L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


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Bal et intrigues à Spencer's House [01/06/42]

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Sarah Spencer
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MessageSujet: Bal et intrigues à Spencer's House [01/06/42] Sam 3 Fév - 17:12

Bal et intrigues à Spencer's House


[01-06-1842]

Soirée sur invitation seulement



Précédemment:Que Dieu nous pardonne


Londres, en cette époque bénie de la Reine Victoria. Dans cette atmosphère teintée de sévérité et pourtant remplie d’un épanouissement social encore jamais égalé, les réceptions et soirées mondaines étaient monnaie courante. Chaque soir, on pouvait retrouver un bal masqué chez tel noble, un thé du soir chez telle dame ou encore un souper officiel chez un membre du parlement. La Reine elle-même excellait dans l’art de créer des soirées où le divertissement était à l’honneur. Il était même d’usage d’assister à plusieurs évènements en une soirée, c’est pour cette raison qu’on disait à l’époque que Londres était plus active la nuit que le jour. Mais ce soir, les aristocrates affichaient un carnet blanc. Un seul évènement avait lieu, un seul, pour les surpasser tous. Il fallait dire que Madame Spencer avait mis beaucoup de temps et d’énergie pour organiser cette soirée qui marquerait longtemps les esprits et qui serait probablement le clou de la saison. La lady était une femme qui avait le don de recevoir des invités. Elle avait déjà organisé quelques soupers et soirées mondaines, mais rares étaient ceux qui avaient déjà vu la magnifique salle de bal de la demeure Spencer. Évidemment, à l’annonce de cette soirée, toute la bonne société avait cherché à se faire inviter. La liste s’était allongée et la maitresse de maison avait mis tous les moyens pour épater ses convives. Tous les domestiques et les meilleurs artisans de la ville avaient été réquisitionnés pour transformer la demeure en véritable domaine majestueux. Et cela en avait valu largement la peine.

La nuit était belle. L’air du printemps était doux et chaud. Les arbres qui avaient retrouvé leurs feuilles depuis quelques jours, faisait bouger leur branche au gré de la brise légère qui les animait. Le ciel, sans nuage, avait déroulé son long tapis sombre parsemée d’étoiles brillantes. C’était une nuit magnifique, un temps idéal pour une réception exceptionnelle. À l’extérieur, les premiers invités s’enfonçaient dans une attente insoutenable, tournant en rond dans les rues avoisinantes, attendant que l’heure ne tourne. Les plus impatients s’étaient massés près des grilles, formant une foule de curieux. Chacun cherchait à voir à travers les barreaux quelques images du décor féérique qui s’offrait à leurs yeux avides. De l’autre côté du portail, l’allée centrale était bordée de chaque coté par de grands arbres matures. Des flambeaux avaient été plantés dans le gravier, éclairant le chemin qui menait jusqu’aux grandes portes de la maison. La demeure elle-même était éclairée de plusieurs lampions qui illuminaient les murs, comme si la demeure surgissait de la pénombre. Près des grandes portes se tenait une petite équipe de domestiques qui attendaient, prête à débuter leur ballet des plus rythmé et sans fautes. Certains s’occuperaient de prendre les manteaux tandis que d’autres vérifieraient les invitations avec une attention particulière. Mais comme dans n’importe quel événement, plus la soirée avancerait, plus un certain relâchement allait se faire sentir; les invitations étaient vérifiées une fois sur deux, permettant ainsi à quelques aristocrates de s’infiltrer en douce à l’événement. Une fois le hall d’entrée passé, on se trouvait en face de l’imposant escalier qui menait au deuxième étage où se trouvait la salle de bal. Pour l’occasion, plusieurs pièces de la demeure avaient été fermées à clé pour éviter toute situation déplorable. Comme beaucoup de jeunes filles avaient été invitées, Madame Spencer avait voulu réduire les risques de vices dans sa demeure. Ainsi, les invités étaient-ils restreints à se promener dans la salle de bal, le salon des dames, la Palm Room (salon des hommes où ceux-ci pouvaient fumer à leur aise) la terrasse et bien sûr les jardins et sa verrière. La grande salle de bal de style néoroman avait été complètement métamorphosée et elle laissait les invités béants de stupeur lorsqu’il la découvrait pour la première fois. D’une grandeur raisonnable et de forme rectangulaire, un pan complet de la pièce était composé de grandes portes-fenêtres dont les motifs en fer forgés reflétaient les lumières des cristaux qui composait les lustres. Les planchers en motif de damier avaient été lustrés et reflétaient les lumières des chandelles qui illuminaient la pièce. Le long d’un mur était alignées une grande table qui foisonnait de diverses nourritures, toutes reposant dans une porcelaine des plus fines. Il y en avait pour tout les gouts : des plats de fruits frais et de légumes, des assiettes de fromages, des amuses-gueules, des huitres aux fours, quelques bouchées de poulet et de poisson. Dans de grandes assiettes en argent reposaient un jambon orné à la royale, les poulets de printemps à la romaine, les quartiers d'agneau, de quoi satisfaire même les plus fines bouches. On retrouvait même des desserts comme des petites tartes et du plum-pudding. La table était resplendissante, un magnifique mélange d’argenterie, de cristal et de linges de table d’une grande qualité. À l’opposé de la table, les musiciens s’étaient installés, faisant vibrer la salle des notes envoutantes de leur instrument. Deux grandes portes françaises donnaient place à la terrasse ou trônaient quelques bancs de pierre. Le lierre avait envahi les murs et donnait l’impression de plonger directement dans un paradis antique. La rambarde du balcon était recouverte de chandelles et de fleurs grimpantes, véritables vestiges de la nature qui diffusait dans l’air un parfum enivrant. Un escalier permettait aux convives d’accéder aux jardins de style anglais où étaient plantés quelques flambeaux de même qu’à la grande serre qui était illuminée de l’intérieur par quelques chandelles et dont les baies des vitres brillaient comme du cristal dans la nuit noire. Beaucoup avait murmuré en voyant tant richesse réunie que la famille Spencer avait dû se ruiner pour créer une soirée d’un tel faste, mais les plus aguerris savait qu’il n’en était rien. Le véritable exploit d’une dame du 19em siècle était d’épater sans se mettre sur la paille et c’était un  art que Madame Spencer ne maitrisait que trop bien. Tout était en place, la soirée pouvait débuter.

À 19h00 sonnant, les grilles furent ouvertes sous les applaudissements surexcités des invités pressés d'entrer. Des gardes avaient été engagés pour l’occasion, observant les fiacres et les jardins. Le Yard avait mandaté quelques agents pour effectuer une surveillance autour de la propriété. Une aura de mystère entourait la grande demeure. Les invités arrivaient, nombreux, excités. Un bal, un manoir longtemps fermé, une demoiselle retrouvée depuis peu, ils n’auraient manqué cela pour rien au monde. Comme il s’agissait d’une réception privée, les maitres de la demeure n’étaient pas obligés de se prostré à l’entré pour saluer tous les convives. Monsieur et Madame Spencer se trouvaient donc dans la salle de bal au milieu des invités à bavarder joyeusement. Madame Spencer était particulièrement ravissante en cette soirée. Très fière de sa réception, elle avait vêtue sa silhouette majestueuse d’une magnifique robe d’une couleur lavande. En tant que femme mariée, elle avait le privilège de pouvoir porter des toilettes aux couleurs vives sans s’attirer les reproches de la société. Sa robe, pourtant simple, témoignait d’un raffinement digne de son rang. Son cou était cendré par un rang de perles et sur ses gangs blancs brillait son alliance ainsi qu’un bracelet. Ses cheveux autrefois d’un blond éclatant étaient remontés en un chignon parfait. Elle resplendissait sous les félicitations des invités qui passaient près d’elle. À ses côtés se tenait son époux, tout aussi élégant. Dorian Spencer était imposant par sa prestance, mais aussi par son sourire contagieux. Ses yeux gris fixaient la foule à la recherche de deux silhouettes familières. Celle de sa fille, qui devait faire son entré d’un instant à l’autre et celle du Comte Keï, avec qui il devait discuter en privé avant son entré en salle. Il avait été prévu que sitôt que le grand homme arriverait, il serait conduit au bureau de Monsieur Spencer et celui-ci serait aussitôt avisé. Au fur et à mesure que les invités entraient dans la salle, ils venaient d’eux-mêmes saluer le couple, les félicitant pour une si belle mise en scène. Des serveurs passaient au milieu des convives, distribuant des verres de vins et de champagne. L’ambiance était si chaleureuse, qu’une heure après l’ouverture des portes, la fête battait déjà son plein sous l’arrivée constante de nouveau convive. Seule la piste de danse n’avait pas été ouverte, le couple attendant les derniers invités avant d’inaugurer officiellement la soirée.


Crédit photo
Image1: Church interior - Netgraftx
Image2: Rain - Guava Pie

made by black arrow


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Chastity E. Stephenson
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MessageSujet: Re: Bal et intrigues à Spencer's House [01/06/42] Dim 4 Fév - 22:55


Le Bal Spencer
intrigue
Chastity était assise au bord de son lit, en chemise blanche, la tête posée sur la paume de sa main droite. Au fond de la pièce, un homme en noir, plutôt petit, rassemblait divers outils dans une mallette en cuir usé par le temps. Walter était Vampire. Mais il était avant tout médecin. Dissocié lui aussi de la Camarilla, il était un soutien discret mais loyal pour la femme d'affaires. Il était le seul à avoir pu mesurer et tester les limites de son corps hybide, le seul capable de l'aider lorsque son enveloppe charnelle lui faisait défaut, au point qu'elle ne parvenait plus à mener ses expériences.

- Ce n'est pas possible... Ce n'est pas possible !

Chastity se releva brutalement de son lit et alla s'appuyer contre les lourdes tentures qui occultaient les fenêtres. Le petit homme se retourna et la fixa, de ses yeux d'un noir profond, avant de lisser machinalement les poils de sa moustache.

- Vous m'en voyez navré, Miss Stephenson, mais je suis formel. La disposition actuelle de vos organes internes ne laisse aucune place au doute.

La Vampire soupira et commença à faire les cent pas. Walter était un homme effroyablement efficace mais son pragmatisme et son absence totale d'émotion dans la voix la mettaient hors d'elle. Elle avait besoin de quelqu'un avec qui exploser et ne se trouvait confrontée qu'au mur glacial de la réalité.

- Il doit y avoir une erreur ! Il y a forcément une erreur !

L'homme s'approcha d'elle et posa sur son visage un regard lourd de sens. Agacée, Chastity fit claquer sa langue et croisa les bras.

- Walter, je devine tout à fait ce à quoi vous pensez et laissez-moi le démentir fermement ! Même si, entre nous, j'aurais aimé qu'il en soit autrement. Tout cela aurait été bien plus simple.

Le médecin soupira et son regard sembla se perdre dans la semi obscurité de la pièce, signe évident d'une réflexion en cours.

- Vous êtes un être à part Chastity... Et je doute qu'un jour, nous parvenions à approcher ne serait-ce que la moitié du potentiel que recèle votre corps. Quant à lui... Nous savons, vous comme moi, que ses pouvoirs dépassent l'entendement de la plupart des membres de notre race...

Chastity frissonna. Les cheveux ainsi détachés, dans sa simple chemise de nuit, elle tenait plus de l'enfant que de la femme sensuelle qui faisait tourner toutes les nobles têtes de Londres. Et dans ses yeux d'ambres, pour la première fois depuis des décennies, on put y lire de la crainte.

- Mais comment être sûr que... Que cette chose est viable ? Comment savoir si ce n'est pas la monstruosité pure qui m'attend ?

Le docteur posa une main qui se voulait rassurante sur l'épaule de la jeune femme. Son visage restait de marbre mais il était tout à fait concerné par le sort celle qui se présentait à lui dépouillée de tous les artifices qui faisaient sa renommée.

- Malheureusement ni vous ni moi ne pourront savoir de quoi il retourne. Nous n'avons plus qu'à suivre cette aventure au plus près... Ou nous pouvons l'arrêter de ce pas si vous le désirez.

Chastity redressa la tête. La proposition était tentante. Un seul geste et elle n'aurait jamais plus à se préoccuper de son état problématique. Il lui suffisait de dire oui. Il lui suffisait d'un mot, maintenant, et tout serait terminé. Pourtant, lorsqu'elle ouvrit la bouche, ce fut pour congédier Walter, plus sèchement que ce qu'elle aurait voulu.

- Êtes-vous devenu fou ? Si par malheur il venait à l'apprendre, d'une manière ou d'une autre, je puis vous assurer que nous préfèrerions mille fois les flammes de l'Enfer à ce qu'il pourrait nous faire subir. De plus, comme vous l'aviez si bien souligné, cet évènement est un cas scientifique sans précédent. Il est hors de question que je m'en débarrasse. Maintenant rentrez chez vous avant que le jour se lève. Et je compte sur votre plus grande discrétion, il en va de votre vie.

Walter se recula, récupéra sa mallette et sortit sans un regard en arrière. Derrière son pas en apparence ferme et décidé, Chastity sentait sa préoccupation. En soupirant, elle se glissa entre ses draps blancs et s'étendit, fermant les yeux, alors qu'elle entendait Gracie mettre en ordre sa chambre afin qu'elle puisse dormir. Malgré le discours intéressé qu'elle avait tenu devant le médecin, la jeune femme avait l'impression qu'une force plus grande, plus instinctive l'avait poussée à refuser le geste chirurgical. Un sentiment fort, un besoin de protection exacerbé. Mais que lui arrivait-il ?

Elle cauchemarda tout le jour. Fiévreuse, agitée, elle revoyait en rêve le visage torturé d'un des deux cobayes que lui avait confié le Comte. Il avait rejeté tout traitement et semblait s'être donné corps et âme dans la dégénérescence. Elle était encore hantée par ses yeux révulsés, ses mains décharnées, ses râles animaliers. Quel Vampire avait pu voir d'aussi près le résultat final de l'échéance cruelle qui les guettait, tôt ou tard ?
Elle n'avait même pas eu besoin de l'abattre. Il était mort seul. C'était peut-être l'unique fois de sa vie qu'elle voyait l'un des siens disparaître de causes "naturelles". Le spectacle l'avait à tout jamais retournée et les progrès que faisait l'autre patient n'avaient pas réussi à atténuer la tristesse causée par cet échec cuisant.

Elle fut tirée de ses songes morbides vers 17h par Gracie. Il était temps de se préparer. Ce soir, comme la plupart des membres de l'aristocratie en vue, elle était attendue au bal des Spencer. Chastity avait reçu une invitation tardivement et elle n'avait eu aucun mal à en connaître la raison. On l'invitait plus parce que les hommes bien nés aimaient l'admirer plus que par amitié pour sa personne. Mais cela lui était bien égal. Elle se montrerai, belle et déterminée, et ferait pâlir de jalousie la vieille Spencer.

Elle se laissa couler dans son bain, les yeux perdus dans les ondulation de ses cheveux roux. Le Comte y serait. Le Comte y serait pour épouser la jouvencelle Sarah Spencer. Cette humaine qu'il souhaitait posséder. Il était prêt, si prêt de l'avoir. Et pourtant...
Chastity tapa du plat de sa main sur le rebord de la baignoire en émail. L'eau était devenue froide. Elle sortit rageusement et s'enveloppa dans un peignoir mousseux, avant de se diriger vers la glace. Elle avait le coeur lourd et l'envie d'éclater en sanglots lui nouait la gorge. Une nouvelle fois, elle saisit son visage entre ses mains et soupira longuement, avant de saisir un flacon d'essence de fleur d'oranger et de s'en oindre les poignets, le cou et l'arrière de l'oreille avant d'appeler sa camériste d'une voix étranglée.

Après un coiffage intensif et une utilisation savamment maîtrisée du fard, Chastity paraissait resplendissante et heureuse. Sa masse de cheveux roux, délicatement coiffés en anglaises, encadrait un visage souriant, rehaussé d'une légère touche de rose aux joues et sur les lèvres. Sa gorge dénudée était parée de perles montées sur un riche sautoir, alors que des fleurs blanches et orangées agrémentaient son chignon. Elle portait une robe en taffetas crème, rehaussé d'une doublure extérieure en mousseline de soie couleur clémentine, qui s'arrêtait aux deux tiers de la jupe dans un délicat drapé. Le corsage et les pinces du drapé étaient décorés des mêmes fleurs qui habillaient ses cheveux. Quant au bas de la robe, il était ajouré d'une broderie ton sur ton qui jouait avec la lumière de manière discrète et élégante. Elle était fin prête pour le grand soir. Personne ne la connaissait suffisamment pour déceler les préoccupations qui se dissimulaient sous le masque de la porcelaine.

Lorsque son valet de pied la fit descendre, elle s'engagea sur les marches du manoir avec les derniers invités attendus. Elle sortit d'un geste assuré son invitation et laissa un domestique la débarrasser de son manteau, sans un regard pour lui. Les lumières du manoir l'éblouirent. La mère Spencer avait vu les choses en grand pour sa fille. La Vampire ne put s'empêcher d'esquisser un sourire entre l'admiration et le mépris. Qu'une famille si noble ait autant besoin d'épater la galerie pour les fiançailles de sa fille unique relevait pour elle du mauvais goût le plus complet. On se serait cru chez des américains, désireux d'étaler ostensiblement leurs richesses à la face du monde.
Cependant, elle dû également reconnaître que cette splendeur exceptionnelle avait quelque chose d'irréel, qui transportait et ravissait en même temps. Tête haute, fière et consciente de l'attrait qu'elle représentait pour ces messieurs, mariés ou célibataires, elle fit son entrée dans la salle de bal. Déjà, alors qu'elle allait saluer quelques nobles avec lesquels elle avait fait affaire, on la sollicitait pour une danse. Elle nota les noms des gentlemen avec un sourire aimable, tout en cherchant d'un oeil distrait la silhouette du Comte. Elle brûlait d'envie de le voir autant qu'elle redoutait sa présence en ces lieux. Sa nuque la brûlait et ses mains tremblaient presque. Son corset l'étouffait, bien qu'elle n'en laissa rien paraître. Cela faisait plusieurs centaines d'années que la jeune femme n'avait pas connu un tel émoi.

© FRIMELDA

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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Bal et intrigues à Spencer's House [01/06/42] Lun 5 Fév - 17:32

[HRP/ Suite de "Un Brin d'Existence"/HRP]



Bal et intrigues à Spencer's House

Comte Kei, Ludwig Zwitter et Ambre Ghrianstad

"Ce doute pernicieux qui perturbe mes voeux
Possède un goût de déjà-vu que je ne supporte plus."


Devant le manoir des Spencer.
1er juin 1842


La Grande Horloge venait tout juste de sonner 19h30 lorsque le grand fiacre noir du Comte Keisuke franchit les grilles de fer forgé qui gardaient le domaine des Spencer. L'imposant véhicule décrivit un arc de cercle sur les gravillons du chemin et se plaça derrière les derniers arrivés avant lui. Le petit cocher italien du lord, Arnoldo, que tout le monde reconnaissait de loin, était accompagné d'un homme de forte carrure. Sa peau basanée ne trompait personne: c'était ce fameux Manouk, l'indigène que le Comte avait rencontré en Afrique et dont il avait désiré garder l'amitié jusqu'à l'accueillir ici, sous son toit, en Angleterre.
Sous son chapeau melon, le grand noir paraissait toujours aussi étrange avec ses colliers tribaux qui dépassaient de son costume. Certains chuchotaient qu'il n'était pas complètement civilisé et que le Comte prenait des risques à le fréquenter. D'ailleurs, même si le lord ne lui faisait occuper que des places de subordonné, telle que celle de cocher subsidiaire, bagagiste ou valets de pied, il semblait parfois le traiter comme un véritable ami. Lorsqu'il sortait avec son maître, pour arpenter les salons ou les soirées mondaines, l'Africain se tenait rarement en retrait et osait même adresser la parole aux nobles fréquentations du Comte. Les langues persiflaient à ce sujet et l'on se méfiait beaucoup de lui et de sa place inhabituelle dans la vie d'un homme tel que Jirômaru.
Sans se préoccuper des regards que les autres serviteurs leur décrochaient et sans prêter attention aux murmures de la foule qui s'amassait devant la demeure en l'observant avec une pointe de mépris, Manouk descendit d'un bond du véhicule et défroissa sa veste quelque peu plissée par le trajet. Puis, tandis que le petit cocher attendait patiemment de pouvoir avancer le fiacre jusqu'à la porte principale, le grand noir se rendit près de la porte laquée frappée du symbole de son maître. Il jeta un coup d'oeil à la grue cendrée élancée sur un fond de croissant de lune et de fleur de cerisier: décidément, il ne se ferait jamais à cette nouvelle manie que son maître avait de réutiliser ses anciennes armes japonaises. Il trouvait cela fort loufoque. Haussant les épaules en songeant qu'on était finalement toujours un original aux yeux de quelqu'un d'autre, il tapota le carreau principal du véhicule et attendit.
Le Comte écarta le rideau qui voilait sa présence et ouvrit la fenêtre d'un geste. Son disciple lui apprit qu'ils étaient bien arrivés mais qu'il y avait encore foule. Ils devraient attendre un peu avant de descendre. Jirômaru leva un sourcil. Et alors ? Il avait l'habitude de ce genre de chose. C'était l'occasion pour lui de laisser Ambre vérifier que son noeud était toujours en place et de glisser à Ludwig quelques ultimes recommandations pour la soirée qui s'annonçait. Manouk disparut bientôt de sa vision pour aider Arnoldo à placer correctement le fiacre par rapport au petit trottoir qui bordait la demeure. La fenêtre fut rapidement refermée, ainsi que le rideau.
Une dizaine de minutes plus tard, le fiacre fut enfin ouvert et le Comte put en sortir. Il aida sa bonne amie à descendre le marche-pied et laissa Ludwig les suivre. Les chevaux s'ébrouèrent un peu mais Arnoldo tenait les rennes avec fermeté. Après avoir donné quelques instructions à ses serviteurs, Jirômaru s'avança pendant que le fiacre s'éloignait pour libérer la place aux nouveaux arrivants et aller se stationner à l'endroit convenu pour ceux de sa taille. Manouk jeta un dernier regard au Comte mais ce dernier ne le remarqua pas, ou l'ignora.

Aussitôt accueilli par les domestiques des Spencer, le trio se dirigea prestement vers l'entrée qui s'était quelque peu dégagée depuis son arrivée. Ambre ajusta ses gants et vérifia les perles de son chignon avec un soupçon d'angoisse. Ludwig la rassura à l'aide de petits compliments qui firent sourire la belle actrice. Tous les deux formaient un duo frais et éclatant de vigueur. Leurs manteaux clairs et leurs visages angéliques les illuminaient d'une magnifique teinte astrale. Ambre saisit doucement le bras de Ludwig et suivit le bel éphèbe d'un pas plus assuré. Le Comte se retourna pour leur jeter un regard complice. Il avait déjà introduit le jeune homme dans la bonne société, notamment grâce au bal que Miss Stephenson avait donné en mars dernier, aussi était-ce de bon aloi que la belle soit sa cavalière ce soir. Lui-même espérait bien donner le bras à Sarah...
Jirômaru rajusta son haut-de-forme noir, qui accentuait sa taille de géant, et fit claquer le bout de sa canne-épée sur les marches de l'escalier. Serrant sa main sur son pommeau fleuri, il se laissa guider par les domestiques qui menaient les invités au vestibule. Le menton haut, il se félicita quant au choix de sa tenue. Près de lui, les autres convives paraissaient courtauds, maladroits et même parfois négligés.
Le Vampire portait un long manteau noir qui descendait jusqu'à ses souliers cirés à la perfection. Léger, même s'il était à double col, le grand vêtement demeurait ouvert pour accueillir la chaleureuse brise de printemps qui murmurait aux creux des oreilles de chacun sa douce mélopée emplie de promesses. Il était rare que le Comte ne ferme ses manteaux mais il était tout aussi rare qu'il porte autre chose que des capes. Éminemment sombre, ce manteau-là semblait neuf. Sa coupe impeccable mettait en valeur sa carrure et son charme. Dénué de toute fioriture, il était d'une élégance frappante d'autant que les longs cheveux noués en catogan et les gants blancs qu'arborait le lord venaient briser son aspect rigide, à l'instar d'une cascade de lait qui vient adoucir un café trop fort.
Sans se soucier des regards qui se tournaient déjà sur lui dans la rue, le lord s'annonça en sortant ses cartons d'invitation. Comme de coutume, même si la réception était "privée", les hommes de son statut pouvaient emmener avec eux deux ou trois personnes de leur choix. Aussi le lord fit-il inscrire les noms de Miss Ghrianstad et de Monsieur Zwitter dans le carnet des entrées avant de pénétrer dans le fameux vestibule.


Dans le vestibule.

Arrivé dans le vestibule, le Comte laissa un domestique emporter son manteau, sa canne-épée et son haut-de-forme. Il vérifia que sa veste ne comportait pas de pli et attendit que ses compagnons se soient eux-aussi débarrassés de leurs capes et manteaux. Evidemment, même s'il était de bon goût de ne pas déranger les nouveaux arrivants en les saluant dans l'entrée, cela n'empêchait pas les regards.
Ambre fit grandement sensation avec sa magnifique robe de satin aux teintes pastelles, crèmes et vertes, son éventail de dentelles fines et ses bijoux d'ivoire et d'émeraude. A ses côtés, Ludwig fit aussi beaucoup parler de lui. Il paraissait un prince venu des froides contrées de l'Est avec ses longs cheveux blonds ondulés, rabattus sur sa nuque en catogan, son veston assorti à la robe de sa cavalière et ses chevalières brillantes.
De son côté, Jirômaru entendit quelques remarques au sujet de sa longue veste noire: à grandes basques, ce qui était très inhabituel chez lui, elle lui arrivait aux genoux. Coupée dans un tissu de haute qualité, elle attirait l'oeil par ses boutons d'argent frappés du blason de Scarborough. L'oeil cultivé y reconnaissait aisément les deux cerfs qui se faisaient front, la tourelle, impérieuse et sublime, ainsi que le casque médiéval surmonté d'un navire qui faisaient la fierté de cette ville du Yorkshire Nord dont le Comte Kei était l'ambassadeur privilégié.
Sous cette veste inattendue, le grand homme portait une chemise d'un blanc immaculé surmontée d'un gilet conçu sur mesure par le plus raffiné des tailleurs de la capitale. Les motifs en brocards de ce dernier, mordorés sur fond brun, ne rappelaient que trop bien la place qu'occupait le Comte parmi les plus éminents lords de la Grande Bretagne. Devant chaque bougie, les fils dorés, cousus en forme de feuilles, luisaient à l'instar d'une myriade de flammèches qui venaient lécher son torse bombé par son maintien que nul ne semblait pouvoir égaler. Jirômaru avait un port altier, digne de sa caste et de son rôle au sein des partisans de la Couronne. Sa posture et son pantalon droit, noir comme la nuit, achevaient de lui donner cet air suffisant et pourtant si séduisant qu'on lui connaissait tant - à ceci près que ce jour-là il semblait avoir gravi un échelon supplémentaire...


- Attention à votre montre, Sir.

Jirômaru vérifia que l'instrument était bien à sa place dans la poche gauche de son veston et en raccrocha la chaînette dorée qui s'était légèrement décrochée lorsqu'il avait ôté son manteau. Puis, une fois que ses compagnons lui eurent assuré d'un regard qu'ils étaient fin prêts à faire leur entrée dans les salles destinées aux joies du bal, le lord s'engagea d'un pas décidé dans le flux des convives.

- Sir ! Sir ! S'il vous plaît ! Le héla le même domestique qui lui avait fait remarquer le défaut de sa montre.

Intrigué, le trio s'arrêta et le Comte adressa au jeune homme qui les avait rattrapé un regard interrogateur. Ce dernier lui sourit avec maladresse et lui indiqua un couloir inusité par les invités.


- My lord, Monsieur Spencer aimerait s'entretenir avec vous, en privé. Il vous attend dans son bureau. Veuillez me suivre.

Jirômaru ouvrit la bouche, surpris par ce qu'il considérait déjà comme une convocation. Que lui voulait donc Dorian ? Était-ce au sujet du mariage ? Cette entrevue était presque inquiétante, d'autant que lui-même n'était pas certain de ce qu'il voulait...

- Allez-y, Monsieur le comte, nous nous retrouverons près du buffet.

Ambre posa brièvement sa main sur le coude du Comte et lui sourit. Jirômaru sentit le pouvoir de sa disciple envahir son corps tout entier. Ce fut une sensation désagréable, imprévue, qui lui fit esquisser une grimace de colère. Le domestique le prit pour lui et baissa les yeux, croyant importuner le lord en le fixant comme il le faisait jusque là. La belle actrice aux boucles rousses insista un peu en crispant ses doigts sur la manche de son maître et lui lança un regard entendu. Le Comte ne put que céder. Il détestait cette façon de procéder, d'autant qu'elle ne garantissait jamais le résultat obtenu, mais il n'avait présentement pas le choix: si Dorian possédait un miroir dans son bureau, il devait avoir l'illusion qu'il avait un reflet, comme tous les mortels de sa soirée. La seule solution qu'ils avaient, lorsqu'ils ne se trouvaient pas dans la même pièce, c'était d'imprégner sa chair d'une sorte d'enveloppe invisible qui projetait son image sur tout ce qui pouvait la refléter. Cela ne durait qu'un temps et le reflet généré n'était pas toujours net, mais c'était mieux que rien.

- Bien, nous nous retrouverons plus tard dans ce cas, fit-il en se détachant de son contact. Je vous suis, ajouta-t-il en se tournant vers le domestique.

Ambre et Ludwig le regardèrent s'éloigner et s'en furent bientôt en direction de la salle principale. Ce petit contre-temps était fort fâcheux, mais le Calice et sa compagne sentaient que la conversation qu'allaient avoir leur maître et le père de la chasseuse serait déterminante pour l'avenir de leur couple.
Leur entrée dans la grande salle fut remarquée et Ludwig se vit bientôt entouré d'un petit groupe de galants qui vinrent le féliciter pour son entrée dans le "grand monde". Certains en profitèrent pour discuter avec Ambre qui détenait tous les secrets des pièces du Comte. Beaucoup se demandèrent où était d'ailleurs passé ce dernier. Ludwig se sentit grisé par cette masse piaillante de petits étourneaux curieux et de ces pies jacassantes. Mais ce que son regard accrocha lui donna un véritable souffle: la silhouette de Chastity Stephenson se détachait non loin d'eux, à l'instar d'une poupée de porcelaine au milieux des chiffons poussiéreux de la vieille aristocratie décadente. Son maître serait si heureux de la trouver-là ce soir que le jeune Calice se délectait déjà de son bonheur...


En direction du bureau de Dorian Spencer.

Dans l'ombre des couloirs, glissant sa haute silhouette derrière son guide, Jirômaru passait en revue tous les sujets possibles avec lesquels Dorian Spencer aurait envie de l'entretenir: l'état de santé de Sarah, sans doute encore sous le choc de son enlèvement et de ce qu'il s'était passé à Highgate, leurs fiançailles qu'il voulait annoncer à tous dans la soirée, les fleurs et petits courriers qu'il avait eu la gentillesse de faire parvenir à sa fille depuis qu'elle était rentrée chez elle...
Il songea également aux dangers que ce bal pouvait générer. Ambre et Ludwig seraient avec lui, dans le domaine, pour surveiller les Vampires et les éventuels gêneurs; Manouk et Arnoldo resteraient près du fiacre; Arath rôdait dans les rues alentours avec une faction de fidèles...Il ne leur manquait que Marco et Maria, qui veillaient sur l'Opéra, et Agnès qui demeurait chez Chastity pour l'aider dans ses expériences sur les dégénérés qu'il lui avait confiés. Que pouvait-il arriver ? Ce n'était pas la pleine lune, les membres du Sabbat étaient apparemment toujours en déroute et ceux de la Camarilla ne faisaient plus parler d'eux depuis la bataille du cimetière.


- Par-ici, Sir.

Le jeune homme frappa trois fois contre une lourde porte de chêne. Jirômaru attarda son regard sur ses gravures particulièrement réussies tandis que le serviteur attendait qu'on lui ordonne d'entrer. Bientôt, le domestique se saisit de la poignée pour la faire pivoter sur ses gonds parfaitement graissés et lui indiqua le bureau du doyen de la maison Spencer. Il le laissa passer devant lui et l'abandonna en prenant soin de refermer la porte dans son dos.

Bureau de Dorian Spencer.

Le Comte sourit à l'homme qui se tenait maintenant devant lui. Il lui offrit une poignée de main ferme et le suivit.

- Ravi de vous revoir, Monsieur Spencer. Vous désiriez me parler en privé ?

Jirômaru laissa d'abord ses iris anthracites glisser sur les étagères qui les environnaient. Dorian était un homme fort respectable, aux goûts plaisants et aux manières les plus distinguées qui soient. Le Vampire l'appréciait en tant qu'homme, au-là même du fait qu'il soit le père de celle qu'il avait choisi de faire sienne.
Puis, tout ouïe, le Comte s'installa comme le lui indiqua l'aristocrate et le fixa, l'air interrogateur. Quoi que ce mortel souhaitait lui dire, il était prêt à l'entendre.


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> Jirômaru Keisuke <

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Katherine Thornes
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MessageSujet: Re: Bal et intrigues à Spencer's House [01/06/42] Sam 17 Fév - 12:59

[HRP/ Après ""/HRP]

C'était soigneusement pliée, dans une enveloppe soigneusement cachetée, remise soigneusement par son majordome que Katherine avait découvert l'invitation au bal de la jeune Spencer. Londres était en émoi depuis quelques temps. Tout d'abord après la disparition de la jeune femme, toutes les forces de police avaient été déployées dans la mesure du possible afin de rechercher la jeune femme. Toutes les craintes avaient alors émergées et chacun craignaient que la demoiselle ait été victime de perversité. Il n'en fut rien cependant. Un beau jour, cette dernière refit apparition. La capitale souffla. La pression était enfin redescendue. A présent Londres remuait pour autre chose. Non pas la disparition inquiétante de la belle mais l'éminente soirée organisée à la demeure familiale ! Dès la réception des invitations les nobles de hauts rangs ne purent s'empêcher de lancer de joyeuses conversations sur le sujet. Étaient-ils seulement pris d'affection pour Sarah ou était-ce la frénésie de se retrouver dans une soirée grandiose ? D'abord dubitative Katherine finit par répondre à la demande. Elle viendrait. Tout ceci fut à son tour envoyé soigneusement plié, dans une enveloppe soigneusement cachetée.

Il était difficile pour la jeune femme de savoir la place qu'elle devait prendre au sein de ce bal. Devait-elle garder à l'oeil Sarah ? Il était évident que la jeune demoiselle serait plus que protégée durant la réception. Le Yard devait très certainement s'occuper de la sécurité alentours et le Comte veillerait très certainement sur elle avec beaucoup d'attentions. Pour ce qui est d'un rapprochement avec leur cible, tout ceci allait s'avérer bien difficile. En de telles circonstances elle ne pouvait se montrer ni familière ni trop intéressant tout en tâchant de rester elle-même. Et par-dessus tout cela allaient se greffer les parents et les invités. Katherine n'était pas une femme très appréciée. Du moins par ses consœurs et certains hommes puristes. Elle était jugée trop extravagante, ses manières inconventionnelles et ses mœurs bien trop perverses pour une femme de son époque. Femme dont il ne se doutaient absolument pas de l'âge et du vécu. La Comtesse avait eu le temps d'être prude et respectable.


- Mademoiselle.. ?

La jeune brune releva la tête en papillonnant des yeux. Cela devait faire à peu près trois fois que Michael l'appelait en vain. Son majordome tenait dans ses bras la robe choisie précautionneusement pour le bal de ce soir. Alors qu'il l'avait laissée le temps qu'elle se sèche la jeune femme ne l'avait alors rappelé. Enroulée dans sa longue serviette, l'eau gonflait ses boucles brunes et s'écrasait sur le sol. C'était assise près de la fenêtre et le regard perdu dans le parc que la demoiselle s'était échappée dans ses pensées. Elle songeait à la fois à Sarah et à Alexender. Au Comte et au théâtre. Se levant du rebord de la fenêtre elle laissa les mains de l'homme prendre la serviette et lui sécher délicatement les cheveux découvrant ainsi son corps nu. Tous deux n'y faisaient qu'à peine attention. Ils se connaissaient depuis si longtemps.

- Penses-tu qu'elle se rappelle encore bien de moi ? Devrais-je me sentir coupable de lui avoir volé Alexender quelques nuits.. ?

Elle se mordait la lèvre. Ce soir-là Katherine se sentait d'humeur morose. Sarah était de retour, son premier ami ici allait lui échapper. Peut-être avait-elle songé avec joie à ce qu'elle ne revienne jamais.. ?


- Pas de remords ni de regrets Mademoiselle. Jamais. C'est ce que vous n'avez eu de cesse de me répéter… Pour Sarah… Si elle ne se rappelait pas de vous vous ne seriez pas invitée.

- C'est mesquin Michael. Tais-toi souffla t-elle la gorge serrée.

- Pardon Milady, ce n'est pas ce que je voulais dire…

Les mains de l'homme passèrent de ses cheveux à sa nuque avant de glisser sur ses courbes. Doucement il l'enlaça et embrassa son cou. Sous le contact de ses lèvres la peau de la jeune femme se granula et un frisson parcourut son échine. Penchant un peu la tête sur le côté elle refoula ses larmes et siffla :


- Cette société me répugne. Nos manières sont codifiées, nos comportements évalués, quand vivons-nous pour nous Michael ? Bien sûr qu'ils ne m'auraient pas invités ! Mes mœurs sont considérées contre trop légères. Je suis la catin de la ville. Alors bien sûr qu'ils ne m'auraient pas conviée! Le regard enflammé par sa colère imprégnée de tristesse elle continua plus bas : J'attends un futur plus libre. J'espère que ce jour viendra. Si des femmes se soulèvent et se battent je me battrais avec elles. Je ne veux pas les laisser seules face à la cupidité, à l'hypocrisie et à la méchanceté de ce monde. Nous ne sommes rien pour les hommes, rien d'autres que des génitrices ou des objets de plaisir. Ça me dégoûte. Quand est-ce que l'Homme cessera de juger ?

Michael resserra sa prise et respira le doux parfum de la Comtesse en fourrant son nez dans ses cheveux. Il mouillait ses vêtements mais cela l'importait peu. Il voulait simplement lui montrer que même lors de ses moments de faiblesse, Lui, n'était pas prêt de la quitter. Ce fut elle qui rompit le contact en le repoussant gentiment. Il ne s'en offusquait pas, il la connaissait.
********

La robe qu'avait choisie Mademoiselle était fortement inspirée de la mode française de l'époque. La jeune femme avait apprécié le style de Joséphine de Beauharnais lors de son mariage et elle n'avait pas été la seule. Dès lors, une nouvelle mode s'installa en France et comme à chaque règne, on tenta d'imiter les goûts vestimentaires de la femme du roi. Ici l'Empereur. Par ailleurs, les tissus avaient été choisis par Michael lui-même qui, noble dans son pays, connaissaient les goûts raffinés de l'aristocratie. Enfin, le tout avait été confié à un des meilleurs couturiers de la ville.
Katherine avait fait le choix d'une robe non-bouffante. Elle aimait pouvoir se déplacer à sa guise sans être entravée par des cerceaux de quelques natures. Cette dernière était cependant assez longue pour cacher ses chevilles ainsi que ses chaussures à talonnettes. L'étoffe était majoritairement bleuté. Un bleu si pâle qu'il faisait ressortir les yeux saphirs de la demoiselle. C'était à se demander si ceux de la jeune femme étaient réels. Le tissu plissé faisait ressortir de multiples dorures très certainement exécutées au fil d'or et qui rehaussaient avec un certain charme les différents tons azurés de la robe. Deux pans d'un bleu plus profond s'étiraient des manches recouvraient élégamment sa poitrine sans pour autant la dissimuler totalement et épousaient ses hanches. Ces derniers, une fois ouverts permettaient au majordome de lacer le corset de Katherine sans qu'il soit visible soulignant ainsi son décolleté doré. Enfin, le bas de sa robe révélait une broderie toujours aussi pétillante d'or qui constituait un léger voilage au-dessus du bleu satiné.
Ses longues boucles noires s'écroulaient sur ses épaules laissant quelques mèches cascader sur sa poitrine. Elle n'avait pas  choisi de les attacher mais plutôt de les laisser au naturel, sauvage comme toujours. Katherine n'avait jamais voulu être disciplinée que ce soit dans ses manières, son apparence ou même sa vie. Elle considérait que l'on devait l'accepter comme elle était et non pour ce qu'elle devait montrer.

Dans la diligence, on pouvait entendre le frottement du vent sur les vitres. Ces dernières frémissaient et peu épaisses, laissaient s'infiltrer le bruit des sabots des sombres chevaux. Au petit trot le carrosse arriva devant le grand domaine familial des Spencer. C'était ici que se trouvait la dulcinée de son amant… C'était une sensation bien étrange. Se rendre chez la femme qui dérobait le coeur de son compagnon de quelques nuits… Les graviers faisaient cahoter les roues et finalement grâce à l'aide d'un écuyer Michael réussit à disposer correctement le fiacre lui laissant au passage le bon soin des chevaux. Finalement on ouvrit la portière à la comtesse.
********

L'entrée pouvait être intimidante pour une femme issue de la bourgeoisie. Des domestiques s'affairaient déjà autour de la noble afin de récupérer ses affaires et lui permettre de se mettre à son aise. Michael entra quelques secondes plus tard derrière elle après avoir réglé les derniers préparatifs avec quelques employés. Ôtant son chapeau il laissa son long manteau et fit passer la jeune femme devant lui. Un immense spectacle s'offrit à elle. C'était tout à fait fabuleux. Sensationnel. Tout était richement décoré dans le raffinement le plus total. La pièce reflétait le caractère de la maîtresse de maison. Digne, élégante, sans excès. Mais étrangement, toute cette richesse, toute cette beauté laissaient Katherine presque indifférente. Son cœur était comme vide et elle avançait au milieu des convives, saluant quelques nobles gens au passage soit par connaissance soit pas politesse, sans réellement faire attention à la fête. Machinalement, la jeune hongroise fit comme chacun des invités, elle salua très poliment la femme de l'un des couples les plus prisés de la soirée à savoir les parents de la belle Spencer, complimentant comme chacun avant elle, la mise en scène tout à fait somptueuse et tentant d'être la moins déplacée possible. Elle savait qu'avec ce genre de personnes elle ne possédait que très peu d'affinités. Par ailleurs elle ne se doutait qu'à peine que la personne à l'origine de on invitation était Sarah. Peut-être avait-elle retenu son nom mais cela lui semblait presque impossible que cela soit venu de ses parents. Ils ne s'étaient jamais fréquentés, avaient eu une ou deux fois des petites discussions ou bien des salutations polies mais rien de bien affriolant. Finalement, estimant que les félicitations n'avaient que trop duré la jeune femme salua son hôte déjà bien entourée et s'écarta. Elle avait été assez étonnée de ne pas voir en sa compagnie son époux.
Un peu plus loin un gentleman l'approcha et lui proposa gentiment une danse. Katherine reconnut en lui un de ses anciens cavaliers et ils passèrent quelques minutes à échanger des salutations avant qu'il ne soit attrapé par un homme plus âgé pour lui parler expressément de quelques affaires.  Michael nota dans le carnet de la belle le nom du jeune homme. Enfin, la comtesse se retrouva seule du moins, en compagnie de son majordome. Ses yeux cherchèrent immédiatement Sarah avant de songer que le Comte ne devait pas tarder. Son regard glissa sur les convives. Non, il était arrivé. Elle percevait au loin une chevelure flamboyante. Ambre.



"Parce qu’on se sent quelques fois seul, délaissé, abandonné, rejeté. On pense alors à la seule échappatoire possible : la mort. On manque de cran, on a peur. Et on finit par y renoncer en choisissant la facilité : tuer."
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Sarah Spencer
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MessageSujet: Re: Bal et intrigues à Spencer's House [01/06/42] Jeu 22 Fév - 19:04

Bal et intrigues à Spencer's House

L'air était à la fête comme si la nature avait décidé de révélé tout

ce qu'il y avait de merveilleux en elle


Musique:
 

Madame Spencer rayonnait. La réception dépassait toutes ses attentes. Pour elle qui s'était donnée corps et âme dans l'organisation tardive de cet événement en voir le résultat final était jubilatoire. Lydia Spencer avait toujours été une femme du monde, longuement frivole dans sa jeunesse en France. Là-bas, elle excellait dans l'organisation de bal, de thé et de soirée costumée. Après son mariage et son départ vers l'Angleterre, elle s'était assagie; Dorian n'avait jamais été un homme très admiratif de la vie nocturne, préférant son journal à des invités. Aussi, l'anniversaire et les fiançailles de Sarah avaient été comme une renaissance pour la grande aristocrate. Elle avait pris un plaisir particulier à fignoler les détails qui donnait à la réception un air enchanteur. Elle était très fière d'elle, mais une autre raison aguillais son cœur son cœur de mère. Sa fille allait enfin se marier! Après toutes ces Années de crises, de colères et de tempêtes contre le moindre prétendant qui osait faire le moindre pas, sa petite fille allait enfin se marier. Jamais une mère n'avait-elle ressenti un plus grand soulagement, mais elle restait prudente toutefois; elle célèbrerait pleinement une fois seulement que la bague serait passée au doigt et le diable lui-même ne pourrait empêcher cette union. Mais la nouvelle devait rester un secret. Seuls quelques intimes et les plus intelligents de la société étaient au courant que Le Comte avait été invité pour cette grande soirée. Sarah elle-même n'avait pas pu jeter un œil à la liste des invités. Anna lui avait dissipé ses soupçons en évoquant la maladie récente du grand homme comme raison de son absence à la soirée. Madame Spencer s'en voulait quelque peu de devoir mentir à sa fille, mais elle pouvait se montrer si entêtée! Elle retenait de son père à coup sûr pour cela. Lydia se retourna vers son époux qui prenait congé d'elle d'un bref serrement de la main. Un domestique venait de l'aviser de l’arrivée du Comte. Après un bref sourire, la dame le regarda s'enfoncer dans la foule et disparaitre pendant qu'elle se chargeait seule de recevoir les compliments pour leur soirée. Et quelle soirée cela serait! Elle voyait du coin de l'œil Lord Wagner discuter avec Lord Sullivan. Sans doute c'est deux là discutait-ils de musiques. Il lui avait semblé apercevoir aussi Lord Byron ainsi que son épouse. Les plus grandes figures de la société ayant répondu positivement à son invitation on pouvait s'attendre à faire de très belles rencontres ce soir. Le sourire de Madame Spencer se figea toutefois lorsqu'elle aperçut une chevelure rousse passer au loin. Se pouvait-il que? Non ce n'était pas possible... en observant bien, ses craintes se confirmèrent: Chastity Stephenson venait de faire son entré. Mais qu’est-ce que cette intrigante faisait ici? Madame Spencer se tourna vers Lady Artbrook, sa grande amie qui l'avait aidé à l'organisation ce soir.

-Minerva, très chère, ne serait-ce pas Mademoiselle Stephenson que j'aperçois près de la porte?

Madame Artbrook qui était beaucoup plus vieille que Lady Spencer se retourna à son tour vers l'entrée. À travers les autres invités, elle distingua rapidement la magnifique jeune femme qui évoluait autour d’un petit groupe de gens.

-Mais oui c'est bien elle confirma la vieille dame après avoir ajuster ses lunettes. Je ne pensais pas qu'elle viendrait, mais grand bien lui face, elle pourra en divertir plus d'un...

-Mais je ne me souviens pas avoir mis son nom sur la liste... Insista Madame Spencer en ouvrant son éventail pour masquer son impatience.

-Ah non, c'est moi qui l'aie ajouter, souvenez-vous, vous m'aviez confié d'envoyer la deuxième série d'invitation, comme je la trouvais plutôt maigre, je me suis permis d'inviter quelques noms que j'avais vus passer pour la soirée chez les Logan.

-Les Logan? Mais qui diable avez vous donc rajouté sur cette liste? S’emporta la dame.

Minerva enleva une poussière invisible sur son imposante robe couleur lilas. Veuve depuis plusieurs années, Lady Artbrook était de la vieille aristocratie anglaise, des vieilles familles dont la fortune se passait de génération en génération. Aussi, était-elle le genre de femme à aimer montrer son opulence à tous les égards. De nature plutôt ronde, sa robe aux couleurs pâles lui donnait l’air d’une grosse meringue. Ses bras enrobés étaient recouverts de gant blanc où brillaient les diamants de ses bagues et de ses bracelets. À ses oreilles pendaient deux grosses améthystes qui étincelaient sous ses cheveux blancs. Elle ressemblait à une tache de couleur difforme à côté de l’élégance de Madame Spencer. La vieille dame hésita un moment avant de se lancer de sa voix mielleuse :

-Et bien Lord Wesley...

-Mais c'est un marchand s’objecta Lady Spencer, mais son amie continua comme si elle n’avait rien entendu.

-C'est un homme prospère. Il y a aussi Charles Darwin.

-Pff un scientifique fou oui.

-C'est un chercheur reconnu et il revient de voyage. Il y a aussi Lady Thornes

-Une actrice?!

-Une Comtesse ma chère.

Lady Spencer plissa les lèvres de désapprobation tout en gardant son regard perçant sur la silhouette rousse de Miss Stephenson qui remplissait son carnet de danse.

-Et bien, me voilà bien indisposer maintenant, je ne pensais pas qu'elle était assez populaire pour se retrouver sur la liste d'invitées des Logan.

Minerva sourit en attrapant un verre de champagne qui passait près d'elle. Elle comprenait l'exaspération de son amie. Beaucoup d'aristocrates considéraient la bourgeoisie comme une classe indigne, mais elle savait aussi que ce n’était pas l'absence de noblesse de la jeune Stephenson qui dérangeait Madame Spencer. L'ingénieure était une intrigante, une petite femme de la nature qui s'amusaient avec ses inventions tout juste bonnes pour divertir la galerie. C'était un esprit libre qui dérangeait autant qu'elle fascinait la haute société, qui disait haut et fort ce qu'elle pensait quitte à devoir en venir aux mots avec les hommes. Mais surtout, c'était une attitude qui rappelait vaguement celle de l'héritière Spencer. D'un geste amicale madame Artbrook tapota doucement la main de son amie.

-Ne vous en faites pas très chère, dites-vous qu'avec une telle intrigante votre fille ne paraitra qu'on ne peut mieux...

Le sourire que lui retourna Madame Spencer fut glacial, mais ne dura qu'un instant. Lady Artbrook avait raison sur un point; sa soirée ne saurait être gâchée par une mécanicienne effrontée. Mais elle était dérangée qu'autant d'indésirables aient pu se glisser à sa réception. Même si Lady Artbrook pouvait sembler ouverte d'esprit et faire preuve de courtoisie en ayant invité quelques figures obscures de la société, elle savait qu'il n'en était rien. La vieille aristocrate voyait simplement les intrigants comme des divertissements à peu de frais, un véritable amusement pour la galerie et Lydia ne pouvait tolérer cette attitude. La dame reprit un verre de champagne en fixant maintenant avec plus d'attention la foule qu'il l'entourait. C’est alors qu’une voix douce à son oreille la tira de sa contemplation. Lady Thornes (de son passé de veuve) se tenait devant elle dans une robe époustouflante. Avec dignité, la comtesse lui fit une révérence que Lady Spencer s’empressa de lui rendre, suivie un peu plus rapidement par Lady Artbrook à ses côtés. Bien que Lydia n’avait aucune affinité avec ce genre de personne, elle était toutefois une femme polie à l’éducation sans reproche. Aussi eut-elle la délicatesse de ne faire aucun commentaire sur le domestique qui accompagnait la belle Hongroise, chose totalement déplacée. Elle accepta ses compliments de bonne grâce et la complimenta sur sa toilette toute à fait distingué. Mais la conversation entre les deux dames demeura vide et sans profondeur. Madame Spencer pouvait toutefois constater l’intelligence dans la justesse des propos de la jeune femme et son éducation dans ses manières. Les deux femmes conversèrent un instant puis la belle Comtesse laissa sa place à un autre convive. Peut être Minerva avait-elle raison, elle se faisait du soucie pour rien. C'était des gens civilisés tout de même. L'hôte de la demeure repris sont sourire charmeur lorsque Lord Turnwood et son épouse veinèrent lui présenter leur félicitation pour sa soirée exceptionnelle. Aussitôt son attention se reporta sur ses invités et ses sombres pensées s'envolèrent d’un seul coup.

***


Dorian Spencer traversa à la hâte le couloir ouest qui menait jusqu’à son bureau, évitant par sa configuration de rencontrer les convives qui traversaient le hall pour rejoindre la salle de bal. Aussitôt que le fiacre du Comte avait traversé les grilles, on était venu le prévenir de l'arrivée du grand homme. Sans perdre une seconde, il avait abandonné sa charmante épouse à leur invité et traversé la foule pour s'éclipser rapidement. Le domestique qui était venu le prévenir avait été renvoyé à une autre mission, celle de trouver Lord Dunburry, le notaire de la famille. Lorsqu'il referma la porte de son bureau derrière lui, Dorian fut heureux de trouver la pièce vide. Lui qui était déjà à bout de souffle se laissa aller dans une quinte de toux qu'il réussit à calmer difficilement à l'aide d'un verre de brandy qu'il se versa. Ce n'était plus de son âge que de courir comme ça à travers les corridors de la demeure. Lui qui avait passer la moitié de sa vie à le reprocher à sa fille, voilà qu'il se mettait à faire comme elle. Le grand homme profitât de ces quelques instants de solitude pour rajuster sa tenus froisser par l'effort. Ses cheveux gris furent correctement placés derrière ses oreilles et il replia soigneusement le mouchoir qui ornait la poche de sa veste. Monsieur Spencer avait beaucoup changé ces dernières semaines. Ses cheveux gris s'étaient parsemés de blanc et les rides qui marquaient son visage semblaient s'être multipliées. Il fallait dire que ce n'était plus le jeune étalon qu'il avait été. Malgré leur nombreuse rencontre, Monsieur Spencer était toujours quelque peu anxieux lorsqu'il devait rencontrer Le Comte. Quelque chose en cet homme l'avait toujours poussé à être sur ses gardes. Ce n'était pas tant par sa verve où par leur opposition politique, c'était plus subtil, comme un avertissement qui lui saisissait les entrailles. Peut-être était-ce aussi une simple mauvaise impression due à la carrure de l'homme, à son attitude imposante ou encore à ses yeux anthracite qui lui donnait un regard d'aveugle. Pourtant, Le Comte lui avait toujours été admirable. Consciencieux, droit, courtois, il était la représentation du parfait gentleman. Dorian eut un soupir qui le fit tousser de nouveau. Ces histoires n'étaient plus de son âge. Il était bien sûr fort heureux que Sarah ait enfin accepté d'épouser le Comte. Même sans en avoir l'air, les déboires amoureux de sa fille et son entêtement avaient fini par l'épuiser. Oh il ne pouvait pas lui en vouloir, lui même avait longtemps été qualifié de tête de mule par sa vieille mère. Il avait accumulé les bêtises dans sa jeunesse aventureuse, puis les défis au pistolet lorsqu'il était devenu un homme. Il n'avait jamais reculé devant une arme et s'il avait été blessé quelques fois, il s'en était toujours sorti l'honneur sauf. C'était de lui que sa fille avait hérité de son tempérament de feu et les choses auraient été si simples si elle avait été un homme. Quel fils formidable aurait-elle fait.

Toc toc toc

Les coups contre la porte sortirent le Lord de ses pensées et après une nouvelle toux il se hâta de reprendre contenance pendant que le domestique ouvrait la porte faisant pénétrer leur invité tant attendu. Lorsque le regard gris de Dorian se posa sur le Comte, son sourire se teinta d'une réelle surprise. Jamais Jiromaru Keisuke ne lui avait semblé avoir une aussi grande prestance. Pour peu, il en aurait ouvert la bouche de stupéfaction. Le Lord était une image même de la simplicité et De l'élégance dans ce que leur époque faisait de mieux. Le Comte avait troqué son habituelle cape rouge pour une veste d'un noir profond qui soulignait sa carrure imposante. Même ses cheveux éternellement flottants autour de son visage sévère avaient été attacher lui donnant un air distinguer. Il avait l’air d’un prince ou encore d’un haut dignitaire de la cour (ce qu’il était en somme). Le Lord eut un sourire compatissant en voyant le regard à la fois curieux et inquiet que son confrère posait sur lui. En effet, le Comte devait bien se demander ce qu’il faisait ici. Le chef de famille lui tendit la main pour la serrer avec force.


-Ah! Mon cher Comte, c’est un réel plaisir de vous voir ici.

Il prit place sur son fauteuil après s’être assuré que son invité fasse de même. Dorian lui demanda au Comte des nouvelles de sa santé avant de le remercier de nouveau pour son aide inestimable dans le retour de Sarah. Mais rapidement, le Lord en vint au sujet brulant de cette rencontre. Dorian n’avait jamais été un homme à laisser trainer les choses. Après avoir offert au Comte un verre de brandy, il observa la porte par laquelle venait de se glisser un homme qui les salua avec entrain. Lord Dumburry était un homme de petite taille, de nature discrète. Ses cheveux étaient d’un gris clair et ses yeux pétillants rendaient impossible à distinguer son âge. Monsieur Spencer le présenta comme le secrétaire de la famille avant d’ouvrir l’un des tiroirs de son bureau pour en sortir une pochette d’un bleu royal. Avec une certaine lenteur, Dorian la fit glisser jusqu’au Comte et le laissa ouvrir la pochette pour constater par lui-même le contenu qu’il renfermait. Le porte-document renfermait le contrat de mariage en deux copies que Sarah avait signé quelques jours plutôt. À la lumière des chandelles, on pouvait voir briller l’encre de l’écriture délicate de l’héritière de la famille Spencer. Monsieur Spencer attendit un instant, laissant le Comte constater le document qu’il tenait entre les mains avant d’expliquer doucement la situation.

-Sarah a donné son accord à votre mariage. Monsieur Dumburry ici présent servira de témoins si vous le voulez bien. Il ne vous reste qu’à signer et nous pourrons commencer à envisager l’organisation de votre mariage.

Dorian était quelque peu mal à l’aise. Il aurait aimé pouvoir faire un grand discours et parler de cette entente comme d’un merveilleux moment, mais il en était incapable tout simplement, car cela n’était pas dans son caractère. Dorian était un homme d’affaire et de raison, les sentiments n’avaient jamais été sa tasse de thé. Il n’avait pas besoin de vanter les qualités de Sarah, il se doutait que le Comte avait lui-même amplement songé à la question avant de faire sa demande. Monsieur Spencer eu un petit sourire complice en observant le son compère.

-Rien ne sert de précipiter les choses également, vous pouvez faire de longues fiançailles pour vous laisser le temps de vous connaitre...

En effet, la signature des documents n’accélérait nullement le processus. Les deux amoureux pouvaient prendre tout le temps qu’il souhaitait pour mieux se connaitre. Dorian eut un sourire songeur en se remémorant la lointaine époque de son propre mariage. Il n’avait rencontré Lydia qu’à deux reprises, lors de soirées données sur la côte. Il avait demandé sa main à son père le même mois. Mais avec la distance entre les deux continents, tout avait été planifié sans qu’il se voie. Ils avaient signé les documents chacun leur tour, puis tout avait été organisé sans que les deux époux ne se croisent. Dorian était si occupé par ses affaires à cette époque et Lydia restait encore en France. Toutefois, c’était avec une joie transcendante qu’il avait passé l’anneau au doigt de sa bien-aimée une magnifique journée d’automne. Dans la tradition anglaise, le prétendant devait remettre une bague de fiançailles à sa promise lors de l’annonce officielle de leurs fiançailles, mais Lydia avait toujours préféré ses traditions françaises. Le patriarche eut un petit soupir en posant de nouveau son regard d’acier sur son futur gendre. Quel genre d’époux allait-il être? Il n’avait jamais vu le Comte comme un grand romantique. C’était un homme parfois dur et d’un pragmatisme à toute épreuve comme en témoignaient souvent ses prises de bec à la Chambre des Lords avec Robert Peel. Bien sûr, il serait un mari digne et honorable, mais serait-il capable d’aimer? Peut-être commençait-il à regretter sa décision? Dorian lui offrit un sourire paternel. Malgré tout le Comte se comportait encore comme un jeune homme amoureux, avançant sur un coup de tête sans songer aux conséquences.

-Vous savez, je crois que les récents évènements l’ont fait réfléchir. Commença doucement le patriarche. Votre proposition est plus qu’honorable et je crois que vous serez capable de la rendre heureuse... Je crois aussi qu’elle a fini par développer certains sentiments à votre égard.

Dorian resta prudent sur le sujet. Il n’aimait pas présumer des émotions de sa fille, mais certaines choses dans le comportement de celle-ci lui avaient donné l’impression que ses émotions avaient évolué. Et puis les lettres que le Comte avait envoyées à Sarah ainsi que les fleurs n’avaient pas été lancées par la fenêtre, si ce n’était là le signe d’un avancement quel conte.

- Elle n'a posé qu'une seule condition...

Le Lord observa son compère avec un certain malaise.

- Vous savez qu’il est de tradition qu'une future mariée demande une faveur à son époux... Elle n'a pas voulu me dire de quoi il s'agissait, simplement qu'en échange de cette faveur elle acceptait sans aucun autre préavis votre mariage. Faites attention, ajouta-t-il en guise de petite blague, elle pourrait vous demander la lune si elle vous savait capable de la décrocher, mais je crois que c'est quelque chose qui en vaut largement la peine...

Monsieur Spencer se tut, laissant le Lord à ses réflexions. Une peur grandissante inquiétait le vieil homme. Et si le Comte avait changé d’idée? Avec tous les ragots qui circulaient au sujet de l’héritière depuis son retour. On la disait déformée, folle. La convalescence de Jiromaru n’avait pas permis de revoir la jeune femme et peut-être s’était-il laisser-aller à croire ces infâmes rumeurs. Nul ne savait réellement ce qu’elle avait enduré, mais un homme à la réputation aussi immuable que le Comte pouvait-il se permettre de prendre une épouse enlevée et séquestrée pendant des semaines? Dorian prit une nouvelle gorgée de son verre, réprimant une toux lorsque le liquide brulant vint heurter son palais.

***


Perchée devant l’une des grandes fenêtres du troisième étage, Sarah observait les lanternes des fiacres éclairer la nuit. Elle les voyait briller depuis la rue, traversant la grande cour avant de disparaitre derrière l’angle de la demeure. Cela faisait deux bonnes heures qu’elle était perchée ici, confortablement installée sur le large rebord de la fenêtre, à observer. Elle avait vu les grandes grilles de la demeure s’ouvrir, puis le flot de véhicules traverser sans en éprouver la moindre excitation. D’ici elle pouvait entendre la musique qui lui parvenait, étouffée, comme une mélodie lointaine. L’étage était plongé dans l’obscurité, puisqu’il s’agissait d’une section fermée pour les invités. Devant la fenêtre, la belle héritière se sentait comme un fantôme, une ombre rodant dans la pénombre des lumières.

Lorsque sa mère lui avait proposé cette soirée pour souligner son anniversaire et son retour, l’idée lui avait semblé déplacer. Comment pouvait-elle se montrer dans une foule, elle qui avait vécu dans la solitude et dans le silence pendant si longtemps? Toute cette soirée n’était qu’une horrible mascarade et la Chasseuse n’avait aucune envie d’y participer. Enfermée dans une profonde solitude, elle avait peu à peu perdu l’habitude de discuter. L’héritière n’avait jamais été une bonne actrice. Les jeux de rôles et les faux semblants s’étaient toujours heurtés à sa nature honnête et fière. La seule raison qui l’avait fait tenir son rôle de chasseuse et sa double vie était le sentiment profond qu’elle oeuvrait pour une bonne cause, qu’elle était au service du bien et pour quelque chose de plus grand qu’elle. Mais avec le recul, elle avait senti qu’elle avait besoin de se plonger de nouveau dans la société. De s’ancrer dans la réalité et de sortir des cauchemars qui hantaient en permanence chacune de ses nuits. Il lui fallait redevenir celle qu’elle avait toujours été, qu’elle reprenne la vie qu’elle avait quittée lors de son départ et qu’elle retrouve le feu qui avait brulé ses veines. Il lui restait encore tant de choses à accomplir et elle devait absolument retrouver l’énergie nécessaire aux différents combats qu’elle allait mener.

Pendant un instant, la belle eut une pensée pour Alexender et son visage s’éclaira d’un pâle sourire. Le baiser de son amant flottait encore sur ses lèvres. Revoir le hunter avait rempli son cœur de joie. Jamais de sa vie elle n’avait rencontré un homme de son tempérament. Malgré tout ce qu’il avait enduré, il s’était de nouveau lancé dans la bataille. Il ne manquait définitivement pas de courage et elle l’admirait, plus que qui conte. Le revoir avait été comme un baume sur son cœur meurtri. Pendant toutes ses nuits, elle s’était demandé ce qu’il avait pu lui arriver et ne pas savoir avait été pire que tout. Maintenant qu’elle le savait en vie, prêt à se battre de nouveau, elle sentait en elle renaitre une force et une volonté qu’elle croyait avoir perdue à jamais.

La jeune femme garda son regard de glace fixée la nuit, imperturbable. Son front clair posé contre la vitre froide, elle respira doucement et son souffle créait une légère buée contre la fenêtre. Pour cette grande soirée, l’héritière était magnifiquement vêtue même si sa toilette n’avait pas été d’une simplicité à confectionner. Tout d’abord, il avait fallu remplacer les fils d’argent qui composaient le vêtement. Puis, la couturière de la famille avait dû changer les mesures du patron 3 fois puisque la taille que faisait la belle héritière n’était plus pareille. Mais le résultat était splendide. Sa robe seule était d’une élégance à toute épreuve. Fait dans plusieurs tissus de soie, elle était d’un bleu marin profond, semblable à une nuit d’été. Les bordures et les rubans étaient brodés par de long fils d’or.  La traine arrière de la robe conférait à celle qui la portait une prestance dès l’instant où elle entrait dans une pièce. Comme le voulait la mode de la saison, le col du vêtement était large, dévoilant sa gorge blanche où brillait un pendentif en or blanc. Les manches de la robe étaient courtes, et retombaient délicatement contre ses épaules. Contrairement a ses toilettes habituelles, cette robe mettait en valeur les formes avenantes de la jeune femme dévoilant la blancheur de sa peau et la rondeur se ses seins. Si l’héritière ne souhaitait pas attirer l’attention lors de cette soirée, elle n’avait su refuser le plaisir de sa mère qui lui avait offert cette robe comme cadeau d’anniversaire. Pour compléter son ensemble, ses longs cheveux bruns avaient été remontés en un chignon savamment assemblé pour donner l’impression d’être négligé et retenu par un ruban noir qui dégageait une douce odeur de rose blanche. Quelques boucles descendaient le long de ses tempes et encadraient son regard d’azur.


-Mademoiselle?

La voix d’Anna tira la jeune femme de ses réflexions. Elle se redressa, tournant son beau visage où flottait un air mélancolique vers la domestique. Celle-ci se figea un instant, observant sa jeune maitresse qui resplendissait. Elle n’avait pu rien de cette petite fille qu’elle avait vue grandir, courant dans les corridors et tempêtant pour un oui et pour un non. Elle était devenue une femme magnifique.

-Vous êtes attendues...

Sarah remercia d’un signe de tête la jeune femme qui s’éclipsa dans une pièce. Il était temps. Après avoir replacé quelques plis soyeux de sa robe, la chasseuse se mit en marche, descendant l’escalier des domestiques d’où ont pouvait entendre les activités des cuisines. Le bruit des ustensiles et la bonne odeur firent sourire Sarah. Elle entendait au loin les jérémiades de Francatelli, le cuisinier que la famille engageait pour chacune de leur soirée. Ses plats étaient toujours des plus fins et des plus savoureux. Elle se souvient avec un certain délice des soirées de sa jeunesse où elle s’infiltrait en douce les soirs de bals dans la cuisine pour déguster quelques plats en cachette. Le bon cuisinier faisait toujours exprès de laisser de côté une cuillère remplie de chocolat qu’elle s’empressait de dévorer sous son œil satisfait. Personne ne résistait au chocolat de monsieur Francatelli. Relevant le bas de sa robe, l’héritière descendit le grand escalier, évitant habilement le hall d’entrée en traversa les pièces transversales. C’était l’avantage de sa demeure; pouvoir prendre les raccourcies qu’il lui plaisait. Sur ses talons, Anna s’assurait que sa robe ne subisse aucun accroc.

-Pensez-vous que le Comte sera présent?

Sarah se figea et releva la tête brusquement, comme si elle avait été brulée. Le Comte? Ici? La jeune femme secoua doucement ses belles boucles brunes. Non c’était impossible, sa mère l’avait assuré qu’elle ne l’avait pas invité. Cela devait être un événement privé pour célébrer son retour et son anniversaire. Et si jamais? Avait-elle envie de le revoir?


*tu ne me verras plus avant longtemps...souviens-toi de cette promesse*

Son cœur se serra d’envie et de crainte. Bien sûr qu’elle avait envie de le revoir, simplement pour savoir comment sa santé allait, glisser sa main le long de ses cheveux d’argents, caresser ses lèvres du bout des doigts. La belle secoua de nouveau la tête. Non, il ne serait pas présent, il valait mieux ne pas se faire d’attente. L’héritière s’arrêta devant l’une des lourdes portes qui menaient à la salle de bal. Le doute la saisit et l’angoisse se mit à serrer le creux de son ventre. Serait-elle à la hauteur? Il y avait si longtemps qu’elle n’avait pas brillé en société. Et si elle avait une crise? Ce serait une catastrophe. La demoiselle respira profondément. Derrière la lourde porte, elle entendait les rires, le bruit des conversations, la musique que jouaient les musiciens. Il y avait le tintement des verres et ceux des ustensiles, le bruit des souliers sur les dalles et le frottement des robes. Près de la porte, elle entendait aussi une voix perchée, sans doute une dame occupée à raconter une histoire quel conte.

-J’ai ouï dire qu’elle était devenue boiteuse et qu’elle louchait d’un œil également. C’est sans doute pour cela que ses parents n’osent pas la montrer. Il parait même que sa peau est verte comme les grenouilles.

Sarah se retint de rire devant l’absurdité des propos. Près d’elle Anna eut un air scandalisé et elle se mit à fixer la porte avant autant d’intensité que si elle avait regardé la dame dans les yeux. La Chasseuse ferma les yeux comme un acteur qui entrerait dans un rôle avant de monter sur scène. Ses lèvres sensuelles s’étirèrent en un sourire moqueur tandis qu’elle mettait son masque de la haute société. Il était temps que la reine s’avance et qu’elle fasse taire ces horribles ragots. Après un dernier sourire, Anna lui ouvrit la porte. Lorsque Sarah entra dans la pièce, les voix se turent et se changèrent en murmure. La dame qui se trouvait près de la porte se figea et son éventail tomba de ses mains, pendant lamentablement le long de la petite cordelette qui le retenait à son bras. Malgré la grandeur de la salle, tous les convives furent saisis de cette même stupeur. L’héritière fit quelque pas tandis que les lumières des lustres s’accrochaient sur le tissu de sa robe et faisait brillés les fils d’or. Pour ceux qui avaient déjà rencontré la jeune femme, ils furent saisis par l’immense changement qui s’était opéré chez la magicienne. Sa peau était plus pâle, son visage s’était affiné, ses traits étaient devenus matures. Le bleu de ses iris pétillait sous la lumière. Pour les autres, l’héritière était tout simplement splendide. Elle rayonnait. Rien à voir avec ce que les ragots des salons avaient pu raconter, rapportant que la jeune femme avait été défigurée ou atteinte d’une grave maladie depuis son retour. C’était une fleur délicate pleinement épanouie dont les pétales brillaient dans la nuit. Ses vêtements moulaient ses formes avenantes et sa silhouette fine qui ne laissèrent pas plus d’un homme indifférent. La jeune femme fit quelques pas dans la grande salle qui sembla reprendre vie alors que la surprise se dissipait. Quelques invités la saluèrent, d’autre lui souhaitèrent un bon anniversaire, aucun n’ayant l’indiscrétion de noté la date passée depuis longtemps. Sarah souriait, complimentait, remerciait tout en cherchant un visage familier qui puisse l’escorter à travers la salle, une pucelle n’ayant droit de le faire seule. Son père était introuvable tout comme une chevelure argentée qu’elle avait craint de voir au milieu des invités. Ce fut Lord Andrews le premier à réagir. Fendant la foule, il s’approcha d’elle en lui tendant le bras.

-Ma chère Lilibeth, qu’il est bon de vous revoir aussi en forme et d’une beauté époustouflante. Vous me faites presque regretter mon mariage.

Sarah eut un sourire à cette blague de bon cœur. Sous les traits de Gabriel, la jeune femme avait pu suivre les mondanités de la société. Elle avait appris que son cher ami s’était marié à une charmante demoiselle qui venait du comté de Kent. Une femme pétillante et très intelligente. Il filait le parfait bonheur et aucun des deux époux ne semblait malheureux de ce mariage arrangé. Ils traversèrent lentement la salle d’une part, car nombreux étaient les invités qui venaient rendre hommage à la jeune femme, mais aussi, car sa jambe blessée avait encore quelque raideur qui l’obligeait à réaliser des petits pas. Chacun voulait s’enquérir de ses nouvelles, lui raconter ce qu’elle avait manqué. On lui demandait comment allait sa santé, la complimentait sur sa tenu et Sarah faisait de son mieux pour paraitre agréable. Ses manières étaient douces, raffinées, d’un style et d’une élégance qui démontrait son appartenance à la haute société. Sa beauté naturelle et son charme mystérieux attiraient indéniablement le regard des tous. Elle salua sa mère qui l’embrassa chaleureusement. Madame Spencer lui apprit alors que son père était parti pour un entretien sur ses affaires, mais qu’il serait rapidement de retour pour ouvrir la piste de danse. Sarah acquiesça avec un sourire, ainsi son père avait-il trouvé un habile moyen de s’éclipser de la fête, lui qui les aimait si peu. Finalement Andrew la conduit à son cercle d’amis. Elle reconnaissait là sa jeune épouse Isabella, qu’elle ne devait pas encore connaitre, Matthew, le fils Lord Bellamy, secrétaire des affaires étrangères, Elizabeth Dantes, jeune veuve, Lord Darlington et son épouse ainsi qu’un jeune homme qu’elle n’avait jamais rencontrer au par-avant. C’était un homme de belle taille, ses yeux bruns brillaient d’une intelligence malicieuse et ses cheveux étaient courts et bien coiffés. Andrews se chargea des présentations.

-Permettez-moi de vous présenter Charles Honoré de Grimaldi, Duc de Valentinois.

-Et futur Prince de Monaco. Ajouta son épouse Isabella.

-Un Prince en attente de son royaume soupira tristement le jeune homme avant de s’approcher de l’héritière.

Sarah inclina doucement la tête et tendit sa main légère que le Duc se chargea de baiser.

-Mademoiselle laissez-moi vous dire que vous êtes tout à fait délicieuse.

La jeune femme lui rendit son sourire tandis que démarraient les discussions. Lady Darlington interrogea le jeune homme sur son Duché de Monaco dont personne n’avait réellement entendu parler. Passionné, le Duc décrit son royaume qui était secoué par les révoltes et comment lui et sa famille avaient du se réfugier en France. Sa coupe bien entamée dans sa main, Sarah écoutait d’une oreille discrète. Le vin était distribué, du champagne également. Les convives riaient, s’amusaient follement. La soirée était bien entamée.

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Image1: Victoria season 1 episode 7

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Chastity E. Stephenson
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MessageSujet: Re: Bal et intrigues à Spencer's House [01/06/42] Jeu 8 Mar - 22:28


Le Bal Spencer
intrigue
La jeune femme était tout sourire, toute galanterie et délicatesse. Elle agissait en grande dame, se tenant parfaitement, montrant toute l'étendue de son élégance à ces dames qui semblaient s'étouffer de jalousie. Elle nota, du coin de l'oeil, que la vieille Spencer la regardait avec un air réprobateur, derrière son éventail bien trop gros pour ses petites mains. Qu'importe, elle n'allait certainement pas faire scandale. Pauvre, pauvre Lady Spencer... Coincée dans sa pudibonderie et son corps qui croupissait chaque jour un peu plus, alors qu'elle conservait la fraîcheur d'une rose depuis près de trois siècles. Oui, il y avait de quoi l'envier, au fond.

Chastity essayait de voyager de groupes en groupes, évitant de rester plus que le temps requis avec ses interlocuteurs pour ne pas paraître malpolie. Elle passa un certain temps, cependant, à converser avec une femme de lettres invitée, sans doute sur le tard elle aussi. La Vampire avait toujours eu beaucoup d'estime pour Mary Shelley, dont l'oeuvre de jeunesse avait causé chez elle un écho perturbateur. A tel point qu'elle s'était demandé si cette femme n'était pas plus familière que ce qu'elle voulait bien admettre des races nocturnes qui hantaient Londres.

Au milieu de la foule, elle aperçut soudainement Ludwig et Ambre, des acolytes du Comte qu'elle avait déjà suffisamment vu pour pouvoir les reconnaître. Alors qu'elle s'approchait pour les saluer, elle sentit son coeur s'accélérer subtilement. Le Comte ne tarderait pas à se montrer si ils étaient déjà là... Et que pourrait-elle dire alors ? Délicatement, elle fit une légère révérence devant le couple, refermant subtilement son éventail.


- C'est un vrai plaisir de vous retrouver ici. Comment allez-vous ? Ambre, laissez-moi vous dire que votre robe vous sied à merveille.

Chastity était rodée aux compliments de société, mais l'actrice avait pu voir dans ses yeux qu'elle pensait réellement ce qu'elle disait. A vrai dire, la Vampire n'avait jamais eu une inclination pleine et exclusive pour la gent masculine. Si les circonstances avaient été différentes, la jeune femme aurait constitué sans nul doute une cible de choix. Elle se tourna pour embrasser la salle du regard et s'éventa délicatement, en essayant d'arborer un air mondain et détaché.

- Se pourrait-il que le Comte ait été retenu ?

Pendant un bref instant, elle avait espéré une réponse négative. Quand Ludwig lui expliqua de quoi il retournait, elle ressentit un mélange d'inquiétude, de soulagement, et quelque part un pincement au coeur. Toute cette affaire d'alliance commençait à se concrétiser et cela la touchait bien plus que ce qu'elle admettait. Une légère teinte de rose lui colora les joues. Était-il seulement possible qu'elle puisse ressentir quoi que ce soit ? Non. Absolument non. C'était son corps et uniquement son corps qui parlait. Un des effets indésirables de son état, à n'en pas douter.

Un petit frémissement lui fit tourner la tête. Une femme avait fait son entrée. Chastity la jaugea des pieds à la tête avant de hausser un sourcil. Cette femme était belle. Très belle. Chastity aurait eu du mal à lui refuser sa couche. Cependant, elle ne put s'empêcher d'admirer autant que de détester l'audace avec laquelle elle portait ses cheveux lâches. Indéniablement, il fallait du cran pour oser arriver de la sorte dans un bal regroupant toute la haute société londonienne. Du cran et également une belle dose d'irrespect. Même dans le bordel où elle avait officié au début du siècle, les filles tentaient de retenir un tant soit peu leur chevelure par une épingle lorsqu'elles quittaient la chambre. La jeune femme tenta de réfréner le rictus qui lui démangeait les lèvres et se tourna vers ses interlocuteurs.


- Qui est cette personne ? Je n'ai pas le plaisir de la connaître...

Chastity écouta. Une actrice, elle aussi. Une Comtesse. Une étrangère. Une femme qui se rapprochait également du Comte. Ce dernier point ne l'étonna pas. Après tout, Jirômaru sans sa cour de femmes n'était plus que l'ombre de lui-même. Cependant, quelque chose la chiffonnait. On en savait peu, bien trop peu sur elle. Une femme sortie de nulle part... Une Comtesse ET actrice de surcroît. Et évidemment, aucune famille connue... Tout ceci était trop beau, bien trop convénient. La jeune femme connaissait trop bien les rouages de l'usurpation et de la dissimulation d'identité pour ne pas se méfier. Cependant, par délicatesse, elle ne fit rien remarquer à ses deux interlocuteurs.

Elle allait leur demander de la présenter, lorsque la foule sembla se taire et qu'un même soupir de béatitude parcourait l'assemblée, devant l'arrivée de la jeune Spencer. La prime jeunesse lui réussissait parfaitement. Elle ressemblait à une impératrice, vêtue de la sorte. La vieille Spencer avait décidément vu les choses en grand pour le retour de sa fille... Au point de l'habiller d'un bleu qui était bien tapageur, pour une jeune femme supposément immaculée. Chastity trouva également que la traîne était de trop. On n'avait jamais vu de robe de bal pareillement taillée ! Se prenait-elle donc réellement pour une reine en manteau d'apparat, pour se pavaner de la sorte ? Il était certain cependant qu'à vouloir jouer les coquettes et impressionner la galerie, elle aurait le plus grand mal du monde à danser.

Chastity interrompit un instant le fil de ses pensées. Elle était bien trop fielleuse et sur la défensive. Pourquoi l'héritière Spencer la troublait-elle autant ? Comme une réponse inconsciente, ses mains vinrent se poser sur la pointe de son corsage, à l'emplacement de son ventre.


- Eh bien. Le moins que l'on puisse dire c'est que la famille Spencer a le sens des festivités.

Les discussions reprirent un peu. Quelques temps passèrent, jusqu'à-ce que l'orchestre se mette en place. Les danses ne tarderaient plus à débuter et Chastity s'en réjouissait d'avance. Son carnet de bal était déjà bien entamé mais elle avait laissé deux emplacements vides, pour une valse et une polka, dans l'espoir que le Comte viendrait les lui demander.
Elle ne l'avait toujours pas vu, à son étrange soulagement, lorsque la musique démarra. La jeune femme rejoignit son cavalier, Francis Seymour, un homme bien né, issu d'une branche cadette des ducs de Somerset. Il devait approcher les vingt-cinq ans et arborait une fière allure de soldat, malgré un air un tantinet renfrogné. Ils se placèrent en ligne pour un quadrille français, traditionnelle ouverture des bals, attendant le couple qui viendrait se mettre en face d'eux.

© FRIMELDA

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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Bal et intrigues à Spencer's House [01/06/42] Mer 21 Mar - 0:36



Bal et intrigues à Spencer's House

Comte Kei, Ludwig Zwitter et Ambre Ghrianstad

"Ce que je nomme abnégation
Peut être pour toi un affront."


Dans la salle de bal des Spencer
1er juin 1842


- Où avez-vous trouvé un tissu d'une telle qualité, Miss Grihanstad ?

Ambre jeta un regard amusé à la jeune marquise de York. Cela faisait près d'une dizaine de minutes que la demoiselle la complimentait sur sa mise et lui posait ce type de questions. Douce et aimable, comme à son habitude, la belle actrice demeura bienveillante et conciliante. Elle lui sourit et la laissa toucher la manche de sa robe aux teintes émeraudes et crèmes.

- Monsieur le Comte m'a aidée à le commander en Italie, fit-elle avec humilité.

- Et où se trouve-t-il en ce moment ? s'enquit la jeune femme avec un éclair d'avidité dans le regard. Monsieur le Comte ne viendra-t-il pas ce soir ?

Son ami, le marquis de Hastings, jeta un coup d'oeil vers l'entrée et intervint :

- Mademoiselle Ford l'aurait aperçu dans le hall.

La marquise étira un peu la nuque pour tâcher de voir l'entrée que l'homme lui avait désignée. Puis, elle jeta un regard à Ambre où se lisaient la curiosité absolue et une légère gêne.

- Il ne va pas tarder. Il discute avec Monsieur Spencer, affirma l'actrice afin de lui expliquer la situation.

- Ah ! Sans doute ont-ils beaucoup de choses à se dire, c'est vrai.

Un éventail immense, couvert de plumes blanches et grises, franchit alors le cercle qu'ils avaient créé et la duchesse de Bauge se présenta en compagnie de Ludwig. Apparemment, la jeune femme désirait prendre part à la conversation et le calice, qui s'était éclipsé un petit quart d'heure pour discuter avec d'autres convives, semblait la suivre bien malgré lui.

- Il paraît que Monsieur Keisuke a beaucoup aidé le Scotland Yard dans "l'affaire Spencer". Est-ce vrai qu'il s'est même rendu sur le terrain avec eux pour retrouver Miss Sarah ? demanda-t-elle avec entrain.

- Certains considèrent encore que c'est lui qui l'a fait enlevée...fit soudain une voix grave dans son dos. La duchesse sursauta et se cacha derrière son éventail en reconnaissant le vicomte de Castle Liod.

- Balivernes ! s'enflamma la marquise de York, sans doute aussi fâchée de son intervention indésirée que du contenu de ses paroles.

Le marquis de Hastings vint une nouvelle fois lui porter secours : il s'avança un peu pour lui intimer de ne pas s'énerver aussi indécemment et jeta un regard sombre au vicomte.


- Le bas peuple croit toujours que les plus éminents d'entre-nous sont impliqués dans les histoires les plus sordides, dit-il en esquissant un rictus mauvais. Ils n'ont pas toujours tort, remarquez...

Son regard en dit long sur ses arrières-pensées. Ambre sentit Ludwig soupirer près d'elle : les jacasseries de ces petits nobliaux devenaient déplaisantes. Quel besoin avaient-ils de hausser le ton à ce point ? N'allaient-ils pas gâcher la fête à se disputer comme des enfants sur des rumeurs ?

- Il semblerait tout de même que Mademoiselle Spencer ait été grièvement blessée. Je doute qu'elle soit en état de faire ce bal, ajouta le vicomte, comme pour jeter de l'huile sur le feu.

Cette fois, Ludwig intervint pour désamorcer la situation et dévier le sujet. D'une voix claire, il fit mine d'être contrarié et leva un peu les mains, à l'instar d'un soldat impuissant face à la violence d'une nouvelle bataille. Son jeu était excellent, ce qui fit grandement sourire Ambre.


- Par tous les saints ! S'il vous plaît ! Est-il bien nécessaire de s'attarder sur les rumeurs que les uns et les autres auraient entendues ? Ne devrions-nous pas tout simplement profiter de ce bal ? Sur ces mots, il se tourna vers la marquise de York et lui fit une courbette. Aurais-je l'honneur de danser avec vous ce soir, ma chère ?

La jeune femme rougit un peu et répondit à sa courbette d'un doux mouvement de tête. Elle accepta sa demande et inscrivit son nom dans son carnet. Le marquis et le vicomte se jetèrent un regard noir puis, comme s'ils s'accordaient à faire la paix ce soir, ils se saluèrent et se séparèrent. Bientôt, Ludwig se retrouva seul avec Ambre.

- Mon Dieu, j'avais oublié combien les mondanités étaient pesantes dans la foule. Il y a tant d'invités à saluer, tant de visages et de parfums ! gémit l'allemand en passant sa main sur son front comme pour en essuyer quelques gouttes de sueur.

- Nous venons à peine d'entrer, Ludwig. Il va falloir vous y habituer. Et puis, ce n'est qu'une fête privée. Le nombre d'invités est restreint. Il n'y a pas autant de monde que dans certains bals masqués. Souvenez-vous de celui qu'a tenu Von Ravellow, rit l'actrice en lui tapotant la main avec un sourire presque condescendant, c'était bien pire.

- Je n'y étais pas, trancha le calice d'un ton sec tout en affichant une moue amère.

Quelques minutes plus tard, Ambre aperçut Chastity Stephenson et leurs regards se croisèrent. La belle Vampire, à la chevelure aussi flamboyante que la sienne, venait les saluer. Ludwig, qui l'avait remarquée depuis un moment, se tourna vers elle avec un grand sourire. Il était jaloux de la relation que la scientifique entretenait avec son maître, et voyait leur alliance d'un mauvais oeil, mais si cette femme avait le loisir de divertir le Comte et de l'aider à travailler sur les Blood Tablett, si elle lui était utile et agréable, alors il l'intégrerait dans leur cercle et tâcherait de demeurer exemplaire en sa présence. C'était stratégique, sans aucun doute, mais aussi une manière pour le jeune esthète de faire de cette soirée une suite de rendez-vous galants, tous aussi charmants et délectables les uns que les autres.


- Miss Stephenson ! Mais tout le plaisir est pour nous ! Quelle joie de vous revoir. Cela fait un moment que le plaisir de contempler votre beauté ne m'avait pas été donné...

Ambre rit un peu. Décidément, le jeune calice était toujours aussi charmeur. Face au compliment que venait de lui faire la belle rousse, l'actrice lui fit un grand sourire.

- Je vous remercie. La vôtre est magnifique également.

Chastity était splendide. Sa robe épousait ses formes avec délice et son maintient, parfait, lui donnait des allures de reine d'un autre temps. La disciple songea que ce n'était pas pour rien que son maître en avait fait sa nouvelle amante. Elle était plus distinguée qu'Ilsa, plus désirable que Maria et sans doute plus mature que Sarah. On avait beau la conspuer dans le monde de la nuit pour sa nature ambiguë, il fallait reconnaître qu'elle était d'une rare beauté. Et puis, ses recherches étaient capitales pour leur espèce.
A sa question concernant le Comte, la jeune actrice laissa Ludwig lui expliquer ce qu'il en était : Jirômaru avait été intercepté dans le hall par un domestique qui l'avait vraisemblablement conduit dans le bureau de Monsieur Spencer. Apparemment, l'homme avait des choses à lui dire avant de le laisser profiter des festivités.
La petite moue que Chastity esquissa fut presque imperceptible, mais pas pour Ambre qui lisait aisément sur les visages. Quelque chose la chiffonnait dans cette histoire. Peut-être que la perspective du mariage la dérangeait plus qu'elle ne l'aurait imaginée ? Le Comte avait publiquement demandé la main de la chasseuse, leur alliance prochaine n'était donc plus un secret pour personne, mais peut-être que la belle Vampire aurait aimé avoir l'exclusivité sur le Prince...? Folie ! Jirômaru était un être impossible à attacher au bout d'une laisse. Libre comme l'air, du moins en apparence, le grand Vampire ne demeurait jamais bien longtemps avec la même femme. La fidélité, il ne la connaissait plus depuis longtemps.

Ambre sentit alors sur elle un nouveau regard. Doucement, elle tourna la tête pour jeter un coup d'oeil à la personne qui venait de la repérer et aperçut Miss Thornes. L'actrice sourit de plus belle. La nouvelle Cléopâtre de leur future pièce était particulièrement ravissante. Ravissante et provocante. Même de loin, elle dégageait une forme de sensualité très attractive.
La belle actrice se demandait si le Comte l'avait choisie pour le côté sauvage qui se dégageait d'elle. Sa beauté était différente de celle qu'arborait Chastity, mais elle était tout aussi intéressante. Jirômaru l'avait-il choisie surtout pour son physique ? C'était tout à fait possible. Mais, apparemment, le Prince aimait les originales, et les originaux d'ailleurs...C'était étrange cette manie qu'il avait de s'attarder volontiers sur un Vampire aux yeux noircis de khôl, une comtesse aux manières excentriques, une créature créée en laboratoire ou une chasseresse indomptable...Son exotisme et sa nature le poussaient-ils à rechercher l'extraordinaire pour se convaincre qu'il n'était pas seul ? Était-ce-là le fruit de tous ces siècles d'expérience ? A force de vivre, il avait sans doute besoin de nouveautés...

Chastity perçut elle aussi la belle actrice aux cheveux noirs. Ambre sentit que la complice de son maître n'était guère enchantée de l'apparence de Katherine. Il était vrai que de laisser ses cheveux défaits n'était guère convenable et que les regards pourchassaient le domestique qui la suivait comme son ombre. Quelle drôle de façon de se présenter à un bal !
Cependant, la rouquine se souvint du repas chez Sir Barry et de leur rencontre. Ce soir-là, Katherine s'était déjà présentée ainsi : libre et sans gêne face aux convenances qui ne lui plaisaient pas. Ce naturel, un peu osé, était aussi plaisant qu'intriguant. C'était comme si le vice était gravé sur son visage et que ses tenues figuraient son étendard pour revendiquer ses droits et aspirations.


- C'est Katherine Thornes, comtesse et actrice, expliqua Ambre à la belle Vampire. Elle vient de rejoindre notre troupe et jouera dans la prochaine pièce du Comte Keisuke. Nous l'avons déjà vue sur scène, elle est plutôt douée. Mon maître semble l'apprécier. J'ai hâte d'assister à la prochaine répétition. Quelle robe magnifique...

Ambre appréciait grandement les broderies d'or qui couraient sur le bleu pâle de sa tenue. Bien vite, elle songea à faire signe à sa nouvelle collègue afin qu'elle puisse les rejoindre, mais un murmure dans la foule l'arrêta dans son geste. Tous les regards s'étaient tournés vers une jeune femme particulièrement éclatante de beauté : Sarah Spencer. Ludwig émit un petit son de surprise et de joie en voyant l'héritière avancer dans la salle. Il attrapa doucement le bras de la belle Vampire aux boucles de feu et soupira dans son oreille :

- Comment voulez-vous que Monsieur le Comte n'en soit pas tombé amoureux ? Elle est réellement splendide...

Plus que Katherine ? Plus que Chastity qui se tenait toujours près d'eux ? Plus qu'elle-même ? Sans doute. Ambre ne savait pas ce qui donnait à cette jeune femme un teint aussi parfait, ni une allure aussi élégante, mais il semblait que la jeune chasseuse jetait un sort à tous ceux qui osaient poser les yeux sur elle. Une dose de candeur demeurait sur son doux visage, mais sa grande force intérieure se reflétait dans son regard d'une intelligence redoutable. Elle demeurait distinguée, la tête haute à la manière des grands aristocrates de ce monde, et ses manières étaient irréprochables. Ambre se souvenait bien de la fougue folle dont elle avait fait preuve sous l'Opéra ainsi que de sa façon de tenir tête au Comte en assassinant le beau langage que son précepteur lui avait enseigné. Quelle merveilleuse actrice ! Les mondanités ne semblaient plus avoir de secrets pour elle. Décidément, elle était bonne à marier.
D'ailleurs, à peine la jeune héritière était-elle entrée qu'elle se retrouvait déjà entourée de mille et un nobles venus lui présenter leurs bons voeux de rétablissement, saluer sa beauté ou lui proposer une danse. Un homme lui tendit bien vite le bras, comme pour la sauver des vautours qui s'apprêtaient à fondre sur elle. Puis, le duc de Valentinois en personne vint lui présenter ses hommages. C'était une scène...écœurante.


- Je pensais qu'elle entrerait au bras du maître...grinça Ludwig entre ses dents.

- C'est étrange oui...On dirait qu'elle n'est pas au courant de sa venue, répondit doucement la belle actrice en suivant du regard la jeune humaine qui saluait les parasites qui s'agglutinaient autour d'elle.

- Vous lisez ses pensées ? s'inquiéta le calice en lui jetant un regard soupçonneux.

- Le maître nous l'a interdit, fit-elle simplement sur un ton qui signifiait que jamais elle ne se le serait permis.

Profitant qu'elle croisait à nouveau le regard de Katherine, Ambre lui fit signe de la main afin de l'inciter à les rejoindre. Lorsque que la belle actrice et son majordome arrivèrent à leur hauteur, la Vampiresse fit les présentations.


- Miss Thornes, c'est un plaisir de vous revoir ! Comment vous portez-vous depuis la dernière répétition ? Laissez-moi vous présenter Miss Chastity Stephenson. Mais peut-être la connaissez-vous déjà de réputation ? Sa société gère l'élaboration et la fabrication de presque toutes les machines que vous pouvez trouver dans la capitale. La vapeur et les rouages n'ont plus de secret pour sa famille !

Malgré son enthousiasme apparent, Ambre songeait à son maître. Il commençait à tarder et cela ne lui plaisait guère...

**********

Dans le bureau de Dorian Spencer.

L'accueil du patriarche des Spencer parut particulièrement cordial à Jirômaru, ce qui le surprit légèrement. D'aucuns diraient même que son hôte se montrait « amical », aux vues du sourire et de la chaleur que l'aristocrate afficha. Pourtant, les deux hommes se contentèrent de se serrer la main, avec force, sans pour autant se tenir par l'épaule comme l'auraient fait deux amis. Les grandes effusions de sentiments n'étaient apparemment pas leur tasse de thé.
Après tout, leur relation n'était pas aussi développée que ce que les gens imaginaient. Dorian demeurait relativement distant par principes, mais sans doute également par peur de franchir certaines limites qu'il ne pouvait se permettre de franchir avant l'officialisation du mariage de sa fille. Le Comte n'était pas encore son gendre. Il fallait dire que Jirômaru était réputé pour sa droiture. Il n'était absolument pas du genre à montrer de l'affection à son prochain, à part peut-être à l'architecte Sir Barry, et demeurait très guindé en société. C'était un signe d'éducation et de respect.

Une fois installés en face à face, les deux hommes se dévisagèrent aimablement et échangèrent des banalités. Dorian s'enquit de la santé de son confrère, pour lui être agréable et faire les choses dans les formes. Le Comte lui fit un sourire de circonstance. Son bras était guéri, mais marqué à vie. Sa fertilité lui avait été arrachée contre sa guérison, ce qui le perturbait beaucoup, sans compter qu'il éprouvait une fatigue constante depuis la mort de Salluste et l'ingestion du sang de Joyce. De plus, il portait une charge mentale excessive depuis quelques semaines, notamment à cause de son mariage avec Sarah qui hantait chacune de ses pensées et de Crimson dont il n'avait pas de nouvelle. Sa santé était...mauvaise. Mais il ne pouvait pas entamer une discussion en se plaignant, d'autant que son mal tenait surtout à sa nature de Vampire.


- J'ai connu des jours meilleurs, c'est certain, mais je me porte mieux. Je n'ai pas à me plaindre.

Il était inutile de s'attarder sur le bandage qu'il portait sous sa veste pour cacher la marque de Kate, ni sur la fièvre qu'il avait peiné à éloigner de lui. L'émissaire de la Mort s'était montré un peu trop zélé, frappant tous les jours à sa porte pour lui délivrer le message funeste de sa maîtresse. Et il continuait, sournoisement, de le harceler à la moindre faiblesse. Mais que pouvait-il dire à cet humain ? Il n'avait qu'à hausser les épaules et lui sourire.
Heureusement, Dorian eut le bon goût de ne pas insister. Bien vite, le brave homme remercia le lord pour l'aide qu'il lui avait apportée au sujet de l'enquête pour retrouver sa fille. Sur le moment, Jirômaru se sentit grisé d'avoir réellement pu sauver Sarah des griffes du Sabbat. Mais, à mesure que le patriarche lui exposait sa gratitude, le Vampire dut se placer du point de vue des mortels et surtout des journalistes qui avaient rapporté l'affaire et broder un peu. Cela lui fut désagréable, mais il n'avait pas le choix.


- Je vous en prie, my lord. Sarah m'est très précieuse, je ne pouvais pas rester les bras croisés. Et puis, aider un homme tel que vous fut un honneur...Son regard se fit un peu plus distant : le mensonge lui pesait ce soir. Vous savez, je n'ai pas pu faire grand chose en réalité. Les agents du Yard exagèrent un peu mon rôle dans cette histoire. Je n'ai fait que les accompagner sur certains lieux, pour les soutenir, et leur donner des moyens supplémentaires, financiers et humains.

Que la réalité soit toute autre ne lui importait guère, mais de devoir jouer le modeste lui était pénible. Jirômaru n'était pas de ces êtres plein d'humilité. Autrefois, il aurait baissé les yeux et rougit naturellement. Aujourd'hui, trop conscient de ses capacités et de ses actes, il devait se forcer à jouer un rôle qu'il détestait.

Acceptant le verre de brandy que lui servit Dorian, l'ancien samouraï trempa ses lèvres dans le liquide brûlant et en but une petite gorgée. C'était un alcool qu'il n'aimait pas. Depuis sa vampirisation, les aliments demeuraient cendres dans sa bouche et les liquides présentaient moins d'attraits. Mais c'était surtout une question de goût et de culture. Malgré ses cinq cents quatre-vingt-neuf ans d'existence, il conservait un goût immodéré pour le saké, l'alcool fétiche de son pays d'origine. C'était assez inexplicable. Salluste et lui avaient d'ailleurs beaucoup conversé à ce sujet, et le disciple avait même enquêté dans ses moments perdus pour tenter de prouver que Jirômaru avait tout simplement mauvais goût.


- Merci.

Le Comte ne loua pas les qualités du brandy mais ne grimaça pas non plus. Il se contenta de poser le verre devant lui et de croiser les jambes pour se montrer un peu plus détendu.
Un homme entra alors discrètement dans le bureau. Il n'avait pas été annoncé et sa façon de se glisser dans l'ombre des boiseries déplut fortement au Vampire qui lui jeta un regard lourd de menace. Qui était cet homme ? Un ami de Dorian ? Comment osait-il venir les interrompre en brisant l'intimité qui s'était instaurée entre eux ?
Monsieur Spencer le présenta alors comme le secrétaire de sa famille. Jirômaru se força à adopter une expression plus douce. Le secrétaire ? C'était donc le moment de discuter de papiers administratifs...Sans doute le patriarche voulait-il lui montrer le montant de la dote de Sarah ou un document qui attestait le son consentement de père de famille à leur union.
Comme pour répondre à ses interrogations, Dorian sortit d'un tiroir un porte-document bleu roi et le fit glisser jusqu'à lui. Le Vampire se pencha un peu en avant pour lui jeter un coup d'oeil et le saisit entre ses mains gantées pour l'ouvrir doucement. Comme il s'y attendait, c'étaient des papiers relatifs à son mariage avec Sarah. Il enleva ses gants pour les feuilleter avec attention.
Au départ, son visage demeura détendu. Mais lorsqu'il comprit que c'était le contrat de mariage lui-même qu'il tenait entre ses mains et que c'était bel et bien l'écriture de Sarah qui brillait à la lueur des lampes, son coeur manqua un battement et ses lèvres frémirent. Après quelques secondes de stupeur, le Comte releva la tête. Ses yeux clairs revinrent se planter dans ceux du patriarche. L'homme sembla soudainement mal à l'aise et un lourd silence tomba entre eux.
Jirômaru baissa de nouveau les yeux sur le document et resta figé un moment, sans expression. Dorian tenta alors de lui paraître complice mais le Vampire ne fut pas réceptif à ses regards. Songeur, il réfléchissait aux enjeux que ces papiers représentaient : Monsieur Spencer lui offrait sa fille, son enfant unique, un héritage financier et sentimental, sa confiance...Ce n'était pas rien ! Il ne suffisait plus qu'une signature, la sienne, pour que ce mariage se concrétise. Une signature...Une simple signature...
Jirômaru ne pouvait plus détacher son regard de l'encre qu'avait déposé la jeune femme sur le papier. Avait-elle signé d'elle-même ? Vraiment ? Ou n'avait-elle fait qu'obéir à son père et céder à la pression sociale qui l'assiégeait de toutes parts depuis son retour ? Était-ce réellement ce qu'elle désirait ? Impossible...
Le Comte était ému. Son coeur battait la chamade dans sa poitrine et son silence en disait long quant à l'intensité de ses réflexions. Il savait ce qu'il devait répondre. Pourtant, sa gorge demeurait serrée. La présence du secrétaire se fit soudainement particulièrement pesante pour le Vampire. Cette petite mise en scène commençait à l'angoisser.

Dorian lui sourit, comme un père sourirait à son fils qui va enfin partir découvrir le Nouveau Monde. Jirômaru trouva son envie de le rassurer aussi aimable qu'ironique. Comme s'il avait besoin d'un tel soutien ! Le pauvre homme...S'il savait seulement à qui il souhaitait confier sa fille...
Le patriarche dut sentir la tension qui s'était installée. Il se sentit obligé de confirmer à son confrère ce qu'il avait vu : Sarah avait bien accepté le mariage. D'après lui, elle avait beaucoup réfléchi et les derniers événements l'avaient aidée à se décider. Il affirmait en outre que la jeune femme avait sans aucun doute développé des sentiments à son égard.
Le Vampire tiqua. Sarah avait-elle réellement manifesté de l'intérêt pour ce mariage ? Avait-elle vraiment développé des sentiments ? Il en doutait fortement. Après tout, elle n'avait jamais répondu à ses dernières lettres, même si elles dataient maintenant, ni envoyé de billet pour le remercier de son intervention au cimetière, pour lui souhaiter un bon rétablissement ou pour lui exprimer une quelconque gratitude quant aux bouquets de fleurs qu'il lui avait fait porter. Depuis Highgate, ils ne s'étaient pas revus. Cela faisait un mois.
Certes, Jirômaru savait que la belle se portait bien, notamment grâce aux sbires qu'il avait chargés de sa surveillance, mais hormis les retours que lui avaient fait ses hommes, il n'avait pas eu une seule nouvelle de la chasseuse. Comment pouvait-il croire qu'elle l'aimait ? Ne se dérobait-elle pas encore à son regard et à ses baisers ? Le Vampire jeta un regard légèrement soupçonneux à Dorian. Que lui avait-il donc dit pour qu'elle signe ?
Soudain, il songea que Sarah avait peut-être décidé que ce mariage pourrait la sauver des Vampires du Sabbat. Et si elle avait signé tout simplement pour se placer sous sa protection ? C'était possible...Depuis son enlèvement, elle avait vécu des soirées d'horreur et d'angoisse que peu étaient capables d'imaginer. La bataille du cimetière avait été le point culminant de ce cauchemar éveillé et la seule main tendue vers elle avait été la sienne. A travers de la brume, en dépit du danger et de ses blessures, il l'avait serrée dans ses bras et sortie de la tempête avant qu'elle ne s'y noie. Se lier publiquement à l'homme qu'il était lui assurait une véritable sécurité, au coeur de la nuit mais aussi en plein jour, aux sein de l'élite sociale anglaise. Elle deviendrait enfin l'Intouchable que les deux Mondes respecteraient et adoreraient.
La rendrait-il heureuse ? Dorian semblait en être persuadé. Quelle tristesse...Il savait bien que ce n'était pas vrai. Il lui offrirait un toit digne d'une princesse, des tenues de bal, des escarpins de verre s'il le fallait. Elle ne manquerait de rien. Son personnel serait sien, sa gloire de metteur en scène retomberait sur elle et sa place à la Chambre des lords en ferait une lady parmi les ladies. Mais serait-elle heureuse pour autant ? Non. Certainement pas. Jamais. Leurs natures, si différentes, les opposeraient toujours. Et son coeur, si froid, si dur, ne l'accepterait jamais tel qu'il était. Tout ceci n'était qu'une façade sociale, une grotesque scène qu'elle devra jouer jusqu'à sa mort pour tenir son rôle de femme et conserver ses privilèges.


- Qu'est-ce que le bonheur ? murmura Jirômaru pour lui-même.

Dorian ne l'entendit pas mais le secrétaire fronça les sourcils. Voir le grand homme si contrarié le rendait nerveux. Qu'attendait-il pour signer ? Allait-il prolonger plus longtemps cet affreux silence ?
Monsieur Spencer tira alors le Vampire de ses réflexions en lui annonçant que Sarah posait une seule condition à leur mariage. A ce mot, Jirômaru se redressa et ses mains se crispèrent sur le porte-document. Une condition ? Laquelle ? Qu'était donc ce nouveau caprice ? Dorian soupira. Sarah ne l'avait pas révélée à son père.


- Je devrai signer sans la connaître ? s'étonna le lord en écarquillant les yeux de surprise.

Que pouvait donc lui demander Sarah ? Tant de choses ! Et si peu à la fois...
Elle pouvait lui demander de protéger sa famille. Mais il le lui promettait sans cela...
Que pourrait-elle lui demander d'autre ?
De ne pas la toucher ? Elle en serait capable, rien que pour le frustrer à jamais. Mais alors, pourquoi le marier ? Cela n'aurait pas de sens.
De la vampiriser ? Non. Impossible. De toutes façons ce serait hors de question !
Cesser ses recherches pour retrouver Alexender ? Il ne se souciait déjà plus de cet homme tumultueux. A condition qu'il demeure loin de Londres, en exil, il ne le pourchasserait plus et ses sbires non plus. Cela, il pouvait le jurer.

Jirômaru réfléchit un peu à toutes les possibilités qui émanaient de cette information. Puis, il ferma le porte-documents et le tendit au secrétaire en fixant son regard.


- Vous pouvez le ranger et disposer. Je ne le signerai pas aujourd'hui.

Ce geste sembla plonger la pièce dans une espèce de stupeur hallucinée. Le silence qui suivit fut extrêmement gênant. Le grand Vampire appuya la porte-documents dans les mains du secrétaire et lui indiqua le couloir d'où il était venu. Ses yeux clairs brillaient d'une lueur qui ne présageait rien de bon pour lui s'il refusait de sortir. L'homme jeta un regard au patriarche et quitta la salle d'un air choqué.
Jirômaru attendit que l'homme ne disparaisse avant de ramener son regard sur le père de Sarah. Il avait conscience que son geste pouvait être pris pour une insulte, mais il ne comptait pas forcer la jeune femme et encore moins s'engager avant d'avoir entendu sa condition.


- Je préfère prendre mon temps, fit-il en saisissant ses gants pour commencer à les remettre. Je dois avoir un entretien avec Sarah, en tête à tête, pour avoir son avis sur ce mariage et pour connaître sa condition. Sans cela, signer ce document serait...irresponsable.

C'était vrai, mais ce n'était pas la seule raison qui avait retenu sa main ce soir. Cette fois, le lord avait décidé qu'il était temps pour lui de secouer son échiquier et de redisposer ses pions avec plus de sagesse. Dorian devait jouer son rôle.
Lentement, il ajusta ses gants sur ses longs doigts diaphanes et s'adossa contre son fauteuil. Il laissa le silence reprendre position entre lui et le patriarche. Puis, lorsqu'il termina de rajuster la dernière bordure de coton blanc sur son poignet, il plongea son regard dans celui de son hôte. Son visage avait pris une expression d'une gravité extrême.


- Je suis mourant, Dorian.

Cette phrase tomba entre eux comme un couperet. Face au regard que lui adressa l'homme, Jirômaru soupira :

- Le médecin ne me donne qu'une dizaine d'années, vingt ans tout au plus. La maladie que je porte ne se transmet pas, heureusement, mais nul n'y a trouvé de remède. Le Comte soupira et se passa une main sur le visage. Dites-moi : que pourrait donc apporter un homme tel que moi à votre fille, à part le deuil ? Un titre ? Un héritage ? Elle est déjà issue d'une des plus prestigieuses familles d'Angleterre. Je ne pourrais même pas lui faire d'enfants. Cette fois, une certaine douleur traversa son regard. Avec moi, vous n'aurez pas de petits-enfants. Sa grimace fut franche. Il se dégoûtait. Est-ce cela que vous voulez ?

Ce n'était pas une accusation mais une façon d'avouer au pauvre homme qu'il avait peu à offrir à sa lignée.

- Je vous jure, sur mon honneur, de toujours protéger votre fille. Le Vampire crispa ses mains sur le bureau. Car je l'aime, sincèrement, du plus profond de mon âme. Je l'aime. Jirômaru saisit le verre de brandy et laissa ses yeux couler dans son liquide brun. Mais je n'ai rien d'autre à lui offrir que la mort.

Le Comte avala d'une traite le contenu de son verre et se leva. Les deux mains sur le bureau, il serra les dents et soupira. Tant de pensées l'assiégeaient maintenant !

- Ecoutez. Je dois voir Sarah et mettre au clair de nombreuses choses avec elle. Je dois connaître sa condition et lui exposer la vie qui l'attend à mes côtés. Si tout ce que je vous ai dit ne la fait pas changer d'avis, et si sa condition est acceptable, alors je signerais ce document.

Le goût du brandy, dénaturé, lui sembla plus infâme que jamais. Mais ce n'était rien comparé à l'amertume qui étreignait son coeur.

- Dorian, je pense qu'il est préférable que ce mariage n'ait jamais lieu. Peut-être...Peut-être que je pourrais vous recommander quelqu'un pour me remplacer ?

Ô cruelle abnégation...

Made by Neon Demon


Crédit image: Album de Ivan Torrent, voir musique : Rêverie.


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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Katherine Thornes
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MessageSujet: Re: Bal et intrigues à Spencer's House [01/06/42] Ven 23 Mar - 16:46

Un bal était une occasion rêvée pour se sociabiliser, pour retrouver quelques connaissances et prendre des nouvelles de certaines personnes perdues de vue pendant quelques mois. Un bal réjouissait depuis longtemps les jeunes femmes encore pures qui désiraient trouver un fiancé. C'était un événement distingué auquel tout le monde s'appliquait à paraître le plus respectable, le plus digne et le plus intéressant possible. Les langues de vipère devenaient de véritables princesses afin de se faire remarquer pour leur élégance et souvent n'avaient aucun mal à critiquer leurs compères commères. Un bal était ainsi une belle source d'excitation. On s'attendait souvent à un banquet sublime qui ne manquerait pas de ravir les papilles de chacun, à des musiciens triés sur le volet qui permettrait à chacun de danser sur des valses parfaitement bien exécutées, à des honorables gens de rang vénérable sur leur 31. C'était aussi là que l'on remarquait les originaux, ceux qui souhaitaient être vus, être remarqués et qui voulaient qu'on parle d'eux. Katherine faisait peut-être parti de ces gens-là mais c'était devenu un comportement des plus naturels pour elle. Elle n'y prenait plus garde et se fichait désormais de ce que pouvaient dire ces rapaces de la société lorsqu'elle avait le dos tourné. Elle se connaissait, elle se savait excentrique pour beaucoup, provocante et même catin des hauts rangs. Cela ne faisait plus que l'indifférer. Depuis longtemps elle s'était faite à une réalité, parmi toutes ces personnes nul n'était son ami(e). Cela… lui manquait cependant. Les soirées où elle était invitée devenaient ternes aussi bien que la seule qui fut réjouissante fut l'invitation chez Sir Barry où elle avait pu rencontrer des aristocrates de son monde, des comédiens, des artistes moins regardant que certains des affaires.

Ce soir-là Katherine fit de son mieux pour faire bonne figure. Ce n'était pas gagné. Certains regards en disaient long sur ce qu'ils pensaient. Ainsi, ce fut par respect qu'elle alla tout d'abord saluer la maîtresse de maison qui avait du dépenser des sommes extraordinaires et bousiller un temps considérable pour préparer cette somptueuse fête. Sarah n'était toujours pas en vue, de toutes les manières que pourrait-elle lui dire ? Que son amant était incroyablement doué ? Qu'ils étaient près du but ?Qu'elle avait été soulagée de la savoir en vie.. ? Peut-être, mais se rappelait-elle au moins vraiment d'elle ? Se tirant de ses pensées, elle salua très courtoisement la Dame Spencer. C'était une femme tout à fait honorable, apprêtée et d'une politesse sans faille. Katherine n'en doutait pas, elle avait du être une très belle jeune femme. Les banalités furent ainsi posées sur la table. Quelle robe magnifique. Une soirée tout à fait agréable. Des remerciements pour l'invitation. Quelques politesses. Rien de bien excitant mais c'était ce que l'on attendait des femmes de leur rang. Lorsqu'elles eurent fini, Katherine salua à nouveau son hôte et la demoiselle qui l'accompagnait. Retournant dans un coin de la salle afin d'avoir une vue dégagée, Katherine s'empara d'un verre de champagne. Que pouvait-elle faire d'autre ? Elle n'était pas d'humeur à s'incruster dans une conversation, qui, et elle en était sûre, ne l'intéresserait pour rien au monde.

L'arrivée d'une personne en particulier la revigora pendant quelques instants. Ambre ! Si elle était là le Comte ne devait pas être bien loin. Elle était accompagnée d'un homme tout à fait élégant qui allait parfaitement avec la beauté de la jeune rousse. C'était un soulagement pour la jeune hongroise. Elle qui ne se sentait pas à sa place allait peut-être se sentir un peu moins seule. Ambre était une femme qu'elle appréciait. Une demoiselle polie des plus agréables qui ne manquait jamais de sourire ni même de sérieux. Elle ne la connaissait encore que très peu mais ce qu'elle avait vu d'elle lui plaisait. Son coeur se réchauffa un instant. Elle n'était plus vraiment seule. La regardant de loin elle fit un petit signe de la tête afin de la saluer mais ne s'approcha pas. La belle assistante du Comte était en pleine conversation avec une dame que Katherine avait plusieurs fois remarqué sans pourtant lui avoir parlé. Une autre très jolie rousse plus plantureuse cependant que la jeune artiste. Une femme qui ne devait pas passer inaperçue… d'ailleurs Michael qui restait un homme n'avait pas manqué de la détailler au loin sans s'attarder afin de ne pas être démasqué. Oui elle était désirable, la Comtesse ne pouvait pas lui en vouloir, loin de là. Rompant le contact une autre silhouette attira l'attention de l'actrice et de tous les convives présents ce soir-là. Sarah venait de faire son entrée. Elle paraissait rayonnante. Tous les convives s'étaient tus et à la place de vives paroles s'élevait un concert de murmures. Katherine avait pu entendre, par-ci, par-là, diverses rumeurs sur la jeune femme comme quoi elle se serait enlaidie. Un fin sourire étira les lèvres de l'aristocrate. Oh non, l'héritière des Spencer était bien plus belle que ce qu'ils avaient imaginé. Une beauté… froide. Même si la Hongroise était assez loin de la Huntress quelques détails ne lui avaient pas échappé. Sarah s'était amincie, ses yeux brillaient d'une nouvelle lueur, lueur qu'elle ne possédait plus lorsqu'elle l'avait rencontré dans l'auberge mais qu'elle avait retrouvé à l'évocation du nom d'Alexender. Elle n'était plus la jeune femme qu'on évoquait dans les journaux, non la demoiselle était devenue plus que ça, Sarah avait grandi.

- Elle est magnifique n'est-ce pas.. ? Cela me réchauffe un peu le coeur de la voir si souriante… pourtant nous ne nous connaissons qu'à peine… souffla t-elle à Michael.

- Pas plus que vous, Mademoiselle.

- Tu n'es pas objectif Michael…
Elle posa doucement sa main dans la sienne pour la serrer quelques instants comme si elle redoutait qu'il ne la quitte. Je le comprends…

Sa pensée pour Alexender étonna le majordome. Peut-être souriait-elle parce que la voir de si bonne mine réjouirait le noble déchu ? Lentement la main de la Huntress s'échappa de la sienne. Son evie de la rattraper était terrible mais face à ces regards assassins il ne pouvait être avec l'homme qu'il était en Hongrie.
Tandis que l'actrice portait à nouveau son verre de champagne à ses lèvres elle croisa le regard d'Ambre et lui adressa un petit sourire. Katherine fut un peu surprise de la voir lui faire un signe et sans se poser plus de questions elle donna son verre à son majordome et traversa la salle sans se soucier de trouver un compagnon pour la guider. D'une démarche assurée et souffle, la demoiselle fendit la pièce et se rapprocha du petit groupe. Aussitôt sa mine attristée et ennuyée disparut. Elle leur offrit alors un magnifique sourire et exécuta une révérence courtoise. Derrière elle Michael s'était incliné, le visage figé dans un petit rictus d'agacement. Tous le prenaient pour ce qu'il n'était pas mais qui pourrait expliquer aux quelques connaisseurs de géopolitique que le descendant des Nadasdy, noble famille hongroise à la tête de l'armée, n'était pas mort depuis plus d'un siècle mais encore jeune et en bonne santé ? Cela avait été un choix de se nommer Majordome, un choix afin d'accompagner partout où elle se trouvait la femme qu'il admirait.

- Ce plaisir est partagé Miss Ghrianstad ! Je me porte merveilleusement bien et vous ? Vous êtes ravissante une fois de plus.

Se tournant vers Chastity Katherine inclina légèrement la tête et s'exclama :

- C'est un honneur de vous rencontrer enfin Miss Stephenson. Vos inventions ont fait avancer Londres à pas de géants ! Vous êtes de ces gens que l'on admire. Katherine Thrones, actrice, enchantée.

Ses yeux s'étaient plongés dans les siens. Katherine ne faisait pas de grands efforts pour paraître agréable. Elle l'était. Elle aimait rencontrer du monde tant qu'on ne lui cassait pas du sucre sur le dos. Elle avait cependant un étrange pressentiment, d'arrogance peut-être de mépris. Cela ne l'étonnerait pas.



"Parce qu’on se sent quelques fois seul, délaissé, abandonné, rejeté. On pense alors à la seule échappatoire possible : la mort. On manque de cran, on a peur. Et on finit par y renoncer en choisissant la facilité : tuer."
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Sarah Spencer
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MessageSujet: Re: Bal et intrigues à Spencer's House [01/06/42] Dim 1 Avr - 19:48

Bal et intrigues à Spencer's House

Le destin semblait tout mettre en oeuvre pour les séparer à jamais


Le bal était splendide; les robes aux mille couleurs, les étoffes, les parfums, toute la pièce semblaient transcender dans une atmosphère mystérieuse et merveilleuse. Sarah sentait sa nervosité disparaitre en même temps que le champagne dans le verre qu’elle tenait entre ses mains. Elle qui ne tenait pourtant pas bien l’alcool, elle se sentait devenir légère en terminant sa coupe qu’elle reposa dans le plateau que l’un des domestiques lui présentait. Son entrée avait été remarquée, elle avait salué quelques connaissances avant d’être entrainée à l’écart, à l’autre bout complètement de la salle, le long de la terrasse. Pourtant, traverser la pièce n’avait pas été chose aisée, on se pressait pour venir l’observer de plus près, cherchant la moindre faille, la moindre blessure sous sa carapace dorée. On pensait remarquer son boitement, ou une couleur terne de sa peau, un œil qui louchait. Et si ses gants blancs ne cachaient pas une nouvelle difformité? Des rapaces autour d’une proie, voilà ce qu’ils avaient tous l’air à l’observer de leurs yeux avides. Elle aurait pu défiler complètement nue devant eux qu’on aurait murmuré qu’elle cachait encore quelques choses. En vérité, sa beauté semblait choquée, elle qui était si ravissante dans sa robe. Pourtant, il y avait tant de beauté dans la pièce. Au bras d’Andrew, la jeune femme avait salué quelques célébrités, effleurant des salutations et des semblants de conversations. Elle était aimable, souriante, conciliante. Pourant, si son attention semblait fixe, ses yeux bleus n’avaient pu s’empêcher de parcourir la salle à la recherche de silhouette familière. Peut-être Eulalia accompagnerait-elle sa tante? Où encore croiserait-elle Katherine? Et si Alexender avait décidé de se présenter sous un déguisement? Mais une partie de la magicienne chercha une silhouette bien particulière au milieu de la foule. Instinctivement, elle s’attendit à voir le Comte parmi les convives. Sa taille imposante lui faisant dépasser la plupart des habitants, elle l’aurait facilement reconnu. N’y avait-il pas une possibilité qu’il se soit glissée parmi les invités? Non, il n’était pas venu. Cette nouvelle la laissa à la fois déçue, mais rassurée. Son pas lui avait semblé plus léger alors qu’elle s’était jointe au petit groupe d’Andrew. Ses amis étaient aimables, de bonne connaissance à elle pour la plupart.

Le regard fixe, la belle héritière écoutait d'une oreille distraite les bavardages du petit groupe qui s'était formé autour d'elle. On discutait de politique, des événements de la saison, des affaires des gentlemans, de la future chambre du bébé pour les Andrews... La Chasseuse sentait sa nuque brûler sous les regards qu'elle savait porter sur sa personne. Il lui semblait entendre les commérages, les jugements, les regards d'envie, de curiosité, de suspicion et de jalousie qu’on adressait à son dos. Les éventails s’agitaient, les messes basses se racontaient derrière des sourires... Elle n’en avait cure, ce n’était pas la première fois qu’elle se retrouvait au centre de l’attention et ce n’était certainement pas ce soir qu’elle allait se laisser de nouveau sombrer dans le doute et la tristesse. Le dos droit, un visage fier, elle avait retrouvé le port altier et le maintient qui lui avait souvent valu des remontrances d’orgueil et d’arrogance. Mais ce n’était pas cela; elle refusait simplement de baisser les bras.

Cette nouvelle force lui venait de sa rencontre avec Alexender quelques jours plutôt. Revoir son amant avait ravivé la flamme intérieure qui brulait en la belle chasseuse. Il était en vie, si beau et si vivant, il lui était apparu comme une vision qu’elle avait enterrée au plus profond de son cœur. Ils avaient pu discuter, bien cacher à l’abri dans les ruines de ce qui avait continué autrefois les quartiers de l’ancienne guilde. Ils avaient pu s’apprivoiser de nouveau, panser leurs blessures que le temps et les épreuves leur avaient causées. Elle avait de nouveau senti ses lèvres contre sa bouche, son rire contre ses oreilles, ses bras contre son corps. Comment avait-elle avait pu penser qu’il l’avait oublier? Et ce nom qu’il lui avait donné pour leur communication dans les journaux. Il lui tardait déjà de pouvoir fixer de nouveau un autre rendez-vous avec lui. Pourtant, son cœur s’était serré lorsqu’elle l’avait laissé s’enfoncer dans les corridors sombres des souterrains de l’Oratoire. Elle venait à peine de le retrouver qu’elle avait déjà l’impression qu’ils se disaient de nouveaux Adieux. Tout les séparait, Alexender était encore un fugitif, et elle devait poursuivre sa mission. La belle héritière ne lui avait rien dit au sujet du bal et de son accord sur le mariage avec le Comte. L’instant lui avait semblé trop beau pour le gâcher avec une telle annonce. Il n’aurait sans doute pas compris.

Sarah laissa son regard se perdre un instant à la foule qu’il l’entourait. La musique, l’ambiance, toute cette joie naïve et quelque peu dérisoire. Cela lui mettait un peu le cœur à la fête. Elle revenait dans son élément, dans un terrain connu, où les complots se tramait derrière des sourires et des éventails et où ce qu'on risquait de perdre était sa réputation et non pas sa vie... c’en était presque... rassurant.



***

Les yeux brillants, Monsieur Spencer observait son futur gendre parcourir le document qu’il lui avait remis. Le Comte prenait son temps, relisait le contrat encore et encore. Dorian appréciait cette attitude. Pour rien au monde il n’aurait voulu voir sa fille liée à un être trop empressée ou trop fougueuse. C’était bien mal connaître le Prince des vampires dont beaucoup savait esclave de ses émotions. Pour le père de famille, Jiromaru semblait de nature calme, méticuleuse, avançant de manière méthodique et réfléchie plutôt que d’opter pour la manière brusque. Une nature calme, mais non pas moins dangereuse. Depuis des années qu’ils s’étaient croisés dans les divers clubs et soirées mondaines, jamais il n’aurait pu penser qu’un tel homme aurait pu tomber amoureux de sa fille. Il fallait dire que Sarah n’avait jamais manqué de heurter l’imaginaire social. Dès son entré dans le monde, elle avait fait l’éloge et le bouc émissaire de plusieurs ragots et potin. Vu son âge avancé, son 21 em anniversaire célébré il y a quelques semaines déjà, on lui avait prédit un avenir de vieille fille à jamais attacher à sa famille. Un véritable fardeau et échec social pour leur époque. Elle était beaucoup trop sauvage, trop têtue et parfois même emportée pour accepter d’être mariée. Dorian se sentait quelquefois responsable de l’attitude rebelle de son unique enfant. Là où il aurait dû la gronder, il avait garder silence, toute les fois où il aurait dû la punir, il l’avait admirée et chaque fois qu’elle avait ridiculiser un prétendant trop stupide au moyen de ses mots ou humilier ses consoeurs avec ses talents d’archères, il en avait été fier.

Mais peut-être était-ce cela qui avait charmé le Comte; une jeune femme belle mêlée d’une grande intelligence, d’une attitude si vivante, si pétillante. Peut-être Sarah réussirait-elle à ramener un peu de joie et de lumière dans une existence que Dorian percevrait comme sombre. Et peut-être aussi ce mariage parviendrait à effacer les rumeurs qui prêtaient au Comte de nouvelles liaisons. Le père de famille avait bien entendu les ragots qu’on lui avait rapportés de la soirée de Sir Barry où le grand homme avait disparu pendant une longue heure avec une comtesse dont beaucoup savait les mœurs légères. Puis il y avait ces allégations avec cette Stephensons dont peu de personnes avaient entendu les murmures. Dorian espérait que Sarah agirait comme une ancre qui réussirait à remettre l’aristocrate dans le droit chemin. Oui, elle avait indéniablement envouté cet homme. Jamais Dorian n’avait vu le grand homme hésiter à ce point. Il relisait le document, encore et encore comme s’il n’arrivait pas à croire qu’il tenait entre ses mains l’aboutissement de sa requête. Après tout ce qui s’était passé, Monsieur Spencer comprenait parfaitement bien l’ahurissement du Comte. Quelques semaines plutôt, Sarah quittait leur demeure en grand fracas, criant sur tous les toits qu’elle préférait mourir plutôt que de se marié avec lui. Puis elle avait disparu, entrainant chagrin, colère et tous avaient contribué de leur effort pour la retrouver. Malgré ce que disait le Comte, Dorian sentait qu’il avait joué un plus grand rôle que ce que le Yard lui avait rapporté. Et voilà qu’ils arrivaient enfin à l’aboutissement tant espéré.


- Vous pouvez le ranger et disposer. Je ne le signerai pas aujourd'hui.

Un silence de mort tomba dans le petit bureau et si le visage impassible de monsieur Spencer ne laissait rien paraitre, ses yeux s’assombrirent, son bleu si bienveillant devant aussi dur que la glace. Le silence dura, s’allongea, puis la porte se referma, laissant le secrétaire Dunburry quitté la pièce. Le Comte venait de refuser de signer le document qui aurait officialisé son union avec l’héritière de la famille Spencer. La première excuse qu’il offrit glissa sur l’orgueil de Monsieur Spencer sans l’atteindre. Il était coutume de leur époque que les époux se marient sans nécessairement se connaitre. Cela ne prenait que l’accord des deux parties et la signature de l’évêque pour qu’une union soit officielle. Et lui, il refusait à présent la main de la belle qu’il avait si effrontément demandée lors d’une pièce de théâtre devant toute la bonne population? L’échec était cuisant, l’affront important. Plus d’un homme se serait emporté devant un tel manque de tact, aurait attraper le prétendant qui se désistait de cette manière par le col pour le flanquer à la porte sans plus de cérémonie. Oui, cette idée effleura l’espace d’un instant le caractère fougueux de Dorian pour qui l’enfant comptait plus que tout. Mais l’homme était vieux et les années l’avaient assagi. Après un profond soupir, il saisit son verre dont il prit une grande gorgée avant de se caler dans son fauteuil. Un nouveau silence s’installa pendant que les deux hommes se dévisagèrent. Dorian n’était pas stupide et si la colère avait saisi son cœur, il attendait à présent les explications dont il sentait que son comparse allait lui divulguer. Il observait maintenant Jiromaru comme on observe un adversaire politique, attendant qu’il ne daigne souffler ses arguments avant de contre-attaquer.

-Je suis mourant, Dorian.

La phrase tomba comme une enclume dans le silence déjà lourd de la pièce. À cette annonce, Lord Spencer ne put s’empêcher de hausser les sourcils, frapper d’une stupeur extrême. Le Comte? Mourant? Depuis combien de temps? Comme pour répondre à ses interrogations silencieuses, le vampire poursuivit :

-Le médecin ne me donne qu'une dizaine d'années, vingt ans tout au plus. La maladie que je porte ne se transmet pas, heureusement, mais nul n'y a trouvé de remède. Dites-moi : que pourrait donc apporter un homme tel que moi à votre fille, à part le deuil ? Un titre ? Un héritage ? Elle est déjà issue d'une des plus prestigieuses familles d'Angleterre. Je ne pourrais même pas lui faire d'enfants. Avec moi, vous n'aurez pas de petits-enfants. Est-ce cela que vous voulez ?

Dorian ne répondit pas. La situation le prenait de court. Bien sûr, comme plusieurs, il avait remarqué les absences du Lord, ses excuses fréquentes au sujet de sa santé, ses apparitions nocturnes, sa peau froide et les cernes qui ornaient ses yeux. Mais jamais il n’aurait imaginé que le Comte puisse être mourant. La question se posait; était-ce qu’il souhaitait pour Sarah? Lord Spencer laissa son attention se porter au loin. L’on entendait les invités arrivés dans le hall, la musique de la salle de bal, les odeurs qui venaient des cuisines... Toute cette vitalité lui semblait à présent dérisoire après ce que le Comte venait de lui annoncer. Bien sûr, comme n’importe quel père de famille, il souhaitait le meilleur pour son enfant; un bon mari, une bonne situation et une descendance pour promouvoir la lignée de la famille. Comment pouvait-il maintenant consentir à cette union qui n’apporterait rien à la famille?

- Je vous jure, sur mon honneur, de toujours protéger votre fille. Car je l'aime, sincèrement, du plus profond de mon âme. Je l'aime. Mais je n'ai rien d'autre à lui offrir que la mort.

Dorian grimaça de nouveau devant une telle fatalité. Un silence s’installa de nouveau. Lord Spencer ne savait pas comment réagir. Que devait-il dire? Que devait-il faire?

-Je comprends…

Finis par murmurer le vieil homme. Ah oui, il le comprenait, plus que ce que le Comte pouvait croire. Dorian avait espéré que cette soirée se graverait dans la mémoire des jeunes amoureux, qu’ils arrivaient enfin à l’aboutissement d’une lutte et d’une conquête amoureuse qui frapperait la société. Mais au lieu de cela, une nouvelle épreuve se dressait devant cette union.

- Dorian, je pense qu'il est préférable que ce mariage n'ait jamais lieu. Peut-être...Peut-être que je pourrais vous recommander quelqu'un pour me remplacer ?

-Vous remplacer?

Cette fois, Dorian eut un triste sourire. Si seulement c’était aussi simple. Comme si l’amour se commandait, comme s’il était possible de faire battre un cœur d’amour par simple volonté. Le père de famille poussa un nouveau soupir lourd. Il trouvait cela presque drôle. Le Comte pensait pouvoir trouver un remplaçant à pousser dans les bras de Sarah. Malheureusement pour lui, ce n’était pas de n’importe quelle pucelle dont il était question. La belle héritière n’avait jamais été encline à se laisser aller à ses pulsions. Jamais Dorian ne l’avait vue soupirer pour un homme. Elle les avait toujours jugés avec parcimonie et une froideur méticuleuse. Non, Sarah n’était pas une simple pièce d’échec qu’on pouvait interchangé selon la tactique utilisée. Monsieur Spencer prit une nouvelle gorgée.

-Vous savez, ce n’est pas à moi de prendre cette décision...

Monsieur Spencer se leva à son tour et saisit la main du Comte qu’il serra entre les siennes comme il l’aurait fait avec un vieil ami.

-Cher Comte, profitez de cette soirée pour vous amuser et passer du temps avec elle. Si vous n’avez pas le temps d’avoir cette fameuse discussion, nous en planifierons une cette semaine pour que vous ayez le temps de mettre les choses au clair entre vous...

Après un dernier regard, Dorian laissa le Comte quitter la pièce par la porte de devant où l’attendait un domestique pour le conduire de nouveau dans l’entrée pour qu’il puisse accéder à la salle de bal avec les derniers invités tardifs. Une fois que le grand homme eu quitter son bureau, Dorian soupira, esquissant une nouvelle quinte de toux qu’il tenta d’atténuer dans son mouchoir. La peste de cette situation. Il espérait bien que ce bal rapporte de la joie dans cette demeure, mais la famille semblait être maudite.

-Vous ne lui avez pas dit?

Dorian esquissa un regard oblique en direction de la porte latérale par laquelle son secrétaire était de nouveau entré. Jamais bien loin quand on avait besoin de lui, il avait sagement attendu que le Comte s’éclipse avant d’entrer de nouveau dans le bureau.

-Non...

Marmonna le Lord tout en s’empressent de ranger son mouchoir souillé dans le tiroir de son bureau. Dorian demeura dos à son secrétaire, cherchant à reprendre son souffle. Il n’avait pas besoin de se retourner pour savoir l’air qu’affichait son ami de longue date.

-Allons, Dunburry, il est l’heure d’ouvrir ce bal! lança Lord Spencer d’un ton qui se voulut joyeux, mais qui ne réussit qu’à refléter la détermination qui avait de nouveau saisi son regard.

Empruntant la porte par laquelle il était arrivé, Dorian saisit de nouveau les raccourcis pour entrer dans la salle de bal où son apparition fut salué par quelques applaudissements de joie. Son regard paternel fouilla la salle rapidement. Il ne voyait pas la silhouette du Comte, tant mieux, cela ne laisserait rien filtrer de leur rencontre clandestine. Une silhouette saisit le regard de l’homme et un sourire sincère étira ses lèvres. Sarah était bel et bien là. De l’autre côté de la salle, entouré d’Andrew et de quelques demoiselles, elle rayonnait. Si cette vision ne suffisait pas à faire changer le Comte sur sa décision, c’est qu’il était fou tout simplement. Le père de famille soupira, il lui fallait ouvrir la piste de danse.

***

Comprenant que son absence dans ses pensées commençait à se faire remarcher. La chasseuse porta de nouvelles attentions à la conversation qu'entretenaient les gentlemans. Ils discutaient joyeusement d'une affaire dans laquelle Lord Andrews s’était associé avec la compagnie de la jeune Stephenson. Du coin de l’œil, Isabella se chargea d’indiquer la demoiselle en question à l’héritière Spencer. Tout en écoutant les détails de leur affaire, le regard bleu de la belle se chargea d’observer l’ingénue dont elle avait tant entendu parler. Chastity était tout simplement splendide. Une chevelure de feu comme on en voyait rarement dans les grandes soirées aristocratiques où le sang bleu se chargeait bien souvent de régulariser l’apparence des nobles. Elle portait une robe somptueuse dont la couleur faisait ressortir l’éclat de sa peau. C’était une femme magnifique qui ne cessait d’attirer les regards, si elle en jugeait par les quelques gentlemans qui se pressait à ses côtés, sans doute envieux de pouvoir lui arracher une ou deux danses. Mais ce qui fascina le plus la magicienne fut les inventions dont on lui relata rapidement les capacités. Des machines à vapeur? Vraiment?

-Comme c'est ingénieux!

L'exclamation lui avait échappé, et sa curiosité avait pris le dessus. Andrews lui sourit d’un air entendu. Il savait qu’une telle intrigante aurait tôt fait de capter l’attention de la jeune femme. Darlington et Matthew s’avancèrent un instant sur la fiabilité des machines et sur la compagnie de la jeune entrepreneur. Les deux hommes avaient eu l’occasion d’observer les prototypes de la jeune Stephenson lors du bal qu’elle avait donnée dans sa demeure. Mais leur opinion misogyne s’afficha rapidement. Devant des commentaires aussi injustes, Sarah leur adressa un regard récalcitrant.

-Je trouve plutôt dommage de ne juger que sur le sexe du créateur pour se faire une opinion de l'œuvre.

-Une femme est comme une fleur qui faut conserver loin des lumières lui répliqua Mattew. Elles ne devraient pas avoir accès au pouvoir, et se contenter de faire le rolle que Dieu leur a confié; enfanter et faire prospérer les lignées.

Sa remarque piqua au vif la jeune femme qui plissa les yeux devant un tel manque de courtoisie. Les dames du cercle agitèrent leurs éventails pour marquer leur mécontentement. Une lueur dangereuse s’alluma dans les iris pâles de la demoiselle. Sans se départir de son sourire, elle s’adressa au jeune homme qui tourna vers elle un regard ou brillait la convoitise. Sarah le laissa terminer sa phrase sans broncher. Il s’était trop avancé sans même voir qu’elle venait habilement de lui tendre un piège.

-Peut-être avez-vous raison Lord Bellamy...

Andrews qui allait porté sa coupe a ses lèvres figea son geste et jeta un regard stupéfait à Sarah. Avait-il bien entendu? Comme sur un ton de confidence la belle héritière s’approcha de lui.

-Je suis certaine que notre reine serait d'accord avec vous, peut-être devriez-vous lui en glisser un mot lorsque vous irez lui rendre visite avec votre père?

Matthew ouvrit les bouches, mais la referma aussitôt. Loïc étouffa un sourire et le Prince Grimaldi eut un rire sonore qui fit tourner quelques têtes en leur direction. L’implacable rhétorique de la Chasseuse avait fait effet, le jeune homme blêmit. Il ne pouvait plus rien ajouter sans risquer de s’enfoncer. De bonne guerre, le groupe reprit leur discussion. Sarah sourie, elle n’avait pas perdu la main après tout. Elle était tout de même heureuse qu’on la laisse en paix. Son regard se porta de nouveau sur Miss Stephenson à laquelle s’était jointe une nouvelle silhouette. Katherine! Aussitôt qu’elle l’aperçut, la Chasseuse fut portée à lui faire signe, mais elle retint son geste juste à temps. Aux yeux de tous, elles n’étaient pas supposée se connaître. Isabella observa son regard et s'approcha d'elle pour lui narrer qui était cette nouvelle apparition. Une veuve, hongroise, une Comtesse, une actrice, la nouvelle recrue de la troupe du Comte paraissait-il. Cette remarque jeta un malaise à Andrews qui lança un regard entendu avec son épouse.

-Je vois se contenta de répondre la magicienne.

En les observant, Sarah sentit un poids apparaitre dans le creux de son estomac. Elles étaient trois. Ambre, Chastity et Katherine. Trois femmes magnifiques, merveilleuses, qui gravitait autour du Comte. Comment pouvait-elle rivaliser avec trois grâces à la beauté fascinante? Les femmes riaient et discutaient entre elles, accompagner par l’un des nobles de la demeure de Jiromaru, un calice sans doute. De loin, on aurait pu prendre les deux rousses pour des sœurs tant leur chevelure de feu se ressemblait. Leur peau était pâle, comme une porcelaine des plus fines. Sarah tiqua. Mademoiselle Stephenson était certainement une immortelle. Une de plus qui entrait dans l’échiquier géant du Comte. Quelle place lui accordait-il? L'idée que le Prince puisse être ici ne n'effleura même pas l’esprit de l’héritière. Elle gardait de lui l'image de leur dernière rencontre sous l’Opéra; celle d'un homme fragile, affaibli par les siècles, les combats, la maladie. Elle se souvenait de l'immense fragilité qu'il lui avait montrée, plus démunie que jamais, et cette image restait encrée dans le creux de ses prunelles couleur tempêtes. Imaginer qu’il puisse s’être remis de sa maladie lui semblait impossible. Ce qui inquiétait la Chasseuse était de voir la soudaine proximité de Katherine avec la belle Ambre, qu'elle savait fidèle complice immortel du Prince. En toute connaissance du complot, elle se doutait  que la présence de la Comtesse près des membres de la troupe du Comte n’était pas anodine. La musique changea, la piste de danse allait s’ouvrir. Le regard bleu de la demoiselle se porta sur ses parents qui prirent place au milieu de la salle pour ouvrir la piste de danse. Ce fut avec un grand plaisir qu'elle vit son père réapparaitre juste à temps pour conduire sa mère sur la piste de danse. Aussitôt plusieurs danseurs se joignirent à eux donc la ravissante mademoiselle Stephenson.

-Souhaitez-vous ouvrir la piste de danse avec vos parents Mademoiselle?

Sarah se tourna vers le jeune Prince de Grimaldi, inconsciente du regard noir que lui lança Andrews.

-Oh vous êtes bien aimable cher Duc, mais je vais devoir refuser pour cette danse, le quadrille n’a jamais eu mon bon plaisir et je serais une bien piètre cavalière dans de telles circonstances.

-Alors peut-être la prochaine, j’ai ouïe dire que se serait une valse.

Sarah eut un sourire conciliant. Certes elle ne souhaitait pas encourager le jeune homme dans ses demandes, mais refuser une deuxième fois aurait été impolis. Le quadrille français débuta, faisant virevolter les robes. C’était une danse amusante, entrainante, on présentait les partenaires, on sautillait sur place, il fallait une grande énergie et beaucoup de dextérité pour tenir toute une danse. Les danseurs sautillaient dans une joie magnifique. On les applaudit. Le temps de la danse fut amplement long pour lui faire perdre des yeux la chevelure rebelle de Katherine. Peut-être s’était-elle dirigée du côté du buffet? Elle pouvait bien aller y jeter un coup d’oeil. Le pas de Sarah s’arrêta. À ses côtés, Andrews tenait son bras en lui jetant un regard interrogatif que la jeune femme ne saisit pas sur l’instant. Puis, son erreur flagrante lui apparut. Elle s’était déplacée sans être accompagnée, terrible ombre de ses semaines passées dans la peau d’un gentleman et dont elle commençait à regretter les libertés. Heureusement, elle n’avait fait que quelques pas et son faux mouvement ne semblait pas avoir été remarqué.

-Mais où alliez-vous? Lui demanda son ami en l’interrogeant à voix basse.

Mais la belle héritière ne l’écoutait déjà plus. Ses yeux avaient de nouveau perdu de vue la chevelure rebelle de Katherine qui s’était éclipsée parmi les invités. Comment se rapprocher d’elle sans faire un nouveau scandale? Alors qu’elle réfléchissait à une alternative, le Duc de Valentinois se présenta de nouveau vers elle et lui tendit le bras.

-J’ai fait demander une danse spécialement pour vous.

L’héritière se figea, surprise par tant d’initiative, mais elle vit là un moyen rapide et facile de traverser la salle sans créer de remous. De plus cela offrait une nouvelle possibilité de discussion. Après une danse, il était permis de féliciter un membre de l’aristocratie et de se présenter par la même occasion! Ainsi elle et Katherine pourraient enfin discuter ensemble sans briser le moindre code social, peut-être même auraient-elles l’occasion de se croiser sur la piste. Andrews dévisagea de nouveau son ami d’un regard lourd d’avertissements. N’avait-il pas remarqué au loin une chevelure blanche s’avancer parmi les invités? Comme beaucoup de gentlemans, Andrews était au courant de la surprise que la famille avait voulu faire à l’héritière en invitant le Comte à son insu. Beaucoup attendait que le grand homme se présente. C’était l’une des raisons pour laquelle personne n’avait osé demander une danse à l’héritière la plus convoitée de la soirée. Andrews en voulait à son ami de mettre la demoiselle dans une position aussi délicate. Le Duc de Valentinois était un aristocrate portant un titre, et un étranger de surcroit. Elle ne pouvait lui refuser cette danse sans briser la bonne courtoisie anglaise. En tant que Gentleman, il était de son devoir de ne jamais mettre une demoiselle dans une situation aussi délicate. Quelques murmures autour d’eux s’élevèrent et sans la main d’Isabelle sur son bras, Andrew aurait saisi son ami pour lui remettre les idées en places. Mais il était trop tard, la demande était faite. Après un sourire mondain, Sarah accepta le bras tendu et suivit son partenaire au milieu de la piste de danse où quelques danseurs se joignirent à eux. La Chasseuse chercha parmi les danseurs immédiats la présence de Katherine.

-Vous chercher quelqu’un?

La belle ramena son regard vers le Duc sans répondre. Les premières notes de musiques s’élevèrent et l’héritière porta son regard sur son cavalier. Le tempo était plus rapide qu’une valse classique. Comme pour confirmer son interrogation le Duc lui offrit un sourire presque enfantin.


-Je sais que ce n’est pas encore très populaire ici, mais dans toute l’Europe on ne parle que de la valse viennoise et l’on m’a dit que vous en étiez une excellente partenaire.

Sarah se sentit brusquement gênée. Effectivement, la valse viennoise était l’une des danses qui faisaient partie de son répertoire. Certains danseurs se retirèrent, peu familier avec le pas rapide d’une telle danse tandis que d’autre plus hardis s’y joignirent. L’héritière remarqua une chevelure rousse passée près d’elle. Était-ce Ambre ou cette mystérieuse Chastity? La danse débuta et malgré sa robe bleue et ample, le pas de Sarah demeura agile et presque aérien. Mais les mouvements circulaires l’empêchèrent d’observer la foule qui l’entourait. Où était donc Katherine?

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Image1: Victoria season 1 episode 7

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Chastity E. Stephenson
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Race : Vampire
Classe sociale : Haute Bourgeoisie
Emploi/loisirs : A la tête d'une grande entreprise spécialisée dans la production de machines à vapeur
Age : 330 ans
Age (apparence) : 25 ans
Proie(s) : Tous ceux qui essayeront d'attenter à sa vie.
Secte : Liée à la Camarilla de par ses idéaux mais se conduit comme une indépendante.
Clan : Toréadors
Lignée : Émissaires du Crâne
Rang Pyramidal : Premier (grâce à son érudition peu commune même au sein de sa communauté)
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MessageSujet: Re: Bal et intrigues à Spencer's House [01/06/42] Jeu 26 Avr - 23:02


Le Bal Spencer
intrigue
Chastity fut étonnamment surprise par l'énergie et le magnétisme qui se dégageait de la jeune Thornes. Dès qu'elle ouvrit la bouche, celle qui lui faisait l'effet d'une coureuse de barrière se métamorphosa en superbe fleur qu'elle avait envie de conserver. C'était le genre de femme capable de réveiller en vous les instincts les plus bestiaux, sous des airs faussement ingénus. Décidément une créature que la Vampire avait envie de connaître de manière plus approfondie... Que cachait donc le minois de cette aristocrate hongroise ? Elle inclina doucement la tête avec un léger sourire en coin et répondit au salut.

- Vous me flattez Lady Thornes, vraiment. Je suis ravie de vous rencontrer aussi. Cependant, pardonnez peut-être ma rudesse mais vous êtes-vous déjà produite à Londres ? Je fréquente souvent les Opéras et Théâtres et je ne me souviens pas vous avoir vue sur les planches... Mais il se peut que nous nous soyons manquées.

Elle lui dédia un sourire charmeur et la détailla de ses yeux d'ambre, écoutant sa réponse. Elle se demandait quel lien elle entretenait auprès du Comte. Savait-elle qu'il était un Vampire ? Peut-être pas, sinon elle ne serait certainement plus en vie à l'heure actuelle, à moins qu'elle ne soit pas si humaine que cela...

- Ainsi donc vous vous produisez dans la prochaine pièce du Comte ? Quel excellent choix ! Je suis sûre que la richesse de la mise en scène sera à la hauteur de nos attentes... Le sujet semble promettre romanesque et rebondissements en série, j'ai définitivement hâte d'y assister.

Un frisson suivi d'une étrange vague de chaleur parcourut soudainement Chastity, qui commença à s'éventer, sans paraître frénétique. Une goutte de sueur froide glissa le long de sa nuque pour se perdre dans son dos. Pourquoi donc se sentait-elle si étrange ? L'état de son mal n'était pas si avancé, après tout, elle n'était pas supposée être troublée à ce point. Vite, il fallait qu'elle se concentre sur un autre sujet de conversation, pour oublier ce sentiment profondément désagréable.

- J'ai ouï dire que vous étiez hongroise de naissance ? Depuis combien de temps êtes-vous en Angleterre ? Votre patrie de naissance vous manque-t-elle parfois ?

Chastity repensa à sa propre naissance. Elle ne se rappelait pas de tout, mais les images du Londres du début du seizième siècle hantaient encore son esprit. Venue au monde sous le règne du célèbre Henri VIII, elle avait quitté longtemps la capitale, pour n'y revenir que sous Victoria. La ville avait tellement changé, en l'espace de ces trois siècles, qu'elle aurait presque pu dire qu'elle était également née en pays étranger. Tout ceci était vertigineux, quand elle y repensait. Elle avait traversé les guerres, les trahisons, les conflits fratricides. Elle avait vu naître et s'éteindre les maisons Stuart et Tudor, entendu la maison de Hanovre imposer sa souveraineté. Elle était comme une pierre, un arbre qui traversait les âges sans en subit les outrages. Et cela lui arracha presque un air nostalgique.

Heureusement, le début des danses vint vite la tirer de son malaise et elle quitta la jeune Hongroise qui lui avait fait excellente impression, pour suivre son premier cavalier sur la piste. Le quadrille se dansait encore à l'ancienne, avec nombre de mouchetés de jambes et de moulinets précis. Heureusement, Chastity excellait dans l'art de la danse et se déplaçait avec une grâce toute aisée malgré la lourdeur de ses jupons. Le galop de fin, vif et bondissant, lui fit oublier, l'espace d'un instant, les préoccupations qui l'accablaient. Elle souriait et irradiait sur la piste au milieu de ses partenaires, toute à sa passion. Comme le voulait la coutume, on la ramena galamment sur le côté de la piste pour qu'elle puisse se remettre de ses émotions et être invitée par un autre cavalier. La jeune femme n'avait pas encore réservé la valse qui était annoncée. Légèrement en retrait, elle s'éventait avec délicatesse, à nouveau dans le vague.

Elle ne choisit pas de danser la valse suivante et se contenta d'observer la silhouette de la jeune Spencer, d'un oeil absent. Elle fut soudain surprise en croisant la masse sombre et gigantesque d'un corps qu'elle reconnut immédiatement. Le Comte était au buffet avec Ambre. Elle se sentit soudainement défaillir et se rassit plus au fond de son siège en se demandant ce qu'elle allait bien pouvoir lui dire et comment l'aborder.
Alors que les dernières notes s'égrenaient, un jeune homme qu'elle reconnut comme un héritier de la famille Howard cette fois-ci vint l'emmener sur la piste. C'était une contredanse qui se jouait là, à la mode 40 ans plus tôt. La plupart des jeunes gens répudiaient ces chorégraphies, trop lentes et répétitives, mais la famille Spencer était traditionnaliste, aussi cela ne l'étonna pas qu'une telle danse ancienne soit au programme de la soirée. Elle se rangea en ligne avec ces dames et attendit que la musique commence. Elle avait aperçu, plus loin sur sa colonne, le couple formé maintenant par le Comte et Lady Thornes. Ils se croiseraient forcément au fil de la musique. Elle ne devait pas montrer son trouble.

L'orchestre entama les premières notes. Elle donna la main à son partenaire et se lança avec un air agréable sur le visage. Elle enchaînait les dos à dos et les tours de main avec une agilité et une grâce toutes particulières. Elle échangea quelques mots courtois avec son cavalier alors qu'ils traversaient les couples et frémit légèrement lorsqu'elle se trouva juste à côté de Lady katherine.
Chastity s'avança en observant le Comte, son cavalier, droit dans les yeux. Elle ne lui adressa pas un mot mais le léger effleurement de leurs épaules pendant qu'ils se tournèrent autour suffirent à la rendre pensive, bien qu'elle ne montra rien.
Elle donna délicatement sa main au Comte pour exécuter la ligne qui annonçait la fin du refrain et la musique, progressivement, se tut à nouveau.
Quelle guigne. Il fallait qu'il soit le dernier avec qui elle danse, ce qui augmentait drastiquement son obligation de le saluer et de lui accorder quelques mots.

La Vampire sursauta esquissa un sourire délicat et une révérence sobre, pour masquer le bond littéral que faisait son coeur.


- Monsieur le Comte... Je suis ravie de vous voir. Comment allez-vous ?

Ravie, ce n'était peut-être pas le mot le plus adéquat. À vrai dire, elle aurait même presque préféré ne pas le croiser du tout. Et pourtant... Elle aurait aimé s'enquérir de son avis sur ce bal, sur ses fiançailles, sur tout ce décorum. Elle aurait voulu connaître ses plans. Mais elle ne désirait pas aborder le sujet en premier, d'autant plus qu'elle le trouvait quelque peu échauffé. Oh, cela ne se voyait pas à première vue, mais elle avait déjà suffisamment observé l'éclat de ses yeux, remarqué le léger rictus qui déformait ses fossettes, et détaillé les phalanges rigides, sans être serrées, pour se rendre compte qu'il ne débordait pas de joie.

Une polka enjouée fut lancée ensuite. Danser lui aurait sûrement fait plaisir. Mais elle ne pouvait se permettre de l'inviter ostensiblement devant tout le monde, aussi, se contenta-t-elle simplement de replier son éventail en l'inclinant légèrement dans la direction de la piste tout en lui dédiant un sourire, comme pour formuler cette proposition que les interdits sociaux bridaient.

Finalement, ils s'engagèrent parmi les autres. Quand la danse serait terminée, Lady Spencer viendrait à coup sûr parler avec le Comte, l'évinçant de la même manière. La Vampire ne supporterait pas de passer une soirée entière, à simuler les sourires et garder pour elle ce lourd secret.
Profitant d'une baisse de tempo dans la musique, elle brisa leur couple pour exécuter une passe, se trouvant ainsi à côté de lui pendant un bref moment. Sans cesser de danser, elle tourna son regard vers le sien.


- J'imagine que vous serez très pris au cours de cette soirée... Cependant, pourrais-je me hasarder à vous demander une courte entrevue ? J'ai une nouvelle de la plus haute importance à vous annoncer.

Elle passa devant lui en tournant et referma leur couple avant de repartir, au rythme de la musique. Toute proche de lui, elle murmura

-Une nouvelle qui pourrait changer beaucoup de choses je le craint.

La Vampire sourit délicieusement, alors qu'elle se maudissait en son for-intérieur. Pourquoi avait-elle dit craindre ce que pourrais apporter la nouvelle ? Pourquoi craindre et pas espérer ? C'était bien là la révélation d'une certaine peur de la scientifique, qui ne savait pas comment gérer ce nouvel état de fait et prenait conscience, soudainement, qu'elle était peut-être à deux doigts de perdre tout ce qu'elle avait acquis. Elle noya un instant l'ambre de ses iris dans la brume des siens, comme au cours de cette fameuse nuit. Elle se moquait bien de le voir dans le lit d'autres femmes ou d'autres hommes. Elle avait elle-même tendance à aimer papillonner. Mais supporterait-elle qu'il se détourne d'elle et la prive de ce lien de confiance privilégié ?
Chastity était belle.
Chastity était intelligente.
Chastity était perdue.

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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Bal et intrigues à Spencer's House [01/06/42] Mar 8 Mai - 22:11



Bal et intrigues à Spencer's House

Comte Kei, Ludwig Zwitter et Ambre Ghrianstad

"Alors je chancelle
Au milieu des démons
Pour un bout de chandelle
Je perds la raison"


Dans une salle d'eau, puis l'entrée.
1er juin 1842


Face au miroir de la petite salle d'eau qui se trouvait près du bureau de Dorian Spencer, le Comte serra les dents de dépit. Ses longues mains, blanches comme la craie, plongèrent dans le liquide glacé qui reposait au creux d'une magnifique vasque en porcelaine, avant de venir en baigner son visage torturé. Lorsqu'il se redressa, le Vampire jeta un regard de dégoût à son reflet. Ce teint de cadavre, que l'on disait aussi pur que le marbre, et ses cheveux de vieillard, que l'on associait à la neige, le rendaient malade. Pourquoi avait-il donc délaissé ses teintures d'autrefois ?
Son poing se crispa sur le linge qui l'attendait sur la patère dorée, accrochée au mur près de lui, tandis que ses yeux glissaient sur les gouttelettes qui coulaient le long de son menton d'ivoire. Leur éclat mélancolique semblait aller de paire avec les hurlements de son coeur : il avait refusé la proposition de Dorian et dénigré la signature de Sarah...
Ses doigts s'enfoncèrent sans douceur dans les fibres du tissu qu'il tenait : il mesurait maintenant l'ampleur de sa dernière action et l'amertume coulait dans sa gorge comme un poison. Le mariage qu'il avait lui-même instigué ne se ferait jamais et la jeune femme ne serait jamais sienne. Qu'est-ce qui avait retenu sa main ? Pourquoi n'avait-il pas assouvi l'un de ses plus grands désirs ? Un haut le coeur prit le Vampire à la gorge et il dut l'étouffer dans le linge. Un long soupir de lamentation fendit alors ses lèvres pincées en une plainte sincère.  
Au bout d'un moment, Jirômaru se reprit quelque peu. Au fond, il savait qu'il avait fait le bon choix. Après un nouveau soupir, le Vampire s'essuya enfin le visage avant de remettre le linge à sa place. Il ajusta ensuite son col, en quelques gestes mécaniques, et prit le soin de repositionner une de ses mèches qui s'était échappée du ruban noir qui retenaient ses cheveux dans sa nuque. Le lord ne pouvait perdre plus de temps: il était attendu.
Quittant la salle d'eau, le Comte retrouva le domestique que son hôte avait chargé de l'accompagner. Il lui emboîta rapidement le pas pour regagner l'entrée, songeant que ses disciples devaient s'inquiéter de sa longue absence. Soudain, il s'arrêta net.


- J'ai oublié mes gants, fit-il avec aigreur.

Le domestique esquissa une courbette en lui demandant de l'attendre et s'en fut récupérer les gants que le lord avait oublié dans la salle d'eau. Pendant que le brave homme s'en allait en quête, Jirômaru observa les tableaux qui ornaient le couloir. Cependant, ses yeux glissèrent sur les toiles sans y prêter réellement attention.
Perdu dans ses pensées, le Prince se remémorait sa discussion avec Dorian. Il ne s'était pas contenté de refuser le contrat : il lui avait également confié qu'il était mourant et qu'il n'était pas capable d'avoir une descendance. Ces informations étaient en partie vraies, et c'était ce qui les rendait dangereuses. N'aurait-il pas dû effacer la mémoire de Sir Spencer ? Non. Il aurait dû tenir sa langue et procéder autrement. C'était sa faute. Il aurait fallu qu'il demande simplement à voir la jeune femme et à entendre sa condition avant de signer. Ces excuses auraient amplement suffit ! Pourquoi s'était-il donc livré à ce point à un mortel qui risquait de devenir le point de départ d'une nouvelle série de rumeurs à son sujet ? Jirômaru ne se l'expliquait pas.
Le domestique revint au petit trot et lui tendit ses gants blancs, ce qui le sortit de ses réflexions. Le Comte le remercia brièvement, sans réellement lui accorder de l'importance, et se remit à le suivre tout en rajustant le tissu sur ses poignets. Chemin faisant, le Vampire redevint songeur. Il était étonné que Dorian n'ait guère réagi à ses révélations. Le patriarche avait pris les choses avec pudeur et dignité, sans le questionner et sans insister au sujet du contrat. Jirômaru respectait sa position et admirait son flegme, mais il demeurait persuadé qu'il l'avait froissé, tout du moins au début de son refus. Heureusement, il savait également que cet homme était l'un des plus aptes à comprendre ses hésitations et à lui laisser plus de temps pour réfléchir sur le sujet qui les préoccupait tous les deux, à savoir Sarah et son avenir.


- Nous y voici, my lord. Je vous laisse prendre part aux festivités. Bonne soirée, my lord.

Le Comte se retrouva brusquement parmi les derniers invités qui entraient. Quelques murmures s'élevèrent autour de lui et les éventails s'agitèrent. Plus d'un fut surpris de le voir ce soir car la rumeur courait qu'il n'avait pas été invité et qu'il était resté dans son manoir, alité, pris d'une nouvelle fièvre. Se retrouver en sa présence agitait l'esprit et donnait une autre dimension à ce bal organisé par les Spencer...

**********

Dans la salle de bal.

Aux côtés d'Ambre, Ludwig s'amusait follement. Malgré ses jugements sournois et son mépris pour la foule, le Calice faisait bonne impression et se délectait des conversations qui fusaient autour de lui. Maintenant que Katherine et Chastity se trouvaient en leur présence, il rayonnait de joie. Le bel éphèbe appréciait le vin qui tournoyait dans son verre et son palais se souvenait encore des délicieux petits fours qu'il avait goûtés tantôt en compagnie de la duchesse de Bauge. Mais ce n'était rien en comparaison du bonheur que lui procuraient les courbes de ces demoiselles aux charmes divins. Son maître avait décidément bon goût en ce qui concernait les femmes ! Même si sa jalousie le piquait un peu au coeur, le bel Allemand se trouva presque en extase au milieu de ce cercle de galantes qui échangeaient avec légèreté mille et uns commentaires mondains. Comme des actrices qui avaient parfaitement appris leurs répliques clés, les demoiselles évoquèrent avec une naïveté toute feinte la magnificence des mises de chacune, puis les machines de la société Stephenson et enfin le rôle de miss Thornes dans la troupe du Comte. Ces sujets, tendres et onctueux, vinrent renforcer les liens subtiles qui les rattachaient l'une à l'autre.
Ambre représentait le Comte au sein de cette mascarade : c'était elle que les deux femmes étaient venues consulter, dans l'espoir évident d'obtenir des informations sur le grand Vampire. C'était le point de ralliement autour duquel les deux femmes pouvaient se rassembler pour l'attendre et en apprendre plus sur son rôle au sein de ce bal. Le lord serait-il présent ce soir ? C'était une des questions que l'on trouvait le plus sur les lèvres des invités. Qu'un tel mystère fut malicieusement entretenu par l'entrevue de son maître avec le doyen des Spencer réjouissait le Calice qui attendait en frétillant presque sur place que l'ombre du Vampire ne vienne enfin planer au-dessus des têtes de chacun. Cependant, l'absence de ce dernier commençait à se faire légèrement trop longue à son goût. Sarah était déjà arrivée depuis un moment...et les vautours rôdaient autour...

Les conversations allaient bon train et les instruments venaient de terminer de s'accorder lorsque Dorian Spencer fit son entrée dans la salle. Les murmures s'élevèrent et l'on sentit que les vraies festivités allaient commencer. Avec sa femme, leur hôte ouvrit la piste de danse et les convives se pressèrent sur les dalles pour suivre son mouvement. C'est à cet instant que Ludwig sentit l'esprit de son maître effleurer le sien. Le Calice se redressa soudain, comme piqué par une aiguille, et jeta un regard à Ambre qui comprit aussitôt de quoi il était question.


- Mesdames, je vous laisse profiter des premières danses, fit-il avec un sourire complice. Miss Ghrianstad, je vous rappelle que vous m'en devez une...

Ambre éclata d'un rire clair :

- Comme la moitié des femmes de cette assemblée, n'est-ce pas ?

Ludwig lui jeta un regard interrogateur. Était-ce réellement le moment et le lieu pour de telles plaisanteries ?

- Libre à vous de considérer la contesse de Bauge, Lady Stephenson, Lady Thornes et vous-même comme la "moitié des femmes de cette assemblée", rétorqua-t-il avec un fin sourire.

Ambre pouffa et Ludwig esquissa une courbette avant de disparaître dans la foule.

- Quel maladroit ! Voici une façon fort cavalière de vous demander de l'ajouter dans votre carnet mesdames...rit la belle actrice en regardant tour à tour Chastity et Katherine.

Après quelques nouveaux échanges, le trio de femmes songea à se séparer pour se disperser sur la piste de danse. Cependant, privée de Ludwig, Ambre se retrouvait seule. Il était donc nécessaire qu'elle demeure encore un peu en présence de l'une ou de l'autre. Le choix fut simple : Chastity fut rapidement abordée par son premier cavalier, impatient d'ouvrir le bal en compagnie des époux Spencer. Ambre lui jeta un regard compréhensif et lui sourit tandis qu'elle s'en allait au bras du jeune homme. La Vampire se permit de lancer un petit regard coquin à Katherine pour lui signifier que le cavalier de leur aimable compagne était fort agréable à regarder. Puis, elle accompagna l'actrice et son majordome près du buffet.


- C'est étrange, je pensais que Miss Spencer serait déjà sur la piste... fit-elle en la désignant doucement d'un coup de tête. Sarah discutait activement avec un groupe de jeunes gens. Elle attend sans doute le cavalier que son père lui aura choisi, sans savoir que c'est le Comte...ajouta-t-elle en chuchotant, car il va venir. Ambre prit un petit cake aux framboises. Peut-être qu'il nous accordera une danse, qu'en pensez-vous ?

Ambre jouait sur de nombreux plans : politiques, sociaux, financiers et même personnels. Malgré le mariage prévu avec Sarah, elle savait que son maître désirait conserver Chastity dans son entourage et faire de Katherine une de ses nouvelles maîtresses. Intriguante, elle n'hésitait pas à tâter le terrain, même dans de semblables circonstances.

- Il vous apprécie beaucoup, vous savez ? dit-elle en esquissant un sourire sincère. C'est un homme avant d'être un lord...

Cette fois, elle risquait de s'attirer les foudres de son maître en étant aussi audacieuse, mais qu'importe ? Elle sentait que c'était le chemin à prendre. Confirmer à Katherine ce qu'elle savait sans doute déjà en partie pouvait accélérer les choses et donner à leur prochaine entrevue une tournure des plus agréables. Peut-être même qu'il la remercierait d'avoir entretenu cette petite graine de désir dans l'esprit de sa belle Cléopâtre. Car, après tout, il n'allait avoir d'yeux que pour Sarah ce soir, et il aurait été dommage que Katherine ne se sente délaissée. Ainsi, elle comprendrait que ce bal ne changerait en rien les inclinations qu'il avait pour sa personne et elle ne prendrait pas trop ombrage de ses distances.

- Quand on parle du loup...

Les yeux de la belle actrice venaient d'accrocher la chevelure blanche de son maître et la blondeur de celle de Ludwig. Abandonnant le cake sur la table, sans y avoir goûté, elle prit le bras de Katherine et l'entraîna avec elle à la rencontre du Comte.
Chemin faisant, Ambre s'aperçut que son maître avait le regard terriblement froid. De toute évidence, (pour celui qui le connaissait bien), Jirômaru tâchait de sourire à la multitude de lords, comtes, duchesses, vicomtes, marquis et autres petits marigots de l'aristocratie branlante de ce siècle sans paraître désagréable, alors qu'il mourrait d'envie de les envoyer au Diable, sans cérémonie. Il serrait des mains, esquissait des courbettes et échangeait quelques convenances à la manière d'un ouvrier qui s'en retournait au travail, sans motivation, sans y trouver ne serait-ce qu'une once de saveur.

En vérité, de nombreuses choses rendaient le lord d'une humeur des plus maussades.
D'abord, son choix face à Monsieur Spencer, dont ses disciples et "amis" n'avaient pas encore eu vent, l'attristait au plus haut point.
Ensuite, si les invités l'avaient accueilli avec amitié et révérence, il n'avait pas supporté, une fois l'entrée passée, qu'on lui fourre un verre de champagne dans la main et qu'on lui confie presque aussitôt que Sarah Spencer était merveilleusement délicieuse ce soir. Sans même l'avoir vue, le lord en avait eu une description des plus précises qui gâchait son plaisir et lui donnait l'impression que la belle chasseuse n'était rien d'autre qu'une proie que la foule adorait dévorer du regard.
Enfin, on ne lui avait même pas laissé le loisir d'observer les efforts de la famille Spencer pour donner à cette salle son faste d'autrefois tant on l'avait littéralement enseveli sous les remarques, les questions et les salutations, toujours plus lourdes les unes que les autres.

Ludwig était parvenu jusqu'à lui en se frayant un chemin dans la foule pressée de se rendre au buffet ou sur la piste de danse. Il avait écarté un peu farouchement les moucherons qui rendaient l'avancée de son maître plus pénible que jamais et s'était présenté à lui avec un sourire un peu las.


- My lord, enfin je vous retrouve ! Venez, je sais où se trouve miss Ghrianstad, lui avait-il dit d'un ton enjoué.

Sans un mot, le Comte avait suivi le jeune Allemand. Il aurait pu aisément retrouver Ambre sans son aide, notamment grâce à leur lien mental, mais que le jeune homme se trouve à ses côtés pour pénétrer plus avant dans la salle de bal lui avait permis d'éviter une partie des discussions. Seul, il devait s'arrêter à chaque salut. Accompagné, il avait l'excuse d'être trop "occupé" pour se soucier de tous.

Maintenant qu'ils se rendaient du côté du buffet, Ludwig jeta un regard inquiet à son maître. Son air courroucé ne présageait rien de bon. Quel sujet avait-il donc abordé avec Monsieur Spencer ? Des complications s'annonçaient-elle pour son mariage ?


- Miss Spencer a fait son impression tout à l'heure, osa le jeune Allemand, pour tenter de détendre l'atmosphère.

- Je sais, répondit sèchement le grand Vampire d'un ton incisif.

Le Calice blêmit un peu. Puis, tandis qu'il accélérait le pas pour suivre celui que lui imposait désormais le lord, il lui murmura à demi-voix :


- ...Mm...Elle est entourée de galants. Je ne saurais que trop vous suggérer d'aller quérir une danse auprès d'elle avant que d'autres ne vous passent devant.

Mais c'était trop tard : le temps que Jirômaru ne passe par la salle d'eau et ne salue les invités demeurés dans l'entrée et sur le seuil de la salle de bal, Dorian Spencer avait ouvert la piste en compagnie de sa femme et Sarah avait déjà dû accepter de prendre un cavalier. Son regard venait tout juste de la trouver : elle était là, éclatante de beauté au milieu de la piste, dans les bras d'un homme dont la fière allure le démarquait mortellement des autres. Figé sur place en l'apercevant, le Comte ne se soucia pas de son Calice qui l'avait heurté. Arrêté net dans son mouvement par sa carrure colossale, ce dernier tendit le cou et suivit le regard de son maître pour comprendre ce qui l'avait ainsi perturbé.

- Le duc de Valentinois....grogna le Calice près du Vampire en observant à son tour le duo qu'il avait repéré.

Sans réagir à la remarque de son serviteur, Jirômaru laissa son regard parcourir le visage de la chasseuse. Il le trouvait plus pâle qu'à l'accoutumé mais il demeurait délicieusement doux. Saisi au coeur, le vieux Vampire réalisa à quel point la jeune femme lui avait manqué. Cela faisait un mois qu'il ne l'avait pas vue. Un mois ! Maintenant qu'il pouvait attarder son regard sur elle, il la trouvait particulièrement fermée pour l'occasion. Ce bal, soit-disant donné pour son anniversaire et son retour dans la société après son absence due au couvent et à son enlèvement, ne semblait guère la réjouir. Rien d'étonnant en soi : la fatigue des mondanités après semblables épreuves devait peser sur elle comme un poids plus pénible à porter que d'habitude.
Lentement, Jirômaru dévia son regard sur le chignon qui retenait en partie sa chevelure sauvage et sourit en son for intérieur : qui donc osait croire que l'on pouvait discipliner cette folle cascade qu'il aimait tant ? Les quelques mèches qui en dépassaient, volontairement ou non, rappelaient assez que cette femme n'était pas d'un caractère aussi facile que ce l'on croyait.
Mais ce qui fit frémir le Prince fut surtout cette robe échancrée, qui laissait sa magnifique gorge ouverte et qui moulait si savamment ses courbes de jeune femme. Son bleu profond, ses fils d'or et sa traîne de soie étaient pures merveilles. Sarah portait l'ensemble à l'instar d'une princesse sortie des contes pour enfants que l'on écoutait le soir auprès du feu : elle rayonnait comme une étoile au milieu de cette foule en délire dont chacun de ses membres paraissait d'une fadeur absolue.


- My lord ?

Abandonnant sa vision, le Comte se détourna de l'espace de danse pour se rendre du côté du buffet où le conduisait initialement son calice. Un horrible pincement au coeur lui tiraillait les entrailles. Avait-il fait le bon choix ? Et s'il était réellement le seul capable de la protéger ? Combien d'hommes rêvaient de l'épouser à sa place ? Ce duc n'était-il pas le futur Prince de Monaco ? Tant de questions ! Tant de doutes !

- Jirômaru ! Nous ne vous attendions plus !

L'accueil chaleureux d'Ambre ne parvint pas à effacer la moue amère qui pinçait ses lèvres livides. Cependant, la vue de Katherine à son bras lui redonna un peu le sourire.

- Miss Thornes ! Quelle agréable surprise ! fit le Comte en esquissant un baise-main. Vous êtes magnifique. Cette robe vous va à ravir...murmura-t-il en épousant ses formes du regard. Puis il se tourna vers Ambre.

- Miss Stephenson nous a quittées tantôt pour aller danser voyez-vous, rit l'actrice en lui faisant un léger clin d'oeil avant de prendre le bras de Ludwig. Peut-être est-il temps que vous entriez en piste vous aussi, non ?

Le Vampire jeta un coup d'oeil à la salle. Il était effectivement temps qu'il intègre enfin ce bal et qu'il indique sa présence avec un peu plus de panache. Beaucoup ne l'avaient pas encore aperçu, malgré sa taille, ses cheveux et sa tenue des plus élaborées, et l'heure tournait. Il devait entrer en scène, revoir Chastity, se faire voir de Sarah, leur proposer une danse à toutes les deux et trouver le moyen d'obtenir un entretien privé avec la chasseuse...

- Vous avez raison, fit-il en forçant le sourire. Miss Thornes, veuillez excuser cette demande soudaine mais voudriez-vous bien m'accorder la prochaine danse ? proposa-t-il avec un soupçon de tendresse dans la voix.

Leurs regards se croisèrent et Jirômaru eut le sentiment que l'atmosphère de la roseraie de Sir Charles Barry les possédait encore. Katherine était voluptueuse et fascinante. Il se dégageait d'elle une sensualité dont peu de femmes de son âge et de son rang pouvaient se venter. Elle lui plaisait. C'était sa Cléopâtre et le goût de ses lèvres demeurait sur les siennes depuis leur première répétition qui ne datait que d'une quinzaine de jours.
Une fois qu'il fut certain que Katherine lui accordait le privilège de danser avec elle, le Comte se mit à siroter doucement son verre de champagne en prenant garde à tourner le dos à la piste. Voir Sarah dans les bras d'un autre, même pour une simple valse, le contrariait beaucoup. Et puis, il n'était pas encore prêt à affronter son regard. Il désirait plus que tout la rejoindre, pour lui parler, danser avec elle et connaître cette fameuse condition qu'elle désirait lui imposer avant le mariage, mais son esprit demeurait divisé entre ce qu'il aurait volontiers appelé son devoir et son envie.


- Mon Dieu, ces petits fourrés au citron sont divins ! fit soudain Ludwig qui venait de croquer dans un chou.

Ambre lui jeta un regard amusé et considéra le plateau de choux d'un air sceptique. Non, décidément la nourriture humaine ne l'intéressait pas.


- Je crois n'avoir jamais aimé le citron...soupira-t-elle en haussant les épaules.

- Évitez de jurer devant les femmes, Monsieur Zwitter, grinça le Comte en levant un sourcil.

- Vous avez raison my lord. Veuillez m'excuser. Je me suis laissé emporter.

Le Comte était tendu et cela se sentait fort. Sa prestance et son élégance ne perdaient en rien de leur charme, mais son air sévère reflétait assez son mécontentement pour que les convives le remarquent. Déjà, quelques chuchotements courraient au sujet de sa possible jalousie : le duc de Valentinois avait fait-là une énorme bourde. Aux dires des uns, c'était une pure provocation qui visait à lui montrer que Sarah n'était pas encore sa femme. D'autres considéraient au contraire que le duc n'avait fait que rendre hommage à la beauté de la jeune femme, sans arrière-pensées. Après tout, le Comte n'avait pas été attendu ce soir. Sa venue était une surprise pour tous.

Entendant les dernières notes de la valse viennoise, le Comte emmena Katherine sur la piste. Une contredanse anglaise était annoncée. Lente et mesurée, cette danse permettait à chacun de se croiser et de discuter brièvement, même si le silence était toujours préférable. Ludwig invita Ambre à l'accompagner et tous les quatre finirent ainsi au milieu de la salle. Ceux qui ne s'étaient pas encore rendu compte de la présence de Jirômaru le remarquèrent aussitôt et certains regards se tournèrent vers Sarah Spencer comme pour se délecter de sa propre surprise.
Le Comte se positionna en face de Katherine tandis que les autres hommes s'alignaient sur ses deux côtés et que les femmes faisaient de même de part et d'autre de sa compagne. Avant que les premières notes ne débutent, le lord jeta un regard à Sarah. Son sourire, qui servirait de salutations, se tinta de tristesse. Il n'avait pas réussi à l'aborder en entrant, à cause de la valse viennoise et du duc de Valentinois, et il regrettait que leurs regards ne se croisent pour la première fois depuis un mois dans pareille condition.
Ramenant son attention sur les danseurs, il remarqua une crinière rousse qu'il ne connaissait que trop bien : celle de Chastity Stephenson. Il salua la belle rapidement d'un regard, sans s'attarder, histoire de ne pas donner plus de grain à moudre aux rumeurs qui couraient à leur sujet, et se redressa, prêt à exécuter sa première danse de la soirée.
La contredanse n'était plus guère à la mode mais le fait que chacun la maîtrise à la perfection lui donnait une espèce de noblesse que le Comte appréciait grandement. Les gestes des danseurs, doux et précis, étaient nimbés d'une certaine grâce qui ravissait son intérêt pour les corps. Certains trouvaient cette danse trop raide, mais elle permettait de croiser tous les danseurs sans pour autant perdre son partenaire principal de vue.
Durant cet échange, le Comte et Katherine purent s'amuser à partager quelques banalités. Mais ce furent surtout leurs regards qui furent éloquents. A chaque fois qu'ils se retrouvaient, le Vampire la transperçait de ses iris anthracites en lui faisant comprendre qu'il la désirait. Evidemment, le but de ce genre de rythme était de se familiariser avec les autres convives et de badiner, mais cela se faisait toujours en évitant de mettre en péril leur réputation.


- J'aurais dû vous contacter plus tôt pour une nouvelle...répétition... fit-il doucement en croisant de nouveau la jeune comédienne. Nous n'avons pas terminé les essayages. J'ai revu votre coiffe avec Sir Lewis...

Monsieur Lewis était un bijoutier reconnu pour ses diadèmes de luxe et ses boucles d'oreilles de jade. Mais évoquer ce brillant homme ne servait qu'à faire comprendre à la jeune femme qu'elle lui avait manquée. Trop pris par ses projets et ses propres démons, Jirômaru n'avait pas réussi à mettre en place une deuxième répétition, alors qu'il avait pour habitude de faire travailler ses artistes au moins trois fois par semaine. Cela était en partie dû à la quantité de papiers administratifs qu'il avait négligée pendant sa convalescence et à d'autres impératifs, comme celui de visiter l'Orphelinat et de revoir les petits Garry et Peter. Il avait même rencontré un certain Aos Keggerdan avec lequel il avait eu à mettre en place une étrange amitié.

- J'espère que nous pourrons nous revoir la semaine prochaine...

Au fil de la musique, le Comte se retrouva bientôt en présence de Chastity. Leurs épaules se frôlèrent tandis qu'ils tournaient autour de leur partenaire et leurs regards se croisèrent à plusieurs reprises. Jirômaru ne se rendit pas compte du trouble qui agitait son amante. Il prit son petit air parfois pincé pour de la concentration. Enfin, leurs mains jointes pour la dernière ligne de la contredanse les laissa en face à face, pour le plus grand bonheur du lord qui trouvait la situation fort opportune.

- Miss Stephenson, je suis heureux de vous revoir ! Vous avez déjà rencontré Miss Thornes il me semble...fit-il en intégrant Katherine dans la conversation.

Une polka fut alors annoncée et il fallut dégager la piste. C'état l'occasion de changer de partenaire, non pas que le Comte se soit lassé de Katherine bien au contraire, mais c'était la tradition qui le commandait. Quitte à danser une polka avec une lady, autant que ce soit avec la belle Chastity. Il l'invita donc après avoir pris aimablement congé de Katherine, ses prunelles lui laissant la promesse folle de la retrouver dans quelques jours.

La polka commença. Jirômaru maîtrisait cette danse, comme beaucoup d'autres, même s'il ne l'appréciait que peu à cause de son rythme soutenu qui froissait les robes. Il guida Chastity sur la piste, avec doigté, et ils enchaînèrent les pas avec grâce. Leur duo ne se démarquait des autres qu'à cause de la haute taille du lord. Aucun faux pas ne vint les interrompre et ils purent converser entre deux passes.


- Oui...Je crois que je vais me sentir aussi pris qu'une femme dans un corset trop serré...répondit-il à la petite banalité de sa consoeur qui mettait en avant son manque de disponibilité. Mais bien entendu : j'aurais toujours le temps pour une entrevue avec vous...

Cette fois, le Comte se fendit d'un large sourire. Chastity lui paraissait légèrement angoissée mais il mettait cela sur le compte de sa position sociale et des rumeurs qui la discréditaient parfois. Elle était sans doute embarrassée de se retrouver dans ses bras alors que l'on murmurait toujours qu'elle était scandaleusement engagée dans la science et ce genre de chose. Bagatelles ! Lui, il s'en moquait éperdument.
Mais ce qui le faisait sourire n'était pas cette petite gêne qui agitait le visage de son amie, c'était cette fameuse nouvelle dont elle voulait lui faire part. Il imaginait déjà qu'elle avait réussi à mettre la main sur Raphaël et qu'elle avait trouvé un moyen de rendre les Blood Tablett bien plus efficaces contre la dégénérescence. Ses expériences avaient sans doute fait un bond et il avait hâte de l'entendre lui expliquer ses avancées ! Malheureusement, il n'avait pas pris garde à ses mots et omis de s'arrêter sur l'emploi qu'elle avait fait du verbe "craindre".


- Nous pourrons discuter de cette nouvelle "de la plus haute importance" après...

La suite de la danse fut particulièrement silencieuse mais elle comme elle s'acheva rapidement le Comte n'y prit pas garde. Concentré sur ses pas et sas doute le décolleté de son amante, il avait réussi à se sortir de la tête une bonne partie de ce qui l'avait irrité jusqu'alors.
S'éloignant de la piste avec la jeune femme à son bras, le lord la ramena près du buffet et lui tendit une coupe avant de reprendre la sienne qu'il avait laissée dans un coin. "Sauvons les apparences", comme disait Salluste.


- Alors, de quoi s'agit-il ? demanda-t-il à sa compagne d'un ton enjoué.

Son regard se perdit dans l'éclat qui brilla dans le sien et il fronça soudainement les sourcils. Chastity semblait prête à défaillir. Que lui arrivait-il donc ? N'était-ce pas une bonne nouvelle qu'elle allait lui annoncer ? Maintenant qu'il y songeait, si cette nouvelle avait bien été annoncée comme étant "de la plus haute importance", jamais la belle ne lui avait signifié qu'elle serait bonne. Il s'était un peu emballé...


- Qu'y-a-t-il enfin ?! Tu as tué le dernier cobaye ? demanda-t-il en grinçant des dents pour baisser d'un ton.

Redressant la tête, il jeta un coup d'oeil à l'assemblée et vit Sarah s'éloigner. Il avait encore tant à faire...Les histoires de Blood Tablett pouvaient bien attendre ! Il devait encore trouver le moyen d'aborder Sarah sans la malmener et de lui demander une entrevue particulière. La voir batifoler au bras du duc de Valentinois commençait à l'échauffer.

- Sortons...

Jirômaru ne laissa pas le choix à Chastity. Ils devaient sortir pour discuter plus librement.

*Sur les promenades ouvertes aux invités. Dépêchons-nous. Je dois encore saluer Sarah.*

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> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
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Vincento De Santis
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Classe sociale : Aristocrate
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Age (apparence) : 33 ans
Proie(s) : Les Humains et tous ceux qui se mettent en travers de sa route. Le Comte Kei est sa victime préférée.
Secte : Indépendant - tendance au Sabbat
Clan : Aucun. Il a cependant été créé par un Ravnos.
Lignée : Inconnue
Rang Pyramidal : Ordinaire
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MessageSujet: Re: Bal et intrigues à Spencer's House [01/06/42] Sam 19 Mai - 15:59

Bal et intrigues à Spencer's House

"Il ne faut jamais juger les gens sur leurs fréquentations.
Tenez, Judas, par exemple, il avait des amis irréprochables.”

Vincento de Santis & Astorre Monciatti
Le piaffement des chevaux, la clarté des lampadaires, le froufrou des robes, l'éclat des souliers de cérémonie...Tant de sons, tant de lumières, pour une si petite créature sur Terre !
L'Homme est merveilleusement ingénieux lorsqu'il s’agit d'étaler sa fortune ou son rang social. A l'instar du paon, le plus prétentieux des volatiles, il fait aisément la roue pour impressionner son entourage, mais ne sait pas voler bien haut.
Ah comme la bonne médiocrité de cet illusionniste était amusante !
Surtout pour les immortels.
Les derniers invités pressaient le pas dans l'entrée du domaine des Spencer. Cela faisait déjà plus d’une heure que la soirée avait commencé. Les retardataires soufflaient leur déception de ne pas avoir pu assister à l’ouverture du bal et grinçaient des dents tandis que l’on vérifiait leur identité. Le pauvre homme qui tenait le registre en perdait la tête. Ils n’étaient pas nombreux ces retardataires, mais Dieu qu’ils étaient impolis ! La honte ne couvrait pas leur visage. Ah, ça non ! Par contre leur impatience, elle, tirait leurs traits comme si chauffeurs et grooms étaient responsables de leur manque de ponctualité...


- Allons, allons, Mesdames, Messieurs, veuillez garder votre calme, s’il vous plaît ! s’égosillait le jeune homme en parcourant le grand livret du bout du doigt.

L’on s’étonnait et l’on faisait scandale parce que l’on était « Madame la duchesse de telle bourgade » ou « Monsieur le cousin de Madame la marquise de telle région ». C’était « impensable » de devoir justifier son arrivée, « honteux ». Ils étaient tous « expressément attendus par Monsieur et Madame Spencer », bien évidemment.


- Passée une certaine heure, nous vérifions toujours les entrées, vous le savez bien…soupirait le jeune homme qui tournait maintenant les pages avec frénésie.

Le malheureux rêvait d’une petite coupe de vin. Ce registre était trop long et le manque de courtoisie des aristocrates le rendait malade. Il songeait en son for intérieur que plus l’on avait de privilèges et plus l’on en abusait. Qui était dans le tort après tout ? Etait-ce lui qui avait mis deux heures à choisir la dentelle du col de Madame ou les gants de Monsieur ? Non. Il s’était présenté à l’heure précise à l’endroit précis où son devoir l’attendait. Pourquoi devait-il donc se plier aux caprices de tous ces enfarinés sans une once de dignité ?

Tandis qu’il cherchait le nom d’une certaine « Milady de Westernay », une ombre chapelée lui occulta soudain la douce lumière de la lanterne accrochée au mur près de lui, l’empêchant de poursuivre sa quête.
Cette fois, s’en était trop ! Il releva brusquement la tête avec une moue de mécontentement, prêt à dire à cet importun de reculer à moins qu’il ne veuille se voir interdire l’entrée de la réception.
Un homme de haute stature le toisa alors avec dédain et lui sourit, comme un bourreau s’amuse d’avance du sort de sa victime. Le pauvre greffier frissonna, pris d’une angoisse étrange. Ses yeux croisèrent les siens, d’un bleu terriblement soutenu. Son propre regard se brouilla alors, lentement, et devint bientôt vide de toute expression. A l’instar des retardataires, qui s’étaient doucement écartés et qui demeuraient muets près des deux nouveaux arrivants, il resta droit, comme figé dans le temps.


- Bonjour, jeune homme. Belle soirée, n’est-ce pas ? Veuillez inscrire nos noms, mon cher ami. Allons ! Pressons ! Pressons ! fit le grand homme en désignant le registre du bout du doigt.

Il ne portait pas de gant et ses ongles, légèrement trop longs, étaient bordés d’une laque transparente qui les faisait luire sous la lune. Cela lui donnait un aspect étrangement maniéré. Son costume, tout comme celui de son acolyte, était taillé sur mesure, dans des étoffes d'une qualité extraordinaire. On eut annoncé deux princes que cela n'aurait pas surpris ceux qui attardaient leurs regards sur leurs vêtements.


- Bien entendu, mon seigneur, fit docilement le jeune greffier en levant sa plume, prêt à écrire, à la manière d'un automate.

- Monsieur le Vicomte de Santis et son fidèle ami Astorre Monciatti, annonça son interlocuteur.

Les noms furent ajoutés, sans aucune remarque, et les deux hommes franchirent le seuil de la maison. Lorsqu'ils disparurent, les retardataires et le petit greffier reprirent vie, comme par enchantement, et s’en retournèrent à leur discussion première, sans réaliser qu’ils venaient de frôler l'un des hommes les plus dangereux de Londres…


**************

L’illustre famille des Spencer n’avait pas fait dans la sobriété pour fêter l’anniversaire de leur charmante fille unique. Quoi de plus normal après avoir manqué de la perdre définitivement suite à son malheureux enlèvement ? Il fallait bien afficher à la société entière que la belle demoiselle était encore en un seul morceau et que les rumeurs infâmes qui couraient à son sujet n’étaient que calomnies de commères. Cela servait également à redorer le blason familial en prouvant à tous qu’il méritait toujours autant de respect. Richesse en vitrine, orgueil traditionnel.

- Merveilleux !

Astorre sourit à son ami et maître. Le voir aussi jovial le rendait lui-même réellement heureux. Ce soir, ils lançaient le départ d’une vaste opération criminelle à laquelle nul ne s’attendait. Tout devait être parfait.
Pour le moment, même les gardiens qui sécurisaient les lieux n’avaient pas pu imaginer que ce petit duo qu’ils formaient était le pire de la soirée. Les mortels ne pouvaient pas connaître par cœur la liste des invités, et encore moins se souvenir des visages de tous les aristocrates de la ville. Il était très facile de les tromper, d’autant qu’Astorre possédait le pouvoir de les rendre particulièrement dociles, ce qui était fort commode...
Les immortels qui patrouillaient en renfort ne pouvaient pas être aussi aisément abusés. Mais ils auraient beau se méfier et vérifier la présence de membres de leur race, ils ne s’étaient certainement pas attendus à tomber sur des Vampires capables de dissimuler aussi totalement leurs auras. Vincento et son ami étaient passés maîtres dans ce domaine. Il était presque impossible pour l’un des leurs de sentir leur présence ou de les associer aux Longues Dents, ce qui s'avérait bien pratique pour leurs combines.


- Jusqu’ici, tout se déroule comme prévu, fit le bel Italien.

Un fin sourire fendit le visage de Vincento. Oui. Tout se passait comme prévu et même mieux ! Son regard glissa sur sa main gantée et il serra doucement le poing.


- Entrons.

Les deux hommes laissèrent leurs haut-de-forme et leurs cannes aux domestiques dans l’entrée avant de pénétrer dans la grande salle de bal. Une polka battait son plein. Astorre chercha aussitôt du regard le couple Spencer et le trouva en quelques secondes. Lady Spencer et son mari ne dansaient pas. Cela n’empêchait pas d’autres silhouettes de s’ébattre au milieu de la piste. Charmantes demoiselles et beaux sires se tenaient par la main et se dévoraient des yeux, à défaut de se dévorer autrement. Belle mascarade dont les loups et les agneaux se mêlent sous les regards de chacun…

- Nos hôtes sont là-bas, fit Astorre en donnant un léger coup d’épaule à Vincento afin de lui indiquer le couple Spencer.

Son maître ne répondit pas tout de suite. Son regard venait d’accrocher une longue chevelure blanche qui tournoyait sur la piste aux côtés d’une magnifique rousse aux formes voluptueuses. Astorre suivit son regard et dévoila presque ses canines tant son sourire fut sincère.


- Patience mon maître, patience…fit-il en serrant ses doigts autour de son bras. Nous avons le temps…

Vincento sourit à son tour. Un étrange malaise venait de le prendre mais il n’en fit rien paraître. Celui qu’il était venu trouver se tenait-là, à une dizaine de mètres de lui, et il mourrait d’envie d’aller à sa rencontre.
Astorre appuya un peu son geste et détourna son maître de son ennemi juré pour l’emmener avec lui au-devant des Spencer.


- Madame Spencer, my lord…Je suis Astorre Monciatti, héritier de l’entreprise du même nom qui rassemble les horlogers veniciens. Je suis ravi de vous rencontrer. Laissez-moi vous présenter le vicomte Vincento de Santis…

L’homme qui esquissait une courbette devant les hôtes de la soirée était d’un charme époustouflant. Ses longs cheveux noirs cascadaient sur ses larges épaules et contrastaient furieusement avec ses yeux d’un vert étincelant. Sa peau, légèrement mate, mais cependant plus pâle que celle d’un véritable étranger, semblait avoir doré quelques jours sur les côtes de la Méditerranée.

- My lady, My lord...Je suis un cousin du comte Jirômaru Keisuke, il voulait nous présenter ce soir... Son sourire fut charmeur. Veuillez excuser mon retard. Mon cousin lui-même ne m'a pas attendu. Je me suis permis d'avancer sans lui : il semble fort occupé à danser et je n'osais le déranger...

Astorre suivit du regard le Comte qui sortait avec son amie. Bien. Il ne les avait pas vus entrer. Après tout, personne n'avait réellement fait attention à eux. Au milieu de la foule en mouvement, ils passaient presque inaperçus. Seuls quelques curieux, qui surveillaient les allées et venues des invités qu'ils ne connaissaient pas, histoire d'alimenter leurs petits potins, les observaient avec attention faire leurs salutations aux Spencer.

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Image Heylenne, Einar


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MessageSujet: Re: Bal et intrigues à Spencer's House [01/06/42]

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Bal et intrigues à Spencer's House [01/06/42]

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