L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


Forum RPG - Londres au XIXème siècle. Incarnez Vampires, Loups-Garous, Lycanthropes, Homonculus, Chimères, Alchimistes, Hunter...et choisissez votre camp dans une ville où les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses....
 
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Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42]

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Chastity E. Stephenson
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Date d'inscription : 30/05/2012
Race : Vampire
Classe sociale : Haute Bourgeoisie
Emploi/loisirs : A la tête d'une grande entreprise spécialisée dans la production de machines à vapeur
Age : 330 ans
Age (apparence) : 25 ans
Proie(s) : Tous ceux qui essayeront d'attenter à sa vie.
Secte : Liée à la Camarilla de par ses idéaux mais se conduit comme une indépendante.
Clan : Toréadors
Lignée : Émissaires du Crâne
Rang Pyramidal : Premier (grâce à son érudition peu commune même au sein de sa communauté)
Crédit Avatar : Cassandra par Ina-Wong
MessageSujet: Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42] Dim 10 Mar - 9:55

[HRP/ En venant du Royal Opera House : L'Opéra (ou comment brûler un loup dans la chaufferie. /HRP]

La lumière du globe solaire déclinait lentement sur Londres et les aiguilles de la Grande Horloge indiquaient quatre heures alors que Chastity se levait. La veille, elle avait travaillé jusqu'à 6 heures du matin dans le Hall pour installer ses maquettes et vérifier que tous les branchements et mécanismes étaient fonctionnels. Ce soir, une réception grandiose se tiendrait dans sa demeure et elle comptait bien profiter de l'occasion pour se faire enfin reconnaître de l'Aristocratie, aussi bien humaine que Vampirique. Elle planifiait tout depuis si longtemps, ce serait une des plus belles fêtes de l'année ! On en reparlerait certainement dans une décennie encore. Enfin, elle ferait son entrée dans les plus hautes sphères de la société Londonienne. La reine même serait obligée de reconnaître qu'elle était un pilier de l'économie de son pays, peut-être même lui accorderait-elle un titre de noblesse pour tous les services qu'elle avait rendu à la patrie...

La jeune femme sourit. Oui, c'était un des buts auxquels elle aspirait. Au fond, même si bon nombre de familles aisées s'inclinaient déjà devant elle, la Vampire savait qu'elle ne pourrait être vraiment respectée que lorsqu'elle aurait des terres et un titre à mettre en avant.
Ce fut sur ces pensées que sa femme de chambre et camériste Gracie entra avec un chariot. Petite femme frêle à la chevelure blonde et dotée d'un visage d'ange, elle avait été recueillie à l'âge de 14 ans par Chastity lors d'une de ses escapades nocturnes. Ce n'était pas dans les habitudes de la jeune femme de recueillir les gens sans rien demander en retour. Bien qu'elle donnait une somme assez coquettes à un orphelinat pour les enfants du petit peuple, l'empathie n'était pas sa qualité première.

Confiée à la gouvernante, elle avait d'abord été aide aux cuisines avant que la jeune femme décide de la nommer camériste à 16 ans, pour remplacer la précédente, morte d'un anévrisme à l'âge honorable de 43 ans. La Vampire ne pouvait se l'expliquer, mais elle était profondément attachée à cette domestique qui était une des rares à être au courant de sa nature, une des rares à qui elle faisait vraiment confiance.


- Bonjour madame, avez-vous passé une bonne nuit ?

Chastity esquissa un sourire et repoussa les douces couvertures avant de s'asseoir au bord du lit.

- Très bien, merci. Rien de notable pendant mon sommeil aujourd'hui ?

- Non, tout s'est déroulé comme prévu. Les musiciens viennent d'arriver, je les ai conduits dans la salle de bal pour qu'il puissent s'installer et répéter.

La Vampire hocha la tête, satisfaite. Elle entendait de là les bruits des cordes qu'on tendait, le froissement des partitions, le tintement des pupitres...
Gracie releva la cloche du chariot pour dévoiler un verre et une carafe d'eau en cristal ouvragés ainsi qu'une coupelle qui contenait quelques petits cachets blancs comme la neige. De ses mains agiles, elle emplit la coupe et y fit tomber deux cachets avec une minuscule pince monseigneur en fer si bien entretenue qu'on aurait dit de l'argent.
Le liquide prit lentement la couleur du sang, d'un rouge sombre fascinant. Lorsque les cachets furent entièrement dissous, la jeune femme porta le liquide à ses lèvres et le but lentement, jusqu'à la dernière goutte.

Elle reposa ensuite le contenant sur le plateau et se leva en s'étirant comme un chat. La petite bonne l'aida à passer une robe de chambre d'inspiration japonaise en soierie asiatiques et la laissa s'asseoir sur un divan avec un livre, le temps qu'elle prépare l'eau du bain qu'elle fit couler après avoir confié son chariot à une des femmes de chambres responsables de l'étage.

A demi-allongée sur le sofa, elle feuilletait un roman qu'elle avait fait importer de France en même temps que quelques commandes pour son entreprise. L'intrigue prenait place aux plus belles heures de l'obscurantisme religieux, dans un Paris qui n'avait sans doute plus rien à voir avec celui qu'elle connaissait. Une histoire d'amours impossibles, de bohémiens et d'enlèvements...
Chastity repris le cours de sa lecture tandis qu'elle sentait les effluves de savon et d'huiles  qui commençaient à venir lui chatouiller insidieusement les narines. Le clapotis de l'eau dans la baignoire avait quelque chose de reposant et pour un peu, elle se serait laissée retomber dans le sommeil.

Mais bientôt, l'eau fut prête et la jeune femme se leva à regret de la douceur moelleuse de sa liseuse pour se diriger vers la salle d'eau. Gracie l'aida à se dévêtir entièrement puis plia les vêtements de nuit. Elle les amènerait à la buanderie tout à l'heure.
Chastity frissonna quand son corps blanc rencontra la chaleur de l'eau moussante. Contrairement aux autres vampires, elle craignait moins les écarts thermiques et appréciait un bon bain chaud de temps à autre. Elle se laissa bientôt entièrement aller dans la baignoire de marbre, pendant que sa femme de chambre lui frottait les bras avec une éponge granuleuse de belle qualité, pour enlever les impuretés de sa peau. Elle la rinça ensuite avant de la laver avec un savon qui sentait la rose.
Les boucles rousses furent bientôt elles aussi prises dans un cocon de mousse parfumée pendant que la Vampire gardait les yeux fermés. Le bain était un des endroits où elle se détendait le mieux.

Après un moment, elle sortit et essuya son corps humide dans une grande serviette immaculée puis elle passa un peignoir pendant que Gracie lui séchait les cheveux. Vint ensuite l'enfilage des vêtements du dessous, composé d'un sous vêtement en soie et dentelle qui la couvrait depuis le haut des cuisses jusqu'à la poitrine, de bas ouvragés tenus par des jarretelles et d'un de ses plus beaux corsets. Elle passa par-dessus une robe d'intérieur légère qui se nouait sur le devant et se dirigea vers sa coiffeuse.
Sa femme de chambre commença par brosser soigneusement chacune de ses mèches avec un peigne en ivoire, délicatement, pour ne pas altérer le tombé naturel des boucles. Durant ce fastidieux travail, le regard de Chastity se perdit bien plus loin que le miroir devant elle.

Ses pensées se tournèrent vers le Comte qu'elle avait rencontré quelques semaines auparavant. Apparemment, il avait été victime d'un attentat lors de la première du Coriolan, à laquelle elle aurait bien voulu assister. Mais au sein de la Camarilla, on chuchotait qu'Alexender Von Ravellow était un Hunter opposé depuis bien longtemps au Lord et Raphaël Veneziano, un jeune Vampire rebellé contre sa race. Il était également dit que la jeune Grey, orpheline éplorée, était probablement bien plus impliquée dans l'affaire que ce que disaient les journaux.
Décidément, il était allé se fourrer dans un drôle de pétrin ! Même si pour l'instant, il semblait avoir retourné la situation à son avantage, qu'en serait-il dans quelques temps ? La jeune femme se doutait bien que ces hommes avaient probablement plus d'un tour dans leurs sacs.
Peut-être que le Comte aurait besoin d'elle, qui sait ? Et quand bien même ce n'était pas le cas, elle avait besoin de cet homme. C'était dur à accepter, alors qu'elle avait passé plus de 300 ans de sa vie à mener sa barque en étant seule maîtresse à bord. Mais au sein de sa secte, nombreux étaient ceux qui souhaitaient la voir réduite à l'état de poussière. Combien de temps encore avant qu'ils n'envoient quelqu'un en finir avec elle ? Elle saurait très bien s'en sortir contre un simple sous-fifre mais que ferait-elle face à un Vampure de 100 ans son aîné ? Le seul moyen pour elle d'avoir l'assurance d'une vie durable était de s'allier au plus puissant de tous. Si le Comte la mettait dans son camp, elle serait intouchable...
Mais il y avait aussi cette Sarah Spencer... Une jeune Lady qui était entichée du Sieur Von Ravellow et que le Comte avait demandée en mariage. Visiblement il était attiré par elle, à moins que ce ne soit une union de convenance, qui sait ? Peut-être avait-il une idée derrière la tête ? C'était la seule explication... Comment aurait-il pu s'éprendre d'une fille aussi... aussi insignifiante ?
Chastity soupira. Et puis bast ! Ce n'était pas ses affaires au fond.

Gracie, qui avait commencé à frotter les mèches de sa maîtresse dans un chiffon de soie pour les faire briller, s'arrêta en l'entendant soupirer.


- Quelque chose ne va pas madame ?

Chastity sursauta, comme si on l'avait tirée d'une lourde torpeur, et esquissa un sourire pensif.

- Non, ne t'inquiètes pas... Je pensais seulement à ce soir. J'espère que je saurais être à la hauteur de ce qu'ils attendent tous.

Ces moments de doute étaient extrêmement rares chez la jeune femme qui calculait ses moindres faits et gestes. Personne mis à part la jeune femme qui s'occupait d'elle en ce moment n'avait jamais été au courant des turpitudes qui la tourmentaient. A bien y réfléchir, Gracie était bien plus qu'une simple domestique à ses yeux. Mais pourrait-elle seulement l'admettre un jour ?

- Enfin, madame ! Vous allez les éblouir ! Vos inventions forceront l'admiration des plus zélés des ingénieurs et votre beauté ne pourra que les séduire, je vous l'assure.

- Tu es bien gentille... La jeune femme se redressa sur sa chaise et se ressaisit comme si de rien n'était. Bon ! Comment vas-tu me coiffer cette fois-ci ?

Gracie sourit dans la glace et commença à ramener les cheveux de sa maîtresse en arrière pour lui montrer l'ébauche de ce qu'elle avait en tête et guetter son approbation. Elle passa trois quarts d'heure à sculpter les cheveux de sa maîtresse avec force aiguilles, pinces et fer chaud. Car c'était bien là tout un art que de coiffer une femme de la haute-société, que de discipliner et plier sous ses ordres cette multitude de petits filaments colorés et pleins de vie. Et c'était aussi une bataille sans fin entre les caméristes ; ce serait à celle qui réaliserait la coiffure la plus compliquée, la plus originale, à celle qui parviendrait à sublimer le mieux possible la beauté de sa maîtresse. Il fallait dire que dans ce domaine, la jeune femme se débrouillait vraiment très bien.
Lorsque son travail fut achevé, elle laissa Chastity se regarder dans le miroir. Elle avait les bras perclus d'être restés trop longtemps sur-élevés mais un sourire de satisfaction se dessinait sur son visage.

La Vampire fut agréablement surprise par le résultat. Sa femme de chambre avait tiré ses cheveux en arrière mais avait laissé deux mèches savamment épinglées sur le devant pour encadrer l'ovale de son visage. Le reste était regroupé dans un chignon élégant qui lui faisait une cascade de boucles brillantes et gracieuses. Le résultat était merveilleusement seyant et plutôt original dans sa simplicité apparente.
Restait maintenant à enfiler la robe. Pour ce soir, elle s'était offert une création d'un couturier Parisien célèbre, ce qui constituait une folie même pour certains membres de sa classe sociale, nobles désargentés à qui il ne restait que le titre et la notoriété. Mais la jeune femme s'en moquait. Elle, elle avait l'argent. Et sa richesse, elle ne la devait qu'à elle-même. Bien sûr, elle n'était pas partie de rien, mais les possessions de son vieux mari à l'époque étaient dérisoires en comparaison de ce qu'elle avait aujourd'hui. La petite entreprise qu'il possédait, elle en avait fait un empire multinational. Leur vaste maison, elle l'avait changée pour un des plus beaux manoirs de Londres. Ses richesses étaient le fruit de son labeur et pas de celui d'un ancêtre lointain dont les exploits au champ de bataille faisaient la gloire de fainéants qui n'avaient pas levé une seule fois leurs augustes derrières de leurs chaises rembourrées pour se retrousser les manches et mettre la main à la pâte.

Chastity se releva pendant que Gracie allait chercher la robe dans le dressing. Elle était en taffetas de soie bleue, très cintrée à la taille. La jupe large aux amples tournures faisait comme une corolle dont le tissus fluide semblait être animé de reflets surnaturels à chaque mouvement et le bustier découvrait en grande partie la blancheur de sa gorge ; mais le col plissé qui se prolongeait sur le pourtour, jusqu'à se croiser dans le dos, cachait pudiquement la naissance de sa poitrine. Pour sublimer l'ensemble, une guirlande de perles de culture de belle qualité était cousue sur le haut de la robe à différents endroits pour créer de gracieuses courbes. Sur le devant, un saphir orné de perles de taille plus modeste jouait avec la lumière.
Puis, avec un air de dévotion profonde, Gracie alla ouvrir une large boîte en bois laqué qui à elle seule aurait pu nourrir une grande famille d'ouvriers pendant deux semaines. A l'intérieur, délicatement protégés par le velours rouge qui tapissait l'écrin, un collier et une parure de cheveux,  réalisés dans les mêmes matériaux précieux que la décoration de la robe, attendaient bien sagement d'êtres portés.

Ils parurent encore plus beaux, une fois portés par la haute bourgeoise. Le bleu des saphirs contrastait avec le cuivre de ses cheveux et le teint de sa peau se mariait à merveille avec celui des perles. Avec l'aide de sa camériste, elle enfila une paire d'escarpins teints en bleu qui sublimaient la courbe de son pied. En touche finale, elle appliqua sur ses lèvres un peu de rose très doux et farda un peu son visage ainsi que ses yeux. L'ensemble restait d'un naturel déconcertant et ce fut avec un sourire satisfait qu'elle tourna sur elle-même dans la pièce maintenant éclairée par des lampes à huile. Gracie, enthousiaste, tapota dans ses mains d'un air ravi.


- Oh madame vous êtes magnifique !

- Et c'est grâce à toi. Bien, maintenant allons inspecter le Hall, les invités arriveront dans moins de deux heures.

Elles se dirigèrent vers l'entrée lorsque la Vampire lâcha d'un ton qui semblait en apparence neutre :

- J'y pense... Vois-tu ma robe de velours violine, celle au col haut et aux boutons de nacre que j'ai acheté il y a deux ans ?

- Oui, bien sûr ! Y aurait-il un trou ou un pli mal repassé ?

- Oh non, rien de tout ça ! Mais la coupe est devenue trop désuète, je ne peux plus sortir avec. Mais elle se mariera parfaitement avec ta blondeur je pense. Pense à passer la récupérer tout à l'heure, je ne voudrais pas encombrer mon dressing inutilement...

Gracie devina parfaitement l'intention de sa maîtresse derrière le ton distant et froid qu'elle utilisait. Cette marque d'attention la fit sourire jusqu'aux oreilles et elle se retint de sauter de joie.

- Bien madame !

Elles arrivèrent dans le Hall par le grand escalier de marbre blanc. Celui-ci reluisait de propreté, on pouvait apercevoir son reflet dans les carreaux noirs et blancs. Les colonnes qui soutenaient la structure du manoir avaient été ornées de guirlandes fleuries aux senteurs enivrantes qui donnaient une touche exotique à la pièce. Partout le long des murs et quelquefois au milieu de la pièce, des miniatures de ses dernières créations avaient été montées sur un socle en bois qui cachait le mécanisme qui les faisait fonctionner. Elles étaient toutes activables grâce à un bouton ou un levier cuivré à disposition des invités et accompagnées de panneaux explicatifs qui apporteraient une touche de ludisme à la réception.

La plus impressionnante était un prototype de véhicule à vapeur qui avait été monté sur des rails qui faisaient un circuit dans un petit univers de verdure qui représentait la lande anglaise avec de ci de là un hameau, un tunnel ou un pont. Elle faisait en tout cinq mètres sur trois et avait été disposée en avant-plan. Ce serait la première chose que les invités verraient lorsqu'ils entreraient chez elle.
On pouvait voir dans ce hall des miniatures de machines qui utilisaient la vapeur aussi bien pour la couture que pour la métallurgie en passant par les transports. Nul doute que les visiteurs seraient impressionnés...

Elle laissa Gracie gérer les cuisines et se dirigea dans la salle de bal. Le parquet qui venait d'être ciré reluisait de propreté. Les longues fenêtres ne servaient plus à rien si ce n'était à la décoration ; la nuit était maintenant bien tombée sur Londres. Cependant, on avait tout de même écarté un peu les lourds rideaux décorés de fleurs de lys à l'image de ceux qui devaient se trouver dans quelques châteaux de nobles français au siècle dernier. Les moulures avaient été rehaussées d'un fin trait de peinture dorée d'excellente qualité et le lustre du plafond venait juste d'être remonté. Depuis le début de la semaine, ses valets avaient démonté la décoration pièce par pièce pour la dépoussiérer et faire reluire le cristal comme jamais.
Il fallait reconnaître qu'ils avaient fait de l'excellent travail, même elle se trouvait époustouflée devant tant de magnificence. Et dire que quand elle l'avait récupéré, ce lustre était un vrai nid d'araignées...

Elle examina ensuite la longue table en chêne, recouverte d'une nappe blanche taillée sur mesure, qui prenait les deux tiers du pan de mur en face des fenêtres. Loin d'être massive, elle s'accordait parfaitement à l'espace offert par la vaste pièce des danseurs. On avait commencé à installer les entrées sur des plats luisants de propreté. Ils n'étaient pas en argent mais la jeune femme avait trouvé un alliage inoffensif pour les gens de sa race qui remplaçait parfaitement le métal précieux.
Petits fours, légumes en gelées, petites terrines, mousses de légumes et minuscules sandwiches de pain blanc. Deux valets venaient de terminer des pyramides faites avec les verres qui accueilleraient bientôt les vins légers et pétillants importés de France.
Cela faisait bien longtemps que Chastity ne pouvait plus goûter aux plaisirs gustatifs de ce monde, et elle ressentit une pointe d'amertume en embrassant du regard toutes ces victuailles. Oui, Tantale était décidément un personnage qui lui seyait à merveille...

D'un pas vif, elle sortit de la salle de bal et revint dans le H all. La Vampire s'installa sur une des banquettes qui meublaient l'endroit et repensa aux invités majeurs qui se trouveraient ici ce soir.

Glen O'Sullivan, un jeune aristocrate aux mœurs douteuses, à la crinière de feu et aux habits pour le moins rocambolesques. Ses frasques précédaient sa réputation aussi bien dans le monde des humains que dans celui de l'Ombre. Il était en effet un Vampire du Sabbat, partisan du chaos, de la discorde et de la suprématie de leur race sur toutes les autres. Un point de vue, somme toute, bien éloigné du sien mais il semblait puissant et plutôt intéressant. Il fallait qu'elle sache quelles étaient les réelles intentions de sa secte...
Et puis elle ne pouvait nier que l'accueil d'un pareil Vampire chez elle constituerait une provocation de plus à l'encontre de la Camarilla, dont elle se détacherait sous peu. Ils voulaient ses expériences, s'appropriaient les fruits de ses recherches mais attendaient la première occasion pour lui planter un pieu dans le dos. Cela ne pouvait plus durer, elle devait réagir...

Il y avait ensuite Daniel Blake, le fils d'un vieil aristocrate qu'elle n'appréciait guère. Elle l'avait rarement vu mais s'en souvenait comme d'un jeune homme bien fait mais de nature délicate et facilement impressionnable. Elle se rappela qu'il avait perdu un être cher il y avait peu de temps, sa fiancée, si ses souvenirs étaient bons. Une certaine Claire, disparue dans des circonstances pour le moins tragique. Elle n'en savait que peu, la nouvelle n'ayant fait qu'un petit encart dans la rubrique nécrologique du Times. Ce ne serait pas quelqu'un de très utile pour elle mais sa famille était très influente ; ne pas les inviter aurait été une faute de conduite impardonnable.

Venait après Sebastian Angelstone. Elle ne savait presque rien de lui, si ce n'est qu'il était proche du Comte. Plus jeune qu'elle d'une petite centaine d'année, il ne représentait pas une menace potentielle pour sa sécurité. Il était cependant connu dans le monde des hommes pour être à la tête d'une entreprise d'import-export avec qui elle aurait pu faire des affaires. Et il restait malgré tout un Vicomte, supérieur à elle par le rang, bien qu'elle ne doutait pas de le supplanter dans le domaine de l'esprit. Plus l'Histoire avançait et plus elle trouvait que les Vampires délaissaient la Connaissance pour se livrer à leurs petites vengeances personnelles. Bientôt ils se comporteraient comme des bêtes assoiffées de sang, incapables d'autre chose que de se battre. Mais n'était-ce pas déjà le cas ?

Enfin, il y avait cet écrivain et dessinateur russe, Sladd Nordj. Elle appréciait son travail et avait décidé de l'inviter ainsi que d'autres poètes qui s'étaient déjà taillé une certaine renommée et assuré une postérité à jamais gravée dans le marbre. Cependant, elle trouvait que quelque chose ne tournait pas tout à fait rond chez lui, sans savoir quoi. Il semblait cacher quelque chose qu'elle allait essayer de découvrir. Quand elle y repensait, elle trouva que son idée d'inviter pareil inconnu n'était peut-être pas aussi judicieuse qu'elle en avait l'air... Enfin, elle verrait bien une fois sur place !

Elle se releva pour terminer son tour d'horizon par une inspection minutieuse des domestiques qui évolueraient parmi les invités ce soir. Il y avait en tout dix valets et dix servantes, alignés dans l'entrée suite à son appel, presque au garde à vous, revêtus de l'uniforme des grands jours. Une veste blanche queue de pie dont la disposition des boutons dorés sur le devant rappelait celle des soldats de l'armée napoléonienne. Avec ceci, ils portaient un pantalon noir et des chaussures impeccablement cirés. Leurs cheveux avait été coiffés et ramenés en arrière à l'aire d'un peu de graisse à cheveux.
Les femmes portaient la traditionnelle robe noire mais les manchettes et le col blancs avaient été soigneusement repassés et amidonnés pour l'occasion. Contrairement à l'habituelle, leurs coiffes et tabliers étaient ornés de plusieurs rangs de dentelle et noués avec le plus grand soin. Leurs chignons étaient eux aussi plus tirés que d'ordinaire ; il ne fallait surtout pas qu'ils se défassent en public !

Une fois la maîtresse satisfaite, elle les laissa retourner à leurs postes. Au dehors, le majordome en costume sombre s'apprêtait à recevoir les invités et vérifier les invitations avant de les laisser entrer. Postée dans l'entrée, elle attendit, fin prête pour mener à bien cette fête qui, à coup sûr, figurerait parmi les plus mémorables de l'année.


Dernière édition par Chastity E. Stephenson le Dim 28 Juil - 18:16, édité 2 fois
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Sladd Nordj
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MessageSujet: Re: Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42] Mer 13 Mar - 19:18

L'aube qui se levait après la nuit qui mourrait comme les ténèbres face à la lumière, était l'aube d'un jour que Sladd attendait avec une impatience digne d'un gosse à qui on a promis un soldat en bois de la part du père Noël. Dans son petit appartement avec son frère ce fut la zizanie la plus complète. Si le bal que l'alchimiste attendait tellement était aujourd'hui il avait son costume à récupérer, à ce préparer et quand on est un jeune bourgeois qui a soif de pouvoir, il faut se lever aux aurores pour être digne de figurer dans la haute aristocratie de Londres.

En vérité Sladd c'était levé plus tard que prévus, prenant son petit-déjeuner à l'heure ou les familles ouvrières mangent des légumes où de la viande, le russe noyait sans conviction une tranche de pain tartinée de confiture offerte par une veille dame. S'il faisait un bruit impossible en mastiquant bouche ouverte qui aurait agacé plus d'une dame, son frère dormait encore comme un bébé.


-Chastity E. Stepheson... mon hôte du soir. Une jeune dame à la beauté pure et une chevelure de feu.Voilà qui me satisfera. Célèbre pour son entreprise de je ne sais plus quoi, elle fait de très belles inventions. Peu être que quelques-unes inspireront mes délires les plus fous pour un nouveau roman. Il soupira et par mégarde il fit tomber sa tartine au sol crachant un juron peu catholique et il souffla, cette fois d'agacement. En parlant de bouquin, faudrait que je choppe le Comte moi, il pourrait faire démarrer ma carrière. Il parlait seul mais c'était une habitude quand il planifiait ce plan, habitude que tout le monde avait dans le fond. Bon, ce soir, il faut que je nourrisse ma pierre et j'espère qu'elle appréciera le repas.

Il se leva, lâchant le bol dans la bassine à vaisselle qui laissa exploser encore du bruit qui réveilla finalement son frère qui bailla à s'en décrocher la mâchoire, pour se mettre sur les coudes, car il avait dormi dans le séjour en raison du désordre constant qui y régnait.

-Tu vas chercher ton costard ? Lâcha-t-il un oeil dans le sens de vision opposée à l'autre.

-Il faut bien non, comment veux-tu que je sois présentable sans un beau costume fait sur mesure pour l'occasion Nack ! Et j'y vais pour faire grossir la pierre surtout. Si j'en ai l'occasion, car après tout il y aura du lourd comme vampire et je dois bien préparer mon coup pour vraiment m'en sortir sans les doutes planent sur moi.

-Ouais, toujours avec tes plans tordus Sladd, reviens vite t'as la vaisselle à faire ce coup-là. Relança le frère.

-Mais oui, penses-tu, c'est ton tour sauvage, t'es sortis pendant que moi je bossais et que j'écrivais. Je vois la haute noblesse de Londres je dois être parfait comprends-tu ?

-Oui j'ai compris rah ! Casse-toi avant que je te jette dehors avec ta noblesse. Conclus Nack en riant de bon coeur et se levant du canapé en sous-vêtements.

L'alchimiste enfila une veste par-dessus sa chemise blanche et il sorti de l'appartement avant qu'une chaussure lancée par son frère ne vienne lui écraser les doigts. Dans la rue, tout était calme, à cette heure les gens travaillaient ou bien mangeaient. Sa première destination était le tailleur pour son costume, mais il ne comptait pas être comme tous les pauvres aristocrates. Non son costume serait grandiose et sobre.
Tout en marchant il cherchait comment mettre en place son plan, car il y aura beaucoup de monde, il vaudrait mieux utiliser une création humaine où bien autre pour faire le sale travail. Mais pour l'heure il devait récupérer sa tenue. C'est ainsi qu'il tomba après quelques minutes devant l'endroit désiré. Une boutique, à l'extérieur sobre et seulement une pancarte où l'on pouvait lire avant le nom de la boutique, car à voir la pancarte cette micro-entreprise avait du vécus, c'était pour cela que Sladd l'avait choisis.

En passant la porte d'entrée, il nota qu'il était le seul client présent à cette heure de la journée et salua d'un ton fort le propriétaire qui devait être dans une salle annexe à celle où il était. Pour attendre la venue du vendeur il marcha lentement dans la boutique et observa les tenues exposées, on pouvait y voir des pièces magnifiques, des œuvresd'arts qui ne pouvaientque sublimer les personnes qui avaient l'honneur de se vêtir de ces créations uniques.

C'est finalement au bout d'un petit moment que des pas se firent entendre derrière le comptoir du magasin et le propriétaire, un homme d'une cinquantaine d'année une nette calvitie, des lunettes rondes dépassant du visage arriva face au jeune homme.

-Monsieur Nordj, vous êtes venus récupérer votre tenue peu être ? Demanda-t-il d'une voix faible.

-Oui, le bal auquel je participe étant ce soir je viens le récupérer, et l'essayer pour quelques éventuelles retouches de dernières minutesRépondit le russe.

-Bien sûr ! Je vais vous le chercher, il m'aura fallu du temps, mais au moins, l'originalité est présente !

Sur un ton satisfait le vieil homme disparu à nouveau dans une salle pour revenir à une vitesse impressionnante pour son âge.

-Voilà Monsieur Nordj, votre tenue.

-Merci bien. Je vous paierais demain, car aujourd'hui j'ai un emplois du temps relativement lourd, vous comprenez.

Sans attendre réponse il se déshabilla pour enfiler sa tenue. Commençant par un pantalon en tissu noir ébène lui arrivant au bassin il enfila ensuite une chemise comme toujours, aux teintes grisée . Ensuite un veston noir court qui ne descendait qu'au niveau du nombril de Sladd. Ce veston en tissue étreignait sans déranger l'écrivain. Après venait une veste de tissu, noir elle aussi qui descendait jusqu'au bas des mollets du russe. La veste enveloppait tout le corps de son porteur pour le protéger du froid. Un col élégant remontait jusqu'aux oreilles de Sladd ce qui lui donnait un regard mystérieux et intriguant quand on croisait son regard de côté. Et pour sublimer le tout, une ceinture de largeur conséquente de même couleur que la chemise ainsi que des chaussures de même teinte ce qui rendait prisonnier le pantalon de gris.

Il partit ensuite se regarder dans un grand miroir prenant toute la hauteur du mur, et il fut stupéfait du résultat, il y avait là un travail de maître, il serait éblouissant avec ça ce soir. Sladd se retourna vers le tailleur et le regarda avec ces yeux que les enfants ont quand leur mère leur offre un jouet.


-Quel travail ! C'est époustouflant, je ne pouvais rêver mieux Monsieur. Je vous paie demain, je dois à présent me toiletter pour mon bal de ce soir.

Encore une fois sans attendre réponse il sortit du magasin dans sa magnifique tenue, oubliant ceux qu'il avait avant. Les rues étaient encore plus déserte qu'à l'allée ce qui surpris Sladd, mais pas plus que cela et pourtant, une heure avait passé. Sans se soucier du décors il rentra chez lui. Son frère était tout juste habillé et quand il entra ce dernier le regarda en sortant.

-Monsieur est bien élégant ce soir, lui faut-il encore autre chose ?

-La ferme Nack, je vais me préparer, et pas touche à ça. Après je m'amuserais à préparer ma plume et mon encre, cacher mon eau bénite et autre.

L'alchimiste alla dans sa chambre en seulement quelques pas et il se dirigea vers la fenêtre pour contempler le soleil qui se couchait, lentement même si le crépuscule n'était pas encore présent. Il balaya la ville du regard avant de murmurer pour lui même.

-Bon.. le plan de ce soir consiste à entrer dans le bal, jusque là, rien de farfelu puisque j'ai l'invitation. Ensuite je dois trouver une domestique isolé pour le tuer et le cloner en pierre avec les caractéristiques des humains. À ce clone je donnerais mon eau bénite qui partira verser dans les verres de vins qui seront bus par les invités, et donc les vampires, je prendrais soin à ce que mon hôte n'en boive pas afin de valeureusement la sauver et ainsi monter en estime. Voilà un plan simplement parfait.

-T'es pas encore parti idiot ? Je te rappelle que si tu arrives à pieds ça passera plus que moyen non ? Le temps que tu trouves une voiture ça prendra des heures avec l'événement de ce soir. Lança son frère d'une voix forte alors qu'il lisait le journal.

-Tais toi enfin j'ai déjà prévu ça, tu oublies que je suis alchimiste du dessin non ? Conclut Sladd en revenant dans le salon.

L'alchimiste regarda le journal et vit le gros titre sur l'événement au théâtre dont il avait eut vent, d'un geste il arracha le papier à son frère sans rien lui demander et il s'assit dans une chaise en face, envoyant voir ailleurs son frère quand il lui faisait une réclamation. Ce qui l'intéressait c'était l'article sur cet événement qui avait tourné au drame. Il contait d'un certain Raphaël allié à un Alexender et une Eulalia Grey devenue orpheline avait attentait au Comte et la reine, qui était saine et sauve, en lisant cela Sladd ne put s'empêcher de murmurer un
« god save the Queen ». Détaillant l'article il ne trouva rien de bien intéressant, rien qu'il pourrait sortir sinon une inspiration pour une prochaine nouvelle qui aurait peu être sa place dans les journaux.

-Bon... bah au moins ça c'est fait, il faut être fou pour vouloir tuer le Comte, un si puissant homme. Enfin. J'en ferais un allié donc ce ne sera qu'à son avantage d'avoir un puissant alchimiste comme moi parmi les siens.

-J'y pense Sladd, tu n'avais pas de la compagnie avec toi ce soir ? Balança le hunter comme si cette phrase lui avait parut comme une illumination.

-Si ! Je lui ai envoyé une invitation il y a peu, j'espère qu'elle a suivis mes idées pour progresser dans l'alchimie. Je lui ai dis que nous nous trouverions dans le hall où bien au buffet, j'ai envoyé sa robe aussi j'espère qu'elle sera magnifique dedans, cette petite est pleine d'avenir.

Son frère ne répondit pas, il ne connaissait rien à l'alchimie pour lui la force ne se cachée pas derrière de la magie mais un savoir faire avec une arme, mais les deux frères savaient allier les deux méthodes pour être efficace en chasse.

-Je file, j'ai une voiture à faire venir. Glissa-t-il en en repartant dans sa chambre où il prit ses fioles d'eau bénite, son livre et une encre fortement concentrée en pierre philosophale, deux fois la dose habituelle, une encre à dose normale et sa plume. Alors qu'il allait fermer la porte il prit son gant qu'il faillit oublier et le glissa à sa main pour ensuite fermer la porte.

Il sortit dans la rue et sa grande surprise les rues étaient encore déserte, décidément, soit sa rue était maudite soit personne ne voulait sortir, mais au final c'était mieux pour lui car sa voiture il allait la sortir du sol. Son gant à la main il activa son cercle de transmutation et la posa au sol en prenant de l'autre main sa plume qu'il trempa dans l'encre bouchée de manière à ce qu'il puisse plonger la plume dans le récipient sans en faire couler lorsqu'il se mouvait. Glissant l'encre sur le sol il murmura.

-Qu'une voiture à trois chevaux blanc et son conducteur sorte des entrailles de cette rue. Que la forme de cette voiture soit des plus somptueuses et que les chevaux donnent l'illusion d'être aussi fort que ceux que l'ont voit dans les hippodromes.

Il prononçait ces mots à mesure que le cercle formait l'image de la voiture sur le sol, que les traits se pliait aux mots de Sladd pour donner une image de profil de la création qui donnait vraiment l'impression d'appartenir à un riche bourgeois. Dans un dernier geste Sladd leva sa création qui ne lui servirait que pour le trajet. Une fois que cette voiture était sur pieds pour ainsi dire, Sladd monta à la place du conducteur alors que le conducteur en pierre mais aux couleurs humaines était à côté de lui et cravacha les animaux de pierre qui donnait la parfaite impression d'avoir un poil soyeux et parti au galop dans les rues déserte pour se diriger vers la manoir de cette Chastity.

En arrivant vers la Royal Académie of Art les rues se remplissaient, des ouvriers voulaient absolument voir ou espérer voir les grandes figures de Londres, Sladd lui se frayait un chemin à travers la populace tout de même nombreuse, à un tel point qu'à un moment Sladd du faire hennir ses chevaux pour qu'on le laisse avancer, il fallait dire que son véhicule imposait le respect par ses détails.

Lorsqu'enfin il passa l'imposant portail qui cachait le manoir, Sladd fut surpris du monde qui était présent, mais cette fois les odeurs étaient agréables. Il avançait fièrement devant les aristocrates qui le regardaient avec dédain et il savait son entrée triomphante et quand le moment où son véhicule arrivant devant le bâtiment, il sauta d'un geste souple pour atterrir au sol. Le conducteur de pierre prit place afin de reconduire cette voiture jusqu'à la Tamise où la pierre prendrait place pour disparaître quatorze heures plus tard. Sladd lui avança vers l'entrée d'un pas souple et assuré.


-Si ma mère me voyait. Murmura-t-il avec un sourire alors qu'il présentait son invitation à la personne responsableSladd Nordj, écrivain et dessinateur, je suis en compagnie d'une adolescente de quinze ans et blonde à la peau blanche comme la neige. Mais elle arrivera plus tardivement dans la soirée.

On le laissa donc entrer et Sladd s'aventura à marcher lentement vers le hall, il sentait les regards se poser sur lui et les paroles le glorifier ou le critiquer, car l'aristocratie reste un monde sans pitié. Il baissa son col de veste comme celui d'une chemise et s'arrêta pour voir cette miniature des landes de Londres, sur cette maquette une représentation d'une machine à vapeur colossale par son ingéniosité, ce qui fit naître un sourire sur les lèvres de l'alchimiste. Cette Chastity était d'une intelligence remarquable. Continuant sa route e jeune homme s'essaya aux diverses machines qu'on proposait de tester ce qui laissa à Sladd un sourire plus grand après chaque essaie, il n'était pas près d'oublier cette soirée. À vrais dire en y repensant il ne voyait pas les gens autour de lui, il était concentré sur les inventions de la maison Stepheson.

Il s'aventura ensuite à explorer le hall d'entrée pour trouver Célestine dans un doute, mais aussi son hôte qu'il voudrait bien rencontrer. C'est après quelques minutes de marche dans cette jungle mondaine que Sladd aperçue une masse de cheveux aux teintes flamboyantes. N'hésitant pas, il marcha en direction de cette chevelure, mais avant de parler à la personne il s'assura que c'était bien Madame Stepheson qui était présente devant lui, ce qui fut le cas, et il put la décrire pour la première dans sa véritable forme et non ses formes qu'il s'était lui même imaginait. La belle portait une coiffure complexe et pourtant d'une paradoxale simplicité, une cascade de feu lui ornait la nuque mise en valeur par une robe magnifique, sûrement d'un grand tailleur, elle était d'une couleur azurée aux yeux de Sladd sous cet angle de vision avec la luminosité. Les tissus modelés laissaient une gorge dénudée tout en masquant la poitrine de cette élégante jeune demoiselle qui devait aborder les vingt-cinq ans, mais la blancheur de la peau de cette femme le choqua, il ne connaissait que les vampires pour avoir une peau si blanchâtre, mais il avait remarqué que toutes les dames ici avaient la peau d'une blancheur incroyable, à croire qu'elles étaient malade. Il n'arrivait pas à décrire les yeux de Chastity était-ce à cause de la luminosité ? Lui même n'en savait rien mais une chose était sur, le charme de cette créature n'était plus à faire, la beauté de la nature avait là bien opérée.

Ce décidant il se posta lentement devant son hôte avant de lui offrir un baise main délicat.


-Madame Stepheson, voilà un honneur pour moi que d'avoir reçu votre invitation, moi un simple écrivain et dessinateur russe. Je suis Sladd Nordj et je dois avouer que je n'ai jamais vut de si grandes maisons, de si grandes machines bien que miniatures, mon esprit ne peu s'empêcher de les imaginer en taille réelle mais à quelle échelle ? Il marqua une pause le temps de laisser la jeune femme répondre et reprit. Je dois vous avouer que... je ne sais pas si je dois prononcer le E. de votre nom, car je ne suis qu'un jeune bourgeois qui vit de son art et c'est bien là ma première grande sortie dans cet univers qu'est l'aristocratie. Cependant vos inventions donnent mon esprit à de nouvelles idées ! Cet univers très mécanique m'inspire certaines idées, me laisserez-vous dans la soirée vous les conter autour d'un verre ? Et... expliquer moi comment fonction la miniature de machine à vapeur à l'entrée, son concept m'a l'air complexe mais peu être suis-je assez intelligent pour en comprendre les grandes lignes.

Il laissa à son hôte le temps de lui répondre, espérant qu'elle prendrait quelques minutes pour lui répondre et entamer un dialogue qui pourrait se poursuivre plus tardivement dans la soirée.
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MessageSujet: Re: Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42] Mar 19 Mar - 19:50

(HRP: En provenance de: La curiosité est un vilain défaut !)

En ce Lundi 30 Mars 1842, Londres continuait sa course, comme chaque jours. Les marins partaient en mer, les boulangers régalaient ou non les habitants, apothicaires et faiseur de miracle annonçaient la découverte d'un tout nouveau remède contre une obscure et contagieuse maladie, les teinturiers offraient aux passants leur plus beaux drapés, leur plus belles couleurs... Tout n'était qu'effervescence en cette radieuse journée. L'Hiver commençait à se retirer au profit de la douceur du Printemps, et pas une goutte de pluie ne vint ternir ce beau spectacle.
Au manoir O'Sullivan, dans le quartier de Westminster, les rideaux étaient fermés, malgré l'après midi agréable, nul ne semblait vouloir mettre le nez dehors. A vrai dire, c'est sur les coups de seize heures qu'une certaine agitation commença à s'emparer des lieux. Meredith et Agate discutaient à voix basse tout en époussetant les lustres, tandis qu'Alice avait gagné la chambre d'Aisling, déjà levée depuis quelques minutes.
A l'autre bout d'une couloir, dans une vaste chambre aux tons pourpres et or dormait le maître des lieux.
Sous un monceau de couverture, de peluches et de poupées aux figures effrayantes, on pouvait apercevoir une touche de cheveux rouge sang, dépassant de toute cette ménagerie. C'est aux alentours de dix sept heures que Glen commença à remuer dans son lit, quittant doucement le domaine du subconscient pour revenir à la réalité.
Émergent, dans un état second, il bailla à s'en décrocher la mâchoire, les yeux encore embués de sommeil et sa tignasse rousse complètement décoiffée. Il avait l'air un épouvantail ahuris, mais pour une fois, il avait bien dormit, et n'avait pas été hanté par d'horribles songes. Et il était de bonne humeur. Ce qui n'était pas forcément une bonne chose pour son entourage. Car lorsqu'il était de bonne humeur, Glen pouvait très vite devenir exaspérant.

Alors qu'il aurait pu somnoler encore une bonne heure, l'irlandais décida de se lever, s'étira de tout son long et enfila un vêtement d'intérieur brun avant de se diriger vers la fenêtre, calfeutrée par des rideaux. Le soleil commençait à décroître à l'horizon, mais pas question de jeter un œil à travers les épais verre des fenêtre pour le moment. Pourtant, Glen ne pu résister à l'envie de caresser le velours des rideaux du bout des doigts, jusqu'à ce que la brûlure de l'astre solaire ne le fasse changer d'avis. On frappa alors à sa porte, et Alice, sa jeune servante et calice entra, esquissant une courbette.


-Bonsoir, monsieur ! Avez-vous bien dormi ? Demanda-t-elle avant de se diriger vers le lit qu'elle entreprit de défaire complètement afin de remettre les draps en place, de les lisser et de secouer un peu les oreillers.

-Fort bien, ma chère Alice ! Je n'avais pas si bien dormis depuis des lustres ! Répondit le Vampire d'une voix enjouée en s'affalant dans un fauteuil.

Il étendit nonchalamment les jambes et les posa sur le plateau de son bureau tout en observant à nouveau les rideaux. La jeune femme sembla comprendre son air quelque peu nostalgique.


-Ce sera une belle nuit, monsieur. Le temps était radieux aujourd'hui !
-Certes, certes... Quel dommage que je ne puisse plus contempler le soleil ! Approche, veux-tu ?

Glen aimait la nuit, comme tous les Vampires, mais un petit rayon de soleil de temps en temps de lui aurait pas déplut, finalement. Alice délaissa alors son ouvrage et s'approcha de son maître, esquissant à nouveau une courbette tout en gardant le silence. Avec douceur, l'aristocrate lui saisit le bras et releva délicatement la manche de sa robe bleue marine. Il parcouru la peau pâle de la jeune fille du bout des doigts avant de porter son poignet à ses lèvres pour y plonger les crocs afin de se nourrir. Elle avait le sang sucré, comme il les aimait car s'il l'avait pu, Glen aurait bu du sang réduit en confiture.
Lorsqu'il eut finit de se nourrir, l'irlandais donna un coup de langue sur la plaie pour en effacer toutes traces de sang et rendit à la jeune fille l'usage de son bras. Il lui demanda ensuite de lui faire couler un bain, et plongea la tête la première dans sa baignoire pour se délecter de la mousse odorante et de l'eau fraîche.
Ce soir il n'allait pas s'ennuyer. Ce soir avait lieu le bal et la présentation des dernières inventions de Chastity Stephenson et pour rien au monde Glen ne voulait rater cela.

A l'autre bout du couloir, dans sa chambre, Aisling faisait face à son miroir. Derrière elle, Alice avait quitté la chambre de Glen pour venir coiffer la jeune Vampire. Après avoir relevé sa longue chevelure argentée, elle en avait sculpté les ondulations avec de la cire pour en faire des anglaises. Quelques pinces dissimulées relevaient quelques mèches, tandis que d'autres encadraient son visage de poupée. Ainsi, la demoiselle portait une coiffure compliquée mais élégante, qui dégageait ses épaules nues, et un joli peigne en ivoire sculpté apportait une touche originale à l'ensemble.
Sa tenue était des plus ravissante. Elle portait une robe à crinoline ample, dont les petites manches ballon dégageaient son cou et ses épaules. Une mousseline légère et de teinte orangée composait lesdites manches, et était décorée de broderies délicates. Le corps baleiné qui ceignait la taille de guêpe de la Vampire était dissimulé par une pièce d'estomac d'inspiration française, d'un orange sanguin magnifiquement décoré d'oiseaux brodés de fil d'or. Nombre de jupons composaient le bas de la robe et lui donnaient son volume, mais le taffetas froncé et les dentelles n'étaient pas ce qui faisait l'originalité de la tenue. En réalité, il s'agissait du savant dégradé de couleurs opéré de la taille au pied de la robe de la jeune femme. L'orange laissait peu à peu place au carmin qui s'effaçait à son tour au profit de la pourpre. Le drapé rappelait un coucher de soleil, qui se mariait à merveille avec la peau ambrée d'Aisling. De petites chaussures assorties habillaient ses pieds, totalement dissimulés par la robe, à ses oreilles pendaient deux pierres d'ambre orangé sur monture d'or, et à son cou reposait une pierre semblable.

Un sourire se peignit sur ses lèvres alors qu'elle se levait pour aller admirer le résultat dans une glace. Cette robe, Glen la lui avait offerte pour le bal de la soirée, et si la jeune femme avait beaucoup à lui reprocher depuis plusieurs semaines, elle devait reconnaître son bon goût et sa générosité... Quelque peu étrange. Un soir il doutait de sa fidélité, le lendemain il lui offrait une robe incroyablement coûteuse... Même après deux siècles elle peinait parfois à le comprendre.
La jeune femme retourna s'asseoir derrière sa console, et entreprit de maquiller légèrement son visage. Elle farda ses joues pour les rosir, fit ressortir ses prunelles rubis avec un peu de khôl et de fard, et ajouta une touche légère de rouge sur ses joues.
Enfin, Aisling passa un châle de dentelle assortit à ses manches, enfila de longs gants satinés, et jeta un œil à l'horloge qui siégeait prêt du lit. Dix huit heure trente. Elle avait encore beaucoup de temps devant elle !

De son côté, Glen était sortit de son bain presque à regret et boutonnait à présent machinalement sa chemise, tout en réfléchissant. La soirée à venir serait sûrement palpitante. Par bien des points étranges mais surtout fascinante. Il avait hâte de rencontrer la demoiselle qui organisait les festivités, d'en savoir plus sur elle, de voir ses curieuses machines... Mais il songea également au Comte, qu'il allait retrouver à nouveau. La situation serait différente cette fois-ci, et il leur faudrait adopter un masque mondain de politesse et d'indifférence qui serait probablement très amusant à porter. Jouer la comédie, Glen adorait cela, mais il ne s'était encore jamais retrouvé en présence de cet homme dans de telles circonstances... Les choses paraîtraient sûrement étranges au départ. Et il ne doutait pas que son adorable seconde ne perdrait pas une occasion de foudroyer le vieux Vampire du regard... Il lui faudrait lui rappeler la politesse avant leur départ.
Une fois le col de sa chemise blanche mis en place, l'irlandais s'approcha de la grande armoire contenant toute sa garde robe et entreprit de chercher une tenue adéquate. Pour ce genre d'occasions, les dames revêtaient leurs plus belles toilettes aux couleurs chamarrées mais pour les hommes, le noir était de rigueur. Et Glen n'aimait pas porter une tenue intégralement noire. Il trouvait que cela lui donnait un air sinistre. Mais d'un autre côté, son excentricité faisait déjà assez parlé d'elle, et il opta pour la sobriété plutôt que pour la démesure.
Ainsi enfila-t-il un pantalon noir et élégant, qu'un frac de la même couleur viendrait recouvrir. Il ne s'autorisa une touche de couleur que pour son veston, vert émeraude et décoré de boutons argentés. L'irlandais fit une étrange moue perplexe en regardant son reflet dans le miroir. Sans maquillage et vêtu d'une tenue sobre, il semblait plus vieux, plus sérieux mais aussi sous un certain angle plus inquiétant. Le résultat n'était néanmoins pas déplaisant, simplement étonnant car peu habituel. Sa moue se changea en un sourire : Rien ne l'empêcherait de charmer ou une deux damoiselles si l'occasion se présentait ! Tout était bon à prendre pour égayer sa soirée !

Fin prêt, le Vampire quitta sa chambre au moment où Aisling allait descendre le grand escalier de marbre menant au rez de chaussée. Un sourire se peignit sur les lèvres de l'irlandais alors qu'il contemplait la jeune femme. Si la londonienne de l'époque arborait fièrement un teint de porcelaine, Glen avait toujours trouvé la peau matte de la demoiselle délicieuse. Une couleur sublimée par cette robe qui lui allait à ravir. Aisling haussa légèrement un sourcil en découvrant son maître, élégant et pourtant strict dans sa tenue noire, et son visage démaquillé qu'elle ne voyait pas très souvent. S'approchant, l'irlandais offrit son bras à la jeune femme qui le prit pour descendre des marches. En bas les attendait Kane, l'homme de main taciturne du Marquis. Ce soir, il mènerait la voiture et les chevaux à Stephenson Hall, mais il s'assurerait également de la sécurité de son maître, bien trop méfiant pour se rendre seul à ce genre de réception.
Meredith passa une longue cape noire sur les épaules d'Aisling, tandis qu'Agate tendait à Glen sa redingote d'une couleur profonde à mi chemin entre le noir et le vert empire, et son chapeau haut de forme.
L'horloge sonna de nouveau, il était l'heure. Glen n'aimait pas arriver en retard, mais il n'arrivait jamais en avance non plus. Il était simplement ponctuel. Alors que Kane prenait place à l'extérieur de la voiture, Glen et Aisling s'installait sur les banquettes molletonnées. Un silence pesant s'installa tandis que l'attelage se mettait en route et que la jeune Vampire lissait nerveusement les plis de sa robe. La regardant avec un sourire moqueur, le Marquis finit par prendre la parole.


-Tu sais ce qui m'amuse tout particulièrement... ? Demanda-t-il en tournant son regard vers l'extérieur.

Aisling releva la tête et la secoua en signe de négation.


-Cette Chastity... Je me suis renseigné à son sujet. Elle n'est pas seulement le fruit d'une expérience un... Cobaye, une chose ou un monstre aux yeux de nombre d'entre nous... Non le plus drôle... C'est qu'elle fait partie de la Camarilla..., dit-il en se tournant à nouveau vers sa seconde pour la regarder. Elle en défendrait les idées...

Aisling tiqua à cette révélation.

-Je t'avais dis de te méfier de cette inconnue... Peut-être cherche-t-elle à obtenir des renseignements de la part de l'autre camp... Je ne suis pas certaine qu'engager la conversation sur le sujet soit une bonne idée...
-Qui sait... Je ne vais pas la manger pour ses idées... En revanche il est clair que je ne les partage pas !
-Certes... Mais les représailles vont vite, dans le monde de l'ombre !
-Si je devais rendre des comptes à chaque pas que je fais, ils auraient des romans entiers à écrire ! Répliqua le Marquis avant de ricaner.

Glen trouvait cela véritablement fascinant. Ou plutôt amusant, divertissant. Car si la demoiselle défendait des idéaux de paix et de partage avec les humaines, lui prônait le contraire. La seule chose qu'il ne partageait pas avec le Sabbat était cette volonté de se révéler au grand jour. Pour le reste, il était en tous points d'accord. Si le sujet était abordé d'une manière ou d'une autre, la discussion pourrait devenir très intéressante.
Oui vraiment, ce soir l'irlandais ne pensait pas s'ennuyer une seule seconde !

Le trajet jusqu'à la demeure de Chastity lui sembla interminable, et il ne fut pas fâché de pouvoir mettre le nez dehors lorsque l'attelage se figea. En parfait gentleman, il aida sa dame à descendre de la voiture, que Kane présenta au garçon d'écuries pour qu'il la range. Les deux aristocrates s'avancèrent alors jusqu'à l'entrée d'un magnifique domaine, parfaitement entretenu et savamment décoré. Puis un homme leur demanda une invitation et demanda leur nom, une certaine méfiance dans le regard.


-Glen O'Sullivan, je suis Marquis de Downshire et voici ma cousine, Aisling O'Doherty. Nous avons été conviés par Dame Chastity Stephenson ! Répondit le Vampire avec un grand sourire hypocrite en tendant son invitation.

Il avait été convenu que pour toute sortie mondaine, Aisling serait présentée comme étant la cousine du Marquis, afin d'éviter toutes questions embarrassantes. Le domestique parcouru rapidement le pli et invita les deux irlandais à entrer. On les débarrassa de leurs manteaux, chapeaux et gants, et ils purent à loisir commencer la visite des lieux. Ils n'étaient certes pas les premiers, mais il n'y avait pas encore grand monde dans le hall. Les invités n'allaient sûrement pas tarder à se faire plus nombreux. Mais une chose amusait déjà beaucoup Glen. C'était cette façon qu'ils avaient de se toiser, entre aristocrates, ce regard distant, presque hautain que certains se jetait, cette lueur de jalousie dans les yeux des dames qui découvraient la tenue de la voisine... Ici, Vampire, Humain ou autre, un aristocrate restait un requin assoiffé de pouvoir, de reconnaissance et de cupidité. Ils gardaient jalousement leur trésor, mais ceux dont la richesse égalait presque celle de la reine ne perdait pas une occasion de le rappeler, arborant fièrement les tenues et atours les plus coûteux qui soit. Quant à ceux dont les caisses étaient vides, ils mettaient en avant les quelques conquêtes d'un lointain ancêtre et surtout leur titre. Un Duc sans le sous pouvait encore cracher sur la petitesse d'un riche Comte, le paradoxe était assez saisissant. Un titre nullement mérité avait plus de valeur qu'une fortune obtenue après un rude labeur ! Quelle ironie ! Glen se comportait malgré lui comme n'importe lequel des aristocrates. Il se méfiait de tous mais ne manquait pas une occasion de leur graisser la patte pour obtenir ce qu'il voulait.

L'irlandais détourna bien vite son regard de ces fauves pour s'intéresser aux maquettes et miniatures qui décoraient le grand hall. Le travail de réduction était fin et minutieux, chaque détail de décoration avait été prit en compte, et l'on pouvait imaginer la machine à l'échelle sans le moindre soucis.


-Regarde un peu ce système d'engrenages, Aisling ! C'est ingénieux ! Il transmet le mouvement sur toute la longueur de l'appareil, c'est très bien pensé ! Oh et regarde celui-ci ! Poursuivit le Vampire en s'approchant de la plus grande des maquette, représentant un véhicule au circuit pré établit. Il utilise un système à vapeur, si j'en crois la notice... Mais je n'en avais jamais vu de tel !

Aisling peinait à suivre son maître mais un sourire amusé ornait ses lèvres. Il avait l'air d'un enfant fasciné par le monde qui l'entoure. Car de telles inventions avaient le don de captiver son attention, il aimait en imaginer les complexes fondements, la mécanique, l'idée d'origine... Chaque miniature lui arracha quelques remarques fascinées, et l'irlandais quitta presque à regret ce grand hall pour gagner la salle de bal et ainsi permettre aux autres invités, de plus en plus nombreux, de se pencher à leur tour sur les machines.

La salle était vaste, bien dégagée, le parquet ciré craquait sous les talons des chaussures, et une desserte croulant sous les victuailles attirait immédiatement le regard. La mine gourmande, Glen ne pu résister à l'envie de s'y approcher, et tendit la main vers un petit four feuilleté qui lui semblait appétissant. Seulement, le raclement de gorge d'Aisling le figea dans son mouvement, et le Vampire lui lança un regard mauvais. S'il l'avait pu, il aurait volontiers goûter chacune des petites mignardises présentées sur la table. Mais pas un seul mets ne s'accordait avec son régime alimentaire. Les vins pétillants et autres rafraîchissements n'auraient su le satisfaire également. Se détournant de la grande table, Glen observa les invités déjà présents dans la salle de bal. Ils n'étaient pas nombreux, et pas une dame ne correspondait à la description qu'on lui avait faite de Chastity. Sans un mot, l'irlandais quitta la pièce pour gagner à nouveau le hall.

Il détailla chaque convive, remarqua ceux qui se saluaient et ceux qui s'ignoraient, à la recherche de ladite demoiselle. Aisling sur ses talons, le Vampire décida de se mêler aux invités, mais on le héla dans la foule, et il se figea avant de se tourner vers l'homme qui l'appelait.


-Monsieur le Marquis ! Nous n'avions pas eu l'occasion de nous revoir depuis le dernier opéra, il me semble !

Glen ne mit pas longtemps à remettre un nom sur le visage de cet homme d'une cinquantaine d'année. Son visage rond, ses petites lunettes et la barbe qu'il portait lui donnait un air sympathique que trahissait son regard très sombre. L'irlandais avait rencontré le Duc de Norfolk quelques mois plus tôt, lors de la représentation d'un opéra. Il était ce soir accompagné de son épouse la Duchesse, dont le rouquin ne connaissait même pas le prénom. A vrai dire il avait davantage conversé avec leur fille.

-Monsieur le Duc ! Quelle surprise ! Répondit le Vampire en lui serrant la main avec un enthousiasme très hypocrite. Madame...

Glen déposa un baiser sur la main que lui tendait la Duchesse.

-Mais je ne vois pas votre charmante fille ! Où est donc Emily ? Demanda l'irlandais, presque peiné.
-Oh... J'ai bien peur qu'elle ne soit souffrante ! Elle se plaignait ce matin de nausées, le médecin lui a ordonné de garder le lit !
-Transmettez lui mes vœux de rétablissement, dans ce cas !

Quelques mondanités furent échangées par la suite, quelques compliments qui ne servaient qu'à entretenir une fausse amitié entre eux. Glen n'était pas idiot : Même si l'Irlande appartenait à la couronne anglaise, il restait un étranger à Londres, et les rivalités historiques entre les deux pays n'arrangeaient pas beaucoup ses affaires. Aussi s'attachait-il à se rapprocher de quelques nobles figures de l'aristocratie anglaise, non pas pour aller papillonner des cils auprès de la Reine mais bien pour pouvoir mener à bien ses sombres projets. Le Duc faisait partie de ces personnalités influentes qu'il valait mieux avoir dans son camp, et l'intérêt qu'il feignait pour sa fille resserrait leurs liens. En réalité, le Vampire s'était surtout servit à la gorge de la demoiselle mais ça, il ne s'en vantait pas.
Coupant court à la conversation, l'irlandais profita de la présence de l'homme pour en savoir plus sur Chastity.


-Mais dites-moi ! Sauriez-vous me décrire Dame Stephenson ? C'est que je n'ai pas encore eu le plaisir de la rencontrer !
-Bien sûr ! C'est la demoiselle qui se trouve à quelques mètres derrière vous ! Avec la robe de taffetas bleu ! Lui répondit la Duchesse.

Aussitôt, Glen identifia la jeune femme. Sa magnifique chevelure rousse avait été relevée en un chignon savamment travaillé, et quelques boucles encadraient un joli visage d'une blancheur immaculée. Malgré son aura très diminuée pour se fondre dans la masse, l'irlandais la devinait derrière ces douces prunelles couleur noisette. Un jeune homme discutait avec elle, et le rouquin préféra attendre qu'elle soit seule pour envisager de discuter avec elle.
Souhaitant une bonne soirée au Duc et son épouse, Glen s'éclipsa pour aller dire bonjour à son hôte, qu'il mourait d'envie de connaître enfin. Il profita d'un moment où le jeune homme semblait s'être légèrement éloigné pour saluer Chastity.


-Madame, je me présente à vous ! Glen O'Sullivan ! Commença l'aristocrate en effleurant la main de la jeune femme de ses lèvres. Et voici ma cousine, Aisling. Je tenais à vous remercier pour votre charmante invitation ! J'ai pu découvrir quelques unes de vos inventions et je fasciné, vraiment ! Votre ingéniosité est remarquable ! D'où vous vient-elle, d'ailleurs ?

Quoi de mieux qu'une question sans intérêt réel pour entamer une conversation ? Glen n'avait nullement besoin de lui dire qui il était, elle le savait déjà. Il la détailla un long moment, cherchant chez elle une quelconque différence que sa nature aurait pu expliquer mais il ne trouva rien. Elle était semblable à tous les vampires, elle avait la même aura mystérieuse et sensuelle, la même peau pâle et lisse, le regard quelque peu effacé... Comment la différencier alors ?

-Ah mais j'imagine que vous avez prévu d'éclairer nos lanternes à ce sujet, n'est ce pas ! Je suis persuadé que tout cela sera captivant, vraiment...

Mais son regard trahit l'espace d'une seconde un intérêt tout autre. Certes les inventions de la jeune femme l'intéressaient, mais c'était avant tout sa personne, sa nature, sa... Différence qui le fascinait. Elle pouvait être considérée comme un chef d'oeuvre par son créateur comme une erreur grossière par la plupart des leur, elle restait une curiosité pour l'irlandais. Fort heureusement pour lui, il savait fermer son esprit, surtout en de telles situations. A une réception où plusieurs Vampires risquaient de se croiser, il valait mieux garder ses pensées à l'abri. Dans le cas contraire, Chastity aurait vite saisit que Glen ne la regardait pas comme un prédateur pour rien. Il en voyait en elle plus un sujet d'étude, une jolie poupée qu'une personne à part entière. Une bien cruelle vision d'une personne n'ayant certainement pas choisit sa nature. Mais ce soir, il redoublerait de finesse pour décortiquer ce mystère qu'elle représentait à ses yeux.


(HRP: Pardon pour l'attente, mais me voici me voilà! Sladd comme convenu j'interviens à ce moment là histoire de pas rester dans mon coin dans l'ombre, ça fait louche! X3)
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Sébastian Angelstone
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MessageSujet: Re: Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42] Ven 22 Mar - 17:40

Au milieu de la grande cave d’un hôtel particulier, plongé dans un silence olympien, trônait un cercueil en ébène de grande qualité. Le couvercle encore ouvert permettait d’y voir un jeune homme étendue de tout son long, un bras replier sur son torse et l’autre poser au dessus de sa tête. La peau de son visage était blanche et pâle et contrastait si fortement avec le noir de ses cheveux qu’on aurait dit un mort ou tout simplement un ange déchus qui aurait échoué à cet endroit. Toutefois, les mouvements brusques du jeune homme semblaient trahir cette hypothèse. Il semblait être en proie à un véritable cauchemar. Malgré son agitation, le jeune homme n’arrivait pas à s’extirper de ses songes, sans cesse harceler par le rire cristallin d’une femme tandis qu’il courrait mais sans pouvoir arrivé à destination. Autour de lui tout n’était qu’ombre difforme qui tendait de longs doigts griffus pour le saisir. Soudain, il sentit une main s’abattre sur son épaule tendis qu’une voix murmurait son nom à son oreille.

C’est à ce moment là que Sébastian se réveilla, totalement haletant et couvert de sueur, chose qui était rare pour lui comme pour les être de sa race. Restant immobile, complètement en nage, le vampire prit quelque instant à reprendre son souffle. Son épaule l’élançait comme s’il avait été marqué au fer. N’y tenant plus, il se leva brusquement et monta au rez-de-chaussée où il s’arrêta devant un imposant miroir. D’un geste habile, il étira le col de sa chemise avant de constater avec stupéfaction la marque d’instinct de griffure qui disparaissait sous son pouvoir régénérant. Lorsqu’il ne resta plus rien, le jeune homme releva la tête avant de croisé son regard dans le miroir. Il était salement amocher. Ses cheveux étaient en bataille, ses crocs ressortit refusait de disparaitre, sa gorge le brulait comme s’il avait envaler du feu et le plus effrayant était ses yeux, d’un rouge éclatant... Depuis combien de temps il n’avait pas but? Combien de temps il n’avait pas prit de sang? Trop préoccuper par la venue en ville de cette Fiora de même que du fiasco du théâtre, sans compter la mort d’un membre imminent du Sabbat... Et lui qui avait du manigancer, remodeler remettre tout le monde à sa place pour éviter une tuerie sans lendemain... Il était en retard...

Malgré son jeune âge, Angelstone avait toujours su résister aux pulsions violentes des êtres comme lui. Sa nature posé lui avait évité de sombrer dans la folie mais se soir, il semblait incapable de résister à son envie de sang. Malgré ses mains tremblante et sa voix chevrotante, il se décida d’appeler son domestique qui arriva en catastrophe près de lui.


- Oui monsieur?

-Nous reste-t-il du sang? En grande quantité?

Le domestique sembla visiblement mal à l’aise et il hésita à répondre mais voyant l’air furieux et désespérer de son maitre il n’eu d’autre choix que de répondre.

-Non monsieur, les réserves sont vides depuis deux semaines puisque vous avez été absent une bonne partie de ce temps.

-C’est pas vrai! Très bien, appeler Annie ou encore Gloria, Sophie Mrs Patmore si vous voulez mais trouvez moi du sang frais!

-Mais monsieur, il y a bal se soir, elles sont fort probablement déjà en route, il n’y a personne de disponible...

Sébastian tomba à genoux, les tremblements se répandant le long de ses bras. Il du faire un effort inhumain, et c’était le cas de le dire, pour ne pas sauter sur son domestique. Celui-ci disparut rapidement du champ de vision de son maitre et s’en alla à la cuisine avant de revenir avec un grand verre d’eau et une petite boite de comprimée.

-Voilà monsieur, c’est tout ce que j’ai pu trouvé à mettre à votre disposition…

D’un geste brusque, le jeune homme arracha les comprimés des mains du domestique avant de les laissés tombé dans le verre d’eau. Il n’en mit pas une ou deux mais bien 4 d’un seul coup. L’eau devient d’un rouge profond et le vampire en avala une grande gorgée. Toutefois, le liquide n’étancha guère sa soif, au contraire, il eu l’impression d’avoir envalé du sel. Il eu un haut le cœur et dans un soubresaut, vomit l’entièreté de la gorgée qu’il venait de prendre. De rage, il jeta au loin la boite de comprimé.

-Ça ne fonctionne pas!... je... je dois sortir...

Sans attendre plus longtemps, il se redressa avant de quitter l’hôtel particulier malgré les cris de protestation de son domestique qui le suppliait de ne pas sortir ainsi, la chemise couverte de sang et sans soulier ni même de manteau. Heureusement, le temps était au brouillard. On ne distinguait strictement rien dans la nuit naissante. S’enfonçant dans le parc, Sébastian marcha droit devant lui avant de s’effondrer dans une petite ravine à l’orée du chemin. Il resta un moment immobile, à bout de souffle tandis que son corps en entier criait famine et la soif. Il entendit soudainement des bruits de pas qui se rapprochait de lui. Restant parfaitement immobile, il n’entendit plus rien jusqu'à ce qu’un petit ‘’oh’’ de surprise retentit près de lui. Il était si faible que ses sens l’abandonnaient peu à peu. La jeune dame le regarda un instant incapable de faire le moindre geste. Entrouvrant les yeux, le vampire tendit doucement une main vers elle.

- Aidez-moi...

Elle s’approcha alors près de lui en lui demandant ce qu’elle pouvait faire pour l’aider. Plongeant ses yeux rouges dans les siens, Sébastian la regarda s’approcher de lui sans faire le moindre geste en lui parlant à voix très basse.

-Oui venez, venez près de moi, tout contre moi...

Tandis qu’il sentait déjà les boucles soyeuses de la demoiselle contre son visage, sa bouche s’ouvrit et avec une rapidité digne des serpents les plus venimeux, il happa la gorge offerte de sa proie étouffant le cri naissant dans un tourbillon de sang qu’il aspirait inlassablement. Il but tout le liquide vermeil, absorbant la vie qui lui redonnait ses sens et qui apaisait sa soif...

Ah la nuit, douce et claire comme la peau soyeuse d’une femme à qui la vie s’écoule lentement. Ses pupilles dilatés fixant le ciel où les astres s’y reflètent pour enfin se figer dans des orbites immobiles. Oui, douce nuit calme et macabre, qui accueille son visiteur en son sein tandis qu’il laisse une fée blanche de plus derrière lui.

Le diable se redressa, plus vivant que jamais. Il reprit sa route, abandonnant derrière lui le corps de la jeune femme dont les dernières gouttes de vie s’écoulaient le long de la plaie qui ornait son cou. De retour chez lui, Sébastian se décida à laisser éclater sa fureur.


-Mais je ne suis entouré que d’incapable! Des semaines sans la moindre réserve de sang dans ma propre demeure!

-Mais monsieur...

-Aller au diable. Se contenta de répondre Angelstone avant de retourner dormir.

Mais j’y suis déjà songea le domestique avant d’aller préparer les vêtements de son maitre pour la soirée.

Sébastian dormis pendant environ deux heures, se souciant peu d’être parmi les derniers invités à se présenté à la réception de cette mademoiselle Chastity. Une créature qui pouvait s’avérer intéressante, lui semblait-il. Grâce à ses divers réseaux et contactes, il avait pu en savoir un peu plus sur cette haute bourgeoise qui l’avait invité, belle jeune femme, elle était également un vampire, mais pas nécessairement de leur race. C’était une vampire qui avait été transformée, manuellement disons. Cela avait passablement surpris le vicomte, qui était assez fou pour imposer cela à un être humain? Mais qu’importe, il allait être intéressant de la côtoyer le temps de cette soirée...

Une fois levé, le vampire semblait être plus calme, quoi que ses yeux brillent encore d’un éclat mauvais. Il prit le temps de s'habiller, ajoutant un soin particulier à sa tenue avant de se regarder dans le miroir. Il portait une élégante chemise blanche à laquelle il avait ajouté un petit veston d’un noir profond. Un pantalon noir marquait sa taille fine mais athlétique. Pour finir, une veste noire, simple et de haute couture, une cravate dont le nœud simple rehaussait la distinction. Le vampire n’avait jamais été réellement enclin à suivre la mode et bien qu’il devait jouer les jeunes hommes, leur frivolité le laissait sans voix. La dernière tendance qui consistait à porter une cravate dont le nœud était soit compliqué ou soit accompagné d’un collet qui montait jusqu’au menton, lui inspirait une répugnance sans nom. Décidément, il ne suivrait jamais ces frivolités. Après tout, sa position ne permettait pas que qui conte ose le critiqué sur sa tenus vestimentaire. Il laissait volontiers les couleurs tapes à l’œil à d’autre, comme le comte. D’ailleurs il lui semblait que le grand vampire serait parmi les invités se soir là. Le vicomte espérait l’y rencontrer, histoire de tirer quelque petit éléments aux clairs, notamment le fiasco du théâtre de même que sa propre absence à un tel évènement. Peut-être aurait-il l’occasion de rencontrer de nouveau ce O’Sullivan, qu’il avait du quitter précipitamment lors de leur dernière rencontre. Oui, décidément la soirée promettait.

Ses souliers cirés enfilé, les boutonnières en or ajouté à sa tenue. Il descendit en trombe avant de s’engouffrer dans son fiacre, la demeure de cette demoiselle était à l’autre bout de la ville après tout. Le chemin se fit sans problème, la Bentley se gara devant la somptueuse demeure. Le vicomte monta les escaliers, se mêlant à la foule. Il passa le grand portique laissant ses yeux redevenus couleur ambres observer les moindres détails. La soirée allait être intéressante.
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42] Lun 25 Mar - 18:30

[HRP/Après le RP chez les Spencer "Une visite inattendue"/HRP]

Au manoir du Comte


Le ciel était noir. Noir comme l'encre qu'il venait de verser dans son verre...
Ses iris voilées, refuge des limbes d'un passé tumultueux, observent l'onde changer de couleur. La subtile essence danse avec le liquide originel. C'est une toile qui s'étire, s'aplatit, se fond. Comme deux êtres que tout un monde oppose...Arrive alors l'ouragan, un mouvement circulaire un peu poussé, c'est un tourbillon, plus rien ne les sépare.

Le Comte sourit. De nouveaux plans naissaient dans son âme labyrinthique...

Ce soir, il était convié à l'un des bals les plus attendus de la saison: celui de Chastity Stephenson, héritière de la compagnie du même nom, la plus grande entreprise de machines à vapeur de ce siècle. Ce bal et son exposition lui promettaient quelques merveilles qu'il avait hâte de découvrir. Et puis, cette mascarade organisée allait lui être bien plus utile que ce qu'il aurait pensé. En effet, il venait d'apprendre par l'un de ses disciples que miss Stephenson, la belle échappée de laboratoire, comme il commençait à l'appeler dans son esprit dérangé, avait invité Sébastian Angelstone. Ce Vampire, proche des grands pontes de la Camarilla, lui avait récemment fait défaut et c'était bien-là l'occasion de lui rappeler les bonnes manières. Ainsi, à moins que son confrère ne lui raconte une belle histoire qui puisse justifier sa conduite, il faudrait qu'il lui murmure quelques mots à l'oreille...Ne pas répondre à l'invitation du théâtre avait été un manque de respect des plus évidents. Non seulement sa présence aurait été souhaitable pour affirmer leur étrange alliance mais en plus il avait du même coup raté une bataille à laquelle il aurait été certainement très utile. En effet, la situation aurait exigé quelques alliés de plus dans la salle. Et puis, c'était Alexender Von Ravellow qui était revenu aux côtés de Raphaël, celui-là même qu'ils avaient tenté d'occire ensemble en le conduisant dans les égouts ! Cela le concernait lui aussi. Désormais, Angelstone ne pouvait plus se défiler par rapport aux Hunters. Ces derniers devaient être autant ses proies que les siennes. Même si le Comte et lui n'étaient pas liés par un réel pacte, encore moins par le sang, le lord considérait qu'il lui avait fait affront par son absence. Que ce soit sur le plan mondain ou sur le plan vampirique, Angelstone n'avait décidément pas brillé. Il avait manqué-là de courtoisie, de respect et même d'honneur quelque part...

Observant le liquide noir se diluer dans l'eau, le Comte songea à la manière dont il allait s'y prendre pour lui faire comprendre que des Vampires comme lui n'avaient pas sa place dans son estime. A l'image de l'encre qui ondulait jusqu'à teinter l'eau de son verre, le cœur noir de Jirômaru changeait de forme et de contenance à mesure qu'il ruminait sa colère. Fallait-il humilier Angelstone ou simplement le répudier avec dédain ? Qu'en avait-il à faire après tout ? Jusque là le ''Diable'' n'avait servi que de messager aux grands de la Camarilla, il l'avait menacé pour eux puis il s'était plus ou moins rallié à sa cause sans pour autant être bien clair dans son allégeance, il avait conduit Alexender dans les égouts et rit de sa condamnation...Mais ensuite? Il n'avait donné aucune nouvelle au Comte et le lâche avait tout simplement disparu dans la nature. Quel intérêt avait donc le Comte en sa personne? Aucun. Angelstone devenait inutile voire dangereux. Or rien n'horripilait plus le lord qu'un Vampire dont les intentions n'étaient pas claires à ses yeux, à part certainement un Vampire qui ne contrôlait pas sa soif...comme cette Elizabeth qu'il avait confiée à Wynn...
Les pensées du Comte dévièrent alors sur le violoncelliste: avait-il été invité lui-aussi au bal de cette fameuse Chastity? Et Fiora? Son front s'obscurcit. Il songea à cet échange de lettres qu'il avait eu avec l'assassin au sujet du Protectorat. Entre les idées de traîtrise et les tirs alliés, il y avait de nombreuses choses à revoir de ce côté-ci aussi...Cette soirée allait le réinsérer dans le monde: dès le lendemain il allait pouvoir agir à la chambre des lords et au sein de ses confrères. Aussi, il était hors de question de laisser courir dans ses rues des Vampires aussi puissants et instables que les membres du Protectorat! Déjà il trouvait qu'il avait trop attendu. Même si ses disciples avaient rôdé près de l'armurerie de James et même si les environs de l'Opéra et de son manoir étaient particulièrement gardés depuis Coriolan, les deux semaines et demi qu'il avait dû attendre pour la remise complète de son genoux et de ses affaires concernant le théâtre et ses prochaines réparations lui avaient fait perdre un temps plus que précieux...

Un bruit sourd suivi d'un cri retentit dans le couloir. Le Comte s'arracha à ses pensées pour se tourner vers la porte de son salon. Cette dernière s'ouvrit soudainement et Marco entra avec un homme qu'il tenait par le col de la manière la plus brutale qu'il soit. Ses cheveux blond ébouriffés lui donnaient un air sauvage et terrible tandis que son prisonnier, qui gémissait comme un enfant, ressemblait d'avantage à un gros marchant de Covent Garden qu'au lord qu'il était vraiment.


- Pitié ! Pitié ! J'ai une femme ! Et des enfants ! Pitié ! Monsieur le comte ! Ne faites pas un geste que vous regretteriez !

Le Comte lui lança un regard amusé. Son verre noir à la main, il s'avança pendant que Marco mettait l'homme à genoux en lui assénant un coup derrière ses articulations. Tandis que l'homme hurlait sa douleur en tombant à terre, l'Allemand lui attrapa les cheveux pour lui lever la tête afin qu'il regarde son maître dans les yeux.

- Allons Monsieur Samuelson,lui sourit le Comte d'un air faussement bienveillant, vous savez comme moi que l'intérêt de la reine va bien au-delà de celui que peut avoir votre famille...

- Je...non...pitié !

- Ouvre-lui la bouche.

La condamnation avait été froide et franche. Le Comte ne jouait déjà plus. Face à son regard de brume et à la dureté de son ton, l'homme se crispa dans une expression de terreur tandis que Marco l'attrapait par la mâchoire. L'allemand le força à ouvrir la bouche en lui tordant les os de ses puissantes mains blanches. Sa force les avait transformées en de terribles pinces impossibles à arrêter. Jirômaru sourit d'un air sadique en s'avançant d'un pas décidé vers l'Humain. Lentement, ses yeux brumeux empli de cette teinte de satisfaction qu'on tous les meurtriers lorsqu'ils observent leur victime agoniser, il versa l'eau saturée d'encre dans la gorge du pauvre homme. Bientôt, le disciple et son maître lâchèrent leur victime. Libéré de son étreinte, l'homme tituba avant de ramper sur le tapis en gémissant. Puis il se mit à cracher en toussant comme un tuberculeux avant de grogner de douleur, plié en deux comme un nouveau né. L'encre qu'avait utilisé le Vampire était mortel à très petite dose et l'Humain venait d'en ingurgiter l'équivalent d'un demi verre, de quoi tuer un cheval. D'un oeil sans vie, Jirômaru le regardait depuis son fauteuil. Jambes croisées, mains jointes, il attendit, patiemment, que le conjuré ne rende son dernier souffle dans la souffrance la plus insidieuse. Une mélopée traversait les murs de la demeure, une symphonie mortelle...Le gros lord finit par convulser, agrippé au tapis comme un naufragé s'accroche à une corde nouée au bastingage. Il poussa un dernier souffle, bavant sa bile sur le tapis.
Une fois le spectacle fini, lorsque le corps de l'Humain eut cessé tout mouvement, le Comte se leva avec nonchalance pendant que Marco se débarrassait du pauvre homme. Devant un miroir, le lord observa de dos son disciple sortir en traînant l'Humain. Un conjuré de moins à Westminster...

Une fois seul, son regard revint se plonger en lui-même.


- Haha...regretter...murmura le Vampire en souriant à son reflet. Je n'ai que trop regretté...

Depuis son réveil, le Comte semblait soucieux. En réalité, il était habité par maintes pensées qui se superposaient dans un désordre certain au sein de son esprit fatigué. Il avait passé la semaine à répondre à des lettres et à reposer son genoux dans l'attente de ce soir. Il avait lancé ses disciples à la chasse au loup pendant la pleine lune et avait dû ruminer sa frustration de ne pas pouvoir participer au carnage. Entre son genoux et le bal de Chastity qui était imminent, il ne fallait pas qu'il prenne le risque d'être blessé à nouveau, sans quoi il aurait semblé bien suspect aux Humains qu'il allait bientôt fréquenter à nouveau. Ces derniers jours, avait aussi rassemblé et classé ses papiers. Il avait mis au jour un complot qui s'organisait contre la reine et il avait envoyé ses disciples en mission. Le lord Samuelson n'était pas le premier imbécile à se croire assez puissant pour pouvoir réussir un coup de maître en assassinant Victoria, et ce ne serait certainement pas le dernier. Éliminer les conjurés était presque devenu une habitude pour le Comte. Il veillait sur la reine sans demi-mesure depuis sa naissance et il ne laisserait aucun nuisible s'en approcher. Les cadavres des lords véreux finissaient toujours par être retrouvés dans la Tamise et l'État ne s'en portait pas plus mal. Le Vampire avait des yeux et des oreilles partout à Westminster: nul ne pouvait inquiéter la jeune dirigeante sans en payer le prix fort. Même lorsqu'il restait dans son manoir, sans sortir ne serait-ce qu'une minute, Jirômaru arrivait à ses fins grâce à ses nombreux disciples. Ce soir, Samuelson avait ainsi été empoisonné et son corps allait bientôt glisser dans les eaux immondes des égouts. On le retrouverait trois jours plus tard, bouffi, rongé par les rats et les vers. On l'enterrerait en grande cérémonie sans que la moitié des hauts pontes présent ne sachent qu'il avait trempé dans la corruption la plus honteuse et le terrorisme fœtal. Puis on l'oublierait, comme tous les morts en ces temps où le chaos règne sans vergogne sur les vivants.

L'horloge sonna. Son tintement clair envahit la pièce comme pour ramener le Vampire à la réalité. Le Comte soupira. D'ici quelques heures, il faudrait être prêt pour ce fameux bal. Il l'avait attendu avec impatience et c'était cela qui le dérangeait depuis réveil. Comme s'il avait monté une nouvelle pièce, il appréhendait la réaction du public. C'était son retour après l'échec du théâtre, la resurgescence de son pouvoir. Ce soir, il y avait de nombreux enjeux à peser.
Déjà Maria s'occupait de sa tenu avec les domestiques et son bain venait d'être préparé : il devait être prêt à assumer son rang et à conserver son image de lord impeccable. Ainsi, Jirômaru quitta son salon personnel pour gagner sa salle d'eau.

Lentement, il se débarrassa de ses vêtements en congédiant la douce Annabelle qui devait rejoindre Maria pour finir de préparer son costume du soir. Le Comte glissa son corps dans une eau à peine tiède, pleine de senteurs parfumées et de bulles savonneuses. La sensation lui était agréable. Après avoir éliminé un ennemi de la reine, rien ne pouvait lui faire plus de bien qu'un peu de détente dans l'intimité, à part peut-être le sang d'une jeune pucelle. A cette pensée, son regard de brume croisa l'éther azuré des yeux de son Calice qui l'observait.


- Une belle sonate...oui...

Son murmure se perdit dans la fine vapeur qui se dégageait des seaux près de sa baignoire. Ramenant ses longs cheveux d'argent sur son épaule droite pour dégager son cou de géant, le Comte entreprit de se frotter le corps avec une éponge parfumée. Jirômaru ne resta pas longtemps dans son bain, faute de temps et d'envie. De manière générale, il n'aimait pas l'eau et de toute manière le bal l'attendait. Levant sa masse de colosse, il sortit de l'onde savonneuse, saisit une serviette au passage et disparu dans le couloir. Ses pieds nus adhérèrent au carrelage sans souffrir de son accueil glacé. Laissant l'eau couler sur lui jusqu'au sol, il continua sur un plancher chaleureux sans se soucier des traces qu'ils laissait derrière lui. Lorsqu'il franchit la porte de sa chambre, le lord trouva Maria, ses deux femmes de chambre ainsi qu'Arnoldo qui l'y attendaient. Sans pudeur, ignorant les regards gênés et la rougeur qui venait colorer les joues de tous, le Vampire acheva de s'essuyer à la hâte avant de s'asseoir sur son lit. Il attira à lui le petit italien qu'il fit s'asseoir sur ses genoux avant de se nourrit à son cou. Malgré l'habitude, les domestiques humaines eurent un frisson. Au fond d'elles-mêmes, elles bénissaient leur rôle au sein de ce manoir et plaignaient ce petit être...
Lorsqu'il fut en partie rassasié, le Comte écarta Arnoldo et se leva sans un mot: il était temps de passer sa tenue de soirée.

Pour son retour dans la société, après presque trois semaines de disparition, il se devait d'être encore plus impeccable que d'habitude, ou du moins plus élégant. C'était une chose difficile puisque le Comte faisait toujours très attention à ses vêtements, plus que de nombreux aristocrates qui trouvaient alors que ce type de manie était hautement efféminé ou narcissique A l'époque, les hommes devaient être sobres et même très sombres, surtout dans les bals. C'étaient les robes des femmes qui donnaient à la salle ses couleurs et il fallait que les gentlemen évitent de se faire remarquer. Mais le Comte avait toujours dérogé à cette règle. Il était d'ailleurs réputé pour son excentricité et ses vêtements outrageusement riches d'ornements et vifs de couleur. Sa cape rouge sang à double col bordé de blanc était l'exemple même de ce qui ne se trouvait pas en boutique. Elle était tout simplement le reflet de son orgueil et de son mépris d'autrui. Mais fallait-il sortir ce genre de chose ce soir ? Devait-il réapparaître vêtu comme à l'accoutumée ou devait-il jouer le rôle de victime? Porter le deuil et la sobriété pour donner l'illusion que les événements du théâtre avaient altéré tout autant sa santé physique que son moral était une idée stratégique. Le Comte avait ainsi choisi la deuxième option. Lors de sa visite chez les Spencer il avait déjà opté pour la sobriété: pour ne pas continuer dans cette voix un moment? Il valait mieux jouer sur l'humilité que sur la prestance ce soir. Car, même s'il était évident que de nombreux Vampires feraient partis des invités de Chastity, elle devait avoir convié tout le gratin de Londres sans distinction de race. Or, pour ces imbéciles heureux qu'étaient les Humains, il fallait jouer la Mascarade jusqu'au bout afin d'éviter qu'ils ne devinent sa nature et, partant de là, l'existence des siens.
Aussi endossa-t-il un costume sans fioriture, tout de noir et de blanc, avec quelques rares notes de son excentricité habituelle via le motif de la rose. Il portait ainsi une cravate blanche sur une chemise sombre, un gilet noir aux boutons argentés ornés de roses, une veste noire à large coupe et un pantalon droit qui tombait sur ses bottes cirées. C'était un costume classique et tout à fait convenable pour un lord tel que lui. Une rose blanche venait orner avec élégance la poche de sa veste côté coeur et un ruban noir liait ses cheveux en une queue de cheval basse, ce qui dégageait étrangement son visage de marbre et faisait ressortir ses yeux brumeux. Ainsi vêtu, il paraissait plus jeune mais aussi plus droit, plus cruel et finalement plus humain.
Pour terminer son costume, le Comte saisit sa canne-épée. Elle lui servirait d'appui pour son genoux, car si ce dernier était entièrement guéri, (si l'on excluait la fine cicatrice qu'il lui restait), il fallait faire croire aux Humains qu'il était encore très douloureux. En effet, se remettre d'une balle dans le genoux en moins de trois semaines ne pouvait relever que du miracle ou de la magie noire à cette époque. Les Vampires de la soirée comprendraient le stratagème, il était évidemment nécessaire pour garder leur communauté secrète. Aucun n'en serait surpris. Certains en souriraient certainement mais nul ne trouverait cette précaution inutile ou ridicule. Tous jouaient un rôle au milieu des Humains et il n'était pas rare que dans les salons ou les bals de semblables précautions soient de mise.

Une fois prêt, le Comte descendit dans le premier salon de sa demeure. Il s'installa sur un canapé, celui-la même où il s'était étendu après Coriolan pour que l'on soigne son genoux. Avec patience, il y attendit l'esprit qu'il devait pénétrer pour sauvegarder sa propre intimité...
Lorsque ses longs doigts d'albâtre se posèrent sur son front, soulevant quelques mèches de sa folle chevelure, un sentiment de satisfaction se dessina sur ses lèvres. Comme la docilité lui plaisait! La fidélité surtout, la passion servile qui lui garantissait tant son pouvoir...

Un petit quart d'heure plus tard, le Comte se tenait dans le grand hall. Il discutait avec Salluste et Ambre, leur donnant quelques ultimes recommandations. Enfin, l'heure du départ sonna. Le lord ajusta ses gants blancs, posa sur sa tête son haut-de-forme noir et jeta un dernier regard à ses disciples avant de disparaître dans la nuit qui venait de tomber. Une ombre l'attendait devant le fiacre qui devait le conduire chez Chastity. Un sourire vint découvrir les canines du Vampire tandis qu'il croisait le regard de son acolyte. Ce soir allait être fort excitant...


Chez Chastity

Enfin la demeure des Stephenson était en vue !
Cela faisait bientôt une demi-heure que le Comte était remué dans son fiacre. Ce dernier était pourtant des plus confortables. Son assise de velours, ornée de coutures dorées, était moelleuse à souhait et, malgré le cahot des pavés irréguliers que lui offrait la capitale, le véhicule, qui devait être un des plus chers et des plus ingénieux du marché, amortissait plutôt bien les chocs. De plus, le cocher était un homme choisi sur le volet et qui avait été retenu pour ses compétences exceptionnelles. Il évitait les trous et allait bon train sans affoler les chevaux. Ainsi, rien n'était réellement venu secouer les passagers de ce véhicule, mais l'attente avait semblé bien longue au lord et il avait ainsi eu tout le loisir de détester le moindre chaos.
Ce phénomène bien connu qui fait que l'aller, lorsque la hâte motive tout un être, paraît toujours plus long que le retour exaspérait le Vampire. Le premier lasse toujours son homme tandis qu'il le torture avec l'allonge du temps. Au contraire, le second laisse le sujet sur sa faim tant il coupe ses pensées en plein vol par sa brièveté. L'un et l'autre se complétaient et tout ceci n'était que considérations relatives. Mais le Vampire n'avait jamais accepté cette impression hautement désagréable. D'ailleurs, même s'il conversait de temps en temps pour se remémorer le type d'invités qu'il pouvait y avoir à cette soirée, il lui restait toujours une sensation de perte de temps. Ainsi, le Comte était immortel mais il chérissait chaque minute que le monde pouvait lui accorder pour satisfaire ses plans ou ses désirs. En perdre une seule sans qu'il le veuille lui était insupportable. Plus simplement, ce que le Comte ne maîtrisait pas le torturait.

Ainsi le lord soupirait-il depuis quelques minutes lorsqu'il aperçu les fenêtres éclairées du manoir des Stephenson.


- Nous y voici...Fit-il en se penchant devant sa fenêtre tout en soulevant le rideau de velours.

C'était une magnifique demeure, une des plus belles qu'il lui avait été donné de voir à Londres. Sa façade était imposante et néanmoins sobre et non pas ostensiblement ornée en tout sens comme de nombreux manoirs de l'époque malheureusement surchargés. Le portail grand ouvert invitait les convives à en admirer les fers forgés. C'était la grande entrée, celle qui donnait directement sur les escaliers. En arrivant dans l'immense cours, le Comte aperçu le dôme de verre qui surmontait l'édifice. A cette époque, la chose était tout aussi étonnante que peu courante. Chastity avait ainsi un observatoire perché sur les hauteurs de son domaine. C'était une preuve d'intérêt pour la science des étoiles, une preuve d'héritage et de richesse, mais aussi une preuve de sa rêverie. Le Comte n'avait jamais réellement observé les étoiles à travers des lunettes. Étrangement, malgré son orgueil et sa mégalomanie, il se contentait de rester sur terre ne se souciant pas des mondes au-delà du sien. Seuls les autres plans l'intéressaient, et ce pour des raisons bien précises.

Le véhicula s'arrêta enfin et sa porte s'ouvrit lentement. Le Comte en eut le visage tout illuminé. On l'invita avec courtoisie à descendre et à s'avancer. Le Vampire sentit bientôt les graviers de la cour crisser sous ses grandes bottes de cuir. Il remonta un peu ses gants et ajusta son haut-de-forme. Une horloge sonna alors dans le lointain: il était en retard.
Vraiment ?
Non. Le Comte arrivait à l'heure qui lui convenait. Il ne voulait certainement pas arriver le premier, c'était faire bien trop honneur à son hôte, d'autant que la belle Chastity et lui se rencontraient pour la première fois en public et que seules leurs réputations respectives étaient censées conduire leurs pas et leurs manières. Mais il ne voulait pas non plus arriver le dernier. Était-ce pour éviter un scandale de plus ? Non. Car quand bien même cela lui était passé par la tête, le Vampire avait finalement choisi d'apparaître au milieu des autres pour la seule et unique raison qu'il était pressé d'assister à cette exposition et à ce bal. Attendre plus longtemps l'aurait irrité. Depuis le théâtre, il n'avait fait que signer des lettres, recevoir des lords et reposer son genou. Il s'ennuyait. Sarah était au couvent pour un mois, il avait du temps devant-lui et ce temps devait être exploité pour plaire un peu plus à la société. Quoi de mieux pour lui qu'un bal ? Un tel événement était idéal pour réapparaître dans le beau monde! Il voulait se délecter de ce moment, y prendre part dans son entier. Inutile de faire attendre plus longtemps ceux qui s'attendaient à le voir.


- C'est l'heure d'entrer en scène...

Le lord lança un sourire à son complice et s'avança vers l'édifice. Il entra, annoncé par le portier. Il hésita à laisser son haut de forme au vestiaire et pénétra finalement dans le grand hall en l'abandonnant à un commis. Dès cette partie du manoir, sa progression fut lente et difficile. Non seulement il se devait de boiter légèrement pour jouer son rôle de blessé mais en plus son retour dans la société, après l'attentat du théâtre, avait été longuement attendu par de nombreuses personnes. Aussi se heurta-t-il à maintes salutations, des marques de politesses par-ci, des honneurs par-là, des questions, des regards, des poignées de mains et des courbettes à n'en plus finir...Il sentit autour de lui s'amasser de nombreuses auras, de la plus sincère à la plus hypocrite en passant par une multitude d'esprits curieux et même jaloux. Heureusement, dans cette atmosphère soudainement étouffante de bruit et de parasites pour son esprit, le Comte resta d'un calme impassible. Il salua aimablement bon nombre d'invités, fit des baise-mains aux dames, complimenta chacun, répondit rapidement aux principales questions, esquiva quelques gêneurs et finit par arriver devant la première maquette qui s'imposait à tous les invités. Elle était de belle taille et d'une facture particulièrement agréable. Tout, depuis les rails jusqu'aux plantes en passant par les hameaux représentés à petite échelle, formait un ensemble magnifique. Les détails étaient impressionnants et les couleurs très bien imitées de la réalité. Le lord observa quelques minutes cette splendide pièce qui brillait autant d'ingéniosité que d'art. Il fut frappé par sa beauté et la nostalgie des couleurs le pris soudain. Depuis qu'il était habité par le Don Obscur, il n'avait pas vu l'extérieur autrement que la nuit ou à la lueur de la lune. Les Vampires perdaient non seulement la chaleur et la lumière du soleil mais aussi tout un univers de couleurs qu'ils ne retrouvaient que dans sur les tableaux qui ornaient leurs demeures. Les arbres, l'herbe, le toit des maisons...tout ce qu'il voyait habituellement teint en gris reprenait vie sous ses yeux. Cela l'émut presque. En 600 ans d'existence, il ne se souvenait pas d'avoir vu une aussi belle maquette. Son regard se perdit sur les figurines et la machine à vapeur qui suivait son chemin d'un air serein. L'espace d'un instant, il oublia tout ce qui l'environnait.

Mais bien vite, le Vampire se repris: il aurait le temps de profiter de cette maquette plus tard. Pour le moment, il devait trouver son hôte pour la saluer. Aussi s'arrangea-t-il pour s'extirper de la foule afin de gagner la salle de bal où les invités, sortis de la simplicité du hall pour entrer dans un monde de richesses et de codes plus poussés, étaient censés être plus courtois. A vrai dire, Jirômaru avait laissé son aura s'étendre un peu pour prévenir les siens de son arrivée. Il voulait également qu'ils sachent que son humeur n'était pas aussi joviale que son sourire. Son souhait était d'avoir la paix et il n'allait certainement pas passer la soirée à parler du théâtre avec eux. Les Humains étaient déjà assez irritants pour que les Vampires ne le harcèlent eux-aussi. Beaucoup l'enviaient, beaucoup le haïssaient, mais tous se devaient de le respecter en tant que lord et prince de la nuit, surtout à Londres, sur son territoire. Ce soir, il voulait refaire surface auprès du beau monde sans pour autant devenir le centre de l'intérêt. Il avait quelques projets, des invités à voir et des machines à observer: il n'avait ni le temps ni l'envie de s'occuper de tout le monde. Les siens étaient prévenus de sa présence, ils sentaient une partie de sa puissance, nul ne devait l'importuner outre mesure, c'était évident.

Arrivé en haut des escaliers, le Comte chercha des yeux Chastity. La trouver ne fut nullement difficile : sa robe et sa coiffure surpassaient les toilettes les plus élégantes de la soirée. Le bleu de sa tenue, marié avec le cuivre de ses cheveux, attirait de nombreux regards comme magnétisés par l'océan de mystère qu'ils dissimulaient. Mademoiselle Stephenson était ravissante. C'était l'hôte de la soirée. Une haute bourgeoise qui devait faire ses preuves. Sa compagnie était réputée et ses machines émerveillaient le monde. Mais elle n'avait pas encore été présentée à la société londonienne. Ce soir, sa beauté intéressait tout autant qu'elle éblouissait et son statut un peu étrange, autant chez les Humains que chez les Vampires, en faisait une véritable attraction. Soupirs, murmures, chuchotements : tous étaient tournés vers elle. Il était impossible de ne pas la voir. Un sourire amusé vint soulever les minces lèvres du Comte lorsqu'il la vit : la jeune femme était avec Glen qui lui présentait ses hommages. Quelle curieuse coïncidence...C'était une situation bien cocasse. Ainsi son amant était-il bien sur la liste des invités...Près de lui, une jeune femme magnifique se tenait: certainement cette fameuse Aisling...Une découverte fort réjouissante mais aussi fort intéressante...

Tandis qu'il s'avançait, le Comte remarqua que son arrivée dans la salle de bal n'était pas passée inaperçue. Les regards dévièrent, les murmures s'envolèrent et il sentit une paire d'auras diminuer. Beaucoup lui vouaient un grand respect, beaucoup le haïssaient, mais plus nombreux encore étaient ceux qui le craignaient. Ce soir, il réapparaissait après trois semaines de disparition. Les rumeurs avaient eu le temps d'étendre leurs ailes et de voler d'un foyer à l'autre, les journaux avaient contribué à gonfler le scandale du théâtre et tous s'inquiétaient de ce retour. Mais il y avait surtout un élément qui choquait éminemment tout les invités, Humains comme Vampires: le Comte était venu accompagné. Ce n'était ni une femme, ni Salluste qui le suivait comme son ombre depuis qu'il était entré, mais un beau jeune homme que nul n'avait encore jamais vu à ses côtés. D'après sa tenue, quoiqu'elle était merveilleusement bien taillée, c'était un domestique et évidemment un auxiliaire pour ''aider le lord à cause de son genoux'', mais il était aussi clairement là pour servir de faire-valoir au Comte, pour choquer les uns et peut-être aussi pour attiser un peu plus la jalousie des autres...

Le lord ignora les regards et se dirigea vers Chastity. Cependant, une tignasse noire attira ses yeux de brume: Angelstone était là. Son regard s'assombrit aussitôt: oui, ce soir il n'aurait pas que des conversations agréables...Il évita de le regarder pour éviter d'être tenté d'aller immédiatement le voir. Ainsi, d'autres invités attirèrent son attention: une dame vêtue entièrement de vert émeraude, apparemment la femme du plus grand exportant d'alcool de Londres, un jeune homme qu'il avait déjà croisé au Scotland Yard, une paire de lords qu'il connaissait bien, un jeune garçon aux accents étrangement nordique et qu'il n'avait jamais vu de sa vie...Du beau monde! Mais il y avait trop de bourgeois à son goût. Le Comte n'avait pas pour habitude de fréquenter cette classe sociale. Pour lui, ce n'était qu'un ramassis d'opportunistes, destructeurs des anciens symboles, usurpateurs sans honneur. L'argent et les mariages d'intérêt les avaient mêlés avec la noblesse, même la plus haute, et c'est ainsi que le sang avait commencé à perdre de sa saveur. C'était pitoyable!

Faisant disparaître ses sombres pensées d'un revers de main, le Comte chercha instinctivement les Spencer, mais ils ne semblaient pas faire partie de la soirée. Enfin, il arriva à la hauteur de Chastity et de Glen. Il était hors de question qu'il attende dans un coin que ces deux-là aient terminé une éventuelle discussion pour venir présenter ses hommages. De toute manière, Glen comprendrait la démarche et s'amuserait sans aucun doute de la situation que cela allait engendrer.


- Mademoiselle Stephenson! Fit-il en arrivant d'un air ravi pour lui prendre une main qu'il baisa aussitôt. Je suis heureux de vous rencontrer. J'ai tellement entendu parler de vous...

Son regard lança un éclair d'amusement tout en croisant les deux magnifiques iris mordorées de la jeune femme. Ils s'étaient déjà rencontrés sous l'Opéra, dans les chaudières, et c'étaient donc là des retrouvailles totalement sur-jouées, que ce soit pour elle ou pour Glen sur lequel le Comte ramena bien vite ses yeux de brume.

- Ah! Mais je vois que vous avez déjà fait la connaissance de Monsieur O'Sullivan!

Il tendit une main volontaire à son amant auquel il dévoila le bout de ses canines d'un air plus que connivent avant de laisser ses yeux tomber sur celle qu'il avait bien vite identifiée comme étant Aisling. Sur le moment, il hésita à pénétrer son esprit pour lui murmurer quelques mots mais il se retint: cela aurait été trop déplacé par rapport à Glen. Il aurait le temps de converser avec cette sirène...Inutile de hâter les démarches.

- Je suppose que vous êtes Aisling, j'ai beaucoup entendu parler de vous, fit-il en lui faisant un bref baise-main pour y mettre les formes.

Il se redressa et sourit de plus belle.


- Laissez-moi vous présenter mon protégé et mon bras droit de ce soir...

Le Comte ouvrit la paume de sa main pour laisser son Calice s'avancer. Il l'avait autorisé à parler en allemand autant qu'il le souhaitait, mais il lui avait explicitement demandé de se présenter en bon anglais.


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
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Ludwig Zwitter
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MessageSujet: Re: Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42] Lun 25 Mar - 18:31



La tête penchée, quelques mèches blondes tombantes le long des joues, le bleu des yeux posé sur l'instrument, Ludwig caresse amoureusement la surface laquée. Le torchon sec glisse sur la courbe galbée du bois pour mieux retirer la fine pellicule de poussière. Il contourne le violon, longe les cordes sensuellement. Puis, doucement s'occupe de l'archet. La fragile pièce soupire sous l'attention prodiguée. Tant d'amour pour une chose aussi fine, inerte, si précieuse au regard du mélomane. Un corps laiteux prisonnier des draps ne provoquerait pas tant de langueur en cet être glacé. Cela ne provoquerait – tout au plus - qu'une vague de répugnance.

La trotteuse poursuit son tic et tac incessant. Cette course éternelle des secondes, des minutes et des heures ne connaît nulle arrêt. Elle berce le Calice occupé par son travail. Il poursuit inlassablement les mêmes gestes sans éprouver de fatigue. Il aime son rôle au point d'en éprouver un plaisir certain.. Il pose le dernier dans le pourpre du velours. Ferme l'étui. Un sourire éphémère s'affiche sur les lèvres closes pour s'évanouir aussitôt. L'heure n'est pas à la rêverie mais à une activité plus sérieuse. L’Allemand inspecte son travail minutieusement. Tout semble parfait à son œil avisé. Chaque instrument brille par leur propreté. Les musiciens pourront s'en servir de nouveau, couvrir les âmes d'une mélopée transcendante. Ils jouiront d'un moment de gloire, ces fins seigneurs des notes. Mais lui, ne pourrait le contempler. Il demeure caché dans l'ombre du Public et des Hautes Sphères de Londres.

Étrangement, cette vie derrière des barreaux d'ors ne le dérange aucunement. Sa cage lui offre la liberté dont il a besoin. Une existence auprès du Messie, noble et belle créature. La représentation type de la Mort. Le centre de son attention. Jamais, il n'oublierait la rencontre avec cette entité et la tragédie de sa propre famille. Les Zwitter. Un nom dormant dans la cendre du passé, sous des décombres et le sang. Oui. Un souvenir lointain proche d'un idéal onirique et d'un au revoir. L’Allemagne, un adieu à cette terre qui l'a vu naître. Elle lui a offert un délicieux cadeau : Le Comte Keisuke. Il ne peut que remercier ceux qui furent ses parents. Ou presque. Se débarrassant des obséquieuses pensées, l'homme autrefois enfant innocent perd le bleu des abîmes sur l'imposante horloge. Quatorze heures.

Il consentirait bien à un bon repos. Se détournant de la salle de musique, les pas du Calice le précipitent vers son envie la plus chère : un tête à tête avec son lit. Arrivé à sa chambre, il dépose soigneusement sur le pied du lit sa blanche chemise, sa veste et sa cravate. Soupir d'aise qui s'échappe et le voilà couché sur le côté. Le sommeil ne tarde point à l'embrocher. Derrière les portes de Morphée, il se perd sur un sentier luminescent qui se change en ténèbres brusquement.

De la sueur coule sur les tempes de l'Allemand. Son corps bouge. Les cauchemars et leurs hordes de monstres l'emportent. Il perd bataille encore et encore. Il meurt, consumé par les flammes. Pendu... Ou chaque membres déchiquetés. Et ce, sans relâche. Son sang coule en cascade. Les os craquent. Le corps se résorbe telle une éponge qu'on écrase. Aucune fois, il arrive à se sortir de leurs griffes. La cruauté des songes le déchirent de part en part. C'est des secousses et une voix qui lui offre la porte de sortie à cette éternelle ronde mortelle.

Hagard, le souffle court, Ludwig pose ses prunelles sur le jeune italien. Arnoldo contemple son professeur de musique, là, torse nu, les cheveux en bataille, le torse couvert d'une fine pellicule de transpiration. Vraiment... Le maître des mélodie est sur l'instant, l'ombre de lui-même. La paume passe sur le visage. Les paupières se ferment. Un long soupir s'envole. Le pianiste récupère son aplomb. Sur lui coule une parole... Prévenir le maître de ses nuits agitées. Il en est hors de question. Il retire la dextre de ses tempes. Une lueur menaçante brille dans les mires bleutées. Sa voix enveloppe le jeune adolescent d'un glas hostile.


- Suffit, Arnoldo. Ne dérangeons pas notre Maître pour une histoire de sommeil. Son temps est précieux. Il ne peut le perdre sur un état passager... Ce soir est un jour important. Rien ne doit le focaliser sur autre chose que le bal.. Il se doit de briller parmi les Hautes Sphères de Londres. Comprends-tu ?

Le second Calice du Comte baisse sa tête comme le ferait un animal battu. Il tente de fuir les poignards voisins. Se relevant avec souplesse, Ludwig passe sur sa peau un coup de serviette. Se recoiffe. Emprisonne son torse de sa chemise En quelque instant, il a repris une mine plus convenable. Silencieux, son attention se porte sur l'Italien. Tout proche de lui, les doigts se perdent dans la crinière. Une douce caresse qui provoque pourtant un tremblement. Sourire aux commissures des lèvres, l'Allemand chuchote d'un timbre bienveillant.

- Merci de m'avoir tiré de mes songes, Arnoldo. Maintenant, suis moi. Je vais t'apprendre un nouveau morceau. The Piano Sonata.

Le cadet dévoile un visage heureux. Apprendre une nouvelle mélodie reste une joie sans nom, surtout avec un être aussi patient que l’aîné. Devancé, le blond le rejoint dans la salle de musique. Il ouvre devant ses yeux brillants d'impatience la leçon du jour. Les doigts cours déjà sur les touches de blanc et de noir. Il déchiffre la partition. Sous le regard protecteur du Germain, l'adolescent entame les premières notes. Un mélange à demi désaccordé et accordé arrache un rictus à la fleur empoisonnée. Puis, pour son plaisir, l'œuvre, ponctuée d'hésitations, commence à prendre forme. Régal.. Il ferme les paupières pour en inspecter la matière. C'est un bruit de pas qui le sort de la torpeur. Elwood pose sur la table de bois un thé fumant. Cet homme le connaît bien. Après chaque somme diurne, la saveur de cette boisson chaude est réclamée. Une friandise qui le sort doucement de son apathie.

D'un sourire, il remercie le Majordome qui repart aussitôt. Peut être aurait-il aimé s'entretenir avec lui, juste un peu ? Peut être. Mais pas maintenant. Le moment n'était pas propice à une entrevue. Il était en pleine obligation : les cours musicaux du plus jeune. Au début, un calvaire.. Aujourd'hui, une certaine curiosité à voir les progrès de l'adolescent. Jusqu'où l'Italien ira-t-il ? Touchera-t-il la perfection ? Si seulement c'était réalisable. Tout en écoutant Arnoldo, Ludwig savoure le parfum du thé jaune. Quel délice.. Exactement comme il aime. Dosé à la perfection. Le vieux domestique a imprimé ses habitudes au plus profond de sa mémoire. Dire que cet être aux cheveux grisonnant l'a élevé tel un père adoptif. Il le considère ainsi même si à travers les années, son cœur s'est fermé, s'est asséché pour ne devenir qu'un bloc sinistre et froid.

Depuis des années, rien n'arrive à l'approcher aussi facilement que son maître endormi dans son cercueil... Attendre... Attendre de le revoir. Se remplir à ras bord de fascination. Expirer et inspirer sa puissance grisante. Le voir tout court. Soupir furtif. Le Comte remplissait son existence de couleur. Sans, la vie serait morne et amère. Le Symbole de la Mort avait sur sa langue le même effet que l'Opium. Une sensation extatique qui pourrait le rendre ivre mort. Sa présence, sa voix, sa culture, son maintien, ses idées, il chérissait tout de lui. Le Messie l'enrichissait à sa façon. Chaque rencontre entre eux restait prolifique, intéressante et jamais égale. C'était une tornade où on ne pouvait jamais connaître le commencement ni la fin. Un véritable bouquet de feu d'artifice.

Le temps coule.. Une heure trente vient de passer. Une heure trente où le cadet offrit de manière judicieuse des conseils et des recommandations pour ne plus refaire les mêmes erreurs d'accord de note ou de gamme. Le moment est venu de cesser la leçon. Arnoldo se lève et laisse seul l'Allemand. Ludwig va vers le salon d'un pas guère pressé. Sourire aux abords des lippes, il sait ce qui se passe dans la pièce adjacente. Son maître offre tout son sadisme à un fragile être. Il aimerait tant pouvoir assister à la mise à mort et surtout le procédé employé... Hélas, il ne peux qu'imaginer. Assit, près du mur, il ouvre son étui. Son stradivarius l'attend, couché dans le velours pourpre de l'écrin, plein de langueur. Ne pouvant résister à son appel, il prend délicatement entre ses doigts le précieux instrument. Se sentant comme entier avec cette œuvre en main, il accompagne le Lord pour son dernier voyage dans l'Au-delà. Le traître se souviendra toujours du Requiem mortuaire destiné. Une mélopée bien choisie pour sa descente en Enfer : le sonate du Diable.

Les minutes coulent. Le corps détendu, sourire contenté sur le visage, le Calice finit par rejoindre son maître dans la salle d'eau. La tête se baisse en salutation. A peine le bleu des prunelles relevé, Ludwig suit les courbes du Comte sans impunité. Il le dévore des yeux. L'attirance qu'il ressent pour lui en est presque palpable. Elle est visible et il ne s'en cache pas. Il s'imprègne de ce tableau magnifique. Il s'en régale jusqu'à la lie. Puis, doucement, les mers océanes reviennent se fixer sur le visage. Sourire complice, il souffle à son attention.


- Avez-vous apprécié le morceau choisi pour ce moment ? Je pense que là où il est dorénavant, il ne peut oublier votre visage.. Ni les trilles du diable lui étant destiné comme accompagnement funéraire.

La sonate du Diable de Giuseppe Tartini... Un véritable fléau des violonistes. Il était difficile à jouer à la perfection. Sans son ouïe, l'Allemand aurait douté de le maîtriser aussi.. Bien. Il n'aurait même pas eu la folie de le tenter. Caressant amoureusement l'étui où repose le précieux instrument, Ludwig ne se détache pas du Comte. Il pourrait l'inquiéter pour l'attachement à cette chose matérielle. Le Calice partageait son âme entre lui et le violon.. Une concurrence presque déloyale... Le stradivarius dormait dans la chambre, près du lit et recevait mille attention de la part de son propriétaire.

Ledit personnage regarde l'onde translucide. S'ils n'étaient pas pressés par le temps, tout habillé, le maître des mélodies l'aurait rejoint. De ses doigts fins, il se serait occupé de délier les muscles du Lord. Avec soin, il lui aurait prodigué un massage à en perdre la notion de réalité. Il lui aurait fait oublier toute les mauvaises situations par égoïsme ou dévotion... Le temps...L'empêchait d'offrir séance tenante sa gorge et la vision de son enveloppe dépouillée. Il faudra repousser à plus tard un tête à tête. Pour éviter de montrer son sombre agacement, un court moment les paupières se ferment. Lorsque de nouveau, les iris se croisent, c'est un être implacable qui chuchote d'une voix de velours.


- Je vais me préparer. Comme convenu, nous nous rejoindrons à la Calèche, Maître. Je ne ternirais pas l'éclat de votre réputation dans les Hautes Sphères de Londres. Je peux le garantir avec la dévotion dont je fais preuve à votre égard.

Le noble déchu s'écarte et rejoint la salle d'eau. Ici l'attend déjà ses atours, choisis avec tact et goût et une eau délicieusement chaude, parfumée de pétales de magnolia. Les étoffes tombent une à une sur le sol carrelé, suivit de son ruban. Nu comme à l'aube de sa naissance, Ludwig s'unit à l'onde liquide. Un soupir s'envole face à ce moment de grâce. Il se sent happé par une douce béatitude. Le blond de ses cheveux forme une couronne dans l'eau. Le bain détend ses muscles mis à rude épreuve par son somme trop agité. Il se sent agréablement bien. La chaleur le relaxe. Les paupières closes, il profite d'un moment de repos. Juste lui... Lui seul dans un cocon de silence. Une bulle cotonneuse avant une soirée pour le moins animée.

Il bouge. Les océans bleutés de ses abîmes contemplent les produits. Délicatement, il se lave. La mousse couvre l'épiderme satiné comme l'écume des vagues sur la mer...Puis, langoureusement, quitte la peau telle une avalanche cotonneuse. Le maître des mélodie se rince. S'échappe de cette douceur dorénavant tiédit. Les gouttelettes roulent sur les valons des courbes découvertes. Le bleu des yeux posé sur les étoffes, le Calice s’essuie.. Minutieusement, il entreprend l'habillage. Face à la glace, il vérifie sa mise. Un pantalon de flanelle aussi sombre qu'une nuit sans lune, une ceinture de cuir sertie d'une perle d'un bleu profond, des bottes de cuir montant en bas des genoux, une chemise à jabot lui redonne une touche sauvage de noble déchu. Par dessus la blancheur de la chemise, le Mélomane complète sa tenue d'un gilet de brocard noir. Il est fin prêt... Quoique.. Il manque quelque chose. Du bout des doigts, Ludwig emprisonne sa crinière de blé. Attachée d'un ruban noir, la chevelure tombe le long du dos. Parfait....

On frappe à la porte. A travers le reflet du miroir, la fleur empoissonnée ne voit pas son vis à vis. Tournant son visage, ses prunelles se dardent sur Sallustre. Il le salut respectueusement. Il l'écoute. Rejoindre le Comte au Salon ? Bien. Avant qu'il ne parte, le velours de la voix du Germain l'interpelle.


- Pouvez-vous me mettre cela autour de ma gorge, Sallustre ? Je vous en remercie. De l'index, la fleur empoissonnée montre un collier de cuir noir qui repose près de la coiffeuse. Un bijou assez grand pour cacher sur la peau pâle la trace de morsure. Ses mains relèvent la crinière de blé pour empêcher qu'une quelconque mèche sauvage le dérange. Il serait judicieux que je cache ma marque de trophée aux yeux des hommes.

Le viel être fait entendre son impatience. Au fond de lui, l'Allemand en connaît la sombre raison. Le bal et le danger que ça encourt d'apparaître face aux Grands de ce Monde. Il tait ses mots derrière la porte de ses lèvres. Présentant son dos à la créature de la nuit, le Calice ne bouge pas lorsque le bijou est mis en place. Même lorsque pour attacher, le froid des mains frôle la peau chaude. Il estime cet être pour sa fidélité à son maître et pour l'époque où il a lui aussi participé à son éducation. Le bleu des yeux dans le miroir, ses paroles coulent à son attention.

- Merci de vous inquiéter pour moi Sallustre. Cette attention me touche.

Il le voit partir sans rien dire. Malgré son coeur presque polaire, Ludwig peut reconnaître et apprécier ces petites attentions. Dernier coup d'oeil sur sa mise, l'amoureux des musiques se dirige à l'endroit indiqué. Il frappe. Il ouvre la porte. Face au Lord, sa voix dessine ses notes.

- Vous m'avez fait demander avant l'heure, Maître ? Désirez-vous me communiquer quelque chose d'important avant le moment fatidique ? Avec intérêt, le courtisan jauge la tenue du Seigneur de la Nuit. Il l'inspecte du bout des pieds au haut du crâne. Vous êtes de toute beauté. Vos atours vous sied merveilleusement bien.

Nullement inquiet, l'Allemand ne bronche pas d'être installé sur le fauteuil. La paume glacée sur son front arrache un soupir. La puissance étouffante de l'effigie de la mort le passionne. Un tremblement électrisant lui traverse l'échine en toute réponse à la déferlante de pouvoir. Une lueur braisée brille au coeur de ses mers d'azurs. Le symbole de la fascination pour cet être éternel. Un instrument parfait. Une poupée efficace et cruellement dangereuse... Prisonnier des mers voilées, Ludwig ressent des portes renforcées son esprit. Des cadenas qui scellent la boîte de pandore. Le contenu.. Les habitudes du Comte, leurs secrets, leurs échanges intimes. Tout devient impossible d'accès pour les autres créatures nocturnes. Lorsque la protection mentale fut érigée, une sensation de manque le traverse insidieusement. Cela se voit sur le faciès un peu trop parfait. L'être si éphémère qu'est Ludwig aime se griser.. S'enfoncer d'avantage dans le sillage de la mort.

Remerciement et il part en premier. Devant la calèche, la trotteuse n'a pas le temps de faire le tour du cadran que le Comte se présente à lui. Sourire complice aux commissures des lippes, le Germain entre à sa suite. Confortablement installé à l'arrière, le maître des mélopées s'arme de silence. Le trajet demeure long pour rejoindre la demeure de Dame Chastity. De temps à autre, ils conversaient. Mais ni l'un ni l'autre n'avaient le cœur à de longue discussion. L'impatience. L'impatience d'arriver à bon port se faisait lourde.. Quasi étouffante. Cette moribonde demoiselle n'avait de cesse de les charmer.. Elle fut rapidement chasser par les suaves notes du Calice.


- Pour le clou du spectacle, maître, m'autoriserez-vous à parler uniquement en Allemand ? Les langues se délient plus facilement lorsque le psyché est assuré que les mots ne sont que galimatias aux oreilles voisines.

Les prunelles intelligentes se posent sur le manteau sombre de la nuit. Le firmament, vu de l'intérieur semble infini. Un océan d'encre pailleté d'étoile où nul homme n'arrive à traverser ses flots. C'est un fait rare de pouvoir ainsi s'émerveiller de sa beauté. Lorsque la lune est impérieuse, la porte de sa cage se ferme. Pour ce soir, la permission de minuit est levée.

- La nuit... est resplendissante... Comme vous... Tous les deux, vous êtes des merveilles de la nature. On se sent immédiatement séduit par votre nature nébuleuse.

Sa pensée du moment lui avait échappé. Les cahots cessent. Le véhicule arrête sa course folle. Spectre nocturne, ombre silencieuse, Ludwig se joint aux pas du Lord. Flegmatiquement, il darde ses prunelles sur la demeure imposante. La magnificence des lieux n'attire guère son émoi. Seule l'immense sphère de verre attire son intérêt. Elle se détache merveilleusement bien sous le firmament habillé de son manteau de nuit. La lumière semble se refléter sur sa surface transparente du globe. Quittant la contemplation du dôme, le céruléen de ses gemmes regarde face à lui.

Là, il contemple la maquette. Un sourire naît sur les lèvres fines face au travail d'orfèvre. Il comprenait la joie du Lord à se perdre sur la vision du monde en miniature. Même lui en appréciait la qualité. L'ouvrage de la réalité minimaliste donnait de la vie une palette faste et merveilleuse. Plus agréable et poétique que ce que l'existence l'était. L'un comme l'autre quitte l'observation. Ils arrivent dans la grande salle de bal.

Les miroirs des âmes les scalpent durant leur pas. Faisant fi des coups d’œils aux sentiments paradoxalement opposés vis à vis des propriétaires, l'invité surprise s'abaisse pour présenter ses hommages aux hôtes et invités, réponse au geste muet de l'effigie de la Mort. L'une des mèches sauvage tombe sur son visage.


- Mes hommages, Mylord. Mylady. C'est un ravissement de vous rencontrer en cette magnifique nuit.

Le flot des syllabes - retranscrit en anglais convenable, poli et respectueux – traduit un diamant policé. Une docile poupée de porcelaine autrefois gardée jalousement derrière des barreaux d'ors. Et en cette nuit, en cette occasion, est sortie de sa cage, à la vue des âmes ici présentes. Un tourbillon d'attention, de curiosité survient..

Pour ne pas nuire à la réputation de son maître, la fleur empoissonnée joue son rôle de domestique domestiqué à la perfection... La mascarade. Doux jeu où il a hâte d'en découvrir ses secrets et démêlés commence maintenant.. Il ne loupera rien des faits et gestes...


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Dernière édition par Ludwig Zwitter le Mar 2 Avr - 19:21, édité 1 fois
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Chastity E. Stephenson
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Proie(s) : Tous ceux qui essayeront d'attenter à sa vie.
Secte : Liée à la Camarilla de par ses idéaux mais se conduit comme une indépendante.
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Crédit Avatar : Cassandra par Ina-Wong
MessageSujet: Re: Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42] Mar 2 Avr - 19:03

Enfin, les premiers invités arrivaient. Chastity alla saluer les premiers venus avec le sourire le plus charmant qui pouvait être. Il s'agissait d'un couple de quinquagénaires dont l'air parut légèrement déconfit lorsqu'ils réalisèrent qu'ils étaient les premiers, cruel manque à l'étiquette. L'homme était un ancien soldat promu à un très haut poste dans le ministère des armées. Grand, carré, à l'air volontaire, il imposait en prestance mais dégageait une certaine aura de suffisance qui lui donnait un air méprisant tout à fait aristocratique. Sa femme, plus petite et rondelette gardait tout de même un tantinet de sa fraîcheur de jeunesse, cependant gâché par le rose ignoble de sa robe qui la faisait ressembler à une grosse friandise recouverte de sucre. L'assortiment des deux était plutôt ridicule et leurs auras lui paraissaient pour le moins déplaisantes. Elle put sentir celle de la femme se teinter de jalousie au vu de l'allure de leur hôte, alors que celle de l'homme prenait la couleur du désir impulsif qui seyait aux mâles en apparence policés de la Haute société.

Elle les salua avec la plus impeccable courtoisie et les laissa déambuler dans le Hall. Sa première maquette les impressionna tout particulièrement, ce qui arracha un sourire satisfait à la jeune bourgeoise. Visiblement, elle faisait son petit effet... Entrer dans le monde serait peut-être beaucoup plus facile que ce qu'elle pensait en fin de compte. Mais il ne fallait pas se faire d'illusions avant d'avoir acquis ce qu'elle désirait.
Elle salua uns à uns les autres invités qui arrivaient progressivement. Nobles désargentés, membres du parlement, propriétaires d'usines et d'entreprises aux affaires florissantes étaient les principaux invités de la soirée. Il y avait également quelques architectes et scientifiques renommés avec lesquels elle parla plus que ce que la politesse recommandait. Quelques bourgeois se trouvaient en ces lieux aussi mais elle avait pris soin de sélectionner seulement les artistes de talent, reconnus par la classe supérieure et qui savaient se comporter en société. La jeune femme était assez intelligente pour ne pas s'encombrer de parvenus aux manières grossières le soir de la présentation de ses machines !

Elle dut subir les compliments mielleux de quelques jeunes nobliaux qui se donnaient des airs de dandys et qui la regardaient avec des yeux brillants du désir de posséder. Mais la Vampire n'avait même pas à prendre la peine de lire les auras pour cerner le profil de ces jouvenceaux. Des enfants nés avec une cuillère en or dans la bouche, qui devaient leur situation à l'influence de leurs pères. Héritiers de manufactures, jeunes parlementaires, avocats jugés brillants avant même qu'ils aient pu faire leurs preuves... Qu'avaient-ils donné pour de telles richesses ? Tout leur tombait cuit dans le bec, jamais ils n'avaient connu l'effort ou la misère. Elle savait très bien que ces bellâtres qui se comportaient comme les derniers des fats n'en avaient qu'après sa fortune et peut-être son corps. En réalité, elle fut dégoûtée voire même outrée qu'ils osent ainsi commenter son allure, bien qu'elle n'en montrât rien.

Peu après, un jeune homme aux cheveux noirs et aux yeux aussi sombres qu'une nuit sans lune vint se poster devant elle et lui faire un baisemain délicat. Il était plutôt élégant et bien bâti, avec un petit quelque chose dans ses traits qui rappelait les froids pays de l'Est. Sa tenue était simple et élégante quoi qu'un peu trop sombre à son goût. Son œil averti nota que le tissus, parfaitement coupé au demeurant, n'était pas de la meilleure qualité qui pouvait être. De cela, elle déduisit que le jeune homme était un bourgeois. Il se présenta au nom de Sladd Nordj. Mais oui ! Il s'agissait de cet alchimiste russe, accessoirement écrivain et dessinateur, qui commençait à percer peu à peu dans les salons pour ses œuvres. Ainsi c'était à ça qu'il ressemblait ? Elle l'avait imaginé plus vieux et plus petit, mais son apparence réelle n'était pas pour lui déplaire.
La jeune femme sourit devant le galimatias de formules de politesses qu'il lui servit. Assurément, il était peu habitué à ce genre de soirées et certainement pas avec du beau monde !
Accueillant avec un sourire le compliment qu'il lui fit sur ses machines et sa demeure, elle lui répondit le plus gentiment du monde :


- Mr Nordj, je suis ravie de vous rencontrer enfin en personne. J'ai lu quelques uns de vos livres et sachez que j'admire votre travail exceptionnel. Pour vous répondre, mes machines sont représentées à des échelles différentes pouvant aller de deux fois plus grandes comme le système de chauffage portatif que vous voyez là, à trente fois plus grandes pour le véhicule que vous avez vu à l'entrée...

Elle accompagna son geste d'un léger mouvement de la main en direction de ladite machine auprès de laquelle se précipitaient les visiteurs. Tout avait été représenté à l'échelle avec une minutie exceptionnelle qui ne manquait pas d'impressionner. Le jeune homme continua alors, lui posant une question qui la désarçonna. Le ''E'' de son prénom... Ne savait-il donc pas que ce n'était que l'initiale de son deuxième prénom ? Il figurait sur ses cartes de visite et sur les documents officiels mais personne ne le mentionnait jamais, se contentant seulement de son nom de jeune fille. A Londres, personne ou presque ne savait qu'elle avait été autrefois mariée à un vieux noble de Southampton et même au sein de la ville portuaire, rares étaient ceux qui se souvenaient d'elle comme de ''Lady Ashworth''.
La façon de s'exprimer du jeune homme faillit lui arracher un éclat de rire. Issu d'un milieu populaire à n'en pas douter, il essayait de donner une tournure élaborée à ses phrases mais des expressions typiques de la petite bourgeoisie s'y mêlaient malgré tout, rendant l'ensemble tout à fait comique. Par la suite, il lui demanda de lui expliquer les grandes lignes du fonctionnement de sa machine. Avec un sourire, elle hocha la tête.


- Ce serait avec plaisir... Veuillez me suivre, Mr Nordj.

Chastity se fraya facilement un chemin entre les humains qui s'écartaient à son passage, hypnotisés par sa beauté. Ce début de soirée était un réel succès ! Après cela, comment pourraient-ils lui refuser une place dans le beau monde ? Bientôt, sa majesté en personne viendrait elle-même admirer ses machines !
La Vampire emmena l'écrivain au devant de la maquette où la petite machine de fer poursuivait sa course en lâchant un très léger nuage de fumée. Lorsqu'ils en furent assez près, elle suivit la courbe des rails et désigna rapidement l'engin qui s'éloignait.


- C'est un procédé plutôt simple qui fait fonctionner cette machine, voyez-vous ? On insère du combustible de manière régulière dans un four qui dégagera la chaleur nécessaire pour permettre au moteur à vapeur de tourner. Celui-ci actionne alors un mécanisme de levier qui fait tourner les roues et par là même, avancer le véhicule. Si seulement ce cher James Watt avait pu voir cela ! Sans lui, rien de tout ceci n'aurait vu le jour, le savez-vous ?

Elle se tourna vers l'artiste et lui dédia un charmant sourire. La Vampire était désireuse d'en apprendre plus sur lui. Les rumeurs à son sujet étaient loin d'êtres claires mais son aura ne révélait pour l'instant rien à la jeune femme. Il restait un jeune bourgeois tout à fait banal en cet instant... Quels mystères pouvait-il bien cacher ? Quels talents ? Pouvait-il être une menace ou un allié ? Lui serait-il utile d'une quelconque manière ?
Ce fut en pensant à tout ceci que la jeune femme lui demanda d'une voix suave :


- J'espère que vous avez pu comprendre le mécanisme et je serai ravi que vous vous en resserviez pour une de vos œuvres... Mais, racontez-moi, qu'est-ce qui vous a poussé à quitter votre Russie natale ? J'aimerais en apprendre un peu plus de vous. Si les critiques ne tarissent pas d'éloges sur vos œuvres, ils demeurent plus discrets quant à vos origines, vos motivations et vos sources d'inspirations... Pouvez-vous m'en dire plus ?

La jeune femme s'éloigna un peu de la maquette en sa compagnie, ne cessant de l'écouter, à la recherche de la plus petite faille possible dans ce qu'il lui dirait.

- J'espère que vous vous plaisez à Londres... Le climat doit être un peu plus accueillant ici que dans les froides plaines d'où vous êtes originaire. J'ai à vrai dire très peu entendu parler de la Russie. Est-ce aussi beau que ce que disent les légendes ? Les palais ont-ils donc vraiment ces formes arrondies au sommet de leurs tours ? Je dois avouer que cette architecture m'a toujours fascinée, c'est si différent de chez nous...

La jeune femme déambula avec lui, passant dans la salle de Bal où les musiciens jouaient les ''Nocturnes'' de Mozart, pour commencer la soirée sur une note légère et délicieusement empreinte du génie de cet homme mort trop tôt.

- En tant qu'auteur, vous devez être très au fait de la littérature étrangère, je suppose. Vous avez sans doute entendu parler de Stendhal, n'est-ce pas ? Il est mort il y a tout juste une semaine. Un arrêt cardiaque en plein Paris, à ce que l'on raconte ! Le pauvre homme... Avez-vous lu ''Le Rouge et le Noir'' ? C'est un roman fameux et tellement réaliste ! J'ai été captivée du début à la fin.

Chastity devisa encore quelques instants avec Sladd mais dût bientôt s'en détacher pour faire honneur aux autres invités. Selon les règles de bienséance de l'époque, elle ne pouvait pas rester seule plus de cinq minutes avec un jeune homme, célibataire qui plus est. A un moment, elle frôla un séduisant jeune homme aux cheveux noirs qu'elle devina comme un Vampire mais ne s'arrêta pas pour le saluer. Il s'agissait de Sebastian Angelstone, qu'elle rencontrerait plus tard dans la soirée.

Alors qu'elle allait se diriger vers la salle de bal pour s'assurer que les musiciens étaient bien en place, lorsqu'un jeune homme s'approcha pour la saluer. Il n'était pas spécialement grand et semblait chétif de constitution mais ses cheveux d'un roux flamboyant semblaient compenser ce manque. Bien qu'il manquait aux yeux la trace de khôl sombre propre à cet étrange aristocrate, Chastity le reconnut sans peine grâce aux nombreuses descriptions qu'on lui avait faites du marquis de Downshire. Elle lui dédia un sourire poli lorsqu'il la salua et fit bien attention à son aura qu'elle dissimulait depuis le début de la réception. A vrai dire, il était charmant dans ses atours, un brin inquiétant aussi. Fascinant. Son regard traduisait une personnalité sombre et tortueuse tandis que ses mains fines et entretenues évoquaient un certain soin de sa personne vouée aussi à la séduction.
Il ressemblait à une plante empoisonnée, attirante par ses couleurs fantasques mais délibérément mortelle.
La Vampire savait qu'il était plus âgé et plus puissant qu'elle donc potentiellement dangereux, d'autant plus qu'il appartenait au Sabbat. Si la jeune femme n'avait rien contre cet aristocrate pour l'instant, elle devait se méfier de lui par principe. Par son choix ''politique'', il s'opposait à la Mascarade et exposait toute sa race à un danger mortel selon la jeune femme qui appliquait très justement l'adage français : ''Pour vivre heureux, vivons cachés''. Elle le salua avec un sourire éblouissant et une révérence gracieuse.


- Monsieur le marquis, quelle joie de vous avoir parmi nous ce soir ! Je suis ravie de vous rencontrer ainsi que votre cousine.

Elle posa des yeux aimables sur cette dernière et lui adressa un lent signe de tête accompagné d'un sourire. La robe que revêtait cette jeune femme aux cheveux blancs était tout simplement époustouflante. Le tissus, chef-d’œuvre de teinturier, reproduisait un coucher de soleil magistral qu'elle ne pouvait qu'admirer. Ces couleurs qui se seraient révélées criardes sur une anglaise à la peau laiteuse ressortaient à merveille sur le teint légèrement hâlé de la jeune femme. Elle allait lui adresser un compliment typiquement féminin lorsque Glen embraya sur ses machines et son ingéniosité. Elle choisit de lui répondre naturellement, sans excès d'humilité ou d'orgueil, bien qu'elle ressentait une pointe de fierté à l'idée d'avoir su capter l'attention d'un Vampire qui n'aurait dû avoir pour elle que de la condescendance polie.

- Eh bien, vous me posez là une question à laquelle j'aurais du mal à répondre ! En toute franchise, je ne sais pas d'où cela me vient. J'ai toujours éprouvé de la fascination pour les machines et les rouages, d'aussi loin que je me souvienne. C'est un univers carré, logique et bien huilé, où chaque petite pièce à son importance. Si l'une d'entre elles vient à manquer, c'est tout le mécanisme qui s'écroule... Mais je m'égare !

Chastity sourit aimablement aux deux jeunes gens. Elle ne comptait pas en révéler plus, maintenant qu'elle s'était rendue compte que la vision qu'elle avait d'un assemblage mécanique pouvait trahir sa vision de la société. Ce n'était vraiment pas le moment d'exposer ses opinions politiques !
Ce fut à ce moment que le marquis lui proposa de les éclairer. Une phrase tout à fait anodine et mondaine, mais le regard perçant de la jeune femme capta un instant la lueur sombre qui était passée dans les yeux du Vampire, alors qu'il prononçait cette phrase à double sens. S'intéressait-il vraiment à ses inventions où son but était-il différent ? La jeune femme faillit laisser voir qu'elle soupçonnait fortement le jeune homme d'en avoir après sa nature. Allait-il donc la condamner sans la juger comme les autres ? Non... Elle ne lui en laisserait pas l'occasion.
Avec un beau sourire et un geste de la main, elle les invita à les suivre, près de la miniature la plus proche.


- Mais bien sûr, ce serait avec grand plaisir ! Voyez-vous, toutes les machines fonctionnent sur le même modèle, à quelques variantes près. Dans tous les cas, la présence d'eau et d'un système de chauffage est indispensable ; sans cela, il n'y aurait pas de vapeur et le mécanisme ne pourrait pas tourner. Une fois que ce principe est maîtrisé, il peut être utilisé pour toutes les utilisations. Ainsi, la machine à coudre que vous voyez là pourrait réduire de moitié le temps de travail d'un couturier ! Ce prototype est actuellement en phase de test et si les résultats sont concluants il sera commercialisé d'ici un an. La prochaine étape consistera à miniaturiser les mécanismes le plus possible afin de réduire l'espace occupé par ces machines.

La jeune femme regarda ses deux interlocuteurs avec un sourire et les laissa observer de plus près. Elle espérait avoir gagné en respect et en admiration par ce début de présentation.

- J'ai aussi d'autres modèles fonctionnant sans vapeur qui pourraient vous intéresser... Voulez-vous les voir ?

Chastity conduisit le marquis et sa cousine vers le fond du Hall, non loin de son bureau. Là, se tenaient des modèles qui attiraient un peu moins de monde, probablement à cause de leurs petites tailles et de leur côté puéril. En effet, il y avait là des jouets pour enfants, représentés en taille réelle. La finition de ces derniers était particulièrement soignée, pleine de couleurs et de dessins détaillés. Ils étaient bien sûr destinés à des bambins aisés, fils de nobles et de hauts bourgeois. Elle s'arrêta près d'une poupée de bois. Celle-ci avait été admirablement peinte, reproduisant avec précision le teint pâle et délicatement rosé d'une jeune femme. Des cheveux avaient été collés sur son crâne et lui faisaient une chevelure brune et opulente. Ils lui venaient d'un petit magasin qui accueillait les jeunes femmes en manque d'argent qui faisaient couper court leurs soyeuses crinières pour gagner une somme assez substantielle pour faire survivre leur foyer une petite semaine.

Ladite poupée était vêtue d'une robe de coton bleu bordée d'une dentelle fine. A la base du crâne, il y avait comme une petite serrure, dans laquelle Chastity introduisit la clé attachée au cou de la poupée. Elle la fit tourner une dizaine de fois et lentement, dans le cliquetis des engrenages de métal, elle se leva, fit quelques pas et esquissa une révérence maladroite. Les gestes étaient encore un peu saccadés mais le rendu restait époustouflant pour l'époque. Chaque articulation était minutieusement huilée et le bois ne grinçait pas. Au bout de quelques secondes, la poupée se rassit et sa tête retomba mollement sur le côté en même temps que le silence se faisait dans sa carcasse vide.
Chastity avait entendu dire que le Vampire éprouvait une passion sans bornes pour les marionnettes et elle avait espéré capter son attention en lui présentant ce jouet.


- Comme vous pouvez le voir, nous pouvons également faire fonctionner ces rouages grâce à la force humaine mais l'effet est de plus courte durée... Mais dites moi, j'ai cru comprendre que vous aimiez les marionnettes. En fabriquez-vous quelquefois ?

A son tour de lui livrer une partie, même infime, de ses pensées, de ses goûts et de ses passions... Après tout, elle n'allait pas se confier à lui sans attendre de retour !
Elle l'écouta avec intérêt, jusqu'à-ce qu'une aura écrasante se fasse sentir dans la salle. Bien évidemment, seuls les Vampires avaient pu tiquer à cette sensation de puissance indescriptible.

Le Comte était là.

Quelques secondes après, un mouvement se fit sentir dans la foule. Comme un seul homme, les invités se retournèrent vers celui qui venait d'entrer. Déjà, les langues se déliaient et les femmes chuchotaient derrières leurs éventails de plumes. Quoi ? Le Comte Keï était venu, même avec son genoux blessé ? Quel homme admirable !
Chastity faillit rire doucement. Elle savait que le temps qui s'était écoulé entre la représentation du Coriolan et son bal était largement suffisant à un Vampire pour se remettre complètement d'une telle blessure. Son invité allait donc jouer la comédie toute la soirée... Intéressant !
Enfin, il arriva dans leur direction et la salua comme s'il la voyait pour la première fois. Cependant, lorsque leurs regards se croisèrent, une petite étincelle amusée pétilla dans ses iris. Elle lui fit une révérence parfaite, jouant sur le bruissement de sa robe et les couleurs que la lumière donnait au tissus et aux perles pour créer une furtive image séduisante mais policée. Il était encore plus impressionnant et séduisant que dans son souvenir. La neige de ses cheveux ressortaient à merveille sur le costume noir qu'il avait troqué contre son manteau rouge. La finesse de ses traits ainsi que la puissance de sa carrure la frappèrent encore une fois. Il était aussi beau et puissant qu'un tigre, plus froid que la neige, plus mortel qu'un poison... Quel drame si elle ne pouvait plaire à un homme comme lui !


- Moi de même. Quelle joie de vous avoir parmi mes invités ce soir ! Il est vrai que vous êtes au centre de l'actualité en ce moment... J'ose d'ailleurs espérer que vous vous portez mieux, même si je ne doute pas que cette vilaine blessure mettra du temps à cicatriser.

Chastity se demanda s'il avait bien reçu le paquet qui contenait les Blood Tablets ainsi que ses cachets modifiés. Il n'avait glissé aucune allusion à ce sujet. Mais elle n'eut pas plus le temps de s'en préoccuper. Le Comte alla serrer la main de Glen comme s'ils étaient de vieux amis mais l'air de son sourire en disait plus long que ce qui paraissait.
Un bref instant, elle haussa les sourcils. Ils se connaissaient donc ! Et visiblement, ce n'étaient pas de simples connaissances... La jeune femme se reprit avant qu'ils ne puissent noter son air d'étonnement.
Elle le laissa saluer Aisling et remit la poupée en place sur son socle. Une fois que toutes les politesses furent échangées, le Comte leur présenta son ''bras droit'' pour la soirée. La jeune femme découvrit un jeune homme grand et plutôt bien bâti, à la crinière d'or et aux yeux de rubis. Il était aussi beau que le Comte, mais dans un genre différent. L'air de distance qu'il arborait, la froideur de son expression, son port altier, tout cela la fit frémir intérieurement. Elle put sentir grâce à ses sens que cet homme était bien plus qu'un simple domestique. C'était un des Calices du Comte, un humain protégé, intouchable. L'aura de mystère qui l'entourait la fascina un instant, jusqu'à-ce qu'il les salue de sa voix suave, teintée des accents forts et violents de l'Allemagne dont il semblait être originaire. La jeune femme répondit à son salut avec une politesse exquise mais fit moins de cérémonies qu'avec Glen et le Comte. Il avait beau être un Calice, il restait un domestique ce soir et donc son inférieur, ce qui ne l'empêcha pas de lui sourire.


- Bienvenue à vous Monsieur. J'espère que vous vous plairez parmi nous.

La jeune femme faillit demander le nom de ce beau jeune homme mais n'en fit rien. C'était à lui de choisir de se présenter, elle n'allait en aucun cas prendre l'initiative de connaître son identité, ce qui aurait pu passer pour une démonstration d'intérêt à son égard tout à fait déplacée. La jeune femme reprit la parole sans se départir de son joli sourire, de peur de laisser mourir la conversation.

- Oui, j'étais justement en train de présenter à Mr O'Sullivan quelques uns de mes modèles, peut-être voudriez-vous vous joindre à nous pour la suite de la visite ?

Son regard accrocha un instant les yeux du Comte mais elle détourna bien vite ses yeux d'ambres. D'un délicat mouvement, elle se tourna en direction de la maquette de l'entrée, faisant bruisser ses jupes sur le sol. Aisling et elle ouvraient la marche comme le voulait la bienséance, opposées par la couleur de leurs robes et de leurs cheveux mais paradoxalement complémentaires. Les reflets du bleu de la robe de Chastity rappelaient l'argent des cheveux de la Vampire. Quant aux cheveux roux de l'hôtesse, ils n'étaient pas sans évoquer le coucher de soleil présent sur le tissus de la toilette de l'Irlandaise. Courtoise, la jeune femme lui glissa quelques mots sur le ton de la conversation mondaine.

- Mrs O'Doherty, permettez-moi de vous dire que votre robe est ravissante ! Je n'en ai jamais vu de pareille, le tissus est d'une couleur exceptionnelle. Il faut absolument que vous m'indiquiez l'adresse de votre tailleur, son travail est d'une finesse remarquable !

Tout en devisant, ils rejoignirent la maquette. Le véhicule poursuivait sa route, imperturbable. La foule s'était éclaircie car la plupart des invités avaient rejoint la salle de bal d'où s'échappaient les agréables vibratos des solistes. D'un geste de la main, elle parcourut l'ensemble de la maquette d'une précision minutieuse.

- Permettez-moi de vous présenter un tout nouveau modèle de locomotives ! Elles sont plus robustes, plus sûres et plus rapides, capables de charrier deux fois plus de poids que toutes celles qui ont été construites jusqu'à aujourd'hui. Grâce à elles, nous pourrons voyager d'un bout à l'autre de l'Angleterre sans crainte d'être attaqués par des bandits et à une vitesse deux à trois fois supérieure à celle d'un attelage de quatre chevaux. Bien sûr, les voyages se feraient de jour comme de nuit. Mais il faut que j'apporte encore quelques améliorations avant que la première ne soit opérationnelle et que j'obtienne l'aval de la Reine pour commencer la construction, qui nécessitera une aide de la part de l'Etat, je le craint fort... La construction de gares plus grandes sera indispensable, ainsi que la pose d'un réseau ferroviaire plus étendu. Ce serait une avancée pour le commerce, les entreprises pourraient envoyer des convois entiers de marchandises dans les endroits les plus reculés de l'Angleterre !

La Vampire s'arrêta un instant pour observer les réactions de ses hôtes. Elle espérait les avoir convaincus dans sa présentation et avoir éveillé leur intérêt. De plus, elle savait que le Comte était un des proches de la Reine, son appui serait indispensable pour qu'elle puisse mener son projet à bien. Elle leur détailla quelques avantages de sa machine, puis, alors que l'heure avançait, elle pensa qu'ils aimeraient se divertir au son de la musique.

- Peut-être voudriez-vous gagner la salle de Bal ? L'Orchestre n'a pas encore entamé les danses me semble-t-il...

Il valait mieux d'ailleurs, car Chastity devait ouvrir le Bal en tant que maîtresse de maison mais elle n'avait pas encore choisi de cavalier. A vrai dire, elle aurait aimé que ce soit le Comte qui endosse ce rôle. C'était l'aristocrate le plus influent de Londres et ouvrir la première danse avec lui aurait été très bon pour son estime. De plus, il avait besoin de refaire une entrée remarquée dans le beau monde, quoi de mieux que cette occasion ?
Mais elle ne pouvait pas le lui demander alors qu'ils étaient en groupe au risque de mettre les autres en porte-à-faux. Elle choisit d'attendre encore un peu et pénétra dans la salle de Bal la tête haute. L'ouverture du Bal ne commencerait que dans une demi-heure, elle aurait le temps d'agir d'ici là.
Une musique agréable emplissait la salle, berçant les invités qui goûtaient avec plus ou moins de gloutonnerie aux plats proposés.

La jeune femme prit congé des trois Vampires et du Calice pour se perdre parmi la foule et échanger avec ses hôtes. Elle discuta plusieurs minutes en compagnie de Sir Charles Barry qui la complimenta sur ses travaux et passa plusieurs minutes en compagnie d'un vieux noble assommant qu'elle traita avec le plus de courtoisie possible. Elle retrouva Sladd dans la foule et lui adressa un délicat signe de la main.


- Eh bien Monsieur Nordj, que pensez-vous de votre première soirée dans le Monde ? J'espère que vous êtes à votre aise !

Elle déambula avec lui, l'écoutant parler en hochant la tête, essayant toujours de percer les mystères qu'il pouvait bien cacher.

- Il est vrai que beaucoup de personnes renommées se trouvent ici ce soir... Vous n'avez sans doute pas pu rater l'arrivée du Comte Keï n'est-ce pas ? C'est un homme admirable et un fervent amateur de littérature, peut-être devriez-vous essayer de lui parler dans la soirée, qu'en dites-vous ?

En réalité, si Chastity voulait que Sladd rencontre le Lord, c'était parce que ce dernier lisait de manière beaucoup plus poussée dans les auras des humains. Peut-être pourrait-il en savoir plus sur ce garçon étrange auquel elle ne faisait pour l'instant pas confiance du tout. Elle avait peut-être tort de se faire du souci mais plus d'une fois dans les faits divers du Times, un ivrogne se rendait à la police en déclarant avoir vu un jeune homme, dont les descriptions rappelaient par moment celles du jeune Russe, dessiner des objets qui sortaient ensuite de terre.

- J'ai plusieurs fois entendu dire que vous faisiez des dessins si surprenants de réalisme qu'on les croirait vivants ! J'espère que j'aurais l'occasion de les voir un jour...

Le regard qu'elle lui lança parut presque félin l'espace d'un instant. Tous sens en alerte, elle était prête à saisir le moindre changement dans l'aura de l'écrivain lorsqu'il lui répondit. Après quelques minutes, elle choisit de s'éclipser pour retrouver le Comte afin de lui parler seul à seule. Elle tomba sur son Calice qui semblait seul. Elle l'aborda gentiment, sans montrer trop d'intérêt à son égard. Le meilleur moyen d'éveiller l'intérêt de quelqu'un comme lui était certainement de jouer la carte de l'intrigue. La Vampire lui adressa donc un sourire teinté de mystère et l'aborda avec une distante courtoisie.

- Vous revoilà, mon cher Monsieur ! J'ose espérer que vous vous plaisez parmi nous ce soir ? J'imagine que votre maître ne doit guère vous laisser sortir le soir... Après tout, les perles telles que vous sont bien mieux cachées aux yeux du monde.

La jeune femme eut un petit air charmant et ouvrit son éventail blanc bordé de dentelle plusieurs fois avant de reprendre un air plus impassible.

- Je cherche votre maître, l'avez-vous vu ? J'ai à m'entretenir avec lui de quelques sujets importants...

Elle repartit quelques minutes plus tard au milieu de la foule et finit par trouver le Comte. Il semblait s'être un peu isolé. Doucement, elle s'approcha de lui. En avançant, elle crut voir quelqu'un près de lui l'espace d'une seconde mais ses yeux ne mentaient pas ; il était vraisemblablement seul. Arrivée à son niveau, elle lui dédia un de ses plus beaux sourires.

- Monsieur le Comte, je vous retrouve enfin. J'espère que la soirée est à votre goût... Avez-vous apprécié la présentation ?

Sans se départir de son sourire, la jeune femme lança la conversation sur un sujet tout à fait anodin. Elle ne comptait pas lui parler plus avant de la soirée du Coriolan bien que cette dernière attisait sa curiosité. Il était dangereux, avec un homme pareil, de ressasser de pareils souvenirs qui cachaient bien souvent la honte de ne pas avoir vu ses plans se dérouler comme prévu.
Un peu plus tard dans la discussion, alors que les musiciens s'accordaient pour la première danse, la jeune femme leva la tête vers le colosse aux cheveux de neige, à côté duquel elle avait l'air d'une fragile poupée de porcelaine.


- Accepteriez-vous d'ouvrir le Bal avec moi ?

La jeune femme s'avança ensuite vers le centre de la piste que les invités avaient dégagé, prête à valser avec toute la grâce que ses hôtes attendaient d'elle.


Dernière édition par Chastity E. Stephenson le Dim 5 Mai - 18:43, édité 1 fois
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Sladd Nordj
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MessageSujet: Re: Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42] Mer 10 Avr - 10:01

Le jeune bourgeois était dans un monde tellement différent de celui qu'il vit chaque jour. Ces robes de dames, ces toilettes et coupes de chevelures, ces bijoux qui semblaient venir d'un autre monde tant l'éclat des pierres étaient pures, lorsqu'il croisa un rubis du regard en parlant à Chastity ses yeux crurent voir une pierre philosophale des plus pures, d'un coup son esprit se perdit en gardant ce mur de froideur qu'il garde en toutes circonstances.

L'hôte de la soirée lui rendit ses manières bien maladroites avec un sourire, il était visible à dix mille lieux avec son costume de bonne facture, mais pour un bourgeois. À sa grande surprise la belle rousse avait pris soin de lire quelques-unes de ses oeuvres, elle avait donc une assez grande envie de connaître ses créations pour d'autres choses que ses nouvelles dans quelques journaux. Étrangement seulement deux de ses romans étaient sortis sûrement ceux qu'elle avait lu, deux oeuvres aux univers bien spécial ou l'univers se passe dans une ville imaginaire où mythes se mêlent aux humains, dans l'un ce sont les vampires à l'honneur et dans le second les loups-garous, la ville du premier roman ressemble fortement à Paris et l'autre à Londres. Malgré ce fantastique présent les traits de narration restent dans un genre réaliste et naturaliste dans un dynamisme très actif.


-Je suis très honoré que vous ayez pris la peine de lire les rares romans que j'ai réussis à faire publier vous savez. J'espère que le genre particulièrement fantastique dans le scénario à sut plaire.

Très rapidement ensuite elle l'emmena vers la machine qui l'intéressait et écouta avec attention les explications, cette machine qu'elle présentait ressemblait, enfin était une version largement améliorée de celle qui roulent sur les rails d'Amérique d'après ce qu'il avait entendu. Les traits de la création étaient sublimes, délicat et pourtant un caractère si agressif s'en dégageait, c'était là aussi une forme d'art, une chose inexplicable quand un artiste rencontre un art différent du sien, mais qui pourtant, fait ressentir tant de sensations.

Il répondit aux multiples questions de Chastity qui semblaient banales, mais il savait que dans ce milieux, les gens posent encore et toujours des questions à double sens, ou alors commencent avec des questions banales et finissent par vous arracher ce qu'ils veulent. Mais le fait qu'on lui demande pourquoi il avait quitté la Russie lui arracha un sourire externe polis et ironique en soit, son accent était purement anglais, seule sa peau indiquait qu'il avait des origines russes. Il répondit donc simplement


-Et bien pour commencer à vous répondre Madame Stepheson, mes inspirations sont nombreuses et variées... les médias de chaque jour m'inspire, je les notes dans un coin de cahier, un de mes nombreux cahiers même, je les numérotes simplement. Par exemple ! Le simple, enfin tragique événement du théâtre m'a donné un idée à étaler sur une centaine de page d'un roman. Je traîne beaucoup dans des lieux où aucun aristocrate ne voudrait seulement s'imaginer un seul pavé de pierre moisis de pourriture et dont les giclées de sang ne sont pas effacées. Pourquoi tant de risques ? Car les illuminés qui vivent là-bas on une imagination débordante et dissent tant de sottises, pourtant elles inspirent un monde fictif et non réelle. Je me sers également de vieux récits du moyen âge, orientaux, américains, occidentales, toutes légendes, mythes, coup d'état peuvent nourrir mes récit, mes dessins. Car on ne créait rien, on ne perd rien, on s'inspire toujours, d'un fait réel on le transforme.

Il marqua une pause, mais avant de pouvoir reprendre l'hôte c'était remit à parler surtout de son pays d'origine et non natal, il sourit à nouveau et cette fois il lui répondit.

-Il y a malheureusement erreur. Si ma peau est aussi blanche que la neige qui hante les plaines de mon pays d'origine, il n'est en aucun cas mon pays natale, je suis nés de parents anglais et russe, mais dans la ville de Liverpool. Hélas moi aussi j'aimerais voir les mêmes choses que vous concernant ce pays fascinant. J'y porte un grand intérêt et peu être, un jour j'aurais l'occasion de m'y rendre.

Il passa une main dans ses cheveux car ils commençaient à s'aplatir, à devenir plat, il aimait sa chevelure en bordel organisé comme il s'amusait à dire souvent. En deux trois gestes à la vigueur modérée et bien placé dans l'air pour harmoniser ce désordre capillaire il sourit poliment à Chastity alors qu'elle lui parla de Stendhal, ce grand auteur français. Apprenant son décès il fit mine de déjà le connaître, prenant une expression faciale de personne au courant.

-Oui j'ai appris cela, dramatique... perdre une aussi emblématique figure française, non, mondiale de la littérature, c'est là une tragédie. Ce roman « Le Rouge et le Noir » est sublime, une intrigue passionnante oui. Je le relirais après avoir fini les pièces de Molières, en ce moment j'analyse le « Malade Imaginaire » Qu'il est amusant de voir la satire de ce groupe social que sont les médecins pour lui, sachant de plus que Molière est mort après la quatrième représentation de cette dernière pièce qu'il a écrite.

Ils parlèrent encore quelques secondes et la belle s'en alla, il ne s'était même pas rendu compte qu'il était dans la salle de Bal, et étant particulièrement peu instruit en matière de musique il se douta fort bien que c'était là une oeuvre d'un grand compositeur.

Se retrouvant à présent seul dans un monde où il ne connaissait personne. Mais se souvenant que Chastity avait clairement vu sa tenue non adaptée au niveau de la qualité des tissus pour une telle soirée il observa les hommes et leur tenue, les tissus avaient l'air d'être assez doux pour dormir dessus. Et il s'aventura à passer près de plusieurs hommes, à frôler du bout d'une phalange les tissus de plusieurs hommes. Il avait là en tête de rendre sa tenue encore plus belle. Prenant pour cible les toilettes pour se changer.

C'est dans ce tumulte de personnes qui inondaient la salle du hall que le jeune alchimiste ce mit à chercher un domestique pour lui indiquer l'endroit où il pourrait soulager certains besoins. À son grand désespoir il mit cinq minutes à trouver un homme qui fait partie du service de la maison qui avait un peu de temps de libre qui cacha un soupire de déplaisir en conduisant Sladd à une salle qui pourrait le soulager de ses envies urgentes.

Finalement seul à l'étage il passa son gant d'alchimiste à la main et après cela il se le posa sur le buste pour créer un cercle de transmutation qui se dessina lentement. Durant ce temps il prit sa plume qu'il trempa dans l'encre à dosage normal pour écrire sur son tissu 
:

« Que le tissu de basse qualite qui m'habille deviennent aussi purs et élégant que les descriptions des grands auteurs réalistes, que mes tissus scintillent et impressionnent. »

Un éclat de lumière très bref illumina la pièce et après ça, Sladd se regarda dans la glace et avec un sourire satisfait, mais des yeux surpris il regarda sa tenue. Impeccable pour ne pas dis deux. Mais ce n'était pas tout. Il allait pourvoir envoyer son clone de pierre mettre de l'eau bénite dans les boissons des invités et tuer les vampires. Posant sa main sur le mur, sa main avec le gant d'alchimie il commença à écrire sur le mur avec l'encre doublement dosée en pierre philosophale :

« Que des entrailles de ce mur sortent un humain sachant tous d'un travail de domestique et qu'il en possède les habits, et qu'il prenne la constitution humaine, qu'il soit chargé de verser l'eau bénite que je lui donnerais afin d'empoisonner tous les vampires présents. Mais que le domestique n'empoissonne pas l'hôte de la soirée et le Comte Keï. Que jamais tu ne m'adresses la parole en temps que créateur, quand tu auras exaucé ta mission vient juste me servir un verre, ne vient jamais pour une autre raison. Et qu'après ta sortie le mur comble l'absence de matière que tu as créé pour qu'ensuite personne ne nous soupçonne. »

C'est à une vitesse accrue que les traits de la création de pierre se fit sous le sourire heureux de Sladd, pour l'instant le plan se déroulait comme prévu, et à la fin de la soirée sa pierre aura grossie et la soirée de Chastity sera ruinée peu être en même temps que sa réputation. Ce qui fera là une bonne nouvelle à écrire. Dans un style fantastique cela serait vraiment sublime, une reprise de la Scène qui tourne au drame. Le servant sortit  du mur et juste après que le clone fut coloré des couleurs adéquates, le mur s'avança au niveau des espaces vides pour reformer un mur uniforme, comme si absolument rien ne s'était passé.

-Bien me voilà bien beau. Vous pouvez disposer, retournez au service, je vais pouvoir remettre mes cheveux en place.

Sladd fit mine de parler au servant de manière distante, car il avait entendu à l'instant du bruit venant du couloir, mais comme il savait que personne n'était derrière la porte. Le serveur sortit donc de la salle d'eau et le bourgeois se passa un peu d'eau au visage pour se donner une mine plus fraîche. C'est au moment où il relevait là tête qu'il vit la porte s'ouvrir, un homme, d'un âge apparent au sien, donc environ vingt-cinq ans jusqu'à vingt-huit au grand maximum, une crinière aussi épaisse que celle d'un lion mais d'un rouge légèrement semblable au sang aux yeux de Sladd, mais Sladd savait qui était cet homme, c'était un marquis lui semblait-il, répondant au nom Glen O'Sullivan.

-Bonsoir monsieur le marquis ! Fit poliment Sladd d'un geste de tête courtois. Il est bien rare de vous croiser sans vos tenues étonnantes, dont je suis souvent friand de croiser la vue. Même si... cela n'a jamais pu arriver.

Il marqua une pause pour observer la tenue de l'homme, ou plutôt les détails. Habillé d'une chemise blanche simple, un gilet vert émeraude aux boutons argenté passé au-dessus de la chemise, les traits du gilet eux étaient extrêmement bien ficelé, s'il n'avait pas usé de l'alchimie il se serait senti là bien pauvre. Heureusement que cette science sert souvent à Sladd. Le pantalon de l'homme était particulièrement sobre oui, d'un noir profond il était vraiment beau, de très bonne couture, une couture au-dessus de ses moyens actuels en ce moment.

-Mais j'oublie de me présenter, Sladd Nordj, humble écrivain et dessinateur. Je vous ai plusieurs fois entrevue dans le monde présent, mais jamais accompagné, est-ce donc normal ?

Sladd avez beaucoup de doute sur cette personne en y pensant, son frère traîné avec de bons hunters qui traquaient un vampire à la chevelure sanglante et aussi ébouriffée que celle d'un lion. Était-ce la ce vampire qu'il avait fasse à lui ? Mieux valait être prudent. C'est pour ça qu'il rentra sa main gantée dans une poche pour cacher le logo d'alchimie, et s'il tentait quelque attaque, il n'aura qu'à lui envoyer quelques-unes de ses créations. C'est aussi par prudence qu'il bloqua son esprit, car il savait se que pouvaient faire les vampires.

-Qu'est qui vous passionne dans les créations de notre hôte Monsieur O'Sullivan ?  Personnellement je pense qu'il serait possible de créer un nouveau style littéraire en matière d'univers. Si les grecques étaient dans l'héroïque, les habitants féodaux dans le médiéval fantastique, Maupassant et son réalisme, naturalisme, je pense qu'un univers accès sur la technologie croissante serait une formidable idée, ne pensez-vous pas ?

Il regarda le jeune homme et écouta ses réponses avec attentions, il n'avait aucun doute sur le fait qu'il était une personne de grande valeur, il ne méritait pas son titre pour rien, ce qui surprit le jeune homme. Après plusieurs moment à parler Sladd finit par conclure la conversation, car il devait voir comment le travail de sa création se débrouillée.

-Je dois hélas mettre terme à cette discution, je crois que madame Chastity veut nous faire entrer pour les premières danses dans la salle de bal.

Il partit devant, en premier, revenant au rez-de-chaussé avec un sourire certain. Il arriva au moment ou l'hôte de la soirée entamée un discours sur ses locomotives, écoutant le récit il trouva qu'elle se débrouillée fort bien avec les mots, de quoi convaincre aisément n'importe qui. Et comme il pensait, les invités se déplaçaient vers la salle de bal où il était précédemment avec Chastity. Il suivit donc la masse d'invité vers la grande salle qu'il n'avait pas observé précédemment. À peine eut-il le temps de regarder les grands rideaux de l'imposante pièce qu'il entendit la voix de son hôte derrière son épaule. Il sourit à ses mots, sa soirée dans le « Monde » ?

-Et bien, elle est ma foie, fort divertissante, je rencontre ici tant de personnes différentes, voilà qui excite mon imagination. Et oui je suis parfaitement à mon aise, je regrette de ne connaître que mon hôte et un homme à la crinière d'un lion aux teintes sanglantes. Un homme très intéressant.

Il croisa de loin, la silhouette de sa création qui faisait discrètement son travail, versant l'eau bénite dans les verres des invités en leur disant d'après ce que Sladd lisait sur les lèvres du clone un « Cette liqueur que je vous sert rend votre eau plus pure et vous permet une meilleure forme pour toute la longueur de cette soirée. » Ensuite le clone s'en allait ailleurs, continuant parfaitement son travail et écoutant Chastity parler en même temps.

-J'ai bien remarqué ça oui ! Mais malheureusement je ne me vois pas aller parler de moi-même au Comte, je ne suis qu'un petit bourgeois, même écrivain le Comte à d'autres préoccupations. Mais qui sait, le hasard me laissera peu être, avoir l'ébauche d'une conversation avec lui.

Elle prit à nouveau la parole, lui disant que ses dessins étaient presque réels. Le sous-entendu était évident, cette femme, ou chose, avait des doutes sur lui, sur ce qu'il était et cherchée à le savoir. Car les seules personnes à part des ivrogne à l'avoir vu utiliser ses pouvoirs, c'était des vampires et loups-garous et il se savait recherché par une partie d'une des familles vampiriques. Il la considéra comme une vampire et sans rien changer dans sa manière d'être il bloqua naturellement de manière croissante son esprit à tout essaie d'entrée.


-Et bien vous avez là de la chance, j'ai toujours sur moi un cahier de dessin, même dans ce genre d'occasion vous savez. Feuilletez donc l'ouvrage.

Il sortit son livre de dessin réaliste et fantastique, mais celui ou il à part des sirènes il n'y avait rien de surnaturel, les golems, dragons et autres étaient à la maison, il ne voulait prendre aucun risque, il jouait là la carte de la naïveté, il chercherait lui aussi à présent à découvrir si elle était vampire ou non. Et juste avant qu'elle ne parte encore il lui dit.

-M'accompagnerez-vous boire un verre de vin ? Cela m'en rendrait ravis !

Seul encore, il attendit quelques minutes que la première danse soit offerte part Chastity et le Comte, il le vit pour la première fois. Un homme d'une taille réellement imposante, la blancheur de ses yeux était moins impressionnante que ce regard brumeux, vite de tous sentiment presque, qu'il qualifia mentalement « d'assassin ». Il boitait, son genou n'avait visiblement pas entièrement récupérée en trois semaines, il trouva cela fort courageux pour lui de se présenter au grand jour boiteux. Lui il ne dansa pas, il n'avait ni partenaire, ni envie, et si la partenaire se déclarée qui serait-ce donc ? Si encore elle était belle et riche, pourquoi pas, il était jeune et beau il aurait une chance.

Après la danse il restait là à attendre quelque chose, quelques discutions, il était bien seul ce soir, et regrettait Célestine.



[HRP: Si quelqu'un veux me coller une partenaire de danse je veux bien, Sladd étant un petit bourgeois l’interaction est quand même limitée, avec le Comte une interaction volontaire de Sladd est impossible x) donc s'il vous plait collé moi un petit PNJ féminin pour danser! Merci Very Happy Et n'ayez pas peur de clone, il n'est pas bien méchant /HRP]
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MessageSujet: Re: Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42] Ven 12 Avr - 0:37

Cette peau pâle et délicate, Glen l'effleura du bout des lèvres, comme s'il avait peur de la souiller de ses mauvaises intentions. Une femme bien aimable à la beauté transcendée par sa nature de Vampire lui faisait face, et malgré son regard perçant, l'irlandais ne décela rien chez elle de différent. Elle était polie et courtoise, elle devait avoir une certaine connaissance de l'aristocratie anglaise et bien qu'il nota chez elle un regard plein de curiosité à son égard, elle ne fit pas le moindre faux pas.
Ils étaient comme deux fauves majestueux se jaugeant l'un l'autre pour en connaître les faiblesses... Mais à ce petit jeu qui serait gagnant ? Glen masquait son aura à tel point qu'elle en devenait difficile à percevoir, et seules ses prunelles à la couleur effacée et ses traits parfois tirés trahissaient son âge avancé, même pour un Vampire. Mais la demoiselle était-elle plus proche de lui ou des humains ? Avait-elle dépassé depuis bien longtemps les doyens humains de Londres ? Cette question vint s'ajouter à la longue liste que Glen se retenait de poser. Il aurait été bien malpoli de sa part de l'assommer de questions en la menaçant... Quoi que l'idée était elle aussi fort alléchante !
Il remarqua alors cette lueur de méfiance dans le regard de Chastity, une impression qu'il ne connaissait que trop bien pour l'avoir vu maintes et maintes fois. L'irlandais inspirait la méfiance de part son étrangeté et la lueur de folie qui brillait dans ses yeux, et la chose l'amusa plus qu'elle ne le vexa. Oui... Elle n'avait aucune confiance en lui dès le premier regard et n'était-ce pas justifié ? Probablement que si.

Leurs convictions étaient radicalement opposées car contrairement à la volonté de la jeune femme qui était de vivre en harmonie avec les Hommes, lui les aurait volontiers forcé à ramper à ses pieds. Ou à danser de la manière la plus ridicule qui soit pour l'amuser ! Glen ne doutait pas qu'en lançant la jeune femme sur un tel débat, il marcherait sur des œufs, mais la chose pouvait être tout aussi amusante que dangereuse... L'Irlandais était d'humeur à jouer, piquer et semer le trouble, et qu'importe si dans ce monde de géants il n'était qu'un lutin malicieux aux desseins maléfiques. Tôt ou tard dans la soirée, il ferait tomber ce joli masque de retenu que portait la demoiselle. Surprise, effarement, mécontentement... Il voulait voir autre chose que ce visage mondain.

Gratifiant Chastity d'un aimable sourire, Glen recula d'un pas, laissant Aisling saluer la jeune femme à son tour d'une révérence. Les deux femmes observèrent la tenue de l'autre d'un œil visiblement ravi, et l'irlandaise devait reconnaître le bon goût de Chastity. Sa magnifique chevelure cuivrée magnifiait le bleu irisé de sa robe, et le tissu semblait valser avec la lumière, donnant de nouvelles teintes à sa tenue. Le Marquis semblait du même avis que sa seconde, lui même charmé par l'allure et la beauté de la jeune femme. Pourtant, il ne pouvait nier que plus que son allure, c'était sa nature qui le fascinait à ce point. L'irlandais avait trouvé son sujet d'étude de la soirée, et il ne comptait pas la lâcher, à moins de trouver autre chose capable de susciter autant de curiosité chez lui.

Lorsque la jeune femme répondit à sa question, Glen prit soin de noter chaque mot qu'elle employait, décidément très intéressé. C'était une femme logique, carrée, qui semblait apprécier les mécaniques bien rodées où chaque élément avait sa valeur propre. Pouvait-il alors imaginer qu'elle concevait le monde de cette façon ? Pourquoi pas, après tout ! S'il acceptait parfaitement cette vision du monde, il préférait néanmoins l'originalité, la surprise, les imprévus...


-Non je vous en prie, continuez ! Votre vision des choses est fascinante ! Après tout, ce qui s'applique à une machine peut l'être au monde qui nous entoure, n'est ce pas ? Et que serait un monde sans un minimum de logique ?! Il y a dans la mécanique une rigueur que je n'ai pas, j'admire votre travail ! Ajouta-t-il avec une pointe de malice dans le regard.

Puis ses yeux s'assombrirent et il se fit plus attentif encore alors qu'il attendait qu'elle réponde à sa question. Il ignorait que Chastity le soupçonnait de vouloir la détruire, chose qu'il n'avait absolument pas l'intention de faire. Au contraire, elle aurait été effarée de savoir qu'il voyait plus en elle un sujet d'expérience et une jolie création qu'une créature à abattre. L'esprit fermé de la jeune femme trahissait cependant sa méfiance vis à vis de l'Irlandais. Celui-ci et Aisling la suivirent lorsqu'elle les invita à venir voir certaines machines de plus près. La plus proche était une miniature d'une bien étrange machine à coudre. Le mécanisme manuel activé par le pied des couturières avait été remplacé par un système complexe d'engrenage, lui même mis en route par la vapeur. Tout un appareil motorisé et automatisé grâce à une chose aussi simple que le vapeur... C'était tout bonnement éblouissant ! Si Glen resta stoïque, une lueur de fascination liée à sa curiosité et sa soif de savoir naturels vont illuminer son regard. La force de l'intellect était décidément redoutable, et nul doute que l'invention de Chastity était un grand pas pour l'industrie Britannique. Car si une machine à coudre pouvait fonctionner ainsi, pourquoi pas d'autres appareils ? Les tâches les plus ardues seraient rendues simples grâce à de tels systèmes ! Vraiment, il était forcé de reconnaître que la demoiselle l'impressionnait de par son ingéniosité.


-Et avec une telle économie de temps, les entreprises vont voir leur revenus monter en flèche, j'imagine... Vous savez cibler votre clientèle, madame ! Susurra l'Irlandais. Nul doute que cette invention fera le bonheur des plus grandes usines de confection ! C'est ingénieux, vraiment !

Aisling s'avança alors, elle même intéressée par de tels procédés, qu'elle imaginait déjà sur bien d'autres objets de la vie courante.

-Si je puis me permettre... Si un tel mécanisme peut s'utiliser sur une machine à coudre, j'imagine que l'on peut envisager cela sur d'autres appareils, n'est ce pas ? Demanda-t-elle avec un sourire aimable.

Les inventions de Chastity avaient su charmer Aisling, d'ordinaire méfiante vis à vis des nouveautés. C'était un point de gagné pour elle, et l'irlandaise accueillit le hochement de tête de son hôte comme un oui. Ces inventions étaient prometteuses, l'ère manuelle allait laisser place à l'automatisme, il ne pouvait qu'y avoir du progrès grâce à cela !
Mais bientôt la machine à coudre fut abandonnée, et Chastity les invita tous deux à la suivre dans un coin plus reculé de la pièce, où peut de gens se massaient. Là se trouvaient un grand nombre de petits objets, aux couleurs chamarrées et pétillantes. Les pastels et les tons francs s'harmonisaient sur un grand nombre de jouets, dont la plupart laissaient entrevoir les engrenages qui les composaient. Tous ces objets auraient ravis les enfants, mais ils semblaient aussi fragiles et complexes qu'une belle œuvre d'art. Eternel enfant, Glen ne pu que se pencher vers les jouets avec un intérêt tout particulier. Il avait gardé cette fascination pour le monde propre à l'enfance, cette envie de toucher à tout ce qu'il ne connaissait pas, et c'était presque avec l'énergie du désespoir qu'il s'accrochait à cette minuscule particule enfantine qui lui rappelait sa jeunesse. On l'avait arraché bien trop tôt à son innocence de bambin, et il ne perdait pas une occasion de le montrer. C'était un gamin puéril et capricieux mais aussi meurtrit, coincé dans le corps d'un adulte beaucoup trop vieux.

L'Irlandais observa la poupée que Chastity venait de prendre dans ses mains. Elle était absolument magnifique, toute de bois sculpté et peinte à l'effigie des grandes dames de Londres. Un vernis venait faire briller sa surface, ses cheveux semblaient soyeux au toucher, et les perles de nacre dans ses yeux devaient probablement valoir une fortune à elle seule. En tant que marionnettiste et passionné de patins, Glen regrettait simplement que ses membres soient si raides, trahissant un peu trop à son goût sa nature de jouet.


-Quel magnifique jouet ! Le travail de décoration est vraiment superbe ! Dit-il en effleurant le tissu de la robe de la poupée.

Chastity s'empara alors de la petite clé autour du cou du pantin, et l'introduisit dans la petite serrure à la base de son crâne. Un cliquetis accompagna le mouvement de la jeune femme et bientôt, elle lâcha la poupée qui se leva et commença à marcher sous le regard fasciné de l'assistance. Une poupée... Faite de bois, de ficelles et de rouages marchait devant eux, sans marionnettiste pour la diriger, sans force mystique pour le lui ordonner... Elle agissait selon un modèle bien précis, certes, mais de son propre chef ! Lorsque la poupée fit une révérence hésitante face au Marquis, son visage se décomposa. Son masque mondain au sourire hypocrite laissa place à celui d'un homme véritablement touché par ce qu'il avait sous les yeux. C'était une chose rare chez lui, et il se ressaisit rapidement lorsque Chastity reprit la parole. Il espérait que ce moment de défaillance de sa part ne s'était pas trop remarqué. Car si elle pouvait parfaitement se méfier de l'hypocrite au sourire radieux qu'il était la plupart du temps, elle pouvait être intriguée par ce visage bien plus honnête et mélancolique qu'il avait arboré l'espace d'une seconde. Pourtant, cette curieuse sensation de fascination, Glen ne pouvait la masquer totalement. Cet automate avait su éveiller une grande curiosité chez lui, et c'est avec détachement qu'il répondit à la jeune femme.


-En effet j'aime beaucoup les marionnettes... Il m'arrive d'en fabriquer, en cire, en bois, en porcelaine... Parfois même en bronze ! Je ne me lasse pas de ces dociles créatures soumises à la main de leur marionnettiste ! Elles sont dénuées de conscience propre et pourtant, il est possible de les faire marcher ! C'est un peu comme chercher à faire vivre un corps dénué d'âme, vous voyez ?

Glen laissa cette interrogation en suspend dans un murmure. Il dévoilait là d'une certaine manière sa vision des choses, du monde... Que Chastity comprenne ou non, il avait délibérément laissé planer le doute sur ses paroles. Car il ne pouvait nier que la dévotion d'une marionnette ne lui aurait pas déplu sur le genre humain. Un raclement de gorge d'Aisling lui rappela bien vite que jouer avec le feu n'était pas forcément la meilleure des attitudes à adopter dans une situation pareille.

Mais avant que la jeune femme n'ait pu répondre quoi que ce soit au Marquis, un nouvel arrivant se fit connaître. Son aura vint bousculer tous les Vampires présents, et Glen n'eut pas besoin de se retourner pour savoir qu'il s'agissait du Comte. Il reconnaissait à présent son aura, et un sourire malicieux vint orner ses lèvres. Lorsque celui-ci vint se joindre à eux, l'Irlandais eut un léger mouvement de recul pour lui permettre de saluer Chastity, mais son sourire de crispa. Il aurait aimé voir la réaction de la jeune femme après ce qu'il venait de dire, mais l'arrivée de son amant avait coupé court à ses petites expériences. Tant pis, il avait toute la soirée pour apprendre à la connaître !
Lorsque le Comte lui tendit la main pour le saluer, Glen esquissa ce même sourire plein de connivences en tendant la sienne. Quelle étrange situation que la leur... S'échanger une poignée de main après leur entrevue au manoir du Comte, voilà qui avait le don de friser l'ironie ! Chose que Glen trouvait tout aussi amusante que le reste.


-Monsieur le Comte ! Quelle surprise de vous voir ici ce soir ! Je ne pensais pas avoir l'occasion de vous croiser si tôt !

En réalité, Glen savait depuis longtemps que le Comte devait être présent au bal, puisque celui-ci avait reçu son invitation lors de leur dernière entrevue. L'irlandais détailla un instant son amant. Les cheveux attachés, une élégante tenue avec une dominante de noir... Il avait abandonné sa longue cape rouge et contrairement à Glen, que le noir et l'absence de maquillage vieillissait, lui semblait avoir rajeunit de quelques années, dans son beau costume de soirée.
Ils détournèrent tout deux un regard dans lequel se lisait complot et complicité, et Aisling tendit docilement la main au Comte pour qu'il la salue à son tour. L'atmosphère semblait électrique entre eux, et ce simple contact était chargé d'énergie négative. Malgré sa petite taille, la jeune irlandaise retenait à grand peine une expression d'agacement que trahissaient pourtant son regard glacial. Elle se tenait droite et gratifia l'aristocrate d'un aimable signe de tête, mais l'entente entre eux deux se retrouvait déjà fort compromise. Aisling n'était pas seulement jalouse du lien qui liait Glen au Comte, elle était surtout inquiète de son influence sur le Marquis. Qu'il le veuille ou non, il lui fallait partager les décision d'un autre, chose difficile pour quelqu'un qui avait l'habitude de n'en faire qu'à sa tête. Aisling ne comprenait pas. Glen lui avait caché l'existence de la Mère dans son esprit, et il lui manquait cette information cruciale pour admettre que l'alliance entre les deux Vampires était nécessaire.


-Je suis ravie de vous rencontrer à mon tour, monsieur le Comte..., susurra-t-elle d'une voix qui se voulait aussi douce que du poison.

Glen lui jeta un regard froid pour lui intimer la retenue, chose qu'elle peina à faire. Elle avait beaucoup de questions et trop peu de réponses... Ce Vampire représentait une énigme à ses yeux. Près de trois siècles les séparaient, un véritable fossé même pour des créatures immortelles ! Quelle vision du monde, quels sombres plans se cachaient derrière ces prunelles à la couleur effacée ?
Que pouvait-on ressentir, à son âge ? Car si elle ne le connaissait pas, Aisling avait sentit dans l'aura du vampire qu'il avait plus de cinq cents ans. Cette pensée la fit frissonner d'effroi : Elle semblait à l'aise mais l'éternité la terrifiait, en réalité. Tant que le monde avancerait, tant qu'elle ne serait pas seule, cette peur resterait tapi au fond de son cœur mais... Si elle venait à vivre six, sept, huit siècles... Si dans l'avenir le monde venait à disparaître purement et simplement, elle ne se voyait pas continuer à vivre, ou plutôt survivre, seule. Si elle suivait l'idéal chaotique de Glen, c'était bien pour pouvoir le maîtriser à sa guise, ce chaos ! Tirer les ficelles ou subir, le choix était vite fait pour elle !
La jeune femme détourna son regard de celui du grand homme avant de trahir son malaise.

L'attention fut alors reportée sur celui qui accompagnait le Comte. Glen plissa les yeux en le détaillant. Un visage aux traits fins, une pâleur étrange et des yeux d'un bleu profond. Quelque chose dans son aura dérangeait le Vampire, il y décelait une froideur et une étrangeté qu'il n'aurait su nommer précisément. Quelque chose qui jurait affreusement avec le sourire aimable qu'il arborait lorsqu'il salua Chastity. Sa diction trahissait un fort accent venu d'Allemagne, mais ce n'était pas cela qui perturbait le Vampire, c'était... Autre chose. Ses yeux se posèrent alors sur le collier de cuir que l'allemand portait autour du cou, et il haussa un sourcil. Un grand col, une cravate ou encore un nœud papillon aurait rendu la chose plus discrète, mais il était à présent évident que cet homme n'était pas un humain ordinaire. C'était un calice. Ou plus précisément le calice, celui que le Comte semblait garder jalousement pour lui seul. Agiter sous le nez des autres Vampires une carotte à moitié rongée était donc une façon pour le Comte de les tester ? Voir s'ils allaient lorgner sur le jeune humain dans l'espoir de goûter à sa gorge ? Un test auquel Glen répondit par le regard glacial et hautain qu'il savait si bien faire, à l'encontre de l'humain. Pourtant, ce n'était pas le fait de le savoir calice qui intriguait l'Irlandais, mais bien cette sensation étrange que son aura houleuse provoquait.
Aisling et le Marquis saluèrent le jeune homme d'un signe de tête et d'un sourire, avant que Chastity ne les invite à gagner la salle de bal.
L'Irlandaise passa devant aux côtés de Chastity, tandis que Glen les suivait accompagné du Comte. La belle rouquine profita alors de cet instant entre femmes pour complimenter la tenue d'Aisling, qui lui répondit avec un sourire radieux.


-Je vous remercie, madame ! Voyez-vous, il s'agit d'un tailleurs italien établit à Londres ! Un véritable virtuose, si je puis m'exprimer ainsi ! Il mêle les modes françaises et italiennes avec des tissus venus d'Orient ! Je ne manquerai pas de vous donner son adresse tout à l'heure ! Je suis persuadée que votre image l'inspirera beaucoup !

Aisling était une femme coquette, qui appréciait les beaux drapés, les belles tenues et les beaux bijoux. L'or la faisait vibrer autant que les rubis la faisait chavirer, et que sa tenue suscite de l'intérêt chez Chastity la flattait. Car si en apparence Aisling appartenait à l'aristocratie, elle restait une bâtarde, élevé comme simple domestique, et une fugitive qui plus est. Elle ne devait ses somptueuses tenues qu'à la générosité de Glen à son égard. Même si cette générosité avait quelque chose de glauque dans le sens où il semble davantage chercher à habiller une poupée qu'une véritable personne !

Derrière, Glen les observait avec un sourire, notant le changement d'attitude de sa seconde à l'égard de Chastity. Lorsqu'il s'agissait de choses aussi futiles que les robes, Aisling devaient tout de suite bien plus sympathique ! A ses côtés, le Comte se pencha pour lui murmurer quelques mots.
Des mots qui hérissèrent les cheveux de Glen alors qu'il tournait un regard glacial vers son interlocuteur. De quel droit osait-il sous entendre que dévorer Aisling le tentait ? Dans son sourire, l'Irlandais comprit que le Comte plaisantait, mais il peina à retrouver un regard aimable et à décrisper sa mâchoire. La jeune femme lui était bien plus précieuse qu'il ne voulait l'admettre et sans elle, il se serait sentit bien seul. Elle connaissait tout de son passé, de ses blessures, de ses joies, de ses colères... Glen devina néanmoins que le Comte se méfiait de la demoiselle, et elle semblait l'intriguer. L'Irlandais espérait que son amant saurait garder une certaine distance avec la jeune femme, même s'il mourait d'envie de les voir enfin confrontés l'un à l'autre.
Glen sentit les doigts du Comte effleurer la paume de sa main et lui lança un regard surprit. Ne craignait-il donc pas d'éveiller les soupçons au sujet de leur relation ? Le rouquin comprit néanmoins ce geste comme une invitation à ne pas prendre les paroles de son aîné au sérieux, chose qui le soulagea. En revanche, lui aussi tourna les yeux vers le jeune allemand qui les suivait. Glen n'arrivait décidément pas à mettre le doigt sur ce qui le dérangeait chez lui et comme à son habitude, il avait horreur de cela ! Il accorda cependant un sourire malicieux au Comte.


-Il est difficile de résister à l'envie de montrer ces beaux bijoux, mais nous ne pouvons lutter contre notre nature profondément... Possessive et jalouse, n'est ce pas ? Un beau joyau ne se partage pas, j'en convient parfaitement !

Pour les deux partis les choses étaient claires : Ne pas faire de mal à leur petit protégé au risque de le payer très cher. Mais Glen n'était pas suicidaire ou fou au point de vouloir chercher à provoquer le Comte en martyrisant son Calice. Après tout, il avait bien trop à gagner en l'ayant pour allié, et ils avaient partagé un peu trop pour retourner sa veste en agissant d'une manière aussi idiote ! Si son sourire resta malicieux, son regard était déterminé. S'il arrivait quoi que ce soit au jeune allemand ce soir, ce ne serait certainement pas de sa faute !

-Néanmoins, je suis ravi d'apprendre que ma cousine vous séduit, monsieur le Comte ! Reprit-il d'une voix juste assez forte pour qu'Aisling l'entende.

La jeune femme sembla se raidir un instant et ralentit le pas avant de se ressaisir. Glen étouffa un ricanement et lança un regard malicieux au Comte. S'il voulait à ce point la connaître et la comprendre, l'Irlandais n'y voyait aucun inconvénient. Pourtant, les mots de son aîné résonnait encore dans son esprit comme une sombre menace.

Il se concentra alors sur ce Chastity leur présentait, à savoir une impressionnante locomotive à vapeur, reproduite à la perfection sous forme de miniature. Le procédé était tout aussi ingénieux que celui de la poupée ou de la machine à coudre, et la jeune femme montrait là non seulement son ingéniosité et son talent, mais surtout son ambition. Elle voyait déjà sa machine traversant l'Angleterre et desservant toutes les grandes villes avec une rapidité incroyable. Mais ce qu'elle ajouta fit également sourire le Marquis. Cette soirée n'avait pas qu'un seul but. Non seulement la demoiselle avait besoin de se faire une place au sein de l'aristocratie, ce qui lui semblait normal, mais elle avait aussi besoin d'appui, de mécènes, d'argent ! Et tous les nobles fortunés présents à cette soirée pouvaient lui permettre de mener à bien son projet. Déjà, Glen entendait des murmures parcourir l'assistance au sujet de l'invention de Chastity, et certains semblaient prêt à se jeter à corps perdu dans cette entreprise. Marquis, Ducs, Comtes et Barons, tous avaient de quoi financer ce projet coûteux. Glen resta stoïque, montrant toujours son intérêt mais sans s'étendre outre mesure. Il gardait sa pensée pour plus tard. Le projet était intéressant, mais pas autant que sa conceptrice...

Celle-ci les invita alors à poursuivre dans la salle de bal, où Glen laissa Aisling en compagnie du Comte et de son Calice. Il était curieux de voir comment se comporterait la jeune femme une fois seule face à lui ! Le Marquis choisit de rester dans le grand hall et de faire un tour, pour visiter l'endroit.
Jouant avec son éventail, Aisling se força à sourire d'un air détaché. Elle se méfiait autant qu'elle craignait le Vampire qui lui faisait face.


-J'ai beaucoup entendu parler de vous mais je n'avais jamais eu l'occasion de vous croiser, monsieur... Il semble que Glen apprécie votre compagnie...

Son regard se fit plus perçant tandis qu'elle faisait référence aux cachotteries que lui faisaient le Marquis. Pourtant, il ne lui avait pas fallu beaucoup de temps pour comprendre la nature profonde de leur relation. Son regard s'attarda sur les cheveux immaculés de l'aristocrate, ainsi que sur ses prunelles effacées. A nouveau elle ressentit ce frisson d'angoisse en songeant à l'âge qu'avait cet homme. Avait-il toujours été accompagné, dans son long périple d'immortel ? Ou avait-il connu la solitude de l'éternité, ce silence effroyable qui accueillait les Vampires lorsqu'ils n'avaient plus personne avec qui converser ? Cette sensation de terreur oppressante, un sentiment qui glaça le sang de la jeune femme. Et peut-être le Comte le remarqua-t-il lorsque son sourire se fana l'espace d'un instant.

De son côté, Glen continuait son petit tour dans le manoir de Chastity. Le hall avait été délaissé et semblait bien vaste et vide, sans tous ses visiteurs. Il allait regagner la salle de bal quand un bruit à l'étage attira son attention. N'écoutant que sa curiosité, l'Irlandais gravit les marches et arpenta le couloir à la recherche d'une quelconque agitation. Des voix se firent entendre et Glen n'eut pas à chercher longtemps, puisqu'un serviteur sortit de ce qui semblait être une salle de bain. Poussant la porte à son tour, il entra et découvrit un jeune homme d'à peine vingt cinq ans, de cheveux noir de jais ébouriffés et une tenue tout à fait élégante. Pourtant, les signes ne trompaient pas. Cet homme n'avait ni l'allure ni les mains d'un aristocrate. Sûrement un bourgeois, que le Marquis regarda avec un léger sourire et tout le mépris du monde dans le regard. C'était un fait, il aimait sa position de noble et dénigrait les autres classes. Le jeune homme semblait prêt à quitter la pièce et pourtant, Glen remarqua sa nervosité et son geste pressant pour dissimuler quelque chose dans sa poche. Une légère odeur d'encre de chine planait dans l'air, une odeur qu'il ne connaissait que trop bien. Plissant les yeux, il releva la tête vers le visage de son interlocuteur, le dévisageant tel un fauve face à sa proie. Cachait-il donc quelque chose pour s'isoler de la sorte alors que l'ambiance était à la fête un peu plus loin? Peut-être préparait-il un quelconque coup de théâtre pour se faire remarquer... Le jeune homme prit alors la parole et l'irlandais l'écouta sans bronche, se contentant de répondre d'une voix froide mais aimable.


-Navré monsieur mais je ne crois pas vous connaître...

Lui en revanche savait parfaitement qui il était. Sa réputation le dépassait, autant pour son allure étrange que pour son habitude à briser des cœurs et des ménages. Le jeune homme ne tarda pas à éclairer sa lanterne et se présenta sous le nom de Sladd Nordj. Un nom à l'accent slave que sa diction n'avait pas. Sa remarque quant à sa condition d'homme seul fit à nouveau sourire l'aristocrate. Il ne pouvait décemment prétendre qu'il avait une épouse restée en Irlande, ayant trop souvent avancé qu'il n'était plus en ménage... En revanche, il pouvait parfaitement prétendre être veuf.

-Hélas non... Mon épouse nous a malheureusement quitté il y a trois ans... La pauvre est morte d'une fièvre puerpérale en accouchant de notre fille unique... Une enfant que j'ai préféré protéger de la vie londonienne, répondit-il avec un naturel effarant.

Lorsqu'il s'agissait de mentir, Glen pouvait se montrer très convaincant. D'autant que le sujet qu'il abordait le touchait de très près : Sa propre mère avait souffert du même mal à sa naissance. Il était donc fort bien placé pour parler ainsi.
Il écouta à nouveau parler, gardant une certaine distance et prenant bien soin de ne pas montrer d'intérêt à son égard pour ne pas éveiller ses soupçons. Qu'un aristocrate se soucie d'un simple bourgeois aurait pu paraître bien suspect. Pourtant, le jeune semblait cultivé, lorsqu'il lui parla de littérature, chose appréciable pour un être tel que Glen.


-Et bien... Je vous avoue que mon intérêt est bien terre à terre en comparaison du votre ! Je salue tout particulièrement l'ingéniosité de Dame Stephenson, ainsi que son implication dans la vie quotidienne des londoniens ! Je suis persuadé que ses inventions vont grandement l'améliorer ! Disons que si l'on parle de lier l'utile à l'agréable... Pourquoi ne pas voir une forme d'art de cet agencement complexe d'engrenages... ? Mais je m'égare !

Un sourire malicieux se peignit sur les lèvres du Vampire tandis qu'il laissait le jeune homme cogiter sur ce qu'il venait de dire. Mais Sladd semblait pressé et bientôt, leur entrevue toucha à sa fin. Alors qu'il sortait, Glen le héla.

-Monsieur Nordj ! Passez une agréable soirée..., dit-il avec un grand sourire et un regard plein de méfiance.

Lorsque le jeune homme fut sortit, Glen accorda un regard à son reflet dans le miroir. Décidément, il n'aimait pas ce visage sombre et pourtant bien plus naturel qu'il avait sans le maquillage. Habitué à porter un masque de fard et de khôl qui lui donnait l'impression d'être à l'abri et intouchable, il se sentait nu sans lui.

Alors il quitta la pièce et rejoignit la salle de bal, où il chercha immédiatement Aisling du regard. Il ne tarda pas à la trouver, non loin du buffet. Elle était aisément repérable, avec sa robe colorée et ses longs cheveux argentés. Elle semblait agitée et nerveuse, et Glen ne doutait pas que son entrevue avec le Comte avait du la secouer. Mais à quel point ? Il lui faudrait attendre un peu pour le savoir, car le bal allait s'ouvrir et l'heure n'était plus aux confidences. Il la rejoignit comme si de rien n'était et observa les convives, jusqu'à ce que son regard se pose sur Chastity, qui devisait avec le Comte.


-Regarde donc... Quoi de mieux pour une femme de son rang que de s'attirer les faveurs du Lord le plus influent de la cour ? Elle sait où sont ses intérêts... Et il n'y a pas qu'au sein de l'aristocratie qu'il pourra lui apporter sa protection, murmura Glen avant de ricaner. Lui accorder sa première danse sera un privilège pour elle !

Aisling répondit d'un hochement de tête distrait, l'esprit ailleurs. Lui jetant un regard en biais, Glen soupira et lui prit la main, la serrant doucement tant qu'il la portait à ses lèvres.

-Tu vois le jeune homme aux cheveux bruns derrière moi ? Demanda-t-il avant de reprendre lorsque la demoiselle hocha la tête. Arrange-toi pour danser avec lui et fais le parler... Il ne m'inspire pas confiance...
-Suis-je vraiment obligée de jouer les gourdes ce soir ? Soupira la jeune femme.
-Dis-toi... Que c'est pour la science ! Répondit-il avec un grand sourire. Ou plutôt notre intérêt commun, je suis persuadé qu'il prépare quelque chose de louche ! Mais réserve-moi te dernière danse...

Aisling se contenta d'un sourire qui ressemblait plus à une moue et s'approcha de Sladd en se constituant un parfait masque d'innocence et d'amabilité. Avec sa petite taille et son allure juvénile, on pouvait aisément la penser en âge de se marier. Esquissant une légère révérence, elle s'approcha.

-Vous me semblez bien seul, monsieur ! Ne ferez-vous donc pas danser une dame ?

Puis elle attendit qu'il daigne l'inviter à danser.
De son côté, Glen traversa la foule à la recherche d'une cavalière. Bien des visages attirèrent son regard, jusqu'à ce qu'il se trouve au niveau de Chastity et du Comte. Comprenant que celui-ci ne danserait pas à cause de son genou, il s'approcha et tendit aimablement une main à la jeune femme.


-Si Mr le Comte se trouve incommodé par sa blessure, je me ferais une joie de vous accompagner, madame !

Prenant la main de la demoiselle, l'aristocrate l'entraîna sur la piste au son d'une valse jouée par l'orchestre.

-Madame, laissez-moi vous dire que vous êtes une danseuse remarquable ! Murmura-t-il d'une voix suave.

Il était temps pour eux de discuter un peu plus franchement, à l'abri des oreilles indiscrètes. Des sujets délicats seraient sûrement abordés, et malgré la proximité qu'offrait la danse, il n'avait jamais été aussi éloignés l'un de l'autre. Glen préféra laisser la jeune femme entamer les hostilités.



[HPR: Au sujet de ce que le Comte dit à Glen à propos d'Aisling, le dialogue manquant vient dans son post, j'anticipe simplement pour éviter d'avoir à faire des flash back de fou pendant tout le rp! ^^ /HRP]


Dernière édition par Glen O'Sullivan le Dim 2 Juin - 18:27, édité 1 fois
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42] Dim 14 Avr - 6:59

Une poupée.
Chastity était une magnifique poupée de porcelaine que n'importe quelle jeune fille aurait souhaité avoir sur son étagère. Alors qu'il saluait la belle, le Comte avait laissé ses yeux apprécier sa parure de perles et l'ensemble que formait sa robe de soie bleue. Son col échancré laissait voir ses frêles épaules et, lorsque lord lui fit son fameux baise-main, sa gorge, blanche et tendue, lui fut entièrement dévoilée comme pour le tenter. Ses pensées de prédateur et d'homme avaient alors aisément déviées vers l'enivrante odeur que son parfum et sa peau dégageaient ensemble. Il s'était soudainement souvenu de leur rencontre sous l'opéra, de cette chaleur dans la fournaise des chaudières et de l'odeur de ses cheveux lorsqu'il y avait promené son nez. Il se souvint également de l'odeur de son sang...Un sang particulier, un sang impur, certes, mais néanmoins loin d'être dénué d'intérêt. Son regard avait ensuite naturellement glissé sur ses boucles de cuivre dont les reflets d'airain, attisés par les lustres et les mille chandelles du lieu, faisaient ressortir l'éclat et la texture. Ses cheveux, parfaitement montés en une coiffe des plus élégantes, paraissaient ainsi plus doux que le plus coûteux des velours. Ils contrastaient avec sa peau et mettaient en valeur l'omoplate aiguë de leur maîtresse.
Chastity était désirable.
C'était l'esprit d'une femme de près de 300 voire 350 ans dans le corps d'une jeune lady de 25 ou 26 ans. Le Comte n'était pas insensible à son charme. Bien qu'elle soit plus jeune que lui dans son apparence humaine de même qu'en terme d'années vampiriques, elle possédait cette maturité qui plaisait au vieil être de la nuit qu'il était. C'était une maturité qu'il peinait à trouver chez ses semblables. Chastity avait un vécu qui l'avait forgée et sa capacité à reprendre l'entreprise des Stephenson en disait assez long sur sa facilité d'adaptation au monde humain. C'était une jeune femme élégante et maligne. Une poupée de porcelaine doublée d'une intelligence aux rouages bien huilés. Malgré sa nature subversive, elle avait réussi à se faire une place dans la société et à y évoluer sans remuer assez la fange pour se trouver aux prises avec quelques scandales. Les seuls murmures qui rôdaient à son sujet n'étaient placés que dans la bouche de Vampires pour des Vampires. Elle ne semblait pas inquiétée par l'espèce des Hommes, au contraire, elle y avait assez de renommée pour pouvoir organiser un pareil bal sans que ses invitations ne soient refusées. Lui-même devait admettre qu'il n'avait jamais entendu d'écho désagréable à son sujet, si l'on épargnait une fois encore sa nature. C'était le seul point à éclaircir réellement, les seules particules d'humus qui s'étaient échappées du marécage caché.

Le Comte accepta avec simplicité les aimables paroles de la jeune femme avant de saluer Glen. Il lui fit une légère courbette d'un air quelque peu amusé tout en répondant à la belle:


- Mon genoux va mieux, cela va sans dire, mais il est certain que je ne serai pas aussi vivace qu'à mon habitude...

Son regard saisit celui de Glen dans un sourire connivent assez furtif pour que lui seul ne s'en rende compte. Puis il salua galamment Aisling, comme le gentleman qu'il était. Ce fut fait avec un peu de rapidité cependant son regard s'était attardé dans le sien avec une pointe d'insistance qui pouvait aussi bien passer pour de la curiosité que pour de la provocation. C'était une femme intrigante qu'il devait analyser aussi ce soir. Sa présence aux côtés de Glen, lui plaisait autant qu'elle lui était hostile. D'ailleurs, il nota aussitôt son air glacial alors qu'elle lui répondait d'une voix sans timbre. Glen paru soudainement se figer dans une expression de colère, mais en un battement de cil la situation avait repris son cours normal. Le Comte n'allait certainement pas se formaliser pour si peu, du moins en public, il n'était pas fou. Mais la tension qui s'était installée d'avance entre eux lui donna un petit avant-goût des futures discussions qu'ils auraient en tête à tête...Aisling protégeait Glen, elle était jalouse de leur relation, elle tentait de contrôler son esprit pour calmer ses cauchemars: c'était une compagne de choix, mais son zèle risquait de lui jouer bien des tours...Face au Comte, sa jalousie finirait par la tuer. Lui aussi était très possessif...

Détournant rapidement le regard pour éviter de sortir les crocs, le Comte présenta son Calice afin d'attirer l'attention de tous sur ce dernier. Il était temps de le dévoiler au monde vampirique, il était prêt. Ludwig était parfait. Ses vêtements lui allait à ravir, son visage glacé et son maintient princier lui donnaient un air supérieur et droit qu'affectionnait particulièrement son maître. Il était élégant et son sourire était charmeur, mais quelque chose lui donnait cette froideur qu'ont les pierres sous l'orage. Le Calice personnel du Comte était une perle rare dont il allait maintenant se targuer d'en être le possesseur exclusif...

Cependant, alors que Chastity saluait Ludwig avec grâce, le lord laissa son regard dévier à nouveau sur Aisling qui se tenait près de Glen. Elle était ravissante elle aussi, quoiqu'un peu jeune d'apparence et petite. Elle portait une robe réellement splendide qui venait aimablement magnifier ses courbes et donner de l'éclat à son teint étrangement mate. Le Comte préférait les peaux très blanches, par pure instinct, mais il devait reconnaître que Glen avait-là une bien terrible fleur. L'orangé de sa robe et l'ambre qu'elle portait contrastaient avec le bleu de la robe de Chastity et ses douces perles. A elles deux, elles offraient un tableau des plus agréables à regarder pour un homme. Ce qui frappait chez Aisling, c'étaient ses yeux aux teintes rouges et ses cheveux argentés qui s'apparentaient à ceux du Comte. Jirômaru en avait froncé les sourcils de manière imperceptible. Ce détail d'importance notait une maladie, une dégénérescence avancée ou une difficulté d'adaptation au monde depuis la vampirisation. Lui-même était malade, il le savait. Quelle avait donc été son histoire à elle? Était-ce ainsi ce fameux signe de malaise ou une particularité physique sans incidence? Avait-elle volontairement déteint ses cheveux ou était-elle, comme lui, atteinte d'une souffrance muette? Ce point faisait d'Aisling un sujet des plus intéressants. Elle n'était pas seulement la compagne de Glen, c'était également celle qui avait manipulé son esprit et perturbé ses barrières mentales, c'était également celle qui partageait certainement sa couche, chose non négligeable à présent dans l'esprit du lord, mais aussi une créature qui semblait avoir un passé aussi tumultueux que le sien. Jirômaru comptait bien réussir à lui parler en tête à tête ce soir. A l'instar de Chastity, cette femme l'intéressait. Ce n'était certes pas pour les mêmes raisons, mais toutes les deux allaient certainement faire concrètement partie de sa vie à partir de ce soir...

Alors qu'il songeait à de futures intrigues, le Comte fut rappelé à la réalité par la proposition de Chastity: elle lui demandait s'il souhaitait l'accompagner tandis qu'elle présentait ses machines à Glen. Jirômaru se redressa et lui sourit aimablement. Mais lorsque que son regard croisa l'iris mordoré du sien, il capta son petit air intéressé. Le voile d'ombre qui embrumait ses yeux se fit alors plus clair, moins dense, comme s'il acceptait de lui ouvrir l'espace du « miroir de son âme » le temps de cet échange.


- Avec plaisir miss Stephenson, c'est très aimable à vous...Nous vous suivons...

D'un regard, le Comte enjoignit à Ludwig de le suivre tandis que Chastity prenait les devants avec Aisling. Emboitant le pas de Glen, le lord s'en approcha assez pour lui murmurer à l'oreille:

- Ta jolie compagne me ferait presque regretter qu'elle soit des nôtres...ou du moins tienne...La peau de son cou promet des merveilles...

C'était à la fois un compliment et une insulte frappante entre Vampires de leurs rangs. Le Comte venait clairement d'expliciter à Glen qu'il dévorerait bien Aisling pour son bon plaisir. Il la trouvait belle et désirable tant au niveau de son physique que de son sang. Dans sa susurrante voix, une note de provocation s'était d'ailleurs nettement fait sentir. Mais, alors que le Comte croisait le regard glacé de son amant, il lui sourit sincèrement en lui touchant du bout des doigts sa main la plus proche:

- Mais nous avons chacun notre joyaux...

Le Comte tourna son regard vers Ludwig en éloignant sa main pour éviter de se faire prendre par quelques regards indiscrets.

- Des joyaux à conserver dans leur écrin...pour nous seul.

Oui, ils étaient clairement accompagné chacun d'un intouchable. Jirômaru venait de jouer avec Glen pour tester sa colère relative à Aisling et se persuader du statut qu'avait la jeune femme pour lui. Cependant, il n'était pas assez fou pour se mettre à dos son amant et il ne comptait donc pas toucher à sa chère et tendre compagne. Il allait lui parler, la regarder, la désirer, comme n'importe qu'elle femme de sa race, mais il allait également la considérer avec un peu plus de respect que beaucoup d'autres. Pour sa place dans les rangs de Glen, pour son importance dans son coeur, il allait éviter de lui déplaire en l'approchant un peu trop. Jirômaru savait rester galant et poli avec les siens, même si au fond de lui une petite voix lui hurlait de sauter au cou de cette beauté qui risquait d'entraver ses liens avec son nouvel amant...Ses liens et ses plans...Déjà une pointe de jalousie? Peut-être...C'était surtout une crainte merveilleusement dissimulée qui venait de poindre en son coeur. Lui qui venait de trouver le compagnon qu'il cherchait depuis quelques siècles ne comptai pas le perdre pour une femme. D'ailleurs, Glen ne devait pas encore être dans la même perspective que le lord. Imaginait-il une éternité côtes à côtes avec lui? Avait-il conscience que le Comte voyait déjà en lui un compagnon en terme de siècles? Tout cela était à approfondir entre eux, il faudrait qu'ils en parlent bientôt. Jirômaru comptait bien entretenir le lien courtois qui était né entre Glen et lui, il savait qu'il lui faudrait encore l'amadouer, l'attirer, le convaincre, le fasciner. Il devait encore le tester et s'assurer que leur lien prendrait de l'ampleur. Ce n'était que le commencement. Le Cavalier ne semblait pas encore avoir saisi sa place sur l'échiquier...C'était peut-être la pièce à conserver parmi tant d'autres à sacrifier...
Mais pour l'heure, il fallait jouer des mondanités.
Ainsi le Comte venait-il surtout d'expliciter à son amant son intérêt pour sa compagne tout en le mettant en garde au sujet de Ludwig. Glen sembla le comprendre très rapidement et ses douces paroles le firent sourire. Leur connivence était toujours de mise, cela l'amusait beaucoup. Glissant un regard à Ludwig en même temps que son amant, le lord sortit les crocs. Le beau Calice avait aussi une place particulière au sein de son projet, mais le jeune homme l'ignorait encore lui-même. Il se contentait d'être un serviteur zélé, fidèle et prompt à satisfaire le moindre de ses désirs. Aujourd'hui, Jirômaru testait sa fiabilité et son talent d'acteur. Oui, pour lui aussi c'était le commencement d'une entreprise bien plus grande que ce qu'il entrevoyait...

Glen prononça alors fortement le nom d'Aisling. Le Comte lui jeta un regard franchement amusé avant de tourner ses grises iris vers la jeune femme qui venait clairement de se raidir. Que cette situation était cocasse! Le Comte imaginait déjà les futures rencontres qu'ils feraient dans leurs salons. Il y avait réellement matière à discuter, à soupirer, à dévorer...Glen n'avait certainement pas conscience qu'il s'était fait un amant des plus dangereux. Le Comte n'était pas seulement un Vampire ambitieux et puissant, c'était aussi un homme vicieux et violent. Une paire de scènes dignes du marquis de Sade prirent place dans son esprit dérangé...

Le Comte détourna alors son regard pour oublier ces images et laissa ses pas le mener à la suite de Chastity et d'Aisling. Il descendit les escaliers avec un peu de difficulté feinte puis se retrouva avec les autres devant la maquette qui était exposée dans le hall. Le Vampire faisait toujours mine de boiter, légèrement, pour maintenir le mythe de la blessure qu'il avait reçue auprès des Humains. Cela ne le dérangeait pas: il avait l'habitude de revêtir d'un costume en société et celui-ci lui irai aussi bien que les autres. Ainsi, le Comte suivit Glen et les jeunes femmes sans ajouter un mot, silencieux comme le nuage qui passe devant le soleil. Cependant, il éprouvait soudainement quelques difficultés à conserver son masque en présence de Glen. C'était étonnant. Lui qui était metteur en scène et grand acteur, lui qui revêtait d'un nouveau faciès à l'envie depuis des siècles, se retrouvait soudainement démuni. En réalité, depuis ses derniers chocs avec les Hunters, il avait développé un cruel problème: le sentiment d'échec et par là un sentiment de solitude. Il avait besoin de se ressaisir, de redevenir lui-même et donc d'épancher ses passions, même les plus tumultueuses. Une rage profonde rongeaient ses entrailles depuis que Sarah prenait un malin plaisir à lui glisser entre les doigts et une terrible frustration l'avait accompagnée. Avec Glen, il se sentait redevenir Jirômaru, le Vampire empli d'émotions, courbé par l'âge et le labeur, un être emprunt d'une entrepreneuse folie, l'âme d'un conspirateur acharné...Il se sentait redevenir le prédateur qu'il avait toujours été depuis la mort de son maître.
Ici, il devait passer pour un noble, aimable, distingué et fier. Il devait se faire gentleman, parler de terres et d'intérêts financiers. Il était nécessaire qu'il fasse le galant avec les femmes et joue la comédie de la victime avec les hommes. C'était assez pénible pour qu'il se sente prêt à laisser éclater sa vraie nature que Glen réveillait. Il valait donc mieux qu'il évite de converser avec lui en public. Ne venait-il pas de lui toucher la main au risque d'éveiller les soupçons? Leurs récents ébats courraient encore dans son esprit. Il fallait qu'il les oublie le temps d'une soirée. Quel dommage...

Ainsi, arrivé devant la maquette qu'il avait déjà admiré en entrant, le Comte se détacha-t-il de Glen pour faire le tour de l'objet et s'éloigner franchement de son amant. Il écouta alors attentivement ce que leur expliqua la jeune femme sans jamais décrocher le regard des maisonnettes, des personnages et du train qui roulait sur de petits rails. Enfin, lorsque leur hôte fit silence, il la complimenta avec la plus belle des sincérités:


- Votre travail est remarquable Miss Stephenson, votre père serait fier de vous. Ces nouvelles locomotives représentent l'avenir! Celles que nous avons dans notre gare d'Euston restent d'un inconfort terrible. Pour aller jusque Glasgow ou Liverpool, je ne doute pas que vos prototypes puissent être meilleurs! Vous avez là un génie qui est cher à notre patrie. C'est avec des gens comme vous que la machine verra son heure de gloire!

Le Comte jeta un regard empli d'une véritable admiration à Chastity. Puis il fit un mouvement de la main au-dessus de la maquette pour en vanter les mérites:

- Cette maquette est tout simplement magnifique. Les détails sont surprenants! Ces maisons, ces arbres, ces couleurs, votre système à vapeur...Je crois que je n'ai encore jamais vu pareille chose, de ma vie. Je vous félicite!

Le détachement du dernier syntagme prépositionnel prenait ici toute son importance lorsque l'on était un Vampire. Le Comte appuyait-là sur le fait qu'en presque 600 ans il n'avait pas été aussi impressionné par un objet tel que celui-ci, c'était un énorme compliment.
Chastity les invita alors à rejoindre la salle de bal. Le Comte s'inclina.


- J'ai hâte de voir l'ensemble de vos invités s'animer pour de bon, en effet.

Ils remontèrent ainsi à la salle de bal où Chastity pris congé pour aller s'occuper des derniers arrivants. Le Comte resta ainsi avec Glen, Aisling et son Calice. Il ne pu s'empêcher un regard osé vers Glen tout en lui esquissant une petite réplique amusée devant sa compagne:

- Pour un « monstre de laboratoire », notre chère amie me semble bien distinguée vous ne trouvez pas?

Le Comte leva les yeux au ciel en haussant les épaules. Il se contrefichait royalement de tout ce que les ragots pouvaient bien dire au sujet de cette femme: tout ce qui lui importait, c'était qu'elle conserve la Mascarade et qu'elle s'avère utile pour lui. Cette maquette et les moyens qu'elle mettait en œuvre pour faire avancer la science et la mécanique étaient déjà bien assez intéressants pour qu'elle ai réussi à attirer son attention. Elle chassait le Loup, élaborait des cachets, mettait en place de nouvelle machines...son sang pouvait bien être nécrosé, il n'en restait pas moins utile. C'était cela que Jirômaru était venu vérifier. Il était désormais convaincu que Chatity, en plus d'être charmante, pouvait s'avérer utile. Le Comte porta alors sa main droite à la poche de son pantalon pour sentir sous ses longs doigts les contour d'une boite qu'il conservait-là. Plus tard, dans un salon, à l'écart...Il avait des choses à dire à Chastity...

Glen pris alors soudainement congé. Le Comte leva un sourcil en lâchant sa poche. Surpris par ce départ inattendu. Il jeta un regard interrogateur à Glen et le laissa s'esquiver. Qu'avait-il donc de si important à faire? Certainement des « amis » à saluer...Le Comte se retrouva ainsi face à Aisling en compagnie de son Calice. La jeune femme fit un effort pour lui être aimable, ce que le lord apprécia avec la sympathie du lion face à l'agneau. Il lui sourit en lui montrant le bout de ses canines afin de répondre à sa remarque au sujet de Glen:


- Et je l'apprécie tout autant...Soyez-en certaine, my lady...

Soutenant son regard, le Comte lui sourit de plus belle. Il lui faisait peur, elle n'était pas à l'aise, cela se sentait sur des lieues. Ses yeux rouges avaient déviés des siens, aveugles et froids, pour errer sur ses cheveux d'argent: elle aussi se posait de nombreuses questions à son sujet, c'était flagrant. Ils avaient de nombreuses choses à se dire et Glen avait été malin de les laisser ensemble. Mais avait-il été seulement prudent? Cela était incertain...

- Ludwig, fit le Comte en se tournant vers son Calice, vous pouvez aller librement. Le banquet vous attend et je doute que les conversations d'un vieux lord tel que moi puissent avoir plus d'intérêt pour vous que les profiteroles ou le vin que je vois là-bas. Profitez donc de la soirée, mais ne vous éloignez pas trop, mon genoux pourrait vous réclamer...Et dansez! Dansez donc pour dégourdir ces belles jambes...

Le Comte perça de ses yeux d'acier le regard de lagon glacé que lui offrait le jeune allemand. Il avait évidemment compris ce que son maître désirait: une conversation privée. Mais il savait aussi que c'était l'heure de faire son petit manège: il avait pour instruction de flâner parmi les convives et d'écouter tout ce qui pourrait être utile au Comte. Il devait également courtiser une paire de belles dindes pour rehausser son image de marque et se montrer vif d'esprit avec quelques nobles pour étaler sa science. Il avait-là un rôle à jouer et il devait faire son entrée dans le monde d'une manière éclatante. Il n'avait pas le droit à l'erreur, c'était sa première et dernière chance de pouvoir sortir de l'ombre. Ce soir, le Calice devait faire ses preuves et avoir un comportement exemplaire. Il servait de friandise à exposer devant des enfants pour les tester, il servait de galant pour cueillir les plus belles fleurs du jardin d'Eden, d'espion pour ses projets, d'excuse pour les Humains...Ludwig ne devait pas le décevoir.

Une fois seul avec Aisling, le Comte lui tendit le bras d'un air galant pour qu'ils déambulent parmi les convives.


- Glen m'a beaucoup parlé de vous et de vos charmants pouvoirs, mais il m'avait caché que vous possédiez bien d'autres atouts, si je puis me permettre ce genre de flagornerie...

Le regard du lord coula sur la belle. Il la dominait largement de par sa taille et son aspect impérieux l'écrasait quelque peu naturellement. Son décolleté, léger car immature, lui donnait une touche infantile qui n'était pas déplaisante. Sans la regarder plus longtemps, le Comte continua la promenade autour de la salle de bal pour s'arrêter devant chaque machine. Réellement intéressé, il se penchait parfois pour observer de plus prêt un mécanisme ou deux. Il paraissait très calme et posé, mais en réalité il proférait déjà discrètement des menaces:

- Glen n'est pas un homme à s'enticher de n'importe qui, vous lui êtes très précieuse, plus que je ne le suis actuellement, rassurez-vous. Cependant, j'ose espérer que vous n'interfèrerez pas dans nos petites affaires, cela serait...désagréable, surtout pour vous.

Son regard brumeux croisa l'iris de rubis qui semblait s'agiter chez la jeune femme. Il se détourna alors de la machine qu'ils étaient en train d'observer pour la regarder de façon plus posée.

- Vous êtes belle, Aisling, aussi belle que la voûte des dieux lorsqu'elle est en proie aux plus terribles tourments. Vous me craignez, et c'est preuve de raison, mais ne doutez pas de ma sincérité lorsque je vous dis que Glen ne risque rien en ma présence tant qu'il respectera les termes de notre...''contrat''.

La voix du Comte dénotait d'une franchise à la fois sèche et douce. Il ne souhaitait pas que la jeune femme lui pose des questions au sujet de leur relation, tout était déjà clair dans son esprit jaloux, c'était évident. La moindre de ses mimiques prouvait son malaise et sa froide distance l'animait d'une frustration toute chaste. Il devenait dès lors inutile d'expliciter ce qui était déjà trop visible. D'ailleurs, le Comte commençait à se demander si Glen ne lui avait pas confié une partie de ce qui s'était passé entre eux dans son manoir. Cela aurait été maladroit de sa part. La belle Vampire était semblable à Maria: zélée et aimante...Elle semblait émotive et si le marquis s'amusait à lui torturer l'esprit avec sa nouvelle relation, elle n'allait pas tarder à les gêner.

Le Comte repris sa marche, soudainement silencieux. Il entraîna Aisling auprès des dernières machines qui étaient exposées de leur côté, s'exclamant parfois doucement pour animer leur marche. Puis il s'éloigna un peu des convives avant de dévier concrètement son pas pour pousser lentement la belle dans un coin plus sombre et plus tranquille. Bientôt, Aisling était contre une colonne de marbre, prise au piège. Le regard du Comte la sonda un instant avant qu'il ne lui mette un doigt sur la bouche pour lui intimer le silence.


- Vous craignez pour Glen, vous priez pour son salut, et pourtant savez-vous que vos petites escapades dans son esprit auraient pu le briser? Vous pensiez sincèrement pouvoir lui ôter ces images avec de simples barrières intangibles? Il ne sera jamais guéri, jamais! Sauf si...vous me laissez faire..Moi seul ai le pouvoir de le sauver de ce qui le hante. Son esprit est violé, en proie aux griffes d'une entité à détruire: lever de semblables barrières ne fait qu'enfermer dans sa tête ce qu'elle y a planté. La graine germera alors entre quatre murs et que croyez-vous qu'il se passera lorsque l'arbre déploiera ses branches en tout sens?

Le visage du Comte était maintenant si près de celui d'Aisling qu'elle pouvait sentir son souffle sur ses lèvres. Son regard de brume était devenu très intense, empli de menaces et de reproches. Sa main droite serrait doucement le poignet gauche de la belle tandis qu'il lui faisait barrière de l'autre.

- Je ne suis pas de ceux qui abandonnent facilement, miss, et je ne compte pas laisser Glen souffrir plus longtemps de cette intrusion. Vous devez me le laisser...Sans cela vous le perdrez.

Lâchant son poignet pour la prendre par la taille, le Comte approcha son nez des cheveux de la belle et respira son parfum:

- Je ne suis pas aussi terrible qu'on le prétend...Murmura-t-il dans son oreille d'une voix tendre. Je ne veux que son bien...le tiens aussi...Tes cheveux sont magnifiques...

*Nous danserons plus tard*


Alors que sa voix résonnait dans l'esprit d'Aisling, le Comte frôla la joue de la jeune femme avec la sienne et la lâcha complètement avant de lui tourner le dos. Ses longs cheveux blancs flottèrent un instant près de la jeune Vampire et bientôt le lord s'était éloigné d'elle jusqu'à retrouver la foule pour s'y faufiler. Il venait ainsi de donner à Aisling de quoi le craindre mais aussi de quoi se torturer l'esprit. Il lui avait mis en tête que le bienêtre de Glen dépendait de lui et qu'elle n'avait fait que fauter jusqu'à présent. Il lui avait donné de quoi paniquer t culpabiliser tout en lui insufflant une sensualité qui ne saurait la laisser indifférente. La puissance du Comte passait aussi dans ce que son aura et sa présence lui donnaient un don de fascination très poussé. Aisling ne serait peut-être pas sienne, mais il n'allait pas non plus ignorer le fait que sa présence dans l'univers de Glen l'en rapprocherait inévitablement. Il fallait poser maintenant les cartes utile à la construction de son empire.

Une fois dans la foule, Jirômaru salua un couple de quinquagénaire qu'il connaissait du Queen's Head puis un gentleman vint à sa rencontre pour lui présenter sa fille. Le lord resta droit et galant, sans pour autant montrer un réel intérêt à cette jeune donzelle. On lui offrait sur un plateau sans imaginer que son jeune cou lui était aussi appétissant que les toasts de caviars qui circulaient dans la salle. C'était tout simplement pitoyable. Le nom de Sarah revint souvent dans les conversations sur son passage, celui de Coriolan aussi. Cela avait le don d'exaspérer le Comte qui cherchait des yeux Chastity.
Il aperçu Glen en pleine conversation avec un jeune homme aux cheveux noirs en bataille. Pendant un instant le Vampire cru qu'il était en compagnie d'Angelstone mais il réalisa bien vite que ce jeune homme n'avait pas d'aura.
Passant son chemin, il salua encore de nombreuses personnes en expliquant que son genoux l'obligeait à s'appuyer sur sa canne-épée comme un vieillard. Il fit rire une ribambelle de jeunes ladies et serra la main d'un septuagénaire qui était un de ses collègues de Westminster avant de tomber nez à nez avec Chastity.


- Mademoiselle, je ne pensais pas vous retrouver dans toute cette foule!

Il lui fit un sourire charmant et lui pris la main pour la baiser une nouvelle fois sans jamais décrocher son regard du sien.

- Votre salle de bal est immense et votre personnel a réellement agencé la chose avec goût. Quant à vos machines, elles sont tout simplement remarquables. Toutes ont leur intérêt et lorsque je les observe je ne peux qu'être confiant pour l'avenir. Ces inventions vont révolutionner le monde!

Le Comte jouait son rôle d'aristocrate galant, courtois et beau parleur, mais on pouvait noter dans sa voix quelque peu surfaite une sincérité frappante. Il sourit à nouveau à la belle Vampire qu'il dominait aussi de sa taille de titan et pencha la tête sur le côté pour l'écouter. Il fut alors presque choqué de la demande que lui fit la jeune femme. Il ouvrit la bouche une première fois avant de sourire d'un air satisfait lorsqu'il aperçu Glen se profiler derrière Chastity.

- Je suis navré, Miss Stephenson, mais je vais devoir décliner votre invitation. Mon genoux ne me permettra pas de danser correctement ce soir et ce serait un affront que d'accompagner une hôte aussi charmante d'un pas aussi gauche que le mien. Mais Monsieur le marquis pourrait peut-être me remplacer ? Fit-il en jetant un regard amusé à Glen. Je ne doute pas de ses capacités à mener une valse...

Le sous-entendu était là, perché dans son œil comme un singe malicieux sur la branche d'un arbre centenaire. L'espace d'un instant, son sourire dévoila une canine luisante. Il ne se souvenait que trop bien de la nuit qu'il avait passé avec son amant...Ainsi, son regard insista quelque peu sa dernière réplique dans l'oeil de Glen puis il se détourna pour le poser tranquillement sur la foule grouillante.

- Si vous me le permettez, reprit-il d'un ton mondain, je vais continuer à saluer mes collègues de Westminster. Mais...Ses yeux de brume vinrent saisir l'éclat mordoré qui siégeait dans le regard de Chastity. ...je serais ravi de figurer dans votre carnet pour une danse prochaine...Je ne puis décemment ouvrir le bal, mais je pense pouvoir me mêler aux autres gentlemen pour quelques pas, plus tard dans la soirée.

Le Comte lança un regard à Ludwig qui arrivait avant de faire une courbette devant Chastity et Glen pour les saluer distinctement :

- Miss Stephenson...Monsieur le marquis...

Entraînant Ludwig avec lui d'un simple coup d'oeil, le Comte s'éloigna des deux Vampires. Une fois qu'il fut à une distance respectable, il rit d'une franche bonne humeur:

- Haha ! Ouvrir le bal...Cette petite en a dans le ventre...Mais n'a-t-elle donc pas conscience que la Mascarade et notre différence de rang, sans parler de son statut au sein des nôtres, ne me permet pas pareille chose ? Haha ! Pas encore...! Naïve...Naïve et charmante, n'est-ce pas? Fit-il en jetant un coup d'oeil à son Calice d'un air pervers. Oui...charmante...

*A "croquer"*


La pensée du Comte résonna un instant dans l'esprit du jeune allemand. Il partageait volontiers ses idées avec lui, même les plus tordues, et il était certain que Chastity figurait depuis un moment sur son tableau de chasse en terme de stratégie et maintenant peut-être également en terme charnel voire vampirique. Il s'en amusait. Ludwig et lui étaient là pour jouer, ils en étaient conscients tous les deux. Leur présence n'était pas nécessaire, elle ne leur servait qu'à réintégré socialement le Comte et à présenter à tous son Calice, ou du moins la présence de ce noble désargenté dans ses petits papiers. Autrement, le lord n'était là que pour voir les machines que proposait la compagnie Stephenson, histoire de se tenir au courant des dernières technologies, et pour jouer à l'aigle au milieux des corbeaux et des tourterelles...

Le Comte avait prévu de retrouver Chastity plus tard. Pour l'heure, il fallait encore qu'elle reçoive ses invités et qu'elle ouvre le bal. Un tête à tête viendrait dans quelques heures, il était inutile d'accélérer les choses. Les convenances et un minimum de stratégie s'imposaient ce soir, ils n'étaient plus dans la chaufferie de l'opéra. A ce souvenir, le Vampire sourit. Que leur première rencontre avait été étrange ! Il y avait certainement plus mondain mais au fond le Comte avait apprécié cette petite coïncidence qui l'avait poussée à brûler un Loup aux limites de son repaire. Il avait pu la découvrir dans l'intimité de la chasse, en tant que tueuse. Aujourd'hui, il la découvrait sous son jour le plus hypocrite, le plus velouté. C'était aussi intéressant.


- Alors? Fit soudainement le Comte à son Calice. As-tu entendu des choses intéressantes? Le repas te plait-il? Ha peste soit cette malédiction qui m'empêche de goûter ce raisin! Enfin...j'ai d'autres mets tout aussi délicieux n'est-ce pas? Le Comte sourit à l'allemand en se léchant la lèvre supérieure. Tout espoir n'est pas perdu...

Lorsque le Comte eu terminé de recevoir le rapport de son Calice, il le renvoya à la fête. Jusqu'ici, seules quelques intrigues autour de mariages arrangés et de jalousies au sujet de Sarah étaient venues le toucher, rien de plus. La soirée semblait s'annoncer plus calme que prévue.

Mais alors que Ludwig disparaissait dans la foule, le Comte croisa le regard du Diable: Sébastian Angelstone était là. Son allure était bien plus distinguée que la dernière fois qu'ils s'étaient croisés sous l'Opéra mais il gardait ce regard étrange, ambré comme celui d'Alexender...un regard de défiance...
Le Comte se dirigea vers lui d'un pas leste sans oublier de jouer son propre rôle. Une fois arrivé à sa hauteur, il le toisa de haut avant de lui faire une courbette des plus simples.
Sa voix, doux grondement qui annonce une tempête, sembla résonner dans sa gorge :


- Nous n'avons pas eu le plaisir de vous voir au théâtre, vicomte...Auriez-vous donc perdu votre invitation ? C'est fort dommage...Vous avez manqué une de nos plus belles représentations...

Le sourire du Comte contrasta terriblement avec l'éclat de son regard. Angesltone était maintenant clairement menacé.

- Mais vous venez ici? Pour le bal de cette expérience de laboratoire? Vous me voyez...outré, oui, c'est le mot: outré.

Le Comte jouait sur le ton de sa voix pour donner à cette scène un petit air de comédie mais bien vite son timbre redevint sombre et menaçant tandis qu'il s'approchait encore de son confrère:

- Je ne sais pas à quoi vous jouez, Angelstone, mais si le rôle du petit messager vous plait à ce point c'est votre affaire...Servir ces séniles pour ensuite errer dans les égouts à la recherche d'aventure n'est digne ni de vous ni de personne d'autre. Prenez garde, Angelstone, si vous n'apparaissez que là où les grands pontes de la Camarilla y voient leur intérêt, nous nous opposerons...

Où était donc la parole offerte par Angelstone? Il avait donné des signes au Comte qui lui avaient prouvé qu'il se positionnerait dans son camp plutôt que dans celui des dégénérés de la Camarilla et il lui faisait ainsi faux bond à la moindre occasion? Non, quelque chose n'allait pas dans son comportement. Il avait vu l'opéra, il avait senti la puissance du Comte et de ses nombreux disciples: quel intérêt avait-il à mettre en colère son ainé? Il l'avait aidé à coincer Alexender et son appui s'était arrêté là. Pourquoi? Que cachait-il donc?

- Quel est votre excuse, monsieur? Vous aviez quelques plis à transmettre à d'autres? Peut-être étiez-vous en train de choisir votre tenue d'avance pour épater mademoiselle Stephenson?

L'ironie était poignante. Le Comte ne cessait désormais de rabaisser Angelstone en reprenant son rôle de messager et il crachait maintenant sur sa tenue pour mieux l'insulter. Il n'avais pas répondu à son invitation au théâtre, il n'avait même pas laissé un mot d'excuse, et vu la tournure qu'avaient pris les évènements, il s'était constitué comme un traître en plus de se faire d'une impolitesse digne d'un petit bourgeois de province.

Les violons s'animèrent soudainement et la foule s'écarta du centre de la pièce. Chastity ouvrit le bal dans les bras de Glen. Cependant, le Comte ne les regardait pas.


Spoiler:
 


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42] Mar 16 Avr - 13:16


Ombre silencieuse derrière le Comte, le Calice semblait être quasi invisible derrière l'imposante carrure du Lord. Il masquait aux yeux de tous, lui et le sourire furtif aux bords des lèvres. Vraiment, leur Mascarade commençait sur une note des plus agréable. Et le prélude de la belle hôtesse promettait une oraison des plus.. passionnante. Mais, pas une de ces âmes présentes ne devaient se douter de leurs synopsis. Leurs secrets suintant de malice n'appartenaient qu'à eux seuls et ne souffriraient d'aucun partage. Aussi jaloux qu'un dragon couché sur un trésor millénaire, le Maître des Mélodie s'y refusait. Le plaisir s'en trouverait gâché et le goût de réussite se teinterait d’âcreté. Il fallait donc faire montre de ses talents d'acteurs.

Doucement, Ludwig balaya le reliquat d'amusement qu'il venait d'afficher. Bien droit, il se tenait Prêt.. Prêt. Prêt à devoir entrer en jeu à la moindre invitation de la Part du Messie. Il ne fin aucun dégoût à la sonorité toxique de la créature Nocturne dénommé Aisling. Juste un frisson glacé. Et, dans le coin sombre de l'esprit, l’animosité luttait contre la fidélité. Si lourde de conséquence, si haïssable. Il exécrait ce jugement placé sur la personne de son Maître.. Pourtant, suffisamment sage, il ne dévoilerait pas d'une quelconque manière l’agacement ressentie. L'inimité du moment se terra au plus profond de sa boîte de Pandore, toute proche des disgracieuses pensées. Et y restera engloutie pour l'éternité.

Un geste silencieux. Un ordre muet. Le moment de jouer se présentait enfin à lui. Aux côtés du cavalier, ses hommages glissèrent sur les personnes présentes tel un coulis de miel. Le ton ravissait les oreilles et l'apparence de la fleur empoissonnée régalait les yeux. Une pellicule glacée recouvrait ses pétales finement duvetés. Elle donnait ce petit soupçon de dérangeant. Quelque chose d'indéfinissable qu'on ne pouvait réellement déchiffrer aux premiers coups d'oeils. Une note sauvage, fière et brutale qui suggérait une tête bien remplie. Le Germain n'était pas qu'apparence comme il voulait le faire croire.

Enlevant lentement la mèche joueuse sur le front, l'Allemand ne quitta point son port altier, son air hautain si apprécié de la Mort personnifiée. Il ne cherchait pas à dévoiler sur le visage trop parfait une quelconque bienveillance. Ludwig demeurait emmuré dans la distance policée. C'est seulement lorsqu'il baisa la main de Chastity qu'un sourire charmeur trouva place sur les lippes. Ainsi, l'Azur des prunelles mêlé à l'or, il ne pu que susurrer.


- Je l'espère aussi, Mylady. Je ne doute point que l'ennui me gagne en voyant une femme aussi charmante que vous.

Il insistait légèrement sur le charmante. Il reconnaissait sa beauté et il avait bien mémorisé son attirance pour lui. Elle l'avait sincèrement amusé à cet instant précis. Un dernier regard épousa le galbe des courbes gracieuses pour vite s'en détacher.. Un délice. L'éther des prunelles se déporta sur Glen. Un long moment coula sur eux. Celui où le regard vaqua sur la silhouette voisine. Une expression énigmatique sur le visage, ses mots s'envolèrent cette fois en Allemand.

- En le voyant de près, je vois pourquoi il vous attire. Il semble attrayant dans bien des domaines.

Le Comte n'avait rien à craindre. Aucune particule de jalousie piquetait les syllabes. C'était une reconnaissance à son goût prononcé pour les choses belles et rares. Un détail qu'ils partageaient sans venir mélanger l'avis commun en un acte charnel. Cela ne restait que dans l'ordre du respect et de la bienséance. Il ponctua les paroles d'un sourire complice à son attention avant de darder ses mires sur Aisling. Ainsi donc se tenait devant lui la courroucée demoiselle. La magnificence des rubis captivait. Cela en était certain. Mais, au plus profond de lui, dans un bout de sa substance, il la tenait à l'oeil.

Chastity les invita à la suivre. Le Germain se mut au rythme des pas de son Protecteur tout en restant à une distance respectable. Couvert dans une toile de silence, il semblait fermé, imperméable aux discussions des divers protagonistes. La politesse l'obligeait à ne pas y participer. En surface. A l'intérieur de lui, Ludwig se régalait de l'échange proche. Le Comte et Glen parlaient d'eux. Les joyaux. Quel parfait mot qui convenait magnifiquement bien à leur situation respective. Sourire furtif aux commissures des lèvres, le maître des mélodies croisa leur regard. Sauvage et mystérieux. Il n'aiderait pas facilement l'Irlandais à deviner sa nature profonde. Sa réelle personnalité. Elle lui restera nébuleuse jusqu'à ce qu'il daigne la lui montrer.

La marche s'arrêta. Un chapelet de mots coula sur eux, océan d'explication sur le modèle réduit de la locomotive. Le Noble Déchu prendrait plaisir à écouter s'il ne sentait pas derrière lui des doigts trop vagabonds. Ils insistaient gravement sur la forme des collines. Un grognement. Un regard en arrière. Les deux iris de Ludwig suintaient de froideur, de cette partie de lui si haït : la vipère.... L'animal froid désirait sortir de son nid de boue. Tremper les âmes de son doux poison pour mieux voir les faciès se teinter de rage..

Si ce soir n'était pas si important dans ce Monde des Hautes Sphères Londonienne, le Calice l'aurait fait.. Il l'aurait pris cette facette avec un plaisir certain. Mais.. C'était tout autre. La bride aux dents, il agissait comme un gentilhomme.. Mise en garde silencieuse donnée, il revint porter son attention sur l'explication de Chastity. Il pu cette fois la savourer dans son entièreté. Le projet restait ambitieux et pratique. Il le reconnaissait. L'avatar de la Mort qui provoquait sa fascination trouvait son utilité. Contrôler la belle Londres deviendrait un jeu d'enfant.... Le Lord tisserait ses toiles de soie sur un territoire bien plus conséquent. Régal que cette pensée. Comme celle de revenir à la salle du bal.

Les notes trébuchantes de musique l'engloutissaient dans un doux plaisir. Cette atmosphère si lui convenait à merveille. Convenait à son âme mélomane. Appréciant la mélopée, le bleu de ses yeux croisa bientôt les mers voilées. Comprenant le message, le Maître des mélodies s’éclipsa. Tout en se dirigeant vers le banquet, le Germain jouait sa pièce de théâtre à la perfection. Quelques sourires charmeurs, quelques mots soufflés de manière suave et les dames se damnaient. Elles tentaient de parler d'avantage. Mais poliment, il continuait la marche. Si facile. La facilité du jeu lui laissait sur la langue un goût d'ennui.

Proche de la table, de l'index et du pouce, la fleur empoissonnée cueillit un raisin noir. Le parfum, la saveur particulière régalait son palais. La fraîcheur de l'instant lui fit échapper un soupir. Ludwig en mangea d'autres par pêché. Il offrirait au Comte la douceur gourmande de ce fruit à travers son sang.. N'ayant plus le droit de le consommer sous risque de souffrir, il l'utilisera comme un intermédiaire. Le Réceptacle de la Mort savourerait un millésime lui étant jalousement gardé. Il tenait à cette exclusivité...

Élégamment, le noble désargenté attrapa un verre de vin. Avant de tremper ses lippes dans la robe de rubis, il inhala le parfum. Un cru. Sourire ravi, Il se glissa sur la dégustation silencieuse. Parfait lui aussi. Le bal de Dame Chastity était.. sans fausse note. Les paupières nouvellement closes, il se permettait une pause gourmande. Il savourait réellement la boisson, accompagnée par la mélopée des musiciens. Le Plaisir Gustatif qu'il s'offrait avait un air d'enchantement.

Lorsque de nouveau, l'éther des prunelle se dégagea de leur prison, le Germain constata qu'il n'était plus vraiment seul. Un noble, au crâne presque dégarni, à la panse ventrue, petit, aux mains apparemment moites, lui jetait un oeil lubrique. Sur sa veste sombre, des particules blanches donnaient un air dépenaillé. Par sa petitesse, le noble ressemblait d'avantage à un gnome qu'à un homme. Et sa beauté absente renforçait cette idée dégradante.

En dardant ses mires perverses sur le Calice, les doigts glissèrent sur la canne en un geste éhonté. Sa langue passa sur la lèvre inférieure. Il dévorait cruellement des yeux le Maître des Mélodies. Et l'imaginait dépouillé de tout vêtement. Juste nu couché sur des draps de velours, une lumière tamisée posé sur leurs corps. Sa voix, teintée de sous-entendus coula sur l'Allemand.


- Si beau. Venez chez moi et vous serez.. comblé. Vous pourrez manger des raisins qui ne demandent qu'attention. Vous serez bien traité.. Traité comme le plus beau des trésors... Vous obtiendrez tout ce que vous souhaitez. L'amour d'un vieil homme comme moi.. Tous le confort. De la Richesse. Des atours .... Suffit juste de vous offrir... De vous soumettre à mes envies

Dégoût. Dégoût qu'un être aussi laid lui propose de le joindre dans un lit. Et de savourer un autre fruit. Celui interdit... Il visait haut.. Bien trop. Il l'insultait à déposer sur lui le métier de talonneur... Comme si on détenait le droit de faire de son corps l'apologie de la Luxure. Comme si n'importe qui pouvait toucher le grain de sa peau de ses mains cochonnées. Risible... Cruellement risible. Et si... abjecte ! Le Messie ne lui avait jamais donné une telle impression de souillure. Le Noble Mélancolique le respectait et ne lui soufflait pas dans le lobe de si crasseuses syllabes...

Une envie soudaine de tordre le cou de cette immonde chose le pris... De le voir suffoquer. De contempler son être se convulser alors que l'air lui manquait...De voir cette cupide langue pendante au moment de sa mort. Mais, il fit toute autre. Sourire appréciateur sur ses fines lèvres, Ludwig déposa gracieusement le verre sur la table. Il s'approcha de la perverse personne. Les mains se déposèrent sur les épaules du porcin. La bouche s'approcha du lobe. L'une des mèches de cheveux d'ors caressa la joue de manière à le rendre fou sur la suite des évènements. De son ton le plus suave, le trésor chuchota dans sa langue natale.


- Un goret comme toi peut avoir les yeux plus gros que le ventre. Cela en est presque risible... Risible sur le fait que jamais je ne m'abaisserais à me faire toucher par une abjecte chose comme toi. Je préfère de loin me faire dévorer par les vers.. Ou rejoindre les bras de la Mort... La Mort, elle est désirable. Et possède des choses qui te font défaut.. Pauvre petit cafard couvert d'excrément et de pourriture.... Crève en espérant que je rejoigne ta couche... Car cela ne risque pas d'arriver.

Rire et le Calice s'enfonça dans la foule, faisant croire au noble qu'il viendrait... Mourir d'attente. Quelle douce sensation qu'il lui offrait sur un plateau d'argent... Diable, cet instant, il le dévorait comme il se devait. Donner de faux espoirs au gnome l'avait enchanté.. L'imaginer à l'attendre était cruellement jouissif. Vraiment, l'inviter à cette soirée fut une idée de maître. Il se sentait de bonne humeur.. Il écoutait chacune des discussions. Toujours les mêmes. L'attentat du Coriolan. Le Mariage de Sarah au Comte Keïsuke. Le courage du Lord de se présenter à la soirée blessé. Pas grand chose d'intéressant ne venait attirer son attention. Ou presque.

Plus loin, il se colla dos au mur et prêta l'oreille. L'attroupement de créatures nocturnes parlait de l'Avatar de la Mort et de sa simulation. Le genoux était guérit. Vint le sujet de son culot à venir accompagné de sa gourde de sang. Cet humain serait plus somptueux couvert d'un ossuaire ensanglanté. Leur ton trahissait tant de sentiments. Jalousie et Haine entremêlées. Un savant mélange qui fit tiquer le Calice. En silence, le Maître des Mélodies s'éloigna de ces dangereux gêneurs.

S'engloutissant dans la foule, le Noble désargenté continua la pièce de théâtre... La scène de son retour dans les Hautes Strates de Londres...Quelques dialogues policés échangés et le bleu des yeux tomba sur l'hôtesse des Lieux. A l'écouter, sur son visage glacial s'afficha un sourire charmeur. Elle était effectivement belle et l'air qu'elle se donnait pour attirer son attention avait quelque chose de plaisant...


- Je suis ravi de voir que vous vous êtes souvenue de mon visage, My Lady.

Il lui baisa la main. Le geste restait galant derrière une touche de sauvagerie. Sa nature profonde demeurait toujours présente comme son côté intouchable.

- Vous pouvez m'appeler, Ludwig. Ce mot sonnera d'une délicieuse manière entre vos lèvres. Il sera plus agréable qu'un vulgaire Monsieur. Et pour vous répondre convenablement, en effet, je n'ai pas permission de minuit. Au soleil couchant, je dois rester à la demeure. Mais, cette condition de vie ne me dérange point. Le Comte me permet de garder un statut social proche de ce que j'avais jadis.

Il venait de souffler son statut... Noble désargenté sous la tutelle du Comte. C'était la vérité ou presque. Elle n'avait pas à savoir que la fortune de ses parents avait brûlé dans les flammes comme tous les membres de sa filiation. Et qu'il était depuis, sous l'aile du Comte. Son passé, son histoire, une véritable tragédie dont il ne souffrait pas. Un enfant orphelin qui avait suivi le meurtrier de sa famille. Personne ne comprendrait pourquoi il avait fait ça... Ni pourquoi pas un soupçon de haine ne recouvre son corps de son manteau de violence. Pourquoi haïr quelqu'un qui vous a sauvé ?

Délibérément, le Germain omettait son rôle de Calice. Les murs ont des oreilles. Il serait dommage de trop en dire alors que des humains pouvaient entendre. Le risque zéro n'existait pas et à tout moment la nature des vampires pouvait se retrouver découverte... L'erreur ne viendrait pas de lui... Jamais...

Emmuré dans un nouveau silence, l’éther de ses prunelles se posa sur l'éventail blanc bordé de dentelle. Sur les traits délicats. Elle escomptait vraiment l’attirer ainsi ? Quelle femme amusante... Sa nature nébuleuse ne le dégoûtait guère. Son visage se porta sur le côté, sa voix glissa sur elle.


- Le Lord doit être dans la foule. Je dois justement le retrouver... Je vous laisse me distancer. J'ai encore des choses à faire...

Elle partit, le laissant seul. Dernier regard en arrière et la marche de l'Allemand commença. Il prenait tout son temps. Lorsqu'il fut assez près, à portée de vue, il compris le message de la Mort personnifiée. Il le rejoignit comme demandé. Et à l'écart de tous, dans une bulle intimiste où ils étaient les seuls acteurs, Ludwig profita du rire du Messie. Les notes.. Sa joie l’électrisait. Sur ses lèvres se dessinait un sourire contenté. Le voir ainsi, de si bonne humeur le régalait. Partageant chacune de ses idées, il trouvait l'invitation de la délicieuse hôtesse culottée.

- En effet. Mais, vous êtes un bon partie. Votre place dans le Monde Nocturne et celui du Jour n'est plus à prouver. Faire partie de vos disciples protège... Et elle le sait parfaitement. Elle n'est pas que belle mais aussi intelligente.. C'est une merveilleuse créature.

Sur son visage aux traits trop parfaits s'afficha un sourire intéressé. Celui-ci demeurait pour le moins rare. Le Maître des Mélodies possédait un coeur de glace. Et habituellement, son unique attention se portait sur le Lord. Mais, l'hôtesse faisait partie des exceptions. La voix du Germain continua sur une touche plus sensuelle, chaude. Un filet de velours.

- Elle n'est pas insensible à nos charmes respectifs. Cela en est presque amusant. Pensez-vous qu'elle oserait franchir la frontière en vous dévoilant l'intérêt qu'elle me porte ? Je m'en régale d'avance.

Cruelle fleur empoissonnée, il se régalait des synopsis prochains. Puis... Silence. Le Calice s'emmurait dans un mutisme étrange. Il se contenta de plonger l’éther de ses iris dans les mers voilées. Il voulait son compte-rendu ? Les paupières se fermèrent le temps de rassembler ses mots. Les saphirs de nouveau découverts, Ludwig offrit ses syllabes.

- La Soirée se passe comme nous le présageons. Mon intégration dans les Hautes Sphères fut une franche réussite. Hommes et femmes ont succombé pour mon plus grand amusement... Quant à votre retour dans ce monde, les avis sont divergeant. Les Mortels vous disent courageux de venir au bal blessé. Mais les vôtres, pour certains, vous haïssent et jalousent à la fois. J'ai ouïe dire qu'il serait mieux que je soies recouvert d'un ossuaire ensanglanté...

Ossuaire. La menace était sous adjacente. Les haineux avaient bien suggéré qu'il aurait été préférable que lui soit mort... Cette constatation ne l'effrayait guère. Pourtant, il le devrait. Mais... Le Maître des Mélodie savait que ces plans ne se concrétiseront point. Le Messie s'en chargerait. Il avait toute confiance en lui... Une confiance totale. Presque aveugle. La peur ne pouvait donc pas s'infiltrer dans le corps de l'Allemand. S’enraciner dans chaque recoin de sa substance. Le tétaniser. Le plonger dans un état fébrile pour le transformer en une pathétique boule de frayeur.

Face au Comte, il demeurait en cet instant, le Noble désargenté, brute, sauvage au coeur glacé. Le diamant policé qui n'obéissait qu'à lui seul. C'était comme s'il se moquait de la menace pesante. Cette épée de Damoclès qui aimerait bien traverser sa poitrine de part en part. La Mort. La Mort, cruelle maîtresse d'outre tombe le laissait de marbre... Ou presque. Il avait du faire face à quelque chose de bien plus dérageant. Après un long silence, il poursuivit.


- La soirée fut des plus jouissive.. Néanmoins. Je ne peux oublier une ombre au tableau... J'en éprouve encore un dégoût profond..

Le Ton était amer. La main de Ludwig se déposa sur ses tempes. A travers les doigts ouverts, le Lord pouvait voir à l'intérieur des yeux bleus un sentiment glacé. Un tremblement presque imperceptible. Lui si haineux du contact a du toucher les épaules d'un porcin pour donner matière à sa mascarade...Dès qu'ils seront de retour à la demeure, le Calice se nettoierait. Se frotterait pour en oublier ce moment. Dégoût... Véritable Dégoût d'avoir feint de l'intérêt pour cette chose si disgracieuse.

- Un Noble m'a pris pour une putain...Et m'a élégamment invité à sa demeure pour devenir son trésor. En contrepartie de tout ce que je souhaitais, écarter les cuisses et l'accueillir... Je ne me suis jamais senti aussi insulté.. Ses gestes et ses paroles... Si cette soirée n'était pas si importante pour nous, je lui aurais crevé les yeux. Ou pire encore...

Tout en parlant, les doigts glissaient sur le visage. S'arrêtaient aux lèvres. Du ton et de la lueur qui brillaient dans les mers d'azurs, l'Avatar de la Mort sentirait la cruelle sincérité. L'Allemand ne mentait pas lorsqu'il émit le sort qu'il réservait au noble. Il l'aurait fait, sans pitié. Le remord n'avait pas sa place dans son organe palpitant. Son cœur n'en éprouvait plus.

- S'il avait été un minimum beau... Les insultes auraient passées d'avantages... Mais cela fut tout l'inverse. Un noble disgracieux au crâne dégarni... Une ruine qui ressemble d'avantage à un gnome qu'un homme a osé m'imaginer sous lui... Et j'ai du toucher ses épaules pour feindre un quelconque intérêt.. Cela en est révulsant.

La main se retira du visage, l'attention se porta sur la foule qui contemplaient les danseurs. Puis, le buffet. Là, il tiqua. Un domestique versait un liquide dans les verres. Aucun autre ne s'affairait à cette tâche. Domestique au service du Comte, il en connaissait le rôle sur le bout des doigts. Cette affaire avait un goût de nébuleux... Un grognement échappa au Germain.

Prunelles glacées, visage redevenu fermé, il s'éclipsa sans explication. Envahi d'un froid plus que Polaire, la vipère était prête à frapper. Le Calice était loin maintenant, caché par la masse humaine, grouillante.. Monstre de bruit. Et la cacophonie des notes trébuchantes ne l'aideraient point à entendre son maitre. Focalisé sur son but... Il risquait d'être imperméable. S'il agissait ainsi, il ne pouvait y avoir qu'une unique raison.. Quelque chose menaçait la paix de cette soirée. Proche de la table, le Maître des Mélodie attrapa un verre d'eau. Le liquide transparent glissa dans sa gorge. Une perle roula sur sa peau pâle.

Surpris, il sentit une langue froide la cueillir. L'attention sur la Belle, le Germain pesta. Pour doucement se rendre compte de quelque chose de dérangeant... Immédiatement, au moindre semblant de douleur de la créature nocturne, la paume se posa sur la bouche. Ses doutes étaient fondés. Quelqu'un avait versé intentionnellement de l'eau bénite dans les boissons... Fâcheuse situation. Pour préserver la Mascarade, les êtres de la Nuit glisseront leurs bouches dans ce liquide acide pour eux.. Il fallait agir vite. Mais avant.. Doucement, il souffla dans le lobe de la femme. Un chuchotement qu'elle seule entendra.


- Sortez et buvez pour apaiser votre douleur. Préserver le secret des vôtres en la supportant jusqu'à l'air libre..

Il la lâcha. Elle ne chercha pas à comprendre et partie. Seul, Ludwig commença la chasse.. Il trouva le domestique en quelques instants. Sourire aimable aux abords de ses fines lippes, il lui déroba le flacon. Mais.. dans la précipitation, le contenu se renversa sur une main. Et le flacon roula à ses pieds. Un grognement survint. Une gifle claqua bruyamment la joue. Le Germain sentit sur sa peau pale un liquide poisseux couler. L'épiderme lui piquait sur toute la longueur de la pommette. Silencieux, l'azur de ses mires plongea dans l'émeraude.

Le Noble de la Nuit le toisait. Ses canines se dévoilaient avec le dessein sinistre de l'effrayer.... Ou pire encore. La marque du Comte ne passait pas inaperçu. Dévoilant sa main blessée pour provoquer le remord, il lui souffla de manière sinistre.


- Le chien du Comte a pactisé avec les hunters pour nous détruire ? Ou il a seulement l'envie de mordre la main de son maître pour se libérer de son collier de cuir ?

Une aura de menace chargeait l'air. Complétées de deux autres. Une femme et un homme entourèrent Ludwig. Le collant contre un mur. Visage glacé, stature droite et hautaine, il refoulait la colère froide qui tentait de s'inviter. Traître ? Menacer la vie du Comte ? Ses mains se fermèrent. Ses ongles labouraient sa paume. Tentative vaine de refouler le sentiment vipérin par la douleur. Il resterait maître de son esprit.. Tant pis, s'il se devait d'abîmer ses mains de musicien.

- Laisser sa putain seule... Il ne doit vraiment pas craindre qu'on la brise... Elle n'est intouchable que vers lui... Ce petit bijoux si... futile.

Le plus vieux, qui avait giflé Ludwig, lécha le sang sur la chevalière. Il se régalait de cette hémoglobine volée.

- Pour un chien... Ton sang est bon... Que ressent-il en mordant ta gorge ? Un sentiment jouissif ? Que ressent donc ton pathétique maître lorsque tu te soumets ? Ce Misérable qui n'arrive même pas à détruire une poignée d'Hunters.

La fureur... Venait d'apparaître dans les océans de la Fleur Empoissonnée. Insulter le Lord devant lui... C'était inadmissible ! Un tourbillon de haine virevoltait à l'intérieur de lui. Il ne pouvait plus afficher sur son visage un calme marmoréen. Son poison s'écoula librement de la bouche nouvellement ouverte.

- Celui que vous nommez pathétique est en mesure de vous tuer... Et lorsque cela sera le cas, je me gausserais de votre mort misérable..

Spoiler:
 


Dernière édition par Ludwig Zwitter le Mar 16 Avr - 18:20, édité 1 fois
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Sébastian Angelstone
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MessageSujet: Re: Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42] Mar 16 Avr - 17:54

Les machines s’agitaient en faisant bouger plusieurs petits engrenages avant de dégager une fumée sous les yeux émerveillés des invités. Glissé parmi eux, le diable observait avec un certain ravissement les inventions de l’hôte de la soirée. Sa curiosité le poussait à toucher à tout et ce malgré les écriteaux qui l’interdisait. Après tout, Angelstone n’avait jamais été très respectueux des règles. Toutefois, le jeune homme avait très hâte d’aller discuter avec la demoiselle Stephenson sur ses diverses œuvres mécaniques. Mais la belle était sans cesse entourée et dérangée aussi le Vicomte attendait patiemment qu’elle soit libre afin d’entamer les présentations. Pour le moment, la demoiselle discutait avec un jeune homme dont les cheveux rouges firent sourire le vampire. Il reconnaissait aisément la couleur pour associer un nom au visiteur. Il s’agissait en faite de Glen O’ Sullivan, le marquis irlandais qu’il avait rencontré il y a près d’un mois. Le diable accentua son sourire en son fort intérieur, au moins il aurait quelqu’un avec qui discuté ce soir.

Le bal allait de bon train, les invités arrivaient, les coupes de verres étaient distribués à tous et chacun, les musiciens jouaient les morceaux les plus à la mode de l’époque et certains impatient dégustaient même quelques amuse-gueule au buffet. Dans quelques instants, l’hôte de la soirée ouvrirait officiellement le bal avec une danse. Après, elle serait plus libre de ses mouvements. Angelstone ne pouvait s’empêcher de songer que les bals étaient décidément de grande mascarade. La plupart des gens présents n’étaient venue que dans l’espoir de profiter d’une soirée aux frais des autres, de trouver un mariage accommodant ou encore faire de l’attitude entre eux. Il afficha un sourire d’ennuie mondain qu’il avait toujours lorsque l’un des membres de partit de la haute chambre vient le saluer. Son attitude et sa réputation assurait au Vicomte une tranquillité dont il ne se plaignait pas.

Soudain, une vague de murmure agita la foule et Sébastian se retourna comme tout le monde pour voir qui provoquait une telle réaction. Il reconnut l’aura avant même d’avoir vue la personne; le comte entrait avec sa prestance habituel. Après quelques salutations, il se dirigea directement vers l’hôte, s’appuyant délibérément sur sa canne. À ses côtés se tenait un jeune homme que le vampire identifia rapidement comme n’appartenant pas à sa race. Malgré qu’il l’ait reconnue, le diable n’alla guère à sa rencontre, ayant capté le message muet du Comte. Tandis qu’il gardait ses distances, il aperçut un vampire traversé la foule d’un mouvement pressé en direction du comte. Lorsqu’il passa près de lui, l’ange déchus l’empoigna avec force, l’obligeant à s’arrêter.


-Tien tien tien, un nouveau messager. Assez nouveau pour risquer sa vie toutefois...

Le vampire lui lança un regard moribond mais Angelstone ne desserra pas les doigts. Sans ménagement, il fouilla l’esprit du vampire. Il finit par le lâcher, satisfait des informations qu’il venait d’obtenir. Approchant son visage de l’homme, il lui murmura quelques phrases dont le grondement glaça ce qui restait de sang dans le corps du vampire.

-Si tu continues sur ta lancé, réjouie toi rapidement de tes paroles car il est évident que tu ne sauras en profiter très longtemps. Il faut être suicidaire pour s’adresser au comte se soir et surtout pour lui tenir les propos que tu as en tête. Alors un conseil, tient ta langue ta sinon elle ne te servira plus à grand-chose avant la fin de la soirée...

Desserrant les doigts, il laissa filer l’homme. Cette soirée allait vraiment être mouvementée. Resserrant le nœud de sa cravate, il se retourna vers une jeune demoiselle qui lui parlait avant que l’ange déchus ne réponde à sa question qu’il avait à peine entendue sans que rien ne paraisse.

-Oui c’est un très beau bal mademoiselle Owen, votre premier si je ne m’abuse.

-En effet monsieur le vicomte. Vous avez vue le comte entré? Il doit souffrir atrocement avec sa jambe blessé, le pauvre.

Angelstone se reteint de sourire. Comme tous les vampires présents, il s’avait que le Comte jouait la comédie. Mais après tout qui pouvait lui en vouloir. Tandis qu’il songeait à cela, il sentit l’aura bien avant le regard du vampire sur son dos. S’excusant galamment, il se retourna juste à temps pour voir le comte s’approcher de lui en usant de terme qui frôlait l’insulte. Angelstone n’était pas un homme reconnus pour sa patience et encore moins pour sa largesse. Il n’avait jamais hésité à défiés en duel qui compte osait lui manquer de respect et les gens près d’eux observait avec une certaine inquiétude le déroulement de la discussion. Personne ne souhaitait voir un combat. Toutefois, le vicomte n’était pas assez fou pour se montrer hautain ou encore insolent envers son ainé. Il commença par faire une profonde révérence pour signifier qu’il ne cherchait pas la guerre avant de répondre avec calme et politesse au comte.

- J’ai effectivement reçus votre invitation, Comte, et soyez sur que si le temps et les moyens me l’avait permis, il m’aurait fait plus que plaisir d’honorer cette si... précieuse... invitation.

Sébastian marqua une légère pause se remémorant les évènements passé.

-Toutefois, quelques évènements m’ont empêché de vous répondre et comme je savais que ma lettre arriverait moins rapidement que ce bal, je comptais sur cet évènement afin de venir vous rendre des comptes moi-même et ce, en personne.

Bien sur qu’il avait vue l’invitation. Mais l’y répondre après son absence aurait sans doute été plus insultant que d’autre chose.

-Comme vous avez du le savoir, un membre important de notre société a été tué peu de temps avant votre pièce. La disparition... que tous présupposes comme étant un meurtre, de mademoiselle Lisblutig à causé de bien grands émois parmi quelque clans...

Un grognement unanime et silencieux pour les oreilles humaines sembla s’élever parmi quelques vampires présents près d’eux. L’assassinat de la vampire avait élevé une fois de plus la Carmilla et le Sabbat l’un contre l’autre. Les premiers prônant la subtilité tandis que les deuxièmes criaient vengeance. De nombreuses altercations avaient eu lieu et le diable c’était trouver au milieu de la tumulte afin de défendre ses propres intérêts et ceux du comte par la même occasion. En effet, certaines mauvaises langues avaient osé prétendre que l’assassinat avait été une commande du Comte lui-même. Rumeur qui c’était rapidement faite étouffé à la suite de l’attentat de Coriolan.

-Bien évidemment, une telle divergence d’opinons a mener a quelque débordement qu’il a fallu contenir.

Des vampires étaient morts. S’élever aussi radicalement envers un autre clan n’était pas pardonnable. La Camilla et le Sabbat c’était mit d’accord pour punir ceux qui leur avait désobéis et la plus part des êtres de nuits têtus c’étaient retrouver emmurer vivant. Toutefois, après plusieurs discussions, les deux sectes étaient venues sur un terrain d’entente habillement soufflé et manigancé par le Vicomte en personne.

- Vous serez heureux d’apprendre que vous n’êtes plus dans les mires des vieux séniles comme vous les appelez. Ils ont trouvés un meilleur jouet à se mettre sous la dent. Les fugitifs qui ont tenté de vous tuer (ils sous entendait la race des hunters en entier bien sur) sont désormais ennemis de tous.

Le vampire afficha une mine sincère.

-Je vous affirme toute fois être sincèrement désolé de n’avoir pu assister à votre pièce. Coriolan aurait sans doute été la plus grande œuvre de la saison.

Et c’était vrai. Le Vicomte aimait les pièces tragiques et s’il n’avait pas été aux prises avec une attaque de certains membres du Sabbat, il est sur qu’il serait venue. Quoique... affichant un air plus sombre, le vampire tenta d’être prudent dans ce qu’il allait dire. Il savait déjà que le comte lui en voulait de son absence et il ne souhaitait pas empirer son cas d’aucune manière. C’est avec cette prudence qu’il reprit parole avec une voix si basse que seul le comte pouvait l’entendre.

-Je tiens toutefois à vous prévenir que votre nouvelle associée, Fiora Hagane, est loin d’être une personne de cofinance. Je n’oserai guère vous donner quelques conseils mais je crois qu’il serait préférable de garder un œil sur elle.

Sébastian parlait à demi-mots pour les convenances de la soirée. Il ne fallait pas que les humains autour d’eux puissent se poser des questions mais il était suffisamment clair pour que le comte puisse le comprendre. L’ange déchus détestait cette Hagane et jamais il n’accorderait sa confiance à un tel être. Après la pièce, lorsqu’il avait appris qu’elle avait été présente, le diable c’était réjouis de ne pas avoir pu y assister au moins pour cela.

Souhaitant clore les hostilités, le vicomte attendit qu’un serveur passe près deux pour saisir deux coupes de champagnes afin d’en offrir une au comte. Toutefois, ses doigts effleurèrent à peine le verre qu’il retira sa main avec une vitesse fulgurante, faisant tomber la coupe dans le plateau par la même occasion. Le champagne se rependit sur le plateau mais n’en dépassa pas les larges bords, prévus justement en cas d’accident. Le serveur eu tôt fait de disparaitre emportant avec lui le dégât causé par le vampire. Angelstone pour sa part resta impassible, le corps braqués, tous ses muscles tendus, les poings serré. Ses iris étaient devenus d’un rouge profonds que seul des yeux attentifs pouvaient remarquer. Son état de faiblesse du début de la soirée n’avait pas encore disparut et voilà qu’il avait touché à ÇA! Voyant que quelque regard c’était tourné vers lui, le diable afficha un sourire de connivence.


-Et bien, cette coupe ne veux guère de moi il semblerait...

Quelques rires, des hochements de la tête et voilà que la fête était de nouveau repartie. Plus personne n’accordait le moindre intérêt au Comte et au Vicomte. Si d’apparence, Angelstone était redevenus normal, tout son intérieur tremblait. Il regarda le comte dans les yeux avant de lui transmettre un message silencieux.

*De l’eau bénite... dans les coupes. Il y a de l’eau bénite dans les coupes!*

Son regard chercha des yeux l’hôte de la soirée qui ouvrait le bal en compagnie de Glen. Sébastian songea tout de suite à un plan diabolique réalisé par quelques hunters et si le comte n’avait pas été présent à côté de lui, il aurait traversé la salle pour aller demander des comptes à la demoiselle. Mais sont regard trouva une agitation plus respectable. Dans un coin, loin des regards et des oreilles, l’invité particulier du comte venait de se faire gifler par… par l’homme qu’il avait accosté quelques instants plutôt. S’inclinant devant le Comte, il partit en direction de l’agitation, arrivant au moment même ou le Calice particulier du comte répondait aux insultes. Le plus vieux des vampire levait déjà sa main pour le giffler de nouveau lorsque le vicomte attrapa son poignet pour y stopper le geste, broyant par la même occasion les os du poignet. À voix basse et l’œil mauvais, Angelstone laissa un sifflement franchir ses lèvres serrés.

-Mais qu'es qui se passe ici!

Il observa la scène d'un air mauvais. Les choses allaient vraisemblablement tournée mal.
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Chastity E. Stephenson
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MessageSujet: Re: Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42] Jeu 18 Avr - 18:33

Le bal se lançait comme prévu... Dans cet univers doré et fastueux, au milieu des corolles chamarrées des robes des dames, des odeurs capiteuses des parfums, Chastity avait rencontré les hôtes les plus intéressants de la soirée. Elle jouait à merveille son rôle de jeune héritière, courtoise et pleine de charmes, dans le but d'attirer ces Vampires de son côté. Bien qu'elle ne le montrait en aucune façon, la jeune femme marchait sur des œufs. Elle essayait de rallier à sa cause des Vampires très puissants, qui n'hésiteraient pas à l'écraser à la moindre vague.
Elle se savait intelligente, puissante et pleine d'astuce mais ne pêchait pas par orgueil, contrairement à la plupart de ses congénères. Au risque de paraître servile, elle préférait plier devant plus fort qu'elle au lieu de mourir bêtement en essayant de braver la tempête. Après tout, le Roseau malmené par le vent se relevait toujours indemne, alors que le Chêne voyait sa vie se finir prématurément en voulant se rebeller contre les éléments...
Pour Chastity, la témérité était définitivement la dernière des idioties.

Au moment où elle s'en faisait la réflexion, elle salua l'homme qui accompagnait le Comte ce soir là. Un homme de haute stature, bien formé, au charme froid et à l'air infiniment dangereux. Il ressemblait un peu au Maître des Ombres mais dans un genre plus humain, malgré l'air qu'il arborait. Peu habituée à boire du sang, elle ne comprit pas tout de suite qu'elle avait devant les yeux le Calice personnel du Lord. Ce fut le collier de cuir, vêtement peu habituel à cette époque, qui la mit sur la voie. Qu'est-ce qui pouvait pousser un homme à porter un bijou aussi incongru, si ce n'est la volonté de dissimuler quelque chose ? De plus, la présence du Comte à ses côtés ne pouvait que la conforter dans l'idée que le jeune homme cachait une marque de morsure. Il s'était donc nourri à sa gorge, mais pour une occasion pareille, il n'aurait pas amené quelque vulgaire gourde de dépannage, non...
C'était un humain infiniment plus précieux pour lui... Un humain d'exception.

Lorsqu'elle réalisa cela, elle entrevit enfin le projet du Comte. Il jouait avec eux comme un enfant cruel pouvait jouer avec un chiot, lui agitant une délicieuse friandise sous le nez sans qu'il ne puisse jamais l'atteindre. Moins sensible que ses congénères à l'attrait du sang, elle restait néanmoins tentée par la beauté de ce ''joyau'', de la manière la plus humaine qui soit. Il faudrait qu'elle se contienne et que jamais elle n'essaye de montrer son attirance pour lui, cela risquerait fort de mettre à mal ses rapports avec son propriétaire. Lorsqu'il la salua, répondant à sa formule de politesse, elle nota le léger appui sur ''charmante''... Espérait-il donc l'amadouer ainsi ? Prudente, la jeune femme lui adressa un hochement de tête poli. Après tout, recevoir ce genre de compliment était quelque chose de normal pour elle.
Alors qu'elle allait leur proposer de la suivre près de la grande maquette, elle entendit le Calice s'adresser au Comte en Allemand, à propos de Glen. Ainsi donc, il attirait le Comte... Etait-il possible qu'ils soient amants ?!
Si la jeune femme parut surprise à ce moment là, elle n'en montra rien. Ils ne savaient sans doute pas que la jeune femme parlait couramment l'Allemand à cause de son travail. Si le jeune homme choisissait de parler dans cette langue, c'était certainement pour lui faire part de réflexions qui ne devaient pas tomber dans toutes les oreilles. Chastity trouva cette technique d'un vulgaire sans nom. Parler une langue étrangère à un homme en particulier, au vu et au su de tous... Cependant, cela représentait pour elle un avantage certain. Si elle arrivait à se débrouiller, elle arriverait probablement à saisir des informations dont elle pourrait se resservir plus tard.

Satisfaite de cette découverte, elle décida ensuite de les emmener auprès de sa maquette afin de leur faire découvrir les grandes lignes de son projet d'aménagement du territoire. Elle fit le chemin en devisant avec Aisling qu'elle trouva fort agréable. Elles purent parler de leurs robes et se complimenter l'une l'autre avec gentillesse, sans aucune hypocrisie. Elle sourit lorsque la jeune femme lui proposa de lui donner l'adresse de son tailleur.


- J'accepte avec grand plaisir ! Cet homme doit être un maître dans son domaine et lorsque je vous vois, je n'ose pas imaginer quels trésors il est encore capable de créer. Il est vrai que les tissus orientaux ont un charme tout particulier que j'apprécie énormément ! J'aime aussi porter les vêtements traditionnels de ces pays en guise de vêtements d'intérieur. Ils sont pratiques et si agréable à porter ! Je suis sûre que vous porteriez le Caftan à merveille.

La jeune femme n'avait pas manqué de remarquer la peau brune de son interlocutrice. Venait-elle donc d'un pays d'Afrique ? Ceci rajoutait une pointe de mystère autour de cette jeune femme qu'elle trouvait décidément agréable et sympathique. S'en ferait-t-elle une alliée ? Seul l'avenir le lui dirait. Quoi qu'il puisse en être, les compliments qu'elle lui faisait n'étaient pas feints et elle l'imaginait vêtue à l'orientale sans aucune difficulté. Pour sa part, elle préférait les soyeux kimonos de l'archipel de l'Est, qui s'accordaient mieux avec son teint blanc. Elle en possédait un en soie qu'elle mettait de temps à autre, les jours où prise d'une sorte de langueur, elle restait dans sa bergère avec un livre au lieu de s'affairer au laboratoire.

Enfin, ils arrivèrent devant la maquette, reflet de sa réussite. L'avantage de sa compagnie était la diversité. Elle avait su s'installer sur le marché, choisissant d'améliorer les objets du quotidien en développant le principe de la machine à vapeur. Quand elle ne produisait pas ses créations elle-même, elle les vendait à d'autres usines de production à des prix avantageux mais n'omettait pas de récupérer sa part sur les bénéfices. Des quatre coins du globe, on passait commande et la compagnie ne cessait de s'enrichir, étalant ses ramifications sur tous les pays développés, en Europe, en outre-Atlantique ou en Asie.

Avec le projet de chemin de fer qu'elle leur présentait là, elle leur dévoilait toute l'étendue de son art, sa vision du monde, son ambition et son patriotisme. Elle espérait fortement susciter leur intérêt et leur amitié, ce qui lui permettrait d'avancer un peu plus sûrement dans le monde des créatures de la nuit. Elle leur vanta les mérites de sa machine avec la plus belle des éloquences, sûre d'elle. Il fallait qu'elle ait l'air d'une femme d'affaire accomplie pour les convaincre.
Visiblement, ses efforts payèrent car le Comte la complimenta sincèrement. Il fit référence à son père et à la fierté qu'il devait ressentir, là où il était. Son père... Un personnage créé de toute pièces pour éviter que les gens aient un prétexte de plus pour jaser. A Southampton, elle avait manipulé gens et archives, elle s'était créée une famille de laquelle elle descendrait, d'un père fortuné et passionné par la science tout comme elle, afin qu'on ne puisse pas salir sa réputation en l'accusant d'être une intrigante sans famille ayant épousé un vieil homme fragile par pur intérêt vénal. La jeune femme aujourd'hui se demandait si les critiques n'auraient pas été justifiées. Elle s'était acquittée de son devoir d'épouse, compagne et confidente avec tout le zèle possible et imaginable mais aurait-elle accepté l'union avec un si vieil homme s'il avait été pauvre ? Malgré tout, elle n'avait pu se résoudre à effacer l'existence de Lord Ashworth qui avait été étonnamment bon pour elle. Aussi, il était de notoriété publique que la jeune femme avait été mariée à un lord influent par ses parents avant qu'ils ne disparaissent dans un tragique accident.
Mais, à la guerre comme à la guerre. Après tout, la plupart des hommes d'affaires et membres du gouvernement avaient dû faire quelques petites malversations pour asseoir leur situation.

Chastity chassa ces réflexions de son esprit et remercia le Comte d'un sourire délicat. :


- Je vous remercie infiniment Mr le Comte, soyez certain que votre compliment me va droit au cœur...

Elle avait noté l'allusion à sa longue vie de Vampire et qu'il l'inclue dans son compliment prouvait bien sa sincérité. Elle se sentait pleinement satisfaite de son effet et la joie d'avoir gagné l'admiration du Maître de Londres rendit son regard plus lumineux.

Pleinement satisfaite, elle les guida dans la salle de Bal où elle les abandonna pour retourner s'occuper de ses autres invités. Elle servit sourires et belles paroles aux nobles qui s'étaient entiché de son projet. Charmés, certains lui mangeaient déjà dans la main pour son plus grand plaisir. D'une démarche gracieuse et assurée, elle déambula jusqu'à croiser Sladd Nordj, avec qui elle échangea quelques mots. Elle essaya par quelques moyens détournés, d'en apprendre plus sur les rumeurs qui couraient à son sujet, notamment par rapport à ses dessins. Elle n'obtint qu'un carnet de croquis empli de sirènes fort belles mais tout à fait anodines. C'était des dessins tout ce qu'il y avait de plus commun. Cachant sa déception, elle lui rendit son carnet et remarqua alors que l'écrivain avait quelque chose de changé. Son costume gardait la même coupe mais le tissus était plus riche, plus beau. L'oeil averti de la jeune femme ne pouvait être trompé.
Il n'avait pas pu se changer, ce n'était pas logique. Il ne pouvait pas non plus avoir dérobé la tenue d'un autre invité. Seul un événement surnaturel pouvait expliquer ce changement soudain de vêtement...
Ajouté à cela, les rumeurs et déclarations qui parcouraient la presse, il n'y avait presque plus aucun doute. Chastity eut alors la quasi certitude que Sladd possédait des pouvoirs. Elle ne savait pas encore lesquels, ni comment il s'en servait mais elle avait assez d'éléments pour le caser dès à présent dans la catégorie des hommes à surveiller.


- Votre trait est merveilleusement fin, ces dessins sont magnifiques ! Je vois que vous vous inspirez beaucoup de la mythologie. Dites-moi, Mr Nordj, vous intéressez-vous aux anciennes légendes Vikings ? Certaines des créatures mises en scène sont vraiment fascinantes. J'ai ma préférence pour les Huldras...

La jeune femme lui sourit au travers de son éventail puis prit congé. Elle sourit lorsqu'il l'invita à boire un verre avec lui.

- Pourquoi pas, si nous nous recroisons ? Sur ce, je vous souhaite une bonne soirée...

Elle repartit dans la foule, cette fois à la recherche du Comte. Elle voulait pouvoir discuter avec lui seule à seul et lui demander d'ouvrir le Bal en sa compagnie. Pour la jeune femme, ceci représentait une très belle occasion pour lui de faire son retour dans le Monde. Il avait déjà impressionné la Haute Société en se montrant avec son genou encore blessé mais danser avec elle aurait été le plus beau coup de théâtre de la soirée. De plus, en tant que Lord et Maître de l'Ombre, elle aurait acquis une notoriété certaine en effectuant la première danse avec un homme de pouvoir tel que lui...

Sur le chemin, elle croisa l'homme qui accompagnait le puissant Vampire tout à l'heure. Elle alla l'aborder, avec un petit air distant et mystérieux. Elle voulait en savoir plus sur ce jeune homme, sans risquer de se mettre le Comte à dos. Peut-être jouait-elle à un jeu dangereux... Mais ce soir, elle se sentait d'humeur à prendre quelques petits risques.
Elle remarqua que sa physionomie changea lorsqu'elle l'aborda. Il avait un sourire charmeur, terriblement beau. Elle le salua avec politesse, en ajoutant un ''Monsieur'' de courtoisie en s'apercevant qu'elle ne connaissait toujours pas son nom.
Elle inclina la tête lorsqu'il lui baisa la main. Son geste était plein de grâce et d'élégance mais il y avait quelque chose de plus... indomptable et violent derrière la galanterie. Elle nota ce détail dans un coin de sa mémoire et engagea la conversation, faisant discrètement allusion à son statut auprès du Comte.

Lorsqu'il lui répondit, il en profita pour lui donner son prénom, servi avec un compliment délicat qui la fit sourire. Ainsi donc, il s'appelait Ludwig... Il était donc bel et bien Allemand. Il apporta la réponse à sa question et souffla même quelques mots sur sa situation, qu'elle comprit avec un hochement de tête entendu. Cette façon de se comporter, de parler... Sans aucun doute, il avait été noble. Le fait qu'il parle de son statut au passé prouvait qu'il l'avait perdu, dans un quelconque événement regrettable... Il se trouvait donc sous la tutelle du Comte. Tout ceci était bon à savoir, elle saurait maintenant comment se comporter avec lui, pendant la soirée et plus tard, s'ils se revoyaient.


- Vous avez là un très beau prénom, Ludwig. Le même que ce compositeur Allemand... van Beethoven, si je ne m'abuse. Vous avez très certainement entendu quelques unes de ses compositions ! J'apprécie énormément sa musique, bien qu'elle reste souvent triste et torturée. Mais comment ne pas l'être lorsque vous apprenez que vous souffrez de surdité à l'âge de 26 ans...

Lancer la conversation sur un sujet badin était pour elle la meilleure façon de cerner son interlocuteur pour le moment. Cela permettait de suggérer sa culture et son intelligence, tout en appréhendant les goûts de l'homme en face d'elle. La conversation était agréable et elle serait bien restée avec lui encore un long moment, mais la bienséance voulait qu'elle ne s'attarde pas seule avec un homme célibataire. Elle dût alors couper court, lui demandant où elle pourrait trouver le Comte. Il ne put lui répondre et elle se décida à partir le chercher, remerciant d'un signe de tête le noble déchu.

- Je vous remercie infiniment, j'espère que nous nous recroiserons dans la soirée...

Elle se perdit au milieu des invités, ses yeux parcourant tous les recoins à la recherche du colosse blanc. Il ne fut pas dur à trouver, facilement reconnaissable à sa haute stature et à ses cheveux singuliers. Armée de son plus beau sourire, elle avança dans sa direction jusqu'à-ce qu'il la remarque. Elle accepta son baisemain en souriant, rivant ses yeux d'ambre dans les orbites nébuleuses du Vampire et rit aimablement lorsqu'il souligna la grandeur de la salle de bal.

- Il est vrai ! Les architectes du siècle dernier aimaient voir les choses en grand...

Elle faisait ainsi référence à l'âge de sa maison et au fait qu'elle n'était dans son patrimoine que depuis peu de temps. L'époque cruelle dans laquelle ils vivaient avait forcé les nobliaux qui vivaient ici autrefois à prendre une habitation plus modeste et de vendre leur bien familial, que la parvenue avait ensuite récupéré et agencé selon ses goûts.
Les compliments qu'il lui fit sur ses machines lui allèrent droit au cœur, elle savait qu'ils étaient sincères. Visiblement, elle avait gagné l'admiration du Comte, au moins pour l'instant, ce qui était un avantage non négligeable pour elle. Elle le remercia d'une révérence sans le quitter des yeux, avec un charmant sourire.


- Je vous remercie infiniment, Mr le Comte. J'espère que mes inventions feront grandir et progresser notre beau pays. Vous savez, je pense qu'il y a encore beaucoup de progrès à faire et de merveilles à découvrir. La science est loin d'en être à son apogée...

Alors, elle se hasarda à lui proposer de l'accompagner. L'air fugace qui passa sur le visage du Comte la fit se raidir en un instant. S'était-elle montré impudente ? C'était après tout assez cavalier de sa part de lui demander une chose pareille, même si elle restait l'hôtesse de maison...
Il déclina son offre, mettant en cause son genou, et la laissa aux bons soins du Marquis de Downshire, qui venait de se proposer. Surprise, la jeune femme se retourna pour se retrouver nez à nez avec cet homme curieux. La jeune femme cacha sa déception et salua Glen d'une courbette.


- Oh, mais j'en serais absolument ravie...

Chastity se méfiait, pourtant. Elle pressentait qu'un lien fort unissait les deux hommes, peut-être avaient-ils mis au point un stratagème pour la tester ou la confondre ? Elle n'avait pas confiance en cet homme à la crinière de feu... Le Comte prit congé, n'oubliant pas de souligner qu'il danserait avec elle plus tard. La jeune femme passa sa main sur son carnet de bal, au fond de son réticule, et lui adressa un sourire.

- Ce sera avec grand plaisir, Lord Keïsuke.

Il prirent congé et la jeune femme saisit la main de Glen pour se diriger au centre de la piste que la foule avait dégagé. Chastity jeta un regard à l'orchestre et la valse démarra. Aussitôt, la jeune femme cala ses pas dans le rythme et se déplaça sur la piste avec une grâce et une précision remarquables, ce que l'irlandais ne manqua pas de lui faire remarquer. Lui aussi n'était pas mauvais danseur et bien qu'elle se méfiait encore de lui, elle ne pouvait nier que valser en sa compagnie restait quelque chose de fort agréable.

Après les premières mesures, d'autres danseurs se joignirent à la danse, petit à petit. En quelques minutes ce près d'un tiers de la salle qui valsait. Ainsi couverte par le bruit des hôtes et de la musique, la jeune femme pouvait parler plus librement avec l'homme à la crinière flamboyante. Il était temps d'ouvrir les hostilités, le plus subtilement possible.


- Je vous remercie Mr le Marquis. Vous êtes vous-même un danseur d'exception... Lui répondit-elle sur le même ton mielleux.

Il fallait maintenant entrer dans le vif du sujet. C'était le moment parfait pour une joute verbale entre les deux vampires, ce serait, à qui percerait le plus vite les secrets de l'autre et cela tout en finesse et en sous-entendus... Finalement, elle prit la parole la première, ses yeux rivés dans ceux de son cavalier, prêts à détecter le moindre changement dans son visage.


- Ainsi donc vous appréciez les marionnettes... Je suppose qu'il y a une raison particulière à cela... Vous savez, je suis intimement convaincue que nos ''hobbies'' sont le reflet même de notre vision de la société, pas vous ?

Voilà qui commençait bien... Une question ouverte, à double sens. Il devrait, en y répondant, révéler sans doute une partie de ses opinions. Mais comme Chastity savait que rien ne serait gratuit, elle avait tourné sa phrase de telle sorte qu'elle dévoilait à mots couverts la façon dont elle voyait le monde. Un univers bien réglé ou chaque humain avait sa place... Bien sûr, il y arrivait que quelques rouages soient défectueux et empêchent la machine de tourner, auquel cas il fallait les retirer et les jeter sans états d'âmes. Oui, pour Chastity, la société fonctionnait comme une horloge. Et elle se doutait fort que le jeune homme avait une certain tendance à la manipulation.
Quand elle le regardait, il lui faisait l'effet d'un enfant, versatile et capricieux. Elle l'imaginait volontiers prendre du plaisir à faire souffrir sans motif, comme un bambin cruel qui brûlerait une fourmi sous une loupe, simplement par jeu.

Elle devait aussi tenir compte de son appartenance au Sabbat. Il devait donc en embrasser la cause, prôner la destruction du monde des humains et l'étalage de leur existence au grand jour... Ou à la grande nuit, plutôt. Mais ce n'était pour l'instant que des suppositions, il fallait qu'elle soit sûre de ce qu'elle avançait.
Si ce beau Lord impétueux était bel et bien un ennemi de la Mascarade, elle devrait s'en méfier cruellement. Sur un badin, elle continua :


- Dites-moi, Monsieur le Marquis, participerez-vous à la Mascarade donnée par Lady Hastings cet été ?

La jeune femme avait délibérément appuyé sur le terme, sans quitter Glen des yeux. Il ne pouvait pas avoir raté le sous-entendu.
Chastity se félicitait de s'être souvenue de cet événement mondain prévu depuis longtemps et auquel toute l'aristocratie Londonienne serait conviée. Le terme de Bal Masqué aurait été plus approprié mais aurait moins bien servi ses intérêts. Elle écouta la réponse du Vampire avec attention, ses prunelles toutes éveillées.


- Il est vrai que les anciens répètent souvent que pour vivre heureux, il faut vivre caché. De sages paroles, j'en conviens, mai parfois j'en viens à me demander si leur sagesse n'est pas plus dangereuse que bénéfique... Mais peut-être êtes-vous de leur avis ?

Elle venait de lui faire part de ses inquiétudes vis à vis des pontes de la Camarilla qui se méfiaient de sa nature et préféraient la voir morte ou emmurée à vie. Dans le même temps, elle espérait savoir si cet homme serait dangereux pour elle ou pas. La voyait-il comme une créature ratée, bonne à être détruite ?  Ami ou ennemi ? La jeune femme craignait pour sa survie dans les années à venir et devait assurer ses arrières dès à présent.

Son regard dériva un instant sur les hôtes qui ne dansaient pas et elle aperçut un domestique qu'elle ne connaissait pas, en train de verser un liquide transparent dans les verres. Que faisait-il donc ? Elle ne l'avait encore jamais vu ici et n'avait pas engagé de personnel supplémentaire pour la fête... Et le liquide qu'il versait dans les verre, qu'était-ce ? Un poison ? Pourtant, depuis le début de la soirée, personne ne s'était trouvé mal. De plus, toutes les liqueurs mortelles qu'elle connaissait avaient une couleur bien spécifique tandis que le contenu du flacon ressemblait à de l'eau.

De l'eau...

La jeune femme fut prise d'un doute. Et si ce n'était pas le commun des mortels que l'intrus essayait d'empoisonner là ? Si... Si le liquide n'était pas une eau comme les autres ?
Soudain méfiante et alertée, la jeune femme replongea son regard dans celui de son cavalier et pénétra son esprit pour le mettre en garde.


* J'ai l'impression qu'une des personnes présentes ici n'a pas été invitée... J'irai régler cela à la fin de la valse, surtout, ne touchez pas au verres qu'on vous offre ! *

Ils continuèrent ainsi à valser, comme si rien ne s'était passé. Elle continua de discuter avec l'Irlandais, le sourire aux lèvres, et reprit ses questions d'un ton plus discret, de sorte que personne ne puisse entendre ce qu'ils se disaient.

- Ma question pourra sans doute vous paraître déplacée mais j'aimerais savoir ce que vous pensez de l'Humanité... Après tout, nous sommes dans un siècle où les révolutions et les guerres s'enchaînent et ce n'est pas sans conséquence pour le monde dans lequel nous vivons.

Cette fois, la question avait été bien plus explicite que les précédentes ; Chastity en avait assez de tourner autour du pot elle voulait connaître la vision du monde de cet homme, percer une infime partie de ses pensées secrètes...
Pendant qu'ils finissaient, Ludwig avait dérobé le flacon à l'étrange serveur et s'apprêtait à faire une mauvaise rencontre.

A la fin de la valse, Chastity salua son cavalier d'une révérence gracieuse puis s'éclipsa dans la foule, à la recherche du valet. Elle le trouva dans un coin, un peu perdu. Il semblait chercher quelque chose. La Vampire remarqua qu'il n'avait plus son flacon ; l'avait-il vidé ?
Féline, la jeune femme s'approcha du mystérieux homme et le toisa comme s'il lui avait appartenu. Elle prit un des verres qui restaient sur le plateau et le porta à ses lèvres en même temps qu'il esquissait un geste pour l'en empêcher, fidèle aux ordres de son créateur.

La jeune femme, inconsciente de cela, l'arrêta d'un geste de main et trempa ses lèvres dans le liquide. Elle ne tarda par à les retirer, piquée par une vive douleur ; elles étaient devenues légèrement rouges, irritées par la présence de l'eau maudite dans la boisson.
Chastity étira un sourire satisfait, elle avait la preuve que la personne versait bien un liquide nocif pour les Vampires dans les breuvages. D'une voix autoritaire, elle s'adressa au ''domestique''.


- Veuillez me suivre à l'étage, j'ai besoin de votre aide pour arranger les fleurs dans les chambres des invités qui resteront dormir. Oh, et laissez votre plateau ici.

Elle s'assura qu'il obéissait bien à son ordre et l'entraîna à sa suite. Elle s'engageait dans le grand escalier quand Ludwig se trouvait nez à nez avec les trois vampires. Préoccupée, elle n'y fit pas attention et entraîna l'homme étrange jusqu'à la première chambre de l'étage, qui était la sienne. Une fois qu'ils furent entrés, elle referma la porte derrière eux et plaqua le domestique contre le mur, avec toute sa force de Vampire. Ses yeux brillaient de colère. Il osait empoisonner ses invités, pendant son bal. Il risquait de ruiner sa réputation, de la discréditer auprès du Comte !
A cause de ce stupide personnage, tous ses plans risquaient de tomber à l'eau.

Avec un sourire glauque, elle posa ses mains délicatement autour de son cou, comme l'aurait fait une amante.


- Alors mon mignon, on essaye de s'en prendre aux grands méchants Vampires ? Croyais-tu que je ne me rendrais pas compte qu'il y avait un domestique de plus dans la salle ?  Pauvre petit, tu vas devoir payer pour ton manque de réflexion. Fais de beaux rêves...

Et d'un coup sec, la jeune femme retourna la tête de l'individu qui s'affaissa par terre. La Vampire le rattrapa avant qu'il ne fasse trop de bruit et le cacha sous son lit. Personne n'aurait l'idée de fouiller là-dessous. Les domestiques y passaient un coup de balais une fois par semaine, ce qui lui laissait encore cinq jours de battement pour trouver un autre endroit où se débarrasser du corps...

Une fois les taies rabattues, persuadée que rien ne témoignait du meurtre qui venait de se dérouler ici, la jeune femme remit sa robe en place, replaça machinalement une épingle à cheveu et ressortit de sa chambre avec discrétion.
Quand elle fut dans les escalier, elle perçut plusieurs auras terriblement troublées. Cela sentait la menace et la mort à plein nez ! Sur la défensive, la jeune femme crimsonescendit les marches quatre à quatre et déboula dans le Hall, ses talons claquant avec vigueur contre le sol de marbre. Elle vit dans un coin reculé le Comte qui semblait avoir prit dix ans et cinquante centimètres d'un seul coup, trois Vampires qu'elle ne connaissait que de vue, un bel homme aux cheveux noirs qu'elle n'avait pas encore salué et Ludwig, qui saignait de la joue. Avant que la situation ne dégénère, elle déboula entre eux, forte de son rôle de maîtresse de maison.

Elle pouvait être une Vampire peut-être moins âgée que certains d'entre eux, le manoir restait son territoire et ils lui devaient un minimum de respect. D'autant plus que des humains dansaient et prenaient du bon temps dans la salle adjacente...


- Messieurs, je vous demanderais de vous calmer ! Pouvez-vous m'expliquer ce qui se passe ici ?

La jeune femme toisa les trois Vampires qui, visiblement, étaient en tort. Son œil observateur parcourut la scène. La chevalière de l'homme encore luisante de salive, la joue balafrée de Ludwig, ses mains abîmées, le flacon à terre qu'elle identifia comme celui du domestique...
En même temps qu'on lui expliquait les faits, la jeune femme comprit ce qui venait de se passer. Elle en voulut immédiatement aux trois d'avoir agressé l'Allemand et ainsi, déclenché la colère du Comte. Il fallait qu'elle reprenne les choses en main immédiatement. Plus droite que jamais, elle toisa le trio d'un air glacial et s'adressa à eux d'un air plein de morgue :


- Sachez, Messieurs et Dame, que cet homme n'est pour rien dans cette affaire d'eau bénite dans les verres. C'est un homme, sans doute un Hunter, qui s'est infiltré dans mon manoir déguisé en domestique. Je ne l'ai remarqué qu'à la fin de la première danse et c'était lui qui versait l'eau dans les verres... Je lui ai réglé son compte personnellement.

Pendant un instant, le regard de la jeune femme brilla d'une haine difficilement contenue. Elle se tourna ensuite vers le Comte et lui fit une révérence humble, tête baissée.

- Si j'avais été plus vigilante, cette situation aurait pu être évitée. Je vous présente mes excuses les plus sincères... Si vous l'acceptez, je vais emmener votre protégé se faire soigner pendant que vous réglerez votre grief comme bon vous semblera.

Une fois qu'elle eut obtenu l'accord du Comte, elle se tourna vers Ludwig, l'air assombri.

- Si vous voulez bien me suivre...

Enfin, avant de partir, le regard de la jeune femme repassa sur la chevalière, sans aucun doute responsable de la blessure de l'Allemand. Elle s'adressa à son propriétaire avec un sourire radieux.

- Vous n'auriez pas dû lécher votre bague, j'ai ouï dire que la salive abîmait le métal...

Cela suffirait pour souligner que le Vampire avait indirectement bu le sang de Ludwig, affront suprême pour le Maître de l'Ombre... Leurs jours étaient dès à présent comptés. Tournant délibérément le dos à la scène, la jeune femme entraîna le Calice à l'étage, dans sa salle d'eau personnelle. C'était là qu'elle gardait son matériel de soin...
Lorsqu'il traversèrent sa chambre impeccablement rangée, elle jeta un discret regard en direction du lit puis ouvrit la porte de la salle d'eau. Gracie avait rangé ses effets personnels et aucun dessous féminin ne traînait à terre. Elle l'invita à s'asseoir sur une chaise et ouvrit un placard d'où elle sortit une trousse en cuir bordeaux.


- Cet inconscient ne vous a pas raté... Mais j'imagine que le Comte lui réservera le sort qu'il mérite.

Elle tira une chaise et s'assit en face de lui, étendant un drap de bain sur sa robe pour éviter de la salir. Puis elle sortit un tissus blanc qu'elle humidifia grâce à un peu d'éthanol, contenu dans un flacon de verre.

- Je vous demanderais de tourner la tête... cela risque de piquer un peu, ne soyez pas surpris.

Elle appliqua alors avec douceur et précision le tissus sur la plaie pour la nettoyer et la désinfecter en même temps. Elle n'était pas bien profonde et assez régulière, heureusement pour lui. L'odeur du sang ne lui fit rien, étant trop peu habituée à sa consommation. Quand elle eut fini de soigner la joue blanche du Calice, elle fit de même avec ses mains, désinfectant puis appliquant une pommade sur les marques d'ongles. Elle put sans peine reconnaître des mains de pianiste, longues et effilées. En faisant pénétrer le remède par de légers cercles du pouce, elle remarqua d'un ton doux :

- Avez-vous déjà joué la Fantaisie pour piano de Robert Schumann ? Un morceau remarquable... Car vous êtes pianiste n'est-ce pas ?

La jeune femme sourit au Calice et, sans cesser d'appliquer la pommade, continua :

-J'ai reconnu vos doigts... Je dois vous avouer que je suis moi-même musicienne, flûtiste pour être exacte. J'ai touché un peu à tous les instruments mais celui-ci reste de loin  mon préféré.

La jeune femme reposa les mains de Ludwig et essuya les siennes sur le drap de bain pour enlever l'excès de pommade. Elle le regarda un instant dans les yeux mais conserva son air distant bien qu'aimable. Elle se demandait ce qui se passait dans la tête de cet homme qu'elle devinait comme farci de mystères.

- Les mains d'un musicien sont ce qu'il a de plus précieux après son instrument, prenez-en soin...

Spoiler:
 


Dernière édition par Chastity E. Stephenson le Mar 9 Juil - 17:02, édité 2 fois
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Sladd Nordj
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MessageSujet: Re: Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42] Jeu 25 Avr - 22:29

Sladd :


Finalement les rumeurs restaient fondées, ce Marquis à la crinière sanguine avait un regard plus hautain que la pointe de la grande Horloge. Les quelques mots échangés suffirent à Sladd le ton qui lui semblait froid à savoir que la conversation ne devait pas continuer, il n'avait pas que cela à faire que de souffrir du martèlement odieux de regards ignorants. Lorsqu'il quitta la pièce il sentit un regard pesant et lourd se poser sur lui. Il semblait que la confiance n'était pas présente l'un envers l'autre. Lui le pensait vampire, mais Glen, que pensait-il de lui ? C'était une question à essayer de résoudre ce soir.
Il descendit et flâna entre les convive, cherchant parfois sa création du regard. Lorsqu'il la trouvait il suivait ses mouvements, il faisait là son travail à merveille. Ce soir sa pierre grossirait et il pourra sans aucun doute réduire à néant ses prochaines proies. Et paradoxalement il voulait s'allier au plus puissant vampire de la ville, mais ça, il ne le savait pas encore. Et le saurait-il un jour ? Jamais peu être.

Un moment, un peu plus intéressant les yeux de Sladd tombèrent justement sur le Comte qui discutait avec lui semblait-il un Vicomte et la scène qui arriva le fit sourire très légèrement, son serveur arriva avec les boissons empoisonnée d'eau bénite, dont deux prises par le Vicomte qui en lâcha une immédiatement et sa création partit en toute vitesse pour éviter que l'hôte ne le voit pour éviter d'attirer l'attention avec les deux coupes qu'il avait récupéré, et Sladd tiqua, la création avait laissé un verre d'eau bénite tomber entre les mains du Comte, chose qu'il ne voulait en aucun cas, car même si n'importe qui pouvait être un vampire, même si le Comte en était un il fallait absolument qu'il ne meurt pas
.

*Voilà un premier qui se révèle. Cependant, mon plan risque de tomber à l'eau, s'il ne l'a pas bu il préviendra mentalement les autres. Voilà qu'il va falloir que je range mes jouets. Mais l'espoir faisant vivre on peut toujours laisser ma chose de pierre jouer avec le reste.* Pensa-t-il tout bas dans son esprit.

-Cela se voit tant que cela que je suis seul ? Lâcha-t-il avec un petit rire. Et c'est avec plaisir que je ferais danser une dame comme vous ce soir.


Problème, il ne savait pas danser, enfin trois pas, il dansait aussi bien qu'un chien conduit une voiture ou qu'un cheval escalade une falaise. Mais il était ici pour profiter et il allait donner le meilleur de lui même, comme à chaque fois.

-Je tiens cependant à préciser que je ne fais pas un bon danseur, loin de là, j'espère au moins sauver vos pieds Madame. Dit-il en riant.

Il prit sa main pour y déposer un baiser délicat comme voulait la loi des gentlemans, celle du baise-main, après cela il se releva et entraîna cette dame dont il n'avait même pas le nom dans une danse aussi banale soit-elle, aussi réussite voulait-il la rendre dans sa simplicité
.

-Je ne connaît même pas votre nom madame, me laisserez-vous le connaître où tenter mon imagination à le trouver vous semble plus amusant pour passer le temps ?

Ses pas de danses peu assurés restaient tout de même potables et il commença presque à prendre plaisir à danser avec cette femme aux cheveux neiges.

-Dites-moi, n'êtes-vous donc pas avec Monsieur O'Sullivan votre cousin ? Pourquoi m'accorder une danse à moi, un inconnu du nom de Sladd Nordj alors que vous avez une figure emblématique de la ville pour voir ce soir ?

Il semblait évident pour Sladd que cette dame jouait les idiotes pour combler un désir de curiosité de l'excentrique. Mais dans ce cas autant chercher les informations dans deux sens. C'était une sorte de jeu, celui de la poule, le renard et la vipère. L'équipe des poules doivent manger les vipères qui doivent-elles mêmes manger les renards alors que les mammifères roux chassent les poules. Ici il manquait une équipe mais ça n'empêchait pas Sladd de vouloir grignoter quelques informations à sa danseuse. Il pouvait se tomber et cette femme était venue d'elle même et peu être était-elle idiote au possible de lui donner des informations. Cependant dur d'engager la conversation sachant que l'hypothèse qu'elle soit là pour des informations était envisagée.

-Venez-vous de la même ville natale que votre cousin où bien vous êtes natifs de deux régions différentes ?

La danse se poursuivit et Sladd écoutait la réponse à sa question, il cherchait chaque mot, chaque intonation qui pouvaient soulever un sous-entendu. Mais si elle était ici pour le questionner, alors il laissa courir les questions avec un plaisir caché.

Son attention était tellement concentrée sur les mots la cousine de Glen qu'il fit quelques mouvements maladroits qu'à un moment il dut rattraper sa danseuse et se fut pour lui les limites de ses capacités à danser.


-Je me dois de m'excuser mais je crois qu'en plus d'être très mauvais danseur je ne peux pas me concentrer sur votre regard et mes jambes en même temps. Il soupira en souriant. Je vous laisse le plaisir de retourner avec votre cousin, je ne souhaite pas être jalousé. Glissa-t-il avec une ironie bien prononcé.

Il sous entendait là qu'il savait ce qu'elle était venue faire et qu'il lui serait inutile de conserver ce masque hypocrite avec lui et que si elle continuait il pourrait se concentrer sur autre chose que ses jambes et ses yeux. Et oui, Sladd faisait parfois preuve d'un peu de brutalité dans ses sous-entendue et si jamais la belle aux cheveux blancs n'étaient pas ici pour lui soudoyer des informations, il concluait la danse sur une excuse certes peu valable, mais valable quand même.

L'alchimiste retourna donc au buffet manger un ou deux gâteaux présents sur les tables. Il se demandait ce que faisait sa création et si elle était encore en était de marche surtout, mais cela le fit rire, comment Chastity réagirait-elle devant ce serveur invité ? Il aurait aimé voir cela, mais il n'avait pas encore mis au point des créations lui permettant de voir ce qu'elles voyaient. Cela serait peu être dans ses projets, un jour, peu être, pas sur, qu'en savait-on, Sladd vivait souvent au jour le jour sauf pour faire grossir sa pierre. Et ce fut à se moment-là que Sladd vit Chastity et son clone partir vers l'étage supérieur, il savait que la mission était fini. Mais une envie de jouer l'envier, créer le même clone et l'envoyer à la rencontre de Chastity, quoi de mieux pour un petit traumatisme ? Mais il se ravisa, il pouvait être découvert avec Glen, sa cousine à ses trousses. Il fallait là jouer de manière calme.



Le clone :

Sans aucune âme, pensée ou autre il exécutait l'ordre qu'il avait reçu, mettre de l'eau bénite dans les verres présents, les autres domestiques le regardait d'un oeil incertain, le clone leur répondait simplement :

-Madame m'a engagé juste avant le début de la soirée car elle voulait être sûr qu'il y est assez de domestiques pour assurer une régularité dans les services et remplissages de boissons.

Puis il s'esquivait sans rien dire, le regard froid, dénudé de sentiments, mais quand il devait servir une personne, là, son regard devenait nettement plus joyeux, il fallait croire que tel création tel maître.

Lorsque le Vicomte avait renversé un verre il comprit tout de suite qu'il fallait partir, même pour quatorze heures il savait là un instinct de survit et il partit en trombe, s'excusant pour rien, comme beaucoup de personnes faibles devant une autorité plus grande que la leur. Après cela il avait continué son travail, cherchant de nouveaux verres à remplir, plus de poisons, plus de morts, en plus de plonger l'hôte dans le néant de la société son maître gagnerait en puissance. Mais ça, il ne le savait pas. Il avait une mission à réaliser sur sa vie de quatorze heures.


Ce fut après un moment d'inactivité que le clone de pierre se rendit compte qu'il avait perdu son flacon d'eau bénite. Bien qu'il voyait de nouveaux verres arriver, mais pas d'eau bénite pour les remplir il conclut que sa mission finit il pouvait rentrer voir son hôte et lui prononcer la phrase magique lui indiquant qu'il avait fini son travail. Cependant rien ne se passa comme prévu. Chastity était là devant le clone et le réquisitionna pour un travaille à l'étage supérieur.

Comme son hôte lui avait ordonné de ne pas de faire de mal à Chastity et au Comte il la suivit docilement jusqu'à sa chambre où il se fit plaquer au sol, voyant les yeux de son hôte il savait qu'il risquait la mort, mais il dit quand même avant elle
.

-Les seules fleures que je vois ici, sont celles qui brûlent dans vos yeux. Dommage que d'autres ne brûlent pas dans votre ventre à ce moment précis. Mais si je n'ai pas réussi d'autres y arriveront.

Les mots qu'elle lui glissa après lui avoir mis les mains sur le cou ne lui procurèrent aucun effet, mais il eut le temps de répondre :

-Le seul mignon que je connais est le filet, dommage qu'il n'en y est pas sur le buffet, je peux toujours aller en chercher.. et pour les méchants vampires je me préfère en loup et vous en chaperon roug....

Finalement il n'eut pas le temps de finir que ses cervicales se brisèrent, son créateur l'avait doté de la constitution humaine, de ce fait si on arrachait le coeur de la création il mourrait, les poumons, cerveaux et autres parties du corps. C'est sans vie, où du moins sans flux alchimique qu'il tomba au sol et fut traîné sous le lit. Après cela, plus rien.


Sladd :


L'alchimiste attendit de voir l'hôte redescendre les escaliers et partir dans son sens contraire pour claquer des doigts, chose que personne n'entendit, mais dans son alchimie quand une création prend vie, au bout de quatorze heures elle se dissout et repart là ou elle était, où bien en claquant des doigts cette action se fait plus rapidement. Il savait que lorsqu'après le bal Chastity elle reviendrait cherche le cadavre, et ne voyant rien elle se demanderait où serait passé le corps.

Se décidant à bouger car s'il passait son temps à prendre du poids sur ce buffet il ne pourrait plus abuser de sa beauté pour soudoyer des dames où des vampires. Il vagabonda encore et toujours, ne sachant que faire et il finit par tomber sur Chastity visiblement énervée et qui quittait un homme d'une beauté singulière, il aurait pu le prendre pour une statut, mais les statuts ne boivent pas, sauf les siennes bien sur
.

-Et bien, vous semblez contrariez, quand je pense qu'avant la première danse vous affichiez un sourire à mon égard, que c'est-il passé, avez-vous vu un fantôme entre temps ?

Il savait que c'était l'épisode de sa création, mais il n'en savait rien, après tout il n'était qu'un bourgeois aux yeux de tous où la plupart ici présent. Il eut un flash d'un coup, une réponse à laquelle il n'avait pas répondu, où du moins pas discuté.

-Pour vous répondre madame ! Mon animal préféré de la mythologie nordique est Fenrir, ce loup immense. Où bien les walkyrie qui arrivent juste derrière.

Il attendit sa réponse avec de la laisser, il se doutait bien là qu'il ne valait mieux pas forcer la discutions à moins qu'on ne le retienne. Il repartit au buffet, quel glouton il faisait à manger ces amuse-gueules aussi rapidement qu'un guépard cour, si discrètement que le vent souffle.


[HRP: Oui c'est court, oui c'est pas tip top, mais j'avais pas grand chose à écrire, on rappelle que je suis un ptit bourgeois chez la noblesse donc je ne m'amuse pas à dire bonjour à tout le monde x)
Une partie du RP manque, qui viendra après le cuisinage de la part de Glenou
Sinon pardon pour la méga blague de merde :/ j'en avais trop envie voilà pardon /HRP]
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MessageSujet: Re: Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42] Dim 5 Mai - 1:30

[HRP: Mes excuses par avance pour vos yeux, je me suis laissé emporter! Sinon, après concertation sur la box et avec l'aide de Ludwig, Eulalia et Mim, deux des Vampires ont été renommés Seamus Arlington et Eleanora Batrialdi! Pour le troisième, faites vous plaisir, sinon il restera anonyme! XD /HRP]



Un sourire serein fendait la figure du clown tandis qu'il prêtait attention à l'échange qui avait lieu entre Aisling et Chastity. Les deux femmes ne lésinaient pas sur les compliments, et toutes deux commençaient à bien s'entendre. Glen connaissait suffisamment sa seconde pour savoir qu'à cet instant précis, elle n'usait ni d'hypocrisie, ni de manipulation. Elle semblait réellement apprécier son hôte, son goût pour les belles étoffes et les bijoux. Deux femmes du monde de leur rang et de leur nature auraient tout aussi bien pu se crêper le chignon, mais Glen était heureux de les voir s'accorder aussi facilement. La fourberie faisait partie de ses attributions, et il ne manquerait pas de manipuler sa propre subordonnée pour adoucir un tant soit peu Chastity, qui nourrissait une méfiance évidente à son égard.
Devant, la belle égyptienne conversait toujours avec la ravissante jeune femme aux cheveux cuivrés. Celle-ci semblait avoir noté les origines orientales d'Aisling, et peut-être la pensait-elle turque ou perse. La demoiselle remercia son hôte d'un signe de tête aimable, mais leur conversation fut écourtée car déjà, la maquette les attendait.

Attentif, Glen n'ouvrit pas la bouche une seule seconde, et lorsqu'il se retrouva face au Comte et son calice, il dévisagea un instant celui-ci. Il n'avait pas relevé, mais il avait été frustré et agacé de ne pas comprendre ce que le jeune allemand avait raconté à son maître quelques minutes plus tôt. Ce regard porté sur l'irlandais alors qu'il lui murmurait quelques mots dans une langue que Glen ne connaissait que vaguement avait piqué sa curiosité et sa colère à la fois. Quel manque de tact et d'élégance... User d'une autre langue en se croyant à l'abri des oreilles indiscrètes... Il était soit idiot et imprudent, soit sa remarque avait été volontaire pour provoquer le rouquin. Dans les deux cas, ce dernier appréciait peu la plaisanterie.
La remarque que fit le Comte poussa Glen à détourner le regard.


-Monstre ou œuvre d'art, elle sait parfaitement mimer les gestes de la haute société et pour être honnête... C'est un singe particulièrement instruit et élégant...

Sur ces mots murmurés sur un ton plus amusé qu'agressif, Glen prit congé pour déambuler un peu parmi les invités. Il ne parvenait toujours pas à considérer Chastity comme un Vampire à part entière, pour lui elle restait une créature à cheval entre deux espèces totalement différentes, elle était une expérience... Une expérience dangereuse, malgré ses sourires aimables et son apparente gentillesse. Comment lui faire confiance ? Il était trop tôt pour espérer répondre à cette question, et l'irlandais la chassa de son esprit pour reporter son attention sur l'homme qui quittait la salle de bal pour s'enfermer dans une des salles de bain.

Alors qu'il suivait cet étrange individu, Aisling regrettait amèrement sa situation. Elle se sentait si petite et insignifiante face à un homme si grand, mais elle soutint le regard du Comte sans ciller, un sourire aux lèvres. Elle tiqua néanmoins à la réflexion du lord, et son sourire se fana quelque peu. Elle savait de quoi il voulait parler, et masquer son inquiétude et sa jalousie relevait de l'exploit. Bientôt, elle se retrouva seule face au Comte avec la désagréable impression d'être la proie et lui le prédateur. Glen avait-il seulement pensé à cela ? Probablement pas. Elle était même certaine qu'il avait un peu trop confiance en elle pour ne pas se laisser dévorer toute crue. Une chose la déstabilisait, chez cet homme. Il était là, face à elle et pourtant... Il ne lui semblait pas réel, ou du moins étranger. Peut-être était-ce du à ce curieux sentiment qu'elle éprouvait en sa présence ou à ses yeux voilés. Cette sensibilité aux auras, la jeune femme la devait à son don de manipulatrice des rêves, et elle sentait que quelque chose d'ancien et de tourmenté animait celle du grand homme. Mais lui demander quoi aurait été impoli, aussi se contenta-t-elle de prendre le bras qu'il lui tendait avec galanterie.
La discussion s'ouvrit sur quelques compliments, et la demoiselle releva les yeux avec un ravissant sourire. Comment savoir si ce qu'il disait était honnête ou là pour l'amadouer ?


-Ah... Je vois qu'il ne manque pas une occasion de parler...
, murmura-t-elle. Peut-être a-t-il simplement omis ce détail ! Quant à votre compliment, je vous remercie de cet intérêt. Une femme sait toujours apprécier ce genre d'attention...

Si ses mots restaient polis, la jeune femme était ferme. Elle avait saisit le sous entendu du lord, elle savait maintenant que Glen lui avait sûrement dit plus de choses à son sujet, et elle se trouvait donc en position d'infériorité. Elle ne se sentait pas à l'aise, et ce sentiment désagréable ne semblait pas vouloir la quitter. Pourtant, elle affichait un air détaché et saluait quelques connaissances d'un signe de tête, parcourait du regard les écriteaux explicatifs des machines, et continuait tranquillement sa déambulation. L'étrange couple avait tout l'air de badiner, mais les menaces commencèrent doucement à s'insinuer dans la conversation, et la demoiselle se raidit un peu plus. Les dents serrées, elle garda tout d'abord le silence. Elle connaissait Glen depuis plus de deux siècles et pourtant, elle ne l'avait jamais sentit autant lui filer entre les doigts. A présent il lui cachait des choses, et Aisling n'avait pas comprit qu'il ne faisait cela que pour la protéger et se protéger par la même occasion. Les petites affaires dont parlait le Comte, elle aurait aimé les connaître. En un sens elle était rassurée de l'entendre dire qu'elle restait plus précieuse pour Glen que lui, mais son ton se fit un peu plus sec.

-Serait-ce une mise en garde... ? J'ai confiance en Glen, mais je sais des choses à son sujet que vous ignorez..., elle tourna lentement la tête vers le Comte. Puis-je seulement vous faire confiance à vous ? Je n'avais pas l'intention d'interférer entre vous seulement... J'ignore ce que vous cherchez, finalement...

Elle détourna vivement le regard, agacée par ce malaise qui ne cessait de lui serrer les entrailles. Lorsque le lord se tourna vers elle, elle leva à nouveau les yeux et l'écouta sans broncher. Quand il eut finit, elle reprit d'une voix éteinte semblable à un murmure.

-... Votre contrat ? C'est donc comme cela que vous fonctionnez ? Par la menace d'une punition si les choses ne fonctionnent pas comme vous l'entendez ? Ah..., la jeune femme baissa les yeux. A moins qu'il ne s'agisse du contraire ? Doucement elle releva les yeux. Je vous crains, c'est un fait. Mais savez-vous seulement pourquoi ? Ce n'est ni votre renommée ni votre puissance qui m'effraie...

La jeune femme resta mystérieuse et évasive sur le sujet. Elle préférait ne pas s'attarder sur les détails ni lui dire ce qui lui faisait réellement peur chez lui. Pas ici, pas au milieu d'un bal, avec tant de gens autour. Mais elle savait que plus que l'âge avancé du Comte, c'était cette lueur éteinte dans son regard qui la mettait mal à l'aise. Poussant un léger soupir, elle jugea bon de s'excuser pour l'acidité de son ton.

-Pardonnez mes paroles amères... Je suis inquiète, c'est tout... Glen n'avait pas apporté autant d'intérêt à quelqu'un depuis des siècles, puis elle esquissa un sourire amer. Vous devez lui avoir promis quelque chose d'impressionnant... Et si cela peut vous rassurer, il prend un malin plaisir à me laisser mariner dans l'ignorance...

Elle reprit sa marche comme si de rien n'était, s'attardant devant une maquette. Aisling déambula avec le Comte sans réellement regarder où elle allait, bien trop occupée à ruminer les menaces de son partenaire, qui lui restaient en travers de la gorge. Mais bientôt elle remarqua l'absence d'invités et l'ombre qui régnait dans l'angle de pièce où ils se trouvaient. Elle s'apprêtait alors à faire demi tour lorsque le Comte l'attrapa et la coinça contre une colonne de marbre. Elle se débattit, mais il lui intima le silence tandis qu'il parlait. Une lueur furibonde brillait dans les yeux de la jeune femme tandis qu'elle l'écoutait. Ses paroles lui firent l'effet d'une lame en plein cœur et d'un seau d'eau glacée versé sur la tête. Son aide n'avait donc fait qu'aggraver les choses ? Elle était donc incapable de lui venir en aide ? Non... Le Comte disait sûrement cela pour la faire culpabiliser... Pourtant, son ton et son regard dénotaient d'une grande franchise et d'une détermination sans faille.

-Je... Mais je n'ai cherché qu'à l'aider ! Je n'ai jamais souhaité que tout cela lui nuise ! Dit-elle d'une voix soudainement plus aiguë. Et comment comptez-vous l'aider ? Il est torturé par des cauchemars depuis des décennies ! J'ignore ce qu'il vous a dit ou montré, mais il en est qu'il vaut mieux ne pas voir... Il m'a demandé plus d'une fois de fermer son esprit à ces horribles cauchemars, je n'ai fais que chercher à soulager son esprit... Me blâmer pour une chose qu'il ignorait et moi aussi est inutile... Que poursuivez-vous, à la fin ? Quelle est cette chose qui empoisonne son esprit ?

La jeune femme serra les poings et recula autant que faire se peut, le visage du Comte si près du sien qu'elle peinait à ne pas le frôler. La colère et la peur lui rongeaient les entrailles mais son regard ne faillit pas et elle continua de le fixer sans ciller. Il avait cependant réussit à insinuer le doute dans son esprit, et un fort sentiment de culpabilité commença à s'installer. Si c'était là son but, il était atteint. Elle était redevable à Glen pour plus d'une chose, et même sans cette admiration qu'elle lui vouait, elle avait une dette envers lui. Imaginer un instant qu'elle avait pu participer involontairement à la perversion de son esprit l'insupportait : Elle se sentait bête d'avoir cédé aussi facilement sans se demander si ce qu'elle faisait était bien ou non. Tentant de garder une figure noble, elle poursuivit d'une voix froide et légèrement tremblante.

-Vous le laisser... ? Vous tenez donc à ce point à le guérir ? Qu'est ce...

Elle ne put terminer sa phrase car déjà, le Comte l'attirait à lui en la prenant par la taille. Surprise, elle se rattrapa à la veste de l'aristocrate, un frisson désagréable lui parcourant l'échine. A nouveau elle avait l'impression d'avoir affaire à une chimère, un mirage... Que cachait donc cet homme étrange ?

-Mes cheveux ? Mais que..., balbutia-t-elle, incapable de faire le moindre mouvement. Vous savez... Vous savez pourquoi ils blanchissent, n'est ce pas... ?

Il la lâcha, et elle plongea son regard dans ses iris voilés.

-Les vôtres aussi..., elle marqua un temps de pause avant de poser la question qui lui brûlait les lèvres. De quoi avez-vous peur... ?

De la peur ? Une absence ? Elle n'aurait su déterminer ce qu'elle lisait dans son regard. Mais une chose était certaine, cette danse qu'il lui offrirait plus tard dans la soirée serait une nouvelle occasion pour eux d'apprendre à s'apprivoiser. Pour l'heure, le Comte faisait volte face, sans répondre aux nombreuses questions que lui avait posé la jeune femme. Et elle n'en fut pas vexée, bien trop soulagée de se retrouver un peu seule. Prenant appui sur la colonne de marbre, elle peina un moment à retrouver un rythme cardiaque régulier. Cette première approche avait été plus difficile à soutenir qu'elle ne l'avait imaginé... Elle avait bien saisit qu'il valait mieux ne pas provoquer ou insulter le Comte, mais elle n'avait pas non plus l'intention de fermer les yeux. Elle laissait Glen à contrecœur mais n'avait guère le choix et se contenterait de le surveiller de loin à défaut de pouvoir faire quoi que ce soit d'autre.
A présent, il lui fallait retourner au bal, pour se mêler aux invités et oublier un instant son malaise.

Elle venait tout juste de regagner la salle lorsque Glen vint la rejoindre. Ignorant son malaise, il embraya tout de suite sur un jeune homme qui lui semblait suspect. La demoiselle en fut agacée et soupira avant de s'approcher du bourgeois en question. Elle aurait aimé que son farfelu marquis s'intéresse un peu plus à autre chose que sa propre personne... Pourtant, elle préférait le fuir que de devoir affronter ses questions s'il lui demandait comment s'était passée son entrevue avec le Comte. Elle servit son plus ravissant sourire au jeune russe qui l'invita alors à danser.

Lorsqu'il lui avoua qu'il était mauvais danseur, la jeune femme lui sourit à nouveau avec un air bienveillant. En vérité, son agacement ne fit que croître. Elle avait horreur d'être accompagné d'un mauvais danseur incapable de mener une valse ou pire ! Un cavalier avec deux pieds gauches !
Les premières notes de musique se firent entendre, et les danseur s'élancèrent sur la piste à la suite de Chastity et Glen. Le jeune brun qui accompagnait l'irlandaise entama alors la conversation d'une manière tout à fait mondaine.


-Oh et bien... Je pourrais vous laisser le deviner, mais j'ai bien peur que vous n'ayez quelques difficultés... Voyez-vous je suis irlandaise, mon nom vous est sûrement inconnu... Mais si vous tenez à jouer alors jouons ! Dit-elle avec un petit sourire mystérieux. Mon prénom symbolise le rêve et la vision dans ma langue natale, et on le dit également poète... Quand à mon nom, il est l'enfant de celui qui blesse et meurtrit...

Un grand sourire moqueur fendit les lèvres de la demoiselle. Elle avait l'impression d'être le nain Tracassin s'amusant à entourlouper ses victimes, condamnées à chercher sans relâche son nom sous peine de lui être redevable. Et le jeu amusait la jeune femme. Car elle se doutait bien que Sladd aurait quelques difficultés à trouver son identité. Sans connaissance du gaélique ou de la culture irlandaise, il devait être bien démuni. Pourtant, elle lui avait donné bien des indices. En Irlande, une Aisling était un poème de vision, semblable à un rêve. Quant à son nom, elle ne pouvait être plus explicite et lui avait donné l'exacte traduction anglaise.
L'innocence dont il fit presque preuve en lui demandant pourquoi elle lui accordait une danse lui arracha un petit rire qu'elle masqua en un gloussement digne de la plus ingénue des jeunes filles.


-Vous m'aviez l'air bien triste, tout seul... Voyez-vous, mon cousin aime butiner toutes les jolies fleurs que Londres peut lui offrir, mais il ne revient que rarement en arrière... Et puis après tout, ne suis-je pas libre de choisir moi même mon cavalier ? Ronronna-t-elle d'une voix à la fois douce et menaçante.

En société, elle savait briller par sa beauté sauvage et son caractère exotique, mais elle constatait que même face à des étrangers, on l'assimilait toujours à Glen, comme une ombre le suivant à la trace sans jamais trop s'éloigner. Ce qui n'était finalement pas faux. Mais pour l'heure, la jeune femme n'en était pas à défendre sa condition mais à chercher une quelconque faille dans le discours du jeune homme. Il menait la danse par quelques questions anodines, et la jeune femme décida alors de le contrer.


-Et justement, vous êtes ma foi bien mystérieux, monsieur Nordj... D'où venez-vous ? D'Ukraine ? De Russie ? Je ne saurais dire... Qu'est ce qui vous amène ici ce soir ? Vous ne m'avez pas l'air d'un lord et vous ne semblez pas non plus aussi fasciné par les inventions de Mrs Stephenson que la plupart des gens ce soir... Autre chose vous amène, je me trompe ?

Aisling servit à Sladd son plus éclatant sourire innocent. Extérieurement, elle ressemblait à une jeune fille tentant quelques déductions boiteuses mais intérieurement, c'était un cobra prêt à se jeter à sa gorge qui observait le jeune bourgeois. Quelque chose ne tournait pas rond chez lui, il était trop différent du reste de l'assemblée, et ses regard furtifs autour de lui faisait montre d'une certaine agitation. S'il avait quelque chose à cacher, elle le découvrirait. Mais le bougre savait bien se dissimuler.

-Pour vous répondre, je viens de Dublin, en Irlande !

Aisling s'apprêtait alors à renchérir avec d'autres questions, mais Sladd fit un geste maladroit qui manqua de la faire chuter. Il la rattrapa de justesse, et la jeune femme se redressa pour remettre les plis de sa robe en place et une boucle rebelle qui tentait de fuir le reste de sa chevelure. Ses yeux rubis jetèrent un regard furibond au jeune homme tandis que quelques dames gloussaient avec moquerie derrière eux. L'allusion à Glen fit une nouvelle fois tiquer la demoiselle qui n'en eut l'air que plus mécontente encore.

-Bien... Je vous laisse donc à votre solitude, monsieur... Nous nous reverrons peut-être au cours de la soirée, dit-elle avec un sourire mauvais dévoilant ses canines pointues. Je transmettrai vos... Amitiés à mon cher cousin...

Après une révérence sèche, elle tourna les talons. Décidément, elle n'aimait pas les hommes rustres et maladroits ! Elle regagna la foule en attendant la fin de la première valse, observant les danseurs du coin de l'oeil.

De son côté, Glen était parti en quête d'une cavalière, et il venait de la trouver en la personne de Chastity. Il nota une certaine déception et loin de s'en vexer, il en fut amusé. Amusé car elle venait de se heurter au refus du Comte. D'un autre côté, il n'était pas certain que se retrouver si proche l'un de l'autre était une bonne idée... Beaucoup de choses les séparaient, et si une entente était amenée à naître entre eux, elle serait sûrement bancale et incertaine.
Les premières notes s'élevèrent, et les danseurs commencèrent à tournoyer au son d'une valse romantique. La première question ne tarda pas à tomber, et Glen en sourit. Chastity était rusée et attentive, elle avait saisit que la passion pour les marionnettes du Marquis n'était pas anodine.


-A vrai dire, je suis un amateur d'art sous toutes ses formes. Là où bien des gens s'intéressent à la peinture ou à la musique en particulier, je préfère les marionnettes. Elles ont quelque chose de plus humain et irréel à la fois, si vous voyez ce que je veux dire..., répondit-il avec une pointe de malice dans la voix. Comme je vous le disais tout à l'heure, j'aime la docilité d'une marionnette autant que vous aimez les rouages bien huilés d'une de vos machines...

Cette fois, les choses étaient claires. Glen venait d'expliciter à quel point il appréciait la dévotion et la docilité, tout autant que la jeune femme aimait les choses carrées et bien établies. Leurs avis divergeaient bien trop pour qu'ils s'entendent réellement, pour qu'une certaine confiance s'établisse entre eux. Rien que leurs idéaux les opposaient, et l'irlandais n'était clairement pas disposé à changer d'avis pour les yeux beaux yeux de la demoiselle. Si elle ne semblait pas non plus être l'incarnation de la gentillesse et de la dévotion, après tout elle menait une entreprise d'une main de fer et avec autorité, elle restait une femme juste et appartenait à ceux qui prônaient l'entente entre les humains et les créatures de la nuit. Chose que Glen ne souhaitait absolument pas. Il aimait faire souffrir arbitrairement et se nourrissait de la peur, il n'avait aucune envie de participer à créer une entente cordiale avec les humains.

-Bien sûr ! Lady Hastings m'a fait part de son projet il y a quelques jours de cela, justement ! Je n'ai pu lui donner de réponse définitive, mais je serais ravi d'y participer ! J'adore endosser le costume d'un personnage et me prêter au jeu de la comédie ! Nul n'est tenu d'y être honnête, tout n'est qu'hypocrisie cordiale et bien menée, pour le plaisir de chacun ! Je trouve d'ailleurs que ce genre de pratiques sied particulièrement à notre société, vous ne croyez pas ? D'ailleurs y participerez-vous également ?

Glen n'était pas idiot. Chastity avait besoin de s'assurer qu'il ne cherchait pas à se dévoiler au grand jour. Mais l'irlandais aimait bien trop se cacher et jouer n'importe quel rôle pour courir le risque de se dévoiler. Dans l'ombre, un monstre restait bien plus effrayant que dans la lumière. A quoi bon se révéler ? Il n'aurait fait qu'attirer l'attention sur lui, ce qui n'aurait fait que le freiner.
La seconde question de Chastity le fit tiquer, et il pencha un instant la tête sur le côté avec un petit sourire.


-Ah ? Êtes-vous donc de ceux qui préfèrent l'honnêteté et le regard des autres ? En vivant caché on se préserve... Et ce quelle que soient nos intentions : Bonnes ou mauvaises... Cachez-vous et endossez le rôle qui vous sied le mieux, ainsi nul ne viendra vous le reprocher. Avouez tout et l'on vous jettera des pierres... C'est ainsi mais le monde fonctionne de cette manière...

Chastity pouvait ainsi interpréter ses paroles de deux manières. En bien ou en mal. Mais l'irlandais sous entendait clairement qu'il ne serait ni son allié le plus fidèle, ni son ennemi juré. Il n'avait pas l'intention de la vendre à la Camarilla, étant lui même l'ennemi de cette secte, mais il n'allait pas non plus l'aider à gagner leur confiance. Il n'interviendrait tout simplement pas, à moins que cela lui soit utile et bénéfique. Après tout, il connaissait trop peu la demoiselle. Mais fort heureusement pour elle, elle commençait à lui être sympathique. Elle savait user de tournures de phrases pleines de sous entendu, et maniait les mots avec justesse, c'était appréciable. En revanche, il avait toujours l'irrésistible envie de la disséquer pour voir si son métabolisme fonctionnait comme celui des autres Vampires...
Toutes les sujet et questions que l'irlandais aurait voulu aborder restèrent prisonniers de son esprit. Ces questions là étaient trop directes, trop personnelles pour qu'il les pose au milieu d'une valse, alors que des dizaines de personnalités londoniennes les entouraient. Son regard perçant et insistant du d'ailleurs le trahir. Glen restait courtois et ne posait que peu de questions, car il ne pouvait se le permettre dans l'immédiat, mais il comptait bien trouver un moment pour le faire.

Soudain, il vit la jeune femme s'agiter et froncer les sourcils. Elle semblait inquiète et bientôt, son inquiétude fut révélée au Marquis lorsqu'elle lui en fit part mentalement. A son tour, il observa les alentours à la recherche de ladite personne. Il aperçu alors un domestique que lui désignait Chastity, et qu'il lui sembla reconnaître.


*Je le vois... Il me semble que c'est lui que j'ai croisé tout à l'heure en allant me rafraîchir... A ce propos, cet homme là bas, Sladd Nordj... Il a quelque chose de très suspect, et j'ai comme l'impression qu'il n'est pas celui qu'il prétend être...*

Le regard de Glen se fit plus sombre lorsqu'il rencontra celui de Chastity, mais ils continuèrent à danser comme si rien ne s'était passé.
Puis vint la dernière question, celle que Glen attendait et qui le fit sourire. La jeune femme n'avait donc pu s'empêcher de lui demander son avis à ce sujet... Et si tel était son souhait, elle ne serait pas déçue. L'irlandais n'avait jamais mentit sur son appréciation du genre humain et quand bien même la demoiselle serait contre ses idées, elle ne pouvait pas faire grand chose contre lui en de telles circonstances.


-Ah... Ainsi donc c'est cela qui vous taraude, ma dame ? Pourquoi ne pas me l'avoir demandé plus tôt ? Aviez-vous peur... ? Dit-il avec un sourire mauvais. Je sais me cacher mais pour ces choses là... Vous le savez, n'est ce pas..., il se pencha vers l'oreille de la jeune femme, tout en menant leur valse. J'exècre les humains... Leur fierté me répugne et jamais Oh ! Grand jamais je ne serais leur allié... Je ne les tolère que pour mieux les effrayer... Mais ce n'est pas pour autant que je leur hurle mon nom à l'oreille..., puis il se redressa. Vous pouvez trouver cela... Inhumain, mais vous... Vous qui avez vécu plusieurs existences humaines... Comment les voyez-vous ?

Sa question mourut en un murmure, et son regard se fit glacial. La haine qu'il vouait aux humains était commune à bien des Vampires, mais peu d'entre eux avaient le même projet chaotique que l'Irlandais. Mais ça, il se garda bien d'en faire part à la jeune femme. Qu'il haïsse les humains soit, qu'il rêve de voir le monde brûler, c'était autre chose. D'autant que sa vision du monde en flammes était une chose assez imagée. Être le dernier être vivant sur Terre ne l'intéressait pas, ce qu'il entendait par chaos était cette terreur omniprésente et indescriptible qu'il voulait infliger aux Hommes. Ni plus, ni moins.
Bientôt, une cadence vint conclure la valse, et les partenaires se saluèrent. Chastity s'éclipsa pour partir à la recherche du valet, et l'Irlandais reprit sa déambulation parmi les invités.
Il retrouva Aisling, avec qui il s'apprêtait à s'isoler pour la questionner lorsqu'un brouhaha dans la salle d'à côté attira son attention. Non loin de la porte de la salle de bal, un peu à l'écart du reste de l'assemblée, une querelle semblait avoir lieu.


-Suis-moi..., Dit le Marquis à sa seconde.

Incapable de résister à l'envie d'aller y jeter un coup d'oeil, Glen entraina Aisling vers les belligérants. Mais avant qu'ils n'aient pu intervenir, un autre homme à la crinière noir corbeau s'était lui aussi approché. Glen reconnu la chevelure d'obsidienne et les yeux d'ambre de Sebastian, un homme qu'il avait rencontré quelques semaines plus tôt dans un salon. Un homme distant et peu bavard, avec qui il n'avait eu que peu de temps pour discuter.


-Monsieur Angelstone, quel plaisir de vous voir ici ce soir ! S'exclama Glen d'une voix enjouée en lui serrant la main. Oh ! Mais qu'avons-nous là ?

Ils étaient quatre, mais trois d'entre eux semblaient s'en prendre à un seul homme, que l'Irlandais reconnu immédiatement comme étant le Calice du Comte. Tout s'enchaîna très vite. L'odeur de chair brûlée par l'eau bénite, la gifle retentissante sur la joue pâle du jeune homme, et l'odeur du sang. La fragrance qui vint leur chatouiller les narines et attiser leur faim. A partir de cet instant, les choses allaient mal tourner. Et étrangement, Glen avait la certitude que le Calice ne serait pas celui qui s'en sortirait le plus mal... Toucher au Calice personnel d'un Vampire n'était absolument pas la stratégie à adopter pour se venger ou encore se faire bien voir...
Chastity intervint alors pour calmer les agresseurs du jeune humain, avant de l'entraîner à l'étage pour le soigner.
Alors que les Vampires dévoilaient leur visage en se tournant vers le reste de l'assistance, Glen sentit une aura lourde et pesante envahir la pièce où ils se trouvaient, et il n'eut pas à nouveau pas besoin de se tourner pour savoir le Comte n'était pas loin derrière eux. La terreur commença à se lire sur les visages des trois mutins, et l'Irlandais en reconnu alors deux sur les trois. Le plus âgé, et celui qui avait frappé Ludwig, était Seamus Arlington, un Baron anglais agressif et violent, mais aussi un Lasombras très attaché à ses traditions... Il haïssait tout le reste de la communauté vampirique, et faisait parti de ces Vampires radicaux qui voulait renverser la situation au sein de son espèce. Pour tout cela, son agressivité vis à vis du Comte n'étonnait pas beaucoup Glen. A vrai dire, il n'avait jamais beaucoup apprécié Arlington, qu'il aurait volontiers écrasé comme un insecte. Pourtant, ils se connaissaient depuis plusieurs décennies, et l'Irlandais avait souvent du composer avec cet obscur personnage.
Si son acolyte ne lui disait rien, Glen reconnu en revanche la jeune femme l'accompagnant. Une grande femme au teint pâles et aux boucles brunes, des lèvres pincées et un regard hautain, il s'agissait bien d'Eleanora Batrialdi, une italienne elle aussi rattachée aux Lasombras.
Curieuse coïncidence que de trouver ici autant de membre de son clan... Glen ne les avait pas côtoyé depuis son retour à Londres, et il devait avouer qu'il ne s'en portait pas plus mal. Après tout, moins il avait de comptes à rendre mieux il se portait. Mais ce soir, les choses seraient différentes... S'ils le reconnaissaient, des doutes pouvaient pointer le bout de leur nez à son sujet. On pourrait le prétendre alliés à ces deux idiots, ou encore le traiter de traître... Non vraiment l'Irlandais préférait encore feindre l'ignorance et passer son chemin. Il allait faire volte face lorsque le plus vieux Vampire renifla dédaigneusement en le hélant.


-Ah ! O'Sullivan ! Tu tombes bien, ton appui ne sera pas de trop dans cette affaire... L'humain a tenté de tous nous empoisonner avec de l'eau bénite ! Ce chien n'est sûrement pas aussi fidèle qu'il le prétend !

S'étend retourné, Glen serra les poings vivement. Son regard se fit glacial et sa mâchoire se crispa sous l'effet de la colère. Voilà pourquoi il détestait tant ce genre d'idiots... Leur manque de finesse et de discrétion...
Il jeta un regard à Aisling, qui hocha la tête et s'éclipsa. Il n'avait pas besoin de dire quoi que ce soit pour qu'elle le comprenne. Lentement, le Vampire se retourna, et le regard qu'il jeta à son adversaire le fit hausser les sourcils de surprise.


-Baisse d'un ton, tu veux ? Je ne suis ni ton valet ni ton ami, Arlington..., un sourire mauvais se dessina sur ses lèvres. Et dans cette histoire, certainement pas ton allié !
-Que... QUOI ? Il a tenté de nous empoisonner !
-Simple question d'appréciation... Tu ne t'en es pas prit à la bonne personne, et j'ai ma petite idée sur l'identité de notre tueur présumé...

Soudain, Arlington se sentit démuni, entouré de Vampires prêt à lui sauter à la gorge, et le regard qu'il jeta à ses alliés, pratiquement dissimulés dans l'ombre lui prouva clairement qu'il était seul, et qu'il ne pouvait compter que sur lui même pour se sortir de ce pétrin.
Sa première réaction fut donc la fuite. Sans demander son reste, le Vampire se précipita vers la sortir la plus proche. Glen pesta, car il n'en avait pas terminé avec le grand homme, mais à quoi bon lui courir après... Il n'eut pas besoin de se fatiguer car à peine Arlington avait-il atteint le couloir, qu'il se heurtait violemment à Aisling. La jeune femme singea à la perfection l'indignation, et perturba suffisamment le fugitif pour qu'il recule et se heurte cette fois à une colonne. Il tomba alors à genoux au sol, légèrement sonné.
Cette fois, Glen s'apprêtait réellement à faire volte face pour quitter la pièce, laissant le Vampire aux soins du Comte qui n'allait probablement pas tarder à lui tomber dessus. Mais en se relevant, Arlington hurla à son attention.


-O'Sullivan sale traître ! Tu paieras pour cet affront ! Et ta catin aussi ! Quelqu'un d'autre se chargera d'égorger ce chien d'humain! Tu trahis ton propre clan ! A moins que tu ne joues un double jeu, hin ?

Il ricana, conscient de l'embarras dans lequel il mettait l'Irlandais. Celui-ci ferma les yeux, poussa un profond soupir, et s'approcha du fugitif pour se pencher vers son oreille.

-Vas-y... Vocifère donc, Arlington... Ce soir ce n'est pas moi qui finirai entre quatre planches... Et d'après toi, qui de nous sera un traître au final ?

Leur échange aurait pu se poursuivre, mais Chastity redescendait les escaliers avec Ludwig. Glen se tourna vers yeux. Le Calice était méconnaissable. Il semblait habité d'une froide colère, et une aura de tueur émanait de toute sa personne. Sur la peau pâle de son visage se dessinait une longue balafre encore rougie par le sang, et il toisait l'assistance avec un mélange de dédain et de haine. Il n'était clairement pas ravi de cette situation, ce qui était compréhensible. Un Calice avait un statut privilégié auprès de son maître, mais il avait aussi une situation délicate vis à vis des autres Vampires... Il en avait fait les frais ce soir. Chastity semblait elle aussi contrariée, et une petite troupe commençait à s'amasser aux portes de la salle de bal. Bien vite les choses allaient s'envenimer.
Lorsque la maîtresse de maison fut à leur niveau, Glen s'approcha d'elle et se pencha pour chuchoter d'un ton sec et nerveux.


-Si vous tenez tant que cela à votre Mascarade, je vous conseille vivement de disperser les curieux... Tout ceci est en train d'éveiller les soupçons, et je ne donne pas cher de notre couverture à tous si des individus comme celui-ci, il désigna Arlington d'un signe de tête, continuent de fanfaronner ici...

Sans ajouter un mot, l'Irlandais quitta la la pièce d'un pas rapide, sans accorder un regard aux autres Vampires présents. A vrai dire, il n'avait guère envie de rendre des comptes. Il préféra jouer le rôle du crieur public, et se joignit aux invités un peu trop curieux qui venaient aux nouvelles.

-Allons mes amis ! Laissons ces gentlemens entre eux et abandonnons nous à la fête ! Mrs, votre robe est sublime !

La femme à qui il s'adressait reporta immédiatement son attention sur le flatteur, et entraîna son époux un peu plus loin. Glen les ramena tous vers la salle de bal, où il se perdit à son tour dans la foule, loin de l'agitation.
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42] Dim 5 Mai - 18:56

Le Comte était fier de son Calice. Son retour dans la société sonnait ce soir à la fois comme une réconciliation entre le monde moderne et ses anciennes méthodes, et comme une nouvelle provocation dans le Monde de la Nuit. La multiplication des Hunters et la mort de plusieurs Vampires, telle qu'Adhéna Lisbutig, nécessitaient une réaction des plus fortes. La Camarilla et le Sabbat allaient devoir faire des concessions et, au milieu de tout ce beau monde d'hypocrites dégénérés, le Comte devait retrouver sa place en la figure du Prince de Londres. C'était son domaine, ce nid de chauves-souris effrayées, certainement le plus conséquent qu'il puisse y avoir sur cette planète, et il se devait d'y ré-instaurer l'ordre et la paix. Son Calice allait lui servir de liant entre les différentes institutions. Sa qualité de noble déchu, presque un adopté du lord aux yeux de tous, allait lui permettre d'agir où il ne le pouvait pas, c'est à dire en plein jour, dans les institutions parlementaires où il servirait de messager et d'entrepreneur non seulement auprès des dames et des seigneurs Humains aux yeux desquels il était introduit ce soir avec élégance mais également auprès de ses confrères les plus retirés et récalcitrants. Aucun ne pourrait plus le fuir, tous auraient un rôle au sein de son immense échiquier. Pour l'heure, le Comte était revenu d'une partie bâclée, à peine commencée, renversée par mégarde et il remettait lentement en place ses pions favoris. Il était bientôt temps de relancer le jeu. Ludwig lui servait de second Cavalier. Un rôle qui lui seyait tout à fait ce soir, puisqu'il salua Chastity avec toute la distinction requise pour ce genre de réception. Lui qui n'était jamais sorti de son manoir, prisonnier d'une cage dorée aux reflets de feu, se comportait-là comme un gentleman confirmé, à la fois éduqué, empli d'élégance et de courtoisie. Il était parfait.

Cependant, sa remarque au sujet de Glen lorsqu'ils s'étaient rendus avec Chastity et Aisling à la première maquette de l'exposition, l'avait fait quelque peu tiquer.
"En le voyant de près, je vois pourquoi il vous attire. Il semble attrayant dans bien des domaines." Cela avait sonné aux oreilles du Comte comme une impertinence. Que Glen soit attirant, de part son physique avantageux ou ses expressions si obscures, empruntes de mystère et de fascinantes expressions, était une chose, l'expliciter en était une autre. Jirômaru jeta donc un regard froid à Ludwig pour lui intimer le silence. Il était hors de question que Glen n'entende ce genre de chose sortir de la bouche de son Calice! Cela était non seulement déplacé mais en plus de tels propos pouvaient devenir lourds de conséquences chez les Vampires. Marquer sa propre attirance, en creux dans ses paroles, était une maladresse des plus délicates à gérer. Heureusement, Glen ne sembla pas l'avoir entendu, ou du moins compris. Ludwig avait en effet utilisé sa langue natale, l'allemand, et, certainement par miracle, Glen ne semblait pas maîtriser cette langue. Le Comte nota cependant plusieurs regards dans leur direction: parler une autre langue à cet instant précis relevait de l'impolitesse pure et dure, tous manifestèrent leur mépris face à cette utilisation inconvenante.

* Prends garde, Ludwig, fit le Comte en pénétrant dans son esprit l'espace d'une seconde, je doute que ceci soit du goût de mes confrères. *

Cette mise en garde visait plus à conserver la bonne entente entre tous qu'à blâmer son Calice. En soit, c'était lui-même qui l'avait autorisé à parler en allemand. Seulement, en lui accordant ce privilège, il avait négligé la possibilité que le jeune Humain puisse s'exprimer de la sorte au mauvais moment. Il manquait de tact, c'était décevant.

La maquette vint sauver la mise et faire oublier à tous ce léger désagrément. Le Comte en profita pour donner son opinion tout à fait positive quant aux projets de la compagnie Stephenson et complimenta donc Chastity avec tout le soin que prendrait n'importe quel entrepreneur prêt à faire des affaires avec l'héritière dont elle incarnait le rôle. Pendant qu'il s'animait avec emphase, Ludwig dû supporter patiemment quelques désagréments dû à une paire de mains baladeuses. Son maître ne le remarqua pas le moins du monde, non pas parce qu'il n'était plus attentifs à ce qui l'entourait en dehors de Chastity et de la maquette, mais bien parce qu'il avait abandonné la surveillance spirituelle qu'il avait prévu d'exercer sur son Calice pour la soirée. Finalement, les barrières mentales qu'il lui avait érigées étaient parfaites à ses yeux, nul ne pouvait pénétrer son esprit sans son autorisation et pour le reste...tout cela n'était que mondanités, société et question de tact, c'était à Ludwig de gérer son comportement et son environnement. Le Comte ne pouvait pas tout voir, encore moins accepter de tout sentir.

Enfin, Chastity les laissa pour continuer à saluer les invités. Le lord en profita pour lancer quelques sarcasmes au sujet de la demoiselle en prenant pour complice son amant. Cependant, le ton sur le quel ce dernier lui répondit pénétra son aura d'une pointe de doute. Un « singe »? Quel était ce regard fuyant? Glen ne cautionnait-il donc pas la présence de Chastity dans leurs rangs? En soit le Comte ne pouvait pas l'en blâmer: lui-même attendait-il d'être certain de l'utilité de la jeune femme pour accepter que sa vie suive son cours. Il n'allait certainement pas la laisser monter dans la société et se créer son petit empire s'il s'avérait que sa condition particulière ne puisse servir d'arme à quiconque. Elle était le lien entre l'espèce humaine et la leur, c'était un chaînon à la fois essentiel et dangereusement compromettant. Il fallait peser le pour et le contre. Cela faisait longtemps qu'elle était surveillée par la communauté vampirique et les grands pontes de la Camarilla avaient tenu sa présence quasiment secrète jusqu'à aujourd'hui, il ne s'agissait pas de la laisser sortir de sa cage pour qu'elle ne menace leur communauté toute entière. Si sa constitution pouvait permettre aux Humains de réitérer l'expérience dont elle étai issue avec le sang vampirique, il fallait qu'elle périsse. Tout ceci était en plein jugement chez le Comte et Glen avait une réelle raison de se méfier.
Préférant donc oublier cette réplique, Jirômaru laissa le marquis de Downshire s'éloigner sans lui répondre. Exiger de lui quelques précisions, maintenant, en plein début de soirée, n'était pas des plus convenables. Il était inutile de risquer de créer de futiles tensions entre-eux.

Face à Aisling, le Comte fit signe à son Calice de les laisser seuls. Il pu ainsi faire un peu plus ample connaissance avec la seconde de son amant. C'était une femme magnifique, une véritable lady, élégante, pleine de charme et terriblement attirante en tant que Vampire. Glen avait trouvé-là une compagne des plus intéressantes. Cependant, son air de défiance et ses cheveux blancs en faisaient également une créature dangereuse et animée de passions qu'il devinait tout aussi violentes que les siennes. Aisling était une torturée, une femme esseulée malgré la présence de Glen à ses côtés. Elle cachait des horreurs et un soucis trop grand pour elle, tout la dépassait, particulièrement la position de son bel Irlandais que le Comte commençait à lui enlever. Jalousie maladive, cruelle méfiance, peur intime, tout se mêlait. Leur marche fut pleine de menaces et Jirômaru se sentit rapidement l'envie de la brutaliser.

Seulement, il respectait Glen, pour le moment, et cette femme avait certainement beaucoup de choses à lui apporter. Il était donc important de jouer avec les mots et de préférer le dialogue à la violence. Il aurait d'autres occasions de discuter avec elle, pour le moment il devait se contenter de lui expliquer clairement que Glen lui appartenait corps et âme, que leur alliance venait d'être signée qu'elle le veuille ou non, qu'ils avaient dépassé certaines limites que la décence ne pouvait plus contenir et que ses petites interventions mentales n'avaient eu sur lui qu'un effet tampon plus dévastateur et dangereux qu'autre chose. Au fond, le Comte ne doutait pas que la jeune femme n'aie réellement tenté d'aider son ami. Aisling paraissait non seulement sincère mais en plus tenace et volontaire. Elle soutenait son regard, quoiqu'elle paraissait gênée par ce dernier, et elle lui répondait avec fermeté bien qu'elle commençait clairement à paniquer. Oui il la "menaçait", oui il avait un "contrat" avec Glen. Il fallait qu'elle l'intègre pour son salut et le sien propre. La jeune femme semblait préoccupée par les plans de son aîné, qui ne l'eut pas été à sa place? A ses yeux, il détenait son amant et pouvait aussi bien le manipuler pour en faire de la chair à pâté derrière, rien ne pouvait lui garantir la magnanimité du Comte. Elle avait raison de craindre quelques fourberies, en soit ils ne se connaissaient pas.


"Ce n'est ni votre renommée ni votre puissance qui m'effraie..." Le Comte sourit. Qu'était-ce donc dans ce cas? La perte de Glen? S'en était presque trop beau pour qu'il ne s'apprête pas à verser une larme! Quelle prévenance naïve! Si ce n'était ni ce que l'on disait de lui, ni son rang, ni sa puissance qu'elle redoutait, que pouvait-ce bien être? La mort ne l'effrayait donc pas, la débauche non plus, ni la torture, ni l'infâme déchéance sociale qu'il pouvait lui faire subir...Qu'était-ce donc qui l'effrayait? Son influence? Sa capacité à manipuler? Tout ramenait inévitablement à Glen.

La belle s'excusa pour son ton, baissa un peu les yeux et continua la marche en soupirant que Glen la laissait de toute façon dans une ignorance bien ironique. Le Comte ne souriait plus. Il gardait cet air noble et mondain que l'on associe aisément aux gentlemen assurés de leur prestance, mais aucune autre marque de pouvait laisser deviner son mouvement prochain. Lorsqu'il eut enfin coincé Aisling dans un coin de la salle pour mieux la menacer et lui expliquer ce qu'il comptait faire, c'est à dire aider Glen à sa manière, sans qu'elle n'interfère dans ses manœuvres, la belle sembla à la fois muette de colère et haletante d'incompréhension. Elle ne savait pas ce qu'il se tramait entre son amant et le lord, elle ne comprenait pas totalement la nature de leur relation, elle s'effrayait de ce qui pouvait arriver au rouquin et de ce qui lui « empoisonnait » l'esprit. C'était une femme forte que le Comte serrait maintenant contre lui, forte mais en même temps prête à se briser comme le verre qui rebondit sur le sol avant de finalement éclater en milliers d'éclats lumineux et tranchants. Glen la faisait tourner en rond, c'était maintenant évident, et la pauvre jeune femme ne savait plus où donner de la tête d'autant que le Comte exerçait maintenant sur elle une cruelle étreinte.

Il l'abandonna enfin à ses questions, préférant lui laisser le temps de réfléchir et de se remettre de ses émotions. Sa dernière interrogation lui avait d'ailleurs fait serrer les poings et il valait mieux arrêter-là un dialogue qui allait finir par l'énerver réellement. Les cheveux blancs...oui...Il savait ce qu'il y avait derrière cette anomalie physique...elle pouvait avoir diverses sources et différentes finalités...De son côté, il avait accumulé les deux pires extrémités: la douleur folle qui mène aux regrets éternels, et la dégénérescence programmée. Aisling venait tout simplement de renvoyer le Comte à la fois à son lugubre passé et à son avenir funeste. Ils auraient une conversation houleuse à ce sujet, plus tard, il lui ferait payer cette impertinence par la vérité la plus franche qui était certainement la plus laide dans sa nudité...

Le Comte se perdit rapidement dans la foule et retrouva Chastity par hasard après quelques salutations avec des connaissances de la haute société. Leur échange fut bref et dérangeant. En effet, au milieu des compliments, le Comte fut obligé de décliner une invitation des plus loufoques, du moins à ses yeux: celle d'ouvrir le bal en sa compagnie. Sa condition d'acteur et sa place dans la société et le Monde Obscur ne lui permettaient pas pareil loisir. Heureusement Glen arriva à ce moment-là, tel un deux ex machina calculé d'avance. Jirômaru en profita pour jeter la belle dans les bras de son amant avec un regard amusé avant de s'éloigner avec Ludwig qui venait de réapparaître à point nommé. La belle avait accepté de le noter dans son carnet pour une danse tardive, cela fit sourire le lord.

Son Calice rit avec lui de la proposition de leur hôte en soulignant son intelligence. Oui...Chastity savait parfaitement que le Comte était pour elle un atout de force dans la Société des Ténèbres et même dans le domaine des Humains mais ses méthodes d'approches étaient bien maladroite, cela était amusant. L'Allemand enchaina sur leurs « charmes respectifs ». Malgré lui, le Comte ne pu s'empêcher de trouver à nouveau son Calice déplacé. Qu'imaginait-il? Que Chastity allait le convier à rejoindre sa couche au même titre que son maître? C'était décidément se mettre à son échelle et cela lui déplaisait fortement. Et puis, cette utilisation de la première personne du singulier qui apparu aussitôt après celle de la première au pluriel vint confirmer ce nouveau statut dont se targuait maintenant le jeune homme...Il se souciait de l'intérêt qu'elle lui portait. Cela voulait tout dire...Ludwig était bien prétentieux...


- Chastity pourrait bien chercher à te manipuler pour ton "charme" afin de m'atteindre, Ludwig, méfie-toi d'elle comme de la peste. D'ailleurs, je ne saurais que trop te conseiller d'éviter de m'irriter quant à ta place dans cette soirée...

Sa voix, grave comme le tonnerre, douce comme le vent, gronda à l'instar d'un orage des brûlants soirs d'été. Il ne répondit pas à la question de son Calice concernant l'éventualité que Chastity puisse « dévoiler » ses intérêts à l'un ou l'autre, cela était inutile: Ludwig aurait d'ores et déjà compris que ce sujet n'était pas à étaler maintenant et que de toute manière la Vampire aurait plutôt intérêt à dissimuler ses éventuelles idées érotiques, surtout avec son Calice. Et s'il était question de sang, sa tête ambrée trônerait dans un bocal avant la fin de la nuit...Ludwig semblait prendre son rôle avec zèle mais également avec une pointe d'orgueil qui révélait aujourd'hui à son maître combien il pouvait dévier de ses plans. L'idée même que son Calice puisse séduire leur hôte au-delà de ce qu'il avait prévu le débectait

Laissant de côté ce conflit dont il aurait à reparler plus tard, Jirômaru demanda au jeune Allemand s'il avait entendu d'intéressantes choses de la bouche des convives. Ludwig sembla se refermer sur lui-même. Sans doute les derniers mots de son maître l'avaient-ils perturbés mais c'était également une autre cause qui le tracassait. Le Comte attendit son rapport d'un air interrogateur. Enfin, il apprit que l'intégration de son Calice se faisait à merveille dans la société, que si les Humains saluaient son courage de revenir blessé sur la scène publique, si peu de temps après l'attentat du théâtre, les Vampires quant à eux étaient partagés entre la franche haine, la jalousie et l'admiration. En soit, ces éléments n'étaient guère nouveaux pour lui. Il avait toujours été dans un entre-deux qu'il trouvait des plus logiques.
Une ombre passa alors sur le visage de son Calice. Que s'était-il donc passé? L'Allemand semblait perturbé par autre chose. Finalement, le lord apprit que son Calice avait été insulté par quelques présentions obscènes qu'avait porté sur lui un Vampire désireux de l'obtenir dans son cercle pour en faire un jouet à la fois au sein de sa couche et de son domaine. Le Comte leva un sourcil et sourit bientôt d'un air sadique. Ludwig était-là également pour cela: déterminer où étaient ses alliés, où étaient ses ennemis et quels étaient les imbéciles...Il venait de dégotter l'un de ces derniers. Un "noble disgracieux au crâne dégarni" ?


- Je saurai m'en souvenir. Fit-il en posant une main sur une épaule de son Calice tout en le fixant de ses yeux de brume. Du moment que tu rejettes ces crétins avec distinction, tu ne seras pas inquiété outre mesure. J'irai rendre visite à cet impertinent. Tu sais comme j'aime donner mon opinion...

Jirômaru gratifia Ludwig d'un sourire paternel.

- Tu n'es la "putain" de personne...

Sur ces mots, le lord laissa son serviteur s'échapper pour retourner à la soirée. Tandis que ce dernier rejoignait les invités et commençait à s'inquiéter d'un domestique étrange, le Comte entrait en conflit avec Sébastian Angelstone.
Le vicomte le salua d'abord avec élégance et distinction alors que son aîné, sans l'avoir réellement salué, lançait déjà quelques offensives contre lui au sujet de son absence regrettable au théâtre. Calme et polis, le Vampire répondit à ses sarcasmes menaçants par quelques débuts d'excuses. Le Comte le dévisagea avec colère et s'apprêta à l'écraser d'un regard tandis qu'il traînait en longueur. Enfin, Angelstone mit en avant le fait que la mort d'Adhéna Lisbutig, membre très actif du Sabbat, avait jeté le chaos entre les membres de la Camarilla et ceux de sa secte d'origine. Le Comte fut tenté de lui répondre qu'il n'en avait rien à faire et que si les pontes des deux sectes n'étaient pas capables de se lever de leurs sièges pour l'aider à traquer les Hunters il ne fallait pas qu'ils se plaignent. Cependant, il réussit à se contenir afin de sauver la Mascarade et sa figure de sage, quoiqu'un peu violent, auprès des consœurs et confrères qui les écoutaient maintenant avec attention. Angelstone lui expliqua donc qu'il avait dû faire face à ces conflits internes, ce qui l'avait malheureusement empêché de se rendre au théâtre. Excuse fallacieuse mais cependant crédible. Le Comte allait lui laisser une nouvelle chance. La question des Hunters revint ainsi sur le tapis.


- Eh bien il était temps que ces vieux gâteux s'occupent un peu de ce qui sème réellement le chaos dans le Monde Obscure! S'exclama-t-il avec rage avant de baisser quelque peu de ton. Me courir après pour vérifier que mes actes coïncidaient avec leurs visions dépassées était une perte de temps phénoménale qui aurait bien pu me conduire à les étriper. Ces imbéciles ont enfin compris que la question des Hunters était devenue une des plus importantes à traiter. Cela fait des mois que je leur montre le chemin, il était temps qu'ils réagissent! Il leur aura fallu un meurtre des plus violents et un attentat sur ma propre personne pour qu'ils croient enfin mes soupçons fondés. Lorsque je leur ai suggéré que les Hunters n'étaient plus solitaires mais bien en meutes comme dans l'ancien temps, ils n'ont même pas levé le petit doigt. Moi seul ai-je commencé à remuer le couteau dans la plaie de ce côté-là...

Le Comte tenta d'éliminer de son propre esprit l'image d'Alexender, Raphaël et Sarah qui siégeaient désormais en maître devant ses yeux. Ces salopards ne perdaient rien pour attendre. Maintenant, ils avaient non seulement le Scotland Yard et ses disciples sur le dos mais en plus des envoyés des deux sectes. Ils finiraient bientôt au bout d'une pique au milieu de la crypte qui servait de salon à ses disciples sous l'opéra...Il y avait aussi cette jeune femme, l'orpheline Grey, et quelques figures échappées de l'attentat comme ce fameux Stan dont n'arrêtait plus de parler Marco. Wynn Leichenhalle était sur l'affaire lui aussi, Fiora devait également rager de son côté. Les Hunters n'avaient plus aucune chance. D'ailleurs, s'ils étaient encore en vie, ce n'était que par son bon vouloir.

- Du moment qu'ils ne touchent pas à Sarah Spencer, continua le Comte en parlant des membres des deux sectes, ils peuvent ériger des bûchers dans tous les sous sol de Londres s'ils le désirent. La guerre est ouverte, tous les moyens sont bons pour les arrêter. La Mascarade doit être conservée, évidemment, pour le bien de tous, et je pense que le Sabbat lui-même en est conscient pour cette opération, cependant j'ose espérer que les débordements seront rapidement calmés, car il y aura des débordements, c'est inévitable avec ces idiots finis...

Par la suite, Sébastian s'excusa pour la pièce de théâtre. Il semblait sincère mais en même temps cela irrita le Comte d'autant plus qu'il eut le sentiment clair que le vicomte regrettait la pièce seulement pour son art et non pas pour l'aide qu'il aurait pu éventuellement lui apporter. Se moquait-il donc de lui? Certes il semblait apprécier son art, c'était flatteur et le Comte ne pouvait nier qu'il prenait ce genre de réplique avec joie, mais Sébastian semblait également toujours aussi détaché de son autorité et d'une véritable union de leurs forces. C'était un allié indépendant, bien trop indépendant. Quelle était donc son utilité? Le Comte n'avait aucune confiance en lui. Sébastian semblait agir uniquement en suivant ses propres envies et non pas une quelconque idée qu'il aurait dû se faire de la loyauté. C'était terriblement irritant pour un être aussi calculateur et droit que le maître des Ombres. Un élément aussi insaisissable ne pouvait être qu'un danger pour ses projets. Angelstone avait une dernière chance de lui prouver qu'il avait une utilité sincère dans ses entreprises...Au-delà, le Comte s'en désintéresserait et le ferait étroitement surveiller.

- Bien...Je vous crois, finit-il par souffler au vicomte d'un air franchement agacé. Mais il est une notion que je ne saurai que trop vous conseiller de respecter avec moi, elle s'appelle la loyauté. Le Sabbat et la Camarilla peuvent s'étriper joyeusement dans l'ombre, je m'en réjouirais plutôt que d'en pleurer. Les Indépendants, dont je suis le patriarche référent, ne peuvent pas toujours jouer le rôle d'intermédiaires ou d'arbitres entre eux, de même qu'ils ne peuvent pas toujours servir de messagers pour ces séniles...

Le regard du Comte se fit plus sombre. La référence était claire: à ses yeux, Angelstone était un indépendant qui jouait avec le feu et qui risquait bien de se brûler les ailes à force de jouer le coursier entre les sectes. Il était temps qu'il choisisse son camp et qu'il cesse de s'éparpiller. Que pouvait bien faire le Comte d'un individu aussi instable? Rien du tout. S'il voulait continuer à faire partie de ses combines pour anéantir les Hunters et gagner une liberté absolue, il allait bientôt devoir éclaircir sa position au sein de la communauté vampirique.
Fiora Hagane fut alors soudainement le nouveau sujet de la conversation. Le Comte tiqua en levant les yeux au ciel. Angelstone touchait-là à un autre problème des plus graves: la trahison vampirique.


- Cette mijaurée est insupportable. Répondit-il en grognant d'un air sévère. J'en fais mon affaire, inutile de me donner des conseils. Vous devriez d'ailleurs fortement éviter de vous en mêler Angelstone...

Pendant ce temps, Ludwig renversait une fiole d'eau bénite qu'il avait réussi à prendre en main et entrait en conflit avec trois Vampires. Angelstone tendit la main vers des coupes de champagne alors que le Comte continuait ses menaces:

- Coriolan sera rejouée, soyez-en sûr. J'ose espérer que je pourrai compter sur vous cette fois-ci . Il est temps de...

Le Comte s'interrompit en voyant le visage d'Angelstone se décomposer tandis qu'il enlevait sa main de la coupe qu'il venait de renverser. Sur le moment il cru que le Vampire avait simplement fait un faux mouvement et qu'il avait tenté d'éviter le liquide pour sauver sa tenue tirée à quatre épingles, mais l'odeur atroce de la chair brûlée, pourtant infime en cet instant, alerta aussitôt son ainé qui eut pour réflexe de regarder autour de lui en jetant un regard circulaire. Les Vampires qui les entouraient reculèrent d'un même pas, en silence. Angelstone confirma bien vite que c'était de l'eau bénite qui était dans les verres. Le Comte sentit une indicible rage monter en lui. Des Hunters étaient donc dans la salle? Ils allaient périr dans d'atroces souffrances cette fois-ci...Il ne comptait pas les laisser gâcher une aussi belle soirée!
Angeltone s'éclipsa pendant que le Comte faisait un signe aux Vampires prêts de lui pour qu'ils s'écartent et reprennent la fête. Tous étaient désormais prévenus. Une vague de murmures envahit la salle de bal, les conversations s'agitèrent, certaines se stoppèrent: tous les Vampires présents sur les lieux avaient ressenti l'alerte lancée par leur aîné et surtout l'aura de ce dernier gonflée par la plus terrible des colères. Le mot "Hunter" traversa la salle entière ainsi que celui "d'attentat". Nombreux furent ceux qui songèrent que c'était à nouveau le Comte lui-même qui avait été visé par l'eau bénite. Les verres qui servaient de simples ornements dans les mains furent tous reposés et Jirômaru se vit entouré de quelques Vampires inquiets et zélés.


- Monseigneur, que devons-nous faire? Vous devriez sortir!

- Faut-il interrompre le bal?

- Que ce passe-t-il?

- Vous ne les avez donc pas encore tués?! Traquons-les!

- C'est terrible! Il faut évacuer!

- Heureusement que vous n'avez pas bu!

Mais l'aura du Comte et son air farouche laissèrent ces questions multiples s'étouffer dans leur propre gorge et tous reculèrent bientôt pour le laisser passer. Les langues les plus venimeuses s'étaient éloignées pour cracher leur joie et leur fureur. Jirômaru entendait désormais tout. Son aura s'était étendue pour traquer les Hunters supposés et saisir les moindres fluctuations d'aura.

Soudain, Sir Barry, l'architecte qui avait œuvré pour la rénovation du théâtre et qui avait rendu visite au Comte quelques jours plus tôt pour s'inquiéter de sa convalescence, se retrouva devant lui. C'était un élément totalement inattendu d'autant que le lord lui-même ignorait que ce fier ami était présent à la soirée.


- Monsieur le Comte que se passe-t-il? Il y a une étrange ambiance tout à coup! Je n'ai pas osé vous aborder avant mais y a t-il un donc un mort? Pourquoi tout ces murmures?

Le Comte, à la fois perplexe et profondément agacé de l'ignorance des Humains et de la nécessité de jouer la Mascarade, sourit difficilement à l'architecte avant de lui mentir en prenant un air détaché:

- Oh ce n'est rien, sans doute, l'indigestion d'un gentleman qui aura eu les yeux plus gros que le ventre ou un homme ivre devant la porte...

Mais une odeur vint alors piquer le nez du lord. L'odeur du sang. Ce n'était pas là l'odeur de n'importe quel sang: c'était la fragrance associée à celui de son Calice! Le Comte serra les poings et sortit les crocs. Les Vampires les plus proches de lui baissèrent la tête et se sentirent écrasés par son aura qui avait maintenant atteint une puissance phénoménale. A vrai dire, il l'avait presque entièrement libérée. Sir Barry l'observa d'un oeil inquiet et le laissa passer en se demandant ce qui avait bien pu modifier le visage du lord d'une façon aussi surprenante en l'espace de quelques secondes.
D'un pas résolu, oubliant de boiter, le Comte avança dans la foule, écartant avec une galanterie toute mesurée les Humains qui ne ressentaient pas son aura comme ses confrères. Il agissait comme un gentleman, bien que son visage était déformé par la haine la plus vive. Jirômaru arriva ainsi sur les lieux du crime, car cela était bien un crime, avec l'allure d'un lévrier impeccable mais le regard d'un lion déchainé. Angesltone était déjà sur place, Glen était plus loin face à un Vampire à genoux, Chastity était avec deux autres de ses semblables, Ludwig était figé dans une expression de rage froide et contenue: une balafre teintait sa joue de sang. A cette vue, le Comte écarquilla les yeux de colère. Chastity se tourna alors vers lui pour s'excuser de la tournure des évènements et pour lui demander la permission d'emmener son Calice afin de soigner sa joue. Le Comte peina à garder son calme. Les deux Vampires que venait de laisser Chastity étaient presque à genoux bien qu'ils ne pouvaient se le permettre pour conserver leur rôle d'aristocrates au sein de la communauté humaine.


- Oui, merci, fit le Comte les dents serrées en jetant un regard mauvais à Ludwig, je vous le confie.

Les chuchotements et l'éloignement de Glen indiquèrent immédiatement au Comte ce qui s'était réellement passé. L'eau bénite, la maladresse de Ludwig, l'attitude détestable du baron d'Arlington...tout cela fut rapidement très clair dans son esprit. Il jeta un regard écrasant à la dénommée Eleanora Batrialdi et à son acolyte qui s'avérait être Edward Carlson. Tous deux étaient des membres du clan des Lassombras, opposé au sien, des disciples du Sabbat et donc de parfaits sujet de haine à ses yeux. Ils plièrent aussitôt. Eleanora chancela et sombra dans un inconscient dont elle ne devait ressortir que deux jours plus tard. Edward tenta de la rattraper mais il se sentit obligé de la laisser tomber dans les bras d'autres gentlemen qui venaient d'arriver et qui supposaient que la jeune femme se pâmait à cause de la tension générale et de la chaleur. Le Vampire mit genoux à terre et commença à pleurer. Les Vampires savaient que c'était l'aura et sûrement l'esprit de leur ainé qui était à l'origine de ces réactions pathétiques, les Humains, eux, pensaient que c'était l'ambiance et la honte qui les avaient perturbés.

Le Comte écarta la foule pour croiser Glen qui revenait de la colonne où il avait laissé le dénommé Seamus Arlington, l'initiateur du drame qui allait suivre. En arrivant à sa hauteur, sans s'arrêter une seconde, le Comte lui souffla quelques mots:


- Merci, si tu pouvais veiller sur mon Calice le temps que je rende à l'Ombre un partisan...

La fermeté avec laquelle le Comte se rendit devant le baron pour le toiser de haut fit mugir toute la salle. Un conflit physique semblait inévitable. Quelques femmes murmuraient leur étonnement et leurs craintes en agitant frénétiquement leurs éventails. C'était à la fois un spectacle et un sujet de peur pour elles.
Le lord trouva Arlington dans un état presque second. Il venait de chuter et d'entendre murmurer à ses oreilles un nouvel arrêt de mort. Les prémisses que lui avait offert le Calice en lui crachant au visage des menaces plus intenses les unes que les autres et les paroles que venait de lui souffler Glen d'un air à la fois sournois et terriblement glacial prenaient maintenant toute leur dimension. Le Comte le regardait d'un air meurtrier à travers ses pupilles grises. Il avait l'aspect d'un fantôme du passé revenu pour tourmenter les vivants. Sa vie touchait à sa fin, c'était évident.


- Pi...pi...pitié...! Je...ne vou...vou..voulais pas! …

La terreur se lisait dans ses yeux. Lui qui avait été si arrogant et si tenace face à Ludwig avait finalement fléchi. Son erreur et son orgueil lui revenaient désormais comme un cauchemar dont il avait peint lui-même les détails les plus affreux. Il regrettait amèrement son geste et ses paroles.
Le Comte fit rapidement le lien avec la chevalière que portait l'homme avec la blessure de son Calice, l'odeur était là, la teinte rouge l'accompagnait. Jamais, depuis qu'il avait été vampirisé, un tel affront ne lui avait été fait par l'un de ses semblables, surtout en public.


- Debout. Fit-il d'un ton ferme et glacial.

- ...Je...Pi...pitié!

Le Comte faillit le tuer, là, tout de suite, maintenant, en plantant ses crocs dans sa gorge ou en lui attrapant la tête pour en faire de la charpie. Mais il avait un rôle à jouer et bien des Humains étaient alors présents autour de lui. C'était son retour sur la scène publique, il devait soigner son image.
Lentement, alors que le Vampire le priait en tremblant, il enleva un de ses gants blancs.


- Debout! Répéta-t-il avec rage.

Le Vampire se releva lentement. Il ne semblait plus tenir sur ses jambes. A peine eut-il redressé sa carcasse qu'un grand claquement retentit dans la salle. Le Comte venait de le frapper de son gant au visage, giflant du tissu sa joue moite de terreur. Le baron resta muet, une main sur la joue douloureuse, tout en trébuchant contre la colonne qui était toujours derrière lui.


- Monsieur le baron d'Arlington, je vous provoque en duel, ici et maintenant, pour exiger de vous réparation de l'affront qui a été fait en votre personne sur Monsieur Zwitter Ludwig qui se trouve être mon protégé. Prenez une arme et défendez-vous.

Un long tintement, clair et brillant, suivit les paroles du Comte à mesure qu'il sortait de son étui la lame de sa canne-épée. L'assemblée murmura et s'écria, surprise et choquée par cette scène inattendue. Jamais encore le lord n'avait provoqué en duel un gentleman, ou du moins en public. Ce soir, alors qu'il était blessé au genoux et qu'il revenait d'un attentat, il sortait sa lame pour défendre l'honneur d'un jeune homme. Pour son retour, c'était fort.

Un homme s'approcha du baron pour lui tendre sa propre canne-épée. Le Vampire lui jeta un regard empli de détresse et, sans prendre l'étui avec, il dégaina la lame qu'on lui proposait ainsi. Tremblant, il lança un regard de supplication au Comte qui se mettait déjà en position d'escrime.


- J'exige que ce duel soit à outrance. Fit-il en levant la tête d'un air hautain.

L'assemblée s'agita. Il n'y avait pas d'arbitre et le duel à outrance était un duel à mort. La situation était des plus graves. Certains Vampires jouissaient secrètement de cette dernière: le spectacle allait en valoir la peine! D'autres maugréaient dans leur coin, haïssant toujours plus un aîné qui se permettait de tels scandales sans jamais déroger aux règles de la Mascarade. Beaucoup de ses semblables murmurèrent au sujet de cette exigence: allait-il réellement tuer l'un des leurs? Ce crime impardonnable l'était même pour lui et, si son statut lui autorisait dans des circonstances extrêmes d'éliminer les siens, beaucoup ne considéraient pas l'affront du baron comme une excuse suffisante pour l'anéantir complètement. Un grondement de contestation commença à s'élever parmi les créatures de la nuit.

Pendant ce temps, Chastity et Ludwig revenaient de leur petit entretien médical et Glen les rejoignait pour glisser à la belle quelques recommandations tout à fait pertinentes avant de tenter d'écarter un maximum de curieux. Il réussissait plutôt bien cette entreprise lorsque soudain, un grand éclat de voix perturba définitivement l'atmosphère et agita la foule: le baron venait de se jeter en avant pour porter atteinte au Comte. Ce dernier, fort de son expérience, expert dans les armes et la guerre depuis sa plus tendre enfance, destiné à devenir le plus grand tueur de tous les temps, avait esquivé la fente de son adversaire en faisant un simple pas de côté. L'état mental dans lequel était le baron ne lui laissait aucune chance, de toute manière en avait-il réellement une même sans cela? Son stress perturbait chacun de ses mouvements et ses yeux semblaient devenus fous. Le Comte, dont les cheveux d'argent encadrait le visage sombre comme un voile de mort, resta figé dans une position défensive, prêt à accorder à son confrère une seconde chance, si cela pouvait se nommer ainsi...Une estoc loupée, un cri aiguë et puis du sang sur le carrelage marbré de la salle...Le Comte venait d'esquiver à nouveau l'attaque de son adversaire et de planter cette fois-ci son épée directement dans le cœur de ce dernier. Un tintement de lame, un gémissement et le Vampire s'affaissa sur le sol. La foule explosa en cris de joie et de protestation, en murmures d'incompréhension et d'admiration, en hurlements de terreur et de colère.

Jirômaru sortit un mouchoir de sa poche de pantalon et ressuya sa lame avant de la rengainer. Déjà, des Vampires et des gentlemen s'empressaient autour du baron à terre. Ce dernier ne donnait plus aucun signe de vie mais il était bien vivant, tout était calculé.

La voix du Comte résonna dans l'esprit de tous les Vampires:


* Pour l'Humanité tu es mort, ta place est désormais entièrement à la nuit, tu n'as plus ni titre, ni domaine, ni famille, tu es condamné à errer seul dans l'obscurité. Je te bannis de Londres, sous peine de mort immédiate, et te confie à ton clan détestable pour le reste de ton éternité. Ta Secte elle-même me donnera son assentiment, quoique je n'en ai cure, car tu as transgressé mes lois, sur mon territoire, et la loi de tous te condamne d'elle-même. Le sang d'un Calice inutilement versé et la mise en danger de tous par ton mépris de la Mascarade, suffiraient à te faire emmurer pour d'éternelles souffrances, mais je suis magnanime et ton sort servira d'exemple pour les siècles à venir. Qu'on se le dise: l'impertinence vis à vis d'un Prince est une insulte au Don Obscure hérité de notre Père et notre Mère. Le respect des lois ancestrales et des aînés sera toujours la base de notre élévation. Tu as failli à ce respect, tu as péri dans ton masque, seule la scène de l'obscurité éternelle t'es désormais ouverte.*

Le Comte regarda les deux acolytes du Vampire qui avaient été ramenés par quelques zélés.

*Emmenez-le, et que sa condamnation soit assurée ou je m'en chargerai moi-même...*

Les Vampires virent en tremblant près de leur frères et l'emmenèrent après que les gentlemen superflus eurent été dégagés. Autour de la scène, beaucoup protestaient: le duel n'avait pas été fait dans les règles: aucun second n'avait été désigné, le lieu était des plus indécents d'autant qu'il y avait-là foule de jeune filles et de ladies...Le Comte avait fait montre d'un orgueil certain.
Ignorant l'ensemble des invités, ce dernier rejoint Ludwig en écartant les curieux. La joue de son Calice ne saignait plus, mais il allait peut-être se voir affligé d'une fine cicatrice. Le lord fronça les sourcils.


- Suis-moi. J'ai besoin de respirer.

Sur ces mots, le Comte sortit de la salle de bal et descendit les marches en reprenant son boitement feint. Il contourna les Vampires qui traînaient le corps de leur confrère dans une foule d'agités, esquiva la machine du grand hall, récupéra son haut-de forme et son manteau noir avant de sortir dans l'air frais de la nuit. Arrivé devant le manoir, il respira une grande bouffée d'air et soupira d'aise:

- Haaa...Cela m'avait manqué. Te voilà bien vengé. Ce scélérat ne pourra plus réapparaitre dans la société humaine et il sera confiné par son clan à des espaces très réduits, comme un sale chien qui a mordu son maître. Je me demande ce qu'en pense notre chère hôte...Le Comte enchaina d'un air connivent. D'ailleurs, je vois qu'elle a bien pris soin de toi...Son regard et son sourire ironique voulaient clairement dire: "Alors? As-tu de nouvelles informations?"

Mais alors une foule apparue à l'entrée. L'on chargea le corps du baron dans un fiacre et l'on commença à s'attrouper autour du Comte pour le féliciter chaleureusement ou le traiter de fou. Le manque d'éducation de cette masse grouillante exaspéra tellement le lord qu'il se sentit obligé d'hurler:


- Mais écartez-vous donc! Bande de vautours! J'ai fait ce qu'il me semblait juste! Nous vivons dans une société qui n'a plus de justice! Cet homme méritait son sort, je ne regrette rien! Mon genoux? Quelle importance? Le Scotland Yard? Ha! Le duel ne sont pas encore interdits que je sache! Écartez-vous! Reprenez la fête que diable!

Utilisant son Don Obscur, le Comte suggéra aux Humains proches de lui d'oublier une foule de détails concernant ce duel. Il effaça de la mémoire de tout ceux qu'il pouvait fixer de ses deux yeux des brides de conversations, notamment au sujet de "l'eau bénite" et des "Hunters", termes qu'il fallait absolument éviter de divulguer n'importe comment. Il fut suivit dans sa démarche par quelques Vampires doués de ce pouvoir de l'esprit. Bientôt, le fiacre avec le "cadavre" du baron disparu au loin, tout le monde rentra, et le bal repris de plus belle. Les discussion allèrent cependant bon train et la piste de danse fut plus délaissée qu'à l'accoutumée dans ce genre de réception.

Le Comte apprit de Ludwig qu'avant son arrivée Chastity leur avait expliqué qu'elle avait réussi à coincer un domestique qui était apparemment celui qui détenait la fiole d'eau bénite. Il apprit ainsi que la belle avait déjà éliminé ce cinglé. Il su également qu'Angelstone avait arrêté le bras du baron alors qu'il avait tenté de le frapper une seconde fois. Maintenant qu'il y songeait, n'avait-il pas remarqué que son poignet gauche était étrangement tordu? Tout s'expliquait. Pour une fois, le Diable remonta dans son estime. Cependant, il paraissait presque évident, d'après Ludwig, que le fameux domestique n'était pas seul pour agir et qu'il avait été envoyé-là par un autre. Ce n'était pas un Hunter déguisé en serviteur...L'énigme était-là: qui était donc à la tête de cette opération? Il fallait agir maintenant pour éviter le pire!

Sans attendre, le Comte remonta dans le manoir, abandonna son manteau et son chapeau avant de chercher Chastity du regard. Les gens s'écartaient devant lui, nul n'osait plus parler du duel et chacun s'efforçait de reprendre le cours des festivités. Des Vampires effaçaient les mémoires, d'autres se chargeaient de rassembler tous les verres contaminés pour éviter les accidents. La Mascarade était maintenue de peu. Rien ne pouvait plus énerver le Comte qu'un pareil scandale qui pouvait nuire à leur espèce toute entière.
Enfin, le lord trouva son hôte et l'aborda avec un sourire bancal:


- Miss Stephenson, puis-je vous dire un mot?

Lorsqu'ils furent enfin seuls, dans un salon annexe, le Comte s'excusa:

- Je suis navré de la tournure qu'à prise votre merveilleuse réception, soyez-en certaine. Que les Hunters viennent ainsi nous menacer jusque dans nos bals, en plein public, au milieu des leurs, est une nouveauté qui ne m'étonne qu'à moitié: depuis le théâtre j'ai pris conscience qu'ils étaient devenus fous. Peut-être ont-ils un leader qui les manipule dans l'ombre? Allez-savoir.

Le Comte s'assied dans un sofa et soupira:

- Ils deviennent plus que dangereux, mais rassurez-vous, les sectes ont enfin décidé de lever leurs arrières-trains de leurs trône de velours. Il était temps!

Son regard de brume vint percer l'ambre des yeux de la jeune femme.

- Où est le cadavre du domestique? Demanda-t-il assez sèchement. Ludwig m'a dit que vous l'aviez éliminé, c'est un joli coup, comme ce fameux loup dans ma chaudière...

Une lueur entre l'amusement et la colère brilla dans ses yeux d'aveugle. Il était toujours sous le coup de la rage et cette situation l'irritait plus que de raison. Lentement, il se pencha vers Chastity et lui prit une main pour la retourner et en caresser la paume de ses pouces gantés.

- Vous êtes efficace, c'est une qualité que j'apprécie énormément. Mais dites-moi...Son regard se fit plus froid. J'ose espérer que vous ignoriez la présence d'un pareil personnage avant cet incident...

Le Comte serra la main de sa consoeur avec un peu de force et lui sourit.

- Je ne dis pas que je vous soupçonne, mais je me méfie, tout simplement. Par ailleurs, votre bal ne peut continuer longtemps ainsi s'il s'avère que d'autres Hunters traînent dans les parages...

Le lord lâcha la jeune femme et se leva pour errer dans la pièce. Il tentait de se calmer. En soit, il n'avait rien à reprocher à Chastity: si pareil attentat avait bien eu lieu sans son concours, ce n'était pas elle qu'il devait blâmer. Et puis, elle avait été si charmante, elle avait soigné Ludwig et relancé le bal...

- Miss Stephenson, fit-il en faisant soudainement volte-face, dites m'en plus sur ce domestique. Je ne laisserai aucun Hunter perturber d'avantage votre réception et nuire aux nôtres.




> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42] Mar 7 Mai - 2:26


Ludwig fomentait avec art son retour de la Société comme le Noble Désargenté qu'il était. Il brillait comme il fallait dans les Hautes Sphères Londoniennes. C'était une étoile du Nord qui se pavanait dans la nuit d'un éclat iridescent. Un chat qui possédait un éclat lunaire sur son pelage. Tout se passait bien selon les plans. Le Calice ne ternissait pas la volonté de son Maître ni sa réputation lorsqu'il offrit ses salutations aux hôtes et hôtesses. Son attitude et sa gestuelle restaient calculés pour plaire. Un parfait gentleman avec une éducation hors pair.  Il ne commettait aucun impair ou presque. Il vint à effectuer une erreur déplacée en complimentant le Lord sur son Choix de Partenaire dans sa langue Natale : l'Allemand. Les attentions se portèrent immédiatement sur eux. Surtout sur lui et l'indélicatesse présente.  

Devant la mise en garde du Messie, son visage s'abaissa en symbole de dévotion. Il ne commettrait plus la même erreur. Il le lui jurait silencieusement par cet acte mesuré de soumission.  L'une des mèches dorées frôla sa joue. Se relevant, il suivit la marche, seul être au sang chaud parmi des êtres au sang froid. Malgré tout, il se sentait presque chez lui. Habitué à vivre entouré de Créatures de la Nuit, ce détail ne le gênait point. Sur le chemin des mots s'échangèrent des avis aussi. Ludwig, quant à lui, scellait toujours ses lèvres derrière un étang de silence. Il se contentait de suivre la cadence des pas.

La présentation de la première maquette fut dictée par l'hôtesse. La fleur empoissonnée dût supporter sur lui de bien volubiles gestes qui cessèrent immédiatement face à la froideur de ses prunelles. En paix, il écouta intéressé les propos sur la machine à vapeur. L'intelligence remarquable de Chastity n'était point à prouver. Un pion magnifiquement utile aux plans du Reliquat de la Mort. Gouverner Londres et tout l’Angleterre deviendrait un véritable jeu d'enfant pour lui. Cette pensée si funeste le régalait. Un frisson de joie coulissait sur sa colonne... Pour disparaître aussitôt.

Il devait se séparer pour revenir à la salle de bal et ses Mélopées. Appréciateur de cette ambiance, il laissa seul à seul le Comte et Aisling. Libérant le Lord de sa présence, le Maître des Mélodies jouait son rôle à merveille. Les âmes croyaient ce pauvre être sans le sou, à la beauté glacée, placée sous la tutelle du Comte. Ils étaient attirés par lui comme les papillons pour une chandelle. Ils appréciaient converser avec lui qui se dirigeait  tout droit vers le banquet. Certains d'entre eux  le prenaient en pitié, lui et sa fortune perdue. Mais derrière des non dits. Ludwig n'était pas bête.

Cette façon de voir indolente le laissait de marbre. Tant que tout se passait comme prévu : Paraître impeccable, glaner des informations sur le gratin des Hautes Sphères.  Le reste n'avait pas d'importance. Tant de bêtise l'amusait. Personne ne devinait le réel but du diamant. Prévenir le Comte Keïsuke de toute chose peu ragoûtante... Il joua le jeu un long moment avant de s’éclipser de la masse grouillante des convives.

Éloigné des curieux, il offrit à son palais de douces friandises sucrées : un millésime, des raisins noirs. La fraîcheur des denrées régala ses sens. Hélas, le plaisir s'échappa comme neige au soleil. La présence dérangeante d'un vieillard et ses paroles outrageantes éveillèrent la vipère. Fierté biaisée aux propos du gnome et ses actes lourds de conséquence, la fleur empoissonnée parvint à garder le calme, in extremis. Par plaisir, par cruauté, il fit miroiter au pauvre être à la beauté éteinte la promesse de sa venue par le timbre chaud au creux du lobe.  Les sonorités ardentes possédaient en réalité un fiel moribond.

La fébrilité traversa le noble au crâne dégarni. Il ne dit mot quand l'objet de son désir partit au loin. Ricanant, la fleur Empoissonnée se souvenait encore de l'être que Mère Nature avait abandonné de sa grâce. Si laid que la glace devait se briser lorsque son reflet se miroitait sur sa surface de verre. Son dégoût pour l'avoir touché dormait encore dans les flots sombres de son esprit si nébuleux. Au passage, il entendit une oraison funèbre. Un sort peu enviable pour lui. Partant au loin, loin de ce danger, il cherchait du coin de l'oeil son Maître. En chemin, il croisa l'hôtesse. Après quelques syllabes échangées, elle complimenta son prénom. Un sourire charmeur fleurit aux commissures de ses lèvres.


- Merci... Il appréciait son prénom... Cela en était certain. Il le chérissait même et non car il fut donné par un spectre de son passé. Les Musiques de ce compositeur sont un véritable régal à mes oreilles. Je ne me lasse pas d'écouter ses sonates lorsque le temps me le permet...

Par bienséance, elle partie, le laissant seul. Il prenait son temps. Il engluait encore les âmes sous sa toile d'acteur. Il charmait. Il régalait. Il plaisait. Il échangeait des mots savamment utilisés. Puis, partit. Il était temps de reprendre la marche. Parvenu enfin au Messie, il apprécia son rire et sa franche bonne humeur... Mais... Sa mise en garde lui glaça le sang. Un frisson mortuaire tapissa sa colonne d'un manteau gelé. A peine le Lord venait de souffler ses syllabes de sa voix grondante que la tête du Germain s'abaissa.

La crinière du bijou formait une couronne d'or autour de son visage. Derrière la posture droite et fière, l'abaissement de sa tête offrait la docilité parfaite. Il savait qu'il avait fauté et cette mention l’écharpait. Le déchiquetait de l'intérieur. Il n'aimait pas le décevoir. Jamais. Il s'empêchait de mordre sa propre lèvre. Un tremblement parcouru l’entièreté de son corps. L'Echec. La haine d'avoir offert des mots déplacés à son Maître le laissait sous tension. De sa bouche jusqu'ici close sortie des sonorités sincères.  


- Pardonnez à votre Calice d'avoir omis sa place et son rôle en cette soirée. Je ne recommencerais pas. Je n'aime pas vous déplaire d'une quelconque façon. Après un long moment, il se relève. L'azurite de ses yeux bleus plongea dans les mers brumeuses. Je ne lui laisserais pas le loisir de me manipuler... Elle n'aura à faire qu'à un être de glace dénué d'ouverture...

L'expression du visage, la posture, le timbre de la voix, son côté sauvage... Tous transpiraient une vérité outrageante. Le Bijou demeurerait stoïque... Imperméable à tout charme. Sa fidélité et sa dévotion demeuraient bien trop puissantes pour lui ouvrir une quelconque brèche chez le vénéneux personnage. Le Lord avait une place bien trop grande dans l'âme de Ludwig pour qu'un ou une autre ne s'y immisce.

Le diamant policé tint son Maître au courant des dernières nouveautés. Il termina par sa fâcheuse mésaventure avec le noble. A l'écoute de celle-ci, le sourire du Comte intrigua le Mélomane. A l'écoute de ses mots, le Germain ne pu qu'éprouver un parfait calme. Une sérénité piquante et agréable. Un effet augmenté par la main sur l'épaule et le sourire du Messie. Il ne put que dire un léger.


- Merci à vous. Je me sens lavé de son affront....

Les doigts de la dextre frôlèrent le dos de leur consœur pour vite se retirer, comme si le contact les avaient brûlés. Par le geste, par le regard qui suivit, le Lord pouvait comprendre que le Calice avait retrouvé tout son piquant. La paix le transcendait entièrement ou presque. Une intense froideur le recouvrit quand le Maître des Mélodies parti s'assurer que ses craintes n'étaient point fondées. Sans un mot. Sans une explication.

Dans la gorge profonde de la foule, le Bijou gardait encore l'aspect du gentilhomme... Mais.. Son intérêt se focalisait sur un unique but. Le domestique imposteur. Au court de la chasse, il eu la preuve irréfutable du crime : l'eau bénite. Il parvint à voler la fiole. Mais, par malchance, elle lui tomba des mains. Cette maladresse lui attira bien des tracasseries. Insulté. Frappé... Imprégné d'une rage froide, il s'attendait à recevoir sur la joue une seconde gifle. Mais.. Elle ne vint pas. Le Diable brisa le poignet comme du verre. Et, les questionna sur la situation épineuse.

Les évènements s'enchaînèrent.. L'hôtesse les rejoignit et pris aimablement sa défense. Elle établit sa totale innocence. Puis, le Comte enveloppé de Colère, se tenait tout proche. Le bleu de ses yeux sur lui, le Mélomane enivrait tout son être de l'aura... La lourdeur de l'instant le paralysait d'une douce béatitude. La vipère perdait contre le lien et la fascination. Le sentiment qui enracinait son poison au plus profond de son corps perdait du terrain. Le corps détendait ses muscles et le libérait de la pression. D'avantage maître de lui, le Calice pu suivre Chastity.

Une à une les marches l'éloignaient du Messie. Elles l'enfonçaient plus en profondeur dans la Gueule Ouverte d'un monstre omnipotent. Peu à peu, l'effet de la traîne de Mort sur lui s'estompait. Disparaissait. Devenait Néant. Elle n'était que simple souvenir sur la Plaine Glacée de son âme. Cette découverte n'était pas pour plaire à la fleur empoissonnée. Le Germain haïssait se détacher si brutalement de son Maître, surtout après un épisode aussi orageux. Rompre la chaîne de fascination le laissait sur une pâle sensation de manque. La chair de poule déposait son baiser froid sur sa peau pâle. L'esprit quémandait encore ce soupçon de lourdeur. Ce désir de s'en envelopper  jusqu'à la lie. De se griser jusqu'à plus soif.  La mâchoire risquait de se crisper par frustration.

Pourtant, il ne montra rien sur son visage souillé de sang. Rien chez lui ne pouvait dévoiler la moindre forme de difficulté. L'allure sauvage qui était sienne dissimulait merveilleusement bien la chose...  Et c'était tant mieux. Le Maître des Mélodies ne souhaitait nullement offrir sur un plateau d'argent ce que provoquait le Lord chez lui. La tornade qui le dévorait entièrement lorsque l'aura se dévoilait. Cette sensation de bonheur et de liesse, de perdition et d'envoûtement qui l'écharpait de mille épines. Le Comte avait la capacité d'absorber entièrement son essence, l'inconscience et l'âme. Ludwig se refusait de quitter son influence. Même par la force des choses. La demande de Chastity l'avait quelques peu pris de court. Elle le forçait à marcher sur un champs de Pals.

Il suivait les pas de l'Hôtesse, en silence, forme spectrale d'un être humain qu'on entendait que par ses pas. Il se mouvait avec perfection en écoutant les légers froissements de la robe. Il focalisait son attention dessus. Sur le doux frousfrous du tissu contre l'épiderme de satin. Il écoutait le bruit des talons qui rencontraient le sol d'une manière royale, presque parfaite. Il reprenait le dessus sur l'inconscience qui aimerait revenir ardemment dans l'écrin sombre et nébuleux, juste par folie, juste par plaisir. Juste pour se tourmenter. Ne faire qu'un avec et se détacher de tout ce qui était autour.

L'éther des prunelles se dardait sur le dos, la gorge, les boucles de cuivre sur l'océan du tissu. La concise course du regard s'arrêta sur la silhouette réellement charmante et les hanches dessinées subtilement. Maintien et grâce entremêlés. Elle avait de quoi faire chavirer un homme et lui capturer le cœur. L'organe palpitant, à lui seul constituait sa sérénade chaude et suave juste à son approche. Les bellâtres devaient se damner pour une œillade, un sourire, un baiser glacé. Une petite attention pour rejoindre les rivages cotonneux des cieux et leurs enfants joyeux. En vérité, peut être qu'ils ne recevaient que langueur et veste. Va savoir.... Si Chastity était comme toute les autres. Monstre d’Égoïsme et de désir fou.

Pris sur cette réflexion, un pâle sourire se glissa sur ses fines lippes.. L'art de la Séduction se révélait plus ardue qu'une partie d’Échec... Courtiser une rose restait plus difficile qu'asservir le Roi et subtiliser les pions. Là où l'un s'apparentait à un duel d'intelligence, de patience, de calme et d'esprit, l'autre dépendait entièrement des desseins de la vertueuse. Si le charme n'opérait pas, insister n'offrait pas victoire. Juste le sentiment dégradant d'avoir été jeté. L’Orgueil souffrait nettement et cruellement. L'homme n'aimait pas que sentir le parfum d'une plante. Perdre ses doigts sur les pétales gracieux restait quelque chose d'Onirique et Délicieux. Échouer offrait quant à lui un doux sentiment de fiasco. De rancœur, de Fierté biaisée. Lui.. il était loin de ça.

L'expression froide coulissa de nouveau sur le Faciès du Calice.. La moindre portion de visage détenait ses propres secrets. Tourner les pages du livre qu'était devenu Ludwig  demeurait difficile. Un vrai casse tête pour la nébuleuse créature au savoir sans fin. Le Maître des Mélodies, prisonnier du tête à tête, restait encore sur ses gardes. Paradoxalement, son côté épicurien se régalait du luxe de la pièce. Pas une preuve de la vie intime de Chastity ne trônait royalement sur le lit à baldaquins. Aucun corset ni dessous ne montrait les goûts intimes de la Nymphe.

Remettant à sa place une mèche sauvage, l'éther des yeux bleu revint se loger dans le miel des mires voisines. Sa voix se fit murmure.  


- N'avez-vous donc aucune crainte à faire traverser votre chambre à un homme ? Et surtout à un parfait inconnu ? Ou avez-vous  la certitude que je n'ai rien du loup qui s'attaque à une brebis ?

Les syllabes susurrées pouvaient être dite par n'importe quel mâle dans une situation pareille : un homme et une femme seul à seul dans une chambre dépouillée de tout chaperon. Loin des convenances, du bruit et des acteurs d'une scène de théâtre chaotique la décence pouvait disparaître aux profits de corps entremêlés sous les draps défaits. La débauche prendrait le dessus. Elle dévorerait la pudeur pour édulcorer l'ambiance de ses flots sirupeux. D'une distance policée, les lèvres cherchaient à boire l'autre.

Mais, ce problème, n'était pas à l'ordre du jour. Chastity souhaitait l'appui du Comte. Toucher à l'intouchable la glisserait sur une pente dangereuse. Elle perdrait son soutien. Ses pas la mèneraient tout droit au Royaume de la Mort. Face à Face avec la Faucheuse enroulée de sa robe mortuaire, il ne lui resterait qu'à s'expliquer sur la bavure. La Courroucée Souveraine ne l'accueillerait qu'avec sa Faux. Le tranchant de l'arme absorberait sa substance jusqu'à la dernière goutte sans la moindre pitié.  

Pour le Bijou, Ludwig savait d'avance qu'il perdrait quelques plumes s'il venait à séduire la vénusté plus que nécessaire. Le Lord ne fermait pas ses yeux pour des erreurs aussi grossières, surtout celle-ci en particulier : s'ébattre joyeusement avec une perle qui attire sa convoitise, sous le toit où IL se trouve. La Nymphe était SIENNE. Sa prévenance restait enroulé autour de lui comme un affable serpent sur sa proie...

La Rose Empoissonnée ne tenterait rien de fâcheux pour la Belle, pour Lui. Que ce soit ici, maintenant ou plus tard. L'instinct de survie était une délicieuse machine aux mécanismes bien complexes. Ils empêchaient à toute âme de s'enrouler la gorge d'un nœud et de sauter dans le vide. Pour le Germain, les freins à ses actes : la dévotion, l'estime et le respect. Ne jurant que par eux, jamais il ne pourrait faire un quelconque acte qui semblerait outrageux aux mires voilées... Le Calice se trouvait réellement impuissant, incapable de trahir d'une quelconque manière le Lord. Ce lien unique avec le Sauveur demeurait un Poison... Une aiguille qui crochetait le papillon de nuit sur le mur. Cela l'empêchait de fuir, de battre des ailes pour s'échapper loin de la flamme brûlante.

La plus petite portion du Mélomane se déchiquetterait si un jour tout s'arrêtait. La douleur ferait place à la folie. Les ongles lacéreraient la fragile peau, les bras et le visage jusqu'à ce que le sang s'écoule. Sous l'horreur de la situation, la douleur sortirait en un cri strident. Le corps tremblerait, complètement prisonniers des spasmes.. De la bouche ouverte sortirait le miasme de la torpeur... Le rejet.. La doucereuse sensation de voir ses entrailles s'écraser dans une poitrine qui refusait de capturer de nouveau l'air..Des poumons qui refuser d'inhaler un oxygène devenu vicié par la rancœur d'avoir tout perdu.. De la dépouille immobile, il ne resterait de lui qu'une pâle relique déchirée. Une poupée cassée à la peau blême, aux membres inertes, aux prunelles ternies. Un jouet inutilisable qui aurait perdu tout son charme.. Une chose détruite qui s’appelait autrefois Ludwig. Mais qui n'était plus que son Ombre. Une pâle fin en soit.

Cette funeste image demeurait une frayeur tapie dans la boîte de Pandore. Une peur sourde qui jamais n'avait réussi à trouver place dans l'inconscience du Noble Désargenté. Les cadenas l'empêchaient de s'insinuer trop loin. De souffler au Maître des Mélodie le jeu dangereux qu'était sa vie. Il le savait. Il l'assumait. Il l'appréciait. Et la garderait toujours et à jamais. Chaque jour restait intéressant. Chaque moment. Comme maintenant où il portait son écoute à Chastity. Puis, tous deux se murent dans un silence profond.

Arrivé à la salle d'eau, assit sur la chaise, le Calice plongeait ses mires dans les lagons dorés. Si proche, l'Allemand pouvait se noyer dans les flots. Ses doigts caresseraient la surface ocrée. Du bout des lèvres, il en boirait le miel. Ce serait un plaisir. Et un interdit. Se contentant de sourire à la parole, sa voix se libéra des deux lippes jusqu'ici closes.


- Leur souffrance ne sera jamais égale à l'affront qu'ils ont eux-même perpétués. Ils ont dépassés le seuil de la bienséance Nocturne. Un sourire se glissa sur le visage tandis qu'il continua. Il est dommage que je ne puisse y assister.... J'aurais voulu me régaler de leur tourment.

Les mires de Ludwig ne dissimulaient pas la froide envie de contempler la sentence. Rancunier non. Ou presque pas. La Vipère ne gardait qu'une dent contre ceux qui bafouaient l'estime qu'il portait au Lord. Le trio de Cancrelats avaient souillé la réputation du Comte Keïsuke. Inadmissible chose. Intolérable acte. Qu'ils souffrent du plus profond de leur chair... Et dépose sur le sol une gerbe de sang. Le concert de leur os brisés créerait à ses lobes une douce mélopée funéraire.

Pris sur cette exquise pensée d'un trio d'êtres écharpés, le Maître des Mélodies tourna la tête.  Le tissu imbibé d'éthanol passa avec douceur sur la joue malmenée. L'épiderme blanc se dévoilait sous le sang séché. Le produit n'affligeait nulle trace de douleur. Ludwig gardait toujours cet aspect de marbre froid. Cette souffrance se révélait bien insuffisante pour l'affecter. Elle était supportable, légèrement effacée dans les méandres de l'intellect. Sans qu'elle ne le demande, le Calice ouvrit les mains, libérant l'accès des paumes.

A leur mention, une lueur profonde glissa sur la vénusté comme un appel à se plonger dans le tumulte des eaux bleus. Le Mélomane sortait des flots sombres pour s'afficher tel quel. Il chassait fut un instant le côté sauvage, inapprochable. Un sourire réel fleurit aux coins des lèvres, petit morceau de rêverie quand l'inconscience rappelait l'autre facette du Noble Déchu. Plus polaire. Plus nébuleuse. Plus dangereuse. Sa voix plus lancinante devint miroir de vérité.


- Vous avez bien deviné. Je suis pianiste. Mais aussi violoniste. Léger silence est le timbre toujours aussi onctueux souffla. Lui comme d'autres morceaux aussi remarquables joués par d'autres compositeurs..  Beethoven, Mozart, Berlioz ou Chopin pour ne citer qu'eux.

Les mains nouvellement libre, l'éther des prunelles ne se détachaient pas des rivières mielleuses de l'hôtesse. Elle jouait donc de la flûte ? Une découverte réellement plaisante. L’esthète qu'il était appréciait comme il se devait ce moment magique. Si exquis. Chastity se révélait être une rose des plus majestueuse. Belle, intelligence, perspicace et musicienne... De quoi plaire à tout homme. Même le plus glacé des bijoux pourrait succomber. Ou presque. L'intouchable regardait simplement. Son cœur froid et glacé ne s'ouvrait plus à la chaleur d'une étreinte. D'une oraison affective..

Ludwig laissa  le tumulte de ses océans se balader librement dans la pièce. Rien ne fit paraître sur le visage un quelconque déplaisir.  La salle d'eau avait un petit quelque de royale. Agréablement bien agencée, pas un objet ne souffrait d'une disgracieuse place.  Le tapis neigeux se mariait divinement bien avec la baignoire en e-mail. Le sol carrelé de blanc et de bleu rappelait un ciel d'été.  Les meubles gardaient à l'intérieur de leur poitrail les nécessaires de toilette. Tous concordaient avec l'apparence de la Belle de Nuit. Luxe et Goût. Un duo nommé plaisir..

Doucement l'attention se reporta sur la Rose Duveteuse. Les mains, important pour un Musicien..  Il est vrai. Il le savait et le reconnaissait intérieurement. Mais, rien sur lui ne trahissait cette pensée partagée. Juste un vide. Un long silence qui en parut interminable par la durée. Un cruel jeu de patience et de nerf. De calme et d'esprit. Le premier qui le romprait perdait. Ou pas. Il agissait ainsi car sa nature était telle. Nébuleuse. Changeante..

La senestre se mut brusquement pour attraper une mèche d'airain. Elle la roula entre les doigts. Un sourire glissé sur les lèvres, le Maître des Mélodies susurra à l'attention de l'hôtesse.


- Les mains d'un musicien lui permettent de calmer les mœurs des hommes et des bêtes. Leur coeur ne peut que fondre sous la virtuosité de la Sonate.  Les doigts relâchent la captive, pleins de langueur. Vous devez sûrement connaître le mythe d'Orphée qui risqua sa vie par.... Amour. Et qui réussi à charmer Cerbère et même Hadès pour sortir vivant des Enfers.

Tant de froideur couvrit le mot Amour et le visage de Ludwig. Le ton si cinglant ne pourrait pas échapper à la perspicacité de la Belle. Ce mot, quelle détestable sensation. Il lui brûlait la gorge.  Juste le mentionner l'engloutit dans une spirale du passé. Des images prirent possession de son implacabilité. Une voix aux sonorités chaudes et sensuelles l'enveloppa, crispant brièvement ses muscles.. Ses paupières se fermèrent. Il replongea cruellement dans un souvenir lointain.

• Dans une pièce semi obscure où l'ambiance tamisée déchaîne les passions, un homme et une femme couvert d'un drap de velours pourpre, s'enlacent. Deux paumes encerclent la tête et se perdent dans la crinière de blé. Caressent la crinière ensoleillée. Un soupir s'échappe aux doigts qui provoquent des frissons glacés. La moiteur brute de la cavalcade arrachent de légers soupirs. Le temps et les minutes sont des détails oubliés par la conscience. Ni l'un ni l'autre ne dardent les mires sur le cadran de l'horloge. Cela briserait le moment fugace, onirique. Ce bouleversement des sens qui éclatent l'âme en une partition psychédélique.

Plongé au plus profond de l'écrin velouté du plaisir, ils se refusent de sortir du tumulte bouillant. C'est la seule occupation qui provoque leur ballet, le glissement des mains sur l'épiderme. Cette mélodie qu'ils entament en duo sans connaître de fin. Un jeu merveilleusement bien orchestré, interdit aux joyeux enfants et leur douce candeur.. Cela se poursuit tel un moment d'éternité. La Belle force les lèvres à capturer les siennes. Baiser de passion. Lorsqu'elle le relâche, le timbre souffle presque amoureusement.


- Léandres... Partons.. Partons en Espagne... Rien que nous. Toi.. Moi.. Et les enfants que nous aurons... Rien ne te force à rester ici. Dans cette sinistre ville...

Le charme s'évanouit. Attrapant le visage du Chardon, Ludwig scella sa bouche à la sienne. Il ne lui offrit qu'un échange violent... Froid telle une plaine glacée, stérile de toute vie. Le sourire qui survint transpirait le dégout. Une créature malfaisante la contemplait. Écrasant les joues de manière brutale, le timbre murmura au creux du lobe.

- Partir en Espagne ? Avoir des Enfants ? Rien que ça ? Ludwig se relève doucement, le poison de la vipère prêt à étendre son manteau de douleur. Esmeralda... Je t'avais prévenu de ne jamais t'amouracher de moi... Et de vouloir fonder une famille. J’abhorre les Enfants.. Je hais l'amour en lui-même... Mon âme n'a pas la place pour faire un tout avec toi. Tu aurais pu juste te contenter de ma passion... Ta Gourmandise et tes espoirs me dégoûtent... Ne reviens plus jamais me voir car ta simple vue me donnera l'envie de cracher mon fiel...

Le Germain se lève. Le tumulte de ses yeux bleus se dépose sans chaleur sur la peau légèrement hâlé, la rivière d'encre qui cascade le long du dos, les deux émeraudes qui si souvent l'avaient délicieusement envoûté, les courbes alléchantes. Un an de calme, d'exaltation, de perdition entre les bras de cette plante lorsque l'astre du jour dominait les cieux. Pêché et Luxure. Débauche et Paresse. Langueur et Passion. Tout. Tout ces instants balayés par les mots félons. Il ne ressentait que rancœur et déplaisir sous ce tableau biaisé. Le Maître des Mélodies se détourne. L'or de ses propres cheveux retombe librement sur sa colonne. En silence, il recouvre sa nudité des étoffes. Vraiment... Il n'a pas pu toucher de ses doigts les cieux. Le plaisir étant rompu. Quelle frustration. Elle aurait pu au moins attendre qu'il finisse. Rester sur une note de trop peu le mettait dans ses mauvais jours.

Habillé en son intégralité, sa sénestre attrape son violon. En silence, il quitte la chambre sans même un adieu. Pris. Pris d'une inspiration cruelle, il joua les trilles du diable. La belle, couverte du draps, laissa échapper ses larmes. Fruit de l'amertume, les perles salines coulant sur les joues ne connurent aucune fin. Il ne reviendrait pas. Ludwig, n'entamait cette mélopée qu'aux âmes condamnés à la mort ou celle l'étant pour son froid intellect. Une relation qui se termine dans la douleur, une gerbe d'horreur, une passion éteinte. La Belle Espagnole avait réveillé un diable d’égoïsme... Un monstre de froideur sous ses traits d'Apollon aux deux visages. •

Léger mouvement de la tête, les boucles sauvages tombèrent sur la joue. Elles masquaient une partie des lagons d'azurs. Le Saphir des prunelles se dardait sur l'hôtesse. Sur les traits trop parfait se dessinait une expression nébuleuse. Mélange de froideur, de sauvagerie. De contrariété. Ce souvenir lui restait en travers de la gorge. Il avait su se sortir des zébrures de la boîte de Pandore. Cette découverte présageait une certaine déconvenue... Mauvais présage. Quel serait le prochain qui coulisserait hors de la fange du passé ? Le Germain n'éprouvait guère l'envie de savoir...

En silence, l'attention se porta sur les robinets d'argent de la vasque. La langueur s'insinua entre ses chairs.  Le besoin de glisser le visage sous l'eau glaciale le tyrannisait. Résister à l'appel s'apparentait à une tâche difficile. Reportant son attention vers Chastity, il se leva élégamment.


- Vous permettez, My Lady ? J'ai besoin de me rafraîchir le visage. Et surtout retirer de mes lèvres le poison encore figé... Je n'aimerais pas que  quelqu'un s'empoissonne en voulant les voler.

Il sous-entendait l'eau bénite de manière charmante, galante, sur un ton des plus mondain. Après approbation, il fit couler l'onde liquide. Les perles froides lui arrachèrent un soupir. Plus frais, le Germain se sentait. Levant son visage mouillé, le Calice fit face à son reflet. Un grognement lui échappa en voyant cette marque qui barrait la joue. Le blanc de l'épiderme contrastait avec le rouge de la plaie. Le cancrelat l'avait défiguré... Les ongles lacéraient la surface glacée. La rage l'écorchait de l'intérieur. La vipère souhaitait sortir du sommeil létal pour partager l'abjecte sensation qui dépeçait le Bijou. Mais. Elle ne ferait rien.

D'instinct, Ludwig ferma ses paupières. Faisant le vide, il épousa le calme. La fureur se soumettait à la sérénité. Le Mélomane apposa de nouveau sur son corps son psyché polaire. Maître de lui, les événements lui semblaient clair. Limpide. Tout s'enchaînait en une suite parfaite.. Il cueillit le ruban qui nouait la crinière d'or et l'enroula autour de la paume droite. Il porta l'azur de ses mires sur Chastity. Lui offrant la main, il souffla d'une voix suave.


- Descendons. Nous ne sommes que trop attardés dans vos charmants appartements. Et vue le chaos de cette soirée, il ne vaudrait mieux pas flirter avec l'impatience.

Les mains jointes, le duo d'antagonistes quitta le confort et la solitude. La cadence fusionnelle de leur pas les menèrent bientôt aux escaliers. Ainsi haut perché, le tumulte des flots bleus scrutait les âmes présentent à la Recherche du Messie. Il analysait la situation. Tous les acteurs étaient ici. Sans relâcher la Belladone, il avança. Descendant les marches, la tenue impeccable, l'allure droite, la tenue noble quasi Princière, le Bijou formait un tout complémentaire avec l'Hôtesse. Une entité presque parfaite entre le Jour et la Nuit, la Lune et le Soleil. La Lumière et les Ténèbres. Un mariage trop dérangeant entre leur apparence.

Arrivé en bas des marches, Ludwig écouta le chuchotement de l’Irlandais à l'attention de la Maîtresse de Maison. Le cobalt des yeux suivit la marche de l'intriguant personnage. Il emmenait dans son sillage bien des curieux. Sourire furtif sur ses lippes scellées, le Germain le trouvait bon acteur. Il se détacha de cette absence d'âme pour porter son intérêt sur Dame Chastity.


- C'est un honneur de rester à vos côtés. Mais, il est temps pour moi de vous laisser ici, My Lady...

Un murmure, un baise main et son contact chaud se retire de la main glacée. Le froid Calice s'échappa sans attendre de réponse. Il profitait de la foule amassée autour du duel pour devenir un spectre presque invisible. Même s'il aimerait contempler la fin du cafard, voir sa dépouille allongée sur le sol carrelé, une chose plus importante l'attendait. Il arriva enfin à ce qu'il souhaitait. La fiole vide souffrait de solitude. Personne n'avait pris le soin de la récupérer.. Doucement, il la recouvrit d'un mouchoir en soie et la rangea dans sa poche. Il venait à peine de terminer que le Messie vint à sa rencontre. Droit et fière, enroulé de sa traîne sauvage, le Bijou l'écouta.

Obéissante et fidèle ombre, il se mouva au rythme de ses pas. A l'extérieur, la fraîcheur du soir laissait sur la peau pâle un sentier de baisers. Elle étouffait l'aura meurtrière qui le recouvrait il y a peu.  Plus serein d'apparence, un sourire s'afficha sur le visage de l'Allemand au sort peu enviable du cancrelat déchu. Un murmure sinistre échappa au noble désargenté.


- Condamné à une solitude éternelle et une vie de Paria. Quelle magnifique sentence pour un chien qui ne connaît pas sa place. C'est peut être plus divin que la Mort.. En parlant, l'index coulissait sur la zébrure défigurant sa joue. Son coeur cruel aurait préféré bien pire pour Ca et l'insulte sur la personne de son Maître. Misérable et pathétique Maître qui se ferait mordre par son chien.. Je n'oublierais pas ses mots. Puis. Le regard se fit plus profond. Hostile. J'ai bien l'impression que ce fut lui qui souffla qu'il serait préférable que je sois mort. Les doigts reviennent se poser vers la jambe. Quel détestable personnage qui déroge à outrance les lois Nocturnes...

Il venait à peine de finir qu'une masse de blattes grouilla autour d'eux. Beaucoup portait leur intérêt hypocrite sur le Lord, jetant à peine un oeil sur lui.. Pour son propre plaisir personnel. Il n'éprouvait guère l'envie qu'on vienne l'abrutir de mots aussi infertiles les uns que les autres. D'apparence certes calme, la vipère attendait le moindre écart pour se sortir de la fange et déverser sur tous un poison mielleux. Ce n'était qu'une fine chaîne qui la retenait en profondeur... Il suffisait de peu pour qu'elle ne revienne offrir sa gerbe de syllabes édulcorées. Le Maître des Mélodies ne souhaitait pas montrer ce charmant côté en présence du Messie. Lui qui lui offrait un havre de Calme après une tempête orageuse.

Ce fut sans compter sur l'idiotie d'une ingénue qui changea la donne et qui risquait de provoquer le pire... L'éclatement de l'Apollon. La belle scruta la traînée pourpre sur la peau pâle de manière insistante. Chargée de compassion, ses doigts s'approchèrent de la pommette.  Se reculant d'un millimètre à peine, l'océan bleu du Calice ne montra rien du chaos intérieur. Haine, dégoût et sauvagerie se défiaient pour savoir qui frapperait. En vain. La Fleur Empoissonnée gardait l'entière contrôle d'elle-même. Impassible d'apparence, elle attendit que la menotte ne se retire. Son timbre suave répondit à la Douce Enfant.


- Ce n'est qu'une égratignure.. Vous n'avez pas à faner votre beau visage d'un voile d'inquiétude pour moi, My Lady. La plaie est sans douleur...

Le Germain mit un point final à son masque de gentleman en lui baisant la paume. Elle faillit se pâmer sous cette attention... Dernier regard langoureux sur le Maître des Mélodies et elle partit aussi. Seul à seul de nouveau avec l'Avatar de la Mort, Ludwig darda ses prunelles dans les mers brumeuses.

- Il n'y a rien de plus détestable qu'une oie blanche qui vous couvre de sa compassion suintante... Comme si ma fierté avait besoin qu'on lui rappelle ma joue balafrée... Grognement. Mine bien plus que polaire, il poursuivit. Où en étions nous avant qu'une horde d'insectes répugnants nous assaillent subitement ? Ah oui...

Long silence. Il ferme ses paupières pour les rouvrir aussitôt. Mettant en place l'une des mèches dorées derrière l'oreille, la Fleur Empoissonnée susurra au Lord.

- Notre charmante hôtesse est en porte à faux. Elle n'avait pas prévu cette situation délicate qui aurait pu mettre à mal l'alliance qu'elle souhaite créer avec vous. Il se tut, l'espace d'un instant pour poursuivre. Je ne peux que saluer sa prestance pour sauver les apparences et la Mascarade...  Elle a merveilleusement bien joué son rôle pour cacher les doutes des hommes. Et, m'innocenter pour l'attentat à l'eau bénite. Un léger sourire glisse sur ses lèvres. Un autre pion fut formidablement efficace : Le Diable. Ce fut lui qui m'empêcha de recevoir une nouvelle gifle en brisant le poignet du "Mort".

La dextre glissa au fond de sa poche et en sortit avec un mouchoir de soie laiteux. Il semblait protéger un contenant précieux. Ce petit quelque chose qu'il avait récupéré il y a peu. Ouvrant délicatement le tissu neigeux, la Fleur Empoissonnée l'approcha de son Maître. Le flacon en verre semblait petit lové dans la paume du Mélomane. Et pourtant, il avait bien faillit nuire à la Mascarade. Le Monde de la Nuit avait failli se confondre au Monde Diurne.

- Voici le flacon qui fut utilisé pour empoissonner les verres.  Quant à son possesseur, il n'est plus en état de parler. Dame Chastity lui a fait quitter le monde des vivants. Ludwig patienta que le Lord s'empare de l'objet pour poursuivre. Son timbre restait sûre.. Selon elle, il s'agissait d'un hunter. Cependant, je doute que cela sois vraiment le cas. Selon toute vraisemblance, je pressens que cet individu obéissait à quelqu'un d'autre. Et qu'il est encore parmi nous. Un être ne faisant pas partie de ces déchets...

Non... Le bijou n'appréciait pas les Hunters. Il ne ressentait pour eux qu'une rage froide. Et ce depuis l'attentat du Coriolan. Leur vie, leur existence même demeurait le pire des Fléaux. Il les trouverait et fouillerait les moindres recoins de l'obscur Londres. Il les sortirait de leur trou à rat... Et les mènerait dans la gueule du loup avec une délectation certaine.. Frisson... Calme..

Et le cobalt des yeux du Bijou se perdit sur l'immensité du ciel et son manteau de nuit. Le firmament obscur demeurait magnifique. Ludwig profitait de cette semi liberté. Les paupières se fermèrent offrant un visage serein au Mélomane. Les muscles se relâchaient. Quelques secondes de latence et le Calice replongea le tumulte de ses yeux bleus sur le Messie.


- Dame Chastity ignore tout de ce que je viens de vous citer. Je ne l'ai pas mise sur la voie. La Fleur Empoissonnée commence à partir.  Mais, avant, elle prit soin de souffler. Je vais donc vous laisser. Je vais faire attention à ne pas me retrouver prisonnier d'une nouvelle esclandre.

Ludwig laissa seul son maître à ses affaires. Il lui avait dit tout ce qu'il savait. Il rejoignit la salle de Bal en silence. Jouant son rôle de Gentilhomme à la perfection, le Noble Désargenté répondit au sourire qu'on lui offrait. Parfois, il exposait sa culture aux questions d'arts et de Musique. Ce côté ascète plaisait et cet intérêt poussé commençait réellement à agacer l'être au coeur glacé. Il ressentait cette envie sourde d'avoir la paix. De ne plus subir les questions parasites sur le lien avec le Lord et sa chance d'être son protégé. La masse grouillante des vers agglutinés provoquait une cruelle migraine. Sa patience se corrodait au fur et à mesure que des regards scrutaient la joue. La tête cruellement douloureuse, Le Maître des Mélodies s'excusa poliment lorsqu'une Belle l'invita à danser. Il n'était pas d'humeur à virevolter au gré des Notes. Il n'aspirait qu'à un minimum de calme, de quiétude. Et surtout de solitude sans les chacals autours. Mais personne ne semblait le comprendre.

Du coin de l’œil, il repéra la crinière sanguine de l'Irlandais un peu plus loin, à l'écart. Répondant poliment aux curiosité maladives, le Mélomane parvint non sans mal à s'extirper de la Masse et venir à sa rencontre. Le manque flagrant de foule lui offrit un baume au coeur. Courtoisement, le timbre de sa voix souffla.

- Acceptez-vous que je vous tienne compagnie jusqu'au retour du Lord ? Les doigts caressent ses tempes douloureuses. Massent cette région qui tape fort. Pour doucement se retirer.   Je vous dois des excuses pour mes propos dit plus tôt. Ce fut cruellement déplacé de ma part.

Sur le visage froid, dans les océans profonds, se lisait la rareté, la rareté de s'excuser. Sauf dans le cas où il venait de froisser des proches de son Maître. Des personnes qu'il risquait de croiser souvent. Les autres, hors du cercle pouvaient mourir pour qu'il le fasse.


Dernière édition par Ludwig Zwitter le Mer 3 Juil - 18:00, édité 4 fois
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Chastity E. Stephenson
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Race : Vampire
Classe sociale : Haute Bourgeoisie
Emploi/loisirs : A la tête d'une grande entreprise spécialisée dans la production de machines à vapeur
Age : 330 ans
Age (apparence) : 25 ans
Proie(s) : Tous ceux qui essayeront d'attenter à sa vie.
Secte : Liée à la Camarilla de par ses idéaux mais se conduit comme une indépendante.
Clan : Toréadors
Lignée : Émissaires du Crâne
Rang Pyramidal : Premier (grâce à son érudition peu commune même au sein de sa communauté)
Crédit Avatar : Cassandra par Ina-Wong
MessageSujet: Re: Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42] Mer 15 Mai - 17:12

Les premiers temps avaient été donnés, la musique envahissait enfin la salle. Le Bal commençait. Chastity ouvrait la première danse en compagnie de Glen O'Sullivan, marquis de Downshire. Cet homme étrange aux cheveux plus rouges que le feu ne lui inspirait nulle confiance mais elle s'était retrouvée obligée de danser en sa compagnie par une habile manœuvre de sa part. Ils tournoyaient avec grâce sur le parquet verni, formant un couple parfaitement assorti pour le commun des mortels. Pourtant, une lutte sans merci allait s'engager entre eux. Ce serait à celui qui arracherait le premier quelque secret à l'autre et tout ceci dans la plus grande finesse, tout en sous-entendus et phrases à sens cachés. Ils ne pouvaient pas discuter franchement dans cette salle pleine de monde où les oreilles indiscrètes traînaient en nombre considérable.

Finalement, elle entama les hostilités la première et interrogea le noble sur sa passion pour les marionnettes, qu'elle trouvait plus qu'intrigante. Elle n'avait pas dû chercher bien loin pour comprendre que cette passion avait une place considérable dans la vie du Vampire aux cheveux roux. Elle écouta sa réponse avec attention. Il aimait la docilité des marionnettes... La jeune femme refoula un froncement de sourcils mais devina le fond de la pensée de son ''adversaire''. Il aimait manipuler les humains, les plier à sa volonté et les voir exécuter ses plus sombres désirs sans aucun mouvement d'humeur. Chastity eut l'impression d'avoir en face d'elle un gamin cruel, prêt à faire subir des sévices plus variés les uns que les autres à une créature sans défense pour son amusement personnel. Cette vision la rebuta mais elle dût reconnaître malgré tout qu'elle partageait en partie le point de vue de Glen. Elle aimait les mécanismes bien huilés et avait en horreur les pièces rebelles qui manquaient à son commandement et empêchaient la machine de tourner correctement. Oui, l'obéissance était la première qualité qu'elle recherchait chez ses employés ou les quelques sous-fifres qu'elle possédait dans le monde Vampirique.

La jeune femme fit ensuite dévier le sujet sur la Mascarade. Elle avait besoin de savoir si le Vampire en face d'elle aspirait à vivre à découvert, au risque de menacer sa communauté toute entière. Elle trouva pour cela un prétexte fort approprié, de sorte que la question passa sans difficulté dans la conversation. Chastity accueillit la réponse de l'Irlandais avec un sourire mi-figue mi-raisin. Visiblement il était pour le concept de la Mascarade mais n'y voyait là qu'un prétexte pour s'amuser et jouer un rôle quand elle voyait un moyen de survie et d'affranchissement de sa nature. Elle reprit la balle au vol avec un sourire lumineux.


- J'y participerai également... Je dois dire que j'aime me déguiser de temps à autre. Endosser le rôle que l'on veut, pouvoir s'affranchir des convenances et construire le personnage de ses rêves. Être un autre, le temps d'une soirée, le temps d'une vie... C'est une perspective qui me plaît.

La jeune femme montra ainsi son accord avec la mascarade. Il y avait au moins un sujet sur lequel ils pouvaient s'entendre tous les deux, dans une certaine mesure. La jeune femme essaya de creuser plus loin en lui parlant de son statut spécial au sein de la société Vampirique. La réponse qu'il lui donna la déconcerta. Comment interpréter les propos de l'Irlandais et comment être sûre qu'il n'était pas contre elle en cet instant ? Rien ne pouvait vraiment l'assurer des sentiments de cet homme si étrange. Cependant, elle devinait qu'il avait en grande partie raison. Elle ne pouvait se permettre de s'exposer, au risque de terminer morte ou pire, emmurée pour l'éternité. D'un air entendu, elle inclina la tête un bref instant en fermant les yeux.

- Vous avez raison... En ces temps troublés, l'honnêteté s'avère dangereuse par bien des égards. Malgré tout, je pense qu'il existe un juste milieu entre la stupidité de la franchise et la dissimulation maladive de tout ce qui pourrait nous nuire. Comme disait Paracelse : ''Rien n'est poison, tout est poison : seule la dose fait le poison.''

Chastity n'avait pu s'empêcher de glisser là un pan infime de sa culture, encore une fois pour jauger Glen. Les questions qui suivirent dans leur entretien étaient somme toute banales ; Chastity ne pouvait pas pousser plus loin à cause des oreilles indiscrètes qui traînaient et elle devinait que le Marquis ressentait la même chose à cet instant.

Son attention fut un instant déviée par un mystérieux serveur qu'elle n'avait jamais vu à son service. Chastity resta circonspecte, persuadée de n'avoir engagé aucun employé supplémentaire pour la soirée. Lorsque son œil aguerri remarqua que le valet versait un étrange liquide transparent, elle pensa presque tout de suite à de l'eau bénite. Beaucoup d'humains buvaient et ne manifestaient aucun signe d'empoisonnement, elle ne connaissait aucun breuvage mortel à long terme qui puisse avoir la couleur de l'eau et les seules personnes qui pouvaient réellement attirer les tentatives de meurtre ce soir étaient les quelques Vampires mêlés à la foule. Instinctivement, elle mit son cavalier en garde et se raidit lorsque celui-ci lui parla de Sladd. Il n'était pas celui qu'il prétendait être, disait le Marquis. Ceci renforça davantage les suspicions de la Vampire à l'égard de l'écrivain, bien qu'elle n'ait aucune preuve tangible pour l'instant.
Cependant, ils continuèrent à danser comme si de rien n'était. La jeune femme finit par interroger Glen sur ses rapports avec les humains. Sa question fut accueillie par un sourire malsain qui fit se hérisser quelques poils sur sa nuque l'espace d'un instant. Glen était bien l'homme qu'elle pensait. Les humains étaient comme des marionnettes, faites de chair et de sang. Mais contrairement aux objets nés de la main d'un menuisier, ces ''jouets'' ressentaient les émotions, la douleur. Les torturer et leur ôter la vie devait être intensément plus jouissif pour le noble que le démembrement de poupées de tissus. Chastity ne baissa pas le regard et répondit à la question qu'il lui retournait d'un ton neutre.


- Vous les voyez comme vos marionnettes, je les vois comme les rouages d'une immense machine... Mr le Marquis, je n'ai que trop longtemps étudié le fonctionnement de l'économie, de tous les paramètres qui font tenir notre monde debout pour savoir que sans eux, nos vies seraient bouleversées du jour au lendemain. Chaque être a son importance... Mais vous avez raison, de même que les rouages rouillent ou présentent un défaut dès la fabrication, certains sont trop fiers ou trop ambitieux, mesquins et somme toute très faibles... Il convient alors de s'en débarrasser, pour que la mécanique puisse continuer de tourner sans encombres. Elle se pencha un peu et chuchota à son tour. Je peux sans doute vous paraître plus magnanime que ce que nous devrions être sans doute... Mais vous ne savez que trop que je suis comme ces mulâtres que l'on trouve dans les colonies d'Afrique. Une bâtarde trop blanche pour les noirs et trop noire pour les blancs...

La jeune femme n'alla pas plus loin dans ses pensées et continua de valser gracieusement sur le parquet. Elle méprisait les humains mais contrairement à son cavalier, ne les effrayait pas. La jeune femme pensait que faire régner la peur dans le monde des hommes ne l'avancerait à rien, ils se montraient beaucoup moins dociles et compréhensifs sous le coup de la peur. En réalité, Chastity voyait les humains comme un chef d'état, un dictateur. Elle gouvernait son monde d'une manière ordonnée et toujours calculée, prévoyant les réactions des mortels le plus précisément du monde, dans le seul but de se servir d'eux. Cependant, elle ne gouvernait pas en utilisant la peur. Y avait-il là une preuve qu'elle était infiniment plus retorse et hypocrite que bon nombre de Vampires ou bien fallait-il interpréter cela comme des égards faits à la race à laquelle elle avait appartenu et dont elle ne s'était pas totalement défaite ? Même elle n'aurait pas su répondre.

Ils se séparèrent à la fin de la danse, elle alla trouver l'invité surprise et le fit monter dans sa chambre où elle lui brisa les cervicales sans autre forme de procès. Les remarques de l'homme la piquèrent au vif et ce fut tendue comme une corde trempée dans de l'amidon qu'elle redescendit l'escalier. Cet abruti s'était cru drôle avec ses calembours stupides ? Il n'avait rien trouvé de mieux à dire au moment de sa mort ? Pourquoi ne s'était-il pas mis à genoux pour implorer un pardon qu'elle se serait fait une joie de lui refuser ? La jeune femme regrettait de ne pas avoir torturé cet homme insolent.


* Qu'importe, il est mort maintenant. *se dit-elle.

Comme pour ne pas adoucir son mécontentement, elle croisa Sladd en descendant, qu'elle accueillit avec une morgue difficilement dissimulée. Les révélations de Glen l'avaient rendue fort suspicieuse à son égard et donc plus agressive. Heureusement, sa raison reprit le contrôle et elle se montra très polie et aimable, en digne femme du monde. Elle faillit rire jaune lorsqu'il souligna qu'elle était contrariée mais se montra tout à fait exquise.

- Je ne peux vous cacher que certains de mes domestiques, en cherchant à faire trop de zèle, font plus de mal que de bien. C'est bien la dernière fois que j'engage du personnel supplémentaire pour une soirée... Si il avait fait un peu plu attention, cet imbécile n'aurait certainement pas renversé de l'eau partout.

Le sous-entendu était on ne peut plus clair. A la façon dont elle avait accentué les mots, Sladd saurait qu'elle le soupçonnait fortement d'avoir quelque chose à voir avec cette affaire. Mais les évocations de l'eau et du personnel ne pouvaient être comprises que s'il était réellement dans le coup. Chastity espérait voir dans les expressions de son visage, une confirmation de ses hypothèses.

Il lui parla ensuite de son animal mythologique favori, réponse à une question qu'elle lui avait posée bien plus tôt dans la soirée, ce qu'elle trouva de très mauvais goût. Mais elle accueillit la remarque avec un sourire.


- Tiens donc, Fenrir... Vous avez le goût du gigantesque Mr Nordj. Peut-être accepteriez-vous de discuter un peu plus longuement de mythologie avec moi, dans quelques temps ? Je suis malheureusement appelée ailleurs pour l'instant.

Elle le quitta de manière un peu cavalière car ses sens avaient été attirés par une dispute, plus loin dans le Hall. Aux auras pleines de colère qui commençaient à grandir, elle identifia sans peine trois Vampires qui s'acharnaient contre une quatrième personne qu'elle reconnut de loin en la personne de Ludwig. La jeune femme agit aussi vite qu'elle le put pour réfréner les ardeurs et éloigner le Calice sur l'accord du Comte. Ils montèrent tous les deux dans ses appartements pendant que le Maître des Ombres rendait son jugement comme bon lui semblait.
Chastity, déjà passablement irritée par l'incident du faux valet, se contenait pour ne pas envoyer valser quelque pot de fleurs qui se serait trouvé en travers de son chemin. Massacrer ainsi sa fête, en ayant pourtant conscience de la présence d'humains sur les lieux... La stupidité sans bornes de certains Vampires l'étonnerait toujours.

En entendant la remarque du Calice, la jeune femme sourit. Le pauvre homme ne savait pas de quoi elle était capable... Son apparence frêle de jeune femme lui faisait sans doute oublier à quel point elle avait vécu et accumulé d'expérience. Chastity était loin de l'oie blanche qu'elle laissait paraître ; surtout en matière d'hommes et de plaisirs charnels. Bien que privée de luxure depuis plus de cinquante ans par manque d'êtres qu'elle jugeait dignes d'elle, la belle avait été une vraie louve dans le passé, sachant aussi bien se donner avec fougue que se refuser avec une violence inimaginable. Ses lèvres fines étirées, elle se tourna vers le bel Allemand et lui répondit d'une voix suave.


- Votre sollicitude me touche, mais vous n'avez aucune raison de vous inquiéter... Je suis loin d'être une inconsciente et encore moins une effrontée. Les hommes ne me font pas peur... d'ailleurs, permettez-moi de vous dire qu'un loup a très peu de chances d'attraper la brebis lorsqu'il s'aventure sur son terrain de jeu.Elle marqua une pause avant de murmurer. Vous êtes bien placé pour savoir que nos apparences sont loin d'êtres le reflet de ce que nous sommes réellement, n'est-ce pas ?

Légèrement apaisée par ce petit échange, elle le fit entrer dans sa salle de bain personnelle, merveille de faïence de Limoges où la blancheur des neiges inviolées se mariait aux bleus délicats de l'océan. Les meubles étaient agencés avec goût et la robinetterie argentée ajoutait une note raffinée à l'ensemble. La haute bourgeoise laissa le Calice s'installer et récupéra sa trousse de soins dans une des armoires peintes qui se trouvaient dans la pièce ni trop vaste ni trop exigüe. En revenant, son regard croisa celui de l'homme. Elle y trouva de la sensualité mais aussi une bestialité étonnante pour un humain. La personne qu'elle avait en face d'elle était fascinante. Il lui semblait être un homme avec la philosophie d'un vrai Vampire. Il avait l'air d'avoir une force de caractère impressionnante mais pourtant, il avait accepté la soumission face au Comte. Les rapports qui unissaient ces deux hommes étaient décidément bien compliqués pour elle qui ne possédait pas de personnel identique. Pourtant, une chose était certaine : Ludwig était intouchable et le pire des châtiments s'abattrait sur l'importun qui se risquerait à jouer avec lui. Elle venait d'en avoir la preuve dans le Hall...

Elle ne fut pas surprise du sadisme qui scintilla dans les yeux du Calice lorsqu'elle souligna la bêtise d'Arlington qui s'était sans doute cru assez puissant pour défier le Comte sur de simples suppositions. D'un air entendu, elle hocha la tête en sortant la bouteille d'éthanol.


- Oh mais je ne doute pas que le Comte Keïsuke attendra certainement votre retour pour prononcer la sentence qui siéra le mieux à notre homme.

La jeune femme s'occupa ensuite de la joue du jeune homme qu'elle prévint des éventuelles piqures que pourrait occasionner l'éthanol sur la peau à vif. Mais elle ne fut pas plus étonnée que cela de sa froideur de marbre, comme s'il avait été insensible à toute douleur. Elle continua de désinfecter la plaie et passa ensuite aux belles mains de l'homme qu'elle devina pianiste. Lorsqu'elle lui en fit la réflexion, elle eut la chance de voir un sourire, qui semblait franc, fleurir sur le visage de son hôte. En vérité, elle trouva étrange le sourire de cet homme si froid qu'elle s'était déjà habituée à voir insensible en toutes circonstances. La découverte de ce nouveau faciès lui fit plaisir.

Elle hocha doucement la tête en entendant la réponse de l'homme en appliquant soigneusement la pommade sur les douces mains.


- Le piano et le violon... Les deux instruments nobles par excellence. J'ai pratiqué le clavecin dans le passé mais avec le temps, cet instrument est tombé en désuétude au profit de son descendant. Leurs sonorités me plaisent autant mais il est difficile pour moi d'accepter le déclin d'un instrument que j'ai côtoyé pendant plus de deux siècles...

La jeune femme se tut et retourna à sa besogne, massant les délicates mains de l'Allemand avec application. Elle ne pensait plus vraiment à grand chose et son esprit s'était vidé, l'espace d'un instant. Son vieil esprit s'était perdu dans les méandres de son passé. Elle revoyait le vieux clavecin poussiéreux du manoir où elle avait vécu avec Thomas et qu'elle avait ensuite habité seule pendant presque deux-cent soixante-dix ans. Le clavecin de la salle de bal avait accueillit ses premiers exercices maladroits, puis avait empli les étages des sonorités les plus mélodieuses. Cet objet de bonheur avait partagé ses soirées de solitude les plus sombres et c'était bien à regret qu'elle l'avait abandonné lorsqu'elle avait enfin quitté la gigantesque bâtisse, détruisant toute trace de son existence passée.

Elle finit par revenir dans le présent et laissa les mains du jeune homme en lui conseillant de les traiter comme son bien le plus précieux. Un long silence suivit sa remarque mais elle n'en fit aucun cas. La Vampire n'avait rien à dire et sa patience lui permettrait de rester assise des heures entières, juste pour la curiosité de savoir qui, d'elle ou de lui, le briserai en premier.

Quand l'homme se saisit d'une mèche de ses cheveux, un éclair de surprise passa dans les iris dorés de la bourgeoise. Ce geste avait une forte connotation et paraissait rudement déplacé dans une pareille situation. De quel droit se montrait-il si familier avec elle ? Oubliait-il que, tout Calice du Comte qu'il pouvait-être, il restait l'humain et elle la Vampire ? Mais dans le même temps, la belle apprécia ce geste dans sa simplicité effrontée. Ludwig n'était pas sans savoir que toucher les cheveux d'une femme d'une telle manière relevait de l'inconvenance pure. Jouait-il de son statut d'intouchable, pêchait-il par orgueil ou par inconscience pure ? Cette prise de risque, peut-être inconsidérée, fut vite gommée par la déclaration du jeune homme. Il lâcha presque tout de suite sa mèche qu'elle replaça discrètement et tiqua à la manière dont il avait prononcé le mot ''Amour''.

Une froideur de mort. Un mépris digne des plus grands princes. La jeune femme comprit en cet instant le dégoût profond de cet homme pour les sentiments amoureux, sentiments qu'elle partageait profondément. Elle se souvenait encore de la douloureuse brûlure que lui avait laissée sa liaison avec Thomas. La jeune femme l'avait connu jeune, à l'âge de seize ans. Presque aussitôt, elle s'était amourachée de lui, ses sentiments étaient devenus de plus en plus profonds de jours en jours. A un moment, le jeune scientifique les avait partagés mais il l'avait quittée pour partir en voyage avec son maître. Ils avaient correspondu quelques mois puis il avait mit fin à leur relation pour une femme rencontrée sur place. Chastity en eut le cœur brisé et mit un long moment avant de se décider à l'oublier. Réfugiée dans le cocon familial, elle reprit son apprentissage auprès de sa mère qui lui enseigna tout ce qu'une jeune fille à marier devait savoir. Au début de l'an de Grâce 1509, elle rencontra un jeune homme fortuné, un peu simple d'esprit mais incroyablement bon et doux, qui la couvrit d'attentions délicates. Bien vite, leurs familles décidèrent de les fiancer et alors que le mariage était en pleins préparatifs, Thomas revint. Son voyage avait été un véritable échec. Sa maîtresse l'avait abandonné, lassée au bout de quelques mois ; son maître était mort d'une fluxion de poitrine et il avait dû rentrer seul, sans le sou. Bien vite, il reprit contact avec la jeune femme et ralluma une flamme que la future mariée pensait avoir éteinte. Thomas était tout ce qu'elle avait désiré, la beauté, l'intelligence, la fougue d'un caractère impétueux.
Oubliant tout bon sens, elle se détacha de son fiancé qu'elle trouvait de plus en plus flegmatique, transparent et inintéressant. Elle finit enfin de s'enfuir une nuit de novembre, mettant dans l'embarras pour de longues années une famille qu'elle ne devait jamais revoir.
C'était cet amour-passion débridé qui lui avait apporté le plus grand bonheur de sa vie avant de la mener à sa perte. Cet homme qu'elle avait suivi et aimé avait fini par la poignarder dans le dos pour la réduire au statut d'un vulgaire rat de laboratoire.
Quelques années après sa transformation, la jeune femme amère réalisa qu'à cause de son égoïsme forcené, elle s'était conduite à sa propre perte. L'amour était une illusion, un piège grossier dans lequel tombaient les âmes fragiles. Quelle que soit l'histoire et ses protagonistes, la fin apportait tôt ou tard son lot de souffrances et de larmes.


- Orphée était un idiot. Agir par amour est déjà une bêtise en soi mais échouer si près du but pour ne pas avoir résisté à l'interdit d'un Dieu... C'en est vraiment risible.

La jeune femme se tut ensuite et tourna un instant la tête vers le mur où se reflétait vaguement son image sur les carreaux impeccables. Elle avisa ensuite l'Allemand qui éprouvait le besoin de se rafraîchir. Elle se releva avec un aimable sourire et lui désigna le lavabo d'un gracieux geste de la main.

- Mais je vous en prie, faites ! Voulez-vous un linge pour vous essuyer ?

La jeune femme ouvrit son armoire après avoir rangé ses affaires et sortit un tissus de toilette immaculé qu'elle posa sur le rebord, attendant que l'homme ait fini de se débarbouiller.
Décidément, elle appréciait ce Calice... C'était un humain fascinant qui devait avoir eu un passé tortueux. Taillé comme les Apollons de l'antiquité, elle sentait que derrière son faciès policé se cachait des tourments impossibles qu'elle avait envie de mettre au jour.
Ses goûts d'esthète lui plaisaient également, il y avait en lui une grande culture, des goûts assurés, des qualités intellectuelles qui promettaient des discussions constructives.

Elle lui accorda un sourire lorsqu'il lui proposa de redescendre et lui donna son bras avec plaisir.


- Vous avez raison, mieux vaut ne pas agacer notre Lord plus que de raison. De plus, je meurs d'envie de voir le châtiment qu'il a réservé à cet importun...

La jeune femme adressa un sourire entendu à Ludwig et ils redescendirent avec la prestance d'un couple royal. Dans les escaliers, Chastity put avoir une vue d'ensemble sur la scène d'un pathétique effroyable. Quand ils se retrouvèrent dans le Hall, Glen lui chuchota quelques mots d'un air assez sec qui lui déplût. Malgré le peu de chaleur de ses paroles, elle savait qu'il avait raison. Les invités commençaient à s'échauffer et il valait mieux les rassurer avant que sa soirée ne vire au fiasco. Comprenant qu'ils allaient se séparer ici, le Calice du Comte prit congé avec un agréable baisemain auquel elle répondit par une légère inclinaison du buste. Elle ne manqua pas de remarquer qu'il l'avait appelée ''My Lady'' alors qu'elle n'était que simple bourgeoise... Du moins, pour l'instant.

- Je suis également ravie d'avoir pu rester en votre compagnie. A bientôt je l'espère.

La jeune femme s'activa ensuite vers l'assemblée, essayant de gérer les inquiétudes et les curiosités des humains qui se trouvaient là. Elle usait de charmes, de paroles rassurantes et de sourires devant ces hypocrites qui feignaient d'être effrayés par le spectacle et qui, pourtant, n'en auraient manqué une miette pour rien au monde.
Finalement, la belle choisit de pénétrer les esprits les plus faibles et de leur intimer de tourner les talons ce qu'ils firent bien volontiers. Les autres suivirent par psychologie de foule et bientôt, plus de la moitié des invités étaient retournés dans la salle de Bal. Ne restaient que des hommes et les Vampires qui avaient été invités.
Gracie, ayant eu vent du remue-ménage qui avait lieu dans la demeure, arriva en courant auprès de sa maîtresse, l'air visiblement très inquiet.


- Madame ! Vous n'allez quand même pas laisser ces deux hommes se battre ici ?

La jeune femme posa une main sur l'épaule de la servante et lui susurra.

- Ne t'inquiètes donc pas pour cela Gracie. Va donc t'assurer que les femmes ne quittent pas la salle, que les musiciens continuent de jouer et demande à Matthew et Robert de venir avec une serpillère, de l'eau et du savon. Allez ! Dépêche-toi !

La jeune femme, pâle comme la mort, allait partir sans demander son reste lorsque sa maîtresse la rappela à elle. Intriguée, Gracie se rapprocha d'elle pour être prise à part. La Vampire souffla dans le creux de son oreille :

- Gracie en fin de compte, laissez ce travail à Molly, vous lui transmettrez mes instructions... Je suppose que vous n'êtes pas encore allée chercher la robe que je vous ait offerte... Je vous saurait gré d'aller la récupérer tout de suite et de la revêtir, j'ai besoin de vous ici ce soir.

La domestique parut choquée de la proposition de sa maîtresse et son visage se décomposa en un clin d'oeil.

- Enfin madame !! Et si... et si on me reconnaissait ?

Chastity esquissa un sourire un brin taquin et renchérit.

- Voyons, depuis quand les aristocrates prêtent-ils attention aux domestiques ? Avec quelques bijoux et un peu de fard, le tour sera joué. Je vous prête ma tiare en diamant et améthystes ainsi que la parure assortie, vous savez où elle se trouve. Vous pourrez vous préparer dans la chambre de la Marine, personne n'y entrera si vous la fermez à clé mais ne laissez aucune trace de votre passage. Si l'on vous pose des questions, vous êtes une de mes lointaines cousines, arrivée du pays de Galles depuis peu. Vous étiez indisposée et c'est pourquoi vous n'avez pu descendre plus tôt est-ce clair ?

- Mais...

- Il suffit, c'est un ordre. Je connais votre sens de l'observation, vous me rapporterez tout ce qui vous aura paru suspect. N'ayez crainte et n'hésitez pas à vous affirmer. Ce soir vous ne serez plus le domestique mais le maître... Filez maintenant ! Et évitez le plus possible les autres domestiques !

Chastity regarda la petite bonne s'éloigner au pas de course puis se rapprocha des deux combattants qui avaient commencé leur joute. Arlington était déjà mort...
Un fin sourire étira les lèvres de la bourgeoise lorsqu'elle vit l'épée du Comte transpercer le corps de son adversaire. Un élan de curiosité la traversa alors qu'il tombait à terre. Le Maître des Ombres n'avait pas touché un point vital... Comptait-il donc le garder en vie ?
Ce fut alors que la voix du colosse résonna dans son esprit. Il était vivant pour mieux souffrir, condamné à errer dans l'Ombre sans plus jamais revoir ses proches. Quel était le châtiment le plus cruel entre celui-ci, l'enfermement à vie ou la mort immédiate ? Elle ne savait pas.

Les deux acolytes emmenèrent le ''cadavre'' de leur ami et la jeune femme claqua des doigts pour indiquer aux valets rameutés par sa camériste qu'il était temps de nettoyer la scène. Beaucoup de monde s'insurgeait malgré tout des circonstances dans lesquelles le Comte avait demandé son duel à outrance... Chastity soupçonnait un futur scandale et jugea bon de modifier les mémoires présentes, à l'aide des autres Vampires présents. Devant le nombre faramineux de personnes, la jeune femme eut une idée pratique qui laverait l'honneur du Comte et ne porterait aucun préjudice à la soirée de la même manière. Aussi discrète qu'une souris, elle alla trouver le Marquis de Downshire et lui souffla sur le même ton qu'il avait eu avec elle :


- Je pense qu'il est temps de mettre les esprits au clair... Arlington était ivre et a provoqué le Comte en duel à outrance. J'ai essayé de l'en dissuader mais il n'a rien voulu entendre et a dégainé sa canne épée pour foncer sur le Lord qui n'a fait que se défendre... Je m'occupe de la dizaine de personnes restée dans l'entrée. Je compte sur vous et sur les autres pour ce qui est des invités qui sont retournés dans la salle...

La Vampire repartit mener à bien sa tâche. La première personne qu'elle croisa fut une jeune femme brune de belle allure qui devait avoir environ vingt-cinq ans. Chastity esquissa un large sourire à l'attention de cette femme, fille de poète, qui avait la réputation d'être très savante. A vrai dire, elle figurait parmi ses plus proches amies au sein de la Noblesse. L'humaine parut soulagée de voir l'hôtesse et l'apostropha presque aussitôt.

- Miss Stephenson, quel plaisir de vous voir enfin ! Je ne pensais pas que votre soirée tournerait ainsi ! Le Comte Keï aurait pu trouver un endroit plus approprier pour régler ses comptes !

La Vampire eut un sourire aimable et, l'air de rien, manipula l'esprit de la jeune noble.

- Lady Lovelace, il me semble que vous vous êtes fourvoyée... Le Comte était en cas de légitime défense. Le Baron d'Arlington, déjà d'un caractère irascible, avait un peu trop bu et engagea un duel contre le Comte... J'ai bien essayé de l'en empêcher mais il s'est jeté sur son adversaire, profitant de sa faiblesse au genou. Si le Comte ne l'avait pas abattu, il serait mort à l'heure qu'il est.

La comtesse fronça les sourcils devant le discours de la jeune femme, sentant bien que quelque chose manquait dans sa mémoire. Mais les pouvoirs de Chastity furent plus forts et elle hocha la tête, l'air un peu perdu.

- Effectivement, il me semble que vous avez raison... Pourtant tout est si flou dans ma tête...

- C'est tout à fait normal, l'action s'est déroulée tellement vite ! Mais d'ici quelques jours, votre esprit sera aussi limpide qu'un lac de montagne. Sur ce, Lady Lovelace, je me vois contrainte de vous quitter, j'ai d'autres invités à rassurer. J'espère vous recroiser prochainement, nous parlerons de l'avancée de vos travaux.

- Ce serait avec plaisir Miss Stephenson...

Les deux jeunes femmes se séparèrent sur un sourire et la Vampire continua sa besogne avec la même aisance, modifiant les événements avec son zèle habituel. Cependant, un goût amer lui restait dans la bouche. Elle avait l'impression de faire le ménage derrière le Comte, comme une vulgaire servante. Il avait beau être le Maître de Londres, la maladresse qu'il avait commis là lui serait longtemps reprochée. Qu'est-ce qui l'avait empêché de châtier Arlington plus tard ? Il avait mis en péril la Mascarade en agissant avec autant de fureur. Sa soirée avait failli être gâchée de peu et son entrée dans le Monde aussi. Heureusement pour elle, ils avaient rétabli la situation de peu et serait plainte de sa malchance ou louée pour avoir essayé de canaliser la fureur de deux hommes prêts à s'entretuer.

Alors qu'elle effaçait la mémoire d'un énième gentleman, le Comte en personne vint la trouver. Il requérait un entretien en tête à tête qu'elle ne pouvait que lui accorder. Après avoir terminé avec son humain, elle inclina la tête en avant et lui adressa un pâle sourire.


- Bien sûr ! Suivez-moi je vous prie...

Elle le conduisit dans le salon qu'elle avait au rez-de-chaussée, une vaste pièce décorée de pièces importées du Japon. Elle avait réussi à marier à la perfection le confort de l'Occident avec l'exotisme raffiné des confins de l'Orient, suivant une mode très populaire à l'époque mais que peu de gens arrivaient à maîtriser sans tomber dans l'excès.
Lorsqu'ils furent seuls, il lui présenta des excuses qu'elle devina sincères et qui diminuèrent de moitié sa frustration. Un sourire fleurit sur son visage avant de laisser place à une mine plus grave à la mention des hunters. La jeune femme se tourna alors vers le manteau de la cheminée où avait été accroché un beau tissus de soie sous verre, sur lequel avait été tracé à l'encre noire des kanjis impeccables.


- Je dois vous avouer que je me suis peu préoccupée de la question des Hunters ces dernières années mais j'ai entendu les bruits courir. Ils deviennent de plus en plus virulents, cela cache quelque chose...Elle marqua une pause et lut l'inscription en japonais."Connais ton ennemi et connais-toi toi-même, même avec cent guerres à soutenir, cent fois tu seras victorieux. Si tu ignores ton ennemi et que tu te connais toi-même, tes chances de perdre et de gagner seront égales. Si tu ignores à la fois ton ennemi et toi-même, tu ne compteras tes combats que par les défaites..." Sun Tzu avait raison. Aujourd'hui nous commençons à essuyer de violentes offensives des Hunters et les premières défaites sont imminentes... Nous ne connaissons pas assez notre ennemi désormais et il va nous falloir percer leurs plans à jour le plus rapidement possible avant d'avoir à panser des blessures graves. Chastity s'arrêta, regarda le Comte et revint vers lui. Je ne vous apprends rien, je le sais... Mais vous pourrez compter sur moi dans votre lutte. Il est temps que je prenne mes responsabilités au sein de notre race.

Elle souligna par là qu'elle désirait appartenir entièrement au monde Vampirique, malgré sa nature expérimentale. Chastity savait qu'elle restait plus proches des créatures de la nuit que des humains malgré son désir d'aller toujours plus haut et l'absence de relation chasseuse-proie qui était censée exister entre elle et les mortels.
La Vampire se raidit à la sécheresse de son ton lorsqu'il lui demanda où se trouvait le cadavre non sans faire mention de l'épisode du loup dans la chaufferie. Humblement, elle répondit :


- Il est pour l'instant caché sous mon lit, dans ma chambre. Personne n'aura l'idée d'aller le chercher là.

Elle le laissa prendre sa main, appréciant le compliment qu'il fit de son efficacité. Au moins, elle ne risquait pas sa fureur... A sa question, ses yeux s'ouvrirent plus grands et elle manqua de s'étouffer. Il la soupçonnait ? L'idée d'attenter à la vie du Comte était tellement étrangère à la jeune femme qu'elle faillit rester sous le choc. Indignée, elle fixa le Lord.

- Vous n'insinuez tout de même pas que...

Mais le Comte lui sourit et lâcha sa main, ce qui la soulagea. Elle s'assit dans un fauteuil quand le  noble se levait et prit un air pensif lorsqu'il lui demanda des informations complémentaires sur le domestique.

- Eh bien... Maintenant que je me repenche sur la question, je ne l'ai pas vu arriver par la porte principale. Il n'a pas non plus pu entrer par la porte arrière, elle était fermée à clé pour éviter une éventuelle intrusion pendant que le personnel était occupé aux cuisines. Je l'ai aperçu pendant la première danse, il versait de l'eau bénite dans les coupes. Je connais les visages de tous les membres de mon personnel et celui-ci est suffisamment nombreux pour m'éviter d'avoir à engager des domestiques supplémentaires lors des réceptions. Son visage m'étant inconnu, j'ai mis le Marquis de Downshire en garde et je me suis occupée du cas de l'homme à la fin de la danse. Je lui ai donné l'ordre de me suivre et après l'avoir isolé dans ma chambre, je lui ai tordu le cou. Il n'a rien dit qui puisse nous donner une piste mais... Mr O'Sullivan a mentionné le jeune Sladd Nordj quand il a vu le faciès de notre inconnu.

La belle tapota son menton du bout de ses doigts, ferma les yeux pour se concentrer puis reprit :

- Ce ne sont que des suppositions mais j'ai plusieurs fois lu des faits-divers relatant que des ivrognes avaient vu un jeune homme, dont le signalement ressemblait à son physique, qui avait fait sortir des objets de la Terre comme par magie... Je n'ai aucune preuve tangible que cet écrivain soit lié à notre affaire mais je ne crois pas non plus au hasard dans une situation pareille. Je n'ai pas réussi à pénétrer l'esprit de ce jeune homme mais peut-être aimeriez-vous le rencontrer ? Vous êtes bien plus expérimenté et clairvoyant que moi, je ne doute pas que vous puissiez voir la vérité là où je n'ai entraperçu que des ombres fugaces...

Chastity s'en remettait désormais au Comte pour connaître le fin mot de l'histoire. Les relations entre eux semblaient s'annoncer sous de bonnes augures, à son grand soulagement. Cette soirée pourrait peut-être apporter beaucoup à leur collaboration future, du moins, elle l'espérait. Dans un froufroutement de jupes, elle se leva et se rapprocha du Lord dans la limite de la bienséance avant de lever ses yeux d'ambre vers les siens, aussi brumeux que l'idée qu'elle se faisait du royaume des Morts.

- J'aimerais également savoir... Avez-vous reçu les petits paquets que j'ai joint à votre invitation ? J'escomptais que vous pourriez éventuellement m'apporter votre avis sur la question.

La jeune femme attendit la réponse du Lord. Plusieurs dizaines de minutes s'écoulèrent avant qu'ils ne sortent enfin du salon.

Le Hall s'était vidé depuis l'incident et le sang d'Arlington avait été impeccablement nettoyé par les valets de la jeune femme. Celle-ci se rendit dans la salle de Bal avec le Comte où elle chercha Sladd des yeux. Elle le trouva près du buffet et l'aborda avec un air détaché et aimable bien qu'elle mourait d'envie de l'attacher à une chaise et le torturer afin de lui arracher les réponses qu'elle attendait. La curiosité couplée à l'irritation formaient la plupart du temps un cocktail détonnant chez cette jeune femme.


- Monsieur Nordj, je vous retrouve enfin ! Je tenais à vous présenter Mr le Comte Jirômaru Keïsuke. Connaissant votre amour commun pour les belles lettres, je pensais qu'il serait une bonne idée de vous présenter l'un à l'autre...

La jeune femme s'effaça pour laisser passer le colosse de neige et les laissa se présenter l'un à l'autre avant de s'éclipser sur un mot de politesse.

Maintenant, c'était au Comte de percer à jour les secrets de cet écrivain, s'il en cachait réellement. A nouveau perdue dans la foule, Chastity chercha la crinière de feu de Glen O'Sullivan qu'elle n'eut pas trop de mal à retrouver. Elle s'approcha de lui, profitant de sa solitude pour lui glisser quelques mots sur un ton bien plus relaxé et aimable que précédemment.


- J'espère que le ménage a été fait correctement... Arlington aura fait bien du tapage ce soir. A vrai dire, j'ai besoin de vous. Pourriez-vous me suivre, s'il vous plaît ?

Chastity l'emmena dans le Hall et gravit les escaliers qui menaient à l'étage des chambres. Elle voulait l'avis de Glen sur le cadavre et s'assurer d'un lien tangible entre Sladd et lui. Le sachant dans les petits papiers du Comte, il lui servirait également de témoin devant ce dernier. Si jamais le cadavre devait être enlevé par d'autres Hunters, mieux valait qu'un autre Vampire l'ait vu car elle doutait fort que sa seule parole puisse garantir son innocence. Ce moment de solitude permettrait peut-être aussi au Marquis de lui poser des questions plus franches sur sa nature ; le public présent pendant le Bal avait grandement freiné leur entretien.

Elle poussa enfin la porte de sa chambre et le laissa entrer avant de refermer derrière eux. Puis elle s'adressa au Marquis d'un ton doux mais très sérieux.


- J'aimerais que vous éclairiez ma lanterne... Quand nous avions repéré l'intrus, vous avez mentionné le nom de Sladd Nordj. Avez-vous vu cet homme et l'empoisonneur ensembles à un moment ou à un autre ?

La réponse n'étonna guère la jeune femme et elle s'avança vers le lit dont elle souleva un pan de la courtepointe afin de regarder au-dessous. A sa grande surprise, le cadavre avait disparu. Une exclamation d'étonnement mourut avant même d'avoir franchi ses lèvres. Consternée, elle se redressa, tous sens en alerte.

- Je ne comprend pas... Personne n'est entré ici depuis que je suis redescendue, j'en suis certaine... La jeune femme respira l'odeur du parquet et décela le parfum infime de l'homme qu'elle avait tué. Remerciant ses sens de Vampire, elle souffla. C'est très ténu mais je sens encore son odeur dans la pièce... Est-ce que vous pouvez confirmer cela ?

La jeune femme se redressa en époussetant ses jupes et croisa les bras. Son front était barré par un pli qui traduisait son anxiété et l'intense réflexion dans laquelle elle était plongée.

- Je ne sens aucune autre odeur en dehors des nôtres, de celle du Calice du Lord et de notre empoisonneur. Personne n'est entré ici et pourtant le cadavre a disparu... Mais il était là ! Je doute que des Hunters soient capables d'un tel tour de magie...

Le regard d'ambre de la jeune femme se porta sur celui de Glen. Elle attendait son avis, ses hypothèses ou ses éventuelles questions.

Pendant que Chastity était avec l'Irlandais, Gracie marchait silencieusement dans les couloirs vers la salle de bal. Elle avait revêtu une robe d'un beau velours violine à la coupe élégante de style Louis-Philippe dont la légère désuétude passait inaperçue devant le visage d'ange de la domestique, magnifié par le chignon tressé qu'elle s'était fait et par la parure qu'elle portait. La robe en elle-même tendait à être plutôt portée l'après midi mais les bijoux qui l'agrémentaient avait changé son style du tout au tout, si bien qu'on pouvait la prendre pour une robe de soirée. L'ensemble reflétait tout à fait l'image d'une provinciale élégante mais peu au fait des dernières tendances.

Lorsqu'elle descendit, quelques têtes se tournèrent mais personne ne vint à sa rencontre. Pour commencer ses recherches, elle crut bon de s'approcher des principaux protagonistes de l'incident ; ce fut sur ces pensées qu'elle tomba sur le fameux protégé du Comte Keï, qui semblait être seul à ce moment là. D'un air anodin, elle lui adressa la parole en lui décochant un sourire aimable mais dénué de toute tentative de séduction.


- Cette soirée semble riche en rebondissements n'est-ce pas ? Nous ne sommes pas encore croisés pourtant... Je m'appelle Grace Blantyre, je suis une lointaine cousine par alliance de Mrs Stephenson.

La jeune femme avait légèrement modifié son prénom qui seyait mieux ainsi à une femme de la bonne société. Sachant que sa maîtresse était une Vampire, elle avait préféré ne pas prétendre être de sa famille directe et invoquer des liens issus d'un mariage, ce qui pouvait brouiller un peu plus les pistes, puisque Chastity avait été mariée dans le passé à un homme sans héritiers mais qui avait de nombreux cousins comme la plupart des lords anglais.

Spoiler:
 


Dernière édition par Chastity E. Stephenson le Mer 31 Juil - 11:08, édité 4 fois
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Sébastian Angelstone
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MessageSujet: Re: Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42] Lun 20 Mai - 17:35

La discussion avec le comte avait été tendue, voir même difficile. Angelstone n’était pas habitué à courbé le dos mais il devait admettre que cette fois, sa vie ne tenait guère à grand-chose. Le comte n’était pas comme les sectes : il n’hésiterait pas à brisé les règles établis par le monde obscur pour en finir avec lui. Dans les faits, c’était quelque chose que le diable aimait bien, avoir dans son entourage un homme qui n’hésitait pas à outrepasser les lois du monde pour agir comme il l’entend. Ce qu’il aimait moins c’était lorsque ce même homme pouvait se retourner contre lui. Toujours aussi prudent, il avait pris un soin méticuleux à choisir les bons mots qui traduiraient efficacement les évènements. Mais, tout en parlant, l’ange déchus avait remarqué les infimes expressions qui modelait les trais de marbre du vampire. Il avait rapidement saisis que son absence avait grandement froissé son ainé et que malgré ses raisons, celui-ci lui en tenait rancœur. Le comte pouvait croire futile son occupation, mais Sébastian s’avait que ses agissements lors des deux dernières semaines avaient été profitables. Oui, bien sur, il avait joué le rôle de messager mais sa position n’avait été que renforcé lors des dernières fictions. Il n’avait pas été qu’un simple porteur de parole, non, cette fois les deux sectes lui avait permis d’appliquer les lois vampiriques. Il avait pu ainsi châtier ceux qui avaient osé s’élever contre les règles, chassant, condamnant ses paires que la folie avait emportées. Il avait même organisé quelques mises à mort...

Dans le chaos, le diable avait pris un nouveau visage et malgré ses manières raffinées, il avait habilement semés quelques discordes au sein même des sectes. Les vieux chefs perdaient le contrôle et les membres commençaient à s’en rendre-compte. Avec quelques paroles mielleuses, leurs haines c’étaient reporter contre les hunters. En lui annonçant cela, le vicomte espéra avoir fait plaisir au grand homme qui lui faisait place. Bien sur il avait entendue ce qui c’était passé au théâtre et la tournure des évènements les avantageait grandement. Le coup d’état avait directement visé l’un des leurs et toute la race criait vengeance. Le comte avait alors réagit avec force. Oui bien sur, il appréciait ce revirement. Lui-même avait quelque compte à régler avec les hunters qui avaient osé l’attaqué. Sébastian avait été stupéfait de savoir qu’Alexander était encore en vie et pire encore qu’il s’en était pris au comte lui-même. Et puis il y avait cette Sarah Spencer... encore cette humaine détestable. Le vampire ne comprenait décidément pas pourquoi son ainé courrait encore après la chasseuse, visiblement elle finirait par lui faire beaucoup plus mal que des balles de bloody rose... Mais, le vicomte n’avait pas souhaité aborder plus le sujet épineux de cette donzelle. Le comte n’était pas d’humeur aussi il valait mieux éviter de mettre de l’huile sur le feu. La discussion avait par la suite pris un ton plus sérieux abordant le sujet de la loyauté. Loin d’être un idiot, Angelstone avait compris le sous-entendue, même chose en ce qui concernait Fiora. Le vampire n’avait pu retenir le sourire froid qui avait étiré ses lèvres minces. Savoir que le comte s’occuperait d’elle le remplissait étrangement d’un certain bien-être.

Mais alors qu’il allait poursuivre, le contacte de l’eau bénite l’avait totalement chamboulé et voilà qu’il se tenait au milieu d’un étrange petit groupe, reconnaissant les membres du Sabbat. Comment c’est idiot osaient-il venir interrompre la mascarade? Les derniers évènements leurs étaient donc si futile pour qu’ils osent se dresser contre les lois? Le vicomte était littéralement hors de lui. Déjà bien à cran par le manque de sang et l’eau bénite, malgré son apparence froide et mondaine, tout son être était considérablement crispé. Il relâcha brutalement le poignet qu’il avait attrapé, ses yeux ne cessaient de parcourir les trois fautifs qui n’osaient le regarder en face. Il les dévisageait tout en retenant les menaces et les paroles acerbes qui manquaient de franchir ses lèvres serré. Bien qu’il aurait pu se charger lui-même de la sentence, le diable ne faisait rien. Ce n’était pas à lui de régler ce conflit car il ne se trouvait pas sur son territoire et que c’était à la maitresse de maison de régler le litige mais également car c’était l’un des protéger du comte qui avait été blessé et la sentence du comte serait beaucoup plus sévère que tout ce qu’il pouvait imaginer. L’ange déchus observa les alentours, adressant un message silencieux aux autres vampires autour d’eux. Personne n’interviendrait. L’un des hommes pris en flagrant délits tenta de rompre le silence lourd qui les entourait, pointant le jeune homme appuyer sur le mur comme un hunter assassin.


- Baliverne!

Ne pu que répondre Sébastian tout en ramenant ses yeux ambre remplis de mépris sur lui.

-Le calice du comte? Vous y croyez vraiment?

Et tandis que la maitresse de maison arrivait, le vampire baissa la tête pour observer le jeune homme qui avait été si brutalement interpellé. C’était bel et bien le calice du comte, les vêtements fripés et avec une balafre sanguinolente sur la joue. Pour la première fois depuis son arrivé, quelque chose vient éveiller ses sens. Une odeur particulière, douce, subtile et puissante. L’odeur du sang. Le vampire fut saisit d’un malaise profond. Son visage se décomposa en une grimace tandis que ses crocs dépassaient de ses lèvres. Ses yeux devinrent instantanément d’un rouge profond. Il se sentait mal, nauséeux, tout son corps souhaitait dévorer l’être humain qui se trouvait à ses pieds. Mais la situation était impossible. Contrant son malaise, le vicomte cessa tout bonnement de respirer. Il ne répondit même pas lorsque la demoiselle Stephenson demanda des comptes aux hommes se contentant de lui faire une légère inclinaison de la tête en signe de salut. Il devait se contrôler à tout prix. Un homme s’approcha alors de lui, accaparant sa main. Sébastian cligna des yeux plusieurs fois comme s’il revenait à la réalité. Il reconnut aussitôt le visage joueur et rieur du Marquis accompagnée d’une jeune femme qu’il avait repérer plus tôt dans l’assemblée au bras du comte. Un pâle sourire s’afficha sur le visage du vampire mais il réagit à peine. Sa concentration était ailleurs. Le troisième comparse du petit trio sembla alors reconnaitre lui aussi l’irlandais car il l’attaqua aussitôt en parole. Une véritable joute s’en suivis sous les yeux d’une partie des invités. Sébastian était encore trop obnubilé pour s’en mêler. Pour le moment, sa plus grande priorité était de ne toujours pas respirer mais à l’intérieur il rageait de ne pouvoir rien faire. La Mascarade était sur le point de tomber, eau bénite et hunter résonnait partout dans la salle. Les humains avaient beau être stupides, cela ne pouvait durée éternellement.

Soudainement, une aura écrasante apparus près du groupe. L’ange déchus compris que le comte arrivait. Les trois malfrats également car ils se mirent à trembler. Le grand vampire arriva, remplis de rage pure qui fit frémir toute l’assemblé vampirique. Le vicomte lui-même ne pu retenir un frisson qui lui parcourra l’échine. Après quelques paroles froides, la maitresse de maison s’éclipsa avec le calice blessé. Angelstone pu enfin respirer de nouveau. Reprenant le contrôle de lui-même, il s’éloigna des deux membres du Sabbat qui fléchir sous le regard que leur adressa le comte. Ils étaient morts de peur. La jeune femme sombra dans l’inconscient et son acolyte fondit en larme, mais heureusement pour eux, ce n’était là le véritable intérêt du comte. Fendant la foule qui commençait à s’approcher, il toisa Arlington de haut. Sébastian attendait avec une certaine anxiété la suite des choses comme la plupart des gens présents. La tension était-elle que personne ne remarqua l’éclat rouge de ses yeux. La voix du comte éclata alors avec force. Un duel. Le comte exigeait un duel. Les murmures reprirent aussitôt. Un duel? Ici même? Dans c’est conditions? Mais ou était la maitresse de maison? Et le comte? N’était-il pas blessé? Un grognement commença à s’élever de la communauté vampirique. Le comte allait tuer l’un des leurs. Pour calmer les choses, Sébastian s’approcha des escrimeurs tout en redressant le dos, s’arrangeant pour être vus de la plupart des invités. Aussitôt les murmures baisèrent d’un cran. Celui qui avait châtié plusieurs de ses paires était visiblement du côté du comte. Non, il n’interviendrait pas, tant et aussi longtemps que les règles vampiriques serait respectés et les autres membres de leur race devaient faire pareil.

Le duel commença et sans y accorder le moindre regard, le vicomte en su le dénouement avant même que les lames ne s’entrechoque. La réputation du vampire en tant qu’escrime n’était pas que des ouïes dire. Les lames s’affrontèrent sous l’œil effrayé de la foule qui ne pouvait détourner la tête de l’horrifiant spectacle. Le coup final fut porté et Arlington gémit avant de s’effondrer sur le sol. La vie repris la salle et des cris jaillirent de plusieurs endroits, hurlement de terreur et de protestation. L’odeur de sang frappa une fois de plus Sébastian qui chercha des yeux une échappatoire. La foule se rapprochait dangereusement de lui, tous ces parfums, c’est odeurs, ces vies si faciles à enlever... Le regard du vampire croisa alors celui de la jeune femme qui accompagnait Glen. Elle semblait à la fois stupéfaite et choqué par les évènements. Évitant les invités, le vicomte s’approcha d’elle avant de saisir sa main et de l’entrainer à sa suite. Son geste était grossier mais il devait s’éloigner de toutes ces vies et un allié de race n’était pas de trop. Et puis, elle n’avait pas besoin d’entendre la suite. Ils franchissaient la piste de danse déserte lorsque la voix du comte explosa dans leurs esprits, faisant fléchir légèrement Sébastian qui tourna son regard vers le comte qu’il ne pouvait voir. L’expulsion pour l’éternité? Rien que ça? Arlington aurait préférer la mort.

Accélérant le pas, l’ange déchus sortit sur un balcon vide, lâchant la main délicate de la jeune femme, il s’accrocha à la rambarde avant de prendre une grande respiration comme si sa vie en dépendait. Ses yeux rouges brillaient sauvagement dans le noir et tous ses muscles étaient tendus comme un fauve sur le point d’attaquer. Les flambeaux qui éclairaient le balcon manquèrent de s’éteindre tandis que les ombres grandissaient. Un humain quelques peu trop entreprenant se présenta alors, attrapant la jeune femme par la taille pour l’entrainer plus loin, sous prétexte que son cavalier n’avait pas l’air bien mais qu’elle devait continuer de s’amuser. Angelstone n’entendit pas la suite des évènements car un bourdonnement résonna à ses oreilles. Puis tout cessa. Sa respiration devient régulière et son envie de sang s’apaisa. Il prit quelques instants pour respirer l’air froid de la nuit avant de se redresser, tout en passant un revers de main sur son front avant de se retourner.

Curieusement, la jeune dame était toujours présente, aucune trace de l’intrus cependant. Les cheveux en batailles mais le reste de sa personne dégageant un calme apaisant, le diable s’approcha de sa consœur de race, la détaillant pour la première fois. Elle était d’une grande beauté, non pas similaire aux déesses grecques comme la plupart des dames victoriennes mais plutôt comme les créatures féérique. Menue, svelte, ses yeux brillaient d’une intelligence vive et ses long cheveux argenté encadrait son visage, encadrant ses pommettes saillantes. Reprenant son rôle, Angelstone lui adresse un pâle sourire.


-Veuillez m’excuser mademoiselle de vous avoir entrainé contre votre grés mais vous me sembliez être la personne la mieux désignée sur qui je pouvais compter pour trouver un peu d’air frais.

Le vampire avait tenté un coup de chance, la salle ayant déjà eu son lot de sang, il n’avait pas voulu perdre le contrôle au milieu des invités. Replaçant ses vêtements et resserrant son nœud de cravate, le diable s’inclina devant la jeune femme :

-Je me permets de me présenté, je suis Sébastian vicomte d’Angelstone.

Il prit doucement la main de la jeune femme avant de lui faire un baisemain galant. Alors qu’elle allait lui dévoiler son nom, il la coupa gentiment.

-Et vous êtes mademoiselle Aisling O'Doherty, la cousine de monsieur Sullivan n’est-ce-pas? Il a eu tord de laissé une aussi agréable personne seule au milieu d’être fade.

Sébastian pris un soin particulier d’appuyer sur le terme de cousine car il se doutait qu’il était faux. Au loin, il apercevait la tignasse rouge du vampire qui se mêlait aux invités, entrainant les humains à sa suite. Mais il ne voulait pas mettre la jeune femme dans un inconfort, le diable poursuivit :

-Un nom très agréable si je puis me permettre. D’autant plus qu’il vous sied à ravir, selon ses origines celtique qui signifie ''rêve’’, mais vous devez très certainement le savoir, je ne vous ennuierai guère avec des étymologies veine.

Au loin des nouveaux éclats de voix furent porter par le vent froids de la soirée. Encore le comte. Angelstone sentit une vague d’agitation magique tandis que ses confrères effaçaient la mémoire de la plupart des humains présent. Le vampire jeta un petit coup d’œil à la jeune femme. Pouvait-elle sentir ces perturbations, c’est vibrations propre aux agissements de sa race? Bien sur il aurait pu fouiller son esprit et trouver les réponses qu’il cherchait mais là n’était pas le bien propre d’une discussion. Dans la salle de bal, la musique repris son cours et les danseurs affluèrent de nouveau la piste de danse. Toute la soirée reprenait tranquillement son cours avec une énergie nouvelle. Les domestiques défilaient de nouveau avec amuse-gueule, encas et bien sur le champagne entièrement changée et remplacé et vide de toute trace d’eau bénite. L’ange déchus ne cessait de garder son attention sur la délicate fleur qu’il avait devant lui. Loin de se laisser intimider, il sentait dans sa personne une force de caractère très prononcé. S’appuyant sur la rambarde, il croisa les bras dans une pose mondaine qu’il prenait toujours en public.

-Ne vous sentez pas obliger de rester ici, si ma présence vous indispose vous êtes libres de partir, rien ne vous retiens.

Il lui fit un sourire charmeur. Non, il ne la retenait pas mais pourtant, sa discussion lui semblait intéressante.

-Mais j’aimerais beaucoup que vous restiez discuter avec moi...

Ce n’était pas un ordre, au contraire. Il avait prononcé les mots avec douceur comme une simple demande des plus courtoise.
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Sladd Nordj
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MessageSujet: Re: Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42] Dim 2 Juin - 17:23

Cette soirée dans le Monde était fascinante aux yeux de Sladd des choses qu'il ne faisait qu'imaginer arrivées enfin, la vue des plus grandes personnalités de Londres, les plus belles perles des différents bijoutiers s'affrontés sur les doigts et les cous des dames. Les tailleurs aussi étaient à l'honneur puisque les belles tenues défilées encore et encore devant les yeux sombres de l'alchimiste. Étrangement on l'avait invité, mais malgré ses dépenses folles dans sa tenue du soir il n'arrivait pas à la cheville des plus modestes invités de ce bal grandiose, il dut user de son alchimie pour cela et il savait que l'hôte du soir Chastity aurait des doutes, déjà que certains semblaient se monter contre lui. Tout premièrement cette rencontre avec monsieur O'Sullivan dans la salle d'eau après la création de son clone, leur entretien bien que froid et court, Sladd l'avait senti, ce regard ignorant et douteux qu'on les hunters sur les vampires et les vampires sur ceux qu'ils suspectent d'être hunter.

C'était durant son énième moment de solitude qu'il croisa la cousine de Glen, Aisling, belle irlandaise envoyé par son cousin non pour briser l'ennuie de sa dame, mais pour lui tirer les vers du nez, des vers ou plutôt l'encre de l'encrier. Même si la belle était une dame de la haute noblesse elle était belle et sûrement loin d'être une cruche pleine d'eau. Le jeune homme entreprit d'accepter l'invitation à danser s'excusant de ses piètres qualités de danseurs, il fallait dire qu'il préférait lire la danse que la composer. La belle dont il n'avait pas le nom encore le lui proposa en une subtile devinette, hélas si elle pensait le prendre avec une hauteur certaine elle serait déçue puisqu'il avait une certaine culture puisqu'il lisait le jour quand le ciel permet la lecture en plein air, tuait la nuit quand l'ombre permettait la surprise et composer, analysé, expérimenté à l'aube et au crépuscule.


-Madame Aisling O'Doherty je puis donc en conclure ? Que de belles sonorités à prononcer pour une personne telle que vous. Cependant combien de coeur avait vous meurtrie si vous en représentez l'étymologie, combien en blesserez-vous encore ?

Le ton du jeune homme était souriant et plein d'ironie, encore une fois il y avait un double sens à cette phrase, en soit les deux correspondaient à la première impression que Sladd avait de cette cousine. Le premier en soit la flattait sur le nombre de coeur qu'elle a fait tomber à ses pieds puis qu'elle a dut sûrement refuser par chrétienté, le second plus sanguinaire, lui laissait dire qu'il soupçonnait son cousin ainsi qu'elle d'être victimes de plus d'une mort. Il savait qu'il jouait à un jeu dangereux, mais qu'importe il pourra toujours s'échapper en utilisant une partie de sa pierre, mais savoir s'il pouvait titiller les natures qu'ils suspectait de ce Glen O'Sullivan et Ainsiling, il serait en mesure de lui offrir un cadeau.

L'irlandaise lui répondit qu'elle avait le choix du cavalier après avoir justifiée que son cousin aimait butiner les belles fleures présentes à Londres, Sladd ne cacha pas un sourire des plus sincère et hypocrite, car ce mensonge se lisait comme on sait que les nuages apportent le mauvais temps. Sladd était un humain, mais instruit et perspicace, elle avait choisi l'homme le plus pauvre de ce bal comme ça, alors qu'elle était une grande noble, peu probable.


-Et bien vous choisissez bien mal bal vos cavaliers puisque je suis de loin le plus opposé à vous madame.

Il avait répondu cette phrase courte et qui semblait déplacée, mais il montrait bien là à sa cavalière qu'elle avait frappée à la mauvaise porte pour lui prendre diverses informations.
C'est ainsi que la conversation ce poursuivit et Sladd laissait l'irlandaise tourner autour du pot, il n'attendait que des questions directs, chose qu'elle lui offrit sur un plateau d'argent s'il est possible de l'imaginer puisque l'alchimiste avait des doutes sur la nature humaine de Glen qu'il pensait vampire, est-ce que cette belle créature n'en était pas une aussi
?

-Moi ? Fit-il innocent. Mystérieuse personne ? Il ne put s'empêcher de rire avant de reprendre. Je ne suis qu'un simple écrivain qui tente de progresser dans le monde de l'édition, je ne suis pas Racine hélas mais l'espoir fait vivre m'a-t-on dit un jour. Cependant je ne suis qu'un Anglais, disons que ma famille m'a offert l'accent de l'est. Vous avez tout-à fait raison, je ne suis pas un lord, je suis bien mieux qu'un lord si vous saviez... Il laissa cette pointe de suspens, il aurait aimé l'attirer dans un coin plus sombre et à l'aide de son gant dans sa poche lui faire profiter de la terreur qu'il inspire à être bien mieux qu'un lord. Il fit une pause cherchant sa création puis il répondit à cette dernière question. Non, non du tout, je suis passionné par les oeuvres de notre hôte, je suis juste déçu de ne pas voir chaque pièce son rôle, son fonctionnement, mon imagination à fin et la satisfaire impliquerait une chose illégale aux yeux de madame Stepheson.


Il mit fin aux hostilités s'il était possible de dire ainsi en renvoyant avec élégance Ainsiling vers son cousin qui n'insista pas, il la trouvait dangereuse il ne voulait pas s'amuser à s’attirer plus d'ennuis que ceux qui arrivaient. Il était repartit manger seul à nouveau et lorsqu'il entendit les paroles du Comte dix minutes après la fin de son dialogue, celui d'un combat à mort, il admettait l'éventualité que des vampires effacent la mémoire des gens ici pour ne laisser aucune trace car en soit, soit le Comte était un vampire et pas mal de rumeurs circulaient, soit l'adversaire était un vampire et allé tuer le Comte qui n'était pas vampire.


*Ca sent le roussit, quitte à faire du chantage autant cs souvenir de qui provoque le chantage...*


Le jeune homme parti en marchant calmement vers la salle d'eau où il était précédemment pour faire sortir le cadavre pour s'enferme à cause d'une commission qu'il jugea mentalement d'urgent à régler. Sur la route il plaça sa main aux pieds des poutres pour éviter que son chemin direct ne soit suspect et il fit apparaître de son alchimie discrète des yeux dont seul l'iris sortait ainsi que deux trous faisant office d'oreilles. Il partant ensuite vers sa destination finale plaçant deux yeux pour surveiller la zone, il était prudent et voulait contrôler les sons et images de la salle. Il vit de l'un des yeux le combat et la mort de celui qui affronta le Comte puis ensuite il écouta, au début tous en parlait, de cette mort, puis en quelques secondes plus rien, chose qui confirmée que les vampires présents censuraient la mémoire des humains pour éviter que tous ne saches que le Comte avait tué quelqu'un et à présent il en était sur et certain, le Comte est un vampire, car si des vampires effacent la mémoire des humains alors que la personne qui agresse le Comte n'est pas vampire, c'est qu'il est lui même vampire. Sladd bien qu'il avait des doutes avec les rumeurs des hunter que son frère côtoyaient. Voilà qui le surprenait, il venait là d'avoir une importante découverte et il en était heureux, quel genre de chantage pourrait-il faire d'ici peu ? Cependant ce secret qu'il venait d'apprendre le forçait à à rester discret et calme.
De multiples questions naissaient dans l'esprit de Sladd, dans la lignée vampirique, où se situait le Comte, car il était quand même le second de la reine et ce n'est sûrement pas n'importe quel vampire. Il savait que le plus vieux vampire du monde siégé en cette ville capitale d'Angleterre et il ne saurait le découvrir.


Pour que son absence ne paraisse pas suspecte il redescendit deux courtes minutes après deux personnes dont il reconnu une voix, celle de son hôte Chastity. Ainsi qu'une voix plus froide et masculine, mais Sladd ne savait à qui appartenait cette voix.

En bas des escaliers il croisa rapidement son hôte à qui il demanda les causes de son agacement même s'il les connaissaient déjà, il joua l'innocente personne inculte et s'en alla marcher dispersant ses yeux et oreilles qu'ils avait semé dans la pierre, rangeant habillement son gant dans un endroit insoupçonnable, un lieu peu raffiné qui ne s'expose qu'à une femme après le mariage dans la noblesse mais à porter de main pour le mettre rapidement tout de même.

Ce fut que lorsqu'il retourna vagabonder près du buffet qu'il recroisa encore son hôte, Sladd commença à trouver suspect que la maîtresse de maison lui tourne autant autour, à moins qu'elle ne veuille une nuit d'amour avec lui, chose très peu probable, il figurait sur la liste de ses suspects. Cette fois là, Chastity se présenta avec un invité très impressionnant, le Comte Keïsuke en personne, La personnalité de Londres, le Lord de sa Majesté. Pourquoi ces présentations ? Pourquoi maintenant et non avant ? Quelque chose ne tournait pas rond, il en était sur; mais ce fut avec une mine chaleureuse qu'il accueillit l'honneur d'avoir une discution face à face avec cet homme à la culture si étendue.


-C'est un honneur des plus grands que l'on me présente, moi Sladd Nordj un simple écrivain et dessinateur, à la figure emblématique de notre ville.


Il décrit son interlocuteur, ses longs cheveux blancs lui remémorait les souvenirs de lointaine comptine que sa mère lui décrivait quand il sortait à peine de l'âge du berceau, ces histoires de chasseurs sibériens qui chassent pour vivre et qui, un jour tombent sur une bête blessée qu'ils ne peuvent se résoudre à tuer, qu'ils soigneront ensuite pour devenir les meilleurs amis du monde. Il descendit après cela sur les yeux brumeux dont on lui avait tant parlé, des yeux aussi épais que les brumes décrite dans certains policiers venant d'Écosse, où même encore une fois de son pays natal. Le corps robuste et grand laissait imaginer une puissance physique des plus conséquence, mais pour un vampire quoi de plus normal.

-Notre hôte du soir m'a vanté votre grand savoir en matière de littérature et de dessins, peu être avez-vous pris un peu de temps à lire les deux romans que j'ai pus publier ? Il marqua une pause. Même si cela m'étonnerais puisque pour les trouver il faut arpenter de petites librairies que peu de monde connaissent, souvent côtoyées des connaisseurs en vieux exemplaire.

Il le regardait comme un enfant découvre le monde, rencontrer un homme de cette envergure n'était-ce pas une chance pour lui petit écrivain de basse renommée, peu être pourrait-il faire décoller sa carrière, cet entretien pourrait faire basculer sa vie pour peu qu'il ne fouille pas sa mémoire pour y trouver qu'il est le coupable de l'histoire de l'eau bénite.


-Dites-moi Comte, connaissez-vous des librairie qui vendent des oeuvres asiatiques, chinoises et japonaises plus précisément, je suis en quête de certaines oeuvres anciennes pour ma curiosité et faites des comparaisons entre les styles littéraires sur plusieurs siècles. Il marqua une pause en regardant le colosse, évitant ses yeux pour éviter tout affront. En ce moment j'étudie ce chèr français, Molière, analysant les satires de la société de son époque et voyez-vous, il avait beau critiquer ceux de son époque, je trouve quand même que certaines personnes en font vraiment trop ici, ne croyait vous donc pas ? Bien heureusement, elles sont bien rares.

Il prit deux coupes à un domestique qui passait à travers la foule en se frayant un chemin difficile à cause de tout le monde présent. Il regarda les coupes pour observer l'espace d'un instant la trajectoire des bulles et demanda au Comte.


-Souhaitez-vous une coupe de champagne où bien puis-je la reposer dans un plateau qui passera d'ici peu ? Il but une petite gorgée sans déceler cet arrière goût d'eau bénite qu'il connaissait puisqu'il l'avait lui-même élaborer et reprit dans un sourire. Je trouve que nous autres les bourgeois sommes comme ces bulles d'air dans les coupes de champagnes. Nous souhaitons nous battre pour entrer dans le monde de l'aristocratie, y être intégrer après un dur travaille pour assurer à notre progéniture une vie qu'ils feront prospérer, mais sans en profiter. Mais c'est là une tâche difficile puisque souvent nous partons du fond du verre progressant lentement pour remonter à la surface et nombre d'entre nous s'écrasent contre le verre transparent à la dureté de l'acier pourtant transparent. Et combien même lorsqu'une poignée d'entre nous arrive à entrer dans l'air de l'aristocratie, vous autres aristocrates vous nous jugez sévèrement comme intrus. Ai-je raison ? Je ne critique pas, je suis réaliste simplement. ?

Il le regard dans les yeux cette fois, il devait être fixé sur ce que le Comte pensait de sa classe sociale et sa petite réflexions avant d'espérer pourvoir entrer dans ses employés à travailler comme scribes et romanciers. L'écrivain continuait de boire lentement sa coupe de champagne écoutant attentivement le Comte qui était face à lui, ils n'allaient pas parler de littérature toute la soirée, et il serait mieux pour Sladd de partir rapidement dans la soirée, après un entretien qu'il aurait avec Chastity.
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MessageSujet: Re: Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42] Mar 9 Juil - 0:21

Ce qui pouvait passer pour une innocente valse à la mode était en réalité le moment rêvé pour quelques danseurs désireux d'arracher quelques aveux à leurs cavaliers. Ce qui était le cas d'Aisling avec Sladd, et de Glen avec Chastity. La première fut piquée au vif en entendant le jeune bourgeois reconnaître son nom comme s'il l'avait su depuis le début. Comment un homme de sa condition pouvait aussi bien connaître sa langue natale ? C'était impossible... Il ne pouvait avoir deviné aussi facilement... Mais sa réflexion vexa profondément la jeune femme qui se raidit et lutta pour ne pas lui donner une gifle.

-Comment osez-vous... ? Votre éducation laisse à désirer, monsieur... S'adresser ainsi à une femme de mon rang pourrait vous valoir bien des remontrances de la part de mon cousin... Et ceci n'est pas une menace, je constate simplement que vous ignorez bien des choses du monde de l'Aristocratie ! Je porte le nom de mes ancêtres, et je ne ma targue point d'être une briseuse de cœur..., siffla-t-elle d'une voix glaciale.

En réalité, Sladd avait visé et frappé juste. Aisling se sentait bien plus meurtrie dans ses sentiments que l'inverse. Mais elle ne comptait pas lui donner la satisfaction de le lui révéler.
Il renchérit alors en lui reprochant son choix de cavalier... La jeune femme lutta pour ne pas lui planter ses crocs dans la gorge, résistant à cette envie en se disant qu'un homme aussi prétentieux l'aurait rendu malade. Un orgueil qui ne lui échappa pas lorsqu'il en fit à nouveau étalage.

-Tiens donc... ? Mieux qu'un lord ? La modestie ne vous étouffe pas, monsieur..., Dit-elle d'une voix mauvaise. Quant à vos menaces, gardez-les, je vous prie. Je ne suis pas une femme que l'on impressionne si facilement. Méfiez-vous donc des apparences.

Son regard signifia très bien au jeune homme que malgré son apparent jeune âge, sa petite taille et son visage de poupée, la demoiselle avait plus d'un tour dans son sac et bien plus d'arguments pour le faire plier. Elle tourna sèchement les talons, agacée au possible.


[...]


Un peu plus loin, Arlington à terre, Glen le dominait de toute sa hauteur, pour une fois. Et le regard qu'il lui lançait était plus qu'explicite. Les yeux bleu glace de l'irlandais lui intimaient de se taire et de s'écraser gentiment. Non pas pour la survie du Baron mais bien pour sa propre sauvegarde. Ragots ou vérité, chaque paroles était bonne pour faire office d'argument pour faire tomber n'importe qui. Glen n'avait pas très envie d'être regardé de travers pour quelques phrases venimeuses vociférées par un fou avide de renverser une autorité établie. A vrai dire, son statut d'étranger atait difficile à gommer, et il restait quelques aspérités qu'il préférait effacer que mettre en avant. Cet homme là, il ne l'avait jamais apprécié, mais il l'avait toujours savamment ignoré ou simplement piqué de quelques plaisanteries douteuses. Si le meurtre d'un des siens n'avait pas été prohibé, il lui aurait probablement tranché la gorge dès leur rencontre. Leur façon de voir les choses était bien trop différente pour qu'il puisse cohabiter. Et l'impudent venait de montrer une fois de plus son mépris pour la discrétion.

Détournant le regard, Glen s'apprêtait à se fondre à nouveau dans la masse pour se faire oublier, lorsqu'il croisa le Comte, dont l'aura démesurée le poussa à sursauter dans un mouvement de recul. Même si ses paroles à s'en encontre furent polies et respectueuses, à cet instant l'irlandais préférait le fuir que lui répondre. N'importe quel Vampire censé l'aurait fait, de toute manière. Provoquer un peu plus un Vampire de son âge déjà bien remonté aurait été du suicide pur et simple.

Le Marquis tourna la tête vers le Calice, dont le regard ne quittait plus le Baron. Il se contenta d'un hochement de tête et s'empressa d'aller disperser la foule au mieux. Du coin de l'oeil, il surveillait l'affrontement qui allait avoir lieu, mais lorsque celui-ci commença, il fut submergé par les curieux, qui se massaient autour des duellistes tel une nuée de charognards. L'irlandais eut toutes les peines du monde à les chasser, et lorsque ce fut chose faite, il resta dans la salle de bal. A vrai dire, il n'était pas certain d'avoir envie d'assister au duel. Son issu ne faisait aucun doute et l'atmosphère devenait un peu trop étouffante à son goût.


[…]


De son côté, Aisling était restée. Peut-être parce que la foule l'empêchait de sortir, mais surtout par curiosité morbide. Ainsi donc, c'était à cela que ressemblait un Vampire terrifié et acculé... Incapable de supporter une aura écrasante et contraint à se battre en sachant qu'il ne pourrait s'en sortir... La spectacle était assez pitoyable. Il n'avait aucune chance face au Comte, et il n'y avait pas besoin d'être un Vampire pour le savoir. Arlington était bien trop fébrile, dispersé et effrayé pour réussir à se battre correctement. L'issue du combat ne faisait aucun doute, mais les conventions l'exigeaient : Se jeter au pied de son adversaire ne sauverait pas la vie du Baron. Quelques mots balbutiés s'échappèrent de sa gorge tandis qu'il suppliait le Comte. Rien à faire, on lui lança une épée, et il n'eut plus d'autre choix que de se battre. Un duel à outrance fut réclamé... Aisling, qui n'avait pas quitté Airlington des yeux, les releva pour fixer le Comte avec un mélange de stupeur et d'effroi. Il en fallait donc bien peu pour l'offenser au point qu'il réclame le cadavre de l'un des siens ? Agissait-on ainsi lorsque l'on était le plus vieux membre de sa race et par conséquent pratiquement intouchable ? La jeune femme en eut un frisson d'angoisse. L'idée qu'il puisse s'approprier une vie d'un simple claquement de doigt ne la rassurait aucunement.

Le combat ne dura pas bien longtemps. En désespoir de cause, Arlington s'élança contre son assaillant, qui n'eut aucune peine à esquiver. Une seconde attaque esquivée, un hurlement à la virilité inexistante, et le Baron s'écroulait au sol. La lame pénétrant le cœur de se dernier fit grimacer Aisling lorsqu'elle l'entendit. Il ne lui avait laissé aucune chance, mais le Vampire était encore en vie. Bien mal en point mais vivant. La voix du Comte résonna dans l'esprit de tous les Vampires présents, tandis qu'aux yeux des humains Arlington n'était plus. Ses mots, emplis de menace et d'une froide colère lui firent l'effet d'une douche froide. Il était évident que malgré une magnanimité dont la jeune femme ne l'aurait pas cru capable et qu'elle admirait d'une certaine façon, il avait été dur et radical. A présent, cet homme ne lui faisait plus seulement peur de par son âge et les siècles passés à errer dans l'ombre, son caractère impitoyable la mettait aussi mal à l'aise. Elle avait de moins en moins envie de se retrouver à nouveau en tête à tête avec lui, et espérait que ce moment arrivait bien tard dans la soirée.

Alors qu'elle réfléchissait, au milieu d'une foule toujours agitée, elle sentit qu'on la tirait brusquement par le bras, et avant qu'elle n'ait pu dire quoi que ce soit, elle se retrouvait à courir péniblement derrière un homme qu'elle ne connaissait pas.

-Mais enfin ! Lâchez-moi ! Sale rustre ! Cria-t-elle.

Elle sentit tout de suite l'aura d'un vampire, de quelques dizaines d'années son cadet, et c'est avec un froncement de sourcil qu'elle cessa de se débattre pour simplement le suivre. Ses manières ne lui plaisaient pas, mais elle était curieuse de savoir ce qu'il lui voulait. Lorsqu'ils parvinrent à un balcon, il défit son étreinte et elle retira sèchement sa main pour remettre son châle en place ainsi qu'une boucle argentée qui s'était défaite dans sa course. Elle croisa alors les bras en pinçant les lèvres, toisant l'inconnu avec un dédain évident. Il semblait plutôt calme, mais ses cheveux noirs et ébouriffés lui donnaient un air quelque peu sauvage. Ce qu'il lui dit la décontenança. En quoi était-elle plus indiquée pour lui faire prendre l'air ? S'étaient-ils déjà rencontré ? Elle en doutait, son visage ne lui disait rien.

-Navrée monsieur mais je ne vois vraiment pas pourquoi... Je ne suis pas plus apte à calmer vos nerfs qu'une autre..., répondit-elle avec une certaine méfiance dans la voix.

Elle lui tendit la main avec tout autant de méfiance, notant son nom et son rang, deux choses essentielles. La demoiselle avait beau appartenir à la haute société de part son soit disant lien de parenté avec Glen et sa lointaine ascendance paternelle, elle n'avait pas de titre particulier. Mais avant qu'elle n'ait pu se présenter à son tour, il avait renchérit, insistant sur un mot qui la fit tiquer. Il devait partie de ceux qui ne croyaient pas une seconde à son lien avec Glen. Dans un sens, ce n'était pas si difficile, puisqu'ils ne se ressemblaient pas du tout physiquement. Mais la jeune femme fronça tout de même les sourcils.

-Mon cousin est un homme très pris, voyez-vous... Et je vous en suis gré... Je ne connais que trop bien l'origine de mon nom... Mais merci..., répondit-elle avec un demi sourire.

C'était la deuxième fois en une soirée qu'un homme connaissait l’étymologie de son nom, pourtant peu courant, et la demoiselle devait reconnaître qu'elle était à la fois surprise et perplexe. Soudain, de nouveau éclats de voix et des mouvements d'aura attirèrent l'attention d'Aisling qui se tourna vers l'intérieur de la salle. Le combat passé devait susciter bien des débats, et de nombreux Vampire ne devaient pas être en accord avec la façon de penser du Comte... A commencer par les membres du même clan qu'Arlington. La jeune femme pensa immédiatement à Glen. Si celui-ci avec une vision quelque peu étrange de la loyauté au sein d'un clan, il n'en restait pas moins un Lasombras. Et par là il devait s'être sentit visé d'une façon bien peu agréable. Mais alors qu'elle réfléchissait à celui, le regard insistant de Sebastian sur sa personne concentra à nouveau son attention sur lui. Qu'envisageait-il donc ? La percer à jour ? Il pouvait bien essayer. Le duel aurait pu être amusant à mener. Un sourire vint étirer les lèvres maquillées de la jeune femme, qui s'approcha du Vampire d'une démarche féline. S'il y avait bien une chose dont elle savait jouer, c'était son charme inhérent à sa nature de femme.

-Vraiment ? Roucoula-t-elle. Et de quoi souhaitez-vous que nous discutions, alors ? Il y a des centaines de milliers de sujets de conversations, et n'importe lequel pourrait nous occuper bien des heures...

Elle s'approcha un peu plus, une lueur à la fois sauvage et menaçante dans le regard.

-Mais ne jouez pas avec moi... N'essayez même pas d'entamer la partie, vous pourriez être déçu... Ou fort surprit !

La jeune femme recula d'un pas, retrouvant un visage bien plus aimable.

-Et bien monsieur dites-m'en plus ! D'où connaissez-vous miss Stephenson ? Je ne vous ai encore jamais croisé lors de soirées, mais peut-être connaissiez-vous déjà mon cousin ?

La demoiselle serra son châle sur ses épaules en attendant patiemment quelques réponses aux premières questions qui lui passaient par la tête. A vrai dire, elle savait si peu de choses de cet homme qu'elle ne savait par quoi commencer.


[...]


Assit sur un divan un peu à l'écart du reste de la foule, Glen se tenait légèrement penché, les coudes posés sur ses genoux et une expression d'intense réflexion sur le visage. Son aura trahissait une colère froide et une profonde envie d'envoyer balader le premier qui oserait l'approcher. Même pour un humain sa mauvaise humeur était palpable, car personne ne semblait vouloir l'approcher. Il avait remarqué le regard inquisiteur et réprobateur de quelques membres de son clan croisés en traversant la foule, et Arlington en vie, il ne donnait pas cher de sa tranquillité établie depuis près d'un an à Londres. Glen connaissait la rancune de tous les membres de son clan, il la partageait lui aussi et ne s'en cachait pas ! Mais il n'aimait pas cette situation... Marcher sur un fil en ayant constamment la sensation de perdre l'équilibre, en se sachant au dessus d'une fausse remplie de prédateurs affamés ne le réjouissait pas plus que ça, curieusement. Les choses tournaient bien mal pour lui, et les paroles du Comte résonnaient encore dans son esprit : «Clan détestable» lui restait en travers de la gorge. S'il avait apprit que l'irlandais en faisait partie lui aussi, l'aurait-il traité de la même manière ? Ou n'était-ce qu'une façon d'appuyer l'attitude détestable du Baron ? Glen n'était plus sûr de rien. Lui même méprisait ces Vampires éprouvant le besoin de révéler à l'humanité toute entière leur nature, mais il n'avait pas l'intention d'aller fanfaronner à ce sujet. Il n'avait pas défendu Ludwig mais prit plaisir à voir Arlington s'enfoncer un peu plus dans sa bêtise. Il n'existait pas de bonté chez l'Irlandais, seulement de la cruauté et de la mesquinerie. Du moins pour ce genre d'individus. Il releva alors la tête, éprouvant le besoin de cracher une rancoeur un peu trop tenace à son goût, mais la seule habituée à l'entendre s'énerver de la sorte était absente. Il chercha Aisling du regard mais ne la trouva pas, et fut chassé de ses pensées avec l'arrivée du jeune calice du Comte, qui venait lui proposer sa compagnie en attendant le retour de son maître. Ses excuses arrachèrent un ricanement moqueur à l'Irlandais, qui répondit d'une voix froide.

-Quand bien même vous ne vous excuseriez pas, je serais bien mal avisé de vous en vouloir quand on voit où cela mène ceux qui vous offensent...

Il lui jeta un regard en coin, sans pour autant l'inviter à s'asseoir. Il pouvait bien rester ou aller faire un tour, Glen s'en fichait bien à ce moment là. Mais quelques mots lui revinrent en mémoire, et il se souvint qu'il valait mieux ne pas laisser le jeune homme à nouveau tout seul. Aussi soupira-t-il en lui faisant signe de s'asseoir à côté de lui. Pourtant, le rouquin n'avait absolument pas envie d'avoir à raconter sa version des faits ou de donner son avis à qui que ce soit. S'il l'avait fait, il n'aurait fait que vouer mille et une fois Arlington à l'enfer, s'il n'y était pas déjà. Alors qu'il s'asseyait, Glen remarqua à quel point le visage de l'allemand était figé dans cette expression d'excuse, comme s'il y était si peu habitué qu'il avait du mal à s'en départir pour reprendre une expression neutre. Peut-être se sentait-il obligé de s'en vouloir pour des mots que de toute manière le Marquis n'avait pas comprit ? Glen poussa un profond soupir.

-Des excuses valent toujours mieux qu'un silence méprisant, j'imagine..., ajouta-t-il avant de se tourner vers Ludwig avec un regard dur. En revanche ne profitez pas de ma mansuétude... Je ne vous promet pas la même patience si cela venait à se reproduire... Vous avez beau dissimuler votre noirceur, elle ne restera pas longtemps cachée si vous agissez toujours ainsi..., conclut-il sur ce qui s'apparentait à une menace.

Il se passa une main sur le visage, réalisant qu'il n'était pas maquillé et pouvait bien se permettre ce geste pour une fois. Il releva la tête, et fit un effort surhumain pour paraître aimable, sa voix faussant grandement avec ses propos.

-Restez ici, je vais chercher quelques rafraîchissements...

En réalité, si Glen se levait c'était bien pour éloigner sa mauvaise humeur de la seule personne sur laquelle il ne pouvait la passer. Planter une fourchette dans l'oeil de son voisin sans raison était étrangement mal vu en société... Même s'il savait que ce moment de solitude ne durerait que quelques secondes, il fut soulagé... Du moins jusqu'à ce que Chastity ne vienne le rejoindre alors qu'il tendait la main vers le buffet. Perdu dans ses pensées, il ne l'avait pas vu approcher, et il sursauta légèrement. La remarque de la jeune fille tiquer l'irlandais qui serra les dents en lui jetant un regard glacial.

-Je ne vous le fait pas dire... Il n'aura pas éclaboussé que sa propre réputation... Cet imbécile met en danger toute notre race..., répondit-il d'une voix morne. Je vous suis.

Secrètement, le Vampire espérait que cette histoire serait vite oubliée et qu'il n'en serait pas un dommage collatéral. Il suivit la jeune femme à travers la foule, avant de se souvenir qu'il avait laissé Ludwig seul. Il fut tenté de n'en faire qu'à sa tête et de le laisser seul, mais il se doutait que s'il lui arrivait quoi que ce soit, il en serait responsable. S'occuper d'autrui n'étant définitivement pas son fort ! Ce n'était pas spécialement pour le jeune allemand, qui concrètement ne lui avait rien fait, Glen était simplement détestable lorsqu'il était de mauvaise humeur. Il fit alors signe à Chastity de s'arrêter, et chercha Aisling du regard. Enfin il la trouva, discutant avec le Vicomte d'Angelstone sur un balcon. Il s'adressa alors à elle de manière à ce qu'elle soit la seule à l'entendre.

*Quand tu auras fini de batifoler, tu voudras bien venir surveiller le Calice ?*

Même ainsi ses paroles trahissaient une colère retenue, et il vit la jeune femme se raidir en se tournant vers lui.

*La politesse ne t'étrangle pas, ce soir... Tu avais raison au sujet de Sladd... Il est un peu trop prétentieux pour ne pas cacher quelque chose, et je suis même persuadée qu'il sait qui nous sommes.*

Aisling fit alors une légère révérence à Sebastian, et l'invita à la suivre s'il le désirait.

-Nous ne devrions pas laisser monsieur Zwitter seul étant donné les circonstances... A moins que vous ne préfériez rester ici...

La jeune femme fit volte face et partit à la recherche du jeune allemand. Elle n'était pas particulièrement enchantée de se retrouver face à l'homme le plus proche du Comte et donc le plus susceptible de lui reprocher son attitude passée. Lorsqu'elle l'eut trouvé, elle vint s'asseoir à ses côtés, lissant délicatement les plis de son ample robe de soirée.

-Mon cousin vous prie de l'excuser, il a été retenu ailleurs..., dit-elle avec un sourire crispé.

A vrai dire, elle ne savait absolument pas comment engager la conversation et commençait à se dire que les minutes allaient être longues jusqu'au retour de Glen.
Celui-ci suivait à présent Chastity dans les escaliers, et lorsqu'il vit qu'elle le conduisait à sa chambre, il esquissa un sourire amusé en la détaillant du regard. L'inviter ainsi dans un endroit aussi intime faisait naître quelques idées sensuelles dans son esprit. Après tout, la jeune femme était d'une grande beauté, et sa nature différente la rendait aussi désirable qu'elle était étrange. Il l'aurait volontiers séduite à défaut de la couvrir de paroles rassurantes quant à son attitude future à son égard. Mais les circonstances n'étaient malheureusement pas favorables à cela, et c'est à regret que le Vampire chassa ces idées de son esprit, en ayant bien prit soin de ne rien laisser paraître à la jeune femme. Son aura était bien trop lourde de colère pour que cela se sente.

L'Irlandais pénétra dans la chambre et reporta son attention sur le mobilier élégant de l'endroit, sur les drapés du lit, les détails de la commode ou encore les motifs des rideaux. Tout était élégant et choisit avec soin. Lorsque Chastity lui demanda plus de détails au sujet de Sladd, Glen se tourna vers elle, croisant les bras sur sa poitrine. Il la fixa d'un regard perçant et presque dérangeant.

-Si vous faites référence à l'homme de tout à l'heure, je les ai pas vu ensemble à proprement parler. En revanche, j'ai vu l'imposteur descendre de l'étage au moment où je montais me rafraîchir. C'est là que j'ai trouvé monsieur Nordj. Je puis donc en conclure que leur présence à tous les deux n'était pas une coïncidence.

La demoiselle ne sembla guère étonnée de sa réponse, et elle se dirigea vers le lit, dont elle souleva un pan du couvre pied afin de révéler au Vampire la cachette du cadavre. Evidente mais ingénieuse. Personne ne serait aller fouiller sous le lit d'une dame. Lorsqu'elle se redressa, véritablement horrifiée de ne plus voir l'homme qu'elle avait tué, Glen esquissa un petit sourire mesquin qu'il effaça bien vite de son visage. Il ne sentait pas l'odeur d'un cadavre et n'était guère étonné pour sa part.

-J'imagine que vous demander si vous êtes certaine de l'avoir bien tué serait une insulte... Je ne doute pas de vos capacités à tuer..., dit-il une voix moqueuse avant de retrouver son sérieux. Mais là n'est pas la question... Les morts ne s'envolent pas. Ils ne se relèvent que si nous les transformons, or je ne sens pas l'odeur du sang ici. Il n'a pas pu se volatiliser...

L'Irlandais se pencha en s'appuyant sur le lit et renifla le parquet ciré à son tour.

-Encore cette odeur d'encre de Chine..., murmura-t-il plus pour lui même.

Avant de se relever, il passa un doigt sur le parquet et observa la poussière blanche qui le couvrait. Il se releva et arpenté la pièce, passant la main sur un meuble avant de constater qu'ils étaient impeccablement propres.

-Il ne devrait pas y avoir un seul grain de poussière dans une chambre aussi propre et bien rangée que la votre..., dit-il en s'approchant de la jeune femme pour lui montrer la poudre plâtreuse sur son doigt. Or il y a des résidus de plâtre sous votre lit, ce qui est anormal. De plus, je sens une légère odeur d'encre de Chine. Tout à l'heure lorsque j'ai croisé monsieur Nordj, j'ai sentit la même odeur. Quelque chose me dit que les deux sont liés.

L'Irlandais chassa la poussière sur son doigt et retourna observer le parquet sous le lit. Un ricanement sourd s'échappa de sa gorge alors qu'il se redressait.

-C'est tout de même étrange, vous ne trouvez pas ? Les humains nous paraissent faibles, éphémères, démunis... Pourtant ils arrivent encore à nous surprendre ! Dit-il avec une lueur de fascination dans le regard. Regardez donc ! Celui qui a fait ça nous a pris au dépourvu ! Il n'y a ni preuve, ni élément qui puisse potentiellement nous donner un indice ! Rien qu'un peu de poussière et une odeur d'encre... C'est absolument fabuleux !

L'humeur du Vampire commençait à changer légèrement. Si sa mauvaise humeur persistait, une sorte de fascination et d'animosité commençait à poindre. Il aimait les énigmes et les mystères, et celui-ci attisait sa curiosité.

-Notre imposteur s'est joué de nous, il s'est volatilisé... Mais a-t-il seulement jamais existé ? Qui nous dit qu'il ne s'agit pas d'un leurre ?

Glen savait reconnaître les illusions de la réalité, et il savait qu'il n'était pas en présence de l'une d'entre elle. En revanche, il était perturbé par cette disparition inexpliquée. Comment et pourquoi ? Il n'en avait pas la moindre idée.

-Je crois que plus rien ne peut nous surprendre... La sorcellerie, les créatures de la nuit, tout cela existe depuis la nuit des temps... Je suis persuadé que celui que nous cherchons s'amuse à jouer avec la magie pour nous tromper... Je ne vois pas d'autre explication... Un cadavre ne se volatilise pas sans raison ! Le tout reste à savoir qui et comment... ?

Le Vampire s'approcha de la fenêtre et contempla le jardin éclairé par la lumière de la lune. Il marqua un long temps de pause durant lequel il réfléchissait.

-La plupart des notre défendent l'ignorance des humains vis à vis de notre nature... Mais cette ignorance les Hommes la piétinent... L'innocence n'a jamais existé que pour voler en éclats ! Glen se tourna vers Chastity, le visage soudain plus dur et sérieux. Je ne défends pas les Vampires qui souhaitent dévoiler notre nature aux humains. En revanche, je ne supporte pas non plus les humains qui jouent aux apprentis sorcier et se permettent de faire chanceler notre couverture.

L'Irlandais quitta la fenêtre pour s'approcher de la belle rouquine, plongeant son regard dans le sien. Il était si près qu'il devait pencher la tête pour la regarder, et le tissu de leurs vêtements se frôlaient. D'un geste de la main, il l'attira à lui en enserrant sa taille et murmura d'une voix doucereuse à son oreille.


-Laisser ce scélérat rôder ici serait une erreur, vous ne pensez pas ? J'ose espérer que vous n'allez pas vous laisser insulter sous votre propre toit...

Glen se redressa, lançant à la jeune femme un regard à la fois brûlant et insistant, si près d'elle qu'il pouvait sentir son souffle sur son visage.

- Et si mes soupçons sont fondés, nous trouverons sûrement un autre indice d
ans la salle de bain où j'ai rencontré monsieur Nordj tout à l'heure, Conclut-il sur le même ton.

Se disant, le Vampire rompit cette curieuse proximité et se dirigea vers la porte avant de se tourner une nouvelle fois.

-Oh ! J'oubliais... Votre nature me fascine, vous avez du le constater tout à l'heure... Et je serais ravi que vous m'en disiez plus à ce sujet...

Laissant la jeune femme méditer sur la question et digérer les faits, Glen ouvrit la porte et prit la direction de la salle de bain où il avait rencontré Sladd un peu plus tôt. Il n'espérait pas trouver grand chose mais il ne voulait rien laisser au hasard. Surtout, s'il s'agissait bien de lui, il voulait comprendre quel type de magie ou sorcellerie le jeune bourgeois pratiquait. Comment pouvait-il faire apparaître et disparaître des corps ? Mais était-il seulement conscient ou responsable de tout ça ? Glen n'avait aucune preuve ni certitude. Juste de gros soupçons. Et il entendait bien les confirmer. Une fois arrivé dans la salle de bain, il en fit le tour à la recherche d'un indice ou même d'une piste, mais rien. Il n'y avait rien d'anormal ni de différent. Il se tourna donc vers Chastity.

-Voyez-vous quelque chose de différent ?

Il attendit sa réponse, et lorsque ce fut chose faite, ils envisagèrent de redescendre vers la salle de bal, afin que leur absence prolongée n'aille pas alimenter un peu plus les ragots de la soirée. Là, ils retrouvèrent les convives, lancés dans de grandes conversations pompeuses, les danseurs sur la piste, l'orchestre... Le duel était une histoire ancienne, même s'il se murmurait encore bien des choses parmi les invités. Glen chercha Sladd du regard, bien décidé à lui faire cracher le morceau. Il le vit en grande conversation avec le Comte et préféra rester à l'écart, se tournant vers Chastity.

-Il ne sera pas facile à approcher pour le moment, je le crains... Et je n'aimerais pas me tromper, mais discuter avec lui pourrait nous apporter les éléments manquant... Qui a gardé le flacon d'eau ? Demanda-t-il comme s'il s'agissait d'un innocent récipient, au cas où quelques oreilles indiscrètes auraient jugé bon de s'intéresser à leur discussion.

Surveillant toujours Sladd du coin de l'oeil, Glen vit Aisling s'approcher des deux interlocuteurs, et fronça les sourcils.
La jeune femme avait en effet quitté Ludwig et Sebastian quelques instants plus tôt, prétextant un besoin de bouger pour se dégourdir les jambes. Elle avait remarqué la tension montante entre Sladd et le Comte, et regrettait déjà amèrement de s'être levé. Elle aurait préféré rester assise et ignorer qu'une potentielle altercation pouvait avoir lieu, mais c'était plus fort qu'elle. L'idée qu'un autre combat puisse éclater à une telle soirée ne lui plaisait pas, et lorsqu'elle croisa le regard de Glen, elle comprit qu'il était du même avis. Pourtant, la jeune femme n'était pas du tout rassurée à l'idée de se retrouver à nouveau face au Comte. Elle en était même terrifiée, pour une raison qui lui échappait encore. Glen glissa alors mentalement quelques mots au vieux Vampire.

*S'il cache de l'encre sur lui, je n'ai plus aucune doute quant à sa culpabilité... Et je le soupçonne de pratiquer la sorcellerie ou pire encore... Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez lui...*

L'Irlandais était bien trop loin pour voir si Sladd portait bel et bien de l'encre de Chine sur lui, ou encore pour en sentir l'odeur. Et pour l'heure, il préférait rester à l'écart. A ce moment là, Aisling arrivait à la hauteur des deux hommes et leur fit une élégante révérence.

-Monsieur Nordj, monsieur le Comte..., dit-elle en se tournant vers ce dernier avec un aimable sourire. Puis-je me permettre de l'audace de vous demander une danse ?

La jeune femme espérait de tout cœur que l'aristocrate ne prendrait pas sa demande pour une insulte mais comprendrait son geste. Il y avait bien trop de monde présents à la soirée, bien trop de témoins pour risquer à nouveau de fragiliser la cohésion entre leurs deux espèces.
Elle attendait patiemment une réponse, tandis que Glen attendait de son côté que Sladd soit seul afin de pouvoir lui poser quelques questions.


[HRP: Je déteste faire les mises en page... Surtout à minuit et demi... Q^Q BUT! Voici mon post, j'espère que je n'ai oublié personne, et encore désolé pour l'attente!]
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42] Jeu 11 Juil - 1:29

Le Keyaki. Un bois raffiné, clair et résistant, charmant une fois laqué...
Le Comte observait discrètement les meubles et objets décoratifs qui faisaient du petit salon où l'avait conduit Chastity un parfait exemple du futur japonisme, courant artistique qui devait se développer le dernier quart de ce siècle. L'harmonie entre l’art européen et l’art japonais commençait à se répandre dans l'esprit des artistes et des aristocrates avides d'exotisme. Chastity semblait justement apprécier ce mélange des genres et ce salon montrait assez bien la qualité de ses goûts. Les yeux nimbés de brume que promenait le Comte sur l'ensemble de la pièce reconnurent aisément chaque détail qui provenait de son pays d'origine : des vases en porcelaine blanche de Kutani ornés d'émail doré, un Mizuya dansu avec façade keyaki et structure hinoki, autrement dit un secrétaire à divers tiroirs en bois de Selkova Serrata, ici quelques estampes de vagues et de Geishas, classiques mais toujours magnifiques, là un coffre en bois de Zitan laqué bordeaux, du bambou peint ou séché, un cadre noir qui datait de l'ère Edo, une statuette de jade...Tant de choses avaient été exportées du Japon pour satisfaire le bon goût de son hôte ! Cette pièce était superbe.

Mais Jirômaru n'était pas stupide : l'emmener précisément dans ce salon était en partie stratégique. Chastity avait noté la nature de ses origines, cela n'était guère difficile avec son nom, et la belle jouait la carte de l'environnement. Elle désirait lui plaire, ou du moins lui faire plaisir. Mais n'était-ce pas également une preuve de maladresse ou de naïveté ? Le Comte aimait toujours autant le pays dans lequel il était doublement né mais un soupçon de mélancolie était rattaché à ce type d'objet. Tantôt il était apaisé par cette ambiance, tantôt il en était blasé. Sa propre chambre sous l'opéra était un vaste musée de l'époque Kamakura, celle d'où il provenait. C'était une manière de conserver ses origines et de ne pas oublier ce qui le motivait à avancer, mais il lui arrivait aussi de haïr ces reliques du passé autant qu'il les aimait. Ce salon lui rappelait d'étranges souvenirs et l'emplissait de vieilles sensations qui pouvaient s'avérer des plus désagréables...

Non loin d'eux, des kanji reposaient dans un cadre. Ils étaient peints sur un tissu de soie qui avait été mis sous verre. Le tracé était parfait, digne d'un calligraphe professionnel. Chastity s'en approcha alors et le Comte se demanda si c'était elle-même qui les avait tracés. Cependant, il préféra se taire et écouter la jeune femme lui faire part de ses impressions concernant les Hunters plutôt que de l'interrompre. Chastity se mit alors faire la lecture des kanji. C'était un proverbe de Sun Tzu, sage très réputé dont le Comte connaissait par cœur les concepts, et ce dans plusieurs langues. Son hôte utilisa cette référence avec pertinence avant de dévier sur l'urgence de la situation. Elle semblait alarmée de l'ampleur que prenaient les événements et elle redoutait les échecs.
Le lord sourit et lui répondit par un autre proverbe japonais:


- Sun Tzu était un sage mais je lui répondrais volontiers que "l'on apprend peu par la victoire, mais beaucoup par la défaite". Les erreurs sont là pour nous permettre d'avancer et je ne pense pas que les Hunters nous soient encore si obscurs que ça...

Son sourire en dit long : le Comte était confiant pour l'avenir. Même s'ils devaient s'occuper des Hunters pour éviter d'autres attentats, Jirômaru leur trouvait assez de défauts pour s'assurer une victoire prochaine. A ses yeux, s'ils avaient réussi à les surprendre ces derniers temps, au théâtre ou ici au bal, c'était bien à cause de leur manque de vigilance et de leur trop grande magnanimité. Alexender était censé pourrir dans les égouts à l'heure qu'il était et Sarah aurait déjà dû être matée. Mais il avait été trop doux avec eux et il n'en avait que trop conscience aujourd'hui. Lui qui était autrefois réputé pour ses tortures et ses terribles sentences était désormais devenu quelque peu tendre. Il était effectivement temps d'apprendre de ses erreurs et de redevenir ferme.
Alors que le lord songeait à tout cela, Chastity revint vers lui, délaissant Sun Tzu, pour lui offrir clairement sa loyauté. Le Comte sourit à nouveau. Sondant de ses limbes l'iris flamboyant de son hôte, il dévoila une partie de ses canines d'ivoire, signe de satisfaction morbide lorsque ce n'était pas celui d'une menace.


- Je saurai m'en souvenir...Fit-il gravement comme si un pacte éternel venait d'être signé entre eux.

Il lui demanda alors ce qu'elle avait fait du faux domestique qui aurait versé l'eau bénite dans leurs verres et dont elle s'était occupé d'après Ludwig. Chastity paru troublée par son ton devenu franchement sec et froid, elle avait de quoi : le Comte avait repris cette pointe de haine qui sillonnait chacune de ses artères depuis son duel. Certes il était confiant pour l'avenir mais il avait également conscience du manque d'efficacité dont il avait fait preuve ces derniers temps. Cette histoire d'eau bénite au milieu du bal qui annonçait son retour sur la scène politique, et donc publique, n'était pas pour lui plaire. Le duel qu'il avait dû provoquer montrait en outre qu'il avait perdu une certaine part d'autorité sur ses semblables. Il était grand temps de sortir les crocs et de revendiquer sa suprématie. Le domestique devait avoir péri. La jeune femme lui confia alors qu'elle avait dissimulé le corps sous son lit, loin des regards indiscrets. Le Comte leva un sourcil : l'idée même qu'un cadavre gisait à l'étage ne le dérangeait pas le moins du monde mais si la belle pensait sincèrement qu'aucun invité dans cette salle n'était assez fourbe ou assez curieux pour aller jusqu'à sa chambre sans sa permission, c'était qu'elle était bien naïve. En effet, si les Vampires qui composaient la foule de ses convives étaient pour la plupart de hauts dignitaires ou d'habiles partis, elle ne devait pas oublier que d'autres, comme le baron d'Arlington qu'il venait de défaire devant tous, étaient bien moins éduqués et respectueux.

Chastity s'installa alors en face de lui. Le Comte profita de cette occasion pour tester cette fameuse loyauté qu'elle venait de lui offrir. Lui prenant les mains pour qu'elle se sente quelque peu coincée, il sous-entendit qu'il la soupçonnait, qu'à ses yeux elle avait pu tout aussi bien participer à l'opération de ce soir et qu'elle aie pu se trouver au courant de la situation bien avant lui. Sa nature étrange était encore remise en question chez les Vampires et le Comte devait vérifier ses penchants pour déterminer son degré d'attachement à la race obscure. La réaction de Chastity lui plut beaucoup : elle se choqua aussitôt. La belle perdit ainsi bien vite contenance et elle se mit à rougir imperceptiblement d'indignation avant de tenter de se défendre. Jirômaru la coupa dans son élan et la rassura alors immédiatement en lui expliquant qu'il devait simplement être méfiant avec tout le monde, y compris les siens. Il avait obtenu ce qu'il voulait : la peur et la colère dans ses yeux d'or plutôt que le doute qui l'aurait directement inculpée. Elle n'avait donc réellement rien à voir avec cette histoire d'eau bénite et elle était tout autant victime que ses congénères.

Jirômaru lui lâcha doucement les mains de la jeune femme et reprit la conversation. Il lui demanda de lui en dire plus long sur le domestique et sur ses propres soupçons. Fixant de ses yeux voilés ceux de son hôte comme l'on sonde un témoin dans une enquête, il écouta attentivement la jeune femme répondre à ses questions. La tension qu'il avait instaurée en sous-entendant qu'il se méfiait d'elle, au point qu'il pouvait aussi bien croire qu'elle avait fomenté ce nouvel attentat à l'eau bénite, retomba à mesure que la belle racontait ce qu'il s'était passé avec l'imposteur.
Le Comte fronça les sourcils à la mention de Sladd Norjd. C'était un homme qu'il ne connaissait que de nom et qu'il n'avait encore jamais rencontré pour la simple et bonne raison qu'ils ne faisaient absolument pas partie du même monde. C'était, d'après ses souvenirs, un artiste sans titre, certainement russe vu son nom, discret et très jeune. Chastity semblait dire que cet homme était lié au faux domestique par quelques connivences inconnues. La mention de Glen était un argument de plus : si même son amant avait des soupçons quant à cet individu, il était clair que quelque chose ne tournait pas rond chez ce dernier. Était-il le commanditaire ? Ou était-ce lui le complice ? Chastity continua et il fut bientôt question des rumeurs qui couraient au sujet de cet homme notamment en matière de magie, sujet Ô combien houleux avec le Comte...


- Je vois...Cela vient confirmer les soupçons de mon Calice...Ce n'est pas un Hunter...Murmura le lord en se frottant le menton pour réfléchir un peu. Soudain, il s'anima avec rage. Nous avons-là un petit malin qui se prend pour Dieu au milieu des enfants de l'Enfer...Je ne supporte pas ces Humains qui utilisent la magie ! Ils le font toujours à tord et à travers ! On ne s'y attend jamais !

En vérité, le Comte avait peur de ce type de rumeurs. Sarah Spencer avait utilisé une forme de magie devant lui, et ce à plusieurs reprises. Elle avait fait apparaître un loup de brume et elle avait apparemment une facilité à se faire obéir du feu. Il ne pouvait ignorer que les Humains avaient appris à se défendre grâce à quelques dons étranges qu'il ne comprenait pas lui-même. Que les Vampires possèdent certains pouvoirs, cela était logique à ses yeux puisqu'ils étaient nés par et pour le Don Obscur. Ce dernier leur insufflait la force et la vigueur nécessaires pour atteindre un nouveau stade d'évolution. Il était édicté par le Père et la Mère, nourri par le sang, attaché à l'immortalité. Mais que les Humains tirent eux-aussi d'étranges forces dans un Don quelconque, différent du leur, était une idée qui le dépassait. D'où puisaient-ils ces pouvoirs ? Leurs Dieux étaient donc bien réels comme ceux de sa race ? C'était certain. Mais comment cela fonctionnait-il ? Aucun pouvoir ne passait par leur sang...Rien n'était lié à leur consommation, ni à leurs attributs physiques...Le Comte ne maîtrisait pas ce domaine et cela l'exaspérait.

- Je vais m'en occuper. Finit par dire le Comte en soupirant. Je vais tirer au clair cette affaire.

Chastity venait de s'en remettre à lui, c'était normal, c'était son aîné et donc le plus apte à gérer ce genre de situation tout en conservant la Mascarade. C'était lui qui figurait la plus haute autorité et donc l'ordre. En soit, le Comte avait accepté depuis longtemps ce statut. Il n'était pas là pour répondre à toutes les demandes de ses congénères, il les protégeait et s'occupait des pires esclandres, sans servir de vulgaire chien de garde. Aujourd'hui, la question des Humains en chasse le concernait autant que les autres et il était de son devoir d'agir au nom de toute sa race, du moins en donnait-il souvent l'illusion.

Le sujet dévia alors : Chastity lui demanda s'il avait reçu ses paquets. Le Comte lui sourit aimablement. Il se souvenait de leur passionnante conversation sous l'opéra lorsqu'ils s'étaient rencontrés pour la première fois. Après quelques tensions, il s'était permis de l'approcher dangereusement. Son parfum, ses cheveux, son regard et surtout son histoire, sa nature, ses expériences concernant les Blood Tablett, ou du moins son fameux palliatif alternatif sur lequel elle était en train de travailler...tout cela lui rappela à quel point ils s'étaient entendus dès ce soir-là. Leur collaboration ne faisait pas de doute. Il lui avait même laissé trois cachets qu'il lui restait et une boite complète de ses propres Blood Tablett pour qu'elle les étudie et améliore les siens si possible. Le but de leurs manœuvres était de trouver un palliatif aussi efficace sur le plan nutritif que sur le plan cellulaire : il devait être capable d'éviter au passage une accélération du processus de dégénération observé avec les anciens cachets. La belle lui avait par la suite envoyé deux boites de ses palliatifs expérimentaux pour qu'il les teste, charmante intention et preuve de fidélité. Le Comte les avait fait avaler à deux de ses disciples avant d'en prendre lui-même.

Sortant de sa poche un étui de fer blanc, il présenta à Chastity trois cachets restants :


- J'ai bien reçu vos deux boites, miss Stephenson, et je dois dire que si vos premiers cachets manquaient un peu de goût les seconds me paraissent meilleurs en tout point. Je ne suis pas mécontent de vous avoir confié mes Blood Tablett pour que vous amélioriez votre formule. Cependant, quelles garanties avons-nous de leur effet ? Je veux parler de la dégénération. Il est certain que les Blood Tablett que l'on trouve en général sont facteur de problèmes dégénératifs, mais comment savoir si les vôtres agissent réellement sur l'organisme pour conserver toutes nos facultés ? Notre sang est malade, miss, et si nous voulons éviter de nous nourrir d'Humains il faut que l'on améliore ces palliatifs. Cependant, même si je vous crois lorsque vous m'affirmez que vos cachets réduisent l'effet indésirable qu'ont les autres, leur efficacité ne pourra être prouvée que sur le très long terme. Il nous faut plus de temps et surtout des expériences...

Le Comte resta muet un petit moment après cette dernière phrase lourde de sens. Un fond de mal de tête le torturait depuis un moment, il avait besoin de bouger. Il se leva donc, laissant les cachets sur la table basse devant eux et commença à se promener dans la pièce en joignant ses mains dans son dos. Les paroles de Ludwig lui revinrent en tête tandis qu'il réfléchissait sur la démarche à suivre : "une oie blanche qui vous couvre de sa compassion". Si cette impression s'avérait exacte, Chastity ne l'accompagnerait pas loin. La compassion était une chose admirable, lui-même l'avait longtemps exercée et, même s'il l'avait oubliée pour incarner son rôle de tyran, il la ressentait encore et la craignait. Si Chastity voulait rester dans son camp, elle devrait la mettre de côté pour un temps, comme il l'avait fait...
Après avoir observé les motifs des estampes japonaises d'un air pensif, le Comte fit finalement volte face. Un air des plus sérieux marquait chacun de ses traits : il venait de prendre une décision.


- Ce que je m'apprête à vous dire est grave, miss Stephenson, j'ose espérer que j'aurai votre attention jusqu'au bout et, si ce n'est votre approbation, au moins votre silence. J'ai sous mon autorité directe bon nombre de Vampires, vous le savez. Des jeunes, des vieux, des fidèles, des imbéciles...une foule de nos congénères sont à mes ordres. La plupart sont venus d'eux-mêmes, d'autres sont des disciples choisis par mes soins. Cette pouponnière m'exaspère parfois et je dois dire que certains me contrarient réellement...Je suis donc prêt à en condamner quelques uns pour la science...Le Comte revint vers la jeune femme. Son air grave avait prit une teinte de sadisme. Il s'approcha de la belle pour murmurer à son oreille: Un mal pour un bien, n'est-ce pas ainsi que l'on devrait voir l'avenir ? Les nôtres se meurent, il faut agir...Vos Blood Tablett ne prouveront leur efficacité qu'en étant testées sur des sujets à risques, or j'en ai sous mon aile et je pense qu'il est grand temps de les mettre à contribution.

Contournant Chastity, le Comte se rassied en croisant les jambes. Il attrapa sa canne-épée pour la faire tourner dans la paume de sa main comme un axe entre lui et le sol.

- Je vais m'occuper de cette histoire de Hunters en cavale, trouver le responsable de l'attaque de ce soir, régler mes comptes avec le clan des Lasombras et vous aider à mettre en place ces nouvelles Tablett, si l'on peut prouver leurs vertus. Mais pour cela, j'aurai besoin de votre entière collaboration. Vous avez certainement un laboratoire pour élaborer ces cachets ? J'aimerai que vous me le montriez dans la semaine. Je vous amènerai quelques cobayes et nous étudierons ensemble la question. Si c'est possible, nous lancerons sur le marché ces nouveaux palliatifs. Le plus tôt sera le mieux. Réduire le nombre de dégénérés devra être notre priorité. Si vos cachets peuvent diminuer l'accélération du processus provoqué par les substituts habituels, nous aurons fait un grand pas vers la liberté et la santé éternelle des nôtres. Le choix du palliatif ne sera plus synonyme de folie.

Le Comte fit une pause et finit par sourire d'un air plus détendu. Ses yeux fixaient ceux de la jeune femme comme l'on observe un diamant policé dont la nature nous est encore obscure.

- Vous parlez de "notre" race, fit-il en appuyant sur le pronom, mais beaucoup vous considèrent comme une exception, moi le premier. Cependant, je suis prêt à oublier votre nature et à vous accorder ma protection si vous me prouvez votre fidélité au Don Obscure...

Le Comte souhaitait des garanties et si Chastity voulait enfin "prendre ses responsabilités" et faire partie de leur communauté, elle allait devoir lui montrer jusqu'où elle était capable d'aller pour le suivre. Il était prêt à la considérer comme l'un des leurs si elle s'avérait efficace et surtout fidèle. En lui accordant son attention outre mesure il risquait juste de se compromettre au sein de la Nuit : il fallait donc qu'elle lui prouve son utilité pour qu'il ai un intérêt à la fréquenter. Les machines étaient importantes aux yeux des Humains, mais pour l'oeil nocturne cela n'était que connivences futiles qui ne pouvaient servir que de couverture. Il était nécessaire que Chastity ai avec le Comte un accord plus "vampirique" pour légitimer leurs entrevues.

Lorsqu'ils se furent mis d'accord sur la suite des opérations, sur les principes, les tenants et les aboutissants de leur petit complot, une fois qu'ils eurent débattu sur le côté éthique de l'affaire, il fut temps de se séparer. Leur trop longue absence au bal aurait donné lieu à des rumeurs et des commérages insupportables. De toute façon, il était temps que le Comte rencontre ce fameux Sladd Nordj, c'était l'urgence du moment.

Une fois sortis du salon japonais, Chastity l'invita galamment à la suivre et ils errèrent un moment dans la foule afin de trouver ce fameux russe. Le Comte prit garde de boiter comme à son arrivée, il ne s'agissait pas de briser son rôle déjà mis à mal avec l'impertinence d'Arlington. Après quelques minutes, ils aperçurent le dénommé Sladd mais sir Barry les trouva entre-temps et les aborda d'un air passablement affolé:


- Ha ! Monsieur le Comte ! Je vous trouve enfin ! My lady...Désolé de vous déranger mais j'aimerai dire deux mots à mon collègue...

Le Comte le fixa de ses yeux et le pauvre architecte fut soudainement comme fasciné par leurs iris fantomatiques. Sa mémoire s'altéra lentement et le souvenir des détails du duel s'effaça sans peine. Le Vampire remplaça son désarroi dû à son manque de manière en terme de règles sur le plan martial par un sentiment d’incompréhension qu'il aurait eu s'il n'avait pas pu voir la scène correctement à cause de la foule. L'homme cligna des yeux tandis que Jirômaru relâchait son étreinte mentale. Il regarda autour de lui comme s'il se demandait comment il était arrivé-là.

- Sir Charles Barry, fit le Comte en lui posant une main sur l'épaule d'un air paternel, vous devriez aller prendre un verre, cette chaleur va vous faire tourner la tête...Nous parlerons du théâtre plus tard...

L'architecte lui sourit d'un air quelque peu bêta:

- Vous avez raison mon ami ! J'y vais de ce pas!

Lorsqu'il fut parti, le Comte soupira en donnant son bras à Chastity :

- Je déteste manipuler les esprits de cette manière...Mais ils sont tellement stupides!

Jirômaru tiquait maintenant gravement. Il avait conscience que ce qui avait retourné son ami était son manque de tact pendant le duel. Normalement, un tel combat devait se dérouler à l'extérieur et l'adversaire devait choisir son arme, non pas se retrouver ainsi acculé devant une foule de jeunes filles et de gentlemen, en plein milieu d'un bal, avec pour seule option l'épée d'un comparse. Plus d'un Humain devaient trouver ce duel incorrect...Effacer les mémoires avec l'aide de ses confrères n'amusait aucunement le Comte. Il fallait sauver les apparences, conserver la Mascarade et s'assurer de la reprise du bal, mais pénétrer les esprits était un exercice que le Vampire n'avait jamais supporté faire. En effet, contrairement à toutes les apparences, Jirômaru ne le pratiquait que pour des raisons extrêmes comme la torture, le besoin de soutirer des informations ou comme ici de sauver leur race de la révélation.
Un léger picotement lui avait pris le nez lorsqu'il avait quitté l'architecte, il eut ainsi la sensation terriblement désagréable d'avoir poussé un peu trop son esprit depuis la visite de Glen dans son manoir. Heureusement, ce soir il était aidé de nombreux confrères capables de réparer les imbécillités de son Calice et du baron d'Arlington. Sans cela il aurait eu quelques difficultés à camoufler l'affaire.

Enfin, Chastity et lui arrivèrent à la hauteur de Sladd Nordj. La belle les présenta l'un à l'autre avant de les abandonner en tête à tête. Le Comte regarda de haut le jeune homme qui lui faisait maintenant face. Il l'analysa d'un coup d'oeil : c'était un gaillard de grande taille aux cheveux noirs en bataille, ses yeux étaient aussi sombres que ces derniers et son corps élancé laissait suggérer une musculature plutôt importante sans pour autant lui donner un air de brute. Son visage était fin, ses mains dignes d'un pianiste. C'était pour sûr un homme habile.
Son jugement s'égara dans une foule de questions qu'il avait à son sujet. Faisait-il partie des Hunters, ces "déchets", comme son Calice aimait les nommer de manière si présomptueuse ? Ou était-ce un simple indépendant qui avait visé quelques personnes en particulier ? Il le saurait bien assez tôt et l'heure de son châtiment sonnerait lorsque ses multiples doutes seraient confirmés. Pour le moment, le Comte lui serra la main avec un sourire aimable:


- Voici donc le fameux Sladd Nordj ! On m'a beaucoup parlé de vous ces dernières heures...Écrivain et dessinateur ? Hé bien, voilà deux métiers en un, ce qui n'est pas donné à tout le monde ! Non, il est vrai que je n'ai jamais lu vos œuvres mais il faut dire aussi que je m'attarde plus volontiers sur les classiques qui ont bâti notre ère que sur les nouveautés, je reste quelque peu vieux jeu vous savez.

La conversation semblait venir d'elle-même, comme si elle avait été calculée par les deux partis pour lui donner une coloration presque parodique. Le regard que lui portait le jeune homme était emprunt d'admiration et le Comte commençait à douter de son rôle au sein de l'attentat que ses confrères et lui venaient d'essuyer. L'artiste semblait passionné. Son ton était des plus enthousiastes et il enchaînait les sujets avec une facilité qui sciait bien à un écrivain.
Bientôt, il lui demanda s'il connaissait des librairies qui vendaient des œuvres asiatiques. Le Comte pesta intérieurement : ses origines étaient trop souvent utilisées pour lui plaire, cela commençait à bien faire. Cela faisait maintenant plus de cinq siècles qu'il n'avait plus réellement remis les pieds au Japon, se voir considérer comme un japonais relevait plus du ridicule qu'autre chose désormais. Mais que pouvait-il y faire ? Au yeux des Humains il n'avait qu'une trentaine d'années, peut-être quarante ans tout au plus, et son nom en disait long. C'était tout naturel qu'à cette époque les gens s'intéressent à son pays : il était exotique, lointain, reconnu pour son art et ses coutumes réglées.
Le Comte soupira imperceptiblement et reprit sur un ton enjoué:


- Ho vous savez, monsieur Nordj, si mes parents étaient bien japonais et si je parle couramment la langue du soleil couchant, je ne suis qu'un héritier lointain de cette culture. Je ne m'intéresse pas particulièrement aux ouvrages qui peuvent provenir de là-bas, je suis plus anglais que je n'y parais. Cependant, si je puis vous conseiller à ce sujet, il me semble évident qu'à Chinatown vous pourriez trouver votre bonheur, du moins en terme de littérature chinoise. Pour le japonais, vous pouvez également chercher dans ce quartier, il est courant que ces deux cultures s'entre-croisent même si elles restent totalement distinctes. Je ne m'étonnerai pas que vous trouviez des textes japonais chez les Chinois. Mais si vous voulez réellement vous intéresser au Japon et à ses écrivains, plongez-vous dans les rayons de la Grande Bibliothèque, dans les archives, il y a des sections réservées aux arts orientaux, bien que je doute de leur pertinence.

Sladd souriait beaucoup, cela commençait à insupporter le Comte qui lui trouvait un air de plus en plus froid sous son masque de joie. Et lorsqu'il vit le jeune homme se saisir de deux coupes, sa colère ressortit. S'il était l'auteur de cette histoire d'eau bénite, Sladd connaissait la nature des êtres tels que lui. Ce geste, qui pouvait paraître anodin et gentleman aux yeux des Humains, n'était qu'insulte pour un Vampire : le testait-il ? Voulait-il voir si le Comte buvait ou non pour s'assurer de sa nature ? N'avait-il pas empoisonné ce verre ? Jirômaru sentit ses crocs le démanger. Sladd jouait à un jeu des plus dangereux...

- Non merci, fit-il sèchement en faisant un signe négatif de la main au moment où le jeune homme lui tendit une des deux coupes, j'ai bien assez bu pour ce soir, je ne voudrais pas passer pour un rustre aux yeux des dames. Mon duel a fait déjà bien trop de vagues à mon goût...

Le Comte avait dit tout cela sans jamais quitter des yeux Sladd. Dans son regard siégeait une franche marque de haine. Le jeune homme s'amusa alors à observer les bulles qui tournoyaient dans son verre. Il se prit pour un poète et se mit à parler par comparaison pour mieux exprimer ses idées. Il fit ainsi l'analogie entre les bourgeois et les bulles de champagne afin de critiquer ouvertement l'aristocratie. Il voulut mettre en avant le dur labeur de sa classe pour atteindre les sommets. Quelle impertinence ! Même sans cette histoire d'eau bénite, sortir ce genre de propos devant le Comte relevait du suicide. Lui qui écrasait volontiers tout ceux qui n'étaient pas de la haute noblesse n'avait certainement pas de temps à accorder à un si piètre individu ! Alors si en plus il s'amusait à remettre en question les classes sociales, c'était le comble ! Comment osait-il le provoquer ainsi ? Il avait beau prendre des pincettes et jouer l'innocent, l'insulte était là.

Le regard plus dur que jamais, le Comte s'approcha un peu de l'artiste pour lui sourire d'un air franchement sadique.


- Réaliste ? Je ne suis pas certain que ce soit le terme approprié...

Il sortit de sa poche le mouchoir que lui avait donné Ludwig peu de temps auparavant et en dévoila le contenu au jeune homme : c'était la fiole dont le faux domestique s'était servi pour empoisonner les verres.

- Je crois que ceci vous appartient...Fit-il en lui tendant. D'un coup d'oeil, il nota ce qu'il voulait noter : la dilatation de la pupille de son interlocuteur, marque de surprise et de stress. C'était trop tard, Sladd était à découvert. Vous devriez éviter de laisser traîner pareille chose au milieu de vos futurs bourreaux. Le verre est encore plus dense que vous ne l'imaginez : les bulles peuvent bien crever avant la surface, cela nous arrangerait plutôt que de nous faire pleurer. La plupart de ces dernières n'ont pas de motif acceptable pour monter, elles ne sont que trop légères...

Les grandes hostilités étaient lancées, le Comte n'allait pas tarder à ne faire qu'une bouchée du jeune russe. Cependant, il n'allait pas le tuer en public, il n'était pas assez stupide pour provoquer un nouveau scandale...

- On dit que vous pratiquez la magie, Sladd...J'aimerai bien voir ça...Je suis curieux vous savez...

Le visage du Comte ne fut plus qu'à quelques centimètres de celui du jeune homme. Son sourire montrait assez bien ses projets le concernant : Sladd était perdu s'il avait le malheur de ne pas aller dans son sens. Tout devenait venimeux. Le Comte allait continuer lorsqu'une voix tenta d'entrer dans son esprit. Il se braqua instantanément mais lorsqu'il reconnu la voix de Glen, il le laissa parler avant de  lui répondre brièvement sans jamais quitter l'artiste des yeux :

*Je ne sais pas ce que l'encre de Chine vient faire là-dedans mais il dessine certainement avec, vu ses goûts...En tous cas, c'est bien notre homme, je m'en occupe.*

Ramenant son attention sur Sladd et ayant noté l'arrivée d'Aisling sur le côté, le Comte se dépêcha d'inviter son ennemi à collaborer.

- Cela vous dirait-il de me rendre visite dans mon manoir ? Nous pourrions discuter de votre avenir...Ce qui pétille n'a jamais été ma tasse de thé mais je pourrai peut-être faire une exception. Cela dépendra de ce que vous aurez à m'offrir...

Quel intérêt le Comte avait-il en la personne de Sladd ? Pourquoi lui donner un rendez-vous auquel n'importe qui ne se serait jamais pointé dans pareil contexte sans craindre pour sa vie ? En vérité, Jirômaru pressentait que ce jeune homme pourrait lui être utile et que ses maladresses au court de la soirée en faisait un imbécile heureux aisément corruptible. Il n'avait rien d'un Hunter, ou du moins de l'image qu'Alexender et sa bande transmettaient de cette fonction, si cela pouvait être appelé ainsi.

- Si vous ne venez pas, c'est moi qui irais jusqu'à vous...

La menace était claire : Sladd avait plutôt intérêt à venir au manoir avant la fin de la semaine s'il tenait à la vie. Glen et son hôte ne comprendraient peut-être pas sa démarche mais le Comte avait son idée. Et puis, il fallait éviter de provoquer une nouvelle mort en publique s'il ne voulait pas définitivement ternir son image, il pouvait aussi bien le contraindre à venir chez lui pour l'enfermer et le torturer jusqu'à ce qu'il rende son dernier souffle ! Ses affronts méritaient l'écartèlement et bien pire ! Le découper en petits morceaux pour le jeter en pâture à ses disciples était très tentant...Mais pour l'heure, il devait préserver une fausse paix entre eux et l'ignorer. Dès le lendemain, Sladd avait de grandes chances d'y passer à moins qu'un contrat tenace ne les lient dans un complot plus vaste...

Aisling arriva. Le Comte s'éloigna un peu de l'artiste pour sourire à la jeune femme. Il lui trouva un air plus pâle qu'en début de soirée. Plus d'une chose semblait avoir remué la belle. Elle était là sur les ordres de Glen, cela ne faisait aucun doute. Craignaient-ils qu'il n'arrache la tête de Sladd en pleine foule ? Certainement. Il en était bien capable. Mais quelque chose disait au Comte qu'Aisling avait également besoin de lui parler.


- Avec plaisir miss O'Doherty. Fit-il à son attention avant de se tourner une dernière fois vers Sladd. Hé bien monsieur Nordj, nous aurons l'occasion de discuter de tout cela bientôt. Je ne saurai que trop vous conseiller de ranger cette fiole et d'éviter d'en sortir d'autres avant la fin de ce bal...Les convives ignorent encore qui la détenait, vous feriez bien d'éviter que cela s'ébruite...

Donnant son bras à Aisling, Jirômaru s'éloigna pour de bon abandonnant le Russe à ses réflexions. Il ne perdait rien pour attendre ! L'épée de Damoclès qui pesait au-dessus de sa tête devait être d'un poids considérable. Qu'allait donc en faire le Comte ? Le tuer ou l'engager pour de sombres tâches ? Tout cela se déciderai bientôt.

Une fois qu'il eut abandonné sa canne-épée à un domestique qui passait par-là, le lord s'en fut avec Aisling sur la piste de danse. Il lui saisit la taille avec un peu de force et fulmina:


- Quelle plaie ! Ce crétin va souffrir...Inutile d'affoler nos confrères, il vaut mieux qu'ils ignorent que c'est lui l'investigateur de tout ça, effacer les mémoires commence à me fatiguer ! Et s'il a le malheur de bouger ne serait-ce qu'un doigt pour retenter son coup, je l'écartèle sur place...

La fureur du Comte était à son paroxysme et cela se sentait : tout son corps était crispé de rage et ses muscles le raidissaient. Cependant, c'est avec un semblant de sourire qu'il entama la danse. Les violons jouèrent une valse. Jirômaru fit attention de paraître un peu gauche pour entretenir le mythe de son genoux percé par balle mais hormis quelques pas volontairement faibles, il menait la danse comme personne. Peu à peu, il se détendit. Finalement, sa colère passa un peu avec l'air mélancolique et pincé qu'affichait la belle protégée de son amant. Qu'est-ce qui la perturbait autant ? Elle semblait presque triste...Jirômaru laissa de côté ses pensées meurtrières, partant du principe que tout ces cancrelats ne perdaient rien pour attendre et qu'il était inutile de s'en soucier maintenant. Tout était contradictoire dans son esprit. Il voulait raffermir son autorité et anéantir les Hunters pour de bon mais lorsqu'il se retrouvait face à un ennemi en pleine soirée il le laissait s'éclipser...Quelques siècles plus tôt, il l'aurait égorgé sans vergogne, sans se soucier de son statut avant d'effacer maintes mémoires ou de tuer les témoins. Pourquoi laissait-il donc sa puissance s'endormir ? Pourquoi refrénait-il sa violence ? Parce que la donne avait changée : son but n'était plus du tout à ce niveau, trop inférieur. Il avait des projets de titan qui touchaient directement au divin. Pourquoi se soucier de quelques gêneurs sans importance ? Les poissons pouvaient bien souffrir un peu des parasites, lui il allait purifier l'océan entier !

Accrochant le regard d'Aisling, le Comte lui sourit d'un air affligé:


- Allons...ne faites pas cette tête-là voulez-vous... ? Je pense qu'il y a pire que de danser avec moi, je me trompe? Glen ne vous a pas envoyée seulement pour éviter un massacre...

Son ton était soudainement éteint, comme si une grande fatigue retombait sur ses épaules. Cependant, il se rapprocha un peu de la jeune femme pour lui souffler plus sournoisement quelques mots piquants :

- Vous devriez être heureuse ! Notre hôte va vous haïr...Je lui dois une danse et vous êtes la première qui me pousse sur la piste...

Le Comte lui fit un sourire mesquin et la valse continua. Les pas calculés prirent peu à peu une souplesse agréable et le lord ne sembla pas chercher la conversation. C'était comme s'il appréciait la danse pour la danse tout en restant perdu dans ses pensées. En cet instant, Aisling était sa partenaire, rien de plus. Les violons jouaient leur mélodie sans fausse note, la foule discutait, mangeait, dansait. Quelques regards suivaient leur couple sur la piste mais beaucoup préféraient ignorer le Comte d'autant plus que leur mémoire avait souvent été altérée et donc leur curiosité déviée. La danse était calme, trop calme.
Soudain, le lord qui semblait avoir perdu en vigueur durant la danse, et malgré ses pas jusqu'ici sans faute, raffermit un peu sa prise pour éviter qu'Aisling ne perde pied. Il avait trop desserré son étreinte et s'en était soudainement rendu compte.


- Hem...Excusez-moi.

Son nez le piquait drôlement. Quelque chose le gênait. Une grande fatigue le prenait. Entre ces histoires de théâtre, ses folies avec Glen, les centaines de courriers auxquels il répondait depuis l'attentat, Sarah, les Hunters, Angelstone, le duel, Sladd...Il avait besoin de recentrer ses actions et d'éliminer ses problèmes un par un. Son esprit s'égarait, il avait besoin de repos et de réflexion.

La valse pris fin, le Comte salua Aisling et lui tendit à nouveau le bras.


- Pardonnez mon écart. M'accompagnerez-vous encore ? J'ai à vous parler.

Évidemment, sous couvert de politesse, le Comte ne laissait pas le choix à la jeune femme. Il l'entraîna alors à l'écart de la salle de bal, oubliant à nouveau de boiter et sa canne-épée. Après avoir traversé le second hall, il retrouva le chemin du boudoir japonais. Une fois entré, il se laissa tomber dans le canapé qu'il avait occupé un peu plus tôt face à Chastity. Détournant le regard, il grogna à Aisling:

- Un mouchoir...Certain de ne pas avoir été compris, le Comte se fit violence et grimaça en direction de la jeune femme : il saignait du nez. Je vous saurais gré de me trouver un mouchoir...s'il vous plaît. Ce genre d'odeur peut provoquer bien des accidents ici...

Cela lui coûtait beaucoup de rester-là à attendre de l'aide, surtout de la part d'Aisling qu'il connaissait à peine, mais il n'avait plus le choix. Cette fois il avait atteint ses limites. Le fameux picotement qu'il ressentait depuis un moment était un signe avant coureur de son état. Il manquait de sommeil et de calme depuis trop longtemps.


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42] Lun 15 Juil - 0:34


Autour du sofa où siégeait le Marquis trônait l'odeur de la Colère. Elle teintait l'atmosphère d'une impression dérangeante, lourde et étouffante. Nul fou ne témoignait l'audace de piétiner cette zone rouge par crainte de subit une ire prochaine. Et pourtant, le Noble Désargenté n'avait guère le choix. Il devait tenter.. l'impossible. Tout proche de l'être à la crinière flamboyante, le Germain glissa sur lui l'océan de ses yeux bleu. Il demanda à ce vieil être de pouvoir se joindre à lui en attente d'être appelé par le Lord, doux murmure de courtoisie. Ni haine. Ni animosité.

Au fond des limbes de son inconscience, il espérait pouvoir se faire une place à ses côtés. D'une politesse policée, Ludwig coula sur les épaules de l'Irlandais son chapelet d'excuse. Aussi abrupte que le tonnerre grondant, la réponse jaillit des fines lippes : une mélodie dissonante suivit d'un timbre des plus glacé. A fortiori, le Calice s'y attendait. Pas un mot ne fut prononcé pour déclarer une sombre hostilité. Seules les vestiges de sa désolation perdurèrent sur son visage, marques rémanentes de sa sincérité. Décevant..

Il resta là, poupée de chair immobile. Sa main  enveloppa ses tempes douloureuses, s'écrasant avec mollesse sur la peau. La migraine s'enfonçait entre ses chairs, le dévorait tout entier, l'étourdissait. Elle ne connaissait aucun fin. La souffrance lui arracha un grognement.  Ce moment restait cruellement détestable et il fallait qu'elle ne le taraude dans un lieu où il ne pourrait pas se cacher. Il aspirait au repos et au silence, dans un coin de sa chambre. Hélas, cela ne serait pas pour maintenant. Il devra prendre son mal en patience et poursuivre la Comédie, tel un brillant acteur sur la scène de théâtre.

Lassitude et Ennui. Des sentiments qu'il avait l'air de partager avec le Marquis de Downshire. Comme aspiré par son soupir, la menotte s'éclipsa du visage. Le cobalt des yeux suivit le mouvement l'invitant à s'asseoir. Était-ce vrai ? Ou une simple illusion, celui de son souhait ? Que croire ? Hésitant, tout d'abord, le Maître des Mélodies le gratifia d'un merci silencieux, un simple sourire, fugace et concis. Puis.. sans un mot il se mouva. Dignement, il s'installa à sa gauche, la tête bien appuyée sur le dossier.

Il relâchait la pression accumulée. Croisant ses jambes l'une sur l'autre, il se mettait à l'aise. Il était bien. Il pourrait rester éternellement ainsi, oubliant le compte des secondes, des minutes et des heures. Pourtant... N'était-il pas seul ?  Les premières syllabes eurent l'effet d'un aimant sur Ludwig. Chassant les mèches de blé qui lui cachaient la vue, le Noble Désargenté porta le céruléen de ses abîmes dans le cobalt des mers voisines. Il masqua habilement la surprise qui venait de le prendre. Étrange. Déconcertant.. Et incroyablement amusant.

Son vis à vis était.. fascinant. Dans un coin de sa mémoire, il garderait sa mise en garde. Il tapait juste et le Maître le Mélodie  le reconnaissait.  Fermant ses paupières, Ludwig se massa les tempes. Lorsque les menottes tombèrent de chaque côté de son buste, il chuchota à son attention.


- Je ne compte pas jouer avec elle. Dardant de nouveau le tumulte de ses saphirs sur le Marquis de Downshire, le timbre du Mélomane s'était teinté d'un voile de sérieux. Pour être sincère, je n'ai aucun grief contre vous. Si son attention s'est portée sur vous, c'est que vous êtes d'une quelconque façon remarquable. Et je me dois de le reconnaître. L'or bleu des iris coulèrent sur la foule. Je me souviendrais de votre mise en garde.  Elle n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd.

Ces quelques syllabes lui avait coûté... Épuisé. Las. Sa tête tomba sur le côté. Le rideau de ses cheveux d'or cachait son visage. La souffrance s'accentuait. Le Germain enrageait. Il poussait un son de bête plaintif avant de s'enterrer dans le mutisme. Si pitoyable moment où il se montrait en disgrâce. Sa migraine l’exécrait. Il se faisait violence pour ne pas tapisser ses poignets d'une gerbe de griffures. Il luttait farouchement contre la souffrance tonitruante au sein même de son crâne. Elle gagnait et la vipère esclaffait.

Rageant intérieurement, le mélomane fulminait contre cette fatigue qui le coupait au couteau.  Le vin qu'il avait ingurgité par gourmandise. La rage froide contre l'exécrable cafard. La horde de cancrelats et leur traîne de questions. La musique. Toute ces petites choses se mélangeaient, devenant un terrible cocktail de douleur dans sa tête. Cela l'assourdissait tel le marteau tapant sur l'enclume. Il payait chèrement cette soirée.

Il eu grande peine à remettre d'aplomb le masque du gentleman afin de masquer ses tourments. Les partager le débectait. Les subir suffisait grandement. Il luttait. Il soufflait. Il inspirait jusqu'à parvenir à un semi calme. La tête de nouveau haute et droite, les doigts glissèrent dans la crinière de blé. Délicatement, ils remettaient en place les mèches folles pour lui redonner une meilleure tenue. Satisfait, sa voix, encore teintée légèrement des affres l'ayant consumé, souffla à l'égard de l'Irlandais.

- Si j'avais eu le choix. J'aurais préféré que cet accident regrettable ne se réalise jamais. Il n'a engendré que chaos et ennui. Un instant, le dépit se dessina sur ses traits. Le voile aurait pu se fissurer.

Un soupir étend ses ailes pour étaler l'amertume du Germain. Puis, brutalement le silence s'installa. Les syllabes se tenaient scellées derrière la porte des lippes. Ludwig devenait avare. Avare de mots. Il n'étalait rarement ses intimes convictions à des étrangers. Elles demeuraient toujours absentes, rongées, profondément enfermées dans la boîte de Pandore pour ne jamais en sortir.  Elles n'avaient pas à exister.. Même maintenant où la migraine avait rongé ses défenses.

Le regard perdu sur la foule, ses couleurs, ses mouvements et ses formes, le Maître des Mélodies capta les paroles du Vieil être. Glen partait. Tête abaissée, il exprimait qu'il ne bougerait pas. Cette solitude arrivait à pic. Fermant ses paupières, ses pensées voguèrent sur son tête à tête avec l'Hôtesse. Un sourire amusé glissa sur ses lippes. Ce fut un réel régal. La louve et le mouton. Il chérissait ce moment où il pu profiter de l'esprit affiné de l'Hôtesse. Sa connaissance des arts et des mélopées charmaient son côté mélomane.

Le Clavecin.. Un instrument qu'il connaissait que dans les livres.  Il aurait tant souhaité entendre ses mélodieuses sonorités. Déposer ses doigts sur le sentier de noir et de blanc. Mais..non.. Ce n'était qu'envie.  Il avait tut ce désir égoïste en sa présence. Sa promesse au Lord restait gravée sur sa chair. Ses penchants... Sa faiblesse ne la romprait pas même si cela lui coûtait. La Musique.. Sa passion.. Son plus gros point faible... La Belle avait tapé juste pour voir l'une des facettes cachées du Noble Désargenté : l'Homme tapie derrière le visage glacé et l'attitude sauvage.

La voix d'Aisling le sortie de ses intenses réflexions. Le cobalt de ses yeux se posa sur la belle qui venait à peine d'excuser l'absence de son cousin. Sourire à peine glissé sur les lèvres, son timbre chuchota à son attention.


- Il n'est jamais amusant de jouer les gardes chiourmes.  C'est toujours une tâche pénible et ennuyeuse. L'intonation restait dépouillée d'animosité. Elle énonçait juste une triste et véridique vérité. Celle que lui-même pensait. Puis, il poursuivit...Ainsi donc vous n'appréciez pas le Lord ?

Malgré la froideur de l'expression faciale, la voix du Calice n'émettait aucune rage, ni menace, ni signe d'inimité. La question restait que pure constatation de la présentation et souhait d'engager la conversation avec une personne qu'il risquait de croiser souvent. Il écouta la réponse sans en briser les intonations. Les mers bleus glissèrent sur la silhouette rapidement, symbole de son appréciation. La Belle dégageait un charme certain et quelque chose d'exotique. Et les grenats de ses iris témoignait d'une grande force de caractère. Un bijou de grande valeur lui tenait compagnie.

Cela avait le don de le faire sourire intérieurement. Peut être que sa présence aurait un goût d'agréable ? S'il parvenait à trouver un sujet qui lui corresponde. L'ambre de sa peau l'intriguait. Il n'arrivait pas à trouver ses origines. Un court moment ses prunelles glissèrent sur la foule et les danseurs pour mieux revenir sur elle. Là, il lui souffla courtoisement.


- Aisling... Un prénom charmant. Quelques mèches lui tombèrent littéralement sur le visage.  Je ne l'avait encore jamais entendu auparavant. D'où vient-il ? Pardonnez-moi si je me montre trop curieux à votre égard.

Il semblait plus humain. Plus abordable que lors de sa présentation. Pourtant, un soupçon de sauvagerie subsistait comme une feuille qui ne voulait pas quitter sa branche un jour d'automne. Elle était mince, proche d'une étincelle, prête à s'éteindre. La migraine l'avait écharpé de manière violente et il lui faudrait du temps pour la transformer en une flamme qu'on n'aimerait pas toucher. Son récent mal de tête : Un fléau. Le Noble Désargenté ne la laisserait pas une nouvelle fois l'écorcher. Trop fier. Trop orgueilleux pour accepter de dire : je souffre. Pour se plier sous la douleur. Son plus grand défaut. Et quel défaut.

Du Bal résonna une musique de Beethoven. Fermant ses paupières, il se laissait complètement envahir par les notes. Elles le transcendaient. Détendaient ses muscles. Assouplissaient son esprit malmené il y a peu. La mélopée régalait sa partie mélomane. Il aurait souhaité avoir auprès de lui son violon. Accorder le tumulte de sa partition à celle des musiciens. Mais, l'impossibilité était là. Elle régnait en Reine. Par dépit, un soupir lui échappa. Se caressant l'arrête du nez, Ludwig finit par reporter son attention sur Aisling.


- Aimez-vous la musique ? Et avez-vous déjà pratiqué ?

Question de pure politesse. Sujet qui chassera la lourdeur du silence. Et, qui leur permettra de s'exprimer en évitant les choses que le commun des mortels ne devraient entendre. La Mascarade. Les Damnés. Les jeux qui se déroulent à la nuit tombante. Les Déchets. Sur un tel lieu et durant un tel moment, c'était risqué d'aborder de tels sujets. Le Bal souffrit assez de décadence pour en rajouter une couche en cas de fuite. Le fait de penser aux derniers événements crispa sa mâchoire de manière brève.

Chassant l'Ombre d'une rage contenue, le Maître des Mélodies décroisa ses jambes. Il se massa les tempes en de petits cercles concentriques. Il remettait en place sa chemise à jabot. Il sondait la foule de ses prunelles de Mortels. Dans ce monstre mouvant, il tentait d'apercevoir le Lord. En vain. Il finit par abandonner. Lorsqu'il darda ses mires sur la belle, la Lady s'excusa puis partit.

De nouveau seul avec lui-même, le Calice écrasa sa tête mollement contre le dossier. Il se préparait à une petite sieste courte et bienvenue. Le repos lui ferait un bien fou. Il savait que personne normalement viendrait le déranger. Grand mal lui en pris. A peine eu t-il le temps de se relâcher qu'une voix l'arracha à son désir. Ludwig cacha l'agacement sous le masque du gentleman et un sourire des plus charmeurs.


- En Effet... Il se leva élégamment afin d'offrir un baise main à sa vis à vis. Ludwig. Pour vous servir. Libérant la menotte de l'emprise de ses lèvres, le Noble montra la piste de danse. M'accorderez-vous cette danse ? Je ne suis que trop longtemps resté assit. Il me serait agréable de dégourdir mes jambes avec une si charmante partenaire.

Il l'envoûtait de mots pour tenir son rôle à la perfection. Il ne s'était que trop relâché et son jeu d'acteur en avait profondément souffert. Il risquait d'en entendre parler s'il continuait sur cette voie. L'Echec... Il ne souhaitait pas goûter à sa saveur âcre au retour du manoir. Ni même qu'on le mentionne. Cela le débectait.. Heureusement... Le moment suit son cours. Un ravissement certain  dévala le long de son échine. Elle acceptait. Il la gratifia du plus envoûteur des sourires en lui tendant galamment le bras.

Ensemble, ils se dirigèrent vers la piste de bal, là où quelques regards s'attardèrent sur le couple pour vite s'en détacher.  Le Calice accueillit la curiosité maladive par deux prunelles froides, bien plus que polaire.  Ravi du petit effet escompté, il reporta  le cobalt de ses yeux sur le visage de la Belle. Elle dégageait quelque chose de simple et modeste, de pure et d'innocent comme si la vicissitude avait glissé sur elle sans la toucher. Cela restait agréable... Tout en étant diablement irritant... Il se retrouvait comme face à un miroir.

Elle renversait sur lui l'image âcre du passé. L'Enfant qu'il était autrefois. Si doux. Si malheureux. Si candide. Si désireux d'amour. Si Faible. Prisonnier du Giron du Diable.. A l'apparence d'homme. Un homme qu'il aurait du aimer : son Père. C'est pour ne plus succomber à ce dédale langoureux du passé qu'il refusait héritage. Tenir un bébé dans ses bras provoquerait au fond de son âme une gerbe de dégoût. Il n'aurait qu'un unique instinct : le tuer. La fibre paternelle. Cet éclat iridescent ne brillera jamais dans son cœur sec.  Jamais. Cruellement, il s'en était fait le serment.

Fermant ses paupières pour s'unir à la musique, pour s’émerger des pensées profondes qui le poussaient au bord de la rupture, Ludwig accompagnait la belle de pas élégants. Il menait cette danse agrémentée par les notes des violons. Souple et Habile. Cavalier respectueux et Courtois. Il suivait les rythmes dansants des instruments. Tous ses gestes semblaient fluides, remplit d'aisance, dépouillés de toute difficulté. Il épousait la Mélopée comme une entité unique. Cela ne lui aurait pas été possible si sa partenaire se serait montrée gauche.

Le tumulte de ses mires se logea dans les mers voisines. Il ne se détachait pas. Ce moment, il le partageait avec elle. Il ne ressentait plus cette torpeur qui risquait de faire gronder la vipère enchaînée à chaque instant. C'était juste une sensation courte et extatique... Un sentiment de liberté. Puérile et doucereuse sensation qui ne durerait pas. Égoïstement. Il voulait que cela perdure encore.


- Vous dansez divinement bien. Pratiquer la valse avec vous est cruellement agréable. Sourire enjôleur aux coins des lèvres, il appréciait ce moment. Il poursuivit de son timbre grave. Restez-vous longtemps parmi nous ?

Il meublait la conversation après un long silence, lourd et pesant. Il ne comptait pas la mettre mal à l'aise par sa récente avarice vocale. Il l'écouta. Glissant un moment son attention hors du sentier de sa peau pâle, Ludwig repéra le domestique plus loin. Il ne lui aurait guère prêté d'intérêt s'il ne tenait pas la canne épée entre ses vilaines mains. Par instinct, il chercha le Lord dans l'amas colorés de jupons. En vain. Le Messie ne sortait pas du lot de cancrelats.

S'excusant auprès de sa partenaire, le Germain s'éclipsa. D'un pas pressé, le Noble désargenté récupéra le précieux bien. Il n'avait pas trop le choix. Le temps s'égraina avant qu'il ne puisse avoir de vue l'hôtesse et le Marquis de Downshire. A portée de voix, il leur souffla courtoisement.    


- Aurez-vous vu le Lord ? J'aimerais lui remettre sa canne.    

Il semblait si sûr de lui, toujours recouvert de cette impression polaire.. Ce côté sauvage. Pourtant, sur la surface glacée du Maître des Mélodies demeurait une légère fissure. Il n'éprouvait pas le souhait de rester trop longtemps vers Glen. Le vieil être à la crinière de feu l'avait vu... écharpé par la douleur. Par sa migraine. Souffreteux. Et c'était un accident assez... Regrettable. La fierté ne le piquait pas de son dard pour ce... léger détail. Il aurait aimé que personne ne soit là sur l'instant.. Avoir un témoin le mettait joyeusement sur les nerfs.
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Chastity E. Stephenson
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Race : Vampire
Classe sociale : Haute Bourgeoisie
Emploi/loisirs : A la tête d'une grande entreprise spécialisée dans la production de machines à vapeur
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Proie(s) : Tous ceux qui essayeront d'attenter à sa vie.
Secte : Liée à la Camarilla de par ses idéaux mais se conduit comme une indépendante.
Clan : Toréadors
Lignée : Émissaires du Crâne
Rang Pyramidal : Premier (grâce à son érudition peu commune même au sein de sa communauté)
Crédit Avatar : Cassandra par Ina-Wong
MessageSujet: Re: Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42] Dim 28 Juil - 12:14

Dans son salon japonais, le tête à tête de la jeune bourgeoise avec le Comte se passait plutôt bien. La jeune femme n'était pas allée dans ce boudoir sans savoir ce qu'il pouvait représenter pour le maître des Ombres. Elle ne désirait pas seulement lui faire plaisir mais aussi jauger l'effet qu'avait sur lui la présence de tels objets. S'ils le mettaient mal à l'aise, il le lui ferait comprendre mais elle ne serait sans doute pas punie trop gravement, puisque c'était la première fois. Bien qu'il se montrât courtois et admiratif sur l'agencement de la pièce, elle devina dans son ton un discret malaise. Toutes les allusions à son pays natal seraient donc à utiliser avec grande précaution à l'avenir... Elle utilisa la référence à Sun Tzu, dont un proverbe était accroché au-dessus de la cheminée, pour illustrer son point de vue sur la situation. Comme en écho, le Lord lui répondit avec un autre proverbe, ce qui la fit sourire doucement.

- Vous avez raison... Mais les défaites, pour être utiles, doivent être d'un nombre peu conséquent et leurs conséquences se doivent d'être maîtrisées le plus vite possible. Trop de défaites nous seraient dangereuses à coup sûr. Fort heureusement nous n'en sommes pas encore là !

Le Comte semblait en confiance pour le futur, peut-être un peu trop au goût de Chastity. Depuis sa transformation en Vampire, elle avait appris la méfiance et la prudence dans le but de se garder en vie, ce qui avait bien réussi jusque là. Les Vampires ne se méfiaient pas assez des Hunters parce qu'ils se tenaient tranquilles mais les dernières attaques étaient bel et bien les premiers sursauts d'une rébellion qui pouvait leur coûter très cher. Pour éviter de se faire prendre dans le feu du volcan, il fallait réagir au premières secousses de la Terre s'ils ne voulaient pas terminer comme les habitants de la défunte Pompéi.
Après ce temps de réflexion vint celui de la loyauté. Ces dernières années, la jeune femme avait compris qu'il lui fallait choisir un camp pour protéger sa vie et ses recherches. La Camarilla commençait à sérieusement gronder dans son dos et elle doutait fort que le Sabbat daigne la protéger, si ce n'étais pour mieux la poignarder par derrière. Seul Keïsuke semblait être digne de confiance. Tant qu'elle lui serait utile, il n'aurait aucune utilité à se débarrasser d'elle au contraire. Tandis qu'elle lui offrait ses services, il sourit en dévoilant ses canines puissantes, ce qui fit se dresser quelques poils fins sur son échine. Maintenant elle ne pouvait plus retourner en arrière.

Elle en vint au sujet qui lui brûlait les lèvres : Sladd Nordj. D'un air pensif, elle lui fit part de ses réflexions à son sujet. Assurément ce n'était pas un Hunter... Il était doté d'autres pouvoirs, peut-être la magie. La pensée de ces pouvoirs fit sortir le Comte de ses gonds, ce qui laissa supposer à la jeune Vampire que cet homme devait avoir un fort contentieux avec les magiciens. Une phrase cependant la fit tiquer.

''Ils se prennent pour Dieu...''

Cette expressions s'appliquait davantage aux Alchimistes qui se jouaient de la mort pour créer des êtres abjects nés de sacrifices effroyables pour un résultat médiocre la plupart du temps. Une lumière s'alluma dans le regard de la jeune femme. Si l'écrivain n'était pas non plus un magicien ?


- Peut-être que nous nous trompons... Mr Nordj peut être un magicien mais il pourrait aussi bien s'avérer qu'il soit en réalité un Alchimiste. C'est, je pense, une possibilité à ne pas écarter tout de suite et qui, si elle s'avère vérifiée, pourrait soulever des questions plus graves...

Elle sous-entendait par là une éventuelle recherche de pierre philosophale, qui accompagnait souvent les quêtes de ces oiseaux de mauvaise augure. Mais tout ceci n'était que pure suppositions et à la vérité, Chastity était bien en peine de deviner quels pouvaient bien être les desseins de cet homme. S'il s'avérait qu'il était bien de ceux-là, pourquoi prenait-il la peine d'empoisonner des Vampires au lieu de se consacrer à ses recherches ? Espérait-il donc enfermer quelques unes de leurs âmes séculaires dans un bout de caillou ? Cette perspective inquiéta la Vampire autant qu'elle attisa sa curiosité. Jusqu'à présent, elle avait uniquement entendu parler de pierres philosophales faites à partir d'âmes humaines. Etait-il possible que cette pierre divine soit dotée d'autres propriétés si elle était conçue avec des âmes de Vampire ? C'était une piste à creuser.
La Vampire s'en remit à son supérieur dans l'espoir qu'il réussisse là où elle avait échoué puis fit dévier la conversation sur un sujet qui lui tenait à cœur : ses Blood Tablets.
Il avait en effet reçu le paquet et trouvait que les effets sur le court terme semblait concluant. Néanmoins, il n'était pas sûr que ces médicaments réduisent la dégénérescence sur le long terme, il n'y avait aucune preuve formelle et il manquait encore d'expériences qui pouvaient étayer son affirmation. Chastity hocha la tête d'un air entendu, comprenant les doutes de l'homme en face d'elle.


- Cela fait plus de trois cent ans que j'ai été transformée et je me suis nourrie à ces cachets depuis toujours, profitant de l'étude de leurs effets sur mon propre corps pour en améliorer le goût et l'efficacité. Je n'ai encore jamais ressenti le moindre signe de dégénérescence et je puis vous assurer que je suis au mieux de mes facultés physiques et mentales. Cependant, nous ne savons que trop bien que ma nature est légèrement différente, ce qui pourrait bien sûr influencer les résultats... Pour être sûre de l'efficacité de ces cachets il faudrait mener une expérience sur au moins deux décennies avec des Vampires vivants, mais je doute de trouver des volontaires.

Elle se tut et regarda le Vampire qui observait une de ses estampes. Lorsqu'il se retourna, il arborait un air si sérieux qu'elle fut surprise l'espace d'une demi-seconde. Ce qu'il avait à lui dire relevait d'une importance certaine, aussi l'écouta-t-elle sans mot dire. Il lui proposait quelques uns de ses disciples encombrants pour qu'elle puisse mener à bien ses expériences. Des sujets vivants, peut-être dégénérés, qu'il sacrifiait pour la science. Dans la façon qu'il avait de formuler les choses, la jeune femme eut l'impression qu'il s'attendait à ce qu'elle émette quelques scrupules à accepter son offre.
Bien évidemment, la jeune femme n'eut pas à hésiter à deux fois. Sa passion pour la science, son désir de voir son invention apporter la solution à l'un des plus gros problèmes de la société vampirique ne pouvaient que la pousser à accepter. Ces spécimens déjà rongés par la maladie auraient certainement plus de chances de survie entre ses mains qu'entre celles du Comte, ce qui minimisait déjà la gravité de leur décision. Quand bien même certains d'entre eux venaient à mourir,  ils contribueraient à une avancée considérable de ses travaux, ce qui sauverait tous les autres atteints de dégénérescence. L'air grave, elle leva son visage vers celui du maître des Ombres.


- J'accepte. L'efficacité de mes médicaments ne pourra être définitivement prouvée que par l'étude de sujets à risques vivants sur le long terme. Cependant, il me faudra du matériel... Une cage d'argent équipée d'un minimum de confort pour chaque cobaye afin qu'ils ne puissent pas interagir physiquement entre eux ainsi qu'une liste précise de leurs pouvoirs et aptitudes, qui me serviraient de critères de comparaison si jamais les effets du médicament différenciaient selon les individus. Je m'occuperai bien sûr de toutes les dépenses nécessaires, cela va de soi.

Le ton qu'elle avait employé dans sa dernière phrase dénotait le désir de ne pas imposer au Comte des dépenses faramineuses alors qu'ils venaient d'entrer en affaire et non pas une manière d'insinuer qu'il n'avait pas les moyens d'appuyer ses recherches.
Elle le regarda s'asseoir et fit de même pour ne pas avoir l'air de le toiser, l'air toujours très attentif à ce qu'il disait. Il semblait prendre les rênes de la situation avec une confiance hors du commun, ce qui la rendit un brin admirative. Lorsqu'il présenta l'avancée de ses travaux comme une priorité, elle esquissa un mince sourire. Si ses recherches fonctionnaient comme prévu, elle deviendrait immensément respectée au sein de la communauté Vampirique pour avoir révolutionné l'usage du palliatif. Bien sûr, beaucoup la jalouseraient mais elle serait alors en mesure de se défendre. Quant au Comte... Il y avait bien sûr un risque qu'il se débarrasse d'elle une fois sa tâche accomplie mais elle en doutait fortement. Malgré son intransigeance et sa froideur, elle ne pouvait le croire dépourvu d'honneur au point d'éliminer celle qui avait sauvé sa race de la déchéance. Et puis il y avait tant d'autres domaines dans lesquelles elle pourrait lui être utile... Si elle se débrouillait bien, lui témoignant une fidélité à toute épreuve sans pour autant chercher à se faire bien voir de lui à tout bout de champ, il n'y avait pas de raisons qu'il mette fin à leur collaboration. Il évoqua aussi son laboratoire, qu'il souhaitait visiter le plus tôt possible, ce qui fit pousser en elle une pointe de fierté. Les quartiers réservés à ses expériences prenaient les deux-tiers du sous-sol et comprenaient entre autre une immense salle d'expérimentation abritant des ustensiles à la pointe de la technologie. Elle répondit en adressant un sourire affable au Comte.


- Je possède effectivement un laboratoire que je vous ferai visiter avec grand plaisir. Soyez sur que je vous accueillerai selon votre convenance à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit.

Il était entendu que le Lord lui enverrait un message pour la prévenir afin qu'elle puisse éventuellement se décommander d'une affaire si jamais les dates coïncidaient. La jolie femme, assise élégamment dans une bergère, reprit la question de ses recherches :

- Si mes palliatifs ralentissent la dégénérescence, je gage que nous le saurions dans très peu de temps si vous pouviez me fournir des cobayes dont la maladie évolue rapidement. Mais j'espère qu'ils seront un jour capable de la stopper, voire même d'en inverser les effets s'ils n'en sont pas déjà capables. Il faudra attendre les résultats... Elle s'arrêta un instant pour tracer pensivement les contours du motif du fauteuil, pensive. Ses iris de feu revint chercher les limbes de celles du Comte. J'aurais encore une faveur à vous présenter... Comme vous le savez, je mène une activité intense dans le monde des Humains afin de maintenir ma couverture et d'assurer à la fois mon train de vie et l'avancée de mes recherches parfois fort coûteuses. Il va sans dire que je me rendrais chaque jour auprès d'eux à des heures fixes pour leur administrer les palliatifs et surveiller l'évolution de leur état mais il me sera impossible de les veiller constamment. Aussi je me demandais s'il vous était également possible de me confier quelques disciples de confiance qui se chargeraient d'entretenir les cellules et de veiller au confort des malades en mon absence.

Elle se tut après cette requête et écouta ce qu'il avait à lui répondre. Le Lord en vint à l'exception qu'elle était au sein de sa race, ce qui soulevait toutes sortes de méfiances plus ou moins justifiées. Cependant, le Comte était prêt à aller dans son sens si elle prêtait allégeance au don obscur. Elle fronça un instant les sourcils. Qu'est-ce que cela signifiait ? Les efforts qu'elle faisait pour améliorer les palliatifs n'étaient pas suffisants ? Après tout, elle aurait très bien pu garder le bénéfice de ses recherches pour elle seule, se préservant ainsi de la dégénérescence tout en regardant les autres plonger progressivement dans la folie. Un instant décontenancée, elle s'assit un peu plus sur le bord de son fauteuil pour faire face au Comte.

- Bien sûr... Je suis toute prête à vous accorder ma fidélité, mais je doute que mes paroles soient suffisantes. Demandez-moi ce qu'il vous plaira pour que je puisse vous prouver mon dévouement et je l'accomplirai dans les limites que m'imposent mon corps.

Elle sous-entendait par là l'ingestion de sang humain. Lors de leur première entrevue, il avait tiqué sur son mode d'alimentation qui exemptait le sang humain, soupçonnant d'elle une tendresse trop grande vis à vis des mortels. C'était vrai, bien sûr. Mais au-delà de l'aspect psychologique qu'elle pouvait surmonter, il y avait aussi des symptômes physiques qu'elle devait prendre en compte : son corps rejetait le liquide vital, ce qui ne lui permettait d'en ingérer que de très petites doses. Elle en avait déjà touché deux mots au Comte lors de leur entretien sous l'Opéra mais elle préférait le lui rappeler, par souci de sécurité. Elle écouta ce qu'il avait à lui répondre, l'air grave et concentré. C'était maintenant que se jouait leur future entente.

Une fois sortis du salon, la jeune femme mena son hôte à Sladd. En cours de route, ils furent attrapés par Sir Charles, un architecte renommé qui tenait à s'entretenir d'urgence avec le Lord. La manipulation qui s'ensuivit, flagrante pour elle, la fit sourire. Mais le pauvre homme, bien en peine de réaliser ce qui lui arrivait, ne put qu'acquiescer à la proposition du Vampire comme un vulgaire pantin de bois. La réflexion de l'homme arracha un sourire à la bourgeoise qui souffla en posant sa main sur son bras offert :


- Un homme admirable que Sir Barry, tout autant que Lady Lovelace... Cependant, je trouve décevant parfois que des esprits aussi remarquables que les leurs puissent se faire si aisément manipuler. L'humanité tient décidément à bien peu de choses...

Elle le conduisit au petit écrivain qu'elle apercevait enfin. Laissant les deux hommes, elle se dirigea vers Glen, sur qui elle comptait pour résoudre le mystère qui entourait l'empoisonneur. Sans plus de cérémonies, elle l'entraîna dans sa chambre où elle le questionna avec une pointe d'empressement, soutenant son regard oblique sans tiquer. Effectivement, il y avait des coïncidences en trop dans cette affaire...

- Nos deux hommes sont donc bel et bien liés. Mais ça n'explique pas comment Nordj a pu faire entrer son complice ici. Je n'avais pas commandé de personnel supplémentaire, j'ai vu tous les invités entrer par la porte principale, il n'y figurait pas. De plus, la porte des domestiques était gardée ; il n'a donc pas pu entrer par là. Et quant bien même aurait-il profité d'une absence du valet en faction, il n'aurait pas pu échapper aux autres et j'aurais été prévenue. Il s'est donc montré au grand jour peu de temps avant son forfait...

Sur ses réflexions, elle révéla la cachette du corps, s'apercevant dans le même temps que celui-ci avait disparu. Elle accueillit les sarcasmes de l'Irlandais avec une moue ennuyée et mobilisa ses sens. Personne n'était entré, il n'y avait aucune trace de déplacement du cadavre et encore moins la présence de sang. Elle le laissa à son tour inspecter l'endroit, se décalant sur la gauche. Maintenant qu'il le faisait remarquer, il y avait bel et bien une odeur d'encre de chine qui planait dans l'air, comme si l'homme en avait eu sur lui. Elle le laissa continuer son inspection, le regardant fouiller sous le lit puis inspecter la propreté des meubles. Entre temps, elle s'était relevée et avait remis en place le pan de couverture. Quand le Vampire revint vers elle, la jeune femme accueillit la poussière avec surprise.

- En effet, cela n'a rien à faire ici...

Elle se repencha sous le lit et préleva elle-même un échantillon avec un index qu'elle porta à son nez, en respirant l'odeur. Elle ferma les yeux, comme pour réfléchir, puis essuya son doigt en le frottant avec le pouce. Ses yeux sérieux se replongèrent dans ceux du Vampire

- Je connais l'odeur de ce plâtre... Il a été utilisé pour retaper les murs de toutes les salles d'eau de l'étage qui étaient mangées par l'humidité. Comment a-t-il pu atterrir ici ? Comme si j'avais eu une statue sous mon lit... C'est étrange.

Elle écouta ensuite l'étrange homme s'extasier devant ce mystère. Il avait raison, cet humain les avait surpris... encore une preuve de leur manque de méfiance. Elle-même ne s'était pas attendue à un tel événement au cours de sa soirée.

- Vous avez raison, jamais je ne me serais attendue à cela... Les hommes sont pleins de ressources, décidément. En réalité, je crois que leur principal atout réside dans cette imprévisibilité de leurs actes.

Elle hocha la tête en écoutant cet homme à la chevelure de feu lui faire part de ce qu'il pensait. Oh oui, leur empoisonneur avait existé, mais sous quelle forme d'existence ? Un humain ne disparaissait pas en laissant du plâtre derrière lui. Et si cet homme avait été créé de toute pièce grâce à un sortilège quelconque ? Glen pensait lui aussi à la magie, sans envisager d'autres hypothèses. L'air songeur elle avança :

- Magie... Ou peut-être Alchimie, qu'en pensez-vous ? Après tout c'est un art complexe dont nous ne savons que bien peu de choses. Mais ceci n'avance pas notre quête de réponse malheureusement. Dans tous les cas, je pense que notre homme n'en était pas un. Mr Nordj a probablement dû lui donner vie pendant qu'il était dans la salle d'eau, ce qui expliquerait comment il a pu entrer dans la maison.

Elle le suivit du regard tandis qu'il se déplaçait vers la fenêtre et l'écouta critiquer les humains qui mettaient en péril leur couverture. Chastity comprenait l'agacement du noble. En se rapprochant de lui, elle répliqua d'une voix calme et posée.

- La plupart des humains ignorent notre existence mais il arrive que certains l'apprennent d'une manière ou d'une autre et, à mon avis, ils sont bien plus nombreux que ce que nous pouvons imaginer. La plupart du temps je dirais que la faute nous en incombe. Combien de rescapés, combien de témoins réchappés d'une tuerie par simple négligence savent que nous sommes bien plus qu'une légende folklorique ? Certains sont assez clairvoyants pour appréhender toutes les conséquences de notre révélation au grand jour et mènent leurs vengeances dans le plus grand secret, d'autres pas. Nous payons aujourd'hui le prix de nombreuses négligences...

Lorsqu'elle le vit s'approcher de trop près, ses sourcils se froncèrent légèrement. Que lui voulait-il à présent ? Sans ciller, elle le laissa poser son regard, si près de lui que leurs corps se touchaient presque. Quant il l'attira à elle brusquement, elle lâcha une discrète exclamation et envoya une main en avant, qui se retrouva plaquée contre le cœur de l'homme. Ce contact surprenant n'était pas désagréable et elle devait reconnaître que malgré le côté fantasque et détestable de ce marionnettiste, il avait un charme indéniable. Lorsqu'il mentionna l'offense qui lui avait été faite, ses yeux brillèrent d'un éclat de feu et elle s'adressa au noble d'une voix suave, sans le quitter des yeux.

- Pensez-vous que je sois une femme d'indulgence Mr O'Sullivan ?

Elle sentait son souffle chaud sur sa peau, ce qui était loin d'être désagréable, bien que son regard gardait un minimum de froideur.

- Je vais vous y conduire... Lui dit-elle obligeamment lorsqu'il suggéra la salle d'eau comme prochain terrain de recherches.

Aussitôt après, leur étreinte fut rompue et l'Irlandais se dirigea vers la porte. Ses paroles lui firent hausser les sourcils mais ne la perturbèrent pas tant. Ainsi il était fasciné par la ''chose'' qu'elle était.. Il n'était pas difficile pour Chastity d'imaginer qu'un homme comme lui puisse être attiré par les étrangetés et les espèces exotiques. Mais la belle Vampire n'avait pas l'intention de s'étendre sur sa nature avec quelqu'un qui devait sans doute rêver de lui ouvrir les entrailles pour voir comment elle était constituée.


- S'il vous plait d'en savoir plus sur moi, Messire O'Sullivan, je n'y verrai aucun inconvénient. Retenez simplement que rien n'est gratuit en ce bas monde et encore moins avec moi qu'avec une autre.

Voilà, c'était dit. Si Glen voulait en apprendre plus sur elle, il devrait d'abord lui livrer des renseignements sur sa propre personne... Chastity se dirigea vers la porte sans plus faire cas de cet entretien pour se rendre dans la salle d'eau. Elle n'avait ni le temps ni l'envie de se livrer à ce drôle de Vampire pour le moment ; s'il tenait vraiment à en apprendre davantage sur elle, il devrait d'abord gagner sa confiance. D'un pas décidé, elle fit tourner la poignée de la porte et pénétra dans la salle de toilette. Celle-ci était très propre et rangée, rien ne semblait avoir bougé depuis le matin. Pendant que Glen arpentait la pièce, son regard fut attiré par un petit renflement dans le sol. Elle se baissa pour le toucher et découvrit qu'il s'agissait en réalité d'un petit tas de plâtre dont la blancheur s'était confondue avec celle des carreaux.

- Tiens donc...

Elle inspecta le mur adjacent avec une précision méticuleuse, pour découvrir un endroit presque infime où le plâtre commençait à s'effriter. La jeune femme passa son doigt dessus et observa la pluie fine de grains qui tombait vers le sol.

- Regardez, il y a une éraflure sur le mur... Elle n'était certainement pas là ce matin ; on m'en aurait avertie.

Chastity repensa alors aux rumeurs qui circulaient parmi les pochards des bas quartiers de Londres et fronça les sourcils. Essuyant ses doigts sur une serviette propre, elle s'adressa à l'homme qui l'accompagnait.

- Il y a quelques temps j'ai lu dans les faits divers de quelques journaux que des soudards qui se promenaient ivres du côté de la Tamise avaient affirmé voir un jeune homme faire sortir des objets de Terre. Selon leurs dires il était plutôt grand, élancé, les cheveux sombres, comme un bon tiers des Londoniens. De plus, ils avaient bu et comme on dit, la nuit tous les chats son gris... Mais si l'on supposait un seul instant que ce mystérieux jeune homme soit bien Nordj, cela voudrait dire qu'il aurait fait sortir un faux domestique de mon mur. Cela pourrait expliquer le plâtre qui s'effrite et la poussière sous mon lit.

Mais les yeux de la jeune femme traduisait un certain manque de conviction. Son raisonnement ne se basait que sur le récit d'hommes saouls que la presse pouvait avoir déformé à loisir. Il y avait une chance sur cent que le petit écrivain soit bien ce prétendu sorcier. D'un petit geste agacé de la main, la vampire se tourna vers la porte et sortit. Elle détestait les devinettes et encore plus les incertitudes.

- Je crois qu'il est temps de rejoindre les invités, nous n'en apprendrons pas davantage ici.

Pendant ce temps, Gracie jouait son rôle à la perfection. Elle était allée saluer l'homme qui avait été pris dans la bagarre tout à l'heure, pensant qu'il s'agissait d'un bon moyen pour débuter sa petite enquête. Il la salua avec une politesse exquise, bien qu'elle devina qu'elle avait dû le déranger. Un gentleman aussi beau et charmant ne restait jamais seul, à moins qu'il ne l'eut expressément souhaité. Ils se présentèrent dans les formes et l'homme qu'elle connaissait maintenant sous le nom de Ludwig l'invita sur la piste. D'un gracieux signe de tête, elle donna son assentiment et posa délicatement sa main sur le bras qu'il lui offrait comme elle avait si souvent vu faire les grandes dames de la société.

- J'accepte avec grand plaisir.

La jeune demoiselle savait heureusement danser, grâce à l'instruction qu'elle avait reçu de sa maîtresse. C'était un loisir auquel elle s'adonnait avec les autres domestiques quand ils avaient du temps libre. Ils se rendaient derrière les écuries, les quelques valets qui possédaient un instrument entamaient un quadrille endiablé ou une valse légère pour le plus grand bonheur des bonnes.
La camériste était la plus douée de toutes, si bien que ses pas ne différenciaient pas de ceux des nobles qui faisaient froufrouter leurs jupes.
Ils restèrent un long moment sans rien dire, savourant la musique. Gracie laissa le jeune homme engager la conversation pour ne pas paraître trop empressée. Elle accueillit ses compliments avec un sourire poli, bien que le rose léger de la fierté vint colorer ses joues.


- Vous me posez-là une très bonne question ! En théorie, je devrais rester jusqu'à la fin de la ''Season'' mais cela me ferait rester presque huit mois ici... J'apprécie énormément ma cousine mais je ne sais pas si je pourrais supporter si longtemps l'air londonien car j'ai malheureusement été dotée d'une poitrine fragile. De temps à autres, je fais de terribles crises qui me tiennent au lit trois jours durant, si bien que je ne reçois ni ne visite presque personne de peur de me trouver mal.

C'était là un bon moyen de répondre sans se mouiller. Des indications aussi incertaines pouvaient à la fois expliquer un séjour prolongé ou un départ précipité. Gracie se félicitait également de son
invention qui la sauverait si jamais cet homme venait la visiter à un moment inopportun. Feignant ensuite l'innocence, elle tâcha d'en savoir un peu plus sur l'agression dont il avait été victime.


- Tenez, ce matin encore j'étais fiévreuse. J'ai bien cru ne jamais pouvoir descendre ce soir... J'étais en train de me préparer lorsque j'ai entendu des éclats de voix dans le Hall. Y aurait-il eu un quelconque incident ?

Elle l'écouta avec attention, mémorisant chacune de ses paroles. Elle menait la conversation avec aisance.

- Les gens sont décidément bien rustres de nos jours. Lord Keïsuke n'a décidément pas eu de chance ces derniers jours...

Ils continuèrent à discuter un moment avant que le jeune homme ne s'éclipse à la fin de la danse. Elle le salua et repartit, en quête d'une autre personne à interroger, l'air de rien.

Au même moment, Chastity et Glen redescendaient au milieu de la foule, cherchant le petit bourgeois du regard. Celui-ci était toujours en grande conversation avec le Comte, ce qui les empêchait d'approcher. La question de l'Irlandais la fit tiquer l'espace d'un instant. Elle n'était pas sûre de savoir qui possédait encore la flasque.

- Je ne suis pas certaine mais... Je pense que vous devriez demander au jeune Allemand. La dernière fois que j'ai aperçu le récipient c'était lui qui le tenait.

Par pur hasard, Ludwig s'approchait alors en tenant la canne du Comte dans sa main. Il le cherchait pour la lui remettre. La jeune femme lui désigna la piste d'un élégant geste de la main, désignant le colosse aux cheveux blancs dansant avec Aisling.

- Je crois qu'il a invité Miss O'Doherty pour une valse, ce n'est sans doute pas le moment opportun pour lui remettre cet objet.

Elle avait prononcé ces mots d'un ton détaché et affable, bien qu'en réalité elle soit un peu piquée de voir que le Vampire dansait avec une autre alors qu'il lui avait promis une danse. Cependant la jeune irlandaise lui était trop sympathique pour qu'elle puisse lui en vouloir et le Comte trop important pour qu'elle témoigne un quelconque désappointement vis à vis de son attitude. Elle craignait pourtant que certaines personnes aient entendu le lord lui proposer une danse pour le voir maintenant avec une autre au bras. En plus de son duel, il venait de commettre une petite faute de galanterie que quelques méchantes langues ne manqueraient pas de répandre. Chastity pensa que le lord devait être bien fatigué pour manquer autant de fois à l'étiquette en une soirée.

Consciente qu'elle aussi risquait de commettre des fautes si elle restait trop avec les deux hommes, elle prit congé en leur dédiant une délicate révérence accompagnée d'un sourire affable.


- Il est temps pour moi de m'occuper des autres invités... Messieurs je vous souhaite une bonne soirée.

Elle repartit au milieu des danseurs, prodiguant sourires, formules de politesse et compliments aux personnes qu'elle croisait, jusqu'à-ce qu'elle tombe sur Anglestone qu'elle n'avait pas encore salué. Elle s'approcha d'un pas léger, sourire aux lèvres, et le salua d'une révérence.

- Monsieur le Vicomte... Nous n'avons pas encore été présentés je crois. Cependant j'ose imaginer que vous savez déjà qui je suis n'est-ce pas ?

Elle lui sourit et l'invita d'un geste discret à la suivre. La jeune bourgeoise se dirigea dans un coin un peu moins peuplé de la salle de bal, pour éviter d'avoir à supporter les bruits parasites de tous les invités qui prenaient du bon temps.

- J'espère que la soirée est à votre goût ! Avez-vous pu profiter des maquettes présentes dans le Hall ?

La jeune femme savait qu'il ne dirait jamais franchement que ses inventions ne lui avaient pas plu, par souci de politesse. Pourtant, elle espérait de lui un avis objectif, de la part d'un autre chef d'entreprise renommé. La conversation suivait son cours.

- C'est étrange que je ne vous ait jamais croisé à l'Opéra ou dans les derniers bals qui ont été donnés cette saison. Vous tenez-vous à l'écart de la vie mondaine ? Si c'est le cas, je trouve cela fort regrettable, j'aurais aimé faire votre connaissance plus tôt.

Elle devinait que ce Vampire montrait une méfiance forte vis à vis de sa race expérimentale, ce qui l'amusa plus qu'autre chose. Oui, elle s'amuserait à détromper ses congénères les uns après les autres. Sa nature avait beau être un handicap certain, elle lui conférait des avantages physiques indéniables... Peut-être qu'un jour, elle deviendrait plus puissante que les pur-sang qui sait ?
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Sladd Nordj
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MessageSujet: Re: Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42] Mar 20 Aoû - 13:52

Le colosse de Londres était devant les yeux de Sladd, en plus de recevoir un grand honneur le jeune alchimiste se savait proche d'une fin certaine, si Chastity les avaient présentés ce n'était pas uniquement pour sa carrière d'écrivain, on racontait que le Comte pouvait lire dans les pensées de n'importe qui, mais c'était là quelque chose de bien bas pour un homme comme lui, le brun savait qu'il ne craignait pas un lavage de cerveaux, mais une persécution violente oui, cela était même sur. Il avait l'impression d'être dans le grand passage des épreuves dans un roman, quand le héros doit affronter des ennemis encore plus puissants, rusé et rapide les uns que les autres. Cependant, est-ce que l'ennemi qu'il avait face à lui pouvait être vaincu ?

La discutions avait commencée lentement sur les goûts littéraires, sujets anodin, normaux dans la définition de l'époque en ce qui concerne la normalité. Puis Sladd avait décidé de tenter le Comte, légère provocation il avait tendu deux verres de champagnes dont la réponse négative était sèche. Le vampire était en colère, Sladd savait donc que de gros doutes pesaient sur lui et que sa vie ne tenait qu'à quelques jours car les meurtres en publics à répétition ne seraient pas appréciés même venant du Comte encore moins s'il tue un bourgeois.

Après sa comparaison en utilisant la coupe de Champagne il avait senti l'ambiance se rafraîchir, mais il savait qu'il était réellement démasqué quand on lui présenta la fiole. Cette fiole aurait du retourner au plâtre et non dans une main. Il ferait avec, et puis on ne vit qu'une fois affirme souvent le russe. Il ne put s'empêcher de sourire quand il parla de bulles, mais qui crevaient, Sladd lui ne comptait pas mourir si tôt, il avait des expériences et une vie à vivre. Le Comte était impressionnant, mais Sladd ne se laissa pas influencer, il était droit comme un lampadaire et regardait le Comte avait respect, mais avec sa fierté aussi
.

-Laissez-moi vous dire Comte que je ne compte pas crever, j'ai quelques tours dans mon sac et dans ma mémoire. Il reprit la fiole avant de la faire tourner dans ses doigts. Je survivrai longtemps, après tout, je suis un humain, mais je peux très bien aller plus vite qu'un vampire en pleine course, vous savez, tout réside dans ma tête, pour échapper à n'importe quelle situation, je n'ai qu'à imaginer. Donc si vous me trouvez léger, je vais prendre en densité, mon imagination me le permet, Lord Keisuke.

Il répondait aux provocations par les siennes, avec de l'encre son gant ainsi que ses mains Sladd pouvait imaginer n'importe quoi et faire naître ce n'importe quoi. Des vélos, des voitures, de rapides chevaux, et même, les œuvres de Chastity, de puissantes locomotives pourraient lui permettre de s'échapper de Londres en une nuit seulement.

Le Comte lui dit qu'il pratiquait la magie, Sladd ne put que s'empêcher de rire, de la magie. Quelle insulte envers lui, il avait beau offenser tous les vampires du monde, on n'avait pas le droit de se moquer de lui à se point là
.

-Comte.. commença-t-il en riant faiblement. Vous êtes irrespectueux, bien plus que moi qui le suis déjà plus que vous. Comment pouvez-vous me comparer à ces petits magiciens ? Je suis bien mieux que cela, que ces humains chanceux d'un dons. Je suis un génie, j'ai crée moi-même ma propre forme d'alchimie. Laquelle, je ne le dirai pas, secret professionnel comprenez-vous. C'est un peu comme si vous révéliez au monde entier les secrets de magies au grand jour!.

Il sentait le souffle du Comte contre lui, un souffle lourd de colère auquel Sladd répondait par une respiration normale, constante et calme. Avoir une images plus rapprochée du visage du Comte n'était pas impressionnante. En guise de provocation ultime il tendit le cou.

-Je suis un fou, un fou qui à conscience que vous ne ferez pas cela, tuer un jeune homme devant tant de personnes, d'oreilles, et d'yeux, même non réels serait dangereux, car voyez-vous, mon alchimie est parfois vivante, et peut hurler de nombreuses choses, êtes-vous sur que votre architecte qui vous a abordé plus tôt est vraiment le vrai architecte ?

Un gloussement s'échappa de ses lèvres avant de reculer d'un grand pas. Sladd était conscient de ce qu'il risquait, mais il était insolent, mais pas irrespectueux. C'était en espérant que le Comte le remarque qu'il puisse remarquer certaines choses. C'est ensuite que le Comte lui posa la question rhétorique qui se traduisait par la suivante « Est-ce que tu viendras dans mon manoir ? » Il ne pouvait qu'accepter, ou bien alors mourir. Mais il se pourrait que le Comte le veuille à son service, quelque chose d'intéressant.

-Je crois Comte, que vous avez un exemple de ce que je peux vous offrir. Quand hélas quelques imprévus se mêlent de la soirée et lorsque je ne suis pas de la partie, mes assassinats sont d'une discrétion infaillible. Ce soir j'ai voulu nourrir mon imagination longuement insatisfaite et rencontrer Chastity ainsi que vous, Comte. Il marqua une pause. Ce soir, j'ai ordonné à ma création, deux personnes qu'il ne fallait pas empoisonner. Vous premièrement, car vous êtes bien trop bon pour mourir. Je parle pour notre reine et non pour votre race. Ensuite Chastity car j'aime beaucoup ses goûts littéraires, ainsi que son travaille en terme de progrès techniques, il me donne des envies littéraires. Le silence s'installa après cela puis il clôtura. Vous savez bel et bien que je peux créer des faux êtres humains ou autre, mais qui vous dit que je ne suis pas moi-même une création venue avec la capacité de laisser le vrai Sladd guider mon corps ? Sur ce Comte, passez une agréable soirée. J'ai une dernière chose pacifiste à faire, puis je me retirerai, mais pas par la porte !

Il s'éclipsa entre deux femmes qu'il aborda la voix pleine de candeur qui se laissèrent guider, il leur menti en leur disant qu'il venait d'arriver en étant le fils d'un rire homme qui venait de trouver un terrain à bâtir et que son père cherchait à le marier, les deux femmes, deux soeurs jumelles sentirent la machine à argent de loin et entraînèrent Sladd loin du Comte. Lorsqu'il fut éloigné il se retira pour partir chercher des boissons, chose qu'il ne fit pas, à la place il s'en alla chercher son hôte, il voulait lui parler, seul à seul. Il était venu ici pour s'en faire une alliée redoutable. S'il arrivait à entrer dans la garde du Comte il pourra donc se doter de puissants alliés.

La belle dame se trouvait avec un vampire, Sladd l'avait vu avec le Comte quand le servant de pierre leur avait servi les boissons. Il était brûlé avec le champagne. Alors le russe attendit la fin de leur discution puis qu'elle s'éloigne légèrement pour passer devant elle, ils se croisèrent et il lui murmura alors qu'il s'arrêta pour que la femme aux cheveux de flammes l'entendent.

-Je vous attendrai devant votre chambre que j'ai localisé grâce à un ami à moi. Je vous laisserai entrer en première, on dit que les femmes entrent en première.

Juste après cela il disparut dans la masse d'invite sans qu'on puisse le pister. Il marcha rapidement en faisant un court détour pour ne pas recroiser le Comte ainsi que Glen, pour ce dernier il savait qu'ils se retrouvaient l'un en face de l'autre et seul à seul... l'un des deux n'en sortirait pas vivant, et Sladd aurait la ferme intention de ne pas mourir. Il avait encore de l'encre et son gant, ils étaient cachés dans un endroit que le respect et la pudeur interdit de toucher sans raison, surtout entre étrangers. Ainsi il grimpa les marches trois par trois pour ne pas être vu alors qu'il montait pour la troisième fois à l'étage. Il attendit devant la porte qui conduisait à la chambre de l'hôte et quand celle-ci arriva avec des questions plein les yeux et de la colère plein le regard Sladd se doutait que les prochaines minutes seraient-bien amusantes pour eux.

-Nous pouvons toujours parler dehors, mais comme j'ai l'impression que vous êtes la troisième paire de canines qui veulent s'imprimer sur moi, il serait dommage de tuer encore quelqu'un ici même ce soir, même si un vampire ne meurt pas vraiment d'un coup de canne épée...

Un rire glissa entre ses lèvres et il entra après y avoir été convié, alors qu'elle étant dans son dos Sladd prit son encre la mettant dans sa poche droite, et la plume dans la poche gauche, elle ne pouvait pas l'avoir vu à cause de l'angle de positionnement de Sladd et celui de Chastity. Il observa la chambre, bien plus belle que la sienne, on y voyait la fusion occidentale et orientale, un mélange parfait et harmonieux, le jeune écrivain respectait là le travail fourni par les artisans et à celle qui l'avait imaginé.

-Votre chambre est aussi belle que toutes les salles que j'ai pu voir.

Il regarda la salle à l'endroit le plus probable pour cacher le corps du domestique car il restait évident qu'elle ne pouvait pas tuer quelqu'un dans un lieu qui n'était pas protégé des regards. Ainsi son regard se posta sur le lit, il s'avança vers ce dernier effleurant le tissu du bout des doigts, la douceur qu'il ressentait lui rappelait son enfance. Ensuite il se mit à quatre pattes pour soulever regarder en dessous et il y vit de la poussière. Puis il se releva et constata que sa tête était encore présente.

-Je vois que je dois encore me perfectionner, mon alchimie n'élimine pas encore tout à faire les résidu à la destruction mais aussi ne bouche pas parfaitement les failles à la créations. J'ai donc encore de quoi progresser.

Il parlait tout haut comme pour lui même, mais en vérité il parlait indirectement à Chastity. Il trouvait son hôtesse très curieuse, il y avait quelque chose qui ne faisait pas d'elle un vampire à part entière. Elle était d'une couleur de cheveux que l'on voyait rarement, cette rousseur semblable aux feux qui peuvent brûler les garrigues de la France. Elle le dévisageait, on croirait quelle se demandait comme le tuer. Pourtant Sladd ne comptait pas mourir, il avait rendez-vous chez le Comte.  

-Madame Chastity, je suis désolé d'avoir légèrement pimenté la soirée. Il soupira. Mais hélas il semblerait que mon objectif ne grossira pas ce soir. N'allait pas croire que je voulais tuer les membres de votre race ce soir, pas tous, je voulais que deux survivent. Vous très chère et le Comte. Il marqua une pause et reprit. Ce dernier est au courant que je voulais votre survie.

Le jeune homme se rapprocha de Chastity au point que leur nez s'étaient effleurés alors que Sladd lui murmurait à l'oreille d'une voix calme, et sérieuse depuis la première fois de la soirée.

-J'ai une offre à vous faire parvenir. Je pense que celle-ci pourrait grandement vous intéresser puisque vous semblez aimer la rapidité et l'efficacité dans la production de votre machine. Son souffle se faisait fin comme le vent. Si vous ne me tuez pas, où du moins essayer car vous ne savez pas réellement de quoi je suis capable, et une femme réfléchie comme vous ne doit pas aimer combattre un ennemi qu'elle ne connaît pas. Moi je connais les vampire, mais vous, est-ce que vous me connaissez ? Je pense que non. Il fit à nouveau silence comme pour couper ce sujet du prochain. Je vous offre mes services d'alchimies aux deux conditions que vous ne me dénonciez pas au Comte ou bien autre, je sais me faire discret avec mon alchimie. La seconde, je souhaite que si le Comte me laisse encore vivre librement dans Londres, que vous me fassiez grimper dans l'échelle éditoriale. Afin de vous convaincre de cela...

Leur rapprochement prit fin puisque Sladd se recula sans terminer sa phrase et il s'accroupit au sol avant de sortir de se mettre de dos. Il s'équipa en vitesse et procéda à la création d'une locomotive comme celle qu'il avait vu juste après son entrée dans la demeure de la vampire hybride. Une faible lumière jaillit d'entre les mains de Sladd puis en quelques secondes la création de bois roulée sur le sol en rond entre Sladd qui se relevait après qu'il est fini de ranger ses outils et Chastity.

-Je possède une alchimie capable de réaliser n'importe quoi. Bien sur tous dépends comment on forme son souhait afin qu'il se réalise. Et je pensais que cette alchimie pourrait augmenter considérablement votre rapidité de production puisque je suis sur qu'avec l'effet que vous avez provoqué ce soir, vos carnets de commande vont se remplir si vite que vous serez forcée d'avoir des listes d'attentes. Je peux aisément vous fournir de la main d'oeuvre gratuite pour une demie journée de travail à savoir douze heures, sans repas à fournir, ni matériel. Chaque jour de nouveaux employés frais comme des gardons et robuste comme des charpentiers. Le jeune homme s'arrêta de parler pour regarder Chastity avec un sourire charmeur. À vous de voir si vous acceptez où non. Après je peux facilement reproduire vos locomotives, je suis un très bon dessinateur et j'ai très vite comprit chaque pièce qui faisait partie de vos locomotives et leur fonctionnement. Un romancier prend des notes, un dessinateur fait des croquis.

Il ne l'avait pas exprimer, mais le simple fait qu'il possède les plans des locomotives après une analyse détaillée lui permet de les vendre pour bon prix à d'autres compagnies pour créer rapidement de la concurrence sur un marché ou Chastity en possède le monopole, mais il se douta qu'elle était breveté, le bluff pouvait marcher. Après cela il claqua des doigts et la locomotive revint poussière pour revenir à sa position initiale sans faille cette fois-ci. Le jeune romancier se pencha pour essuyer la poussière avec sa manche. Ensuite il lui fit face et alla se pencher à la fenêtre.

-Je ne suis pas ton ennemi Chasity. Je peux être votre allié, je ne vous veux aucun mal. Si l'on coopère nous pouvons facilement nous enrichir. Vous vous enrichirez déjà, mais pus vite grâce à moi.

La salle se plongea à nouveau dans le silence et Sladd se retourna vers Chastity pour s'approcher d'elle, mais cette fois il la fit reculer sans la toucher, car il se pressait contre elle, et cette dernière ne voulait pas avoir un contact si proche entre eux. Il sourit quand il la sentit se coller contre le mur de sa chambre et il posa lentement sa main à côté de son visage.

-Il a autre chose, mais cette chose est plus personnelle. Qu'êtes-vous Chastity ? Vous m'intriguez, votre visage semble pur de toute morsure nutritive, mais sous êtes une vampire. Qui n'aurez jamais mordu ? C'est impossible puisqu'un humain vampirisé est vidé de son sang puis doit mordre son créateur pour survivre. Or... Il caressa le cou de Chastity du dos de l'index. Je ne vois aucune trace et la jugulaire est la veine qui permet à un vampire de se nourrir le plus rapidement possible. Il sourit le visage proche du sien mais bien droit. Qu'est-ce que vous êtes ? Ni humaine, ni vampire.. vous êtes fascinante par votre travail, votre physique ainsi que vos origines.

Après ça, il retira son bras et reculer de quelques centimètre pour qu'elle puisse échapper à son étreinte, mais si la rouquine essayée de le tuer elle serait surprise puisque Sladd avait posé deux cercles de transmutations, un sur l'intérieur de la porte quand il était entré, le fait qu'il n'est fait que poser sa main dessus en pensant à ce qu'il voulait avait mit la création du cercle au ralentit et l'autre sur le sol, à l'endroit où il avait crée la locomotive, mais son imaginaire lui avait laissé l'envie de créer un homme-locomotive.
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MessageSujet: Re: Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42]

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Bal de Chastity [PV groupe] [30/03/42]

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