L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


Forum RPG - Londres au XIXème siècle. Incarnez Vampires, Loups-Garous, Lycanthropes, Homonculus, Chimères, Alchimistes, Hunter...et choisissez votre camp dans une ville où les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses....
 
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Crime sur les Docks [Armando, Véronica] [12/03/42]

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Veronica Newburry
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MessageSujet: Crime sur les Docks [Armando, Véronica] [12/03/42] Dim 14 Juil - 17:15

[HRP/ En venant de l'hôtel Albany : ''Quand les sentiments prennent le pas sur la raison'' /HRP]

Véronica avait complètement perdu la notion du temps. Tandis que la voiture brinquebalait, sa tête aux yeux mi-clos bougeait doucement, au rythme des cahots. La brute sale qui l'avait enlevée était assise sur la banquette en face de la sienne, bras croisés, fumant une cigarette de mauvaise qualité avec l'air d'un homme rudement satisfait de lui-même. La jeune femme ne le regarda pas, pleine de dégoût pour lui. La tête penchée, elle fixait avec insistance ses mains entravées sur lesquelles s'étaient écrasées quelques larmes brûlantes. L'Alchimiste, persuadée que l'inspecteur avait été tué pendant l'intrusion, n'avait pu s'empêcher de pleurer sa perte, jusqu'à-ce qu'un rire gras de son ravisseur ne la fasse ravaler son désarroi au prix d'un grand effort. La jeune femme garda sa fierté, en refusant de s'épancher devant des hommes si rustres. Depuis quelques minutes, malgré son air las et profondément abattu, elle menait une lutte contre elle-même pour oublier le chagrin si vif qui la brûlait et se concentrer sur la meilleure manière de s'échapper. Si elle mourait maintenant, jamais le responsable de cette affaire ne serait traduit en justice, Armando serait mort pour rien.

Armando... Son cher Armando ! Elle le connaissait si peu et pourtant, un irrésistible sentiment l'avait poussée vers lui. Jusqu'ici, elle n'avait voulu voir qu'un engouement passager qui ne durerait probablement pas mais après la discussion qu'ils avaient eu, elle s'était prise à penser qu'ils auraient pu peut-être partager plus qu'une simple enquête. La douleur sourde qui vrillait sa poitrine ne faisait que la conforter dans l'idée que l'homme avait compté pour elle, bien plus que ce qu'elle avait osé imaginer. Il allait terriblement lui manquer maintenant... Comment ferait-elle sans lui ? Aurait-elle la force de venir à son enterrement, de jeter ne serait-ce qu'un œil sur sa dépouille ?
Non... Ce serait bien au-dessus de ses forces. Elle voulait garder l'image d'un homme fort, puissant et beau comme un tigre, sans l'horrible trou béant qui devait sans doute orner son front ou sa poitrine.

Une forte odeur de marée la ramena à la raison. Ils étaient au bord de la mer... l'emmenait-ils aux Docks ? Véronica frissonna. Ces endroits sales pullulant d'endroits sordides avaient vu de nombreux meurtres s'y dérouler. En pleine nuit, c'était le lieu de crime idéal ; désert, vaste et regorgeant de cachettes improbables, il n'était pas difficile d'y perpétrer un meurtre et de cacher le cadavre sans risque d'être suspecté. La jeune femme loin d'être dupe, devina que lieu n'avait pas été choisi au hasard. Ses ravisseurs, quels qu'ils puissent être, avaient dans l'intention de la faire disparaître. L'Alchimiste se félicita d'avoir emporté son gant avec elle ; il lui serait fort utile en cas d'évasion...
Elle sentit qu'ils tournaient à un moment. L'obscurité encore plus grande dans le fiacre lui fit penser qu'ils passaient dans une ruelle étroite qui empêchait la lumière de la lune de les éclairer.
Enfin, le véhicule s'arrêta. La jeune femme ne bougea pas, jusqu'à-ce que l'homme ne se lève et la pousse dehors d'une de ses grosses mains d'ouvrier. Echevelée, entravée, très digne dans sa simple robe blanche malgré sa cheville qui boitait, on aurait dit une de ces nobles femmes envoyées à la guillotine pendant la Terreur. Elle n'eut pas le temps de regarder le ciel qu'on la poussait à l'intérieur d'un bâtiment qui empestait l'humidité. Pendant ce temps, le cocher resta là pour garder l'entrée.

Le hangar se divisait en deux parties : le fond, ''meublé'' de tonneaux et de sacs en toile attendant d'être embarqués sur un navire et la partie avant éclairée par des lanternes. Déjà débarrassée de ses marchandises, qui accueillaient à présent deux hommes de forte taille, aux airs de paysans mal dégrossis qui jouaient aux cartes assis sur des cageots, avec une caisse en guise de table. Plus loin il y avait une chaise branlante et un gros récipient qu'elle distinguait mal. Dans l'obscurité, un homme de plus haute stature avec un maintien qu'elle devina très assuré semblait regarder la scène, le visage confondu avec les ténèbres.

A l'arrivée de Véronica, les deux autres interrompirent leur partie pour la dévisager sans aucune gêne.


- Hé Jack ! R'garde un peu donc c'que l'gros Micah nous ramène !

- Pour sûr que c'est une belle prise ça ! J'pensais pas qu'y avaient d'aussi jolies poupées au Yard 

- J'te l'avais bien dit ! Y s'refusent rien ces fumiers de roussins...

Ils s'étaient déjà approchés, l'air libidineux. Le dénommé Jack poussa le vice jusqu'à malaxer furieusement la poitrine de la jeune femme qui se débattit en hurlant.

- Laissez-moi ! Ne me touchez pas !

L'autre rit à gorge déployée et toisa la jeune femme d'un air goguenard.

- Allons bon, v'là qu'on est tombés sur une rebelle... Mais boiteuse comme t'es, tu d'vrais pas t'enfuir bien loin...

Il allait tâter la cuisse de Véronica, toujours entravée, quand la voix de stentor de l'homme resté dans l'ombre claqua comme un fouet.

- Il suffit ! Asseyez-la sur la chaise, vos appétits de bêtes attendront plus tard.

En grommelant des excuses, ils s'écartèrent pour laisser la brute conduire Véronica sur le siège défoncé qui se trouvait devant un tonneau rempli d'eau dont la taille avait été ajustée. La jeune femme ouvrit de grands yeux en comprenant qu'elle allait être torturée. Elle n'avait aucune issue, aucun moyen de s'échapper... L'homme qui semblait être le chef du groupe s'avança alors dans la lumière, près d'elle. Elle reconnut la face austère et burinée par le soleil indien de Lord Granville Maxwell. C'était bel et bien lui le coupable ! Ils étaient sur la bonne voie depuis le début !
Devant l'air dégoûté de la jeune femme, le gentleman eut un rire contenu.


- Miss Newburry... C'est étonnant, la manière avec laquelle vous avez réussi à remonter jusqu'à nous. Moi qui vous voyait comme une fillette tout juste bonne à classer les menus dossiers, c'est avec un certain étonnement que je viens vous apprendre que vous êtes devenue compromettante.

La jeune femme le foudroya de ses yeux de chat en colère, sans dire un seul mot. L'homme lui tourna autour de sa démarche gracieuse.

- Je suis étonné de l'empressement avec lequel vous avez remonté les pistes jusqu'à nous, même si vous n'auriez pas été aussi efficace sans l'aide de votre inattendu collègue. Cependant...

Il s'arrêta devant elle, le tonneau faisant comme une frontière entre eux. Puis il prit une profonde inspiration avant de la regarder sans ciller une fois

- Maintenant que cet inspecteur n'est plus de ce monde, nous n'aurons aucune peine à stopper l'enquête... Cependant, nous tenons à récupérer la pierre philosophale de ce cher Nikola... Où l'avez-vous cachée ?

Voyant que la jeune femme ne répondrait pas, il regarda la brute et hocha sèchement la tête. Celui-ci, d'un coup sec, fit basculer la chaise de Véronica en avant, de sorte qu'elle se retrouva immergée dans l'eau froide et sombre du tonneau.
La jeune femme, surprise, commença à se dégager en gesticulant comme elle le pouvait. Mais ses gémissements, ses efforts ne servirent à rien d'autre qu'à vider plus vite sa réserve d'air. Elle sentit progressivement l'eau s'infiltrer dans sa gorge, son nez. Elle voyait flou, presque au bord de la noyade. Heureusement, la jeune femme fut retirée à temps par ses tortionnaires. Elle toussa, grelottante, les larmes aux yeux. Jamais elle n'avait eu aussi peur de mourir, de toute sa vie. Maxwell n'avait pas bougé, impassible.


- Etes-vous un peu plus disposée à présent ?

- Allez vous faire foutre.

Ce fut à nouveau un simulacre de noyade. La jeune femme, instinctivement, paniquait à chaque fois qu'elle se trouvait immergée, comme si chaque instant allait être le dernier. La séance de torture dura bien dix minutes, au bout desquelles Véronica était dans ses derniers retranchements. Sa poitrine se soulevait rapidement, à intervalles irréguliers. Ses yeux rougis par le froid de l'eau et la pression faisaient ressortir l'émeraude de ses yeux dans lesquels transparaissaient la peur mais aussi le mépris et un certain air de défi. Le Lord reposa sa question, à laquelle elle répondit simplement, d'un air morne.

- Pourquoi est-ce que je vous le dirai ? Que j'avoue ou pas, vous me tuerez...

L'homme éclata d'un rire franc, presque terrifiant.

- Effectivement ! Quelle perspicacité, vous m'impressionnez Véronica ! Il se tourna ensuite vers les deux joueurs de carte et lâcha dédaigneusement. Vous pouvez disposer d'elle, nous verrons comment nous nous en débarrasserons ensuite.

Pendant que l'homme reculait dans l'obscurité avec sa grande brute, les deux hommes s'emparèrent de la jeune femme qui hurlait à la mort. L'un saisit ses bras entravés, l'autre ses jambes et ils la posèrent sur le sol, la maintenant toujours fermement. La pauvre fille tournait la tête de droite et de gauche, tordant son corps dans tous les sens. Le dénommé Jack, qui maintenait ses bras, jeta un regard qui en disait long à son camarade.

- Vas-y Bill j'te laisse commencer, mais me la fatigue pas trop j'veux ma part aussi...

L'autre éclata d'un rire gras et regarda le buste de la jeune femme sans aucune gêne.

- T'inquiètes pas va... Allez, par ici ma pouliche !

L'ouvrier sourit, montrant ses dents noires, et essaya de remonter la robe de la jeune femme. Celle-ci, qui se débattait violemment, ne lui rendit pas la tâche facile. L'homme fut obligé de lâcher une des jambes de l'Alchimiste pendant un temps, ce qui lui valut un coup de pied dans l'épaule, mais il ne tomba pas, maintenu par la force d'un animal en rut prêt à tout pour assouvir son besoin de chair. Micah, celui qui avait enlevé la jeune femme, dut néanmoins venir la tenir à son tour pendant que Bill parvenait à dévoiler le corps de cette dernière.
Véronica, les yeux exorbités, ne parvenait pas à réaliser ce qui allait se passer. Ainsi maintenue par le poids de trois hommes, elle ne pouvait que tourner la tête et s'égosiller de désespoir.
Sans ménagement, l'homme aux dents noires avait dégrafé le bas de ses sous-vêtements, dévoilant sa nudité dont le spectacle causa un effet immédiat chez les trois hommes. Celui qui avait la première place défit son pantalon à toute allure, dévoilant son membre viril et s'apprêta à plonger sur la jeune femme comme un tigre affamé.
Véronica, les larmes aux yeux, s'égosillait :


- Pitié, non ! Je vous en supplie, pas ça, non !!
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Armando della Serata
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MessageSujet: Re: Crime sur les Docks [Armando, Véronica] [12/03/42] Jeu 18 Juil - 0:56

[HRP/ En venant de l'hôtel Albany : ''Quand les sentiments prennent le pas sur la raison'' /HRP]

Ses pas résonnaient dans la rue comme un tambour de guerre. Les maisons aux regards glauques défilaient au rythme effréné de sa course folle. Armando sentait son cœur battre la chamade. Il ne voulait pas lâcher des yeux le fiacre qu'il pourchassait, il ne le pouvait pas ! Véronica était à l'intérieur et Dieu seul savait ce qui attendait la jeune femme qui venait de se faire enlever ! Les pavés disjoints de la sombre rue tremblaient sous la semelle de l'Agent. A grandes enjambées, il prenait soin de s'engouffrer dans les ruelles qui pouvaient lui servir de raccourcis pour rattraper le véhicule et s'engageait dans les virages en frôlant les murs afin de ne perdre ni vitesse, ni distance. Mais que pouvait bien faire un homme face à deux cheveux lancés à vive allure ? Armando avait beau être rapide, le fiacre s'éloignait sensiblement de lui. Bientôt ses yeux le perdirent et il dû continuer la poursuite aux seuls sons de l'attelage qu'il percevait encore. Rageant, l'italien se concentra sur le fracas des roues qui s'amenuisait tout en maintenant son rythme. Il ne voulait pas perdre cette partie-là, surtout pas maintenant ! Véronca occupait toutes ses pensées. Comment avait-il pu laisser la jeune femme se faire enlever ? Comment cela avait-il bien pu arriver ? Il s'en voulait terriblement. Il avait fait preuve de négligence...Plutôt que de rester avec elle, il s'était isolé comme un ermite pour travailler et il en payait maintenant le prix. Furieux contre lui-même, pressé de porter secours à la belle Alchimiste, il ne pouvait plus s'arrêter. Le souffle avait beau lui manquer et l'air glacial de Londres pénétrer dans sa gorge avec trop de ferveur, il se contenta de tousser à plusieurs reprises sans jamais cesser de courir. Sa veste grande ouverte battait ses flancs à nu comme un étendard claque au vent. Sa peau, couverte de sueur, lui gelait les muscles mais sa volonté et son mouvement lui donnaient aussi chaud que s'il s'était trouvé dans une fonderie près des cuves d'acier trempé. Armando donnait tout ce qu'il avait.

Pendant ce temps, les deux hommes qui étaient restés dans sa suite à l'Albany fouillaient chaque recoin de sa chambre dont la porte avait enfin cédé sous leurs coups répétés. Évidemment, leur frustration de ne pas trouver l'Agent derrière cette dernière les fit d'autant plus rager qu'ils ne comprenaient pas comment il avait pu sauter par la fenêtre sans se tuer. Pestant, ils retournèrent tous les tiroirs de sa commode, renversèrent son étagère et son armoire avant d'éparpiller tout ce qui se trouvait sur son bureau. Ils semblaient chercher quelque chose tout en saccageant au maximum les affaires de l'italien par pur désir destructeur.


- Cherche dans la chambre de la donzelle va ! Fit l'homme au pistolet tandis qu'il faisait tomber un vase au sol dans un fracas épouvantable.

- Y'a rien j't'ai dit Sean ! T'es bouché ou quoi ? Fais pas chier ! Grogna l'autre alors qu'il revenait de la chambre de Véronica.

- Mais bordel c'est qu'ils l'ont sur eux!

- L'boss va vérifier ça dans les jupons d'la petite poule...Répondit son complice en esquissant un rire étranglé comme s'il frissonnait en imaginant son patron martyriser la jeune kidnappée.

- Ouai...haha !

Les rires gutturaux des deux hommes se noyèrent dans d'autres répliques graveleuses. Mais ils n'avaient pas le temps de traîner dans les parages. Même si le personnel de l'hôtel ne semblait pas réagir à leur présence, il était certain que le Scotland Yard serait prévenu par quelques clients ou les voisins avant peu. Armando avait disparu, ce n'était pas bon signe, ils devraient rendre des comptes à leur chef et cela ne s'annonçait pas très joyeux. Aussi prirent-ils la direction de la porte lorsque le plus mince fit tomber le porte-manteau en beuglant :

- Ho putain elle est là ! R'garde ça !

Il brandissait le bocal renfermant la pierre philosophale comme un trophée, c'était ce qu'ils cherchaient.

- Haha ! Bien joué Ned ! L'patron va être content, on l'a trouvée sa pierre-chose. Je ne donne pas cher d'la petit dinde maintenant.

- Ouai...

- Vas-y file-la moi...

Descendant en vitesse en bas de l'hôtel, ils passèrent près du groom déjà mort et filèrent dans la rue adjointe de l'édifice. De là, ils ressortirent sur des cheveux piaffants et s'élancèrent dans la rue en direction des quais. Gonflés par leur réussite, ils affichaient derrière leurs airs sérieux un soupçon d'orgueil qui leur collait au visage : le sourire heureux du chien qui ramène un bâton à son maître.

De son côté, Armando perdait de la distance. C'était fini, il n'entendait presque plus le fiacre. Son épuisement commençait à se faire ressentir, ses mollets lui tiraient la peau et son souffle était devenu très rauque. Fourrant la main dans une des poches de veste sans pour autant s'arrêter, il chercha au toucher sa carte de tarot marquée d'un trèfle. Il était temps de s'en servir avec efficacité ! Aucune aide extérieure ne viendrait, il était seul, sans aucun collègue pour l'épauler et il devait donc plonger dans ses propres ressources cachées. Une lueur verte sortit de sa poche tandis qu'il ralentissait le pas jusqu'à finalement s'arrêter en fermant les yeux. Invoquer les arcanes n'était pas chose aisée. Armando était très fatiguée et l'urgence de la situation ne l'aidait pas à se concentrer. Mais bientôt la lueur verte émit un véritable flash avant de s'éteindre et l'Agent rouvrit les yeux: la chance allait l'accompagner pour la suite de sa poursuite, du moins l'espérait-il maintenant.
Reprenant sa course, l'italien conserva la carte dans sa main : il était obligé s'il voulait que l'arcane fonctionne. Son pas, plus lourd qu'au départ, retrouva un rythme honorable et l'Agent s'élança de nouveau dans la direction qu'avait pris le fiacre.

Mais alors qu'il courait à en perdre ce qui lui restait d'haleine, divers clapotis de sabots frappant le pavé parvinrent aux oreilles de l'italien. Il s'arrêta, se retourna et écouta brièvement le son qui provenait de la rue derrière lui. La chance était avec lui ! Il compta deux cheveux, c'était bien assez pour lui indiquer que c'était probablement les deux lascars qui étaient restés à l'hôtel. S'éclipsant dans une ruelle, il se cacha dans l'angle d'un mur et attrapa sa carte du pic qu'il maintint avec celle du trèfle. Penchant sa tête sur le côté, il vit effectivement arriver deux hommes lancés à pleine vitesse sur des chevaux d'un brun soutenu. La lumière des réverbères ne lui permit pas d'en identifier les visages mais il n'avait pas le temps de se poser des questions: que ce soit ses hommes ou non, il avait besoin d'un moyen de locomotion plus rapide que ses jambes.
Lorsque les chevaux arrivèrent un peu avant sa hauteur, il se jeta en travers de la route. Il y eut un immense flash lumineux d'une couleur blanche immaculée qui éblouit l'ensemble de la rue. Plusieurs cris marquèrent la frayeur des hommes surpris par cette soudaine perte de vision et leurs chevaux se cabrèrent en poussant des hennissements stridents. L'un des deux hommes tomba à terre tandis que l'autre beuglait à son cheval de se calmer. Lorsque la lumière disparut, Armando était déjà sur l'homme qui avait atterri presque à ses pieds. L'autre poussa un juron et lança sa monture à bride abattue pour disparaître au loin en abandonnant son complice.
Au sol, une lutte était engagée. Le bandit avait sorti son pistolet mais Armando le tenait déjà à la gorge en utilisant une clé de bras. Étouffant son adversaire il enroula une jambe autour de son bras pour lui faire lâcher son arme. Finalement, l'homme abandonna son pistolet, manqua d'air et s'effondra. L'italien se releva aussitôt, haletant. Il attrapa le pistolet à percussion en trébuchant pour le fourrer à sa ceinture avant de saisir la bride du cheval qui s'était éloigné. Un éclat brillant le fit alors hésiter mais, curieux et soucieux, il revint vers son ennemi pour vérifier que ses yeux ne l'avaient pas trompé. Il retrouva ainsi le bocal qui contenait la pierre philosophale de Nikola. Récupérant l'objet en grognant une paire d'injures en italien, Armando retourna près du cheval. D'un bond, il sauta sur l'animal qui rechigna à se laisser monter avant d'obéir au coup de talon que lui donna l'Agent. Armando reprit ainsi sa course. Il avait déjà perdu de vue l'autre bandit et espérait le rattraper avant qu'il ne donne l'alerte.

Le claquement des sabots sur les pavés l'assourdissait. La rue était vide, comme morte, et chaque son était amplifié par les multiples ruelles qui s'en écartaient en tout sens. Armando n'entendait pas le cheval de son ennemi. Il crut qu'il l'avait déjà perdu mais il l'eut bientôt de nouveau en vue. L'Agent ralentit alors sa monture. Le but de cette manœuvre était de le suivre pour atteindre la cachette où Véronica avait sûrement déjà été amenée. S'il se faisait voir, l'homme pouvait dévier de sa route pour le perdre.
Lentement, il s'assura donc de rester hors de vue tout en suivant l'homme devant lui. Il le perdit plusieurs fois mais jamais bien longtemps. Peu à peu, il comprit que les criminels qu'il poursuivaient avaient conduit Véronica du côté du port. Une odeur nauséabonde de marée et de moisissure s’immisça dans l'air et lui fronça le nez. Allaient-ils emmener la jeune femme sur un bateau ou logeaient-ils dans un des nombreux hangars qui faisaient de ces lieux une ville dans la ville ? L'un comme l'autre était possible mais le plus probable c'était bien que le corps de Véronica puisse déjà gésir dans une rigole...Ces enfoirés étaient venus mettre un terme à leur enquête et s'ils avaient kidnappé la jeune femme c'était sans nul doute pour récupérer cette fameuse pierre rouge qu'il gardait maintenant avec lui. Que feraient-ils lorsqu'ils découvriraient que la belle ne l'avait pas sur elle ? Une angoisse prenante saisit l'estomac de l'italien. Il n'osait imaginer sa réaction face au cadavre de l'Alchimiste. Leur discussion lui revint en tête. La jeune femme avait semblé tout aussi troublée que lui lorsqu'il lui avait confié qu'il l'accompagnerait en Écosse. Un doux rougissement avait teinté ses pommettes comme l'amour colore la vie d'un homme. Cette enquête les détruisait autant qu'elle les liait. Un pincement au cœur donna la nausée à l'enquêteur. Il devait retrouver l'Alchimiste au plus vite !

Mais Armando stoppa soudainement son cheval : l'homme qu'il filait avait disparu. Apparemment, il s'était arrêté devant un hangar d'où plusieurs lumières provenaient. Il avait abandonné son cheval et s'était sûrement engouffré dans le bâtiment. C'était donc là le repaire de ces brutes ? L'Agent recula un peu et descendit de sa monture. Il l'attacha à une barre d'escalier en fer qui dépassait d'un bâtiment en partie en ruine, certainement un ancien dépôt, et s'éloigna en catimini. C'était trop tard, l'homme devait avoir prévenu son patron qu'il venait d'avoir un démêlé avec lui...Que faire ? Le fiacre était là, abandonné lui aussi. Personne ne semblait garder l'entrée.
Lorsqu'il fut certain que personne ne guettait alentours, Armando passa devant plusieurs rues étroites et sombres et se colla à un muret proche du hangar. Il tenait le pistolet à percussion dans sa main droite tout en maintenant ses deux cartes des arcanes de l'autre. Une faible lueur s'en échappait. L'Agent avait la porte en vue mais il doutait fortement que cette dernière ne soit pas fermée ou exposée à des tirs ennemis. Il hésitait à s'avancer d'avantage.

Soudain, une main terrible l'attrapa par le col et une autre lui enserra la gorge. Il venait d'être piégé ! Il poussa un cri étouffé et se retrouva au sol à moitié assis. Malgré ses réflexes de lutteur, son adversaire avait eu l'effet de surprise avec lui. L'italien reçu un violent coup de pied dans sa main droite et perdit le pistolet. De son autre, il fut obligé de lâcher ses cartes pour agripper son premier agresseur afin de l'empêcher de l'étrangler pour de bon. Une fois qu'il eut saisit la manche de son adversaire, il le fit basculer par-dessus lui d'un coup d'épaule et l'envoya contre le muret. L'homme cria sa douleur tandis qu'Armando se redressait en vacillant. Le second homme, qui s'avérait être le cocher, lui donna un coup dans le flanc droit. L'Agent ne le laissa pas porter son coup une seconde fois. Lorsque l'homme revint à la charge, il dévia son bras d'un tranchant de main avant de s'abaisser pour esquiver un troisième coup. Dans le même temps, il saisit son couteau qui était toujours attaché à sa cheville et, d'un geste fulgurant, il trancha dans le vif devant lui. L'homme se retrouva avec une ouverture sur tout le bas du ventre et n'eut pas le temps de réagir qu'il recevait déjà un coup de coude dans les dents. Tandis que le cocher s'écroulait, Armando sauta de côté pour esquiver une brique que venait de lui lancer le fameux Ned.


- Tu va voir sale rat ! J'vais t'apprendre à...

Mais il n'eut pas le temps de finir sa phrase que sa propre brique lui revenait directement sur un genoux. Poussant un cri tout en courbant l'échine, l'homme de main grimaça de douleur et de rage. Armando ne le laissa pas riposter: il lui sauta littéralement dessus pour l'attraper par un poignet, lui tordit le bras dans le dos et l'obligea à s'allonger par-terre en appuyant durement sur sa clavicule. L'autre se débattit tant qu'il pu mais l'italien était trop bien entraîné à faire ce genre de mouvement calculé pour maîtriser son adversaire. Une fois que l'homme eut compris que gesticuler ne servait qu'à accentuer la pression qu'exerçait l'Agent sur son épaule et à rapprocher le couteau qu'il tenait près de sa gorge, il finit par se clamer.

- C'est bon, c'est bon ! Arrête ! J'me rends ! Ha connard...J'me rends...C'est bon...

Armando l'attrapa par les cheveux et lui releva la tête pour lui parler. Son ton, sombre et rageux, sortit d'entre ses dents serrées:

- Où est la jeune femme !? Réponds!

L'homme sourit d'un air niais:

- Ben dans le hangar va...nigaud...erf...

Sans prévenir, Armando lui éclata aussitôt la face contre le sol et le releva par la tignasse. L'homme grogna de douleur, il saignait affreusement du nez.

- Qu'est-ce que vous lui voulez? Parle ! Lui beugla l'italien en prenant soin de serrer ses doigts aux racines de ses cheveux

- La pierre ! La pierre ! C'est tout!

Perdant patience, Armando jeta l'homme à terre et lui asséna un coup de pied au visage qui acheva de l'étourdir. Son nez était cassé, l'arrête était tordue, il mettrait longtemps avant de se relever.
Se massant le cou, l'Agent récupéra le pistolet qu'il avait perdu ainsi que ses deux cartes qu'il fourra dans une des poches de sa veste.
Lentement, il se redirigea vers le hangar. Sa lutte s'était déroulée assez loin du bâtiment pour qu'il soit certain de ne pas avoir été entendu. Il en fit ainsi le tour, cherchant une autre porte que la principale. Sur ce genre d'édifice précaire, il y avait souvent deux entrées : la principale qui pouvait s'ouvrir en grand pour laisser passer les marchandises conséquentes et la seconde qui permettait de faire des transactions plus simples et de faciliter le passage des hommes.
Arrivé à l'arrière du bâtiment, loin de la lumière, Armando trouva ce qu'il cherchait : une lucarne délabrée près d'une seconde porte. Il aurait pu tenter de tourner la poignée, sans nulle doute que la porte se serait ouverte, mais avec quel grincement ! Malin, l'italien préféra entrer par la lucarne. Aidé d'une caisse, il se hissa à travers elle. Son épaule gauche était douloureuse depuis sa fuite de l'hôtel et cela le ralentit malgré lui. Il avait aussi du sang sur les mains et le torse, ses prises glissaient.

Enfin, l'Agent se retrouva derrière d'énormes sacs de toile rigide entassés les uns sur les autres. Plus loin, une paire de tonneaux pouvaient encore le cacher. Dans l'ombre, il s'avança doucement pour tenter de voir quelque chose. Il entendait une voix grave parler sur un ton enjoué mais il ne pouvait pas la comprendre. Cherchant un nouveau point de vue, il continua sa lente progression vers les criminels qui retenaient Véronica.

"Quelle perspicacité, vous m'impressionnez Véronica !"

Cette voix, il ne la connaissait pas...Il apercevait maintenant un homme de haute stature. Ce dernier se tenait devant un tonneau dont le contenu était en partie renversé...De l'eau...Armando tendit un peu le cou pour tenter d'en voir plus mais soudain il vit Véronica se débattre en hurlant tandis que trois hommes la saisissaient violemment. Ce spectacle le glaça d'horreur. La jeune femme était en tenu de nuit, blanche comme le lys, trempée sur toute sa partie haute. On voyait sa poitrine au travers et il était aisé de deviner à quoi avait finalement servi le tonneau plein d'eau. Les cheveux de la belle ruisselaient, lui zébrant le visage comme ceux d'une esclave qui vient d'être battue et dont les joues sont baignées de larmes. Ce visage, il le vit déformé par la terreur la plus élémentaire tandis que la voix stridente de la jeune femme déchirait l'air de sa plainte et de son angoisse. En un geste elle avait été mise à terre, malmenée par les brutes qui la maintenaient sans aucun ménagement. Et en deux autres tours de mains, elle avait été découverte dans sa nudité la plus pure...
L'Agent ne réfléchit pas, il n'en avait pas le temps. Sa colère et l'urgence de la situation guidèrent ses mouvements. D'un bond, il surgit de sa cachette comme un diable sort de sa boite et se jeta de tout son poids, épaule en avant, contre l'homme qui venait de baisser son pantalon pour tenter de violer l'Alchimiste. Son cri de rage accentua sa force lorsqu'il le percuta avec une violence inouïe avant de lui planter son couteau dans la gorge une fois, deux fois, trois fois en hurlant bien des mots dans sa langue d'origine...


- Non è mai deporle le zampe sporche su di essa! Mai! Figlio di una cagna ! Farò sanguinare è come un maiale!
(Tu ne poseras plus jamais tes sales pattes sur elle ! Plus jamais! Fils de ch..... ! Je vais te saigner comme un porc!)

En deux coups de couteaux finaux, il égorgea l'homme qui n'avait eu aucune chance de s'en sortir, d'autant que son pantalon à moité baissé entravait complètement ses jambes. Armando l'abandonna aussitôt que son sang lui eut maculé le visage avant de se retourner l'air plus bestial que jamais vers les autres. De son pistolet, il aligna le premier homme qui était à sa portée et tira un coup de feu qui retentit longtemps dans le hall. Après la surprise, le tumulte. Le chef de la bande hurla des ordres et des jurons avant de se mettre à tirer à son tour à plusieurs reprises. Armando prit une balle dans la cuisse droite et son propre pistolet se retrouva sans munition. Il lança alors l'arme devenue inutile au visage du chef, dernier recourt pour gagner du temps, avant de recevoir de plein fouet le troisième homme qui se jetait sur lui pour l'attaquer avec une barre de fer qui traînait là, certainement pour servir de levier afin de faire rouler les tonneaux jusqu'aux quais. L'Agent esquiva avec difficulté le coup et se fit heurter par le métal au niveau de son avant-bras gauche. Il roula, poussant des râles de douleurs avant de se relever et d'envoyer un franc coup de pied en plein milieu du poitrail de l'homme qui se ruait à nouveau sur lui. Sans attendre, Armando se précipita vers Véronica en serrant les dents : sa cuisse le faisait terriblement souffrir à chacun de ses pas. Il attrapa vivement la jeune femme par un bras et la poussa devant lui entre les tonneaux pour qu'elle soit à l'abri. Deux autres balles fusèrent et l'italien sentit la morsure de l'acier au niveau de ses côtes gauches avant disparaître avec l'Alchimiste derrière leur rempart de fortune. Contre un tonneau, l'Agent enleva sa veste, la fouilla et la mit sur les épaules de Véronica avant de lui mettre en main son pistolet miniature.

- Tenez, dépêchez-vous...Prenez ceci ! Il n'y a qu'une balle. Il y a une porte derrière ! La lucarne...Prenez le fiacre! Un cheval ! N'importe quoi ! Donnez notre position au Yard ! Je vais les occuper...

Une autre balle ricocha près d'eux et il fut bientôt évident que des renforts étaient arrivés du côté de l'ennemi. De nouvelles voix résonnaient dans le hangar. Armando poussa encore l'Alchimiste de la main pour lui intimer de s'enfuir. Soudain, tout se tue. L'italien tendit l'oreille. La voix du chef de la bande tonna dans l'air:

- Allons Monsieur della Serata ! Vous me décevez ! Un homme tel que vous ne devrait pas se cacher...Vous êtes un gentleman...

Une paire de rires crasseux s'élevèrent dans la salle. Armando jeta un dernier coup d'oeil à Véronica, lui révélant ce que contenait la paume de sa main gauche : c'était la pierre philosophale accompagnée de sa carte de tarot marquée d'un cœur. Il venait de les sortir de sa veste, le bocal gisait près de lui. Il sourit à la jeune femme avec tendresse, lui soufflant un "pardon de ne pas être arrivé plus tôt...fuyez...", et se leva avec mal, soudainement à découvert. Ses cheveux d'ébène, complètement défaits, encadraient son visage tiré par la haine. Torse nu, il ressemblait à un sauvage des contrées d'outre-mer. Il brandit la pierre entre deux doigts comme s'il était prêt à la briser au sol. Sa carte de tarot resta cachée dans sa paume à semi-fermée sur elle, tournée vers lui-même.

- Ne tirez pas ! Hurla le chef à ses hommes, affolé le temps d'un battement de cil.

- Maxwell je présume ? Fit l'italien en appuyant un peu sa hanche droite au tonneau avant d'avancer lentement.

Sa jambe saignait abondamment, la sueur perlait de son front. Dans sa main droite, il tenait toujours son couteau mais il était maintenant flagrant que ses doigts tremblaient. Il se redressa d'un air fier et dévisagea l'homme dont il reconnaissait le faciès qu'il avait déjà vu sur des photos. Il lui montra la pierre de sang :


- C'est cela que vous cherchez, n'est-ce pas ? Laissez partir Véronica ou je la brise sur le champ !

L'Alchimiste sourit d'un air amusé, une lueur étrange siégeait maintenant dans ses yeux. Il tendit la main sans s'approcher de l'agent du Yard.

- Oui...C'est ça que je cherche...Vous me la donneriez contre la vie de cette femme ? Je pourrais vous la garantir...Donnez-la moi s'il vous plaît...

Sa voix, soudainement mielleuse, fit l'effet d'une douche froide à l'italien.

- Que comptez-vous en faire, Maxwell? Demanda-t-il sombrement en lui lançant un regard de tueur.

Malgré son teint plus blême qu'à l'habitude, l'Agent conservait ses yeux d'encre. L'Alchimiste lui sourit d'un air désolé en levant ses paumes de mains vers le ciel :


- Ha mais, voyez-vous, ce n'est plus l'heure des questions...

Les hommes qui l'entouraient, au nombre de cinq, s’avancèrent armes à la main. Armando fit mine de lever la pierre pour la briser. Maxwell arrêta ses complices d'un geste.

- Cessez de jouer au plus fin avec moi, Monsieur della Serata. Fit-il en s'approchant de l'agent jusqu'à se trouver à deux mètres de lui avant se mettre à tourner autour. Nous savons tous deux comment cela va se terminer à ce rythme...Vous vous videz de votre sang...s'en est écœurant...

Armando grogna de rage. L'Alchimiste avait raison, il ne tiendrait plus très longtemps. Cependant, il était hors de question de s'avouer vaincu. Si Maxwell continuait à tourner autour de lui, il allait apercevoir la carte de tarot...Que pouvait-il faire à présent ? Cinq pistolets étaient braqués sur lui. Toute action lui coûterait la vie. Il fallait gagner du temps...

- N'avancez plus. Reculez ou je la brise ! Cessez ce petit manège, c'est fini, vous êtes condamné.

Armando hésita un instant à lancer son couteau sur l'Alchimiste. Il l'aurait eu en plein cœur, c'était certain, mais les autres lui tireraient dessus et s'en serait fini de sa carrière. Véronica serait rattrapée, sa sœur disparue à jamais et son nom dénué de descendance.

- Avant de faire un quelconque marché, je veux des réponses...Qu'avez-vous trouvé en Inde, Mawxell ? Qu'avez-vous fait ?

L'Alchimiste tiqua mais ne répondit pas.  Armando continua en prenant de l'assurance dans sa voix :

- Je vais vous le dire moi...Paniandy devenait gênant...n'est-ce pas ? Il en savait trop. La guerre n'avait pas besoin d'un traître exilé sur le sol Britannique. Raison officielle de l'éliminer...Mais il connaissait surtout votre projet personnel...Et Nikolai, ou devrais-je dire Filipovitch, ne faisait que voler le fruit de vos recherches depuis des années...Durs échecs, il devenait urgent d'en finir...

Maxwell se mit à rire.

- Hahaha ! Monsieur della Serata, gagner du temps ne vous servira à rien...Vous n'aurez jamais saisi l'affaire dans son entiers...vous voilà tout pantelant, prêt à rendre l'âme...

Il s'avança, menaçant, ses hommes l'accompagnèrent. Mais Armando sourit d'un air mauvais:

- Cela ne ramènera jamais votre fils...

L'Alchimiste s'arrêta et blêmit significativement. Il entrouvrit la bouche mais resta muet.

- Danny, ce pauvre petit Danny, un dommage collatéral inattendu dans vos horribles expériences. Un gamin trop curieux, un poids pour l'armée, une entrave à la science. Vous vouliez le venger, tuer le chef de votre unité, ressusciter l'enfant volé...

- Taisez-vous !! Hurla Maxwell en alignant Armando de sa propre arme. Mais l'Agent continua:

- Mais les dates ne correspondent pas, pourquoi ? Et Danny était un Homonculus...un échec de plus...Ha oui...les archives renferment bien des merveilles...Le dossier de Nikolai n'était qu'un pas dans la boue, remonter jusqu'à vous aurait été aisé si l'on ne nous avait pas fermé la réserve...

Maxwell serra les dents et le coup de feu partit. Il y eut un grand flash rougeoyant et plusieurs autres coups de feu claquèrent dans l'air. Tous furent aveugles un instant mais lorsque les hommes de l'Alchimiste les rouvrirent, ils les s'écarquillèrent de terreur et tous se mirent à hurler, divaguer, trébucher, tirer dans le vide. Ils étaient face à leurs pires frayeurs qui se matérialisaient sous formes de fantômes invisibles aux autres. Armando était à terre, plié en deux. Il serrait dans sa main sa carte de cœur avec la pierre. Toutes deux étaient couvertes de son propre sang. La balle avait perforé son bas ventre.
De son côté, Maxwell avait lâché son pistolet et errait à quatre pattes. Mais rapidement ses yeux trouvèrent la pierre à cause de la lueur que dégageait la carte des arcanes contre elle et il se jeta à main nues sur l'Agent comme un chien enragé. Ce dernier leva son couteau mais il n'avait plus la force de le manier.
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Veronica Newburry
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MessageSujet: Re: Crime sur les Docks [Armando, Véronica] [12/03/42] Ven 19 Juil - 15:15

Véronica était terrorisée. Entre les mains des trois hommes qui la maintenaient, elle se sentait perdue, condamnée. Armando était sûrement mort, personne ne viendrait la sauver. La perspective de mourir dans cet endroit sordide après s'être fait arracher son innocence par des ouvriers lubriques lui arrachait des spasmes violents. Elle voyait son corps laiteux dans la lumière nocturne en train de se faire dévorer par les poissons qui arpentaient les coins sales du port. Elle disparaitrait sans laisser de traces, jamais son corps ne serait retrouvé. Personne ne se souviendrait d'elle, aucun lieu ne serait érigé à sa mémoire. Ces pensées affreuses lui broyaient l'estomac et lui donnaient une force de bête acculée par les chasseurs, luttant avec l'énergie du désespoir.
Lorsqu'elle fut mise à nu devant les regards obscènes de ces gens, elle pleura plus abondamment encore, faisant le deuil de sa vie, de ce ventre qui aurait pu porter un jour la descendance de celui qu'elle aimait. Elle hurlait toujours quand ses yeux se fermèrent devant l'image de cet affreuse nudité déformée par quelque infection vénérienne, qui se présentait à elle pour la déflorer.

Soudain, elle sentit une démarche rapide résonner sur le sol du hangar, un choc violent entre deux corps et le bruit répété d'une lame s'enfonçant dans des chairs. Au moment où les accents chauds d'une langue étrangère se firent entendre, elle ouvrit les yeux et reconnut Armando, achevant de tuer son agresseur. Ses yeux s'agrandirent de stupeur dans un premier temps, puis ils se mirent à briller d'un soulagement infini alors que le sang se répandait. L'instant d'après, un homme s'écroulait près d'elle, l'éclaboussant de son sang au niveau du corsage. Instinctivement, la jeune femme se protégea avec ses mains et fit une roulade sur le côté pour échapper à la zone de tir.
Plus personne ne se préoccupait d'elle, aussi elle s'arrêta quelques mètres plus loin pour se relever avec des difficultés certaines à cause de sa cheville dont les ligaments commençaient à se déchirer. Avec précipitation, elle rattacha les boutons de ses sous-vêtements et observa la scène, paralysée par la violence, jusqu'à-ce que ses yeux ne viennent se poser sur la blessure d'Armando à la cuisse.
Il avait été blessé !

L'action se déroula si vite qu'elle ne put intervenir. Déjà, l'agent se précipitait vers elle et l'entraînait à l'abri, dans le fond du bâtiment. D'autres coups fusèrent, lui vrillant les oreilles à chaque fois. Mais elle oubliait déjà cette terreur, dévisageant l'homme venu la sauver comme pour s'assurer qu'il était bel et bien vivant. Ils étaient proches l'un de l'autre, si bien qu'elle put voir une autre blessure près des côtes cette fois-ci, lorsqu'il enleva sa veste pour la lui donner. Il avait pris deux balles... son état devenait critique ! Le visage de Véronica se décomposa ; elle réalisait qu'elle était à deux doigts de perdre celui qu'elle venait juste de retrouver.
Elle allait lui dire quelque chose mais déjà, il lui donnait un pistolet et lui soufflait des instructions. Elle devait aller chercher les secours pendant qu'il les occupait... Pendant qu'il parlait, la jeune femme secouait faiblement la tête. Elle ne voulait pas l'abandonner, pas maintenant ! Pas alors qu'ils se retrouvaient ! D'une voix étranglée, la jeune Alchimiste s'adressa à l'enquêteur.


- Ne me demandez pas ça... Je ne veux pas vous laisser !

Mais déjà, d'autres coups de feu se faisaient entendre ; des renforts venaient d'arriver. Elle vit alors ce que renfermait la main de l'homme : une carte dont elle ne comprit pas l'usage et la pierre philosophale qu'elle avait extraite du cadavre de Nikola. Que comptait-il en faire ? La monnayer ? L'utiliser comme objet de chantage sur Maxwell ? L'air abasourdi de la jeune femme contenait toutes les questions possibles et imaginables à ce sujet.
Pour toute réponse, elle eut un des plus beaux sourires qu'Armando avait pu lui faire jusqu'ici. Il s'excusa et lui intima de fuir, alors que des larmes piquaient les yeux de chat de la jolie femme.


- Armando...

Mais déjà, il s'était levé, titubant, allant au devant du danger. Un cruel dilemme s'imposa dans l'esprit de la jeune femme. Devait-elle fuir ou se lever et aider l'homme dans sa lutte ? Son regard se posa sur le tissus du gant qui dépassait de son corsage. Elle l'enfila silencieusement, ne perdant pas une miette de la scène qui se déroulait sous ses yeux, avec une lenteur infinie. Si elle décidait de se jeter dans la lutte, quelles garanties avait-elle de sauver Armando ? Elle mourrait peut-être aussi et le sacrifice de l'homme pour elle n'aurait servi à rien... Devait-elle suivre ce dernier ordre ?
La jeune femme se retira lentement dans l'ombre, trainant sa jambe blessée, et essaya de gagner la sortie. Elle percevait distinctement les paroles de Maxwell et de l'agent, en pleine confrontation. Elle entendit le bel italien marchander sa vie contre la pierre, ce qui fit battre son cœur plus vite.

Armando tenait Maxwell en échec grâce à cette petite pierre rouge, il avait l'avantage mais pour combien de temps ? Véronica se frayait toujours un chemin, silencieuse au milieu des sacs et des tonneaux de marchandises. Soudain elle s'arrêta. Comme le Lord venait de le dire, son ami perdait beaucoup de sang, trop de sang. Arriverait-il à tenir le temps qu'elle aille chercher des secours ?
Le temps qu'elle s'échappe et qu'elle trouve un bobby en patrouille, il se serait déjà entièrement vidé de son sang et l'alchimiste aurait récupéré la pierre. Pourrait-elle entamer une deuxième poursuite seule et achever leur enquête en le sachant trépassé ? A la pensée de cet homme mort dans le hangar, l'Alchimiste sentit son corps se glacer. Une sensation qu'elle n'avait plus ressentie depuis la mort de ses parents revint figer son jeune cœur. Il comptait trop pour qu'elle l'abandonne... Ellese battrait à ses côtés, mourrait à ses côtés si c'était la seule issue !
Décidée, elle fit demi-tour, aussi vite qu'elle le put sans gémir de la douleur que lui occasionnait sa cheville douloureuse.
Armando gagnait du temps avec ses déductions, imaginant sans doute qu'elle fuyait le plus loin possible. Elle avançait à petit pas de souris, glissée dans l'ombre. Sa main nue serrait le pistolet si fort que ses phalanges devinrent blanches.
Lorsqu'elle arriva à la limite des derniers sacs, Maxwell explosait de rage. Il ne fallut que quelques secondes pour que les coups de feu se fassent entendre, suivis d'un grand flash lumineux. La jeune femme, heureusement trop éloignée pour être touchée par le sort des arcanes tituba néanmoins sous le choc et retomba sur un sac de jute. Les coups de feu fusaient dans tous les sens, c'était une cacophonie terrible, accentuée par l'écho du hangar à moitié vide. La vision brouillée, la jeune femme se redressa difficilement et s'appuya quelques secondes pour y voir plus clair. Lorsque le brouillard devant ses yeux se dissipa, elle vit l'agent à terre, replié sur son ventre. Avait-il subi une troisième blessure ?
Presque au même instant, l'Alchimiste trouvait la pierre dans les mains d'Armando et se jetait sur lui , prêt à en découdre.

Ce spectacle causa une formidable poussée d'adrénaline chez la jeune femme qui s'élança, oubliant sa cheville. Sa main gantée se leva et la belle créa une violente colonne d'air qui propulsa l'agresseur contre un mur avec violence.
Certains des acolytes avaient déjà repris leurs esprits et s'approchèrent d'elle en hurlant. Les yeux brillants de rage, prête à toutes les violences désormais, elle les fit flotter dans l'air puis fit le vide dans la bulle où ils se trouvaient. Privés d'air, ils suffoquaient comme des poissons hors de l'eau, s'agitant dans tous les sens en agrippant leurs gorges.


- Vous ne le toucherez plus jamais ! PLUS JAMAIS !

Petit à petit, ses captifs perdirent connaissance, devant les faces blêmes des autres qui les crurent morts. Effrayés, ils se mirent à fuir dans tous les sens, abandonnant leur chef pour sauver leur misérable peau. Véronica les laissa partir et fit retomber ses victimes sur le sol. Ils pouvaient être morts, inconscients ou s'être brisés la nuque en tombant, elle s'en fichait. Tout ce qui comptait c'était Armando, à quelques pas devant elle. Sans réfléchir, elle se précipita vers lui et s'agenouilla à son côté, posant sa main gantée sur ses épaules puissantes pendant que l'autre tenait toujours le pistolet. D'une voix douce mais suintant l'inquiétude, elle s'adressa à lui, ne le lâchant pas des yeux.

- Armando, je suis là... Ils sont partis, je vais vous sortir de là. Dites-moi que vous allez bien, je vous en prie...

Elle savait que ce n'était pas le cas mais le simple fait de parler témoignait qu'il n'était pas encore aux portes de la mort. Doucement, elle le fit s'allonger, fixant avec horreur les trois trous par lesquels son corps se vidait du liquide vital. Il n'y avait pas une seconde à perdre, il fallait panser ses plaies... La quantité de sang perdue, bien que significative, ne mettait pas encore l'agent dans un état critique grâce aux balles qui l'empêchaient en partie de s'écouler.

Mais pendant qu'elle tournait son attention vers cet homme si cher à ses yeux, le lord s'était relevé, une fois encore. A moitié fou, il avançait en titubant, les yeux luisant de haine, d'envie de meurtre. Il attrapa par terre un couteau qu'un de ses hommes avait laissé tomber. Il s'approcha d'eux, l'oeil mauvais, et jugea le spectacle d'un air goguenard.


- Comme c'est touchant... bravo !  Vous pensez avoir triomphé, hein ? Vous croyez tout savoir... Jamais vous ne saisirez la complexité de mon œuvre avec vos réflexions d'écoliers bien sages. Il y en aura d'autres pour reprendre le flambeau après moi, oui... Ils sont encore des centaines à patienter dans la chaleur de l'Inde, et ni vous ni personne ne parviendrez à endiguer la catastrophe le jour où elle se présentera à votre porte...

D'une voix qui se voulait autoritaire, la jeune femme apostropha le Lord en se campant devant le corps de l'agent pour le protéger.

- Il suffit Lord Maxwell, vous êtes seul. Posez cette arme maintenant et rendez-vous, peut-être que le juge intercédera en votre faveur.

L'homme éclata d'un rire guttural, il avait perdu toute élégance.

- Allons donc ! Je devrais avoir peur d'une novice incapable de se lever et armée d'une pétoire ! Vous avez une bien trop haute estime de vous-même petite moucheronne, ne doutez pas un seul instant de la facilité qu'il me faudrait pour vous écraser... Vous vous croyez en sécurité avec la police ? Vous pensez que justice sera faite ? Quelle douce plaisanterie !

L'homme rit pendant de longues minutes puis fonça sur Véronica en hurlant. Pour la jeune femme surprise, il était trop tard pour utiliser son Alchimie. Alors, instinctivement, elle saisit le pistolet et tira presque à bout portant une balle entre les yeux de l'homme, faisant voler sa tête en éclat, l'éclaboussant de sang, d'éclats d'os et de morceaux mous d'un gris rosé. Cette vision d'horreur devait hanter les nuits de cauchemar de la jeune femme durant des mois.
La vision brouillée par le sang, elle s'essuya la tête avec la manche de la veste que lui avait donné l'agent, se débarrassant des divers éclat qui souillaient son corps d'innocente, tout en restant penchée sur son ami. D'un geste vif, elle déchira des pans entiers de sa chemise de nuit pour en faire des bandages. Quand elle estima en avoir assez, sa robe ne lui arrivait plus qu'au-dessus du genou. Elle ne cessait de parler à l'agent, de sa voix tremblante.


- Je n'ai pas pu vous abandonner... Je suis désolée.

Elle commença par le faire asseoir et entoura son abdomen de bandes de tissus qu'elle serra aussi fort qu'elle le put pour obstruer la première plaie. Ses mains tremblaient pendant sa tâche, elle avait peur de le voir mourir ici, dans ses bras.
Panser la plaie au bas-ventre fut le plus difficile mais elle réussit en faisant basculer le torse de l'italien vers l'arrière, le soutenant d'une épaule pendant qu'elle serrait de toutes ses forces le bandage. Une fois que ce fut fait, elle le rallongea avec toutes les délicatesses du monde, accompagnant sa tête avec ses mains pour éviter qu'il ne se fasse mal.


- Vous avez perdu beaucoup de sang mais vous allez vous en sortir, j'en suis sûre... Armando, vous devez vous en sortir.

Bander la blessure à la cuisse fut plus facile. D'un regard aux autres bandes, elle vit qu'elles étaient restées blanches ce qui la rassura. Elle avait réussi à enrayer l'hémorragie, un bon signe. L'inquiétude et le stress lui donnaient chaud, aussi elle enleva la veste qu'elle plia pour en faire un coussin qu'elle plaça sous la tête de l'agent.
Elle revint enfin à sa position initiale, agenouillée au niveau de son thorax. Son visage se tourna vers celui d'Armando, ne le quittant pas des yeux. Doucement, elle saisit sa main qu'elle serra dans la sienne, faisant des ronds sur le dos avec son pouce. De son autre main, elle caressa les cheveux noirs, défaits et emmêlés comme ceux d'un sauvage.


- Je vous en prie ne m'abandonnez pas maintenant... Vous ne pouvez pas mourir là, vous m'entendez ?

Les yeux de la jeune femme s'étaient remplis de larmes qu'elle ne refoula pas. Sa voix était devenue tremblante de la douleur qu'elle ressentait pour lui. Elle ne cillait pas, de peur qu'il meure si elle détournait son regard de lui. Son cœur battait un rythme endiablé devant ce spectacle. Véronica comprit que si le bel italien venait à mourir, elle ne s'en relèverait pas. De sa voix brouillée de larmes, entrecoupée de hoquets douloureux, elle continua :

- Vous ne pouvez pas... Vous ne pouvez pas mourir ici. Armando... Je crois... Je crois que je vous aime. Alors je vous en supplie, restez avec moi !

Un long sanglot l'interrompit. Elle renifla sans aucune pudeur, ce n'était plus le moment des mondanités.

- Je ne veux pas porter votre deuil... Je ne veux pas vous perdre.

La fin de sa phrase était presque un soupir, une parole qu'eux seuls auraient pu entendre. Bouleversée, Véronica se pencha en avant, sans cesser de tenir la main de l'homme, s'appuyant sur son autre bras pour ne pas lui tomber dessus. Centimètres par centimètres, leurs visages se rapprochèrent, le souffle de l'Alchimiste caressait la peau de l'agent comme une agréable brise chaude telle qu'il en existait les soirs d'été. Les yeux verts de la jeune femme regardèrent une dernière fois le visage de celui qu'elle chérissait avant de se fermer.
Avec une douceur infinie, ses lèvres roses se posèrent sur celles d'Armando dans un long baiser, plein de tendresse.

Elle était la fée, la créature fantastique qui rendait la vie à l'élu de son cœur, comme dans un conte...

Les forces commençaient à déserter le corps de Véronica. Déjà fatiguée par l'enquête, la torture et la tentative de viol, elle avait puisé dans ses dernières réserves pour utiliser son gant alchimique et les conséquences se faisaient sentir à présent. Ses paupières devenaient lourdes, son corps était si engourdi qu'elle ne sentait même plus la douleur que sa cheville lui causait. Doucement, elle se laissa glisser à côté de lui et s'allongea sans lâcher sa main.
Dans un dernier effort, elle posa sa tête au sol, contre l'épaule d'Armando et ferma les yeux.
Son corps couché sur le côté échangeait le peu de chaleur qui restait avec celui de l'agent. Leurs deux mains jointes étaient pliées tandis que le bras libre de la jeune femme barrait la poitrine de l'homme sans le gêner. S'ils avaient été couchés dans un lit de plumes, on aurait pu les croire endormis après une nuit de tendresse...

Au loin, les pas de gendarmes alertés par le bruit des brigands en fuite résonnaient sur les pavés.
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Armando della Serata
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MessageSujet: Re: Crime sur les Docks [Armando, Véronica] [12/03/42] Mar 30 Juil - 10:34

La douleur. Elle était fulgurante. Sa cuisse, son ventre, son épaule...son sang perlait à grosses gouttes sur le sol. Mais face à l'adversité, face à la mort, pour défendre celle qu'il aimait, Armando était capable de tout. Il avait retrouvé Véronica et il ne comptait pas la perdre maintenant. Maxwell et ses complices avaient envahi le hangar dans lequel ils se tenaient, la confusion régnait et trop de coups de feu étaient déjà partis.
Pourtant, l'Agent avait été subtile. Il s'était introduit avec brio dans le bâtiment après s'être débarrassé du cocher et d'un homme de mains, sans éveiller les soupçons, et il aurait pu s'approcher davantage pour avoir l'Alchimiste plus tôt. Mais lorsque Véronica avait été maltraitée devant ses yeux, il était sorti de sa cachette pour lui porter secours et déverser sa haine sur les ignobles types qui osaient la toucher de leurs sales pattes. Cela avait révélé sa présence à tous et avait ouvert de franches hostilités. Mais qu'aurait-il pu faire d'autre ? Regarder Véronica se faire violer sans rien dire ? C'était inimaginable ! Lui sauver la vie en même temps que son honneur, lui offrir une porte de sortie et un ultime sourire, voilà ce qu'il avait pu faire. Par la suite, gagner du temps pour en laisser à la jeune femme afin qu'elle puisse s'éclipser discrètement et humilier Maxwell en le confondant étaient les seules actions possibles à ses yeux. Il lui fallait du renfort et tant qu'il garderait le contrôle de la discussion, tant qu'il alimenterait cette dernière pour pousser Maxwell à perdre de ses moyens, il aurait une chance de le vaincre. Mais c'était sans compter sur la nervosité de l'Alchimiste et sur sa propension à éliminer ses problèmes à coups de feu...Armando avait fait une cruelle erreur : celle de croire qu'il était face à un esprit fort. En vérité, Maxwell était un faible qui ne réagissait qu'à partir d'émotions viscérales. Les mots qu'avait employés l'Agent l'avaient touché bien plus qu'il ne l'aurait imaginé. La mention de son fils avait fait perdre la tête à ce dernier et c'était dans un cri de rage qu'il venait de lui tirer une balle dans le bas-ventre...
Malgré ses cartes des arcanes, notamment celle du cœur qui lui permettait de motiver la terreur chez ses ennemis, Armando n'avait pas pu éviter la pointe de métal tirée presque à bout portant. Et si Maxwell avait été touché comme les autres par le pouvoir de sa carte, cela ne l'avait pas empêché de se jeter sur lui pour tenter de lui arracher la pierre philosophale qu'il tenait dans ses mains.

L'Agent se débattait donc comme il pouvait, son couteau était brandi et tout ses muscles tendus par l'effort. Il ne fallait surtout pas que Maxwell obtienne cette pierre. Dieu seul savait ce qu'il pouvait en faire ! Cependant l'Alchimiste était en pleine forme et face à sa rage, l'italien, blessé comme il l'était, ne pouvait plus faire grand chose.
Mais alors qu'Armando sentait ses dernière forces l'abandonner, alors qu'il desserrait sa prise sur la pierre et lâchait son couteau, une violente bourrasque emporta loin de lui son adversaire. Hébété par ce phénomène inattendu, l'italien eu un instant d'absence. Puis il entendit distinctement la voix de Véronica hurler un peu plus loin. Il se redressa un peu, jeta un regard dans sa direction et assista à une étonnante scène digne des plus grands écrits fantastiques : plusieurs hommes semblaient pris dans une bulle d'air qui devint rapidement une bulle de vide. Ils se débattaient tant bien que mal, étouffant dans un espace apparemment créé dans le but de les priver d'oxygène. La chose était étonnante. Était-ce donc une manière d'utiliser l'Alchimie ? Cela faisait froid dans le dos !
Mais Armando n'avait pas le temps d'observer le phénomène, il sentait ses forces le quitter entièrement. S'allongeant au sol il serra les dents tout en maintenant une main appuyée sur son bas-ventre. Il perdait trop de sang, déjà son esprit s’égarait.

La voix de Véronica le réveilla quelque peu. Elle était venue le rejoindre pour s'inquiéter de son état. Armando esquissa un semi-sourire plus fiévreux qu'autre chose et lui grogna faiblement :


- J'en ai vu d'autres...

Ho oui il en avait vu d'autres, mais jamais encore il n'avait eu une balle logée si près d'organes vitaux ! La voix de Maxwell vint interrompre leurs retrouvailles comme le tonnerre vient briser le doux son de la pluie. L'italien se mit sur son séant en s'appuyant sur Véronica, son regard était trouble mais il était hors de question de laisser l'Alchimiste se moquer d'eux. La rage et le courage de l'Agent lui dictaient de continuer à défendre la jeune femme. Il tremblait comme une feuille sous l'effort et s'apprêtait à lui cracher sa bile pour l'envoyer paître. Mais, sans qu'il ne puisse rien y faire, la belle s'était déjà levée pour répondre au criminel. Armando tenta de lui parler mais aucun mot ne sortait plus de sa bouche. Il vit alors avec horreur Maxwell se jeter sur la jeune femme. Une main en avant, dans un ultime effort, l'italien fit un mouvement pour se lever mais déjà un coup de feu avait retenti dans tout le hangar. Maxwell s'effondra, Véronica venait d'utiliser le pistolet miniature qu'il lui avait confié. Heureux, Armando se laissa tomber. C'était fini.

Lorsqu'il rouvrit faiblement les yeux, Véronica était penchée au-dessus de lui. Ses grands yeux verts l'observaient avec une inquiétude mortelle. Humides, ils ressemblaient davantage à deux émeraudes scintillantes que l'on aurait plongées dans l'eau cristalline d'une source souterraine. La belle s'activait. Elle déchirait des lambeaux de sa chemise de nuit immaculée pour lui faire des bandages et tenter d'arrêter l’hémorragie qui le dévorait. Elle s'affolait un peu, cela se sentait et se voyait dans ses gestes. Un peu de sang lui maculait encore le visage. C'était certainement la première fois qu'elle tuait un homme de cette manière. Tandis qu'elle continuait à bander ses plais, Armando ne cessait de fermer les yeux pour les rouvrir. Il perdait connaissance mais luttait pour la regarder et l'aider. Elle l'avait fait s'asseoir pour mieux le soigner et il avait cru un instant pouvoir l'assister dans sa démarche mais plus aucun de ses muscles ne lui obéissaient. Il était comme paralysé par la douleur qui était devenu ténue, comme effacée. Son cerveau inhibait lentement ses terminaisons nerveuses pour le protéger. Véronica paniquait, elle lui parlait avec empressement, lui demandant de répondre, de tenir, de lutter. Armando lui sourit plusieurs fois sans lui répondre : il n'en avait plus la force.

Au bout d'un moment, la belle s'approcha encore et se pencha au-dessus de lui pour l'embrasser. L'italien tenta de lui rendre son baiser mais il ne pu que saisir lentement un pan de tissu de sa robe de nuit pour la serrer dans sa main.
Bientôt, il s'endormit avec la belle tout contre lui. Il s'enfuit dans des rêves nimbés de fanges, de mousses, de graviers. Il se croyait revenu dans ce marais qu'il avait exploré une fois en compagnie d'Annabelle lorsqu'il était en France. Cet épisode de sa vie l'avait marqué. Il y avait vu des feu-follets pour la première fois. Ces "esprits", ces lumières allumées par les morts...


- ...morts ? Est-ce qu'ils sont morts?

- Ne dis pas n'importe quoi Dean ! Tu vois bien qu'ils respirent!

Des voix, des chuchotements, des cris. Le Scotland Yeard était sur les lieux. Quelques complices de Maxwell venaient d'être arrêtés et de nombreux agents cherchaient encore ceux qui s'étaient enfuis dans les docks. Le secteur était bouclé, les cadavres recouverts de voiles, les médecins affairés autour du couple découvert à l'instant.

- Poussez-vous messieurs, vous voyez bien qu'ils ont besoin de soins ! Allons ! Circulez ! Laissez-nous passer!

Véronica fut emportée par un homme de haute stature tandis qu'Armando fut soulevé avec difficulté par deux médecins avant d'être emmené dans un fiacre. Tout deux allaient être transportés à St Thomas's Hospital.

[HRP/Direction le St Thomas's Hospital, "Conclusion de l'enquête : des cœurs en fête"/HRP]
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Crime sur les Docks [Armando, Véronica] [12/03/42]

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