L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


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Bal et intrigues à Spencer's House [01/06/42]

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Sarah Spencer
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MessageSujet: Bal et intrigues à Spencer's House [01/06/42] Sam 3 Fév - 17:12

Bal et intrigues à Spencer's House


[01-06-1842]

Soirée sur invitation seulement



Précédemment:Que Dieu nous pardonne


Londres, en cette époque bénie de la Reine Victoria. Dans cette atmosphère teintée de sévérité et pourtant remplie d’un épanouissement social encore jamais égalé, les réceptions et soirées mondaines étaient monnaie courante. Chaque soir, on pouvait retrouver un bal masqué chez tel noble, un thé du soir chez telle dame ou encore un souper officiel chez un membre du parlement. La Reine elle-même excellait dans l’art de créer des soirées où le divertissement était à l’honneur. Il était même d’usage d’assister à plusieurs évènements en une soirée, c’est pour cette raison qu’on disait à l’époque que Londres était plus active la nuit que le jour. Mais ce soir, les aristocrates affichaient un carnet blanc. Un seul évènement avait lieu, un seul, pour les surpasser tous. Il fallait dire que Madame Spencer avait mis beaucoup de temps et d’énergie pour organiser cette soirée qui marquerait longtemps les esprits et qui serait probablement le clou de la saison. La lady était une femme qui avait le don de recevoir des invités. Elle avait déjà organisé quelques soupers et soirées mondaines, mais rares étaient ceux qui avaient déjà vu la magnifique salle de bal de la demeure Spencer. Évidemment, à l’annonce de cette soirée, toute la bonne société avait cherché à se faire inviter. La liste s’était allongée et la maitresse de maison avait mis tous les moyens pour épater ses convives. Tous les domestiques et les meilleurs artisans de la ville avaient été réquisitionnés pour transformer la demeure en véritable domaine majestueux. Et cela en avait valu largement la peine.

La nuit était belle. L’air du printemps était doux et chaud. Les arbres qui avaient retrouvé leurs feuilles depuis quelques jours, faisait bouger leur branche au gré de la brise légère qui les animait. Le ciel, sans nuage, avait déroulé son long tapis sombre parsemée d’étoiles brillantes. C’était une nuit magnifique, un temps idéal pour une réception exceptionnelle. À l’extérieur, les premiers invités s’enfonçaient dans une attente insoutenable, tournant en rond dans les rues avoisinantes, attendant que l’heure ne tourne. Les plus impatients s’étaient massés près des grilles, formant une foule de curieux. Chacun cherchait à voir à travers les barreaux quelques images du décor féérique qui s’offrait à leurs yeux avides. De l’autre côté du portail, l’allée centrale était bordée de chaque coté par de grands arbres matures. Des flambeaux avaient été plantés dans le gravier, éclairant le chemin qui menait jusqu’aux grandes portes de la maison. La demeure elle-même était éclairée de plusieurs lampions qui illuminaient les murs, comme si la demeure surgissait de la pénombre. Près des grandes portes se tenait une petite équipe de domestiques qui attendaient, prête à débuter leur ballet des plus rythmé et sans fautes. Certains s’occuperaient de prendre les manteaux tandis que d’autres vérifieraient les invitations avec une attention particulière. Mais comme dans n’importe quel événement, plus la soirée avancerait, plus un certain relâchement allait se faire sentir; les invitations étaient vérifiées une fois sur deux, permettant ainsi à quelques aristocrates de s’infiltrer en douce à l’événement. Une fois le hall d’entrée passé, on se trouvait en face de l’imposant escalier qui menait au deuxième étage où se trouvait la salle de bal. Pour l’occasion, plusieurs pièces de la demeure avaient été fermées à clé pour éviter toute situation déplorable. Comme beaucoup de jeunes filles avaient été invitées, Madame Spencer avait voulu réduire les risques de vices dans sa demeure. Ainsi, les invités étaient-ils restreints à se promener dans la salle de bal, le salon des dames, la Palm Room (salon des hommes où ceux-ci pouvaient fumer à leur aise) la terrasse et bien sûr les jardins et sa verrière. La grande salle de bal de style néoroman avait été complètement métamorphosée et elle laissait les invités béants de stupeur lorsqu’il la découvrait pour la première fois. D’une grandeur raisonnable et de forme rectangulaire, un pan complet de la pièce était composé de grandes portes-fenêtres dont les motifs en fer forgés reflétaient les lumières des cristaux qui composait les lustres. Les planchers en motif de damier avaient été lustrés et reflétaient les lumières des chandelles qui illuminaient la pièce. Le long d’un mur était alignées une grande table qui foisonnait de diverses nourritures, toutes reposant dans une porcelaine des plus fines. Il y en avait pour tout les gouts : des plats de fruits frais et de légumes, des assiettes de fromages, des amuses-gueules, des huitres aux fours, quelques bouchées de poulet et de poisson. Dans de grandes assiettes en argent reposaient un jambon orné à la royale, les poulets de printemps à la romaine, les quartiers d'agneau, de quoi satisfaire même les plus fines bouches. On retrouvait même des desserts comme des petites tartes et du plum-pudding. La table était resplendissante, un magnifique mélange d’argenterie, de cristal et de linges de table d’une grande qualité. À l’opposé de la table, les musiciens s’étaient installés, faisant vibrer la salle des notes envoutantes de leur instrument. Deux grandes portes françaises donnaient place à la terrasse ou trônaient quelques bancs de pierre. Le lierre avait envahi les murs et donnait l’impression de plonger directement dans un paradis antique. La rambarde du balcon était recouverte de chandelles et de fleurs grimpantes, véritables vestiges de la nature qui diffusait dans l’air un parfum enivrant. Un escalier permettait aux convives d’accéder aux jardins de style anglais où étaient plantés quelques flambeaux de même qu’à la grande serre qui était illuminée de l’intérieur par quelques chandelles et dont les baies des vitres brillaient comme du cristal dans la nuit noire. Beaucoup avait murmuré en voyant tant richesse réunie que la famille Spencer avait dû se ruiner pour créer une soirée d’un tel faste, mais les plus aguerris savait qu’il n’en était rien. Le véritable exploit d’une dame du 19em siècle était d’épater sans se mettre sur la paille et c’était un  art que Madame Spencer ne maitrisait que trop bien. Tout était en place, la soirée pouvait débuter.

À 19h00 sonnant, les grilles furent ouvertes sous les applaudissements surexcités des invités pressés d'entrer. Des gardes avaient été engagés pour l’occasion, observant les fiacres et les jardins. Le Yard avait mandaté quelques agents pour effectuer une surveillance autour de la propriété. Une aura de mystère entourait la grande demeure. Les invités arrivaient, nombreux, excités. Un bal, un manoir longtemps fermé, une demoiselle retrouvée depuis peu, ils n’auraient manqué cela pour rien au monde. Comme il s’agissait d’une réception privée, les maitres de la demeure n’étaient pas obligés de se prostré à l’entré pour saluer tous les convives. Monsieur et Madame Spencer se trouvaient donc dans la salle de bal au milieu des invités à bavarder joyeusement. Madame Spencer était particulièrement ravissante en cette soirée. Très fière de sa réception, elle avait vêtue sa silhouette majestueuse d’une magnifique robe d’une couleur lavande. En tant que femme mariée, elle avait le privilège de pouvoir porter des toilettes aux couleurs vives sans s’attirer les reproches de la société. Sa robe, pourtant simple, témoignait d’un raffinement digne de son rang. Son cou était cendré par un rang de perles et sur ses gangs blancs brillait son alliance ainsi qu’un bracelet. Ses cheveux autrefois d’un blond éclatant étaient remontés en un chignon parfait. Elle resplendissait sous les félicitations des invités qui passaient près d’elle. À ses côtés se tenait son époux, tout aussi élégant. Dorian Spencer était imposant par sa prestance, mais aussi par son sourire contagieux. Ses yeux gris fixaient la foule à la recherche de deux silhouettes familières. Celle de sa fille, qui devait faire son entré d’un instant à l’autre et celle du Comte Keï, avec qui il devait discuter en privé avant son entré en salle. Il avait été prévu que sitôt que le grand homme arriverait, il serait conduit au bureau de Monsieur Spencer et celui-ci serait aussitôt avisé. Au fur et à mesure que les invités entraient dans la salle, ils venaient d’eux-mêmes saluer le couple, les félicitant pour une si belle mise en scène. Des serveurs passaient au milieu des convives, distribuant des verres de vins et de champagne. L’ambiance était si chaleureuse, qu’une heure après l’ouverture des portes, la fête battait déjà son plein sous l’arrivée constante de nouveau convive. Seule la piste de danse n’avait pas été ouverte, le couple attendant les derniers invités avant d’inaugurer officiellement la soirée.


Crédit photo
Image1: Church interior - Netgraftx
Image2: Rain - Guava Pie

made by black arrow


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Chastity E. Stephenson
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MessageSujet: Re: Bal et intrigues à Spencer's House [01/06/42] Dim 4 Fév - 22:55


Le Bal Spencer
intrigue
Chastity était assise au bord de son lit, en chemise blanche, la tête posée sur la paume de sa main droite. Au fond de la pièce, un homme en noir, plutôt petit, rassemblait divers outils dans une mallette en cuir usé par le temps. Walter était Vampire. Mais il était avant tout médecin. Dissocié lui aussi de la Camarilla, il était un soutien discret mais loyal pour la femme d'affaires. Il était le seul à avoir pu mesurer et tester les limites de son corps hybide, le seul capable de l'aider lorsque son enveloppe charnelle lui faisait défaut, au point qu'elle ne parvenait plus à mener ses expériences.

- Ce n'est pas possible... Ce n'est pas possible !

Chastity se releva brutalement de son lit et alla s'appuyer contre les lourdes tentures qui occultaient les fenêtres. Le petit homme se retourna et la fixa, de ses yeux d'un noir profond, avant de lisser machinalement les poils de sa moustache.

- Vous m'en voyez navré, Miss Stephenson, mais je suis formel. La disposition actuelle de vos organes internes ne laisse aucune place au doute.

La Vampire soupira et commença à faire les cent pas. Walter était un homme effroyablement efficace mais son pragmatisme et son absence totale d'émotion dans la voix la mettaient hors d'elle. Elle avait besoin de quelqu'un avec qui exploser et ne se trouvait confrontée qu'au mur glacial de la réalité.

- Il doit y avoir une erreur ! Il y a forcément une erreur !

L'homme s'approcha d'elle et posa sur son visage un regard lourd de sens. Agacée, Chastity fit claquer sa langue et croisa les bras.

- Walter, je devine tout à fait ce à quoi vous pensez et laissez-moi le démentir fermement ! Même si, entre nous, j'aurais aimé qu'il en soit autrement. Tout cela aurait été bien plus simple.

Le médecin soupira et son regard sembla se perdre dans la semi obscurité de la pièce, signe évident d'une réflexion en cours.

- Vous êtes un être à part Chastity... Et je doute qu'un jour, nous parvenions à approcher ne serait-ce que la moitié du potentiel que recèle votre corps. Quant à lui... Nous savons, vous comme moi, que ses pouvoirs dépassent l'entendement de la plupart des membres de notre race...

Chastity frissonna. Les cheveux ainsi détachés, dans sa simple chemise de nuit, elle tenait plus de l'enfant que de la femme sensuelle qui faisait tourner toutes les nobles têtes de Londres. Et dans ses yeux d'ambres, pour la première fois depuis des décennies, on put y lire de la crainte.

- Mais comment être sûr que... Que cette chose est viable ? Comment savoir si ce n'est pas la monstruosité pure qui m'attend ?

Le docteur posa une main qui se voulait rassurante sur l'épaule de la jeune femme. Son visage restait de marbre mais il était tout à fait concerné par le sort celle qui se présentait à lui dépouillée de tous les artifices qui faisaient sa renommée.

- Malheureusement ni vous ni moi ne pourront savoir de quoi il retourne. Nous n'avons plus qu'à suivre cette aventure au plus près... Ou nous pouvons l'arrêter de ce pas si vous le désirez.

Chastity redressa la tête. La proposition était tentante. Un seul geste et elle n'aurait jamais plus à se préoccuper de son état problématique. Il lui suffisait de dire oui. Il lui suffisait d'un mot, maintenant, et tout serait terminé. Pourtant, lorsqu'elle ouvrit la bouche, ce fut pour congédier Walter, plus sèchement que ce qu'elle aurait voulu.

- Êtes-vous devenu fou ? Si par malheur il venait à l'apprendre, d'une manière ou d'une autre, je puis vous assurer que nous préfèrerions mille fois les flammes de l'Enfer à ce qu'il pourrait nous faire subir. De plus, comme vous l'aviez si bien souligné, cet évènement est un cas scientifique sans précédent. Il est hors de question que je m'en débarrasse. Maintenant rentrez chez vous avant que le jour se lève. Et je compte sur votre plus grande discrétion, il en va de votre vie.

Walter se recula, récupéra sa mallette et sortit sans un regard en arrière. Derrière son pas en apparence ferme et décidé, Chastity sentait sa préoccupation. En soupirant, elle se glissa entre ses draps blancs et s'étendit, fermant les yeux, alors qu'elle entendait Gracie mettre en ordre sa chambre afin qu'elle puisse dormir. Malgré le discours intéressé qu'elle avait tenu devant le médecin, la jeune femme avait l'impression qu'une force plus grande, plus instinctive l'avait poussée à refuser le geste chirurgical. Un sentiment fort, un besoin de protection exacerbé. Mais que lui arrivait-il ?

Elle cauchemarda tout le jour. Fiévreuse, agitée, elle revoyait en rêve le visage torturé d'un des deux cobayes que lui avait confié le Comte. Il avait rejeté tout traitement et semblait s'être donné corps et âme dans la dégénérescence. Elle était encore hantée par ses yeux révulsés, ses mains décharnées, ses râles animaliers. Quel Vampire avait pu voir d'aussi près le résultat final de l'échéance cruelle qui les guettait, tôt ou tard ?
Elle n'avait même pas eu besoin de l'abattre. Il était mort seul. C'était peut-être l'unique fois de sa vie qu'elle voyait l'un des siens disparaître de causes "naturelles". Le spectacle l'avait à tout jamais retournée et les progrès que faisait l'autre patient n'avaient pas réussi à atténuer la tristesse causée par cet échec cuisant.

Elle fut tirée de ses songes morbides vers 17h par Gracie. Il était temps de se préparer. Ce soir, comme la plupart des membres de l'aristocratie en vue, elle était attendue au bal des Spencer. Chastity avait reçu une invitation tardivement et elle n'avait eu aucun mal à en connaître la raison. On l'invitait plus parce que les hommes bien nés aimaient l'admirer plus que par amitié pour sa personne. Mais cela lui était bien égal. Elle se montrerai, belle et déterminée, et ferait pâlir de jalousie la vieille Spencer.

Elle se laissa couler dans son bain, les yeux perdus dans les ondulation de ses cheveux roux. Le Comte y serait. Le Comte y serait pour épouser la jouvencelle Sarah Spencer. Cette humaine qu'il souhaitait posséder. Il était prêt, si prêt de l'avoir. Et pourtant...
Chastity tapa du plat de sa main sur le rebord de la baignoire en émail. L'eau était devenue froide. Elle sortit rageusement et s'enveloppa dans un peignoir mousseux, avant de se diriger vers la glace. Elle avait le coeur lourd et l'envie d'éclater en sanglots lui nouait la gorge. Une nouvelle fois, elle saisit son visage entre ses mains et soupira longuement, avant de saisir un flacon d'essence de fleur d'oranger et de s'en oindre les poignets, le cou et l'arrière de l'oreille avant d'appeler sa camériste d'une voix étranglée.

Après un coiffage intensif et une utilisation savamment maîtrisée du fard, Chastity paraissait resplendissante et heureuse. Sa masse de cheveux roux, délicatement coiffés en anglaises, encadrait un visage souriant, rehaussé d'une légère touche de rose aux joues et sur les lèvres. Sa gorge dénudée était parée de perles montées sur un riche sautoir, alors que des fleurs blanches et orangées agrémentaient son chignon. Elle portait une robe en taffetas crème, rehaussé d'une doublure extérieure en mousseline de soie couleur clémentine, qui s'arrêtait aux deux tiers de la jupe dans un délicat drapé. Le corsage et les pinces du drapé étaient décorés des mêmes fleurs qui habillaient ses cheveux. Quant au bas de la robe, il était ajouré d'une broderie ton sur ton qui jouait avec la lumière de manière discrète et élégante. Elle était fin prête pour le grand soir. Personne ne la connaissait suffisamment pour déceler les préoccupations qui se dissimulaient sous le masque de la porcelaine.

Lorsque son valet de pied la fit descendre, elle s'engagea sur les marches du manoir avec les derniers invités attendus. Elle sortit d'un geste assuré son invitation et laissa un domestique la débarrasser de son manteau, sans un regard pour lui. Les lumières du manoir l'éblouirent. La mère Spencer avait vu les choses en grand pour sa fille. La Vampire ne put s'empêcher d'esquisser un sourire entre l'admiration et le mépris. Qu'une famille si noble ait autant besoin d'épater la galerie pour les fiançailles de sa fille unique relevait pour elle du mauvais goût le plus complet. On se serait cru chez des américains, désireux d'étaler ostensiblement leurs richesses à la face du monde.
Cependant, elle dû également reconnaître que cette splendeur exceptionnelle avait quelque chose d'irréel, qui transportait et ravissait en même temps. Tête haute, fière et consciente de l'attrait qu'elle représentait pour ces messieurs, mariés ou célibataires, elle fit son entrée dans la salle de bal. Déjà, alors qu'elle allait saluer quelques nobles avec lesquels elle avait fait affaire, on la sollicitait pour une danse. Elle nota les noms des gentlemen avec un sourire aimable, tout en cherchant d'un oeil distrait la silhouette du Comte. Elle brûlait d'envie de le voir autant qu'elle redoutait sa présence en ces lieux. Sa nuque la brûlait et ses mains tremblaient presque. Son corset l'étouffait, bien qu'elle n'en laissa rien paraître. Cela faisait plusieurs centaines d'années que la jeune femme n'avait pas connu un tel émoi.

© FRIMELDA

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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Bal et intrigues à Spencer's House [01/06/42] Lun 5 Fév - 17:32

[HRP/ Suite de "Un Brin d'Existence"/HRP]



Bal et intrigues à Spencer's House

Comte Kei, Ludwig Zwitter et Ambre Ghrianstad

"Ce doute pernicieux qui perturbe mes voeux
Possède un goût de déjà-vu que je ne supporte plus."


Devant le manoir des Spencer.
1er juin 1842


La Grande Horloge venait tout juste de sonner 19h30 lorsque le grand fiacre noir du Comte Keisuke franchit les grilles de fer forgé qui gardaient le domaine des Spencer. L'imposant véhicule décrivit un arc de cercle sur les gravillons du chemin et se plaça derrière les derniers arrivés avant lui. Le petit cocher italien du lord, Arnoldo, que tout le monde reconnaissait de loin, était accompagné d'un homme de forte carrure. Sa peau basanée ne trompait personne: c'était ce fameux Manouk, l'indigène que le Comte avait rencontré en Afrique et dont il avait désiré garder l'amitié jusqu'à l'accueillir ici, sous son toit, en Angleterre.
Sous son chapeau melon, le grand noir paraissait toujours aussi étrange avec ses colliers tribaux qui dépassaient de son costume. Certains chuchotaient qu'il n'était pas complètement civilisé et que le Comte prenait des risques à le fréquenter. D'ailleurs, même si le lord ne lui faisait occuper que des places de subordonné, telle que celle de cocher subsidiaire, bagagiste ou valets de pied, il semblait parfois le traiter comme un véritable ami. Lorsqu'il sortait avec son maître, pour arpenter les salons ou les soirées mondaines, l'Africain se tenait rarement en retrait et osait même adresser la parole aux nobles fréquentations du Comte. Les langues persiflaient à ce sujet et l'on se méfiait beaucoup de lui et de sa place inhabituelle dans la vie d'un homme tel que Jirômaru.
Sans se préoccuper des regards que les autres serviteurs leur décrochaient et sans prêter attention aux murmures de la foule qui s'amassait devant la demeure en l'observant avec une pointe de mépris, Manouk descendit d'un bond du véhicule et défroissa sa veste quelque peu plissée par le trajet. Puis, tandis que le petit cocher attendait patiemment de pouvoir avancer le fiacre jusqu'à la porte principale, le grand noir se rendit près de la porte laquée frappée du symbole de son maître. Il jeta un coup d'oeil à la grue cendrée élancée sur un fond de croissant de lune et de fleur de cerisier: décidément, il ne se ferait jamais à cette nouvelle manie que son maître avait de réutiliser ses anciennes armes japonaises. Il trouvait cela fort loufoque. Haussant les épaules en songeant qu'on était finalement toujours un original aux yeux de quelqu'un d'autre, il tapota le carreau principal du véhicule et attendit.
Le Comte écarta le rideau qui voilait sa présence et ouvrit la fenêtre d'un geste. Son disciple lui apprit qu'ils étaient bien arrivés mais qu'il y avait encore foule. Ils devraient attendre un peu avant de descendre. Jirômaru leva un sourcil. Et alors ? Il avait l'habitude de ce genre de chose. C'était l'occasion pour lui de laisser Ambre vérifier que son noeud était toujours en place et de glisser à Ludwig quelques ultimes recommandations pour la soirée qui s'annonçait. Manouk disparut bientôt de sa vision pour aider Arnoldo à placer correctement le fiacre par rapport au petit trottoir qui bordait la demeure. La fenêtre fut rapidement refermée, ainsi que le rideau.
Une dizaine de minutes plus tard, le fiacre fut enfin ouvert et le Comte put en sortir. Il aida sa bonne amie à descendre le marche-pied et laissa Ludwig les suivre. Les chevaux s'ébrouèrent un peu mais Arnoldo tenait les rennes avec fermeté. Après avoir donné quelques instructions à ses serviteurs, Jirômaru s'avança pendant que le fiacre s'éloignait pour libérer la place aux nouveaux arrivants et aller se stationner à l'endroit convenu pour ceux de sa taille. Manouk jeta un dernier regard au Comte mais ce dernier ne le remarqua pas, ou l'ignora.

Aussitôt accueilli par les domestiques des Spencer, le trio se dirigea prestement vers l'entrée qui s'était quelque peu dégagée depuis son arrivée. Ambre ajusta ses gants et vérifia les perles de son chignon avec un soupçon d'angoisse. Ludwig la rassura à l'aide de petits compliments qui firent sourire la belle actrice. Tous les deux formaient un duo frais et éclatant de vigueur. Leurs manteaux clairs et leurs visages angéliques les illuminaient d'une magnifique teinte astrale. Ambre saisit doucement le bras de Ludwig et suivit le bel éphèbe d'un pas plus assuré. Le Comte se retourna pour leur jeter un regard complice. Il avait déjà introduit le jeune homme dans la bonne société, notamment grâce au bal que Miss Stephenson avait donné en mars dernier, aussi était-ce de bon aloi que la belle soit sa cavalière ce soir. Lui-même espérait bien donner le bras à Sarah...
Jirômaru rajusta son haut-de-forme noir, qui accentuait sa taille de géant, et fit claquer le bout de sa canne-épée sur les marches de l'escalier. Serrant sa main sur son pommeau fleuri, il se laissa guider par les domestiques qui menaient les invités au vestibule. Le menton haut, il se félicita quant au choix de sa tenue. Près de lui, les autres convives paraissaient courtauds, maladroits et même parfois négligés.
Le Vampire portait un long manteau noir qui descendait jusqu'à ses souliers cirés à la perfection. Léger, même s'il était à double col, le grand vêtement demeurait ouvert pour accueillir la chaleureuse brise de printemps qui murmurait aux creux des oreilles de chacun sa douce mélopée emplie de promesses. Il était rare que le Comte ne ferme ses manteaux mais il était tout aussi rare qu'il porte autre chose que des capes. Éminemment sombre, ce manteau-là semblait neuf. Sa coupe impeccable mettait en valeur sa carrure et son charme. Dénué de toute fioriture, il était d'une élégance frappante d'autant que les longs cheveux noués en catogan et les gants blancs qu'arborait le lord venaient briser son aspect rigide, à l'instar d'une cascade de lait qui vient adoucir un café trop fort.
Sans se soucier des regards qui se tournaient déjà sur lui dans la rue, le lord s'annonça en sortant ses cartons d'invitation. Comme de coutume, même si la réception était "privée", les hommes de son statut pouvaient emmener avec eux deux ou trois personnes de leur choix. Aussi le lord fit-il inscrire les noms de Miss Ghrianstad et de Monsieur Zwitter dans le carnet des entrées avant de pénétrer dans le fameux vestibule.


Dans le vestibule.

Arrivé dans le vestibule, le Comte laissa un domestique emporter son manteau, sa canne-épée et son haut-de-forme. Il vérifia que sa veste ne comportait pas de pli et attendit que ses compagnons se soient eux-aussi débarrassés de leurs capes et manteaux. Evidemment, même s'il était de bon goût de ne pas déranger les nouveaux arrivants en les saluant dans l'entrée, cela n'empêchait pas les regards.
Ambre fit grandement sensation avec sa magnifique robe de satin aux teintes pastelles, crèmes et vertes, son éventail de dentelles fines et ses bijoux d'ivoire et d'émeraude. A ses côtés, Ludwig fit aussi beaucoup parler de lui. Il paraissait un prince venu des froides contrées de l'Est avec ses longs cheveux blonds ondulés, rabattus sur sa nuque en catogan, son veston assorti à la robe de sa cavalière et ses chevalières brillantes.
De son côté, Jirômaru entendit quelques remarques au sujet de sa longue veste noire: à grandes basques, ce qui était très inhabituel chez lui, elle lui arrivait aux genoux. Coupée dans un tissu de haute qualité, elle attirait l'oeil par ses boutons d'argent frappés du blason de Scarborough. L'oeil cultivé y reconnaissait aisément les deux cerfs qui se faisaient front, la tourelle, impérieuse et sublime, ainsi que le casque médiéval surmonté d'un navire qui faisaient la fierté de cette ville du Yorkshire Nord dont le Comte Kei était l'ambassadeur privilégié.
Sous cette veste inattendue, le grand homme portait une chemise d'un blanc immaculé surmontée d'un gilet conçu sur mesure par le plus raffiné des tailleurs de la capitale. Les motifs en brocards de ce dernier, mordorés sur fond brun, ne rappelaient que trop bien la place qu'occupait le Comte parmi les plus éminents lords de la Grande Bretagne. Devant chaque bougie, les fils dorés, cousus en forme de feuilles, luisaient à l'instar d'une myriade de flammèches qui venaient lécher son torse bombé par son maintien que nul ne semblait pouvoir égaler. Jirômaru avait un port altier, digne de sa caste et de son rôle au sein des partisans de la Couronne. Sa posture et son pantalon droit, noir comme la nuit, achevaient de lui donner cet air suffisant et pourtant si séduisant qu'on lui connaissait tant - à ceci près que ce jour-là il semblait avoir gravi un échelon supplémentaire...


- Attention à votre montre, Sir.

Jirômaru vérifia que l'instrument était bien à sa place dans la poche gauche de son veston et en raccrocha la chaînette dorée qui s'était légèrement décrochée lorsqu'il avait ôté son manteau. Puis, une fois que ses compagnons lui eurent assuré d'un regard qu'ils étaient fin prêts à faire leur entrée dans les salles destinées aux joies du bal, le lord s'engagea d'un pas décidé dans le flux des convives.

- Sir ! Sir ! S'il vous plaît ! Le héla le même domestique qui lui avait fait remarquer le défaut de sa montre.

Intrigué, le trio s'arrêta et le Comte adressa au jeune homme qui les avait rattrapé un regard interrogateur. Ce dernier lui sourit avec maladresse et lui indiqua un couloir inusité par les invités.


- My lord, Monsieur Spencer aimerait s'entretenir avec vous, en privé. Il vous attend dans son bureau. Veuillez me suivre.

Jirômaru ouvrit la bouche, surpris par ce qu'il considérait déjà comme une convocation. Que lui voulait donc Dorian ? Était-ce au sujet du mariage ? Cette entrevue était presque inquiétante, d'autant que lui-même n'était pas certain de ce qu'il voulait...

- Allez-y, Monsieur le comte, nous nous retrouverons près du buffet.

Ambre posa brièvement sa main sur le coude du Comte et lui sourit. Jirômaru sentit le pouvoir de sa disciple envahir son corps tout entier. Ce fut une sensation désagréable, imprévue, qui lui fit esquisser une grimace de colère. Le domestique le prit pour lui et baissa les yeux, croyant importuner le lord en le fixant comme il le faisait jusque là. La belle actrice aux boucles rousses insista un peu en crispant ses doigts sur la manche de son maître et lui lança un regard entendu. Le Comte ne put que céder. Il détestait cette façon de procéder, d'autant qu'elle ne garantissait jamais le résultat obtenu, mais il n'avait présentement pas le choix: si Dorian possédait un miroir dans son bureau, il devait avoir l'illusion qu'il avait un reflet, comme tous les mortels de sa soirée. La seule solution qu'ils avaient, lorsqu'ils ne se trouvaient pas dans la même pièce, c'était d'imprégner sa chair d'une sorte d'enveloppe invisible qui projetait son image sur tout ce qui pouvait la refléter. Cela ne durait qu'un temps et le reflet généré n'était pas toujours net, mais c'était mieux que rien.

- Bien, nous nous retrouverons plus tard dans ce cas, fit-il en se détachant de son contact. Je vous suis, ajouta-t-il en se tournant vers le domestique.

Ambre et Ludwig le regardèrent s'éloigner et s'en furent bientôt en direction de la salle principale. Ce petit contre-temps était fort fâcheux, mais le Calice et sa compagne sentaient que la conversation qu'allaient avoir leur maître et le père de la chasseuse serait déterminante pour l'avenir de leur couple.
Leur entrée dans la grande salle fut remarquée et Ludwig se vit bientôt entouré d'un petit groupe de galants qui vinrent le féliciter pour son entrée dans le "grand monde". Certains en profitèrent pour discuter avec Ambre qui détenait tous les secrets des pièces du Comte. Beaucoup se demandèrent où était d'ailleurs passé ce dernier. Ludwig se sentit grisé par cette masse piaillante de petits étourneaux curieux et de ces pies jacassantes. Mais ce que son regard accrocha lui donna un véritable souffle: la silhouette de Chastity Stephenson se détachait non loin d'eux, à l'instar d'une poupée de porcelaine au milieux des chiffons poussiéreux de la vieille aristocratie décadente. Son maître serait si heureux de la trouver-là ce soir que le jeune Calice se délectait déjà de son bonheur...


En direction du bureau de Dorian Spencer.

Dans l'ombre des couloirs, glissant sa haute silhouette derrière son guide, Jirômaru passait en revue tous les sujets possibles avec lesquels Dorian Spencer aurait envie de l'entretenir: l'état de santé de Sarah, sans doute encore sous le choc de son enlèvement et de ce qu'il s'était passé à Highgate, leurs fiançailles qu'il voulait annoncer à tous dans la soirée, les fleurs et petits courriers qu'il avait eu la gentillesse de faire parvenir à sa fille depuis qu'elle était rentrée chez elle...
Il songea également aux dangers que ce bal pouvait générer. Ambre et Ludwig seraient avec lui, dans le domaine, pour surveiller les Vampires et les éventuels gêneurs; Manouk et Arnoldo resteraient près du fiacre; Arath rôdait dans les rues alentours avec une faction de fidèles...Il ne leur manquait que Marco et Maria, qui veillaient sur l'Opéra, et Agnès qui demeurait chez Chastity pour l'aider dans ses expériences sur les dégénérés qu'il lui avait confiés. Que pouvait-il arriver ? Ce n'était pas la pleine lune, les membres du Sabbat étaient apparemment toujours en déroute et ceux de la Camarilla ne faisaient plus parler d'eux depuis la bataille du cimetière.


- Par-ici, Sir.

Le jeune homme frappa trois fois contre une lourde porte de chêne. Jirômaru attarda son regard sur ses gravures particulièrement réussies tandis que le serviteur attendait qu'on lui ordonne d'entrer. Bientôt, le domestique se saisit de la poignée pour la faire pivoter sur ses gonds parfaitement graissés et lui indiqua le bureau du doyen de la maison Spencer. Il le laissa passer devant lui et l'abandonna en prenant soin de refermer la porte dans son dos.

Bureau de Dorian Spencer.

Le Comte sourit à l'homme qui se tenait maintenant devant lui. Il lui offrit une poignée de main ferme et le suivit.

- Ravi de vous revoir, Monsieur Spencer. Vous désiriez me parler en privé ?

Jirômaru laissa d'abord ses iris anthracites glisser sur les étagères qui les environnaient. Dorian était un homme fort respectable, aux goûts plaisants et aux manières les plus distinguées qui soient. Le Vampire l'appréciait en tant qu'homme, au-là même du fait qu'il soit le père de celle qu'il avait choisi de faire sienne.
Puis, tout ouïe, le Comte s'installa comme le lui indiqua l'aristocrate et le fixa, l'air interrogateur. Quoi que ce mortel souhaitait lui dire, il était prêt à l'entendre.


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> Jirômaru Keisuke <

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Katherine Thornes
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MessageSujet: Re: Bal et intrigues à Spencer's House [01/06/42] Sam 17 Fév - 12:59

[HRP/ Après ""/HRP]

C'était soigneusement pliée, dans une enveloppe soigneusement cachetée, remise soigneusement par son majordome que Katherine avait découvert l'invitation au bal de la jeune Spencer. Londres était en émoi depuis quelques temps. Tout d'abord après la disparition de la jeune femme, toutes les forces de police avaient été déployées dans la mesure du possible afin de rechercher la jeune femme. Toutes les craintes avaient alors émergées et chacun craignaient que la demoiselle ait été victime de perversité. Il n'en fut rien cependant. Un beau jour, cette dernière refit apparition. La capitale souffla. La pression était enfin redescendue. A présent Londres remuait pour autre chose. Non pas la disparition inquiétante de la belle mais l'éminente soirée organisée à la demeure familiale ! Dès la réception des invitations les nobles de hauts rangs ne purent s'empêcher de lancer de joyeuses conversations sur le sujet. Étaient-ils seulement pris d'affection pour Sarah ou était-ce la frénésie de se retrouver dans une soirée grandiose ? D'abord dubitative Katherine finit par répondre à la demande. Elle viendrait. Tout ceci fut à son tour envoyé soigneusement plié, dans une enveloppe soigneusement cachetée.

Il était difficile pour la jeune femme de savoir la place qu'elle devait prendre au sein de ce bal. Devait-elle garder à l'oeil Sarah ? Il était évident que la jeune demoiselle serait plus que protégée durant la réception. Le Yard devait très certainement s'occuper de la sécurité alentours et le Comte veillerait très certainement sur elle avec beaucoup d'attentions. Pour ce qui est d'un rapprochement avec leur cible, tout ceci allait s'avérer bien difficile. En de telles circonstances elle ne pouvait se montrer ni familière ni trop intéressant tout en tâchant de rester elle-même. Et par-dessus tout cela allaient se greffer les parents et les invités. Katherine n'était pas une femme très appréciée. Du moins par ses consœurs et certains hommes puristes. Elle était jugée trop extravagante, ses manières inconventionnelles et ses mœurs bien trop perverses pour une femme de son époque. Femme dont il ne se doutaient absolument pas de l'âge et du vécu. La Comtesse avait eu le temps d'être prude et respectable.


- Mademoiselle.. ?

La jeune brune releva la tête en papillonnant des yeux. Cela devait faire à peu près trois fois que Michael l'appelait en vain. Son majordome tenait dans ses bras la robe choisie précautionneusement pour le bal de ce soir. Alors qu'il l'avait laissée le temps qu'elle se sèche la jeune femme ne l'avait alors rappelé. Enroulée dans sa longue serviette, l'eau gonflait ses boucles brunes et s'écrasait sur le sol. C'était assise près de la fenêtre et le regard perdu dans le parc que la demoiselle s'était échappée dans ses pensées. Elle songeait à la fois à Sarah et à Alexender. Au Comte et au théâtre. Se levant du rebord de la fenêtre elle laissa les mains de l'homme prendre la serviette et lui sécher délicatement les cheveux découvrant ainsi son corps nu. Tous deux n'y faisaient qu'à peine attention. Ils se connaissaient depuis si longtemps.

- Penses-tu qu'elle se rappelle encore bien de moi ? Devrais-je me sentir coupable de lui avoir volé Alexender quelques nuits.. ?

Elle se mordait la lèvre. Ce soir-là Katherine se sentait d'humeur morose. Sarah était de retour, son premier ami ici allait lui échapper. Peut-être avait-elle songé avec joie à ce qu'elle ne revienne jamais.. ?


- Pas de remords ni de regrets Mademoiselle. Jamais. C'est ce que vous n'avez eu de cesse de me répéter… Pour Sarah… Si elle ne se rappelait pas de vous vous ne seriez pas invitée.

- C'est mesquin Michael. Tais-toi souffla t-elle la gorge serrée.

- Pardon Milady, ce n'est pas ce que je voulais dire…

Les mains de l'homme passèrent de ses cheveux à sa nuque avant de glisser sur ses courbes. Doucement il l'enlaça et embrassa son cou. Sous le contact de ses lèvres la peau de la jeune femme se granula et un frisson parcourut son échine. Penchant un peu la tête sur le côté elle refoula ses larmes et siffla :


- Cette société me répugne. Nos manières sont codifiées, nos comportements évalués, quand vivons-nous pour nous Michael ? Bien sûr qu'ils ne m'auraient pas invités ! Mes mœurs sont considérées contre trop légères. Je suis la catin de la ville. Alors bien sûr qu'ils ne m'auraient pas conviée! Le regard enflammé par sa colère imprégnée de tristesse elle continua plus bas : J'attends un futur plus libre. J'espère que ce jour viendra. Si des femmes se soulèvent et se battent je me battrais avec elles. Je ne veux pas les laisser seules face à la cupidité, à l'hypocrisie et à la méchanceté de ce monde. Nous ne sommes rien pour les hommes, rien d'autres que des génitrices ou des objets de plaisir. Ça me dégoûte. Quand est-ce que l'Homme cessera de juger ?

Michael resserra sa prise et respira le doux parfum de la Comtesse en fourrant son nez dans ses cheveux. Il mouillait ses vêtements mais cela l'importait peu. Il voulait simplement lui montrer que même lors de ses moments de faiblesse, Lui, n'était pas prêt de la quitter. Ce fut elle qui rompit le contact en le repoussant gentiment. Il ne s'en offusquait pas, il la connaissait.
********

La robe qu'avait choisie Mademoiselle était fortement inspirée de la mode française de l'époque. La jeune femme avait apprécié le style de Joséphine de Beauharnais lors de son mariage et elle n'avait pas été la seule. Dès lors, une nouvelle mode s'installa en France et comme à chaque règne, on tenta d'imiter les goûts vestimentaires de la femme du roi. Ici l'Empereur. Par ailleurs, les tissus avaient été choisis par Michael lui-même qui, noble dans son pays, connaissaient les goûts raffinés de l'aristocratie. Enfin, le tout avait été confié à un des meilleurs couturiers de la ville.
Katherine avait fait le choix d'une robe non-bouffante. Elle aimait pouvoir se déplacer à sa guise sans être entravée par des cerceaux de quelques natures. Cette dernière était cependant assez longue pour cacher ses chevilles ainsi que ses chaussures à talonnettes. L'étoffe était majoritairement bleuté. Un bleu si pâle qu'il faisait ressortir les yeux saphirs de la demoiselle. C'était à se demander si ceux de la jeune femme étaient réels. Le tissu plissé faisait ressortir de multiples dorures très certainement exécutées au fil d'or et qui rehaussaient avec un certain charme les différents tons azurés de la robe. Deux pans d'un bleu plus profond s'étiraient des manches recouvraient élégamment sa poitrine sans pour autant la dissimuler totalement et épousaient ses hanches. Ces derniers, une fois ouverts permettaient au majordome de lacer le corset de Katherine sans qu'il soit visible soulignant ainsi son décolleté doré. Enfin, le bas de sa robe révélait une broderie toujours aussi pétillante d'or qui constituait un léger voilage au-dessus du bleu satiné.
Ses longues boucles noires s'écroulaient sur ses épaules laissant quelques mèches cascader sur sa poitrine. Elle n'avait pas  choisi de les attacher mais plutôt de les laisser au naturel, sauvage comme toujours. Katherine n'avait jamais voulu être disciplinée que ce soit dans ses manières, son apparence ou même sa vie. Elle considérait que l'on devait l'accepter comme elle était et non pour ce qu'elle devait montrer.

Dans la diligence, on pouvait entendre le frottement du vent sur les vitres. Ces dernières frémissaient et peu épaisses, laissaient s'infiltrer le bruit des sabots des sombres chevaux. Au petit trot le carrosse arriva devant le grand domaine familial des Spencer. C'était ici que se trouvait la dulcinée de son amant… C'était une sensation bien étrange. Se rendre chez la femme qui dérobait le coeur de son compagnon de quelques nuits… Les graviers faisaient cahoter les roues et finalement grâce à l'aide d'un écuyer Michael réussit à disposer correctement le fiacre lui laissant au passage le bon soin des chevaux. Finalement on ouvrit la portière à la comtesse.
********

L'entrée pouvait être intimidante pour une femme issue de la bourgeoisie. Des domestiques s'affairaient déjà autour de la noble afin de récupérer ses affaires et lui permettre de se mettre à son aise. Michael entra quelques secondes plus tard derrière elle après avoir réglé les derniers préparatifs avec quelques employés. Ôtant son chapeau il laissa son long manteau et fit passer la jeune femme devant lui. Un immense spectacle s'offrit à elle. C'était tout à fait fabuleux. Sensationnel. Tout était richement décoré dans le raffinement le plus total. La pièce reflétait le caractère de la maîtresse de maison. Digne, élégante, sans excès. Mais étrangement, toute cette richesse, toute cette beauté laissaient Katherine presque indifférente. Son cœur était comme vide et elle avançait au milieu des convives, saluant quelques nobles gens au passage soit par connaissance soit pas politesse, sans réellement faire attention à la fête. Machinalement, la jeune hongroise fit comme chacun des invités, elle salua très poliment la femme de l'un des couples les plus prisés de la soirée à savoir les parents de la belle Spencer, complimentant comme chacun avant elle, la mise en scène tout à fait somptueuse et tentant d'être la moins déplacée possible. Elle savait qu'avec ce genre de personnes elle ne possédait que très peu d'affinités. Par ailleurs elle ne se doutait qu'à peine que la personne à l'origine de on invitation était Sarah. Peut-être avait-elle retenu son nom mais cela lui semblait presque impossible que cela soit venu de ses parents. Ils ne s'étaient jamais fréquentés, avaient eu une ou deux fois des petites discussions ou bien des salutations polies mais rien de bien affriolant. Finalement, estimant que les félicitations n'avaient que trop duré la jeune femme salua son hôte déjà bien entourée et s'écarta. Elle avait été assez étonnée de ne pas voir en sa compagnie son époux.
Un peu plus loin un gentleman l'approcha et lui proposa gentiment une danse. Katherine reconnut en lui un de ses anciens cavaliers et ils passèrent quelques minutes à échanger des salutations avant qu'il ne soit attrapé par un homme plus âgé pour lui parler expressément de quelques affaires.  Michael nota dans le carnet de la belle le nom du jeune homme. Enfin, la comtesse se retrouva seule du moins, en compagnie de son majordome. Ses yeux cherchèrent immédiatement Sarah avant de songer que le Comte ne devait pas tarder. Son regard glissa sur les convives. Non, il était arrivé. Elle percevait au loin une chevelure flamboyante. Ambre.



"Parce qu’on se sent quelques fois seul, délaissé, abandonné, rejeté. On pense alors à la seule échappatoire possible : la mort. On manque de cran, on a peur. Et on finit par y renoncer en choisissant la facilité : tuer."
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Sarah Spencer
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MessageSujet: Re: Bal et intrigues à Spencer's House [01/06/42] Jeu 22 Fév - 19:04

Bal et intrigues à Spencer's House

L'air était à la fête comme si la nature avait décidé de révélé tout

ce qu'il y avait de merveilleux en elle


Musique:
 

Madame Spencer rayonnait. La réception dépassait toutes ses attentes. Pour elle qui s'était donnée corps et âme dans l'organisation tardive de cet événement en voir le résultat final était jubilatoire. Lydia Spencer avait toujours été une femme du monde, longuement frivole dans sa jeunesse en France. Là-bas, elle excellait dans l'organisation de bal, de thé et de soirée costumée. Après son mariage et son départ vers l'Angleterre, elle s'était assagie; Dorian n'avait jamais été un homme très admiratif de la vie nocturne, préférant son journal à des invités. Aussi, l'anniversaire et les fiançailles de Sarah avaient été comme une renaissance pour la grande aristocrate. Elle avait pris un plaisir particulier à fignoler les détails qui donnait à la réception un air enchanteur. Elle était très fière d'elle, mais une autre raison aguillais son cœur son cœur de mère. Sa fille allait enfin se marier! Après toutes ces Années de crises, de colères et de tempêtes contre le moindre prétendant qui osait faire le moindre pas, sa petite fille allait enfin se marier. Jamais une mère n'avait-elle ressenti un plus grand soulagement, mais elle restait prudente toutefois; elle célèbrerait pleinement une fois seulement que la bague serait passée au doigt et le diable lui-même ne pourrait empêcher cette union. Mais la nouvelle devait rester un secret. Seuls quelques intimes et les plus intelligents de la société étaient au courant que Le Comte avait été invité pour cette grande soirée. Sarah elle-même n'avait pas pu jeter un œil à la liste des invités. Anna lui avait dissipé ses soupçons en évoquant la maladie récente du grand homme comme raison de son absence à la soirée. Madame Spencer s'en voulait quelque peu de devoir mentir à sa fille, mais elle pouvait se montrer si entêtée! Elle retenait de son père à coup sûr pour cela. Lydia se retourna vers son époux qui prenait congé d'elle d'un bref serrement de la main. Un domestique venait de l'aviser de l’arrivée du Comte. Après un bref sourire, la dame le regarda s'enfoncer dans la foule et disparaitre pendant qu'elle se chargeait seule de recevoir les compliments pour leur soirée. Et quelle soirée cela serait! Elle voyait du coin de l'œil Lord Wagner discuter avec Lord Sullivan. Sans doute c'est deux là discutait-ils de musiques. Il lui avait semblé apercevoir aussi Lord Byron ainsi que son épouse. Les plus grandes figures de la société ayant répondu positivement à son invitation on pouvait s'attendre à faire de très belles rencontres ce soir. Le sourire de Madame Spencer se figea toutefois lorsqu'elle aperçut une chevelure rousse passer au loin. Se pouvait-il que? Non ce n'était pas possible... en observant bien, ses craintes se confirmèrent: Chastity Stephenson venait de faire son entré. Mais qu’est-ce que cette intrigante faisait ici? Madame Spencer se tourna vers Lady Artbrook, sa grande amie qui l'avait aidé à l'organisation ce soir.

-Minerva, très chère, ne serait-ce pas Mademoiselle Stephenson que j'aperçois près de la porte?

Madame Artbrook qui était beaucoup plus vieille que Lady Spencer se retourna à son tour vers l'entrée. À travers les autres invités, elle distingua rapidement la magnifique jeune femme qui évoluait autour d’un petit groupe de gens.

-Mais oui c'est bien elle confirma la vieille dame après avoir ajuster ses lunettes. Je ne pensais pas qu'elle viendrait, mais grand bien lui face, elle pourra en divertir plus d'un...

-Mais je ne me souviens pas avoir mis son nom sur la liste... Insista Madame Spencer en ouvrant son éventail pour masquer son impatience.

-Ah non, c'est moi qui l'aie ajouter, souvenez-vous, vous m'aviez confié d'envoyer la deuxième série d'invitation, comme je la trouvais plutôt maigre, je me suis permis d'inviter quelques noms que j'avais vus passer pour la soirée chez les Logan.

-Les Logan? Mais qui diable avez vous donc rajouté sur cette liste? S’emporta la dame.

Minerva enleva une poussière invisible sur son imposante robe couleur lilas. Veuve depuis plusieurs années, Lady Artbrook était de la vieille aristocratie anglaise, des vieilles familles dont la fortune se passait de génération en génération. Aussi, était-elle le genre de femme à aimer montrer son opulence à tous les égards. De nature plutôt ronde, sa robe aux couleurs pâles lui donnait l’air d’une grosse meringue. Ses bras enrobés étaient recouverts de gant blanc où brillaient les diamants de ses bagues et de ses bracelets. À ses oreilles pendaient deux grosses améthystes qui étincelaient sous ses cheveux blancs. Elle ressemblait à une tache de couleur difforme à côté de l’élégance de Madame Spencer. La vieille dame hésita un moment avant de se lancer de sa voix mielleuse :

-Et bien Lord Wesley...

-Mais c'est un marchand s’objecta Lady Spencer, mais son amie continua comme si elle n’avait rien entendu.

-C'est un homme prospère. Il y a aussi Charles Darwin.

-Pff un scientifique fou oui.

-C'est un chercheur reconnu et il revient de voyage. Il y a aussi Lady Thornes

-Une actrice?!

-Une Comtesse ma chère.

Lady Spencer plissa les lèvres de désapprobation tout en gardant son regard perçant sur la silhouette rousse de Miss Stephenson qui remplissait son carnet de danse.

-Et bien, me voilà bien indisposer maintenant, je ne pensais pas qu'elle était assez populaire pour se retrouver sur la liste d'invitées des Logan.

Minerva sourit en attrapant un verre de champagne qui passait près d'elle. Elle comprenait l'exaspération de son amie. Beaucoup d'aristocrates considéraient la bourgeoisie comme une classe indigne, mais elle savait aussi que ce n’était pas l'absence de noblesse de la jeune Stephenson qui dérangeait Madame Spencer. L'ingénieure était une intrigante, une petite femme de la nature qui s'amusaient avec ses inventions tout juste bonnes pour divertir la galerie. C'était un esprit libre qui dérangeait autant qu'elle fascinait la haute société, qui disait haut et fort ce qu'elle pensait quitte à devoir en venir aux mots avec les hommes. Mais surtout, c'était une attitude qui rappelait vaguement celle de l'héritière Spencer. D'un geste amicale madame Artbrook tapota doucement la main de son amie.

-Ne vous en faites pas très chère, dites-vous qu'avec une telle intrigante votre fille ne paraitra qu'on ne peut mieux...

Le sourire que lui retourna Madame Spencer fut glacial, mais ne dura qu'un instant. Lady Artbrook avait raison sur un point; sa soirée ne saurait être gâchée par une mécanicienne effrontée. Mais elle était dérangée qu'autant d'indésirables aient pu se glisser à sa réception. Même si Lady Artbrook pouvait sembler ouverte d'esprit et faire preuve de courtoisie en ayant invité quelques figures obscures de la société, elle savait qu'il n'en était rien. La vieille aristocrate voyait simplement les intrigants comme des divertissements à peu de frais, un véritable amusement pour la galerie et Lydia ne pouvait tolérer cette attitude. La dame reprit un verre de champagne en fixant maintenant avec plus d'attention la foule qu'il l'entourait. C’est alors qu’une voix douce à son oreille la tira de sa contemplation. Lady Thornes (de son passé de veuve) se tenait devant elle dans une robe époustouflante. Avec dignité, la comtesse lui fit une révérence que Lady Spencer s’empressa de lui rendre, suivie un peu plus rapidement par Lady Artbrook à ses côtés. Bien que Lydia n’avait aucune affinité avec ce genre de personne, elle était toutefois une femme polie à l’éducation sans reproche. Aussi eut-elle la délicatesse de ne faire aucun commentaire sur le domestique qui accompagnait la belle Hongroise, chose totalement déplacée. Elle accepta ses compliments de bonne grâce et la complimenta sur sa toilette toute à fait distingué. Mais la conversation entre les deux dames demeura vide et sans profondeur. Madame Spencer pouvait toutefois constater l’intelligence dans la justesse des propos de la jeune femme et son éducation dans ses manières. Les deux femmes conversèrent un instant puis la belle Comtesse laissa sa place à un autre convive. Peut être Minerva avait-elle raison, elle se faisait du soucie pour rien. C'était des gens civilisés tout de même. L'hôte de la demeure repris sont sourire charmeur lorsque Lord Turnwood et son épouse veinèrent lui présenter leur félicitation pour sa soirée exceptionnelle. Aussitôt son attention se reporta sur ses invités et ses sombres pensées s'envolèrent d’un seul coup.

***


Dorian Spencer traversa à la hâte le couloir ouest qui menait jusqu’à son bureau, évitant par sa configuration de rencontrer les convives qui traversaient le hall pour rejoindre la salle de bal. Aussitôt que le fiacre du Comte avait traversé les grilles, on était venu le prévenir de l'arrivée du grand homme. Sans perdre une seconde, il avait abandonné sa charmante épouse à leur invité et traversé la foule pour s'éclipser rapidement. Le domestique qui était venu le prévenir avait été renvoyé à une autre mission, celle de trouver Lord Dunburry, le notaire de la famille. Lorsqu'il referma la porte de son bureau derrière lui, Dorian fut heureux de trouver la pièce vide. Lui qui était déjà à bout de souffle se laissa aller dans une quinte de toux qu'il réussit à calmer difficilement à l'aide d'un verre de brandy qu'il se versa. Ce n'était plus de son âge que de courir comme ça à travers les corridors de la demeure. Lui qui avait passer la moitié de sa vie à le reprocher à sa fille, voilà qu'il se mettait à faire comme elle. Le grand homme profitât de ces quelques instants de solitude pour rajuster sa tenus froisser par l'effort. Ses cheveux gris furent correctement placés derrière ses oreilles et il replia soigneusement le mouchoir qui ornait la poche de sa veste. Monsieur Spencer avait beaucoup changé ces dernières semaines. Ses cheveux gris s'étaient parsemés de blanc et les rides qui marquaient son visage semblaient s'être multipliées. Il fallait dire que ce n'était plus le jeune étalon qu'il avait été. Malgré leur nombreuse rencontre, Monsieur Spencer était toujours quelque peu anxieux lorsqu'il devait rencontrer Le Comte. Quelque chose en cet homme l'avait toujours poussé à être sur ses gardes. Ce n'était pas tant par sa verve où par leur opposition politique, c'était plus subtil, comme un avertissement qui lui saisissait les entrailles. Peut-être était-ce aussi une simple mauvaise impression due à la carrure de l'homme, à son attitude imposante ou encore à ses yeux anthracite qui lui donnait un regard d'aveugle. Pourtant, Le Comte lui avait toujours été admirable. Consciencieux, droit, courtois, il était la représentation du parfait gentleman. Dorian eut un soupir qui le fit tousser de nouveau. Ces histoires n'étaient plus de son âge. Il était bien sûr fort heureux que Sarah ait enfin accepté d'épouser le Comte. Même sans en avoir l'air, les déboires amoureux de sa fille et son entêtement avaient fini par l'épuiser. Oh il ne pouvait pas lui en vouloir, lui même avait longtemps été qualifié de tête de mule par sa vieille mère. Il avait accumulé les bêtises dans sa jeunesse aventureuse, puis les défis au pistolet lorsqu'il était devenu un homme. Il n'avait jamais reculé devant une arme et s'il avait été blessé quelques fois, il s'en était toujours sorti l'honneur sauf. C'était de lui que sa fille avait hérité de son tempérament de feu et les choses auraient été si simples si elle avait été un homme. Quel fils formidable aurait-elle fait.

Toc toc toc

Les coups contre la porte sortirent le Lord de ses pensées et après une nouvelle toux il se hâta de reprendre contenance pendant que le domestique ouvrait la porte faisant pénétrer leur invité tant attendu. Lorsque le regard gris de Dorian se posa sur le Comte, son sourire se teinta d'une réelle surprise. Jamais Jiromaru Keisuke ne lui avait semblé avoir une aussi grande prestance. Pour peu, il en aurait ouvert la bouche de stupéfaction. Le Lord était une image même de la simplicité et De l'élégance dans ce que leur époque faisait de mieux. Le Comte avait troqué son habituelle cape rouge pour une veste d'un noir profond qui soulignait sa carrure imposante. Même ses cheveux éternellement flottants autour de son visage sévère avaient été attacher lui donnant un air distinguer. Il avait l’air d’un prince ou encore d’un haut dignitaire de la cour (ce qu’il était en somme). Le Lord eut un sourire compatissant en voyant le regard à la fois curieux et inquiet que son confrère posait sur lui. En effet, le Comte devait bien se demander ce qu’il faisait ici. Le chef de famille lui tendit la main pour la serrer avec force.


-Ah! Mon cher Comte, c’est un réel plaisir de vous voir ici.

Il prit place sur son fauteuil après s’être assuré que son invité fasse de même. Dorian lui demanda au Comte des nouvelles de sa santé avant de le remercier de nouveau pour son aide inestimable dans le retour de Sarah. Mais rapidement, le Lord en vint au sujet brulant de cette rencontre. Dorian n’avait jamais été un homme à laisser trainer les choses. Après avoir offert au Comte un verre de brandy, il observa la porte par laquelle venait de se glisser un homme qui les salua avec entrain. Lord Dumburry était un homme de petite taille, de nature discrète. Ses cheveux étaient d’un gris clair et ses yeux pétillants rendaient impossible à distinguer son âge. Monsieur Spencer le présenta comme le secrétaire de la famille avant d’ouvrir l’un des tiroirs de son bureau pour en sortir une pochette d’un bleu royal. Avec une certaine lenteur, Dorian la fit glisser jusqu’au Comte et le laissa ouvrir la pochette pour constater par lui-même le contenu qu’il renfermait. Le porte-document renfermait le contrat de mariage en deux copies que Sarah avait signé quelques jours plutôt. À la lumière des chandelles, on pouvait voir briller l’encre de l’écriture délicate de l’héritière de la famille Spencer. Monsieur Spencer attendit un instant, laissant le Comte constater le document qu’il tenait entre les mains avant d’expliquer doucement la situation.

-Sarah a donné son accord à votre mariage. Monsieur Dumburry ici présent servira de témoins si vous le voulez bien. Il ne vous reste qu’à signer et nous pourrons commencer à envisager l’organisation de votre mariage.

Dorian était quelque peu mal à l’aise. Il aurait aimé pouvoir faire un grand discours et parler de cette entente comme d’un merveilleux moment, mais il en était incapable tout simplement, car cela n’était pas dans son caractère. Dorian était un homme d’affaire et de raison, les sentiments n’avaient jamais été sa tasse de thé. Il n’avait pas besoin de vanter les qualités de Sarah, il se doutait que le Comte avait lui-même amplement songé à la question avant de faire sa demande. Monsieur Spencer eu un petit sourire complice en observant le son compère.

-Rien ne sert de précipiter les choses également, vous pouvez faire de longues fiançailles pour vous laisser le temps de vous connaitre...

En effet, la signature des documents n’accélérait nullement le processus. Les deux amoureux pouvaient prendre tout le temps qu’il souhaitait pour mieux se connaitre. Dorian eut un sourire songeur en se remémorant la lointaine époque de son propre mariage. Il n’avait rencontré Lydia qu’à deux reprises, lors de soirées données sur la côte. Il avait demandé sa main à son père le même mois. Mais avec la distance entre les deux continents, tout avait été planifié sans qu’il se voie. Ils avaient signé les documents chacun leur tour, puis tout avait été organisé sans que les deux époux ne se croisent. Dorian était si occupé par ses affaires à cette époque et Lydia restait encore en France. Toutefois, c’était avec une joie transcendante qu’il avait passé l’anneau au doigt de sa bien-aimée une magnifique journée d’automne. Dans la tradition anglaise, le prétendant devait remettre une bague de fiançailles à sa promise lors de l’annonce officielle de leurs fiançailles, mais Lydia avait toujours préféré ses traditions françaises. Le patriarche eut un petit soupir en posant de nouveau son regard d’acier sur son futur gendre. Quel genre d’époux allait-il être? Il n’avait jamais vu le Comte comme un grand romantique. C’était un homme parfois dur et d’un pragmatisme à toute épreuve comme en témoignaient souvent ses prises de bec à la Chambre des Lords avec Robert Peel. Bien sûr, il serait un mari digne et honorable, mais serait-il capable d’aimer? Peut-être commençait-il à regretter sa décision? Dorian lui offrit un sourire paternel. Malgré tout le Comte se comportait encore comme un jeune homme amoureux, avançant sur un coup de tête sans songer aux conséquences.

-Vous savez, je crois que les récents évènements l’ont fait réfléchir. Commença doucement le patriarche. Votre proposition est plus qu’honorable et je crois que vous serez capable de la rendre heureuse... Je crois aussi qu’elle a fini par développer certains sentiments à votre égard.

Dorian resta prudent sur le sujet. Il n’aimait pas présumer des émotions de sa fille, mais certaines choses dans le comportement de celle-ci lui avaient donné l’impression que ses émotions avaient évolué. Et puis les lettres que le Comte avait envoyées à Sarah ainsi que les fleurs n’avaient pas été lancées par la fenêtre, si ce n’était là le signe d’un avancement quel conte.

- Elle n'a posé qu'une seule condition...

Le Lord observa son compère avec un certain malaise.

- Vous savez qu’il est de tradition qu'une future mariée demande une faveur à son époux... Elle n'a pas voulu me dire de quoi il s'agissait, simplement qu'en échange de cette faveur elle acceptait sans aucun autre préavis votre mariage. Faites attention, ajouta-t-il en guise de petite blague, elle pourrait vous demander la lune si elle vous savait capable de la décrocher, mais je crois que c'est quelque chose qui en vaut largement la peine...

Monsieur Spencer se tut, laissant le Lord à ses réflexions. Une peur grandissante inquiétait le vieil homme. Et si le Comte avait changé d’idée? Avec tous les ragots qui circulaient au sujet de l’héritière depuis son retour. On la disait déformée, folle. La convalescence de Jiromaru n’avait pas permis de revoir la jeune femme et peut-être s’était-il laisser-aller à croire ces infâmes rumeurs. Nul ne savait réellement ce qu’elle avait enduré, mais un homme à la réputation aussi immuable que le Comte pouvait-il se permettre de prendre une épouse enlevée et séquestrée pendant des semaines? Dorian prit une nouvelle gorgée de son verre, réprimant une toux lorsque le liquide brulant vint heurter son palais.

***


Perchée devant l’une des grandes fenêtres du troisième étage, Sarah observait les lanternes des fiacres éclairer la nuit. Elle les voyait briller depuis la rue, traversant la grande cour avant de disparaitre derrière l’angle de la demeure. Cela faisait deux bonnes heures qu’elle était perchée ici, confortablement installée sur le large rebord de la fenêtre, à observer. Elle avait vu les grandes grilles de la demeure s’ouvrir, puis le flot de véhicules traverser sans en éprouver la moindre excitation. D’ici elle pouvait entendre la musique qui lui parvenait, étouffée, comme une mélodie lointaine. L’étage était plongé dans l’obscurité, puisqu’il s’agissait d’une section fermée pour les invités. Devant la fenêtre, la belle héritière se sentait comme un fantôme, une ombre rodant dans la pénombre des lumières.

Lorsque sa mère lui avait proposé cette soirée pour souligner son anniversaire et son retour, l’idée lui avait semblé déplacer. Comment pouvait-elle se montrer dans une foule, elle qui avait vécu dans la solitude et dans le silence pendant si longtemps? Toute cette soirée n’était qu’une horrible mascarade et la Chasseuse n’avait aucune envie d’y participer. Enfermée dans une profonde solitude, elle avait peu à peu perdu l’habitude de discuter. L’héritière n’avait jamais été une bonne actrice. Les jeux de rôles et les faux semblants s’étaient toujours heurtés à sa nature honnête et fière. La seule raison qui l’avait fait tenir son rôle de chasseuse et sa double vie était le sentiment profond qu’elle oeuvrait pour une bonne cause, qu’elle était au service du bien et pour quelque chose de plus grand qu’elle. Mais avec le recul, elle avait senti qu’elle avait besoin de se plonger de nouveau dans la société. De s’ancrer dans la réalité et de sortir des cauchemars qui hantaient en permanence chacune de ses nuits. Il lui fallait redevenir celle qu’elle avait toujours été, qu’elle reprenne la vie qu’elle avait quittée lors de son départ et qu’elle retrouve le feu qui avait brulé ses veines. Il lui restait encore tant de choses à accomplir et elle devait absolument retrouver l’énergie nécessaire aux différents combats qu’elle allait mener.

Pendant un instant, la belle eut une pensée pour Alexender et son visage s’éclaira d’un pâle sourire. Le baiser de son amant flottait encore sur ses lèvres. Revoir le hunter avait rempli son cœur de joie. Jamais de sa vie elle n’avait rencontré un homme de son tempérament. Malgré tout ce qu’il avait enduré, il s’était de nouveau lancé dans la bataille. Il ne manquait définitivement pas de courage et elle l’admirait, plus que qui conte. Le revoir avait été comme un baume sur son cœur meurtri. Pendant toutes ses nuits, elle s’était demandé ce qu’il avait pu lui arriver et ne pas savoir avait été pire que tout. Maintenant qu’elle le savait en vie, prêt à se battre de nouveau, elle sentait en elle renaitre une force et une volonté qu’elle croyait avoir perdue à jamais.

La jeune femme garda son regard de glace fixée la nuit, imperturbable. Son front clair posé contre la vitre froide, elle respira doucement et son souffle créait une légère buée contre la fenêtre. Pour cette grande soirée, l’héritière était magnifiquement vêtue même si sa toilette n’avait pas été d’une simplicité à confectionner. Tout d’abord, il avait fallu remplacer les fils d’argent qui composaient le vêtement. Puis, la couturière de la famille avait dû changer les mesures du patron 3 fois puisque la taille que faisait la belle héritière n’était plus pareille. Mais le résultat était splendide. Sa robe seule était d’une élégance à toute épreuve. Fait dans plusieurs tissus de soie, elle était d’un bleu marin profond, semblable à une nuit d’été. Les bordures et les rubans étaient brodés par de long fils d’or.  La traine arrière de la robe conférait à celle qui la portait une prestance dès l’instant où elle entrait dans une pièce. Comme le voulait la mode de la saison, le col du vêtement était large, dévoilant sa gorge blanche où brillait un pendentif en or blanc. Les manches de la robe étaient courtes, et retombaient délicatement contre ses épaules. Contrairement a ses toilettes habituelles, cette robe mettait en valeur les formes avenantes de la jeune femme dévoilant la blancheur de sa peau et la rondeur se ses seins. Si l’héritière ne souhaitait pas attirer l’attention lors de cette soirée, elle n’avait su refuser le plaisir de sa mère qui lui avait offert cette robe comme cadeau d’anniversaire. Pour compléter son ensemble, ses longs cheveux bruns avaient été remontés en un chignon savamment assemblé pour donner l’impression d’être négligé et retenu par un ruban noir qui dégageait une douce odeur de rose blanche. Quelques boucles descendaient le long de ses tempes et encadraient son regard d’azur.


-Mademoiselle?

La voix d’Anna tira la jeune femme de ses réflexions. Elle se redressa, tournant son beau visage où flottait un air mélancolique vers la domestique. Celle-ci se figea un instant, observant sa jeune maitresse qui resplendissait. Elle n’avait pu rien de cette petite fille qu’elle avait vue grandir, courant dans les corridors et tempêtant pour un oui et pour un non. Elle était devenue une femme magnifique.

-Vous êtes attendues...

Sarah remercia d’un signe de tête la jeune femme qui s’éclipsa dans une pièce. Il était temps. Après avoir replacé quelques plis soyeux de sa robe, la chasseuse se mit en marche, descendant l’escalier des domestiques d’où ont pouvait entendre les activités des cuisines. Le bruit des ustensiles et la bonne odeur firent sourire Sarah. Elle entendait au loin les jérémiades de Francatelli, le cuisinier que la famille engageait pour chacune de leur soirée. Ses plats étaient toujours des plus fins et des plus savoureux. Elle se souvient avec un certain délice des soirées de sa jeunesse où elle s’infiltrait en douce les soirs de bals dans la cuisine pour déguster quelques plats en cachette. Le bon cuisinier faisait toujours exprès de laisser de côté une cuillère remplie de chocolat qu’elle s’empressait de dévorer sous son œil satisfait. Personne ne résistait au chocolat de monsieur Francatelli. Relevant le bas de sa robe, l’héritière descendit le grand escalier, évitant habilement le hall d’entrée en traversa les pièces transversales. C’était l’avantage de sa demeure; pouvoir prendre les raccourcies qu’il lui plaisait. Sur ses talons, Anna s’assurait que sa robe ne subisse aucun accroc.

-Pensez-vous que le Comte sera présent?

Sarah se figea et releva la tête brusquement, comme si elle avait été brulée. Le Comte? Ici? La jeune femme secoua doucement ses belles boucles brunes. Non c’était impossible, sa mère l’avait assuré qu’elle ne l’avait pas invité. Cela devait être un événement privé pour célébrer son retour et son anniversaire. Et si jamais? Avait-elle envie de le revoir?


*tu ne me verras plus avant longtemps...souviens-toi de cette promesse*

Son cœur se serra d’envie et de crainte. Bien sûr qu’elle avait envie de le revoir, simplement pour savoir comment sa santé allait, glisser sa main le long de ses cheveux d’argents, caresser ses lèvres du bout des doigts. La belle secoua de nouveau la tête. Non, il ne serait pas présent, il valait mieux ne pas se faire d’attente. L’héritière s’arrêta devant l’une des lourdes portes qui menaient à la salle de bal. Le doute la saisit et l’angoisse se mit à serrer le creux de son ventre. Serait-elle à la hauteur? Il y avait si longtemps qu’elle n’avait pas brillé en société. Et si elle avait une crise? Ce serait une catastrophe. La demoiselle respira profondément. Derrière la lourde porte, elle entendait les rires, le bruit des conversations, la musique que jouaient les musiciens. Il y avait le tintement des verres et ceux des ustensiles, le bruit des souliers sur les dalles et le frottement des robes. Près de la porte, elle entendait aussi une voix perchée, sans doute une dame occupée à raconter une histoire quel conte.

-J’ai ouï dire qu’elle était devenue boiteuse et qu’elle louchait d’un œil également. C’est sans doute pour cela que ses parents n’osent pas la montrer. Il parait même que sa peau est verte comme les grenouilles.

Sarah se retint de rire devant l’absurdité des propos. Près d’elle Anna eut un air scandalisé et elle se mit à fixer la porte avant autant d’intensité que si elle avait regardé la dame dans les yeux. La Chasseuse ferma les yeux comme un acteur qui entrerait dans un rôle avant de monter sur scène. Ses lèvres sensuelles s’étirèrent en un sourire moqueur tandis qu’elle mettait son masque de la haute société. Il était temps que la reine s’avance et qu’elle fasse taire ces horribles ragots. Après un dernier sourire, Anna lui ouvrit la porte. Lorsque Sarah entra dans la pièce, les voix se turent et se changèrent en murmure. La dame qui se trouvait près de la porte se figea et son éventail tomba de ses mains, pendant lamentablement le long de la petite cordelette qui le retenait à son bras. Malgré la grandeur de la salle, tous les convives furent saisis de cette même stupeur. L’héritière fit quelque pas tandis que les lumières des lustres s’accrochaient sur le tissu de sa robe et faisait brillés les fils d’or. Pour ceux qui avaient déjà rencontré la jeune femme, ils furent saisis par l’immense changement qui s’était opéré chez la magicienne. Sa peau était plus pâle, son visage s’était affiné, ses traits étaient devenus matures. Le bleu de ses iris pétillait sous la lumière. Pour les autres, l’héritière était tout simplement splendide. Elle rayonnait. Rien à voir avec ce que les ragots des salons avaient pu raconter, rapportant que la jeune femme avait été défigurée ou atteinte d’une grave maladie depuis son retour. C’était une fleur délicate pleinement épanouie dont les pétales brillaient dans la nuit. Ses vêtements moulaient ses formes avenantes et sa silhouette fine qui ne laissèrent pas plus d’un homme indifférent. La jeune femme fit quelques pas dans la grande salle qui sembla reprendre vie alors que la surprise se dissipait. Quelques invités la saluèrent, d’autre lui souhaitèrent un bon anniversaire, aucun n’ayant l’indiscrétion de noté la date passée depuis longtemps. Sarah souriait, complimentait, remerciait tout en cherchant un visage familier qui puisse l’escorter à travers la salle, une pucelle n’ayant droit de le faire seule. Son père était introuvable tout comme une chevelure argentée qu’elle avait craint de voir au milieu des invités. Ce fut Lord Andrews le premier à réagir. Fendant la foule, il s’approcha d’elle en lui tendant le bras.

-Ma chère Lilibeth, qu’il est bon de vous revoir aussi en forme et d’une beauté époustouflante. Vous me faites presque regretter mon mariage.

Sarah eut un sourire à cette blague de bon cœur. Sous les traits de Gabriel, la jeune femme avait pu suivre les mondanités de la société. Elle avait appris que son cher ami s’était marié à une charmante demoiselle qui venait du comté de Kent. Une femme pétillante et très intelligente. Il filait le parfait bonheur et aucun des deux époux ne semblait malheureux de ce mariage arrangé. Ils traversèrent lentement la salle d’une part, car nombreux étaient les invités qui venaient rendre hommage à la jeune femme, mais aussi, car sa jambe blessée avait encore quelque raideur qui l’obligeait à réaliser des petits pas. Chacun voulait s’enquérir de ses nouvelles, lui raconter ce qu’elle avait manqué. On lui demandait comment allait sa santé, la complimentait sur sa tenu et Sarah faisait de son mieux pour paraitre agréable. Ses manières étaient douces, raffinées, d’un style et d’une élégance qui démontrait son appartenance à la haute société. Sa beauté naturelle et son charme mystérieux attiraient indéniablement le regard des tous. Elle salua sa mère qui l’embrassa chaleureusement. Madame Spencer lui apprit alors que son père était parti pour un entretien sur ses affaires, mais qu’il serait rapidement de retour pour ouvrir la piste de danse. Sarah acquiesça avec un sourire, ainsi son père avait-il trouvé un habile moyen de s’éclipser de la fête, lui qui les aimait si peu. Finalement Andrew la conduit à son cercle d’amis. Elle reconnaissait là sa jeune épouse Isabella, qu’elle ne devait pas encore connaitre, Matthew, le fils Lord Bellamy, secrétaire des affaires étrangères, Elizabeth Dantes, jeune veuve, Lord Darlington et son épouse ainsi qu’un jeune homme qu’elle n’avait jamais rencontrer au par-avant. C’était un homme de belle taille, ses yeux bruns brillaient d’une intelligence malicieuse et ses cheveux étaient courts et bien coiffés. Andrews se chargea des présentations.

-Permettez-moi de vous présenter Charles Honoré de Grimaldi, Duc de Valentinois.

-Et futur Prince de Monaco. Ajouta son épouse Isabella.

-Un Prince en attente de son royaume soupira tristement le jeune homme avant de s’approcher de l’héritière.

Sarah inclina doucement la tête et tendit sa main légère que le Duc se chargea de baiser.

-Mademoiselle laissez-moi vous dire que vous êtes tout à fait délicieuse.

La jeune femme lui rendit son sourire tandis que démarraient les discussions. Lady Darlington interrogea le jeune homme sur son Duché de Monaco dont personne n’avait réellement entendu parler. Passionné, le Duc décrit son royaume qui était secoué par les révoltes et comment lui et sa famille avaient du se réfugier en France. Sa coupe bien entamée dans sa main, Sarah écoutait d’une oreille discrète. Le vin était distribué, du champagne également. Les convives riaient, s’amusaient follement. La soirée était bien entamée.

Crédit photo
Image1: Victoria season 1 episode 7

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Bal et intrigues à Spencer's House [01/06/42]

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