L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


Forum RPG - Londres au XIXème siècle. Incarnez Vampires, Loups-Garous, Lycanthropes, Homonculus, Chimères, Alchimistes, Hunter...et choisissez votre camp dans une ville où les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses....
 
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[15/12/1841] Un (encombrant) mystère sur les bras ...

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Red'maw
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MessageSujet: [15/12/1841] Un (encombrant) mystère sur les bras ... Mar 24 Juil - 17:08

Je suis indifférente à la pluie. Depuis très longtemps. Depuis ma transformation, à vrai dire. L’eau, le froid … ils ne me dérangent pas. Même le vent m’indiffère. De façon générale, je m’en fiche complètement … Mais là, ça commence à être lassant. Trois jours. Trois jours qu’il pleut tant et tant que sortir est devenu pénible. Même pour moi. Le broken jaw est quasiment désert, les rues aussi. Pas étonnant : on y voit pas à 5 mètres. Et pourtant, je marche … Beret vissé sur le crâne, mains dans les poches, j’ai le pas pressé. J’espère que le tabac dans la poche de ma veste n’est pas trempé aussi, avec un espoir modéré. Le fait de faire « floc » quand mon pied touche le sol ET quand il touche la semelle de ma chaussure m’énerve. Heureusement, je sais parfaitement où je suis, où je vais. Et je ne vais plus très loin. Les docks. Toujours le même entrepôt. Toujours la même porte renforcée, à laquelle je cogne avec force. Pas deux secondes d’attente que le judas s’ouvre. Et merde … Cyril. Je reconnais ses yeux de petit con en un éclair.

- Hey. C’est moi. Ouvre.
- « Moi » … Moi comme …
- Red’Maw. Il le sait parfaitement, en prime. Il m’énerve déjà.
- Aaaaah, ouaiiiiis … ‘fait encore une sacré météo dehors, pas vrai Red’ ?
Je ne le vois pas sourire, mais je sais parfaitement qu’il a les lèvres jusqu’aux oreilles.
- Ouais, justement.
- Tu sais, je me disais, justement. Lorsqu-
- Cyril, putain !
- … Justement, lorsque il fait beau, que tout va bien, et que je t’ouvre rapidement. T’as déjà remarqué qu’on discutait pas vraiment ? J’ai du mal à croire qu’il soit assez culotté pour me faire ça. Assez culotté ou assez stupide. Dans les deux cas j’ai déjà envie de lui faire sauter toutes les dents de lait qu’il lui reste, et d’autres aussi par la même occasion.
- Dernier avertissement.
- Eeeeeh … Pas convaincu. Mais c’était cool de parler un peu. A plus Red’.

Et … il me ferme le judas sous le nez. Je reste un instant muette. Puis met littéralement trois coups de poings dans la porte. A part m’écorcher les mains, rien. Je crois entendre un léger haussement de voix derrière le battant … mais je suis toujours bloquée ici comme une idiote. Et la pluie ne se calme pas le moins du monde. Je frappe à nouveau. J’attends. Je frappe. Le judas se rouvre. Cette fois, c’est un noir derrière la porte, qui ouvre tout de suite. La première chose que je fais en franchissant l’entrée, c’est d’essorer mon béret. Judas, le noir, me regarde avec les yeux plissés.

- Alors c’était pour ça que Cyril voulait prendre une pause … Il a dû partir se planquer.
- Mouais, sûrement. Je prends enfin le temps de sortir ma tabatière … Et remercie le cuir de ma veste, comme celui du conteneur à herbes, d’être un tant soit peu imperméables.
- Maiiiiis je crois l’avoir vu du côté du local à alcool.
Je souris en roulant ma cigarette.
- Merci Judas.
- Va pas trop nous l’amocher, hein ?
- T’inquiète.

Avec un calme olympien, je me dirige vers le « bar » aménagé dans l’entrepôt, sert la main à celui qui se trouve derrière, lequel m’autorise à accéder à la réserve. L’autre petit con a oublié que c’est le seul, avec le proprio de l’endroit, à rigoler aux blagues qui me sont faites. J’entends un petit glapissement quand je pousse la porte. Je ne devrais pas fumer ici … Je me contente de garder ma cigarette coincée entre les lèvres, et cherche. Cyril se repère rien qu’à l’odeur. Il pue le chou, les vêtements lavés régulièrement – pas comme d’autres ici – et la peur. Lorsque je le déniche entre deux tonneaux, dans l’obscurité, il tente de baragouiner quelque chose. Je n’écoute pas, le saisis par le col, et le soulève. J’ai envie de le frapper … ou … pas, en fait. Je me contente de ressortir en le tenant par le col de sa chemise. Nous marchons à travers le « club » de combat, lui se plaignant que ya malentendu, moi essayant d’activer mon briquet à amadou d’une main, avec difficulté vu l’humidité … Difficulté, mais succès : j’arrive à embraser le bout du petit tube entre mes lèvres. Une fois revenu à la porte d’entrée, je fais un signe de tête à Judas, qui ouvre sans rien dire. Cyril comprend enfin ce que je veux lui faire. Mais il n’a pas le temps de crier que je le fais passer devant moi, avant de le « pousser » dehors d’un coup de pied au cul assez sévère pour le faire légèrement décoller du sol. Il s’étale dans une flaque de boue, mais se retourne prompto … Je suis toujours à la porte, avec un sourire sur les lèvres.

- Charmante discussion. A toute’ … … Petit con.

Sans rien dire de plus, je lui claque le battant au nez, sous le rire rauque et grave de Judas. Qu’importe. Je vais me commander un verre de whisky, histoire de tuer le temps en fumant ma cigarette … La salle est calme. Pas énormément de monde, même si le milieu de semaine peut expliquer ça. Pas de combat en cours. Le barman me donne deux-trois nouvelles. Je le remercie en laissant un pourboire, puis me lève, et me dirige vers « book ». Le pseudonyme utilisé par tous ceux qui, de façon régulière ou seulement pour une journée, prennent en charge les paris de l’endroit et distribuent – ou récupère – les pactoles. Aujourd’hui, c’est un type fin, à la moustache bien taillée, que je ne suis pas sûre d’avoir vu souvent. Mais lui me reconnaît, ça c’est sûr … il faut dire que je viens assez souvent pour être familière à tout le monde ici, depuis le temps. Le type qui prend les paris me regarde avec un sourire alors que j’approche … Il sait très bien que je suis venu pour me battre. Et visiblement, ça le change. Je lui confie mes affaires, et monte sur le ring : j’attends de voir mon adversaire avant de parier … Encore que ? à la réflexion, je me penche entre les cordes, et lui fait signe de me mettre une petite somme (qui se trouve dans la bourse que je lui ai confié) sur ma pomme. Le geste attire l’intérêt : ceux qui ne viennent que pour le spectacle et me connaissent un peu sifflent en ricanant. Et après tout, c’est logique : parier sur sa victoire sans avoir d’adversaire, c’est signe de confiance, tout de même … Un individu finit par sortir du lot, et grimper lui aussi sur la plateforme surélevée. Un nouveau, ou en tout cas récemment arrivé : typiquement, c’est le genre de personnes qui a le plus de chances de vouloir me faire face … Et c’est logique.

J’ai un des taux de victoires les plus élevés, et pourtant j’ai la tête d’un ado … Ils pensent à du chiqué, un tour de passe-passe qu’ils sauront déjouer, ou alors qu’eux même ont un « truc » qui marchera à tous les coups. David m’a appris – après les combats – que j’avais ainsi affronté, et le plus souvent mis au tapis, un ou deux loup garous un peu trop confiants … Mais lui, ça n’a pas l’air d’être ça. Il a un parfum trop différent du londonien moyen pour être anglais, ça c’est sûr. Un français ? Vu la forme du béret qu’il laisse, avec sa veste et un couteau, à Book, ce serait possible. Il retrousse ses manches, je range ma barrette dorée dans une poche dont je suis certaine qu’elle ne sortira pas. Les parieurs font passer la monnaie, l’arbitre explique au nouveau venu les règles classiques (pas de « coup bas », pas d’arme autorisée, pas d’aide autorisée durant le match, abandon autorisé, aide médicale fournie impérative en cas de blessure grave, mais au frais du soigné …), et moi je regrette d’avoir déjà terminé ma cigarette depuis longtemps … Mais bon. Nous finissons par tous les deux lever les poings, alors que la foule s’agite un peu moins, et qu’on annonce le match. Quelqu’un sonne la cloche, et le voilà qui tente de me coller une droite.
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Dernière édition par Red'maw le Jeu 26 Juil - 10:59, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [15/12/1841] Un (encombrant) mystère sur les bras ... Mar 24 Juil - 17:10

Je me débrouille … Pas trop mal, aujourd’hui. La petite bourse que j’avais à la base confié à presque quintuplé de volume, et je ne parle que de la partie « sûre » : j’ai continué à miser sur moi-même, et compte encore bien disputer deux ou trois matchs … Mais j’en suis déjà à 6 victoires de rang, et même si je ne fatigue pas énormément, je me surveille. Le nouveau a été … Rafraichissant. Ses stratégie m’ont surprise. Ça n’a pas été suffisant pour m’empêcher de l’envoyer à terre 3 fois d’affilée, mais c’était notable. Autre chose : il a abandonné en réalisant qu’il ne gagnerait pas, et m’a serré la main … Je souhaiterai que tous mes adversaires soient comme ça. Le suivant l’a raillé en disant qu’il n’aurait aucun mal à m’avoir … Maverick, je crois. Un des rares à m’avoir déjà battu, de par le passé ... Mais il avait oublié dans quel contexte. A savoir : à un moment où j’étais bien moins confiante en moi, et aussi beaucoup plus fatiguée qu’aujourd’hui. Mais bon … Un coup au foie, deux à la mâchoire, et je l’envoie continuer ses rêves de victoire dans un endroit plus approprié. Suivent quelques adversaires plus ou moins réguliers, mais rien de notable… J’ai particulièrement tendance à esquiver, aujourd’hui. Mais alors que je me demande si je fais bien ou pas, un « vieil ami » monte sur le ring … Le quinze. Son surnom seul est un avertissement : c’est le nombre de victoire qu’il a réussi à obtenir à la suite, le soir où sa femme est morte … J’aurais pu être la seizième, d’ailleurs. Mais je ne pense pas qu’il m’en veuille. Il avait trop la tête ailleurs, ce soir-là … Par contre, aujourd’hui, il semble tenir la forme, et m’épargne même les habituelles plaisanteries.

La cloche retentit, le combat commence … Je lève les poings, mais il n’avance pas. Il se contente de m’observer, se mettant lentement en garde aussi, une moue amusée sur les lèvres. On se regarde dans le blanc des yeux quelques instants, bougeant lentement sur le ring … Je lance l’offensive. Mais soit je frappe ma garde, soit des endroits qu’il ne protège pas volontairement … Personne ne perd de combat à cause d’un coup dans l’épaule. Sa riposte me frôle. Je dois moi-même remettre entre nous la distance que j’ai fait disparaître lors de l’offensive. C’est mauvais. Il saute sur moi, et tente de me coller une droite. J’ai l’impression que son bras fait la taille de mon torse, lorsqu’il me passe au-dessus du crâne … Je tente de riposter de deux coups dans les côtes, mais tout ce qu’ils font, c’est me faire rester en place assez longtemps pour prendre son coude sur le crâne. Je vacille un peu, lève les poings devant moi. Son coup suivant est assez puissant pour me jeter à terre, en frappant sur ma garde. Je grogne de douleur, mais ne laisse pas à l’arbitre le temps e commencer à compter : d’une impulsion, je me remet sur mes pieds, et me relève. J’oublie souvent à quel point il est costaud … il faudrait que je me ressaisisse, si je tiens à gagner.

Mais je continue à peiner. Nos échanges n’ont rien de monotones, et parfois, de brefs instants, je reprends l’avantage … Mais la majeur partie du temps, c’est moi qui reçoit les claques. Autre problème majeur, que je comprends à mi-parcours : cela fait trop longtemps que je me bat. Je ne peux compter que sur la force « naturelle » de mes muscles. Sauf que même si je ne suis pas particulièrement fatiguée, eux le sont assez, et je peine à donner de l’impact à mes coups. Bon, pour ne pas mentir, avec ou sans, la différence n’était pas des plus tangibles … Mais ça aurait simplement été plus vivable pour moi. Vient un moment où, quelque part dans la salle, un encouragement me donne un léger frisson. C’est une voix de femme. Hors, d’habitude, elles sont à peu de cas près absentes de cet endroit. Je tourne la tête, survole la foule … Je crois la voir, au comptoir, une bière à la main. Grande. Fine. Rous-

* *
*

C’est la clameur générale de la salle qui me fait progressivement revenir à moi-même. Je suis allongée. Sur le dos. Sur un genre de banc. Je me redresse lentement, une main vient me souvenir. Je plisse les yeux. Ils ont du mal à faire le point, tout est flou … Ah. Voilà … Le docteur. Je ferme mes paupières, trois secondes. Les rouvres. J’entends un genre de sifflement aigu extrêmement régulier. Désagréable. Le docteur me dit quelque chose que je comprends difficilement, mais me fait passer lentement son doigt devant les yeux. Voir si je suis. Je lui fais baisser la main avec un soupire, et pivote pour m’asseoir en me relevant. Je me suis fait coucher … Je l’ai mérité. Je me suis laissé distraire. Je regarde autour de moi … rien au bar. A quoi ressemblait … … La … merde. Les quelques secondes avant le coup sont devenues un genre de bouillie confuse et indigeste de sensations, de visions floues et de sons incohérents. Je soupire par le nez, me masse les tempes, tente de me souvenir. Rien. Le docteur me tape gentiment dans le dos.

- How long ?
- Combien de temps … Tu es restée inconsciente? J’hoche la tête. - Pfff … Dix minutes ? Peut-être un quart d’heure ? Je soupire à nouveau. Qui que ce soit, la personne est probablement partie depuis longtemps. Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à me la sortir de la tête, alors que je ne me souviens même pas de son sexe ? Il y avait quelque chose … - Tiens … Ton argent, tes deux couteaux eeet ta veste. « Book » n’avait pas envie de les garder, he he. Ceci dit, je me suis dit que tu aimerais avoir ton écharpe et ta broche sur toi dès le réveil … Tu n’as pas grand-chose : il a probablement juste provoqué une commotion cérébrale à même de te faire perdre connaissance … Il faut dire, quelle droite ! Il a l’air en forme ce soir, le fameux 15 … Je regarde vers le ring. Effectivement … son adversaire n’a pas l’air capable de tenir le coup beaucoup plus … ah, rectification : son adversaire vient d’être envoyé à terre par un uppercut à travers la garde. Joli geste. Je doute qu’il se relève avant le 10. - Et bien … Pas de repos pour les braves ! C’est le troisième qu’il m’envoie comme ça … Si tu as besoin, n’hésites pas à te reposer encore un peu. Oh, et …
- Mouais … Tenez doc’.

Je sors de ma bourse une somme suffisante pour le temps que je lui ai pris, et lui fait glisser dans la main. Il me remercie avec un clin d’œil, puis se dirige vers le ring, sifflotant tranquillement. Un instant, je me demande quel genre de médecin peut bien s’asseoir à l’endroit où il regarde ses futurs patients se blesser … Mais qu’importe, j’ai déjà la réponse. Celui qu’on radie de son ordre. Je me lève, me rhabille … J’entends toujours la pluie, dehors. Mais plus le sifflement, au moins … Je me dirige vers la porte. Cyril n’est même pas visible.

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MessageSujet: Re: [15/12/1841] Un (encombrant) mystère sur les bras ... Mar 24 Juil - 17:11

Il pleut toujours autant dehors. Et c’est pénible. La majeur partie des flaques sont tellement grandes que l’idée de sauter par-dessus n’est tout simplement pas envisageable … à moins de me changer en chimère et de bondir. Mais je ne vais pas avoir recours à ça pour si peu. Même si j’aimerais éviter d’immerger entièrement les pieds … enfin, je n’ai pas le choix. Je n’étais déjà pas spécialement de bonne humeur, de toute façon … Soyons honnêtes : il faut bien que je perde de temps à autres. Une petite blonde avec une silhouette comme la mienne qui couche systématiquement de gros marins bien bâtis et autres masses, ce serait beaucoup trop louche. Mais je n’aime pas l’idée d’avoir été assommée par manque de concentration. Ce genre de choses ne devrait pas se produire … Pas en combat. Je relève le nez, et regarde autour de moi. J’ai un sentiment étrange, tout à coup. Je me sens observée. Mais à part la pluie, et des bâtiments grisés, rien. Je cligne des yeux, soupire. Peut-être que cette personne au bar me fait imaginer des choses … si il y en avait vraiment une. Je me remets en marche. Personne ne se montre du trajet. Ce n’est pas pour autant que l’impression disparaît. Lorsque j’arrive au Broken, David est sorti également … tant pis. Personne dans la grande salle. Je me contente de vider la moitié de mes gains dans la caisse, et monte me faire chauffer de l’eau pour un bain.

* *
*

Quatre jours passent. Je surveille encore plus les environs qu’à l’accoutumée, mais l’impression d’être observée ne revient pas. Ou alors, je ne m’en rends pas compte. Le temps s’adoucit … à peine. Mes sorties se limitent aux courses, lorsque nécessaire, et aux boulots pour Krieg … Le reste du temps, je lis à la grande salle du Broken en attendant qu’un client daigne pointer le bout de son nez. David s’absente régulièrement … Lui aussi va se battre. Pas vraiment par envie, mais il préfère que les finances du pub ne tournent pas au rouge à cause d’une très mauvaise semaine. Je m’y connais trop peu en chiffres pour avoir grand-chose à redire … Par contre, il gagne moins souvent que moi, mais bon. Je pense qu’il le fait exprès … Ou qu’il est moins farouche, peut-être. Ça ne semble pas lui poser de soucis … et il ne veut probablement pas attirer l’attention outre mesure. Une fin d’après-midi, alors qu’il est là, William rentre dans la grande salle. Apparemment, on a besoin de moi pour un boulot … David me donne l’autorisation de partir sans même avoir besoin d’y réfléchir. Je prends le temps de changer de vêtements pour quelque chose de plus « pratique », prends un ou deux couteaux en plus de mon stylet, et accompagne le gamin à l’extérieur.

Quelques jours plus tôt, la meute a absorbé « les gamins aux hameçons ». Un groupuscule assez mineur, qui protégeait 3 ou 4 commerces en périphérie de l’east end …Les négociations ont été d’une douceur et d’un manque de problème qui ont dû chagriner le patron. Après, bien sûr, il faut tenir les commerçants au courant du changement … Rien de bien compliqué, en soi. D’où la taille du groupe d’ailleurs : il n’y a que Rémi, Blunt, William et moi … Assez nombreux pour éviter de se faire agresser, pas trop pour ne pas attirer l’attention. Les trois premières échoppes ne posent aucun souci. On doit juste un peu patienter dans l’une d’elles, le temps que les clients cessent d’affluer. Normal, pour un magasin de vêtements vendant de bonnes vestes, par ce temps. Mais le vendeur se montre très poli et raisonnable … Rémi offre un manteau digne de ce nom à William, sur sa paie. « Pour avoir fait un excellent orateur cet après-midi », qu’il dit … Peut-être aussi parce que le gosse lui fait pitié, à être plus trempé que si on l’avait jeté tout habillé dans la tamise. L’idée de récompenser les membres du groupe pour leurs performances n’est pas mauvaise, ceci dit … Après tout, en théorie, c’est moi qui dirige la petite équipe : je suppose que c’est à moi de décider si ce genre d’initiative doit être mise en place. J’en parlerais à Krieg … Plus tard.

C’est à la 4ème boutique que les choses … se corsent. Pas besoin d’être devin pour savoir, depuis la rue, que quelque chose cloche. Une étagère / présentoir traverse la vitrine. Je me mets à courir vers l’intérieur la première, rapidement suivie du reste. Si les dégâts semblent récents, l’attaque est en tout cas terminée : l’intérieur du bâtiment est quasiment silencieux. Seules deux personnes sont entrées dans la boutique, et tentent de réconforter le propriétaire, qui ne semble pas blessé. Mais il est en état de choc. Pas étonnant … Qui que soient les membres du groupe qui a fait ça, ils ont été violents : même les murs portent des traces de … griffure ? Je tire la moue. Ce n’est tout de même pas une créature de l’ombre qui aurait attaqué en plein jour … si ? constatant que Rémi, Blunt et William restent plantés là comme des endives, je sors mon carnet, et griffonne un billet.

Aidez à ranger. Remettez les meubles en ordre. Etalez la marchandise encore vendable. Faites un tas avec le reste, dans un coin de la boutique. Et William : quand vous aurez dégagé l’étagère de la vitrine, viens avec moi.

Ils obtempèrent immédiatement, et se mettent à faire jouer l’huile de coude, tandis que je m’approche du proprio, et lui pose une main sur l’épaule. Les deux autres personnes tentent de lui dire qu’au moins, il va bien, que les dégâts seront vite réparés … Ils sont mal à l’aise au possible, et ça se voit. Jusqu’à ce qu’un des deux hommes n’ait un trait de génie.

- écoutez mon brave, on va … On va aller vous chercher de l’aide, d’accord ? Quelqu’un qui va prendre soin de vous pour les heures à venir … La police ? Mauvaise idée. Enfin, bonne sur le papier. Sauf que s’il était « protégé », les flics risquent de l’envoyer paître. « Protégé par la pègre, débrouillez-vous avec eux » … Et justement. On est là.
- Mauvaise idée. Sa famille ?
- Mauvaise ? Mais …
- M-mon fils … Il semble retrouver une étincelle dans le regard, se reprenant un peu. - I-il … Il est infirmier … à St Thomas’ hospital … A-allez me le chercher, je vous prie …
Les deux hommes hésitent, mais finissent par acquiescer. Ils se relèvent, se concertent un temps, puis se dirigent vers la sortie, sans déranger Rémi et Blunt, qui bossent presque mieux à dé-encastrer cette maudite étagère sans William qu’avec. De mon côté, je me tourne vers le vendeur.
- What happened ?
- Vous êtes un de ces groupes hors-la-loi … n’est-ce pas ? J’opine du chef. - J-je ne sais pas … Elle … Une furie. C’était une furie.
- Attendez … Je plisse les yeux, regardant un instants les dégâts derrière moi. Puis le vendeur de nouveau. - une personne ? … une seule ?
Il hoche la tête. J’ai un léger nœud au ventre en le voyant faire.
-Une jeune femme. Elle bougeait … Elle frappait partout avec une … sorte de planches, bardée de clous, et une moitié entourée de tissus. Elle riait. Elle riait tout le long. Elle n’arrêtait pas de dire qu’elle espérait qu’elle aurait le temps … Elle bougeait de façon totalement surnaturelle …
- Est-ce qu’elle a … donné un nom ? une raison pour laquelle elle faisait ça ? William s’accroupit à côté de moi, semblant à peu près aussi rassuré que moi. Enfin, non. Lui se sent en danger.
- Elle était très grande … vêtue de haillons … Ou non, de … Juste de vêtements récents, mais déchirés. Pas de nom. Pas de nom … Elle … Elle est rentrée avec sa … son arme dans le dos. Au début, je n’ai pas fait attention. Mais elle m’a dit que j’allais avoir un invité très spécial, et qu’il fallait préparer l’endroit. Elle a commencé à frapper autour d’elle après ça … Elle riait …
- On … On va s’en occuper. Heum … Je griffonne quelques mots sur un billet, et lui passe. - Remboursement … répa … ah, oui ! On va prendre en charge les dégâts. Un de nos gars passera pour discuter avec vous des frais de réparation, les pertes … heuum … On … On va aussi fournir de la main d’œuvre, si vous avez besoin.
- En plus de nous ?
L’intervention de Blunt n’est pas desirable, mais je ravale mon mécontentement en voyant qu’il a déjà bien aide à remettre la boutique en ordre … On dirait toujours qu’il y a eu une bagarre, mais les meubles sont en place, et le commerce pourrait reprendre. Si le commerçant est en état …
- En plus.
- O-on va aussi … retrouver la fille qui a fait ça, et s’assurer qu’elle ne recommence plus. Plus jamais.

Je retiens un soupire. C’était à peu près aussi convainquant qu’un enfant de 8 ans avec un couteau à beurre dans les mains, menaçant un type comme Alasker … Mais le message est vrai. Qui que soit cette « furie », la meute va la retrouver, vraisemblablement la tabasser … Et si ça ne suffit pas à lui apprendre la leçon … enfin. Cette partie-là, il n’a peut-être pas besoin d’en entendre les détails dans l’immédiat.

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MessageSujet: Re: [15/12/1841] Un (encombrant) mystère sur les bras ... Mar 24 Juil - 17:15

L’incident du magasin déplaît profondément à Slick. D’une part, parce qu’on a « pas assuré » de laisser ça se produire … et aussi parce que ça va faire tâche au niveau des chiffres. Bon, on pourrait se permettre une bonne dizaine de bévues du genre avant d’avoir un sérieux « problème » … Mais c’est une autre question. Ce jour-là en tout cas, je n’arrête pas de me triturer l’esprit avec ça. Et l’impression d’être observée revient, de façon fugace … ça commence sérieusement à m’énerver. Malgré son odorat, David ne me parle de rien de particulier, lorsque je l’entretiens sur le sujet … Maudite pluie. Ceci dit, progressivement, le broken jaw se repeuple, petit à petit … Les soirées redeviennent un peu plus chargées. Un soir, un client m’arrête, et me demande si ce qu’il a entendu sur moi est vrai. A savoir, si je fais des commissions pour transporter des paquets ici et là … C’est une nouvelle tête, je suppose « normal » qu’il ne sache pas. Lorsque je lui confirme, il me dit qu’il aurait peut-être un quelque chose à me proposer … Apporter un paquet sur les docs, le lendemain. Un peu étrange, mais je ne me plains pas forcément : il propose de payer la moitié maintenant, et le reste à l’issue de la course … Et cette moitié, à elle seule, fait presque le tarif d’une commission entière. Je n’ai pas vraiment de raison de faire la fine bouche.

Le lendemain, béret vissé sur la tête, et tenue de garçon passée, je sors du pub sur le coup de 2 heures, le colis dans un sac de cuir. J’espère qu’il ne craint pas trop l’humidité … Ceci dit, le commanditaire, qui me l’a confié plus tôt dans la matinée, ne semblait pas l’avoir particulièrement protégé, de son côté. Le paquet ballote contre ma hanche alors que je remonte les rues. Je cherche à m’abriter au maximum de la pluie, mais je ne me fais pas trop de faux espoirs non plus. Par contre, l’impression d’être suivie revient … mais en différente. Je suppose que je comprends pourquoi lorsque, entre deux entrepôts, quelqu’un vient me bloquer la ruelle. A se demander pourquoi je prends toujours les chemins comme ça. Il n’est pas bien vieux, mais il a déjà une carrure plus épaisse et intimidante que celle de William. Même si voir à quel point sa chemise flotte n’est pas bien dur. Je n’ai pas besoin de me retourner : deux autres débarquent dans mon dos, discrets comme une meute de loup-garous qui se transforment. Je regarde sur ma gauche. Une usine, pas des plus récentes … Tellement peu que le mur de brique part presque en morceaux, à vrai dire.

- Dis-donc, poupée … Tu pourrais p’têt nous filer le contenu de ton sac, tu crois pas ? Et fais pas comme si ton costume cachait grand-chose, hein … Même s’y sont pas bien gros, on voit tes seins à deux blocs à la ronde. Mais c’e-AHK !

Là. La brique en plein thorax l’a fait taire. J’ai du mal à croire qu’il était à ce point peu attentif à ce que je faisais … Et j’ai du mal à croire que décrocher une brique m’ai demandé si peu d’effort. Les ouvriers devaient vraiment être mal payés … Ou le ciment était mauvais. En tout cas, le message passe assez clairement : derrière moi, on se met à courir. Ils font du bruit à chaque fois qu’ils marchent dans une flaque. Les idiots. Vu que le « chef » a encore la main sur le torse en cherchant à voir si je lui ai cassé une côte, je me retourne. Pas d’arme en vue. Pas de tranchante en tout cas : un des gosses a un … c’est un tuyau ? C’est un tuyau. Je me sens un peu vexée. Ce sont des amateurs. Le premier tente de m’envoyer un coup de tungstène : il se rate lamentablement lorsque je fais un pas de côté. Le second essaie de me mettre un coup de poing : il manque ma joue de dix centimètres. Par contre, mon genou ne rate pas son foie : il recule, le souffle coupé. Le premier se reprend, tente le revers. Il me vire le béret du crâne quand je me baisse. Je lui en colle une dans le nez. A la sortie de la rue, deux types rejoignent mister brique, et s’assurent qu’il va bien, avant de foncer vers moi aussi. Toujours pas de couteau. Suspect. Ceci dit, je n’ai pas envie de tâcher mes vêtements plus que nécessaire. Les nouveaux ont le visage un peu masqué. Ils sont plus grands que leurs compères … et mieux cordonnés : ils tentent de me ceinturer. Je balance celui que j’ai frappé à l’estomac sur leur trajectoire. Me met à courir aussi. Met un bon coup d’épaule à celui de gauche, qui vole sur le cul. Le second ne s’attendait vraisemblablement pas à ça : il a une seconde d’hésitation. Pas suffisant pour me permettre de le frapper quand j’essaie ceci dit. Il esquive avec adresse les trois premiers crochets … Sans se rendre compte qu’il est dos au mur. Plutôt qu’un autre coup de poing, je tente de lui écraser le ventre d’un coup de pied. Au pire, s’il se déporte sur le côté, je serais juste déséquilibrée. Mais il ne se déporte même pas, percutant juste la paroi. Le coup à l’air de faire très mal.

- SCOTLAND YARD, NE BOUGEZ PLUS !

Et merde. Je ne suis pas vraiment en tords, mais vu la déculotté que j’ai mis à ces bouffons, à tous les coups je vais être accusée de les avoir encerclé ici et tabassés. Et en prime, l’un d’eux me choppe par derrière, comme pour m’empêcher de fuir. Mais alors que le flic s’approche, j’entends un bruit. Quelqu’un qui court dans les flaques. Qui court pieds nus. Et qui percute la personne qui me ceinture, coude vers l’avant. Je sens aussitôt l’étau autour de mes bras s’envoler. Je fais volt-face. Une jeune femme. Rousse. Je cligne des yeux. Mais avant que j’ai le temps de dire quoi que ce soit, elle me prend la main, semblant prête à sprinter en sens inverse.

- Viens avec moi si tu veux vivre !

Son sourire est dérangeant. Trop large. Trop … trop pointu ? Ceci dit, elle n’a pas tords : le policier aussi court, et se rapproche de plus en plus. Je finis par hocher la tête, et nous piquons toutes les deux un sprint. Je m’arrête uniquement le temps de ramasser mon béret par terre. Ça la fait rire. Le reste est un peu flou. Nous quittons la ruelle, tournons à gauche, entrons dans un entrepôt plein d’activité, le traversons de part en part sans même être vues par les sardinières. Lorsque nous en sortons, et que le bruit des machines nous étouffe moins, elle ralentit, mais se dirige toujours d’un pas confiant, glissant dans les rues et entre les bâtiments sans le moindre doute sur sa destination. Ce que j’ai le temps de voir me donne l’impression d’avoir été secourue par une clocharde … Mais elle est propre. Je le sens. La chose m’étonne quelque peu. Sur le chemin, je me rends compte que mes dents tombent, une à une. Je les crache dans le caniveau, au fur et à mesure. Les crocs ne tardent pas à les remplacer. Je ne sais pas pourquoi ils sont là. Nous finissons par trouver un vieil immeuble, visiblement inoccupé depuis qu’un incendie en a dévoré la moitié de la façade. Rentrant comme si c’était chez elle, montant deux étages, la jeune femme finit par sortir une clef de sa poche, et ouvre une porte pour m’inviter à pénétrer la pièce. Je sens le poids des deux ustensiles tranchants, dans ma veste, et je repère une fenêtre … Je suppose que je pourrais toujours m’échapper, d'une façon ou d’une autre. Je finis par franchir la porte.

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Red'maw
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MessageSujet: Re: [15/12/1841] Un (encombrant) mystère sur les bras ... Mar 24 Juil - 17:20

La décoration est sommaire. Il y a beaucoup de récup’. Une pile confuse et chaotique de draps dans un coin semble faire office de lit. Au moins, l’endroit est sec … plus ou moins. Je finis par soupirer, et me tourner vers la jeune femme qui m’a « sauvé ». Je ne serais pas surprise qu’elle fasse six pieds de haut : elle s’en rapproche beaucoup. Mais elle est fine … pâle. Je ne sais pas si j’ai déjà vu quelqu’un avec des cheveux aussi longs. Ils ont un côté … Flamboyant. Ou plutôt, presque sanglant, à vrai dire. La couleur … Ils sont attachés de façon à, pour l’immense majorité en tout cas, former une queue de cheval dont la base est visible au-dessus de sa tête. Elle me sourit. Ses yeux sont rouges, eux aussi … Presque aussi purs que les miens. C’est la première chose qui me perturbe vraiment. Leur forme aussi est anormale. En regardant mieux son sourire, je m’aperçoit qu’elle n’a pas de « dents », mais des crocs pointus, similaires aux miens … Parfois. J’ai un instant de perplexité. Une autre chimère ?

En tout cas, entre elle et moi, la différence est presque totale.:
 

- My my … Tu as vraiment l’air encore plus mignonne de près ~ Mais je ne crois pas t’avoir déjà entendu parler ! Comment tu t’appelles ?
- … Et toi ? Je préfère la laisser en savoir le moins possible. A chaque seconde, je lui fais un peu moins confiance … Qu’est-ce qu’elle veut dire ? Depuis combien de temps elle me regarde et m’écoute ?
- Well … It’s a « Mystery » ! Elle prend une pose un peu exagérée, une jambe en l’air et les deux bras grands écartés, et me regarde avec un sourire amusé, presque naïf. J’ai le temps de cligner trois fois des yeux avant qu’elle ne bouge, remettant pied à terre.
- Je suis sérieuse. C’est comme ça que tout le monde m’appelle. « Mystery ».
- … Sérieusement ?
- Hey, pourquoi pas ! Je veux dire, ça m’étonnerait pas si tu me disais que tu traînais avec bruttépaisse, mister bôgosse et gamintropmaigre. Enfin, encore que : il a l’air de manger à sa faim, mais niveau muscle …
- Blunt, Rémi … … Et William ?
- Ah ? Si tu le dis. Autant j’ai le nez fin, autant pas les oreilles … Oh, au fait ! C’est à moi que tu devais remettre le colis.
- … Hein ? Je mets quelques instants à réaliser de quoi elle parle. Mais ça ne m’apporte que plus de questions.
- Le truc, dans ton sac, sur lequel tu viens de passer le bras en le repoussant un peu plus dans ton dos ! Il est pour moi. Vas-y, regardes l’étiquette. Elle croise les bras avec l’air le plus assuré que j’ai vu depuis un sacré bout de temps, avant de se détourner, et de glisser une jambe dans les pieds d’une chaise pour la faire pivoter en raclant le sol, puis s’asseoir dessus. Ce n’est qu’à ce moment que je remarque qu’elle est pieds nus … Je suppose.

Exécutant sa directive sans apprécier l’idée, je finis par sortir le paquet de tissus détrempé, autour duquel on a noué de la grosse ficelle, avec un genre de carton passé dedans. J’ouvre le papier, et lis à voix haute en relevant les yeux.

- Issy Tymmers … Je ne lis pas l’adresse, vu qu’elle est probablement très proche de l’endroit où nous sommes. Puis, je réalise … échange deux-trois lettres … avant de grincer des dents. - « Miss Mystery » …
Elle me fait un sourire qui me donne envie de la cogner, et tends les mains en penchant la tête sur le côté, faisant onduler sa trop longue chevelure rousse.
- Je me disais que c’était peut-être un peu trop gros … Mais au final, ça a joué son rôle pile le temps qu’il a fallu ~

Je lui lance son colis sans grande délicatesse, et elle se met aussitôt à l’ouvrir. J’en profite pour l’observer un peu plus en détail … Ses manches sont déchirées. Son short aussi, et a dû, à une époque, être un pantalon, avant qu’on ne l’orne de cette énorme ceinture … Mais son haut … Son haut me rappelle quelque chose. Il me faut de longues secondes pour comprendre … une camisole. Elle ne porte pas de haillons. Ni une tenue « un peu excentrique ». C’est une camisole de force. Déchirée, et personnalisée pour la vie de tous les jours. Je cligne des yeux en réalisant, avant de voir le contenu du « paquet ». Une sorte de grosse trousse de cuir brun, qu’elle déplie … Elle est remplie d’outils. Pinces. Scalpels. Limes. Grattoirs. Du matériel de … sculpteur ? Forgeron ? Je ne connais aucun de ces deux métiers assez bien pour en jurer, mais je sais comment la trousse s’utilise : à ses deux extrémités se trouvent deux boucles qui, passées dans la ceinture, permettent de la garder sur la hanche … Histoire d’avoir tous ses outils sous la main pendant qu’on travaille. Elle est bien garnie, en tout cas, ça c’est sûr …

- Tu l’aimes bien ? Je n’avais pas noté qu’elle me regardait. Je hausse les épaules, puis un peu la tête. Elle la replie … Puis me la tend. - Tiens alors. Cadeau.
- … quoi ?
- Cadeau. C’est pour toi. Oui, je sais, j’aurais pu simplement demander au gusse à qui je l’ai commandé de te la remettre, mais je voulais te l’offrir en personne. … C’est lourd, tu sais, tu pourrais le prendre ! C’est quoi c’regard ? … Ah … ouais… Son sourire se voile enfin un peu, et elle détourne les yeux. Il faut dire que je dois être livide. Et que j’hésite sérieusement à dégainer. - … Bon, je suppose que je devrais peut-être le dire, à ce point … Ca … Fait plusieurs jours que je t’observe. De loin. Tu es méfiante … ou alors tu as les sens aiguisés. Mais quand je t’ai vue au club … J’ai voulu en savoir plus. Oh, heum … D’ailleurs. Tu m’en veux pas, pour tout à l’heure, dans la ruelle, hein ? Je voulais juste tester un peu comment tu te battais, du coup … C’est aussi un peu moi qui ait demandé aux garçons d’essayer de t’agresser … Enfin. Je leur ai dit qu’il y avait de l’or dans ton colis, et … Ahh !

Pour une fille assise, elle esquive drôlement bien. Les deux premiers coups que je tente de lui donner ne fauchent que le vide. Je tente de pousser sa chaise du pied pour la faire basculer. Avec succès, mais elle roule sur le sol, et se relève juste derrière. Je saute par-dessus, et tente de nouveau de la frapper. Mais je n’y arrive pas. Mes coups ratent. J’ai l’impression qu’elle danse. Je n’ai pas l’habitude des cibles plus agiles que moi. Avec un cri de rage, je tente de lui foncer dessus, la ceinturer. Réussite. Sauf qu’elle m’enfonce son genou dans le ventre, et que je passe les secondes suivantes à plus m’aider de son corps pour rester debout qu’autre chose. Elle se penche en avant, me ceinture sans que je réalise. Par contre, je me rends immédiatement compte lorsqu’elle me soulève, tête en bas … Je tente de me redresser. Elle se penche vers l’arrière, puis me jette sur le sol. Mon dos et ma tête le percutent en premier. J’ai quelques secondes de semi-conscience, où je la vois me tourner autour.

- On pourrait en parler, tu sais …

Je tente de lui saisir et faucher le pied. Je rate de très peu, mais elle a bondit au dernier moment. Je me tourne sur le côté, une main à terre. Je pourrais me relever, charger. Mais je décide plutôt de m’appuyer sur ma main pour pivoter, et lui mettre un coup de pied dans les jambes. Elle tente de sauter par-dessus avec un petit cri. Je crois que c’est la première initiative que j’ai qui la surprend. Je ne m’arrête pas là : me servant d’une jambe, je lève l’autre pour la toucher quand même. Elle pivote en l’air lorsque je frappe ses tibias, et s’écrase sur le flanc. Je me jette aussitôt sur elle, Je tente de la frapper de mes poings, en la maintenant de mes jambes. Je crois que je touche. Deux ou trois fois. Mais ensuite … Un de mes coups racle le sol. Puis, subitement, elle me force à passer un de mes bras autour de ma propre gorge. Je perds l’équilibre sans comprendre pourquoi. Les secondes suivantes sont confuses. Mais lorsque tout reprend enfin du sens, je suis allongée sur le dos.. Et elle est sous moi, à me tenir un bras autour du cou, et à me ceinturer l’autre contre le torse avec ses jambes. J’ai du mal à respirer. Je grogne, me débat, remue. Elle ne dé-serre pas la prise. Je bouge fébrilement. Rue. Tente de lui mettre des coups de tête. Seule la dernière initiative a du succès et donne quelque chose : elle me broie encore plus les côtes avec ses jambes, à un point difficilement supportable pour respirer. Je continue de remuer … mais de plus en plus faiblement. C’est en vain. Et on le sait toutes les deux. Je finis par me calmer, et soupirer profondément alors que je suis assise de force.
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Red'maw
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MessageSujet: Re: [15/12/1841] Un (encombrant) mystère sur les bras ... Mar 24 Juil - 17:21

- Tu sais, si je te voulais vraiment du mal, je me contenterais de prendre ton stylet et de t’égorger avec … Je ne réponds rien. Elle n’a pas tort sur le fait qu’elle aurait pu, et pourrait toujours me tuer. Ça ne veut pas dire qu’elle ne va pas le faire à un moment. Elle soupire. - Mademoiselle n’aime pas faciliter les choses … Bon. Comment tu t’appelles, déjà ?
Il s’écoule de nombreuses secondes avant que je ne daigne répondre. J’essaie de voir si je peux atteindre quoi que ce soit d’utile avec le bras qui n’est pas totalement bloqué … mais le sol est lisse, et ne donne aucun résultat. Ses jambes me privent d’accès au reste.
- Red’Maw.
- … Et tu pensais que je t’avais donné un faux nom ? Oh, chérie … Elle ricane un peu trop près de mon oreille à mon goût. - En tout cas ma petite Red’Maw, tu m’as confirmé ce que je pensais … Tu sais bien, voire très bien te bastonner, mais pour ce qui est de se « battre » convenablement, avec de la méthode, des techniques et autres, tu as encore à apprendre. Je pourrais t’aider, à ça … ça te dirait ? Je ne donne pas de réponse. Nouvelle pause. Nouveau soupire de sa part. - Eeeeennnnfin, ya rien de pressé … écoutes, j’adorerais te libérer, mais je suis certaine que tu vas essayer de me planter à peine libre de tes mouvements. J’ai pas raison ?
- Si. Totalement.
- Voilà … Donc … … Pucelle ! C’était franc, comme réponse ça, hey ! ça a l’air de la rendre joyeuse. Je soupire. La circulation dans mon bras se fait de plus en plus mal. - Tu es chez David depuis combien de temps ?
J’hésite à répondre. Mais si elle le connaît par son prénom, ça ne sert pas à grand-chose de ne pas lui parler de ça.
-Assez longtemps.
- Assez longtemps, comme … Des … Décennies ?
- quelques années.
- Oh. Heum, tu as quel âge ?
- Twenty-five … ish ?
- Comment ça, « ish » ? 25 ? Plus ? Moins ? Je hausse les épaules. - … Tu ne sais pas ? Je hoche négativement la tête. - … Tu n’as pas non plus reçu ton nom à la naissance, n’est-ce pas ?
- Non.
- Je vois … Tu n’est pas humaine, n’est-ce pas ?
Je me dévisse à moitié le cou pour tenter de la regarder. Sans grand succès : j’apperçoit juste des mèches rousses … Et laisse tomber, me remettant à regarder devant moi. J’ai la main diaphane.
- Non.
- … Tu ne fais vraiment pas d’efforts pour alimenter la discussion … Tu ne pourrais pas … Je sais pas, faire une phrase de temps en temps ?
- Non.
- … Comment ça, « non » ? Bien sûr que si, tu saurais faire une phrase … Je suppose que t’en as simplement pas envie pour m’énerver.
- ‘Peux pas.
- C’est bon, arrêtes d’essayer de me faire marcher … Si tu sais utiliser des mots, tu sais faire des phases, c’pourtant pas compliqué ! Enfin.
- La ferme !
- Pourquoi tu es si agressive pour un truc si … simple .. ? Tu … Tu pleures là ?

Je lui remets un coup de tête. Plus fort que les précédents, celui-là : j’ai l’impression d’entendre quelque chose qui claque. Je me remet à ruer, pousse avec mes pieds sur le sol, force avec mes deux bras. En vain. Mes pieds glissent. Mes bras tremblent, mais ne se libèrent pas. Elle sert à nouveau avec ses jambes. Je continue de me débattre. Nous luttons dans des genre de gémissements étouffés pendant quelques longs instants … Puis je finis par abandonner, et laisser de nouveau mes muscles se relaxer totalement … laisser tomber mes jambes, cesser de forcer des bras. Je renifle. Je voudrais ravaler mes larmes, mais je ne peux pas. Je ne peux pas. Non, je ne peux pas te répondre avec une phrase … ça m’enrage. Ça me réveille des souvenirs de l’orphelinat. Pas des bons. Ça me fait me sentir bien impuissante, allongée sur le sol à tenter de me dégager sans l’ombre d’un début de succès.

- … je … Je suis désolée. Je croyais … … je me disais que c’était juste ta personnalité. Ecoutes … Je … Sens que j’ai une crampe qui se forme, là, et … Je me dis que ça doit pas être confortable pour toi non plus. Maiiiiiis, j’ai pas envie de me faire suriner, donc …Si tu pouvais me promettre que …
Je murmure entre des crocs qui ont poussé à la place de mes dents depuis quelques minutes.
- Lâche-moi.
- Okay, okay … Je te lâche …

L’étau autour de mon torse se dévisse enfin, et elle laisse finalement mon poignet glisser entre ses doigts. Mon premier réflexe est de partir vers l’avant, tenter d’avancer de quelques mètres … Mais lorsque je prends appuie sur mon bras, il me faut faux bond. Je m’écrase sur le flanc. Ça ne me dérange pas. Le parquet est assez propre, au final …Je reste comme ça, quelques instants. Quelque part, dans un coin de mon champ de vision, « Mystery » s’est reculée jusqu’au mur. Elle a le bas du visage rouge … J’ai touché le nez ou la lèvre, en la frappant, tout à l’heure. Peut-être les deux. Elle essuie ça du revers de la main, puis la regarde d’un air circonspect. Puis rigole, doucement … et finit par se tourner vers moi.

- « Red’Maw », hein ? Tu avais dû passer une sale journée …

Je ne réponds rien, et me redresse. Je me met en tailleurs, sans me déplacer plus. Je masse mon bras et mon épaule endoloris. Ma chemise est toujours trempée, et fraiche. Je soupire. En fouillant ma veste, je trouve ma tabatière. Encore assez sèche. Je me croule une cigarette. L’allume. Mystery me regarde faire. Je soupire de longs nuages de fumée par le nez … ça me fait du bien. Un instant, je me demande si elle fume … Mais finit par oublier la question. Ça n’a pas d’importance. Et si elle voulait … elle est chez elle, elle doit avoir de quoi. Mais elle ne bouge pas de sa place. Au contraire … au début, elle m’observe … Puis, ses yeux rouges partent dans le vague. J’en profite.

- Tu sais … Ce qui m’a attiré, chez toi ?
- C’est important ?
- Ton odeur … Je soupire en constatant qu’elle n’a pas compris que ma question était réthorique. Mais la réponse est tout de même … intrigante. - Je suis sûre que je ne t’apprends rien si je te dis que la plupart des humains ont une odeur fade, sans saveur … Ils sentent leur propre quotidien, leur propre corps. Lais toi … J’avais pu sentir ton odeur, au club de combat … à d’autres moments … Et là, là, il y a quelques instants… Plus nettement que jamais … Et …oui. Plus que de te voir te battre, plus que ton manque d’émotions face à plusieurs victoires, et plus que ta force, c’est ton odeur qui m’a attiré … Il y a … les vapeurs de l’alcool, bien sûr … Mais tu travailles chez David, je suis certaine que tu ne consommes pratiquement pas. Il y a le quartier des tanneries … Dans cette ville, c’est impossible à rater, même pour quelqu’un de normal. Le tabac, quelque peu. Mais de près … De près, il y a autre chose … Du sang … Du métal froid … Le parfum de la mort, léger, mais présent … Tu ne tues que quand nécessaire, n’est-ce pas ? Je hausse les épaules. - Bien sûr que tu ne fais pas ça par plaisir … Tu aimes trop les livres et le papier pour être une simple aliénée de plus. Elle se frotte quelque peu le nez, renifle bruyamment, puis s’observe le dos de la manche … Avant de laisser tomber son bras contre sa cuisse. - En revanche … je n’’ai pas senti de peur… de peine …de tristesse. Je hausse un sourcil. La précision à laquelle elle en est rendue me choquerait presque. - Soit tu camoufle vraiment ces émotions à la perfection, soit ton corps n’émet rien lorsque tu les ressens … Soit tu n’es pas du genre à ressentir quoi que ce soit. Ou en tout cas, pas souvent. J’ai raison ? Je soupire … Et hoche la tête une nouvelle fois. - Il y a aussi autre chose … Un genre de … Bourbe …

Je la regarde en plissant les yeux, incertaine de ce que je dois comprendre. Elle ferme les yeux, puis inspire pleinement par les narines … Avant de les rouvrir, et de me regarder directement. J’aspire à travers ma cigarette, en fait rougir et grésiller une longue portion … Puis souffle toute la fumée entre mes lèvres.

- Mhhh …Il y a un endroit dans cette ville qui pue plus que tout ce que j’ai connu … Ou en tout cas, ce n’en est pas bien loin. C’est un endroit où les gens balancent des déchets … au mieux. Les égouts débouchent dedans … les bateau naviguent dessus. Elle a un petit rictus. - La tamise est vraiment trop bonne avec nous, d’accepter qu’on la traite ainsi … Mais ce pour l’odeur dont je parlais, on ne la trouve qu’à un endroit … Là où on laisse les cadavres couler, et souiller le limon de leur chaire pourrie et infâme. Je ne bouge pas d’un pouce. Je ne saisis pas ce qui rend son odorat si performant … Mais pour sentir des restes de fond de tamise sur moi, il rivalise clairement avec les meilleurs chiens. - Red’maw … Qu’est-ce que tu es, exactement ? Montres moi …
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MessageSujet: Re: [15/12/1841] Un (encombrant) mystère sur les bras ... Mar 24 Juil - 17:23

Dans un premier temps, je ne réponds rien à sa requête … Puis je soupire, et sort ma cigarette de mes lèvres quelques instants.

- Une chimère …
- … chimère … Et bien, je suppose que je ne devrais pas être surprise … Tu ne dégages pas la même impression qu’une louve, tu n’es certainement pas une vampire, et j’aurais reconnu une lycanthrope en toi … Mais pourtant, je ne m’attendais quand même pas vraiment à ça. C’est … ça veut bien dire que tu es née de l’alchimie, n’est-ce pas ?
- Non. Je soupire en détournant un peu le visage, et reprends une bouffée alors qu’elle laisse échapper un petit « oh … » déçu. - Pas « née ».
- … Ce … ça veut dire que tu … Tu as été « transformée » ? Je hoche la tête. - … et tu … tu avais quel âge ?
Je rouvre les yeux, et réfléchis pendant quelques secondes … Mes souvenirs ne sont pas si confus que cela … mais je n’y fait pas souvent appel.
- … 17 ans ? Je crois ?
- … donc tu étais assez adulte pour comprendre … Nous marquons toutes les deux un silence. - Heum … Je … J’ai entendu dire que les chimères avaient une seconde forme. Je crois. Ce … C’est vrai ? Tu veux bien me montrer la tienne ?

Je baisse le regard vers le sol, et sort ma cigarette de mes lèvres. Un instant, je la tiens à la verticale, l’observe … puis je soupire et reprend une bouffée.

- Tu veux quelque chose en échange ?

Je hausse un sourcil et tourne le regard vers elle. Je mentirais en disant que je m’y attendais, à ça, par contre. En voyant qu’elle a capté mon intérêt, elle continue, jouant un peu avec ses doigts. Elle me donne la même impression qu’une enfant. Une enfant un peu trop grande …

- Je veux dire … Je t’ai offert la trousse à outils, et j’espère que tu la trouves chouette, mais bon … Vu qu’à côté de ça, j’ai graissé la patte à deux-trois lourdaud pour essayer de te taper, et que j’ai saccagé un de vos magasins … Cette phrase me fait tiquer. Furie. Armée d’un bâton clouté. Pressée d’agir avant notre visite.
- C’était toi !?
Elle réalise en faisant de gros yeux ronds. Puis ricane avec un air particulièrement embarrassé, rougissant et détournant les yeux sur le côté en même temps … Pendant qu’elle se gratte la nuque, je lève les yeux au plafond. Point positif, ça me fait un mystère de moins sur les bras. Point négatif …
- Je suppose que ton patron a pas trop dû apprécier … J’me trompe ?
- Pas trop.
- C’est pas surprenant … Mais je comptais pas garder ça secret bien longtemps. Je grogne légèrement. Ça me fait une belle jambe. - Je te jure, je dis vrai. Et puis bon … Si je veux apprendre à te connaître, c’est pas pour finir la discussion et plus jamais te revoir après … … ma phrase est sortie dans le mauvais sens. Enfin …
- J’te crois …
- Oh ! Tant mieux ! Elle a de nouveau un sourire radieux. Je me sens quelque peu fatiguée. - Tu m’en veux pas ?
-Hein ? Je laisse passer quelques secondes, puis soupire en haussant les épaules. - Pas vraiment ?
- Pas assez pour me refuser de te transformer pour moi, alors !

Je me frappe littéralement le front à son enthousiasme. Entre ça, et son insistance, je ne sais pas ce qui me … … blase ? Je ne suis même pas vraiment énervée. Pas triste non plus, d’autant que je sache. Evidemment, je n’ai pas peur. Mais j’ai l’impression de recevoir un coup directement à l’intérieur du crâne à chaque fois qu’elle parle. Je finis par soupirer par le nez … Et fouiller pour trouver mon carnet et mon fusain. Un peu détrempé pour le premier, mais encore utilisable. Je m’applique en écrivant. Ce n’est pas bien dur : c’est juste une liste. Et elle ne contient pas assez d’éléments pour me prendre bien longtemps.

1) Il va falloir que tu rembourses l’équivalent des dégâts que tu as causé l’autre jour. Transformation ou pas, d’ailleurs.
2) Je veux savoir plus de choses sur toi. Assez pour comprendre pourquoi tu t’intéresses tant à moi. Ton âge, ton origine, tes motivations …
3) Je veux que tu me laisses te mordre et boire de ton sang.

La dernière demande n’en est pas une que je fais souvent. Loin de là. A vrai dire, je ne suis même pas sûr qu’elle accepte … Non. La vérité, c’est que je souhaite qu’elle n’accepte pas. Mais si elle le fait … Cela fait un bout de temps que je n’ai pas bu. Aucune affaire louche avec la meute qui m’aurait permis de. Je ne suis pas sortie par moi-même non plus. Et vu que la transformation, dans ce genre de cas, me donne soif … Lorsque je lui tends le papier, elle fronce les sourcils, mais le parcoure rapidement. Puis lève les yeux vers moi. Son expression renvoie un genre de « tu es sérieuse » assez explicite, malgré l’absence de mots. La mienne est comme d’habitude. Elle comprend donc que oui. Elle finit par soupirer … Et se relever, pour marcher dans la pièce. Elle va se saisir, dans un coin, d’un genre de tabouret de bar, un peu élevé. Le rapatriant au centre, elle le pose à un endroit déterminé, puis monte dessus. Même ainsi, elle doit lever les mains comme une folle pour toucher la poutre au-dessus d’elle … Mais ce qui m’étonne, c’est quand elle s’y accroche. Visiblement, il y a des genres d’encoches, que le bois sombre ne permet pas de discerner au premier regard. Soulevant son corps, telle une athlète, elle atteint le plafond avec ses pieds, et … Pousse un ensemble de planches sur le côté. L’exercice lui demande de la concentration. Je continue à fumer, en silence. Elle finit par se glisser dans le trou. Je l’entends marcher au-dessus … Ses pieds quasi nus ne font pas de bruit, mais le bois grince. Je souffle un petit nuage de fumée vers le plafond.

Un instant plus tard, je vois une jambe, puis l’autre apparaître. Encore un instant plus tard, elle se laisse tomber, mais pas sans s’accrocher au plancher / plafond avec les mains. Elle reste suspendue un instant, le temps de calmer les mouvements de balancier. Elle parvient à se décaler pour atteindre le tabouret. Elle redescend, et s’approche de moi, me jetant une bourse. Je la réceptionne en haussant un sourcil, et l’ouvre. Dedans, des pièces qui brillent … jaune. J’en sors une. Le visage dessus m’est parfaitement inconnu. Par contre … Pour le peu que j’en ai vu dans ma vie, je dirais que c’est de l’or. 40 … 40 quoi ?

- Monnaie étrangère ?
- Elle n’est plus d’actualité, mais oui … ça devrait couvrir les dégâts que j’ai causé, auprès de collectionneurs. Si vous connaissez un bourgeois un peu françouillait qui pourrait les écouler … Sinon, au pire, ça peut se fondre. Mais ce serait dommage. J’aimais bien cet empereur, moi …

Je soupire. Je ne suis ni capable, ni en position de vérifier la valeur réelle de ce qu’elle vient de me passer … Mais je suppose que Slick doit bien connaître quelqu’un. Lui, ou un autre du groupe. Je finis par tirer le lacet de la bourse … Mais avant que j’ai pu dire quoi que ce soit, elle a dénudé son bras, et s’est assise à côté de moi, me le tendant. Elle a la peau pâle … Elle tire la moue. Ferme un œil. Je souffle du nez. Deux jets de fumée s’écrasent sur sa peau. Je tire ma clope de ma bouche un instant … Elle tient tant que ça à me voir transformée …

- Pourquoi ?
- Pourquoi quoi ? Elle me dévisage en plissant les yeux un instant … Puis réalise que je ne peux pas formuler de phrase. - Ah. Bah pourquoi … Je me dénude le bras ? Pour que tu puisses mordre, voyons. Je soupire, hoche négativement la tête. Elle tire une moue encore plus ennuyée. - Pourquoi … Pourquoi j’ai des manches longues ?
- Ma transformation.
- Pourquoi ta transformation ? Hmmm .. elle a un petit sourire en coin un instant, mais finit par laisser tomber et soupire de nouveau. - Pourquoi je veux voir ta transformation ?
- Ouais. Ça.
- … écoutes, mords-moi juste et on discutera des détails après, okay ? Je … Elle perd son regard dans le vide, avant de tirer une moue ennuyée à nouveau. - Je veux juste vérifier quelque chose. Je dois m’attendre à quoi ? T’as confirmée que t’étais pas vampire, donc … Je retrousse les lèvres. J’ai des crocs de requin. Uniquement cela. Elle blêmit légèrement. Mais se met à sourire un peu … Et claque des doigts avant d’inspirer profondément. - Okay ! Okay … C’est terrifiant ! Mords-moi. Vite, je vais changer d’avis !

Elle parvient à me faire ricaner en même temps qu’elle. Mais je dois reconnaître qu’elle est brave … Même si ça ne rend pas sa peau beaucoup plus résistante.

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MessageSujet: Re: [15/12/1841] Un (encombrant) mystère sur les bras ... Mar 24 Juil - 17:29

Ce n’est qu’une question de secondes. Elle se mordille la lèvre pour ne pas crier lorsqu’elle sent la morsure. Je la comprends. Je ne compte pas avec précision, mais je pense qu’il y a 7 ou 8 dents qui se sont enfoncées dans sa chaire … en haut. Elle reste fixe, pourtant … Quelques secondes. Quelques dizaines de secondes. Le temps qu’il me faut. Je finis par la relâcher, et presse la plaie.

- Bandages ?
- Je veux ! Je me rafistole pas automatiquement comme un loupiot moi … Laisses, je vais m’en charger.

Elle se relève en appuyant d’elle-même sur son bras, et part farfouiller, se dégottant – de façon surprenante – des bandages et une bouteille de liquide translucide dans un placard. Je sens l’odeur d’alcool de l’autre bout de la pièce, dès qu’elle ouvre le bouchon. Elle désinfecte, puis se fait un bandage correct … Je dois tout de même l’aider, vu qu’elle ne peut se servir que d’un bras. Elle le teste légèrement, ouvre et referme les doigts, avant de soupirer en posant les poings sur les hanches.

- Bon … on a fait la partie pensum. Tu peux me montrer maintenant ?
Je hausse un sourcil.
- Condition deux ?
- Rhoooo … J’ai l’air de vouloir me défiler une fois que j’aurais vu ce que je veux ? Ecoutes, juste … Je t’expliquerais, d’accord ? Mais … J’aimerais faire ça en premier. Je … Voir. Ça en premier.
Je tire une moue …
- Bon. Recules.

Elle hausse un sourcil, mais sourit largement et obtempère. Non pas qu’il y en ait vraiment besoin … Je soupire. Je n’ai pas fait ça depuis quelques temps désormais, mais ce n’est pas bien grave. Je délasse mes bottes, et pose mon béret dessus. Ma cigarette est finie : je me contente de l’éjecter d’une pichenette par la fenêtre. Je ferme les yeux, me relève, et me concentre … Je sens un petit éclair me parcourir la peau du cou. J’entends un léger glapissement, mais n’y prête pas attention. Lorsque la transformation est lente, elle est moins douloureuse … Peut-être plus spectaculaire, également. Soudain, j’éjecte beaucoup d’air par le nez. Et trois os différents craquent à l’unisson. Je sens mes pieds s’allonger. Os, chaire, tendons, muscles : tout s’allonge, s’affine. Ma peau s’épaissit, se couvre de minuscules écailles. Je change de teinte. Je rouvre les yeux, qui sont peut-être les seuls à ne pas changer. Je suis obligée de baisser d’une main l’arrière de mon pantalon, histoire que ma queue puisse sortir en toute liberté. Je garde l’équilibre avec quelques difficultés … Grogne. Les éclairs d’alchimie disparaissent. Mon corps cesse de se réarranger. Les muscles se remettent à fonctionner normalement, et le reste suit. Un instant, je reste l’esprit légèrement dans le vague … Ce n’était pas douloureux. Mais confus. Je relève les yeux. Mystery … Mystery semble aux anges.

Je n'ai aucune idée de ce qui la rend si joyeuse.:
 

Plus que jamais, je fais face à une gamine d’un mètre quatre-vingt. Elle fait ma taille, actuelle, d’ailleurs. Elle s’approche de moi en sautillant, s’arrête. Hésite. Tourne autour de moi. Je me redresse, la laisse m’observer. Si ça la chante. Elle passe dans mon dos, revient face à moi. Rigole. Elle tend la main vers moi, hésite, la fige … Recule le bras, et plisse un peu les yeux. Puis, de nouveau, elle tend la main … Je lève les yeux au ciel.

- Vas-y … Touches-moi.

Il y a un manque problématique de contexte à ma phrase, mais elle ne relève pas. Au contraire. Elle finit par me toucher la joue de l’index … Pose sa main dessus, et la frotte du pouce. Me caressant un instant, elle se calme. Ce n’est pas désagréable … je baisse un peu les yeux, penche la tête du côté de sa main. Elle se jette dans mes bras quand je ne m’y attends pas. Je l’entends rigoler sur mon épaule alors qu’elle me sert contre elle avec une force qu’on ne lui soupçonnerait pas. Mais je ne pense pas que la dégager soit une bonne idée. Je me contente de lui tapoter le dos, soufflant par le nez … Elle finit par me lâcher, et me regarder dans les yeux en me tenant par les épaules.

- … tu pleures ?
- C’est … C’est juste … Rha, MERDE quoi ! C’est génial ! je ferme les yeux un instant pour être sûre de bien analyser ce que j’ai entendu, avant de les rouvrir. Elle s’essuie les yeux avec sa manche. - T’es une requine aussi ! C’est … Je … BON ! Tu sais quoi ? les voilà, tes explications !

Elle recule de trois pas, inspire profondément, écarte grandement les bras en gardant un pied devant l’autre … Un instant, je m’attends à ce qu’elle fasse un saut périlleux sur place. Mais elle ne bouge pas. Ou plutôt, elle ne se déplace pas. Par contre, son corps bouge. Sa peau remue. Mue. Je fronce les sourcils. Ses proportions globales ne changent pas fondamentalement, mais j’ai l’impression qu’elle s’affine encore, alors que des motifs naissent et s’illuminent sur sa peau. Je ne saurais dire l’origine, même si « mystique » est probablement le premier mot qui me vient à l’esprit. Son visage se déforme, son nez s’aplatit … Et derrière elle, quelque chose sort de son short, s’allonge tel un boa, et s’épaissit de secondes en secondes, jusqu’à former … une nageoire caudale. Pas du même style que la mienne. Pas exactement. Ses pieds aussi se tordent et s’allonge, au dépend de ses mollets, qui eux se raccourcissent. Sa peau se fonce légèrement par endroits, mais pas tant que cela non plus. Ses crocs s’épaississent … Je cligne un peu des yeux, alors que la transformation s’achève visiblement, et qu’elle finit par se pencher vers l’avant, dans une révérence étrange, vu le contexte. Fait amusant … je n’avais pas noté ses bandages autour des pieds. Mais ils sont toujours en place. Je réalise lentement.

Très lentement, sachant qu'elle est littéralement face à moi.:
 

- … Tu … Tu es …
- Pareille ! Toi et moi, on est pareilles ! Elle semble presque sauter de joie en se redressant, et se rapproche de moi pour venir me tenir les mains avec un sourire aussi large que son crâne. - Toutes les deux pa-reilles ! Ha ha ! Enfin, nein, pas exactement non plus. Je ne sais pas précisément à quelle race tu appartiens, mais clairement pas la même que moi. Maiiiiis … on est toutes les deux des requines ~ C’est pas super ?

- Je suppose ?
- Capacité de réflexion validée !
- Hein ?
- Ecoutes, tu ne sais probablement pas combien de temps ça fait … Non, je reformule. elle garde un instant le silence, son air joyeux s’aténuant. - Tu ne sais pas … Peut-être, pas encore, mais ce n’est qu’une supposition … Mais tu ne sais pas ce que ça fait d’être seule … pendant des années … des décennies … des siècles … Et … Et moi je sais. Et je voulais arrêter. De façon étonnante, elle cesse enfin de danser d’un pied sur l’autre, et s’approche simplement, m’enlaçant une nouvelle fois. Je la laisse faire. - L’autre jour, en te voyant te battre, sur les docks, je … Je me sentais un peu désolée de t’avoir fait perdre, alors j’ai voulu patienter avec toi … Mais le docteur m’a dit qu’il ne s’inquiétait pas pour toi, que tu t’en relèverais probablement sans le moindre soucis … Et toi … Toi, rien qu’à ce moment là, j’ai senti … Je t’ai senti … C’est si diffus, mais tu sens la tourbe, le limon … Tu as le parfum de quelqu’un qui s’est déjà rendu dans le lit de la tamise, au plus profond, pendant plusieurs minutes. Du coup … Du coup, j’ai eu un espoir que … Que tu étais « spéciale » … Quand j’ai vu que tu bossais chez David … Et … Et pour la meute … J’en ai été certaine.
- La meute ?

Un instant, je la décroche de moi, et fronce les sourcils en la regardant. Elle garde un air légèrement coupable … Puis pouffe, et secoue la tête de gauche a droite, avant de me faire signe de la suivre. S’installant sur une chaise, et me désignant celle non loin, elle s’assoit … à l’envers, et croise les bras sur le dossier.

- Tu sais, j’ai eu l’occasion de personnellement rencontrer Charles Quint … Un type dont les os ont dû blanchir et tomber en poussière, à l’heure qu’il est, et pas depuis hier. Alors des loups garous comme ton chef, et les remous qu’ils provoquent, j’ai appris à les reconnaître. Même s’il a l’air … violent. Et … Pas « courageux », ni « borné » … « audacieux » ? Oui, audacieux semble juste. Mais le remue-ménage qu’il provoque n’est pas bien discret, en tout cas. Je suppose que c’est une bonne chose que tu sois dans son groupe. Surtout à cette période. C’est sûrement la meilleure. Pour quelqu’un comme toi, en tout cas.
- Hm … et toi ?
- Moi ? Mystère ! Elle éclate de rire. Avant de poser son menton sur ses avant-bras. - Non, moi … Je commence à en avoir marre de jouer les clochardes maboules. Et puis je t’ai rencontré ! Autant que je reste avec toi, non ? Tu sais, quand je disais tout à l’heure que tu savais te bastonner, je le pensais vraiment … Mais c’est dommage. Pour l’instant, tu es juste difficile à battre. Moi … Moi je voudrais que tu sois invincible. Et je pourrais t’apprendre à le devenir. Je n’ai pas de doute que tu réussirais.
Je laisse passer quelques secondes. M’apprendre à me battre contre elle ? Un brin de fierté me ferait refuser … mais soyons réaliste. Ce brin de fierté est mort étouffé dans sa clef de bras, plus tôt.
- Pourquoi pas …
- Super !
- Par contre.

Je lève un doigt. Elle se coupe. Je sors le carnet, écrit sous ce qu’il y avait marqué tout à l’heure.


« Tu veux rejoindre la meute ? »

Un sourire dément nait lentement sur son visage lorsqu’elle lit ma phrase. Elle se met à furieusement hocher la tête. Etrangement, l’idée qu’une carrière de bandit la séduise ne m’étonne pas. Je retourne le papier, recommence à noter dessus. Elle a l’air de trépigner d’impatience. Je finis par lui faire voir un second écrit.

« Il faut qu’on parle à mon patron. »
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MessageSujet: Re: [15/12/1841] Un (encombrant) mystère sur les bras ... Mar 24 Juil - 17:32

Nous passons encore une heure ou deux ensemble, dans sa bicoque abandonnée, à discuter, apprendre à nous connaître, et attendre que la pluie ne s’arrête. De ce que je comprends, c’est une lycanthrope, dont les origines – pas totalement connues – remontent à passablement loin. Pour la race, il me semble que tout ne colle pas dans son récit, mais je n’ai pas envie de la traiter de menteuse pour autant. J’écris un peu sur moi, aussi. Ça prend un peu de temps, heureusement qu’il y a bien moins à raconter. Elle tente aussi de rapidement m’expliquer des coups, des gestes, des positions à avoir en duel … Elle adore mon sérieux. Que répondre à ça … J’ai rarement croisé quelqu’un qui, au contraire, l’était aussi peu. Dès qu’il ne s’agit plus d’elle, de son passé ou de quelque chose d’essentiel, elle remet le sourire en place, et il s’éraille à une vitesse folle. Pourtant, elle est sérieuse. Elle m’invite à l’attaquer au couteau. 5 fois. Les quatre premières fois, elle me désarme, puis saisit l’arme par la lame, et me la tend. La cinquième, elle n’y parvient pas. A la place, elle parvient à me donner un coup de pied qui m’éjecte la lame des mains, et l’envoie dans une poutre. Heureusement qu’elle vient la décrocher ensuite, je ne suis pas assez grande.

L’après-midi touche à sa fin lorsque nous quittons son « repaire », comme elle aime l’appeler. Non pas qu’elle ne me fasse pas confiance, mais elle a estimé qu’il valait mieux ne pas directement me conduire chez elle. Personnellement, je ne lui fais pas confiance. Mais elle le sait. Je ne sais même pas si elle en a quelque chose à faire. La trousse à outils qu’elle m’a offerts est passée à ma ceinture : si on excepte les cheveux et la poitrine, j’ai l’air d’un commis dans un atelier. Un commis trempé : la pluie a faibli, mais pas cessé. Visiblement, ça ne la dérange pas pour un sou … Ah, si. Ses cheveux. Elle se plaint peut-être 5 ou 6 fois à ce sujet. Compréhensible, même si avoir une coupe aussi longue est de base une énigme, pour moi. Mais peu importe. Nous arrivons à la baraque de Slick sans la moindre encombre, et à l’entrée, un gros bras nous passe à chacune une serviette. Un type un peu trop sanguin qui a merdé en mission, et qui est de corvée, si j’ai bien compris. Au moins, il n’a pas reçu de crochet à travers l’œil …

Slick n’est pas là lorsque nous arrivons. « En mission avec le patron », laisse simplement entendre Teretchenko, qui fait l’entretient de son armement dans un coin de son bureau, avant de se murer dans un silence impénétrable. Le fait que Mystery l’observe pendant la quasi-totalité des vingt minutes que nous patientons ne semble pas le déranger. Je me contente de fumer à la fenêtre. Finalement, c’est d’ailleurs par là que dans la rue, je repère Slick, mais aussi William et Mike Fer … ferguh… Merde. A cause de l’histoire avec son nom de famille, j’ai oublié comment il s’appelait vraiment. Fergusson ? Je soupire. Ils savent très bien que je parle en utilisant les prénoms, de toute façon … Quand je parle. Ils rentrent une ou deux minutes plus tard … Et sont tout de suite surpris par la grande rousse, qui vient se planquer dans mon dos telle une gamine avec un sourire joueur. Mike, qui disait justement dans la rue qu’il devait aller voir quelque chose avec « la pierre tombale » une fois qu’ils seraient rentrés, se contente de prendre une chaise et de la retourner pour s’asseoir contre le dossier. William accroche sa veste dans un coin de la pièce, sans quitter la rouquine des yeux. Je parie qu’elle lui rend son regard. Slick, lui, garde les yeux plissés en l’observant, mais ne perd pas contenance.

- Red’Maw … ça fait plaisir de te voir. Je réponds d’un simple signe de la main, qui le fait pouffer légèrement en penchant la tête. - Par contre, je ne suis pas familier avec la personne derrière toi. Tu nous présente ?
Je fais un pas de côté, et regarde les deux tour à tour.
- Slick … Mystery. Une … Elle me lance un regard suppliant / souriant particulièrement étrange qui me fait hésiter une seconde. - Connaissance …
- D’aaawww, j’m’attendais au moins à “copine” …
- Mystery, Slick. … Bras droit.
- Plus ou moins. Ah. Oui. La femme du boss. Même si je n’ai aucune idée de sa position à elle. - Donc … Tu es une « connaissance » de Red’ ? C’est qu’elle nous en ramène pas souvent, pour tout te dire … Tuuuu as une petite idée d’où tu es ?
- Mmmmmmouiiii, mais à ce propos ! Elle claque des doigts … Et pointe William, dont les yeux doublent de volume. - Est-ce que lui, il sait ce qu’il fait là ? Il a franchement la tête de … enfin … Une tête gentille, maiiiiis … bon, pour être honnête gamin, j’ai l’impression de voir un agneau sacrificielle jeté dans un enclot de loups. … Un enclot de loups… Hey !
Un coup de coude de ma part l’arrête avant qu’elle ne parte dans une théorie n’ayant pas sa place ici. J’ai remarqué qu’elle avait une tendance exagérée à faire ça. Slick fronce les sourcils, mais reste cordial.
- William a parfaitement sa place et son rôle ici, et ne sera sacrifié par personne. Toi, en revanche, j’avoue avoir du mal à savoir quoi penser ou faire.
- Bander ou être terrifié ? Je souffle par le nez pour marquer mon amusement. Je savais que lui parler de cette anecdote donnerait un résultat du genre. - Plus sérieusement coco, pas la peine de me la jouer comme chez les glandus. Je connaissais l’organisation de réputation bien avant de rencontrer Red’, et je sais très bien ce que vous faites entre les meurtres, vols, extorsions, trafics divers et autres. Je n’ai aucun document résumant mon profil et mes expériences précédentes, donc j’ai préféré venir postuler avec un contact … Et me voilà ~ ça te permet d’y voir un petit peu plus clair, avec ta pupille que personne n’a confondu avec une côtelette et laissé un peu trop longtemps au-dessus des braises ~ ?

Un silence de mort tombe sur la salle. Même Alexei cesse d’aiguiser – comme depuis 30 minutes – le cinquième couteau qu’il a dans les mains. William a les yeux qui passe de la grande rousse, au brûlé, à moi, en quelques secondes. Et moi je ne sais pas si je dois laisser l’énervement l’emporter sur la stupeur. Non, les blagues sur le visage de slick ne sont pas « rares ». Surtout dans son dos. Mais comme c’est le chouchou du grand patron, tout le monde évite de lui balancer à la face, à part ceux qui ont vraiment confiance en lui et le connaissent un peu. Et encore : ça reste gentillet, pour des fabricants de cadavres. Mais là … Le plus drôle, c’est que Slick adopte la même réaction que moi. Mais la colère et la surprise sont beaucoup plus intenses, je pense. Et ça se voit.

- Rhooo, détends-toi, détrousseur, je plaisaaaaante ! Elle ricane un peu, avant de caler ses poings sur ses hanches. - Une petite blague, avec la pluie en ce moment il fait morose ~ Vas-y, fais-moi une blague sur mon âme.
D’une façon ou d’une autre, la pirouette de ma nouvelle « copine » fonctionne. Ou en tout cas, Slick n’explose pas. Mais il se rapproche à pas lents, jusqu’à être totalement face à elle. Vu qu’elle fait sûrement une tête de plus, c’est une légère action manquée.
- Ecoutes-moi bien, “Mystery”, si tu as cru que tu pouvais te pointer ici, fringuée avec … Est-ce que c’est une camisole ? Et qu’en prime, tu te mets à m’insulter en face … Je t’assure que je vais te faire maudire bien plus que ta foutue âme, ma grande. La façon qu’il a de se lecher les dents juste après vient de Krieg. Totalement. Mais ce n’est pas encore tout à fait ça …
- Ecoutes, mister roabeef crâmé, je peux comprendre ton point de vue. Vraiment. Et je sais que t’es un dur, que tu les as bien accrochées, que t’en as maté des coriaces et tout … Mais … Si tu ne t’avises ni de reculer, ni de cesser de caresser ton couteau … Je t’assure que tu vas te retrouver avec la lame plantée fermement dans une partie de ton anatomie que tu n’imagines même pas. Et non. Il allait répondre quelque chose, mais elle le coupe. - Non, avant que tu ne le dises, non, je ne pensais pas à ton cul. J’ai dis que tu ne l’imaginerais pas, hey, c’est pas pour rien !
Slick soupire. Se tourne vers moi.
- Elle est sérieuse ta copine là, Red’ ?
- Malheureusement.
Il garde le silence, puis se tourney vers elle de nouveau. Elle ne quitte plus son sourire. En fait, elle me tourne partiellement le dos, mais je crois qu’il s’est élargi. Slick continue de la regarder. En réalité, vient un moment où elle se met à pouffer. De plus en plus fort. Il finit par se détourner, et j’entends william soupirer avec la délicatesse d’un bœuf.
- Ouais, c’est bon. Elle me demande de la planter, ça se voit juste dans ses prunelles … Et des yeux qui disent ça, c’est jamais bon signe. Red’ ?
- Mh ?
- Tu gères ta nouvelle copine pour les trois mois à venir. Elle fait la moindre connerie, nous débute un poil d’entourloupe, regarde qui que ce soit de travers trop longtemps … et je m’assure qu’elle aille faire dodo au fond de la putain de tamise. Il lui jette un regard tellement haineux qu’elle cesse de pouffer. Bon, en fait, seulement parce que deux seconds après, elle glousse littéralement. - Après m’être personnellement chargé de lui répandre de l’huile bouillante sur la frimousse. Maintenant dégagez-moi le plancher, toutes les deux !

Je soupire ... ça s’est presque mieux passé que je ne l’aurais cru. Presque. Nous nous rendons toutes les deux dans la rue, et s’y abriter sous le porche de la maison devient enfin une option viable pour rester au sec. Encore quelques minutes, et il ne pleuvra plus ... Quelques minutes, ou quelques heures. Mystery sifflote avec une tranquillité qui m’exaspèrerait presque ... mais je crois que je commence assez à la connaître pour ne plus m’en formaliser. Déjà ... Je finis par me masser l’arrête du nez.

- On va voir David ?


Dernière édition par Red'maw le Sam 28 Juil - 17:22, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: [15/12/1841] Un (encombrant) mystère sur les bras ... Mar 24 Juil - 17:33

Elle ne m’explique pas d’où elle connaît David, durant le trajet. Mais elle n’a pas besoin qu’on lui le chemin jusqu’au broken. Lorsque nous arrivons, la grande salle n’est pas bien remplie … Une partie de cartes, dans un coin. David est à une table, à manger rapidement avant le début de la soirée. Je me rends compte que je vais devoir passer, sur le repas du soir. Les clients arriveront bientôt … enfin, je n’ai pas faim. Lorsque la grande rousse pousse la porte, il réagit presque tout de suite. Et pas bien, vu son expression. Mais aucun éclat de voix. Probablement les clients dans le coin. Lorsqu’il me voit, il se calme légèrement ceci dit … Je me contente de suivre Mystery, qui se tire une chaise et s’installe à sa table sans rien dire, mais en souriant largement. Il continue de manger pendant quelques minutes, puis pose sa fourchette dans son bol plat, en bois, et met les coudes sur la table.

- Tu sais … avec toi, ça ne devrait pas me surprendre, mais juste au cas où : tu peux me spécifier ce que tu n’avais pas compris dans « ne plus jamais te voir » ?
- A qui tu parlais : moi, ou le corps dans l’espèce de trou boueux face auquel on discutait.
- Hein ? Je suis reconnaissante à Mystery de parler à voix basse de ce genre de sujet, mais j’ai du mal à être sûre d’avoir bien entendu.
- Ton patron et moi avons … Un petit historique, disons. Qui n’est pas réciproquement regretté !
- Mais qui l’est quand même, pour au moins un de nous deux. « Mystery » est une … connaissance qui doit remonter à avant ta naissance, Red’.
Je fronce un sourcil. Il ne me parle pas souvent de cette période.
- Où ça ?
- Pas en Angleterre. Ni en Irlande. On s’est rencontrés de l’autre côté de la manche. On avait agréé ensemble de ne plus se recroiser.
- Rhooo, Daviiiiiid ~ Les gens, les choses et les temps changent, voyons ~
- Pas toi, dirait-on.
- Vil flatteur ~ Mais de toute façon, je ne t’embêterais pas tant que cela. Je suis surtout intéressée par ta jeune … hmmm, serveuse ? protégée ?
Le grand barbu hausse les épaules en tirant la tronche, croisant les bras en s’adossant à son fauteuil avant de me regarder.
- Tu n’as pas de problème avec ça Red’ ? N’hésites pas à le dire.
Je le regarde un instant, puis mystery … Mais je ne vois rien de spécial à ajouter, et hoche négativement la tête.
- ça ira.
- Il vaudrait mieux. Mystery fait exprès de frissonner – abusivement – de la tête aux pieds, mais ça ne semble pas affecter David. - Mais si jamais elle te cause el moindre tord …
- Tant de méfiaaaaance ~ Ricane la jeune femme, qui se penche jusqu’à presque allonger son torse sur la table. - Ne t’en fais pas … Red’ et moi on va devenir les meilleurs amies du monde. Pas vrai ?
- Mhhhh. J’ai de sérieux doutes. Mais autant ne pas la contrarier pour rien.
- Par-fait. Bon, ceci réglé, contente de t’avoir revu, grand gringalet, et ravie de voir que tu m’aime toujours autant.

Elle se relève sans attendre plus, et lui pose un bisou sur la joue qui le fait grogner. Se dirigeant vers la porte, elle s’arrête et se tourne vers moi. Je finis par soupirer, et me lever pour la suivre. Je la raccompagne au moins jusqu’à la porte, devant laquelle elle s’arrête, croise les bras et me regarde avec un petit sourire.

- Il a l’air de bien t’aimer. C’est rare, de ce que j’ai connu de lui … enfin. Je suppose que tu ne vas pas me raccompagner chez moi ?
- Yupe.
- Décevant … Mais pas surprenant. Je viendrais t’embêter dans les prochains jours … Sinon, tu peux toujours aller voir à mon repère, des fois que j’y traîne. En tout cas … Je me suis bien amusée, pendant cette après-midi avec toi.
Je soupire. Je serais d’un avis quelque peu mitigé sur le sujet. Mais à côté de cela, je n’ai pas envie de la rembarrer … Et elle n’a pas totalement tord … il y a eu des moments drôles. Je finis par hausser les épaules en regardant au bout de la rue.
- C’était … sympa.
- Mhhh hmmm … Oh, au fait. Si jamais l’envie t’en prends … Elle me fait relever les yeux vers elle, alors que son sourire mue en quelque chose de moins … caricatural. - Tu peux m’appeler Mystie. Non pas que pour toi, ça change grand-chose, mais … ça me ferait plaisir.
- D’accord … Mystie.
- Allez, je vous laisse faire vos tâches classiques de la vie quotidienne. Bonne soirée ~

Elle se penche pour me faire la bise de nouveau, puis se détourne pour se mettre à marcher dans la rue, en chantonnant pour elle-même. En temps normal, je m’inquièterais pour une jeune fille pas tant que cela vêtue qui sort à cette heure dans mon quartier … Mais rien qu’en une après-midi, j’ai eu amplement de quoi comprendre qu’elle était en sécurité. Ou plutôt … Pas spécialement en danger. Je finis par rentrer de nouveau dans la taverne, alors que David retourne au bar, après avoir nettoyé son bol ailleurs. Je m’adosse au comptoir … J’ai encore un peu de temps avant de me changer pour faire le service. Il faudra bien : je n’ai pas spécialement l’air présentable, avec mes vêtements mouillés … David soupire doucement, regardant les trois joueurs de cartes qui n’ont pas touché à leurs bières depuis trop longtemps.

- Tu sais … J’ai l’air dur avec elle … Mais Mystery a été une bonne amie, à une époque. Je suis sûr que vous vous entendrez bien … Elle aime bien les personnalités un peu sérieuses, voir grognons.
Je pouffe.
- Comme toi ?
C’est son tour de ricaner doucement, même si avec la gravité de sa voix, c’est presque perturbant à entendre. Il soupire, puis hausse les épaules.
- Je ne comprends toujours pas pourquoi elle m’affectionne autant, ceci dit … J’ai quand même mordu et contaminé sa sœur.

Je fronce les sourcils. L’idée que quelqu’un comme Mystery ait une sœur me semble … invraisemblable. Mais je n’ai pas vraiment le temps de discuter plus … Un groupe de quatre personnes rentre dans la salle, et demande de façon braillarde à David s’il a assez de bière pour tous. Ce à quoi il répond avec un bon gros rire rassurant. De mon côté, je me décolle du comptoir … Il va être temps de se mettre à bosser. Au pire … je l’interrogerais plus tard.

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