L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


Forum RPG - Londres au XIXème siècle. Incarnez Vampires, Loups-Garous, Lycanthropes, Homonculus, Chimères, Alchimistes, Hunter...et choisissez votre camp dans une ville où les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses....
 
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Fleurs de Pavés [Hawthorn-Eulalia] [29/05/42]

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Eulalia Grey
Petit poney en chef
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Race : Humaine
Classe sociale : Petite bourgeoisie (par naissance) Aristocratie (par adoption)
Emploi/loisirs : Huntress / Lire le journal, peindre, jouer du piano
Age : 20 ans
Proie(s) : Elle pourchasse les Vampires mais elle est prête à leur faire miséricorde s'ils montrent la volonté d'être meilleurs.
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MessageSujet: Fleurs de Pavés [Hawthorn-Eulalia] [29/05/42] Dim 28 Oct - 16:48


     
Fleurs de Pavés

     
Lumières grises et tourbillons de fumées malodorantes. Pavés mouillés et relents d'alcool bon marché. Entre les étals vermoulus, les ivrognes s'abandonnent dans leur fange alors que d'autres prennent leur travail "à bras le corps"...
Hawthorn & Eulalia

     
Eulalia avançait précipitamment, drapée dans un vieux châle de laine brune qui recouvrait sa robe de coton autrefois gris clair, surannée et rapiécée en divers endroits. Elle cachait sous le tissus malodorant sa tête au port si gracile et ses lourdes boucles auburn. Elle quittait le quartier général des hunters, une nouvelle et peut-être ultime fois. Depuis plusieurs jours, sa tante adoptive semblait la vouloir davantage auprès d'elle. Certains domestiques commençaient à remarquer ses trop suspicieuse absences. D'ici à ce que l'on se mette à surveiller sa correspondance, il n'y avait qu'un pas...
Un pas d'autant plus facile à franchir qu'elle risquait d'être bientôt la proie des policiers. Elle les avait entendus, une fois, dans l'arrière cour, en train de s'adresser à la gouvernante pour solliciter un entretien avec elle.
La bonne dame avait bien sûr refusé, prétextant le deuil et un état de santé fragile mais nul doute que ces fragiles excuses ne tiendraient plus très longtemps... Pour continuer d'aider les hunters, elle ne devait plus faire d'aller et retour jusqu'à nouvel ordre.

Elle avait imaginé un nouveau moyen d'acheminement des provisions grâce à des contacts de feu son père, le temps que les choses se tassent. Puis, elle avait fait ses adieux temporaires à Raphaël, le cœur lourd. Elle espérait que son absence ne lui pèserait pas trop sur le coeur. Son état la préoccupait chaque jour et elle craignait d'apprendre de la main d'Alexander quelque tragique nouvelle, chaque fois que du courrier lui était remis.
Dieu seul savait à quel point ses sentiments pour lui étaient purs, sincères et d'autant plus douloureux. Avait-elle fait le bon choix en devenant son amante sans être sa femme devant le Seigneur ? C'était une question qui la taraudait parfois, bien sûr. Mais il était inutile de se fustiger en regardant le passé. Il fallait vivre dans le siècle et se battre en Son nom, jusqu'à ce qu'elle, Raphaël, Sarah, Alexender et tous les autres puissent vivre en paix.

Un éclat de bouteille provenant d'une ruelle adjacente la fit sursauter, interrompant le cours tortueux de sa pensée. En inspirant avec dégoût l'air avili des bas fonds, elle rasa les murs.
Ses bottes en vieux cuir s'enfoncérent avec un bruit humide dans le mélange affreux de terre, d'eau sale et d'excrements qui servait de route. Elle tenta, tant bien que mal de rester sur les planches vermoulues qui tenaient lieu de trottoir mais la plupart étaient plus qu'enfoncées dans la crasse. Elle ne rêvait plus que du bain qui l'attendait en rentrant, et se fustigea aussitôt de cette réflexion futile.

Éclairée par les premières lueurs de l'aube, elle aperçut une femme recroquevillée dans un coin, qui tenait un enfant dans ses guenilles. Était elle vivante ou morte ? La jeune huntress ne le saurait jamais. Elle aurait terriblement aimé s'arrêter auprès d'elle et de lui offrir une pièce, un repas chaud, mais on l'aurait remarquée...
Quelle pitié de voir autant de sujets de Sa Majesté, réduits à une telle misère ! La jeune reine avait-elle seulement conscience de l'état de ces mendiants, perdus dans les recoins sombres de la capitale ? Il était injuste, pensa-t-elle, que l'on ne fit pas plus pour les sortir de la mendicité. En son for intérieur, Eulalia se jura que lorsque la paix serait revenue à Londres, elle utiliserait tous ses moyens pour contribuer à l'amélioration des conditions de vie de ces indigents, dusse-t-elle se passer de tout confort superflu et se nourrir exclusivement de gruau et de légumes bouillis.

Toute à sa réflexion morne, elle ne vit pas les hommes, dans la ruelle attenante, qui semblaient en venir aux mains. Elle n'aperçut qu'au dernier moment la silhouette blonde qui vint la percuter, la faisant basculer contre le mur. En retenant un gémissement, elle tenta de relever l'inconnu, dévoilant en partie ses mains propres et son visage diaphane, trahissant sa non appartenance à ce milieu vicié.

- Monsieur, allez-vous bien ?

Elle aurait dû continuer sans s'arrêter. Déjà, les assaillants semblaient sortir de la ruelle avec l'air de vouloir en découdre. D'après leurs rires gras et leurs gestes obscènes, elle n'eut aucun mal à deviner qu'elle était également prise pour cible par ces manants. Instinctivement elle porta la main à sa poche dissimulée dans les plis de sa vieille robe, dans laquelle elle avait pris soin de dissimuler une longue dague d'argent. Elle espérait ne pas avoir à s'en servir...

Tout en ramenant son châle autour d'elle et en rabattant sa capuche, elle eut un sourire à demi sardonique.

- Nous devrions commencer à courir maintenant, qu'en pensez vous ?

Quelque chose lui disait qu'elle n'était pas prête de rentrer chez elle ce matin... Heureusement qu'elle avait pris soin d'assurer ses arrières.
     
     
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Hawthorn Feathersigh
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Emploi/loisirs : Écrivain ; faire discrètement disparaître des cadavres / Lire, écrire, jouir des défuntes beautés nocturnes, fréquenter les salons, jouer du violon ...
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Age (apparence) : Milieu de la vingtaine, en soit son age propre.
Proie(s) : Les reliquats de vie, les éclats d'existence ... Cadavres exquis.
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MessageSujet: Re: Fleurs de Pavés [Hawthorn-Eulalia] [29/05/42] Mer 31 Oct - 23:13

[HRP/ A lire successivement à un Rp à venir/ HRP]

Les longues mains d'albâtre dansaient sur le ruban de soie noire, comme elles dansèrent des heures durant sur son homologue de chair, à présent endormi dans les draps souillés. Nouant l'étoffe autour de son cou, Hawthorn coula un regard vers ce pitoyable tableau qu'était l'assoupie, fleur flétrie dans un vase de lin et d'oripeaux, jonquille aux pétales maladifs déposée sur les draps. Un demi-sourire passa sur les lèvres de l'esthète, tandis qu'il se détournait de cette nature morte pour revenir au miroir en pieds lui faisant face. Sitôt né à la commissure de ses propres pétales, le sourire s'évanouit pour laisser éclore un moue d'insatisfaction. Ayant achevé le nœud reposant à présent au creux de sa gorge, le jeune dandy fit un pas en arrière, la plante de son pied nu frissonnant sous la rêche caresse du tapis décousu qui recouvrait le sol de cette insalubre atelier botanique, en réalité simple chambre à l'étage d'un misérable troquet. D'un œil sévère, Hawthorn considéra sa toilette – voici plusieurs jours qu'il n'avait pu se vêtir de frais. Le col de sa chemise autrefois d'un blanc diaphane était éliminé, et le noir jadis profond de son gilet avait perdu tout lustre, diapré ça et là de taches brunes comme d'autant d'onyx poussiéreux, unique joaillerie dont l'on pouvait dans ces bas fonds espérer ornementer ses atours. Le bouton de manchette qui sertissait son poignet droit avait disparu, et les pans du long manteau noir de cocher reposant à quelques pas sur le dossier de la chaise de bois vermoulu étaient maculés de terre. Apprêté de la sorte, on l'eut pris pour un domestique – considération qui s'évanouissait sitôt ses traits aristocratiques découverts. Et ceux-ci étaientt furibonds, de se découvrir ainsi dans une telle livrée marécageuse. Mais voilà une semaine de cela, à dire vrai une éternité à ses yeux, que le comte n'avait regagné son manoir – et bien que la discrétion ne fut jamais son mot d'ordre, il devait bien avouer que la relative sobriété d'un tel accoutrement seyait aux circonstances, aussi déplaisantes elles fussent elles.
Un gémissement étouffé le tira de ses réflexions vestimentaires. La jeune femme, dont le visage disparaissait dans l'oreiller de fortune, se mua vaguement, avant que sa respiration ne retrouve son rythme inconscient. Mimant du bout des doigts une mélodie reposant sur les soupirs de l'endormie, Hawthorn s'approcha du lit de fer rouillé, et déposa un léger baiser sur l'épaule dénudée, saillante et osseuse, émergeant des draps.


- Pauvre chose … murmura t-il, sa voix pleine d'une fausse compassion.

La douce enfant ne se réveillerait hélas pas avant plusieurs jours. L'écrivain, par mesure de précaution, lui avait fait absorber de l'extrait de lotus, prétextant une drogue nouvelle, exacerbant le plaisir. Inaccoutumée à la cour de Lords fringants, la jeune femme s'était laissée abuser, Séléné déçue, sur laquelle Endymion prenait revanche. Il ne s'agissait nullement d'une perversité nouvelle – l'usage d'un tel recours trouvait son origine dans un épisode des plus factuels. Il y a quelques mois de cela, pareille femme de métier crut bon de percevoir en guise d’intérêt sur ses honoraires quelques possessions du noble, le détroussant au matin. Il ne s'agissait donc là que d'une naturelle précaution … Ne nous faut il pas toujours nous protéger lors de tels ébats ?
Un sourire cynique déformant ses lèvres, Hawthorn acheva de s'apprêter pour sortir. Chaussant ses hautes bottines de cuir, se saisissant de sa canne qui reposait jusqu'ici, dame alanguie au port d'ivoire, contre la chambranle de la porte, et drapant enfin ses mains de ses gants de soie blanche ainsi que ses épaules du long manteau de cocher dont le coton grossier, il l’espérait, éclipserait de ses airs de paludamentum servile sa naturelle prestance, l'amant coiffa sa chevelure blonde d'un chapeau à large bord et quitta la pièce sans plus de cérémonie.

La pestilence méphitique des tortueuses allées de Whitechapel le saisit sitôt la porte de la masure poussée. Dans la blafarde lumière du matin londonien, entrailles et excréments pourrissaient entre les pavés inégaux, lesquels se faisaient rares au profit de seuls sentiers de terre et de boue. Plissant les lèvres de dégoût, Hawthorn se fraya un chemin parmi les ordures, tant inertes qu'humaines, n'hésitant pas à jouer du bout de sa canne lorsqu'un pauvre hère se trouvait sur son chemin ou s'aventurait à la haranguer, espérant quelques shillings. Les considérant avec tout le souverain mépris de l'aristocratie, ces pauvres diables le répugnaient – et tout à la fois, il se réjouissait d'en contempler les bassesses, se repaissant de la misère humaine et des vices dont elle est la mère. Ce cloaque lui était si familier … A chaque pas, il avait la sensation d'arpenter son âme propre, d'en admirer la moindre turpitude, d'errer dans le paysage de sa propre infamie. Combien la dépravation était elle douce … Combien il était jubilatoire de voir se refléter sur chaque visage, dans chaque lézarde pariétale, dans chaque charogne ornant le pavé son propre avilissement, la putréfaction de son être. Serrant convulsivement le pommeau de sa canne, dont le bout s'écrasait sur l'unique main restante d'un lépreux s'étant traîné jusqu'à lui, Hawthorn songea à la déliquescence de son corps, laquelle accompagnait à l'insu de tous le pourrissement de son âme. Cette malédiction qui le rongeait tel un cancer, une syphilis cabalistique pour laquelle il n'existait nulle thaumaturgie, si semblable à celle qui étiolait ces femmes dans les bras desquelles il passait ses nuits. Son propre venin le gardait de toute affection de cette nature … Et bien qu'il ignora si sa propre semence était aussi mortifère que son toucher, il ne doutait pas que toutes étaient condamnées par nature.
S'engouffrant dans une ruelle ombragée, la lumière de l'aube se faisant déjà intolérable pour sa cécité naissante, le maudit écrivain embrasa d'un laconique geste d'allumette l'un de ses plaisirs brumeux, dont la flamme souffreteuse était l'unique éclat qu'il supportait à présent – et dont le parfum de souffre le réconforta, le détournant de l'exhalaison fétide des lieux. Relevant la tête, il ne prit garde que trop tard aux silhouettes qui avançaient face à lui dans la ruelle étroite. Les hommes, au nombre de quatre, portaient des costumes bruns éliminés sous des manteaux de toile, comme à l'aune de l'indigence régnant en ces lieux, et de ce qui serait une noblesse du caniveau. Leurs épaules heurtèrent celles, de verre, du dandy exsangue. Alors que ce dernier se retournait pour s'excuser aussi courtoisement qu'un véritable noble imbu de sa personne eut été en mesure de le faire, l'un des nouveaux venus s'adressa à son camarade d'un ton vociférant, bien qu'Hawthorn fut convaincu qu'il essayait en réalité de murmurer :


- Ce serait il pas lui des fois ?

Le plus grand des quatre compères, sur le visage duquel l'esthète reconnu sans mal les stigmates d'une vérole naissante, se pencha vers lui pour lui faire profiter de son sourire édenté que faisait luire un plombage d'or.  Hawthorn, lui exhalant au visage un nuage de fumée, raffermit sa prise sur le pommeau de sa canne, s'apprêtant à tout moment à dénuder la lame qu'elle abritait en son sein. Il n'en eut pas le temps. Un poing massif vint s'écraser contre sa joue, l'envoyant valser en compagnie de caisses en bois reposant indolemment contre un mur de la ruelle, lesquelles se brisèrent moins sous son poids que sous la violence de l'impact.

- On dirait bien …

Frictionnant sa mâchoire endolorie, le dandy se releva avec difficulté, hagard, et couvert de sciures de bois comme d'un linceul prématuré. Laissant échapper une gerbe de sang parmi les éclats de ce qui fut, ainsi qu'il le nomma par la suite, sa mise en bière, il ramassa sa canne et se précipita au bout de la ruelle, s'efforçant de courir aussi vite que le lui permettaient la douleur étreignant son visage et son souffle court. Les hommes avaient chacun tiré de leurs fourreaux respectifs de longs couteaux de chasse effilés, dont les taches recouvrant les lames, trahissant outre la négligence hygiénique de leurs propriétaires, n'avaient rien de rassurant. Aussi fin bretteur fut il, Hawthorn reconnaissait sans mal l'impedimenta qui lui conférait son infériorité numérique. Aussi préféra t-il la fuite. Le bruit sourd s'élevant derrière lui lui appris que les hommes l'avaient pris en chasse. Un sourire se dessina sur ses lèvres. Qui diantre avait-il pu offenser cette fois ? S'agissait il d'indicateurs du Yard dont les assiduités ne le laissaient toujours pas en paix depuis son entrevue avec cette inspecteur, d'hommes de main de Landsong dont il eut à subir la cour musclée à plusieurs reprises, ou encore de quelque mari cocu dont le dandy fit luire les cornes ? Il était las de ces rixes perpétuelles, qui ne lui procuraient plus nul plaisir, pas même celui de la transgression salvatrice des us et coutumes de son milieu social – en outre, cela allait davantage encore froisser sa toilette.
Tout à sa fuite, il ne prit garde une fois encore à la silhouette nouvelle qui surgissait au sortir de la ruelle, enveloppée d'un châle de laine brune, qu'il heurta sans ménagement avant de choir une nouvelle fois. Lucifer lui même ne connut qu'une unique chute … Et s'il s'agissait là encore de quelqu'hardi spadassin …


- Monsieur, allez-vous bien ? 

La voix aux accents féminins fut accompagnée d'un geste esquissé à son égard, plein de sollicitude, qu'Hawthorn repoussa avec douceur et élégance.

- Pardonnez moi très chère, mais cette aube fraîche fut déjà le théâtre de tels plaisirs, et bien que pourvu des plus enviables agréments dont la Nature, dans sa grande cruauté, nous fit don …

Levant enfin les yeux vers elle tandis que lui même s'adossait au mur afin de regagner l'équilibre dont il paraissait aujourd'hui privé en dépit de sa parfaite sobriété, ce fut un visage opalin qui lui apparut, dont toute corruption était absente, et certainement d'une qualité que son exorde n'avait certes pas laissé entendre.

- … nul de ses bienfaits ne saurait équivaloir le privilège de contempler l'Astre d'argent quitter sa nuageuse couche de velours nocturne pour se lever en plein jour. Serais-je donc sujet à une théophanie composite dérivée d'une ascension céleste ? Quelque épiphanie lunaire ?

Mais une rumeur grossière interrompit l'échange ainsi auguré. La cohorte fulminante s'étant plus tôt élancée sur les pas du dandy surgissait déjà du coupe gorge qui fut le théâtre de leur altercation. D'après leurs mines réjouies, il est aisé de songer qu'ils étaient proprement enchantés de découvre aux cotés de leur proie la providentielle demoiselle. Et leurs propos ne laissaient guère de doute quant à leurs intentions.

- Pardonnez Milady, si mes galantes génuflexions se font attendre … Pour l'heure nous devrions en effet envisager une retraite opportune. Sans quoi ces gentlemen pourraient bien briser ces pauvres articulations se languissant de vous témoigner leur révérence.

Un sourire cynique se dessinant sur ses lèvres au terme de cette logorrhée que la langue experte de l'esthète avait  aisément articulée, Hawthorn rabattit sur son visage le chapeau à large bords dont il espérait dissimuler ses traits, hélas sans grand succès. Le visage de sa fortuite et malheureuse compagne d'infortune ne lui était guère inconnu, mais l'heure n'était pas au carnet mondain.
Aussi s'élança t-il à son coté, s’évertuant à suivre le rythme de la jeune femme dont la vigueur et la célérité le surprirent. Elle semblait en bien meilleure condition physique que son homologue masculin, à croire qu'elle était accoutumée à de telles picaresques enjambées. Haletant, Hawthorn ne prenait guère la peine de se retourner pour s'assurer de la présence de leurs poursuivants – les respirations sifflantes et les véhémentes injonctions retentissant à travers l'allée étaient suffisamment éloquentes. Du bout de sa canne finement ouvragée, l'écrivain faisaient choir étals et débris dans l'espoir de ralentir leurs assaillants, du moins suffisamment pour leur permettre le loisir d’échapper quelques instants à leur vue.
Opportunité qui se présenta bientôt à un nouveau détour de ce labyrinthe né des fantasmes d'un Dédale sans majesté aucune. Mais quelle était donc la Bête qui y demeurait prisonnière ?
Saisissant la manche de la jeune femme de son pommeau, Hawthorn l'avertit de la présence d'une masure déserte, comme il en était légion dans ce quartier que la maladie avait ravagé il y a quelques années de cela, et dans lequel nul ne se risquait plus.


- Milady !

Pénétrant la vétuste bâtisse par l'embrasure d'une porte qui, une fois close et au grand désarroi du jeune homme, ne tiendrait sans doute guère longtemps, il entraîna avec lui la jeune femme. Refermant derrière lui la porte, il se laissa aller contre le mur nu, qui semblait avoir essuyé les désirs trop entreprenant de quelques lithophages. Quelques rats coururent en tous sens à leur approche, disparaissant dans les béances murales où ils avaient élu domicile, tout comme nos deux fuyards s'étaient ici réfugiés. Quelques instants s'écoulèrent en silence, chacun reprenant son souffle … Se redressant enfin, Hawthorn laissa choir son feutre et passa une main dans ses cheveux, les rabattant en arrière. Tirant de son manteau l'étui d'argent gravé de ses initiales dont jamais il ne se séparait, il en exhuma une nouvelle cigale au chant vaporeux.

- Cigarette ? Elles viennent du Caire.

Tendant vers elle le réceptacle dont fleuraient des fragrances opiacées, fleurs de pavots, il la considéra en silence, ses yeux verts se posant sur son visage sans trahir la moindre émotion. Ses lèvres seules, unique oracle de ses pensées, affichaient une expression amusée.
Au dehors, le son des pas se rapprochait inéluctablement. Tirant sa lame jusqu'alors chaleureusement calfeutrée dans son fourreau, le comte jeta au loin la canne ainsi évidée, avant de faire l'abandon du manteau dont il était lui même drapé. Ôtant précautionneusement le gant de sa main gauche, il glissa la soierie dans sa manche. Faire usage de son don devant les yeux d'une dame était bien la dernière de ses envies, mais de telles mesures s'avéreraient certainement nécessaires. En outre cette dernière ne semblait sans défense. Il s'agissait bien en ce méphitique jardin de la seule fleur dotée d'épines … Et il tardait déjà à l'Aubépine Mortuaire de faire un sort à ces orchidoclastes.
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Fleurs de Pavés [Hawthorn-Eulalia] [29/05/42]

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