était à sa poursuite. Si ce n’était par les lords, ce serait par quelques héros prolétaires cherchant à se faire un nom, ou encore par l’un des agents du Yard désireux de briller auprès de ses pairs. Même le mauvais temps était propice à une embuscade par les longues dents, les plus téméraires osaient s’aventurer sous la pluie lorsque le mauvais temps masquait assez longtemps le soleil pour ne pas bruler leur peau. Il fallait se résonner, se relever, chasser l’amertume qui brulait sa gorge et qui lui laissait un gout amer en bouche. Cela n’avait été qu’une nouvelle folie irréfléchie que de demander à Eulalia de transmettre ce message. Sarah s’en voulait. Elle avait été d’un égoïsme dangereux et c’était pour son propre désir qu’elle avait bouleversé encore une fois l’existence à peine rétablie de la jeune femme et de leur comparse. La pauvre Eulalia qui devait vivre dans l’ombre, Raphael dont la blessure infligée par le Comte devait rendre fou et Alexender... L’Héritière ferma les yeux pour chasser sa peine. Elle aurait donné sa fortune et renié son nom simplement pour revoir son amant. Tant de choses s’étaient passées depuis leur dernière rencontre. Tant de douleur, de peine avaient ponctué ses jours. Elle aurait tant voulu lui dire… mais lui dire quoi exactement? Des excuses avant tout. Leur dernière rencontre la veille de l’attentat avait été un fiasco, il l’avait blessé, ils en étaient venus aux mots comme des marchands de Piccadilly square. De leur mésentente était né un doute, une brisure qui avait pris de l’importance. Celle-ci les avait rendues téméraires et leurs mouvements au théâtre en avaient été affectés... Qu’aurait-elle voulu lui dire d’autre? Elle y avait si longuement songé alors qu’elle errait dans la ville sous les traits de Gabriel espérant trouver le moindre indice qui aurait pu les réunir. Sarah soupira, ce qu’elle aurait donné pour être habillé en homme en cet instant et de pouvoir tenir un verre de vin chaud entre ses doigts. Au moins était-il en vie... Avec Katherine... Une douleur cilla de nouveau la poitrine de l’héritière. Comment ne pouvait-elle pas être jalouse d’une telle situation? Savoir son amant, auprès d’une si belle femme... Sarah secoua de nouveau la tête. Même après des mois, elle continuait de ressentir ce pincement à l'idée qu'Alex puisse être avec une autre femme. Pourtant, Katherine était une femme si belle, si désirable, pleine d'assurance et de charmes... Quel homme aurait pu lui résister? Et elle côtoyais désormais Alexender et le Comte...Comment ne pas la considérer comme une menace? Si seulement la jeune héritière avait pu savoir que ses craintes étaient confirmées.

Un nouveau soupir franchit les lèvres serrées de la jeune femme. L’horloge posée sur la cheminée indiqua 15h45. Malgré les flammes, Sarah frissonna sous son manteau. Rien ne servait de s’attarder plus longtemps dans ce lieu de vestige oublié. Tout comme les hunters avant elle, la Chasseuse avait espéré trouver un peu d’espoir dans le cœur de la basilique, mais seul le terrible écho de sa solitude tinta à ses oreilles. Non, rien ne serait de se morfonde plus longtemps ici. Il lui fallait rentré, affronté la pluie, ses parents et la nuit de nouveau. Se joindre au préparatif du bal qui agitait le manoir Spencer et aussi à son mariage, dont le Comte serait rapidement informé… et après? Continuer de vivre... malgré tout...

La magicienne se redressa imperceptiblement en entendant le bruit feutré des pas qui se rapprochait. Tout son être se força à afficher un sourire mondain qui ne peignait que ses lèvres. Plongée dans ses sombres pensées, elle n’avait pas entendu le prêtre revenir dans le repère. Sans doute était-il venu l’aviser qu’il était temps pour elle de rentrer et il avait raison. D’un revers de la main, la belle sécha les larmes qui ornaient ses joues avant de se lever doucement, resserrant d’une main le pan de son manteau contre son corps tremblant.


-Il ne viendra pas... murmura-t-elle de sa voix douce.

La phrase s’adressait plus à elle-même qu’au Père Gregory. Il y avait un certain soulagement d’exprimer à voix haute sa déception profonde. Entendre sa propre voix lui donnait l’impression de briser le silence macabre qui résonnait à ses oreilles. Mais alors que l’ecclésiastique faisait un pas de côté, le corps tout entier de la belle se figea, ses gants glissant de ses mains. Un autre homme était descendu dans les profondeurs oubliées de l’Oratoire et se tenait maintenant devant la magicienne. Qui était-ce? Un messager? Un allié d’Eulalia? Un envoyé de la guilde? Instinctivement, la jeune femme posa sa main contre sa hanche où elle sentit le renflement rassurant de la crosse de son arme. Peu importe qui il était, il avait été mis au courant de sa présence en ce lieu, car l’ecclésiastique n’aurait pas été berné sans le mot de passe qu’elle avait remis à Eulalia. Ses yeux bleus plongés dans ceux de l’homme, le geste de Sarah se figea et elle ramena ses mains contre sa poitrine. L’homme était d’une stature imposante, malgré le lieu dans lequel il se trouvait. Sa silhouette avait été dissimulée dans une large cape sombre à peine mouillée par la pluie. Ses cheveux noirs disparaissaient dans le col du vêtement, et lui donnait l’impression qu’il avait les cheveux courts. Sur ses joues creuses, on devinait la repousse d’une barbe de quelques jours. Malgré l’obscurité ambiante, quelque chose en cet homme réveilla en elle un souvenir familier.


- ...Sarah...?

Les yeux de la Chasseuse s’agrandirent. Le simple timbre de cette voix hérissa les poils de ses bras et tout son corps se raidit. Non, cela ne pouvait être lui... Rien parmi les fragments que constituaient ses souvenirs ne concordait avec cet inconnu qui se tenait devant elle. Pourtant ces yeux, ce mélange d’ambre et de feu, elles les avaient déjà vues quelque part. Et cette voix… l’homme eut un nouveau mouvement du revers de sa cape. Le regard d’azur de la jeune femme glissa du visage de l’inconnu jusqu’à cette main qui s’était tendue en sa direction et dont les doigts tenaient fermement la crosse d’un pistolet. La belle ne put retenir un mouvement de recul, gardant la bouche entrouverte sans qu’aucun son ne réussisse à en sortir. Tout en elle s’hérissa, comme un animal blessé qui observe le chasseur venu l’achever. Elle fixa longuement le canon et le trou noir d’où la mort pouvait la frapper à tout moment. Près d’elle, le Père Gregory se figea également à la vue du Bloody Rose. S’il avait encore des doutes sur l’homme qui se tenait devant lui, ils avaient été balayés dès l’instant où il avait reconnu l’arme des hunters. Mais que pouvait faire l’ecclésiastique devant pareille situation si ce n’était qu’adresser une prière rapide au Tout Puissant? Il y avait quelques années l’ecclésiastique aurait rapidement maitrisé l’homme pour lui enlever l’arme des mains et le sermonner sévèrement, mais le temps l’avait rattrapé et s’il continuait de jouer un rôle passif dans la lutte des créatures obscures, son heure de gloire était passée depuis longtemps. Le vieil homme observa attentivement l’Angelus sans tenter le moindre mouvement. Il nota son visage baigné de larmes, les tremblements qui habitaient sa main et son souffle court. En un simple coup d’œil, il comprit que l’homme n’allait pas tirer. Son regard se tourna alors à l’héritière Spencer qui ne bougeait pas. Son attitude passive devant une telle situation le surprit autant qu’elle le choqua. Il la sentait tendue, comme si elle allait exploser ou perdre connaissance à tout moment. Seuls ses yeux qui se remplissaient doucement de larme trahissaient ce que son cœur avait compris dès le premier regard.

Alexender s’avança vers elle doucement, comme s’il craignait qu’elle ne disparaisse. Il se tenait si près qu’elle aurait presque pu sentir le canon de l’arme se poser sur sa poitrine. Le bourdonnement envahit ses oreilles, son souffle s’accéléra. Non, ce ne pouvait être lui. Elle ne reconnaissait pas ses cheveux roux sous l’épaisse teinture noire qui en marquait les mèches. Elle ne reconnaissait pas son corps maigri par les privations, la fuite, la douleur. Elle ne reconnaissait pas ses traits éprouvés par l’effort, les nuits d’insomnie, l’abus de l’alcool et le poids des décisions. Et cette arme, pointée dans sa direction... La douleur traversa son cœur. La jeune femme était incapable de soustraire son regard à ces yeux de feu qui la détaillait dans ses moindres détails. Elle voyait les lèvres de l’homme s’agiter sans parvenir à comprendre les mots qui lui parvenaient de bien loin. Une illusion? En était-ce bien une? Et s’il était là pour mettre fin à tous ses tourments? Pourquoi une telle méfiance? Ce que Sarah ne pouvait concevoir était que son apparence était aussi choquante que celle d’Alexender. Tout en elle rappelait la beauté des immortelles. Son teint pâle, ses yeux pétillants... Dans cette obscurité à peine chassée par l’âtre du feu et les chandelles elle avait des airs qui rappelaient les créatures nocturnes qui hantaient encore les cauchemars d’Alexender. L’attente sembla interminable, puis le jeune homme baissa son arme pour tendre sa main vers sa joue désormais baignée de larme. L’eau avait coulé sans qu’elle ne s’en rendre compte. Elle observa cette main se tendre vers elle guettant comme un animal blessé sans pouvoir retenir un nouveau geste de recul. C’était une réaction involontaire, résultat des meurtrissures profondes qui lui avait été infligé au court des derniers jours. Pourtant, avec une lenteur insoutenable, les doigts entrèrent en contact avec sa joue sans qu’elle ne puisse retenir un frémissement. La peau du hunter était si chaude, presque brulante contre sa joue glaciale. Le bourdonnement s’estompa brusquement et le silence revient à ses oreilles dissimulées par le tambourinement de son cœur.

L’arme pointée vers le sol, Alexender la prit doucement dans ses bras, d’une manière presque maladroite. La Chasseuse se laissa faire, sans ressentir le mouvement de répulsion que lui inspirait les contactes physiques depuis son retour. Au contraire, la simple présence de l’homme à ses côtés lui donnait un certain sentiment d’apaisement.


- Je t'ai crue perdue...

Son murmure à son oreille ébranla son cœur. Sarah hoqueta, prenant l’inspiration qu’elle avait retenue pendant tout l’échange. Aussitôt, le parfum de l’homme vient envahir ses poumons, une odeur particulière, inoubliable. Puis, ce fut comme si les derniers mois s’envolaient brusquement. Les jours passés loin de l’un de l’autre, les tourments, l’attente interminable, les douleurs, les peines, le désespoir, tout s’envola. Incapable de supporter plus longtemps cette étreinte fragile qui lui donnait l’impression de risquer de se briser à tout moment, la jeune femme glissa ses mains autour du cou de celui qu’elle reconnaissait enfin.

-Alexender!

L’exclamation s’échappa de ses lèvres tremblantes. Dans un geste d’une affection sincère, elle plongea son visage baigné de larmes dans le cou de son amant retrouvé qu’elle sentit se raidir au contact de son nez froid contre sa peau. Peu lui importait qu’il la prenne pour un vampire, qu’il puisse encore la tuer avec son bloody rose qui restait à porter de main. Peu lui importait de se trouver sous une église, de se trouver devant le Père, d’être habillée n’importe comment...En cet instant, plus rien n’importait plus que lui. Le visage toujours enfoui contre son cou, Sarah répéta le nom d’Alexender en une succession de murmure, comme pour s’assurer que c’était bel et bien lui, comme pour réhabituer sa voix à prononcer son nom. Elle était incapable de formuler un autre mot que son prénom. Elle le tenait enfin, il était là, dans ses bras! Elle pouvait sentir le battement de son cœur contre son oreille, elle pouvait sentir la chaleur de son corps contre le sien, elle pouvait sentir son odeur. Combien de nuits avait-elle passées à le chercher dans les rues de Londres? Combien de fois avait-elle pensé à lui, même à la fin, même lorsqu’elle avait cru sa dernière heure arrivée.

Alors qu’elle se perdait dans une étreinte interminable, le Père Gregory se retira doucement. Le vieil ecclésiastique n’avait plus les nerfs assez solides pour vivre les tourments des jeunes amoureux aussi préférait-il s’éclipser en silence. Après tout, la jeune Chasseuse connaissait bien les sous-sols, aussi serait-elle capable de trouver la sortie. Et puis le prêtre ne pouvait pleinement accepter cette situation qui allait à l’encontre des valeurs de l’église. Sarah Spencer risquait gros. Non seulement pouvait-elle être accusée de fréquentation criminelle (une manière bien habile pour l’époque pour parler d’adultère), mais qui plus est, elle pouvait être arrêtée pour avoir été en présence d’un ennemi de la couronne! Non, il ne pouvait plus rien faire d’autre pour le jeune couple que de prier pour eux.

Les yeux fermés, la tête posée contre l’épaule du hunter, l’ondine oublia le temps. Puis, comme si elle se souvenait que celui-ci finirait par la rattraper, elle releva son beau visage vers celui de son amant. Bientôt, ses lèvres glissèrent contre la joue du jeune homme et vinrent trouver sa bouche qu’elle embrassa avec envie. Son baiser fut passionné, rempli de toute cette attente, de tous les mots qu’elles avaient voulu lui dire. Elle chercha contre ses lèvres les réponses aux questions qui l’avaient consumé, aux doutes qui la tiraillaient encore.

Après un long moment, Sarah se recula doucement, observant le visage de son amant comme si elle le voyait pour la première fois. Oui, c’était bel et bien lui. L’héritière caressa du bout de ses doigts les joues encore humides du Hunter. Malgré tous les changements physiques que le temps et les épreuves avaient eus sur son corps, elle reconnaissait encore les détails qui l’avaient charmé. Les rides qu’il avait aux coins de ses yeux, les plis rieurs de ses joues... mais quelques choses avaient changé en lui. Il lui semblait plus austère et une ombre masquait désormais ses yeux autrefois remplis de malice. Tant de questions se pressaient à son esprit. Que lui était-il arrivé après le théâtre? Comment avait-il fait pour s’échapper de la Tour de Londres? Comment avait-il réussi un tel exploit? Pourquoi ne lui avait-il pas écrit?

Le sentant tremblant entrent ses bras, la Chasseuse le tira doucement près du feu, espérant qu’il puisse s’y réchauffer un peu. Les flammes qui menaçaient de s’éteindre quelques instants plutôt ronronnaient à présent, diffusant une chaleur palpable dans la pièce. Une étincelle avait jailli dans le cœur de la belle et semblait habitée chacune des flammes des chandelles qui ornaient l’endroit, chassant enfin les derniers jeux d’ombres et redonnant un air vivant et convivial à ce lieu austère. Elle était si heureuse de le retrouver qu’elle ne trouvait aucune phrase pertinente à formuler. Elle l’observait en silence, un sourire pâle étirant ses lèvres entrouvertes. Les mains tremblantes dans ceux de son amant, la magicienne laissa son regard parcourir à loisir ceux de celui que son cœur avait réclamé pendant si longtemps. Après un instant, elle se décida enfin à briser le silence qui s’était installé.[/i]

-Vous m’avez l’air bonne santé… Sa phrase lui sembla idiote. Alexender si vous saviez à quel point je me suis inquiété pour vous...


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Alexender Von Ravellow
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MessageSujet: Re: Que Dieu nous pardonne [12/05/42] Ven 22 Déc - 16:15

Alexender
&
Sarah


Alexender n'avait jamais réellement cru en Dieu. En effet, même si ses parents avaient été des croyants relativement fervents, ces derniers n'avaient jamais pris la peine de lui enseigner les voies du Seigneur. Trop préoccupés par leur métier de Hunter, ils avaient laissé leur fils unique entre les mains d'un précepteur qui s'était contenté du minimum. Pourtant, le jeune homme aurait pu croire que ce jour était béni. Il aurait pu se jeter à genoux et prier pour remercier le Ciel de lui avoir rendu sa bien-aimée. Sarah était là, dans ses bras. Il sentait ses mains, son odeur, sa peau, son coeur...Au comble du bonheur, l'aristocrate déchu n'était pas certain de ce qu'il vivait : était-ce réel où était-ce son imagination malade qui lui offrait cette vision tant rêvée ?
Lorsque ses doigts avaient effleuré la peau de Sarah, le rouquin avait été traversé d'une impression de déjà-vu ; c'était comme ce jour, sous la pluie, chez Raphaël, lorsqu'ils s'étaient retrouvés après ce qui lui avait semblé une éternité, le jour de leur première dispute...En cet instant, il la redécouvrait et raccommodait son cœur avec une aiguille aiguisée par le temps qui semblait toujours leur manquer. Il s'attardait sur chaque seconde, chaque minute qui leur étaient accordées. Au début, il n'avait pas su comment faire. Il avait touché son visage, du bout des doigts, comme pour vérifier son existence, puis il était resté figé pendant quelques minutes avant de la prendre dans ses bras avec l'inquiétude d'un enfant qui ne sait pas comment sera reçu son geste.


- Sarah...Oh Sarah...

Sarah avait alors réfugié son visage meurtri d'émotions contre son cou et le Hunter pouvait désormais sentir sa chaleur et son odeur tout contre lui. Sa bouche, perdue dans ses cheveux de fée, murmura son nom dans le même temps qu'elle murmura le sien. La douce voix de la jeune femme le fit frisonner. Les hoquets de l'un et l'autre se fondirent dans un seul mouvement, à l'instar de deux cœurs qui battent à l'unisson. Alexender eut l'impression de suffoquer. Ces retrouvailles étaient plus difficiles que tout ce qu'il avait imaginé. Le poids qui avait oppressé son coeur durant de si longues semaines s'envolait tout à coup et son corps ne semblait guère avoir été préparé à un tel choc. Tremblant de tous ses membres, le Hunter laissa ses propres larmes rejoindre celle de cette femme à laquelle il avait décidé de lier son destin.

- Sarah...

Alors qu'il allongeait ses doigts sur la taille de sa compagne, Alexender sentit les lèvres de cette dernière effleurer ses joues avant de l'embrasser avec fougue. Son corps tout entier se crispa à nouveau, traversé d'une vague de soulagement et de remords. Il hésita. Le Hunter se sentit coupable, terriblement coupable, et concilier toutes les émotions qui l'empoignaient maintenant ne lui était plus possible. Il se laissa donc faire, sans réellement réagir. Pendant quelques secondes, il reçut donc ce baiser avec une froideur étrange qui ne lui était absolument pas habituelle. Puis, il se détendit bientôt et il accompagna enfin le baiser de la jeune femme en renforçant son étreinte autour d'elle. Il alla jusqu'à descendre ses mains sur les hanches de la belle pour la pousser à prolonger ce geste. Qu'importait le lieu saint ? Qu'importait l'ecclésiastique ? Qu'importait cette image de Katherine qui lui rappelait ses fautes ? Tout ce qui comptait en cet instant, c'était cette étreinte qu'il n'avait que trop peu connue à son goût avec la chasseuse. Cette chimère qu'il avait cru tenir dans le creux de sa main l'espace d'un instant, dans l'atelier de son Châtelet, lui avait semblé n'être qu'un fantôme de son esprit. Sarah était devenue un fantasme, un but imposé à lui-même pour l'obliger à rester droit dans sa lutte. Mais, cette fois-ci, c'était quelque chose de bien réel, quelque chose de concret. Alexender eut la sensation que son combat avait enfin un sens. L'objet de ses désirs était non seulement bien réel mais il pouvait même le posséder avant d'avoir terminé ce qu'il avait commencé !


Tandis que leur baiser se prolongeait, le moine disparut. Alexender ne l'entendit pas quitter la salle. Son pistolet toujours pointé vers le sol, le Hunter avait complètement baissé sa garde et son attention. Son poignet s'était même suffisamment relâché pour que son index ne soit plus en contact avec la gâchette de son arme. Il était prêt à la laisser tomber à terre pour s'abandonner tout entier à Sarah. Ce baiser, il aurait aimé le rendre éternel. La fatigue qui l'accablait commençait à se dissiper. Ravivé par la présence de son amante, le jeune homme songea même, l'espace d'une seconde, à lui ôter cette robe qui les séparait encore trop à son goût. Mais la douceur de Sarah le poussa à demeurer simple et décent.
Le souffle aurait sans doute fini par leur manquer si la chasseuse n'avait mis un terme à leur étreinte passionnée. La belle laissa ses lèvres se détacher de celles de son amant et recula un peu pour considérer ce dernier. Alexender la dévorait lui-même des yeux. Même si elle avait beaucoup changée, elle conservait des traits d'une grande beauté et ses yeux d'azur brillaient toujours de cette petite lueur espiègle qu'il avait tant appréciée le jour de leur rencontre. La simplicité de sa tenue poussait un homme comme Alexender au crime. Ses mains tremblèrent un peu, impatientes et fébriles.
Sarah le tira alors vers l'âtre où brûlait un feu vivifiant. Une fois dans son espace chaleureux, le couple se considéra à nouveau, en silence.
Sarah semblait avoir besoin de le regarder de haut en bas pour le reconnaître. Cela ne choqua en rien le Hunter qui savait pertinemment que sa teinture changeait non seulement la couleur de ses cheveux si atypique mais aussi la forme de son visage. Il savait qu'il paraissait plus mince qu'autrefois et que son front était plus soucieux. Ses amis ne cessaient de le lui répéter depuis quelques semaines. Elle aurait besoin de temps, sans doute, pour le trouver aussi séduisant qu'à leurs débuts.

Alors qu'il dévorait du regard les épaules de sa compagne ainsi que son visage mille fois rêvé, la jeune femme brisa le silence qui s'était installé entre-eux, comme pour redonner vie à cette scène hors du temps. Alexender lui sourit, même si son coeur fut légèrement blessé du ton solennel qu'elle venait de prendre avec lui. Sarah avait toujours été très distinguée et son langage avait toujours respecté les codes de la bonne société, héritage de son illustre famille et d'une éducation soignée. Mais qu'elle demeure aussi formelle avec lui le perturbait toujours.
Serrant sa main libre autour de celles de la belle, le Hunter poussa un soupir et leva son Bloody Rose pour en faire briller la crosse à la lueur du feu qui brûlait près d'eux.


- Et moi donc...Tu as disparue si longtemps...Tout le monde te disait morte.

Sa main étreignit son arme avec force, jusqu'à ce que ses jointures ne blanchissent.

- Je me suis senti si inutile...si impuissant ! fit-il en contractant sa mâchoire avec une pointe de rage dans le coeur.

Il desserra ses doigts autour du pistolet et se détendit un peu. D'un geste habitué, il glissa l'arme dans son dos, à l'arrière de son pantalon, et saisit Sarah par ses deux épaules. Ses yeux d'ambre se plantèrent dans les siens, déterminés comme jamais.


- Partons, quittons ces lieux ! Ensemble ! Disparaissons ! Laissons tout derrière nous pour redémarrer, ailleurs, enfin heureux, loin de cette ville, loin du Comte et de ses machinations tordues !

Il lui prit les mains avec ferveur et les pressa contre sa poitrine. Son regard étincela d'une lueur folle. Il tremblait comme un diable. Soudain, alors que ses yeux sondaient ceux de sa compagne, il comprit son erreur...Comment pouvait-il fuir Londres et abandonner derrière lui tous les Hunters ? Comment pouvait-il demander à Sarah d'oublier sa famille, de quitter sa patrie, son foyer, ses amis ? Comment pouvait-il espérer échapper à l'Ombre qui les poursuivait ? Ses mains desserrèrent leur étreinte et il s'éloigna lentement pour poser sa paume sur l'arbre généalogique des Hunters qui laissait grimper jusqu'au plafond ses longues branches entremêlées. Tête baissée, l'air désespéré, il poussa un long soupir douloureux avant de grogner :

- Il nous retrouvera. Il nous retrouvera toujours. Nous ne pouvons pas fuir...Nous devons d'abord éliminer ce monstre...

Il frôla du bout des doigts le pan de mur où reposaient tous les noms des chasseurs qui l'avaient précédé. Lorsqu'il regarda ses mains, elles étaient couvertes de poussière. Cette poussière, que les années et l'humidité avaient agglutinée contre la paroi glacée, lui inspira un nouveau sentiment: il réalisa soudain qu'il faisait partie d'une immense machine dont la mécanique mal huilée était cependant nécessaire à l'humanité. Jusqu'à présent, il s'était cru rouage libre capable de tourner ou de s'arrêter au bout de son axe inutile. Mais aujourd'hui, plus que jamais, il sentit qu'il avait son rôle à jouer dans cette histoire, cette longue Histoire avec un grand H, dont les plus illustres des hommes de l'ombre avaient laissé ici une trace.
Alexender réfléchit un peu, mais son regard revint très rapidement sur Sarah. Il l'avait lâchée quelques secondes mais, déjà, il avait l'impression de l'avoir presque perdue à nouveau. Ses lèvres tremblèrent d'émoi et il retourna auprès de la jeune femme. Arrivé à sa hauteur, il lui reprit les mains et les embrassa doucement.


- Nous avons tant à nous raconter...Tant à échanger...souffla-t-il avec angoisse. Que s'est-il réellement passé entre le couvent et ton arrivée au cimetière d'Highgate ? demanda-t-il un peu brusquement. Je veux dire...nous avons tenté de savoir, nous avons tout fait pour te retrouver...mais...je ne comprends toujours pas ce qu'il s'est passé.


Alexender avait mille questions à poser à la chasseuse et il ne savait pas comment les aborder. Il savait d'instinct que la jeune femme était encore sous le choc de ce qu'elle avait vécu, un imbécile aurait compris, mais il n'avait eu comme retour de toute cette histoire que les articles des journaux, qu'il savait complètement manipulés par les grands de ce monde, et les rapports de Nathan et d'Isaac: il avait besoin de tout savoir maintenant. Le Hunter savait également que c'était le Comte qui l'avait récupérée au cimetière. Son coeur se serra à cette idée: il n'avait pas pu la sauver lui-même et c'était son pire ennemi qui s'était trouvé sur place ! Quelle honte ! Et puis, il ne cessait de se demander pourquoi le Vampire l'avait relâchée si vite...Une ombre planait sur toute cette histoire et il se sentait perdu, voire trahi. Une étrange défiance l'avait envahi au sujet de Sarah, et ce depuis cet affreux jour où il avait cru comprendre qu'elle s'était abandonné à lui. Il fallait qu'il mette les choses au clair. Difficile pour lui de ne pas s'emballer.

- Je..Excuse-moi...Je vais un peu trop vite, sans doute...Viens...Asseyons-nous. Je pense que tu as aussi des questions à me poser...

Alexender prit place à terre, près du feu, et ouvrit ses bras à la jeune femme pour qu'elle s'installe avec lui. L'endroit était spartiate et manquait de fauteuils, mais ils avaient tous deux vécu bien pire. Au moins seraient-ils au chaud, l'un contre l'autre.

- Sarah...fit-il tendrement en lui remettant une mèche derrière l'oreille. Je suis si désolé de ne pas avoir été là...

Il se serait excusé des centaines de fois si cela avait pu ramener le sourire sur ces lèvres chéries. Mais, au fond de lui, il savait qu'il avait fait tout son possible pour la retrouver et qu'il n'avait pas à s'excuser. Il savait que son inaction avait été le fruit de cette chasse à l'homme dont il était l'objet à cause du Comte. Sans cela, il aurait volé au secours de la jeune femme et se serait battu à ses côtés. Sans ses confrères, sans Isaac et sa sagesse, il l'aurait fait et se serait fait tuer bêtement, comme lorsqu'il s'était jeté en plein coeur du théâtre...

- Raconte-moi...Raconte-moi tout...



CODAGE PAR AMIANTE


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Sarah Spencer
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MessageSujet: Re: Que Dieu nous pardonne [12/05/42] Lun 5 Fév - 2:56



Sarah et Alexender


Je t'attendais dans cet espace où rien n'existait sinon toi

Le silence s'était installé, de ceux qui suivent souvent un moment chargé d'émotion. Leur visage posé à quelques centimètres l’un de l’autre, ils avaient repris leurs souffles, encore secoués par leur baiser et par les sentiments qu’ils faisaient naitre en eux. Sarah n'avait jamais su masquer sa curiosité et ses yeux d'azur détaillaient Alexander dans les moindres détails accentuant le sentiment de gêne. Elle observait ses vêtements, son visage, chaque détail qui lui révélait un morceau de l'histoire qu’il avait vécue depuis leur dernière rencontre. C’était surtout les yeux de l’aristocrate déchus qui parlaient pour lui. Il avait le regard d’un fugitif traqué et à bout de souffle. Le ton solennel qu’employa l’héritière fit passer un air triste dans les yeux de son amant et la jeune femme ne put s’empêcher de rougir doucement. Sa bonne éducation lui collait à la peau en toute circonstance.

- Et moi donc...Tu as disparu si longtemps...Tout le monde te disait morte.

La phrase que lui retourna le Hunter lui donna l'impression de tomber brusquement dans l'eau froide. Un nouveau silence s'installa, cette fois remplie par le souvenir des horreurs que l'aristocrate avait vécues. La belle tourna son regard vers les flammes. L’annonce de sa mort prématurée la mettait mal à l’aise. Elle n’avait toujours pas l’impression d’être revenue vivante de son passage dans la rivière Thames. Brusquement, le hunter la saisit par les épaules et e cœur de Sarah fit un bond prodigieux dans sa poitrine en entendant ses paroles. Quitter Londres pour s’enfuir avec lui? Une onde de joie transperça le regard bleu de la jeune femme. Mais bien sûr! Ils pourraient partir, refaire leur vie, ailleurs, loin de la capitale et de ses misères, loin des vampires et des sectes.  Mais le regard d’Alex tue rapidement la joie qui l’avait transpercé. Lorsqu’il s’éloigna doucement pour s’approcher du mur où trônait l’arbre généalogique de la guilde d’ivoire, Sarah su qu’un ‘’mais’’ n’allait pas tarder à jeter une ombre sur cette belle idée. Un doux sourire amer étira les lèvres fines de la jeune femme tandis qu’elle reporta son regard vers les flammes. Il avait raison et tort à la fois. Il était inconcevable pour eux d’imaginer quitter Londres, mais ce n’était pas seulement à cause de la présence du Comte. Une tempête s’était abattue sur l’échiquier si bien organiser des sectes et l’équilibre de la mascarade et du monde en était maintenant menacer. Plus que jamais, cette ville ingrate avait besoin d’un sauveur, mais nul ne savait l’apparence qu’il prendrait. Sarah se mordit la lèvre inférieure. Que deviendrais sa famille si jamais elle se décidait de quitter le pays? L’idée lui avait déjà bien souvent effleurer l’esprit. Partir à la découverte du monde, s’éloigner des problèmes qui la retenaient ici. Mais l’idée de jeter le déshonneur sur sa famille et  de leur causer la moindre tristesse retenait à chaque fois sa folie. Le retour d’Alexander à ses côtés la fit sursauter. Le jeune homme avait pris une habitude de se déplacer sans faire de bruit, sans doute pour ne pas attirer l’attention. Ses mains de nouveau prisonnières dans les siennes, elle frémit de plaisir en sentant ses lèvres se poser contre ses doigts. Ce simple geste rempli d’affection la faisait rougir jusqu’au plus profond de son âme. Mais bien vite l’aristocrate l’assaillit de questions et la belle ne put retenir le mouvement de recul qu’elle esquissa. Alexander avait toujours été un homme d’action, prêt a se jeter dans la mêler tête première, mais il sembla rapidement se rendre compte que brusquer la Chasseuse n’était peut-être pas la meilleure des stratégies. Lorsqu’il prit place sur le sol près de l’âtre brulant tout en l’invitant d’un mouvement de son bras à l’accompagner, Sarah n’hésita pas une seconde et prit place à son tour. Perdue dans le creux de ses bras, la jeune femme ferma les yeux de contentement. Si elle devait garder une image de ce qui se rapprochait le plus près du bonheur ce serait celle-là. Les bras du jeune homme la serraient doucement et pour la première fois depuis son retour de la rivière, l’horrible sensation de froid la quitta. Son regard tourné vers les flammes, la belle s'enferma un peu plus dans son silence. Comment lui expliquer sans le blesser plus qu'il ne l'était déjà? Par où commencer surtout? Tant de choses s’étaient passées, mais elle comprenait qu’il ait besoin de savoir. Et puis, dans ce sanctuaire, dans ces bras, n’était-elle pas suffisamment en sécurité pour tout lui dire?

-Après le théâtre.... commença-t-elle. Sa voix se figea. Elle avait l'impression de devoir raconter une histoire dont la fin n'était pas plaisante.

Elle prit une grande inspiration. Elle devait bien se lancer. Alors elle lui raconta tout; comment ses parents l'avaient envoyer au couvant pour la convaincre d'épouser le Comte, comment elle avait interchangé sa place avec une amie pour revenir à Londres sous les traits de Gabriel Fiztwilliam. La réaction qui saisit les traits d'Alexander à cette évocation lui arracha un sourire. Oui, elle avait usé de toutes les ressources inimaginables pour ne pas s'éloigner de lui, pour le retrouver. Puis, elle lui raconta comment sous sa nouvelle apparence les déboires qu’elle avait eu pour évoluer dans la société masculine, ses tentatives de sauver sa réputation et de le faire innocenter, ainsi que ses recherches, encore et encore, pour le retrouver à travers la ville au complet. Elle lui raconta la difficulté de son périple, car n'ayant pas été mise dans le secret des petites annonces et des pseudonymes, elle avait manqué les informations qui lui auraient permis de rejoindre la guilde. Elle lui narra ses tentatives infructueuses de rencontrer Eulalie dont la demeure était désormais aussi bien gardée que celle de ses parents autant par le Yard que par les vampires. Elle lui rapporta l’espoir qu’elle avait eu de le retrouver jusqu'à ce qu'elle apprenne son arrestation. À se souvenir douloureux, Sarah marqua une pause, cherchant à endormir la douleur qui se réveillait au fond de son cœur. Comme elle avait craint de ne plus jamais revoir Alexander. Sa main serra un peu plus celle du jeune homme dans un geste de grande affection. Qu’il était bon de l’avoir à ses côtés en cet instant, il lui redonna un peu de la force qu’elle avait manquée et elle se décida de poursuivre son récit.

Puis elle lui raconta comment perdu et ivre de douleur elle avait regagné la lande pour reprendre sa place à la sortie du couvent ainsi que sa rencontre avec Katherine Thornes qui s'était présenté comme une nouvelle alliée de la guilde. Le ton de Sarah changea imperceptiblement à l'évocation de la jeune femme. Elle restait prudente, ses yeux plongés dans ceux d'Alexander cherchant un indice. La magnifique jeune femme s’était présentée à l’époque comme une alliée du Hunter, mais était-ce le cas? S’était-il revu depuis? Lui avaient-elles transmis son message? Mais Alex resta de marbre, l'incitant à poursuivre son récit. La suite s’enchaina d’elle-même. Son retour au couvant et le retour vers la maison jusqu’à l’attaque. La voix de Sarah se brisa et elle resta un instant muette, la bouche entrouverte au souvenir de l’événement. Son visage se vida du peu de couleur qu'il avait pris et ses yeux s'agrandirent d'horreur. Si Alexender n’avait pas été à ses côtés en cet instant l’héritière aurait sans doute fait une nouvelle crise de panique. Déjà sa respiration s’était accélérée et les tremblements avaient de nouveau saisi son corps, mais la voix apaisante du jeune homme et ses bras posés autour d’elle la calma assez pour lui donner la force de continuer. Lorsqu'elle reprit, sa voix fut faible comme un murmure et elle parla très vite cherchant à se débarrasser rapidement de ce récit. Elle lui raconta l'attaque, son agression, et la chute dans la rivière. Elle revoyait sans cesse les crocs saignants du vampire plonger vers elle et le bruit de l’eau qui l’engloutissait. Comme elle aurait aimer qu'il fut là pour l'aider, pour la sortir de ce cauchemar qui la poursuivait encore jusqu'à dans ses rêves. Sa mémoire défaillante après sa chute lui permit simplement d’évoquer le souvenir d'une archéologue et de sa boutique, puis celle d’une comtesse charmante et bienveillante. Elle aborda ensuite leur enlèvement par des membres du Sabbat racontant les moindres détails de leur séquestration, de comment elles avaient été recouvertes de sang pour être offert aux loups-garous et sa fuite encore une fois miraculeuse avec l'aide précieuse du jeune médecin. Sarah poursuivit doucement sur son retour à Londres sous une apparence déguisée. Elle ne parla pas de sa visite chez Abigail. Elle ne voulait surtout pas qu'Alexandre y voie une potentielle alliée, son amie était trop faible et surtout trop dangereuse pour se permettre d'être incluse dans un groupe. Le reste s'enchaina très rapidement, sa reprise par la Camarilla, sa remise au cimetière au Comte, l'attaque du Sabbat et le sang, toujours et encore qui avait recouvert ses mains tremblantes. Devait-elle continuer? Elle sentait Alexender tendu contre elle, attendant la suite du récit. Sarah aurait aimé pousser le profond soupir de découragement qui pesait contre ses poumons. Elle n’osait pas mentir à Alex et pourtant elle ne pouvait tout lui révéler.


-À mon réveil, le Comte était présent. Il semblait soulager de m’avoir retrouvé... Ce n’est pas lui qui avait organisé toute cette machination...Je suis resté là moins d’une journée, je crois... J’ai beaucoup dormi. Il voulait simplement s’assurer que j’aille bien avant de me remettre à mes parents.  Il ne m’a rien dit d’autre...

L’héritière fut heureuse que sa tête soit posée contre l’épaule de son amant dissimulant ainsi son visage à son regard.

-Et c'est là que j'ai rencontré Eulalia...

Sarah arrêta là son récit, se doutant bien que leur jeune amie avait déjà pris soin de raconter leur rencontrer à Alexender, sinon jamais il ne se serait présenté à cette rencontré. La Chasseuse avait omis bien des détails de son récit. Certain volontairement d'autre s'était simplement éclipsé de sa mémoire. Elle n'avait pas raconté à Alexender son désespoir profond, le nombre de fois qu’elle avait souhaité être morte depuis le théâtre. Elle ne lui avait pas raconté sa santé encore fragile ni ses nuits où elle revivait son périple dans une suite de cauchemars sans fin. Tout cela il n'avait pas besoin de le savoir. Alex était sans doute déjà bien tourmenté par ses propres démons, il était inutile de l'accaparer. Elle ne dit rien pendant un long moment. De un car elle avait besoin de se reconstruire, de reprendre son souffle et de remettre les pieds dans l'instant présent, mais aussi pour laisser à Alexender le temps de digérer toutes les informations qu'elle venait de lui donner. La guerre qui semblait désormais opposer les deux grandes Sectes vampiriques et qui ne tarderait pas à venir envenimer le fragile équilibre de la ville risquerait de lui donner bien des dangers à affronter.

-Et toi Alexander? lui demanda-t-elle à brule point.

La magicienne se redressa pour observer de nouveau le visage du Hunter. Sa main passa doucement dans les cheveux noirs du jeune homme, caressant les mèches rebelles avant de descendre le long de sa tempe et de caresser sa mâchoire du bout des doigts. Elle avait l’impression de le redécouvrir pour la première fois. Elle posa son autre main libre contre le torse de l’aristocrate déchu, sentant battre sous sa paume son cœur dont elle tenta de mémoriser le rythme.

-Que t'est-il arrivé?
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Alexender Von Ravellow
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Proie(s) : Tous les Vampires, sauf Raphaël qu'il surveille maintenant sans chercher à l'assassiner. Le Comte Kei est son pire ennemi. Alexender peut aussi s'attaquer à des Loups-Garous.
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MessageSujet: Re: Que Dieu nous pardonne [12/05/42] Mar 6 Fév - 13:41

Alexender
&
Sarah

Le regard perdu dans les flammes de l'âtre, Alexender ne parvenait plus à calmer son coeur. ll le sentait battre à tout rompre dans sa poitrine, comme un animal sauvage qui tentait de s'échapper de sa prison de chair. Sarah était-là, blottie contre lui...Elle était vivante ! Il l'entourait de ses bras, elle venait de l'embrasser et d'agripper ses mains à sa chemise...Sa voix était brisée, tout comme son être, mais elle vivait et l'aimait encore...Après des mois de séparation, après des mois de recherches et de peines, ils se retrouvaient enfin...
Le crépitement du feu n'était rien comparé à la tempête qui s'était levée dans l'âme du chasseur. Cette fois, il ne la perdrait pas. Cette fois, il tuerait le Comte et s'enfuirait, avec elle, loin du tumulte de cette ville infecte où il n'aurait sans doute jamais dû mettre les pieds. Gaspard l'avait prévenu, dès le premier jour de leur rencontre....Jamais encore sa terre natale ne lui avait tant manqué. Et si l'avenir était possible, là-bas, au milieu des plantations d'indigo de la Nouvelle Orléans ? Et si Sarah acceptait de l'y suivre et de goûter à la douceur d'une vie rangée à ses côtés ?
L'aristocrate déchu serra les dents. Mais que lui restait-il réellement à exploiter ? Cette vie rêvée était-elle encore possible depuis sa condamnation à mort ? Quitter l'Angleterre pour reprendre son ancien domaine ne mènerait qu'à la potence, de l'autre côté de l'Océan, où un télégramme ne tarderait pas à l'y condamner aussi. Non...Il ne pouvait plus redevenir ce "Von Ravellow" qu'il avait pu être. Il n'existait plus.
Son regard dévia sur la chevelure de Sarah qui appuyait sa tête contre lui. Doucement, avec une tendresse fort maladroite, il fit glisser une de ses longues mèches entre ses doigts. Son soupir en dit long sur sa détresse. Quel rôle avait-il donc à jouer dans cette histoire ? Quelle place les puissants de ce monde lui accordaient-ils encore ? Il n'était pas assez naïf pour croire que s'il tuait le Comte tout serait enfin terminé. Car, combien d'autres cinglés prendraient alors sa place ? Non, il fallait anéantir tous les Vampires de ce monde, tous les Loups-Garous, tous ceux qui se repaissaient de chair et de sang. Mais combien de temps cela prendrait-il ? C'était une lutte éternelle, sans commencement ni fin. Cette "purge" qu'il désirait tant était le travail de mille et une vies ! Mais alors...pourquoi s'acharner ? Pourquoi lutter ? Si la finalité ne pourrait jamais être enfin palpée, à quoi bon sacrifier le peu de temps qu'ils avaient ? Fallait-il donc mourir; misérable et seul, pour des générations futures qui seraient elles-mêmes sacrifiées pour les suivantes ? L'ampleur de la tâche qu'il s'était lui-même confiée effrayait de plus en plus le Hunter. Il savait d'instinct qu'il était impossible de la mener à bout et le désespoir le tenait par la gorge.
Mais, au coeur de sa tempête, il se souvenait aussi clairement de ce que Gaspard lui avait dit un jour entre deux conversations. Il avait murmuré à son âme transie qu'"une maladie pouvait toujours trouver sa cure dans ce monde". Jamais Alexender n'était parvenu à considérer les créatures de la nuit comme des patients à traiter. A ses yeux, ce n'était que des assassins, des bêtes qui avaient perdu la raison, des monstres envoyés par les abysses pour tester les mortels. Ainsi avait-il fini par retourner cette maxime que son ami lui avait si aimablement offerte: pour lui, "ce monde pouvait toujours trouver sa cure dans une maladie". Oui...Et si, pour éliminer toutes ces espèces sanguinaires il suffisait de les frapper à coup de science et de virus ? Et s'ils trouvaient un "remède" qui les anéantirait une fois pour toute ? Le Poison Noir des Bloody Rose était sans doute la clé de leur énigme...Cela faisait un moment qu'Alexender y songeait: cette substance, qui empêchait la régénération des immortels, devait pouvoir être produite en grande quantité et exploitée. Il fallait que les Hunters utilisent de nouveau moyens, plus anciens mais plus efficaces, s'ils voulaient un jour voir la lune se lever sans craindre les hurlements dans la nuit. La Guilde d'Ivoire devait renaître. Elle devait se redresser, plus forte, plus cruelle, plus impitoyable que jamais.
Laissant les cheveux de sa belle, le chasseur jeta un coup d'oeil au mur sur lequel l'arbre des anciens Hunters étirait ses longues branches. Ses yeux parcoururent une partie des noms qui y étaient gravés ou peints. Certains lui évoquaient un souvenir lointain, comme s'il les avait déjà croisés dans une vie antérieure. D'autres lui étaient parfaitement inconnus. Une bouffée d'espoir l'envahit. Oui. Il était temps qu'il prenne en main l'avenir et ne se laisse plus dicter de lois. C'était l'heure pour les Hunters de se réveiller vraiment et de reprendre le flambeau des premiers salvateurs de ce monde.


Sarah brisa enfin le silence qui s'était installé entre-eux. Alexender sortit de ses belliqueuses pensées et laissa de côté son esprit de vengeance pour écouter son récit. La belle hésitait. Sa gorge semblait nouée et il sentait ses membres trembler contre lui. D'un geste, il serra ses mains autour des siennes et entreprit de lui réchauffer les doigts par de petits mouvements circulaires.

- Prends ton temps...murmura-t-il à son oreille.

La jeune femme avait besoin de se recentrer, et il était bien placé pour la comprendre. Aussi fut-il patient. Sans l'interrompre, il l'encouragea souvent à continuer son récit, par de simples pressions sur ses mains ou ses bras, par un souffle près de son oreille, par un sourire. Même si ce qu'elle lui révéla fut pour lui une épreuve, il tâcha de conserver un visage amical et d'éviter d'afficher sa rage ou sa profonde tristesse.
Peu à peu, étape par étape, la chasseuse dévoila ce qu'il lui était arrivé depuis le théâtre. Alexender commença ainsi à recoller les morceaux et à comprendre l'ampleur de ce qu'ils avaient vécu tous les deux, séparément. L'un comme l'autre, ils avaient erré dans les tréfonds infernaux que le destin leur avait savamment édifiés. Un à un, les éléments d'ombre que le Hunter n'avait pas pu déchiffrer s'éclairèrent et son coeur se gonfla de peine pour sa tendre amie.

Après l'attentat du théâtre, Sarah avait été envoyée au couvent par sa famille qui souhaitait l'obliger à accepter la demande en mariage que le Comte avait faite. De cela, Alexender était au courant, comme le monde entiers. Après tout, leur romance s'était ébruitée et qu'y avait-il de mieux que d'envoyer une jeune imprudente chez les bonnes soeurs pour lui remettre les idées en place ? Il fallait qu'elle oublie le criminel qu'était Alexender Von Ravellow, cet affreux terroriste, ambitieux et jaloux, et qu'elle se plie aux exigences de la bonne société. Mais ce que le Hunter ne savait pas, c'était qu'elle n'avait jamais réellement mis les pieds au couvent.


- Gabriel...? laissa-t-il échapper, incrédule.

Ce fameux Fitzwilliam, dont elle disait avoir pris l'apparence et le nom pour se faufiler dans la société et agir dans l'ombre, plutôt que de rester au couvent, était connu dans les salons pour sa verve et ses pamphlets. Alexender fut comme foudroyé par ce que Sarah lui révélait-là.


- Ce...c'était toi ?!

Abasourdi, le chasseur se tue pour la laisser continuer. Mais dans son esprit se bousculaient mille pensées. Sarah n'avait jamais été en sécurité dans le couvent comme il l'avait cru: elle avait erré parmi les hommes, écrit des placards, défendu son honneur en poussant une partie de la population à clamer son innocence. Elle avait été ce petit rouage qui avait commencé à discréditer le Comte et à mettre en marche la machine des rumeurs en sa faveur !
L'aristocrate déchu était fier d'elle. Mais une pointe d'horreur le saisit malgré lui. Comment avait-elle pu survivre ainsi, grimée en homme, parmi les loups de la capitale ? Elle s'était coupé les cheveux et vêtue en homme, elle avait peut-être même porté un postiche et fumé le cigare, mais...cela voulait également dire qu'ils auraient pu se retrouver bien plus tôt et se voir, en utilisant ce stratagème ingénieux, plutôt que de peiner seuls chacun dans leur coin. Nathan avait ramené des pamphlets au QG et Alexender les avait lus sans savoir que le plus virulent des écrivains était sa bien-aimée. Cela avait quelque chose d'extraordinaire...
Le pire fut sans doute le reproche qu'elle lui fit au sujet des pseudonymes qu'ils utilisaient dans les journaux et dont Katherine lui avait révélé l'existence bien plus tard. Alexender sentit son estomac se nouer et une grimace défit son visage. C'était lui qui avait décidé de ne pas la tenir au courant de cette manoeuvre. Il l'avait crue en sécurité et avait préféré ne pas la contacter pour l'en informer. Il avait ainsi voulu éviter que les Vampires ne puissent s'en servir pour les retrouver.


- Si j'avais su Sarah...Si j'avais seulement su...J'ai été stupide...

Ils s'étaient cherchés, sans relâche, et s'étaient sans doute croisés sans se voir...Quelle ironie ! C'était si risible et triste à la fois que le Hunter se mit à trembler à son tour. Décidément, sa vie n'était faite que d'actes manqués...


La belle continua son récit. Elle lui expliqua qu'elle n'avait pas réussi à les contacter, ni même à voir Eulalia dont les moindres faits et gestes étaient alors encore surveillés par le Yard et les Vampires. Alexender sentit combien elle s'était retrouvée seule et abandonnée. Son coeur se serra et ses yeux se voilèrent de larmes. Combien de fois avait-il pleuré sa solitude depuis leur séparation ? Si elle savait...Il était entouré d'amis, d'élèves, de confrères et même d'amantes, mais, en son absence, le vide qui régnait en maître dans son âme n'avait cessé de gratter les parois de sa carcasse pour lui rappeler la vanité de ses relations. Il soupira, affreusement conscient de ce qu'elle allait maintenant lui dire. Ses souvenirs refirent surface, mais il se tue.
Sarah lui raconta alors comment elle avait appris qu'il avait été capturé et emmené dans la Tour. Alexender frissonna. La main de la jeune femme serra la sienne et leurs yeux se croisèrent comme pour se redonner courage. Sarah lui raconta alors comment elle avait rencontré Katherine et comment elle avait fini par rejoindre son amie au couvent pour reprendre sa place au moment où ses parents l'avaient rappelée chez elle. Au nom de Katherine, Alexender se permit un léger sourire. Savoir que Sarah avait pu trouver en la Lycante une nouvelle alliée en plein coeur de sa tourmente, une amie peut-être, lui fit du bien. Evidemment, Katherine lui avait déjà raconté l'entrevue qu'elles avaient eue ensemble, mais l'entendre de la bouche de Sarah était différent.


- Lorsque Katherine m'a dit t'avoir croisée, j'ai tellement jalousé sa chance...fit-il en souriant. Mais je ne comprenais pas comment tu pouvais avoir quitté le couvent...Cela n'avait pas de sens pour moi...Elle m'a dit t'avoir rencontrée dans une auberge...

Le Hunter la serra un peu contre lui. Il ne se souvenait pas de toute la conversation qu'il avait eue avec la belle Lycante. Il avait beaucoup bu, de désespoir, et avait passé la soirée à hurler et à gémir comme un enfant.

- J'ai fini par croire que tu étais sur le chemin du retour du couvent. Alors qu'en fait tu étais en train d'y retourner pour reprendre ta place...

Tout était si compliqué ! Leurs histoires se chevauchaient et s'entre-croisaient sans jamais réellement se toucher. C'était invraisemblable et pourtant tout à fait vrai. C'était à croire qu'une force supérieure les écrasait de sa puissance les poussait toujours dans des directions opposées au moment où ils se touchaient du bout des doigts. Cela avait quelque chose d'effroyablement frustrant.
Bientôt, Sarah se mit à raconter l'attaque qu'elle avait subie. Alexender tenta de la rassurer par quelques gestes bienveillants. Il lui remit une mèche derrière l'oreille et posa son menton sur son épaule. Il paraissait calme, pour qu'elle se rassérène. Pourtant, son sang bouillait dans ses veines. A l'évocation des Vampires du Sabbat et de leur attaque sauvage, le Hunter serra les dents. Une rage indicible s'empara de tout son être. Il rêvait de plonger ses mains dans le sang de ces monstres qui avaient osé toucher à sa femme. Il entrevit la joie intense que lui procurerait la capture et la torture de l'un d'entre-eux...L'image de la main atrophiée de Raphaël le frappa alors soudain et il fronça les sourcils. S'abaisserait-il aux techniques du Comte ? Sa colère était capable de le pousser dans les pires extrémités...Un frisson le parcourut de nouveau. Ce qu'il avait vécu dans les égouts ne cessait de le hanter. Serait-il assez malsain pour maltraiter un ennemi comme il avait pu l'être ? Il commençait à le concevoir dangereusement...
Ce qui suivit dans le récit de Sarah acheva d'entretenir sa colère envers les créatures de la nuit. Elle avait été mordue, frappée, puis elle avait failli périr noyée dans la Tamise. La jeune femme n'avait dû sa survie qu'à la grâce de Dieu et à l'aide providentielle d'une archéologue et d'une comtesse. Les membres du Sabbat l'avaient alors retrouvée et séquestrée. Ils l'avaient couverte de sang, exposée dans un hangar miteux des docks pour l'offrir en pâture aux Loups-Garous...Alexender grogna un peu et leva les yeux au ciel. Tout ceci était démentiel. Et où était-il lorsqu'elle s'était ainsi retrouvée au milieu d'un sacrifice ? Dans les bras de Katherine, le nez plongé dans ses plans pour tirer ses domestiques de leur prison...Le Hunter fut pris d'une honte terrible mais également d'un violent désir de hurler sa peine : privé d'information et de sa liberté de mouvement, il n'avait pas pu être là où sa belle avait eu besoin de lui. Il avait honte, mais il savait qu'il ne possédait pas le don d'ubiquité. Pourquoi se fustiger encore de son incompétence alors qu'il avait tout fait pour agir ? N'y avait-il personne qui puisse le comprendre ?
Sarah avait été sauvée de justesse par un jeune médecin et elle évoqua brièvement les flammes qui avaient dévoré l'entrepôt. Alexender se souvint des paroles d'Isaac et d'Eulalia, lorsqu'ils l'avaient informé des derniers événements liés à Sarah. Il se souvint de leurs recommandations, qui avaient été de laisser de côté ses domestiques pour se soucier plutôt de Sarah et du Comte qu'il avait délaissés par ignorance et par crainte. Il s'était senti si inutile, si impotent !
Le pire avait été cette fameuse soirée où elle avait été rendue au Comte au cimetière de Highgate. Isaac l'avait averti mais nul n'avait pu agir. La bataille qui avait alors opposé les deux Sectes vampiriques ne leur avait pas permis de se rendre sur place. Que pouvaient donc faire quelques mortels face à une armée de Longues-Dents nourris de pouvoirs à vous arracher les entrailles d'un simple clin d'oeil ?


- Isaac m'a empêché de venir te rejoindre au cimetière...fit-il sombrement. J'étais prêt à mourir pour te récupérer.

Il avait tant pleuré ce soir-là ! Il avait tant maudit sa misérable condition d'homme et hait les immortels et leurs capacités surnaturelles ! Ses bras étreignirent un peu plus la jeune femme contre lui. Il savait ce qu'elle allait ajouter: c'était le Comte qui l'avait sauvée des deux Sectes et ramenée chez elle...
Il la laissa parler puis il demeura muet un moment. Que Sarah dédouane ce monstre de ses crimes ne l'étonnait guère : après tout, elle lui devait maintenant la vie. Mais il ne supportait pas qu'elle en parle avec tant de douceur. Que lui avait-il donc murmuré dans l'ombre de sa demeure ? Que lui avait-il encore promis lorsqu'il l'avait rendue à ses parents ? Il était impensable que le Vampire ne l'aie relâchée sans ourdir de plan derrière. Quel rôle lui avait-il confié cette fois ? Avec quelle faiblesse avait-il bâti la suite de ses desseins ?
Sa défiance grandissait de jour en jour. Depuis que la belle avait accepté de passer un pacte avec le Comte pour le sauver, Alexender doutait souvent de ses capacités à résister à la fascination que la créature pouvait exercer sur elle. Cette fameuse nuit enneigée, qu'elle avait tenté de lui conter, lorsque le Vampire avait sucé son sang au coeur de son repaire, resterait un couteau plantée dans sa chair. Jamais il n'oublierait ses larmes, encore moins ses soupirs, lorsqu'elle avait évoqué son enlèvement pendant qu'il crevait au milieu des rats ou dans les bras d'une sorcière à demi-démone !


- Rien d'autre...? murmura-t-il d'une voix rauque.

Sarah avait été si rapide sur ce passage ! Elle semblait avoir conservé peu de souvenirs de son attaque et du cimetière, mais le Hunter doutait qu'elle ne se souvienne pas un peu de ce que le Grand Vampire lui avait chuchoté dans les ténèbres de son antre avant de la relâcher.
Alexender laissa le silence s'installer. Il était déchiré entre plusieurs sentiments parfaitement contradictoires: l'amour, la haine, la peur, la jalousie, la culpabilité, le doute...Il ne voulait pas blesser Sarah en lui confiant ce qui le rongeait mais son absence de réaction fut éloquent...


Comme pour changer de sujet et désamorcer la tension qui venait de s'installer entre eux, Sarah lui demanda de raconter ses périples à son tour. Alexender soupira, conscient des efforts qu'elle avait fait pour lui narrer sa propre histoire et de ceux qu'il devait par conséquent faire pour lui rendre la pareille.
Après un moment d'hésitation, tandis que la jeune femme le poussait à la confidence en lui caressant les cheveux, le Hunter prit une grande inspiration et se lança lui aussi dans le récit de ses aventures.


- J'ai tant à raconter moi aussi...Oh, Sarah, je suis tellement désolé que tu aies dû vivre tout ça...Je m'en veux de ne pas avoir pu être là pour toi dans les pires moments...Mais...j'étais pieds et poings liés...

Alexender expliqua à Sarah qu'après l'attentat au théâtre, Raphaël et lui avaient été cachés par Eulalia Grey. Il lui rappela que la jeune femme avait perdu ses parents à cause du Comte et qu'elle avait donc fait preuve d'un courage exceptionnel. Il ne s'attarda pas sur la relation que cette dernière entretenait toujours avec le Vampire, car il la conspuait toujours autant et savait que c'était un sujet qu'il valait mieux éviter avec Sarah...Cela leur rappellerait trop cette balle perdue dans le jardin du Vampire et sa propre relation avec le Comte...
Il lui raconta ensuite comment ils avaient choisi les pseudonymes à utiliser dans les journaux, comment Romerta et ses filles l'avaient accueilli dans l'East End et comment Raphaël s'était éclipsé avec la jeune Aria, amie de Miss Grey. Il lui expliqua qu'il avait retrouvé Stan en tentant de la contacter et qu'il avait finalement organisé une nouvelle rencontre avec les Hunters. Il lui assura que sa position ne lui avait pas permis de chercher à la contacter davantage et qu'ils avaient dû faire sans elle. Après tout, elle était chez ses parents, en sécurité. C'était chez les prostituées qu'ils avaient rencontré Katherine Thornes. Elle était venue à eux pour rejoindre leur bande. Preuve que leurs conspirations n'étaient pas sans oreilles et qu'ils devaient se faire plus prudents. Mais c'était déjà trop tard: le Yard les avait repérés et encerclés.


- J'ai été capturé, Suzanne et Marguerite aussi. Romerta et ses filles ont été arrêtées. Stan et Katherine ont réussi à s'enfuir, fit-il avec douleur. Comme tu le sais, j'ai été envoyé croupir dans la Tour. Suzanne, Marguerite et les filles de Romerta ont été envoyées à Coldbath Field. Romerta a été pendue...Tout s'est passé si vite...

Des larmes vinrent inonder ses iris d'ambre et un sanglot lui scia la gorge. Il baissa la tête et détourna le regard. Il avait perdu une amie sincère, une femme qu'il avait côtoyée pendant des années et qui l'avait maintes fois sorti du pétrin. Elle n'avait pas mérité un tel châtiment.

- Je suis tellement coupable...Coupable de t'avoir abandonnée...Coupable d'avoir apporté la mort chez Romerta...

Il lui fallut quelques minutes pour se ressaisir. Puis, séchant ses larmes à l'aide des manches de son manteau noir, il continua:

- Il n'y a rien à dire sur mon séjour dans la Tour...J'ai été battu et humilié comme jamais. J'ai même désiré mourir pour oublier ma souffrance et la tienne...Cette fois, aucune honte ne traversa son regard. C'était plutôt une lueur de détermination. Mais j'ai été tiré de là par un ami sincère, qui possède quelques...privilèges, dirons-nous. J'ai passé plus d'une semaine en convalescence, dans une demeure en dehors de la ville. J'y ai reçu tous les soins qu'un homme dans ma situation pouvait espérer. Et puis j'ai réussi à envoyer des missives à mes anciens élèves. J'ai rassemblé les plus forts d'entre-eux et ils m'ont aidé à regagner la capitale sans me faire prendre. Alexender sourit à la jeune lady. Tu les adorerais. Tu en as déjà vu une partie au théâtre...Il y a Nathan, un garnement qui passe plus de temps à écrire qu'à apprendre à se servir d'une arme; Christopher, aussi entêté que moi; Seamus, un escrimeur hors paire; Alphonse, qui n'a que 15 ans; et Izac, qui a perdu un oeil au théâtre...Évoquer ces noms semblait avoir redonné du courage au Hunter. Ils me sont très fidèles. Grâce à eux, nous avons établi une nouvelle planque du côté de Whitechapel, et nous sommes parvenus à libérer les filles de Romerta. Katherine a joué un grand rôle dans cet exploit: c'est dans une de ses demeures secondaires qu'on les a envoyées avant de les laisser disparaître à leur guise.

Alexender était fier d'avoir réussi à libérer les prostituées. Cela se sentait dans sa voix. Il avait au moins accompli une chose dont il pouvait se vanter. Cependant, il sentit que le regard de Sarah avait changé.

- J'ai d'abord pensé que c'était le Comte qui t'avait enlevée. Nous avons donc monté des plans pour te libérer de lui et nous avons focalisé nos travaux sur ses futures sorties...ajouta-t-il d'un air peiné. Crois-moi, lorsque j'ai appris que ton fiacre s'était fait attaquer, j'ai accéléré la formation du groupe et lancé des recherches. Nathan a beaucoup enquêté, Izac s'est mis à rôder autour du Comte...Malheureusement, nous ne pouvions pas sortir quand il nous plaisait. Ma tête était sur tous les murs de la ville, celle de Raphaël aussi. Et puis, le Yard patrouillait bien plus que ce que nous avions imaginé...

Une forme d'angoisse reprit le coeur du Hunter au souvenir de ses disputes avec ses confrères. Il avait voulu sauver Sarah mais il n'en avait jamais eu la possibilité.

- Quand nous avons compris que le Comte te cherchait aussi, nous avons complètement changé de point de vue...Ma pire erreur a été de te croire morte. Son regard passa des flammes de l'âtre aux yeux cristallins de sa compagne. Je n'avais plus rien, Sarah...Je voulais tout arrêter. Disparaître. Oublier. Et puis je me suis focalisé sur ceux que je pouvais encore sauver: les filles de Romerta, Suzanne, Marguerite, mes compagnons...J'ai entretenu ma haine contre le Comte et les siens, préparé de quoi les piéger à nouveau...Le Hunter se redressa un peu. Tu sais que Katherine est bonne actrice ? Elle te l'a dit ? Nous avons réussi à l'introduire dans la troupe personnelle du Comte. Nous sommes proches...très proches d'atteindre nos objectifs. Elle le suit, elle le charme, et bientôt elle aura l'occasion de lui planter un couteau d'argent dans le coeur !

Alexender s'était presque relevé et ses yeux brillaient d'une flamme nouvelle. Il tira doucement Sarah à lui pour l'embrasser. Son baiser fut bref mais passionné.

- Nos épreuves nous ont rendu plus forts, Sarah.

Il tentait de s'en convaincre lui-aussi. L'espoir jaillissait dans son coeur aussi spontanément qu'il laissait l'obscurité l'envahir. Il savait qu'ils devaient se réjouir d'être encore en vie et qu'ils devaient maintenant agir, tous ensemble, pour commencer la "purge" qu'il entendait bien mener.

- Nous devons te trouver un surnom pour les journaux...Son sourire fut étrangement enfantin. Nous devons reprendre la lutte...

Ses lèvres goûtèrent une nouvelle fois à celles de la jeune femme et ses mains se crispèrent sur ses bras. Il l'embrassa plus intensément que jamais et s'emporta un peu. Ses mains glissèrent sur les hanches de la chasseuse et pressèrent le tissu de sa robe. Bientôt, sa bouche respira son parfum dans le creux de son cou et son regard se perdit sur sa peau. Alors, il remarqua ces deux marques abjectes qui bleuissaient son éclat de porcelaine et son coeur fit un bond.
Le Comte l'avait mordue, d'autres Vampires l'avaient mordue...Elle avait erré parmi les hommes pendant de longues semaines...Qui l'avait donc possédée ? Le monde entiers à part lui ? Sa jalousie prit une ampleur démesurée et ses doigts remontèrent sans douceur sur la poitrine de la belle. Ses baisers redoublèrent et tout, depuis son bassin plaqué contre elle jusqu'à ses soupirs, laissa percevoir sa furieuse envie de s'emparer de ce qu'il considérait lui revenir de droit.



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Sarah Spencer
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MessageSujet: Re: Que Dieu nous pardonne [12/05/42] Lun 19 Fév - 3:45



Sarah et Alexender


Et le temps s'écoulait telle une rivière impossible à arrêter


Avant de se lancer dans son récit, Sarah avait longuement hésité. Ce n’était pas la première fois qu’on l’interrogeait sur ce qui lui était arrivé depuis l’attentat du théâtre. Entre les rumeurs et les ouï-dire, la vérité était assez éloignée de la vague idée que tout le monde avait pu se faire. D’abord ses parents, puis le Yard, le Comte, Eulalia et maintenant Alexender. Combien de fois devrait-elle revivre l’horreur des souvenirs, les tremblements de son corps alors qu’elle s’efforçait de trouver le détachement nécessaire pour pouvoir relater les faits? Mais de tous ces personnages, aucun n’avait eu l’histoire complète. À chaque fois une partie demeurait cachée, dissimulée aux yeux de tous. La vérité était que la Chasseuse avait de la difficulté à choisir son camp. Elle ne voulait trahir personne et risquer de mener l’un de ses proches à une mort horrible. Or, en agissant ainsi, cherchant à protéger tout un chacun, elle commençait à ployer sous le poids écrasant de la pression qu’elle se mettait à garder la tête hors de l’eau. Si seulement elle pouvait réussir à faire voir à chacun des clans qu’ils combattaient tous pour un seul et même unique but. Ne pouvait-il pas comprendre qu’ils appartenaient à la même histoire? Et s’il y avait une possibilité de changer les choses. Le Conservateur avait pourtant été très clair sur le sujet. Ils étaient tous liés, tout ensemble dans cette même généalogie grotesque qui les rapportait à une même histoire commune. Et pourtant...

-Vous êtes jeune et téméraire, Sarah Spencer, et vos ambitions sont admirables. Mais, malgré toute votre volonté et votre foi, vous ne pourrez changer la nature de mes semblables.

N’était-ce pas qu’une quête désespérée que de chercher à tous les sauvés? Elle ne pourrait jouer éternellement ce double jeu et aussi déchirant que soit le choix qui s’offrirait à elle, elle devrait finir par prendre partit...

***

Les yeux tournés vers l’âtre, la belle était longuement restée muette, observant les flammes. La présence d’Alexender à ses côtés avait calmé quelque peu son âme tourmentée. Ainsi lové dans les bras du hunter, un sentiment de plénitude gonflait son coeur et lui donnait envie d’éterniser le moment. Mais le temps leur était compté et si l’éternité n’attendait pas, il n’était pas encore à sa porte. Après un léger soupir, la jeune femme s’était lancée dans son récit, débutant par le début, là où tout avait commencé; l’attentat raté du théâtre. Il était inutile de revenir sur tout ce qui avait mené à l’échec de leur mission. Ils avaient sans doute assez ressasser l’événement chacun de leur côté pour voir tout ce qu’ils auraient du ou ne pas faire. Elle avait donc choisi de parler de l’ingénieuse astuce qu’elle avait mise en place pour éviter le couvant.

Devant l’air abasourdi d’Alex la belle héritière n’avait pu retenir un petit rire franc. Il est vrai qu’il était difficile de croire que ce petit bout de femme avait réussi à se tailler une place respectable dans cette société impitoyable. Sarah n’était pas peu fière de ce qu’elle avait pu accomplir en tant que Gabriel Fitzwilliam. On avait écouté ses paroles, salué sa verve. Elle était devenue un membre influant, jouissant du respect et de la notoriété qu’elle n’aurait jamais en tant que femme. La société avait commencé à flancher; son pamphlet avait été reproduit et circulait encore aujourd’hui sous les manteaux. Il ne manquait que peu de choses en somme pour que la balance finisse par pencher de leur côté. En d’autres circonstances, la belle aurait sans doute fait quelque pas et mouvement, pour montrer à son amant combien ce rôle lui avait convenu à merveille malgré ses difficultés initiales à se comporter comme un parfait dandy. Mais son récit était encore long et ils avaient encore beaucoup à se dire, aussi, après un coup d’œil complice, elle avait repris son aventure. Lorsqu’elle avait abordé la question des pseudonymes, un éclair de tristesse avait traversé les beaux yeux de son amant. La Chasseuse avait alors eu la bonté de ne pas insister. Après tout Alexender n’avait cherché qu’à la protégée elle… ou les siens. La belle se questionnait souvent sur sa mise à l’écart des projets de la Guilde. Dès le début, ils avaient tenu à ne pas l’informer de leur projet et de leur mission. Alex ressassait souvent que c’était pour son propre bien et Eulalia lui avait également dit, mais la jeune femme voyait bien qu’une autre raison poussait ses collègues à la prudence. Il ne lui faisait pas pleinement confiance. Sa proximité avec les longues dents et sa fâcheuse tendance à être enlevé par eux les poussait à la plus grande précaution.


*Nous luttons pour sauver un monde qui nous rejette !*

N’avait-il pas raison? Depuis toujours, Sarah n’arrivait pas à se sentir à sa place. Elle avait toujours été seule, face à la société, face à ses combats. Pourtant, lorsqu’elle avait rencontré Alexender lors de ce fameux bal, son destin avait changé. Elle avait vu en cet homme fort et passionné un compagnon qui marcherait à ses côtés, qui serait près d’elle pour affronter la nuit. Mais depuis, la vie semblait n’avoir été qu’une longue suite de rendez-vous manqués. De leur premier instant après le bal jusqu’à la fin de toute cette histoire. Lorsqu’elle avait parlé de sa récupération au cimetière, l’ondine avait senti le hunter se dresser, retenant une rage qu’elle sentait battre à travers ses membres.

-Isaac m'a empêché de venir te rejoindre au cimetière...lui avait-il dit sombrement. J'étais prêt à mourir pour te récupérer.

Sarah s’était redressée à cette réponse. Ainsi il avait eu vent de son enlèvement et de sa remise au Comte? La jeune femme s’était alors souvenue de sa discussion avec Eulalia. C’était le même fameux soir qu’elle avait récupéré Raphael chez le Conservateur. C’était le grand homme qui leur avait révélé sa présence à Highgate, elle l’avait sans doute dit à Alexender sitôt rentré au repère. Après un sourire triste, l’héritière avait caressé du revers de la main la joue de son amant où elle sentait la repousse de sa barbe piquer sa peau. Elle n’avait pu s’empêcher de sourire à cette phrase. C’était du Ravellow tout cracher. Prêt à se jeter tête première dans une bagarre, mais cela n’aurait servis à rien. Qu’aurait pu faire une poignée d’humain sans pouvoir spécial contre une armée de vampire. La belle avait fermé les yeux à se souvenir. Elle entendait encore les cris sifflés entre les branches des arbres, le bruit des corps qui se heurtait, des coups qui se donnaient, le tout plongé dans une obscurité d’encre et sans lune.

-Cela n’aurait servi à rien... avait-elle fini par soupirer. Je ne sais même pas combien de Camarillien sont morts lors de cette nuit. Les pertes ont dû être énormes pour chacun des clans et je préfère t’avoir bien en vie à mes côtés...

Pourtant la Chasseuse n’avait pu s’empêcher de songer que les choses auraient été bien différentes si c’était Alexender qui était venue à sa rescousse. Jamais elle ne se serait réveillée sous l’Opéra, noyé dans une mer de soie près du Comte. Elle aurait continué de le haïr sans avoir le poids de toutes les révélations qui lui avait fait. Lorsqu’elle avait abordé cette partie de son récit, la belle avait bien fait attention de choisir ses mots. Elle ne voulait surtout pas blesser Alexender plus qu’il ne devait l’être déjà de savoir que c’était son ennemi qui l’avait récupérer. Pourtant, ses remarques avaient fait mouche, car elle avait senti son amant se raidir.

-Rien d'autre...?

À cette question, la belle avait baissé les yeux en silence. Qu’aurait-elle pu rajouter de plus qu’il ne savait probablement déjà? Qu’elle lui était extrêmement reconnaissante de l’avoir tiré de cet enfer dans lequel elle évoluait depuis des semaines? Qu’elle ne savait plus où elle en était entre les élans de son cœur et ceux de sa raison? Qu’il avait besoin d’elle? Lui qui n’avait besoin de personne? Qu’elle était à la fois une douce chimère contre son cœur de marbre et un simple pion au milieu d’un échiquier géant?

- Il va vous tuer, vous le savez, n'est-ce pas ?

Cette phrase la hantait depuis son retour. Elle ne savait toujours pas comment l’interpréter, comment elle devait agir face à une telle révélation. Peut-être Maria lui avait-elle menti par pure jalousie? Après un léger soupir, la magicienne avait mordu sa lèvre inférieure comme pour se convaincre que son silence était nécessaire. Alex n’avait pas besoin de tout savoir. Il n’était pas encore prêt les révélations qu’elle aurait aimées lui confié. Il avait déjà tant de difficulté à supporter la nature de Raphael, comment aurait-il réagi en apprenant que son pire ennemi travaillait pour l’éradication des vampires? Il l’aurait prise pour une folle ou une idiote prête à croire les paroles d’un vampire manipulateur. Peut-être avait-il raison après tout. Mais quelque chose en la Chasseuse lui criait qu’elle avait peut-être raison de croire le Comte. Sarah avait baisé les yeux et caressé du revers de la main la joue de son amant. Même en cet instant leur avenir lui semblait si sombre.

-Peu importe... Il faut continuer la lutte Alexender... avait-elle fini par murmurer.

***

Son récit terminé, la belle s’était laissé aller, la tête posée contre l’épaule de son amant, ses bras serrant amoureusement son torse. Elle resta un long moment lovée contre lui, écoutant simplement les battements de son cœur dont elle espérait voir les rythmes s’accorder pour ne plus se laquer. À son tour, Alexender débuta son récit. Depuis le théâtre la vie n’avait pas été facile pour lui. Traqués par le Yard, par la haute société et les vampires, Raphael et lui avaient dû élaborer un plan en quatrième vitesse pour pouvoir sauver leur peau. Grâce à Eulalia, ils avaient trouvé un refuge temporaire, mais sécuritaire. La Chasseuse avait souri face à cette belle solidarité. Définitivement, leur Guilde entretenait des liens serrés qui la rendaient plus forte même dans l’adversité. Mais Alex était un homme d’action et ses vers les bas fondent de la ville qu’il avait par la suite dirigée ses pas. Face à cette révélation, la jeune femme s’était redressée, emporter par la surprise et l’indignation. Bien sûr, elle savait son amant plein de ressources et ouvert à l’égalité sociale, mais elle n’avait jamais imaginé qu’il puisse être le genre d’homme à fréquenter des prostitués. Tant de mystère entourait la vie que menait le Hunter avant leur rencontre le soir de son bal. Elle se souvenait bien sûr de sa réputation de joueur et d’amoureux des femmes, mais avoir la révélation de manière aussi flagrante la laissait mal à l’aise. Comme toutes les jeunes femmes aristocrates, Sarah avait reçu une éducation classique où les femmes gardaient la maison pendant que leur époux fricotait avec des maitresses. Il était difficile pour elle de concevoir qu’on pouvait s’attacher à une fille de joie, mais elle n’était pas là pour juger Alexander. Les larmes qu’il versait au souvenir de son amie lui firent comprendre que malgré tout, leur amitié avait été sincère et elle fut à son tour désolée pour cette perte. Ils avaient tous perdu des amis chers dans cette histoire. Beaucoup était mort et leur disparition leur collait à la peau comme un lincueil en plomb. La suite du récit d’Alexender s’assombrit encore. Son emprisonnement à la Tour de Londres glaça le sang dans les veines de la Chasseuse. Tout ce qu’il avait enduré était bien pire que ce qu’elle avait pu imaginer. Sarah prenait doucement conscience de la chance incroyable qu’ils avaient eue l’un et l’autre de pouvoir se retrouver. Jamais personne d’autre que le courageux jeune homme n’aurait pu subir autant d’épreuve et sans sortir vivant. Sa main posée contre le torse du jeune homme, la belle ferma les yeux, cherchant à user de son pouvoir pour réchauffer le cœur meurtri du hunter. Elle n’avait pas utiliser ses pouvoirs de pyrotechnie depuis le cimetière, depuis que ses émotions avaient pris le contrôle et qu’elle avait manqué de tout faire flambé. Sa volonté en cet instant fut plus forte que sa prudence. Sa paume se réchauffa et une douce chaleur se propagea le long de ses doigts qu’elle fit glisser le long des tempes d’Alexender. Mais le hunter était un homme fort et fier. Il se ressaisit rapidement et trouva de nouveau la force de poursuivre son récit. Lorsque l’aristocrate parla de ses compagnons, son attitude changea et il sembla s’animer d’une nouvelle volonté. Son sourire fut contagieux et bientôt les lèvres de la magicienne partagèrent sa bonne humeur. Sans même les avoir déjà rencontrés, l’aristocrate aimait déjà cette petite bande. Ils lui semblaient fiables et remplis d’entrain. Pourtant, elle frissonna en entendant l’âge du plus jeune. C’était si précoce pour décider de faire la guerre aux créatures des ténèbres, si jeune pour risquer sa vie intensément.

Puis Alexander mentionna de nouveau à quel point la présence de Katherine lui avait été précieuse. À ce nom, le sourire de Sarah se figea. Encore cette Katherine. Elle avait l’impression qu’il ne faisait que chanter ses louanges. Chaque fois qu’il parlait d’elle, la belle voyait les yeux de son amant pétiller. La Chasseuse se souvenait de Mademoiselle Thornes comme d'une femme sensuellement dangereuse, d'un charme dévastateur et n'hésitant pas à user de sa beauté pour attirer le regard et les mains des hommes. Elle avait aidé Alexander dans sa quête, elle avait trouvé sa place dans cette Guilde, mais elle semblait représentée beaucoup plus. Et si elle avait été jusqu'à aider le Hunter en réchauffant son lit? L’idée traversa le cœur de l’Ondine et elle se mordit la lèvre inférieure. Elle n’avait pas le droit de se laisser aller à de tels soupçons. Et pourtant, quelque chose portait Sarah à se méfier d’une telle tentatrice. Était-ce la jalousie? Ou encore l’envie? Elle ne savait le dire, mais quelque chose la dérangeait de savoir cette femme si près des deux hommes qui composaient son existence. Le nouveau plan d’assassinat d’Alexender la dérangeait. Elle ne pouvait agir sans trahir l’un des deux camps, mais elle ne pouvait se permettre de laisser Katherine se rapprocher du Comte, ou d’Alexender.

Vint ensuite la recherche de son surnom et cette fois Sarah sourit de bon cœur. Elle en avait déjà tant, un de plus où de moins ne la dérangeait pas vraiment. Toutefois, elle était touchée par le désir d’Alexender de vouloir l’inclure de nouveau dans les activités de la Guilde. Les efforts du hunter la firent sourire et c’est amoureusement qu’elle passa de nouveau une main dans ses cheveux. Emportée par une nouvelle fougue, l’aristocrate l’a tira à lui, emprisonnant ses lèvres dans un baiser passionné. Surprise par sa nouvelle énergie, Sarah se laissa faire, mais bientôt ses mains entourèrent le cou de son amant, prorogeant leur étreinte. Le silence s’abattit de nouveau dans la pièce ponctuée par leur soupir. Ils se retrouvaient enfin, après tout ce temps. Toutes les nuits qu’elle avait pensée à lui, qu’elle l’avait cherché au plus profond de ses rêves. Toutes ces fois qu’elle avait imaginé ses lèvres contre sa peau, ses mains glissant dans son dos. Depuis le temps qu’elle l’attendait, lui, son odeur, son corps. Une envie profonde de lui appartenir traversa l’esprit de la jeune femme, de sentir ses mains contre son corps qui chasserait le froid qui paralysait son âme. Dans leur mouvement, le manteau de la belle glissa de ses épaules, dévoilant sa gorge blanche que le hunter s’empressa d’embrasser, lui arrachant un soupir de plaisir. Elle sentait contre son corps le désir brulant de son amant, sa virilité appuyée contre son ventre et la chaleur qui semblait avoir envahi ses veines. Mais bientôt Alexender sembla emporter par sa propre fougue et ses gestes devinrent brusques et sans douceur. Devant ce changement d’attitude, Sarah hoqueta et se défit de son emprise comme si elle avait été brulée. Les deux amants restèrent un instant à se dévisager. Quelque peu froisser dans sa pudeur, Sarah recula cherchant son souffle. Elle respira profondément, reprenant conscience de la situation et du lieu dans lequel elle se trouvaient. Ses cheveux défaits s’étaient échappés de son chignon et le rouge lui brûlait les joues jusqu'à la pointe de ses oreilles.


- Je suis désolée... finit-elle par marmonner.

Elle observa longuement son amant ne sachant trop comment formuler sa pensée. Elle recula encore d’un pas, inconsciente de l’image remplie d’érotisme qu’elle dégageait. Le col de sa robe bleu s’était entrouvert, dévoilant plus que la naissance de la courbe de ses seins que le jeune homme avait saisis sans douceur. Alexender était un indéniable séducteur. Plus d'une dame avait déjà goûté à ses charmes et l’héritière savait qu’elles avaient été nombreuses à se donner à lui de leur bon vouloir. C’était un homme d’expérience, qui avait fréquenté les prostitués et tout dans ses gestes habiles laissait entrevoir l’amant formidable qu’il était. Mais pour Sarah, qui était encore pucelle, sa précipitation l’avait heurté. Elle observa Alexender qui ne semblait toujours pas comprendre. C’était stupide, elle en avait conscience. En faite, la jeune femme était bien ignorante du plaisir de la chair. Dans son éducation stricte et aristocratique, on leur apprenait à protéger leur vertu et à ne pas se laisser troubler par l’émoi de leur corps. Aucune jeune fille de bonne famille ne se donnait à un homme avant son mariage. L’éducation sexuelle n’existait pas, si ce n’était que quelques recommandations rapides donner par le prêtre et la mère au moment de leur nuit de noces. Avant cela, rien ne devait leur être dévoilé. Et si elle avait déjà atteint le plaisir et la plénitude grâce à la morsure d’un vampire, Sarah n’avait elle aucune idée de la manière d’agir ou encore ce qu’elle devait faire avec un homme. Elle avait surtout peur de décevoir son amant qui devait avoir l’habitude des femmes d’expériences.

-je n'ai jamais... finit-elle par marmonner, son beau visage virant à l'écarlate.

Sa phrase mourut entre ses lèvres incapables qu’elle était de formulaire sa phrase.  Il devait s'imaginer qu'elle avait partagé son lit en l'attendant. Combien de fois avait-il posé sur elle un regard rempli de sous-entendu lorsqu’elle parlait de ses rencontres avec le Comte. Peut-être s’imaginait-il qu’elle s’était donnée à lui? Sarah se sentit soudainement ridicule. Comment pouvait-elle rivaliser contre la séduisante Katherine alors qu’elle était enfermée dans sa pudeur et sa gêne? Ils évoluaient dans une réalité parallèle, prisonnier dans un engrenage rempli de guerre et de fuite et pourtant elle était incapable de faire abstraction de tout ce qu’elle était pour assouvir son besoin. Bien que le désir la tenaillait chaque fois qu’elle se trouvait près de son amant, elle avait envisagé les choses autrement pour sa première fois, ou du moins pas dans une ancienne crypte située sous une chapelle. Si cela n’était pas l’illustration même d’un péché... Exaspérée, l’aristocrate se pencha pour saisir son manteau qu’elle remit sur ses épaules d’un geste rapide et précis.

-Ce n’est rien, ne t’en fais pas.

Elle ne voulait pas que le malaise s’éternise et rester ainsi ne changerait pas les choses. Au-dessus du foyer la vieille horloge sonna 18h30. Sarah lui jeta un regard courroucé comme pour la menacer d’avoir laissé le temps continuer sa course. Les heures avaient passé si vite. Il lui faudrait bientôt rentrer pour éviter les soupçons et surtout, Alexender devait faire de même avant que la nuit ne tombe et que leur ennemi ne se lance de nouveau à sa recherche. La magicienne soupira de nouveau. Pourquoi fallait-il toujours que le temps leur manque lorsqu’ils étaient ensemble? Elle saisit les mains d’Alexender pour les presser contre les siennes. Il était déjà l’heure des au revoir et cette perspective lui déchirait de nouveau le cœur. Non, il leur fallait rester positif, ne songer qu’au futur. Contre ses lèvres, elle lui jura de nouveau son amour, glissant ses doigts contre cette bouche qui lui avait tant manqué. Elle l’observa longuement, comme pour se convaincre que ce moment existait bien qu’il touchait déjà à sa fin.

-Suis-moi...

La belle chasseuse saisit une lanterne qu’elle alluma avant d’entrainer le hunter à sa suite vers l’une des portes qui menaient aux souterrains de la ville. Un long corridor s’allongeait devant eux, plongé dans une obscurité danse dont la lueur de la lanterne éclairait les contours. On voyait à certains endroits l’embouchure d’autres corridors qui s’enfonçait dans différentes directions. On aurait dit une nouvelle porte qui s’ouvrait sur une fourmilière et qui rappelait vaguement les passages qu’empruntaient les vampires. Sarah lui indiqua un corridor en particulier.

-Ce passage te mènera jusqu’à Ennismore Street. De là tu pourras partir par n’importe quelle direction sans risquer d’être vue... Les autres passages ne sont pas surs, certains se sont effondré, d’autre son condamnés et les autres sont parsemé d’entrave à vampire. Tu peux toujours revenir ici en cas de besoin avec les membres de la Guilde. Le Père Gregory est prévenu. Ne t’en fais pas pour lui, c’est un homme bourru, mais qui est complètement dévoué à notre cause...Je te promet Alex que bientôt tu retrouveras ta liberté...

Sa main serra celle du hunter dans la sienne dans un geste intime pour le retenir. Elle espérait de tout cœur que toutes leurs précautions n’étaient pas vaines et que l’aristocrate déchu trouverait le moyen de rentrer chez lui sain et sauf. Tandis que la lumière de la lanterne disparaissait dans l’obscurité, l’héritière se jura que son tendre amant ne resterait pas fugitif pendant encore longtemps.



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Alexender Von Ravellow
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Emploi/loisirs : Hunter / Il est recherché par le Yard et les Vampires de Jirômaru Keisuke.
Age : 25 ans
Proie(s) : Tous les Vampires, sauf Raphaël qu'il surveille maintenant sans chercher à l'assassiner. Le Comte Kei est son pire ennemi. Alexender peut aussi s'attaquer à des Loups-Garous.
Crédit Avatar : Personnage par Ayami Kojima.
MessageSujet: Re: Que Dieu nous pardonne [12/05/42] Sam 24 Fév - 12:26

Alexender
&
Sarah

Dans les couloirs humides des souterrains de l'Oratoire, Alexender crispait sa main droite sur la petite lanterne qui éclairait faiblement son chemin. Ses pas crissaient sur le sol inégal et rugueux qui s'offrait à lui et son regard venait régulièrement surveiller le plafond qui suintait de calcaire au-dessus de sa tête. Son regard, sombre et vide, semblait se perdre dans les détails des murs abîmés et les profondeurs obscures qui s'étendaient devant lui, ouvertes comme un gouffre béant, une gueule de mystères et d'horreurs...
Sous la capuche noire de son manteau qu'il avait rabattue sur ses cheveux teints, le Hunter soupirait. Son coeur battait encore la chamade et son angoisse ne faisait que monter à mesure qu'il s'enfonçait dans les ténèbres. Ce passage lui permettait d'éviter de sortir par la porte principale du bâtiment, mais il lui rappelait avec un peu trop de force les égouts dans lesquels le Comte l'avait coincé quelques mois plus tôt. Le chasseur assimilait également les lieux à sa cellule noire et poisseuse de la Tour...
Un frisson lui parcourut l'échine et il se mit à accélérer le pas. Sarah lui avait dit que ce couloir était sûr. Il pouvait lui faire confiance. Mais il ne parvenait pas à oublier ses craintes. Et puis, même si elle lui avait assuré que les autres chemins étaient sécurisés à l'aide de pièges à Vampires, le Hunter ne connaissait pas assez ces fameux pièges pour avoir la certitude qu'ils fonctionnaient bien. De toute façon, il était évident que plus rien ne serait jamais comme avant. Depuis qu'il avait manqué d'y passer, les tunnels souterrains et les pièces exiguës le rendaient particulièrement nerveux.
Une pensée pour Raphaël le frôla alors : quand le Comte lui avait coupé les doigts, un à un, il se trouvait en pleine rue...Avait-il désormais aussi peur dehors que lui sous terre ? L'enfer...Il songea alors qu'il n'avait pas osé en parler à Sarah. Pourtant, au fin fond de lui, le fait que ce soit précisément Raphaël qui ait été torturé, plutôt que l'un de ses camarades, atténuait la chose. Après tout, ce n'était qu'un Vampire, une de ces bêtes assoiffées de sang qui erraient la nuit et charmaient les hommes pour mieux les dévorer...
Alexender déglutit et serra davantage ses doigts autour de l'arc en métal qui soutenait sa lanterne. La peur lui étreignait les côtes. La colère également. Il avait tant de raisons de craindre et de haïr le Comte et ses semblables ! Et pourtant, certains semblaient compatir pour leur espèce...
Le visage du Hunter s'assombrit davantage. N'avait-il pas vu dans le regard de Sarah une pointe de souffrance lorsqu'il avait évoqué le vieux Vampire ? Qu'est-ce que cela signifiait ? N'avait-elle donc plus envie de l'éliminer ? C'était comme si son "héroïsme" au cimetière avait balayé toutes les abominations qu'il avait pu leur faire subir. C'était intolérable ! Certes, il l'avait sauvée, alors que lui-même avait oeuvré pour récupérer des prostituées. Certes, il l'avait rendue à ses parents, saine et sauve, alors que lui-même était resté dans sa planque au milieu des siens. Mais quel genre de fascination exerçait-il donc sur la jeune femme pour qu'elle en vienne à se taire lorsqu'il lui évoquait des choses aussi importantes que l'intrusion de Katherine dans sa troupe !? Pourquoi n'avait-elle pas exprimé son bonheur de les savoir si proche de son assassinat ?
Une goutte d'eau tomba sur sa main et le Hunter la secoua un peu avec rage. La lanterne dansa un moment, projetant des ombres étranges contre les parois de la cavité. Alexender pesta. Décidément, rien ne tournait rond ! Le pâle sourire qu'il avait offert à Sarah quelques minutes plus tôt et la belle motivation dont il avait fait preuve en exposant sa foi dans la lutte semblaient avoir totalement disparu. A la place, il avait retrouvé sa rage et son désespoir chéris, sa vile jalousie et son envie d'en découdre une bonne fois pour toute avec celui qu'il considérait toujours comme son pire ennemi.


Pourquoi fallait-il qu'il fasse toujours tout de travers ?


Ecouter le récit de Sarah avait été une véritable épreuve. Il avait été de surprise en surprise et s'était senti si inutile que s'en avait été véritablement honteux. Il avait appris que la jeune femme n'était jamais allée au couvent, qu'elle s'était grimée en homme, qu'elle avait été kidnappée par le Sabbat, donnée en pâture à des Loups-Garous et enfin qu'elle avait été retrouvée par la Camarilla et récupérée par le Comte...Elle avait vécu tant de chose en si peu de temps ! C'était à en perdre l'esprit ! Et pourtant, elle était là, ce soir, prête à tout pour le voir lui, pour lui parler, pour l'écouter...Comment douter de ses sentiments ? Elle voulait qu'ils mettent au clair ce qu'ils avaient vécu, chacun de leur côté, afin de repartir sur une nouvelle base, sans doute plus saine. C'était tout à fait louable et le signe d'une envie de se rapprocher de lui. Enfin ils pouvaient retrouver la foi ! Enfin ils pourraient garder un contact plus franc et efficace !
A son tour, Alexender avait dû faire le récit de ses propres déboires. Tout comme la jeune femme, cela avait été très difficile pour lui de rassembler les pièces du puzzle et de lui faire part de tout ce qu'il avait vécu. Entre sa convalescence, son séjour dans la Tour, sa fuite, la libération des prostituées, la refonte de leur groupe et ses nouveaux plans, l'aristocrate déchu savait qu'il n'avait pas chômé non plus et qu'il avait également de quoi demeurer marqué à vie. Pourtant, un étrange sentiment de culpabilité ne cessait de le ronger: malgré toutes les excuses du monde, le fait était qu'il n'avait pas été là, au bon moment, pour elle. Ce n'était pas lui qui l'avait sauvée...
Ainsi, au creux de leur étreinte, devant ce feu qui leur réchauffait un peu le coeur, leurs tourments respectifs semblaient les avoir saignés à blanc. De nombreux silences avaient ponctué leur conversation et, même s'ils avaient tout fait pour garder une forme de tendresse l'un envers l'autre, une certaine tension les avait maintenu légèrement en retrait. Recoudre leurs plaies et s'accommoder du vécu de l'autre n'était pas chose aisée.
Alexender avait tenté de rester dynamique et il avait tout fait pour rassurer Sarah, la faire sourire, lui montrer qu'il était enfin là pour elle. Ainsi, lorsque la belle lui avait soufflé qu'elle le préférait en vie, contre elle, plutôt que mort au cimetière, le Hunter l'avait serrée un peu plus fort entre ses bras. C'était vrai. S'il s'était jeté dans la mêlée, il aurait sans doute péri entre les deux partis qui s'étaient affrontés. Izac avait eu raison de le retenir, même si cela avait sans doute donné l'impression qu'il n'avait jamais voulu agir pour la sauver. Heureusement, maintenant Sarah savait qu'il n'en avait rien été. Elle savait qu'il l'avait cherchée et qu'il avait tout fait pour l'aider. Avec un peu de chance, elle comprendrait qu'il n'avait pas eu le choix de rester caché.
La discussion avait ainsi été en dent de scie. A la fois passionnée et tendre, à la fois silencieuse et animée. Ils s'étaient un peu perdus, au coeur de leurs pensées, de leurs expériences et de leurs sentiments respectifs. Mais le principal n'était-il pas qu'ils s'étaient enfin retrouvés ? Ils étaient vivants ! Et ça, c'était un véritable miracle.


Sur la fin de leur conversation, Alexender s'était laissé un peu emporter par sa fougue et sa jalousie. Il avait osé prendre quelques libertés en embrassant Sarah et avait amorcé l'assouvissement de ce désir qui le hantait depuis leur première rencontre. Prêt à prouver à la jeune femme qu'il l'aimait toujours et qu'il ne l'avait pas oubliée, il avait laissé ses mains parcourir sa poitrine et son souffle glisser dans son cou. Il s'était fait pressant, sans se soucier ni de la bienséance, ni du lieu dans lequel ils se trouvaient.
Sarah s'était d'abord laissée tenter, acceptant ses lèvres, répondant à ses baisers de plus en plus fougueux. Mais elle avait fini par se détacher et par mettre un terme à leur étreinte. Alexender l'avait un peu forcée à continuer, craignant qu'elle ne lui échappe tout à fait, mais il l'avait bientôt laissée s'éloigner de lui. Le coeur battant, le souffle court, il s'était ensuite retrouvé face à son acte, penaud et peiné, tandis que la jeune femme reprenait son souffle, l'air choqué.
Muet de honte mais surtout de frustration, Alexender l'avait dévorée des yeux, à la fois transi d'envie, de colère et d'incompréhension. C'est alors que Sarah lui avait avoué qu'elle n'avait jamais été prise par un homme. Le Hunter l'avait d'abord considérée avec incrédulité, puis il s'était légèrement affaissé sur lui-même, particulièrement perturbé par ce qu'il venait de comprendre : Sarah était encore pucelle ! Cela signifiait que le Comte ne l'avait jamais possédée, que personne ne l'avait encore touchée, que sa jalousie démesurée l'avait jetée au rang des femmes de la trempe de Katherine...Il l'avait conspuée sans preuve aucune ! Il l'avait souillée de sa défiance ! Et pourquoi ? Pour finalement la forcer dans un lieu aussi sinistre que cette crypte oubliée de tous...


- Je...C'est ma faute...avait-il murmuré d'une voix brisée. Excuse-moi...

La distance qui les avait alors séparés sur le moment avait été comme un gouffre d'incompréhension et de honte. Alexender s'était senti plus mal à l'aise que jamais. Pour lui, l'acte d'amour était une chose banale, un caprice auquel il pouvait s'adonner un peu n'importe comment et avec n'importe qui. Cela était vrai depuis bien longtemps, une dizaine d'années au moins. Alors que pour Sarah, une jeune femme de la haute noblesse, éduquée avec soin, protégée dans son alcôve bien-aimée, c'était encore une expérience inédite, interdite, pleine de mystères...Le Hunter n'était pas assez idiot pour ignorer que les femmes en attendaient bien plus que les hommes. Il imaginait sans mal combien Sarah attendait sa première fois avec cette douce appréhension et cette candeur propre aux jeunes femmes de son rang. Qu'est-ce qui l'avait donc poussé à croire le contraire ? Comment en était-il arrivé à imaginer qu'elle avait les moeurs plus légères que les autres ? Le fait qu'elle lutte contre les créatures de la nuit, armée d'un fleuret ou d'un pistolet, l'avait sans doute quelque peu désacralisée à ses yeux. Et puis, à force de coucher avec ses domestiques, des prostituées ou des femmes telles que Katherine Thornes, il avait sans doute oublié que l'innocence existait encore...

- Je...Je n'ai pas voulu te blesser...

Sarah le rassura d'un mot et attrapa son manteau. Alexender blêmit un peu. L'avait-il heurtée au point qu'elle désire s'enfuir ? Non, c'était simplement l'heure de se quitter avant que leur rendez-vous ne devienne véritablement dangereux. Sarah avait des obligations sociales, elle était encore surveillée de près par le Yard et les Vampires, et lui-même avait un de ses compagnons qui l'attendait à l'extérieur. Ils ne pouvaient pas se permettre de demeurer plus longtemps en ces lieux, pas aujourd'hui.
La belle lui avait saisi les mains et, lèvres contre lèvres, elle lui avait juré une nouvelle fois son amour. Alexender s'était laissé porté par cet élan qui avait légèrement apaisé sa gêne. Puis, il l'avait suivie vers le passage qui menait dans les souterrains. Elle lui avait expliqué que le Père Grégory était au courant de leurs liens et qu'il permettait que cet ancien QG redevienne celui de la Guilde. Elle lui avait assuré qu'il était dévoué à leur cause et qu'il pouvait lui faire confiance.
Ils s'étaient séparés sur ces mots, sur un geste, un regard appuyé. Alexender avait serré les dents. Et, soudain, il s'était retourné pour la saisir par le bras et il lui avait murmuré: "Angèle, tu seras Angèle, dans le journal." Le baiser qu'il lui avait laissé sur le front en avait dit long sur la puissance de la symbolique qu'il mettait derrière ce pseudonyme.


A ce souvenir, Alexender se détendit un peu dans le souterrain. Finalement, sa paranoïa l'avait rendu complètement fou. Il fallait qu'il se calme. Certes, sa haine contre le Comte ne saurait trouver de répit, mais son coeur ne saignait plus autant qu'avant maintenant qu'il savait que le Vampire n'avait pas obtenu de son aimée ce qu'un homme pouvait en espérer. C'était une bien piètre consolation, mais cela grisait le Hunter malgré lui.
Après une dizaine de minutes de marche, Alexender parvint à l'extrémité du tunnel. Il sortit par une trappe dans une espèce de cave, puis il s'extirpa du passage secret pour sortir dans Ennismore Street. Sarah ne s'était pas trompée. Ce passage lui permettait en effet d'éviter l'entrée et de ressortir non loin sans se faire repérer.
Il dut cependant faire un petit détour pour retrouver le bâtiment abandonné où l'attendait Nathan. Lentement, avec précaution, il s'assura qu'il n'avait pas été suivi et pénétra dans l'édifice en ruine. Il surprit le jeune calligraphe qui pointa son arme sur lui dans un cri de stupeur.


- Alex ? Mais tu es fou ! J'aurais pu tirer ! fit-il en grognant de colère.

- Allons bon...Je me demande bien qui t'as enseigné le maniement des armes...répondit le Hunter en lui souriant d'un air sombre.

Nathan baissa son arme et lui tira la langue comme un enfant. Il s'approcha de son ami et lui fit une franche accolade.


- Dieu merci, tu es en vie. Je commençais à me ronger les sangs..dit-il avec coeur. Alors ? Tu as pu voir Sarah ?

Alexender hocha la tête. Face à l'air interrogateur de son confrère, il haussa les épaules et soupira :

- Je vous raconterai tout au QG. Pour l'heure, nous devons rentrer sans nous faire prendre...


CODAGE PAR AMIANTE


Crédit images
- Grande image: Catacomb Sketch de Spex84.
- Petite image: Symbole dans Vampire Knight, artiste inconnu en ligne.

[HRP/Fin du RP avec Alexender. Suite dans "Une mécanique bien huilée"/HRP]
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