L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


Forum RPG - Londres au XIXème siècle. Incarnez Vampires, Loups-Garous, Lycanthropes, Homonculus, Chimères, Alchimistes, Hunter...et choisissez votre camp dans une ville où les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses....
 
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Soirée mondaine, soirée mortelle [Armando, Elix, Veronica] [09/03/42]

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MessageSujet: Soirée mondaine, soirée mortelle [Armando, Elix, Veronica] [09/03/42] Mar 17 Juil - 14:08

Les roues du fiacre grincèrent en se stoppant brusquement sur les pavés mal alignés.  Les chevaux hennirent, relevant avec force la tête à cause de leur mords, qui leur rentrait  dans la bouche. La porte en bois s’ouvrit brusquement sur un homme bien habillé, costume trois pièces et haut de forme. Son visage affichait toute la suffisance de sa personne ; un passant avec quelque peu d’observation pouvait déduire avec assurance qu’il s’agissait d’un noble. Ce dernier retient la porte pour une dame qui sortit retenant avec précaution sa robe couleur émeraude. La demoiselle prénommé Elix Wyton, lança un regard méprisant à l’homme quand il eut détourné le regard. Son expression changea instantanément en aimable sourire quand ce dernier leva les yeux vers elle. C’était qu’elle lisait parfaitement les intentions du jeune homme. Fille d’un irlandais bourgeois riche à souhait, malheureusement décédé dans d’étranges circonstances, la demoiselle Wyton était un partis alléchant pour un noble débauché, qui avait dilapidé sa fortune en jeux, boissons et agréables compagnies. Mais Elix, loin d’être sotte, savait exactement ce que prévoyait le jeune homme pour leur avenir commun. En ce moment il s’évertuait à la séduire, fort de sa noblesse et de son rang social. Il était si imbu de lui-même qu’il était persuadé de réussir son entreprise. Dans son esprit, il allait de soit qu’une petite bourgeoise, quelconque, qui plus est orpheline, sans relations et qui venait d’arriver devait succomber aux charmes d’un très noble et très beau jeune homme, qui daignait poser les yeux sur sa petite existence. Cependant, le jeune homme surévaluait sa beauté et son air suffisant lui ôtait tout le charme au quel il aurait put prétendre. De plus il était d’une stupidité affligeante, que même son père était obligée de reconnaitre. Finalement son statu social il ne le possédait juste parce qu’il « s’était donné la peine de naître ». Mais, le jeune noble restait entêté et faisait la cour à cette jeune demoiselle qu’il méprisait et ne désirait point, dans le seul but d’accéder à son argent et de se l’approprier. Pour lui le chemin était directement tracé jusqu’à l’autel devant Monsieur le Curé et sans se fatiguer en plus. Après ce serait la belle vie, sa femme, il l’enverrait à la campagne, d’où elle ne pourrait l’enquiquiner et enfin il pourrait continuer sans contraintes la « belle vie », qui n’était que licence pour lui. Elix n’avait pas arrêté sa décision quant à ce jeune homme. Certes elle le trouvait méprisable à souhait, cependant un mariage assurerait d’une certaine façon sa sécurité et surtout sa tranquillité. Car une jeune demoiselle vivant seule en ville, cela commençait à faire jaser les commères qui se disaient noble et vertueuse. En effet dans leur esprit la convenance morale exigeait qu’un femme soit toujours sous l’autorité d’un homme. Ainsi une jeune demoiselle passait de l’autorité paternelle à l’autorité de son mari. Et même les vieilles filles qui avaient perdu leur père, passait sous l’autorité d’un cousin. Le cas d’Elix était exceptionnel, toute sa famille était entièrement disparu, il ne restait aucune famille proche ou éloignée vivante, ou alors il fallait remonter dans son arbre généalogique à plusieurs siècle, par conséquent Elix n’était soumise à aucune autorité que la sienne. Cependant le désir d’Elix était de passer le plus inaperçue possible dans sa classe sociale, ne pas faire de vagues, afin de pouvoir continuer son « activité ». Car la demoiselle était une chasseuse, comme l’avait été le reste des hommes de sa famille ( ce qui expliquait leur disparition) et s’y consacrait aussi pleinement qu’il lui était possible.

Elix ne put retenir un long soupire, le jeune homme lui lançait automatiquement un regard, les sourcils froncés. Ce soupir était anormal, elle devait ce réjouir et être même très excitée par la soirée à laquelle il l’amenait. Elix se rattrapa par un sourire angélique, lui disant :


-  Ce n’est rien mon ami, juste un peu de fatigue. Vous savez comment ma santé fragile me malmène... 

Puis elle lui pris le bras qu’on lui offrait pour avancer. En réalité la fatigue n’était nullement la cause de son soupir, mais plutôt l’ennui certain qu’allait lui procurer la soirée où elle allait se rendre. Afin de l’impressionner le jeune noble l’avait choisir pour l’accompagner à une soirée mondaine de la noblesse. Ainsi, il initiait Elix dans une cercle auquel elle n’aurait pu prétendre d’entré par son simple statu social. La soirée se déroulait au Queen’s Head, salon connu dans tout la ville comme étant le lieu de prédilection de la noblesse dorée de Londres, et par extension du Royaume Uni. Il s’agissait d’un lieu prestigieux, mais la demoiselle n’en avait que faire. Les soirée mondaine l’ennuyait au plus haut point et elle avait remarqué que plus le statu des invité était élevé et plus la soirée était barbante, vu la statu de ceux-ci Elix avait des raisons de la redouter. Le fait de devoir jouer un rôle toute la soirée et recevoir des remarques mesquines l’agaçait au plus haut point. Cependant elle ne pouvait s’y soustraire, car elle risquait ainsi de vexée l’ego surdimensionné de son courtisant, chose qu’il ne fallait point faire dans son intérêt, n’ayant pas arrêté de décision à son sujet.

Ils entrèrent de le hall, tout illuminé et décoré de dorures, de sculptures, de bas-relief et de miroirs. Le rendu était somptueux et la demoiselle elle-même était obligée de le reconnaître. Clou du spectacle ; le lustre en cristal qui ornait le plafond qui devait coûter horriblement cher, malheur à celui qui le briserait par mégardes. Enfin ils gravirent les marchent de l’escalier de marbre et arrivèrent devant la salle où se déroulait la réunion. Des rires et de la musiques en émanait, un maître d’hôtel, habillé de manière très distingué leur demanda leur nom, puis ouvra la porte annonçant d’une voix grave :

- Mr O’Cowen et Miss Wyton

Quelques regards se tournèrent vers les nouveau arrivant, il y eut quelques chuchotement, une rumeur se propagea, la demoiselle n’était point noble, il ne fallait point s’y intéresser. Puis elle cessa une fois que toute l’assemblée fut au courant. Le jeune homme présenta Elix à diverses personnes qui furent courtoise, mais si hypocrite. La demoiselle était loin d’être la bien venue en ces lieux. Cependant Elix n’en avait que faire, ces futilités ne l’atteignaient pas, l’ennuyaient juste. Prétextant qu’elle devait aller se repoudrer le nez, elle en profita pour s’ éclipser. Une fois sortie de la salle, sachant qu’elle ne manquait à personne, elle déambula dans les salle vide du Salon. Etrangement elles étaient presque vide et contrastaient énormément avec l’autre pièce. La demoiselle poussa des rideau de velours rouge et découvrit une baie, porte fenêtre qui ouvrait que un balcon de pierre. Elle s’y installa, assise sur la rambarde, malgré la robe ce qui relevait de l’exploit, profitant de la magnifique vue sur la Capitale Londonienne. Elle savait toute la noirceur qui se cachait derrière les rues mal éclairés de la ville. Cependant elle allait découvire que cette même noirceur était aussi présente dans les lieux lumineux, comme le Queen’s Head.
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Armando della Serata
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MessageSujet: Re: Soirée mondaine, soirée mortelle [Armando, Elix, Veronica] [09/03/42] Jeu 23 Aoû - 21:03

[HRP/ Premier RP d'Armando/HRP]

Il était tard. La nuit étirait ses longs doigts de suie sur la ville endormie. Malgré les nuages qui s’amoncelaient lentement pour former d'énormes masses gonflées d'eau et de poussière, quelques étoiles arrivaient à se frayer un chemin jusqu'à l'oeil humain.

Armando se tenait là, contre un muret de pierres froides, la tête levée vers la voûte céleste. Les mains flanquées dans les poches de son pantalon, noir comme ses cheveux d'ébène, il s'appuyait d'une jambe sur le dit-muret et songeait.
Il songeait à cet homme retrouvé éventré sous le pont de Londres la veille au soir. A ces marques sur son front et à l'étrange matière de son veston. C'était un étranger, pour sûr. Mais que faisait-il là ? Avec une simple boite d'allumettes dans la main, une flasque d'alcool dans une poche et un misérable bout de pain dans l'autre...Que voulait-il faire sous ce pont ? N'était-ce pas un simple clochard itinérant qui s'était malheureusement fait assassiné par un fou ? Les gens sont cruels avec les miséreux. Était-ce la victime d'un vol qui avait mal tourné ? Peu probable, il ne semblait pas avoir détenu un jour une quelconque richesse. Ce n'était pas le meurtre d'un Vampire ou d'un Loup-Garou, ce n'était pas un simple duel, encore moins un accident...
Armando réfléchissait à son enquête du moment. L'affaire lui avait été confiée il n'y avait qu'une bonne paire d'heures. Ses collègues avaient songé réussir à résoudre l'enquête sans lui mais à la fin de la journée ils avaient demandé au chef de section si ''l'As'' ne pouvait pas être mis sur le coup.
Armando ne supportait pas ce genre de situation. Le corps avait été déplacé, l'endroit piétiné...tout cela n'était qu'un travail d'ignares sans méthode ! Refuser de récupérer les missions gâchées par ses collègues commençait à le tenter. Mais qui résoudrait alors ce genre de problème ? Lequel de ces couards irait jusqu'au bout de l'affaire pour déterminer la vérité ? Cacher les soucis sous le tapis comme les miettes de son déjeuner était une manie chez eux. L'affaire serait classée, comme beaucoup d'autres et on ne se préoccuperait que d'enterrer le pauvre bougre à la va-vite. Armando soupira : ce n'était pas sa conception de la justice.


- Vous venez Monsieur della Serata ?

Un homme ventru, endimanché dans un costume fait sur-mesure brodé de fils carmins et or, lui faisait signe près de la porte d'un salon éclairé de mille feux. Armando releva la tête vers lui et donna un coup de tête dans sa direction pour l'inciter à entrer sans lui.

- J'arrive Jonathan, ne m'attendez pas. Fit-il d'une voix forte.

Son ton maussade ne fut pas relevé par son collègue qui s'empressa d'entrer dans le Queen's Head.

Salon parmi les salons, le Queen's Head rassemblait souvent la crème des crèmes de Londres et de ses environs. Ce soir, un bal était donné par le patron en l'honneur du colonel Felton, un fier combattant revenu des Indes où sévissaient en ce moment des rébellions de sauvages. Le fameux colonel n'attirait pas l'attention de tous avec ses récits rocambolesques, mais c'était l'occasion rêvée pour certains de courtiser dames et riches propriétaires afin de satisfaire leurs besoins lucratifs et politiques.
Armando soupira une nouvelle fois. Ses collègues, au nombre de trois ce soir, l'avaient convié malgré lui à ''honorer de sa présence'' ce salon bondé de monde où allaient se battre crevettes et fois gras pour le plus grand plaisir de ces incapables. Traîner ici au lieu de résoudre calmement son affaire enfermé dans sa chambre d’hôtel à l'Albany le torturait presque. A quoi bon s'adonner à ce genre de plaisir décalé alors que le temps devenait si précieux ? Pendant que certains allaient boire du vin de France et d'Italie, un autre attendait tout mortifié que l'on jette enfin son corps en terre et que l'on mette la main sur son assassin. C'était une situation qui insupportait l'agent.
Mais maintenant qu'il était là, il n'avait guère le choix. Prendre un fiacre, rentrer à l'hôtel et se remettre à travailler n'avait plus aucun sens depuis qu'il s'était changé et qu'il était monté dans la voiture avec ses collègues.

D'un pas raide, il se présenta donc à l'entrée du salon et pénétra dans son superbe hall. L'endroit était d'une magnificence particulièrement travaillée et tout reflétait le luxe, le pouvoir, l'hypocrisie. Le maître d'hôtel l'annonça comme tout le monde.


- Monsieur Della Serata Armando.

Armando entra ainsi dans le Queen's Head. Le regard dur, il salua d'un signe de tête ceux qui le saluaient à son entrée, c'est à dire d'illustres inconnus pour la plupart mais cependant relativement polis.
La première pièce, destinée aux collations mineures et aux danses, était bondée de monde. L'agent n'appréciait guère la foule et il se sentit étouffer dès son arrivée. Il aperçu au loin ses collègues en charmantes compagnies qui palabraient gaiement sans plus se soucier de sa présence ou son absence. Il allait les éviter, trop conscient que sa figure leur servait de faire-valoir dans ce genre d'occasion.
L'Italien passa ainsi dans la seconde pièce, plus petite et plus calme. Des gentlemen discutaient tranquillement d'argent et de femmes, sujets banals et machistes. Prenant garde à ne pas marcher sur le caniche d'une duchesse sur-poudrée, Armando s'éclipsa pour aller s'asseoir à l'autre bout de la pièce sur une banquette délaissée. Il attrapa une coupe de vin sur un plateau au passage ainsi qu'un toast. Installé, il entreprit d'analyser les personnes présentes dans la salle. En général, ce genre de soirée l'amusait un peu puis l'exaspérait au possible. L'étude des gestes d'autrui lui permettait habituellement de repérer les escrocs et les sournoiseries mondaines. Un regard, une mimique, un signe de main, une maladresse...tout était sujet d'observation. Mais ce soir, les invités étaient particulièrement ennuyants, autrement dit tous aussi hypocrites les uns que les autres, sans intérêt intellectuel pour lui.
Le toast avalé, la coupe à moitié vidée, il laissa son regard dévier vers le fond de la pièce. Un vase retint son attention. C'était une de ces poteries immenses dans lesquelles on ne peut rien mettre mais qui sert en elle-même pour elle-même. Concept ingrat pour la flore de la mise en pot du vide.
Armando se leva finalement pour déambuler au milieu des convives. Il rejoignit la première salle, passa dire quelques mots à ses collègues hilares des blagues d'un certain Von Platen et disparu à nouveau de leur champ de vision.

Il ne tenait plus en place.  

Observant les danseurs avec son deuxième verre à la main, un éclat émeraude attira son regard dans un coin de la pièce derrière les couples en mouvement. Il tira un peu le cou et aperçu alors une femme, dont la robe brillait d'un vert précieux, s'éclipser discrètement vers les pièces annexes du salon. Il était évident que ces dernières ne servaient pas dans cette réception. Qu'allait-elle donc faire par là ? Se re-poudrer ? Retrouver un amant ? Se reposer sur un canapé ? Qu'en savait-il ? Même si son esprit était vif, il ne pouvait pas lire dans les pensées.
L'attitude de la jeune femme n'avait rien de suspect en soit car il n'était pas rare qu'un convive s'éloigne des autres pour trouver une aire de calme et de fraîcheur. Mais Armando ne pu s'empêcher de songer à aller vérifier. C'était sa curiosité professionnelle qui le poussait à chercher le pourquoi du comment. Et si la jeune femme s'était sentie mal ? Peut-être qu'elle venait d'avoir un coup de chaud ? En tous cas, elle ne semblait pas accompagnée. Visiblement, personne ne chercha à la rejoindre volontairement. Il ne devait pas y avoir de rendez-vous convenu. Peut-être même qu'elle fuyait un amant un peu trop mauvais danseur ? Armando sourit à cette hypothèse. Un bon gros balourd qui marchait sur les souliers vernis, il y en avait une paire ici ! Et d'ailleurs ses collègues en étaient des beaux exemplaires ! Dignes, hauts-bourgeois, aristocrates et mauvais mangeurs, mauvais danseurs, mauvais charmeurs ! C'était amusant de ridicule.

Armando hésita. Il attendit un petit moment pour voir si la jeune femme n'allait pas revenir aussitôt mais il s'avéra qu'elle restait bien trop longtemps à son goût. Une voleuse d'argenterie déguisée en charmante bourgeoise peut-être ? Il avait déjà vu cela ! La méfiance était son premier atout dans son milieu.
Il se décida donc à bouger.

Laissant son verre vide sur une table basse, il traversa la salle de bal pour se rendre dans les pièces annexes à son tour. Lorsqu'il franchit la porte, discrètement, il jeta un regard alentours. Il n'y avait personne. La jeune femme s'était donc aventurée plus loin ? Lentement, Armando franchit une pièce puis une seconde avant d'arriver à un rideau pourpre resté entrouvert. Dans la fente que formaient les deux pans de tissu, il aperçu une silhouette appuyée sur un balcon de pierres.

Doucement, Armando écarta les rideaux et demanda :


- Mademoiselle ? Vous sentez-vous mal ?

Il s'approcha en souriant.

- N'ayez pas peur, je m'appelle Armando della Serata. Je vous ai vue emprunter ce chemin et je me demandais si tout allait bien...

L'Italien arriva à la hauteur de la jeune femme. Elle était petite comparée à lui et tout à fait charmante. Ses beau cheveux bruns magnifiaient son jeune visage.
Armando jeta un regard à la baie vitrée. Londres s'étendait sous eux. Où était donc son tueur ? Quelque part dans ces rues sombres et crasseuses ?


- La foule me fatigue...fit-il dans un murmure avant de s'appuyer lui aussi contre le balcon.

Le regard perdu, il soupira. Puis il sursauta soudainement en quittant sa position décontractée pour se redresser.


- Pardonnez-moi, miss, je me laisse aller !

Quelque peu gêné, il sourit à la jeune femme et jeta un nouveau regard sur Londres. Un silence se fit. Puis dans un murmure il reprit, les mains croisées:

- Londres la belle, Londres la cruelle...Une beauté fanée...Rose noire de tous les déboires...

Il avait prononcé ces quelques mots tout haut, comme perdu dans un songe.

- Je m'égare à nouveau...Excusez-moi...Fit-il en ramenant ses yeux obscurs dans ceux de la jeune femme.

Il lui sourit et se dirigea vers la salle principale.


- Souhaiteriez-vous prendre un verre pour vous rafraîchir?

Sans réellement attendre de réponse, parce qu'il considérait indécent de se trouver ainsi à l'écart avec une si jeune et jolie femme, Armando l'invita à le suivre. Il resta dans l’encadrement de la porte, entre les deux mondes: celui du silence et du recueillement, et celui de l'agitation mondaine.

- Vous venez?


Dernière édition par Armando della Serata le Sam 13 Juin - 21:26, édité 1 fois
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Veronica Newburry
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MessageSujet: Re: Soirée mondaine, soirée mortelle [Armando, Elix, Veronica] [09/03/42] Ven 24 Aoû - 15:10

En cette fin d’après-midi, un soleil exceptionnel brillait sur la plus grande ville du monde. Toutes les familles profitaient de cette aubaine pour un pique-nique au parc, les gentlemen paradaient sur leur chevaux ou en compagnie d’une jolie demoiselle, les élégantes se promenaient en fiacre, exhibant leurs dernières toilettes et rivalisant d’élégance derrière leurs ombrelles de dentelles qui créeaient d’étonnantes flasques de lumières sur leurs peaux laiteuses. Les enfants jouaient aux osselets ou couraient après un cerceau, lançaient des bâtons à leurs chiens ou regardaient les amoureux qui s’offraient une promenade sur le lac de Hyde Park. Mais, à l’Alchemist Room, repaire des alchimistes d’états, serviteurs de la Reine travaillant dans l’ombre et l’anonymat, l’heure n’était pas à l’amusement.

Véronica Newburry, une jeune femme fraîchement promue alchimiste d’état, qui avait passé avec brio le concours d’entrée, ruminait ses pensées, la tête dans les mains et les coudes posés sur le bureau. Elle jeta un regard à la petite pièce qui lui avait été attribuée en guise de lieu de travail. Tapissée en jaune pâle, le parquet propre et balayé nécessitait cependant un petit coup de cirage. Rien ne traînait par terre mais les étagères croulaient sous le poids des livres et des dossiers entassés là, qu’elle avait essayé de ranger sans grand succès. A côté de la porte, le mur était recouvert d’articles de journaux découpés à la va-vite, de feuilles de cahier arrachées et couvertes de griffonnages, de fils rouges qui reliaient plusieurs documents entre eux et de pentacles fantaisistes dessinés grossièrement. Le bureau, un vieux meuble en chêne patiné par le temps et l’usure, était relativement bien rangé. Un tas de feuilles et de dossiers trônait dans un coin, des stylos, crayons et autres outils étaient stockés dans une boîte en bois. A ce moment-là, un gros livre et un journal occupaient la place restante.

L’alchimiste soupira. Un homme avait été retrouvé éventré sous un pont. Mais il ne paraissait pas venir de la capitale. L’article dans le journal était très succin mais elle sentait qu’il y avait du louche dans cette affaire et surtout une désagréable impression de déjà vu. En rangeant les archives, elle était tombée sur un dossier datant de plus de vingt ans relatant la découverte du corps d’un alchimiste. Il avait été éventré, son front avait été couvert de stigmates et on ne lui avait retrouvé pour tous effets personnels qu’une boîte d’allumettes, un quignon de pain et une flasque de porto. C’était forcément une mise en scène… Comment un miséreux pouvait-il avoir du porto dans sa flasque ?! Quelque chose ne collait pas. Quelques temps après, on avait établi qu’il s’agissait d’un alchimiste étranger. L’affaire avait été étouffée et classée sans autre forme de procès. Mais pourquoi, vingt ans après, l’histoire se répétait-elle ? Quelqu’un se souvenant des détails sordides de l’affaire s’en était-il servi pour reproduire le crime à l’identique et brouiller les pistes ? Ou bien le tueur était-il de retour ? Quel lien y avait-il entre les deux hommes ? Il fallait qu’elle mène son enquête le plus discrètement possible. Les balourds incompétents de Scotland Yard chercheraient très certainement à lui mettre des bâtons dans les roues.

Complètement épuisée par sa journée de recherche, elle s’étira et commença à jouer avec un crayon, pour détendre son esprit. Un coup d’œil à l’horloge suisse récupérée dans un débarras et elle s’aperçut qu’il était déjà cinq heures. Si elle voulait se rendre au Queen’s Heads ce soir, il fallait qu’elle rentre chez elle maintenant. Précipitamment, elle rangea ses affaires, ferma son bureau à clé, adressa quelques mots polis aux collègues qu’elle croisa et sortit. Elle héla un fiacre qui la déposa chez elle. Durant le trajet, elle fixa son reflet dans la vitre, désabusée. Véronica n’était pas une femme laide, loin de là. Mais peu de gens trouvaient à leur goût ce visage qui était loin des beautés classiques en vogue. De plus, ses yeux verts et pétillants trahissaient sa nature espiègle qui déstabilisait et rendait interdit.
La jeune alchimiste était tout le contraire de ce qu’on pouvait attendre d’une femme. Vivace et curieuse alors qu’il aurait fallu être pondérée et diplomate. Indépendante et autonome au lieu d’être soumise à l’autorité d’un mari ou d’un frère. Maladroite lorsqu’on espérait du sens pratique, de la finesse et du doigté. Elle n’avait aucune des qualités requises pour faire une bonne épouse et s’en moquait d’ailleurs bien.

Le cab s’arrêta devant sa demeure et elle régla la course, ne manquant pas d’y rajouter un petit pourboire. Le sourire lumineux du chauffeur à son intention lui réchauffa le cœur. Elle ouvrit la porte et fut accueillie par le majordome, Walters, un quinquagénaire qui paraissait bien plus jeune que son âge réel. Il lui proposa de lui préparer un thé mais la jeune femme refusa poliment, préférant monter directement dans sa chambre. Sa femme de chambre, Maisie Walters, qu’elle appelait uniquement par son nom de famille, par respect pour son âge et à cause du fait qu’elle était mariée à son majordome, l’attendait.

C’était une femme d’environ quarante-cinq ans, légèrement enrobée mais au visage toujours souriant et à l’air débonnaire. Elle se comportait comme une mère avec Véronica et se rengorgeait de ses succès autant qu’elle la soutenait durant les coups durs. Elle fit mine de la disputer lorsqu’elle referma la porte.


- Voyons ! Vous êtes en retard !

Véronica rit de bon cœur et commença à défaire la robe vert pâle qu’elle portait. Sa femme de chambre l’y aida puis la fit asseoir à la coiffeuse. Elle défit le chignon de la jeune femme et brossa méticuleusement ses cheveux, raides et souples.

- Comment est-ce que je vais bien pouvoir vous coiffer… Ahlàlà, c’est vraiment pas de chance que vous ayez des cheveux comme cela ! Vous seriez tellement mieux avec des boucles.

- Et bien ? Nous avons un fer que je sache. Pourquoi ne vous en servez-vous pas ?

- Si vous étiez arrivée plus tôt, Mademoiselle, j’aurais pu envisager de l’utiliser mais maintenant c’est trop tard ! Voyons… Oh, oui, je sais ! Je vais vous tresser les cheveux.

Sans plus attendre, elle se mit à l’ouvrage. Elle tira les cheveux de la jeune femme en arrière et les tressa lentement, prenant soin de ne pas laisser échapper une seule mèche, avant de les réunir en un chignon haut et compliqué. Pour parachever l’ouvrage, elle fixa une tiare en argent très simple sur le devant de la coiffure. Visiblement très fière d’elle-même, elle alla ensuite chercher dans le dressing room une robe coupée à la dernière mode de Paris, en velours d’un violet profond, des bas de soie ainsi que les escarpins assortis. Elle étala précautionneusement les vêtements sur le lit et alla chercher un corset plus élaboré que la jeune alchimiste mettait seulement pour les grandes occasions et une parure en argent et améthystes du plus bel effet.

Les hommes ne se rendent pas souvent compte du temps et de la souffrance endurée par une femme pour mettre un corset. Et pour enfiler une robe de soirée. Plus le temps avançait, plus elles étaient complexes et ardues à passer. Le nombre de lacets, de tournures et autres fioritures étaient un vrai cauchemard pour les bonnes qui devaient les entretenir et assurer la tenue du tissus. C’était pour cela que Véronica préférait éviter les robes trop élaborées. Elle n’en restait pas moins élégante et, elle s’avoua secrètement que, ce soir là, devant la glace, elle se serait crue comme étant la plus belle femme du monde.

Encore deux ou trois recommandations et c’était le départ pour la soirée du Queen’s Heads. La jeune femme n’avait que très moyennement envie de s’y rendre mais elle devait penser à se faire des contacts dans la haute société. Son travail l’exigeait et Mrs Walters lui répétait assez régulièrement qu’elle avait besoin de plus d’amis. Si seulement… Elle avait beau faire tous les efforts du monde, les gens étaient rebutés par elle. Et elle ne se sentait pas prête à abandonner son originalité pour les beaux yeux de personnes qui ne l’attiraient que très moyennement. Comme il était facile de critiquer et de s’amuser aux dépens des autres !

Le fiacre la déposa devant le Queen’s Heads. Un salon à l’architecture très travaillée, qui en imposait de part sa taille et sa réputation. Il s’agissait d’un des Temples des hautes couches de la société Londonienne. Il alimentait mille et un récits qui lui prêtaient amours, passions, trahisons et corruptions. Plus aucune voiture n’était garée devant le parvis. Quand elle présenta sa carte, le maître d’hôtel haussa un sourcil mais ne laissa rien de plus trahir le fond de sa pensée, par politesse. Déjà, la jeune femme se sentait mal à l’aise. Elle était arrivée la dernière. En plus d’être une faute dont on lui tiendrait rigueur, cela signifiait que tous les regards se braqueraient sur elle. Elle détestait se faire dévisager comme une bête de foire. Soupirant, elle prit un air digne et détaché quand l’homme annonça :


- Miss Newburry.

La foule se figea un bref instant pour la regarder s’avancer au milieu des couleurs chatoyantes des soieries, de la dentelle et des fleurs aux parfums capiteux. Déjà, la musique reprenait une autre danse. Elle entendait mais faisait mine de ne pas y prêter attention. Plus loin dans la salle, un groupe de femmes élégamment vêtues parlaient ou plutôt médisaient, cachées derrière leurs éventails.

- Quelle inconvenance ! Se présenter à une fête, sans cavalier ni chaperon ! Et en dernier de surcroît ! Décidément, certaines personnes aiment bien se donner en spectacle !

- Que voulez-vous, ma chère, cette petite est décidément à part. Regardez-moi cet accoutrement… Elle se donne des airs de grande dame alors que ce n’est qu’une vulgaire roturière. Et orpheline, qui plus est.

- Oui, j’ai entendu ça. Il paraît qu’elle vit seule. Ni frère, ni cousin, ni oncle pour la prendre sous tutelle !

- Peut-être qu’elle n’en a pas. Mais je gagerai plutôt que le reste de sa famille a honte d’elle.

- Il y a de quoi ! Elle est tout à fait disgracieuse et ne possède strictement aucune qualité ! C’est à se demander si elle est vraiment une femme. Et elle a déjà plus de vingt ans…

- Inutile de dire qu’elle ne se mariera sans doute jamais. Elle est taillée pour devenir vieille fille ! Quel homme serait assez sensé pour vouloir l’épouser ? Ce serait la honte et la ruine !

- Et étrangère, avec ça ! Je crois me souvenir qu’elle a grandi au Pays de Galles… Ou en Écosse, je ne sais plus.

- Regardez-moi ce profil… Tout à fait affreux ! Plutôt mourir que d’avoir un jour une fille pareille sous mon toit ! Croyez-moi mesdames, c’est en laissant ce genre d’engeance pénétrer dans nos réceptions que l’Angleterre ira à la ruine !

Elles se cachèrent derrière leurs éventails pour glousser et continuer à décharger leurs propos chargés de fiel en toute impunité. Quant à Véronica, elle avait salué quelques vagues connaissances, essayé tant bien que mal de converser avec des jeunes femmes jusqu’à-ce qu’on lui fasse comprendre par des moyens détournés qu’il valait mieux qu’elle reste seule. Sans se départir de son sourire, elle s’assit sur un canapé et se laissa aller à la réflexion. Elle crut apercevoir, de loin, deux silhouettes sortant d’une salle annexe. Sans doute un couple qui avait décidé de s’isoler…


Dernière édition par Veronica Newburry le Jeu 9 Mai - 9:12, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Soirée mondaine, soirée mortelle [Armando, Elix, Veronica] [09/03/42] Sam 25 Aoû - 12:03

La demoiselle laissait son regard se perdre dans la noirceur de la cité. Il parcourait les rues obscures et exiguës, imaginant très facilement toute les scélératesses qui pouvaient y être commise à cet instant précis. Car elle avait l’habitude des ténèbres de la capitale, même si elle n’était là depuis quelques mois, ses longues nuit de chasse l’avait rendue familière à la noirceur humaine ou non-humaine. Maintenant elle se promenait dedans presque en maître des lieux, assurées par la factice possession qu’elle avait. Les hordes de gens de mauvaises vies qui formaient une partie du peuple de la nuit, elle les imaginaient très bien en cet instant vaquer à leur occupations nocturnes qui se répétaient inlassablement. Cela ne consistait en une seule chose, se rapprocher un peu plus chaque instant de la déchéance. Ils se noyaient tous littéralement, ce peuple de la nuit, dans la licence totale, dans le seul but commun de ne pas voir ou d’oublier ce qu’il avait aperçu par une simple brèche de l’existence. Tous tel qu’ils étaient, malgré leur tentative de se différencier derrière des classes sociales, couraient dans la même direction, criaient, d’un cri silencieux d’une même voix. Car il fallait qu’ils oublient leur insignifiante existence dans les illusions des plaisirs. Elix les imaginait en parcourant la ville de sa pensée, dans les tavernes glauques et malodorante, l’alcool payé alors qu’on ne pourrait pas payer demain la nourriture, les femmes qui vendaient du plaisir en même temps que de la vulgarité. Mais la demoiselle préférait se monde nocturne, plutôt qu’à la fausse lumière qui lui était imposé ce soir. Ce bal où ces gens s’éclairaient pour paraître comme dans le jour et se différencier du peuple de la nuit. Car au moins ceux qui croupissant dans les ténèbres étaient honnêtes, ils n’essayaient pas, eux, de cacher leur noirceur dans une grande mascarade ou tout le monde avait sa place grâce à une lumière factice. Elix de son balcon de pierre voyait tout cela, sentait tout cela. Mais elle comptait garder ce statut d’observateur, rester passive et ne jamais être tentée par la voie active.

Soudain quelqu’un la sortie brusquement de ses pensées. Elle y était si profondément plongée qu’elle en avait oublié le lieu où elle se trouvait. Elle se retourna vivement, ses instincts de chasseurs en alerte, regardant presque à la manière d’un chat sauvage celui qui avait osé la sortir de sa réflexion. Ses yeux émeraude scintillaient grâce aux lumières de la ville. Elle garda une expression de méfiance devant l’inconnu. Cependant elle était frustrée en même temps qu’intriguée. Frustrée que quelqu’un l’ai remarqué s’évaporer de la soirée, intriguée par le fait qu’il y réussisse et la suive. Chose plus étonnante encore il s’inquiétait pour elle. Il est vrai que son comportement dérogeait aux uses et coutumes des bals ; une femme s’absentait jamais aussi longtemps d’une telle réjouissance. Plus elle l’écoutait, sans rien répondre, le scrutant, l’évaluant de ses grands yeux vert, plus l’étrangeté de l’homme l’imposait à elle. Il semblait différent des gens auxquels elle pensait avoir affaire à cette soirée. Premièrement il était d’une stature et d’une corpulence beaucoup plus conséquente que les riches gros et gras nobles qui peuplaient le Bal. Elix avait noté ce détail au premier regard. Son « activité » lui avait permis d’apprendre à regarder, à voir réellement les choses. Elle voyait donc que le costume trois pièces que portait l’homme avait du mal à dissimuler complétement une musculature, qui indiquait une certaine force physique. De plus cette impression était redoublée par la taille de l’homme ; Elix devait les yeux plus haut que d’habitude pour pouvoir voir son visage. Visage qui portait des traits étrangers, elle ne savait pas de quel pays exactement, mais l’homme portait les traits méditerranéen. Cette caractéristique fut confirmée par le nom donné, Armando della Serate, nom à forte consonance étrangère. Deuxièmement son état d’esprit était lui aussi très exotique par rapport au lieu. Les paroles qu’il laissait échapper presque par mégarde, dans un moment d’abandon, étaient étranges, ne collaient pas à la personnalité qu’il devrait avoir. En effet il aurait dû raffoler de la foule, aimer se monter comme les autres paons obèses qui faisaient la roue dans la salle de Bal. Enfin le dernier égarement surpassait largement l’autre par son étrangeté. L’homme devenait poète, mais pas le poète lyrique, romantique, qui chantait la beauté d’une nature imaginaire, pleine de niaiserie. Au contraire il évoquait Londres, telle qu’elle était, sans inventer, sensible à son charme naturel, envoutant de danger. Cette évocation correspondait avec la vision qu’avait Elix de la ville et la demoiselle commença sérieusement à penser que la soirée ne serait pas , si ennuyante que cela après tout.

L’homme avait réussi à éveiller son intérêt. Elix avait envie d’en savoir plus sur lui, ils allaient donc jouer cette nuit, comme le chat et la souri, reste à savoir qui serait le chat, et la souri. La demoiselle supposait aussi que l’homme l’avait trouvée intrigante, à moins qu’il ait fait preuve d’une extrême politesse pour l’inviter à danser. Elle évaluait comme à son habitude les pour et les contre, avec son imployable logique. Il avait très peu de chance que l’homme soit au courant de son « activité », qui le serait d’ailleurs, qui en douterais en voyait la frêle jeune fille à la santé fragile qu’était Elix, jouer avec lui ne représentait donc pas un très grand risque. De plus il allait se montrer divertissant, enfin plus que son noble et stupide courtisant, et permettrait à la demoiselle d’échapper à l’intolérable compagnie que représentait ce dernier pour elle. Pour la première fois les lèvres d’Elix s’entrouvrirent pour laisser échapper un son. Elle se dirigeait vers la baie abandonnant son poste d’observation et de rêverie, tournant légèrement la tête vers l’homme un sourire malicieux aux lèvres.


-Vous invitez une jeune demoiselle sans même connaître son nom ni sa situation. Vous êtes bien hardi Monsieur Della Serata.

Puis elle tendit sa main vers lui avec toute la grâce que les bonnes manières lui avaient inculquée.

-Soit, aux risques et périls pour vos pieds ; je suis mauvaise danseuses, votre hardiesse sera punie.

Il est vrai que l’éducation de la jeune fille avait été plus tournée vers l’escrime et le maniement des armes que la danse. Pour la première fois cela lui faisait défaut.
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Armando della Serata
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MessageSujet: Re: Soirée mondaine, soirée mortelle [Armando, Elix, Veronica] [09/03/42] Sam 25 Aoû - 19:35

Londres le faisait rêver en même temps qu'elle hantait ses cauchemars les plus secrets. Armando était de ceux qui ne pouvaient apprécier la capitale uniquement pour sa réputation mondaine et scientifique, ni pour ses lumières, ses spectacles ou sa reine-soleil. Il était-là pour une histoire sordide : l'enlèvement de sa sœur. Il était là pour exercer un métier sordide : traquer les plus grands criminels de la région. Tout son univers, à Londres, était aussi sombre que ses rues décrépies et ses quartiers infâmes. Il marchait dans le sang des victimes, il goûtait au faste des crimes derrière le faste des soirées aristocratiques et bourgeoises.
Cette vue d'ensemble, sur ce balcon de pierre, donnait à la ville tout son cachet morbide. La cruelle mission qu'il devait remplir errait dans l'obscurité de ces bâtiments rongés par la suie et la débauche. Armando y voyait son Salut en même temps que sa condamnation éternelle. Seule l'idée que sa sœur puisse encore être vivante le poussait à se battre encore. Il aimait la justice et la chérirait toujours, bannissant la violence inutile, la mort injustifiée et la misère sociale. Même s'il ne pouvait évidemment pas être partout à la fois, même si son champ d'action se limitait surtout aux assassins, il espérait toujours rendre service au maximum de citoyens. Pour sa sœur, pour lui-même et la ville. Il voulait se sentir utile.

Lorsqu'il quitta des yeux la baie vitrée pour ramener son attention sur la jeune femme qu'il venait de rencontrer, c'était comme s'il revenait dans la réalité, enfin...la fiction pour être exact, puisque la réalité il venait de la décrire en quelques mots murmurés sous les étoiles tandis que la mascarade qui se jouait une nouvelle fois ce soir n'était-là que pour l'oublier. Lorsqu'il tendit sa main vers la belle, Armando craignit en son fort intérieur qu'elle ne refuse son invitation. Il n'était pas là pour courtiser, contrairement à ses collègues, mais un tel refus l'aurait tout de même certainement gêné. Heureusement, la jeune femme l'accueillit avec un sourire, une fois l'émotion de la rencontre passée. Elle rit de sa « hardiesse » et répondit à son geste avec élégance et une certaine pointe d'humour qui n'était pas sans plaire à l'Italien.

Armando lui sourit en prenant sa main pour la passer sous son bras afin de l'emmener avec lui.


- Je ne sais si ma hardiesse sera à la hauteur de la vôtre qui accepte ainsi mon bras avec un si joli sourire. Répondit-il en riant. J'ai bien peur que ce ne soit moi qui vous marche dessus le premier...

Passant la grande porte pour regagner la salle principale du salon, l'agent conduisit la jeune femme vers la piste de danse tout en entretenant la conversation.

- Ne vous en faites pas, je suis aussi piètre danseur que poète.

C'était une valse. En soit, Armando n'avait pas apprit à dansé dans sa jeunesse. Sa mère l'avait un peu aidé mais il avait passé plus de temps avec son précepteur à étudier mathématiques, langues et maniement du couteau que les pas rythmés des danses à la mode. Cependant, il n'était pas si mauvais danseur que cela. En France, malgré sa situation et le retrait de sa famille dans l'ombre, il avait dû se fondre dans la masse des bourgeois et se faire à leurs coutumes. Il avait fréquenté des bals et des salons, comme un devoir social à remplir et il avait bien dû s'adapter et donc apprendre sur le tas.
Entamant la danse nouvellement commencée, entraîna la jeune femme au milieu des autres couples. Souriant, il continua la conversation :


- Il est vrai que vous ne m’ayez pas donné votre nom, aussi ne l'ais-je point demandé, cela est peut-être une erreur de ma part ?

Ses yeux d'une profondeur sans égale fixèrent ceux de la belle qui brillaient de mille éclats sous les chandelles du lustre principal. Cela faisait longtemps qu'Armando ne s'était pas retrouvé dans une pareille situation. La galanterie était innée chez lui mais pas habituelle. Il travaillait trop pour se préoccuper de la gente féminine. Sa priorité était de terminer ses enquêtes au plus vite et de continuer à rechercher sa sœur. Il était devenu rare qu'il fréquente ce genre de lieu. Pour lui c'était devenu un synonyme de « perte de temps ».

- Comment dois-je vous appeler my lady ? Demanda-t-il en enchaînant les pas au rythme des violons.

Plutôt silencieux dans l'ensemble, Armando conduisit la jeune femme d'un bout à l'autre de la salle sans se tromper une seule fois dans ses mouvements. Il appréciait cette charmante compagnie. Finalement, danser lui faisait un peu oublier son enquête. Ses collègues n'arrêtaient pas de le chamailler pour qu'il se détende un peu. Ils disaient qu'à force de travailler comme un damné il le finirait, damné. La plupart de ces derniers étaient plus jeunes que lui de quelques années. Lui, il était dans une trentaine qui ne se ressentait certes pas au niveau de son physique mais bien dans sa façon de concevoir le monde. Armando était un homme mûr. Il était temps qu'il se trouve une femme. La société voulait qu'il soit déjà posé et maître d'un ménage. Mais cette idée ne lui avait tout simplement jamais traversé l'esprit. Il était trop concentré sur son travail et son indépendance pour imaginer ne serait-ce qu'une seconde à prendre épouse et à perpétuer le nom des Serata. Sa sœur l'obsédait et ses enquêtes aussi.

Alors qu'il se concentrait sur ses pas et qu'il prenait soin de gérer la danse avec la jeune femme émeraude, il réalisa soudainement qu'il s'éloignait de la piste. Redressant le tir, il ramena la belle vers les autres couples.
Cependant, tandis qu'ils s'étaient trouvés un peut trop prêts des convives occupés à boire et discuter plutôt qu'à danser, Armando avait saisi quelques brides de conversation. Un groupe de femmes gloussait, les visages cachés derrières des éventails colorés. Il entendit distinctement quelques médisances acharnées. Les femmes étaient bien méchantes entres-elles, pensait-il. Toujours à dire tout haut ce qu'elles pensaient, dû-t-elles blesser l'amour propre d'autrui. Un instant, Armando eu peur que les commères ne soient en train de malmener le portrait de sa nouvelle connaissance. En tendant l'oreille, il comprit bien vite qu'il s'était fait des idées et qu'elles étaient en train de critiquer une nouvelle arrivée. D'un coup d'oeil fugace, l'Italien saisit l'occasion de regarder dans la direction qu'elles pointaient sans grande discrétion. Une jeune femme vêtue de violet venait de s'asseoir sur un divan. Elle était seule, c'était en partie ce que lui reprochaient le groupe de dindes qui jacassaient. L'éclat de son diadème attira l'oeil de l'agent. C'était un beau bijoux qui donnait à sa coiffure tirée une touche d'élégance supplémentaire.

La danse l’entraîna plus loin et Armando reporta son attention sur sa partenaire.


- Êtes-vous venue seule ? Demanda-t-il aimablement avec un sourire. Je ne voudrais pas vous soustraire à un autre...

Les codes sociaux empêchaient l'agent de faire ce qu'il voulait. Il ne pouvait pas demander à sa partenaire si elle souhaitait venir avec lui saluer cette nouvelle arrivée, cela serait immédiatement perçu comme un outrage dans le sens où cela signifiait qu'il regardait d'autres femmes alors qu'il dansait en sa compagnie. Mais la médisance du groupe de femmes qu'ils venaient de croiser l'avaient assez piqué pour qu'il se sente d'humeur à leur montrer que la jeune femme n'était ni « disgrâcieuse », ni la future « ruine de l'Angleterre ». Tenir pareils propos sous prétexte que la belle était seule et qu'elle n'était pas aussi poudrée qu'elle, qui ne ressemblaient plus guère à autre chose qu'à des sac de farine, était, à son avis, la manifestation pur et simple de leur orgueil mal placé. Armando n'aimait pas la méchanceté gratuite.

Mais comment allier ces deux jeunes femmes sans paraître déplacé ? Nul doute qu'on le prendrait pour un opportuniste qui profite de la solitude des deux jeunes femmes pour s'en approcher et peut-être chercher à les courtiser. Même s'il était loin d'avoir ce genre de réputation, la scène qu'il venait de voir rappelait assez bien la mentalité de l'époque. Et ses collègues ne manqueraient d'ailleurs pas de le charrier avec questions et plaisanteries disproportionnées.

La danse se termina. Armando hésita. Puis il se résolu à passer outre les règles. Après tout, il n'était pas là pour faire bonne figure. Il avait été entraîné malgré-lui, grand bien lui fasse à présent ! Il partait du principe que les ragots pouvaient bien se décupler du moment qu'il savait que lui-même n'avait rien à se reprocher.
Après une petite courbette dans les formes, l'Italien entraîna sa partenaire vers un plateau de boissons.


- Puis-je vous proposer un verre ? Fit-il en attrapant une coupe de vin rouge pour la jeune femme avant d'en prendre un pour lui.

Puis, mine de rien, il la convia à venir s'asseoir sur le canapé où la nouvelle arrivée avait décidé de se poser. Après avoir assise sa partenaire en la tenant par la main afin qu'elle soit à son aise avec sa robe, il s'excusa auprès de la jeune femme en violet.


- Bonsoir...Excusez-nous, j'espère que l'on ne vous dérange pas ? Lui fit-il d'un ton agréable.

Il allait s'asseoir entre les deux jeunes femmes lorsqu'il se ravisa. C'était trop brusque.


- Ho ! Veuillez me pardonner, fit-il en se redressant, je n'ai plus le sens des bonnes manières ! Je vois que vous n'avez rien à boire mademoiselle...Souhaitez-vous prendre ma coupe ? C'est du vin italien d'après la fragrance.

Tendant le verre à la jeune femme, il fit signe à un commis de lui amener un autre verre.

- Allons, prenez-le, je n'ai pas encore bu dedans, je n'oserais pas vous le proposer sinon. Continua-t-il en souriant.

Se tournant vers sa partenaire, il s'assied dans un fauteuil en face du canapé et leva son verre pour les deux jeunes femmes.


- A tous ces badauds déguisés en tapisserie pour châteaux ! Fit-il d'une voix forte avant de boire son verre d'une traite et de le reposer sur la petite table entre-eux trois.

Armando s'était lâché. Il n'allait pas jouer la carte de la vulgarité mais il n'allait pas non plus jouer celle de la mondanité hypocrite. La sincérité allait être son cheval de guerre ce soir. Ses collègues allaient payer le prix de cette mascarade. Même s'il venait de prendre le risque de mettre mal à l'aise les deux jeunes femmes, voire de se prendre une gifle, au moins il allait savoir s'il avait eu le nez fin : pour lui, ces deux jeunes femmes avaient des soucis majeurs qu'elles ne pouvaient exprimer à cause de l'environnement qui était le leur. Les soutenir en marquant nettement qu'il était tout aussi détaché qu'elles dans ce genre de soiré allait peut-être délier leur langues ? Quitte à passer pour un homme étrange et décalé, au moins aurait-il pu réussir à égayer leur soirée.
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Veronica Newburry
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MessageSujet: Re: Soirée mondaine, soirée mortelle [Armando, Elix, Veronica] [09/03/42] Dim 26 Aoû - 14:02

Véronica voguait vers des contrées lointaines en cet instant. Dans le jardin de cette salle de bal où les corolles de soieries de mille et une couleurs chatoyantes froufroutaient sagement au son de la musique raffinée qui résonnait dans l’air, elle se faisait l’effet d’une mauvaise herbe. Belle à sa manière, pleine d’originalité mais néfaste pour les fleurs délicates et extrêmement dure à déraciner. Nul doute qu’avec le temps, une bonne âme charitable s’emploierait à cette basse besogne et trouverait un moyen de l’écarter de cette beauté qu’elle ternissait.

Ce bal lui faisait l’effet d’un carnaval grotesque. Où était cachée la vraie beauté ? Certainement pas derrière cette poudre blanche et ce rouge à lèvres qui gâchaient le corps et flétrissaient la peau. Quant à la beauté de l’âme… Il était clair que la plupart de ces hommes et femmes tous fiers du luxe dans lequel ils vivaient et qui ne voulaient pas poser, ne serait-ce qu’un regard compatissant sur les autres seraient tous voués à une vie misérable dans l’autre monde.
L’absurdité de l’aristocratie la rendait folle. Les vrais amis n’existaient pas dans ce milieu. On se contentait de paroles polies et plus ou moins sincères, on se taisait, on s’offusquait facilement et, surtout, on médisait. Après les liaisons en dehors du mariage, la médisance était bien l’activité préférée des femmes fortunées. Les réputations se détruisaient aussi facilement qu’un château de cartes. Quelques mots seulement et vous pouviez vous retrouver au ban de la société du jour au lendemain. Un décès dans des circonstances mystérieuses, des origines floues, une absence de titre… Tous les prétextes étaient bons.

En soi, la jeune Alchimiste ne s’en souciait qu’à moitié. Hormis quelques exceptions dues à des collègues de travail ainsi que les énormes fêtes comme celle-ci qui regroupaient à peu près toute la haute bourgeoisie de la capitale, jamais elle ne recevait d’invitations. Un mal pour un bien, s’était-elle dit. Ces évènements étaient pour elle d’un ennui mortel.

Ce fut quand le doux son des violons retentit à son oreille qu’elle regretta sa présence en ce lieu. Les trois battements réguliers d’une valse familière cadençaient les pas des danseurs. Véronica retint un soupir de déception. C’était sa danse préférée, celle qui lui avait fait passer des heures entières avec sa mère et un précepteur, jusqu’à-ce qu’elle connaisse les gestes à la perfection. Évidemment, personne ne l’avait invitée à virevolter parmi les autres sur le parquet ciré. Son regard profond fixa un instant le sol. Puis elle se força à penser à autre chose. Après tout, ce n’était qu’une valse… Et mieux valait ne pas danser qu’être invitée par un gros lourdeau qui lui aurait marché dessus sans vergogne.

L’image de l’homme assassiné sous le pont, qu’elle n’avait pu qu’imaginer et reconstituer à partir des quelques rares éléments disséminés dans la presse, s’imposa à son esprit. Comment allait-elle pouvoir résoudre ce crime à partir de quelques dossiers d’archives ? Le corps avait déjà été déplacé et jamais elle ne pourrait le voir. Elle était une femme… Et elle doutait que son statut d’Alchimiste d’état lui ouvrirait les portes de la morgue. Les membres de son ordre se devaient de travailler dans l’ombre. Et les policiers, toujours aussi ombrageux, n’apprécieraient guère qu’un étranger au service ne vienne se mêler de leurs affaires. Sans un mandat signé de la reine, elle ne pouvait rien faire. Et la souveraine n’accordait certainement pas ce privilège à la première bleusaille venue. Elle était coincée. Mais si elle abandonnait, qui résoudrait ce mystère dans sa totalité ?

Alors qu’elle relevait la tête, elle aperçut un couple qui venait dans sa direction. L’homme était très grand et très élégant dans son costume noir. Elle nota qu’il portait une cravate au lieu d’un nœud papillon. Un détail que certains auraient condamné mais qu’elle trouva des plus seyants. Son visage était indéniablement charmant. Il devait avoir la trentaine ou un peu moins. Ses yeux aussi sombres que la nuit, cependant, semblaient cacher de sombres secrets. La jeune fille qui l’accompagnait était encore une enfant. Elle devait avoir à peine plus de seize ans. Elle n’en était pas moins resplendissante dans sa robe verte qui faisait ressortir ses yeux. Sa peau pâle et ses cheveux bouclés lui donnaient un air de poupée ancienne. Son absence quasiment totale de poitrine lui donnait un côté enfantin étrange et décalé. Elle était tout bonnement fascinante.
Ils n’étaient probablement pas liés par le sang ; rien dans leurs physionomies respectives n’était semblable. Il était plus probable que l’homme tentait de la séduire. Elle devait avoir une foule de prétendants… Un instant, elle crut ressentir une pointe de jalousie mais cela ne dura pas.

À sa grande surprise, il fit asseoir la jeune femme à l’autre bout du divan en s’excusant auprès d’elle. Elle lui adressa un sourire lumineux ainsi qu’à la jeune fille avant de le rassurer d’un signe de main.


- Oh mais pas du tout ! Mettez-vous à votre aise monsieur !

Elle faillit remarquer en toute innocence qu’ils ne devaient plus avoir grand chose à perdre aux yeux de la société pour accepter de s’asseoir en sa compagnie mais elle trouva que ç’aurait été affreusement déplacé de sa part.

L’homme faillit s’asseoir enter les deux femmes mais se ravisa. Les langues de vipères auraient encore jasé. Il lui proposa ensuite son verre, remarquant qu’elle n’avait rien à boire. Du vin italien, apparemment.


- Ne vous donnez pas cette peine, je…

Déjà, il allait chercher une autre coupe, lui assurant qu’il n’avait pas bu dedans. Elle en sourit et laissa son regard se perdre dans le liquide d’un rouge des plus profonds. Elle ne buvait pas vraiment beaucoup de vin chez elle, préférant de loin le thé et l’eau. La plupart du temps, elle trouvait le breuvage trop fort et amer. Mais celui-ci, à l’odeur tout du moins, avait l’air d’être très doux et sucré.

- Vous êtes bien aimable. Lui dit-elle en souriant.

Il s’assit sur un fauteuil en face d’elle et trinqua avec une remarque déplacée mais terriblement drôle. Un rire clair s’échappa de sa gorge, sans qu’elle puisse le retenir. Elle leva son verre à son tour pour poursuivre sur un ton plus bas et secret.

- Et à toutes ces demoiselles qui n’ont d’égal que les sacs du meunier !

Sur ces joyeuses paroles, elle but une petite gorgée du liquide. C’était bien ce qu’elle pensait, le vin était fin et glissait tout seul dans la gorge. Les alcools forts n’étaient jamais servis en présence de femmes. De sa main gantée, elle reposa le verre sur la table en bois laqué et regarda tour à tour ses nouveaux compagnons, essayant d’en discerner le maximum sans leur poser de questions. La jeune femme avait un physique très anglais, quoiqu’elle possédât un petit quelque chose étranger qu’elle n’arrivait pas à cerner. L’homme, quant à lui, disposait d’un charme et d’une sensibilité dans les traits du visage qui étaient peu communs aux Britanniques. Tout comme ses cheveux noirs… Elle se dit qu’il devait avoir du sang espagnol ou italien dans les veines.
Elle réalisa alors qu’ils ne s’étaient toujours pas présentés. Sans se soucier de la convenance, elle prit les devants, agréable et polie.


- Je m’appelle Véronica Newburry.

Son regard navigua dans la salle de bal, s’arrêtant de temps en temps sur les gens qui s’y trouvaient. A la fois tous semblables et tous différents. Bien que leur physionomies et leurs habits différaient, leurs airs supérieurs restaient les mêmes. Les hommes discutaient en se donnant des airs importants et en jetant des coups d’œil lubriques à quelques jeunes pouliches qui gloussaient derrière leurs éventails pleins de plumes et de broderies en lançant des regards adorables aux beaux jeunes hommes qui passaient. Est-ce que c’était ça qui résumait la vie d’un noble ? Naître dans des draps de soie, grandir avec un troupeau de domestiques à ses pieds, se marier, fonder une famille, participer à la vie mondaine ? Ils devaient s’ennuyer à mourir…

Dans un coin de la pièce, un homme barbu qui se donnait des airs semblait en plein récit. Il était entouré d’un petit groupe de personnes plus ou moins fascinées par ce qu’il racontait. Il devait s’agir du colonel Felton, le fameux vétéran en l’honneur duquel on donnait cette soirée.


- Quel dommage que personne ne prête attention au récit du Colonel… Je suis sûre que l’Inde est un pays fascinant. Avez-vous déjà voyagé ? J’aimerais aller partout… Vous savez, je pense que dans quelques années, nous pourrons mettre au point des moyens de transport qui pourront nous permettre de faire le tour du monde !

Le ton de la jeune femme était vif et elle respirait l’enthousiasme. Ses yeux pétillaient à l’idée qu’elle évoquait, sans faux-semblants ou arrières pensées. Puis elle se reprit, soudain consciente que cela pouvait paraître mal placé.

- Excusez-moi. Je ferais mieux de parler de sujets bien comme il faut comme le Théâtre ou les dernières fiançailles en date…

Elle sourit, gênée et regarda autour d’eux. Un homme regardait dans leur direction avec insistance. Il avait l’air visiblement très remonté. Elle ne le connaissait pas mais ne pouvait pas pour autant déterminer qui de la jeune fille ou de l’homme il regardait. Elle regarda discrètement dans sa direction avant de demander :

- Il y a un jeune homme là-bas qui a l’air très remonté… Est-ce que l’un de vous le connaît ? Il n’a pas dévié le regard depuis tout à l’heure…


Dernière édition par Veronica Newburry le Jeu 9 Mai - 9:11, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Soirée mondaine, soirée mortelle [Armando, Elix, Veronica] [09/03/42] Lun 8 Oct - 21:08


[HRP/ Je joue Elix pour débloquer le RP/HRP]

Elix ne s'était pas attendue à tant de galanterie venant d'un homme, ou du moins sous cette forme simple et agréable. Ce soir elle s'était attendu à une morne danse avec son ami, un échange de mots doux avec ce dernier qui l'avait en vue...Elle n'avait pas la tête à se laisser courtiser par un autre, déjà que cet homme-là l’écœurait presque dans ses méthodes pour avoir accès à sa fortune plutôt qu'à son coeur...Mais le devoir était le devoir...Elle ne pouvait y couper. Il lui fallait songer un jour à sa descendance et elle avait un certain statut social à respecter. Une femme sans mari, à son âge, commençait à devenir gênante.

Cependant, depuis qu'elle était entrée, elle s'était sentie étouffée par cette atmosphère hypocrite et lâche. Elle s'était d'ailleurs finalement éloignée de l'ambiance du salon pour éviter la foule, les gentlemen, son ami quelque peu pressant. Ce n'était peut-être pas encore l'heure pour elle de jouer la carte de la société...

Puis elle avait rencontré cet Armando qui s'était inquiété de son état. Étrangement, contrairement à ce que la bienséance aurait souhaité dans son cas, elle accepta la proposition de l'Italien. Il rirent tout deux au sujet de leurs piètres pas de danse et retournèrent dans la salle de bal en se tenant par le bras comme la coutume galante le dictait toujours.

La valse était donnée. Ils dansèrent, aimablement, sans trop s'approcher, restant dans les normes habituelles de ce type de danse. Puis Armando lui demanda son prénom.


- Vous dansez bien, monsieur della Serata...Mieux que vous ne laissiez paraître par vos paroles...fit-elle en souriant. Elix Wyton...continua-t-elle en plantant ses deux yeux dans les siens. C'est ainsi que je me nomme.

Un sourire revint éclairer son jeune visage.

La danse une fois terminée, Armando l'invita à prendre un verre. Elix le suivit, esquivant au passage les regards de son ami qu'elle sentait braqués sur elle. Il fallait qu'elle prenne l'air naturellement mondain que portaient toutes les femmes alentour, non pas quelle paraisse plus joyeuse qu'à son bras à lui, sinon elle risquait une esclandre.
Stressée, elle accepta le verre que lui tendait l'Italien malgré elle et alla s'asseoir avec lui près d'une jeune femme. Armando aborda celle-ci avec un ton joyeux pour lui demander la permission de s'asseoir. Elix en fut un peu amusée. Bientôt, la jeune femme les avait rejoint dans leur conversation.

Armando était un homme qui semblait se démarquer des autres. Élégant, courtois et plaisant, il donnait l'impression d'être, en plus de ces qualités, libre et sincère. Sa poésie sur le balcon, cette phrase à la santé des hypocrite...il osait franchir les limites sociales en donnant l'impression de rester dans les normes. C'était incroyablement subtile, drôle et entraînant.

Mademoiselle Véronica fit soudainement allusion à son ami qui la toisait maintenant avec colère. Revenant de ses lointaines pensées, abandonnant ses rêves d'affranchissement, Elix se leva sans plus attendre. Elle devait éviter Armando, il ne fallait pas de scandale à son nom, surtout pas dans ce genre de lieu.


- Mademoiselle Newburry, monsieur della Serata, fit-elle avec une courbette, je me dois d'abandonner cette agréable conversation...

Son regard triste croisa celui d'Armando.

- Je ne suis pas venue seule...Excusez-moi...J'espère...que vous ne m'en tiendrez pas quelques griefs.

Elix se retira pour retourner avec son compagnon de départ. Elle devait sauver les apparences, malgré elle.
Au fond d'elle-même, la jeune femme se sentait stupide d'avoir laissé cet homme l'entrainer dans la danse. Elle trouvait son ami soudainement insipide...Cette soirée allait donc se passer comme elle l'avait pensé à premier abord: avec un ennui mortel...


> Jirômaru Keisuke <

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Armando della Serata
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MessageSujet: Re: Soirée mondaine, soirée mortelle [Armando, Elix, Veronica] [09/03/42] Mer 17 Oct - 0:53

Ils étaient installés, le vin était bon, la musique tout à fait agréable. Armando appréciait cet instant de pause. La danse avec Elix ne l'avait certes pas fatigué pour un pence, mais il préférait toujours, malgré sa nervosité intellectuelle liée à son métier, rester assis dans un coin plutôt que de se mêler à une foule en mouvement. Cela lui permettait d'optimiser sa capacité observationnelle et de capter des détails dans les attitudes d'autrui d'une façon plus panoramique. Et puis, en charmante compagnie, loin de ses collègues, il ne pouvait rêver mieux en cet instant dans pareil endroit, si ce n'était d'être seul avec un bon thé, dans son bureau à l’hôtel, pour démêler son affaire en cours.

Ils étaient trois puisqu'Armando avait inclus dans leur soirée une jeune femme qu'il venait de trouver seule sur un canapé. A trois donc, ils trinquèrent à des choses farfelues avec leur nouvelle compagnie qui sembla se prendre au jeu immédiatement. Armando lui sourit d'un air presque reconnaissant et rit gentiment à son histoire de sacs de meunier. L'Italien bu d'un trait la moitié de son verre et reporta son attention sur Elix qui lui avait enfin donné son nom à la fin de la danse.


- Elix...Elix...fit-il comme pour songer. C'est un joli prénom mademoiselle, si vous me permettez cette flatterie. D'ailleurs, je ne me contenterai pas d'une seule flatterie ce soir, pardonnez mon offense si vous la considérez ainsi mais...

Il souleva son pied pour désigner ses bottes vernies.

- Voyez ! Je ne trouve pas de trace de votre soulier : vous dansez donc très bien.

Ses yeux brillèrent d'une lueur amusée. Puis il ramena son attention sur la jeune femme qui les accompagnait désormais. Elle se présenta d'elle-même.

- Enchanté mademoiselle Newburry, fit aussitôt Armando en levant son verre, sans toutefois un entrain trop excessif.

La jeune femme semblait perturbée par le manque d'attention dont faisait preuve la foule face au colonel tout droit revenu des Indes. Armando fit une moue congestionnée.


- Qu'il ai maté quelques sauvages en rage, passe encore, mais ses histoires de tigres et de panthères, de cannibales et de trésors...Je comprends que l'on puisse éviter ses discours farfelus.

Véronica semblait passionnée des voyages, voilà pourquoi elle montrait tant d'intérêt pour un homme aussi prétentieux. Elle n'était pas à blâmer pour cela, au contraire, avoir soif d'aventure était une qualité, d'après Armando, si elle était correctement employée, sans d'excès dangereux de curiosité, évidemment. Avait-il voyagé lui-même ? Oui, mais peu, il n'en avait jamais réellement pris le temps et maintenant qu'il y songeait c'était dommage. Véronica sembla soudainement honteuse de partir dans des délires rêvés de véhicules.

Mais bientôt, alors qu'Armando souriait à la jeune femme qui portait des lunettes prêt à lui répondre sur un ton enjoué, Elix se sentit sur le départ. Apparemment, ce qui l'avait bien éloigné de la réception, ce qui l'avait poussée à se réfugier sur le balcon et à accepter sa compagnie, c'était cet homme qui la dévisageait de loin et que Véronica venait habilement de remarquer. Cela faisait un moment qu'Armando l'avait repéré mais il l'avait tout bonnement ignoré afin d'éviter un conflit. Il valait mieux jouer les innocents plutôt que de répondre à de pareils regards noirs. Etait-il jaloux ? Véronica était-elle sa compagne ? Armando s'était posé maintes questions sans chercher à y répondre. Les banalités des duels mondains et des amours de salon ne l'intéressait absolument pas. Cependant, lorsqu'Elix se leva pour s'excuser et retourner auprès de lui, Armando fronça les sourcils. C'était donc une de ces femmes coincées dans une société bridée par un nombre de normes presque insultant ? Etait-ce son amant ? Son mari ? Son promis offert par la famille ? Lorsqu'elle s'éloigna, Armando fut pris d'une vive envie de l'arrêter. Il esquissa un mouvement qui allait dans ce sens, mais bien vite, il se ravisa. Que pouvait-il y faire ? Elix était une femme du monde et intervenir ainsi pour s'enquérir de son bonheur n'allait que pouvoir déclencher une série de problème, et pour elle, et pour lui. Duel, insultes, réactions de la famille, rumeurs..Oui, c'eut été galant mais certainement stupide de se lancer dans semblable débat.

A son regard triste, il ne pu que répondre par un sourire gêné comme pour l'encourager dans sa démarche. Quelle situation rageante ! Il était évident que cette jeune femme n'était pas heureuse et qu'elle n'était pas faite pour ce gaillard aux yeux globuleux. Elle s'était éloignée sur le balcon pour respirer loin de lui, c'était maintenant clair comme de l'eau de roche.

Dans un long soupir, Armando reprit correctement sa place dans son fauteuil. Puis il jeta un regard à Véronica.


- On ne m'enlèvera pas de la tête que ce genre de relation ne pourra jamais mener à quoique ce soit de bon...fit-il dans un murmure rauque.

Un silence s'installa le temps qu'il finisse son verre. Mais bien vite, il reposa ce dernier sur la table basse devant lui et le claquement du verre sur le bois sembla marquer un nouveau point de départ pour la conversation.


- Vous parliez de moyens de transports, mademoiselle Newburry, je suis bien d'accord avec vous et je considère qu'il faille vivre avec son temps ! Lorsque l'on voit le nombre de cabs et de fiacres qui traversent nos rues, je ne serais pas étonné de voir un jour l'homme voler ! Et le tour du monde, nous le ferons en ballon !

Il fallait oublier Elix, cependant les regards de l'agent revenaient toujours dans sa direction. Il la suivit ainsi, surveillant son compagnon d'un œil sévère, jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans la foule, au-delà de son point de vue.
Laissant de côté les ballons, Armando se permis une question rarement posée ainsi, de but en blanc :


- Dites-moi, Mademoiselle Newburry...personne ne vous attend, vous...n'est-ce pas ? J'ai cru comprendre que vous étiez venue seule, me suis-je fourvoyé ? Attendez-vous quelqu'un ? Il sourit d'un air gêné. Non pas que je cherche une compagnie éminemment féminine pour un intérêt quelconque, mais bien que j'aimerai éviter de passer pour un trouble fête au milieux d'amours compliquées, comme pour mademoiselle Wyton qui vient de nous quitter.

Il se rapprocha un peu de la jeune femme en se penchant au-dessus de la table basse.

- Je vous avoue que j'ai été emmené ici contre mon gré par quelques...amis. Je n'ai guère ma place en ces lieux et discuter avec quelques aimables personnes de votre acabit égaye un peu ma soirée. J'aimerai surtout éviter la discorde.
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Veronica Newburry
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MessageSujet: Re: Soirée mondaine, soirée mortelle [Armando, Elix, Veronica] [09/03/42] Dim 28 Oct - 8:59

La jeune alchimiste, bien qu'affable et très amène avec les deux personnes nouvellement arrivées, se sentait quelque peu exclue. Elle n'en voulait ni à l'homme en face d'elle ni à la jeune femme, elle était habituée... Même les personnes qui faisaient l'effort de parler et de sympathiser avec elle. Elle devait avoir un petit quelque chose qui repoussait... Mais quoi ?

Elle fixa la table tandis que celui qu'elle connaîtrait plus tard sous le nom d'Armando della Serata plaisantait et complimentait Elix, la jeune femme aux airs d'enfants. Jamais encore elle n'avait connu de telles flatteries et le fait d'entendre les autres suffisait à la rendre mal à l'aise. La galanterie et les salons n'étaient décidément pas faits pour elle ! Elle préférait de loin les discussions amicales, d'égal à égal.

Ne sachant trop comment engager la conversation, elle se présenta puis embraya sur un autre sujet, montrant son intérêt pour les pays étrangers et plaignant l'officier qui parlait dans le vide. Son interlocuteur se montra bien moins charitable, ce qui la fit malgré tout sourire.


-Vous avez raison d'un certain côté... Mais je pense que si ces personnes ne sont pas intéressées par ce discours, elles devraient clairement le dire au lieu de faire semblant d'écouter...

Véronica ne comprenait pas l'hypocrisie de la société. Cette jeune femme à l'esprit si mathématique et carré ne pouvait concevoir que l'on puisse mentir sur ce que l'on ressentait uniquement pour suivre des codes établis depuis des siècles par des personnes aujourd'hui tombées dans l'oubli.
L'absurdité régissait ce monde auquel elle était malgré tout associée.

Ces gens qui se voulaient bons chrétiens ne donnaient que quelques piécettes à l'église de leur quartier quand ils auraient pu donner plusieurs dizaines de livres sans se mettre sur la paille. Les hommes battaient ou trompaient leurs femmes sans encourir aucun risque ; ils mariaient leurs filles dès leur plus jeune âge à des vieux barbons de vingt ans leurs aînés, ou les promettaient à quelque jeune comte imbu de sa personne en échange d'un titre ou d'une fortune aujourd'hui disparue. Ce qui révoltait le plus Véronica, c'était bien le fait que ces femmes fussent heureuses de leur condition et n'osent lever le petit doigt. Elles n'avaient aucun droit, vivaient toujours au crochet d'un homme et arboraient toujours de grands sourires de satisfaction.

N'avaient-elles donc aucun désir d'émancipation, de liberté ? C'était bien pour cela que la jeune alchimiste refusait de se marier. Enfin, la chose n'était pas réellement difficile étant donné qu'elle n'avait aucun prétendant. Elle était peut-être au ban de la société Londonienne mais, au moins, elle était libre, ce qui, apparemment, n'était pas le cas d'Elix, la jeune bourgeoise aux allures de petite fille.

Véronica avait vu juste, l'homme qui les fixait devait être le cavalier de la jeune femme, qui s'échappa bien vite de peur de créer un scandale. L'alchimiste aux yeux de chat eut pitié d'elle, un bref instant. Elle espéra vivement que ce petit bout de femme puisse trouver un jour quelqu'un qui l'aimerait à sa juste valeur.

L'homme, qui était resté, soupira et traduisit en une phrase ce qu'elle pensait depuis tout à l'heure. Elle acquiesça en silence et attendit qu'il finisse de boire.

Puis, comme pour tirer un trait sur l'incident, il reprit la conversation, parlant à son tour de moyens de transports et de ballons. Un grand sourire étira son visage, rehaussant ses pommettes. Durant un instant, la joie qui transparaissait sur son visage la fit resplendir, bien plus que n'importe quelle femme présente dans la salle.


-En ballon ! Quelle idée merveilleuse ! J'adorerais voler... Et, qui sait, peut-être qu'un jour, nous pourrons aller sous l'eau voir même, sous la terre !

Elle était enthousiaste mais elle voyait bien que l'homme qui lui parlait regardait toujours dans la direction de cette étrange demoiselle. Elle préféra alors se taire et le laisser à ses pensées, de peur d'être inconvenante. Elle titilla une broderie de sa robe, pensive.

Elle releva la tête lorsqu'il lui demanda si elle était venue seule, essayant de balayer tout sous-entendu qui aurait pu prêter à confusion avec une gêne qui la fit sourire. Elle balaya les doutes de son interlocuteur d'un geste de la main.


-Oui, effectivement, je suis venue seule... Contrairement à Miss Wyton, je ne suis pas courtisée... Mais le bon côté de la chose est que je n'ai pas à subir les sautes d'humeur d'un importun goujat et possessif.

Elle partit d'un éclat de rire, léger comme du cristal.

L'homme se pencha un peu en avant et lui confia qu'il n'était pas venu par plaisir, loin de là. L'alchimiste esquissa un sourire. Ils avaient plus de points communs que ce qu'elle aurait pensé au premier abord.


-Je vous comprend... Je suis moi-même venue par obligation... Mais je crois que ma présence n'était même pas requise en ces lieux à vrai dire. Il faudrait que j'apprenne à différencier les vraies invitations des simples marques de politesse... Ou, d'hypocrisie, pour être exacte.

Elle porta son verre à ses lèvres et remarqua soudain qu'il ne lui avait toujours pas dit son nom. Sans précipitation, elle but quelques gorgées puis regarda aimablement son interlocuteur.

-J'y pense... Puis-je connaître votre nom ?

Elle accueillit sa réponse avec un signe de tête et regarda l'assemblée, pensive. Un groupe d'hommes passa non loin d'eux. Ils devisaient avec animation et Véronica tendit l'oreille lorsqu'elle comprit le sujet de leur conversation...

-Vous avez certainement entendu parler de ce meurtre ? L'homme qui a été retrouvé sous un pont...
-Ah ! Oui ! Il paraît que le crime n'a toujours pas été résolu. Ils ont placé un éminent inspecteur de Scotland Yard sur l'affaire me semble-t-il...
-Oui, un certain Della Serata. C'est du gâchis, mettre un homme pareil sur un crime aussi insignifiant... Ce n'était qu'un clochard après tout !
-Vous avez raison ! Ce genre de personnes devrait s'affairer à protéger les honnêtes gens au lieu de courir après l'assassin d'un homme des rues...

ls s'éloignèrent, leurs verres à la main. La jeune alchimiste regardait l'inspecteur en face d'elle, bouche bée. C'était donc lui qu'ils avaient mis sur l'affaire ?! Que devait-elle faire à présent ? Jouer l'innocente et ne pas en parler avec lui ? Elle ne le pouvait pas. Mais si elle se confiait à lui... Après tout, elle ne le connaissait ni d’Ève ni d'Adam. C'était trop tôt pour lui faire confiance... Mais si on apprenait qu'elle cachait des informations, on pourrait la poursuivre en justice !

Gênée, elle se releva maladroitement et prononça des paroles d'excuses.


-Je.. Euh... Je vais me rafraîchir, je reviens.

Elle sortit de la salle de bal et dévala les escaliers en direction des pièces d'aisances, tamisées et superbement meublées. Elle se regarda dans la glace du lavabo et se passa un peu d'eau dans le cou et sur les pommettes avant de s'asseoir sur une chaise pour réfléchir. Elle ne bougea pas, plusieurs minutes durant, jusqu'à-ce qu'une odeur ténue mais reconnaissable lui vienne aux narines.

L'odeur du fer rouillé.

Elle regarda à ses pieds et se rendit alors compte qu'un mince filet rouge qui s'agrandissait de secondes en secondes maculait le devant d'une porte de l'un des cabinets.

Raide comme un bâton, elle ferma la grande porte pour s'assurer que personne ne puisse la voir, posa ses souliers hors de portée du liquide, retroussa sa robe et, sur la pointe des pieds, ouvrit la porte
.

-Oh Seigneur !

Assis sur la cuvette, vêtu de son costume noir, le colonel Felton gisait éventré. Le sang avait maculé les murs de la petite pièce et l'odeur des matières contenues dans l'intestin lui soulevèrent le cœur. Elle se retourna pour vomir dans le lavabo, les yeux brillants de larmes.

Précipitamment, elle nettoya la cuvette à grande eau et se rinça la bouche avec de l'eau mentholée. A nouveau, elle regarda le cadavre, un mouchoir sur le bas du visage.
Elle nota les scarifications sur le front... Ce meurtre avait-il un rapport avec les deux précédents ?

En proie à un grand trouble, elle referma la porte, remis sa robe en place et sortit avec ses chaussures en évitant de se tacher avec le liquide vital. Une bonne passait au moment où elle sortait. Véronica l'attrapa au vol et lui glissa quelques pièces dans la main.


-Allez là-haut et ramenez-moi Mr Della Serata le plus vite possible. Je ne bouge pas d'ici.

La jeune fille, perturbée par le ton empressé de la jeune bourgeoise qui lui faisait face s'exécuta sans mot dire et, une minute et demi plus tard, elle ramenait l'agent de Scotland Yard.
Véronica lui donna à nouveau quelques pièces et lui ordonna de s'éclipser.

Quand ils furent seuls, elle le fit entrer dans le cabinet, retroussa à nouveau sa robe et enleva ses chaussures. Elle se moquait bien d'être indécente, un homme venait de mourir. Cependant, elle se retourna et ne put s'empêcher de plaisanter.


-J'espère que vous ne vous attendiez pas à une quelconque rencontre galante...

Elle ferma la grande porte derrière eux et lui montra la tache de sang qui s'était agrandie. Puis, elle ouvrit la porte du cabinet de toilette où se trouvait le colonel.

-Je suis venue me rafraîchir et j'ai remarqué le sang par terre... Je crois que la mort est récente, pas plus d'une demi-heure.


Dernière édition par Veronica Newburry le Jeu 9 Mai - 9:10, édité 1 fois
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Armando della Serata
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MessageSujet: Re: Soirée mondaine, soirée mortelle [Armando, Elix, Veronica] [09/03/42] Ven 2 Nov - 22:19

Véronica semblait gênée. Armando commença a imaginer que sa présence la dérangeait. Peut-être qu'elle était femme solitaire appréciant ce genre de soirée recluse dans un coin, comme il l'avait fait à son arrivée ? Mais finalement l'Italien se détendit : ce qui travaillait son esprit était évidemment les médisances qui continuaient à jaser de-ci de-là mais aussi clairement l'hypocrisie sociale générale qui régnait en ces lieux. Elle souligna l'importance de la sincérité et paru presque offensée qu'Armando puisse accorder aux invités sa sympathie plutôt qu'au capitaine Felton qui s'extasiait tout seul sur ses exploits à demi-imaginaires.

- Excusez-moi, fit-il l'air légèrement inquiet, je ne voulais aucunement vous offenser. Il est vrai que le capitaine ne mérite peut-être pas tout à fait mes propos, je m'en excuse. Et je suis assez d'accord avec vous quant à la sincérité qui fait défaut à toute notre espèce en cette époque troublée, mais j'avoue aussi que cette forme d'hypocrisie me semble inévitable, et parfois-même appréciable en société puisque le pauvre Monsieur Felton préférera sûrement de faux sourires et une légère humiliation plutôt qu'un clair dédain concernant ses histoires...Tout est à peser...

Mais au fond de lui, Armando comprenait profondément la jeune femme. C'était un détective, un agent qui dévouait sa vie à faire la lumière sur la vérité. L'hypocrisie était certes parfois nécessaire pour maintenir l'ordre social et éviter les conflits directs, mais elle était d'autant plus haïssable qu'elle s'imposait à tous malgré sa laideur, comme un parasite inhérent au monde humain. Et il était inévitable que l'hypocrisie, quelle que soit sa forme, finirait toujours en conflit un jour. Finalement, ils étaient face au concept du cercle vicieux.

Elix se leva alors et disparu dans la foule après quelques excuses. Armando soupira et dans un pseudo-silence qui s'était maintenant installé entre Véronica et lui, ils se comprirent d'autant plus. Le départ d'Elix avait soulevé la question des femmes et de leur statut. Son insupportable situation les avait quelque peu perturbés dans leurs mondanités. Mais bientôt la discussion reprit sur un ton nouveau. Armando embraya sur les fameux transports en commun qu'avait évoqués la jeune femme. Il prit un ton plus léger pour ranimer leur verve. Véronica sembla emportée par son idée de ballon. Il lui sourit. C'était une femme charmante et dynamique, pleine de rêves et de compassion, aux vues de ses réflexions sur le capitaine Felton. Armando appréciait donc sa présence. Mais il craignait qu'elle ne soit accompagnée, à l'image d'Elix, et il préférait justement éviter quelques quiproquo qui aurait pu à nouveau les déranger.

Bien heureusement, Véronica confirma qu'elle était venue seule. En soit Armando l'avait déjà appris par les langues de vipères qu'il avait entendu serpenter derrière une paire de bouches rougies, mais il était content d'en être désormais assuré. Non pas, bien évidemment, pour tenter sa chance, il n'y pensait même pas, mais bien pour continuer leur discussion sans qu'une seule ombre ne puisse venir ternir l'éclat de cette soirée qui s'avérait finalement, à la grande surprise de l'Italien, plus agréable que prévu. Le rire cristallin de la jeune femme le fit sourire de toutes ses belles dents. Elle était drôle dans sa grande ironie !

L'Italien lui expliqua alors qu'il n'était pas là pour son plaisir, c'était une façon de lui confier avec bienséance qu'il appréciait sa présence. La jeune femme lui répondit à nouveau sur un ton enjoué : elle non plus n'était pas ici par plaisir, comme lui elle revêtait ce soir le masque mondain qu'ils devaient sortir régulièrement pour ne pas paraître trop excentrique. Armando tiqua à sa dernière réplique.


- Hé bien je dirais que ces gens-là, Miss Newburry, s'ils ignorent l'intérêt réel d'inviter une si aimable femme à leur soirée, ont malgré tout bien fait de vous motiver, quant bien même cela serait-ce par hypocrisie. Mais c'est une remarque bien égoïste...excusez-moi...

Armando lui sourit et croisa les jambes. Même s'il n'était pas intéressé de manière générale par les femmes à cause de son travail qui lui prenait beaucoup de temps, si ce n'est son entière vie, il savait être galant et dire ce qu'il pensait en prenant les pincettes requises. Véronica n'avait pas à rougir de sa présence, elle lui accordait son sourire, sa voix, c'était bien suffisant pour l'agent ce soir.

Puis, soudain, la belle lui demanda son nom. Armando sursauta presque sur son siège.


- Je ne vous l'ai pas dit ? Demanda-t-il l'air surpris. Ho ! Je suis navré ! Je manque à tout mes devoirs !

Il se leva et pris la main libre de Véronica pour lui faire un baise-main.

- Armando della Serata, pour vous servir mademoiselle...

Il lui sourit et se rassied.

- Je suis confus. Vraiment. Fit-il d'un air déconfit. C'est bien la première fois que je manque à ce genre de politesses...

Mais Véronica ne semblait pas lui en tenir rigueur. Pour se départir de sa gêne, l'Italien fit signe à un commis quittant des yeux la jeune femme, pour se faire resservir un verre. Dans le même temps, un groupe de convives passa à leur niveau. Armando n'eut pas besoin de tendre l'oreille pour entendre leur conversation, à vrai dire ils braillaient presque. Il ne s'en soucia pas le moins du monde, gardant son attention sur son verre. Mais lorsqu'il capta son nom, il leva les yeux au ciel et fit signe au commis de s'en aller. Puis, il s'enfonça un peu dans son siège et se passa une main sur le visage. Ses abrutis de collègues avaient déjà balancé son nom...Décidément, ils n'avaient pas saisi que l'agent préférait agir dans le silence plutôt que de crier sur tous les toits sa présence dans l'enquête. Même s'il agissait totalement de jour, Armando préférait laisser les habitants de Londres ignorer les enquêtes qu'il suivait, laissant dans le flou les éléments qui l'entouraient. Il avait finalement deux visages: celui de l'agent public, celui de "l'As" d'un côté, et celui de l'agent spécial de l'autre. Ses collègues risquaient de mêler les deux dans leurs conversations...Il finirait par se faire assassiner avec leurs idioties...

Véronica se leva soudainement et prit congé. Armando la regarda d'un air surpris. Que lui arrivait-il? Il ouvrit la bouche comme pour dire quelque chose mais il se contenta finalement de lui sourit en acquiesçant. L'alcool était peut-être monté trop vite chez elle? Ou était-ce simplement un besoin comme un autre. Elle reviendrait vite.
L'Italien la regarda s'éloigner. Un air sombre et sérieux revint tirer ses traits. Il bu une gorgée, puis deux. Cette soirée commençait à l'ennuyer. Entendre parler de lui maintenant en tant qu'inspecteur ne lui plaisait guère. Et même si peu de gens connaissaient son visage, il ne voulait pas être dérangé à ce propos.
Au fond, l'agent songeait maintenant à partir.

Mais Jonathan arriva bientôt à sa hauteur. L'homme dont l'embonpoint gênait ses mouvements dans la foule, vint se poster devant l'Italien d'un air rieur. Sa face rougie par l'alcool et son nez retroussé accentuaient son air porcin.


- Alors Armando!? Tu t'es trouvé une belle compagne ce soir!

Le tutoiement soudain de son collègue exaspéra l'agent qui se leva d'un bond.

- Vous avez déjà bien assez bu comme ça, Jonathan, il est temps de prendre congé de ces lieux.

Il posa son verre sur la table basse et fit face à son interlocuteur.

- Hé beh...oui...peut-être...Mais j'ai bien vu ce que j'ai vu, hein...continua ce dernier en souriant d'un air parfaitement idiot. Temps qu'on la retrouve pas sous un pont...

Armando lui attrapa le bras et le rapprocha de son visage pour le regarder dans les yeux. Serrant ses doigts autour du tissu froissé de sa chemise, il grogna d'un air mauvais:

- Vous feriez bien de vous méfier, Jonathan...Je peux perdre patience.

- Ola ola! Se débattit son collègue. Qu'est-ce que t'es rabat joie!

Puis il s'éloigna pour disparaître dans la foule en titubant. Armando se laissa tomber sur le canapé. Au retour de miss Newburry, il prendrait congé. L'air malsain de cette pièce commençait à le rendre malade. Il reprit machinalement son verre, comme pour avoir simplement quelque chose dans les mains et soupira d'un air las.
Il était en train de réfléchir à son enquête et de chercher du regard ses collègues qui s'étaient évaporés lorsqu'une jeune femme vint l'aborder. Armando l'écouta lui expliquer d'un air gêné qu'une jeuen femme le demandait en bas aux toilettes. L'Italien leva un sourcil. Une jeune femme? Etait-ce Véronica qui ne se sentait pas bien? Ou était-ce Elix qui avait trouvé un temps libre pour s'éclipser de son promis? L'agent resta muet, surpris, puis il abandonna son verre pour se diriger vers les toilettes en suivant la jeune femme.
Arrivé en bas des escaliers qui menaient aux pièces d'aisances, Armando chercha du regard une des possibles demoiselles qui l'avait fait appeler. Il tomba bientôt face à Véronica qui donna un pourboire à la bonne avant de lui demander de prendre congé.

Une fois seuls, Véronica plaisanta. Armando sourit à sa remarque.


- Hé bien, au risque de vous paraître désagréable, non. A vrai dire, je ne suis pas un habitué des rencontres de ce type...

C'était vrai, l'agent était un bel homme souvent regardé par la gente féminine mais il en imposait tellement par sa présence et son nom qu'il n'était pas souvent dérangé à ce sujet.
Cependant, lorsque Véronica eut fermé la porte derrière eux, l'Italien ne pu s'empêcher de tiquer. La méfiance restait son meilleurs atout et il commençait à se demander ce que la jeune femme lui voulait.

C'est alors que cette dernière ouvrit une porte qui donnait sur des sanitaires d'où coulait du sang. Armando se raidit, découvrant le colonel Felton gisant sur sa cuvette.

Son premier réflexe fut d'éloigner la demoiselle en l'attrapant par une épaule afin de passer devant elle.


- Grand Dieu...souffla-t-il, vous avez dû avoir un choc!

Son second réflexe fut de s'accroupir à hauteur de la flaque de sang qui stagnait maintenant aux pieds du pauvre homme. L'Italien analysa en quelques secondes sa position, sa blessure, l'expression épouvantée sur son visage...Puis il grogna d'un air sombre:

- Le même...

Cette blessure profonde qui l'éventrait, ces marque en forme de croix sur le front...
Armando se redressa et prit la main droit du capitaine. Il déserra ses doigts, une boite rectangulaire tomba au sol, tout prêt de la flaque de sang. L'Italien se baissa pour la ramasser: c'était une boite d'allumettes.

Tournant vers Véronica son visage marqué soudainement par un vif émoi, il souffla:


- Il faut absolument boucler le périmètre! Venez!

Attrapant la jeune femme par la main, persuadé que ce genre de scène ne pouvait qu'avoir mit son coeur à l'épreuve, il l'entraîna à sa suite dans les escaliers pour déboucher dans la salle de bal. Lâchant Véronica, il se rendit à l'entrée de la pièce et saisit le groom par une épaule:

- Faites rentrer tous les convives à l'intérieur. Immédiatement.

Il lui montra un insigne pour appuyer son ordre qui fut exécuté sur le moment avec zèle. Le groom avait reconnu la plaque du Scotland Yard.
Armando réussit à retrouver ses trois collègues alors en train de se pavaner devant une paire de bourgeoises amusées.


- Jonathan, il est ici. Diego, Dean, bouclez le périmètre. Nous n'avons plus le choix.

Les agents regardèrent leur collègue d'un air abasourdi mais bientôt ils avaient tous posé leur verre et se rendaient chacun à une des portes du salon pour contrôler la foule. Pendant que Diego envoyait un commis à Scotland Yard, Dean fit cesser la musique. Les convives, privés de ce son qui servait de toile de fond à la réception, commencèrent à comprendre que quelque chose d'anormal se passait. Armando se plaça au centre de la pièce et expliqua d'une voix forte:

- Que personne ne bouge, ni ne sorte! Mesdames, messieurs! Je vous demande le plus grand calme! Je suis l'agent Armando della Serata, agent du Scotland Yard. Le colonel Felton vient d'être assassiné.

Ce fut alors un concert de cris et de plaintes. Les femmes s'affolèrent, les hommes restèrent choqués.

- Que tout le monde se calme! Rugit Armando. Nous allons procéder à une fouille de chacun avant de vous laisser sortir, le Scotland Yard va s'en occuper.

De-ci de-là jaillirent des protestations. Armando força sa voix qui couvrit bientôt l'ensemble de la salle.

- Nous ne tolèrerons aucune exception! Je vous promet de faire la lumière sur ce crime!

Bientôt d'autres agents arrivèrent. Les convives furent placés en file indienne et chacun fut contraint de répondre à une fouille. L'Italien allait d'un agent à une autre, leur expliquant les démarches à suivre selon ses propres méthodes. Les agents établirent la liste des invités, celle des retardataires, celle de ceux qui étaient déjà partis et particulièrement celle de ceux qui avaient quitté la salle il y avait moins d'une heure. Avec l'aide du groom, ils offrirent à Armando une liste précise.
Une paire d'agent descendirent à la salle d'eau pour examiner le corps avec l'Italien.

Puis, Armando remonta pour chercher Véronica. Il la retrouva très vite parmi les convives.


- Ha miss Newburry, je suis navré pour tout ce remue-ménage. Fit-il en se passant une main dans les cheveux. Cela gâche notre conversation, j'en suis pincé, mais je suis aussi heureux que vous m'ayez prévenu...Est-ce que vous vous sentez bien?
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Veronica Newburry
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MessageSujet: Re: Soirée mondaine, soirée mortelle [Armando, Elix, Veronica] [09/03/42] Dim 4 Nov - 10:43

Armando était vraiment un jeune homme agréable... Plus le temps passait entre eux, plus Véronica se sentait à l'aise, ce qui était rare pour elle lors d'une soirée mondaine. Il était différent de ces autres roquets de salons qui pavanaient dans leurs costumes taillés sur mesure et croulants sous le poids des médailles. Ils s'entendaient sur des sujets qui n'auraient habituellement pas dû être abordés durant des conversations polies et galantes, mais la jeune femme comme le policier étaient bien loin des conventions.

Lorsqu'elle exprima son point de vue sur le colonel Felton, il lui concéda ce point avec une politesse et une compréhension qui la touchèrent agréablement. Il avait lui aussi raison... Le colonel se sentait certainement mieux entouré par des hypocrites qui faisaient semblant de l'écouter plutôt que de parler aux murs... L'hypocrisie de la société était réellement un problème grave et épineux. Comment faisaient les gens pour vivre toute leur vie sans la moindre once de sincérité ? Comment pouvait-on savoir où se trouvaient les vrais amis ? Elle n'osait pas imaginer une vie passée avec ces oeillères, pourtant inévitables...
L'italien avait raison, tout était une question de point de vue. Son regard se fit vague un court instant et une petite moue se peignit sur son visage.


- Ce n'est pas faux. Elle eut un petit mouvement de tête exaspéré. Je ne comprend pas ce qui pousse ces gens à agir de la sorte ! Comment arriver à démêler le vrai du faux, comment être sûr de la sincérité d'un être cher, quand ils passent leur temps à mentir aux autres et à se mentir à eux-mêmes ? Non, décidément, je n'arriverai jamais à vivre de cette manière... Mais passons ! Ce genre de discussion n'est pas faite pour les salons.

Ils discutèrent ensuite vivement de choses et d'autres. Ils auraient à vrai dire été plus à l'aise dans un salon comme celui de Fitzrovia, où ils auraient pu avoir une conversation plus libérée. Véronica sentait que cet homme avait du répondant, de la conversation, et se trouvait bien loin de la bêtise profonde dont faisaient preuve les vulgaires bobbies et agents de basse classe du Scotland Yard.
Elle commençait à vraiment apprécier la présence de cet homme aux cheveux noirs, avec qui elle pouvait avoir une discussion dynamique et intelligente, ce que jamais elle n'aurait imaginé dans un lieu pareil.

Elle ne pouvait également pas nier qu'elle le trouvait plutôt séduisant, bien qu'elle n'en laissa rien paraître. Il devait avoir une foule de jeunes femmes pendues à ses pieds, et peut-être même une promise, quelque part. Peut-être... Véronica préféra ne pas y penser davantage. Elle n'était pas taillée pour ce genre d'histoire et s'imaginait bien mourir vieille fille, ce qui ne lui faisait, au fond, pas plus peur que cela. Elle le savait d'expérience, les amourettes et les fantasmes de jeune fille sur des hommes totalement inaccessibles n'amenaient jamais rien de bon.

Un court instant, elle se revit, jeune adolescente aux sentiments exacerbés qui se nourrissait d'illusions. Pendant cette période de sa vie, elle était tombée amoureuse du valet de son père, un jeune homme de onze ans son aîné. Il devait avoir à peu près le même âge que son interlocuteur, à l'époque. Son image lui revint en mémoire. Un jeune homme de stature moyenne, au port de tête altier et à la silhouette élancée. Elle se souvint de ses cheveux d'un blond si clair qu'ils en étaient presque blancs, de ses yeux sombres aux reflets d'améthyste, de son visage pâle et si bien dessiné qu'on l'aurait dit sculpté de la main d'un ange. Petite fille, elle l'avait considéré comme le grand frère qu'elle n'avait jamais eu. A l'aube de ses quinze ans, elle l'avait aimé d'une manière plus adulte, plus passionnée. Elle ne lui avait jamais vraiment parlé de ce qu'elle ressentait pour lui, se contentant des regards et sourires qu'il lui adressait parfois.

Son poing se serra.

Elle avait aimé cet homme et aurait fait n'importe quoi pour lui. Jusqu'à-ce qu'elle apprenne qu'il était responsable de l'explosion de son manoir et de la mort de ses infortunés parents et domestiques. Cruelle désillusion... Encore des années après, elle se sentait trahie et avait désormais peur de l'amour, qui selon elle, ne pouvait amener que malheur et désespoir.

Elle essaya de ne plus y penser et reprit la discussion. Il lui avait fait comprendre de manière détournée qu'il appréciait sa compagnie, ce qui lui fit immensément plaisir. D'habitude, les gens cherchaient plutôt à l'éviter... Elle lui renvoya le compliment avec la même discrétion et elle lui donna son point de vue sur l'invitation qu'elle avait reçue, plus hypocrite que vraiment polie.

Véronica sourit de toutes ses dents lorsqu'il lui fit comprendre qu'il était fort heureux qu'elle soit venue tout de même. Sans cela, ils ne se seraient jamais rencontrés... Cette remarque lui fit chaud au cœur et elle l'excusa volontiers pour le peu d'égoïsme que cachaient ces mots.


- Oh mais vous êtes tout excusé ! Moi aussi, je suis bien heureuse d'avoir finalement accepté d'honorer cette invitation...

Elle lui demanda ensuite son nom et le policier parut tout tourneboulé. C'était apparemment la première fois qu'il oubliait de se présenter à une jeune femme. Aussi se leva-t-il pour la saluer dans les règles de l'art, ce qui la fit légèrement rosir. L'alchimiste lui adressa un doux sourire, suivi du même rire cristallin qui aurait fait pâlir d'envie n'importe quelle de ces dames.

-Ne vous en faites donc pas, ce n'est pas moi qui vous jetterai la pierre ! Je suis ravie de vous rencontrer, Mr Della Serata.

Après ce court instant, elle apprit de la bouche de quelques gentlemen un peu éméchés la profession de sa nouvelle connaissance, ce qui la mit dans un grand trouble. Elle finit par s'éclipser, non sans regret. Au fond, elle aurait bien aimé qu'il lui accorde cette valse...

Mais bien vite, ces futiles préoccupations furent balayées par sa macabre découverte dans les toilettes du salon. Elle fit venir le policier, ne pouvant d'ailleurs pas s'empêcher de plaisanter au passage, pour détendre l'atmosphère et éviter de paraître trop ébranlée. La dernière chose dont l'inspecteur allait avoir besoin, c'était une femme tombant en pâmoison. Il lui répondit qu'il n'était pas habitué à ce genre de rencontres, ce qui l'étonna visiblement. Elle pensait innocemment qu'un homme comme lui devait avoir des dizaines de conquêtes à son actif... Véronica se contenta de sourire et ne dit rien.

Elle vit qu'il tiqua quand elle referma la porte mais ne s'en formalisa pas. A sa place, elle aussi aurait été méfiante. Mais elle ne lui voulait pas de mal...
Elle ouvrit le cabinet, lui faisant part de ses observations. Il la recula précipitamment en arrière et examina le cadavre. Ce qu'elle entendit confirma ses doutes, c'était bien le même mode opératoire... L'alchimiste pria pour qu'il en finisse le plus vite possible, l'odeur des boyaux ouverts commençait à la prendre à la gorge et elle pâlissait à vue d'oeil. Fébrilement, elle chercha son mouchoir dans son réticule et le plaça sur le bas de son visage, ne pouvant en supporter davantage. Il s'inquiéta pour elle, pensant au choc qu'elle avait dû recevoir.
La jeune femme ne put s'empêcher de sourire devant la sollicitude dont il faisait preuve. Pas de doute, Armando était décidément un homme très agréable. A travers le mouchoir, elle lui répondit.


-Ne vous inquiétez pas pour moi, j-je vais bien... Pauvre colonel... J'aimerais penser qu'il n'a pas souffert mais cela m'étonnerait beaucoup...

Ils ressortirent des toilettes en trombe. L'agent souhaitait judicieusement boucler le périmètre car il était fort probable que l'assassin se trouvât encore dans le bâtiment. La jeune femme fut entraînée avec lui, sa main enserrée dans celle d'Armando. Ils débouchèrent dans la salle de bal où il la lâcha pour prendre des directives.

Elle se retira dans un coin de la pièce pour souffler et se calmer. Elle réfléchissait également, essayant de mettre de l'ordre dans ses idées. Qui avait bien pu tuer le vétéran ? Cela pouvait très bien être cet assassin mystérieux mais il ne fallait pas écarter l'hypothèse d'un ennemi de longue date qui aurait voulu se venger d'un affront en imitant le mode opératoire du criminel, largement raconté dans les journaux locaux. Elle n'avait plus le choix désormais... Si elle voulait qu'Armando résolve ce crime, elle devait lui prêter main forte.

Les convives furent mis en file indienne et préparés à une fouille qui fit protester bon nombre de damoiselles et gentlemen. Mais l'agent était intransigeant. Elle admira la prestance qui se dégageait de lui en cet instant, du respect qu'il imposait. Ils furent tous fouillés et renvoyés chez eux uns par uns, ne présentant aucun objet suspect dans leurs affaires. Véronica y passa aussi mais prétexta un malaise pour pouvoir rester jusqu'au retour du policier. Un des agents vint recueillir son témoignage qu'il coucha sur papier avec minutie.

Il ne restait presque personne quand Armando remonta et alla s'excuser auprès d'elle, lui faisant part de ses inquiétudes et de sa satisfaction par rapport à l'aide qu'elle lui avait fourni. L'alchimiste lui adressa un pâle sourire.


-Ne vous faites pas de souci, je me sens très bien. Et ne vous excusez pas, ce qui vient de se passer n'est pas de votre faute, vous avez fait ce qu'il fallait. Il est vrai que j'aurais aimé pouvoir discuter plus longtemps avec vous mais nous allons devoir remettre cela à plus tard je crois bien...

Les hommes de l'agent s'avancèrent alors et le plus gros des trois, le visage rougi par l'alcool, prit la parole en se dandinant d'un pied sur l'autre. Tout les convives étaient partis à présent.

- On a fouillé tout le monde mais on a rien trouvé... L'meurtrier s'est littéralement évaporé... On a plus qu'à chercher partout pour retrouver l'arme. Il se tourna ensuite vers Véronica. Excusez-moi mais je dois vous demander de quitter les lieux, on a pas besoin de vous dans les parages.

Véronica, offusquée mais polie, ne bougea pas d'un pouce.

- Sauf votre respect monsieur, je reste ici. Ma présence ne peut que vous être utile.

Visiblement peu habitué à ce qu'une femme lui tienne tête, le gros homme prit une mine presque patibulaire et lui répondit sur un ton grondant.

-On a prit votre déposition, on sait tout c'que vous avez à nous apprendre. La dernière chose dont on a besoin ici c'est des gens étrangers au service. Alors maintenant ma p'tite dame vous allez me faire le plaisir de rentrer chez vous. Faites-vous faire une tasse de thé, dormez, brodez si ça vous amuse mais restez pas dans mes pattes ou je vous fait coffrer sur le champ!

Ces paroles piquèrent la jeune alchimiste au vif. Elle passa à l'offensive et, verte de rage, elle exhiba sa montre à gousset, auparavant cachée dans son petit sac.

-C'est vous qui allez m'écouter maintenant espèce de policier du dimanche ! Je suis un Alchimiste d'état au service de Sa Majesté la Reine d'Angleterre et je possède des informations qui pourraient grandement vous aider dans l'affaire que vous essayez de résoudre. Alors soit vous acceptez que je me joigne à vous, en échange de quoi je vous raconterai ce que je sais, soit vous me mettez en prison parce que je ne quitterai pas les lieux ! Mais si vous choisissez la deuxième option, soyez sûr que Son Altesse entendra parler de vous... Est-ce que je me suis bien faite comprendre?

Jamais encore Véronica ne s'était énervée de cette manière. Mais elle avait fait son petit effet et le policier finit par céder. En réalité, la jeune femme avait plus ou moins menti. En tant que jeune recrue, elle n'avait quasiment aucun pouvoir et il était fort probable que la Reine ait oublié jusqu'à son existence, si insignifiante. De plus, les archives qui 'avaient poussée sur la piste du meurtre remontaient à plus de vingt ans en arrière et personne n'y avait prêté attention... Mais ça, le gros homme n'était pas sensé le savoir. Il acquiesça en silence et recula de quelques pas. Aussitôt après, l'alchimiste se tourna vers Armando avec un tout petit sourire.

- Excusez-moi pour cette saute d'humeur, je... Enfin, bref. Asseyons-nous, je vais tout vous expliquer. Oh, à ce propos, avez-vous de quoi écrire ? J'aurais peut-être besoin de prendre quelques notes.

Elle alla s'installer sur le sofa le plus proche et s'assit dans un froufroutement de jupes. Pensive, elle tapota la table d'une main avant de se rencogner dans le siège et de confier à Armando tout ce qu'elle savait sur l'affaire.

- Il y a quelques temps de cela, je me suis penchée sur une affaire étrange qui avait été laissée dans les archives... Elle date d'il y a plus de vingt ans. En 1820, on a découvert le corps d'un alchimiste russe dans l'East End... Habillé de guenilles, le front scarifié avec pour toutes possessions une boîte d'allumettes et une flasque de porto, que seule un gentleman aurait pu acheter. L'affaire a été classée et étouffée et le meurtrier n'a jamais été attrapé. J'ai entendu parler de l'affaire sordide dont vous avez été chargé et je pense qu'il est plus que probable qu'il y ait un lien entre cet étranger, votre vagabond et le colonel. Mais il faut que je m'assure qu'aucun alchimiste n'a été signalé disparu par les pays en collaboration avec l'Angleterre... Enfin, il faut décortiquer de fond en comble le passé de Mr Felton. Peut-être qu'il a un lien, lui aussi avec cette affaire... A moins qu'il ne se soit fait un ennemi qui ait voulu l'éliminer et qui n'ait rien trouvé de mieux que d'imiter le mode opératoire du criminel que vous recherchez...


Dernière édition par Veronica Newburry le Jeu 9 Mai - 9:10, édité 1 fois
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Armando della Serata
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MessageSujet: Re: Soirée mondaine, soirée mortelle [Armando, Elix, Veronica] [09/03/42] Mar 20 Nov - 6:37

Un nouveau crime, une même enquête.

Armando venait de réaliser à quel point l'affaire sur laquelle il avait été placé était importante. Après le clochard immigrant sous le pont, c'était maintenant le colonel Felton en pleine réunion mondaine dans le plus huppé des salons de la capitale. Jamais encore pareille situation n'avait agité le lieu en question et cela allait faire la une de tous les journaux dès le lendemain. Le Scotland Yard allait voir cette enquête éclater au grand jour et tous les visages curieux de Londres se tourner vers eux. Chaque agent serait harcelé par les journalistes venus tirer d'eux des informations qu'ils n'avaient pas, ils passeraient encore pour des incapables ou des héros, tout cela allait encore ravir les bourgeois en manque d'adrénaline et les commères laisseraient leurs langues étaler des rumeurs sans queue ni tête. C'était le contexte idéal pour laisser au meurtrier une infinie de possibilités de se cacher et de mener les agents sur de fausses pistes...

Mais pire encore, Armando venait surtout de réaliser que le meurtrier n'agissait pas pour quelques vengeances personnelles et qu'il n'avait pas choisi ses victimes selon une logique qui tenait d'un calcul mathématique, non, c'était un assassin qui provoquait clairement le Scotland Yard, un homme qui avait fait un premier crime pour attirer l'attention et qui s'amusait maintenant à les suivre...Le suivre...? Était-ce bien un duel comme l'agent le pensais désormais? Cette boite d'allumettes laissée à chaque passage...le meurtre en plein milieu de cette réception...non tout cela n'était pas une coïncidence: c'était un jeu malsain, glauque, macabre! L'œuvre d'un détraqué qui s'était mis en tête de le provoquer et de tester ses capacités de détective...

L'Italien songeait à tout cela tandis qu'il remontait voir Véronica. Cette dernière l'accueillit avec un sourire malgré la situation et lui fit grâce de ses excuses. Elle savait que ce n'était pas de sa faute et, même si elle aurait voulu continuer la conversation, elle acceptait totalement qu'il doive faire son travail. Armando lui sourit en soupirant:


- Je savais bien que mettre les pieds dans ce salon n'allait pas me permettre de passer une merveilleuse soirée...Heureusement que je vous aie rencontrée, sinon j'aurais réellement l'impression d'être venu seulement pour assister à la danse la plus macabre que ce siècle m'ai donné de voir...

Jonathan arriva alors pour exposer ses avancées avec ses collègues. Il était toujours un peu sous l'effet de l'alcool mais c'était surtout son caractère habituellement peu galant qui lui valu l'échange de quelques dures paroles avec Véronica. Armando tiqua gravement en dévisageant son collègue avec colère. Mais alors qu'il allait intervenir pour lui apprendre les bonnes manières, Véronica s'en chargea elle-même.

La jeune femme devint ferme et froide, sortant une montre à gousset en argent de sa poche pour lui mettre sous le nez. Armando retint une exclamation de surprise en découvrant l'insigne des Alchimistes. Jusqu'à présent, il n'en avait rencontré aucun mais il connaissait ce symbole et savait que le statut des Alchimistes d'État passait avant le sien-même. En soit, il découvrait que Véronica était sa supérieure hiérarchique et qu'elle pratiquait cette étrange science.
Jonathan recula, blêmissant à vu d'oeil tandis que la jeune femme explosait. Puis, après la tirade animée de la belle, l'homme s'inclina rapidement avant de s'éloigner sans demander son reste. Armando lui fit un sourire amusé en le regardant disparaître au milieu des autres agents.


- Hé bien! Il ne l'a pas volé! Fit-il en joignant ses mains d'un air satisfait. Je n'aurais pas fait mieux moi-même je crois...Ho ne vous excusez pas, j'ai moi-même faillit le molester tout à l'heure...Ajouta-t-il avec un rire presque joyeux.

L'agent suivit Véronica jusqu'à un sofa pour s'écarter un peu de ses collègues comme elle semblait le désirer et pour s'asseoir plus tranquillement afin de discuter. Il avait saisit au passage un carnet et un crayon dans la main de l'un d'entre eux et demandé à ce qu'on ne les dérange pas. Il prenait ''un témoignage''. Évidemment, s'il commença à griffonner les circonstances de la découverte du cadavre, il allait confier le reste à Véronica pour ses explications.

La jeune femme exposa alors qu'elle avait repéré un meurtre semblable en 1820, celui d'un alchimiste russe. Armando lui tendit son carnet après avoir arraché les deux premières pages et l'écouta attentivement l'air soucieux. Les jambes croisées, se tenant le menton, il songeait qu'il avait-là une affaire plus compliquée que ce qu'il avait imaginé. Un troisième meurtre s'ajoutait donc à ces deux-là? Lui qui avait pensé que le clochard sous le pont avait été un premier tir d'essai du tueur, il comprenait maintenant son erreur. En réalité, il semblait que l'assassin ai fait d'autres meurtres ailleurs...L'enquête s'élargissait...


- Vous me dites que c'était dans l'East End? Murmura-t-il...Mmh...Peut-être que le tueur venait de là-bas...Mais il se peut aussi qu'il ai commis bien d'autres meurtres dont nous n'ayons pas connaissance à ce jour, il faut que l'on fouille les archives...Quant à monsieur Felton, étudier son passé est une chose cruciale, en effet, je suis d'accord avec vous et...

Armando se stoppa net et releva la tête pour regarder Véronica dans les yeux.

- Je m'égare...Je vous inclue dans mes réflexions, cependant c'est une affaire qui concerne le Scotland Yard. Qu'est-ce qui vous a poussée à étudier cette histoire? Demanda-t-il d'un air soudainement inquisiteur. Avez-vous une autorisation, un ordre émanant de vos supérieurs? Je sais que les Alchimistes d'États ont le bras long, et qu'ils sont parfois chargés d'affaires dans ce genre-là, surtout si cela concerne l'un des leurs, mais j'aime lorsque tout est fait selon la procédure...vous comprenez?

L'agent ne pouvait pas se permettre de divulguer des informations à cette jeune femme. Il venait de la rencontrer dans ce salon, il ne connaissait encore rien d'elle et venait à peine de découvrir qu'elle était Achimiste. Sa mission ne pouvait pas souffrir d'une trahison quelconque et il avait déjà vu des affaires dans lesquels les plus innocents et volontaires s'avéraient être des complices du meurtrier. Rien ne devait être laissé de côté, aucune piste, aucun indice, mais il fallait aussi éviter d'oublier la prudence, la ruse, et ne pas se confier à n'importe qui.

- Je vais vous raccompagner, fit-il soudain. Je préfère que ce soit moi plutôt qu'un de ces idiots, fit-il en désignant d'un coup de tête le fameux Jonathan qui les observait de loin. Nous pourrons parler demain seule à seul si cela ne vous dérange pas.

Cette idée était éminemment dangereuse, évidemment, mais c'était aussi pour Armando un moyen de mieux connaître son interlocutrice. Il aurait mieux valu discuter ici en présence de tout ces membres du Scotland Yard mais Armandon préférait toujours agir seul et à sa façon. Et puis, au fond, il n'en pouvait plus de ce salon, il avait besoin de prendre l'air. Il était tard, la jeune femme avait vu un corps ensanglanté, il était naturel de la raccompagner maintenant et d'oublier l'affaire pour l'instant. C'était un acte gentleman mais aussi un acte calculé pour l'agent.

Armando se leva et confia ses deux pages de notes ainsi que quelques mots au dénommé Diego qui acquiesça d'un mouvement de tête avant de partir en direction de son ami Dean.
Se tournant vers Véronica, Armando lui sourit.


- Nous pouvons y aller.

Une fois qu'il furent passé aux vestiaires pour remettre leurs manteaux, l'Italien et l'Achimiste sortirent dans la nuit. L'air était très frais et l'humidité stagnait sous forme de fine brume dans toutes les ruelles mal éclairées par les lampadaires. Il y avait toute sortes de fiacres qui attendaient devant le Queen's Head et les derniers convives s'empressaient d'y entrer. Armando ramena contre lui le col de son manteau noir et souffla.

-
Vous avez une voiture? Je peux en appeler une si vous voulez.

Discrètement, l'air de rien, Armando observait les parages. S'il était la cible d'un psychopathe amusé de jouer au chat et à la souris dans le seul but de le faire tourner en rond, il pouvait tout aussi bien les observer depuis quelques fenêtres ou sur les toits.
Un bras destiné à Véronica, l'autre le long de son corps, Armando tripotait dans sa poche une carte à jouer...en attendant qu'un véhicule leur soit disponible pour accompagner l'Alchimiste chez elle.
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Veronica Newburry
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MessageSujet: Re: Soirée mondaine, soirée mortelle [Armando, Elix, Veronica] [09/03/42] Sam 24 Nov - 14:31

Mais quel importun que ce gros homme ! Véronica s'emportait rarement de la sorte et cette fois-ci, elle en avait tiré une satisfaction quasiment euphorisante. Jamais elle ne s'était servi de son statut d'Alchimiste d'Etat en public et elle sentait des petits fourmillements parcourir sa colonne vertébrale. Jamais encore elle n'avait vu autant de respect s'imprimer dans le regard des hommes qui l'entouraient. Si seulement ils savaient qu'elle n'était qu'une pauvre sous-fifre...

L'homme s'inclina devant elle et s'éloigna. Un sourire satisfait aux lèvres, la jeune femme s'éloigna avec Armando, ne manquant pas de s'excuser au passage. Après tout, elle venait tout de même d'enguirlander un de ses agents. Cependant, l'italien parut en rire et se montra fort satisfait de son initiative. Elle ne répondit rien mais partagea avec lui un rire entendu.

Ils s'éloignèrent un peu de la cohue et s'installèrent sur un canapé afin de discuter plus à l'aise. Sans plus de prérogatives, la jeune femme se confia à lui, lui expliquant les grandes lignes de sa découverte qu'elle ne pouvait pas cacher plus longtemps.

Le bel homme l'écouta attentivement puis lui fit part de ses observations. Selon lui, le tueur pouvait très bien vivre dans l'East End, lieu de la découverte du cadavre. Il mentionna avec justesse le fait que d'autres meurtres pouvaient bien avoir été commis sans qu'ils en aient la connaissance. Quant au passé du colonel... Il avait raison, c'était une piste primordiale pour l'enquête.


- Oui... En cherchant bien, nous trouverons peut-être un lien avec les Alchimistes... N'oublions pas qu'il a vécu de nombreuses années à l'étranger et que les deux autres victimes n'étaient pas Anglaises... Il est fort probable qu'on leur trouve quelque chose en commun... L'Inde, peut-être ? Il faudrait aussi obtenir l'identité de l'homme que vous avez retrouvé... Je peux peut-être essayer de consulter les avis de recherche de l'Alchemist Room afin de voir s'il a été déclaré disparu... A condition qu'il appartienne à un de nos pays alliés.

Armando s'excusa alors de l'inclure à l'enquête. Mais qu'il ne se répande pas en paroles inutiles ! Résoudre ce crime lui tenait vraiment à cœur. Cependant, alors qu'elle allait lui faire part de son point de vue, il lui demanda ce qui l'avait poussée à étudier ce meurtre pour en venir à une question cruciale. Avait-elle des papiers qui prouvaient qu'elle avait été officiellement mise sur l'affaire ?

Non.

Véronica était réellement dans l'embarras. Elle ne pouvait pas lui présenter ces papiers et ne pouvait pas non plus lui mentir, bien que les fabriquer à l'aide de l'alchimie aurait été relativement enfantin...

Elle constata avec horreur qu'elle pouvait aisément passer pour une suspecte. Après tout... Elle s'était éclipsée au moment où elle avait appris qu'Armando officiait dans la police pour découvrir malencontreusement le cadavre du colonel. On pouvait sans peine imaginer qu'elle avait commis le meurtre et avait ensuite fait semblant de l'avoir découvert pour être lavée de touts soupçons... En soi, il y avait assez de preuves pour la faire incarcérer, voire même condamnée pour un crime qu'elle n'avait pas commis.

Ce fut comme si le monde s'écroulait sur sa tête.

Elle déglutit, mal à l'aise et fixa la table en parlant.


- Je... Eh bien... Il faut que vous sachiez que je ne vous ai pas dit toute la vérité. Elle se tourna vers lui, le regard franc. En réalité, j'ai été promue très récemment au rang d'Alchimiste d'Etat et je n'ai strictement aucun pouvoir... En réalité, la seule chose que l'on me laisse faire là-bas, c'est ranger les archives. C'est justement là-bas que je suis tombée sur un dossier qui avait été classé depuis plusieurs années. J'en ai lu une partie et j'ai trouvé d'étranges similitudes avec ce meurtre récent que relataient les journaux...

Une femme n'était pas sensée lire le journal... Pour quoi passait-elle maintenant ? Décidément, elle ne rentrerait jamais dans la norme.

- J'ai été étonnée qu'un meurtre comme celui-ci ait été classé si facilement... Ce n'est pas le genre de mon ordre que de laisser le meurtre de l'un des nôtres impuni. J'ai alors décidé de mener mon enquête en parallèle... C'est assez étrange que je rencontre par hasard l'homme ayant la charge de cette enquête ce soir... Cependant je ne puis me taire, les informations que je possède sont cruciales. Je me rend compte qu'il y a là matière a faire de moi le suspect numéro un... Je n'ai rien pour ma défense, si ce n'est les archives des Alchimistes d'Etat ainsi que le fait que je n'avais qu'un an lorsque le premier meurtre a été commis. Je sais bien que la simple affirmation de ma bonne fois ne vaut rien dans une affaire comme celle-ci, cependant, je vous conjure de me croire...

Elle se tut, gênée. L'homme décida de la raccompagner chez elle, de peur qu'un de ses compagnons ne s'en charge. Elle lui sourit et se leva.

- Merci...

Après quelques dernières directives données à ses hommes, ils repassèrent par le vestiaire pour se vêtir de leurs manteaux. Celui de Véronica était en fourrure chaude à la coupe quelque peu surannée bien que très élégant. Il avait appartenu à sa mère et faisait partie des rares objets qui avaient survécu à l'explosion du manoir familial. Bien sûr, il avait fallu maints lavages avant de pouvoir le porter à nouveau. Elle avait également un manchon pour protéger ses mains du froid mordant.

Armando lui demanda galamment si elle avait une voiture pour la raccompagner, précisant qu'il pouvait en appeler une pour eux. La jeune femme lui sourit. De la buée s'était formée sur ses lunettes et s'estompa aussi rapidement qu'elle était venue.


- Je vous saurais gré de cette initiative... En vérité, je n'ai pas de voiture.

Véronica n'avait ni la place, ni l'envie d'avoir une voiture. L'entretien et les chevaux demandaient énormément d'argent et c'était une dépense qu'elle ne voulait pas se permettre. Elle faisait partie de ces rares hautes bourgeoises qui faisaient attention à leur argent et évitaient de dépenser inutilement. Elle se contentait du nécessaire, sans pour autant se priver de temps à autre d'une petite coquetterie féminine.

Ils entrèrent dans un cab quelque temps plus tard. Véronica n'osait pas parler, trop gênée de ce qu'elle avait dit auparavant. Elle regardait par la fenêtre, préférant éviter le regard inquisiteur d'Armando. Après un instant, cependant, elle tourna la tête vers lui. Ses yeux verts se distinguaient bien dans l'obscurité. C'était à cause d'eux qu'elle avait le surnom d'Alchimiste ''aux yeux de chat''.
Elle resta ainsi sans rien dire, se contentant de l'observer. Après un moment, elle déglutit et murmura.


- Je suis désolée de vous avoir menti...

Ils approchaient de chez elle, cette maison cossue désormais peu éclairée. Il y avait de la lumière dans sa chambre... Mme Walters n'était pas couchée...
Le cocher s'arrêta devant le logement et la jeune femme hésita avant de sortir. Ils n'avaient pas convenu d'un lieu de rendez-vous... Et elle craignait fort que le Scotland Yard ne soit hors de question. Une idée lui vint alors.


- Il y a une exposition florale qui se tient actuellement au Paulo's Park... Voudriez-vous m'y retrouver ? Je vous attendrai près des grilles disons... vers deux heures de l'après midi. Cela vous convient-il?

Elle n'avait pas choisi ce lieu au hasard... En effet il y aurait une pléiade de gens, ce qui leur permettrai de passer inaperçus et de pouvoir discuter dans la discrétion la plus totale. Et puis... Il était toujours plus agréable de discuter au milieu des fleurs.

Elle descendit ensuite et le salua d'un gracieux signe de main avant de donner un pourboire au cocher. Mr Walters l'accueillit et la débarrassa de son manteau avant de lui servir une tasse de thé. Puis, elle monta dans sa chambre et se déshabilla. Devant la coiffeuse, alors que sa femme de chambre lui brossait les cheveux, elle se regarda dans la glace.


- Vous avez l'air guillerette ce soir, Mademoiselle... Auriez-vous fait la connaissance d'un gentleman ?

- Si on veut... Mais... Ce n'est pas vraiment ce que vous imaginez. Enfin... Oublions ça ! Je suis éreintée ce soir !

Elle alla bien vite se réfugier sous ses couettes et s'endormit aussi sec. La soirée avait été trop riche en évènements et elle avait besoin de méditer tout ça.

[HRP/ Fin du rp de Véronica, suite du post : Une enquête ardue, en perspective. /HRP]


Dernière édition par Veronica Newburry le Jeu 9 Mai - 9:09, édité 1 fois
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Armando della Serata
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MessageSujet: Re: Soirée mondaine, soirée mortelle [Armando, Elix, Veronica] [09/03/42] Mar 27 Nov - 19:34

Véronica était de nature curieuse. Armando l'avait remarqué dès les premiers mots qu'ils s'étaient échangés, avant même que l'enquête ne démarre dans le salon. Elle parlait de choses dont on ne parlait guère à cette époque et les sujets qui l'intéressaient et la passionnaient étaient tout simplement des sujets scientifiques, humains et hors du commun. C'était une femme qui était évidemment attirée par des questions d'avenir de l'humanité, très sociales et même technologiques. Peu de femmes évoquaient ce genre de chose et cette conversation qu'il avaient ensemble au Queen's Head ce soir révélait à Armando combien Véronica était une femme dynamique et curieuse.

Le meurtre du colonel Felton lui confirma ce que son instinct lui avait doucement insinué. Le belle n'était pas n'importe qui, c'était une Alchimiste d’État, et il s'avérait qu'elle enquêtait elle aussi sur ce nouveau criminel qui sévissait à Londres. Que de coïncidences! Que de surprises! Finalement, l'Agent avait conclue que Véronica allait devenir pour lui soit une collègue dans son enquête, soit une adversaire qui allait chercher la concurrence (comme ce lui était souvent arrivé à cause de jalousies par rapport à sa réputation), mais, malgré les détails de la soirée, le fait qu'elle aie découvert le corps en première après s'être étrangement éclipsée, le fait qu'elle lui ai dissimulé sa véritable identité et qu'elle lui avouait maintenant qu'elle enquêtait seule, à sa manière, en étant partie d'un dossier d'archives de l'Alchimist Room, Armando ne la soupçonnait pas. Il s'en méfiait, certes, car prudence est mère de vertu, surtout dans ce type de situation, avec un tueur sur le dos, mais lorsqu'il lisait ses yeux et s'attardait sur ses lèvres, il sentait que la jeune femme ne lui mentait pas. Dissimulation et mensonge sont deux choses différentes. La première peut servir à protéger autrui ou soi-même, à cacher des détails d'importances et à manipuler de façon plutôt inconsciente, mais la seconde est clairement faite pour nuire, ou du moins c'est la connotation que lui trouvait l'Agent. Il avait toujours fait la distinction entre les deux concepts.


- Ne vous excusez pas, miss Newburry, il est normal que dans un pareil contexte vous ne vous soyez pas déclarée d'entrée de jeu comme Alchimiste et que vous ne m'ayez pas immédiatement entretenu au sujet de ces meurtres et archives. Moi-même me suis-je donc présenté comme agent du Scotland Yard? Allons, rassurez-vous...

Armando était calme et distingué. Il voyait bien que ses questions, un peu suspicieuses, avaient perturbé la jeune femme. Il s'en voulait un peu, mais telle était la procédure, il ne fallait jamais rien prendre à la légère et pour éclaircir les zones d'ombre, il fallait être franc au possible.

- Je vois crois. Fit-il d'un ton aimable et en même temps sans réplique. Ne vous affolez pas. Si vous étiez la tueuse, Miss Newburry, je dirais que votre célérité au crime ai été impressionnante...

Il rit. En effet, lorsqu'Armando avait observé le corps du colonel Felton, il semblait évident qu'il avait été tué un bon quart d'heure avant sa découverte. Véronica c'était certes éclipsée peu de temps auparavant et il était aisé de tuer en un temps record, surtout lorsque l'on était Alchimiste, mais Armando n'était pas non plus de ceux qui soupçonnent la première personne qui passe par-là. La jeune femme aurait-elle feint à ce point le malaise qui avait décoloré ses joues? Et comment aurait-pu, en robe de soirée, égorger un homme sans tâcher ses vêtements? Impossible, à moins qu'elle ai utilisé son Alchimie et uniquement cela. Oui elle restait suspecte, comme tous les bourgeois qui s'étaient rendu à cette soirée mondaine, mais il fallait être drôlement paranoïaque et insensé pour porter son attention directement sur elle. Quel intérêt aurait-elle à lui expliquer ce qu'elle avait trouvé dans les archives? Et comment aurait-elle pu tuer le colonel alors qu'Armando l'avait simplement vue entrer et s'asseoir sur le canapé avant d'y rester toute la soirée? Il ne l'avait pour ainsi-dire perdue de vue qu'une fois, et le laps de temps qui lui avait été accordé entre son arrivée et leur rencontre n'était pas assez conséquent pour réaliser un tel acte. Et puis, si c'était effectivement un tueur en série, Véronica ne pouvait pas avoir réalisé les premiers meurtres, elle était en effet bien trop jeune...

- Je peux comprendre cette envie de découvrir l'identité du meurtrier, continua-t-il en souriant. Moi-même ai-je décidé de dédier ma vie aux enquêtes...Seulement, j'aime travailler dans la légalité et j'aimerai que vous n'ayez pas de problème.

Une fois dehors, Armando appela un cab. La jeune femme n'en avait pas de personnel, lui non plus, et même s'il disposait de ceux du Scotland Yard, l'Agent préféra cependant prendre un cab anonyme. Ceux de la police étaient sombres et sans vie, leur intérieur n'était pas confortable pour un penny et il ne voulait pas stresser Véronica plus qu'elle ne l'était déjà.
Le cab arriva, Armando aida la jeune femme à monter dedans, lui demanda son adresse, donna la dite-adresse au cocher tout en lui glissant une paire de pièces avant de s'installer à son tour dans le véhicule. C'était relativement étroit mais les sièges étaient moelleux et agréable. Véronica s'excusa encore d'avoir dissimulé à Armando sa véritable identité professionnelle et d'avoir utilisé son statut pour pénétrer leur enquête.


- Allons, ne vous excusez pas...répondit l'Agent en se rapprochant de la fenêtre comme pour observer l'extérieur. Vous ne m'avez pas menti.

Armando tira entièrement le rideau qui était à demi-fermé de son côté afin de laisser entrer la lumière des réverbères qui défilaient maintenant au rythme des sabots tonnant du cheval sur les pavés.

- Alors vous lisez le journal? Fit soudain l'Italien en souriant à l'Alchimiste. Méfiez-vous, beaucoup racontent des histoires plus farfelues les unes que les autres, nous-mêmes, au Scotland Yard, tentons souvent de museler la presse à scandale qui s'empare de nos enquêtes pour affoler la population et vendre le maximum d'exemplaires...De véritables corbeaux!

Véronica n'habitait pas très loin et, tandis qu'il discutait des "torchons" vendus parfois par le Time, Armando avait repéré les lieux afin d'être certain de retrouver le chemin de sa demeure. C'était par pur réflexe professionnel. Maintenant que Véronica était impliquée dans l'enquête par son témoignage, il était possible que le Scotland Yard aie besoin à nouveau d'elle dans l'avancée des investigations.

Une fois que l'Agent eu aidé Véronica à descendre du cab de la façon la plus galante, il lui fit une courbette.


- Au Paulo's park? Très bien, j'y serait. Reposez-vous bien miss Newburry. Et excusez-moi si j'ai pu vous paraître déplacé et dur dans mes propos...

Après un dernier sourire, l'Agent s'approcha du cocher:

- A l'Albany mister.

- Yes sir! fit l'homme en soulevant son petit chapeau écrasé avant de faire un signe de tête à la jeune femme. My ladie...

Armando remonta dans le cab et referma la porte sans brusquerie. Le cab reparti.

******************

Arrivé à l'Hotel Albany, Armando retrouva sa suite et s'affala dans un fauteuil avant de prendre un verre de porto. Il fit tourner une petite cuillère dedans avant de soupirer face au dépôt qui restait au fond. Croisant les jambes, il sirota son vin en songeant à tout ce qui c'était passé dans la soirée. Une main sur le front, pensif, il se remémora tout ce qu'il avait sur cette enquête des plus étranges. Lentement, il sortit de sa poche la boite d'allumettes retrouvée sur les lieux. Il se leva, allant quérir la première boite qu'il avait saisit sur le cadavre du pont. Une fois l'objet sorti d'un tiroir, il se rassied dans son fauteuil et observa les deux boites. Elles étaient en tout point semblables. Aramando se mit à compter les allumettes qu'il y avait dans chaque boite. Il y en avait 6 dans la première, 5 dans la seconde. C'était étrange. Elles venaient d'Autriche, comme toutes les allumettes de l'époque et cependant aucune marque visible n'ornait leur boite.
Puis un détail attira l'oeil de l'Agent: sur une des allumettes de la seconde boite, il perçu une gravure minuscule. Rapprochant l'objet de ses yeux, Armando alla quérir une lampe à huile plus puissante que celle qui brillait déjà dans le salon et s'installa à sa table à manger. Tournant et retourna l'allumette entre ses doigts, il lu: "there was a cat". Les yeux écarquillés, l'Agent saisit la première boite et chercha parmi les allumettes s'il n'y en avait pas une autre gravée. Il en trouva une, ses soupçons furent récompensés. Il lu avec un rictus amusé: "One upon a time".

Ils avaient bien affaire à un malade qui jouait avec la vie...


[HRP/Fin du rp d'Armando au Queen's Head, suite au Paolo's Park, Une enquête ardue en perspective/HRP]
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Soirée mondaine, soirée mortelle [Armando, Elix, Veronica] [09/03/42]

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