L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


Forum RPG - Londres au XIXème siècle. Incarnez Vampires, Loups-Garous, Lycanthropes, Homonculus, Chimères, Alchimistes, Hunter...et choisissez votre camp dans une ville où les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses....
 
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En dépit de ma rage, je reste comme un rat en cage [Van, Azami, Dorian] [02/04/42]

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MessageSujet: En dépit de ma rage, je reste comme un rat en cage [Van, Azami, Dorian] [02/04/42] Dim 1 Sep - 17:08

[HRP, De retour de la forêt des Ames, "A la tombée de la nuit les morts reprennent vie" avec Elise Adams./HRP]

"Despite all my rage I still like a rat in a cage"


Le goût vif du gin, brûlant, échauffait quelque peu sa gorge au fur et à mesure des verres de cristal remplis du liquide transparent, à l’arome d’agrumes et de coriandre. Pourtant, l’ivresse ne faisait pas son effet, il avait envie d’autre chose, de toute autre chose... La nuit était déjà tombée depuis longtemps et nous approchions les vingt-deux heures tapantes, rien de bien dérangeant donc, puisque grand nombre de gentilshommes étaient encore en train de diner dans les lieux huppés de la capitale. Pourtant, l’envie d’opium le consumait étrangement, une envie de chaos, de non-retour, ce qui mettrait son esprit sans dessus dessous avec fracas. Dorian décroisa ses jambes faisant signe à son majordome de se rapprocher, un domestique qui était plutôt surpris de voir Wickham rentrer si tôt de sa suffocante boutique, aujourd’hui à l’heure du souper, alors que tous savaient qu’il passait des heures folles dans ce lugubre endroit. Son maître avait un curieux comportement ses derniers jours, mais il chassa vite cette pensée, s’approchant.

-Faites-moi quérir un fiacre.

L’homme acquiesça, se courbant doucement.

-Très bien.

En règle générale, l’Homonculus ne restait que très peu dans ce manoir, pas vraiment du genre à organiser de somptueuses réceptions ou des diners pompeux, assez mal à l’aise et en retrait face à l’humanité, mais pas aux mondanité. Il participait relativement régulièrement à ce genre de choses afin d’apaiser son ennui brûlant. Il se sentait toujours étranger dans cette demeure, du moins dans les lourds escaliers aux murs couverts de riches tableaux d’ancêtres dont il ignorait l’existence, il étouffait, oppressé. C’était ma fois un bien beau manoir, fort bien décoré, aux teintures pourpres et bois précieux, raffiné et dues à l’accumulation d’objets d’arts et de curiosité récoltés ici et là par Dorian. Ce lieu était tout à l’opposé de l’austérité de la boutique de pompes-funèbres du croque mort. Assit non loin de la cheminé dans un précieux fauteuil il laissait son regard gris vagabonder dans les flammes, se parant d’étranges reflets, songeur.  Quelques jours eurent passé depuis sa visite nocturne dans la forêt des âmes et l’homme qui l’avait aidé dans cette entreprise avait choisi l’exil de l’Angleterre. Grand bien lui fasse… Dorian fut cependant étonné qu’il ne choisisse l’option du suicide…

Enfin ce n’est pas comme si les cadavres manquaient de toutes façons. Des morsures, des lacérations… Les corps étaient parfois dans un bien étrange état, si bien qu’outre les silences des médecins légistes il fallait être idiot pour ne pas remarquer qu’ils se passaient de drôles de choses à Londres… Ce sentiment désagréable d’être épié en pleine nuit, deux grands yeux tranchants tapis dans l’ombre, l’Homonculus l’avait ressenti maintes fois, trop pour penser que ce n’étaient juste que des divagations de son esprit. Il soupira, laissant choir sur une petite table en bois exotique le livre à la couverture de cuir rouge qu’il était en train de lire d’une bonne moitié. Il se releva, quittant la pièce et se dirigeant vers la salle d’eau d’un gris pâle, se remettant un peu d’eau de Cologne avant d’inspecter sa tenue. Une veste d’un velours gris vif d’une belle qualité s’accompagnait d’un pantalon noir à fines rayures, son gilet de costume, brun, laissait dépasser la chaine argentée de sa montre un gousset, pas de cravate, sa chemise blanche à faux col était soutenue pars un Ascot sombre aux reflets moirés et il  portait une rose fraîche, d’un rouge très soutenu, proche du noir ou du violine, à sa boutonnière.

-Bonne soirée monsieur.

Le croque-mort lui répondit d’un sourire, toujours amusé de la dignité sans borne dont faisait preuve son domestique, car le genre d’endroit où Dorian se rendait de nuit n’était pas des plus recommandables, principalement des bouges immondes. Cependant, le sous-sol de la taverne crasseuse qui était  sa destination était une merveille d’exotisme et de décadence, « l’Antre des Anges » portait bien son sobriquet tant il contrastait avec le gris et la boue des alentours, on y venait pour l’opium principalement, les femmes également dont la beauté singulière n’avait rien à envier aux hautes lignées paradant dans des robes à crinolines hors de prix, elles étaient tout simplement divines dans le plus simple appareil.

Wickham n’était pas un novice bien que son air de jouvenceau le laisse penser un premier abord, loin de là. D’ailleurs il s’était rendu maintes fois ici, d’abord entre hasard et bouche à oreille mais ce soir il était d’abord pour la fumerie pas pour tirer un coup avec je ne sais quelle catin, c’est la drogue qui l’appelait, le narguilé avait la curieuse propriété d’apaiser son esprit, il était oubli, il était trêve. Des souvenirs étranges, flous et incomplets avaient pour coutume de se loger dans son crâne, des brides vaporeuses de l’humain d’origine qui a servit à la naissance, son enveloppe charnelle et croyez-moi, il n’y a rien de plus angoissant que de ressasser les fragments de vécut d’un parfait étranger. Quarante années sont un constat relativement amer.

Il sortit lentement du fiacre, s’enivrant de l’air lourd de la ville. La misère était sordide, si bien qu’il se demandait si elle ne s’accentuait pas davantage à chaque fois qu’il descendait en ville. Désastre… Et canaillerie, cela en était hypnotique. Les débris en tout genre, principalement de verres jonchaient le sol, alors que des cris en tout genre retentissaient. Dorian ne portait des habits excessivement couteux pour ne pas trop attirer l’attention, mais il est vrai qu’il n’avait rien d’un miséreux. Pourtant ici bas son visage était connu pour deux raisons, premièrement son emploi, après tout il était le croque-mort le plus réputé de la ville, et secondement, le train de vie absolument dissolu qu’il vivait la nuit.

L’Homonculus ne tarda pas à trouver « l’antre des anges » ,ou du moins la taverne qui lui servait de couverture avant de s’y engouffrer. Le bar avait un éclairage peu agressif et empestait le mélange d’alcool et de sueur, l’humanité dans toute sa splendeur. Les ouvriers crasseux avalaient des pintes d’Half and Half, la véritable bière leur étant trop couteuse ou des alcools plus forts à l’origine douteuse, afin d’oublier les labeurs de la journée et les huit marmots à nourrir avant que le Typhus ne les emportent. Les brouhahas incongrus étaient incessants. Comme d’habitude, Dorian observait ce tableau avec un air analytique, curieux de tout. De nombreuses femmes et quelques jeunes hommes se retournèrent sur son passage, murmurant, et on lui proposa rapidement à boire, chose qu’il refusa avec un sourire entendu. Le « jeune homme» se dirigea vers la droite, ouvrant une petite porte avant de la refermer sans bruit. Le chemin de ce long escalier, aux lumières tamisées, il le connaissait par cœur. D’un geste vif, il releva le rideau afin d’entrer dans la fumerie.
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Azami Monoko
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Race : Humaine
Classe sociale : Aucune. Azami est riche mais n'a aucun titre.
Emploi/loisirs : Prostituée, teneuse d'une fumerie à Chinatown. Empoisonneuse.
Age : 31 ans
Proie(s) : L'argent. Le désir. L'amour.
MessageSujet: Re: En dépit de ma rage, je reste comme un rat en cage [Van, Azami, Dorian] [02/04/42] Dim 8 Sep - 13:23

"Quand on suit quelqu’un de bon, on apprend à devenir bon;
quand on suit un tigre, on apprend à mordre."

Goutte à goutte, le liquide brûlant s'écoulait. Sa couleur miellée ondoyait dans la soucoupe de porcelaine blanche qui lui était assignée. Comme pour prendre vie, il venait en lécher les bords avec une étrange avidité. Les abricotiers fleuris, peints sur l'extérieur de son réceptacle, semblaient dormir avec sérénité dans leurs manteaux d'océan et de neige. Nul ne chuchotait. Seul le son de leur hôte transvasé résonnait contre leur paroi immaculée...
Azami se servait un thé.
En compagnie de deux caméristes, la jeune chinoise prenait le temps d'exécuter le rituel sacré. L'odeur qui se dégageait de sa tasse emplissait son espace. A la fois amère et sucrée, la fragrance venait chatouiller les sens avec volupté.

Une fois la théière reposée sur son plateau de bambou, la maquerelle s'enfonça dans son fauteuil de velours pour savourer cet instant de paix. Son kimono, carmin comme ses lèvres, orné de fleurs de cerisiers blanches, tombait sur ses épaules nues. Azami n'était jamais beaucoup vêtue. Son métier et sa beauté lui avaient fait prendre certaines habitudes que les plus prudes et les plus dévotes qualifieraient de diaboliques. C'était une femme fatale, une plante empoisonnée qui vivait dans un monde faussement douillet. La belle ne semblait manquer de rien mais ce n'était qu'une apparence. La dure réalité était tout autre. L'argent, elle le gagnait. Son industrie était finement calculée et aucun détail ne pouvait être pris à la légère. Ses filles étaient soignées, leur environnement était surveillé et Azami possédait quelques hommes de mains et quelques riches clients qui lui assuraient son confort, mais la belle ne faisait que récolter le fruit d'un dur labeur, celui d'un passé de souffrance. Laisser son corps parler était devenu une habitude. C'était son outil.

Ses yeux noisettes se posèrent sur la table basse devant elle. Près de son plateau trônaient trois origamis qu'elle venait de terminer. Un cygne, un chat et une jonque. Ce qui semblait enfantin était en réalité le résultat d'une maîtrise parfaite du papier. Elle aimait ces petites figures inertes. Pour elle, la vie ne leur était pas si lointaine. Il suffisait d'une brise pour qu'elles s'envolent vers l'éther, pour qu'elles voyagent autonomes et fières.  
Azami ne rêvait pas que d'or et de confort, elle rêvait aussi de liberté.


- Madame, votre tablette.

Une des caméristes venait de lui apporter une petite planche de bois sur laquelle était posée une feuille de parchemin. Elle attendit que sa maîtresse ne la prenne, après avoir posé sa tasse de thé sur le plateau, puis elle lui tendit un pinceau et un encrier. Azami la remercia d'un sourire et s'approcha de la table basse pour écrire. Elle tenait ses comptes tous les jours, avec sérieux et tranquillité. Sa fortune était constante, quoiqu'un peu juste. Ses filles et la vente d'opium fonctionnaient parfaitement de paire et leur assuraient un revenu correct, quelque peu plus élevé que la moyenne bourgeoise, mais il y avait beaucoup de bouches à nourrir et il fallait entretenir cette cache comme on entretiendrait un palace: les clients devaient toujours avoir l'impression de baigner dans le luxe.

Pendant qu'Azami s'occupait de ses comptes, Dorian Wickham, un client régulier, entrait dans le couloir de l'Antre des Anges pour descendre dans son enfer de drogues et de stupre. Il fut accueilli dès l'anti-chambre par deux femmes qui le débarrassèrent de son manteau et lui demandèrent la raison de sa venue. Il n'eut pas à patienter, ce soir la fumerie était plutôt calme et il y avait bien assez de place pour que le jeune homme puisse fumer en paix. Il fut invité à se rendre dans la pièce principale, au comptoir de la fumerie, pour qu'il récupère son matériel contre de l'argent. Les trois façons de consommer l'opium étaient disponibles dans l'Antre: on pouvait le boire, le manger ou le fumer. C'était au choix et Dorian se vit offrir les trois possibilités avant de se faire servir.
On lui indiqua ensuite une couchette sous quelques tentures, un peu en retrait, pour qu'il puisse s'installer et se laisser porter par la drogue.

Il n'y avait qu'une petite quinzaine de clients ce soir-là, c'était en plein milieu de la semaine et divers événements retenaient les habitués comme l'exposition de Chastity Stephenson qui gardait pour elle le gratin de Londres enfermé dans un bal des plus mondains ou le fameux spectacle de feu sur les docks qui avait lieu une fois par an.
La fumerie était donc plus calme que d'habitude.
Cependant, quelques rires par-ci par-là égayaient l'endroit. Les filles n'avaient pas toutes un client en chambre et elles prenaient donc le thé ensemble non loin des fumeurs. Trois hommes jouaient aux cartes tout en tirant sur leurs pipes, un autre dormait à moitié dans sa couchette tandis que son compagnon discutait d'un air pervers avec une des filles que beaucoup connaissaient sous le nom d'Annie. Cela se passait tout près de la couchette où Dorian venait d'être installé. Il n'eut malheureusement que quelques minutes de calme avant de subir comme les autres clients la rudesse de cet homme.

En effet, la jeune femme, qui s'était laissée approcher pour éviter un scandale, se retrouvait désormais bien embêtée. Supporter les avances graveleuses de ce client bien attaqué à l'opium ne semblait pas l'amuser du tout. Et ce qui avait commencé gentiment prit une tournure plus dramatique lorsque ce dernier la saisit par un bras pour la forcer à l'embrasser.


- Je ne vous permets pas Monsieur! Vous n'avez pas payé pour moi! Laissez-moi!

Annie gesticula pour le repousser. Jusqu'ici tout s'était fait en silence mais bientôt l'homme éclat de rire. Il voulait clairement qu'on l'entende. Plusieurs têtes se relevèrent au niveau des comptoirs et deux hommes plus grands et plus costauds que les autres lancèrent des regards sombres au trouble fête. Ce dernier se leva et sortit de ses poches plusieurs pièces dorées avant de les montrer à tout le monde: c'était des couronnes. Il en fit tomber deux aux pieds d'Annie, puis trois autres en poussant un rire gras:

- Hahaha! Mais j'ai de quoi payer! Tiens! J'en ai plein! Vous m'appartenez toutes ce soir! Vas donc chercher tes copines! Fit-il en la poussant au sol comme si ce n'était qu'une poupée de paille.

Les filles qui étaient à table pour boire le thé se jetèrent des regards consternés. Cet homme avait les moyens, c'était certain, mais il manquait aussi cruellement de manières. Certes, c'était un établissement de plaisir et leur statut ne pouvait pas leur donner le droit d'espérer de la considération de la part de ces mâles primitifs, mais leur maîtresse ne permettait pas qu'on les malmène.
L'une d'elles qui venait de se lever pour remplir la théière d'eau chaude s'approcha de lui pour le remettre à sa place.


- Voyez cela avec la direction Monsieur, c'est au comptoir numéro deux. Ce n'est pas ainsi que l'on fonctionne.

L'homme la frappa aussitôt au visage, la théière vola sur Dorian et les deux hommes de main d'Azami se jetèrent sur le coupable. Il y eut une série de cris, des insultes et bientôt une forme apparut derrière le second comptoir.

- IL SUFFIT!

La scène sembla se figer tandis qu'Azami s'avançait vers ses hommes qui maintenaient le client désagréable. Elle était pieds nus sur les tapis, ses cheveux d'ébènes étaient relevés en une coiffure compliquée de pics et de perles ainsi que d'un peigne à fleurs rouges. Son visage de porcelaine était marqué d'un étrange symbole sur son oeil droit. Il avait été peint en rouge au pinceau.
Azami semblait impassible malgré le ton qu'elle venait d'employer.
Les filles relevaient leur amie et entouraient Dorian qui était désormais trempé. Plusieurs voix s'élevaient pour expliquer la situation mais la maquerelle leur fit signe de se taire.
Arrivée à hauteur de l'homme désormais plié en deux sous le poids des gardiens, elle le toisa de haut.


- C'est la dernière fois que vous semez le trouble dans mon établissement, Monsieur Donovan. Elle fit un signe de tête et ses hommes l'emmenèrent dehors. Assurez-vous qu'il ne puisse plus jamais remettre les pieds ici. Fit-elle avant de voir le visage haineux de Donavan disparaître par la porte qui menait à l'anti-chambre.

Puis, se tournant vers ses clients, elle leur sourit:


- Messieurs, Mesdames, veuillez excuser ce remue-ménage. J'offre un saké à tout le monde pour le dérangement!

Les clients sourirent, certains levèrent leurs pipes et leurs verres, d'autres soupirèrent et bientôt tous reprirent leurs activités comme s'il ne s'était rien passé tandis que les filles leur servait du saké. L'une d'entre elles avait ramassé les couronnes à terre et les tendait maintenant à sa maîtresse. Cette dernière considéra l'argent en levant un sourcil avant de prendre les pièces et de congédier sa fille avec un sourire.
Azami resta seule avec Dorian. Elle s'approcha de lui avant de toucher du bout des doigts sa chemise trempée.


- Je suis navrée pour vos vêtements, Monsieur Wickham. Prenez ceci en dédommagement.    

Elle lui souleva une main avant de glisser la sienne dedans pour y déposer deux couronnes. Elle jeta un regard vers le comptoir des prostituées et croisa celui d'un des hommes de service. Ce dernier comprit immédiatement la requête de sa maîtresse et disparu dans les locaux du personnel.

Azami fixa Dorian dans les yeux.


- Je vous invite à me suivre, nous ne pouvons décemment vous laisser porter ces vêtements trempés...sans compter que votre pipe l'est aussi...Un client aussi régulier que vous mérite d'être traité avec plus d'égard.

La jeune femme entraîna Dorian dans un couloir annexe dont la porte se situait derrière le comptoir des prostituées. Couvert de moquette au sol et de fresques orgiaques aux murs, ce dernier fut rapidement passé. Ils arrivèrent bientôt devant une lourde porte de bois bardée de fer. Azami sortit une clé de son kimono pour l'ouvrir et invita Dorian à passer le premier. Une fois à l'intérieur, la jeune femme lui montra un paravent orné de fleurs et d'oiseaux asiatiques.

- Vous allez pouvoir vous changer ici...

Trois coups furent donnés contre la porte. Azami l'ouvrit pour accueillir son homme de main qui lui tendit une chemise blanche, sèche et propre, ainsi qu'un pantalon avant de s'en retourner.
La jeune chinoise mit dans les mains de Dorian le linge avec un grand sourire.


- Il y a une psyché derrière le paravent ainsi qu'une serviette. Veuillez encore nous excuser pour ces désagréments.

Laissant Dorian, elle se réinstalla dans son fauteuil pour finir son thé. Elle l'avait abandonné lorsque la clochette d'alerte avait sonné pour signaler un problème dans la fumerie. Contrariée, mais néanmoins satisfaite de sa punition, la jeune femme posa ses lèvres sur le bord de la tasse et fit la grimace en constatant qu'il était froid.
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MessageSujet: Re: En dépit de ma rage, je reste comme un rat en cage [Van, Azami, Dorian] [02/04/42] Sam 5 Oct - 19:59

La faim de la drogue le titillait amèrement, si bien s’il se demandait, si son organisme stérile de toute passion ne commençait pourtant pas à migrer cette décadence en nécessité… Une dépendance ? Intéressant, cela serait une première… Pourtant ceci était surtout le seul moyen, assez efficace, qu’il avait trouvé pour se vider intégralement de ses pensées confuses qui s’emparaient de lui lors de ses moments de solitude. Alors que certains appelleraient volontiers ce genre de choses « ses démons », il ne pouvait qu’identifier cela à des songes surréalistes, qui le parasitaient. S’en défaire, il le devait… Les employées de l’Antre des Anges ne tarda pas à le faire rentrer, le débarrassant par la même occasion de son manteau.

Elles étaient belles et graciles, leurs gestes mesurés et précis, témoins de tout l’enseignement raffiné de la maîtresse des lieux. Le « jeune » croque-mort était là pour fumer cette drogue diabolique si bien qu’après payement, elles lui tendirent une pipe à opium avant de le guider vers la fumerie. L’établissement n’était pas plein à craquer et cela était un euphémisme.  

L’homonculus prit peu de temps avant de s’installer dans une couchette confortable, ornée de précieux coussins. Les suivantes se retirèrent, le laissant seul en compagnie de ce qu’inhibait les sens.  Après quelques instants il tira une longue bouffée sur la pipe de narguilé précisément chargée, d’une consistance d’opium bien généreuse. Les autres clients de la fumerie, passaient un agréable moment, le cerveau engourdit de vapeurs capiteuses. Pourtant, un trouble-fait ne tarda pas à dissiper le calme apparent du lieu, parlant de manière de plus en plus bruyante avec l’une des filles qui n’était pas occupée à l’ouvrage dans le coin des prostituées. Dorian connaissait Annie pour avoir certaines fois utilisé les services de son corps, si bien qu’il s’offusqua bien vite de la situation et il n’était pas le seul. L’homme en agaçait dès lors plus d’un.

Sa voix était lourde mais pas métallique, elle semblait d’une trivialité dérangeante, l’argent ne manquait visiblement pas à l’individu mais cela était tout autre chose en ce qui concerne les manières… Alors certes nous étions bien dans l’antre du plaisir mais à milles lieux de tels comportements dignes de bétail de bas étage...  Il hurlait, riait, faisait de son mieux pour qu’on le remarque tout en accentuant des caresses osées sur l’une des prostituées. Sans nul doute semblait t-il normal pour cet homme qu’une catin ne soit utile qu’à assouvir ses pulsions mais là n’était pas le mot d’ordre de la maison, la rudesse.  Il s’en fichait visiblement amèrement, laissant glisser l’argent entre ses doigts comme dernier ultimatum. Un alibi parfait de son point de vue. Son sourire était dérangeant, malsain, son œil luisant encore plus grivois, même si cela semble difficilement possible. La stupidité humaine dans toute sa splendeur.  

Bien que Dorian se plaisait d’ordinaire à observer ses « faux semblables » avec un intérêt scientifique, ce spécimen là ne lui apportait qu’un dégout acre. La prostituée se retrouva à même le sol, avec un fracas non feint.  

Une seconde fille s’approcha à son tour, le regard aussi mesuré que menaçant. Ses fins doigts enserrant une théière afin de la remplir. Elle en profita pour calmer les ardeurs de l’homme avec un ton glacial. Aussitôt l’expression du client changea en un éclair, le rouge d’une colère acre lui montant aux joues. Il fronça les sourcils et serra les dents, frappant sans ménagement la jeune fille sous le regard horrifié des clients.  

Le croque-mort n’eut qu’un maigre instant pour voir le récipient s’envoler avec vivacité tout droit en sa direction, déversant un flot brûlant sur toute sa personne alors qu’à côté le ton montait violement, les hommes de mains d’Azami maîtrisant l’imbécile qui avait usé de violence sur les deux jeunes filles.

Un peu abasourdi, Wickham cligna lentement ses yeux gris, les vapeurs d’opium à peine inhalées se dissipant par la surprise. En bon Homonculus, il ne ressentit cependant nullement de douleur face à une eau pourtant bouillante ; si elle l’avait été davantage, sa régénération aurait pu  dévoiler sa contre-nature face aux regards curieux… Il en aurait fallut de peu.  Un ton tranchant calma cependant l’euphorie de tous. La maîtresse des lieux, souple dans son kimono éclatant toisait le fauteur de trouble sans la moindre expression, lui-même  maîtrisé par les hommes de mains.

Plusieurs filles encerclèrent le croque-mort ruisselant, les autres  décrivant la tournure des événements, appuyés par d’autres clients. De toute évidence, personne ne prenait le partit du rustre…  

Elle éjecta immédiatement le fauteur de trouble de sa fumerie, lui assurant qu’il ne pourrait plus jamais s’y rendre. Les deux gardes du corps s’empressèrent de faire goûter à Donovan le froid glacial de la nuit de Londres. Sa colère fulminante s’évanouit par le lourd escalier.  

Abandonnant dès lors son impassibilité glaciale, un sourire s’étira sur ses lèvres d’un cramoisi  terriblement soutenu, Azami s’adressa à ses clients afin de passer l’éponge sur ce triste épisode. Elle offrit une tournée de saké qui ramena  de suite davantage de bonne humeur.

Dorian soupira un instant, sa chemise collant à sa peau, alors que les clients reprirent leurs activités. Il passa deux doigts dans l’une de ses mèches de cheveux ondulé et trempé, arquant un sourcil.  

La maquerelle se rapprocha de lui, considérant le piteux état de ses vêtements. Il avait bien fait de sortir avec une tenue relativement simple…  Elle glissa les pièces qu’avait précédemment jeté Donovan, dans sa main glacée malgré l’eau bouillante, lui présentant ses excuses. Dorian lui sourit, se sachant s’il devait accepter mais ne voulant nullement froisser la fierté de cette femme.


-Voyons, la folie passagère de ce piètre individu, n’est nullement de votre faute…

Sa voix était douce et calme malgré la tournure dérangeante de l’incident. Après quelques instants, il ouvrit finalement sa main pâle et froide, accueillant les pièces plus de façon symbolique que pour une réelle nécessité, les manières et la politesse d’Azami étant reconnus par tous. Elle l’invita à la suivre afin qu’il puisse changer ses vêtements dégoulinants d’eau pure.  

D’une démarche souple, ils quittèrent la fumerie, en passant vers le domaine des prostituées à l’ambiance capiteuse. Ils se trouvèrent rapidement devant une lourde porte alors que le glissement d’une clef dans la serrure se fit entendre.  La porte pivota légèrement et la maîtresse des lieux l’invita à entrer l’indiquant l’endroit où il pourrait se changer. L’odeur caractéristique du thé à l’arome riche émanait fortement de l’endroit se mêlant à un léger parfum de poudre de riz.


-Je vous réitère que vous n’y êtes pour rien  en ce qui concerne la rudesse de cet homme, cela n’entravera en rien la fréquentation de cet établissement, j’espère au moins qu’il n’a pas blessé vos suivantes dans sa rage…

Un autre employé d’Azami, après avoir frappé, entra tendant du linge propre et soigneusement plié à sa maîtresse avant de se retirer d’un salut respectueux Le chinoise aux cheveux noirs tendit les vêtements à Dorian avec un sourire courtois, elle regrettait sincèrement cet incident, sans nuls doutes très à cheval sur la réputation de son établissement et c’était compréhensible.

-Je vous remercie, enchaîna-t-il avec un signe de tête s’emparant des vêtements.

Dorian se glissa sous le paravent alors qu’Azami s’éloigna. Le « jouvenceau » se déboutonna lentement derrière le paravent aux motifs raffinés, avant de finir torse nu. Ses doigts s’attardèrent au creux de ses reins, effleurant sa marque d’Ouroboros. Il y avait toujours une pénombre bien présente lorsqu’il se livrait aux ébats avec une prostituée ou un gigolo, si bien que tout à l’heure, il avait ressentit un lourd malaise lorsque l’eau avait souillé ses vêtements avec la crainte que par transparence, son tatouage serait visible à un œil avertit, un potentiel alchimiste… Bien entendu assez humain pour s’adonner à l’opium ou la chair. Les choses en furent heureusement autrement.

N’y pensant plus, il se changea, enfilant les nouveaux vêtements,  appréciant d’une satisfaction non feinte le tissu sec de la chemise blanche, très doux.


Dernière édition par Dorian Wickham le Mer 9 Oct - 22:25, édité 1 fois
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Van Collins
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MessageSujet: Re: En dépit de ma rage, je reste comme un rat en cage [Van, Azami, Dorian] [02/04/42] Mer 9 Oct - 18:20

[HRP, "Premier RP de Van Collins" /HRP]


Une silhouette, recouverte par les ombres de la nuit, s'avançait dans les rues de Londres, en direction de Chinatown. Malgré l'obscurité, on pouvait aisément deviner que la silhouette qui s'avançait d'un pas décidé, était celle d'un homme. C'était un homme assez grand, sa démarche avait une allure quelque peu arrogante. Il avait le visage fermé, empreint d'un profond chagrin, plongé dans ses sombres pensées. Mais son regard, lui, bien qu'on pouvait y déceler une certaine dureté, restait attentif à la moindre présence, au moindre mouvement suspect.  
Il s'était condamné lui-même à vivre cette pitoyable existence. Il avait tout, tout ce qu'il n'avait jamais osé imaginer, mais il avait tout perdu par pur cupidité. Son avenir, sa carrière, sa liberté...
Combien misérable, une simple décision peut-elle rendre un homme ? Van savait qu'il pourrait vivre éternellement cela ne serait pas suffisant pour faire disparaître sa culpabilité. Une culpabilité coupable, au coeur rongé d'amertume pour toutes ces vies qu'il avait prise sans l'ombre d'un remords, que ce fut celle de Brain, son maître, celui qui l'avait sauvé de cet enfer qu'était les mines houillères et qui lui avait tout apprit, mais surtout celle de Stefan. Stefan, son ami d'enfance, qui n'avait rien demandé, et qui s'était juste trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Stefan, dont le seul crime avait simplement été de l'avoir reconnu...
Cela faisait un an aujourd'hui, qu'il avait entamé sa nouvelle vie. Alors qu'il aurait du périr dans l'explosion du laboratoire, le sort en avait décidé autrement. Pour son bonheur ou son malheur, la vie avait décidé qu'il survivrait. Il devait vivre, vivre et assumer ses péchés. Cela faisait à peine deux mois tout au plus, qu'il avait entièrement recouvré la mémoire et prit conscience de l'ampleur du mal qu'il avait fait. Depuis son accident, les souvenirs lui étaient revenus par bribes, petit à petit, et tout ce qu'on lui avait dit à son propos, était encore en deçà de la vérité. Il pouvait choisir de se dissimuler derrières des excuses, en rejetant la faute sur Brain qui avait fait de lui ce qu'il était, mais la réalité, était qu'il n'avait aucune excuse. Il s'était perverti tout seul. Il avait pleinement conscience que si on découvrait que l'alchimiste d'Etat Van Collins avait survécu à l'explosion qu'il avait lui-même provoqué pour échapper à deux de ses anciens collègues qui le poursuivaient pour l'arrêter au moment des faits, après un combat sans pitié, c'était la prison à perpétuité qui l'attendait. Ou pire encore, la peine de mort, s'il on découvrait tous les crimes dont il s'était rendu coupable. S'il avait été pieu, peut-être se serait-il rendu pour demander le pardon de Dieu, mais heureusement pour lui, il n'était pas un Saint, encore moins un fou et ne comptait nullement devenir un martyr. Il était rongé par la culpabilité, certes, mais il tenait à la vie. En réchappant à l'explosion, la vie lui avait donné comme une seconde chance. Il avait la possibilité de recommencer une nouvelle existence, non pas en effaçant son ardoise, mais en tentant de réparer tout le mal qu'il avait pu faire. L'emprisonner à vie ou la lui prendre, ne ramènerait pas les gens qu'il avait tué, ni ne soulageraient ceux, à qui il avait fait du mal. Ce qu'il pouvait faire par contre, c'était utiliser l'alchimie, non plus pour blesser mais pour guérir, et tenter ainsi de soulager un peu sa conscience.
C'est ainsi que depuis une année entière, il se consacrait, outre ses expériences dans le domaine de l'alchimie, à soigner ceux qui n'avaient pas la possibilité de l'être, ou ceux, dont les médecins, ne désiraient pas s'approcher. Ses clients n'étaient donc pas ce que la haute société pouvait communément désigner comme étant des personnes respectables, puisqu'on y retrouvait des miséreux, des voleurs, des orphelins.... des êtres humains que l'on avait dépossédé de tout, mais qui avaient besoin de lui.
En guise de rétribution, il ne demandait pas grand chose, juste ce que son client était en mesure de lui offrir. Cela pouvait être un toit pour dormir, un morceau de pain, un repas, et pour ceux qui en avaient les moyens, de l'argent. Et ce soir, il allait gagner de l'argent. Beaucoup d'argent.

Vêtu d'un pantalon blanc assez ample, d'une paire de bottes, d'un haut sombre et d'un manteau trois-quart, il ressemblait plus à un capitaine de frégate qu'à un médecin ! Ce qui n'était pas plus mal, après tout, étant donné qu'il n'était pas réellement médecin.
Le manteau qu'il portait, il l'avait volé à un pauvre gueux qui gisait dans le caniveau, à proximité du port, il y a quelques mois de cela, lors de l'une de ses balades nocturnes. Lorsque l'on vivait dans les sous-bassement de Londres et que l'on était chaque jours confronté à la précarité de la vie, s'il on voulait survivre, c'était un peu du chacun pour soi. Quand à ce marin, il n'avait finalement eut que ce qu'il méritait. Il pouvait d'ailleurs s'estimer heureux qu'il ne l'ai pas dépouillé de tout ce qu'il possédait, comme ses bottes par exemple, mais bien du strict minimum, à savoir son manteau, sa bourse et ses munitions. En un sens, il pouvait même le remercier. En le privant de ses dernières pièces, l'homme n'aurait plus de quoi s'offrir une nouvelle tournée, et serait donc temporairement sobre. Van détestait l'alcool, il ne le supportait pas et n'en buvait quasiment jamais. Il détestait être envahit par ces vapeurs qui vous embrumaient l'esprit et vous abrutissaient. Il avait trop vu les ravages qu'elle pouvait provoquer. L'alcool vous rendait bavard, et inattentif, parfois, elle rendait même les hommes violents. Certains buvaient pour oublier, mais à quoi bon ? Une fois dégrisé, les soucis étaient toujours là. Ce n'était qu'une fuite temporaire qui ne résolvait strictement rien. Il arrivait à Brain de boire. L'alcool le rendait bavard, mais aussi très mélancolique. Aux yeux de Van, elle le rendait pathétique. Face à ce spectacle décadent, il s'était juré de ne jamais ressembler à Brain sur ce point. Heureuse réaction, car dans sa situation actuelle, il devait rester le plus discret possible et des plus vigilent.

Ce soir, il avait accepté un travail que seuls les charlatans et les médecins non diplômés acceptaient de pratiquer. Il n'était pas un charlatan, et bien qu'il ne fusse pas non plus un véritable médecin, on pouvait dire, contrairement à ses autres « confrères », que ses méthodes étaient fiables. Peu de médecins respectables acceptaient d'aider une femme à se débarrasser de l'enfant qu'elle portait, et pour cause, la loi était très stricte à ce sujet. La justice « condamnait aux fers médecins, chirurgiens et pharmaciens impliqués dans un avortement ».
Lorsque l'on possède un cabinet, une vie douillette et des principes moraux, très peu de médecins souhaitent braver la loi. Pourquoi le feraient-ils d'ailleurs ? Il ne restait alors que les charlatans et ceux qui n'avaient rien à perdre, comme lui.
Réclusion a vie....
Un sourire d'amertume se dessina sur le visage de Van. Même en changeant d'identité, il se retrouvait toujours du mauvais coté de la loi. Van Collins serait condamné à mort pour ses crimes quand à Liam Cooper, c'était les fers qui l'attendaient pour avoir osé pratiquer des avortements. Quelle ironie ! Quelque soit la voie qu'il choisissait d'emprunter, il se retrouvait toujours sur le même chemin. Au final, on a beau faire, et essayer de changer de vie, d'identité, finalement, quoi que l'on fasse, on reste ce que l'on est, les gens ne changent pas... Lui, resterait toujours un criminel.
Pourtant, quel mal y avait-il, à prendre une vie qui n'était même pas encore né ? Etait-il plus sage de faire naitre un enfant dont la mère ne pourrait subvenir à ses besoins et qui connaitrait l'enfer qu'il avait lui-même connu ? Etait-il plus sage de s'obstiner à lui donner naissance envers et contre tout , même si, au final, c'était pour lui faire connaître l'enfer en se cachant derrière la bannière de quelques principes moraux et religieux ? Ou au contraire, était-il plus juste de lui épargner une vie de souffrance avant qu'il ne soit doté de raison ?
Pour sa part Van avait fait son choix. Il avait lu un essai à ce sujet, d'un théoricien anglican du nom de Malthus, qui traitait de la surpopulation. S'il était d'accord avec ses explications, qui énonçait la loi des tendances, il ne partageait cependant pas ses idées sur les moyens de lutter contre la surpopulation. Des idées qui était entre autre le mariage tardif, l'abstinence sexuelle, ou l'abstention des rapports hors mariage. Mais de cet essais, naquit le mouvement néomalthusien, dans lequel, il se reconnaissait bien plus. Ces derniers acceptaient la loi de Malthus, tout en s'opposant aux moyens préconisés. Leur but étant de permettre à la population pauvre, de s'affranchir de l'oppression et aux femmes d'acquérir une certaine liberté. Les moyens proposés n'étaient pas l'abstinence mais bien, au contraire, la libre satisfaction des désirs sexuels et l’utilisation de la contraception et de l’avortement dans de bonnes conditions sanitaires. Peut-être qu'un jour, ce mouvement serait entendu et reconnu. Peut-être qu'un jour, la pratique de l'avortement ne serait plus condamné. Cela faisait beaucoup de peut-être....

Très vite, les pas de Van s'arrêtèrent devant l'antre des anges, là où on allait louer ses services, là où l'attendait celle que l'on surnommait « la divine ». Ce lieu et les habitudes de la maison, ainsi que les services qu'elle avait à offrir, ne lui était pas totalement inconnu. Il la connaissait pour l'avoir fréquenté, en tant que client, non pas régulier, mais occasionnel, à deux ou trois reprises, lorsqu'il était à la recherche d'un peu de chaleur humaine. L'avantage d'endroit comme celui-ci, était que, non seulement les filles qui y vivaient étaient bien traitées, mais que l'on n'y risquait aucune implication sentimentale, et c'était là, tout ce qui lui convenait. Ce genre de lieu, lui rappelait naturellement Brain, C'était en effet son maître, qui l'avait conduit pour la première fois dans ce genre d'établissement, il y avait 9 ans de cela. Autant Brain aimait les fréquenter, et s'y sentait comme un poisson dans l'eau, autant lui, ne s'y sentait pas réellement à sa place, d'autant plus que sa première fois avait été loin d'être un souvenir impérissable. Chassant ce souvenir honteux de sa mémoire, il gravit les deux marches du perron et pénétra dans l'antre de la débouche et des plaisirs, dans l'antre des anges... déchus.
L'antre des anges apparaissait comme une taverne tout ce qu'il y avait de plus convenu, avec ses clients de classe populaire, et se brouhaha incessant de discussions  animés, mais si plein de vie.
Il se dirigea vers la porte en bois qui se trouvait tout de suite à sa droite et en descendit un escalier qui menait directement au sous-sol. L'espace était à peine éclairé, mais déjà l'animation qui régnait au-dessus, disparu, comme étouffée et laissa place à un silence assourdissant qui se mit à régner en maître. Il traversa ensuite un long couloir éclairé par une série de torches avant qu'une jeune femme ne vienne écarter le magnifique rideau rouge et ne le fasse pénétrer dans l'antre des plaisirs, dans ce que l'on désignait comme étant, l'antichambre. D'ordinaire, les clients donnaient leurs noms et les raisons de leurs venus, puis, ils patientaient, dans cette pièce au décors soigné et chaleureux, jusqu'à ce que l'on vienne s'occuper d'eux. Lorsque Van se présenta sous le nom de Liam Cooper, on ne le fit pas attendre et on le conduisit immédiatement vers la maîtresse des lieux. L'épaisse porte au motifs japonais bleus et or s'ouvrit alors, dévoilant un lieu de débauche et de plaisir. L'odeur de l'opium, voltigeait dans l'air, une odeur que Van n'appréciait pas spécialement.
Il la repéra immédiatement, celle que l'on surnommait si justement « la divine », l'une des femmes les plus puissantes de Chinatown, mais aussi celle qui gérait d'une main de fer, cet établissement à la réputation impeccable. Même perdue au milieu d'une foule, on ne voyait qu'elle. Elle avait une peau dorée, qu'il devinait soyeuse, un regard pénétrant, mais surtout, elle était d'une beauté vénéneuse à vous couper le souffle. Comme toutes les plus belles fleurs, elle sentait le danger. Un parfum irrésistible mais interdit émanait d'elle. Son charme exotique la rendait indéniablement à part. Van se dirigea vers elle et pu la contempler à loisir. De prêt, elle était encore plus belle. Revêtue d'un kimono carmin qui dévoilait ses fines épaules elle était un appel indéniable à la tentation, et bien que son regard s'était indéniablement attardé sur ses charmes, il n'était pas venu pour ça, et ne se laissa pas distraire, préférant aller à l'essentiel.


- Je viens pour notre affaire, se contenta-t-il de dire.

Il était inutile de trop en dire en présence de clients et d'oreilles indiscrètes. Lorsqu'il croisa le regard de la jeune femme, il se sentit déshabillé par ses yeux couleur noisette. Il soutint son regard profond jusqu'à ce qu'il reconnu  un client qui était assis à quelques mètres derrière elle. Il était de profil, et ne l'avait pas remarqué, bien trop occupé qu'il était, à rire aux éclats devant la fille qui venait de lui susurrer de vaines flatteries au creux de l'oreille. Pour sa part, dès lors où son regard émeraude s'était posé sur lui, Van en oublia la maîtresse des lieux et devint blanc comme un linge. Et pour cause, il venait de reconnaitre un alchimiste d'Etat, haut placé venu s'encanailler. L'homme ne l'avait pas encore remarqué et riait aux éclats. Instinctivement, Van avait porté sa main à son visage pour le dissimuler un tant soit peu. Malheureusement, si ce geste pouvait en parti le dissimuler de l'alchimiste, il avait également le mérite de susciter bien des questions. Ce sentant obligé de justifier son trouble, il prit la première excuses qui lui traversa l'esprit.

- Si vous le permettez, je souhaiterais ne pas m'attarder inutilement. Il y a en ces lieux une personne à qui je dois quelques argents. Aussi Madame, si vous ne désirez pas voir d'esclandre éclater dans votre maison, conduisez-moi sans perdre un instant et, il va s'en dire, le plus discrètement possible.

Il espérait avoir été convaincant. Il avait peut-être menti sur la cause de son embarras, mais en ce qui concernait l'esclandre que cela pourrait provoquer si cet imbécile venait à le reconnaître, il était en dessous de la vérité. Était-ce le fruit de son imagination ? Van avait la désagréable impression que le regard de l'asiatique l'observait comme si elle cherchait à sonder son âme. Une fois encore, il avait soutenu son regard, mais plus les secondes s'égrainaient et plus son coeur s'emballait. Cet instant, suspendu dans le temps, lui paru une éternité, jusqu'à ce qu'elle décide de se lever avec Grâce. Tout, dans ses mouvements, inspirait à la fois la force et la délicatesse.
Ils passèrent derrière le comptoir des prostitués et traversèrent un nouveau couloir. Maintenant qu'il n'était plus dans la grande salle, il se sentit beaucoup plus rassuré et son angoisse s'estompa. Il pu à nouveau, à loisir, contempler la silhouette féminine, aux courbes parfaites, qui se mouvait devant lui. Leur traversée cessa lorsque Azami s'arrêta devant la porte d'une chambre. Lorsque la porte s'ouvrit, il pu constater qu'à l'intérieur de la pièce, se trouvait deux filles. Il devina immédiatement quelle était celle qui avait été engrossé, car l'expression de son visage, lorsqu'il sorti de l'ombre de la porte, trahissait une certaine angoisse. Elle avait de magnifiques cheveux blond, et des formes rondes et tendres. La seconde, quand à elle, semblait plus âgée. Elle avait de long cheveux châtains et lorsqu'elle se leva, il pu remarquer qu'elle était grande et forte. Lorsqu'on le questionna quand à ses besoins, sa réponse ne se fit pas attendre, elle était claire et précise.


- Faites simplement chauffer de l'eau, c'est pour désinfecter mes mains et mes instruments. Ensuite laissez-nous, demanda-t-il en retirant ses gants et son manteau qu'il posa sur la seule chaise présente dans la pièce.

Il savait par Azami que les filles avaient eut recours à différentes recettes dont seules les femmes avaient le secret, pour faire perdre l'enfant à la jolie blonde, comme les bains, les sinapismes, les tisanes. Mais il ne fut pas surprit de constater que les diverses potions ne firent pas leur effet. Seules 5% des femmes concernées parvenaient à avorter de la sorte. Les autres, n'avaient d'autres choix que de recourir aux manoeuvres intra-utérines, ce qui supposait presque toujours de faire appel à un spécialiste, raison de sa présence. Il plaça l'eau bouillante contenue dans un broc sur la coiffeuse, et y plongea ses mains pour les nettoyer, ainsi que les instruments dont il aurait besoin. Une fois fait, il prit place au pied du lit, sur lequel était déjà allongée la jeune femme.

- Comment vous appelez-vous ? Demanda-t-elle timidement en faisant un chantonner un léger accent qui lui était inconnu.

- Liam.

- Liam... je peux vous appeler Liam ? Est-ce que... je vais avoir une cicatrice ? Demanda-t-elle de plus en plus inquiète.

Van esquissa un léger sourire avant de lui répondre.

- Ne t'inquiète pas, si cicatrice il doit y avoir, je m'arrangerais pour faire en sort qu'elle soit la plus discrète possible. Mais, en théorie, tu ne devrais pas en avoir

Il lui parlait avec une voix douce et calme, qui se voulait rassurante. La fille était terriblement anxieuse, il était inutile de l'angoisser davantage avec ses propres inquiétudes. Il chassa définitivement l'alchimiste d'Etat de son esprit et se concentra sur la jeune femme.

- ça veut dire que je resterais belle ?

La question pouvait paraître superficielle quand on savait ce qu'il s'apprêtait à faire, mais en réalité, c'était loin d'être le cas. Son corps, c'est sa marchandise. Plus une fille était belle, plus elle était demandée. A l'inverse, plus elle était « abimée », moins elle était demandée et plus son avenir était incertain. Ici, malgré leur « métier », les filles étaient bien traitées, et nulle ne désirait se voir être remercier.

- Oui.

- Et... est-ce que je vais souffrir ?

Un pauvre sourire se dessina sur les lèvre de Van qui l'observa avec compassion. La pratique de l’avortement était également freinée par la peur de la douleur, la crainte des séquelles médicales et l’ombre de la mort. La souffrance, elle ne pouvait y échapper, mais ce n'était pas ce qui inquiétait Van. Pratiquer un avortement n'était jamais sans risque, et les morts par hémorragies, septicémies ou péritonites, était à ses yeux un facteur de risque autrement plus préoccupant que la simple souffrance physique.

- Je ne vais pas te mentir, ce sera douloureux. Mais ce qu'il y a de bien avec la douleur, c'est qu'on finit toujours par l'oublier, on ne s'en rappelle jamais.

- Vous parlez en connaissance de cause ?

Van ne répondit pas immédiatement, et lorsqu'il le fit, il se contenta de prononcer une parole qui se voulait rassurante.

- Tout va bien se passer, fais moi confiance.

- J'ai confiance.

- Très bien.

Le travail fut effectué avec précision, et sans la moindre complication. Tout c'était merveilleusement passé. Comme à chaque fois qu'il en pratiquait une, ce que Van redoutait le plus dans ces moments-là, c'était les hémorragies. Mais dans le cas présent, le risque était désormais passé. Néanmoins, le spectres d'éventuelles complications n'avait pas été éradiqué pour autant. Tout dépendrait de la constitution de la jeune femme. Dans le cas présent, il ne s'inquiétait pas beaucoup. Azami prenait soin de ses filles, qui mangeaient convenablement et n'étaient pas mal traitées. Les conditions sanitaires étaient elles aussi aux normes, il n'y avait donc aucune raison pour que Evène, puisque c'était son nom, soit victime de quelques complications.

Lorsqu'il ouvrit la porte pour quitter la chambre, la  femme de tout à l'heure le laissa sortir avant d'y pénétrer à son tour pour veiller sur son amie. Pour sa part, Van fut conduit dans ce qui semblait être des appartements privés.  Etait-ce ceux d'Azami ? Etait-ce à cause de ce qu'il s'était passé dans la pièce principal ? Il en doutait fortement. Si elle l'invitait en ces lieux, c'était probablement dans le seul but, qu'ils puissent parler plus librement de l'intervention, afin que ça n'entre pas dans l'oreille indiscrète d'une personne malvenue. Il y allait autant de la réputation de son établissement que de la sienne. Le souvenir de l'incident, lui fit repenser à ce pourceau. Est-ce que Buchanon serait encore là, lorsqu'il ressortirait ? Cette simple idée le fit frissonner. Il n'était finalement plus si pressé que ça de quitter ce couloir secret dans lequel il se sentait provisoirement en sécurité. Arrivé en bout de couloir, il s'arrêta devant une lourde porte en bois bardée de fer à l'aspect cependant doux et léger grâce aux draperies qui la recouvraient. Lorsque la porte s'ouvrit, elle dévoila une pièce meublées  qui était décorés par de multiples objets décoratifs faisant référence au pays de la jeune femme et recouvert de draperies. Au fond de la pièce se trouvaient des paravents aux motifs orientaux représentant des fleurs de cerisiers et des oiseaux. Installée devant une table basse, elle était là, assise au milieu de ses poufs, seule, devant une tasse de thé, à laquelle elle ne semblait pas encore avoir prit le temps de toucher. L'ouverture de son kimono dévoilait ses jambes fines et bien galbés, sur laquelle son regard s'attarda involontairement.


- Tout c'est bien passé, mais elle a besoin de repos. De beaucoup de repos, insista-t-il. Pas de rapport tant qu'elle aura encore des saignement, le temps que le col de l'utérus se soit bien refermé cela permettra d'éviter tous risques d'infection.

Sachant pertinemment que Azami avait besoin d'un peu plus de précision sur le temps qu'il lui faudrait compter avant de la remettre au travail, Van se montra plus explicite avant même qu'elle n'ait le temps de lui poser la question.

- Vous devez compter environs deux semaines, cela peut-être plus, tout comme cela peut-être moins aussi. Mais si au bout de deux semaines, elle saigne toujours ne la faites pas reprendre, et patientez. De toute manière je passerais régulièrement pour m'assurer de l'évolution de son rétablissement.

C'est alors qu'un bruit attira son attention et lui fit diriger son regard vers le fond de la pièce. Derrière le paravent... Il y avait quelqu'un ? Ils n'étaient pas seuls ?? Il jeta un regard soupçonneux sur Azami qui l'avait laissé parler alors qu'il y avait quelqu'un d'autre dans la pièce. Qui était-ce ? Qu'est-ce que cela signifiait ?
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Azami Monoko
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Classe sociale : Aucune. Azami est riche mais n'a aucun titre.
Emploi/loisirs : Prostituée, teneuse d'une fumerie à Chinatown. Empoisonneuse.
Age : 31 ans
Proie(s) : L'argent. Le désir. L'amour.
MessageSujet: Re: En dépit de ma rage, je reste comme un rat en cage [Van, Azami, Dorian] [02/04/42] Lun 21 Oct - 2:48

« L’eau renversée est difficile à rattraper.  »

Le métier de prostituée comportait de nombreux risques. Évidemment, le premier était celui de contracter quelques maladies infectieuses, surtout à cette époque, au XIXème siècle, où la science et la médecine n'avaient pas encore étudié assez précisément le fonctionnement de toutes ces choses. Ce n'était que le début de l'étude des corps. Tout ce qui y touchait était encore tabou et autopsier les morts n'était pas une pratique très bien vue. Ce que la science pouvait faire effrayait déjà les hommes et le caractère sacré du corps, instauré par la religion et le besoin de le préserver de tout "viol", rendait la tâche difficile aux médecins. Nombreuses étaient donc les filles de joie qui mouraient de diverses maladies sexuellement transmissibles ou d'ordre viral, parasites et autres. Un autre risque, plus rare et pourtant souvent plus dangereux à court terme, était celui de tomber enceinte d'un client. Les précautions n'étaient effectivement pas toujours prises correctement et, malgré l'existence de "remèdes" maison et de ce que l'on appelait à l'époque les "condoms", le métier de prostituée ne laissait pas toujours le temps aux filles de prendre soin d'elles. Elles faisaient leur travail en tentant de se préserver du mieux qu'elles le pouvaient mais les "accidents" étaient très courants. Souvent, elles avortaient d'elles-mêmes, dans des conditions sanitaires déplorables, aidées de leurs amies ou collègues. Parfois, leurs macs les tabassaient jusqu'à ce qu'elles ne perdent leur enfant. Avorter était une pratique hérétique aux yeux de la religion et dangereuse pour le corps. Les médecins se refusaient à la perpétrer, elle était interdite par la loi et si les décès dans les accouchements surveillés s'élevaient encore à une femme sur trois, ceux des filles qui accouchaient seules dans la rue était de quasi 90%. Alors que dire de celles qui avortaient ? C'était inouïe! Se compromettre dans ce genre d'affaire n'était donc pas le plaisir de tout homme et cela se comprenait, même si l'abomination des conditions des filles de joie en était pour le coup fort accentuée, sans compter la détresse des filles de bonnes conditions qui se perdaient à la moindre faute...Le système entier était névrosé à ce sujet.

Or, depuis quatre jours, "L'Antre des Anges" était justement aux prises avec ce terrible problème. En effet, une des filles dont prenait soin Azami était tombée enceinte d'un client. Cela s'était su rapidement et la jeune fille, Evène, avait suppliée sa maîtresse de l'aider à avorter après plusieurs tentatives échouées. Azami n'était pas de ces maquerelles froides, distantes et cruelles qui laissent leurs filles mourir à la moindre occasion pour mieux les remplacer, au contraire, elle traitait ses filles comme n'importe quel membre de sa famille et si l'une d'entre elles avait besoin de soins, de médicaments ou pire, comme aujourd'hui, d'un avortement, elle ferait tout ce qui était en son pouvoir pour la guérir, la soigner ou l'aider à survivre. Ses filles n'étaient pas de vulgaires pantins utilisés pour gagner de l'argent, elles représentaient bien plus: elles étaient ses élèves, ses sœurs de souffrance, ses rescapées des rues. Azami les aimait. Elle les avait adoptées.

C'est pour cela qu'elle avait fait appel à un certain Liam Cooper, un homme qui avait fréquenté plusieurs fois son établissement et qui lui avait laissé entendre qu'en tant que médecin indépendant il était tout à fait disposé à octroyer des soins à ses pensionnaires. Azami lui avait fait parvenir un message pour lui demander si un avortement était envisageable et il avait répondu par l'affirmative, au grand soulagement de la jeune femme enceinte et de sa maîtresse. La maquerelle ne connaissait pas bien cet homme mais elle n'avait guère le choix que de recourir à ses services. En effet, non seulement les médecins officiels refuseraient sans aucun doute de venir traîner leurs souliers vernis dans la bauge de Chinatown pour pratiquer l'interdit, mais en plus leur médecin habituel était mort le mois dernier dans un bar de Whitechapel...Trouver un nouveau médecin n'allait pas être une mince affaire et le problème de la charmante blonde ne pouvait attendre. Azami n'aimait pas cette situation, elle craignait de perdre la jeune femme. Mais le fait était là : elle était enceinte et il fallait agir au plus vite pour éviter que l'embryon ne se développe et pour que la belle puisse reprendre du service rapidement.

Ainsi, en début de soirée, avant que Dorian Wickham n'arrive et que Donovan ne se mette à brailler dans la salle principale, Azami venait d'abandonner son thé, sa quiétude et ses comptes pour faire quelques éloges concernant la tenue des comptoirs lorsque le jeune médecin lui avait été annoncé. Liam Cooper était arrivé à l'heure, c'était un homme apparemment ponctuel. Cela plût aussitôt à la maquerelle qui l'accueillit avec un grand sourire:


- Monsieur Cooper...Fit-elle en l'incitant au baise-main tout en attardant son regard sur son élégante veste. Vous êtes à l'heure, cela est rare de nos jours...

Liam était apparemment pressé. Comme elle, il ne voulait pas laisser traîner l'affaire et encore moins l'ébruiter. Ce n'était pas un professionnel reconnu mais il était évident que cet homme souhaitait faire les choses correctement, qu'elles soient officielles ou non. Cela rassura quelque peu la Chinoise qui fut d'autant plus heureuse de sa présence qu'il faisait partie de sa clientèle depuis peu. Peut-être avait-elle trouvé-là un nouvel allié dans ses affaires? Azami avait besoin d'hommes prompts et efficaces pour soutenir son commerce. Un médecin ne serait pas de trop, bien au contraire. Et puis, Liam était plutôt bel homme. Son pantalon blanc et sa veste lui donnaient un petit quelque chose de militaire. Son style était particulier et à ses yeux relativement appréciable. Azami aimait les hommes qui prenaient soin d'eux, même si cela était souvent seulement en surface, c'était déjà ça. Un peu de raffinement ne pouvait que lui faire plaisir.

Alors qu'elle le jugeait aimablement sur sa tenue, un regard en biais et une nervosité soudaine chez Liam dérangèrent la jeune femme. Le médecin était devenu plus pâle et sa main vint rapidement dissimuler son visage dans un réflexe aussi surprenant qu'inattendu en ces lieux. Liam semblait avoir vu quelque chose, ou quelqu'un, qu'il n'aurait pas voulu voir. Tandis qu'Azami le dévisageait comme pour le questionner du regard, l'homme s'excusa et expliqua rapidement qu'il devait de l'argent à un des clients malheureusement présent dans "L'Antre" ce soir. La jeune Chinoise ne le quitta pas des yeux pendant un moment. Muette, elle l'observa pour déceler le mensonge et analyser le moindre de ses gestes. La méfiance l'avait toujours sauvée de bien des désagréments. Mais Cooper avait l'air sincère et Azami fit mine de n'avoir pas vu l'homme dont il avait peur. Ce n'était pas son problème et elle n'avait pas à s'immiscer dans les histoires d'argent des autres. Aussi vite qu'elle le pu, elle entraîna donc le médecin à sa suite. Il était inutile de perdre du temps.


- Suivez-moi...

Après lui avoir fait passer quelques couloirs, Azami l'avait présenté à la jeune femme dont il devait désormais prendre soin. Un accord préalable avait été passé entre eux : la somme payée serait à la hauteur des résultats. Ainsi, s'il tuait la prostituée, il repartirait les mains vides. Sinon, son prix serait le sien. C'était ainsi qu'Azami voyait les choses. La mort ne devait pas être rétribuée.
Liam sembla compatissant et doux. Azami l'observa tandis qu'il se présentait à Evène et la rassurait brièvement sur quelques détails. La jeune femme semblait fort nerveuse et c'était bien compréhensible. Le médecin semblait digne de confiance. De toute façon Atrachka était là pour veiller sur l'opération et il suffisait qu'elle ne tire sur une cordelette pour prévenir les gardiens.


- Je compte sur vous Monsieur Cooper...Finit par dire Azami en s'éloignant vers la porte.

Evène lança un regard plein de suppliques à sa maîtresse lorsqu'elle les abandonna. Elle pensait que la Chinoise serait restée jusqu'au bout pour la soutenir mais une fois qu'elle eut convenu de la procédure à suivre, une fois qu'elle eut amené de l'eau et des linges propres, elle avait souhaité bon courage à sa fille et l'avait laissée entre les mains de Cooper et de sa consoeur. Azami n'avait tout simplement pas le temps de rester-là. Ses comptes n'allaient pas se faire tout seuls et malgré sa compassion et ce dont elle était capable d'empathie, elle ne pouvait décemment voir l'intervention sans risquer de se trouver mal.

Regagnant ainsi sa chambre, soucieuse, elle avait tenté de chasser de sa tête le visage crispée d'Evène pour se concentrer sur les tâches qu'elle avait à accomplir ce soir: les comptes, le thé, la revue des coussins et des pipes, la préparation de la chambre n°4 pour Monsieur Pearlson...Tant de choses à superviser, à organiser, à noter...Azami était le centre nerveux de l'établissement, elle ne pouvait se permettre de laisser ses comptes de la semaine continuer à se faire sans elle...

Ainsi, retournée à ses comptes, elle avait siroté une gorgée brûlante de son thé avant de se mettre à résoudre des calculs. Quelques minutes passèrent. La Chinoise soupira. Evène lui revenait sans cesse en tête. Soudain, une clochette au son grave avait tinté à plusieurs reprises dans un coin de sa chambre. C'était le signal qu'un incident dans la grande salle nécessitait son intervention. Après un long soupir, la Chinoise s'était levée et était retournée dans la pièce principale pour faire la loi, sa loi, celle de l'établissement tout entiers. C'est à ce moment-là qu'elle avait fait sortir Donovan de "L'Antre" et qu'elle avait récupéré Dorian Wickham trempé.

La soirée avait drôlement mal commencé...

Après s'être excusée auprès de tous les clients et particulièrement Dorian, elle l'avait emmenée à sa suite jusque dans sa chambre. Elle avait ensuite donné au jeune homme de quoi se changer et, après lui avoir montré le paravent derrière lequel il était invité à se débarrasser de ses vêtements trempés, elle se rassied dans son fauteuil tendre et abandonna définitivement sa tasse de thé complètement refroidie. Entre ses comptes, Cooper et Donovan, son petit plaisir s'était évaporé. Poussant un nouveau soupir, cette fois imperceptible, elle songea encore à Evène qui était en pleine opération. Elle saisit entre ses longs doigts de marbre son origami à l'effigie d'un cygne et le fit pivoter plusieurs fois comme pour en admirer les contours coupants. Elle priait pour que la jeune femme survive à cette délicate intervention. Elle priait et espérait.

Les bruissements de tissus que fit Dorian en se changeant la sortirent de ses sombres pensées. Son attention revint sur cet homme qu'elle avait déjà vu plusieurs fois dans son établissement. C'était un client régulier qu'elle connaissait cependant encore très mal.
Sans détourner son regard de sa figurine de papier dont elle améliorait les bords, elle s'adressa à lui d'une voix assez forte pour qu'il puisse l'entendre et la comprendre depuis l'autre côté du paravent:


- Vous êtes aimable, Monsieur Wickham, de vous soucier de mes filles. Peu de clients s'attachent à leur bien-être et, même si je les surveille d'un œil que d'aucun jugeraient bienveillant, je ne peux malheureusement pas tout prévoir...

Elle songeait encore à cette histoire d'avortement. A côté de ce que subissait Evène, la jeune femme qui avait reçu une claque au visage devant Dorian n'avait pas à se plaindre. Cela serait de toute façon passé en revu le soir-même par ses gardiens et caméristes qu'elle avait d'ailleurs congédiées dès l'entrée de Dorian dans sa chambre. Azami se ménageait souvent des tête-à-tête avec quelques uns de ses clients. Elle aimait jouer à ce jeu, désigner quelques élus pour ses soirées. Cela donnait à son établissement un petit plus que peu négligeaient. Azami était bien plus chère que ses filles mais on pouvait l'acheter comme les autres prostituées et parfois, grâce à ce jeu, l'obtenir sans que l'on ne s'y attende...
Mais ce soir, c'était bien différent, ce n'était plus par jeu mais par politesse et nécessité qu'elle se retrouvait avec un client dans sa suite. Et pourtant, elle n'avait pas perdu l'habitude de s'isoler...Azami et Dorian étaient seuls.


- J'espère que les vêtements vous vont? Continua-t-elle en reposant son origami sur la table basse au milieu du chat et de la jonque.

Elle repoussa de son pied nu son plateau de bambou sur lequel sa théière et sa tasse trônaient sans avoir réellement servi avant de s'étendre un peu plus dans son fauteuil dans une position lascive. Elle détacha son peigne à fleurs pour le remettre en place en laissant plus de mèches pendre par dessus et dessous. Cela lui donnait l'air plus sauvage.

Mais alors qu'elle allait suggérer à Dorian de laisser ses vêtements trempé derrière le paravent pour que ses caméristes s'en occupe après son habillage, deux coups furent donnés à la porte qui s'ouvrit aussitôt. C'était Liam Cooper qui revenait de son opération.
Aussitôt sur le qui-vive, Azami se redressa d'un bond et l'accueillit debout. Elle n'avait pas l'air inquiet mais il était évident qu'elle était anxieuse.
Heureusement, Liam lui annonça aussitôt la bonne nouvelle: Evène était sauve, l’avortement c'était bien passé, la jeune femme n'avait plus que besoin de repos.


- Merci beaucoup Monsieur Cooper. Je ne sais comment vous remercier. Enfin...Bien entendu, voici ce que était convenu.

Azami sortit de son col échancré une petite bourse qui fit un bruit métallique lorsqu'elle lui tendit. Elle était remplie de pièce, assez pour acheter un fiacre et ses chevaux. C'était une somme considérable mais c'était justifié par la difficulté de l'opération et l'aspect aussi périlleux qu'interdit de l'opération.

- Installez-vous...Proposa-t-elle en montrant un fauteuil et un pouf non loin du sien afin que le médecin puisse choisir son siège. Je peux bien vous offrir un saké ou du thé?

Mais Liam sembla préoccupé par la présence de Dorian derrière le paravent. Azami lui sourit et lui parla tout bas:

- Ne vous en faites pas, ce n'est pas l'homme avec lequel vous avez quelques affaires, c'est un client honorable qui vient de subir un...un affront dirai-je...oui. Une théière renversée...Vous avez dû entendre le vacarme qu'a provoqué Monsieur Donovan dans le salon principal? Je vais vous présenter...

Ce n'était pas une situation habituelle. Seule avec les deux hommes, Azami n'avait pas prévu de devoir gérer deux affaires en même temps. Mais maintenant qu'ils étaient tous les deux ici, autant faire en sorte que la soirée soit agréable à tous les trois...

Une fois que Dorian fut sorti de sa cachette, Azami présenta les deux hommes l'un à l'autre. Ce fut une présentation très sommaire: deux noms, ce qui pouvait se révéler éminemment gênant dans pareil lieu mais elle considérait que cela n'était pas son problème puisque chaque client savait qu'en venant de son plein gré dans ce genre d'établissement il n'était pas impossible de rencontrer une figure connue. Que le patron de l’hôtel dans lequel un groom retrouve son employer chez les prostituées, cela gênerait autant l'un que l'autre. Cette responsabilité-là n'était pas de son ressort.


- Liam Cooper, je vous présente Monsieur Wickham. Je vous laisse vous installer pendant que je vais faire bouillir de l'eau et chauffer le saké...Excusez-moi...

Azami abandonna les deux hommes en face à face pour disparaître dans une autre pièce derrière quelques tentures. Elle avait pris soin de récupérer sa théière au passage. Réchauffer l'eau et le saké n'allait pas prendre longtemps, 10 minutes tout au plus. Les deux hommes n'allaient donc pas rester longtemps dans cette situation. Et puis, à moins qu'ils ne murmurent, elle pouvait entendre leur conversation et donc s'assurer que tout allait bien.

Au bout de quelques minutes, comme prévu, elle refit son apparition pour servir les deux hommes selon leur choix. Apparemment, ils n'avaient pas échangé un seul mot. Puis, après s'être assurée que ses hôtes ne manquaient de rien, elle reprit sa place habituelle et commença à siroter son thé brûlant. Son regard malicieux dépassait de sa soucoupe.


- Vous vous connaissiez? N'hésitez pas à fumer ici, je possède tout ce qu'il faut.

Déposant sa tasse sur le plateau de bambous, elle se pencha en avant sans se soucier du décolleté effronté que cela offrait à ses clients et sortit de sous la table basse un coffret de bois qu'elle souleva avec lenteur à cause de son poids avant de le poser sur la table à un endroit vide. Elle poussa ses origamis et fit joyeusement grincer les charnières dorées du-dit coffret. A l'intérieur, pipes, encens, tasses, opium à fumer, opium à mâcher, opium à infuser...Un kit parfait pour celui qui souhaitait conserver son matériel et consommer la drogue d'orient comme il lui plaisait.

***************

[HRP/Edit Administratif
En l'absence prolongée de Dorian, son personnage est écarté du RP./HRP]

Mais alors qu'Azami sortait ainsi tout le nécessaire à fumer l'opium, Dorian, chez qui elle avait noté une nervosité croissante depuis sa présentation avec Liam, sembla fort troublé. Il prit l'air d'un homme qui venait de se souvenir qu'il a laissé quelque chose d'important chez lui et qui devait faire demi-tour en pleine rue. Peut-être avait-il quelques obligations dont la mémoire avait noyé les ombres jusqu'à présent? Peu importait.
La Chinoise le fixa intensément, comme pour sonder son âme et, après un moment de silence, elle lui sourit:


- Si vous préférez consommer dans la grande salle ou dans une pièce plus tranquille, c'est votre droit, je ne vous retiendrai pas ici contre votre gré...

Dorian lui jeta un regard coupable et se leva. Il s'excusa, prit congé et quitta rapidement les appartements de la maquerelle. Il fut raccompagné dehors par deux grands hommes de main qui l'escortèrent même au-delà du bar qui formait la couverture de la fumerie. Son départ était compréhensible. Après tout, lui qui était venu se détendre avait finalement dû essuyer des insultes et changer de vêtements après avoir pris une théière sur son costume...

Azami était restée silencieuse tout le temps que l'homme mit à sortir. Enfin, lorsqu'elle fut seule avec Liam Cooper, elle le fixa de ses grands yeux noisettes.


- Alors...Fit-elle comme pour revenir à ses moutons et poser un nouveau dialogue. Vous me dites que ma fille va bien, c'est heureux. Je vous en suis fort reconnaissante. Vos talents nous auront été bien utiles...J'espère que la somme convenue entre-nous vous aura satisfaite et que nous garderons votre silence comme gage de votre honneur. Je tiendrais compte de vos mises en garde...Evène recevra les soins appropriés à son opération.

Le regard flamboyant, la maquerelle détailla l'homme qu'elle avait en face d'elle. Liam était un pseudonyme pour cacher son vrai nom, cela n'était pas difficile à deviner compte-tenu de ses activités hors-la-loi. C'était une décision salutaire que de conserver l'anonymat. Le contraire aurait été stupide. Elle attarda son regard sur le pantalon blanc du jeune homme et sur la carrure que lui donnait son long manteau. Son style particulier lui plaisait. C'était un homme quelque peu excentrique mais charmant. Son visage était sombre mais néanmoins  loin d'être dépourvu de beauté. Au contraire, c'était un homme jeune, plus jeune qu'elle, et dynamique. Sa crinière brune lui encadrait les tempes comme pour orner son faciès d'un cadre volontairement obscur afin de faire ressortir la couleur olive de ses yeux. Ce qui plaisait le plus à Azami, c'était son nez, droit et fin, tout à fait élégant. De taille, ils étaient presque à égalité, mais elle restait plus petite que lui. C'était intéressant.

- Dites-moi...Continuat-t-elle tranquillement en se préparant une pipe d'opium. Vous m'avez semblé perturbé tout à l'heure...J'espère qu'aucun de mes clients ne cherche à vous faire du tort...Son regard s'intensifia tandis qu'elle le fixait à nouveau sur son invité. Ce ne sont pas mes affaires, mais dans mon établissement vous n'avez aucune crainte à avoir...Je vous le garantis.

Un sourire, une mèche de cheveux soulevée par la fumée de sa pipe et Azami se pencha de nouveau en arrière dans une position laxiste. Elle semblait parfaitement à l'aise et tentait clairement de donner à Liam l'exemple pour qu'il se détende lui-aussi. Ses yeux brillèrent tandis qu'elle croisait à nouveau les jambes.

- Ici...seul le plaisir est accepté...
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Van Collins
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MessageSujet: Re: En dépit de ma rage, je reste comme un rat en cage [Van, Azami, Dorian] [02/04/42] Lun 27 Jan - 12:49

Elle l'avait accueillit, dans son salon, droite et digne mais légèrement fébrile, attendant avec une certaine anxiété, le verdict qui allait tomber. Et cela pouvait se comprendre. L'intervention qu'il avait dut pratiquer, sur Evène, n'était pas sans risque. On ne comptait plus le nombre de femmes qui avait périt parce qu'elles avaient essayé d'avorter seule, par leurs propres moyens, ou parce qu'elles avaient placé leur confiance en des personnes qui ne la méritaient pas. Après tout, que savait Azami de lui ? Rien. D'autant plus qu'il n'était pas ce qu'on pouvait appeler un client régulier. Il était venu une ou deux fois en quatre mois à peine. D'ailleurs, il se demandait bien ce qui l'avait poussé à le contacter. Pourquoi lui ? Bien sur, lors de sa dernière visite, il devait y avoir de cela presque deux mois, il n'avait pas hésité à faire savoir qu'il était disposé à proposer ses services si le besoin s'en faisait sentir, mais à vrai dire, il ne s'attendait pas à ce qu'elle fasse véritablement appel à ses services. Azami était une femme qui gérait son établissement d'une main de fer. Tout était parfaitement réglé, orchestré, rien n'était laissé au hasard. Par conséquent, elle avait probablement son propre médecin personnel, alors pourquoi lui ? Qu'était-il arrivé à son médecin habituel ? Il doutait fort que pratiquer un avortement soit le genre de chose qui le rebutait, surtout lorsque l'on choisissait de travailler dans un établissement comme celui-ci. Pourtant, il n'était pas là. Avait-il commit un acte qui aurait pu déplaire à la maquerelle ? Etait-il mort ? Ou pire, avait-il été arrêté ? Cette idée le fit frissonner, mais on ne pratiquait pas leurs activités illégales sans avoir pleinement conscience de ce risque. S'il on n'était pas prêt à l'assumer alors on ne faisait pas ce qu'ils faisaient. Pour sa part, il n'avait rien à perdre, et cette année, qu'il avait passé à échapper aux alchimistes ou à la police, tout en continuant à pratiquer ses petites affaires sans être inquiété, l'avait rendu plus sur de lui. Même si aux yeux du monde, il était mort, la prudence devait rester de mise, et de prudence, il n'en manquait pas. Ce qui ne l'empêchait pas de connaître quelques petites frayeur, comme toute à l'heure lorsqu'il avait reconnu ce pourceau de Buchanon dans l'antre. Pour l'heure, et bien que ça l'intéressait, il allait devoir remettre ses interrogations concernant le médecin à plus tard. Azami attendait des réponses, et il n'allait pas la décevoir.
Lorsqu'il prononça son verdict, il pu remarquer avec une certaine satisfaction, que le corps de la belle asiatique s'était aussitôt détendu. Un soulagement clairement visible s'était mis à refléter dans toute sa personne.

- Merci beaucoup Monsieur Cooper. Je ne sais comment vous remercier. Enfin...Bien entendu, voici ce que était convenu.

Il n'avait pu s'empêcher de retenir un discret sourire devant la réaction de la belle chinoise. Il était clairement évident qu'elle tenait à toutes ses filles. Elles ne représentaient pas uniquement à ses yeux, un instrument de travail et une rentrée d'argent, non, elles étaient bien plus que ça. Elle les considéraient comme des êtres humains, et non comme des bêtes de sommes. La divine retira une bourse bien remplit de son col échancrée, qu'il accueillit dans la paume de sa main. Le tintement métallique et le poids de cette dernière, lui indiquait qu'il venait d'être rémunéré comme il se devait. Il eut un sourire entendu et glissa la bourse dans la poche de son manteau

- C'est un plaisir de faire affaire avec vous, lui assura-t-il dans un sourire complice

- Installez-vous...Proposa-t-elle en désignant un fauteuil et un pouf non loin du sien. Je peux bien vous offrir un saké ou du thé?

A vrai dire, en venant ici, Van ne s'était pas attendu à recevoir une telle invitation. Il pensait qu'ils allaient régler leur affaire, puis qu'il prendrait congé, comme il se devait. Mais la surprise laissa très vite place à l'inquiétude, lorsqu'il réalisa un peu tardivement qu'ils n'étaient pas seuls, mais qu'une troisième personne était dissimulée derrière le paravent. Il tourna aussitôt son regard interrogatif en direction d'Azami, qui, comprenant la raison de son trouble, s'empressa de répondre à ses questions qui étaient restées silencieuses

- Ne vous en faites pas, ce n'est pas l'homme avec lequel vous avez quelques affaires, c'est un client honorable qui vient de subir un...un affront dirai-je...oui. Une théière renversée...Vous avez dû entendre le vacarme qu'a provoqué Monsieur Donovan dans le salon principal? Je vais vous présenter...

Ainsi, elle avait donc bien repéré Buchanon. Il n'en n'était pas sur jusqu'à maintenant, mais à présent, il en avait la confirmation. Il ne pouvait pas dire que ça le surprenait vraiment, mais à vrai dire, il aurait préféré que ce ne soit pas le cas. Toutefois, et bien qu'il fut soulagé de savoir que l'alchimiste ne se cachait pas derrière ce paravent, il demeurait, qu'il ignorait toujours qui s'y trouvait. Or, rester dans l'ignorance était loin de rassurer ses craintes, car ce n'était pas uniquement avec Buchanon qu'il avait des ennuis, mais bien avec toutes les alchimistes d'Etat qui pourrait être susceptibles de le reconnaître.

- Non.... je n'ai rien entendu... répondit-il dans un murmure en essayant de paraître détendu, sans pour autant quitter le paravent du regard.

Il n'avait pas mentit, si altercation il y avait eut, ni lui, ni Evène n'en n'avaient eut connaissance, bien trop préoccupé par leur propre affaire pour entendre quoique ce soit. Alors qu'il s'apprêtait à décliner l'invitation d'Azami et à prendre congé, une silhouette masculine se détacha du paravent.
Trop tard pour s'enfuir, il allait être fixé, et c'est avec soulagement qu'il put constater que son inquiétude n'avait aucun lieu d'être, elle disparut, si tôt que le client d'Azami cessa de se dissimuler pour les rejoindre. Des cheveux bruns et ondulés, une peau de porcelaine, des mains blanche et délicates, qui indiquaient que ce jeune jouvenceau n'avait jamais eut à travailler, pétrit de manière, Van devina, au premier coup d'oeil, que cet homme, était issu de la noblesse. Il ne s'agissait là que d'un jeune bourgeois, s'il en croyait la qualité de ses vêtements, qui était simplement venu prendre du plaisir et s'encanailler avec insouciance. Clairement plus détendu, Van le salua à son tour et prit sa main lorsque ce dernier la lui tendit, alors même que la maitresse des lieux faisait les présentations


- Liam Cooper, je vous présente Monsieur Wickham. Je vous laisse vous installer pendant que je vais faire bouillir de l'eau et chauffer le saké...Excusez-moi...

Emportant la théière avec elle, la jeune femme disparut derrière quelques tentures, les laissant seuls. Un sentiment de malaise s'était alors emparé de Van. Cela faisait bien longtemps qu'il ne s'était pas retrouvé ainsi, en compagnie de plusieurs personnes, sans réelles raisons que celles de bavarder. Il en avait presque oublier ce que c'était que de se comporter normalement en société, à force de vivre seul et de fuir constamment. Jugeant qu'il n'avait rien à craindre, et que disparaître sans raison, aurait plus tendance à éveiller des soupçons à son encontre, Van décida de prendre sur lui, et s'installa sur l'un des pouffes, tout en ouvrant la conversation.

- Wickahm...Ce nom ne m'est pas totalement étranger, pardonnez-moi si je me trompe, mais... votre famille est-elle lié à l'entreprise funéraire du même nom ?

Il en avait déjà entendu parler et si c'était bien de cela dont il s'agissait, il ne s'était pas trompé, son vis-à-vis, n'était pas n'importe qui. L'homme, qui prit place à son tour, eut tôt fait de lui confirmer ses soupçons, mais en resta là. Azami lui avait confié que Wickham avait été victime d'un affront, raison pour laquelle il était ici, à ses cotés, toutefois, Van eut comme le sentiment qu'il dérangeait. Le brun avait-il espéré plus de ce tête à tête ? Peut-être, et ce n'était pas lui qui pourrait l'en blâmer.

Au bout de quelques minutes, la magnifique chinoise réapparut enfin avec, dans ses mains, un plateau richement garnit composé de Saké et d'une théière. Estompant de sa seule présence, le malaise qui régnait entre les deux hommes. Ne buvant pas d'alcool, Van opta pour le thé. Il posa ses gants noirs, sur lesquels étaient brodés un pentacle alchimique au fils noir, donc invisible à l'oeil nu, à ses côtés, et s'empara de la tasse dans laquelle le thé avait été versé. Une aromate douce et chaude s'échappa de sa tasse qui réchauffa ses mains. Cela faisait très longtemps qu'il n'avait pas eut le plaisir de savourer un véritable thé, 1 an environs. Il le dégusta avec un réel plaisir, jusqu'à ce qu'il sente le regard malicieux de la jeune femme se poser sur lui. Etait-elle entrain de s'amuser de sa réaction ?

- Vous vous connaissiez? N'hésitez pas à fumer ici, je possède tout ce qu'il faut.

Sans attendre de réponse, elle déposa sa tasse sur le plateau de bambous, avant de se pencher en avant, sans se soucier le moins du monde, de la vue enchanteresse que son décolleté effronté offrait à ses invités. A la vue généreuse qui s'offrait à lui, Van ne pu s'empêcher de sentir ses joues rosir légèrement, et détourna aussitôt son regard en maudissant silencieusement cette tendance qu'il avait à rougir d'un rien. Il était pourtant habitué au corps nu des femmes que cela fusse pour son seul plaisir ou de part sa nouvelle vocation, mais il y avait des réactions qu'il ne contrôlait pas, surtout lorsqu'elles étaient inattendues et qu'elles parvenaient à le troubler et à le trahir. Et dans le cas présent, il devait bien avouer qu'il n'était pas du tout insensible aux nombreux charmes de la belle asiatique. Essayant de penser à autre chose, il choisit de répondre à la question de son hôtesse puisque de toute évidence Mr Wickham avait décidé de rester muré dans son silence.

- Se connaître est un bien grand mot, mais j'ai déjà entendu parler de Mr Wickham et de... son entreprise.

Van avait préféré ne pas s'étendre sur les activités de Mr Wickham. Il ignorait si Azami connaissait son travail, bien qu'il doutait que ce ne soit pas le cas. Néanmoins parler de pompes funèbres n'était pas forcément un sujet de conversation des plus approprié. De toute manière, les activités de Mr Wickham n'était pas ce qui l'intéressait le plus pour le moment, bien trop occupé à observer le manège de la jeune femme, qui, après avoir extrait de sous la table, un mystérieux coffre en bois, le déposa sur la table basse, tout en faisant tomber négligemment un morceau de papier qui virevolta prêt de lui. Intrigué par sa forme peu commune, Van le ramassa, et réalisa que, loin d'être un simple bout de papier, ce dernier avait prit la forme d'un oiseau, grâce à un jeu de pliage qui lui paraissait ma foi, extrêmement élaboré. Jamais de sa vie, il n'avait encore vu une telle confection. Intrigué, il prit le très bel ouvrage entre ses mains et le fit tournoyer à hauteur de ses yeux entre son pouce et son index.

- Qu'est-ce donc ? Questionna-t-il.

Les charnières dorées du-dit coffret se mirent à grincer, attirant son regard vert olive en direction de la malle, pour voir apparaitre le trésor qu'il refermait et qu'elle les invitait à partager. A l'intérieur, se dévoila donc tout le nécessaire pour consommer l'opium : pipes, encens, tasses, sans oublier le produit principal, l'opium prêt à être consommé sous toutes ces formes : à fumer, à mâcher, ou encore à infuser... Rien ne manquait, tout était là.
Van posa son regard sur l'opium avant de remonter sur la divine, un léger sourire aux lèvres. Dans ses yeux, se mirent à pétiller une petite lueur malicieuse


- ça je connais, fit-il en reposant l'oiseau de papier sur la table basse devant lui.

Sa main effleura alors en surface l'opium qui n'attendait qu'à être consommé. L'opium était très en vogue actuellement, et les médicaments dérivés de celle-ci, comptaient parmis les plus efficaces. On en trouvait ainsi dans bon nombre de produit pharmacologique, grâce, notamment, à ses vertus sédatives et analgésique. Comme par exemple dans le sirop Godfrey qui servait à calmer les bébés, dans la morphine ou encore le laudanum. Le laudanum était d'ailleurs largement prescrit que ce soit pour guérir un simple rhume ou les maladies cardiaques. Mais Van avait observé que, comme toute chose, l'opium n'avait pas que des vertus, bien au contraire, à force de consommation et d'accoutumance, il se révélait être un poison redoutable qui pouvait entrainer des dépressions respiratoires, et surtout une forte dépendance. Or, Van fuyait toute forme de dépendance, quelle qu'elle soit.

- Ce sera sans moi, déclina-t-il en la fixant, mais je vous remercie de votre attention

Mais la belle ne l'écoutait pas vraiment,  du moins semblait-il, son attention était porté sur le jeune noble qui les accompagnait. Il était vrai que depuis toute à l'heure, il ne semblait pas très l'aise. Lui, qui pensait avoir des problèmes de sociabilité, ce n'était rien en comparaison de Mr Wickham. Depuis qu'ils avaient été présenté, l'homme était resté quelque peu en retrait, comme si sa présence l'avait dérangé. Van avait d'ailleurs mit ça sur le fait qu'il aurait peut-être souhaité bénéficier des services de la belle, mais il avait tort, c'était autre chose. L'ancien alchimiste posa son regard inquisiteur sur le jeune noble. Se pouvait-il qu'ils se soient déjà rencontré ? Non, il s'en souviendrait, quoique rien n'était moins sur. Après tout, il n'avait retrouvé la totalité de ses souvenirs que depuis deux mois à peine, peut-être se connaissaient-ils, pourtant, il en doutait, car rien chez lui, ne lui paraisait familier. Peut-être bien que sa mémoire était encore un peu défaillante. Non, il était sur que non, c'était autre chose, mais quoi ? Toujours est-il qu'il n'était pas étranger au mutisme de cet homme. Il pouvait le sentir. Son regard glissa sur ses gants avant de se reposer à nouveau sur le noble. Se pourrait-il que.... ?
Soumis à leurs regards inquisiteur, Sieur Wickham décida de s'éclipser. Il se leva, s'excusa en prétextant quelques devoirs, avant d'attendre que son hôtesse l'autorise à se retirer. Van posa son regard sur la jeune femme, dans l'attente de sa réaction. Il put observer que, comme avec lui un  peu plus tôt, elle fixait son invité intensément.  Comme si elle avait cette particularité, de pouvoir lire au plus profond de votre âme et de pouvoir démêler le vrai du faux. Après un moment qui sembla durer une éternité pour Van, un sourire chaleureux apparut sur le visage de la maquerelle. Un sourire qu'il jugea commerciale.

- Si vous préférez consommer dans la grande salle ou dans une pièce plus tranquille, c'est votre droit, je ne vous retiendrai pas ici contre votre gré...

Mr Wickham, après avoir adressé un regard embarrassé sur Azami, fit rapidement glisser son regard sur lui, avant de se retirer, les laissant seuls dans les appartements de la jeune femme. Le silence avait été de mise jusqu'à ce que la porte se ferme sur le jeune bourgeois. Van ne l'avait pas quitté du regard, il avait été la cause de son trouble et commençait à en soupçonner la raison. Il comptait bien avoir le fin mot de cette histoire, et savait désormais où le trouver. Wickham quitta ses pensées lorsqu'il sentit une jolie paire d'yeux noisettes se poser sur lui.

- Alors...Fit-elle comme pour revenir à ses moutons et poser un nouveau dialogue. Vous me dites que ma fille va bien, c'est heureux. Je vous en suis fort reconnaissante. Vos talents nous auront été bien utiles...J'espère que la somme convenue entre-nous vous aura satisfaite et que nous garderons votre silence comme gage de votre honneur. Je tiendrais compte de vos mises en garde...Evène recevra les soins appropriés à son opération.

- Je n'en n'attendais pas moins de vous, lui affirma-t-il, tout en reprenant sa tasse de thé. Vous n'avez pas à vous inquiéter quand au paiement, il comprend largement mes prochains déplacement pour m'assurer du bon rétablissement d'Evène. Et pour ce qui est de ma discrétion, bien que j'en ai manqué ce soir, sachez qu'elle vous est acquise. Je suis confus, il n'était pas dans mes intentions de dévoiler quoique ce soit, croyez bien que que je n'aurais rien dit, si j'avais pu imaginer que nous n'étions pas seuls. Pensez-vous que lui, saura garder sa langue ? Demanda-t-il en désignant la porte que venait d'emprunter Mr Wickham.

Leur échange avait été on ne peut plus limpide, il n'avait peut-etre pas prononcé le mot avortement, néanmoins, il n'était pas bien difficile de deviner de quoi ils discutaient. Et même s'ils ne parlaient pas fort, le son de leurs voix était parfaitement audible depuis le paravent. Mais de toute évidence, la discrétion de Wickham n'était pas la préoccupation principal de Azami.

- Dites-moi...Continua-t-elle tranquillement en se préparant une pipe d'opium tendit que lui-même reposait sa tasse sur le plateau en bambou. Vous m'avez semblé perturbé tout à l'heure...J'espère qu'aucun de mes clients ne cherche à vous faire du tort...Son regard s'intensifia tandis qu'elle le fixait à nouveau sur son invité. Ce ne sont pas mes affaires, mais dans mon établissement vous n'avez aucune crainte à avoir...Je vous le garantis.

Van s'était légèrement crispé lorsqu'elle était revenue, à demi-mot, sur l'incident de toute à l'heure et son comportement plus que douteux. Non seulement elle avait repéré Buchanon, mais en plus, il était certain à présent, que son anxiété ne lui avait pas échappé lorsqu'il avait perçut la présence d'une personne derrière le paravent. Une anxiété belle et bien présente, et ce, malgré le fait qu'elle lui ait assuré qu'il ne s'agissait pas de la personne qui l'avait perturbé un peu plus tôt. A ce train-là, elle allait finir par deviner qu'il ne s'appelait pas Liam Cooper, si ce n'était pas déjà fait. Il allait vraiment devoir faire plus attention et éviter de se trahir aussi stupidement à l'avenir. Les jambes croisés, et le torse légèrement penché vers l'avant, ses mains qui étaient jointes, s'étaient discrètement resserrées l'une dans l'autre. Il ne désirait pas aborder ce sujet, car il ne pouvait dire la vérité. Il en allait de sa sécurité et s'il mentait, cela se saurait immédiatement, d'autant plus que sans avoir à lever les yeux sur elle, il pouvait sentir son regard pénétrant posé sur lui. Il serait quelqu'un d'influençable, croyant à toutes sortes d'histoires, il aurait dit qu'elle était capable de sonder son âme et de lire en lui comme dans un livre ouvert. Heureusement pour lui, ce genre de don n'existait pas, elle était simplement très maligne, et très perspicace. Il ne doutait pas un seul instant qu'elle pensait ce qu'elle disait lorsqu'elle lui avait affirmé qu'il ne risquait rien ici. Elle était une femme pleine de ressource, malgré tout, elle avait ses limites. Elle ignorait l'identité de ses ennemis, sans quoi, elle ne pourrait pas prétendre lui assurer sa protection. Les alchimistes étaient très puissant, et l'Etat plus encore. Il était préférable, pour sa sécurité et celle de ses filles, que, si une confrontation entre lui et l'un d'eux venait à se produire, elle ne s'en mêle surtout pas, quoi qu'il puisse arriver. Mais il ne pouvait la mettre en garde sans éveiller davantage ses soupçons et se compromettre. Aussi décida-t-il que si une telle chose devait se produire, il aviserait le moment venu et ferait en sorte de ne pas causer le moindre embarras que ce soit à elle, ses filles ou son établissement. Mais, il se jugeait assez malin pour éviter que cela se produise. Après tout, il était censé être mort, il n'y avait aucune raison pour que cela change. Plus le temps passerait, et plus on l'oublierait. Sans oublier que cela faisait un an à présent. Un an qu'il était parvenu à vivre dans cette ville sans se faire remarquer ou éveiller le moindre soupçon.
Il entendit le fauteuil grincer légèrement et devina que la belle asiatique s'était mise à son aise. Son regard remonta légèrement vers elle. De ses charmants pieds nus, son regard glissa à nouveau sur ses magnifiques jambes dorés qui semblaient aussi douces que de la soie. Son kimono rouge carmin  honteusement entre ouvert, était un appel criant à la tentation. Sa taille fine était enlacée par une épaisse ceinture de tissu qui maintenait les deux pans de son kimono refermé sur une poitrine naissante qui laissait deviner milles merveilles. Elle était très attirante, l'incarnation même de la tentation. Lorsque son regard croisa enfin le sien, il vit ses yeux pétiller. Il était sur que son trouble ne lui avait pas échappé, en même temps, elle devait faire cet effet à tous les hommes qui croisaient son chemin.

- Ici...seul le plaisir est accepté...

Van ne put alors s'empêcher de sourire franchement. Un sourire amusé et détendu. Son premier vrai sourire depuis longtemps.

- Je saurais m'en souvenir, fit-il en se redressant légèrement. Quand à savoir si vos clients puissent me vouloir du tort, il me semble que la réponse est évidente, et nul ne peut les blâmer. Après tout, ne suis-je pas entrain de monopoliser l'attention et le temps de la plus belle femme de la maison ?

Il ne s'agissait pas de vaines flatteries, et il n'avait pas prononcé ces mots uniquement comme un moyen détourné, pour répondre à sa question de manière superficiel. Il était sincère, il fallait être fou ou de très mauvaises foi, pour oser prétendre le contraire.

- Qui êtes-vous Azami ? Vous aimez l'opium, et ces curieux, mais néanmoins très élaborés, pliages de papier, devina-t-il en posant un bref regard sur les origamis posé sur la table. Mais encore ? Je peux dire ce que tout le monde sait également, à savoir que vous êtes une très belle femme, vous êtes pleine de ressources, intelligente, et méticuleuse. Rien ne vous échappe, et tout ce qui concerne l'antre des anges est sous votre contrôle. Aussi, je m'interpelle, qu'est-il arrivé à votre médecin habituel ? Vous êtes une femme influente, les médecins ne doivent pas manquer, alors pourquoi vous être tourné vers moi ? J'ai du mal à concevoir qu'une femme comme vous, ait pu se retrouver démunit au point de confier la vie de l'une de ces filles auxquelles elle tient tant, à un illustre inconnu. Vous avez forcément prit vos renseignements. Pourrais-je savoir ce que vous avez découvert et ce qui vous a décidé à faire appel à moi ?
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Azami Monoko
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MessageSujet: Re: En dépit de ma rage, je reste comme un rat en cage [Van, Azami, Dorian] [02/04/42] Mer 29 Jan - 19:16

Dorian Wickham était parti.
Quelle mouche l'avait donc piqué ? Pourquoi ce mutisme et cet air renfrogné ? Il s'était changé, ses vêtements trempés de thé lui avaient été rendus dans un sac de toile et il n'avait plus qu'à prendre du bon temps dans l'établissement en sa compagnie ou avec ses filles, à fumer, boire, se reposer...A priori, c'était ce qu'il était venu chercher...Pourquoi cette soudaine fuite ? Connaissait-il Liam Cooper et avait-il des démêlées avec ce dernier ou n'était-ce qu'un manque de temps qui l'avait ainsi poussé à leur fausser compagnie si tôt dans la conversation ? Apparemment, les deux hommes ne se connaissaient pas personnellement mais Liam semblait connaître les activités de Dorian. D'ailleurs, il ne s'étala pas dessus, jugeant certainement que cela ne les regardait pas à partir du moment où le croque-mort lui-même ne l'évoquait pas.
Mais peut-être que cet homme mystérieux avait finalement d'autres projets en tête en venant en ces lieux et que la présence de Liam l'avait finalement déstabilisé ?
Non...Comment aurait-il pu prévoir l'incident du thé ? Et comment aurait-il pu espérer être ainsi entraîné dans la chambre de la maquerelle autrement que de cette manière ? Même si Azami choisissait souvent des clients pour son agrément personnel, il était rare qu'elle les choisisse au hasard. Elle n'invitait derrière ses rideaux pourpres que ses clients les plus fidèles, les plus habitués, les plus distingués également. Dorian était un bon client mais elle ne le connaissait pas encore assez pour le faire entrer dans son intimité. L'esclandre qu'avait déclenchée Donovan était seule à l'origine de sa présence en cette chambre immense. Il n'avait pas pu la prévoir.
Que mijotait-il donc ? Venait-il retrouver une de ses filles en particulier ? Venait-il pour parler discrètement d'affaires privées avec un complice ? Ou venait-il de se souvenir qu'il avait un rendez-vous ailleurs ?  

Qu'importe ! Azami se contrefichait de ce genre d'intrigue. Ce qui intéressait la maquerelle qu'elle était c'était bien la rente de son établissement, le soin de ses filles et la prospérité de tout ce petit monde sous ses ordres et sa protection. Elle n'avait cure des histoires personnelles de ses clients, du moment que cela ne concernait pas la fumerie des Anges. Pourquoi s'en soucierait-elle ? Son devoir était ici de commercer les charmes et la drogue, pas les potins ! Et puis, elle partait du principe que l'Antre était un lieu de relaxation où chacun pouvait venir goûter à ses traits sucrés ou âcres selon son bon plaisir sans jamais pouvoir être inquiété de quoi que ce soit. A partir du moment où ses règles de respect étaient respectées, elle conserverait celui du silence, pour tout. Azami était une vendeuse de rêves, elle ne voulait pas avoir affaire avec la réalité, surtout lorsqu'elle lui était étrangère. A chacun son jardin...Le sien était déjà bien assez saccagé pour qu'elle se soucie de celui des autres. Dorian pouvait rester, elle l'avait invité, mais s'il voulait partir c'était son choix, elle le respecterait sans discuter. Ainsi était la politique de la maison.
Cependant, même si elle n'en montra rien et qu'elle resta de marbre face à son attitude, conservant politesse et amabilité, elle fut piquée au vif par la situation. Ce jeune insolent fuyait son invitation...Il n'était pas prêt de remettre les pieds au-delà de la salle principale ! Quel dommage...Une si belle figure...

L'incident passé et le jeune croque-mort disparu, Azami reporta son attention sur Liam. Le bel homme venait de sauver l'une de ses filles à la fois de la honte et de la maladie, peut-être même de la mort, car à cette époque les avortements étaient une des choses les plus dangereuses pour la santé, après la peste noire qui ravageait encore certains quartiers de l'East End. La Chinoise lui en était fort reconnaissante, même s'il avait fait son travail pour de l'argent. Argent qu'elle lui avait d'ailleurs directement offert contre son service. Il était donc bien habile, en plus d'être tout à fait avenant et élégant derrière son extravagance, agréable et poli derrière son air sombre.
Azami se félicitait d'avoir trouvé un tel homme dans ses clients et d'avoir ainsi réussi à remplacer, du moins pour cette fois, le médecin de son établissement. Ce dernier était mort dans une rixe de pub, dans les quartiers les plus mal-aimés de la capitale, et on l'avait retrouvé à moitié écorché dans une ruelle. Face au problème d'Evène et à la difficulté de retrouver un homme capable de pratiquer hors des lois de pareilles interventions, Azami avait eu le bonheur de se souvenir de ce fameux Liam, client peu régulier mais cependant connu par elle comme un médecin quelque peu officieux. Cela avait été une chance !

Une chance, oui, mais aussi un risque, un risque énorme. Que savait-elle de lui ? Rien, si ce n'était qu'il s'intéressait un peu à ses filles et qu'il ne leur avait jamais fait de mal. C'était déjà une bonne chose : il était à la fois client et éduqué. Mais il restait encore de nombreux éléments d'ombre autour de sa personne. Un voile de mystère le recouvrait et même si Azami ne souhaitait pas forcément en savoir plus, puisqu'elle n'en avait pas besoin, elle n'avait pas pu s'empêcher de remarquer quelques détails chez lui...

Déjà, depuis qu'il était arrivé dans la fumerie, il avait tenté de rester discret. C'était le signe d'une certaine sagesse et d'une humilité certaine. Liam savait qu'il devait rester malin et rusé s'il ne voulait pas que la police ne vienne fouiner dans ses affaires. Et dans un tel lieu, il n'était pas exclus que quelqu'un puisse le dénoncer. Mais au-delà de ce genre de considération tout bonnement logique et sans aucun doute lié à une forme d'instinct de survie complètement naturel (à moins que l'on ne soit fou), il semblait également prendre à cœur de ne pas entacher la réputation de la maquerelle ou de ses filles. Il avait compris que le plus grand silence sur cet affaire était préférable à la fois pour les jeunes femmes et leur propre respect mais aussi pour le commerce dont elles étaient à la fois les exposantes et les exposées. C'était donc un homme pragmatique mais aussi apparemment prêt à tenir parole. Un homme d'honneur en vaut dix.

Hormis cela, Azami avait aussi remarqué chez lui une politesse et des manières loin d'être dénuées de charme. Liam parlait peu mais il parlait bien. Son regard, profond, vert comme un lagon d'automne, en disait plus qu'il ne l'aurait certainement voulu. La Chinoise avait l'habitude de lire sur les visages de ses clients. C'était son métier : être au service du désir, prête à saisir la moindre émotion pour s'en servir dans l'intérêt de son client ou contre lui. Elle avait louvoyé dans les pires bauges de ce temps, vendant son corps pour survivre, défendant sa vie bec et ongles face aux plus terribles porcs que pouvait accoucher cette société névrosée. Elle avait appris à réagir vite et bien face à de nombreuses situations désespérées et, partant de là, elle savait désormais reconnaître sur le corps les signes avant-coureurs de n'importe quelle émotion, ou presque.
Ainsi avait-elle évidemment saisit que Liam n'était pas insensible à ses charmes. Également une bonne chose que cela...Au moins était-il attiré par les femmes, même plus mûres que lui. C'était une carte qu'elle gardait toujours dans sa manche, ou du moins son décolleté : la carte de la séduction. Il faisait peut-être partie de ces hommes qu'elle pourrait mener par le bout du nez le jour où il tenterait de la trahir. C'était également une promesse de plaisir au tout bonnement sens sexuel. Le jour où elle se sentirait seule, il pourrait tout aussi bien figurer sur sa liste d'amants. Pourquoi pas ? Il était loin de lui déplaire.
Mais l'heure n'était pas encore à ce genre de délices.

La maquerelle avait aussi noté sa curiosité. Liam était un homme pressé par son travail et l'épée de la loi qui pesait au-dessus de sa tête, et pourtant il s'attardait volontiers sur des détails qu'un autre homme dans sa situation n'aurait peut-être jamais pris le temps d'observer. Les origamis, par exemple, qui trônaient sur la table base devant eux. Un chat, un cygne et une jonque. Alors qu'il s'installait enfin confortablement dans la chambre et qu'Azami préparait le thé en lui présentant Dorian, il les avait considérés comme un amateur examine un tableau fait d'une peinture qu'il n'a jamais vue. A sa question toute innocente, Azami lui offrit son sourire le plus charmant. Elle était ravie qu'un de ses clients puisse s'intéresser à ses petites créations.


- Ce sont ce que l'on appelle des « origamis » Monsieur Cooper...Expliqua-t-elle en prenant le chat dans ses mains pour le tourner et retourner devant les deux hommes. Ce sont de petits pliages de papier auxquels l'on donne des formes connues. C'est un petit passe-temps qui me vient de mon pays natal...J'aime occuper mes mains...

Après leur avoir jeté un regard complice, Azami reposa l'origami sur la table et continua de les servir. C'est à ce moment-là qu'elle sortit de sous la table son nécessaire à fumer. Elle en proposa à chacun. Liam refusa poliment de consommer. Était-il si sage ? Ou craignait-il quelques malignités de sa part s'il avait le malheur de s'égarer dans les songes fiévreux de l'opium ? La maquerelle fit une légère grimace et haussa les épaules.

- C'est votre choix. Je suppose que vous utilisez ce type de substance d'une autre manière...C'est dommage...

Dorian était resté muet et c'est ainsi qu'Azami finit par comprendre qu'il n'était pas seulement mal-à-l'aise mais aussi dans une posture de prisonnier, ce qu'elle refusait tout simplement. Elle l'encouragea à partir, si tel était son choix, et c'est ainsi que le croque-mort disparu.

Après un long silence, Azami reposa la conversation. Enfin, elle pourrait discuter plus en profondeur avec Liam de ce qu'il venait d'accomplir. Elle prit d'abord le temps de vérifier qu'il était servi et à son aise puis elle s'assura une dernière fois de son silence au sujet de cet avortement illégal. Comme elle s'y attendait, le jeune homme lui donna une nouvelle fois sa parole. Par contre, il s'inquiéta de la présence de Dorian. En effet, ils avaient évoqué le sujet devant lui, même s'il était derrière le paravent à cet instant-là, il avait certainement non seulement entendu leur conversation et également compris la teneur de leurs propos. Azami sourit d'un air rassurant en bourrant sa pipe.


- Ne vous inquiétez pas. Il tiendra sa langue s'il ne veut pas la perdre...Je pense qu'il en est fortement conscient. Mes hommes de main n'auront pas oublié de lui rappeler nos règles en le raccompagnant...

Le sourire d'Azami se fit plus étiré. Apparemment, l'idée même que cet homme puisse parler lui semblait incongrue, mais surtout elle était clairement capable de faire taire les imbéciles qui oseraient s'en prendre à elle et son établissement.

- Je pense surtout que Monsieur Wickham a autre chose à faire que de se préoccuper de ce genre d'activité prohibée. Lui-même n'est certainement pas tout blanc. Et puis...c'est un client qui consomme beaucoup ici vous savez...

Liam avait l'air préoccupé. Azami se souvint de ses regards furtifs dans la grande salle. Avait-il donc des ennuis ? Qu'il en ai ne lui importait aucunement, il pouvait bien se faire étriper dans une ruelle que cela ne changerait rien à sa propre vie, mais qu'il soit inquiété dans l'Antre ne pouvait pas être toléré. Ici, chacun devait pouvoir se détendre sans traîner avec lui d'autres soucis que celui du plaisir. D'ailleurs, elle allait le lui mettre en tête de la façon la plus directe possible. La jeune Chinoise ne pouvait supporter la peur dans le regard de ses clients, sauf s'ils avaient été désobligeants.
Elle demanda donc à Liam si tout allait bien et s'il avait des problèmes dans la fumerie. Elle voulait le rassurer et comprendre ce qui le perturbait autant. Ce dernier se crispa face à ses questions. Il sembla soudainement gêné de devoir se justifier. Le silence s'installa. Azami ne quitta pas des yeux son client. Que cachait-il donc ? Avait-il des problèmes d'argent ? C'était courant. Était-ce une histoire de mari cocu ? Ce ne serait pas la première fois que l'établissement serait le théâtre d'une dispute de ce type. Ou était-ce plus important, plus dangereux que cela ? Liam semblait craindre qu'une personne ne le retrouve. Peut-être avait-il mis sa vie en jeu ? Devait-il beaucoup d'argent à un bandit quelconque ? S'était-il compromis dans de sordides affaires de meurtre ou de drogue ?
La maquerelle ne désirait pas tout savoir mais elle souhaitait qu'il se détende et qu'il se rassure. Les chiots effrayés n'avaient pas leur place ici.
Se mettant elle-même à l'aise pour l'inciter à faire de même, Azami tira une première bouffée de fumée de sa pipe en croisant ses jambes nues sous son kimono à demi-ouvert. Elle sourit, offrant mille promesses de volupté au jeune homme. Ces lieux étaient fait pour le plaisir, il fallait qu'il laisse de côté ses soucis.

Liam finit par se détendre et le regard qu'il lui jeta ravit la jeune Chinoise. Son sourire sembla franc. Au moins avait-elle réussi à le détendre l'espace d'un sous-entendu. Le jeune homme répondit à sa question par une boutade flatteuse qui la fit sourire à son tour. Elle en rit même, laissant échapper de ses lèvres un rire cristallin mais néanmoins teinté d'une maturité étrangement prenante.


- Seraient-ce donc des jaloux qui vous poursuivent ? Haha ! Vous me flattez...docteur.

Il avait détourné la conversation d'une façon galante. C'était son choix. Azami ne saurait donc jamais ce qui l'effrayait tant sous son toit. Qu'importe. Il avait l'air de s'être enfin détendu, c'était le principal. Ils étaient en tête à tête, l'un buvant son thé aromatisé, l'autre fumant sa pipe d'opium dont les vapeurs commençaient à envahir la pièce d'une odeur particulièrement ambiguë, à la fois douce et âcre, agréable et agressive.  

Liam enchaîna son compliment sur de nouvelles questions. Il s'intéressait à elle et voulait en savoir plus sur son compte. Quelle étrange façon de procéder...Cacher expressément ce qui le concernait pour ensuite lui demander sa vie à elle. L'échange ne serait pas équivalent. Azami leva un sourcil.


- Vous me demandez qui je suis alors que j'en sais bien moins sur vous que vous n'en savez sur moi...Vous ne manquez pas de culot Monsieur Cooper...Son sourire montra bien vite à Liam qu'elle jouait avec lui et qu'aucune hostilité n'était ici mise en avant. Elle tira sur sa pipe et soupira en se redressant tout en plongeant son regard noisette dans la lagune du sien. Mon médecin habituel est mort, on a retrouvé son corps dans une ruelle de l'East End. De mauvaises fréquentations, un peu d'alcool et voilà comment l'on peut perdre un homme d'exception...C'est bien dommage n'est-ce pas ? Lui qui soignait les excès...

Azami jeta un regard sur la tasse de thé que tenait Liam. Apparemment lui au moins ne plongeait pas son nez dans l'alcool comme un soudard...Elle lui sourit plus chaleureusement.

- Comme vous le savez, les médecins qui pratiquent ce genre de chose sont rares. Peu se préoccupent des femmes, surtout celles de basse condition, et il est difficile d'en trouver un qui aie le courage d’exercer dans l'ombre de ce type d'établissement. Et puis, les trouver est une chose, les convaincre en est une autre et, croyez-moi, même lorsque l'on a autant de relations et d'atouts que moi, ils restent terrés dans leurs trous de renards à pleurer sur ce qui les attend le jour où la loi leur montrera les dents...

Azami ne cacha pas son mépris. Elle fit une mou en tirant à nouveau sur sa pipe. Les médecins qui ne s'occupaient que des bourgeois la débectaient. Elle-même était passée par diverses maladies et, pour se soigner, elle n'avait pu que se tourner vers sa propre communauté ou les macs les plus intéressés. Ce n'était d'ailleurs pas pour rien qu'elle s'était établie à Chinatown.

- Comprenez-moi...Reprit-elle pour s'expliquer un peu devant Liam afin d'éviter de vexer le médecin qu'il était. La santé de mes filles m'est plus chère que ma propre vie. Je les aie recueillies, élevées, aidées, habillées, nourries...Je leur ai enseigné la survie et je leur ai offert un toit, un confort, une forme de protection. Les voir mourir d'une maladie ou d'une grossesse qu'un client refusera toujours de prendre en charge me répugne. Aussi, si j'ai fait appel à vous, c'était parce que l'urgence de la situation le demandait et que de trouver un autre médecin aurait pris un temps considérable. Entendez-moi bien...Continua-t-elle avec plus de fermeté dans son regard asiatique. En tant que client, vous êtes déjà venu prendre du bon temps ici et vous avez confié que vous étiez médecin. L'une de mes filles me l'a rappelé lorsque la jeune Evène a commencé à sentir le danger dans lequel elle était. Je vous ai fait venir en espérant de tout cœur que ce genre d'opération était autant dans vos cordes que dans votre éthique. C'était un risque, autant pour vous que pour moi, que de s'associer, mais je ne pouvais attendre, elle avait déjà eue des saignements anormaux...La perdre m'est intolérable.

Azami avait horreur de se justifier et pourtant elle le fit de bonne grâce. Liam avait le droit de savoir, après tout il avait sauvé la jeune prostituée. Mais devait-elle pour autant révéler ses faiblesses ? Elle commençait à se demander si elle n'allait pas trop loin dans ses révélations. Avec tout ceci, Liam comprendrait vite qu'Azami n'était puissante et riche qu'en apparence et que son établissement n'était qu'un magnifique trompe-l’œil dans lequel la « survie », comme elle l'avait déjà évoquée, était tout autant de mise que dans n'importe quel autre lieu de ce type. Trouver un médecin était difficile, certes, mais pas impossible lorsque l'on était riche et que l'on avait le bras long. Finalement, derrière l'urgence de la situation, la jeune Chinoise venait de lui révéler que ses relations n'allaient pas bien loin et que ses comptes n'étaient pas toujours ronds.

- Je vous ai choisi arbitrairement, Monsieur Cooper, dans l'urgence...Et je suis soulagée de voir que mon choix a été aussi chanceux que j'aurais pu l'espérer. Comme vous l'avez dis, j'étais « démunie ».

Le regard qu'elle lui jeta alors fut dur et en même temps emprunt d'une étrange mélancolie. Elle venait de dévoiler plusieurs de ses faiblesses et elle s'en voulait tout autant qu'elle lui en voulait. Cet homme avait intérêt non seulement à tenir sa langue, à l'instar de Dorian, mais aussi à continuer de la respecter malgré ces paroles.
Ses yeux de biche s'attardèrent sur son visage pendant un moment, sur ses mèches rebelles qui courraient sur son front, sur le rebondi de ses joues, sur ses lèvres, avant de descendre le long de son cou, son col légèrement froissé, ses épaules, ses mains...Azami décryptait à nouveau cet homme si mystérieux, si ambivalent. Loin d'elle la volonté de le mettre à mal ou de le gêner par cette observation méticuleuse. Au contraire, elle s'intéressait à lui sur tous les plans, c'était plutôt flatteur de son point de vue. Et puis, n'était-ce pas lui qui avait cherché à savoir, concrètement, quelques détails intimes ? Jusqu'à présent, Azami était restée distante, pour demeurer aimable, commerciale et polie, alors que lui-même avait déjà commencé à repousser les limites de la courtoisie en la questionnant comme il venait de le faire. Mais maintenant qu'elle avait donné au médecin une certaine satisfaction quant à sa curiosité, c'était à son tour d'obtenir quelques réponses...
Son regard finit ainsi par tomber sur les gants posés sur la table. Lim les avait abandonnés là depuis le début de leur entretien. Ils étaient élégants, d'un tissu soyeux et pourtant simple, mais, surtout, ils portaient, cousu sur le dos de la main, un symbole très visible : un cercle d'alchimie. Azami l'avait remarqué dès que le jeune homme les avait enlevés et posés à leur vue, cependant elle avait préféré les ignorer jusqu'à présent pour éviter tout soucis avec Dorian mais aussi par simple politesse. L'heure des questions n'était alors pas encore venue et elle savait, au fond, qu'elle en apprendrait ce qu'elle devait en apprendre en temps voulu. 
Mais maintenant qu'ils étaient seuls, dans un face à face tranquille, et que Liam semblait désirer aborder des sujets on ne pouvait plus sérieux, intimes du surcroît, la maquerelle se sentait en droit de franchir ces frontières artificielles pour qu'ils puissent fonctionner sur un véritable plan d'égalité.


- Mais je ne suis pas la seule a posséder quelques petits secrets...N'est-ce pas? Fit-elle en se penchant en avant pour prendre entre ses longs doigts diaphanes l'un des gants du jeune homme. Êtes-vous donc Alchimiste Monsieur Cooper ? Je connais ce genre de signe...même si je ne pratique pas cet art étrange... 

Maintenant qu'elle s'attardait sur cet élément, Azami commençait à se poser des questions plus pertinentes concernant le jeune médecin. Avait-il des soucis avec d'éventuels collègues ? S'était-il fait des ennemis dans ce domaine si décrié et, avait-elle compris, dangereux ? Mais ce qui préoccupait la jeune femme quant à cette particularité, c'était l'alliance entre les deux pratiques qu'il semblait maîtriser : la médecine et l'Alchimie.µ

- Avez-vous utilisé l'Alchimie sur Evène?

Le regard qu'elle lui lança à cet instant était plus froid que jamais. En vérité, elle aurait voulu que Liam joue franc jeu avec elle depuis le début. Il s'était annoncé comme médecin mais pas comme Alchimiste. Et s'il mêlait les deux pratiques, elle aurait voulu le savoir. Cela n'aurait certainement pas changé grand chose concernant leur accord mais peut-être se serait-elle d'avantage méfié ou aurait-elle pris quelques précautions supplémentaires...Dans son milieu la confiance était un luxe et elle ne songeait pas y avoir plus le droit que quiconque malgré son statut, cependant, elle avait besoin de maîtriser l'ensemble de son petit monde, pour sauver ses filles, pour maintenir son commerce. Liam avait amené chez elle le doute, ce terrible sentiment qui lui était devenu si hostile avec l'expérience et les années. L'urgence l'avait poussée à choisir cet homme contre toute prudence. Elle avait écouté les supplications de ses filles, elle avait fléchi devant le regard implorant de la jeune Evène, et elle avait dû prendre des risques qu'elle n'avait pas l'habitude de prendre et cela lui était déjà assez désagréable sans qu'elle n'aie en plus le sentiment d'avoir failli dans ses responsabilités.

Azami posa le gant sur son genoux presque dénudé et le retourna pour observer le cercle cousu dessus. Elle tira une nouvelle bouffée d'opium, laissant son visage disparaître derrière la fumée serpentine qu'elle souffla doucement entre ses lèvres vermeilles. Ses yeux suivirent les courbes du symbole avant de lever leurs paupières sur Liam.


- Je n'ai rien contre les Alchimistes, ni contre quiconque cultive ses secrets qu'ils soient en laboratoire, dans un jardin d'enfant ou dans les ruelles* de jeunes demoiselles...Mais je m'interroge à leur sujet, et donc au vôtre, si mon intuition et mes yeux ont vu juste. Vous portez ces gants sans prendre la peine de les cacher...

[*Espace entre le lit et le mur de la chambre]

Azami se pencha en avant et se rapprocha considérablement du jeune homme. Par-dessus la table basse, elle aurait presque pu le toucher de son nez.

- Et vous, Monsieur "Cooper", fit-elle en insistant sur son nom avec un sourire plein de malice, qui êtes-vous? Pourquoi accepter un tel contrat alors que vous me semblez fuir comme la peste certaines personnes et posséder plus de ressources qu'un simple scalpel et une aiguière...?
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Van Collins
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MessageSujet: Re: En dépit de ma rage, je reste comme un rat en cage [Van, Azami, Dorian] [02/04/42] Ven 7 Fév - 8:33

Il aimait son rire, cristallin et léger qui s'était mis à retentir dans la pièce. C'était une musique agréable et sans fausses notes qui était parvenue jusqu'à ses oreilles. Elle avait rit avec spontanéité et un amusement évident à sa boutade charmeuse. Peut-être avait-elle rit par habitude ou pour lui faire plaisir, mais cela n'avait pas d'importance. Elle avait rit, et son rire était charmant, c'était là tout ce qui comptait. De même que son rire, il aimait tout autant son sourire. Pas ce sourire convenue qu'elle offrait à tous ces clients, et dont elle avait d'ailleurs gratifié Mr Wickham lorsqu'il avait prit congé, mais ce sourire vrai et spontané qu'il avait put apercevoir. Celui-là même, qu'elle lui avait adressé lorsqu'il l'avait questionné sur les étranges pliages de papiers qui reposaient sur la table basse, et qu'elle avait alors désigné sous le terme d'origami. Il aimait aussi beaucoup ses petites allusions et ses jeux de mots. Elle n'était pas dénuée de répartie et encore moins d'esprit. Sa compagnie était des plus agréables et à son tour, elle n'avait pas manqué de le faire sourire à plus d'une reprise.

Ce qu'il appréciait beaucoup moins par contre, c'était les senteurs âcres de l'opium qui se dégageaient de sa pipe et qui commençaient à envahir la pièce, tout comme son esprit. Une odeur qui lui montait désagréablement à la tête mais qui paradoxalement le détendait, bien malgré lui. A moins, qu'il ne s'agisse, non pas des effets de l'opium, mais de la magie de cette femme mystérieuse qui avait du perdre plus d'un homme..  

Ce qu'il aimait encore moins que cette odeur qui le dérangeait et embrumait son esprit, c'était le regard noir qu'elle lui avait lancé lorsqu'elle lui avait demandé s'il avait eut recours à l'alchimie pour délivrer Evène.

L'alchimie.

Au vu du ton lourd de reproche qu'elle venait d'employer, il sonnait comme une évidence, qu'elle n'était pas l'une de leur plus ferventes partisanes. Mais elle n'était pas la seule, selon toute vraisemblance, Lord Wickham non plus, ne semblait pas les apprécier. Bien que son comportement à lui était fort différent de la simple animosité, comme il pouvait la lire actuellement sur le visage de la belle asiatique.

Comment en étaient-ils arrivés là déjà ?

….

Depuis que Lord Wickham était parti, l'atmosphère s'était quelque peu détendue. Non pas que le jeune homme ait fait quoique ce soit de déplaisant, mais Van ne s'était pas sentit particulièrement à l'aise en sa présence. Bien sur, il en allait de son fait. Van n'avait plus l'habitude de fréquenter du monde. Une personne c'était bien, deux, c'était déjà de trop. Son cercle de fréquentation c'était quelque peu restreint depuis un an, il était pour ainsi dire, quasi inexistant. Mais plus que cela, ce qui le dérangeait, fut sans nul doute, qu'il avait parlé librement de l'opération qu'il venait de pratiquer sur Evène, alors que cette dernière était prohibé par la loi. Jamais il n'en n'aurait fait cas, s'il avait pu imaginer qu'il n'était pas seul avec Azami. Selon la maquerelle, Dorian saurait tenir sa langue, s'il ne voulait pas la perdre... la menace était claire, pourtant, il la trouvait étonnement sur d'elle. Le connaissait-elle si bien pour se permettre une telle affirmation ? Peut-être, effectivement, n'irait-il pas crier ce qu'il avait surprit sur les toits, mais une indiscrétion, une parole malheureuse lâché sous les vapeurs de l'alcool, ou sous le coup de l'euphorie du moment, étaient autant de probabilités qui pouvaient tous deux, les mettre à mal. A ce qu'il avait pu en juger, ce jeune jouvenceau était un noble et comme tout ceux de sa condition, Van les jugeait sévèrement, puisqu'ils étaient la plupart du temps, aussi volages que futiles, bien incapables de tenir le moindre secret. De secret, c'était de toute évidence sur cela que Azami comptait pour le voir tenir sa langue. A en croire ses sous-entendus, ce jeune noble  n'était visiblement pas exempt de tout reproche lui non plus. Il semblait être un accoutumé de la maison, et pas uniquement pour le seul charme de ses pensionnaires.
Mais Van le soupçonnait de secret encore plus grand....  Et s'il ne faisait pas erreur, si son intuition était bonne, alors lui couper la langue, comme Azami menaçait de le faire, ne serait guère efficace, puisqu'elle repousserait aussitôt. Car oui, il le soupçonnait de ne pas être humain.
L'ancien alchimiste avait noté chez lui une nervosité grandissante depuis qu'il était arrivé. Après avoir mit sa réaction sur le compte de sa présence qui aurait grandement put le déranger dans ce charmant tête-à-tête qu'il avait interrompu, il avait rapidement comprit que c'était lui-même qui avait déclenché ce comportement chez le noble. Il ne faisait pas parti de ses connaissances, il en était quasiment sur, mais ses gants, ses gants qu'il avait posé négligemment, pour ne pas dire stupidement, sur la table basse d'Azami, avait attiré son attention. Et pour cause, il y avait brodé des cercles de transmutation alchimique qui lui permettait d'en avoir l'usage immédiat en cas de problème. Il les avait toujours sur lui, s'était devenu une habitude, si bien qu'il n'y prêtait plus vraiment attention, et c'est ce qui l'avaient trahit, non seulement aux yeux d'Azami mais surtout aux yeux de Wickham, qu'il soupçonnait à présent, d'être une créature alchimique. Pour quelle autre raison, sinon, aurait-il prit la fuite aussi précipitamment après les avoir vu ? Mais il était tout aussi probable qu'il se trompait, et que cet homme avait tout simplement eut quelques problèmes avec un alchimiste d'Etat. Car seuls des alchimistes d'Etat pouvaient vous inspirer la peur qu'il avait pu lire dans son regard. Il n'aurait pas été le premier et ne serait surement pas le dernier à être dans ce cas.

Quoiqu'il en soit, il aurait tout le temps de mettre à jours ses soupçons, si l'envie lui prenait, (et il se connaissait parfaitement pour savoir qu'elle lui prendrait très rapidement) puisqu'il savait désormais où le trouver. Pour l'heure, il était en agréable compagnie, et n'allait pas la gâcher en pensant à une autre personne. Un homme de surcroit.
Sa compagnie était des plus agréables, certes, du moins, jusqu'à ce qu'il se retrouve dans une position qu'il qualifierait d'inconfortable. En effet, la maitresse de maison avait décidé d'inverser les rôles, et de le soumettre à son tour à ses questions. Et, à vrai dire, il préférait de loin lorsque c'était Azami qui répondait aux siennes. En effet, être soumis aux questions d'une personne qui était capable de lire en vous comme dans un livre ouvert n'était pas forcement très agréable, car rien ne lui échapperait. Elle était rusée, observatrice et perspicace. En résumé, elle était redoutable.

Toutefois, ce n'était qu'un juste retour des choses, car lui-même l'avait interrogé alors qu'il venait d'esquiver habilement les questions de la jeune femme. Chose qu'elle n'avait pas  manqué de lui faire remarquer avant de finalement s'y soumettre de bonnes grâce. Van avait été amusé par sa remarque. Elle n'était pas idiote, et ne s'était pas laissée prendre à son petit jeu. Du moins, pas totalement. A force de les fréquenter, Van avait remarqué que les gens aimaient parler d'eux en général, et ceux qui n'aimaient pas ça, étaient des personnes qui avaient des choses à cacher.  Lorsqu'on lui posait des questions qu'il jugeait trop personnelles ou indiscrètes, il s'en sortait toujours par une belle pirouette avant de dévier la discussion sur la personne qui venait de l'interroger. C'était sa façon à lui à de se protéger, de se défendre, et en général ça fonctionnait plutôt bien. Car lorsqu'il s'agissait de parler d'eux-mêmes, les gens se montraient intarissables, et en oubliaient ensuite de le questionner, ce qui l'arrangeait outre mesure.
Mais la belle asiatique n'était pas dupe, même si elle jouait le jeu pour le moment, elle avait comprit son petit manège et il se doutait bien, qu'elle finirait par lui renvoyer la balle.

Avant de commencer son récit, comme pour y trouver un certain réconfort, elle avait tiré sur sa pipe puis avait plongé son regard dans le sien. Son médecin habituel avait visiblement périt suite à une altercation qui avait mal tourné. Son corps avait été retrouvé dans l'une des ruelle de l'East End, et de toute évidence, l'alcool n'était pas étranger à ce drame. Azami avait qualifié cette histoire de regrettable.  Le terme stupide aurait, de son point de vu, était plus approprié. Néanmoins, il se garda bien de tout commentaire, même si son regard avait forcément parlé pour lui.
Voilà où la consommation abusive d'alcool pouvait vous conduire. Certains voyaient dans sa consommation une confidente, un réconfort, une échappatoire à leurs soucis, réalité ô combien utopique ! Ce n'était qu'une fuite en avant pour mieux être rattrapé par la réalité une fois dégrisé.
C'était aussi un excellent moyen de se tuer à petit feu quand on ne vous tuait pas avant avec sa complicité sournoise. L'alcool n'est que vice. Vous pensez qu'elle vous apaise mais ce n'est que le temps d'un éphémère moment. Loin de vous soulager elle ne fait qu'amplifier votre misère et lorsque vous vous en apercevez, il est trop tard pour vous arrêter. Tour à tour, elle vous enlève votre dignité, votre vie sociale, votre existence, avant que votre corps, ne suive et ne soit plus qu'une épave. C'est alors la déchéance complète.
Ces hommes qui finissaient dans le caniveau, une bouteille à la main, ne sont que des lâches et des faibles qui ne savent pas affronter leurs problèmes. Ils n'ont aucune estime d'eux-mêmes, et ce n'était pas lui, qui en aurait pour eux.

A ce qu'il put en juger par la grimace désapprobatrice qui était apparut sur le visage d'Azami, Van nota qu'ils avaient en commun une certaine aversion pour les ivrognes ainsi que pour les petits bourgeois empêtrés dans leurs confort et leurs richesses, qui ne se risqueraient surtout pas à salir leurs blanches mains dans le bourbier des miséreux pour leur venir en aide.

Ces médecins avaient de toute évidence oublié la fonction première de leur profession, qui était de soulager leurs patients, quels qu'ils soient, de leur maux. Peu importait, qu'il s'agisse de la reine Victoria elle-même ou du lépreux qui gisait en bas de la ruelle. Tous méritaient le même traitement, les mêmes égards. Mais de cela, très peu s'en rappelait. Seul comptait le prestige que leur nouveau statut leur apportait. Rien ne l'écoeurait plus que ces hommes qui tournaient le dos à la souffrance d'autrui parce qu'ils n'étaient pas assez bien pour être ausculté ou parce que ces gens n'avaient pas de quoi les rémunérer. Ces hommes qui prêtaient le serments d'Hippocrate n'étaient en réalité que des hypocrites qui ne pensaient qu'à se remplir les poches.

Les confidences d'Azami, concernant les raison de son choix qui l'avait poussé à s'adresser à lui, allèrent bien au-delà d'une simple réponse, et, il devait reconnaître, que ça le surprit ; il ne s'attendait pas à ça de sa part. D'ailleurs la jeune femme sembla, elle aussi, s'être rendue compte un peu tardivement de la portée de ses propos. Van leva son regard sur elle, intéressé par ses aveux, mais sans pour autant porter le moindre jugement. Il put lire dans son regard tranchant qu'elle détestait cet état de fait. S'avouer ainsi impuissante, face à une situation donnée. Personne n'aimait ça, mais elle en particulier. Elle n'aimait pas dévoiler ses faiblesses, c'était une femme fière et indépendante, qui ne devait rien à personne mais qui, au final, n'était pas aussi invulnérable qu'elle voulait bien le laisser croire. Malgré tout, contrairement à ce qu'elle prétendait, elle était loin d'être si démunie. Elle avait de la ressource, et une force de caractère peu commune, pour affronter les aléas de la ville. Elle n'était pas de celles qui se laissaient abattre par l'adversité. Si elle ne l'avait pas trouvé lui, elle aurait trouvé quelqu'un d'autre, mais elle serait parvenue à se débrouiller, il n'en n'avait le moindre doute. Décidant de faire l'impasse sur ce qui avait contrarié Azami, il décida de lui répondre non sans humour.


- Je suis déçu, moi qui pensais que ma réputation m'avait précédé, fit-il en prenant une mine faussement affligée avant de lui sourire. Il faut croire que nous avons eut de la chance tous les deux.

Il soutint son regard lorsqu'il la sentit le parcourir minutieusement de ses yeux, comme il l'avait fait avec elle un peu plus tôt. C'était à ce moment précis que les rôles s'étaient inversés. C'était à nouveau à son tour de passer aux aveux, et cette fois, il savait qu'il n'y échapperait pas à l'aide d'une simple pirouette. Le regard de la jeune femme s'était fait plus pénétrant, comme si elle était décidé à passer aux choses sérieuses. Et son entrée en matière lui donna raison puisqu'elle lui fit clairement comprendre qu'elle n'était pas sans ignorer que lui aussi avait des secrets. Face à cette affirmation, il fronça légèrement les sourcils sans la quitter du regard. Des secrets, il en avait plusieurs à vrai dire, le tout était juste de savoir, lequel, elle pensait avoir deviné.

- Qui n'en possède pas ? Lui avait-il demandé pour l'encourager à poursuivre.

Lorsqu'il vit ses longs doigts diaphanes, aux ongles parfaitement entretenues, se pencher en avant pour se saisir de l'un de ses gants, il comprit, où elle voulait en venir. Stupide, oui, pesta-t-il intérieurement contre lui-même. Il avait vraiment manqué de vigilance ce soir.
Azami observait le tissu noir et délicat avec une attention toute particulière. Il était intéressant d'observer les traits de son visage à cet instant précis, alors qu'elle était concentrée. Ses sourcils s'étaient légèrement plissés et son visage, si détendu jusque là, venait de revêtir un masque qui se fermait à toute émotion, seule une certaine tension pouvait se deviner. Le doute, et la crainte étaient entrain de s'insinuer en elle comme un poison lent mais efficace. La question ne tarda pas à tomber, et elle lui demanda s'il était alchimiste. Van ne répondit rien, préférant garder le silence. De toute manière à quoi bon ? Cette question ne nécessitait absolument aucune réponse puisqu'elle  connaissait parfaitement la réponse. Nier l'évidence aurait été une insulte à l'intelligence de la jeune femme. Tout en buvant une gorgée de thé, sans cesser de l'observer, il put constater qu'elle était entrain de réaliser tout ce que cette nouvelle information en sa possession pouvait impliquer. Comme par exemple, le fait qu'il ait pu en faire usage sur l'une de ses protégées....

…...

Et c'est ainsi, à cet instant précis que la jolie paire d'yeux noisettes qui le détaillait avec intérêt, quelque minute plus tôt avait laissé place à un regard noir et inquisiteur. Oui, décidément, il n'aimait pas beaucoup ce regard-là.

Le regard qu'elle lui lança à cet instant était plus froid que jamais. Elle affichait clairement sa désapprobation. Il n'en fut cependant pas déstabilisé pour autant et soutint son regard sans fléchir, par dessus la tasse qu'il portait à ses lèvres. De toute manière, même si c'était le cas, même si, comme elle le redoutait, il en avait fait usage sur Evène, elle ne pouvait désormais plus rien y faire. Les yeux olives s'étaient fait plus dur, et l'observèrent, comme si à son tour, il cherchait à percer ses secrets. La belle asiatique avait de vagues connaissances concernant l'alchimie, mais elle en savait déjà plus que la plupart des gens. Tout d'abord, elle était capable de repérer des cercles de transmutations, ce qui n'était pas donné à tout le monde. Mais bien que ses connaissances restaient sommaire, elle en savait suffisamment pour ne pas ignorer que les alchimistes étaient capables de l'utiliser dans la pratique de la médecine, du moins, dans une certaine limite. L'alchimie était une science merveilleuse, il était le premier à le revendiquer, malheureusement, elle ne pouvait résoudre tous les maux. Refermer des plaies, cautériser, ressouder un os casser, oui, ça il en était capable, mais pour le reste, c'était encore un domaine inexploité qui ne demandait qu'à être découvert. Toutefois, sans cobaye, c'était un peu difficile de progresser. Ce domaine était délicat car il touchait au corps humain, et s'il avait outrepassé ce tabou par le passé, aujourd'hui, il ne voulait plus en entendre parler, parce qu'une part de lui-même était terrorisé à l'idée de se perdre à nouveau dans les ténèbres.

- Non. Répondit-il calmement, en rompant enfin le silence tendu qui s'était installé entre eux, tout en reposant sa tasse vide, sur la table basse. Je n'ai pas fait usage de l'alchimie sur Evène. Toutefois, fit-il en relevant le regard sur elle pour la regarder droit dans les yeux, s'il y avait eut des complications, si elle avait fait une hémorragie, croyez bien que je n'aurais pas hésité à en faire usage un seul instant, même si cela devait vous déplaire. Je vous rejoins sur un point, je ne veux pas, moi non plus, voir mourir l'une de vos filles, ni qui que ce soit d'autres. Et pour cela, je suis prêt à mettre tous les moyens qui sont à ma disposition pour y parvenir.

L'odeur de l'opium se fit plus lourd dans la pièce, mais la tournure que prenait la conversation, lui permirent d'en faire abstraction et de rester concentrer. Il avait bien sentit une certaine hostilité émaner d'elle, à cette simple idée. Avait-elle été confronté à des alchimistes mal attentionnés ? Ou était-ce tout simplement la peur de l'inconnue qui semblait la rendre si réfractaire, à son domaine de prédilection ?  Comme si les questions qu'il se posait pouvait se lire sur son visage, toute hostilité disparu de son visage et elle lui confia qu'elle n'avait rien contre les alchimistes, mais à dire vrai, il en doutait.
Comme pour lui donner tort, Azami se pencha en avant, diminuant désormais la distance qui les séparait à quelques petits centimètres à peine. Il pouvait sentir son  parfum, et le souffle de sa respiration caresser la peau de son visage. Son regard, plongé dans le sien, pétillait d'une lueur malicieuse. Loin de voir sa curiosité satisfaite, elle enchaina en lui demandant quelles étaient les raisons qui l'avaient poussé à accepter ce travail. Ce n'était pas tant la question qu'elle lui avait posé qui avait attiré son attention, mais plutôt la manière qu'elle avait eut de prononcer son nom. Elle avait appuyé sur chacune de ses syllabes, en trainant légèrement, dans un sourire plein de sous-entendu et de ruse. Une manière discrète de lui faire comprendre, sans avoir à le dire, qu'elle n'était pas sans ignorer que Liam Cooper n'était pas sa véritable identité. Quelle preuve avait-elle ? Venait-elle de jouer un coup de poker en prêchant le faux pour obtenir le vrai ? Il doutait fortement qu'elle sache qui il était réellement. Elle était rusée et elle avait choisit de faire confiance à son intuition. Il lui rendit son sourire tout en se rapprochant vers elle. Leurs visages se frôlaient presque désormais et leurs lèvres n'étaient plus qu'à quelques centimètres l'une de l'autre. Son visage était vraiment parfait. Sa bouche si bien dessinée, ses yeux insondables en amandes parfaitement fardés, ses cils recourbés, la délicatesse de son menton... Lentement, il glissa son index sous le menton de la jeune femme qu'il souleva légèrement afin que leurs regards soient à la même hauteur.

- Je vais vous donner votre premier cours d'alchimie, répondit-il dans un sourire. La loi de l'équivalence. C'est la base de tout. Nous pouvons transformer n'importe quel matériaux en un autre du moment qu'il a la même masse ou la même valeur. Sans quoi, nous encourons des risques qui ne sont pas négligeables, comme des explosions, ou de graves défauts majeurs...Je trouverais regrettable que notre entente souffre de ce genre de défauts. Vous avez répondu à mes questions, en toute franchise, je ferais donc de même.

Sa main quitta son visage et après un dernier sourire, il se recula pour se mettre un peu plus à son aise sur les pouffes

- A la question qui suis-je, je vous répondrais que, tout ce que vous avez besoin de savoir sur moi, c'est que je pratique la médecine sans en avoir le droit. Je n'ai peut-être aucun diplôme mais je peux prétendre sans rougir que je suis probablement aussi doué dans ce domaine que ces cols blanc qui officient dans le meilleur cabinet de la ville. Ce que vous devez aussi savoir c'est que je suis quelqu'un de confiance. J'ai bien conscience que la confiance ne s'acquière pas comme ça et se mérite, moi-même, je ne la donne pas aisément, mais soyez assuré que je ne vous ferais jamais de mal, ni à vous, ni à vos filles. Jamais je ne vous trahirais, ce qui se passe ici, restera entre vous et moi, et vous pouvez compter sur moi, si le besoin devait à nouveau s'en faire sentir, et si bien entendu, vous le souhaitez. Pour ce qui est de ma rémunération, je m'arrange toujours avec les personnes et ce qu'elles peuvent me donner. Je demande en premier lieu de l'argent, mais je peux me contenter d'un toit où dormir, d'un repas, d'un service... tout dépend de ce que l'on a m'offrir.
A votre question pourquoi ? Je répondrais, que je fais parti des rares qui ne se cachent pas dans leur terrier,
fit-il en levant sur elle un regard espiègle, en faisant bien sur référence à sa propre remarque sur les pleutres. Je suis médecin, bien que je n'en possède pas officiellement le titre, je ne refuserais jamais d'aider quelqu'un qui m'en fait la demande, même si pour cela, je dois aller contre la loi. Je ne vois pas pourquoi j'aurais refusé d'accéder à votre requête. J'en avais les compétences, je savais que je pouvais le faire, c'était un travail qui me permettait de gagner beaucoup d'argent, et cela n'allait absolument pas à l'encontre de mon éthique, bien au contraire.

Il prit une courte pause sans cesser d'observer ses réactions avant de reprendre.

- Je suis ce qu'on peut appeler, un néomalthusien. Je ne sais pas si vous avez déjà entendu parler de ce courant mais pour résumer, un théoricien anglican du nom de Malthus a étudié la croissance démographique qui, selon toute état de chose est grandement supérieur à la production alimentaire. Afin d'éviter les famines que pourrait engendrer la surpopulation, il requiert quelques solutions à laquelle je n'adhère absolument pas, comme l'abstinence, railla-t-il dans une moue qui ressemblait plus à une grimace amusé qu'à toute autre chose. Je ne suis pas un moine et, de mon point de vu, c'est tout à fait contre nature. Par contre, les néomalthusiens, dans lesquels je me retrouve, font de cette limitation des naissances un droit et un devoir humain tout en proposant d'autres solutions que l'abstinence ou le mariage tardif. Eux, ce qu'ils réclament c'est un contrôle des naissances grâce à des moyens contraceptifs en usage et, à l'avortement. La loi contre l'avortement est absurde tout autant que l'abstinence. Je pars du principe que les femmes doivent pouvoir agir sur leur corps comme elles l'entendent. De plus, il y a assez d'enfants malheureux dans nos rues, sans en voir d'autres naître encore et encore pour être sacrifiés sur l'autel de la piété et des biens pensant ! Ces personnes  prennent des décisions sans être confronté à la réalité, à notre réalité ! A quoi cela sert-il d'encourager les femmes à enfanter si c'est pour voir ensuite ces mêmes enfants mourir de faim, devenir de la chair à canon, ou faciliter l'exploitation patronale de ces maudits bourgeois ?!

Bien malgré lui, un éclaire de fureur passa dans son regard lorsqu'il fit référence à l'exploitation patronale. Lorsqu'il pensa à ces maudits bourgeois qui n'hésitaient pas à profiter de la misère des classes laborieuses en exploitant le travail de leurs enfants, qu'ils rémunéraient pour une bouchée de pain. Que ce soit dans les usines de textiles ou dans les mines, ces enfants étaient les nouveaux esclaves de cette époque.
Colleen, Abigael, Matt.... Il aurait été préférables qu'ils ne naissent jamais si c'était pour ne connaître qu'une vie misérable et finir dans de si atroces souffrances. Penser à cela lui donnait juste envie de décharger toute sa frustration et sa fureur sur tous ces maudits bourgeois qui faisaient travailler les enfants comme des bêtes de sommes. Mais il devait se rendre à l'évidence, ce n'était pas ainsi qu'il ferait changer les choses, et il était bien placé pour savoir que la colère était une très mauvaise conseillère. La raison chassa la rancœur que cette simple évocation avait fait remonter en lui, aussi put-il reprendre avec calme la suite de son plaidoyer.


- Et puis cette loi contre l'avortement est stupide. Elle encourage les pratiques illégales plutôt que de les réfréner avec leurs menaces. Car ceux qui ont peur, sont justement ceux qui en ont les capacités, alors que, au contraire, ceux qui n'ont rien à perdre y voient là l'opportunité d'un commerce juteux. Tout ce qui est prohibés devient aussitôt une affaire très prolifiques dès lors que l'on sait un peu y faire et les charlatans apparaissent comme de la vermine.

A présent, il était temps de laisser derrière lui, les sujets qui fâches et d'aborder un dernier point. Un point bien plus passionnant : L'alchimie.

- Concernant l'alchimie, commença-t-il, je ne vois pas pourquoi je vous en aurais parlé. C'est en tant que médecin que vous m'avez approché, et que je vends mes services, pas pour autre chose. Je ne sais pas ce que l'on vous a raconté, ou ce que vous pensez savoir concernant l'alliance de ces deux disciplines, mais vous devez savoir que faire usage simultanément de la médecine et de l'alchimie est quelque peu hasardeux. Nous n'avons pas assez de connaissances sur ce sujet pour aller au-delà de la simple cautérisation. Toutefois, je reconnais, qu'il m'est arrivé d'avoir eut recours exceptionnellement à l'alchimie pour sauver la vie d'une gamine qui devait avoir une douzaine d'années tout au plus. Les plaies qu'elle portait sur le corps étaient si béantes,... expliqua-t-il en mimant d'un geste de la main les blessures qu'elle portait.

Son regard s'était alors voilé, perdu dans un souvenir pas si lointain, et qui devait remonter à 4 ou 5 mois tout au plus.

Van se revoyait, avançant dans l'une de ces ruelles pavés, abandonnée et mal éclairée de ce grand quartier ouvrier qu'était Bethnal Green et qui se trouvait à l'Est de la Tour de Londres. Il se souvenait également très bien de la fraicheur de la nuit parce que la veille, il l'avait passé dehors, sous un pont et qu'il avait gelé. Au début, le froid l'avait décidé à rejoindre l'un de ces trop rares refuges pour sans-logis mais la présence de quelques brigadiers venus refouler le trop grand nombres de malheureux, l'en avait dissuadé. Ce soir là, il marchait sans but précis, depuis des heures, éclairé par le clair de la lune qui baignait en partie la ville de sa lumière spectrale. Ce fut ainsi qu'il la découvrit, par le plus grand des hasards, au détour d'une ruelle. Elle était agonisante, étendue dans son sang, à demi-consciente. Depuis combien de temps gisait-elle là, dans cet état avant qu'il ne la trouve ? Au vu de ses blessures, et de la quantité de sang qu'elle venait de perdre, il l'estima à 5 ou 7 minutes tout au plus. Sa première réaction fut d'observer les alentours avec méfiance prêt à se défendre au cas où l'agresseur serait toujours dans les environs, mais de toute évidence, il n'y avait personne, du moins, il ne perçu aucune présence alentours. Il se précipita alors sur la fillette qui était entrain lâcher son dernier souffle. Les blessures qui lacéraient son corps étaient profondes et nombreuses. Il avait vu beaucoup d'horreur dans sa vie, mais cette vision-ci, dépassait de loin, ce qui lui avait été donné de voir jusqu'à présent.

- Je ne sais pas qui lui a infligé ces blessures, ni avec quelle arme il a pu procéder. Je n'avais jamais vu ça... On aurait dit qu'elle avait été la proie d'un animal sauvage, mais ça, ce n'était pas possible. Les plaies qui la recouvraient n'auraient jamais put être fait par un animal. C'était un homme un peu plus grand que moi à en juger par l'angle des coups portés... Lorsque j'ai réalisé que je ne pouvais rien faire pour elle, j'ai décidé d'avoir recours à l'alchimie. Grace à elle, ses plaies ont pu se refermer, et le rythme de sa respiration était redevenu normal. J'ai essayé d'établir le dialogue avec elle pour savoir ce qu'elle avait vu et qui lui avait fait ça mais elle n'a pas put me donner de réponse, du moins, pas dans une langue que je comprenais. C'était une petite émigrée, qui venait probablement de débarquer puisqu'elle ne parlait pas un mot d'anglais. J'ignore d'où elle venait, ni même si elle avait encore des parents. J'ai du lui faire peur car elle s'est sauvée presque aussitôt.

Il releva son regard sur elle, le voile opaque qui avait recouvert ses yeux avait disparu. Il n'était plus plongé dans ses souvenirs, il était revenu à la réalité.

- Je n'avais pas d'autres moyen que de recourir à l'alchimie pour lui sauver la vie. Mais c'est quelque chose que j'évite dans la mesure du possible. Comme vous l'avez deviné je n'aime pas attirer l'attention sur moi, alors un médecin qui pratique l'alchimie, c'est un peu trop hors du commun pour passer inaperçu. Vous savez, fit-il en joignant ses mains devant son menton, il ne faut pas avoir peur de l'alchimie. Ce n'est pas l'alchimie qui est dangereuse mais plutôt l'usage que peuvent en faire les hommes.

Et de cela, il était on ne peut mieux placé pour le savoir. Il s'était servit de l'alchimie pour faire des expériences abominables sur des êtres humains. Des êtres humains qui ne méritaient pas de vivre, certes, et pour lesquels il n'avait aucune compassion, mais au fond, qui était-il pour les juger ? La victime s'était transformé en bourreau et en agissant comme eux, il s'était rabaissé à leur rang et était devenu un monstre. Il était même pire, car il avait éprouvé un plaisir malsain à faire ses recherches, que la morale aurait condamné, en les voyant souffrir et en entendant leurs hurlements résonner dans cette pièce qui fut leur dernière demeure. Chassant ces visions de son esprits, il leva son regard sur Azami

- Ai-je répondu à vos questions ?

Dire que Van était réservé était un euphémisme. Il ne parlait jamais de lui, et détestait se dévoiler, surtout devant une personne qu'il ne connaissait pas ou du moins dont il était entrain de faire la connaissance. Pourtant il avait répondu à Azami avec la même franchise dont elle avait fait preuve, tout en parvenant à ne pas trop se dévoiler, du moins, l'espérait-il.

- Et vous alors, enchaina-t-il, je constate que vous vous y connaissez un peu en alchimie. Auriez-vous un alchimiste parmi vos protecteurs ? Ou... dans vos connaissances. Peut-être est-ce même une personne qui ne vous à pas laissé un bon souvenirs et dont vous vous méfiez vu votre réaction. Est-ce que je me trompe ?

Avait-elle des alchimistes dans son entourage direct ? Voilà une information qui lui paraissait capitale. Et puis, pourquoi lui paraissait-elle aussi méfiante envers eux ? Il n'allait peut-être pas tarder à le découvrir...
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Azami Monoko
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MessageSujet: Re: En dépit de ma rage, je reste comme un rat en cage [Van, Azami, Dorian] [02/04/42] Dim 16 Fév - 23:20

L'opium...Une merveille extatique qui plonge l'être tout entier dans une douce sensation de rêverie. Une sombre main qui vous enveloppe d'un onirique coton fait de fumée...Une drogue capable d'engourdir les sens, de mener à la plus sublime des voluptés d'une simple bouffée...

Cela faisait déjà plus de treize ans qu'Azami avait appris à consommer l'opium sous toutes ses formes. Sa préférée restait celle qui consistait à le fumer, tranquillement, dans une longue pipe sculptée. Lorsqu'elle ne s'occupait plus de ses clients et qu'elle prenait le temps de s'assoupir elle-même dans quelques plaisirs, elle dosait toujours avec soin ce produit exotique, venu de son pays natal, afin de rester maîtresse de ses mouvements et de sa tête tout en jouissant de ses qualités, si qualité cela pouvait bien être. Elle l'appréciait pour ses dons de réconfort et la pointe d’excitation qu'elle offrait au bout d'un certain temps d'activation dans le corps. La maquerelle était devenue maîtresse dans l'art de manipuler ce type de substance nocive en plus d'avoir eu une "éducation" sexuelle à toute épreuve. Le vice et l’appât du gain suintaient aux creux de ses lèvres et de ses hanches. Sa bouche soufflait la fumée empoisonnée aussi bien qu'elle murmurait sur l'épiderme les plus attrayantes diableries...

Ce soir, elle était avec un client, dans sa chambre, et la dose qu'elle venait de bourrer dans son malicieux instrument était un peu plus forte que d'habitude. Son but ? Envahir l'espace de sa fumée et toucher le malheureux imprudent qui siégeait devant elle. Ce n'était pas la première fois qu'elle agissait de la sorte pour piéger le désiré. Après une petite heure, le client était toujours plus facile à manipuler. Souvent, les langues se déliaient soudainement, les gestes aussi, parfois les envies faisaient même surface...C'était amusant et stratégique. Son antre était un lieu de perdition dans bien des sens, une toile tendue dans un recoin de la capitale, et elle en était l'araignée.
Liam Cooper venait de s'y faufiler, tel un moustique en quête de nouveauté. Il ne souhaitait ni boire du saké, ni goûter aux plaisirs de la substance interdite, mais elle allait y remédier tout doucement. Elle fumerait assez pour étourdir ses sens en tant que fumeur passif car, contrairement à d'autres moins intéressants et plus évident à écarter de ses petits papiers, cet homme lui était non seulement utile mais également assez mystérieux pour que la maquerelle désire pousser plus avant leur relation. Elle était curieuse et surtout méfiante vis à vis de ce jeune docteur. D'ailleurs elle doutait maintenant de sa profession aussi violemment que l'on pouvait douter en la voyant qu'elle puisse être une fille de bonne famille. Pourquoi ce doute ?
Il s'était annoncé comme un médecin clandestin, avorteur des petites gens, un homme apparemment plus préoccupé par le bien-être d'autrui, ou au moins par l'argent, que par sa propre vie. Son humour sur sa « réputation » avait fait sourire la Chinoise. Une réputation dans le royaume souterrain ? Pourquoi pas ? Elle en avait bien une de son côté...Entre hors-la-loi l'entraide semblait préférable. D'ailleurs, Evène avait été avortée sans mal, sinon son personnel l'aurait déjà prévenue de complications désagréables, et Liam acceptait volontiers de prendre une tasse de thé en sa compagnie alors qu'il aurait pu retourner se terrer chez lui ou dans un autre établissement pour profiter de sa bourse. Que demander de plus ? Ils ne se connaissaient pas encore, certes, mais n'avait-il pas exécuté la tâche qui lui avait été confiée avec brio ? Ne venait-il pas d'être payé ? Tout aurait dû fonctionner sans que le poison de la méfiance absolu ne puisse venir ronger ce conte...

Mais Liam était aussi un Alchimiste. Ses talents n'avaient pas encore été révélés jusqu'à présent et cette information, des plus capitales dans la situation présente, avait pris la forme d'un mensonge aux yeux de la maquerelle. Ses gants, objets silencieux, avaient malheureusement parlé pour lui. Avec leurs symboles circulaires plein de motifs alchimiques, ils avaient éveillé le doute chez la belle Chinoise et elle comptait désormais qu'il lui rende des comptes. L'omission de cette pratique aurait pu paraître personnelle et sans conséquence sur leur petite entreprise secrète, mais Azami restait méfiante, cruellement méfiante, face aux Alchimistes et cet homme venait d'avoir la vie d'une de ses filles entre les mains, ce n'était pas rien ! Cela s'était joué avec le concours de la chance et c'était une des rares fois où elle n'avait pas pu maîtriser la situation. Cela avait été humiliant et dangereux. Aussi ne comptait-elle certainement pas l'avoir payé pour quelques sourires et l'assurance d'une bonne réussite de son opération s'il lui cachait des méthodes peu conventionnelles...Elle voulait être certaine qu'il ne l'avait pas dupée.

Le visage de l'Achimiste s'était bel et bien raidit lorsqu'elle avait dirigé ses longs doigts d'albâtre vers les indices de sa profession cachée. Azami n'aimait pas cela. Pourquoi se crisper de la sorte ? Décidément les Alchimistes étaient toujours emplis d'un mystère qui la dérangeait au plus profond d'elle-même. Qu'ils soient officiels ou non, ils avaient cette fâcheuse tendance à tenter de dissimuler leurs expériences ou de les coder. Que trafiquaient-ils donc avec cette forme de magie ? ...ou de science, peu importe... Jusqu'où pouvaient-ils aller ? L'idée même d'allier cet art qui lui était en partie étranger avec la médecine pour soigner ses filles retournait l'estomac de la maquerelle. Que devait-elle faire s'il s'avérait qu'il l'avait utilisé de la sorte ? Devait-elle simplement le renvoyer par crainte de danger supplémentaire ou avait -elle plutôt intérêt à le faire revenir devant Evène pour s'assurer qu'il ne lui avait pas trafiquer le corps n'importe comment ? La vision de ses gants l'avait figée. Elle, qui était partie pour apprécier cette soirée autrement plus galamment, se sentit dans l'obligation de mettre en lumière certains points forts désagréables.

La Chinoise avait déjà rencontré des Alchimistes dans sa vie. Sa profession lui avait en effet fait voir beaucoup de monde en une trentaine d'années et ses informateurs étaient toujours plus nombreux dans les ruelles et les établissements peu fameux. Mais plus encore, elle avait déjà eu dans sa couche des nobles en perdition, des soldats, des hommes dont personne n'aurait soupçonné la débauche à la nuit tombée. Ainsi avait-elle pu approcher des Alchimistes d’État, quelques hauts gradés de l'armée, des aristocrates déchus et même un lord. Ce n'était pas sans raison qu'Azami avait réussi à maintenir son établissement en pleine guerre de l'opium...Elle avait eu le soutien de quelques puissants avides de ses charmes, de ses drogues et de son réseau d'informations.
Elle connaissait donc quelques secrets en rapport avec cet art mystique et c'était bien assez pour qu'elle sache qu'elle devait s'en méfier comme de la peste...
L'Alchimie sur les corps était censée être interdite, elle le savait, mais beaucoup la pratiquaient en secret. C'était souvent pour tester leurs limites, pour jouer avec les fluides vitaux, avec les os, les carcasses de pauvres damnés ou des animaux...C'était se prendre pour un dieu, un créateur, un marionnettiste. L'un de ces fous ne lui avait-il pas révélé qu'il avait réussi à mélanger un chat et un rat ? C'était immonde, contre-nature...Azami ne pouvait pas laisser ce genre de pratique se servir de ses filles comme cobayes, quelles qu'en soient les circonstances.

Un regard noir, une pointe de sarcasme...Liam avait inévitablement remarqué qu'Azami avait changé d'opinion à son sujet et qu'elle lui demandait maintenant de lui rendre des comptes. Elle venait de laisser sa langue fourchue susurrer une mise en garde dans son ton le plus glacial. Devait-elle lui faire confiance ? Tout allait se jouer dans la minute.
La Chinoise ne souhaitait pas tout savoir sur ce jeune homme et ses pratiques, mais le sujet de discussion était une de ses filles, un de ses trésors, une des rares personnes au monde à laquelle elle était attachée. Elle avait certes dévoilé plus de secrets sur son propre compte qu'il n'en aurait fallu en une soirée et le juste retour des choses aurait voulu que Liam se dévoile à son tour, mais cette science l'effrayait malgré elle et tout ce qui l'intéressait ce soir c'était de savoir si sa protégée s'en sortirait réellement et s'il avait osé la duper avec son Alchimie.

Heureusement, après un moment de silence qui pesa lourdement sur l'atmosphère, déjà fortement refroidie par les questions inquisitrices de la maquerelle, ainsi que ses gestes et regards alambiqués, Liam finit par lui avouer que s'il pratiquait parfois cet art étrange sur les blessé(e)s il n'en avait pas eu besoin ce soir. Evène n'avait pas subit une quelconque intervention alchimique.
Azami lui jeta un regard interrogateur. Était-il sincère ? Elle n’aimait pas cet air rebelle qu'il conservait sous ses mèches folles, sans compter cette pointe de défi lorsqu'il lui expliqua qu'avec ou sans son autorisation il aurait utilisé l'Alchimie s'il en avait senti le besoin. Quelle arrogance ! Quelle prétention ! Mais la raison qu'il donna, c'est à dire l'amour de la vie d'autrui, suffit à éviter un conflit direct avec la maquerelle. Cette dernière se contenta de laisser les gants sur la table dans un soupir avant de se repositionner sur son pouf. Elle tira une nouvelle bouffée d'opium, dardant sur lui ses yeux animés d'une étincelle fauve.


- Dans tous les cas mon accord aurait été préférable, croyez-moi...

Soulagée, Azami ne pu cependant pas cacher sa colère. S'il avait pratiqué l'Alchimie sur Evène, elle l'aurait sans doute forcé à lui donner des détails sur l'intervention et la possibilité qu'elle face pour cela usage de quelques uns de ses poisons n'aurait pas été exclue...Azami était une véritable vipère lorsque les besoins le nécessitaient, c'était dans sa nature vicieuse et dominatrice, longuement préparée par l'enfer de toute une vie.
Mais l'heure n'était finalement pas au conflit. Liam semblait sincère, pour le peu qu'elle pouvait en juger, et ses prérogatives n'étaient pas si éloignées des siennes. La Chinoise sourit donc, avant de lui confier qu'elle n'avait rien de particulier contre les Alchimistes, même si elle s'en méfiait grandement. Cela était vrai mais elle ne jugea pas nécessaire de s'appesantir davantage sur le sujet. A quoi bon ? Cela n'aurait fait que continuer à les brouiller. Elle décida au contraire de dévier encore la conversation sur Liam lui-même. Qui était-il vraiment ? Un médecin, un Alchimiste, mais encore ? S'il cachait de pareilles informations, tout était possible...

Azami, qui s'était rapprochée sensiblement du jeune homme pour le déstabiliser et tenter ainsi de lui arracher quelques mots, fut soudainement elle-même perturbée par le geste qu'il eut alors. Il se rapprocha lui aussi, comme pour répondre à sa provocation et lui prouver qu'il n'était pas du genre à se laisser dominer par de beaux yeux – mais cela était relativement courant, les hommes avaient toujours besoin de garder un certain contrôle dans ce genre de situation et ce n'était pas la première fois qu'Azami acceptait volontiers de se prêter à ce petit jeu entre la séduction et la franche menace – puis il lui glissa une main sous le menton...La Chinoise évita de se crisper, même si elle n'avait pas l'habitude d'entrer en contact physique de cette manière. En général, ses clients n'osaient pas la toucher avant qu'elle n'aie fait le premier geste ou ouvertement donné des signes de son consentement. Sa situation de maquerelle et ses sbires alentour lui donnaient assez d'importance et de poids pour qu'ils n'osent pas la froisser. Mais Liam semblait différent, peut-être un peu plus sûr que la plupart des hommes qu'elle choisissait de mettre à l'honneur dans son antre.
Elle se laissa faire, sous l'envoûtement de son regard mystérieux. Un frisson la parcourut sous son kimono carmin. Il allait lui donner "sa première leçon d'Alchimie"...


- Vraiment? Murmura la jeune asiatique d'un air amusé. Étonnez-moi...Liam...

Contre toute attente, le jeune homme commença alors à mettre à nu bien des aspects de sa personne. Il souhaitait un « échange équivalent », sur le même principe que celui qui régissait l'Alchimie et qu'il expliqua généreusement à la jeune femme qui, pourtant, en connaissait déjà le système de façon théorique. Cela surpris quelque peu la maquerelle. Elle qui pensait que le jeune homme allait peut être se démonter et quitter les lieux, ou du moins se mettre à bégayer qu'il n'avait rien fait de mal, fut rapidement détrompée. Il lui répondit au contraire d'un ton enjoué et assuré, très mature et, quelque part, très désirable. Liam était un homme fort qui maîtrisait ses mots et son ton. C'était un fin parleur qui dégageait une force peu attendue. Azami aimait autant qu'elle craignait cette forme de prestance. Elle-même possédait cette aura étrange, cet air impérieux, souvent aussi dérangeant qu'attrayant. Allaient-ils donc finalement s'entendre ? Ou se dévoreraient-ils l'un l'autre comme des chiens qui défendent chacun le territoire sacré de leurs secrets sous couvert de mielleuses manières ?
Liam semblait vouloir la paix. Il désirait que cet échange soit équitable et que leur relation ne s'envenime pas. Il avait la volonté de clarifier la situation et de prouver à la jeune femme sa franchise. Azami lui sourit. Ce fut à cet instant un véritable sourire, un de ses plus francs, d'un naturel prégnant.


- C'est une belle loi. Elle me plaît. Fit-elle en le laissant s'éloigner doucement sans quitter son regard provoquant.

Elle tira plusieurs bouffées d'opium tandis que le jeune médecin lui exposait en partie sa vie. Attentive, Azami l'observait toujours pour tenter de juger sa franchise et son degré de sincérité tout en écoutant ce qu'il avait à lui dire. Liam confirma son statut de médecin, même s'il n'avait aucun diplôme et s'il exerçait hors des lois. Il semblait sûr de lui et de son travail. Cela était rassurant pour la maquerelle. Au moins n'avait-elle pas eu le mauvais goût de donner à sa fille un usurpateur pour veiller sur son opération. D'ailleurs, et c'était une question très importante pour elle, Liam s’appesantit sur le concept de confiance. Il l'assura de sa fidélité, au sens pratique et professionnel : jamais il ne la trahirait, jamais il ne révélerait ce qu'il venait de faire ici, jamais il ne tenterait de lui faire du mal. Ni son commerce, ni ses filles ne souffriraient une quelconque trahison de sa part. Azami réfléchissait. Devait-elle croire cet homme ? Il y avait-là une question qui la touchait particulièrement. Ses filles avaient besoin d'un médecin. Liam ferait-il l'affaire ? Jusqu'à présent, elle en avait douté, mais maintenant qu'il lui délivrait avec franchise ses opinions, elle commençait à le trouver plus intéressant que dangereux. Arès tout, avoir dans ses connaissances un médecin alchimiste n'était-il pas préférable ? Dans sa situation, alors que le commerce de l'opium était en pleine crise et que l'Angleterre venait de mettre à bas la Chine et son monopole, alors que la prostitution commençait à être évitée voire surveillée, alors que les avancées médicales laissaient encore de côté la science du corps et les petites gens, un homme tel que Liam pouvait être d'une utilité non négligeable.
Il lui proposait son aide, si la situation d'Evène devait se reproduire. Il lui expliqua que l'argent n'était pas chez lui une priorité et qu'il s'arrangeait toujours avec ses clients pour le paiement. Azami le regarda alors d'un nouvel œil, bien plus aimable, bien plus détendu. Elle avait fini par se décider : Liam serait son allié, s'il le désirait, et elle était prête à oublier ses pratiques étranges s'il lui promettait son soutien discret.

" Tout dépend de ce que l'on a à m'offrir"  

Nouveau sourire. Azami avait bien des choses à proposer à ce jeune homme. Depuis ses drogues jusqu'à ses filles, depuis les alcools de riz jusqu'à quelques massages osés...Oui, ils allaient s'entendre. Elle avait de l'argent, et il venait d'en avoir la preuve, mais s'il aimait s'arranger, peut-être qu'elle pourrait le satisfaire différemment ? Selon les circonstances, ses désirs seraient les siens.

La jeune Chinoise ne fit que penser tout cela, sans en toucher un seul mot à son interlocuteur. Elle préféra le laisser parler et l'écouter encore. Il serait toujours temps de lui souffler ces idées dans un moment plus opportun. Pour l'heure, elle tirait encore sur sa pipe bientôt terminée et laissait son regard couler le long du torse du jeune homme qui lui lançait quelques coups d'oeil espiègles à l'évocation des médecins qui se terraient dans leurs cachettes. Azami aimait ses allusions qui prouvaient qu'il l'avait écoutée tout à l'heure et qu'il aimait jouer avec les mots. Cela prouvait que Liam était non seulement malin mais aussi plein de tact et d'esprit.
Il marqua une pause, ce qui permit à la maquerelle de lui donner son avis sur ce qu'il venait de dire.


- C'est très noble de votre part, Monsieur Cooper. Aider son prochain n'est jamais chose facile, surtout si la loi nous prouve sous tout ses angles que l'on est dans le tord...Le sommes-nous cependant aux yeux de ceux que l'on a sauvés ? Je ne crois pas. Vous agissez pour un bien qui dépasse les bornes que la société nous a imposées. J'admire et je respecte cela.

L'asiatique posa sa pipe sur la table devant elle. Elle était éteinte, la drogue avait été entièrement consommée. Dans l'air, les volutes de fumée se mariaient les unes aux autres dans une danse mystique. Le rythme cardiaque de la jeune femme avait ralenti, laissant à ses membres la douce sensation de plénitude. Elle s'affaissa un peu plus dans son pouf, agréablement blottie dans ses pans de tissus ondoyants. Lentement, elle étira ses longues jambes sous la table avant de les croiser de nouveau pour en dégager l'un de ses fins mollets. Elle était bien, oui, c'était dans ces moment-là qu'Azami était la plus dangereuse. Elle maîtrisait son environnement, son corps était des plus voluptueux, abandonné au plus offrant, et pourtant son esprit restait vif derrière un semblant de vulnérabilité. Elle soupira.

- L'argent est ce qui fait tourner le monde, cela est un fait, et il est d'autant plus noble de votre part d'assister les plus démunis sans leur en réclamer systématiquement. Vous m'impressionnez...Je ne pensais pas qu'il y avait encore des hommes capables de donner sans chercher à recevoir...

Le regard qu'elle lança à Liam fut terriblement ambiguë. Il pouvait être aussi sincère et sérieux qu'il l'avait été précédemment, mais il pouvait aussi paraître des plus sensuel et sournois. C'était un des effets de la drogue et du caractère particulier de la jeune femme. Elle souhaitait noyer son hôte dans le doute, les idées, les rêves, les suspicions. C'était l'heure du grand jeu.

- Je vous mentirais si je vous disais que l'idée de vous revoir ici pour opérer une de mes filles me réjouirait, mais vous serez toujours le bienvenu en tant que client, bien évidemment, mais aussi en tant que médecin. Vous me dites que je peux vous faire confiance...je le souhaite de tout cœur.

Liam aborda ensuite une question épineuse : celle de ses croyances propres. C'était un "néo-malthusien". Azami était lettrée et ses deux métiers lui offraient la possibilité d'être assez cultivée pour avoir déjà entendu genre de chose mais elle ne s'y intéressait pas assez pour en avoir retenu les détails.

- Je connais de nom seulement...je n'y ai jamais prêté grande attention...Expliquez-moi donc...

Elle écouta alors le jeune homme lui expliquer le principe du malthusianisme. Dès ses premiers mots, elle l'accompagna dans son rictus désapprobateur concernant l'abstinence. Elle se retint d'éclater de rire, pour éviter de le vexer, mais elle ne pu s'empêcher de pouffer un peu d'un air détaché:

- Haha ! Et que ferais-je donc de mes filles ? D'ailleurs, je doute que beaucoup de "gentlemen" survivraient à une telle méthode...Même si je dois bien concéder que ce serait radical pour réduire l'extension de la population.

Puis Liam s'enflamma un peu. Il faisait partie des malthusiens adeptes de la contraception ou de l'avortement. Pour lui, c'était apparemment devenu un combat intime, une revendication presque politique. Il s'insurgeait contre les gouvernements et les bourgeois qui ne se rendaient pas compte des réalités et qui exploitaient cette faiblesse des classes inférieures. Faire plus d'enfants pour espérer plus de salaire, c'était à la fois une fatalité et un espoir dérisoire que les classes supérieures faisaient reluire aux plus défavorisés. Liam avait raison : à quoi bon procréer pour que les enfants finissent au fond des mines de charbons, sur les chantiers navals, sur les champs de bataille ou encore dans les rues si ce n'était pas dans les bras de quelques pervers avides d'ébats honteux...
Azami était particulièrement touchée par cela. Elle-même avait été vendue par sa propre famille à l'âge de six ans...
Son visage amusé avait retrouvé une neutralité forcée. Un trouble avait passé dans son regard.


- Je suis bien d'accord avec vous, d'autant que les pratiques illégales en deviennent réellement dangereuses...Combien de malheureuses se sont blessées avec des aiguilles...? Combien ont été obligées de se marier avec de véritables goujats pour un écart ? C'est affligeant...Malheureusement je ne vois pas ce que nous pouvons faire, à part agir dans l'ombre en tentant d'éviter de jouer avec la vie tout en sauvant quelques unes. J'ai recueillie mes filles dans les rues, elles étaient pour la plupart au bord de la mort ou malades. La vie que je leur offre n'est pas forcément enviable, et je le sais bien, mais elles ne s'en plaignent pas et je suis attentive à certaines pratiques. Nous utilisons le condom, même si les clients le refusent presque toujours, et nous sommes habituées à certaines techniques pour éviter de tomber enceintes, même si, comme vous venez de le voir, elles ne fonctionnent pas toujours...

Azami avait dit tout cela d'une seule traite, sans prendre le temps de poser son souffle. Elle semblait particulièrement hardie en cet instant malgré sa position des plus lascives et tranquilles.

- Quant aux charlatans, je suppose que vous savez maintenant ce que j'en pense...

Elle lui sourit gentiment. Mais le sujet de l'Alchimie revint alors sur le tapis. Azami fit une moue qui montra bien assez sa gêne. Elle ne souhaitait pas forcément revenir sur cette pratique, ils en avait assez parlé pour ce soir. Tout ce qu'elle voulait c'était l'assurance que Liam n'était pas dangereux pour son petit commerce et ses filles, le reste ne l'intéressait qu'à moitié. Pour elle, l'Alchimie était dangereuse mais surtout destinée à quelques élus qui savaient la maîtriser. Elle ne voulait pas y toucher, ce n'était pas dans ses projets. Le peu qu'elle en avait connu lui avait glacé le sang.
Liam semblait presque outré de ce que la jeune Chinoise aie pu lui reprocher de ne pas lui avoir parlé de sa pratique. Pour lui, la médecine avait été leur seul lien et il n'avait pas eu besoin de préciser qu'il pratiquait l'Alchimie puisqu'il n'avait pas prévu, sauf cas de force majeur, de l'utiliser ce soir. C'était personnel et détaché de sa fonction actuelle. Azami le payait en tant que médecin, elle n'avait pas forcément à connaître ce détail de sa vie privée.
La maquerelle le comprit facilement et, même si cela l'irrita, elle lui sourit aimablement.


- C'est vrai...Je vous ai appelé en tant que médecin...Mais si vous utilisez cet...art sur les corps, il serait préférable que vos clients le sachent, non?

D'un côté, Azami imaginait bien que si Liam se présentait d'entrée de jeu comme « médecin et Alchimiste » il aurait bien moins de demandes et que ses clients finiraient par le dénoncer par peur ou par intérêt. Il cumulait alors deux interdits : le médical et l'alchimique. C'était effrayant de se trouver face à pareil homme mais quelque part cela excitait aussi la jeune femme, heureuse de trouver-là un potentiel allié dans son commerce et une aventure enfin digne d'intérêt. Ses clients étaient si...communs ! Trop de banalités allait finir par la rendre folle. Liam venait casser la monotonie de ses conquêtes. Après tout, cela faisait presque cinq ans qu'elle n'avait pas connu d'Alchimiste.

Mais Liam évoqua alors une de ses pratiques urgentes qui avait nécessité de son point de vue l'utilisation de l'Alchimie sur le corps humain. D'après ses dires, il avait sauvé une gamine de la mort. Il expliqua qu'il l'avait trouvée baignant dans son sang, des plaies béantes sur tout le corps, trop cruellement blessée pour que la médecine conventionnelle puisse la sauver. Azami écouta avec attention son récit. Cela lui parut douloureux pour le jeune homme qui finit par laisser un silence planer tandis que ses yeux restèrent dans le vide. La maquerelle l'observa, silencieuse elle aussi. A quoi songeait-il donc ? Qu'avait-il vu ce soir-là ? Il semblait en être encore ému...
L'Alchimiste sembla alors se réveiller et son récit continua. Pour lui, c'était un cas mystérieux qui lui avait donné bien du mal. Les blessures semblaient avoir été faites par un animal mais finalement la thèse de l'homme était plus vraisemblable. Azami fronça les sourcils. Encore un cinglés qui s'amusait à découper les jeunes filles...Ou un chien errant tellement affamé qu'il avait tenté de dévorer la malheureuse...Quel monde...
Liam l'avait donc sauvée grâce à l'Alchimie. Mais, contrairement à tout attente, la jeune fille n'avait pas su lui dire par quoi ou par qui elle avait été attaquée et elle s'était enfuie.

Azami observa longuement Liam. Elle tentait de vivre avec lui cette aventure qu'il venait de lui narrer. Pourquoi la petite s'était-elle donc enfuie de la sorte ? Une immigrée ? Mais d'où venait-elle donc ? Cela remontait-il à loin ?
Touchée par son histoire et par son regard, Azami grimaça avant de remuer sur son pouf. L'effet de l'opium se faisait sentir dans tout son corps mais ce récit l'avait calmée. L'ambiance n'était plus aux regards doucereux ou à l'animosité due à la méfiance, il était plutôt au deuil et à la peur. La sensation que quelque chose leur échappait dans cette histoire avait envahi la pièce.
Liam conclut que l'Alchimie n'était dangereuse qu'entre de mauvaises mains.


- Comme de nombreuses choses...Soupira la maquerelle en avançant son bras lacté sur la table basse tout en se penchant en avant. Drôle d'histoire...Elle me donne froid dans le dos...Cette petite a eu de la chance que vous passiez par-là...

Doucement, la jeune femme saisit sa pipe pour s'installer plus près de la table afin d'en gratter les petits résidus dans le but de la vider dans une coupelle. Sans regarder le jeune homme, la Chinoise murmura quelques réponses aux nouvelles questions qu'il lui posait alors.

- Oui...Monsieur Cooper...Vous avez répondu à mes questions. Et je pense que je peux vous faire confiance...Fit-elle en relevant ses yeux dans les siens pour lui jeter un regard entendu avant de continuer son petit ménage. Je me méfie de l'Alchimie parce que je ne la connais pas assez. J'ai fréquenté plusieurs de vos confrères dans mon métier...Cette fois, Azami abandonna la pipe sur la table pour remettre la tasse que Liam avait utilisée sur le plateau de bambou. Ils ne m'ont pas laissé de très bons souvenirs...en effet...Loin d'être des protecteurs ou des amis, ils n'ont été que des clients comme les autres, des clients qui payaient peut être un peu mieux...mais aussi des clients qui me racontaient des histoires à vous faire frémir...

Azami termina de poser sur le plateau tout ce qui traînait sur la table basse, y comprit ses origamis, et elle entreprit de ranger le nécessaire à opium sous cette dernière. Une fois que cela fut fait, elle poussa le plateau de bambou de côté et s'appuya sur la table en joignant les mains pour faire face au médecin dans une position des plus avantageuses pour ses yeux. Cela n'était pas voulu, c'était une position qu'elle prenait souvent, inconsciemment, et qui lui permettait surtout de plonger son regard dans celui de son interlocuteur dans un face à face des plus directs.

- J'ai connu un Alchimiste, il y a...environ huit ans, je ne me souviens plus de son nom...Il ne cessait de me parler de « chimères » ou « chimeria », comme il disait, et d'expériences hasardeuses sur des animaux. Une fois, il m'a ramené une bête entre le chat et le rat, c'était ignoble, informe, sans yeux...J'en garde un souvenir affreux. Il l'a tué dans une ruelle...

Un trouble passa une seconde dans le regard de la maquerelle. Cette vision n'était pas prête de la quitter.

- Mais j'ai aussi entendu d'autres clients dire que les Alchimistes étaient capables de relever les morts...Sachez que cette idée me déplaît au plus haut point ! Les vivants ne savent déjà pas respecter la vie et je suppose que leur demander de respecter la mort est au-dessus de nos forces, mais je crois surtout que cette perspective me comble d'effroi...Ce n'est pas tellement une question d'éthique que je me pose face à pareils propos, tout le monde voudrait revoir des êtres chers revenus à la vie, même si pour ma part je n'ai guère d'êtres chers, c'est plutôt une question de sécurité. Que faire face à un mort qui marche ? La frontière entre nos deux mondes doit être préservée...C'est mon avis. Nul ne devrait pouvoir être éternel...Je sais que les Alchimiste recherchent l'immortalité, mais je n'en conçois pas l'utilité. La vie sur Terre est déjà bien assez longue comme ça.

Azami sourit à Liam dans un rictus bien plus significatif que les précédents. Il était évident que la maquerelle détestait l'idée de vivre indéfiniment et qu'elle avait subi dans sa courte vie déjà trop d'horreurs pour en accepter d'autres, d'autant plus sur un long terme. Elle avait également laissé sous-entendre qu'elle n'avait personne qu'elle aurait désiré relever, une nouvelle preuve de sa solitude.

La belle se leva alors, lentement, accordant au passage un nouveau sourire au jeune docteur. Son kimono glissa sur son épaule droite, elle le remit aussitôt dans un geste habitué tout en intimant de la main à son hôte qu'il était préférable qu'il reste assis. Elle commença alors à souffler les bougies de la chambre pour ne garder que les lampions rouges qui l'ornaient. Chemin faisant, elle tourna le dos au jeune homme plusieurs fois. Les bougies furent bientôt toutes éteintes et la chambre ressembla à l'un de ces tableaux orientaux où le rouge et l'ocre dominent toutes les autres teintes. Azami revint vers le jeune homme dans une démarche féline.


- Et vous ? Liam...Reprit-elle d'une voix suave en arrivant dans son dos. Cherchez-vous l'immortalité?  

Tranquillement, avec volupté, la jeune femme glissa ses longs doigts sur les épaules de l'Alchimiste. Elle y fit quelques pressions, comme pour le détendre dans un massage, et son visage vint alors tout près du sien. Les mèches de sa frange se mêlèrent à la tignasse ébouriffée du jeune homme et ses lèvres frôlèrent son oreille droite tandis que sa poitrine prenait appui sur ses omoplates.

- C'est une folie...Souffla-t-elle dans un murmure.
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Van Collins
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MessageSujet: Re: En dépit de ma rage, je reste comme un rat en cage [Van, Azami, Dorian] [02/04/42] Sam 1 Mar - 10:55

Il y avait eut comme un défi, dans leur affrontement lourd de sous-entendu, lorsqu'elle le menaça implicitement, après qu'il lui eut signifié qu'avec ou sans son accord, si le recours à l'alchimie s'était imposé, il n'aurait pas hésité un seul instant à en faire usage. Bien sur, il l'avait délibérément provoqué, mais ce n'était pas dans le seul but de s'opposer à elle, non, tout ce qu'il désirait, s'était clarifier les choses. Elle faisait sa loi dans cette maison, et il entendait bien s'y soumettre, du moins, à une exception prêt : son domaine de prédilection. Ce, pour quoi elle l'avait engagé. Ici, le médecin c'était lui, et personne, ne lui disait ce qu'il avait à faire, ni comment il devait s'y prendre. Son audace semblait déplaire fortement à la maquerelle, dont le regard noir, laissait deviner que si elle devait mettre sa menace à exécution, il passerait un très mauvais moment. Bien qu'elle ne lui faisait pas peur, il ne la sous-estimait pas pour autant. Il avait eut un aperçut des méthodes qu'elle était prête à employer, lorsqu'il avait émit l'hypothèse que Mr Wickham pouvait se montrer bavard. Toutefois, il ignorait encore de quoi elle était réellement capable, et à vrai dire, aimait autant ne pas s'y frotter. Car oui, il avait comprit qu'elle était dangereuse et que les paroles qu'elle prononçait ne devaient pas être prit à la légère. Loin d'être innocente, cette rose, aussi belle soit-elle, avait la possibilité de vous piquer dangereusement et de vous faire souffrir.

Cet affrontement avait su attiser ses sens et son intérêt déjà vif pour la jeune femme. Elle n'était pas de celles qui se laissaient facilement intimider. Elle avait de la ressources, beaucoup de ressources, mais de cela, il n'en n'avait jamais douté. Lorsqu'il s'était rapproché d'elle pour répondre à son défi, elle lui avait demandé de l'étonner. De toute évidence, il l'avait exaucé.
Pensait-elle qu'il s'enfuirait pour éviter de répondre à ses questions ? Il n'aurait su le dire, néanmoins, elle paraissait agréablement surprise par ses réponses. En temps normal, Van n'aimait pas parler de lui. Ce n'était pas quelque chose de nouveau. Sa condition de fuyard n'avait fait qu'amplifier ce trait de caractère déjà très profondément encré en lui, mais en aucun cas, elle ne l'avait engendré.
Et puis, prendre la fuite ou esquiver les réponses, n'étaient pas les seuls alternatives lorsque l'on ne désirait pas parler de soit. Bien sur, selon les situations, il n'y avait parfois pas d'autres solutions.
On pouvait tenter d'esquiver les questions une fois, mais pas deux, sous peine d'attirer l'attention et de paraître suspect. Faire profil bas et prendre la fuite ? Oui, parfois c'était nécessaire, comme un peu plus tôt dans la soirée lorsqu'il avait reconnu Buchanon qui flirtait en compagnie d'une des filles d'Azami.
Mais certaines situations, comme en cet instant, exigeaient de faire front avec un minimum d'honnêteté, afin de ne pas soulever plus de soupçons ou d'animosités, que nécessaire. Ce n'était pas simplement par pur soucis de droiture qu'il avait choisit de répondre à ses questions, c'était avant tout stratégique..  A quoi bon se faire d'une femme aussi puissante, une ennemie ? C'était aussi stupide qu'inutile. Il n'était pas là pour ça. Azami avait des questions et entendait qu'il y réponde, et de ce point de vu, il avait décidé de ne pas la décevoir. Il n'avait nul besoin de se mettre à nu, elle n'était pas son confesseur et de toute manière, ce n'était pas ce qu'elle attendait de lui. Les réponses qu'elle lui posait n'avait que pour seul but de savoir si oui ou non elle pouvait lui accorder sa confiance. Il jugea qu'il pouvait se permettre de répondre à ses questions en la satisfaisant, sans trop en dire sur lui, tout en sachant rester général.

L'atmosphère se détendit clairement dès lors que la règle sur l'équivalence fut énoncé. Il ne cacha pas son sourire qui étira naturellement ses lèvres lorsque, satisfaite, Azami lui accorda que c'était une règle qui lui plaisait. Il partageait son avis, lui aussi aimait cette règle qui était à la base de tout, et même s'il n'aurait su dire pour qu'elle raison, savoir que Azami allait dans son sens, était quelque chose qui lui faisait étrangement plaisir. La tension qui avait été clairement palpable entre eux un peu plus tôt disparu totalement lorsqu'il aborda le sujet de ses compétences, de son intégrité et de ses prestations.
Il lui avait parlé sans détour et avec franchise en ce qui concernait ses motivations, mais il réalisa, lorsqu'elle prit la parole, que ses mots avaient été mal interprétées. Il passait pour une personne bonne et désintéressée, alors que ce n'était pas le cas. Du moins, ce n'était absolument pas comme ça qu'il se voyait, et ce n'était pas non plus ce qu'il désirait lui faire croire. Elle se fourvoyait sur ses intentions. Il n'était pas un saint, et ne prétendait certainement pas en être un. S'il aidait les plus démunis ce n'était pas, par pur charité chrétienne. Non, s'il leur venait en aide, c'était avant tout pour lui. Parce qu'il avait un nombre de choses bien trop importantes à se reprocher et à se faire pardonner. C'était une manière de se racheter, une sorte de rédemption, pour ses actions passés. Et puis, il fallait bien que quelqu'un aide toutes ces personnes dans le besoin. Il en avait les compétences, et de ce fait, était incapable de les ignorer. Il lui arrivait parfois de se demander ce qu'il serait arrivé, si le médecin qui avait soigné sa mère avait agit comme lui. S'il ne les avait pas dépossédé du peu qu'ils possédaient déjà. Est-ce que son père les aurait finalement vendu malgré tout à un moment donné, pour une autre raison, ou auraient-ils pu avoir une autre vie ?
Est-ce que les choses étaient inévitables ? Est-ce que, d'une façon ou d'une autre, les choses devaient se produire ainsi et quoi qu'on y fasse on ne peut les éviter ?  Laïos n'avait-il pas tout fait pour éviter que l'oracle de Delphes ne se réalise lui aussi ? Et pourtant...
Peu importait finalement, on ne refaisait pas le monde avec des "si". Van voulait croire que ce n'était pas notre destin qui traçait notre route, mais que c'était nous-même qui étions maître de notre propre vie, et se poser ce genre de question, au final, n'apportait rien de plus, si ce n'est de nouvelles questions sans réponses.

- Ne vous méprenez pas, fit-il d'une voix éteinte, je n'agis pas ainsi par bonté d'âme, c'est avant tout pour moi que j'agis de la sorte. Je veux croire que j'arrive à sauver des gens en intervenant et en changeant leur destin. D'une certaine manière, à chaque personne que je sauve, en réalité, c'est moi que je sauve à chaque fois.

Ne souhaitant pas s'appesantir plus longuement, et réalisant qu'il en avait peut-être un peu trop dit sur lui-même en faisant cet aveux, il changea de sujet. Une étincelle de malice se mit à briller dans le vert de son regard, et un sourire goguenard s'afficha sur ses lèvres.

- Quand aux lois, fit-il en levant son regard sur elle comme un sale gosse fier de son mauvais tour, elles sont faites pour être détournées, surtout lorsqu'elles sont absurdes. Je ne suis ni un chien du gouvernement, ni un mouton, j'ai mes propres convictions. De ce fait, je me bats avec mes propres armes.

Tout en l'écoutant, la jeune femme déposa sa pipe sur la table qui se trouvait entre eux. Elle avait cesser de fumer son opium, malgré tout, l'odeur persistante continuait à s'imposer dans l'air avec force. Visiblement sous son influence, la fumeuse s'alanguit sur son pouf, sans se préoccuper de savoir si sa tenue était convenable ou non. Et même si elle ne l'était pas, qui s'en soucierait ? Certainement pas lui. Une certaine plénitude émanait de tout son être. Elle paraissait si vulnérable offerte ainsi, à son regard, qu'elle lui donnait envie de la protéger. Ses yeux glissèrent lorsqu'il l'entendit bouger ses jambes qu'elle dévoila en les croisant à nouveau, après les avoir étirées.
Pour sa part, il commençait à se sentir nauséeux. Les vapeurs de l'opium stagnaient dans la pièce et commençait à le posséder insidieusement. Non, il se trompait, il était déjà trop tard, il se sentait déjà sous son emprise. Sa raison lui intimait l'ordre de se lever et de prendre congé sans tarder, mais sa volonté semblait s'être évaporé, et dansait à présent avec les nuages d'opium. Parviendrait-il à ne pas se laisser totalement envahir et à rester maitre de lui ? C'était un pari aussi dangereux que risqué, mais il n'allait pas tarder à être fixé.

C'est alors que, comme pour le réveiller et le sortir de sa torpeur, la sentence tomba. Dure et implacable. De toute évidence, il s'était leurré. Contrairement à ce qu'il s'était imaginé, il n'était pas parvenue à lui inspirer confiance, puisque de toute évidence, elle ne souhaitait nullement prolonger leur association. Malgré tout, elle l'assura qu'il restait le bienvenue dans son établissement en tant que client. Piètre consolation. Van ne cacha pas sa déception et serra ses mains qui étaient jointes devant lui. Il n'y avait qu'une seule raison qui pouvait l'inciter à refuser ses services, alors qu'il avait brillamment répondu à ses attentes, et cette raison, c'était l'alchimie. Elle se méfiait et ne lui faisait pas confiance. Il le regrettait mais après tout, elle n'avait peut-être pas tort. Ses liens avec l'alchimie pouvaient effectivement lui causer du tort, même si ce n'était pas de la manière qu'elle s'imaginait. Et puis, Azami n'était pas la seule cliente dans cette ville à avoir besoin de ses services, même si elle était probablement de loin, la plus fortunée du quartier, selon toute apparence. Alors qu'il s'apprêtait à prendre congé, la suite de la phrase que prononça la chinoise lui fit lever sur elle un regard interrogatif qui ne pouvait dissimuler sa surprise. Avait-il bien entendu ? Son esprit embrumé n'était-il pas entrain de lui jouer des tours ? Elle souhaitait réellement lui accorder sa confiance ? Son regard le conforta dans ce qu'il avait cru comprendre. Oui c'était bien cela. Il ne dissimula pas son plaisir en esquissant un fin sourire.


- Vous ne le regretterez pas. Lui assura-t-il le regard pétillant.

Il lui avait ensuite parlé de ses convictions et du néo-malthusianisme. Elle avait rit lorsqu'il fut question d'abstinence, et il ne put que répondre par un sourire complice. Pour Van, il n'y avait que deux explications. Ceux qui proféraient de tels inepties étaient, soit des menteurs, soit, ils avaient de sérieux problèmes sous les draps. Il allait de soit pour lui que la Divine n'avait pas à s'inquiéter ni pour elle, ni pour ses filles, ni pour son commerce. Jamais les hommes ne pourraient se passer de leur services.
Toutefois, se laisser aller à parler de ses convictions l'avait quelques peu enflammé. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pu les partager ouvertement et qu'il n'avait eut de véritables échanges, si bien, qu'à sa grande surprise, il s'était montré bien plus bavard que d'accoutumé ; ne cachant ni sa hargne ni ses pensées. Il haïssait la classe dirigeante qui opprimait la classe populaire. Ses propos étaient dangereux mais l'opium semblait l'avoir totalement désinhibés, à moins que ce ne fut simplement la force de ses convictions qu'il était incapable de refréner...
Bien trop perturbé lui-même par ses propres souvenirs, qui avait rejaillit bien malgré lui, il n'aperçut pas le trouble qui était passé dans le regard de la jeune femme jusqu'à ce qu'elle prenne la parole à son tour.
Il ne pouvait pas prétendre être surprit de découvrir qu'elle était particulièrement sensible à ses idées, ni même qu'elle les partageait. Elle lui raconta à son tour comment elle avait accueillit ses filles, lui assurant qu'elles utilisaient certains moyens de protection. Malgré leurs précautions, leurs clients ne se montraient hélas, guère coopératif, surtout lorsqu'il s'agissait d'utiliser des condoms. Van ne put s'empêcher de tiquer face à ce constat. Lui-même, malgré ses idées qui abondaient pourtant dans ce sens, devait avouer qu'il n'était pas un adepte de ce moyen de contraception. Toujours est-il que malgré tout, même en prenant les plus grandes précautions, elles ne pouvaient pas éviter certains incident, comme il avait pu le constater avec Evène.

- Même avec la plus grande des prudences, le risque zéro n'existe pas. C'est normal, la rassura-t-il dans un murmure qui se voulait à la fois doux et rassurant tandis qu'un sentiment de plénitude général était entrain de prendre de plus en plus possession de lui.

En disant cela, il faisait bien sur référence aux moyens de contraceptions, mais pas uniquement. A vrai dire, ce constat était parfaitement valable pour tout. Quelque soit le domaine : le travail, le jeu, même pour lui... Le risque zéro n'existait pas. Il avait beau se déplacer avec la plus grande des vigilances, opérer dans la plus grande discrétion, ne pas avoir été inquiété durant un an, il savait très bien, que tôt ou tard, les choses finissaient par changer.
Il avait remarqué également, que Azami s'excusait presque de la vie qu'elle offrait à ses filles, alors qu'à ce qu'il avait pu en voir, elle n'avait nulle raison d'en rougir. Il aurait pu la rassurer quand à ce sujet, mais préféra s'abstenir pour le moment. Il n'était pas assez bien placé pour proférer de telles paroles. Loin de paraître sincères, elles donneraient plutôt l'impression d'être convenue. Certes, la vie que leur offrait Azami n'était pas une vie facile, ni même qui pouvait donner à rêver lorsque l'on connaît les hommes en général et certains porcs en particulier, mais malgré ça, Azami avait eut le mérite de les avoir extirpée de la rue, où leur sort aurait été beaucoup moins enviable. De ce qu'il en savait, ou du moins croyait savoir, elles étaient toutes bien traitées. Elle prenait soin de chacune d'entre elles, et toutes mangeaient à leur faim. Peu de filles, dans ce genre de maison, pouvaient se targuer d'avoir autant de chance, et d'avoir à leurs cotés, une bienfaitrice comme Azami. Et la réciproque était parfaitement valable. Les occupantes de l'antre, semblait vouer un réel et sincère attachement pour leur bienfaitrice. Azami les appelait « ses filles », mais Evène la considérait bien comme une mère. Une mère dont la présence dans la chambre l'avait rassuré. Un lien très fort et indéniable liait chacune des occupantes de l'antre.
La remarque mutine de la jeune femme, concernant les charlatan le tira de ses réflexions profondes et lui valut un sourire amusé.

- J'imagine très bien, en effet, confirma-t-il avec malice

Le charlatanisme.... ils étaient tous de plus en plus nombreux à prétendre pouvoir vaincre les maux des plus malheureux d'entre eux. A vendre des potions miracles, qui n'avaient de miraculeux que l'étiquette que l'on avait apposé sur la fiole. Tout était bon à se faire de l'argent et les plus désespérés étaient malheureusement souvent les plus crédules. Tout au fond de lui, il avait l'intime conviction que Azami avait eut à faire à ce genre d'individu dans le domaine de l'alchimie. Il lui avait ainsi narré sa mésaventure avec la petite immigrée, pour lui prouver que l'alchimie n'était pas mauvaise en soi, tout dépendait de l'utilisation que l'on en faisait. Azami se méfiait de l'alchimie, elle la craignait parce qu'elle ne la connaissait pas. Il voulait lui montrer qu'elle avait tort et lui faire partager les bienfaits que cette science pouvait engendrer. Mais il réalisa que la jeune femme avait été on ne peut plus glacé par son récit. Chose qu'il pouvait comprendre, lui-même ne pourrait jamais oublier ces images qui resteraient définitivement gravé dans sa mémoire.

- Toutes mes excuses. Il n'était pas dans mes intentions de vous effrayer, je voulais simplement vous montrer qu'il ne fallait pas avoir peur de l'alchimie. Qu'elle pouvait s'avérer être une alliée utile et non négligeable...

Il porta alors sa main à son front dans un grimace douloureuse, sans plus prêter attention à Azami. Il se sentait complètement engourdit, et prit d'un vertige qu'il tenta de maîtriser. Ses perceptions commençaient à diminuer. Azami était entrain de lui parler mais il n'écoutait plus vraiment, son attention était dissipé....  il tenta d'enfoncer ses ongles dans la paume de sa main, pour tenter de rester éveillé et concentré, mais ces derniers étaient coupé bien trop cours pour s'avérer être douloureux, sans compter que sa main engourdie lui faisait manquer de force. Devant renoncer à se faire mal, il fit un effort pour se concentrer lorsqu'il vit Azami prendre appui sur la table en joignant ses mains devant elle, pour lui faire face. Il ne réalisa même pas la vue imprenable qu'elle était entrain de lui offrir, trop concentré sur son regard pour ne pas sombrer.
Selon ses dires, elle avait connu un alchimiste par le passé, et ce qu'elle lui raconta le fit grimacer de mécontentement. Pour pratiquer ce genre d'expérience, elle avait certainement été confronté à un alchimiste libre. Il n'y avait que ces crapules pour se hasarder à ce genre d'expériences complètement inutile. Les alchimistes d'Etat faisaient certes, bien pire, mais il ne faisaient pas n'importe quoi. Leurs expériences étaient toujours justifiées, puisqu'elles n'avaient qu'un seul but : Servir l'Etat et prendre le dessus sur les ennemis de la couronne. Lui-même avait commis beaucoup d'horreur, qu'il était préférable de taire à défaut d'oublier. Cependant, même si les alchimistes d'Etat étaient loin d'être irréprochables, à ses yeux, les alchimistes libres étaient bien pires encore. Ils n'étaient ni surveillés, ni encadrés, et s'amusaient à jouer les savants fous sous prétextes qu'ils avaient des notions dans ce domaine. Ils se prenaient pour des apprentis sorciers, imbus de leurs personnes et de leurs savoir, alors que leurs recherches n'avaient aucun intérêt. Ces hommes se croyaient brillants alors qu'ils n'étaient rien.

- Je n'ai que du mépris pour ce genre d'individus, grogna-t-il sans hargne, trop assommé par l'air ambiant pour s'énerver alors que, en tant normal, il aurait probablement déversé toute sa verve et son mépris.

Encouragée, Azami continua sur sa lancée, et lui révéla qu'elle avait entendu dire, que les alchimistes étaient capables de « relever les morts » selon son expression. Son regard voilé, reprit soudainement de la vigueur, lorsqu'elle lui confia que cette idée lui faisait horreur. Comment pouvait-elle dire ça ? Ce fut précisément cette révélation qui l'avait motivé à fournir encore plus d'effort dans l'étude de l'alchimie, lorsque du haut de ses 9 ans, Brain lui avait confié que les alchimistes pouvaient, ramener les morts à la vie.
Ramener les morts à la vie.
C'était son vœux le plus cher, et il n'appartenait qu'à lui de le concrétiser. Pour cela, il lui fallait simplement trouver la bonne formule pour voir son rêve se réaliser. c'était là, tout ce qu'il désirait. Donner une nouvelle vie à Matt, Abigael, et Colleen. C'était un rêve fou auquel il n'avait, malgré tout, absolument pas renoncé. Parce qu'il savait qu'il en était capable, même s'il ignorait encore comment il devait s'y prendre, il ne doutait pas d'y parvenir un jour, quoi qu'il lui en coûte.
Mais elle alors, n'avait-elle donc personne dont elle désirait le retour ? A peine s'était-il posé cette question qu'elle y répondit sans qu'il eut besoin de le lui demander. Non, elle n'avait personne. Il réalisa alors, à quel point la maquerelle était seule. Au fond, ils n'étaient pas si différent que ça. Ils se ressemblaient même bien plus qu'il ne l'aurait pensé au préalable.

Non contente de ne pas partager son avis sur la transmutation humaine, Elle avait également un avis très arrêté et bien évidemment différent du sien, concernant l'immortalité. Malgré tout, pour ce dernier point, il comprenait parfaitement ce qu'elle voulait dire par là. Loin de se plaindre ou de se morfondre, la chinoise avait sa propre croix à porter, au même titre que lui. Il ne prétendait pas savoir ou connaître tout ce qu'elle avait enduré, mais pour en arriver là où elle en était aujourd'hui, il était évident, qu'elle avait du emprunter des chemins que peu aurait eut le courage de suivre et de supporter, et subissant par là-même, des épreuves qu'il n'imaginait même pas. Chacun avait son histoire, son passé, et dans leur milieu, la réalité était plutôt implacable. Qui, dans ces conditions, souhaiterait voir sa vie se prolonger éternellement ? En cela, il comprenait parfaitement sa remarque, même s'il n'était pas sur de la partager.
Brièvement, elle lui apparut à nouveau comme un être, qui, derrière sa carapace, était bien plus fragile qu'il n'y paraissait et dont, curieusement, il voulait prendre soin, et protéger. Lentement, il leva sa main vers son visage, qu'il effleura d'une douce caresse, plongeant son regard dans le sien. C'est elle qui rompit leur contact, lorsque la belle se leva, doucement, non sans le gratifier d'un  sourire attentionné. Son kimono glissa alors subrepticement sur sa peau soyeuse et dénuda, le temps d'un cours instant, son épaule droite, offrant à sa vue une nouvelle et non moins charmante partie de son corps, qui n'était qu'un appel au plaisir de la chaire. Et ce fut dans un geste non moins sensuel, qu'il vit la belle réajuster le pan récalcitrant de son kimono.

Se sentant de plus en plus vidé de ses forces, Van jugea qu'il était temps pour lui de se retirer, mais alors qu'il s'apprêtait à se lever, comme si elle avait pu deviner ses intentions, elle lui intima d'un gracieux geste de la main, de ne pas bouger. Nullement en état, il ne riposta point, remarquant en même temps que ses jambes étaient flageolantes, et que son environnement tanguait doucement. Respirer l'opium était aussi traître que le fumer. A l'exception faite d'Azami qui semblait y être totalement insensible.. comment faisait-elle ? Il concentra son attention sur ses mouvements, et l'observa souffler, tour à tour, sur les flammèches des bougies qui, jusqu'alors, les avaient entourés de leurs flammes chaleureuses et bienveillantes, plongeant peu à peu, la pièce dans une semi-obscurité. Une semi-obscurité de laquelle se dégageait à présent des nuances aux couleurs chaudes, et rassurantes, qui lui donnèrent la sensation que la pièce venait de se rétrécir, comme pour l'envelopper dans une ambiance feutrée et intime. Cette atmosphère eut totalement raison de Van qui cette fois, se laissa complètement aller. L'Opium avait à présent totalement raison de lui. Alors qu'il se sentit partir en arrière, il sentit la présence d'Azami arriver derrière lui sans se précipiter, mais juste à temps pour l'empêcher de  tomber en arrière sur son pouf et de sombrer définitivement. Il ferma les yeux, appréciant le doux contact de ses mains sur ses épaules et les légères pressions qu'elle y exerçait. Il poussa un soupir de bien-être tandis qu'elle le questionnait,... encore. Cherchait-il l'immortalité lui aussi ? Bien qu'il gardait toujours les yeux fermés, appréciant le massage dont elle le gratifiait, et qu'il se laissait bercer par le son de sa voix, un fin sourire apparut sur ses lèvres. Il comprit qu'elle se rapprochait encore plus de lui lorsqu'il perçu la douce pression de ses seins contre son dos tandis que ses lèvres tentatrices susurraient que tout ceci n'était que pure folie. Il pouvait respirer les douces effluves de son parfum enivrant. Difficilement, il ouvrit ces paupières puis, il se tourna légèrement vers elle.


- Vous êtes bien plus sage que moi, répondit-il tout simplement.

Quoique... ce n'était pas tout à fait vrai. Elle était peut-etre plus sage que lui, en ce qui concernait ses espoirs fous de voir revenir à la vie des être chers. Elle savait accepter la mort comme faisant partie de la vie, lui n'avait pas cette sagesse. Toutefois, même si elle faisait preuve de sagesse et de bon sens, en ce qui concernait son affaire, était-elle dénuée de travers pour autant ? Non, bien sur, et son regard glissa sur sa pipe avant de revenir vers elle.

- Je peux vous poser une question ? Pourquoi Azami ? Pourquoi fumez-vous l'opium ? Ce n'est qu'un échappatoire temporaire, alors qu'est-ce que cela vous apporte, si ce n'est la nausée ? Demanda-t-il en grimaçant.

Cette dernière remarque était plus le fruit de son expérience personnelle actuelle qu'un constat observé chez les jeune femme, qui semblait totalement immunisée par les effets de cette drogue. Il lui sembla même que cette remarque l'avait amusé, à moins que ce ne soit son état qui prêtait à rire ou qu'il n'ait carrément tout inventé dans un délire fugace qui paraissait on ne peut plus réel.

- Je déteste perdre le contrôle, ou... me sentir en état de faiblesse avoua-t-il en fixant le vide devant lui. C'est pour cela que je ne bois pas, ni ne fume,... je veux rester le seul maître de mes actes,.. ce qui n'est pas le cas en cet instant... Pourquoi je me sens vaseux et pas vous ? Ce n'est pas juste.. Il porta la main à son visage avant de se moquer de l'idiotie de sa question. Question bête..., vous avez l'habitude... l'opium me rend stupide,.. cela fait combien de temps ?

Il leva son regard sur elle et l'observa. Azami lui paraissait être la plus belle femme qu'il lui ait été donné de voir jusqu'à présent. Etait-ce à cause de son petit air oriental qui la différenciait tant des autres femmes ? Il aurait voulut la toucher, et effleurer son visage de sa main, mais finalement n'en fit rien. Sentir ses mains sur ses épaules lui suffisait, il se sentait bien ainsi, c'était réconfortant. Comme... une présence maternelle ? Il n'aurait su le dire. Il y avait bien longtemps qu'il avait oublié comment était sa mère, comment était le son de sa voix, ou comment elle agissait. Il fronça les sourcils abasourdi par la teneur de ses propres pensées. Pourquoi pensait-il à ça tout à coup ? Ah oui... il se rappelait.

- Evène vous est très attachée... Vos filles, vous en prenez soin comme une mère devrait le faire, mais, qui prend soin de vous ?

Ses iris se posèrent sur elle, et l'observèrent avec attention. Le temps lui sembla suspendu durant un cours instant. Elle était d'une beauté renversante. Irrésistiblement attiré, il approcha lentement son visage du sien jusqu'à ce que ses lèvres commencent à frôler les siennes, avant qu'il ne l'embrasse avec douceur. C'était un baiser timide, tendre et chaud.
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Azami Monoko
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Classe sociale : Aucune. Azami est riche mais n'a aucun titre.
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MessageSujet: Re: En dépit de ma rage, je reste comme un rat en cage [Van, Azami, Dorian] [02/04/42] Mar 4 Mar - 21:25

[HRP/En accord avec Van pour les actions...Wink /HRP]

C'était décidé. Azami avait fait son choix. Médecin ou alchimiste, légal ou illégal, menteur ou non, Liam serait son allié. Après tout, ils avaient tous les deux à y gagner. Lui avait besoin d'argent, elle d'un médecin. Pourquoi se passer l'un de l'autre sous prétexte qu'ils ne se faisaient pas encore confiance ? Se le feraient-il seulement un jour ? Non...cela serait certainement impossible.
Dans le dur métier qu'exerçait Azami, la confiance était un des seuls luxes qu'elle ne pouvait pas s'offrir. L'argent achetait une langue, sur le papier, mais elle partait du principe qu'une bonne langue était une langue coupée. Prendre des risques faisait partie de ses habitudes, et il n'était donc pas rare qu'elle s’acoquine avec d'étranges personnes, mais elle se réservait toujours une porte de sortie que peu d'entre elles pouvaient seulement imaginer. Elle n'était jamais seule avec des inconnus, pas même dans sa chambre, et ses serviteurs invisibles ne manqueraient pas de tuer pour assurer sa sécurité.
Azami ne jugeait guère sur l'apparence. Elle avait démasqué trop de fourbes derrière de belles redingotes pour oublier que l'habit ne faisait jamais le moine, ou que très rarement. Il n'y avait qu'à voir son dernier médecin : un ivrogne décrépi aux airs de tueur. Pourtant il avait soigné de nombreuses fois ses filles sans jamais leur faire de mal. Un rhume, une grippe, un problème plus intime, plus grave...rien ne l'avait jamais repoussé et il n'avait jamais trahit l'Antre et ses « Anges ». La maquerelle ne lui avait accordé ni son admiration, ni sa confiance, ni son affection, mais bien son respect. Certes c'était un homme sombre, souvent très cynique, malodorant, toujours imbibé d'alcool, mais au moins avait-il toujours fait correctement le travail pour lequel elle l'avait payé. Derrière leur entente, la drogue et le saké avaient servi de monnaie d'échange. Le médecin n'avait jamais faillit à son « devoir » malgré ces travers quelque peu terrifiants pour un homme de sa profession. De son côté, la maquerelle ne lui avait jamais fait défaut en qualité de paiement et d'accueil. Elle ne semblait pas s'arrêter à ce genre de détails même si cela donnait de son associé une bien piètre image.
Évidemment, derrière cette forme de contrat et les beaux sourires qu'elle lui servait, la belle asiatique avait toujours pris de grandes précautions. A chacune des interventions du médecin, ses filles étaient toujours à plusieurs. Jamais elle ne l'avait laissé seul avec une de ses protégées. Lorsqu'il arrivait, tout son personnel était au courant, des portiers aux filles, des caissiers aux gardiens. « L'Antre des Anges » était le repaire d'un véritable gang bâti et soudé comme une famille. Très peu de secrets se tenaient entre ses membres, seule Azami avait réellement la main mise sur son propre jardin secret. Les autres lui racontaient tout. Ils étaient « ses enfants », ils l'appelaient d'ailleurs entre eux « mère » et la tenaient en grande estime. Pour eux, il y avait un respect dû à la matriarche à la tête de leur empire familier, chaud et intime. Tous restaient sous son égide de leur propre volonté. Son éventail leur servait de bouclier face à leurs anciens bourreaux. Sa beauté en fascinait plus d'un qui rêvaient d'y accéder un jour par le biais de sa reconnaissance ou de son affection. C'étaient tous d'agréables compagnons de route, des élèves aussi, des petits louveteaux que ce terrier avait recueilli, et sous l'aile d'acier que la maquerelle étendait au-dessus de leurs têtes, ils se sentaient plus vivants que jamais, plus forts, plus unis, protégés, aimés et acceptés tels qu'ils étaient.
La « Divine » avait su monter son entreprise et accéder à ce statut usurpé en donnant d'elle l'image d'une véritable bienfaitrice. C'était le chef d'une famille grandiose, hétérogène et pourtant harmonieuse. C'était une magnifique réussite. Ici, à Londres, à Chinatown, elle s'était enveloppée de soies et de fumées pour mieux bâtir son nid et évoluer comme bon lui semblait. C'était la louve, ou l'araignée, à la tête d'une meute d'empoisonneurs, d'espions, de dealers, de filles de joie et de rescapés des rues. Ce que Londres et ses infâmes pavés avaient recraché dans leur rage, elle l'avait ramassé, soigné, modelé pour son règne.

Liam ne devait pas encore avoir conscience de l'étendue de son organisation. Il ne le découvrirait que trop tôt. Tout ce qu'il devait savoir, c'était que la confiance réciproque serait toujours difficile en ces lieux, surtout avec elle, sournoise et joueuse qu'elle était, mais aussi que, s'il faisait un pacte avec une telle figure de l'ombre, il serait assuré que ce ne serait pas elle qui le romprait. Il serait accueilli, payé, accepté comme l'ancien médecin de l'Antre, quel que soit son passé, quelles que soient ses autres activités. Du moment qu'il ne représentait pas une menace directe pour elle et ses filles, pour son commerce, sa tranquillité et la sécurité de tout son personnel réuni, il n'aurait jamais à la craindre au-delà des naturelles notions de respect. Il pouvait leur mentir sur sa famille, ses amis, ses fréquentations. Il pouvait laisser libre cours à ses travers, commettre des crimes en dehors de la fumerie, poursuivre de ses vices n'importe quel être en ville, Azami n'en aurait cure : du moment que cela ne concernait pas sa « famille », ce que faisait Liam ne l'intéressait pas. Par contre, si par malheur il venait à la trahir d'une manière au d'une autre, c'était toute la meute qu'il devrait fuir. Ainsi fonctionnait l'Antre.

Quelque part, Azami avait envie de faire confiance à cet individu. C'était un jeune homme qui, si elle avait à le juger sur sa seule apparence, paraissait bien plus fréquentable de son ancien médecin. Il était à vrai dire charmant, son beau visage lui plaisait d'aventure et ses manières n'avaient rien à envier à celles de la plupart de ses clients, fortunés ou non. Il avait l'air intelligent, sa répartie montrait qu'il avait de l'esprit et son regard en disait long sur sa malignité, qu'elle s'avère bonne comme mauvaise. Il avait en outre exécuté son travail avec soin, d'après ses filles, et donc sauvé Evène. Ce premier contrat semblait avoir fonctionné sans écueil, c'était une bonne chose. Et puis, ne venait-il pas de lui dire que son côté alchimique lui avait déjà servi à sauver une jeune fille cruellement blessée ? Oui, il ne pouvait pas être bien méchant. Il ne fumait pas, ne buvait pas et, hormis l'argent qui semblait régir la plupart de ses sorties, il semblait prêt à aider son prochain de façon inconditionnée.

Au fil de leur conversation, elle avait pourtant hésité à s'associer avec lui. Attendant qu'en savoir un peu plus sur lui, elle avait joué le jeu des questions-réponses et avait peu à peu découvert quelques nouvelles facettes de cet étranger.

L'égoïsme d'abord.
Un étrange égoïsme, indéfinissable.
Lorsque Liam lui avait expliqué qu'il exercerait sa profession envers et contre tout, au mépris des lois et des on-dit, elle avait laissé son aimable langue le flatter de son admiration. Le jeune homme lui avait alors dit qu'il n'agissait que pour lui-même, que chacune des vies qu'il sauvait était un peu le reflet de la sienne et qu'il n'agissait donc ainsi que par pur égoïsme. Comment sauver quelqu'un pouvait-il apparaître comme un acte égoïste ? Même s'il le faisait pour se justifier aux yeux d'un éventuel Créateur, pour payer une dette de cœur ou de conscience, n'était-ce pas une forme de charité envers autrui ? Cela pouvait aussi bien être vue comme ce fameux échange équivalent dont il lui avait parlé juste avant...


- Changer leur destin ?

Azami n'avait pas saisit ce que le jeune médecin avait réellement sous-entendu. Évidemment, elle n'était pas encore dans ses confidences et peut-être ne le serait-elle jamais, mais elle avait du moins déjà commencé à comprendre que Liam avait un lourd passé, un fardeau sur les épaules, celui de la culpabilité, peut-être celui de la honte...Qu'avait-il donc à cacher ? Avait-il déjà tué ? Faisait-il tout cela pour se faire pardonner de n'avoir pas pu sauver un être cher ? Tant de réponses à cette énigme étaient possibles...Cela avait peut-être un rapport avec sa crainte de rencontrer quelqu'un ici, à son arrivée. Était-il donc vraiment recherché ? Par qui ?
Mais le jeune homme avait détourné les yeux et le ton de sa voix avait assez prévenu la Chinoise que ce terrain-là était aussi personnel que cruel. La belle avait donc pris le soin de ne pas insister sur ce point et de passer à autre chose. Elle aussi devrait patienter si elle voulait ouvrir quelques portes de son côté. C'était, à ses yeux, on ne pouvait plus normal. A chacun ses démons...

Le mépris des lois ensuite.
Un point commun qu'elle qualifierait presque d'essentiel à leur entente.
Liam avait sourit, avec un soupçon de sournoiserie sur le bord des lèvres, lorsqu'ils avaient abordé cette question. Ils se comprenaient. Tous les deux étaient en marges et contourner les lois était apparemment devenu pour eux autant une façon de survivre qu'une plaisante distraction. Exercer au nez et à la barbe du gouvernement des professions honnies et traquées par ce dernier avait quelque chose de jubilatoire. Azami lui rendit son sourire complice.


- Les moutons sont faits pour être tondus puis dévorés...

Oui, sur ce point, ils pouvaient apprécier leurs regards presque amoureusement liés dans l'insolence. Liam avait un petit côté mutin qui plaisait énormément à la maquerelle. Elle avait toujours détesté de se sentir obligée de faire la loi, sa propre loi, face à des gamins impossibles, mais cet homme-là lui semblait plus venimeux que rebelle. Peut-être se faisait-elle des idées, mais elle avait le sentiment que ses techniques d'empoisonneuse ne lui déplairaient pas...

C'est à cet instant qu'elle avait décidé que Liam serait son allié. Elle le trouvait follement amusant en plus de lui être utile. Elle n'avait pas connu d'aventure romanesque depuis quelques mois, elle s'ennuyait ferme et elle n'était par conséquent pas mécontente d'avoir trouvé-là un homme digne de son intérêt, même si c'était au milieu d'une histoire d'avortement. Le jeune homme s'était crispé à ses paroles alambiquées mais il s'était bien vite détendu lorsqu'il avait compris que la maquerelle acceptait son soutien. Le suspens avait tout bonnement été ménagé pour le faire mariner un peu. Derrière ce jeu, ils signaient maintenant un pacte, presque muet mais non moins réel : Liam était venu une fois sous la demande de la Chinoise, il lui avait ensuite proposé ses services sur le long terme et elle venait d'accepter. Le regard pétillant qu'il eut à cet instant transcenda la maquerelle. Elle ne le regretterait pas ? Intéressant...


- Je l'espère bien...

Azami sourit de plus belle. Mais il y avait encore tellement de choses à se dire...

A partir de cet instant, leur discussion dévia sur la contraception et le néo-malthusianisme, sujets presque politiques et religieux. Ils semblaient d'accord avec l'idée que l'abstinence était aussi stupide qu'impossible à tenir dans une société comme la leur. Azami fut muettement reconnaissante envers Liam lorsqu'il compatit pour ses filles et lorsqu'il adoucit son ton en parlant du risque zéro comme s'il voulait la rassurer et lui faire comprendre qu'il la soutiendrait toujours dans ce genre d'épreuve. Il semblait sincèrement touché par leur situation, même s'il n'en disait pas grand chose. Pour Azami, c'était une forme d'amabilité d'autant plus précieuse qu'elle ne la trouvait jamais chez ses autres clients. Peut-être était-ce grâce à son statut de médecin qu'il avait compris à quel point ces questions pouvaient être difficiles et cruciales pour les femmes, surtout les prostituées ? Qu'importe. C'était toujours plaisant de sentir que ce type de problèmes n'était pas ignoré de tous. Quelque part, cela rendait aux femmes de son statut une humanité qu'elles perdaient entre les mains des hommes, lorsqu'elles étaient réifiées pour leur bon plaisir. Cela faisait longtemps que la maquerelle n'avait pas abordé un tel sujet. Au fond d'elle, elle sentit un besoin irrépressible de se confier. Elle eut tout le mal du monde à se retenir.


- Mais, quelque part, la vie sans risque serait d'un ennui terrible, vous ne pensez pas ?

Ce fut murmuré derrière un fin sourire. Évidemment elle ne le pensait pas, c'était une phrase des plus convenues, comme pour parodier ce que dirait n'importe quelle catin à n'importe quel client en plein acte pour l'émoustiller d'avantage. Azami soupira.

Enfin les paroles portèrent sur leur mépris commun des charlatans et des alchimistes fous. Azami confia à Liam que l'origine de ses peurs était liée à un Alchimiste qui avait manipulé des chimères. De son côté, Liam lui répondit qu'il ne supportait pas ce genre d'individu. La Chinoise commençait à apprécier d'autant plus ce jeune homme qu'il semblait poser sur le sujet un point de vue semblable. Finalement, peut-être qu'il réussirait à effacer ses peurs dans le domaine alchimique ? Ses connaissances lui seraient toujours utiles, même si la maquerelle n'éprouvait toujours pas le besoin d'être renseignée sur ces pratiques.
Était-il si égoïste que cela ? Elle en doutait.
L'histoire qu'il lui compta par la suite, celle de cette petite fille sauvée de blessures horribles dans une ruelle, devenue amnésique alors qu'il avait réussi à la maintenir en vie grâce à son alchimie, cette petite qui s'était ensuite enfuie...n'avait-elle finalement prouvé à la maquerelle que tout égoïste qu'il se croyait il conservait tout de même une part d'humanité non négligeable ? Peut-être suffisait-il de la lui rappeler pour qu'il reprenne confiance en cette dernière ? En lui prouvant ainsi que tous les Alchimistes n'étaient pas aussi irresponsables que ceux qui manipulaient les chimères et que leur art ne servait pas qu'à des expériences tordues, il venait de prouver à Azami qu'il était capable de compassion pure et simple.

La jeune femme avait ainsi profité d'une pause dans leur discussion pour continuer à ranger ses affaires tout en lui répondant doucement :


- Ne vous en faites pas, les filles m'ont raconté quelques histoires plus terrifiantes, et aucune ne se termine par la résurrection de ceux qui baignent dans leur sang...Mais, monsieur Cooper, fit-elle en le fixant intensément, vous ne pouvez pas nier que vous avez sauvé cette fille pour du vent...Au fond, même si vous me dites que vous faites tout cela pour de l'argent ou pour votre rédemption personnelle, je ne peux m'empêcher de penser qu'il y a un cœur sous cet imposant poitrail...

Son regard de braise parcourut le torse de son invité avant de revenir brûler ses pupilles. Néo-malthusien ou pas, médecin ou pas, elle voyait bien que l'opium faisait désormais son effet. Il était temps de préparer Liam au sommeil. Lentement, elle termina son petit manège et, alors que la discussion louvoyait vers des concepts d'immortalité, elle souffla toutes les bougies de la chambre pour ne laisser que ses lampions rougeoyants. Au fil de leur entretien, le jeune homme avait montré de plus en plus de signe de faiblesse. Azami, elle, avait calculé cette chute depuis qu'elle avait allumé sa pipe et qu'il avait refusé de consommer quoi que ce soit, à part du thé. La belle Chinoise ne comptait pas dormir seule cette nuit et Liam lui plaisait assez pour qu'elle veuille dormir dans ses  bras. C'était aussi une forme de besoin qui s'opérait-là. Azami se sentait seule et cet homme avait quelque chose d'agréable dans le regard, dans ses mains et ses cheveux ébouriffés. Elle voulait en prendre soin le temps d'une soirée et se croire dans une nouvelle romance.
Ainsi, lorsqu'elle revint dans le dos de l'Alchimiste pour le masser lentement et le rattraper dans son affaissement, elle jubilait déjà derrière son maquillage de poupée en porcelaine...

L'immortalité...une folie... ?

Ses longs doigts continuèrent de malaxer tendrement les épaules du jeune homme tandis qu'il murmurait quelques mots.
Azami rit doucement de sa voix suave:


- Sage ? Moi ? Haha...Je ne sais pas ce qu'est la sagesse monsieur Cooper...

Sa bouche touchait son oreille, sa frange se mêlait à ses mèches rebelles. Azami allait lui susurrer de nouvelles choses mais elle se tue lorsque Liam l'interrogea sur l'opium. Un fin sourire étira ses lèvres.

- Un échappatoire temporaire...? Ce n'est pas un échappatoire pour moi...mon jeune ami...mais une prison...

Liam perdait visiblement ses moyens. Il était désormais complètement sous l'emprise de la drogue, au plus grand bonheur d'Azami qui le massait de plus en plus sensuellement. Il avait peur, c'était évident, comme tout ceux qui n'avaient pas l'habitude de se sentir ainsi mis à nu, sans défense, affaiblis par l'insidieuse substance qu'ils n'avaient pas désirée. Il perdait maintenant ses mots et le fil de sa pensée semblait réduit à une série d'associations d'idées. La maquerelle se rapprocha encore physiquement de lui, enlaçant ses épaules de ses bras entiers pour réfugier son nez dans son cou. Depuis combien de temps fumait-elle l'opium ? Question amusante. Elle qui devait avoir une dizaine d'années de plus que lui...Il aurait été indécent de chiffrer ce temps de malheur.

- Cela fait si longtemps Liam...si longtemps...

Le jeune homme se tourna alors pour la regarder. Azami recula un peu son visage pour lui permettre de la fixer sans loucher. Il semblait complètement déboussolé. Elle le sentait entre la volupté et le mécontentement, entre le bonheur et la peur. C'était toujours ainsi lorsqu'elle jouait avec ses clients. Aucun ne lui avait jamais fait de mal dans cette situation mais tous avaient eu des moments d'égarements presque burlesques.
Mais ce que Liam lui demanda alors perturba complètement la jeune femme. Qui prenait donc soin d'elle ? C'était une mère pour toutes ses filles mais elle, qui avait-elle réellement pour lui tenir lieu de mère ? Personne. Qui veillait réellement sur elle ? Toute sa « famille », toute l'Antre, mais cela suffisait-il ? Non...elle se sentait seule, toujours plus seule...
Cruelle vérité qu'elle prit de plein fouet. Troublé, son visage se déforma et sa bouche passa d'un joli sourire à une grimace ondulée. Elle était entourée de tant de monde et pourtant elle s'était toujours sentie seule...Pourquoi ?
Elle ne savait que répondre. Ses lèvres tressaillirent. Soudain, ces dernières furent accaparées, l'espace d'un instant, par celle du jeune homme. Son cœur s'arrêta net. La douceur du geste, sa chaleur, sa timidité la figèrent totalement. Pourtant habituée à se faire embrasser de toutes les manières possibles et inimaginables, la maquerelle ne s'était pas attendu à cela de la part du jeune médecin. Ce furent la situation, l'atmosphère, leur discussion toute entière qui donnèrent à ce baiser un goût particulier. L'opium avait certainement poussé le pauvre jeune homme à agir de la sorte, sans cela la belle doutait qu'il eût osé un pareil geste, mais en son cœur elle espéra, oui, que c'était de sa propre volonté, que c'était consciemment qu'il venait ainsi de lier ses lèvres aux siennes.

Le baiser fut bref mais il sembla à Azami qu'il avait duré une éternité. Tant de pensées se chevauchaient dans sa tête ! L'opium avait aussi un effet sur elle, même si l'alchimiste ne l'avait pas remarqué, cela la rendait plus voluptueuse, plus à même de désirer autrui, plus tendre aussi, quand ce n'était pas plus vive sur une courte durée.
Comme si un déclic avait décidé de la suite, la jeune Chinoise resserra ses bras autour de Liam et s'abaissa pour s'agenouiller au niveau de son pouf. Puis, elle passa par-dessus lui, pour se retrouver assise sur lui, en un face à face des plus érotiques. Elle lui saisit alors le visage et l'embrassa à son tour avec douceur, comme prise dans un élan aussi souple et ondoyant que la fumée qui disparaissait autour d'eux dans la demi-pénombre du lieu. Laissant ses épaules s'affaisser, ainsi que son kimono glisser lentement sur ces dernières, elle entreprit d'enlever à Liam son étrange manteau. Il l'avait remis après l'opération d'Evène et la maquerelle avait oublié de lui faire poser lorsqu'il s'était assis dans ici pour prendre un thé. Une fois que le manteau fut abandonné près du jeune homme, elle l'escalada un peu plus pour glisser ses longs doigts d'albâtre dans ses cheveux, comme pour lui saisir toute la tête, avant de coller sa joue contre la sienne. Elle soupira dans un gémissement à son oreille:


- Je n'ai besoin de personne...Mais toi...?

La Chinoise mordilla l'oreille de l'alchimiste tout en laissant ses mains s'agripper à son torse.

- Viens...

Lentement Azami se releva en prenant Liam par la main. Elle l'aida à se redresser et le poussa à se séparer du pouf. Avec douceur, elle le tira à elle, légère, souriante, voluptueuse à souhait. Elle enlaça encore le jeune homme et lui tourna autour sans jamais cesser le contact physique pour l'entraîner vers son lit à baldaquin. Enfin, après quelques baisers et murmures, elle le poussa gentiment sur le matelas rebondi qui s'offrait à eux et le laissa s'enfoncer de tout son poids dans les édredons qui le recouvraient comme une couche de coton moelleux. Elle lui enleva alors ses bottes et porta ses jambes pour l'aligner sur le lit avant de l'escalader à nouveau. Laissant son corps reposer sur le sien, elle plia une jambe pour adapter son anatomie à la sienne et harmoniser la position. Leurs bassins s'emboîtaient presque. Alors, Azami observa le visage de l'alchimiste. Il semblait terriblement fatigué et pourtant...heureux ? Peut-être...Tant mieux. L'opium l'avait presque complètement endormi. La jeune femme se mit alors à lui papouiller le cou, puis le torse tout en repoussant gentiment le moindre geste qu'il pourrait tenter d'esquisser vers elle. Elle faisait de petits mouvements avec sa bouche à la surface de sa peau et lui massait de ses doigts fins ses pectoraux et ses côtes. Inutile de déboutonner son haut sombre, ni son pantalon blanc : elle n'avait pas l'intention de l’exciter d'avantage mais bien de l'aider à sombrer définitivement dans la rêverie nébuleuse de son opium. Cela ne durerait pas très longtemps, quelques heures tout au plus, car il ne l'avait pas fumée directement, mais cela suffirait à ses desseins.

Lorsqu'elle fut certaine que Liam était tout à fait endormi, elle se redressa. Elle observa le visage du jeune homme avec un sourire maternel et l'embrassa sur une joue. Il était beau. Peu ordinaire, c'était vrai, mais plaisant à regarder. Il avait un air d'enfant, quelque chose de franc et de rebelle. C'était un homme plein de mystères et de charmes.
Sa main droite glissa alors le long des hanches de Liam et disparut dans sa poche. La Chinoise en tira une montre à gousset très élégante, toute d'argent, avec un symbole alchimique dessus : sa montre d'Alchimiste d’État. Ainsi Liam était-il au service de l’État...C'était bon à savoir, ou du moins à préciser. Cela pouvait être dangereux pour elle et son petit commerce...Et s'il la dénonçait aux autorités ? Continuant de fouiller le jeune homme, la maquerelle remis la montre en place et trouva un peu de monnaie. Souriant, elle ne la dérangea pas. Lorsqu'elle eut entièrement fouillé l'Alchimiste, Azami quitta le lit pour aller chercher son manteau. C'était une étrange pièce, coupée à trois quart du corps, avec quelques airs d'uniforme, comme pour la marine. Elle en fouilla la moindre poche et rassembla sur la table basse tout ce qu'elle y trouva. Près de ses gants noirs d'alchimiste, elle aligna ainsi des craies, une clé et un pistolet à percussion. Les craies devaient servir à tracer des cercles pour son alchimie, Azami savait comment cela se faisait, mais c'était bien la première fois qu'elle retrouvait cela dans les poches d'un de ses clients. Le pistolet semblait en bon état, il marchait, de cela elle était certaine aussi. Liam le conservait sur lui pour se défendre, sans aucun doute...Par contre, à quoi pouvait bien servir sa clé ? Était-ce la clé de sa maison ? Que pouvait-ce être d'autre ? Elle était seule dans ses affaires, aucune petite sœur ne venait troubler cette hypothèse.

Rien.
Liam n'avait rien d'intéressant sur lui.
Rien qui pouvait dévoiler quoi que ce soit de plus sur lui, sur ses habitudes, sa vie...
Des craies, une clé, un pistolet, une montre d'Alchimiste d’État...
La belle affaire !

Déçue, la Chinoise remit les objets dans les poches du manteau qu'elle posa sur le dossier d'un fauteuil. Au passage, elle enleva les munitions du pistolet avant de les glisser dans le tiroir d'une de ses commodes. Autant ne pas prendre trop de risques cette nuit.
Elle se dirigea ensuite vers une des draperies qui recouvraient ses murs et la frôla du bout des ongles. La tenture ondula et bientôt un homme sortit de derrière celle-ci. Il fit une courbette et interrogea sa maîtresse du regard.


- Préviens les autres. Je reste « seule » cette nuit.

Le ton de la maquerelle fut impérieux mais le serviteur cilla et hésita un instant. Il faillit ouvrir la bouche pour protester mais Azami lui colla une gifle tonnante.

- Depuis quand tu n'obéis pas du premier coup, Lin Fin!?

Le jeune homme, qui ne devait pas avoir la trentaine, un Chinois sans aucun doute aux vues de ses yeux bridés et de son teint, esquissa une nouvelle courbette d'un air contrit. Azami lui jeta un regard noir. C'était un des trois gardiens de sa personne, un garde du corps entraîné au combat, un chien prêt à mordre le premier qui oserait hausser la voix sur elle. Son rôle, derrière cette tenture, était de veiller sur elle jour et nuit, pendant ses repas, lorsqu'elle faisait ses comptes, lorsqu'elle se prélassait dans ses poufs à faire des origamis ou à chanter, lorsqu'elle s'habillait, lorsqu'elle s'ébattait aussi...C'était un des gardiens de son intégrité physique.
Il était rare, très rare, que sa maîtresse ne les congédie lui et ses collègues. En temps normal, il y avait toujours l'un d'entre eux derrière cette tenture et la maquerelle ne rougissait jamais de ce qu'un individu puisse l'observer à longueur de temps. C'était elle qui avait instauré ce système depuis qu'elle avait essuyé une attaque au couteau dans sa chambre, de la part d'un assassin envoyé par le gang de la « Perche d'or » avec lequel elle avait eu des problèmes liés à la vente d'opium.
Mais ce soir, elle avait décidé que Liam changerait son quotidien réglé comme du papier à musique.


- Aller. Dehors.

Le Chinois s'exécuta. Une fois que les portes de sa chambre furent refermées, Azami retourna près de son lit. Elle regarda Liam. Il avait l'air serein. Il allait ainsi dormir un moment, du moins le pensait-elle. Tranquillement, elle se dirigea vers l'un de ses paravents pour se débarrasser de son kimono de jour afin de revêtir celui de nuit. C'était sensiblement le même type de tissu, aussi souple et soyeux, aussi doux et agréable au toucher. La coupe était également semblable, aussi évasée, peut être même d'avantage, aussi légère et provocante. Mais il n'était pas agrémenté des mêmes motifs : au lieu de fleurs de cerisiers sur fond rouge, celui-ci était couvert de petite carpes dorées sur fond rosé. Les bordures étaient blanches, simples et élégantes, tout comme la ceinture qui fermait l'ensemble.
Puis la belle enleva de sa coiffure les fleurs de papiers, un nombre considérable de petites épingles, son peigne de tête également et ses deux longs pics à cheveux. Sa chevelure, libérée, lui arrivait jusqu'en bas du dos. Elle les brossa, lentement, murmurant une chanson de son pays natal.
Enfin prête, la maquerelle revint près de Liam. Elle avait ses deux pics dans les mains...
Elle monta alors sur le lit, passa par-dessus l'Alchimiste et l'embrassa sur le front avant de se pencher vers la table de nuit à sa gauche, celle qui serait la sienne pour la nuit. Elle posa dessus ses deux pics en prenant garde de tourner leur pointe vers l'extérieur pour éviter de se piquer en les attrapant, si elle avait le malheur d'avoir à les attraper...
De retour au-dessus de Liam, elle se mit à le tirer un peu vers le haut pour lui poser la tête sur un des oreillers qui équipaient la tête du lit. Puis, doucement, elle se plaça à sa gauche pour se coller à lui, allongée de tout son long. Elle passa son bras gauche par-dessus lui, pour l'enlacer de côté et posa sa propre tête sur son épaule d'homme.
Azami aurait pu le dévêtir et le glisser dans le lit, sous les couvertures, mais elle était las et, contrairement aux apparences, assez respectueuse pour ne pas risquer de l'indigner. Il dormait, ce n'était pas très équitable...Même si cela n'aurait pas été la première fois qu'elle force un homme à lui donner ce qu'elle voulait.
Mais que désirait-elle ce soir ? Dormir...Seulement dormir...accompagnée...

Bientôt, la jeune femme s'endormit elle aussi, heureuse de ressentir près d'elle une présence chaude et tranquille...
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Van Collins
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MessageSujet: Re: En dépit de ma rage, je reste comme un rat en cage [Van, Azami, Dorian] [02/04/42] Dim 23 Mar - 10:34



Terrassé.
C'était le mot.
Il n'avait plus conscience de ce qui l'entourait ni même de ce qu'il faisait. Son seul point de repère, c'était elle, Azami. Azami qui tourbillonnait autour de lui. Il lui semblait qu'elle l'avait aidé à se lever et à marcher, tout en le soutenant, pour le diriger vers son lit.
Dans un état second, comme s'il était prit d'une forte fièvre, il se laissa faire docilement, tout en essayant de se concentrer sur ce qu'il voyait pour ne pas s'écrouler, mais sa réalité lui apparaissait complètement flou et déformée. La distance qui le séparait du salon à la chambre lui parut soudainement interminable. Plus il s'approchait, et plus il avait l'impression que le lit s'éloignait. Quand au sol, il ne cessait de tanguer dangereusement sous ses pieds, le faisant s'avancer d'un pas mal assuré.
Mais elle, elle était là. Jamais, pas un instant, elle ne l'avait lâché. Pas une seule fois, elle n'avait rompu le contact physique. Lorsqu'enfin ils arrivèrent au niveau du lit, il s'y laissa tomber de tout son poids, complètement épuisé, et totalement vidé de ses forces. Ses paupières se fermèrent et sans qu'il eut à les ouvrir, il comprit que la belle chinoise était entrain de l'y étendre convenablement avant de lui retirer ses bottes. Il était totalement à sa merci, mais en avait à peine conscience.

Son esprit sombra presque aussitôt dans la plus grande obscurité. Il ne dormait pas pour autant, et à de brefs moments, il était parfaitement conscient de l'endroit où il se trouvait mais il était incapable de réagir, d'ouvrir les paupières ou de bouger. C'est comme si son corps bien trop lourd, refusait de lui obéir que ce soit pour ouvrir les yeux ou en esquisser le plus petit mouvement. Et puis à nouveau, l'obscurité l'avalait, bien décidé à ne pas le laisser s'échapper. C'est lors de l'un de ces rares moments de lucidité qu'une chanson parvint jusqu'à ses oreilles. Une chanson qu'il ne connaissait pas, dans une langue qui lui était tout aussi inconnue, portée par une voix féminine absolument ensorcelante, attirante et apaisante. Si les sirènes avaient une voix alors c'était forcément cette voix-là, s'était-il dit avant de sombrer à nouveau.

Lorsqu'il se réveilla, et que cette fois, il eut les forces d'ouvrir ses paupières, il sentit le contact d'un corps chaud contre le sien. Sans faire le moindre mouvement, son regard glissa sur sa gauche, où se trouvait une silhouette féminine. Azami était là, elle dormait paisiblement, blottit contre lui. Un sourire se dessina sur ses lèvres alors que son bras engourdit, s'enroula autour de ses fines hanches. Puis il referma les yeux et s'endormit à nouveau...

Lorsqu'il se réveilla enfin, il se sentait bien, il n'était plus dans un état comateux. Il était parfaitement reposé mais n'avait toutefois, pas la moindre envie de bouger. Combien de temps avait-il dormit ? Plusieurs heures ? Faisait-il encore nuit ou le jour s'était-il levé ? Il glissa son regard à droite, puis à gauche, mais ne vit aucune fenêtre qui aurait pu le renseigner. Il était vrai qu'ils étaient dans les sous-sols. C'était ici que vivait Azami. Dans un lieu confiné de tout, à l'abri des regards, mais également du soleil et de sa lumière. Quelque part, être ainsi privé de la lumière du jour, il trouvait cela triste. Elle lui faisait penser à une princesse enfermée dans sa tour d'ivoire, qui n'avait aucun moyen de s'en échapper. S'il devait prendre sa place, il ne le supporterait pas et deviendrait très vite claustrophobe. Il détestait les lieux clos comme celui-ci, où la lumière du jour était bannis, et il savait très bien d'où lui venait cette aversion. Des mines. Il leva sa main droite et se pinça le haut du nez pour se réveiller et chasser ce sentiment d'insécurité et de peur qui lui oppressait la poitrine. Cela sembla fonctionner, car il se calma aussitôt. Le passé appartenait au passé, il n'était pas dans l'une de ces galeries étroite, sombre, froide et humide, mais au fond d'un lit douillet en compagnie d'une des plus belles femmes qui lui eut été donné de rencontrer jusqu'à aujourd'hui. Son regard glissa sur la belle endormie qu'il tenait si précieusement dans ses bras. Elle avait dénoué ses longs cheveux noir, qui s'étalaient sur ses épaules et le long de son dos. Curieusement, il la trouvait encore plus belle ainsi, avec sa chevelure indiscipliné qui retombait sur elle, en cascade. Il était indéniable que tous les regards convergeaient vers elle lorsqu'elle attachait ses cheveux de manière si sophistiquée, pourtant, lui, la préférait au naturel. Son visage s'en trouvait incontestablement radoucit et rajeunit. Elle paraissait sereine, endormie ainsi dans ses bras. Il tourna son visage vers elle et y déposa un léger baiser sur son front tout en caressant ces longs cheveux d'ébène dans un doux va et vient.
Que s'était-il passé ? Il n'en n'avait plus le moindre souvenir. Etant donné qu'il portait toujours ses vêtements, il était tenté de dire rien, mais des images fugaces remontaient dans son esprit d'elle au-dessus de lui dans ce lit, échangeant des caresses et des baisers. Etait-ce un rêve ?
Ce qui n'en n'était pas un, et de cela, il en était sur, c'était ces deux baisers qu'ils avaient échangé. Celui qu'il lui avait donné et celui qu'elle lui avait rendu.

Alors que sa tête lui tournait, et qu'il perdait de plus en plus ses repères, il l'avait embrassé, tendrement, lentement. Azami avait pu sentir une légère hésitation dans son geste, car, même s'il avait succombé au désir qu'elle avait éveillé en lui, il ignorait, si ce baiser, était ce qu'elle souhaitait également. « Qui s'en soucierait ? Ce n'est qu'une prostituée ! » auraient ricané de nombreux d'hommes, Brain le premier. Pourtant, lui s'en souciait. Il ne voulait pas la forcer à faire quelque chose qu'elle ne désirait pas, et surtout, il ne voulait pas lui manquer de respect. Il avait attendu un signe de sa part pour s'emparer à nouveau de ses lèvres afin de partager cette fois un baiser beaucoup plus passionné que le premier. Lorsqu'il sentit ses bras se resserrer un peu plus autour de lui, et l'embrasser avec plus de ferveur, il sut, qu'il s'était inquiété pour rien. Puis, sans qu'il ne comprenne trop comment, elle s'était retrouvée assise au-dessus de lui.
Elle avait attrapé son visage entre ses mains et captura sa bouche à son tour avec tout autant de douceur. Ils échangèrent un nouveau baiser auquel il répondit ardemment, tout en la serrant un peu plus contre lui. Leurs bouches s'entrouvrirent et leurs langues se rencontrèrent. Il avait frémit tout en faisant glisser l'une de ses mains jusqu'au bas du dos de la jeune femme sans interrompre pour autant leurs baisers. Etait-ce l'opium qui le rendait si ivre de plaisir ? Car en cet instant, il se sentait tout simplement transporté de bonheur et d'allégresse. Lorsqu'il rompit à nouveau leurs baisers, ce fut cette fois, pour glisser ses lèvres dans le creux de son cou qu'il couvrit à son tour de baiser. Il fit glisser légèrement le pan de son kimono, juste assez pour dénuder son épaule droite afin de la mordiller légèrement, avant de remonter vers son visage, le regard enfiévré.
Loin d'être inactive, la belle asiatique, avait fait glisser le manteau de l'alchimiste le long de ses bras. Une fois qu'il en fut délesté, elle l'escalada un peu plus et il pu sentir ses doigts fin s'emmêler dans ses cheveux. Lascive, elle s'était penchée vers lui, leurs joues se touchèrent tandis que ses lèvres frôlèrent son oreille en gémissant qu'elle n'avait besoin de personne, mais.. qu'en était-il de lui ?
Le regard gorgée de désir, il se souvint s'être pensé, qu'en cet instant, il n'avait besoin de personne d'autre que d'elle, mais avait-il été jusqu'à avoir l'audace de prononcer ces mots, il était bien en peine de pouvoir l'affirmer ou le nier.
Dès lors, ses souvenirs se firent beaucoup plus vagues, il lui était impossible de démêler le rêve de la réalité. Avait-il rêvé cette chanson qu'il avait entendu ? Avait-il imaginé ces baisers et ces caresses échangés ? Est-ce que ces mots, qu'ils s'étaient murmurés, étaient réels ou fantasmés ?

Azami.
Son regard semblable aux immenses plaines de son Irlande natale glissèrent sur la belle endormie. Il se souvenait d'autre chose. Quelque chose qu'elle lui avait dit, et qui l'avait un peu désarçonné au début car il ne s'y attendait pas, mais qui lui avait réchauffé l'âme et le coeur. Il ignorait si ces mots prononcés étaient de la vile flatterie, ou si ils étaient sincères, mais en son for intérieur, il avait très envie d'y croire. La croire, lorsqu'elle lui avait assuré qu'il n'était pas quelqu'un de mauvais. Certes, elle ne connaissait pas celui qu'il avait été, mais il voulait s'imaginer que ce coté-ci de sa personnalité, n'était plus. Qu'elle avait définitivement disparue dans cette explosion. C'était ce qu'il voulait croire parce que ça l'arrangeait de penser ainsi, mais au fond, il savait pertinemment qu'il s'illusionnait.
Il était bien conscient que le sentiment de vengeance, de haine et de colère était naturel chez un homme, mais il n'aurait jamais dû laisser ces sentiments le dominer au point de lui faire perdre la raison. Au point de ne plus être capable de discerner le bien du mal. Il en était conscient, pourtant, il redoutait constamment de succomber à nouveau à ces démons et de faire un jour, à nouveau, les mauvais choix... Preuve que, contrairement à ce qu'il voulait croire, ses mauvais côtés feraient toujours parti de lui, et qu'ils ne disparaitraient jamais totalement. Mais cela faisait du bien d'être perçu différemment de ce que l'on était réellement.

Détachant son regard d'Azami, il tourna son regard vers le plafond qui s'étendait au-dessus d'eux.
Elle lui avait fait une autre remarque également, dont il se souvenait précisément, même s'il n'était plus très sur de la raison pour laquelle, ils en étaient arrivés là.


«la vie sans risque serait d'un ennui terrible, vous ne pensez pas ».

C'était ses propres mots.

Il avait levé son regard sur elle, et s'était contenté de lui adresser un faible sourire, sans répondre. Une vie sans risque était-ce si ennuyeux que ça ? S'installer, se marier, fonder une famille... c'était d'un banal et d'un commun, pourtant c'était quelque chose qu'il ne connaitrait probablement jamais, et curieusement, il en éprouvait un certain regret, alors que ce n'était pourtant pas quelque chose qui l'intéressait. Lorsque l'on sait que l'on peut avoir certaines choses et qu'il nous suffit de tendre la main pour les obtenir, elles paraissent si inintéressantes et si futiles. Aujourd'hui qu'il en était privé, il réalisait qu'au final, il avait beau les avoir snobé et raillé, il enviait un peu ceux qui avaient une vie banal. Mais s'il n'en n'avait pas été privé, mesurerait-il sa chance, ou est-ce que tout comme Neil Burnett, il estimerait que cela allait de soit et ne réaliserait même pas son bonheur ? C'était fort probable. Burnett, ce brave petit soldat.... celui qui avait été la cause de sa chute et de sa disgrâce, mais aussi, celui qui, sans le savoir, lui avait permis de se reconstruire.
Van avait des regrets, c'était indéniable, et s'il pouvait modifier le cours du temps, revenir en arrière et modifier certaines de ses actions, il n'hésiterait pas un seul instant. Mais voilà bien quelque chose qui n'était, hélas, pas, dans les compétences de l'alchimie. Aussi, devait-il faire avec et assumer ses erreurs, à sa manière. Pleurer sur ce qu'il ne possédait pas, ou sur ce qu'il avait perdu, n'était pas dans sa nature, l'essentiel était de se concentrer sur ce qu'il avait. Et au final, il n'était pas si démuni que ça, il possédait même beaucoup de choses. Il était en vie, il avait survécu, il était en un seul morceau et mieux encore il était libre. Libre de voir le soleil se lever, de marcher en ville, de continuer ses recherches, de faire de nouvelles rencontres, de se reconstruire... son regard se leva sur Azami. N'était-ce pas ça le plus important ?


- Quelque part, finit-il par admettre, j'envie les gens qui ont une vie banale et ennuyante, mais je suis certain que si j'étais à leur place, je ne serais surement pas content et je pesterais en rêvant d'une vie plus exaltante.

Cette éternelle insatisfaction, qui consistait à convoiter ce que l'on ne peut obtenir, sans savoir apprécier ce que l'on possédait déjà, était là aussi, bien le propre de l'homme, et à en croire, de lui en particulier. Pourtant, pour l'heure, en cet instant, Van savait apprécier le moment présent et à vrai dire, il ne l'échangerait pour rien au monde.

Sentant un regard posé sur lui, sa main, qui caressait la chevelure d'Azami, cessa son va-et-vient et resta suspendue en l'air, au-dessus de la tête de la belle asiatique. Tournant son visage vers la jeune femme, ses lèvres s'élargirent dans un grand sourire lorsque ses yeux croisèrent une magnifique paire d'yeux noisette qui le fixait, avec ce qui semblait être une lueur d'amusement. Se détachant, il se tourna franchement sur le côté en prenant appui sur son coude, afin de mieux lui faire face.


- Bonjour, fit-il avant de jeter un regard amusé autour de lui, enfin si tant est que nous sommes bien le jour. Bien dormi ?

Il leva sa main droite et dégagea une mèche de la jeune femme sans se départir de son sourire.

- J'aime beaucoup, fit-il en faisant bien sur allusion à ses longs cheveux noir qui avaient été libéré et qui reposaient sauvagement autour d'elle.

Elle était vraiment d'une beauté à coupé le souffle et il se sentait très chanceux. Avoir le bonheur d'un tel réveil l'avait mis de bonne humeur, voir même d'humeur taquin. Le sourire toujours malicieux, et les yeux pétillant, il reposa sa main droite devant son ventre, sur les draps, et rajouta

- A la base, j'étais parti pour te présenter mes excuses de t'avoir obligé à me traîner jusqu'ici et de m'avoir laissé partager ta couche mais finalement je n'en ferais rien. D'un part, parce que c'est de votre faute à toi et ton opium si je me suis écroulé aussi lamentablement, et d'autre part, parce que je ne suis absolument pas désolé, fit-il dans un sourire de petit garçon espiègle.

Oh ça non, il n'était absolument pas désolé, bien au contraire. Il regrettait beaucoup de choses dans sa jeune vie, mais certainement pas la soirée de la veille et encore moins ce réveil. Il se pencha vers elle, réduisant ainsi la distance qui séparait leurs deux corps et leurs deux visages. Ils pouvaient sentir leurs souffles respectifs caresser leurs peaux et respirer le doux parfum d'Azami, une essence réalisé à base de jasmin...

- Merci, murmura-t-il, en effleurant du dos de son index la joue de la jeune femme après l'avoir embrassé. Finalement on n'était pas si mal, seuls, tous les deux.

Se reculant légèrement pour reprendre sa place initiale, sans se départir de son sourire, il poursuivit.

- J'ai apprécié passer ainsi du temps avec toi. J'ai aimé cette soirée passée en ta compagnie, et nos discussions, même si... je ne suis plus très sur de moi en ce qui concerne la fin de celle-ci... J'espère n'avoir rien fait de honteux, bien que tout laisse à croire que je ne me suis pas mal comporté, sans quoi, je me serais réveillé n'importe où ailleurs, sauf ici, devina-t-il.

Il n'y avait aucun doute à ce sujet. Azami n'était pas sans défense, il était certain qu'elle ne se serait certainement pas encombré de sa présence s'il avait mal agit. Ce qu'il craignait c'était ce qu'il avait pu dire ou avouer sous l'effet de la drogue. Son regard se posa sur la jeune femme. Elle avait fumé l'opium, pourtant, s'il se fiait à ses souvenirs, pas un instant il ne lui semblait qu'elle en ait été la victime. Un constat qui ne devrait pas l'étonner, puisqu'elle avait plusieurs années de pratique et d'usage, derrière elle. Elle n'était pas immunisée, mais possédait, en tout cas, une plus grande résistance à ses vapeurs que lui, qui n'avait jamais fumé. Elle savait très bien les effets que l'opium aurait sur eux.
Soudain, le doute l'assaillit, et ses sourcils se froncèrent légèrement, se pouvait-il que.... non,... et pourtant...
Il avait certes sentit le piège se refermer sur lui, lorsqu'il avait réalisé que l'opium était entrain de prendre possession de lui, mais à aucun moment, il n'avait pensé qu'Azami ait pu prémédité tout cela. A aucun moment, jusqu'à maintenant.... Mais à présent qu'il avait les idées un peu plus claire, ses soupçons ne lui paraissaient pas si incongrus, bien au contraire. Mais, pourquoi aurait-elle fait ça ? Pour se protéger de lui ? Possible... Le doute était entrain de l'assaillir.


- J'ai la bouche un peu pâteuse, pourrais-je avoir quelque chose à boire ? Lui demanda-t-il

Alors qu'Azami s'extirpa du lit, il l'observa se diriger vers la cuisine, et constata qu'elle avait changé de kimono. Le rouge carmin avait laissé place à un tissu rose pâle délicat, sur lequel était brodé de petites carpes dorés. La ceinture blanche qui nouait son kimono, rappelait les bordures de ce dernier. Lorsque sa silhouette ondulante disparut derrière les teintures, il passa sa main sur son visage, puis retira les draps d'un geste de la main. S'asseyant sur le rebord du lit, il attrapa ses bottes et les enfila avant de se lever. En se redressant, il passa discrètement sa main sur la poche de son pantalon dans laquelle se trouvait sa montre à gousset en argent. Sa montre d'alchimiste d'Etat. Elle était toujours là, à sa place. L'avait-elle vu ? S'inquiétait-il pour rien ? Il lâcha un soupire lorsque son regard se posa alors sur un coin de la pièce tout au fond à sa droite. Dans l'angle, se trouvait un meuble auquel, à sa plus grande surprise, il n'avait absolument pas prêté attention à son arrivée.

- Tu as une bibliothèque ! Constata-t-il agréablement surprit, en se dirigeant vers cette dernière.

Un fois devant, il observa les divers ouvrages qui la composait. Aussi surprenant que cela puisse paraître, elle avait beaucoup d'ouvrages aussi variés qu'intéressants, qui dévoilaient les centres d'intérêts de la jeune femme.

- Savais-tu que l'on apprend beaucoup de choses sur les gens quand on s'intéresse à leurs lectures, fit-il en sans quitter les livres qu'elle détenait de son regard.

Ce fut sans surprise qu'il pu dénombrer de nombreux livres se référant au thé et à l'opium. Il remarqua également que certains ouvrages de sa collection étaient écrit en chinois, du moins, le supposa-t-il, s'il se fiait à cette écriture si particulière qu'il lui était impossible à déchiffrer, et qu'il trouvait fascinant.

- Des livres interdit ? Remarqua-t-il amusé en jetant un regard souriant dans sa direction.

Ces livres interdit par l'Etat de part leur contenu à caractère érotique, si difficile, pour ne pas dire quasiment impossible, à se procurer, et ce, même sur le marché noir. Or, elle n'avait pas réussit l'exploit d'en posséder un ou deux, mais beaucoup plus. Il se demandait bien comment elle avait fait. Van ne put s'empêcher d'esquisser un sourire admiratif. Décidément cette femme était pleine de surprise, mais ça lui correspondait bien : Contrebande et volupté, tout un programme, et, des plus alléchants.

- Tu les as tous lu ? Demanda-t-il avec malice en jetant à nouveau un oeil par-dessus son épaule, avant de reprendre son inspection.

Il découvrit ainsi un livre qui traitait de ces très curieux, mais non moins plaisant pliages que la belle chinoise faisait et qu'elle avait désigné sous le nom d'origamis. A coté, se battaient quelques ouvrages illustrés de gravures sur les animaux

- Tu aimes les animaux ? Demanda-t-il gentiment avant de s'attarder sur quelques titres de romans et de poèmes, qui étirèrent son sourire. Qui l'eut cru Azami, tu es une romantique ?

Il n'y avait là aucune moquerie dans le son de sa voix, bien au contraire. Après ce qu'elle avait du vivre, car il fallait être stupide pour songer que sa vie était facile, elle aurait pu devenir une femme froide et cynique mais pourtant, ce n'était pas le cas, elle avait su conserver une certaine part de rêve en elle, malgré les horreurs qu'elle avait put traverser. Il ne la respecta que plus.
La voyant revenir les bras chargé de son plateau, et estimant qu'il avait bien assez admiré sa collection, il la rejoignit et revint vers la table basse où il s'installa exactement dans le même pouf qu'il avait occupé la veille. Il la fixa alors de ses profonds yeux vert.


- Hier soir, je t'ai promis que tu ne regretterais pas de m'avoir accordé ta confiance, est-ce qu'il en ira de même pour moi ? Lui demanda-t-il d'une voix étonnement douce, en prenant la tasse qu'elle lui avait préparé, sans pour autant baisser son regard.

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, sa question était loin d'être innocente. De prime à bord, on pouvait prendre la question au premier degrés, telle qu'elle avait été posé, sans chercher plus loin. Mais Azami était bien trop intelligente et perspicace pour savoir que la question était loin d'être aussi anodine qu'il n'y paraissait, et son regard franc, qui la fixait sans faillir, ne pouvait que dissiper ses doutes, si toutefois elle en avait jamais eut un jour.
Tout d'abord, il voulait lui faire comprendre qu'il n'était pas dupe, et qu'il avait compris ce qu'elle avait cherché à faire. Prétendre qu'il se moquait de connaître les raisons qui l'avait délibérément poussé à le droguer, ce qu'elle cherchait à obtenir en faisant cela ou ce qu'il avait pu lui dire, serait faux bien sur, mais à la rigueur, ce n'était pas le plus important. La presser de questions, ou se montrer hostile, ne feraient que lui confirmer qu'il avait bien quelque chose à dissimuler. Or attiser d'avantages ses soupçons, si elle n'avait rien obtenu de lui, serait complétement stupide. Et si malheureusement, il avait laissé s'échapper quelques malheureuses vérités, ce dont il doutait quand même fortement, il n'aurait plus qu'à s'en prendre à lui-même, et à s'assurer que ses secrets soient bien gardés. L'un comme l'autre, ils devaient pouvoir se faire confiance, même si dans son cas, il avait conscience de jouer gros, car c'était sa vie, qu'elle tenait peut-être entre ses mains.

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Azami Monoko
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Date d'inscription : 12/03/2010
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Classe sociale : Aucune. Azami est riche mais n'a aucun titre.
Emploi/loisirs : Prostituée, teneuse d'une fumerie à Chinatown. Empoisonneuse.
Age : 31 ans
Proie(s) : L'argent. Le désir. L'amour.
MessageSujet: Re: En dépit de ma rage, je reste comme un rat en cage [Van, Azami, Dorian] [02/04/42] Sam 12 Avr - 0:17

A Chinatown, l'heure était aux changements.
Azami « la Divine », avait décidé de bousculer son quotidien en invitant dans sa chambre un étranger. Ce qui était nouveau, ce n'était pas qu'elle prenne la liberté d'un caprice tel que celui-ci, non, c'était le genre de petit délice qu'elle se réservait régulièrement. Mais qu'elle aie pu congédier son gardien alors qu'elle glissait entre ses bras, nul n'avait vu pareille chose se produire depuis l'instauration de son système de sécurité. Cela avait été un choc. Un choc volontaire, prévu par la maquerelle. Car, même si Liam aurait pu être remplacé par n'importe qui d'autre, Azami avait depuis longtemps planifié ce changement. C'était vital pour elle. L'ennui la prenait depuis quelques mois et cela n'aurait pu durer plus longtemps.
Liam. C'était sur lui qu'était tombé son choix, pour sa physionomie, sa voix, l'éclat de son œil, son utilité...qu'importe...L'engrenage tournait déjà.
Il était 1h du matin lorsqu'elle se laissa glisser auprès de lui. Il était 1h du matin lorsque tous les membres du personnel de l'Antre s'étaient mis sur le branle-bat de combat. Ce soir, c'était le début d'une nouvelle vie pour leur maîtresse, ils allaient donc devoir rester réactifs et se tenir prêts à accepter des instructions improbables. La meute flairait une brise inconnue, celle de l'aube, celle du renouveau. Peut-être que la belle maquerelle allait enfin quitter cette alcôve glacée qui l'enveloppait de ses murs inviolables ? Enfin, pour son plus grand bonheur et leur plus grand malheur, elle s'était trouvé une nouvelle occupation...
 

******************

Allongée sur le lit aux multiples draps et coussins moelleux, Azami enserrait Liam contre elle, comme une femme se réfugie auprès de son mari après une dure journée de labeur. Son nez, effilé comme un roseau, respirait dans son cou son parfum d'homme tandis que sa propre poitrine, doucement posée contre son bras abandonné pour elle, prenait peu à peu un rythme régulier.
Volupté quittait lentement la belle, laissant place à Morphée pour lui assurer un doux sommeil.

Pourquoi se priver d'une chaleureuse présence lorsque depuis trop longtemps on erre seule dans la souffrance ?

La jeune Chinoise avait choisi de passer la nuit avec cet homme. Était-ce un désir, un simple caprice ou une volonté de dominatrice ? Quoi que ce fût, elle l'avait bien vite obtenu. Liam, perverti par l'opium, quelques baisers et un doux soupir, s'était laissé faire comme un jeune chat perdu. Avides de sommeil et de caresses, ses membres s'étaient détendus pour accueillir contre lui l'étoffe soyeuse que revêtait maintenant sa jeune compagne improvisée. Ce soir, la drogue avait servi à le perdre. Cela aurait pu tourner en fâcheuse affaire...Heureusement pour le médecin, Azami n'avait tissé aucun dessein particulier le concernant. Elle avait seulement souhaité prolonger leur entretien, dormir en se prélassant aux côtés de quelqu'un sans risquer de se faire mordre. L'opium avait si bien fonctionné sur le jeune homme...

Azami tressaillit et se rapprocha encore de l'Alchimiste pour poser sa tête contre son épaule virile.

Toute à l'heure, alors qu'elle chantait une douce mélopée de Chine, emprunte d'une magnifique tristesse maternelle, elle avait laissé tomber son kimono carmin sur le sol, derrière ses paravents, pour glisser ses bras blancs dans la soie d'un autre, rose comme le tendre nénuphar d'été ou ses joues de poupée. Le tissu, léger et duveteux, avait frôlé sa peau à vif, hérissant chacun de ses poils jusqu'à la faire frissonner de plaisir. L'opium ne cessait de lui donner d'indiscrets désirs. Son échine avait tremblé d'excitation, la base de ses cheveux avait tiraillé son cou, ses doigts avaient atteint une sensibilité incroyable...

Elle se souvenait de ces baisers, de cette fougue...Oui, cette fougue ! Peut-être regrettait-elle d'avoir opté pour le sommeil plutôt que pour le déchaînement des sens ? Il était encore temps...
Son regard noisette observa le doux visage de Liam. Il dormait profondément.
Non...Il avait certainement encore besoin de motivations pour assurer leur accord. Il était trop tôt, bien trop tôt pour lui accorder semblable chose. Donnez une couronne à un manant, il reviendra vous en demander dix en vous menaçant avec ses frères, mais offrez-lui quelques pence et peut-être qu'il vous accordera son respect et son soutien en attendant mieux. Et puis...« la Divine » ne se contentait pas de peu. Qu'aurait pu lui apporter cet homme dans un état aussi lascif ?    

Sa ceinture blanche lui enserra la taille tandis qu'elle se tournait sur le ventre. Une sensuelle sensation l'envahit. C'était cette impression qu'elle aimait tant : celle des mains d'un homme sur ses hanches, celle de la prédation...Contre toute apparence, et malgré son passé incroyablement chargé en matière de violence physiques et sexuelles, Azami avait développé un besoin particulier de se sentir désirée au point d'être quelque peu brutalisée. C'était une forme de passion et d'abandon, un plaisir animal qu'elle adorait donner et recevoir. Cependant, elle n'était pas dénuée de tendresse, d'attention ou de douceur. Pour l'heure, elle s'étendait dans les draps comme une chatte se prélasse au coin du feu. Son corps, légèrement courbé en arrière, esquissait quelques frottements contre Liam, comme pour s'assurer de son moelleux.

C'était l'opium. Elle avait beau pouvoir encore tenir debout et conserver une conscience presque intacte, les effets de la drogue la rendaient affreusement coupable. Son désir était altéré, décuplé, et ses envies prenaient des formes qu'elle connaissait parfaitement, celle de la passion, celle de la dévoration des sens...
Non. Liam dormait et elle-même sentait que l'édredon la tirait vers les méandres de la nuit. Étirant ses jambes, elle se recroquevilla contre l'Alchimiste et l'enserra plus fortement. Ses cheveux, étalés en éventail sur son oreiller, laissaient son cou dégagé. La présence de Liam et la teneur de son sang lui donnaient des sueurs.  

Un peu plus tôt, alors qu'elle s'était assise devant sa commode pour défaire sa coiffure, son regard était tombé sur son miroir. Elle avait trouvé que ses yeux étaient vitreux et que son teint était plus pâle qu'à l'accoutumé. Elle avait l'air malade. Pourtant, elle se sentait bien, terriblement bien. Son corps était dans cet état étrange, perdu entre le désir de jouissance et la fatigue post-coïtal.
Ne le regretterait-elle pas ? Vraiment ?

Non...Leur discussion n'était pas terminée et il fallait jouer avec la patience du jeune homme si elle voulait avoir la certitude que leur contrat ne serait pas vain. Pour la première fois depuis qu'elle avait été attaquée par un membre du gang de la « Carpe dorée », elle ne désirait pas que l'on écoute ce qu'elle avait à dire ou à faire. Elle avait besoin de se confier, peut-être...Et cet homme, elle l'avait choisi sur un coup de tête, un pressentiment. C'était un risque à prendre, une volonté de briser son quotidien, un caprice, sans aucun doute. La vie commençait à l'ennuyer ferme.
Et puis, pour l'heure, pourquoi devrait-elle craindre un homme endormi ? Elle qui avait connu la rue, les supplices, les pires mensonges et les pires vices, pourquoi aurait-elle peur d'un jeune médecin de son acabit ? Elle était assez grande pour savoir à quoi s'attendre ! Et puis...elle savait parfaitement se défendre...

Mais pourquoi lui ? Pourquoi maintenant ? Était-ce le destin ? Le hasard ? La jeune Évène avait ramené cet étranger dans l'Antre à cause de sa santé, Azami l'avait trouvé à son goût, ils avaient de nombreuses choses à partager dans un commun besoin...Il était logique que leur association se fasse. Mais était-ce réellement tout ? N'était-ce pas aussi un jeu ? A force d'avaler des breuvages de plus en plus forts pour exalter des sens saturés, n'était-il pas naturel de souhaiter revenir à quelques bases pour retrouver l'essence même du goût ?

Ce fut ainsi, la tête emplie de questions sans réponses, de doutes et de désirs que la maquerelle s'endormit. Un sourire victorieux sur les lèvres, elle ferma les yeux, profitant de la chaleur de Liam.


******************

Ce fut quelques heures après, alors qu'elle rêvait doucement d'une esquisse qu'elle peignait à l'encre noire, que la jeune femme se réveilla en hoquetant. Elle avait la bouche pâteuse et l'estomac sans dessus-dessous. Azami quitta les bras de l'Alchimsite, se redressant sur son séant pour se ressaisir. La gorge sèche, elle toussa à plusieurs reprises avant de se lever pour aller boire de l'eau. Les lampions restés allumés jetèrent son ombre sur les tapis rougeoyants tandis qu'elle marchait lentement en titubant de fatigue. Son kimono glissait de ses épaules mais elle n'en avait cure, ses longs cheveux lui faisaient office de châle et puis, à quoi pouvait bien servir la pudeur dans pareille situation et quand une elle chaleur lui brûlait le front ? Arrivée dans sa salle d'eau, la maquerelle bu un peu dans l’anguillère qu'elle tenait toujours pleine pour remplir la bassine de sa toilette ou pour verser dans ses théières. La jeune femme fut alors prise d'une quinte de toux affreuse qui l'obligea à se pencher en avant. L'opium lui avait donné la nausée, comme cela lui arrivait régulièrement après une telle dose. C'était un des effets indésirables de la drogue. Elle retournait l'estomac et donnait mal au crâne pendant des jours si l'on n'était pas habitué. Azami, elle, l'était, mais cela n'empêchait pas son corps de rejeter la substance lorsqu'il jugeait que s'en était trop.

Après quelques difficultés pour reprendre son souffle, la jeune femme se passa un peu d'eau sur le visage et songea qu'elle avait faim. Un bout de pain et quelques pommes jaunes et rouges trônaient sur un plateau. Elle saisit un des fruits et croqua dedans à pleines dents. L'acidité et le sucre coulèrent dans sa gorge comme un remède miraculeux. La jeune chinoise se laissa tomber dans un pouf de la chambre pour savourer le fruit avec paresse. Son délicieux nectar calma ses désagréables aigreurs.
Alors qu'elle dévorait ce petit don de quelque jardin d'Eden, son regard ne cessait de revenir sur le lit où Liam dormait d'un sommeil agité. Le pauvre homme allait certainement lui en vouloir...Après tout, il avait peut être d'autres clients à voir dans la soirée ? C'était trop tard...Et puis, de toute façon elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'à partir du moment où son désir avait la possibilité d'être satisfait, c'était naturelle qu'elle passe en premier, sauf si ses filles étaient impliquées dans l'histoire. Laissant le trognon sur la table basse, la jeune asiatique regagna le lit où elle se glissa doucement pour éviter de réveiller son hôte. Sa nuit reprit plus tranquillement et ses songes se firent plus brumeux.


******************

Lin Fin qui lui demanda du thé avec un sourire d'enfant. Elle le lui offrit gentiment avant de se mettre à lui apprendre à faire des grues en origamis. Le jeune homme se mit à plier le papier rouge et or qu'elle lui tendait. Il n'était pas très doué, il froissait le papier sans réussir à appliquer quoi que ce soit sur lui, mais ses yeux verts luisaient d'un éclat d'émeraude. Elle eut envie de lui toucher les cheveux. Il était nu, elle aussi, la vapeur de l'eau froide jetée sur les pierres brûlantes les environnait comme pour dissimuler leurs corps indécents. Évene surgit soudainement de la brume et lui demanda de l'aide. Son visage était balafré d'une grande fente sanglante. Pourquoi ?! Azami saisit un de ses pics à cheveux et le planta dans la gorge d'un homme en costume qui lui servait du vin. Le hurlement qu'il poussa lui vrilla les tympans. Il la maudissait. Elle partait avec sa cassette d'argent. La nappe s'envola. Un verre éclata.

Azami se réveilla en sueur. Quel rêve idiot ! Contre sa hanche, elle sentit une pression. C'était Liam, il l'avait enroulée sous l'un de ses bras. Quelle doux contact !
Poussant un soupir, la Chinoise se laissa de nouveau aller au sommeil. Au Diable ces stupides images !


******************

Lorsqu'elle rouvrit les yeux, son regard tomba immédiatement sur la nuque de son jeune compagnon. Liam était réveillé. Cela faisait combien de temps qu'il s'était ainsi redressé pour réfléchir ? Sa chevelure ébouriffée lui donnait un air rebelle et enfantin, c'était amusant. Azami sourit. Elle se sentait mieux, elle avait réussi à dormir un peu et le confort de son lit n'était plus à prouver.
Le médecin dû sentir qu'elle le regardait car il se retourna lentement, un grand sourire sur les lèvres. La maquerelle cligna des paupières tandis qu'il la saluait tranquillement. Lorsqu'il passa ses doigts dans ses longs cheveux noirs lâchés sur l'oreiller, elle ne bougea pas. Lui répondant dans un soupir, elle s'étira un peu :


- Bonjour...Oui. Il doit être..environ 10h, si ce n'est plus...

Sa question lui fit lever un sourcil. Avait-elle bien dormi ? Non. Inutile de mentir, mais pourquoi lui répondrait-elle ? Après tout, cela devait se voir sur son visage. L'opium avait troublé ses songes, sa présence également, car même si elle était habituée à dormir avec quelqu'un, cela faisait deux semaines qu'elle dormait seule...Mais à quoi bon palabrer sur semblables banalités ?
L'air amusé qu'afficha Liam et son regard candide la fit oublier ces pensées. On aurait cru qu'un sale chenapan s'était introduit dans son lit et qu'il s'apprêtait à lui faire quelques blagues. C'était amusant. Liam paraissait enfin se montrer sous son vrai jour. Son tutoiement indiqua à quel point il s'était détendu...Avait-il donc pris confiance en lui au point d'en oublier les bonnes manières ? Ha ! Que pouvait-elle attendre de toute façon ? Ne l'avait-elle pas cherché ?

Liam se rapprocha d'elle pour lui caresser la joue. Le délicieux petit insolent...

Alors qu'il semblait tenter de rassembler ses souvenirs concernant la veille, Azami s'étira encore en gémissant un peu avant de se redresser complètement. Elle lui jeta un regard presque mesquin lorsqu'il évoqua la possibilité qu'il ne se soit pas réveillé en ces lieux s'il avait osé avoir quelques gestes déplacés à son encontre. Ho oui il avait bien compris le fonctionnement de la maison...


- Honteux ? Haha...Qu'auriez-vous pu faire de « honteux » en ces lieux monsieur Cooper ? Dit-elle en riant franchement.

La maquerelle se pencha en avant pour étirer ses longs bras le longs des hanches du jeune homme. Elle l'enserra, doucement, laissant glisser ses mains sur ses cuisses dans un mouvement des plus sensuels pour s'y appuyer tout en rapprochant son visage du sien.


- Aurais-je donc affaire à un enfant qui se rend compte qu'il a franchi quelques interdits? Comme c'est charmant...

Liam semblait réfléchir. Azami le sentait perturbé. Doutait-il réellement de ses actes ? L'opium pouvait effacer quelques souvenirs mais de là à lui ôter ceux qui auraient pu être liés à quelques folies la concernant...c'était cruel que de le penser ne serait-ce qu'un instant. Elle ne fut presque piqué dans sa fierté.

Ha ? Sa bouche était pâteuse ? La sienne aussi...Oui...Autant préparer le thé, cela éviterait quelques paroles venimeuses.
Elle se leva, posant ses pieds nus sur les tapis moelleux de la chambre. D'un geste calculé, elle remit son kimono en place pour éviter que ses formes ne se révèlent d'avantage à son hôte.


- Cela est bien cruel de m'accuser...Un médecin devrait pourtant savoir que dans une fumerie d'opium il a peu de chance de s'en sortir sans y goûter...

Tout en s'éloignant d'un pas leste, elle laissa son rire cristallin accompagner ses pas sur le sol duveteux.

- Ho si...Liam...Vous vous êtes mal comporté...et vous le savez...

Abandonnant le jeune home sur ces mystérieuses paroles destinées à le perturber d'avantage, la Chinoise s'empara du trognon de pomme qui était resté sur la table basse et s'éclipsa dans sa petite cuisine pour faire chauffer du thé et préparer quelques biscuits au gingembre.
Pendant qu'elle installait un plateau, elle entendit l'Alchimiste s'exclamer devant sa bibliothèque. Ha oui...ses livres...Aucun client ne s'y était jamais intéressé jusqu'à présent. Seules ses courbes et ses richesses les avaient toujours motivés, jamais sa personnalité, ou si peu. Les seuls qui avaient pris le temps de consulter sa bibliothèque avaient aussitôt sorti les ouvrages les plus licencieux qu'elle possédait avant de demander à appliquer les estampes qui y figuraient.

De retour dans la chambre avec son plateau, Azami masqua ses amers souvenirs derrière un sourire de circonstance. Liam lui tournait le dos, trop occupé à observer la tranche de ses livres. Elle posa le plateau sur la table basse et fit infuser le thé, avec tout l'art qui lui avait été transmit depuis son pays natal. Le laissant fumer, elle rejoint l'Alchimiste devant la bibliothèque. Il n'avait pas encore lâché les ouvrages et il venait de découvrir quelques uns de ces petits bijoux de luxure qu'elle conservait précieusement.
Promenant ses doigts sur ses épaules comme s'ils avaient été de petit funambules de crique, elle fit vibrer sa voix suave à ses oreilles:


- Des livres interdits...oui...Qu'attendiez-vous donc d'une femme telle que moi ?

Le regard malicieux que lui lança le jeune homme plut particulièrement à la maquerelle qui lui sourit d'un air vicieux.

- Bien sûr que je les ai tous lus... Le temps est parfois long sous terre... Et puis...c'est une forme...d'apprentissage...d'entraînement... Cela maintient parfois éveillé...

Son regard s'attarda à son tour sur les tranches des livres qui s'offraient à eux. Elle y retrouva quelques uns de ceux qu'elle gardait pour leurs images érotiques qui auraient offusqué le plus pervers des hommes. Ses lèvres s'étirèrent légèrement lorsqu'elle se souvint d'une d’entre-elles particulièrement bien détaillée. Oui...ces livres la conduiraient droit à la potence s'ils étaient trouvés. La plupart venaient de Chine et elle les avait fait parvenir jusqu'ici avec l'opium dans des conditions fort peu honorables...
Mais Liam avait bien vite tourné son regard vers d'autres livres. Ceux sur les animaux notamment. Ceux sur les origamis également. C'était assez inattendu et Azami en fut perplexe quelques minutes. Mais lorsque le jeune homme s'enquit de ses goûts, elle haussa les épaules en minaudant :


- Les animaux...le papiers...la romance...le sexe...n'est-ce pas finalement toujours la même chose ? Une forme d'auto-satisfaction, le plaisir des belles choses...

Un sourcil levé, elle rit sur ces obscures paroles et laissa Liam se diriger vers le thé tandis qu'elle revenait vers sa table de chevet. Pendant que le médecin s'installait pour profiter de ce petit-déjeuné improvisé, la maquerelle saisit avec précaution ses deux pics à cheveux et revint vers le jeune homme. D'un geste, elle releva sa chevelure d'ébène pour y planter l'un d'eux avant de faire un mouvement du poignet avec le second pour fixer sa coiffure. Ainsi, elle se sentait plus à l'aise. Non seulement ses cheveux ne risqueraient pas de plonger dans le thé mais en plus elle se sentait plus à même de continuer cet entretien ainsi secrètement armée. Quelques mèches rebelles tombèrent de son chignon en grappe pour encadrer son visage de porcelaine. Tortillant la mèche la plus longue pour la glisser derrière son oreille droite, elle se laissa ensuite couler dans un pouf pour faire face à Liam.

Ce dernier sirotait son thé d'un air contrit. Que lui arrivait-il ? Cette nuit imprévue le dérangeait-il donc à ce point ? Était-ce un de ces dandy qui ne sont que paroles et se dérobent au moindre manquement à la bienséance ? Ce serait fort dommage...Les livres lui avaient-ils donc révélé quelque chose de déplaisant ? A quoi s'était-il donc attendu ?

Finalement, ce qui titillait l'esprit du jeune homme ne tarda pas à frôler ses lèvres : le manque de confiance, la peur d'être trahi...Il voulait des preuves de sa bonne foi pour que leur entreprise fonctionne.
Azami soupira, visiblement déçue, secrètement exaspérée :


- Ne vous ai-je pas dit que je souhaitais vous faire confiance ? L'inverse ne serait-il pas évident ? Plongeant son regard dans celui de l'Alchimiste, la jeune chinoise se fit plus sérieuse que jamais. Un soupçon de menace résidait maintenant dans l'éclat de ses yeux redevenus froids. Que pourrais-je bien vous prendre de si important ? Êtes-vous un de ces puceaux dont la frigidité défierait même les lois les plus naturelles ? Non...

Azami reposa sa tasse sur la table d'un air tendu. On aurait cru qu'elle se contenait de la lui jeter au visage. Le regard baissé dans le liquide brûlant, elle resta ainsi quelques minutes avant de lâcher la petite porcelaine. Ses yeux revinrent dans les siens et, soudain, elle se leva pour le rejoindre sur son pouf. Ainsi, si proche, si intensément présente, elle lui souleva le menton du bout de l'index avant de frôler de ses lèvres les siennes. Son autre main se tortillait autour d'une de ses manches de chemise avec un soupçon de nervosité.

- Vous connaissez mon trafic, vous savez où je réside, vous avez déjà eu la vie de mes filles entre les mains, la mienne aussi...Que vous faut-il de plus comme preuve de confiance Liam ? Maintenant vous savez même ce que je lis...Qu'ais-je donc de comparable sur vous ? Rien...N'est-ce pas ? Et ce serait vous qui auriez le plus peur ? Ne me faites pas cet affront...

La maquerelle s’empara des lèvres du médecin et l'obligea à reposer sa tasse pour éviter qu'ils ne soient ébouillantés tous deux. Ses deux mains saisirent brusquement son visage pour le maintenir contre le sien et le baiser cessa presque aussi brutalement qu'il avait commencé.

- Qu'ai-je donc ? Répéta-t-elle dans un murmure à la fois voluptueux et agressif. La promesse d'une médecine pour laquelle je pourrais faire appel à un autre ? De vagues et détestables allusions à l'Alchimie... ? Qu'ai-je d'autre de toi, Liam ? Qu'ai-je d'autre ? Où est cet « échange équivalent » ?

Le culot dont venait de faire preuve le jeune homme avait remonté Azami qui, pour laisser libre court à sa colère, avait choisi de privilégier son désir plutôt que ses nerfs. L’Alchimiste pouvait d'ailleurs s'estimer heureux qu'elle ne le mette pas dehors sur le moment et qu'elle préfère continuer de lui tourner autour pour assurer leur future collaboration plutôt que de le poignarder là maintenant. Il aurait suffit d'un mot pour le faire égorger dans un coin...Il en savait trop pour qu'elle ne prenne plus de risques inutiles. Il devait choisir maintenant s'il continuait dans la voix qu'ils avaient choisi la veille ou s'il la trahissait. Après tout, n'avait-elle pas été jusqu'à lui offrir une douce nuit dans ses bras en tout honneur ? Quel ingrat...

Tout en l'embrassant avec de plus en plus de fougue, la Chinoise continua ses remontrances :


- L'équilibre n'existe pas encore encore nous. Dis-moi...Dis-moi ce que j'ai de toi ? Dis-le moi...

Cette fois, la jeune femme déboutonna la chemise de Liam. Tout en l'embrassant à la française, elle plongea ses doigts dans sa chevelure folle pour les crisper à leur racine. Elle avait presque envie de lui faire du mal, à ce petit prétentieux...Comment osait-il lui demander plus de confiance alors qu'elle semblait à sa merci depuis la veille ? Quoique son propre point de vue puisse lui donner comme impression, du sien elle se retrouvait presque à devoir punir un enfant qui avait vu une partie des coulisses interdites d'un chapiteau ouvert au public et qui en demandait plus pour être certain que ce n'était pas une illusion. C'était si agaçant !

Mordillant l'oreille du médecin, la maquerelle glissa ses mains sur son torse pour le pencher en arrière et l'allonger sur le tapis. Ses lèvres redescendirent sur sa bouche.

Non...Elle ne le voulait pas, pas maintenant. Si elle cédait maintenant à ses pulsions, elle aurait l'impression de perdre une bataille qu'elle avait prévu de gagner plus tard. Quelle idée !

Séparant leurs bouches et leurs corps, Azami se dégagea soudainement de Liam pour se relever complètement, dominant de haut le jeune Alchimiste. D'un geste de la main, elle réajusta l'un de ses pics d'acier dans sa chevelure sauvage. Jetant un regard noir à l'Alchimiste, elle sentit que sa bile devenait amer. Pourquoi avait-il remis en question sa parole dans pareil contexte ? C'était si blessant!
Elle passa le dos de sa main droite sur le coin de ses lèvres comme pour les essuyer suite à une morsure.


- J'ai bien plus à perdre que toi dans cette affaire...Ne me le fais pas regretter ou je te tuerai.

Sur ces paroles glaciales, elle posa son regard sur la table basse et sourit.

- Je crois que vous feriez bien de finir ce thé avant qu'il ne soit froid, monsieur « Cooper ».

Son ton avait une touche de mépris mêlée à un regret flagrant. Azami était prisonnière de ses peurs, prisonnière de son rôle. Ce petit jeu pouvait encore bien mal tourner...
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Van Collins
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MessageSujet: Re: En dépit de ma rage, je reste comme un rat en cage [Van, Azami, Dorian] [02/04/42] Dim 20 Avr - 16:33


L'opium était bien plus redoutable qu'il ne l'avait cru. Elle l'avait littéralement foudroyé. Si on avait voulu le faire tomber dans un piège, et le laisser à la merci de ses ennemis, on n'aurait pas pu mieux s'y prendre. Lui retirant toute volonté, toute capacité d'action et de réflexion, il s'était retrouvé aussi démuni qu'un enfant le jour de sa naissance, et aurait été bien en peine de se défendre. Pourtant paradoxalement à ce sentiment d'impuissance, il s'était senti étrangement bien, détendu et apaisé. L'opium avait eut sur lui des effets aussi contradictoires que surprenant.
Bien sur, il n'était pas naïf, il connaissait parfaitement les effets de l'opium sur l'organisme, et c'était la raison pour laquelle, il évitait toujours soigneusement le fumoir dont l'air, de ce lieu clos, était un concentré de vapeur d'opium émit par plusieurs consommateurs. Il ne faisait aucun doute pour lui qu'il n'y tiendrait pas cinq minutes avant d'être foudroyé, surtout lorsque l'on voyait dans quel état l'avait mis la fumée émise par une seule personne. IL ne pensait pas d'ailleurs, qu'il y serait aussi sensible. Ou alors, était-ce tout simplement lui qui n'avait aucune résistance ? Si tel était le cas, voilà un constat bien gênant.  
Mais cette personne, se doutait-elle des conséquences que cela aurait eut sur lui ? Probablement. N'était-elle pas la maitresse de ces lieux ? De ce concentré de plaisir et d'extase orgasmique qu'il soit charnel ou non.
La question était plutôt de savoir si c'était prémédité, intentionnelle ou accidentelle ? Pouvait-il lui faire confiance ? Si elle l'avait piégé de cette façon, à quoi devrait-il s'attendre la prochaine fois ?

Néanmoins, même si cette situation n'était pas de son fait, s'il était le seul responsable de son état, pourrait-il lui, pour autant, lui faire confiance ? Il en doutait.
Jamais encore, aussi loin qu'il se souvienne, Van n'avait accordé sa confiance à qui que ce soit. Préférant de loin, trahir plutôt que d'être trahit. Stefan et Brain n'en n'avaient-ils pas fait l'amer expérience ? Mais justement, n'était-ce pas ce genre d'erreur, qu'il ne devait surtout pas répéter ?
Bien que méfiant, le médecin avait envie de faire confiance à Azami. Et ce, même s'il y avait quelque chose de dangereux qui émanait d'elle, ce qui, précisément, la rendait encore irrésistiblement plus attirante. Alors pourquoi elle ? Parce qu'il ressentait le besoin de pouvoir compter sur quelqu'un ? Peut-être. Parce qu'ils avaient des objectifs communs ? En partie. Parce qu'ils se ressemblaient ? Probablement.

Mais pour l'heure, l'ambiance douillette et complice qui avait suivit leur réveil, s'était considérablement refroidit depuis quelques minutes. Comme il s'en doutait, elle avait très bien comprit le sens de sa question, et ça l'avait contrariée, pire que ça, offensée. Et elle ne cherchait nullement à s'en cacher, bien au contraire. Mal contenue, elle ne demandait qu'à laisser exprimer son indignation, d'être ainsi l'objet de ses soupçons.

Pour Azami, il allait de soi que si elle s'en remettait à lui et lui accordait sa confiance, c'est que la réciprocité était forcément de mise. Il pouvait lui faire confiance tout comme elle s'en remettait à lui, et elle ne comprenait pas, qu'il puisse revenir sur le sujet avec de telles appréhensions, mettant par delà, sa parole en doute.
Si pour elle, ce principe semblait être une évidence, pour lui c'était très loin d'être le cas. Sur un ton pincé, elle lui avait demandé ce qu'il craignait tant de perdre. Que pouvait-elle bien lui prendre, lui qui semblait ne rien posséder ?
Ce qu'il avait à perdre ? Bien plus qu'elle ne pourrait l'imaginer. Néanmoins, il choisit de ne pas lui répondre, se contentant de soutenir son regard noir qui s'était fait aussi tranchant qu'une lame. Finit le petit regard noisette pétillant et sensuel. Il venait d'éveiller sa colère et le volcan menaçait d'exploser à tout moment.

C'est par les mots qu'elle choisit de répliquer et d'attaquer, le mouchant avec une aisance déconcertante. Elle s'était sentit offusquée par les soupçons qu'il lui portait ? Dans ce cas, ils étaient désormais à égalité car il n'avait guère apprécié pour sa part, sa remarque venimeuse qui lui demandait s'il n'était pas l'un de ces puceaux dont la frigidité défierait les lois de la nature. Vexé, il l'avait fusillé à son tour du regard. Après l'avoir comparé à un enfant un peu plus tôt lorsqu'ils étaient tous deux allongés dans le lit, voici qu'elle récidivait, mettant cette fois sa virilité en doute.
En réponse à son regard coléreux, elle eut un geste qui, l'espace d'un court instant, lui fit croire qu'elle allait lui jeter le contenu de sa tasse au visage mais heureusement pour lui, elle n'en fit rien. A la place, elle posa la tasse sur la table basse, mais, à la manière dont elle cogna la fine porcelaine contre le meuble lorsqu'elle la déposa et la fureur qui émanait de tout son être, lui indiquèrent que leur affrontement ne faisait que commencer. Ils se retrouvaient à présent dans la même position que la veille au soir, à se défier à nouveau. Mais cette fois, la tension était beaucoup plus palpable et avait monté d'un cran.
Alors qu'il s'attendait à ce qu'elle explose, ce qu'il n'aurait surement pas manqué de faire non plus, contre toute attente, elle se leva, pour le rejoindre, souleva son menton et... ses lèvres rosés se mirent à frôler les siennes. Ce doux contact lui fit presque oublier sa contrariété.

Son geste l'avait plus que surprit, il s'attendait à tout, sauf à ça, toutefois c'était loin de lui déplaire. Surprenant, certes, mais pas désagréable pour autant, même si, il n'en doutait pas, c'était loin d'être fini. Cela ne faisait même que commencer.
La maquerelle lui fit alors remarquer qu'il savait un peu près tout d'elle. Que cela soit de son commerce, en passant par son lieu de résidence jusqu'à ses lectures. Elle n'oublia pas non plus de mentionner, qu'il avait eut la vie de ses filles entre ses mains, ainsi que la sienne, lorsqu'elle dormait dans ses bras, pas plus tard que cette nuit. Il devait reconnaître qu'elle n'avait pas tort si l'on se plaçait de son point de vue à elle. Mais l'inverse était tout aussi valable. Il était entrée dans l'antre des anges qui n'était autre que son domaine. Il était sur son terrain. Qui pouvait lui certifier que les hommes qui étaient à son service et qui veillaient à son bien être et à celui de ses filles face à des clients mal attentionnés, l'auraient tranquillement laissé s'en aller sans qu'il puisse être inquiété, si Evène avait périt ? Rien et personnellement, vu combien Azami était attachée à ses filles, il en doutait. De plus, cette nuit, il avait probablement été bien plus sans défense qu'elle, puisque selon toute vraisemblance, elle n'avait pas été victime de l'opium.

Elle prétendait également qu'il la connaissait bien mieux qu'elle ne le connaissait. A ce sujet, elle n'avait pas totalement tort. Bien sur, une femme aussi complexe ne se limitait pas à toutes ces petites choses qu'il avait découvert à son sujet. Elle faisait des origamis ? Un thé succulent ? La belle affaire. Elle possédait des livres interdits que la morale réprouvait et qui pourrait la condamner ? Elle faisait du commerce de la drogue et du sexe ? Parlait et lisait le chinois ? Rien de surprenant. Toutefois, tous ces petits rien, lui avait permis déduire de nombreuses choses la concernant. Tout d'abord Azami était une personne d'une grande patience et il pouvait même rajouter qu'elle était minutieuse. Il ne s'y était jamais essayé, mais vu la complexité de ces pliages, il ne doutait pas qu'il faille être doté de ces deux qualités pour pouvoir réaliser de tels figures en origamis, et nul doute, que ces deux qualités, n'étaient pas uniquement exploitées lors de ces petits loisirs. De la patience et de la minutie, il en fallait, à n'en pas douter, pour régner sur Chinatown, et gérer d'un main de fer, l'antre des anges. Tout cela ne s'était pas construit en un jour. Elle renvoyait l'image d'une femme forte et indestructible, intimidante même, pourtant lui, avait entrevue une certaine vulnérabilité derrière cette carapace qu'elle s'était forgée. Ce n'était pas quelque chose qu'elle laissait entrevoir facilement mais c'était bien réel. De même, à l'en croire, elle n'était pas aussi riche et puissante qu'on pouvait l'imaginer, mais il n'en demeurait pas moins, que son influence était notable, et qu'elle était de celles avec qui il fallait compter. Pour preuve, n'arrivait-elle pas à se procurer de l'opium et une collection importante de livres interdits ? Seul un réseau fiable et efficace, pouvait lui permettre d'acquérir ce qu'elle convoitait sans être inquiétée. Au final, elle avait raison, il en savait peut-être bien plus sur elle, que elle sur lui.

De quoi avait-il peur ? Bonne question. D'être découvert et identifier ? Ce n'était pas ce qui l'inquiétait le plus, en réalité, c'était plutôt les conséquences que cela engendreraient qui l'effrayait. Etre arrêté, incarcéré, exécuté. Mais c'était idiot et stupide. Il était censé être mort, personne ne le connaissait, et à force de se montrer trop prudent, il commençait à devenir stupidement paranoïaque. Elle avait encore raison, il était ridicule. Pourquoi la soupçonner ? Il avait douté d'elle et de ses intentions alors qu'ils avaient autant à perdre l'un que l'autre. Elle n'avait aucune raison de le trahir, il en avait bien conscience à présent qu'il venait de mettre le feu aux poudres. Pourtant c'était plus fort que lui, il n'y arrivait pas. Faire confiance n'était pas dans sa nature. Etait-ce dut à un traumatisme survenue à l'enfance ? Au fait que leur père les ait vendus comme du bétail, sans la moindre considération. Peut-être, mais quelle importance ? Est-ce que ne pas accorder sa confiance l'avait protégé pour autant ? Non, à vrai dire, c'était même pire. S'il avait été capable de faire confiance à Stefan et même à Brain, les choses auraient certainement été très différentes.
Les voix intérieures de Van lui crièrent bruyamment de baisser les armes et d'admettre qu'elle avait raison. Aboutir à un conflit pour une remarque remettant en cause la confiance qu'ils se portaient mutuellement était stupide. Etait-il nécessaire d'envenimer les choses ? Bien sur que non, mais son orgueil s'était  réveillé avec une force renouvelée, et il ne comptait pas s'incliner.

Comme si elle avait pu lire dans son esprit, en réponse à sa résistance, il la sentit apposer sa bouche  sur la sienne, comme si, en faisant cela, elle pouvait s'emparer de tous ses secrets, même les plus inavouables, mais aussi et surtout annihiler toute envie de rébellion. Exigeant qu'elle s'animât, sollicitant une réponse de sa part, elle s'empara de ses lèvres avec avidité. C'était un baiser gourmand presque bestiale, à laquelle il avait répondu avec le même appétit. Lorsqu'il la sentit entrouvrir sa bouche, il céda à son tour dans une sorte de cri avide et muet, envahie d'une brusque faim, tandis que, à l'aveugle, et guidé par Azami, il reposait sa tasse de thé un peu au hasard sur la table basse. Une fois débarrassé de la tasse, ses mains remontèrent le long de son dos, tandis qu'elle s'emparait de son visage. Et alors qu'il se perdait avec ivresse et volupté, leur baiser cessa aussi brutalement qu'il avait commencé. C'était elle qui menait la danse, et elle n'en n'avait pas fini avec lui.
Loin d'oublier la discussion qui les avait conduit à cet échange sulfureux, teinté de désir et de colère, elle le relança, voulant savoir ce qu'elle avait bien pu obtenir de lui par rapport à ce que elle, elle lui avait déjà donné.
Ainsi furieuse, tenaillée entre l'envie de le gifler et de l'embrasser, il la trouvait incroyablement sensuel et désirable. « Qu'ai-je donc ? » Ne cessait-elle de répéter sur un ton de reproche. La promesse de ses connaissances médicales ? De toute évidence, elle ne les jugeait pas indispensables, il n'était pas le seul à posséder ce savoir et à pouvoir les mettre à sa disposition. Peut-être, mais c'était lui qui avait répondu favorablement à sa demande et qui était là en cet instant.
Elle insista encore, en le prenant à nouveau à son propre jeu, en lui demandant où était cet échange équivalent qu'il lui avait promis et qui semblait si important à ses yeux. Cette remarque, lui tira un sourire conquis et attisa encore plus le désir qu'il sentait grandir en lui. Encore une fois, elle venait de retourner sa leçon contre lui.
Tandis qu'elle ne cessait de lui demander ce qu'elle avait obtenu de lui, Van ne l'écoutait que d'une oreille, prenant plutôt plaisir à sentir le corps de Azami se presser contre le sien, et à la sentir frémir sous ses caresses, alors que ses lèvres gourmandes partait à la recherche des siennes.
Il sentit, les doigts diaphanes tirer sur le tissu de sa chemise pour qu'elle sorte de son pantalon avant de déboutonner avec empressement les boutons de sa chemise un à un, tandis que leurs langues continuaient de s'affronter avec ferveur.
Quand elle eut finit de s'attaquer à sa chemise, il sentit ses mains s'emmêler dans ses cheveux bruns avec force et vigueur, comme si elle cherchait à s'accrocher désespérément à lui.
Enhardit par cet échange sulfureux, il l'enlaça passionnément faisant parcourir ses mains viriles sur ce corps svelte qui semblait s'abandonner à lui sans aucune retenue.

Alors qu'elle lui mordillait le lobe de son oreille, il sentit ses mains se plaquer contre son torse découvert, faisant par là-même, tressaillir chaque parcelle de son être, et le bousculer en arrière. Il se laissa tomber sur le tapis, avec pour seule vision Azami le dominant, assise à la hussarde au-dessus de lui, le troublant davantage qu'il ne l'était et le faisant frémir de désir. Faisant glisser ses mains sur sa taille, la belle asiatique n'avait pas besoin de mots pour comprendre le désir qui tenaillait son compagnon. Elle s'allongea sur lui pour s'emparer à nouveau de ses lèvres tandis que ses mains continuèrent de glisser sur le corps de la jeune femme. Les mains du brun poursuivirent leur chemin jusqu’à ses cuisses qu’il caressa langoureusement tandis qu'il l’imaginait déjà nue dans ses bras....

Soudain, l'arrachant à ses fantasmes, Azami sépara leurs bouches et leurs corps, avant de se dégager de lui sans la moindre explication. Van lui jeta un regard ampli d'incompréhension pendant que la belle réajustait son kimono, en le dominant de toute sa hauteur. Avait-il fait quelque chose qui lui ait déplu ? D'un rapide geste de la main, elle rajusta l'un des pics qui maintenait sa magnifique chevelure, lui conférant ainsi un semblant de coiffure sophistiqué. Son visage, qui avait laissé s'exprimer toute forme de plaisir, venait subitement de se fermer. Elle le désirait probablement autant qu'il la désirait, alors quoi ? Que se passait-il ? Etait-ce tout ? Jouait-elle avec lui ? Elle l'excitait, lui faisait entrevoir monts et merveilles et... rien ? Etait-ce sa punition pour avoir osé mettre ses intentions en doute ? Oui probablement. Cette femme était diaboliquement belle, elle le savait et en usait, et à présent, il ne pouvait plus que s'en mordre les doigts.

Alors qu'elle s'essuyait le coin de ses lèvres avec le dos de sa main droite, elle reprit cette expression dur qui aurait pu en glacer plus d'un, en ne manquant pas de préciser qu'elle avait bien plus à perdre que lui dans cette histoire.


- N'en sois pas si sur, maugréa-t-il tout en faisant glisser son regard noir sur le sol en essayant de reprendre contenance et de faire taire le désir qu'elle avait su si habilement faire monter en lui.

De toute évidence, il n'aurait rien de plus, et c'était on ne peut plus frustrant. Allait-il vraiment en rester là ?! Il lui jeta un regard qui trahissait son humeur et laissait exprimer toute sa frustration jusqu'à ce qu'elle le menace ouvertement de mort.

Van leva ses yeux sur elle. L'expression de son visage changea du tout au tout. Son regard s'était fait plus sombre et brillait désormais d'un éclat plus dangereux.


- Tu me menaces ?

Son mauvais caractère était entrain de ressurgir et son sang-froid était à deux doigts de passer par la fenêtre. Ses angoisses déguisées en arrogance, ses blessures intérieures qui ne guérissaient pas, et son tempérament batailleur lui avaient toujours attiré bon nombre de complications, il le savait pourtant. Il le savait, mais il fallait croire qu'il n'apprendrait jamais rien !

Oui, ils en étaient là désormais, elle le menaçait, et ce n'était pas de veines paroles, ils le savaient tous les deux. Posant son regard sur la table basse, elle sourit comme si de rien n'était. Il ne s'agissait pas d'un de ces trop rares sourire dont elle avait put le gratifier le veille. Cette fois, il s'agissait d'un sourire de façade, celui-là même qu'elle avait adressé à Wickham avant qu'il ne fut congédié. Un de ces sourires qui sonnait terriblement faux, notamment après la menace dont elle venait de le gratifier.

Un sourire réapparut sur les lèvres de Van mais il était bien plus désabusé que malveillant. Il s'assit correctement sur le sol, sans prendre la peine de reboutonner sa chemise qui était restée ouverte


- On repasse au vouvoiement et au "Mr Cooper" ? Je préférais quand tu m'appelais Liam et que tu me tutoyais.

Sa menace l'avait mis en colère, une colère noir qui était finalement retombée pour laisser place à un constat aussi douloureux qu'amer : leur proximité n'était plus.
Et à vrai dire, il en éprouvait une immense frustration. Toutes leurs promesses d'association semblaient à présent compromis. En mettant fin à leurs embrassades, à leurs caresses, et en réinstallant une certaine distance entre eux, elle le privait de la promesse d'un désir charnel qui avait brutalement avorté alors qu'ils n'en n'étaient qu'aux prémices, et qu'elle lui avait fait entrevoir les portes du paradis. Elle avait su éveiller ses sens et son désir comme personne mais y avait mit fin aussi abruptement que cela avait commencé. Allait-il en être de même pour leur association ?
Allaient-ils en rester là dans un domaine comme dans l'autre ? Il leva alors son regard brûlant sur elle.


- Je te trouve bien gourmande Azami, la Divine. Prononça-t-il sur un ton plus sardonique qu'il ne l'avait souhaité. Que sais-tu de moi ? Tu sais que je suis médecin et que j'exerce la médecine illégalement. Tu sais également que personne n'a rien à me dire concernant mon domaine de compétence ou ma manière de l'exercer, toi comprise, lui rappela-t-il en capturant son regard. Il n'est pas question pour moi de te défier ou de remettre ton autorité en cause, crut-il bon de préciser en lisant la désapprobation dans son regard. Je sais ce que je fais, et je pense être le plus à même à juger ce qu'il est nécessaire de faire pour prodiguer les meilleurs soins. Je te l'ait dit, je ne veux voir mourir personne, et je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour éviter que cela se produise. Je n'ai pas embrassé cette vocation pour plaire aux personnes qui ont recours à mes services en me pliant aux désirs des uns et des autres, me faire une réputation ou m'enrichir. Alors, oui, tu as raison, je ne suis pas irremplaçable, comme tu me l'as si bien fait comprendre, et je ne doute pas que des médecins prêt à t'obéir au doigt et à l'oeil, à se plier à tes quatre volontés, ce n'est certainement pas ce qui manque. Si tu le veux vraiment, tu es tout à fait capable de me remplacer en un claquement de doigt. Mais Azami, sois sure d'une chose, tu n'en trouveras pas de meilleur que moi, ni de plus soucieux du bien être de tes filles... ou du tien.

Son regard franc, avait capturé le sien, et ne faiblissait pas. Il dégageait une certaine assurance et sincérité dans son discours. On pouvait déceler une pointe d'arrogance dans ces paroles, et on pouvait l'accuser d'être présomptueux, mais la fausse modestie n'avait jamais été dans sa nature. Il savait ce qu'il valait et Azami aussi, du moins, avait-elle put en avoir un léger aperçut pas plus tard que la veille au soir, lorsqu'il avait pratiqué l'avortement sur Evène. C'était une intervention délicate, que peu pouvait se targuer de maitriser. Il faisait partis de ces rares qui savaient ce qu'ils faisaient et la chance n'avait rien à voir là-dedans. De plus, contrairement à tous ceux qui exerçaient cet art illégalement, l'argent n'était pas son seul moteur et elle l'avait bien compris. Elle savait également qu'il avait à coeur de s'appliquer et qu'il les respectait toutes autant qu'elles étaient. Ce n'était pas parce qu'elles étaient de simples prostituées qu'elles ne pouvaient pas bénéficier des meilleurs soins. Après lui avoir laissé peser le poids de ces mots, il poursuivit.

- Tu  sais aussi que je ne suis pas rebuté par certaines pratiques aussi illégales soient-elles, et qu'il n'y ait rien que je ne te refuserais,... médicalement parlant, Jugea-t-il préférable de préciser. Tu ne connais peut-être pas mes lectures, sourit-il doucement, mais je pense que tu as compris que lorsque je m'implique je ne le fais pas à moitié. Tu as pu constater que je déteste perdre le contrôle, que je hais les ivrognes au moins autant que toi, et qu'il en va de même pour tous ces nobles, l'Etat, et cette bonne morale aussi bien pensante qu'hypocrite.  

Il se leva du tapis pour la rejoindre, passant derrière elle pour l'embrasser dans le cou alors que sa main glissait devant elle.


- Tu sais également, que je ne supporte ni l'alcool, ni la drogue et surement pas les vapeurs de l'opium. Tu en as d'ailleurs eut une pathétique démonstration de ma part à ce sujet. Tu sais que je pratique l'alchimie, et peut-être même sais-tu que je possède une montre d'alchimiste d'Etat dans la poche gauche de mon pantalon. Une montre, qui m'appartient, même si je ne suis pas l'un de ces chiens de l'Etat. Cette montre c'est mon bien le plus précieux. Elle ouvre bien des portes sais-tu...

Il avait choisit de faire cette révélation, car au finale, à bien y réfléchir, il n'avait rien à perdre à abattre une carte qu'elle connaissait peut-être déjà. Et dans le cas contraire, il lui donnait l'opportunité de découvrir quelque chose le concernant.

- Azami, souffla-t-il dans un murmure, nous avons tous les deux beaucoup à perdre mais aussi beaucoup à gagner, alors ne penses-tu pas, que nous en savons autant l'un sur l'autre. Penses-tu toujours que l'échange n'est pas équivalent ? Que te faut-il de plus ? Ta soif de connaissance serait-elle insatiable ? Ou serait-ce que je t'intéresse ? Susurra-t-il dans le creux de son oreille dans un sourire. Dans ce cas, il n'appartient qu'à toi de découvrir qui je suis.

Il venait de donner son accord. Il allait devoir apprendre à mettre ses appréhensions de coté, et avoir une alliée telle qu'Azami, pourrait peut-être l'aider de bien des façons. De plus, il était peut-être plus sage de consentir à lui révéler certaines vérités, s'il était amené à fréquenter plus assidûment l'antre et ses anges... Oui, s'il devait se reposer sur quelqu'un, alors, ce serait surement elle. Il n'avait plus qu'à espérer, qu'il ne le regretterait pas.
Cette fois ce fut lui qui prit les devant. Sa main droite glissa derrière le cou de la jeune femme pour approfondir leur baiser. Mordillant légèrement ses lèvres, sa main gauche glissa sur sa cuisse. Ses lèvres caressèrent ensuite sa mâchoire, avant de descendre dans son cou, jusqu'à son épaule. Que lui arrivait-il ? Jamais aucune femme ne lui avait fait cet effet là. Il la désirait de tout son être. Son regard ampli de désir croisa ses yeux noisette, tandis que sa main remontait à son visage. Par ses gestes, il lui disait ce qu'il voulait mais lui laissait encore le loisir de tout arrêter, si elle le désirait.


- Je veux apprendre à te faire confiance. Tes filles sont ce que tu as de plus précieux, et tu es prête à me confier leurs vies, ainsi que la tienne, alors, je suis prêt à mettre ma vie entre tes mains. L'échange te parait-il équitable cette fois ?
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Azami Monoko
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MessageSujet: Re: En dépit de ma rage, je reste comme un rat en cage [Van, Azami, Dorian] [02/04/42] Mar 20 Mai - 23:38

[HRP/Post déconseillé aux moins de 16ans - érotisme/HRP]

Ce regard noir, cet air de défi...Comme cet homme lui donnait envie !

Azami avait toujours adoré le jeu du chat et de la souris. Malgré les horreurs qui avaient bâti sa vie, elle avait toujours préféré entrer dans la danse sauvage de la prédation et du refus pour pimenter ses expériences. C'était une femme fière qui ne pouvait se donner à n'importe qui à la moindre occasion sans que son honneur ne s'en trouve blessé. Aussi, pour alimenter le feu du désir chez ses partenaires et pour motiver son propre appétit, recourait-elle souvent à la ruse afin de donner à leur relation une touche épique. Ses charmes lui servaient d'appât, ses paroles instauraient une tension palpable, ses baisers et ses soudaines mises à distance rendaient fou. Tout cela servait à tester la volonté, la vigueur et la force des hommes qui l'approchaient. Elle aimait mener les mâles par le bout du nez, les faire tomber dans les pièges qu'elle tendait. Elle s'amusait follement à les attirer pour les repousser ensuite, les voir souffrir pour obtenir ses douceurs. Elle se rendait ainsi maîtresse de leurs émotions et se délectait de chacune des situations que ses techniques engendraient. C'était souvent cruel et mesquin, c'était sa façon à elle de conserver un certain contrôle sur ses propres désirs et de juger ceux qui l'approchaient. Azami se méritait, du moins était-ce son point de vue.

Mais parfois, son attitude faisait simplement simplement office de terrible punition. Attiser la flamme pour lui jeter de l'eau, envelopper l'âme de tendresse avant de lui opposer un éperon aiguisé...La maquerelle s'en servait souvent. C'était sa manière de matérialiser sa colère. Quoi de plus violent que ce type de frustration ? Chez les hommes, la rage qu'elle provoquait souvent pouvait atteindre des sommets ! Et c'était si facile...Exciter leur envie, les pousser au bord de l'extase et les congédier avant l'instant fatal...Quoi de plus aisé lorsque l'on sait que les visiteurs qui traînent en ces lieux viennent pour soulager leurs pulsions primaires ?
Ainsi Azami punissait-elle les prétentieux, les égoïstes, les voleurs et les grossiers. Quand elle trouvait un client trop pressant, vulgaire ou brutal avec ses filles, elle le rendait fou de désir et le faisait jeter à la rue. Certains avaient fini par la haïr, c'était inévitable et dangereux, mais dans ces moments-là, ses sbires étaient toujours à portée de la main prêts à congédier de force ses "victimes" et à leur enlever l'envie de se venger, si ce n'était plus...

La chinoise avait beaucoup d'ennemis, c'était en partie la raison pour laquelle elle restait enfermée dans ces sous-sol. Cacher son commerce, cacher ses filles et son opium était une chose, assurer sa sécurité en était une autre. Le gang de la Carpe doré n'avait pas renoncé à l'assassiner pour leurs différents commerciaux, certains amants la poursuivaient encore, sans compter qu'elle n'était pas à l'abri de son passé qui pouvait la rattraper à tout moment. Tout ces hommes riches qu'elle avait pillés, trompés et humiliés...Sans doute certains la cherchaient-ils encore...

Mais qu'en était-il pour Liam ? Voulait-elle donc s'en faire un ennemi ? Ce qu'Azami venait de lui faire, cette pointe de colère mêlée de sensualité...était-ce pour le punir ? Oui, en grande partie.
Que le jeune homme remette en question sa confiance, qu'il la toise ainsi pour évaluer sa parole après avoir laissé ses yeux errer dans le néant le plus absolu, signe qu'il était perdu, l'avait blessée dans son orgueil et surtout dans son honneur. Elle qui avait toujours su obtenir sans difficulté la confiance de n'importe qui, grâce à son sexe et parce que tous la pensaient aussi fragile qu'elle leur laissait parfois croire, venait de trouver un homme qui hésitait à s'allier avec elle. L'hésitation ! Certes, Azami était une femme dangereuse et cela se sentait, mais que son petit manège n'ait pas fonctionné sur Liam aussi rapidement que sur les autres l'avait non seulement frustrée mais aussi meurtrie puisqu'elle avait, pour une fois, des intentions réellement pacifiques  et une volonté de réciprocité. C'était un contrat intéressé des deux côtés, mais un contrat plus sérieux et plus durable que tout ceux qu'elle passait d'habitude. C'était celui qui remettait en question la santé de ses filles et le bon fonctionnement de son établissement, c'était celui qui lui permettrait de gérer son commerce en toute tranquillité. Que le médecin doute de sa parole alors qu'elle avait tant à perdre dans la confiance qu'elle lui accordait relevait presque de l'insulte. Évidemment c'était surtout son orgueil de dominante qui mettait à mal ses émotions. Elle aurait aimé que le jeune homme se contente de dire oui, qu'ils s'arrangent, qu'ils dorment et s'éveillent comme deux amants sans se poser de question, plutôt qu'il ne lui martèle le crâne dès le levé du jour avec ses appréhensions puériles. A quoi bon réviser les termes de leur accord ? Ils avaient tout établi avant qu'il ne s'endorme, il n'y avait là que de la peur...
Azami n'était pas patiente en terme de relations humaines. Elle pouvait passer des heures à inventer des origamis ou à peindre des kanjis sur du parchemin sans se lasser, sans déraper, sans soupirer. Mais lorsqu'il était question d'organisation, de comptes ou de politique, lorsqu'il s'agissait de prendre des décisions et de gérer son personnel ou ses clients, il fallait qu'elle expédie tout en quelques minutes. C'était une gérante pour laquelle des arguments tenus sur des siècles et toutes les "badineries" du monde n'étaient que perte de temps. Azami était une femme d'action, pas de vaines paroles.
A ses yeux, Liam et elle avaient assez discuté. Ils s'étaient mis d'accord puis l'Alchimiste s'était écroulé sous l'effet de la drogue ; elle s'en était servi pour ne pas se sentir seule et lui avait même amené le petit déjeuner...Pourquoi fallait-il que ces suspicions sortent maintenant de sa bouche ? Devrait-elle donc indéfiniment lui expliquer qu'ils avaient à y gagner tout deux et qu'elle ne lui demandait que le silence sur leurs activités ? C'était fatiguant ! Elle avait autre chose à faire que de calmer les craintes d'un gamin qui sentait qu'il s'était engagé dans un jeu peut-être un peu trop dangereux !

Le punir oui, cela avait été son idée principale. Mais Azami était également partagée entre deux sentiments. Elle avait voulu profiter de lui au passage, se repaître de son parfum, de sa chaleur, de son goût. Azami désirait Liam depuis la veille au soir et si elle avait retenu ses gestes jusqu'à présent, c'était pour éviter de le perturber dans son sommeil et pour entretenir chez lui un désir qu'elle n'aurait plus qu'à exploiter le moment venu : c'était par respect et par stratégie. En outre, elle n'avait pas voulu aller trop vite en besogne pour se prouver qu'elle pouvait résister à ses propres envies. C'était une femme qui n'avait jamais réussi à se dégoûter des choses de l'amour, ou du moins du sexe, et qui était encore sous l'emprise d'une libido éveillée trop tôt dans sa triste vie. C'était une capricieuse qui passait d'un homme à un autre pour les posséder et se gorger de la satisfaction d'être irrésistible. Réussir à dominer ses propres instincts était, chez elle, une véritable victoire. Cela servait ses desseins et rehaussait l'estime qu'elle avait d'elle-même, mais cela était également horriblement frustrant et difficile.
Aussi, lorsque l'Alchimiste avait piqué au vif sa colère, avait-elle craqué. Son hésitation, son ton, son air perdu, ses murmures...tout l'avait énervée mais également excitée. En partie déstabilisée, elle avait laissé son incontrôlable vicissitude prendre le dessus et son esprit s'était embrouillé. Le prendrait-elle, cet homme impossible, ce jeune craintif, ce cachottier charmant perdu entre ses griffes comme un chaton contre le sein d'une panthère ? Ou le laisserait-elle sur sa faim pour lui apprendre à la respecter, à l'aimer d'avantage, à la haïr, à la désirer plus que jamais et à lui dévoiler ses pires aspects ? Le jeu était ambiguë, l'objectif plongé dans les brumes car deux feux la consumaient en même temps : celui du désir et celui de la colère. Elle était à la fois le chat et la souris. Tout se mêlait.
En réalité, Azami luttait toujours avec une foule de contradictions qui l'avaient forgée avec le temps. C'était un être instable, complètement rongé par différents sentiments, perdu entre la bienveillance absolue et la malignité la plus perverse. Selon ses choix, elle pouvait jouer le rôle de la pauvre Ève comme elle pouvait revêtir les écailles du serpent. Cela dépendait de ce que l'on avait à lui offrir. Cela dépendait de son humeur, de sa santé, de ses comptes...Cela dépendait de temps de facteurs !

Dans sa lutte, elle se fit à la fois sensuelle et agressive. Elle-même hésitait. Mais sa fierté prit le dessus et, alors qu'ils s'étreignaient dans une folle danse sur le tapis, Liam se retrouva soudainement abandonné tandis que la Chinoise se relevait pour lui promettre la mort s'il la trompait.
Le jeune homme ne semblait pas comprendre. Une menace ? Ho oui c'était une menace ! Il commençait à la rendre folle ! Son commerce, ses filles, elle-même : tout était en jeu ! Il ne pouvait sortir d'ici vivant s'il comptait briser le silence qui lui était imposé depuis la veille. Il ne pouvait espérer s'en sortir sans séquelle s'il la trahissait. Que croyait-il donc ? Il était jeune...jeune par rapport à elle, mais pour son âge, qu'elle estimait à une vingtaine d'années, il devait être plus prudent et éviter les incidents diplomatiques de ce genre. Il la décevait. C'était cela qui l'avait poussée à le pencher en arrière, à l'embrasser, à le laisser la toucher jusqu'à lui faire croire qu'il l'obtiendrait tandis que son ton devenait de plus en plus ferme, de plus en plus froid, et que sa volonté destructrice prenait le dessus sur ses propres appétits. Non, il ne l'aurait pas, pas aujourd'hui, il avait été blessant, elle le serait...

Sans doute y avait-il eu quiproquos entre ces deux êtres. Leur orgueil et leur honneur les avaient poussé tous les deux à se méfier, à se chercher, à s'attirer et à se repousser comme deux aimants qui changeraient de polarité selon leur humeur. Que leur arrivait-il ? Ni l'un, ni l'autre ne voulait s'avouer vaincu. C'était un jeu qui avait pour noyau le manque de confiance, le désir, le besoin de reconnaissance. Peut-être étaient-ils trop semblables sur ces points ? Deux nuages chargés de pluie qui se rencontrent donnent des éclairs...et leur orage à eux semblait décidé à ne jamais prendre fin.

C'est dans ce climat électrique qu'Azami abandonna définitivement le médecin pour retrouver ses marques et tenter de s'éloigner d'un amalgame de contradictions qui l'envahissait. Elle remit en place son kimono et sa coiffure avant de se diriger vers la table basse pour poser ses yeux sur leurs tasses presque froides. Liam fut évidemment terriblement frustré par la situation, cela était en partie le but, et la Chinoise fut heureuse de le lire sur son visage obscurci par l'incompréhension et la colère. Une victoire...La jeune femme jubilait dans le même temps qu'elle regrettait amèrement que leur petit jeu ne dusse s'arrêter là. Ils n'avaient plus que deux solutions : soit ils reprenaient leur discussion autour d'un thé pour officialiser leur contrat, soit ils se séparaient définitivement en de très mauvais termes. Quel gâchis !

Mais l'Alchimiste ne s'avoua pas vaincu. Plutôt que de calmer le jeu à son tour et de s'asseoir pour boire le thé en laissant de côté leur lutte pour revêtir le masque de l'hypocrisie commerciale, plutôt que de quitter les lieux en laissant éclater sa fureur et ses espoirs de sortir sans séquelles, il décida de rallumer la flamme qui venait de les animer et de choisir une troisième voie, celle de la réelle mise en confiance et de l'abandon. Azami avait condamné cette solution, elle ne la désirait pas car elle en avait maintenant peur. Si elle lui donnait ce qu'il voulait, qu'est-ce qui lui prouvait qu'il ne finirait pas tout de même par s'éclipser sans jamais revenir ? Le poison qui coulait dans ses veines agissait sur son organisme tout entier. Elle ne pouvait pas accorder sa confiance ainsi, encore moins son corps. Ils étaient parti d'un très mauvais pied et c'était fort dommage, mais la maquerelle avait des principes.

Le  vouvoiement...Oui...S'en était un. Jamais Azami ne tutoyait ses clients, qu'ils soient proches ou non d'elle, de ses charmes ou de son commerce. Même dans les situations intimes, elle imposait une distance entre elle et autrui. Seuls les membres de son personnels étaient tutoyés. Liam n'avait donc pas sentit la différence dans son ton ? Le tutoiement n'avait jamais été un signe de passion chez elle, c'était un sifflement qui prévenait d'une prochaine morsure, c'était le signe qu'un palier de colère avait été franchi. Généralement, il signait au contraire la fin de toute relation, discussion, transaction...Quelle charmante naïveté...L'Alchimiste pensait-il vraiment être entré dans son intimité à ce point ? Drôle de prétention ! Qu'il la tutoie était une chose, les hommes l'avaient toujours considérée comme un objet et elle n'en attendait plus aucun respect véritable, mais qu'il imagine qu'elle même ait pu le faire par passion, à cause de leur nouvelle proximité physique par sentiments...C'était bien risible !

Azami lui jeta un regard hautain. Ainsi assis au sol, la chemise ouverte, avec cet air à la fois déçu et colérique qui donnait à son visage une pointe d'insolence, il lui faisait aussi pitié qu'envie. Elle soupira tandis que le médecin lui jetait un regard qu'elle qualifia dans son esprit de "défi". Croisant les bras dans ses larges manches de soie rose, la Chinoise l'observa d'un œil sévère.


- Gourmande ? Vraiment?

Liam s'était mis à parler dans un flot intense. Il semblait vouloir se justifier autant qu'il voulait la condamner pour ses gestes. Il fit la liste de tout ce que la jeune femme savait de lui depuis la veille. Azami l'écouta, haussant les sourcils de surprise et de désapprobation. Sa médecine, son talent dans ce domaine...Et alors ? Ho oui elle pouvait le remplacer...Qu'espérait-il ? De la reconnaissance ? Il en avait déjà bien assez eue, d'autant qu'il avait également une bourse de pièce bien pleine dans ses frusques ! La maquerelle était hors d'elle, même si seul son visage exprimait son envie de le congédier une fois pour toute. Mais lorsque son regard noisette le laissa capturer par celui du jeune homme, elle entrouvrit la bouche comme pour parler et se tue finalement. Liam exerçait maintenant un étrange pouvoir sur elle. C'était comme si elle avait soudainement compris que cet homme était celui qu'elle attendait depuis des mois, celui qui saurait la sortir de cet endroit, celui qui saurait lui ouvrir une nouvelle voie. Il était jeune mais son regard en disait long. Cette force qui était en lui...elle la désirait plus que tout. Comment pouvait-il paraître à la fois si effrayant et rassurant ? C'était comme si la Chinoise avait trop longtemps brûlé du feu de la colère et qu'un habile glaçon s'était glissé dans ses vêtements. Quel frisson !

Mais que pouvait bien espérer ce jeune homme ? Comment croyait-il qu'il allait l'aider ? Pourquoi la regardait-il ainsi ? Ce n'était pas un de ces prédateurs qui ne faisaient que tenter de l'amadouer avec quelques merveilleuses paroles pour mieux l'obtenir, c'était un être franc, un homme qui lui proposait ses soins...Plaisantait-il donc ?

Figée, Azami l'écouta continuer. Il semblait presque abattu et pourtant, une flamme grandissait en lui. Sa bonne foi ne faisait aucun doute. Liam...Sa parole de médecin...La maquerelle le croyait. Quelque part, elle fut rassurée d'entendre à nouveau ces arguments : le refus de l'alcool, le refus de la drogue, son soucis constant de ses clients, celui de la vie...Elle se souvint de ce qu'elle avait modelé dans son esprit la veille : Liam avait même sauvé une gamine dans la rue, sans rien attendre en retour...Il lui avait dit qu'il n'était pas ce genre d'homme mais...encore une fois...Azami osait tout de même le croire...

L'hypocrisie de la société...Lui aussi il la haïssait. Mais où était donc la vérité ?

Lorsque l'Alchimiste se leva, la jeune femme hésita. Elle décroisa les bras, comme pour se tenir prête à n'importe quel geste, et lui lança un regard froid. Elle tentait de conserver son masque pour éviter qu'il ne comprenne ses émotions mais sa porcelaine se fissurait déjà. Elle cilla lorsque le jeune homme arriva à sa hauteur et, tendue comme jamais, elle sentit un frisson lui parcourir l'échine lorsqu'il l'embrassa dans le cou alors qu'il se glissait dans son dos. Que faire ? L'arrêter ? Jusqu'où irait-il ? C'était bien la première fois qu'un homme frustré ne lui hurlait pas dessus avant de claquer la porte ou de tenter de la violenter. Cachait-il son jeu ou était-ce réellement sa manière de faire avec les femmes ? C'était si plaisant !
Azami serra les dents. Le trouble palpitait déjà dans ses veines jusqu'à son cœur, sa respiration s'était accélérée.

Liam lui répéta ses aspirations et principes avant de se dévoiler quelque peu au niveau de son Alchimie. Que souhaitait-il ? Lui prouver que son échange équivalent était encore possible ? Oui...elle avait vu sa montre...Il ne lui mentait pas...Sa montre ouvrait des portes...C'était un intéressé. Que faisait-il donc avec l’État ? Quels genres de comptes devait-il lui rendre ? Cela ne faisait pas peur à Azami, elle avait déjà eu des militaires dans sa couche, des nobles, des politiciens...ce n'était pas nouveau. Mais l'Alchimie lui faisait peur, elle ne la connaissait que dans ses plus cruelles facettes...


- Je...ne veux pas que l’État mette son nez dans mes affaires...Fit-elle dans un souffle.

Voulait-elle vraiment ce garçon ? Qu'y gagnerait-elle ? Un peu de plaisir...L'officialisation de leur contrat...Un lien plus solide que l'argent...Oui, ils avaient tant à y gagner ! C'étaient deux caractères forts, ils devaient apprendre à esquisser les mêmes pas ou cesser leur danse pour éviter un accident.
L'intéressait-il ? Quel prétentieux...Il avait compris son désir...
Liam était bien plus malin et subtile que ses autres victimes. Pourquoi ne pas lui accorder plus dans ce cas ? Insatiable...non elle ne l'était pas...

Posant une main sur celle que l'Alchimiste enserrait autour d'elle, elle pencha la tête en arrière sur son épaule et ferma les yeux dans une position d'abandon.


- Qu'y trouverais-je ? Souffla-t-elle comme si une terrible souffrance s'emparait d'elle. Cela me plaira-t-il ou devrais-je m'enfuir ?

La jeune femme sentit le médecin presser son cou et lier leurs lèvres avec passion. Ses mains la parcouraient déjà. Un violent désir monta en elle. Il osait...Oui, il osait ! Le doux timbre de sa voix virile l'emplie de frisson. Son regard croisa à nouveau le sien : ce fut la flamme qui semblait le consumer qui décida la belle.

Spoiler:
 


Que retiendrait-il de cette matinée ? Certainement pas le thé...


*********************

- Veux-tu que j'en refasse ? Il est froid depuis longtemps...

Son sourire en disait long. Elle avait remis son kimono et serré sa ceinture, pas tellement par pudeur mais plutôt par habitude. Ses longs cheveux étaient restés détachés et cela lui donnait un air sauvage.

- Tu ne peux rester ici éternellement, j'ai du travail...Fit-elle en se levant avec la théière dans les mains. Son ton était légèrement triste. Le temps m'est précieux pour l'Antre...
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Van Collins
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MessageSujet: Re: En dépit de ma rage, je reste comme un rat en cage [Van, Azami, Dorian] [02/04/42] Mer 4 Juin - 14:15

[HRP / Post déconseillé au moins de 16 ans - érotisme/ HRP]

Il s'agissait d'un combat, d'une épreuve de force.
Elle avait su attiser son désir et lui faire perdre la tête comme jamais aucune autre femme auparavant. Ses caresses, ses baisers, son corps pressé contre le sien, leurs jambes emmêlées, leurs mains qui se parcouraient et s'exploraient mutuellement,... dans ces bras, tout n'avait été que délices et voluptés, aussi y mettre fin aussi abruptement alors qu'ils n'en n'étaient qu'aux prémices lui avait fait atteindre un degrés de frustration inégalable. Il avait la sensation qu'elle s'était jouée de lui en lui donnant un aperçu de ce qu'il n'aurait jamais. Et non contente d'en rester là, elle avait été jusqu'à le menacer ouvertement de mort.

Il aurait pu laisser éclater sa couroux et sa frustration avant de prendre la porte, mais cette réaction primaire aurait été aussi stupide qu'irréversible. Bien qu'il en mourrait d'envie, il n'était pas décidé à se laisser dominer par ses émotions négatifs tel que la colère, et ce pour plusieurs raisons.
Tout d'abord par fierté. Il n'était absolument pas question qu'il se couvre de ridicule en faisant un scandale parce que la divine s'était joué de lui. Ensuite, parce qu'il savait par expérience que laisser libre cours à son agressivité ne lui avait jamais apporter quoique ce soit de bon. Et enfin, parce qu'il l'avait perçu, il avait sentit que le désir qui le tenaillait n'était pas à sens unique, qu'il était au contraire, bel et bien réciproque. Van n'était pas homme à renoncer facilement, il était même du genre obstiné, surtout quand il savait que tout n'était pas encore joué. Renoncer à Azami maintenant était une erreur, il en avait l'intime conviction au plus profond de son être. Il l'avait offusqué avec ses soupçons et elle le lui avait parfaitement fait comprendre. A lui à présent de s'arranger pour ne pas envenimer les choses et rétablir cette confiance que sa méfiance naturelle avait mis à mal. S'enfuir la queue entre les jambes ou s'excuser platement n'étaient, de son point de vu, absolument pas des options envisageables. Il avait donc opté pour une autre solution. Celle de la franchise, en lui rappelant tout ce qu'elle savait déjà de lui, qui il était, quels avantages elle pourrait tirer de leur association, sans oublier bien sur de raviver le désir qui brulait toujours chez lui et qu'il pouvait encore sentir tapis tout au fond d'elle.
Ses caresses, ce regard, cette domination, il ne l'avait ni inventé ni rêvé. Elle le désirait autant qu'il la désirait. Aussi, avait-il eut l'audace de se glisser derrière elle pour l'embrasser dans le cou doucement, sans brusquerie ni violence. Elle pouvait sentir son souffle chaud caresser sa peau avec sensualité. Il put la sentir frissonner tandis qu'il  lui certifiait qu'elle savait déjà de nombreuses choses sur lui et le lui prouva en lui en dressant la liste. Mais il ne se contenta pas de lui dire ce qu'elle savait déjà, il fit le choix de lui faire une révélation, qui n'en n'était peut-être pas une, mais de cela, il n'aurait su le dire. Cette révélation résidait dans le fait qu'il avait en sa possession une montre d'alchimiste d'Etat. Elle ne parut pas surprise mais peut-être était-ce parce qu'elle était une excellente dissimulatrice, Van n'aurait su le dire avec certitude. Toutefois, Azami laissa échapper dans un souffle qu'elle ne désirait pas voir l'Etat s'immiscer dans ses affaires, ce à quoi, il la rassura aussitôt, tout en continuant ses baisers.

- Ni moi dans les miennes, murmura-t-il.

Sa main se mit alors à glisser sur sa poitrine, mais presque aussitôt, elle fut rejointe par celle d'Azami qui se posa sur la sienne non pas, dans un geste qui lui intimait de cesser ses caresses mais pour l'accompagner. Elle se pencha en arrière, les yeux clos, semblant prête à s'abandonner, pourtant quelque chose l'en empêchait. Et ce qui la rentenait de s'abandonner totalement était l'appréhension de ce qu'elle allait y trouver... est-ce que ça allait lui plaire ou au contraire serait-il plus sage pour elle de s'enfuir ? Peut-être serait-il effectivement plus sage qu'elle prenne la fuite mais de ce qu'il avait pu cerner de sa personnalité, elle n'était pas le genre de femme à s'effrayer facilement.

- A toi de le découvrir, avait-il murmuré tandis que ses lèvres ne s'emparèrent à nouveau des siennes dans un échange sulfureux.

Spoiler:
 

Nul ne fut témoin de cette passion qui les consumait et où seul comptait ces corps enlacés qui se perdait l'un dans l'autre, sous leur chairs luisantes de sueur. Leurs gémissement avaient redoublé totalement inconscients voir indifférents à ce que des oreilles indiscrètes puissent les surprendre.


****


Sur son torse, reposait un doux visage au regard malicieux, dont la longue chevelure brune s’éparpillait avec ravissement sur cette peau merveilleusement douce et satinée. Van resta ainsi immobile durant quelques instants savourant encore un peu la douce pression de ses seins contre son torse, et la longueur de ses jambes bien formées entrelacées aux siennes. Puis, la jeune femme se délia lentement de son étreinte et s'empara de son kimono pour s'en couvrir dissimulant à sa vue ce corps si parfait, tout en laissant, pour son plus grand plaisir, sa chevelure indisciplinée retomber en cascade sur ses épaules et son dos.
Van, qui n'avait pas bougé, se contenta de l'observer tout en déclinant dans un sourire sa proposition de lui faire couler à nouveau du thé. Alors qu'elle débarrassait son plateau, elle lui fit remarquer d'un air navré qu'il ne pouvait pas rester ici éternellement.

- Je sais, fit-il à regret en lui adressant un sourire compréhensif.

Si ça ne tenait qu'à lui, il n'aurait pas bougé, mais ils avaient tous deux des obligations et beaucoup de choses à faire. Ni l'un ni l'autre, ne pouvaient se permettre de rester plus longtemps coupé du monde et de leurs activités. Dans un geste paresseux, il étendit son bras pour s'emparer de son pantalon. Après l'avoir revêtu il en fit tout autant avec sa chemise. Puis, après avoir chaussé ses bottes, il rejoignit Azami tout en boutonnant tranquillement les boutons de sa chemise.

- Je vais voir Evene avant de partir, pour m'assurer qu'elle a passé une bonne nuit et que tout va bien ensuite je m'en irais. Et, je reviendrais demain.

Comme il l'avait promis, il viendrait chaque jours s'enquérir de la santé de la jeune femme jusqu'à son rétablissement définitif. Peut-être aurait-il la chance de passer un autre moment en compagnie d'Azami, rien n'était moins sur, mais savait-on jamais. Debout face à elle, il glissa sa main autour de sa taille pour la rapprocher de lui avant de l'embrasser avec douceur.
Puis, il se détacha ensuite, prit son manteau, ses gants, et se dirigea vers la porte prêt à quitter la pièce, seul témoin de leurs ébats enflammés. Posant sa main sur la poignée qu'il tourna, la porte se déverrouilla s'entre ouvrant alors tout doucement. Le couloir que Van devait emprunter pour sortir était faiblement éclairé mais à vrai dire, il n'y prêta pas attention car ses pensées étaient tournées vers autre chose. Des pensées contradictoires qui semblaient se livrer bataille et qui empêchèrent l'alchimiste d'esquisser le moindre mouvement. Tout au fond de lui, il savait que c'était maintenant ou jamais. Il avait parfaitement conscience que s'il ne le faisait pas maintenant, tant qu'il n'avait pas encore quitté cette pièce, il ne le ferait probablement plus jamais, préférant reculer éternellement l'échéance, jusqu'à ce que ça finisse par lui exploser à la figure. Il tourna son visage par-dessus de son épaule et posa son regard sur la belle chinoise, qui n'avait pas bougé d'un cil, patientant stoiquement. Peut-être le regretterait-il, mais, il voulait croire que ce ne serait pas le cas, il voulait apprendre à lui faire confiance, tout comme il avait apprit à faire confiance à la personne qui lui avait sauvé la vie. Et pour accorder sa confiance, il fallait accepter de se dévoiler un peu..

- Van. Je m'appelle Van. Et, je t'ai mentit, je ne fuis aucun créancier. Ceux que je fuis, sont toutes ces personnes qui possèdent la même chose que moi, fit-il en glissant sa main vers la poche gauche de son pantalon, là où se trouvait sa montre d'alchimiste d'Etat. Un jour, je te raconterai...

Peut-être.
Il la regarda une dernière fois, puis quitta la pièce en refermant la porte derrière lui. Un homme lui apparut alors soudainement là, dans le couloir. Van ne l'avait pas vu s'approcher, ni même n'avait senti sa présence. C'était une ombre silencieuse et discrète, un parfait garde du corps. Il le jaugea durant un instant se demanda s'il avait entendu ce qu'il venait d'avouer à Azami. Il se rassura en se disant qu'il n'avait pas parlé très fort et qu'il l'aurait vu s'il avait été plus près. Et puis qu'en bien même l'aurait-il entendu, qu'aurait-il entendu ? Qu'il s'appelait Van et qu'il ne fuyait pas les créanciers. La belle affaire ! Il n'y avait là, rien de confondant. Sans oublier que cet homme était au service d'Azami, quoi qu'il entende, cela ne sortirait probablement pas de ces murs, il pouvait en être sur. Après s'être fixé durant un instant en silence, Van demanda à ce qu'il le conduise auprès d'Evene.
Lorsqu'il entra dans la chambre de cette dernière, la jeune femme était assise dans son lit et l'accueillit d'un grand sourire. Il pu constater par lui-même que la jeune femme avait passé une très bonne nuit, et qu'elle se rétablissait correctement, surtout s'il pouvait en juger par son humeur taquine au sujet de sa présence en ces lieux en ce début de journée. Van choisit de ne pas répondre à ses sous-entendu, se contentant, après examen, de la rassurer quand à son rétablissement.
Lorsqu'il quitta l'entre des anges, le soleil était déjà haut dans le ciel. Habitué à une semi obscurité, la lumière de ce dernier l'avait d'abord éblouit et l'alchimiste se protégea les yeux du revers de sa main. C'était manifestement une belle journée qui s'annonçait....


[HRP // Dernier poste. Prochain poste Blanches ténèbres // HRP]


Dernière édition par Van Collins le Lun 17 Nov - 12:30, édité 1 fois
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Azami Monoko
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MessageSujet: Re: En dépit de ma rage, je reste comme un rat en cage [Van, Azami, Dorian] [02/04/42] Dim 8 Juin - 12:12

Trois coups furent frappés à la porte et le silence se fit. Azami soupira. Combien de fois devrait-elle leur dire que le matin était son moment favori pour rester seule ? C'était sans aucun doute Lin Fin.

- Entrez! Ordonna la maquerelle d'une voix claire et sèche.

Portant doucement sa tasse fumante à ses fines lèvres étirées, elle sirota une nouvelle gorgée de thé brûlant tandis que l'un des panneaux de sa double porte s'ouvrait timidement. Lin Fin apparut et constata que sa maîtresse lui tournait le dos. Avec délicatesse, il entra et referma la porte derrière lui avant d'esquisser une courbette habituelle. Restant dans cette position d'humilité, il informa la belle :


- Bonjour, Madame...Je viens de raccompagner votre...invité.

La jeune femme le coupa presque aussitôt en esquissant un geste de désintérêt.

- Je sais, je sais...C'est bien.

Lin Fin hésita mais il devait savoir...D'une voix rauque, il demanda :

- Dois-je maintenant reprendre ma place?

Azami tiqua. Elle reposa lentement sa tasse dans sa coupelle sur la table basse et se tourna vers son gardien. Ce dernier jetait un coup d'oeil frustré à la commode au pied de laquelle gisait encore l'aiguière renversée sur le tapis. La maquerelle l'observa un instant puis claqua des doigts pour le réveiller. Cela eut pour effet de faire sursauter le jeune homme qui se redressa maladroitement pour ramener son attention sur sa maîtresse.

- Je ne crois pas, non. Nous allons changer ces habitudes.

Le Chinois grimaça.

- Sauf votre respect, Madame, je doute que cela soit une bonne idée...

- Depuis quand je te demande ton avis Lin Fin? Répondit sèchement la maquerelle en lui jetant un regard noir.

Le jeune homme se tue mais en son cœur rugit une violente envie de lui dire ce qu'il pensait vraiment de cette situation. Un terrible cri de rage gronda dans son esprit. Depuis quand lui demandait-elle son avis ? Jamais, c'était bien certain ! Mais à force, elle allait se brûler, ho oui, se brûler durement...Ce nouveau venu, ce médecin de pacotille...Il avait beau avoir sauvé Évène, maintenant il la possédait Elle et eux tous ! L'argent ne lui avait pas suffi, l'opium et les femmes du personnel non plus, il était venu pour Elle, la Divine, pour leur maîtresse, pour lui glisser de sournoises pensées, l'inciter au changement, la mettre en danger. Il pouvait mener l'Antre entière à sa perte !


- Serais-tu jaloux? Murmura avec amusement Azami en jetant un regard profond et amusé à son gardien face à la crispation qu'affichait son visage.

Le Chinois se redressa tout à fait, surpris par la question posée. Elle était aussi douce que violente. Il cilla et hésita avant de répondre.


- Jaloux...de quoi? Bégaya-t-il en rougissant.

Azami sourit et ce genre de sourire n'était généralement pas bon signe chez elle. La jeune femme abandonna son pouf et la table basse pour se lever. Lin Fin frémit. Il avait encore réveillé sa colère et sa joue allait sans doute recevoir une nouvelle gifle retentissante. Il l'aurait cherchée...
Ainsi, lorsque que la belle arriva à sa hauteur, détourna-t-il le regard. Il ne pouvait soutenir le sien, cela serait une marque de défi supplémentaire, une preuve d'irrespect. De plus, face aux pulpeuses formes qui se devinaient sous la soie rose du magnifique kimono de nuit que portait la jeune femme, il ne savait plus où poser ses yeux. Une main se leva alors et il les ferma tout bonnement pour recevoir son dû. Mais, au lieu d'une vive douleur et d'un sentiment d'humiliation, Lin Fin reçu une caresse. Perplexe, il rouvrit les yeux et jeta à sa maîtresse un regard empli d'interrogations. Azami lui sourit à nouveau et s'approcha encore de son visage comme pour l'embrasser. Ses lèvres murmurèrent alors près des siennes :


- Comme tu es mignon...Cela t'a manqué, de me voir? Fit-elle d'un ton quelque peu rigide.

Lin Fin rougit encore et commença à s'agiter. Il sentait que sa position n'était pas aussi agréable qu'elle le apparaissait.


- N...Non ! Enfin..Je...Ce n'est pas mon but...ni mon rôle...Je dois veiller sur vous, c'est tout.

Azami eut un rictus méprisant avant de papillonner des paupières d'un air aguicheur.

- Ho...Ce n'est donc pas mon corps qui t'intéresse mais uniquement ma sécurité ? Comme c'est dommage...

Le gardien sentit contre lui la poitrine de la maquerelle, son souffle chaud, son parfum altéré par l'odeur de la sueur, de l’encens, de l'opium et de cet homme qu'il venait de raccompagner. Il ne savait plus quoi faire mais une fièvre certaine montait en lui. Celle du désir, celle de l'interdit, celle de la colère aussi, de la vengeance. Il la voulait, comme tous les autres, mais ce n'était plus seulement pour profiter de ses charmes, c'était aussi pour se prouver que, comme ce foutu médecin, il pouvait user la commode...C'était son orgueil de mâle qui s'était réveillé, sa frustration d'être relégué au rang d'observateur depuis un mois alors qu'il méritait plus que la plupart de ses amants de partager sa couche. Mais il n'était pas stupide et il sentait bien qu'en cet instant Azami n'était pas disposée à lui donner ce qu'il désirait, bien au contraire.

- Je...Je ne sais pas. Finit-il par souffler.

C'était tout ce qu'il avait trouvé à dire pour éviter de se compromettre d'avantage. Il ne savait pas ce que désirait sa maîtresse en cet instant et tout pouvait basculer dans la volupté comme dans le cauchemar. Ne leur avait-elle pas dit qu'ils n'auraient pour rôle que sa protection et qu'ils ne seraient jamais de l'autre côté du rideau ? Ce qui était posé chez elle était généralement immuable.


- Brave garçon. Fit la maquerelle en l'abandonnant soudainement pour retourner sur son pouf.

Lin Fin sentit contre sa tempe une perle de sueur couler. Il avait manqué de paniquer dans cette esquisse d'étreinte et son cœur battait maintenant la chamade. Honteux, il aurait souhaité dissimuler son désir mais c'était trop tard, Azami devait l'avoir senti contre elle.


- Ce n'est pas parce que je laisse tomber cette histoire de gardien permanent que vos rôles vont changer, Lin Fin, rassure-toi. Fit alors la maquerelle en reprenant sa tasse dans ses longues mains blanches. J'ai encore besoin de vous. La Carpe d'Or n'attend qu'une occasion pour me supprimer, je ne peux me permettre de jouer les petites capricieuses. Mais ne crois-tu pas que cette méthode ne fait que violer mon intimité ? Ne crois-tu pas que je puisse étouffer en ces lieux ? J'ai besoin de voir le soleil, de sentir le vent sur ma peau. J'ai besoin de vivre, Lin Fin, besoin de partager, besoin d'aimer...

Le Chinois comprenait tout cela, mais il ne pouvait se résoudre à abandonner si rapidement le système qui avait été mis en place un mois plus tôt. Et puis...parlait-elle réellement d'amour ? Cet individu était un parfait inconnu qu'ils n'avaient croisé qu'une fois dans l'Antre avant de le rappeler pour affaires ! Comment pouvait-elle éprouver quel que sentiment que ce fût ?

- Mais...cela est si soudain. C'est cet homme n'est-ce pas? Vous l'aimez... ? Demanda-t-il avec amertume.

À peine eut-il fini ces mots qu'il dut esquiver la tasse de porcelaine que la maquerelle lui lança. L'objet projeta du thé sur le tapis et éclata en mille morceaux sur la porte tout près de son oreille.


- Hors de ma vue!

Face à ce cri et face au visage déformé par la colère que lui présentait maintenant la jeune femme, Lin Fin courba l'échine, s'empressa de quitter les lieux et disparut dans les couloirs de l'Antre. Tandis qu'il s'enfuyait en marchant d'un pas rapide, il sentit sa mâchoire se serrer plus fortement que jamais. Une bouillante rage animait définitivement ses veines. Oui c'était cet homme, ce petit scélérat ! Il avait bouleversé l'ordre des choses et, pire que tout, il avait redonné à leur maîtresse la volonté de se montrer au grand jour. Il lui avait dans le même temps condamné ses faveurs...C'était humiliant !
Lorsqu'il l'avait croisé dans le couloir après ses ébats, le gardien lui avait jeté un regard sombre avant de le conduire le plus poliment possible jusqu'à la chambre d'Évène qu'il désirait revoir. Durant sa marche, il n'avait cessé de se retenir de le dévisager pour imprégner sa mémoire de ses traits. Il avait également eu beaucoup de mal à ne pas lui parler, à ne pas lui demander ce qu'il venait réellement faire en ces lieux, si c'était sa maîtresse qui l'avait attiré ou cette fameuse histoire d'avortement. Il aurait voulu le frapper. Pourtant, ce n'était pas la première fois que la Divine recevait quelqu'un de cette manière, et ce ne serait certainement pas la dernière, mais quelque part, Lin Fin avait bien senti que cette fois-ci était différente. N'avait-il pas été congédié avec une gifle la nuit-même ? Pourquoi cet inconnu avait-il donc eu le droit de profiter de leur maîtresse sans qu'il n'y ait de gardien pour veiller ? Qu'avait-il de plus que les autres ? Qu'avait-il fait, qu'avait-il dit pour qu'Azami change soudainement ses habitudes ?
Tout cela ne lui disait rien qui vaille et, maintenant qu'il venait de manquer une nouvelle fois de respect à la belle, il se sentait non seulement inutile mais aussi trahi, humilié et déprimé. Cet homme ne perdait rien pour attendre. Un accident était si vite arrivé dans ces quartiers...


***********************

Les poings serrés, Azami bouillonnait elle aussi. L'aimait-elle ? Quelle question ! Cela faisait longtemps qu'elle n'était plus capable d'aimer qui que ce soit. Elle pouvait s'attacher un peu, apprécier la personnalité derrière le corps et l'utilité de l'autre, mais éprouver de l'Amour, avec un grand « A », ça jamais ! C'était trop puéril, trop dangereux, vain et stupide ! Azami ne se serait mise en danger pour sauver personne, mise à part ses filles, et certainement pas pour un homme. Quel prétentieux, quel jaloux ! Lin Fin commençait à lui mettre les nerfs en boule et elle songeait maintenant à le révoquer définitivement. Tant pis pour lui, il avait une belle petite figure, de belles mains, un sens du devoir particulièrement développé, peut être un peu trop, justement.

Rageant, la maquerelle se releva et s'étendit sur son lit. Elle souffrait un peu du bas du dos à cause de la commode. Après quelques minutes à se concentrer sur son souffle, elle sourit en observant les motifs qui décoraient le plafond de sa chambre.


- Liam...Van...

Son soupir s'éteignit dans l'édredon qu'elle serra contre elle. Avec délice, la jeune femme replongeait dans leur soirée de la veille et leur matinée mouvementée. Comme il avait été vif ! Comme il avait su la faire gémir ! Elle qui l'avait pris pour un jeune coq sans plume avait en vérité trouvé chez lui un amant passionné, dynamique et particulièrement doué. Quel plaisir ! Pour une fois qu'elle n'avait pas mené la danse de bout en bout, seule, pour satisfaire l'autre, cela l'avait agréablement surprise. Mais au-delà du corps, au delà de leur ébat, ce qu'elle avait apprécié chez cet homme, c'était son caractère. Il était d'un piquant tenace, d'une verve chaude et décidée. Il s'était intéressé à ses origamis, à ses livres...C'était un homme intelligent, bien moins superficiel que tout ceux qu'elle avait rencontrés jusqu'ici. C'était en outre un médecin qui avait sauvé une de ses filles, un Alchimiste aussi, un homme rattaché à l’État et qui, pourtant, semblait presque le renier. Et c'était surtout, malgré ses airs de cachottier, un homme apparemment sincère avec elle. Ne lui avait-il pas finalement dévoilé une partie de son âme véritable ? Il lui avait confié son vrai métier, il lui avait sorti sa montre d'argent et, avant de partir, il lui avait même avoué son vrai nom...Cela l'avait littéralement soufflée.

- Van...

Ainsi Liam n'était-il plus. Van venait de le remplacer pour de bon et la belle songeait maintenant qu'elle le préférait mille fois. Il était ainsi venu sous une fausse identité, comme elle l'avait sentie puis chassée de son esprit...C'était son choix, pour exercer sa médecine en toute illégalité, et c'était un choix qu'elle-même ne pouvait blâmer. Après tout, c'était pour garantir sa sécurité et celle de ses clients, quoi de mal à cela dans leur milieu ? Lui donner son véritable nom, lui montrer son insigne d'Alchimiste d’État et lui promettre sur ce ton si délicieux qu'il allait revenir le lendemain, n'était-ce donc pas la preuve qu'elle l'avait mal jugé et qu'il était finalement digne de confiance ? C'était le signe de la volonté de jouer carte sur table et d'accéder à ce fameux échange équivalent dont ils avaient parlé. L'aimait-elle ? Non...pas encore...Mais elle éprouvait maintenant pour lui une certaine admiration, un respect aussi et sans doute un doux sentiment de possession.

Comment exprimer tant d'émotions contradictoires en une seule personne ? Comment laisser son cœur pleurer de colère, d'amertume et de peur dans le même temps qu'il soupire après la confiance, la joie, le plaisir ?

Ses yeux noisettes s'arrêtèrent sur quelques moulures qu'elle discernait mal à cause de l'obscurité de la chambre. Ses lampions ne lui permettaient pas d'en distinguer tous les détails. Finalement, en dépit de sa rage de vivre, elle restait en ces lieux comme un rat en cage. Ce Van, réussirait-il à changer son triste quotidien ? Ils avaient encore tant à se dire...Se feraient-ils réellement confiance un jour ? Seul l'avenir le dirait. Ils étaient désormais amants et Azami attendrait demain avec impatience.

Oui, demain.


***********************

Ce jour-là, la maquerelle décida de laisser tomber ses comptes. Elle alla rendre visite à la jeune Évène pour vérifier qu'elle se portait bien et appris au passage que Van avait été avec elle d'une tendresse inégalée. Cela la fit sourire. Ses filles semblaient fortement l'apprécier et aucune n'osa lui demander si elle l'avait croqué ou non. Le respect des jeunes femmes lui fit du bien, comparé à la curiosité mal placée de son gardien, et elle en fut aise tout le restant de la journée.
Après un bain aux senteurs de camomille et de verveine, elle revêtit un kimono bleu et se recoiffa. Devant le miroir de sa commode, elle se remaquilla et réajusta ses pics à cheveux. La chambre fut nettoyée par son personnel, rangée et parfumée tandis qu'elle menait des opérations de nettoyage dans la grandes salle d’accueil. Évidemment, le jour l'Antre était fermée. Cela permettait aux filles de se reposer et à l'ensemble du personnel de remettre en ordre les lieux. En outre, cela permettait à tous d'avoir une vie en dehors de la fumerie, même si presque personne ne la quittait pour autre chose que des achats importants. C'était un véritable clan troglodyte.
Cependant, Azami ne recroisa pas Lin Fin qui était exceptionnellement sorti. Cela évita sans doute bien des tensions et soulagea la maquerelle qui se sentait étrangement prête à déclencher une tornade dans l'Antre pour tout changer. D'ailleurs, elle modifia la composition des pièces, fit déplacer les canapés, changer les vases et quelques tentures. Elle voulait plus de couleurs pâles, plus de rose, moins de rouge. Une nouvelle fraîcheur fut ainsi donné aux lieux et tous respirèrent un peu mieux.

Nul n'était au courant que le médecin, (que tous nommaient encore Monsieur Coopers et Liam en privé), avait dit à leur maîtresse qu'il reviendrait. Aussi, personne ne songea que c'était pour lui que la belle réorganisait ainsi son espace, même si tous sentirent que c'était lui qui avait déclenché chez elle l'envie de nouveauté. Van fut ainsi associé à ce vent de changement, ce qui plut aux uns et fit rager les autres.
Bientôt, tous murmurèrent que l'Antre tremblait à cause de l'éveil de son volcan intérieur et une question remua chaque lèvre : ce dernier fertiliserait-il leur terre ou l'anéantirait-il ?


[HRP/ Fin du RP. Suite d'Azami dans le poste "Une rencontre improbable"./HRP]
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En dépit de ma rage, je reste comme un rat en cage [Van, Azami, Dorian] [02/04/42]

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