L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


Forum RPG - Londres au XIXème siècle. Incarnez Vampires, Loups-Garous, Lycanthropes, Homonculus, Chimères, Alchimistes, Hunter...et choisissez votre camp dans une ville où les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses....
 
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L'Architecte [Comte] [15/10/41]

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Comte Keï
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MessageSujet: L'Architecte [Comte] [15/10/41] Mar 18 Oct - 0:05

[HRP: Dans la suite de l'Opéra "Seconde visite"]

Il était presque 20h30. Le soleil, déjà éclipsé depuis quelques heures, avait laissé sa place à l'astre lunaire. Son sourire, gracieux et empli de mystère, fendait le ciel lourd de menaces. La saison automnale étendait son grand manteau de nuages sur la Terre comme il recouvrait de feuilles mortes le sol des premières gelées. Il faisait frais mais une simple cape suffisait pour ne pas souffrir du froid dans la capitale. De toute manière, le Comte ne craignait pas ce dernier, comme tout Vampire...

Le fiacre avançait. Lentement, mollement: c'était insupportable! Aussi le Comte prit-il le soin de brusquer son calice afin qu'il accélère le mouvement. Quelque peu secoué, le Vampire se sentait d'humeur massacrante, comme toujours lorsqu'il sortait pour voir le monde humain sans avoir de plans particuliers à exécuter avec envie. Cependant, il savait aussi que les manies ridicules et les courbettes des Humains allaient le faire rire...
Ce soir, il devait faire acte de présence. Sa mission était mineure, mais il s'était quand même donné un but, si petit soit-il: il fallait qu'il prépare une pièce de théâtre et qu'il attire d'avance les regards sur sa troupe.

Ainsi, une fois devant le palais de Westminster, le Comte descendit du fiacre avec un soupir. Il n'avait guère envie de se prêter au jeu des apparences, ni à celui des éloquences. Cependant, se montrer de temps en temps dans les hautes instances était nécessaire à ses plans lointains et il devait garder cet aspect humain qui lui accordait la confiance de ces insectes grouillants. Il confia donc à son calice le soin de s'occuper des chevaux et lui fit signe de conduire le fiacre sur le côté. Puis il mit en marche.
Ses bottes claquèrent alors sur les pavés. Le Vampire contourna l'édifice immense et passa devant la Grande Horloge. Ses yeux de brume en croisèrent les longues aiguilles de fer, dames aiguisées marqueuses de temps, fidèles tisseuses de la trame universelle qui rythment la vie. Le Comte s'arrêta . Pendant quelques instants, il contempla la tour, grandiose, splendide: il l'avait toujours aimée.
Puis ses pas reprirent, plus vifs et plus amples. Arrivé à la grille, son identité fut vérifiée. Il avait en horreur ces manières mais il comprenait que les humains se protègent ainsi. Lui-même n'avait-il pas un garde à chacune de ses portes? Une fois le contrôle effectué et quelques chapeau baissés sur son passage, il continua son chemin et franchit la porte du grand Hall. Il y avait peu d'activité politique à cette heure puisque les lords préféraient parler de leurs affaires le jour afin de dîner en belle compagnie le soir. Cependant, le palais de Westminster n'était pas seulement constitué de salles de conseil, de la chambre des lords et de bureaux: il y avait en effet quantité de salons et de salles à manger, une multitude de salles de repos ainsi que de nombreuses chambres confortables, une bibliothèque, quelques espaces dédiés au sport et des salles de bal...Jirômaru y avait ses habitudes et il savait exactement où et quand il trouverait ceux qu'il cherchait. Pour l'instant, il devait traverser le Grand Hall.
En tout il y dénombra vingt et une personnes: trois domestiques, huit lords et six femmes, certainement leurs épouses, et quatre aristocrates de renom. Le tout était sans compter les gardes royaux et les miliciens qui surveillaient l'endroit, droit comme des « i », surement endormis depuis bien des heures enfermés dans leur cocon inconfortable de statue en tissu. Le Comte ne s'en souciait guère et d'ailleurs il ne les considérait même pas. Son arrivée dans le Grand Hall fit son effet. Plusieurs lords vinrent immédiatement le saluer avec respect voire soumission. Le Comte était heureux de distribuer ses sourires hypocrites et d'en voir certains ramper dans leurs accoutrements tirés à quatre épingles. On lui proposa un verre, puis tout, qu'il refusa aimablement. Il fit un baise-main, puis deux, avant de s'éclipser le plus rapidement possible vers le long couloir qui donnait directement sur le Hall Central, hall arrondi et plus restreint que cette vitrine de vieux courtisans.

Cependant, alors qu'il emboitait le pas à Lord Berthoom qui lui proposait de lui montrer la montre à gousset de sa femme, le Comte repéra celui qu'il cherchait. Sans même un regard, il quitta Lord Berthoom et s'avança ver l'homme en costume brun qui semblait quelque peu perdu:


- Sir Charles Barry! Quel plaisir de vous voir ici! Il est rare de vous trouver à Westminster à une heure pareille.

Tandis que le Comte le saluait d'un air grave et heureux, l'architecte pivota sur lui-même et enleva son haut de forme pour répondre joyeusement.

- Monsieur le Comte Keisuke! Cela faisait longtemps dites-moi?

Les deux hommes se saluèrent une deuxième fois et se dirigèrent vers l'entrée pour discuter dehors.

- Il est grand temps, Sir, que je vous entretienne à propos du théâtre. Il tombe en ruine, quoi qu'on en dise! Et j'ai besoin de vous pour être certain de pouvoir jouer sur une scène aux normes!

La discussion n'allait pas mener bien loin: le Comte avait besoin de décors et d'un nouvel aménagement du grand théâtre pour sa nouvelle pièce. Il avait les moyens de payer et l'autorisation de le faire et il avait maintenant retrouvé son architecte préféré.
Sir Barry n'était pas maître de machinerie théâtrale et encore moins metteur en scène, cependant c'était un homme qui aimait jouer les apprentis sorciers en se lançant dans de nouveaux projets peu reconnus. Il s'entendait très bien avec le Comte et l'idée de participer à une des ses pièces de théâtre lui était plutôt agréable.
Cependant, il avait l'air soucieux et il expliqua en privé au Comte qu'il était poursuivit par un homme étrange qui lui demandait régulièrement de l'aider à bâtir une villa dans la lande. Certes il avait les moyens, mais l'autorisation ne viendrait jamais, vu le genre d'homme que c'était. C'était un ancien prisonnier qui avait esquivé la potence par la grâce du juge, mais c'était un tueur d'enfant à la base! Le Comte réfléchit longuement à propos de cet homme: le tuer lui serait d'aucune utilité particulière mais il aimait bien Sir Charles Barry et aider l'architecte en se faisant plaisir ne lui était pas désagréable. Il y songerait plus en profondeur...

De retour dans le Grand Hall, ils bifurquèrent vers un petit salon où de longues tables étaient dressées. On y soupait, on y prenait le thé et l'ambiance était aux cartes ce soir. Le palais ressemblait parfois à un véritable salon. Le Comte critiquait cela mais il comprenait aussi que les lords ne pouvaient pas toujours décemment errer dans les salons, au milieu des bourgeois et de la populace. Il leur fallait un endroit privilégié et le palais les accueillait toujours bien plus que ce que le premier badaud pouvait imaginer. D'ailleurs, certains n'hésitaient pas à ramener leur femme, leur fille et pourquoi pas leur amante...

Installés dans les fauteuils moelleux et confortables à souhait, ils continuèrent leur discussion. Celle-ci vira un instant sur les femmes mais le Comte redressa vite la conversation pour l'orienter vers le choix des stucs à utiliser pour refaire les moulages du théâtre. Il fallait le retaper correctement et surtout songer à raffermir l'appui des balcons afin d'éviter un accident qui ne saurait tarder sans rénovation.


- Très bien, très bien, fit l'architecte, je vois ce que vous voulez, je vais m'y atteler mais je dois d'abord finir un revêtement. Mais ne vous inquiétez pas il est en plein achèvement, il ne me faudra que quelques jours avant de vous retrouver dans le théâtre!

- Vous m'en voyez fort aise, répondit le Comte en croisant les jambes.

- Mais dites-moi, si ce n'est pas trop indiscret, quel va être le sujet de votre pièce cette fois?

Le Comte sourit et posa son verre de vin encore plein.

- Ceci est un secret, mon ami...


> Jirômaru Keisuke <

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MessageSujet: Re: L'Architecte [Comte] [15/10/41] Jeu 9 Fév - 23:56

Wynn attarda son regard sur le grand miroir sur pied qui occupait un coin de sa chambre. Un morceau de velours pourpre le recouvrait totalement, le rendant purement inutile. Pour une raison irrationnelle, il souhaitait garder cet objet, mais refusait catégoriquement de croiser le regard de son propre reflet. Par peur ou par haine, qu'importe, il n'avait pas besoin d'une glace pour apporter du soin à sa tenue.
Et c'est d'ailleurs ce qu'il était en train de faire. Le chasseur à la tenue noire et sinistre avait laissé de côté ses habitudes, pour enfiler une chemise à jabot immaculée sur un pantalon noir, et était en train d'ajuster sa veste victorienne pourpre brodée d'or.
Il soupira en joignant ses longs cheveux argentés en une queue de cheval basse, décorée d'un ruban de velours assorti à la veste.
Il était prêt. Et il n'aimait pas vraiment la tournure conventionnelle de cette soirée, qui s'annonçait pénible et ennuyeuse.
Ses cuissardes de cuir noires firent grincer le parquet du manoir, vide, lorsqu'il descendit l'escalier pour aller enfiler sa redingote. Prêt de la porte, son violoncelle l'attendait sagement, comme s'il l'invitait à sortir faire une promenade. Il n'y avait personne à part le jeune vampire, dans ce manoir. Il n'avait plus de domestiques depuis longtemps, non par soucis d'argent mais par besoin de solitude. Il estimait ne pas avoir besoin de quelqu'un pour lui donner la béquée, et encore moins pour entretenir sa maison. Il s'en sortait très bien tout seul, même si le manoir manquait cruellement de vie, habité par un résident occasionnel, et prévu pour accueillir au quotidien cinq à huit personnes.

Rangeant son trousseau de clé dans l'une de ses poches après avoir refermé la porte, Wynn se hâta dans les rues fraiches de Londres, son instrument dans une main. S'il n'avait pas été pressé, il serait bien allé faire un tour à Trafalgar Square pour profiter d'une nuit claire et froide comme il les aimait. Malheureusement, il n'avait pas le temps, et il pressa le pas pour rejoindre au plus vite le palais de Westminster.
A vrai dire, l'endroit ne l'enchantait pas plus que ça. Certes c'était une belle bâtisse, mais il n'y mettait jamais les pieds. Pour cause, il n'était pas né dans une famille aristocrate, et n'y avait donc pas sa place. Qu'importe, il méprisait la noblesse, et n'eut aucune honte à entrer par ce qu'on aurait pu appeler «l'entrée des artistes».
Ce soir là, il avait été engagé pour distraire les visiteurs avec un peu de musique. Il avait accepté avec un sourire, se mordant la langue pour ne pas répliquer qu'avec tout le travail qu'avaient ces dames, il voulait bien aussi les bercer si on le payait un peu plus! Mais il savait que son cynisme naturel finirait par lui jouer des tours, et n'avait donc rien ajouté.

Dans une petite pièce qui servait pour l'occasion de vestiaire improvisé, Wynn laissa son manteau et le boitier de son instrument, avant qu'un domestique ne lui indique le salon dans lequel il était censé jouer. On ne lui proposa ni de boire, ni de manger, comme s'il n'avait été qu'un automate, et la dernière recommandation qu'il eut fut de ne pas adresser la parole aux convives sans y avoir été invité. Soit. Si cela pouvait les rassurer, le vampire était prêt à rester muet, comme il le faisait la plupart du temps, même sans y avoir été invité. Discuter avec ces gens aurait pu être intéressant, pourtant...

Avec un calme religieux, Wynn s'installa dans le fauteuil qui avait été prévu pour lui, et s'empressa d'accorder son instrument, avant de se mettre à jouer tout ce qui pouvait lui passer par la tête. Il se cantonna bien sûr à des pièces d'époque pour ne pas trahir ses origines d'une époque passée, et se laissa emporter par sa propre musique en fermant les yeux. Des murmures autour de lui attirèrent pourtant son attention, et il les rouvrit. Sa musique ne semblait pas laisser l'assemblée de marbre, mais peut-être ces quelques gens s'extasiaient-ils simplement devant l'étrange allure de l'instrument?
Fabriqué dans un beau bois d'érable vernis, toute la caisse était parcourue d'un réseau de nervures en argent, semblables à celle d'un feuille d'arbre. Wynn avait toujours aimé l'allure de cet instrument, un peu plus imposant qu'un violoncelle traditionnel, et gravé de runes étranges sur le manche. Il fallait le reconnaître, c'était un très beau travail de luthier, aussi bien pour l'esthétique que pour la qualité du son.
Etant donné les commentaires qu'il entendait, c'était autant la musique que l'allure incongrue de l'instrument qui étonnait. Il eut un sourire en relevant la tête, oubliant qu'il valait mieux pour lui de garder la tête baissée en présence d'humain, sous peine de les effrayer à cause de son regard d'ébène. Il vit une jeune femme sursauter, et détourna le regard pour observer les gens qui l'entouraient.

Certains dinaient en discutant de tout et de rien, d'autres autour d'une tasse de thé, et les derniers misaient une partie de leur fortune dans des jeux de cartes et d'argent.
Le vampire eut un sourire en observant les joueurs. Il était fasciné par l'attitude des humains. Certains mentaient si bien que bluffer devenait naturel chez eux, tandis que d'autres transpiraient à grosses gouttes lorsqu'ils n'avaient rien en main et refusaient pourtant de se coucher.
Etant donné la mise que l'assassin voyait briller sur la table, le vieil aristocrate qu'il voyait s'agiter avait des raison de s'inquiéter...

Le regard de Wynn se tourna vers les quelques hommes assit dans de moelleux fauteuils, non loin de lui. Son sourire s'élargit lorsqu'il reconnu un autre représentant de son espèce, et pas des moindres. Le Comte Keïsuke. Il n'avait encore jamais eu l'occasion de lui parler, mais avait entendu suffisamment de choses pour savoir que s'y frotter était sûrement la dernière chose à faire, pour peu que l'on soit suicidaire... Pourtant, Wynn avait toujours voulu rencontrer cet étrange personnage, afin de vérifier lui même la véracité de ces rumeurs. Un potentiel caractère plus tordu et cruel que le sien? Il demandait à voir, mais n'en doutait pas pour autant.
Probablement bien plus âgé que lui et de toute manière d'un rang supérieur au sien, l'assassin ne souhaitait aucunement aller lui chercher des noises. Pas même engager une conversation avec lui, puisqu'on le lui avait fermement interdit... Depuis quand respectait-il les lois? Ah oui. Depuis qu'il avait décidé d'être discret. Et malgré sa discrétion, sa réputation de tueur à gages avait finit par le dépasser, à tel point qu'il en venait à se demander si pour garder l'anonymat il n'aurait pas mieux fait de garder un masque sur les yeux...

Lorsque le métal de ses révolvers se mit à lui brûler l'échine, Wynn baissa à nouveau les yeux vers son instrument. Ils avaient faim, c'était certain. Trop d'humains réunis au même endroit, le mépris total de leur porteur pour cette espèce, et sa curiosité pour un autre vampire les avait réveillé, et ils attendaient désormais le bon moment pour faire comprendre à Wynn qu'une soirée amusante ne se passait pas sans eux.
Le vampire les ignora totalement. Il n'avait aucune intention hostile, quelle qu'elle soit.
Cela faisait une demi heure qu'il jouait, aussi se décida-t-il à reposer ses doigts quelques minutes, pour réaccorder son instrument, qui lui n'aimait pas beaucoup les changements de températures.
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: L'Architecte [Comte] [15/10/41] Mer 15 Fév - 12:58

L'architecte n'avait pas été surpris par la réponse du Comte : jamais il ne donnait l'intrigue de ses pièces, préférant conserver le suspens jusqu'au bout, jusqu'à ce que le public se retrouve devant les acteurs, exaltés, émus face à leur jeu et au génie de la mise en scène, depuis l'argument jusqu'à la machinerie. Cependant, Sir Charles Barry verrait avant les autres les mécanismes et rouages, l'installation des nouveaux balcons et le nouveau tapissage des murs et des sols, c'était un privilège dont il était fier ! Il toucherait même les planches avant les acteurs pour vérifier l'état de la salle et la bonne disposition des sièges remis en place.
Il se contenta donc d'un sourire et d'un regard complice avant de plonger dans son verre de vin avec ravissement. Il toussota, heureux d'être là avec cet homme de marque, à l'abri, à Westminster. Ses soucis s'envolaient tranquillement, déviés par cette nouvelle tâche et cette conversation salutaire.


- Je serai heureux de vous aider, dit-il en levant le coude pour boire.

Le Comte lui rendit son sourire, silencieux, avant de tourner lentement la tête vers l'entrée des artistes : un violoncelliste venait de faire son apparition. Jirômaru avait sentit sa présence depuis quelques minutes mais il n'y avait pas prêté attention : pourquoi se soucier de ses semblables dans pareil moment? Ils étaient si nombreux et il était si rare de ne pas en croiser un ou deux au milieu des humains lors de ses sorties...Souvent il ne relevait même pas leur présence et ces derniers l'esquivaient ou le saluaient rapidement avec politesse avant de s'éclipser au-delà de son aura écrasante.
Cependant, cette fois-ci, le Comte posa ses yeux brumeux sur son confrère. Ce dernier était bien vêtu et ses longs cheveux, joints à sa taille et son corps élancé, lui donnaient un air effilé, propre et distingué. Cependant ce n'était pas un aristocrate, sinon il ne serait pas venu jouer ici ainsi, comme une commande. Le Comte diminua quelque peu son aura : inutile de le perturber pour l'instant, il allait jouer.
Revenant à son interlocuteur premier, le Vampire continua :


- Il faudrait revoir l'éclairage avec mon assistant, la dernière fois la lumière était trop forte, mes acteurs en ont été quelque peu incomodés.

- J'y veillerai. Il faut vous dire, entre nous, ajouta l'Architecte en se penchant vers le Comte pour entrer dans la confidence, que Stanislas Levec, qui a été mis à la porte de l'édifice le mois dernier, fort heureusement, n'était décidément pas doué pour s'en occuper. Il paraît qu'il a même déjà fait tomber un lustre dans la salle, manquant l'incendie. La cire était difficile en enlever des sièges, c'est une amie de ma femme qui nous avait décrit la scène.

Loin d'être passionné par ce genre de ragots, le Comte, installé en majesté sur son fauteuil, faisait néanmoins mine d'écouter l'Architecte. Il ne le jugeait pas : il était trop insignifiant, sans menace aucune pour lui. Mais il l'appréciait pour sa bonhommie et son sens des affaires. Il était efficace, pour un être humain. Et c'était pour lui un pion bien verni qui venait compléter son échiquier.

La musique commença alors à envahir la pièce. Nullement comme une agression mais au contraire coulant comme un fleuve tranquille, elle s'étendit dans l'air, purifiant cet air, cet espace à la fois clôt et ouvert par la hauteur de ses plafonds, qui répercutaient les notes claires, en un caisson d'ondes joviales. La noblesse de la partition ramena Jirômaru à ses propres essais : l'opéra lui manquait. Le théâtre était amputé de cette musicalité, il n'y trouvait pas tout à fait son compte.


- Ha ! Enfin quelque chose de gai ! Fit Charles Barry en levant son verre à nouveau plein. Vous avez vu son instrument ? Je n'en ai jamais vu de tel !

Le Comte reporta son attention sur le musicien. En effet, son violoncelle n'était pas banal : les notes qui vibraient en son sein se répercutaient sur un bois travaillé, plus que la normale, orné de symboles, de runes et d'écrits divers. C'était une œuvre d'art en lui-même. Le Vampire sourit. Quel enthousiasme poussait son confrère à jouer de la sorte? Un bel ensemble...Assez pour changer les idées du Comte : finalement il allait peut être trouver de quoi s'occuper ce soir...

Tout en écoutant l'artiste jouer, le Comte et l'Architecte se remirent à discuter de la remise en forme des balcons, du stuc à utiliser pour revigorer le décors et de l'armature d'une plate-forme qui servirait au « deus ex machina ». Sir Charles Barry semblait exalté par le projet du Comte. Ce dernier voulait utiliser beaucoup de trappes, de stratagèmes pour surprendre son public et pour impressionner l'audience. C'était comme orchestrer un « Jardin d'enfant » dans un but ludique par des moyens ludiques. Toute la pièce allait reposer sur une machinerie complexe, peu habituelle en ce siècle, à la façon des mystères du Moyen-Âge.
Lorsque la musique cessa, le Comte applaudit en même temps que toute l’assistance. En soi, les lords et leurs compagnons de soirée n'applaudissaient jamais les artistes, car c'étaient des habitués hautains et dédaigneux, seulement servis en fond sonore, sans reconnaissance. Mais le Comte avait, ce soir, fait jouer son pouvoir de manipulation et son don obscur avait poussé les humains à prêter attention à ce violoncelliste particulier. Après la courte ovation, toute la salle sembla retourner à ses occupations, comme après un intermède presque négligeable.

Sir Charles Barry se leva à la façon d'un automate et s'éloigna pour aller discuter avec une dame de sa connaissance. Le Comte ne s'en souciait plus : il lui avait donné congé à sa manière.

Le Vampire fixa alors à nouveau le violoncelliste occupé à raccorder son instrument. Ses yeux de brume brillèrent d'un éclat d'argent.


*Pourquoi jouer pour ces ingrates créatures, mon ami ? »*

Les pensées du Comte venaient de pénétrer doucement dans l'esprit du violoncelliste. Son confrère et lui étaient désormais liés par le langage de l'âme.
Le doyen des Vampires resta assit dans son fauteuil, les pupilles figées dans ses iris transparentes. Son aura grandit, sans jamais atteindre ne serait-ce que la moitié de sa véritable force. C'était un symbole, une démonstration de sa puissance, une marque de présentation qui révélait d'autant plus son identité qu'il était physiquement connu et reconnu par la communauté vampirique.


*« Tu pourrais utiliser ton talent pour ravir tes frères. »*

Le Comte se leva. Sa taille fit de l'ombre à un lord proche de son fauteuil tandis que sa cape de sang frôla le sol pour se déplier autour de lui. Ses bottes se remirent à claquer sur les dalles du petits salon, étouffée un instant par un tapis, puis reprenant leur marche impérieuse vers le violoncelliste. Le Vampire ajusta ses gants blancs avant de se poster devant son confrère. Le dominant de sa hauteur, il lui sourit. Ses yeux étaient durs mais son visage ne portait pas les marques d'une colère quelconque ou d'une belliqueuse envie.

- Merci pour ce moment. Fit-il en esquissant une infime courbette. Votre musique est à la hauteur de votre instrument, que vous avez d'ailleurs fort beau.

Le Comte fit mine de regarder l'instrument qu'il avait déjà décrypté de loin.

- Joueriez-vous pour le théâtre ?

Question peu banale de la part du Vampire. Une proposition ? Un test ? Tout était possible.


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MessageSujet: Re: L'Architecte [Comte] [15/10/41] Jeu 16 Fév - 22:33

Portant l'archet à la hauteur de son visage, Wynn souffla dessus pour en chasser l'excès de colophane, qui s'éparpilla en poussière brillante dans l'air. Remettant la petite pierre de résine dans la poche de sa veste, il releva un instant la tête.
S'il n'avait pas sursauté, l'étonnement s'était un instant vu sur son visage, comme s'il avait été sur le qui vive une fraction de seconde.
Pour cause, son esprit venait d'être assaillit par une étrange voix, qu'il ne pouvait entendre, et qui pourtant lui apparaissait claire et limpide comme de l'eau. Il avait déjà vu un tel phénomène avec feu Hermano, l'italien qui avait nuit à Phorao, l'un de ses précédent commanditaire. Repenser à cet homme le fit sourire. Il avait été si facile de le faire avouer que le vampire s'était presque ennuyé...
Quand bien même y penser l'amusait, il avait horreur de sentir une présence à l'intérieur de son esprit. Il se sentait assaillit, prit au piège et mis à nu, comme si celui qui lui parlait avait la capacité de lire en lui et de connaître son histoire, son passé comme son avenir, tout.

Mais le violoncelliste ne se leurrait pas. Tournant les yeux vers le Comte, il le vit l'observer, alors que s'engageait un dialogue muet entre eux deux. Wynn ignorait quel âge pouvait avoir ce vampire, mais sa posture, son regard et même son aura faisait montre d'une grande expérience. Il était indéniable qu'il devait avoir vécu des dizaines de vies d'homme, et qu'à côté de lui, Wynn n'était qu'un adolescent.
Comme s'il l'avait deviné, le musicien répondit à l'aristocrate de la même manière, sans remuer un seul instant les lèvres.


*Mes frères n'ont de passion que pour le sang et la tyrannie. La musique n'est guère plus qu'une source de dérangement, à leurs yeux. Nous n'avons simplement pas la même notion de ce qui doit être... Artistique.*

Nul doute que Wynn sous entendait bien plus que la musique. Il ne partageait pas la frénésie meurtrière de ses frères membres du Sabbat, et suivait leur lutte de loin sans trop y prendre part, mais il ne pouvait nier que nombre de leurs habitudes lui plaisait: Une belle scène de meurtre organisée avec élégance et goût le ravissait bien plus qu'une boucherie sanglante sans queue ni tête. En cela il était maniaque et minutieux. Il faisait preuve d'un sadisme et d'une cruauté maitrisés avec soin, toujours avec froideur et stoïcisme, à l'inverse de certaines de ses connaissances, dont les habitudes meurtrières relevaient plus du labourage que d'autre chose.

Alors que le Comte s'approchait, Wynn semblait l'ignorer, occuper à accorder chaque corde de son instrument. A croire que cette activité, habituellement rébarbative le passionnait d'un coup. Ce n'était ni un jeu ni un test, seulement il avait sentit l'aura impressionnante de l'autre vampire, et se voyait difficilement le suivre du regard en plus, au risque d'avoir l'air menaçant à cause de ses étrange prunelles. Il ne souhaitait pas l'affrontement, et n'aspirait qu'à une sympathique conversation entre personnes civilisées de la même espèce. Songeant à cela, il se trouva fort hypocrite, lui qui fuyait le monde par principe.
Ce n'est que lorsque le Comte fut à sa hauteur que Wynn daigna lever les yeux. Qu'il leva très haut, haussant un sourcil d'étonnement. Il devait avouer qu'il ne s'était pas attendu à faire face à quelqu'un d'aussi grand. S'ils avaient été tout deux debout, ils n'auraient probablement eu qu'un ou deux centimètres de différence, mais étant donné la position assise du violoncelliste, il y avait un sérieux écart de taille.

Celui-ci plongea ses yeux d'ébène dans les iris brumeux de son interlocuteur. Ils partageaient un bien étrange aspect physique. L'un avait les yeux aussi noir que les ténèbres, seulement percés par deux billes couleur améthyste, tandis que l'autre arborait d'étranges yeux d'un blanc pur des plus incongrus.
Wynn esquissa un sourire aimable en le saluant d'un signe de tête. S'agenouiller, faire la révérence, il n'y était pas habitué, et ne le faisait qu'en de très rares occasions. Non par irrespect, mais il n'y pensait jamais.
Il nota avec étonnement que le Comte décidait de le vouvoyer, une fois qu'il parlait à voix haute. Décidait-il d'être plus courtois en présence de tant d'humains? Ou bien souhaitait-il mettre plus de distance entre eux? Ce n'était qu'un détail, mais il intriguait l'étrange musicien, qui répondit avec autant de politesse, d'une voix grave et posée.


-Je vous remercie pour l'intérêt que vous portez à ma musique et mon instrument. C'est une oeuvre d'artiste, il est vrai, unique en son genre. Une commande, à vraie dire.

Se disant, il fit à nouveau courir l'archet de les cordes, pour terminer de l'accorder. Il ne se souvenait plus exactement de la date d'acquisition de cet instrument. Il avait plus d'un siècle, c'était une certitude, et avait été réalisé par un luthier italien dont il avait également oublié le nom. A vrai dire il ne s'était soucié que du résultat, égoïstement.
Lorsque le son lui sembla satisfaisant, il reposa l'instrument contre son épaule, regardant à nouveau son interlocuteur dans les yeux. Il n'aurait su dire pourquoi, mais il avait le sentiment que cet homme là n'était pas aussi sympathique qu'il en avait l'air. Si c'était le cas, il n'en était que plus intéressant aux yeux du musicien. Il n'aurait pu nier son intérêt certain pour cet homme là.
Souriant un peu plus, il haussa légèrement les épaules.


-A vrai dire, je n'y ai pas été convié, j'ignorais qu'une pièce se préparait. J'en suis navré, d'ailleurs. Mais s'il vient à manquer quelques musiciens pour égayer un peu le récit, je saurais me montrer présent. Tout dépendra bien évidemment du sujet de l'intrigue...

Wynn suspendit sa phrase, prêt à ajouter autre chose, mais il se ravisa. Sans faire attention, il avait manqué de révéler que sa véritable occupation n'était plus la musique mais bien l'assassinat. A force de se sentir en confiance, il avait faillit laisser les mots s'échapper.
Il ne doutait que le Comte devait avoir saisit cette hésitation, mais Wynn fit tout pour ne rien laisser paraître, et reprit sur le ton de la conversation.


-Mais dites moi... Vous même, que faites vous ici? Pardonnez mon audace mais je ne pensais pas qu'une... Personne de votre rang fréquentait de tels endroits.

Sa réflexion n'avait rien de péjoratif, et Wynn se posait réellement la question. Il finit par se lever à son tour, comme si se tordre le cou dans tous les sens pour ne pas regarder le Comte au niveau des mains avait finit par le lasser.
De toute manière, il doutait pouvoir rejouer ce soir. Si les spectateurs avaient eu de l'intérêt pour sa musique quelques minutes auparavant, ils semblaient à présent avoir totalement oublié sa présence.
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: L'Architecte [Comte] [15/10/41] Dim 19 Fév - 14:03

Ils étaient face à face. Le violoncelliste, toujours assit, ne bougea pas lorsque le Comte vint se poster devant lui. Sage décision. L'orgueil du lord était démesuré et il aurait certainement mal prit le geste s'il s'était levé immédiatement. Logique dominatrice...et raisonnement social.
Les iris de son jeune confrère étaient mauves, une étrange couleur, il fallait l’avouer, mais le Comte avait déjà vu des particularités plus choquantes et il avait même croisé des Gangrel, ces Vampires difformes, plus proches de la chauve-souris que des hommes. Lui-même était typé albinos, même si la réalité était moins heureuse.

Lorsque le jeune Vampire lui sourit en le saluant d'un coup de tête, le Comte lui répondit par un sourire en se contentant de continuer le dialogue muet :


*Tous ne sont pas hermétiques à l'Art tel que le décrivent les poètes...*

Sa voix, grave et douce, résonnait comme le tonnerre lointain d'un orage en approche. Mais il n'y avait aucune animosité palpable, juste une force tranquille, pour l'instant, un ouragan posé dans les hautes strates de l'atmosphère.

La réponse que lui fit le jeune Vampire face à son compliment sur sa musique n'étonna guère le Comte. C'était une commande, certes, mais une commande conçue et jouée par un Vampire, un mélomane dont les sens exacerbés par le don obscur devaient lui permettre une haute création et une harmonie peu commune. Oui. Les Humains étaient décidément peu enclins à apprécier de la même manière leur environnement et la musique, surtout la musique...Cette denrière pouvait effectivement leur passer facilement à côté. Ils étaient si stupides...Cependant, le maniement du don obscur avait aussi la particularité de les envoûter. La poésie des Vampires et leur passion des sensibles beautés avaient cette magnifique aptitude à enjoliver la nature et à en révéler toute l'essence. Toute la magistrale essence...
Son oeuvre était forcément unique en son genre.

Tandis que le violoncelliste s'occupait de son instrument il répondit au Comte au sujet du théâtre. Son ton était neutre, cependant Jirômaru releva une hésitation: il n'était difficile de comprendre que ce Vampire avait des choses à cacher, comme chacun de sa race...Cependant le lord ne le releva pas: stratégie oblige. Il saurait en temps voulu ce qu'il aurait besoin de savoir.
Il se contenta de l'écouter et de le laisser enfin se lever. Il lui sourit et s'éloigna un peu: trop de proximité. Il fit quelques pas sur le côté, comme pour se promener et observer l'instrument du violoncelliste sous un autre angle. Les mains jointes dans son dos, il rôdait comme un aristocrate de son temps le ferait pour observer le bourgeois.


- Hmm...Je n'ai pas pour habitude de dévoiler le contenu de mes pièces avant de les jouer...

Ses yeux revinrent se fixer dans ceux de son interlocuteur comme un harpon se fige dans l'oeil d'un poisson.

- Car oui, cette pièce c'est moi qui la met en scène. Et je suis d'ailleurs ici pour recruter Sir Charles Barry, ici présent, fit-il en donnant un coup de tête en direction de l'architecte occupé à discuter plus loin. Nous allons restaurer le grand théâtre et installer de nouvelles machineries.

Le Comte revint face au Vampire.

- Je n'ai pas encore monté la pièce donc personne n'est au courant, personne n'est encore invité, aucune affiche n'a été faite. Ce sera très privé. Et pour cause : si je suis ici c'est parce que je suis lord à la cour de Victoria, et ces êtres, fit-il en montrant de la main l'assemblée d'aristocrates étalée dans le salon, sont mes "pairs", il me faut donc parfois paraître en leur société...

Le sourire du Comte se fit entendeur: oui, des "pairs", autrement dit de gentils agneaux qu'il bernait de son jeu depuis quelques années. Il s'était fait une place parmi les plus prestigieux hommes de Londres, tout y était à son avantage, pourquoi hésiter à demeurer au plus haut? Certes, il avait dû effacer ou modifier quelques mémoires précises et tuer un certain nombre d'Humains avant d'en arriver là, d'autant que cela faisait deux siècles qu'il sillonnait la noblesse anglaise et que son apparence physique laissait des marques qui auraient pu le trahir au niveau de son âge. Mais le Comte avait tout orchestré sans laisser une faille. Il y était si haut placé, maintenant, presque un amant de la reine, qu'il lui fallait bien se rabaisser à paraître en société pour maintenir son autorité et son image d'homme particulier.

*D'ailleurs je ne conçois pas qu'un Vampire de ton prestige n'ai pas tenté de s'élever plus haut que cela...*

Chez les Humains, le Comte avait en horreur les ouvriers et les bourgeois, ces travailleurs manuels, ces opportunistes sinueux qui se prenaient pour de grands seigneurs alors qu'ils n'en avaient ni la noblesse, ni la force. Cependant, certains bourgeois arrivaient à le radoucir: les plus hauts, ceux qui savaient s'élever à une certaine échelle, prêts à tout pour faire prévaloir leur éducation. Vaines espérances, fausse noblesse qui vient empiéter sur la vraie, mais un courage certains.
Chez les Vampires, le Comte ne négligeait aucun rang: tous lui étaient utiles. Cependant, leur longévité et leurs pouvoirs leur permettaient d'accéder aux hautes strates de la société: pourquoi s'y refuser? Une élite, qui gouvernerait dans l'ombre les Humains, pourquoi pas?
Ce violoncelliste aimait sa musique, il était transporté par elle, en jouer pour lui-même devait être trop réducteur donc il en jouait pour les autres. Mais pour les Humains...c'était triste! A moins qu'il ne se fasse aristocrate, parmi les plus hauts, et qu'il en fasse son atout majeur pour se faire respecter. Ici, parmi les plus nobles d'Angleterre, il n'était pas apprécié à sa juste valeur à cause de ces rangs sociaux qu'il n'avait pas franchis. Triste, oui. Il avait pourtant ce que le Comte appelait la « bonne branche », cet air noble peu à peu perdu chez les siens qui dégénéraient malheureusement depuis quelques siècles. Et puis il avait raison : peu étaient dignes de la musique, beaucoup ne songeaient qu'à la violence gratuite, ses propres disciples le lui rappelaient assez régulièrement par leurs comportements ridicules pour qu'il le sache lui-même.


- Souhaitez-vous que l'on en parle plus en privé? Ajouta-t-il sur sa lancée. J'ai un rôle pour vous, la musique sera importante dans la pièce.

Une soif de sang prenait le Comte. Sortir, boire, discuter de théâtre...le vin des humains...si semblable au sang, mais infect...Il fallait qu'il respire l'air de la nuit. Il posa donc son verre plein sur un plateau tandis que passait un serveur.
Ici il avait terminé sa tâche: Sir Barry et lui avaient rendez-vous dans la semaine au théâtre. Tout était prêt à être lancé. Ambre s'occuperait avec l'architecte de la mise en place des trappes. Manouk et Arath se chargeraient de la sécurité et des décors avec l'équipe engagée par ses soins. Salluste s'occuperait des Vampires sous l'Opéra pendant les essais et la représentation. Maria et Marco se chargeaient des invitations pour le Comte. Ils savaient tous que faire. Les instructions avaient été claires et précises. La pièce choisie, les termes des contrats avec les Humains définis, les acteurs déjà au travail sur les répliques depuis quelques semaines: le spectacle n'avait plus qu'à être monté. Il manquait les musiciens, ce violoncelliste tombait à pic.


*Sortons, ce lieu n'est pas idéal*

Le Comte fit le premier pas vers la sortie. Autant dire que le violoncelliste avait plutôt intérêt à le suivre, l'aura de son aîné c'était faite imposante. Ne pas l'accompagner à l'extérieur n'aurait été qu'une insulte, même pour un Vampire de moindre rang, voire même un Humain. Cependant Jirômaru pensait bien que l'artiste devait régler quelques affaires avec les humains avant de prendre lui aussi la direction de la sortie. Aussi prit-il les devants, tranquillement. Il tourna le dos à son confrère sans un regard et s'éloigna sur les dalles froides du palais. Il retraversa le salon, salua Charles Barry au passage, retourna dans le Hall et regagna l'entrée où son identité ne fut absolument pas revérifiée.

Lorsqu'il fut enfin sorti du palais de Westminster, après maintes rencontres à esquiver et quelques salutations distinguées, le Comte s'éloigna quelques peu pour s'adosser à un muret surmonté d'une grille de fer. Une victime...oui...là-bas un jeune dandy, efféminé...non...Une jeune femme plus loin...accompagnée...
De quel gorge avait-il envie? Nulle idée...Juste une soif à étancher.
Le violoncelliste allait sortir bientôt...
Ce fut le dandy. Attiré dans une ruelle, il semblait heureux qu'un homme sorti de Westminster paraisse s'intéresser à lui. Évidemment, il était éméché, ce qui facilita d'autant plus son envoûtement et sa mise à mort. Ce fut très rapide, sans tache, sans trace. Un humain de moins, un rien. Le lendemain on retrouverait son cadavre dans une ruelle, tout justifierait son alcoolique trépas, personne ne se soucierait des marques à son cou et on l'enterrerait aussi vite que bon nombre de citoyens qui périssaient ainsi dans les sombres rues de Londres...

De nouveau adossé au muret, le Comte croisa les bras. Son teint était moins blanc, ses yeux plus brillants et en lui-même une nouvelle paix siégeait. Les yeux fermés, il savourait l'air frais. Ses longs cheveux d'argent flottaient le long de sa cape de sang.
La lune était en croissant, souriante, il la sentait sur sa peau par intermittence tandis que les nuages passaient lentement dans le ciel. Ilsa lui manquait. Pourquoi hésitait-elle à plonger avec lui dans ses fabuleux projets ? Il la laissait libre, c'était bien la seule personne qu'il considérait digne de sa confiance et de son indulgence. Sarah...Elle...,elle devait trembler dans sa demeure...Prête à se jeter par la fenêtre s'il revenait la chercher, à moins que ce ne soit dans ses bras...Un sourire fendit le visage du Comte. Cette petite course lui plaisait. Décidément.
Mais elle connaissait son repère désormais, c'était un danger pour les siens. Il fallait y veiller...

Ainsi perdu dans ses pensées, le Comte attendait son confrère silencieusement. Une chance pour lui que le lord aie du temps à perdre...


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: L'Architecte [Comte] [15/10/41] Mar 21 Fév - 23:13

Wynn esquissa un léger sourire devant le mystère que semblait entretenir le Comte autour de sa pièce de théâtre. A vrai dire, il n'avait même pas été étonné d'apprendre qu'il en était le créateur: Sa question, avec un peu de recul, lui était apparue comme étant une invitation à se joindre à lui, en quelque sorte. Si ça n'avait pas été indiscret ni grossier, le violoncelliste aurait éclaté de rire. Devait-il prendre cela comme un honneur et se jeter à ses pieds pour l'en remercier? Certes non, mais le vampire ne pouvait s'empêcher d'être sceptique. C'était plus fort que lui, il se méfiait des paroles des nobles comme de la peste.
Il avait rencontré bien trop d'hypocrites imbu de «la noblesse» de leur personne, bien trop de ces gens faux qui se pensaient supérieur en public et tremblaient d'angoisse en privé. Il lui faudrait sûrement un peu de temps pour se faire à une idée toute simple: Cet homme là n'avait rien à voir avec les nobles humains. Ce n'était pas son titre qui faisait de lui un aristocrate mais son attitude, cela il l'avait remarqué dès le début: On ne croisait pas tous les jours un vampire avec une telle aura. Wynn était bien conscient que certains vampires, privés de la lumière du jour, ressentaient toujours le besoin de briller d'une certaine manière pour se sentir un tant soit peu réchauffé, mais d'autres inspiraient simplement le respect par leur aura. Restait donc à savoir si le Comte faisait parti des premiers... Ou bien des seconds.
Mais à sa façon de parler, Wynn penchait davantage pour cette deuxième catégorie. Il inclina doucement la tête et dégagea son visage, barré d'une mèche argentée qui lui voilait la vue.


-J'affectionne particulièrement les mystères, et espère bien être surpris par votre création... Si vous parvenez à vous montrer innovant.

Il se tut, reprenant le dialogue intérieur que lui et le Comte avaient engagé quelques instants plus tôt.

*Je n'en éprouve pas le besoin. Pourquoi chercher à me montrer plus grand que je ne suis, sinon pour faire de l'ombre à d'autres? Son sourire s'élargit. Ceux qui en font le moins sont souvent plus craint et respectés que ceux qui fanfaronnent, vous ne croyez pas?*

En effet, Wynn n'aimait pas parader ou dévoiler ses secrets. Il était issu d'une famille bourgeoise très respectable, sa mère avait hérité de belles terres en Roumanie, qui lui avaient permis de vivre dans un confort relativement luxueux pendant toute son enfance, et l'héritage que lui avait laissé son père lui aurait permis de vivre plusieurs années sans faire quoi que ce soit de plus. Il n'avait jamais songé à concourir pour un titre, à vrai dire il n'imaginait pas que cela changerait beaucoup sa vie. Il désigna les invités d'un signe de tête.

*Regardez les se tortiller misérablement pour obtenir l'attention des autres... Les femmes paradent dans des toilettes horriblement couteuses qu'elle jetteront dès demain, les hommes se battent pour quelques parcelles de terre en plus... Tout cela est futile et ne m'intéresse pas plus que cela. Je pense que nous autres immortels avons d'autres occupations autrement plus... Intéressantes, vous ne croyez pas?*

Il sourit d'un air aimable, repoussant le fauteuil derrière lui pour dégager un passage. Il était reconnaissant au Comte de s'être un peu éloigné, comme si le simple fait d'être aussi prêt d'une autre personne pouvait suffire à le déranger. Solitaire depuis plus de deux siècles, la proximité avait tendance à le dérouter, sans qu'il en fasse pour autant un scandale. Il comprit d'ailleurs rapidement que l'aristocrate devait avoir la même habitude que lui.

-Pardonnez-moi si je vous ai semblé désagréable. J'ai tendance à faire cavalier seul et n'aime pas trop dévoiler mes secrets. Ce doit être pour cela que votre question m'a étonnée. Pour être tout à fait honnête, je n'ai jamais songé à changé ma condition.

Wynn cultivait particulièrement son petit jardin secret, et dévoilait très rarement de quoi il était capable. Tout comme les dons que sa condition de vampire lui avait apporté. Il lui arrivait souvent d'éclairer son propre manoir d'un claquement de doigts, par simple fainéantise, mais jamais il n'avait montré à qui que ce soit sa capacité à manipuler le feu. Il n'avait aucune envie d'être source de convoitise pour une chose qu'il trouvait juste bonne à amuser la galerie. Inverser le cours du temps, manipuler la mort à sa guise, voilà qui aurait pu être amusant. Pour le reste, il ne voyait pas l'intérêt d'aller s'en vanter. Plusieurs de ses frères lui avaient déjà reproché de faire trop de mystères, de ne pas assez en dire sur lui... Certains avaient même avoué en secret que le violoncelliste leur faisait peur. L'inconnu terrorisait toutes créatures vivantes, qu'elles soient mortelles ou non, et Wynn s'amusait beaucoup à effrayer ses jeunes frères de cette manière. Il avait beau le cacher la plupart du temps, sa cruauté et sa capacité à détruire un esprit avec seulement quelques mots reprenaient souvent le dessus.

Laissant passer le lord devant lui, Wynn ferma la marche en reprenant la direction de ce qui faisait office de vestiaire pour la soirée. Sans se précipiter mais sans pour autant prendre son temps, parce qu'exaspérer une nouvelle connaissance n'était pas dans ses habitudes, il rangea le violoncelle dans sa boite, détendit les crins de l'archet qu'il rangea à son tour, et reprit sa veste, qu'il enfila.
Soulevant l'instrument d'une main, il sortit de la petite pièce et se dirigea vers l'entrée du palais pour rejoindre le Comte, qui devait déjà l'y attendre.
En sortant, il se figea un instant, ses sens agressés par une odeur bien connue: Aussi diffuse soit-elle, l'odeur du sang ne le trompait jamais. Apercevant le Comte un peu plus loin, il comprit et sourit en s'approchant.


-Bon appétit...

Il se contenta de ces deux mots, sur un ton amusé. A voir le teint plus frais de l'aristocrate, et le parfum qu'il avait sentit en sortant, ce n'était pas très compliqué de deviner ce qui venait de se passer.
Wynn ne fut ni choqué ni dérangé par cela, il trouvait même cette attitude normale. D'ailleurs, lui même commençait à avoir faim, et savait bien qu'il ne pourrait contenir cet appétit toute la nuit. Il détestait cette incapacité à pleinement se contrôler, et ce même s'il avait une maitrise de sa personne assez impressionnante. De toute manière, en tant qu'assassin, il n'avait pas trop le choix. Lorsqu'on lui commandait une fin propre et sans bavure, le poison devenait alors sa plus fidèle arme, et pas question d'espérer y planter les crocs.
Wynn prit l'initiative de continuer à marcher, choisissant une rue au hasard, sans y avoir réfléchit.


-Dites m'en plus. S'agit-il d'une interprétation, ou d'une création musicale?

Car si le vampire n'avait joué que des airs connus ce soir là, il avait gardé pour lui ses propres compositions. Il adorait cette sensation, la vision de ses propres notes courant sur la partition, concrétiser ses mélodies, ses envies sur le papier lui semblait presque plus grisant que de recopier simplement les pensées d'un autre, inconnu et probablement mort depuis plus d'un siècle. Tout dépendrait de ce que le Comte avait à lui proposer. Et dépendrait aussi de son carnet de chasse... Il ne pouvait nier que sa petite réputation Londonienne commençait à se faire. De plus en plus d'humains venaient le chercher pour différentes besognes, certains pour se débarrasser d'un rival, d'autres pour annihiler purement et simplement un parents gênant. Il avait besoin de faire preuve d'imagination, lorsqu'il s'agissait de faire parler, et manquait même parfois d'idées. Mais avec des humains, le travail restait facile. Jamais encore il n'avait tué d'homonculus, et ses derniers loup garous remontaient à une époque où il ne vivait pas encore à Londres. Quant au seul vampire qui ait trépassé sous sa lame... Son supérieur s'était chargé d'étouffé l'affaire, ayant lui même demandé l'assassinat du sois disant traitre. Wynn avait toujours feint le remord, mais intérieurement, il avait jubilé à ce moment là: La traque avait été un véritable challenge, enfin à la hauteur de ses «talents».
C'était un tacticien hors paire, minutieux et soucieux du détail, ne laissant jamais rien au hasard en analysant chaque situation comme si la moindre chose insignifiante pouvait s'avérer décisive pour la suite. Cette habitude pouvait se montrer comme une grande qualité... Mais aussi un défaut.

Et puis il y avait toujours son secret. Ce secret qui avait couté la vie à sa fiancée et le poussait à traquer ce qu'il considérait plus comme un fantôme ou une illusion, après deux cent vingt ans de recherches. Un secret auquel il n'aurait pas du songer à cet instant, car il sembla réveiller cette douleur qui lui vrillait régulièrement le dos, et qu'il sentit remonter d'un trait vers ses épaules, sournoise, se glissant insidieusement entre ses deux omoplates pour gagner sa nuque.
Il se figea un instant, incapable de faire le moindre mouvement, et serrant les dents pour ne pas grogner de douleur. Il ne le fit pas, mais il se doutait que s'il portait la main à son cou, il sentirait la trace bombée que laissait chaque veinule noirâtre qui se formait sous sa peau, petit à petit.
A la lumière de la lune, il vit la crosse argentée d'un des colt briller, et rabattit sa veste dessus. Décidément, il vivait dangereusement, et ne put s'empêcher d'en sourire avec ironie. Il avait mal, mais comme chaque fois, il s'y ferait et ne dirait rien. Parce qu'il doutait que qui que ce soit puisse l'aider, et parce que l'état de sa maladie devait être assez repoussant.
Reprenant sa marche comme s'il s'était simplement arrêté pour regarder le ciel, Wynn décida de relancer la conversation, espérant secrètement que le Comte ne lui poserait pas de question.


-A votre façon de parler de vos... Pairs, puisque c'est ainsi que vous les nommer, j'ai cru comprendre que vous n'aviez pas beaucoup d'affection pour eux. Pourtant, vous semblez vous mêler à merveille à leur communauté. J'en déduis que vous avez un but tout autre, et si vous poser la question sera certainement indiscret, j'avoue que l'idée ne me laisse pas de marbre...

Il lui sourit d'un air détaché, hurlant intérieurement alors qu'il serrait le poings à s'en blanchir les jointures dans la poche de sa veste. Il avait apprit qu'une seule chose pouvait apaiser son martyr: Le sang. Une jolie jouvencelle ou un bourgeois bien portant feraient l'affaire, il n'était pas très difficile. Il parvint même à se persuader qu'au fond, il avait juste faim. C'était cela. Ce n'était que la faim. En apparence.
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: L'Architecte [Comte] [15/10/41] Sam 25 Fév - 23:40

Tandis qu'il songeait à Sarah, le Comte respirait l'air de la nuit. Les ruelles étaient pleines d'odeurs diffuses. Par-là un chien, plus loin le parfum d'une femme, le fumet lointain d'un repas tardif, une fleur, un seau d'eau croupie...Cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas fait une nuit dans la lande. Il fallait qu'il y songe: en ville l'air était vicié. Il se rendrait dans la chapelle des murmures, bientôt, pour s'abreuver du monde et de son essence, toucher aux astres et aux plantes rases, à la terre, à la pierre, à ce gouffre de senteurs divines au milieu des notes claires de l'astre d'argent.

Les pensées du Vampire revinrent à son confrère qu'il attendait. Le violoncelliste...Un bourgeois...Ce dernier ne voulait pas changer sa condition: il n'y avait même pas songé...Étrange conception des choses! Certes, le Comte comprenait ce que voulait dire le Vampire lorsqu'il évoquait l'inutilité des relations avec les aristocrates humains: ils étaient si faibles et si hypocrites qu'il était peu important d'en faire partie, par principes et par rapport à que cela pouvait apporter, autant dire rien de concret. Et ils avaient en effet d'autres chats à fouetter. En tant qu'immortels la vie leur était d'autant plus facile sur le plan social et ils avaient la possibilité d'aspirer à d'autres oeuvres bien plus grandioses que celle de profiter de la vie dans la débauche et les hypocrites civilités humaines. Lui-même était très bien placé pour le savoir...Cependant, refuser le luxe, la notoriété et l'influence paraissait stupide au Lord. De son point de vue, il n'y avait rien de pire que d'en être réduit, à cause de fausses raisons sociales, à servir les humains: c'était avilissant. Et puis, de son côté, il avait de bonnes raisons d'être ainsi haut placé, ne serait-ce que pour veiller à la sécurité de la reine. Cette chère Victoria...Dame de son échiquier.

Enfin l'artiste sortit du palais de Westminster. Il avait été rapide. Le Comte l'observa tandis qu'il venait vers lui: il sentait l'odeur du sang qui régnait dans l'air...cette odeur animale, viscérale, vitale, qui lui avait fait froncer subrepticement le nez. L'air amusé de son confrère fit sourire brièvement le Comte. Oui: il s'était rassasié, il en était d'autant plus dangereux...Jeune imprudent...


- Pitoyable pitance, répondit le Comte d'un ton sec et amer.

Le Lord se mit en marche en même temps que le violoncelliste. Son pas, raide et droit, était relativement rapide pour quelqu'un qui se promenait dans le but de discuter. C'était ainsi: il exprimait son dérangement. Ce soir, il sentait que quelque chose d'étrange allait se passer. Son don obscur ne le trahissait jamais...et cette ambiance sentait la Mort, sa cruelle amie. Tussaud, oui, le musée, il y pensa un bref instant...mais se ravisa. Sa folie passa mais pas son sentiment d'alerte. Ces deux mots, politesse ironique, l'avaient hérissé.

Les Vampires n'avaient pas de destinations précises, aussi leurs pas se firent-ils aléatoires: chose parfois appréciable. Les ruelles raisonnaient de leurs bottes, l'air vibrait de leurs mots. La voix du Comte s'éleva comme un grondement tranquille:


- "Coriolan". Dit-il de but en blanc. Je vais reprendre la pièce de Shakespeare et l'adapter au Grand théâtre. Je compte en faire une mise en scène qui s'approche de l'opéra, avec des choeurs et de la musique qui tonne, des voix, des effets. J'ai déjà les choeurs, formés de mes disciples. C'est une pièce antique, une pièce guerrière et tragique, une histoire d'amour maternel et de patriotisme. Cela doit surprendre et frapper. La musique doit être une création, à moins de trouver des partitions adaptées. Le ton doit être clair et magistral, militaire et sépulcral. Il y est question d'honneur, d'amour et de mort.

Oui, la pièce devait être grandiose. Son projet était énorme et personnel: il avait un plan à suivre pour arriver à certaines de ses fins...et l'orchestrer dans un décors d'or allait lui permettre de se délecter d'autant plus de ce qu'il mettait en place.

Un éclat d'argent attira alors l'oeil du Comte: une arme que la lune avait éclairée un bref instant. Son confrère la dissimula rapidement. Cela n'étonna pas le Lord une seconde, lui même avait son poignard et son fouet: porter des armes était une chose normale à cette époque. Le fait que son confrère en détenait une sur lui en ce moment n'était pas important. Par contre, si les cannes-épées étaient monnaie courante, si les couteaux et lames étaient habituelles, les armes à feu l'étaient beaucoup moins et ce Vampire ne portait même pas un pistolet à percussion. Cela était étrange et intriguant. C'était comme ces armes que possèdaient les Hunter, ces Bloody Rose dont les balles déchiraient longtemps les chairs...La chose était donc curieuse pour un Vampire. Cependant, le Comte ne posa aucune question. Son confrère avait des choses à cacher et il respectait cela, même s'il était intéressé par les dessous des cartes dans le jeu auquel se prêtait le monde. Le Lord savait surtout qu'il apprendrait toujours tout au moment voulu.

Le soudain changement de sujet de son confrère fit sourire le Comte. Non seulement il dissimulait ses véritables occupations mais en plus il lui demandait, à lui, ses secrets. Impertinence? Simple intérêt personnel? Ha! Comme beaucoup il voulait connaître ses desseins et pourquoi pas s'y mêler...En avait-il seulement le niveau? Jirômaru sentait monter en lui une envie dévastatrice. Ce soir, il était tombé sur un être distingué, certes, mais tellement maladroit...


- Ces humains sont de pitoyables créatures que je manie à mon gré. Répondit-il d'un ton sec. Rôder parmi eux comme un loup est une occupation qui me plait mais diriger pour eux le royaume des Hommes en est une bien plus intéressante. Le pays fonctionne parce que je le laisse fonctionner. Ces minables me servent de commerciaux et me permettent une certaine rente utile à mes activités sous-jacentes aux apparentes. L'entretient de mes confrères et de mon repaire est ainsi assuré, l'ordre dans l'administration de Londres également. Le luxe, la douce dépravation et le faste des plus grands parmi les petits servent au fauve que je suis. Il n'est d'autre race plus stupide. Même les Loups sont plus ingénieux dans la compréhension de l'univers...

Ces mots sonnaient comme une condamnation de l'espèce humaine toute entière. Tel le berger qui mène son troupeau, en prend soin, lui évite les gouffres et le maintient en vie, le Comte semblait destiner les Humains à la broche après les avoir bien nourris. Cependant, l'affaire était toute autre. Le Vampire savait les humains nécessaires à l'expansion des siens et s'il les déconsidérait, il les respectait un minimum, au-delà de sa folie, au-delà de son orgueil. Ses desseins étaient terribles, son confrère ne les saurait pas. Pas maintenant. Seule Ilsa était au courant de la situation. Elle ne l'avait d'ailleurs pas suivit tellement le défi était grand. Elle se raviserait, elle n'aurait pas le choix. Lorsqu'il Le trouverait, quelque part sous la ville, dans les ténèbres originelles...Lorsqu'il Le tuerait...
Mais ce n'était pas l'heure. Pas encore. Et ce Vampire ingénu le poussai à justifier son attitude? La pièce de théâtre, les "pairs"...

Le Comte sourit sadiquement. Une irritation particulière s’immisçait en lui...Il sentait la douleur du Vampire à ses côtés. Une chose le rongeait...La soif? Une blessure? Lire dans ses pensées eut été trop facile en cet instant, le jeu allait devenir plus drôle...


- Mais dis-moi, fit le Lord en s'arrêtant soudainement. Je ne connais pas ton nom...

Ne pas se présenter avait été une erreur monumentale. Le Comte avait désormais assez éloigné son confrère de toute âme qui vive pour entrer en conflit. Ses yeux de brume brillèrent d'un sombre éclat.
Il saisit alors brusquement le Vampire par le col, d'une main, fermement et rapprocha son visage du sien avec une expression de froide colère.


- Je ne sais pas à quoi tu joues mon ami, mais crois-moi...ton violoncelle ne t'aidera pas à entrer chez moi. Mon domaine est clôt pour les imbéciles. Allons! fit-il en poussant en arrière le Vampire tout en le lâchant. Bois donc au lieu d'agoniser! Cela m'irrite au plus haut point!

C'était un fait: parler en ressentant le malaise de son interlocuteur, à cause de leur faiblesse naturelle, ramenait le Comte à de basiques instincts qu'il refusait. Et surtout: s’immiscer dans sa vie privée sans même s'être présenté était réellement un outrage. Parler théâtre, parler musique, cela était mondain, cela était futile. Mais parler dessein, demander son "but", à lui, c'était s'engager dans une voie sans retour.
L'aura du Comte se fit écrasante. Il regarda dans les ruelles alentours d'un air dur et blasé.


- Il doit bien y avoir une pucelle à saigner dans le coin!

Le Comte reprit la marche.
Les erreurs du violoncelliste avaient été suffisantes pour le faire entrer dans une certaine rage: le ton, le regard, le sourire, l'absence de civilité, l'oublie ponctuel de la hiérarchie, la curiosité...cette dernière étant la pire. Mais le Vampire de l'Opéra le regardait encore avec bienveillance. Son excès de colère c'était calmé aussitôt, malgré son front plissé par celle-ci: le violoncelliste lui était utile et sympathique, au fond. Mais la faiblesse, Jirômaru en avait horreur. La curiosité et l'orgueil du nom lui étaient également insupportables. Il lui fallait une proie? Il allait lui en trouver une, comme une nourrice trouverait du lait pour un enfant abandonné! Il voulait entrer dans la danse macabre qu'il était en train de monter? Il allait d'abord lui prouver son respect et sa soumission...

Un badaud, misérable ouvrier ivre mort fut jeté aux pieds du violoncelliste. Le pauvre homme atterri brutalement sur les pavés dans un bruit sourd et un cri de douleur. Il ne comprenait pas ce qui se passait et un rire ignoble sortit de sa bouche décharnée.
Le Comte lui donna un coup de pied dans l'estomac qui le fit taire dans un gargouillis infâme.


- A moins que tu ne préfères un chien?

Le Comte était face au Vampire. Seul l'humain les séparait. Le regard de Jirômaru était clairement menaçant. Mais au bout de quelques secondes de silence, il sourit d'un air ironique:

- Comment veux-tu que je te fasse confiance et que je te confie quoi que ce soit? Je suis Jirômaru Keisuke, Lord à la cours de Victoria, de trois siècles ton ainé, maître des ombres, maître d'une centaine de disciples et bientôt maître du domaine des songes...Et toi, tu n'es rien. Sans nom, sans âme, sans droit. Tu oses prétendre aspirer aux mêmes desseins que moi? Tu es du Sabbat, cela se sent, je pourrais te déclarer la guerre pour cela. Ta faiblesse actuelle me dégoûte, toi qui me semble si fort pourtant, si prometteur...

Un tel compliment n'était pas courant chez le Comte, cela était une marque positive très difficile à obtenir. Mais dans le contexte, le violoncelliste le ressentirait-il ainsi ou le prendrait-il comme un défi? Le Comte sortit d'une poche interne de son manteau une tête de rose blanche. Il savait être "innovant" mais il "faisait aussi de l'ombre" aux insoumis.

- Boiras-tu?

Droit et immobile, le Comte attendit. Ses yeux de brume étaient plantés dans l'iris mauve de son confrère. Dans sa main, la rose blanche retenait son souffle.


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
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MessageSujet: Re: L'Architecte [Comte] [15/10/41] Dim 26 Fév - 15:02

Wynn pencha la tête, intéressé. Il n'aimait pas beaucoup Shakespeare, mais l'idée d'adapter une de ses pièces à la manière d'un opéra lui plaisait. Surtout s'il lui était donné d'en imaginer les lignes musicales. Restait à relire la pièce, car il n'avait pas vu Coriolan depuis... Trop longtemps pour qu'il y songe. La dernière en date devait être Roméo et Juliette, lorsqu'il avait été surprit de découvrir le travail symphonique de Berlioz sur la pièce.
D'ailleurs, les directives du Comte s'encraient tout à fait dans la tradition Romantique qui avait envahie les théâtres et opéras depuis quelques années déjà.


-J'écris rarement des pièces de cette ampleur, mais le défi me plait. Si vous souhaitez donner un ton militaire, des cuivres sauront vous satisfaire, mais quelques cordes me semblent plus indiquées pour traduire l'amour... Quant à la mort, j'ai bien ma petite idée... Il me suffit de réfléchir un peu à tout cela...

C'était une commande de taille, mais soit. Il relèverait le défi. Car après tout, il aimait la nouveauté, et ne supportait pas la facilité. Il préférait même se casser la tête des jours durant plutôt que de trouver une solution à un problème en quelques minutes seulement.
Mais déjà, il avait sentit le changement de ton du Comte. Etait-ce sa petite plaisanterie qui l'avait dérangé?

D'ordinaire sensible aux changements d'humeurs, Wynn sembla comprendre que ses quelques réflexions avaient peut-être attisé la colère du Comte... Un imperceptible sourire vint se loger sur ses lèvres alors qu'il avançait, feignant l'indifférence la plus totale.
Qu'il devait passer pour un idiot, avec ses questions... Il devait avoir l'air d'un petit vampire apeuré, cherchant à dissimuler un secret. Certes il se cachait, mais il devait avouer qu'il aurait pu être plus... Discret, plus fin. Son esquive était si flagrante qu'elle sonnait plus comme une démonstration de bêtise pure et dure... Wynn se demanda un instant s'il valait mieux pour lui de continuer à jouer l'idiot qui se donne des airs, ou bien de laisser voir son véritable visage de meurtrier au coeur de glace.
Continuer de feindre l'idiotie aurait pu dégoûter purement le Comte, mais elle risquait aussi de lui attirer ses foudres... Finalement, il n'eut pas besoin de réfléchir bien longtemps.
S'arrêtant en même temps que le Comte avant de se tourner vers lui, Wynn eut tout juste le temps de lâcher son instrument avant que le vampire ne l'attrape violemment, avec une force et une rapidité inouïe.

Il hoqueta, cherchant un semblant d'oxygène, mais son regard ne cilla pas. Il continua de fixer le Comte avec le même air calme et serein. Il laissa même son regard glisser vers son violoncelle, plus intéressé par l'état de l'instrument que du sien.
Ecoutant le Comte sans en perdre un mot, il finit par sourire d'une étrange manière, son regard s'illuminant d'une lueur malsaine et animale, découvrant le côté le plus bestial et dangereux de sa personne.

Lorsqu'enfin l'aristocrate le lâcha, Wynn se contenta de remettre ses vêtements en place, sans chercher une seconde à fuir. Intérieurement, il se méfiait plus que jamais et suivait chaque geste du vampire avec une minutie incroyable. Il ne tremblait pas comme l'aurait fait un misérable petit humain apeuré, mais son instinct le poussait à défendre sa propre vie, et il n'avait aucune envie de finir démembré ou en miettes dans une ruelle aussi miteuse. Il avait un peu trop de fierté pour cela.
Il n'avait donc plus à hésiter. Continuer à jouer l'idiot était une mauvaise idée, et alors que l'ivrogne tombait à ses pieds, Wynn le fixa d'un air dédaigneux avant de sourire.


-Je vous en prie... Vous me parliez de noblesse tout à l'heure et vous me servez... Ca? Je ne suis certes pas du même rang que vous, mais j'estime mériter mieux. Je ne m'abaisserai pas à manger dans la main d'un autre, c'est contraire à mes habitudes. Aussi si vous voulez bien m'excuser...

Le musicien esquissa une courbette, alors que son corps prenait petit à petit une consistance vaporeuse, jusqu'à ce qu'il ne reste plus de lui qu'une nuée de cendres noires volatiles. S'éclipsant rapidement par les toits pour gagner les rues adjacentes, le vampire affamé se mit en quête d'une proie à sa taille. Il n'avait pas envie d'un noble bien charnu, et encore moins d'une jeune catin sale et débauchée. Il avait envie de la saveur sucrée de l'innocence, du parfum pur et candide d'une jeune donzelle tout juste sortie de l'adolescence. Et il savait déjà où la trouver. Il lui suffisait de trouver une chambre encore éclairée d'une chandelle, laquelle aurait été occupée d'une jeune fille prête à mariée, et dont le crime le plus odieux aurait été de dépasser le couvre feu pour pouvoir continuer la lecture d'un quelconque ouvrage tout à fait insipide.

Les humains étaient bien trop prévisibles, et il n'eut aucun mal à trouver ce qu'il cherchait. Se glissant dans la chambre à travers l'interstice de la fenêtre, il reprit en partie sa forme originelle et plaqua doucement sa main contre la bouche de la jeune fille pour l'empêcher de hurler. Elle n'eut pas le temps de se débattre, le vampire avait déjà planté ses crocs dans sa gorge, lui volant sa vie, sa jeunesse... Et la fin de son roman, qu'elle n'apprendrait jamais. Quelle triste fin.
Wynn souleva le livre pour en lire le titre. Dickens, encore. Avec un sourire, il reposa le roman sur la table de chevet, et recouvrit le corps de la jeune femme de son draps immaculé. Ainsi, elle avait l'air de dormir paisiblement, ses paupières closes et sa bouche légèrement entrouverte.
Seuls les deux incisions au creux de sa gorge et la blancheur de sa peau trahissaient son décès.
Le vampire ressortit par la fenêtre, amusé par sa propre petite mise en scène tout à fait macabre.

Il ne mit pas longtemps à rejoindre la ruelle où il avait laissé le Comte et l'ivrogne. Passant la langue sur ses lèvres, il regarda le pauvre homme prostré avec un certain dédain.


-Comptez vous garder celui ci? Il aurait plutôt tendance à me couper l'appétit..., dit-il en relevant les yeux, le regard plus alerte qu'auparavant. Puisque vous me le demandez si... Gentiment, laissons tomber les masques. Je me nomme Wynn Leichenhalle. Je tient mon prénom d'une rune païenne symbolisant la joie et l'extase, et la Roumanie est ma terre natale. Mon père était médecin, mon jeune frère également. Mais c'était il y a plus de deux siècles. Que puis-je vous dire d'autre...

A vrai dire, il ne savait quoi ajouter. La signification de son nom n'apportait rien, si ce n'est une note d'ironie. Après tout, Wynn semblait être le contraire de la joie et l'extase, mais son nom commençait à être suffisamment connu à Londres pour qu'il évoque quelque chose à de nombreux habitants. Quant à ses origines, peut-être le Comte les avait-il déjà percées à jour. Si l'anglais du musicien était correcte, il avait néanmoins un accent roumain léger qu'il ne pouvait dissimuler plus que cela.
Wynn lui avait même dévoiler l'une de ses étranges capacités de vampire, qui lui donnait la possibilité de se changer en une brume de cendres aveuglante et désagréable.


-Je doute que tout cela vous soit vraiment utile... Et je n'ai pas l'intention de jouer les idiots plus longtemps. Si par mes gestes je vous ai manqué de respect, je m'en excuse. Mais je n'ai pas pour habitude de me mettre à quatre pattes devant qui que ce soit. Non par irrespect, mais par simple fierté. J'ai tout à fait conscience que vous êtes de loin mon ainé, même si je n'imaginait pas une telle différence d'âge entre vous et moi.

Wynn contourna l'ivrogne et alla ramasser son instrument, qu'il posa contre un mur de pierre humide de la ruelle. Les rires gras et propos incompréhensibles de l'humain commençaient à l'agacer, et il en vint à se dire qu'en l'égorgeant, il débarrasserait l'humanité d'un énième déchet.

-Ne vous fiez pas aux apparences, elles sont parfois trompeuses... Ce que vous voyez n'est souvent que le reflet de la réalité, mais ça je suppose que vous le savez. Je ne dis pas cela pour offenser votre honneur, loin de moi cette idée. Seulement, me faire la guerre ne vous apporterait rien. Vous me détruiriez, c'est certain, et je me tiens tellement à l'écart de mon propre clan qu'ils seraient tout juste contrarié d'avoir perdu une fine lame. Néanmoins, votre compliment me touche.

Après réflexion, Wynn sortit son poignard du fourreau à sa ceinture, et s'approcha de l'ouvrier. Lui basculant la tête en arrière en le maintenant par les cheveux, il trancha la gorge d'un geste net et rapide. La lame traversa le cartilage et alla heurter l'os, lui sectionnant au passage le larynx. Le geste était précis, méticuleux et particulièrement maitrisé. De cette façon, l'ivrogne ne pourrait ni hurler, ni parler, seulement gargouiller dans son propre sang avant de rendre son dernier soupir.
L'assassin essuya rapidement la lame de son poignard avec un mouchoir blanc, et la rangea.
Seul un habitué pouvait se targuer d'user aussi bien d'une lame courte, et à moins d'être un assassin aguerri, le travail ne pouvait être aussi propre.


-Voyez par vous même, je pense vous avoir montré bien plus d'un aspect de ma personne... Je n'ai pas pour habitude de parler de moi sans y avoir été invité, encore moins devant quelqu'un qui occupe un rang supérieur au mien. Seulement, nous sommes à égalité. Je ne connais que votre nom, et seulement pas votre renommée. Pour le reste, j'ignore tout.

Il lui sourit avec amabilité, toujours avec calme, et sans le moindre geste déplacé ou agressif. Il n'avait pas pour intention de faire du Comte un de ses ennemis. Il n'avait pas non plus l'intention de l'utiliser. Dans les deux cas, son entreprise aurait été vouée à l'échec. Se dresser contre lui aurait été du suicide, chercher à le manipuler l'aurait sûrement conduit au même résultat, alors à quoi bon.
Tout comme il avait juste cherché à engager la conversation, il ne le suivrait pas comme un gentil petit animal bien dressé. Il avait un peu trop joué et avait fini par s'y brûler les doigts. Il avait comprit la leçon: Ne pas pousser à bout un aristocrate plus âgé et doté d'un orgueil aussi poussé. Dommage. S'il lui fallait prendre des pincettes, le musicien saurait le faire, mais il n'aimait pas choisir ses mots en permanence. Il était cynique de nature et cela, beaucoup l'avaient comprit.

Finalement, il ne remarqua que bien après la rose blanche dans la main du Comte. Son regard alla des yeux brumeux du vampire aux pétales blancs, alors qu'il s'interrogeait sur la nature de la fleur. Etait-ce une mise en scène? Ou une tout autre chose? Il n'allait sûrement pas tarder à le découvrir, mais pour l'heure, l'endroit lui semblait tout simplement inapproprié à une telle discussion.
Il récupéra son instrument, sans pour autant prendre l'initiative d'aller plus loin. Ce serait à son interlocuteur de le décider, il n'avait pas envie de le vexer encore.
Il songeait à ce qu'il avait dévoilé au Comte. Suffisamment de choses pour qu'il puisse mettre un nom et une origine sur son visage. Quel besoin avait-il de savoir qui l'avait transformé? Aucun, puisque Wynn ignorait lui même son nom. Pour le reste, il n'y avait sûrement rien de passionnant à dire, du moins c'est ce que le vampire pensait.
Il aurait pu prétendre n'importe quoi pour pouvoir s'enfuir, de quelque manière que ce soit, mais il préférait mille fois le danger et le défi à la couardise.
Marcher sur un fil tendu au dessus du vide l'amusait bien plus que sauver sa peau. A vrai dire, il était constamment à pencher d'un côté ou de l'autre, et sombrer dans l'abime ne l'effrayait pas plus que cela. De ce point de vue on pouvait le dire, il était fou. D'une folie maitrisée, certes, mais pas assez sain d'esprit pour rechercher la sérénité et l'entente avec lui même.
Fixant toujours le Comte, il se demandait toujours à quoi pouvait servir cette fleur... Etrangement, Wynn avait l'impression qu'en fonction de ce qu'il avait dit, la suite allait lui plaire... Ou non. Et il n'avait aucune envie de se battre, aussi espérait-il que le Comte n'ait vu ni défi ni provocation dans ce qu'il venait de dire.
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Comte Keï
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Date d'inscription : 01/11/2007
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Race : Vampire
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Age : 589 ans
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Proie(s) : Les Humains (pour se nourrir) et tout ceux qui se mettront en travers de son chemin.
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MessageSujet: Re: L'Architecte [Comte] [15/10/41] Dim 26 Fév - 21:24

Le Comte regarda son confrère remettre en place sa veste avant de refuser son « présent ». Ce dernier mit en avant le peu de noblesse qu'aurait cet acte avec une victime si misérable. Signe heureux de respect envers lui-même et sa race ou impertinence de plus ? Le Comte penchait réellement pour la première supposition. La « noblesse », ce Vampire semblait bel et bien la posséder, c'était d'ailleurs cela qui l'avait laissé en sursis ces dernières minutes. Aussi, le visage impassible, Jirômaru laissa son confrère partir en quête d'une autre proie. Le violoncelliste esquissa une courbette pour prendre congé un bref moment et lorsqu'il disparu sous une forme vaporeuse, un sourire fendit subrepticement le visage du Lord : enfin une marque de ses pouvoirs...intéressant...Un pouvoir d'ombre...un pouvoir qui agissait sur la matière vivante...Signe d'une belle maîtrise du don obscur...Ce Vampire était donc bien digne de son intérêt. Il ne regrettait pas de s'être levé de son siège au palais...

L'absence du Vampire ne fut pas longue. Le Comte n’eut guère le temps de songer, tout comme l'ouvrier de se relever. Cependant, il eut quelques minutes pour apprécier le silence qui régnait alentours. Mis à part l'homme à ses pieds, rien ne bougeait. Lui-même, statue de marbre au milieu de l'ombre, ne semblait pas atteint par la fine brise qui soufflait dans la ruelle. Seuls ses cheveux, longs filaments d'argent, erraient le long de sa cape comme des liens fantomatiques tissés par quelques ingénieuses araignées issues des songes.

Ce Vampire allait lui être utile. Pour sa pièce, c'était une certitude. Pour ses plans, peut-être...Il était rare de rencontrer des êtres en lesquels il sentait une particularité qui pouvaient l'intéresser au-delà de leur don obscure. Ce Vampire aux yeux mauves et aux cheveux ondoyants, dont le regard dénotait que trop son assurance, allait sûrement bientôt devenir une pièces de plus sur son échiquier.
Peut-être même un fou ? Une tour ? L'avenir le dirait.

Enfin le Vampire revint dans la ruelle. Son teint était plus jeune, plus rayonnant qu'il ne l'était déjà avant de le quitter. Rassasié, pour l'instant, son confrère jeta un coup d'oeil dédaigneux à l'homme rampant sur le sol. Lui aussi la faiblesse humaine le dégoûtait ? Le Comte en sourit.

Puis il l'écouta, immobile, se présenter enfin.

Il s'appelait donc Wynn, Wynn Leichenhalle et venait de Roumanie. Ainsi son accent portait désormais une marque et son visage un nom. Le Comte en avait entendu parlé, rapidement, mais n'y avait jamais prêté attention. Qu'est-ce qu'un nom de bourgeois au milieu d'une conversation humaine ? Si peu de chose à son échelle...Pourquoi prêter l'oreille à des discutions anodines ? Rien ne pouvait lui faire tendre l'oreille pour un nom sans échos pour sa race. Temps qu'il ne connaissait pas l'être lui-même, rien ne pouvait lui indiquer que c'était un des siens.
Une famille de médecins...Peut-être Wynn en avait-il retiré les bonnes manières et le côté méticuleux ? C'était à voir.

La fierté que mit en avant le Vampire, concernant la hiérarchie de sa race, plût au Comte. Contrairement aux apparences, le Lord ne souhaitait pas une armée d'esclaves et il aimait justement que l'on porte en soi une certaine personnalité, cette noblesse de sang qu'il respectait et qu'il voulait conserver chez les siens. Wynn était comme les Sept : noble, fier, assez distingué et respectueux des lois ancestrales concernant la hiérarchie pour avoir le droit de parler à quasi égalité. Jirômaru aimait les soumis, mais il appréciait d'autant plus les êtres doués d'intelligence et de charisme, ceux qui avaient cette force obscure en eux, cette nette supériorité par rapport aux rampants insectes dégénérés qui fourmillaient ça et là dans les rues nauséabondes.

Il s'était éloigné du Sabbat...Une bonne chose. Membre de la Camarilla par son clan, Jirômaru s'était fait Indépendant, cependant traquer les folies du Sabbat était un passe-temps comme un autre pour lui. Ces dingues ne savaient que nuire à ses plans en s'adonnant aux pires extractions au beau milieu des humains. Stupidité sans nom !
Mais ce Vampire savait à qui il avait affaire désormais. Malgré sa fierté, il su se montrer humble en cet instant et même confié qu'il avait la nette certitude que le combat ne serait pas égal. Sagesse.

Le Comte l'observa dégainer une lame. Sans bouger, toujours muet, il le regarda égorger l'ouvrier. L'odeur du sang se répandit dans l'atmosphère. Douce odeur. C'était une perte, du gaspillage...Le Lord n'aimait pas cela...Même si pour le coup cet humain était décidément une charogne négligeable. La façon dont Wynn avait utilisé son couteau intéressa grandement le Comte : c'était du travail professionnel, il s'y connaissait en matière de meurtre...

Wynn termina son discours au sujet de lui-même, de ses impressions et de son point de vue. Enfin, le Comte s'anima :


- Hé bien, Wynn, fit-il en souriant d'un air entendeur. Je pense que si les apparences sont en effet trompeuses je n'ai néanmoins pas perdu mon temps en venant à ta rencontre...

Il jeta un regard hautain sur le cadavre de l'homme entre eux.

- Si Coriolan t'intéresse, je t'engage pour diriger l'orchestre, orienter les partitions, choisir les notes, le ton et les instruments. Je te confierai mes disciples qui forment les deux choeurs et je te présenterai mes musiciens. Tu auras carte blanche...

Les yeux de brume du Vampire revinrent se figer dans ceux de son confrère.

- Me concernant, tu sauras bien assez de choses en temps voulu. Pour l'instant, je ne peux que te confirmer tes pensées : je viens du Japon médiéval, mes yeux légèrement plissés, dont l'aspect a été quelque peu modifié avec les années, ainsi que mon nom te l'ont bien assez fait sentir.

Le Comte se redressa et prit un air plus solennel.

- En l'an de grâce 1253, je naquis sous l'empereur Go-Fukakusa. Samouraï de profession, mordu à l'âge de 28ans, errant sur les plaines glaciales de l'Est, j'arrivai en Transylvanie, puis je passai en Italie et en Afrique. J'ai traversé ton pays et bien d'autres tels que la Mongolie ou l’Allemagne. Cela fait presque 6 siècles que mes pas frappent ce sol poussiéreux et que mon esprit traverse le temps.

Le regard du Comte laissa transparaître sa sagesse profonde en même temps que sa folie. Il était vieux, il avait vu beaucoup de choses et son origine ne signifiait qu'une chose particulière :l'esprit du Bushido devait être encore ancré en lui et sa force guerrière n'était plus à chercher. C'était un membre de la classe des guerriers professionnels, lorsqu'il était humain, et ses longues années d'existences semblaient en avoir confirmé la force et la puissance. Il avait eu le temps de dompter son don obscur et de le modeler à sa manière. Il avait beaucoup voyagé et étudié, il avait combattu et s'était désormais établit, pour quelques siècles, en Angleterre.
Il n'avait pas l'habitude de parler de son passé, cela l'énervait et le blessait. Pour ses frères, il racontait ainsi succinctement son périple depuis le Japon, mais il n'entrait jamais dans les détails. Il avait été au service de l'empereur, il avait été transformé, il avait souffert, erré, aimé...Sombre époque...Et puis il avait perdu sa contenance, il avait subit l'épreuve ultime du coeur, il avait perdu tout ce qui lui était cher et s'était forgé une carapace de haine et de violence avant de s'enfermer dans l'érudition. Ses années dans les terres froides avaient été un carnage, puis l'Italie l'avait assagi. Aujourd'hui, il était encore meurtri mais son âme et son corps s'étaient renforcés assez pour qu'il assure son rôle de doyen. Même s'il était en réalité très personnel...


- En temps que descendant de la lignée des Kyasid, par mon ancien maître de sang, je suis heureux de constater qu'un de tes pouvoirs se rapproche des nôtres...

Les Kyasid, membres de la lignée des ombres, étaient réputés pour manipuler ces dernières, avoir la capacité de se transformer en elles et de s'y fondre. Wynn avait disparu dans une brume accompagnée de cendres, chose relativement semblable, ou du moins assez intéressante pour un Vampire tel que le Comte.

Les ombres grandirent alors. Les lampadaires s'éteignirent dans un son lugubre et bientôt l'obscurité avala toute la rue. Le noir qui envahit l'espace devint de plus en plus impénétrable, même pour un Vampire. Mais les ombres s'arrêtèrent à leur niveau, léchant le sol comme des animaux languissent après un repas. Les deux Vampires étaient comme pris dans une bulle de sombre lumière au milieu du néant.

Le Comte fit un pas en avant et laissa glisser de sa main la tête de rose blanche. Elle tomba sur le sol, dans la flaque de sang qui s'était répandue à leurs pieds sous l'ouvrier égorgé. Ses pétales s'abreuvèrent et bientôt la fleur se fit sanglante.
Par ce geste, le Lord partageait le meurtre. Un sourire se dessina sur ses lèvres.

- Lis la pièce. Demain, au théâtre, je t'attendrai.

Le néant se fit total. En quelques secondes tout redevint net : les lampadaire, la ruelle, le ciel et ses étoiles, le cadavre au sol, la rose...
Le Comte avait disparu.

Cette soirée avait été riche. Un virtuose, oui, il avait dégoté un virtuose. Ils auraient bientôt l'occasion de se connaître mieux. Pour l'instant, il ne dévoilerait pas certains secrets.


[HRP/ Suite au théâtre, "De Sombres coulisses" /HRP ]


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MessageSujet: Re: L'Architecte [Comte] [15/10/41] Lun 27 Fév - 23:14

Après s'être vu engagé, Wynn se contenta d'un bref hochement de tête. Inutile de jubiler pour un travail qu'on lui offrait, l'assassinat rapportait bien plus. Il s'amusait d'ailleurs beaucoup à vider les poches de certains aristocrates londoniens, pour le simple plaisir de les voir se saigner pour s'offrir ses services...
Avoir la chance de créer la musique d'une pièce de théâtre passait au dessus de cela, et ne représentait ni un fardeau, ni une contrainte pour lui. C'était un peu sa chance d'exprimer sa propre vision de l'art. Il avait envie de surprendre lui aussi le public, de le faire sursauter, de le voir trembler sous les roulements de tambours, de le voir s'émouvoir au son d'une flûte ou encore s'emplir de fierté au son des trompettes.
C'était avant tout cela, susciter des émotions et provoquer une foule de sentiments qui le fascinait à ce point. Il savait déjà où son amour de la musique l'avait mené, et maintenant qu'il n'éprouvait plus grand chose à part haine, désintérêt ou cruauté, il s'amusait à observer la réaction de son entourage à l'écoute de quelques notes de musique.
Deux ou trois accords tendus et dissonants suffisaient à faire angoisser les plus frêles, une mélodie mineure les rendait mélancoliques, là où un air majeur et guilleret apportait joie et bonne humeur.

Quelque peu songeur, Wynn fut ramener à la réalité lorsqu'il comprit que le Comte parlait de lui. Il n'avait jamais foulé du pied l'empire du soleil levant, mais avait pourtant le souvenir d'avoir déjà croisé quelques japonais, même s'ils étaient peu nombreux à Londres. Il avait d'ailleurs constaté avec amusement que le Comte était incroyablement grand, pour un asiatique... Ils faisaient tout deux à peu près la même taille, et Wynn dépassait déjà d'une tête la plupart de ses congénères.
D'ailleurs, s'ils semblaient tous deux avoir sensiblement le même âge, de part leur physique assez jeune, le violoncelliste eut vite fait le calcul. 589 ans? Ils avaient donc... 330 ans d'écart, ce n'était pas négligeable. Il du voir plus d'années s'écouler que la plupart des vampires, et Wynn n'aurait pas été étonné qu'il soit même le doyen des vampires de Londres... Le respect qu'il lui devait n'était donc plus une option ou une hypocrisie pure et simple. Ancien samouraï, en plus de cela. Intérieurement, Wynn sourit avec amusement. Le provoquer en duel à l'épée, pour se divertir, aurait pu être amusant, mais la balance aurait vite penché d'un côté. Malgré ses talents d'assassin, il n'aurait pu faire le poids. A distance, par contre... Il faisait mouche à plusieurs centaines de mères.

Mais avant tout, c'était la façon de parler du Comte qui lui inspirait une forme de respect. Il avait ce vocabulaire et cette diction propre aux sages, à ces anciens ayant vécu trop d'années pour oser les compter. Il n'avait pas la voix d'un vieux conteur, ni celle d'un vieillard aigri regrettant une époque révolue, mais bien le timbre fier et appuyé d'un vampire qui aurait pu écraser Londres dans son poing sans en éprouver de douleur. Cette fierté, cette prestance, Wynn l'appréciait, et la trouvait trop rare, même chez les vampires. Il haïssait par dessus tout ceux qui s'abaissait à manipuler dans l'ombre, tels des rats sournois et malicieux, chassant leur pitance dans les restes des plus grands, et se contentant de misérables charognes à peine consommables. Il n'aimait pas cette façon de faire, et n'accordait son intérêt qu'à ceux qui savait mettre en avant leur nature, sans la renier ou chercher à la cacher.
Fixant le Comte dans les yeux, avec un sourire serein, il se permit d'ajouter une chose.


-J'ignore totalement si j'appartiens à une lignée quelconque. Je ne connais que le nom de mon clan, à vrai dire. Mais étant donné l'utilité de mon... Don, je suis certain que ceux de votre lignée doivent être fascinant!

Wynn adorait se fondre dans l'ombre grâce à son pouvoir, et pouvait se faufiler n'importe où, dans les maisons, dans des endroits impossible à atteindre en temps normal... Pour peu qu'ils ne soient pas sous l'eau. Rassembler un corps de cendres prit dans l'eau devait être bien plus difficile, et Wynn n'avait aucunement envie de tenter l'expérience!
Ce dont il était certain, c'est que son «créateur» possédait un pouvoir semblable au sien, un pouvoir qui lui permettait de prendre une forme vaporeuse comme la sienne. Il tenait probablement ça de lui, après tout.
Observant les éléments autour de lui, Wynn sentit se rapprocher les ombres, faites de ténèbres pratiquement impénétrables. Lui même avait du mal à percevoir les éléments à travers, malgré sa vue de créature nocturne. Il se demanda un instant si le Comte n'avait pas l'intention de l'enfermer dans une bulle opaque et sans fin, mais les ombres se contentèrent d'onduler à leurs pieds, comme des fidèles s'agenouillant face à une divinité importante. Wynn trouvait amusant cette façon qu'avaient les ténèbres d'ondoyer prêt de lui.


-Je n'y manquerai pas.

Sur ces quelques mots, il se tut, et le Comte disparut, laissant le musicien seul au milieu d'une ruelle où gisait le cadavre d'un ivrogne exsangue, une rose blanche à ses pieds baignant dans le sang.
Sans chercher à fuir ou s'inquiéter, Wynn reprit son instrument sous le bras et repartit tranquillement en direction de son manoir.
Il lui fallait retrouver Coriolan... Il l'avait sûrement chez lui, mais restait à trouver l'ouvrage. Trop de livres s'entassaient dans ses bibliothèques, et allait devoir un jour songer à un classement simple, efficace, et direct. Mais pour l'heure, il avait une pièce à étudier, et peu de temps pour le faire.
Qu'importe. Il ne dormait jamais plus de deux à trois heures par jour. Il aurait peut-être le temps de griffonner quelques notes d'ici sa prochaine rencontre avec le Comte...

Finalement, il ne regrettait pas d'être venu jouer pour les quelques rampants du palais de Westminster. Il était même plutôt satisfait. Il avait rencontré un homme tout à fait remarquable, qu'il valait certes mieux compter parmi ses alliés, mais qui avait certainement beaucoup à lui apprendre...



(HRP: Pas de soucis! ^^
PS: Je me suis rendu compte que parfois, j'oublie des mots, ce qui rend mes phrases un peu étranges... La fatigue, peut-être, mais j'ai essayé d'en corriger le maximum, j'espère qu'il n'y en a pas d'autre! Sinon je ferai la traduction... ^^))
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L'Architecte [Comte] [15/10/41]

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