L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


Forum RPG - Londres au XIXème siècle. Incarnez Vampires, Loups-Garous, Lycanthropes, Homonculus, Chimères, Alchimistes, Hunter...et choisissez votre camp dans une ville où les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses....
 
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Lorsque la braise rencontre la glace [Comte, Chastity] [01/04/42]

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Comte Keï
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Proie(s) : Les Humains (pour se nourrir) et tout ceux qui se mettront en travers de son chemin.
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MessageSujet: Lorsque la braise rencontre la glace [Comte, Chastity] [01/04/42] Ven 20 Sep - 10:38

[HRP/Après « Entrez dans la danse ! La seconde Tour est à l'oeuvre »/HRP]

Cela faisait à peine deux jours que le bal de Chastity Stephenson s'était achevé qu'une ombre planait déjà sur son parvis. De retour dans sa cape rouge sang, arborant son haut de forme noir et ses gants blancs, Jirômaru Keisuke ne souhaitait plus perdre de temps. Les mondanités enfin passées, il ne pouvait plus attendre. Sa patience s'était réduite à mesure que les yeux de braise de la belle hantaient son esprit. Il l'avait choisie pour incarner sa seconde Tour, elle lui avait donné sa parole sous forme de serment, il fallait désormais concrétiser cette entente et le plus tôt serait le mieux. Leurs expériences devaient commencer dès maintenant s'ils voulaient obtenir des résultats probants au plus vite; il devait obtenir sa confiance afin de s'assurer sa fidélité totale et inconditionnelle mais il souhaitait surtout posséder quelques gouttes de son sang pour percer sa nature bâtarde afin de l'en sauver ou d'en tirer profit dans ses plans...Trop de choses étaient en jeu pour qu'il ne puisse décemment se laisser vivre sans mettre à exécution ses idées. Il avait attendu deux jours, c'était déjà trop à son goût.

Entre les volutes de brume et les pavés humides, le patriarche s'avança donc devant la vaste demeure de la jeune femme. Il l'avait prévenue par lettre de son arrivée, comme tout gentleman qui se respectait, mais il ne lui avait pas donné d'heure précise.
Droit comme une statue de cire, il s'arrêta, légèrement appuyé sur sa canne-épée. Derrière lui, quatre hommes arrivèrent à leur tour. Deux d'entre-eux étaient maintenus par les deux autres, comme des enfants que l'on mène de force dans une foire à laquelle ils ne veulent pas participer malgré leur curiosité. Avec l'aide des Sept, le Comte avait ainsi sélectionné ses deux pires recrues, les plus dégénérées, afin de les abandonner dans le laboratoire de Chastity. Ils n'avaient pas eu le choix. Ils avaient été battus avant d'être emportés bon gré mal gré. Leur instinct les mettait en garde et leurs craintes allaient bientôt s'avérer fondées. Ils allaient servir de cobayes pour permettre à la jeune femme d'améliorer ses Blood Tablett ; ils allaient être enfermés pendant près d'un siècle ; ils seraient certainement maltraités, leur état dégénératif servant d'excuse à leur sacrifice. D'autres viendraient, ils seraient oubliés, leurs cadavres pourriraient sous cet édifice...
Manouk et Salluste, ce que d'aucuns appelleraient les chiens les plus fidèles du Comte, les maintenaient sans jamais relâcher leur étreinte. Ils sentaient leurs mains crispées sur leurs bras, comme des pinces de fer dont on ne peut se dégager sans dommage. Pourtant, ils ne luttaient pas, ils ne luttaient plus, car ils ne le pouvaient tout simplement plus. Ils savaient que leur vie dépendait de leur soumission, surtout maintenant, et ils avaient déjà beaucoup souffert la veille.
Mais valait-il mieux mourir maintenant de la main du Comte ou attendre de souffrir dans cette macabre demeure ? Qu'est-ce qui les attendait ? Leur maître leur avait dit qu'ils allaient œuvrer pour le salut de toute leur race, qu'ils seraient les premiers à avoir droit de goûter aux meilleurs palliatifs du monde, mais où était la vérité ? Pourquoi les forcer ? Et cette fameuse Chastity que l'on disait monstrueuse, elle-même cobaye, hybride, sûrement dégénérée, que voulait-elle réellement leur faire ? Dans leurs têtes confuses, se mêlaient ainsi mille et une questions qui se terminaient toujours sur les pires scénarios possibles. La panique les saisissaient.
Observant d'un œil sombre et stressé la façade du bâtiment devant lequel leur maître les avait conduits ce soir, ils furent impressionnés par les hauts piliers torsadés entièrement faits de marbre qui soutenaient l'ensemble autant qu'ils le décoraient. Muets, ils se laissèrent cependant mener jusqu'à l'immense porte d'entrée. Ils baissèrent leurs têtes en arrivant sous les colonnes, cachant leurs yeux terrifiés derrière leurs cheveux blancs. C'était maintenant qu'il fallait s'enfuir ou s'était fini...

Mais nul ne bougea. L'aura de leur maître les écrasait déjà.

Jirômaru ne les laisserait pas gâcher cette soirée. Pour lui, tout était déjà vu d'avance: ils allaient disparaître derrière les murs d'un nouveau laboratoire et tester les cachets de la jeune Stephenson en attendant d'autres cobayes. Agniès allait bientôt venir les garder mais pour le moment elle veillait sur Arath. C'était elle-même qui avait demandé le post de gardienne. Marco enquêtait sur le Hunter qu'il avait surpris au Grand Théâtre, Salluste et Manouk étaient trop précieux pour le Comte dans ses guerres contre les Loups-Garous pour rester inactifs, Arath peinait à guérir de leur dernière bataille et sa vie ne tenait plus qu'à un fil, Maria allait bientôt lui servir d’émissaire auprès des filles de joie pour piéger les Hunters et Ambre avait une pièce à monter de son côté. Agniès était donc toute désignée. La jeune sorcière Tremerre qu'elle était voulait prouver sa foi et sa valeur en jouant ce rôle crucial. Elle voulait servir son maître tout en lui démontrant sa fidélité et sa force. Elle serait ses yeux, son attention, son relais dans ces expériences...
Agniès arriverait dans deux jours. Jusque là, Chastity aurait à surveiller les deux cobayes seule.

Une fois devant la porte massive, Jirômaru ajusta son col et jeta un regard presque joyeux à son vieil ami Salluste qui arrivait à ses côtés. Le Vampire lui répondit en levant les yeux au ciel comme s'il eut deviné ce geste autrement qu'un autre aurait pu le comprendre. Manouk rit dans sa gorge derrière eux tout en poussant devant lui son prisonnier. Oui, c'était drôle, drôle et excitant pour le Comte. Cette nuit allait être une grande nuit.

Trois coups furent donnés contre la porte, comme le signal du départ d'un nouvel acte sur scène.


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
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Dernière édition par Comte Keï le Ven 25 Oct - 0:33, édité 5 fois
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Chastity E. Stephenson
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MessageSujet: Re: Lorsque la braise rencontre la glace [Comte, Chastity] [01/04/42] Jeu 17 Oct - 19:47

Les derniers jours de Chastity avaient été relativement chargés. Le lendemain du bal, elle avait dû superviser l'enlèvement de ses maquettes qui furent entreposées dans un local qu'elle possédait sur les docks, en attendant les accords qui seraient signés avec les musées intéressés par la récupération de ses objets. Le ménage dans la salle et l'inventaire avaient pris du temps ; bien sûr, le plus gros était délégué à ses domestiques mais elle n'avait pu travailler correctement dans son bureau à cause du bruit occasionné. Dans l'après-midi, un messager était venu lui apporter une missive venant du Comte Keï qui la prit plutôt au dépourvu. Il viendrait le lendemain soir lui apporter les deux cobayes qu'il avait choisi et en profiterait par la même occasion pour visiter son laboratoire. Il n'avait vraiment pas perdu de temps ! Elle n'avait même pas encore ordonné la commande des cellules destinée à les accueillir !
En moins de temps qu'il n'en fallut pour le dire, la jeune femme se redressa, jeta le papier sur son bureau et descendit comme une furie au sous-sol, en quête d'une solution de secours. Utilisant sa rapidité Vampirique, il lui fallut moins de deux secondes pour traverser le couloir et ouvrir la porte dérobée pour s'engouffrer dans ses quartiers. Ses pas la dirigèrent dans la salle des essais. Elle y gardait une cage en argent peu spacieuse dans laquelle un matelas à deux places aurait entièrement recouvert le sol. C'était tout ce dont elle disposait pour l'instant et il faudrait bien qu'ils s'en contentent jusqu'à-ce qu'elle puisse faire venir les autres. Elle devrait faire travailler ses contacts pour les obtenir dans les plus brefs délais quitte à payer le double. La fonte de tels objets dans ses ateliers n'aurait que trop alerté les espions humains ou Vampires qui étaient sur sa trace.

Après avoir soigneusement nettoyé la cage avec des gants rembourrés, elle retourna dans la réserve pour y chercher les vieux matelas et tissus de nuit qui ne servaient plus et qu'on n'avait pas encore brûlés pour rendre l'intérieur un peu plus agréable. Elle aménagea aussi un point de toilette avec une cuvette d'eau, un pichet, des serviettes et du savon non loin d'un robinet qui lui servait habituellement à nettoyer les traces de sang qui avaient pu maculer la pièce. Elle passa ensuite dans son laboratoire pour chercher une seringue de taille raisonnable. Remontant prestement ses manches, elle se fit un garrot et ponctionna son propre sang avec une légère grimace. Lorsque le récipient fut plein, elle le déversa dans une toute petite fiole de moins de dix centimètres de haut qu'elle boucha hermétiquement. Pour finir, elle la glissa dans un étui plombé rembourré avec du coton pour qu'elle ne se brise pas. Ainsi elle éviterait tous les accidents possibles en remettant son liquide vital au Prince des ténèbres.
Son œuvre plus ou moins achevée, elle remonta s'enfermer dans sa chambre pour rédiger sa commande. Elle avait des contacts dans des fonderies louches de l'East End spécialisées dans ce genre de commande. Ils fournissaient aussi bien les Vampires que les Hunters, tant qu'ils étaient prêts à aligner l'argent sur la table.
Une fois que l'encre fut sèche, elle y joignit les plans qu'elle avait conçus dans les moindres détails et donna le jour, le lieu et l'heure du rendez-vous pour le premier versement, à eux d'en décider le montant.
La Vampire approcha un bâton de cire rouge de sa bougie et fit couler quelques gouttes sur l'enveloppe qu'elle cacheta et laissa à sécher avant de noter l'adresse au dos. Ceci fait, elle fit tinter la sonnette pour voir la zélée Gracie arriver en trombe dans la chambre.


- Madame ?

- Gracie, aidez-moi à me déshabiller, je vais me coucher tôt aujourd'hui. Le Comte viendra me rendre visite demain soir et je n'ai pas encore commencé les préparatifs... Oh, et il y a aussi cette lettre sur mon secrétaire, il faudrait qu'elle parte dans l'heure c'est urgent.

- Bien madame.

La jeune soubrette aida sa maitresse à se délacer et à passer une chemise de nuit avant de la laisser plonger entre les édredons. Elle quitta la pièce avec les vêtements à emporter à la buanderie dans une main, la lettre dans l'autre et referma la porte du pied. Il était six heures du soir quand la Vampire sombra.
N'ayant pas dormi depuis le bal, elle ne s'éveilla que vers dix heures le jour suivant. La journée passa en remplissage de papiers administratifs et réflexion sur les croquis de ses prochaines inventions.
Lorsque le soleil vint chatouiller les toits de Londres de l'extrémité de son globe rougeoyant, elle s'accorda un moment de pause pour continuer son roman, confortablement installée dans un fauteuil, palliatifs et coupe d'eau à proximité. Mais la nuit tombait déjà, le Comte serait bientôt en mesure de faire une sortie.

Avec l'aide de sa bonne, elle fit une toilette minutieuse et resta un long moment devant sa garde robe pour choisir ce qu'elle porterait ce soir. Elle voulait quelque chose d'élégant mais pas aguicheur, un tissus qui la mettait en valeur mais pas non plus une soierie brillante, réservée aux soirées mondaines. Pas de col montant mais pas non plus un décolleté profond, une couleur ni trop claire ni trop sombre... Quel calvaire que d'avoir autant d'habits !
Son choix s'arrêta enfin sur une robe de mousseline pêche qui dégageait la naissance du cou et des épaules mais ne dévoilait rien de la poitrine. Les manches étaient courtes, cachées sous un volant. Autour du col, sur la jupe et les manches, des broderies de fils de soie noirs rajoutaient une touche de sobriété à l'ensemble. Pour se parer, un simple ras de cou en obsidienne et les boucles d'oreilles assorties feraient l'affaire. Gracie avait enfin remonté ses cheveux en anglaises sculptées avec un soupçon de graisse à cheveux pour souligner le tombé naturel des boucles de la Vampire.
Il était huit heures et demie quand elle put enfin descendre et donner l'ordre à ses domestiques de se retirer dans leurs quartiers pour la nuit. Seule sa camériste resterait. Chastity ne tenait pas à avoir trop d'oreilles indiscrètes à proximité et préférait éloigner autant que faire se pouvait son personnel des éventuels prédateurs que représentaient le Comte et ses acolytes. La porte qui reliait la maison principale et les quartiers des domestiques était matelassée, aucun risque qu'ils puissent espionner.

Fin prête, elle attendit dans son boudoir, replongée dans la lecture de ''Notre Dame de Paris''. Le temps passa plutôt vite au goût de la Vampire qui n'avait même pas fini son chapitre quand on fit retentir par trois fois le heurtoir. Alerte en toutes occasions, la jeune Gracie fut sur pied en un rien de temps pour aller ouvrir la porte, se trouvant nez à nez avec le géant de glace, suivi de près par un homme d'un certain âge et un grand africain dont l'aspect imposant et exotique manquèrent de la faire reculer. C'était la première fois que la bonne voyait un homme aux origines aussi éloignées mais sa discipline de fer lui interdit le moindre faux pas. Aussi, ne fit-elle aucun geste susceptible de traduire son trouble et se contenta-t-elle de s'écarter pour les laisser entrer.


- Miss Stephenson va vous recevoir...

Du coin de l'oeil elle observa les deux hommes enchainés. Ils avaient vraiment l'air décharné, perdu. De pauvres hères condamnés à des décennies de servitude et d'enfermement au nom de la survie de leur espèce. Se souviendrait-on seulement d'eux ?
La porte se ferma bien vite pour les soustraire aux yeux du monde. Souriante, Chastity était sortie de son boudoir pour les accueillir dans le froufroutement délicat de sa mousseline de coton. Avec toute sa maestria, elle fit une exquise révérence au Comte.


- Je vous souhaite le bonsoir Lord Keïsuke... J'espère que vous n'avez pas rencontré de difficultés pour amener vos deux volontaires jusqu'ici ?

Elle les observa à tour de rôle. Correspondait-elle à l'image qu'ils s'étaient faite de leur future geôlière ? L'avait-on décrite comme un être abject, un monstre de haine ? La peur qui se lisait dans leurs yeux portait à croire que tel avait été le cas.
D'un ton enjoué elle lâcha :


- Eh bien eh bien... Je suppose qu'il est inutile de vous faire attendre plus longtemps ! Si vous voulez bien me suivre.

Les politesses d'usage avaient été considérablement raccourcies mais la Vampire savait pertinemment que le Comte n'était pas ici pour échanger de galantes paroles avec elle. En digne maîtresse de maison elle ouvrit la marche, les guidant dans un petit escalier qui conduisait au sous-sol de la maison. Ce fut Gracie qui ouvrit la première porte, donnant sur la partie ''commune''. Lorsque tous furent passés, la petite bonne ne les accompagna pas plus loin et referma la porte sur eux, sans tirer le loquet.
Évidemment, les Vampires n'eurent pas besoin de torches ou de lampes à huile pour se repérer dans le couloir ni pour déchiffrer le nom des salles. Chastity ne put s'empêcher de sourire en passant devant la chaufferie, théâtre de sa première rencontre avec le Comte lors de son escapade à l'Opéra. Lorsqu'elle arriva au bout du couloir, elle fit fonctionner une petite porte dérobée parfaitement cachée dans le mur qui débouchait sur une autre porte, celle-ci blindée et fermée par une serrure compliquée qu'elle ouvrit grâce à une clé unique qu'elle gardait toujours sur elle. Ainsi arrivaient-ils dans la seconde partie, celle qui renfermait son laboratoire. Les couloirs étaient agrandis et les portes, plus nombreuses.
Désireuse d'en finir, elle les dirigea directement à gauche au fond du couloir, dans la Salle des Essais. Spacieuse, ils pouvaient tous y rentrer sans problème tandis qu'elle désignait la cage d'argent.


- Je dois vous avouer que vous m'avez un peu prise de court, les cellules que je prévoyais d'utiliser sont encore en fabrication.. Elle se tourna vers les deux Vampires et leur adressa d'un ton courtois mais dénué de toute chaleur humaine : Vous serez bientôt ''logés'' dans le Laboratoire à proprement parler... Ce sera l'affaire de quelques mois.

Elle s'écarta ensuite pour laisser les acolytes du Comte pousser les cobayes dans leur cellule de fortune. Pendant qu'ils s'acquittaient de leur besogne, la jeune femme se tourna vers celui entre les mains duquel elle avait remis sa survie.

- Peut-être souhaitez-vous faire la visite du reste de mon ''domaine'' ? J'ai cru comprendre qu'il vous inspirait une curiosité certaine.

La Vampire sortit dans le couloir. Elle passa devant la première porte qui n'était ni plus ni moins qu'une salle de bains mais lui ouvrit la deuxième, comme si elle lui avait fait visiter un manoir tout ce qu'il y avait de plus normal. La pièce qu'elle lui montra était une bibliothèque obscure mais sèche et bien ordonnée, Sur les étagères en chêne qui prenaient tous les pans de mur de la pièce étaient disposés des grimoires très anciens, au cuir usé par le temps, la moisissure et le travail. La plupart dégageaient une aura de mystère, d'autres, les plus anciens, étaient protégés par des cloches ou fermés par un cadenas. Aux reliures ornées de pentacleset à l'atmosphère qui se dégageait de cet endroit, on pouvait aisément comprendre quel était le contenu de ces ouvrages. Au centre, sur une grande table du même bois que le reste, un pupitre vide et un encrier assorti d'une plume complétaient le tableau.

- Ma bibliothèque de l'Occulte. Certains de ces livres datent de l'an mil et ont réchappé miraculeusement à de nombreux autodafés. Alchimie, Vampirisme, Lycanthropisme... Tous les sujets y sont traités avec plus ou moins de véracité bien entendu. J'ai également quelques livres, les plus noirs de tous, qui traitent d'une forme de nécromancie. La langue est cependant très ancienne et l'écriture est devenue illisible par endroits mais je pense qu'il pourrait s'agir d'une description de création d'Homonculus.

Lui livrer ainsi une partie de ses découvertes n'était pas pour elle un moyen de faire parade mais plutôt de prouver au Comte qu'elle n'aurait pas de secrets pour lui, maintenant qu'elle lui avait fait allégeance. Elle répondit à quelques unes de ses questions de façon à étancher sa curiosité mais dans le même temps à l'attiser davantage. Les recherches qu'avaient mené la jeune femme sur 300 ans étaient tout bonnement impressionnantes et Chastity savait que soulever un pan du voile de mystère qui planait au-dessus d'elles donnerait probablement au Comte l'envie d'en savoir encore plus.
La visite continua après qu'elle eut soigneusement refermé la porte. Elle fit prendre au colosse une bifurcation : Au lieu de retourner tout droit, vers la sortie, ils tournèrent à droite. Elle lui désigna la pièce qu'ils dépassaient d'un gracieux geste de main.


- Mon placard à Ingrédients.. rien de bien sensationnel. Mais voici mon Laboratoire à proprement parler.

Elle le fit pénétrer dans une pièce très vaste, aux murs blanchis à la chaux. Trois tables étaient alignées vers le centre et reliées à de petits robinets. C'étaient des tables à autopsie que Chastity avait bricolées pour qu'un ingénieux système vienne rafraichir les cadavres ou nettoyer le plan de travail lorsqu'on ouvrait l'eau. Juste à côté, sur une petite table, elle avait aligné par ordre de taille ses instruments. Crochets, tenailles, pinces, ciseaux, scalpels étaient rutilants de propreté et disposés toujours au même écart, avec une précision qui frisait la manie. Non loin se trouvaient des balances et des poids de tous calibres. Dans une étagère vitrée, des bocaux emplis de conservateurs naturels contenaient des organes en cours d'étude ou des parties de corps ou de peau qui l'avaient interpellée par une forme particulière et qu'elle destinait à une étude prochaine.
Plus loin, on avait installé contre un angle tout un poste voué à la Chimie. Il y avait plusieurs alambics reliés grâce à des tuyaux, des cornues, une colonne à distiller... Juste à côté, une étagère avec les ouvrages auxquels elle se référait le plus fréquemment lorsqu'elle travaillait et des rangées de fioles, de tubes à essais et d'ampoules à décanter. Juste à côté, une petite armoire fermée à double tours portait comme seule indication sur son contenu : PALL.
A l'intérieur, toutes ses recherches sur les palliatifs depuis leur conception.
La troisième partie était plutôt réservée à la mécanique. Un grand établi sur lequel était posé une miniature en cours de construction, perdue au milieu de tiroirs et bocaux étiquetés avec une précision minutieuse sur la nature et les mesures des pièces qu'il contenait. C'était là qu'elle concevait ses inventions. Un lieu plus propice que son bureau et moins aisé à espionner.

Le Laboratoire donnait sur trois portes. L'une était un deuxième accès au placard à ingrédients et la deuxième, blindée, donnait sur une salle qu'elle lui ouvrit. Entièrement capitonnée, elle était pour l'instant totalement vide.


- Une salle de confinement, au cas où une expérience tournerait mal...

Elle referma la porte en lui adressant un sourire entendu et s'en retourna vers son ''coin chimie'' pour aller cherché l'étui qu'elle avait empli la veille. Avec déférence elle le remis dans les mains du Maître des Ombres et courba légèrement l'échine.

- Voici le sang que vous m'aviez demandé.

Elle le regarda à nouveau, un sourire au coin des lèvres. Qu'avait-il pensé de ce qu'elle lui avait montré ? Etait-il impressionné ? Avait-il des questions ? Chastity se sentait prête à encaisser toute les réactions.
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Lorsque la braise rencontre la glace [Comte, Chastity] [01/04/42] Ven 25 Oct - 3:28

Pourquoi la lune était-elle si pâle ce soir ?  Il la contemplait avec nostalgie. Dans son regard de brume, elle dessinait un cercle imparfait, à peine visible. A travers les lambeaux de nuages qui rôdaient encore au-dessus de leurs têtes, comme un ultime avertissement divin, elle était immaculée, translucide sur ses bords...Il l'admirait et lui parlait.

*Cache-toi ma belle...Cela ne te plaira pas...*

Symbole de malédiction pour les uns, symbole de chasteté pour les autres, simple astre dans l'espace ou divinité silencieusement incarnée, la lune brilla une dernière fois avant de disparaître dans l'ombre d'un cumulonimbus un peu trop conséquent pour lui permettre de rester en éveil plus longtemps.
Le Comte remit en place la bordure d'une de ses manches et reporta son attention sur la grande porte devant lui. Il venait de frapper trois coups et l'antre de Chastity allait s'ouvrir d'une minute à l'autre. Même si la domestique associée à cette tâche s'exécuta rapidement, l'esprit du patriarche avait eu le temps de s'égarer sur le ciel nocturne qui étendait ses longs doigts de suie sur Londres. Jirômaru aimait la nuit, il n'avait jamais réellement souffert de l'absence du soleil. Ce qui lui manquait était les couleurs du monde diurne, pas la chaleur de son joyaux. Il avait toujours préféré la nuit. Même dans les temps les plus reculés de son histoire, il y avait forgé une partie de son âme.

La porte grinça. Gracie apparut.
Les limbes de son regard multicentenaire tombèrent sur elle comme un linceul recouvre le mort. Le lord la détailla de haut en bas, sans se départir de son sourire carnassier.
C'était une jeune femme charmante. Son visage était gracieux, tout comme sa coiffure cependant quelque peu simpliste. Sa physionomie aurait plu à n'importe quel homme. Ses formes étaient effectivement appréciables et sa nuque ployait sous la torsion qu'elle exerçait dessus avec un soupçon d'effronterie qu'un Vampire ne pouvait pas négliger.
La belle, parfaite dans ses manières et sa démarche, les salua. Mais lorsqu'elle posa son regard sur les deux prisonniers, Jirômaru y décela une pointe de curiosité qui lui déplut fortement. Il la regarda de haut, comme tout être qu'il considérait comme inférieur et ne se fit pas prier deux fois pour pénétrer dans le manoir. Sa cape sanglante frôla l'encadrement de la porte et la jeune femme à son passage. Il l'ignorait déjà. Ses bottes résonnaient sur le carrelage de l'entrée et sa canne-épée émettait un son métallique irrégulier à mesure qu'il avançait dans le hall. Le loup était entré...

Chastity avait fait retirer tout ses gens et il ne fallu pas longtemps au Comte et à ses acolytes pour le deviner. La demeure, vaste et luxueuse, comme toute maison d'aristocrate ou de bourgeois, semblait aussi vide que le crâne de la moitié des politiciens que le Vampire manipulait chaque jour passé dans la Chambre des Lords. Un sentiment d'immensité et de froideur prit les deux prisonniers qui frissonnèrent. Pourtant, quelque chose de chaleureux émanait encore de ces lieux. Qu'était-ce ? Les tapis ? La tapisserie ? Le lustre ? Salluste se posait la question tout en poussant devant lui son fardeau qui refusait d'avancer plus loin.

Un bruissement, des escarpins, un parfum...Le Comte se tourna aussitôt vers elle sans se préoccuper de ses disciples. Chastity sortait du petit boudoir japonais pour les accueillir. Cela arracha un sourire ironique au Comte. C'était là qu'ils avaient eu leur excellente conversation deux jours plus tôt. Fidélité plutôt que concurrence. Soumission plutôt qu'obstination. Chastity était sienne et Jirômaru en jubilait déjà.
La belle se pencha pour esquisser une révérence des plus mondaines. Jirômaru enleva son haut de forme pour lui répondre dans le même élan. Il se pencha vers elle tout en lui prenant une main afin d'y déposer un baiser de ses lèvres exsangues.


- Tout le plaisir est pour moi...Fit-il en ramenant ses yeux de glace dans les siens qui étaient, comme dans son souvenir, aussi flamboyants que l'ambre le plus pur. Vous êtes toute en beauté ce soir, comme toujours...

Ce compliment était une parole des plus coutumières et elle était normalement dénuée de toute subjectivité. C'était une forme de politesse que leur siècle leur imposait, rien de plus. Et pourtant, le Comte attarda réellement son regard sur la robe de la jeune femme pour en admirer la simplicité et la forme. La couleur qu'elle avait choisie n'était pas sa préférée, trop proche de la peau, elle ternissait l'éclat de ses cheveux d'airain. Cependant, les dentelles noires qui la bordaient étaient tout à fait ravissantes. Elles lui donnaient un élan sensuel qui retravaillait les formes du décolletés et des jupons. L'ensemble avait un goût exquis et Jirômaru ne se laissa pas de le lui concéder du regard.

- Nous vous suivons...Se contenta-t-il de dire avant de lui emboîter le pas d'un air malicieux.

Il laissa son haut de forme à la camériste et continua son chemin.
Salluste et Manouk poussèrent en avant les deux cobayes. Ces derniers tremblaient mais leurs craintes s'étaient un peu adoucies à la vue de la maîtresse de maison. Elle avait l'air si gentil et si tendre qu'ils avaient du mal à l'imaginer en tortionnaire. Après tout, peut-être qu'ils seraient bien traités ? Le Comte leur avait expliqué qu'ils ne feraient que manger des Blood Tablett un peu spéciales pour « guérir » leur dégénération. Ils étaient conscients de cette dernière et la combattaient depuis des années, mais parfois ils se demandaient si ce n'était pas le monde autour d'eux qui était « anormal ». Comment le savoir ? Fallait-il toujours suivre leur maître ? Ils connaissaient une grande partie de ses travers et cette histoire de guérison les interpellaient. Le ton enjoué de Chastity les rassura malgré tout et ils ne résistèrent presque plus à la pression qu'exerçaient sur eux les deux membres des Sept.

Aux côtés de Chastity, légèrement en retrait pour la suivre, le Comte descendit au sous-sol du manoir des Stephenson. Comme sous l'Opéra, il fallait passer par de sombres couloirs éclairés par quelques torches à la lueur disparates, mais cela ne gênait évidemment pas les êtres nocturnes qu'ils étaient. Il fallait également passer par une série de porte de plus en plus protégées. Et lorsque Chastity s'arrêta pour faire cliqueter la serrure d'une porte blindé, Jirômaru sourit sans pour autant sortir ne serait-ce qu'un seul mot.
Après un long couloir dont les portes restèrent pour le moment closes, la jeune femme les conduit dans une salle spacieuse où attendait une cage aux bords d'argent. Le Comte observa la salle et la cage avec attention. Son sourire se fit plus vif lorsqu'il vit le « confort » dans lequel allaient attendre ses élèves dégénérés avant que la belle ne puisse décemment les loger dans des cellules qu'elle disait attendre. Manouk fronça le nez. Il était fort sensible à l'argent et en voir en telle quantité si près de lui le crispa quelque peu. Salluste quant à lui se contenta d'un soupir en croisant le regard de son maître qui riait presque. Oui c'était le luxe. Oui comparé à ce genre de salle les sous-sol de l'Opéra étaient de véritables catacombes, des lieux de mort et de torture, des cellules de condamnés destinés à la faim, la puanteur de leurs propres excréments, la souillure de leurs « frères ». Chastity faisait preuve d'une bien plus grande humanité que son aîné.
Les deux cobayes tiquèrent à la vue de la cage et esquissèrent un pas en arrière qui fut rapidement arrêté par leurs gardiens. Mais lorsqu'ils virent la bassine d'eau, le savon, le lit et les serviettes, ils se détendirent. Finalement, ils n'allaient peut être pas êtres traités comme des animaux. Et puis cette cage était apparemment temporaire, ils auraient des cellules, donc des chambres à eux d'ici un mois ou deux, c'était une promesse qui brilla pour eux comme un espoir.


- C'est parfait, ne vous inquiétez pas miss Stephenson, fit le Comte en tournant autour de la cage comme un amateur de fauves, je voulais vous surprendre pour voir ce que vous aviez en réserve, ce n'était pas très gentleman de ma part, je vous le concède, mais vous comprenez bien que j'aie besoin de vous tester...Je ne voulais pas que vous m'attendiez...

Le lord revint vers la jeune femme tandis que Salluste et Manouk conduisaient les deux cobayes dans la cage. Les disciples comprirent très vite qu'ils allaient devoir rester là pendant que le Comte faisait le tour des lieux avec leur hôte.
Ce dernier disparu bien vite dans le couloir à la suite de la jeune femme, les laissant s'occuper de fermer la cage sans se brûler eux-mêmes. Ils allaient également pouvoir observer la pièce d'expérience et lui rapporter des détails qu'il n'avait pas forcément eu le temps de voir sans sa vision parfaite. Salluste en était doté, c'était un atout que Jirômaru avait pris soin de prendre avec lui.
Ainsi, pendant que Chastity faisait au Comte la visite de son sous-sol, les cobayes étaient installés et surveillés par les deux disciples.

Comme première visite, la jeune femme montra au lord une bibliothèque qui regorgeait de livres occultes. Jirômaru respira à plein poumons l'air poussiéreux de cet endroit si symbolique et si mystérieux. Il aimait les livres comme les gens aimaient les animaux de compagnie. Ils étaient plus importants à ses yeux que n'importe quel objet fait d'or, d'argent ou de pierres précieuses. Et il savait que ce n'était pas forcément les plus belles couvertures qui faisaient les meilleurs ouvrages de papier. Au contraire, les livres les plus intéressants, surtout dans le domaine de l'occultisme et des magies anciennes, étaient souvent les plus insignifiants de par leur apparence. C'était une façon de les protéger des amateurs. Tout comme l'Alchimie était souvent codée dans de faux livres de recettes de cuisine, les sciences occultes bénéficiaient de leurs propres codes et de leurs protections.
Dans ce lieux, tout autant empli de charmes que de cruelles épines, le Comte se sentit immédiatement à son aise. Cela se ressentit sur sa démarche devenue plus lascive et sur son regard plus prompt à la curiosité. Il observa les rayons et passa son doigts sur plusieurs tranches nervées pour lire les titres dont la dorure était souvent déjà presque entièrement effacée.


- C'est une collection magnifique...Où avez-vous trouvé tout cela ? Souffla-t-il à sa consoeur sans quitter des yeux les reliures sombres. Magnifique...oui...Répéta-t-il pour lui-même dans un murmure.

Jirômaru était comme plongé dans ses pensées lorsque Chastity évoqua la nécromancie et les Homonculus. Il tiqua alors et se détourna des rayons pour revenir vers elle d'un pas alerte.


- D'Homonculus? Répéta-t-il d'un air sceptique. Vous croyez donc à toutes ces histoires d'Alchimistes tordus qui tentent de faire ressusciter les morts ? Le Comte marqua une pause qui n'attendait clairement pas de réponse. Il semblait réfléchir à quelque chose de fort désagréable. Ce sont des cinglés...Finit-il par dire comme pour clore une discussion qu'il ne souhaitait finalement pas engager.

Ils passèrent ensuite devant ce que Chastity désigna comme « le placard à ingrédients » avant d'entrer dans son laboratoire. Le Comte, qui la suivait sans cesser de remarquer que la courbure de son dos était parfaite, ne jeta qu'un coup d'oeil rapide dans le placard sans s'attarder et découvrit avec joie l'endroit où Chastity élaborait ses Blood Tablett. Son regard de brume se posa sur tout ce qu'il pouvait toucher sans jamais réellement s'attarder sur quoique ce fut afin de conserver une image nette et précise de l'ensemble de la salle sans s'encombrer des détails sans importance. Cependant, il resta plus longtemps fixé sur les bocaux et les instruments de chirurgie qui trônaient sur une table non loin d'eux. Le Comte sourit à nouveau. Un frisson lui parcouru presque l'échine toute entière. Il adorait ce genre d'endroit, non pas parce qu'il était profondément sadique, quoique cela aurait pu expliquer en partie le plaisir qu'il ressentit en cet instant, mais bien parce qu'il aimait apprendre et comprendre la science des corps. Rien ne le dégoûtait à ce sujet. Il était habitué à manipuler les chairs mortes et à dépecer les cadavres (ou les vivants). Récemment il avait fait des expériences sur des Loups-Garous exterminés sur les docks, juste avant sa pièce sur Coriolan. Glen lui-même n'avait pas eu accès à ces informations, c'était une activité que le lord se réservait et il n'avait nullement besoin d'aide à ce sujet.
L'inscription « PALL » sur une étagère close attira alors son regard. C'était sûrement là que Chastity enfermait ses comprimés transformés pour palier au besoin de sang de leurs congénères. Intéressant...
Quelques maquettes, des œuvres inachevées, en cours de préparation, des papiers, des instruments divers et variés, un laboratoire actif en somme. Le Comte apprécia l'endroit à sa manière, c'est à dire du point de vue d'un conspirateur qui se retrouvait avec de nouveaux outils pour mener à bien ses projets que d'aucuns jugeraient malsains ou machiavéliques alors que d'autres les jugeraient propices à l'évolution ou à la vie.

Jirômaru souriait. Lui seul se comprenait.

Chastity l'emmena ensuite dans une partie reculée de la pièce pour lui ouvrir une porte spéciale. Elle donnait sur une pièce capitonnée, un lieu de secours, de catastrophe, de confinement au cas où une expérience tournerait mal, une cloche sous laquelle elle pouvait enfermer une créature incontrôlable en somme, une porte de sortie, un mouroir...Cela pouvait être tant de choses...

Le Comte se retrouva tout près de la belle lorsqu'il passa sa tête par l'encadrement de la porte. Se redressant, il la domina de sa taille de géant et lui sourit d'un air à la fois bienveillant et audacieux :


- J'ose espérer que vous n'aurez à y pousser personne...Même si dans d'autres circonstances ce genre de lieu pourrait s'avérer fort amusant...

Lorsque la porte fut à nouveau fermée, Chasity lui présenta une fiole de son sang dans une courbette gracieuse. Le Comte ne pu s'empêcher d'avoir l'air surpris. A vrai dire il avait presque oublié ce détail d'importance. D'un geste lent et calculé pour éviter de briser la petite ampoule, il la saisit de ses mains gantées. A la lumière d'une torche, il observa le liquide rougeoyant qui collait sur ses parois. Le sang n'était pas encore totalement coagulé et pourtant il avait déjà la couleur du fluide vital qui ne datait pas du jour. Qu'importe. Il l'analyserait plus tard. Glissant la fiole dans une poche intérieure de son manteau de même couleur, il remercia dans le même temps la jeune femme:

- Je vous suis gré de ce geste qui m'est, soyez-en certaine, très cher. Je l'analyserai et vous donnerai mon avis sur votre particularité, si je la descelle et la comprend...

Son regard plongea dans le feu de celui qu'affichait la belle. N'y tenant plus, il tendit doucement sa main gauche pour enrouler son bras autour de celui de Chastity avant de la ramener vers lui et de poser sa main droite sur sa hanche comme pour entamer une valse. Tout proche d'elle, son corps collé au sien, il ne détacha pas ses yeux de son visage de poupée.

- Je suis certain que vous me cachez bien d'autres secrets...Miss...Ce laboratoire, fit-il en désignant la pièce d'un coup de tête au mouvement circulaire, est parfait pour étudier bien des choses...

Poussant un peu Chastity en arrière, il la fit butter gentiment contre une table d'opération et laissa sa canne-épée tomber de sa main pour la repousser lentement du pied et la déposer au sol sans un bruit.

- Votre bibliothèque m'intrigue, tout comme vous...Je ne serai pas étonné d'élucider bien des mystères ici...

Sa voix s'était faite murmure tendre et déjà il poussait la jeune femme à s'allonger sur la table. Son nez effilé toucha son cou comme il l'approchait plus près. Il vint se loger au creux de sa clavicule avant d'errer dans ses boucles de cuivre que le Comte respira dans un soupir.

- Ton parfum me plaît...Chastity...

Sans prévenir, le Comte lia ses lèvres à celles de sa consoeur et bientôt sa main vint soulever la mousseline pêche qu'elle arborait...


**********


De leur côté, Salluste et Manouk avaient fait entrer les deux cobayes dans la cage sans en toucher les bords acérés. Ils avaient discuté un moment avec ces derniers pour leur intimer de faire ce que leur dirait la jeune Stephenson. C'était dans leur intérêt. Il fallait qu'ils restent dociles et calmes s'ils voulaient pouvoir un jour sortir d'ici. Ils connaissaient assez le Comte pour savoir que leur vie ne valait plus grand chose à ses yeux. Il s'attachait imperceptiblement à ses élèves, grâce notamment à son code d'honneur qui restait une des ultimes survivances de son humanité, mais ces deux-là avaient commis erreur sur erreur à cause de leur stade de dégénération et cela signifiait que pour lui ils n'étaient plus que l'ombre de ce qu'il désirait dans ses rangs. Les deux prisonniers ne disaient mot. Ils avaient le secret désir de s'échapper et de fuir mais ils préféraient attendre que le Comte soit loin. Pour le moment, ils allaient être patients pour éviter de crever d'une simple claque au visage, mais lorsqu'il serait reparti, ils se sauveraient d'ici. Chastity avait beau sembler digne et noble, elle n'en restait pas moins une geôlière. Qu'avaient-ils prévu tous les deux de faire avec leurs carcasses ? Non, le Comte n'aurait pas toujours ce qu'il désirait. Ils ne resteraient pas longtemps enfermés comme des souris dans une ratière.


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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Chastity E. Stephenson
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MessageSujet: Re: Lorsque la braise rencontre la glace [Comte, Chastity] [01/04/42] Mar 29 Oct - 14:17

Un sourire, une révérence des plus mondaines, un baisemain.
Ce soir le Comte était égal à lui-même, gentleman inégalable et flatteur. Chastity savait que le compliment dont il l'avait gratifiée aurait été le même pour une femme boudinée dans une robe qui lui aurait donné l'air d'un gâteau au saindoux dans son glaçage mais l'éclat qu'elle perçut dans les yeux de son hôte lui fit comprendre qu'il était sincère. Sa robe n'était pas de la couleur la plus flatteuse mais les broderies ajoutaient une touche d'originalité qui rattrapaient amplement ce détail. Peut-être le Lord ne l'avait pas remarqué -quoi qu'elle en doutât fortement- mais si sa chevelure n'était pas spécialement magnifiée par l'étoffe, ses yeux en revanche ressortaient beaucoup plus.
Une fois les amabilités d'usage expédiées, elle choisit de les guider jusqu'au sous-sol.

Elle sentait que les deux cobayes n'étaient pas spécialement détendus. Avaient-ils la sensation d'être comme deux souris dans les pattes joueuses d'un chat ? La jeune femme se dit qu'elle aurait vite fait de mettre les choses au clair avec eux. Les résultats de ses palliatifs seraient bien plus efficaces si les sujets étaient traités décemment, elle avait donc tout intérêt à leur fournir un minimum de distraction et de confort si elle voulait voir son expérience aboutir. Oui, ils se rendraient vite compte que quelques dizaines d'années enfermés chez elle, avec tout le confort possible et une probable voie de guérison vaudrait bien mieux qu'une cavale éprouvante qui avait toute les chances de se terminer par une mort certaine entre les griffes du Comte.

Ainsi les guida-t-elle jusqu'à la salle des essais où seraient logés les deux dégénérés. La cage d'argent prenait une infime partie de la pièce mais sa présence suffit pour affoler les instincts de ses congénères. Elle nota d'ailleurs un sentiment de malaise tout particulier dans les yeux de l'Africain qui suivait en compagnie du vieil homme. A la vue de ce confort sommaire, les deux sélectionnés semblèrent se détendre alors que le Lord arborait un sourire plutôt étrange.
La belle jeune femme supposa qu'il devait certainement penser que sa geôle, comparée à toutes celles qu'il devait posséder, relevait du palace. Peut-être estimait-il qu'elle était trop tendre, trop humaine encore dans ce genre de pratiques. Mais Chastity était une scientifique, pas un dirigeant politique. On pouvait l'accuser de manipulation, d'opportunisme ou d'égocentrisme mais jamais elle ne s'était montrée cruelle par pur plaisir. Peut-être avait-elle tort de refuser de se couvrir les mains de sang. La vérité était que la Vampire avait toujours détesté les souffrances inutiles et les morts cruelles. Si quelqu'un devait mourir, qu'il meure mais que cela ne prenne pas longtemps. Telle était sa politique. Comme tout les hommes de science, elle aimait aller à l'essentiel.

Pourtant, le Maître de l'Ombre la félicita tout en admettant qu'il n'avait pas été très galant en la prenant ainsi de court. D'un air entendu, la jeune femme hocha la tête. Il l'avait mise à l'épreuve pour avoir une idée des moyens qu'elle était capable de mobiliser sur un délai aussi restreint. Visiblement, il n'avait pas été déçu, c'était déjà une bonne chose ! Et la jeune femme s'avoua que ce genre de ''surprise'' quelque peu cavalière ne manquait cependant pas de piment. Quand un scientifique apprenait la théorie, il pouvait résoudre des problèmes en prenant le temps qu'il jugeait nécessaire. Mais en pratique, il arrivait parfois qu'il doive faire face à des situations à résoudre dans un temps limité. Maintenant, la jeune femme voyait ceci comme un exercice qui lui avait permis d'évaluer son efficacité.

Et le résultat ne lui déplaisait pas.


- Oh mais vous êtes tout pardonné Lord Keïsuke. Je comprends que vous souhaitiez mettre à l'épreuve vos collaborateurs... Nous sommes dans une période où nous ne pouvons pas nous permettre de miser sur le mauvais cheval n'est-ce pas ?

Elle lui adressa le plus exquis de ses sourires puis l'invita à la suivre dans les sombres boyaux du sous-sol, à la découverte du reste de son immense laboratoire.
Le Comte parut tout particulièrement séduit par sa bibliothèque de l'occulte. Il était vrai qu'elle possédait une collection particulièrement étendue qui ne devait avoir que peu d'égales dans le monde. Où les avait-elle récupérés ? Une bonne partie provenait de la crypte du château de Thomas... Les autres, elle les avait dérobés à des monastères, achetés à des vendeurs peu recommandables ou trouvés au fil de ses explorations. La lande regorgeait de caveaux abandonnés et de bâtisses en ruines qui cachaient des secrets de valeur destinés quiconque se trouvait assez courageux pour aller y mettre les pieds et assez débrouillard pour s'en sortir en vie.
Elle sourit au Comte pendant qu'il examinait certains des ouvrages.


- On trouve de ces ouvrages un peu partout en Europe, pourvu que l'on sache où chercher...

Elle en vint ensuite au sujet de la nécromancie et des Homonculus qu'elle avait souvent rencontré dans l'étude de ces livres, pensant que ceci l'intéresserait. A l'étonnement de la jeune femme, le Maître de l'Ombre parut soudain fort contrarié. Elle ne répondit pas à sa question, comprenant qu'elle ne souffrait pas de réponse. Cependant, elle n'en pensait pas moins. Bien sûr qu'elle y croyait. De nombreuses rumeurs parvenaient à ses oreilles à ce sujet et il n'y avait évidemment pas de fumée sans feu.
Victime d'un scientifique qui avait voulu braver l'ordre naturel établi par la Nature, elle ne comprenait que trop la douleur que devaient ressentir ces ratés, ces cobayes contre nature. Elle appréhendait aussi la folie dans laquelle beaucoup sombraient et le danger qu'ils pouvaient causer. On ne peut vaincre un mal sans en connaître le fonctionnement. Voilà pourquoi elle étudiait la théorie et se plongeait parfois dans des traités d'alchimie aussi vieux qu'elle.

D'un air leste et entendu, elle inclina la tête et l'invita à la suivre dans les prochaines pièces. S'ils ne firent qu'un bref détour dans le placard à ingrédient, ils s'attardèrent bien plus longtemps dans son laboratoire. Observatrice, elle nota le petit air à la fois appréciateur et un tantinet machiavélique de l'homme. Que pouvait-il bien s'imaginer en cet instant ? Réfléchissait-il aux expériences qu'elle avait pu mener ici ou bien à l'usage encore insoupçonné qu'elle pouvait faire de ces installations ? Quoi qu'il en soit, elle sentait que cet endroit l'intéressait au plus haut point.
La salle de confinement sembla aussi éveiller en lui de bien curieuses réflexions qu'elle n'essaya pas de percer. L'instant d'après, il s'était approché si près d'elle qu'elle fut obligée de lever la tête pour continuer à regarder son visage de glace. Elle avait oublié qu'il était si grand...
A son air bienveillant, elle répondit par un charmant sourire. Ils savaient tous deux qu'ils commençaient à dépasser les bornes que les mœurs imposaient mais qu'importe ! Tout ceci devenait follement amusant.


- Je l'espère aussi... Si je venais un jour à utiliser cette pièce cela voudrait dire que mon expérience à échoué, ce qui s'avérerait fort fâcheux. J'ai très peu de tolérance pour les échecs, surtout les miens.

Chastity avait fait comme si elle n'avait pas entendu la fin de sa phrase bien qu'elle en ait compris la substantifique moelle. Ceci éveillait d'ailleurs en son esprit une foule d'envies plus ou moins inavouables. Un coup d'oeil vers l'armoire et elle se souvint de la fiole qu'elle devait lui donner. Son air surpris l'interpella. Avait-il donc oublié ? C'était étonnant, ce sang aurait été la première chose qu'elle aurait réclamé si elle avait été à sa place.
Après un coup d'oeil, l'objet de verre disparut dans l'écarlate du manteau et l'homme de glace la remerciait pour sa contribution. Toujours d'une politesse exquise, elle inclina légèrement la tête sans cesser de le regarder pour autant et sourit.


- Soyez certain que vous aurez toute ma contribution pour éclairer la moindre zone d'ombre à ce sujet...

Leurs regards se croisèrent à nouveau. En moins de temps qu'il n'en fallut pour le dire, ils se retrouvèrent l'un contre l'autre. Chastity ne cessa de sourire, bien que cette proximité lui arracha de délicieux frissons. Elle devinait déjà ce qui se passerait ensuite. Pour avoir accueilli par envie ou nécessité une foule d'hommes dans le creux de sa couche, elle reconnaissait l'éclat du désir qui brillait dans les yeux du Vampire en cet instant. Voyait-il le même dans ses yeux ?
Dès qu'elle avait pu quitter la maison de passe de Southampton pour épouser le vieux Lord, elle avait décidé qu'elle n'accueillerait désormais plus que les hommes qu'elle jugeait dignes d'elle. Mais en cinquante ans, pas un seul homme n'avait arrêté son regard suffisamment, jusqu'à-ce qu'elle fasse la rencontre du Comte. Elle avait depuis longtemps pressenti ce moment. Déjà, en son corps déserté pendant un demi-siècle de toute présence masculine, elle sentait monter une envie longtemps oubliée.


- Nous avons tous nos secrets, n'est-ce pas Lord Keïsuke ?

Elle lui sourit tout en reculant, jusqu'à-ce qu'elle rencontre la table d'opération. Ainsi donc, tout se déroulerait ici... Soit. Le confort lui importait peu au fond, elle ne pouvait plus se détacher de ces yeux translucides et de cette voix douce. La sienne aussi s'était changée en murmure languissant lorsqu'elle sussura :

- Soyez sans crainte... Elle vous sera toujours ouverte...

La jeune femme n'opposa aucune résistance lorsqu'il l'allongea sur la table et le laissa aire lorsque son nez se mit à errer autour de son cou. Le contact de sa peau avec la sienne, même sur un si petit espace, lui arracha un frisson de délice. Que c'était agréable de se faire ainsi caresser par le souffle de cet homme !
Son compliment la fit sourire davantage mais elle n'eut pas le temps de répliquer que leurs lèvres se liaient déjà. Légèrement surprise au début, elle ne mit pas longtemps à rendre à l'homme des baisers doux et pourtant débordants d'envie. Un nouveau frisson la parcourut quand elle sentit sa main remonter sa jupe doucement. En dehors du jupon qu'elle portait pour donner de l'ampleur à la robe, elle portait de délicats bas de soie ajourés maintenus aux cuisses par deux jarretelles assorties et ornées d'une dentelle très fine. En guise de sous-vêtements elle avait un justaucorps de coton fin qui pouvait s'ouvrir à l'entrejambe et dans le dos grâce à des boutons de nacre. Par dessus, un corset très simple, recouvert d'un satin rosé.
Pendant qu'il explorait le dessous de sa robe et sans délier ses lèvres des siennes, la jeune femme laissa vagabonder ses mains délicates jusqu'à son manteau de sang. Se faufilant sous les épaisseurs, elle finit par passer sous la chemise de l'homme pour caresser les contours des muscles dorsaux puissants qu'elle appréciait à l'aveugle.

Un premier soupir finit par franchir ses lèvres après qu'ils aient mis fin à leur long baiser. Les murs étaient épais ici, personne ne les entendrait... Mais ils ne devaient pas se faire trop longs, ils étaient attendus ailleurs. Chastity savait qu'elle ne finirait pas complètement nue. Il fallait 10 minutes à une camériste pour détacher tous les boutons et agrafes de sa tenue, au moins... Les vêtements étaient loin d'être conçus pour ce genre d'ébats imprévu, les seuls rapports entre un homme et une femme tolérés étant ceux impliquant un mari et une femme se retrouvant le soir -et donc en tenue de nuit- dans la même chambre.
Après un moment, elle le fit s'asseoir sur la table avec une douceur rarement égalée. Agenouillée en face de lui, elle l'aida à retirer son lourd manteau pour le poser sur le meuble d'à côté, manteau qui fut vite rejoint par la redingote pour ne plus laisser que la chemise.
Féline, Chastity vint s'asseoir sur lui, les jambe du colosse entre les siennes, pour défaire le ruban du col. Ses doigts agiles s'attaquèrent ensuite aux boutons pendant que ses lèvres embrassaient la zone juste derrière son oreille, pour revenir progressivement vers sa bouche.


- Jiromaru...

C'était la première fois qu'elle s'autorisait tant de familiarité avec son aîné. Le prénom avait été prononcé dans un soupir tendre et pressant à la fois. Déjà la respiration de la Vampire s'était accélérée.
Une fois les derniers boutons défaits, elle put écarter les pans de tissus pour parcourir à loisir le torse d'albâtre de son aîné. Elle n'exerçait aucune pression pour le forcer à rester ainsi, lui laissant toute la liberté de changer d'angle s'il le souhaitait. Avant cela, elle prit à loisir le temps de descendre, après un dernier baiser plein de passion, ses lèvres sur le pectoral sculptural du Comte, jouant ainsi de pressions et de délicates caresses sur cet endroit de l'anatomie masculine qu'elle savait plutôt sensible.

Quelques mèches s'étaient déjà échappées de sa coiffure, lui donnant un côté plus sauvage et naturel. Sans sa dévêtir totalement, elle défit les premiers boutons de sa robe pour écarter le col et offrir au Vampire sa poitrine blanche et ronde, un fin sourire sur le visage. Sa jupe était entièrement remontée à présent, dévoilant des jambes d'une rare délicatesse. Elle laissa le colosse de glace agir à sa guise désormais, non sans cesser de lui procurer des caresses toutes plus sensuelles les unes que les autres. Elle aurait probablement un peu mal, cela faisait si longtemps... Mais le jeu en valait la chandelle : le Comte était vraiment un ''étalon'' de premier choix.
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Lorsque la braise rencontre la glace [Comte, Chastity] [01/04/42] Mer 30 Oct - 15:38

[HRP/Attention les posts suivants contiennent des scènes relatives à la sexualité./HRP]

- Mais que font-ils?

Salluste s'impatientait. Cela faisait maintenant plus de vingt minutes qu'il tournait en rond dans la Salle des Essais. Les deux cobayes étaient depuis longtemps enfermés dans leur cage d'argent et le Comte se faisait attendre. Le lord avait dit que cette soirée ne se prolongerait pas et qu'ils allaient se contenter de "livrer" les deux dégénérés avant de repartir aussitôt. Il leur avait sous-entendu qu'il avait du travail à faire dans son manoir et que Chastity n'allait qu'être rapidement "testée" ce soir. Il voulait s'assurer qu'elle était prête à assumer son rôle au sein de son grand échiquier et il avait rit d'avance des réactions de la jeune femme qui ne serait certainement pas préparée à recevoir deux Vampires dans ses geôles dès ce soir-là. Mais maintenant que le Prince de Londres était parti avec la belle, soit-disant pour visiter ses sous-sols, Salluste perdait ce qui lui restait de patience. Il se sentait trahi.

- Mais que font-ils... ? Bon sang...

Non loin de lui, massif et immobile comme une statue, Manouk, le géant d'ébène, restait les bras croisés à observer son acolyte errer comme un fauve en cage. Sa voix, grave et caverneuse, résonna dans la salle :

- Tu te poses encore la question, mon frère?

Son sourire froid et son regard ferme incitèrent le sage à se calmer tandis qu'un fin sourire fissurait son faciès d'empoisonneur. Oui, Manouk avait tout compris, il n'allait pas se cacher la vérité : le Comte n'était pas venu jusqu'ici dans le seul but de livrer ses cobayes...C'était évident depuis le départ. Salluste se voilait la face, une fois de plus...

***************

Quelques instants plus tôt, à quelques pièces de la Salle des Essais, dans le Laboratoire, Jirômaru et Chastity avaient lié leurs lèvres pour entamer une danse à la fois sensuelle et bestiale. Le Comte avait poussé la belle jusqu'à une table d'opération pour l'y allonger en partie et il avait vite entrepris de soulever ses jupons...
Depuis leur rencontre dans la chaufferie de l'Opéra et encore plus depuis le bal qu'avait organisé la jeune femme, le Vampire avait pour objectif de la posséder. Il l'avait désirée dès le départ. Ses grands yeux et ses cheveux de feu avaient attiré son œil prédateur et lorsqu'il avait une proie en vue, il n'était pas de ceux qui se laissaient distancer à la moindre occasion, bien au contraire, c'était un battant, un homme qui allait toujours au bout des choses. Ce qu'il désirait, il l'obtenait toujours.
Son désir envers Chastity était surtout physique, bien évidemment. Sa consœur avait un visage qui était loin de le laisser indifférent et tout, depuis sa silhouette gracile jusqu'à ses mains, sa démarche ou encore ses lèvres, avait réveillé chez lui des envies lubriques. Il désirait son souffle, il désirait sa peau, il désirait son corps tout entier.
Jirômaru s'était fait une réputation de débauché dans le Monde de la Nuit et cela faisait des siècles qu'il était connu pour son goût prononcé de la luxure. Chastity devait être de ceux qui avaient ouï dire qu'il était aussi ardent que la braise malgré son teint pâle et ses cheveux blancs. D'ailleurs, le colosse de glace sentit que son envie était partagé. Dans le regard de la belle, il avait perçu cette soumission au péché qu'il avait si souvent aperçu chez ses conquêtes. Lorsqu'il l'avait prise dans ses bras, il avait sentit que son corps s'était emprunt de cette lascivité si caractéristique du désir. Chastity avait ployée, elle se laissait maintenant faire, elle était toute à lui.

Alors qu'ils se rendaient l'un l'autre de fougueux baisers, Jirômaru enleva ses gants blancs qu'il laissa tomber au sol puis il trouva les boutons de nacre qui fermaient le justaucorps de la belle sous ses multiples jupons. Un à un, d'une simple torsion exercée avec deux doigts, il les défit sans jamais cesser de l'embrasser. De son côté, Chastity lui ouvrit sa chemise et promena ses longues mains effilées dans son dos. Lui aussi il se laissait faire. Ensemble, ils semblaient avoir le même besoin de satisfaire leurs pulsions. C'était un acte passionnel, instinctif, primaire. Ils se plaisaient l'un l'autre, pourquoi laisseraient-ils passer cette occasion ? La raison n'avait plus sa place en cet instant, seule la satisfaction comptait.
Peu à peu, Jirômaru ouvrit le justaucorps de sa consœur à l'entrejambe et, une fois qu'il eut convenablement enlevé le dernier bouton de ce côté-ci, il laissa ses doigts jouer avec les jarretelles de la belle afin de la faire languir un peu avant d'atteindre avec douceur le secret coffre de son envie. Sa dextérité dans ce domaine n'était plus à prouver. Aussi, dès le premier soupir de la jeune femme, il sourit, allongeant ses doigts, caressant sa peau avec un peu d'insistance sur certaines zones érogènes. Puis il abandonna son entrejambe pour la laisser l'asseoir sur la table. La voir ainsi agenouillée en face de lui donnait au Comte un sentiment mêlé de jubilation et de suffisance. Son manteau tomba, sa redingote le suivit. Libéré, Jirômaru poussa un soupir avant d'aider la belle à lui grimper dessus. Cette position somme toute cavalière ne lui déplaisait pas. Il la laissa donc s'installer sur lui avec souplesse. Elle se mit alors à lui déboutonner sa chemise et à parcourir à nouveau son torse. D'un geste, Jirômaru rejeta ses longs cheveux d'argent derrière son épaule pour éviter que la jeune femme ne soit gênée puis il se pencha un peu en arrière laissant apercevoir ses abdominaux saillants. Chastity l'excitait. Son souffle dans son oreille lui arracha un frisson d'extase et, lorsqu'elle descendit vers son bas ventre, le lord se retint de l'attraper par les cheveux. Il venait ici en conquérant, certes, mais il devait tout de même s'assurer que toute stratégie n'était désormais plus nécessaire avant de se permettre tout ce qu'il avait en tête. Il hésitait donc, laissant la jeune femme prendre quelque peu le contrôle. Son propre nom résonna dans sa tête. Quelle voix sensuelle ! Un véritable soupir de plaisir s'échappa de ses lèvres entrouvertes.
Lorsque Chastity se redressa, ses yeux de brume tombèrent sur ses jambes, puis sa poitrine enfin dévoilée. Sous ses paumes glacées, il pu en apprécier la rondeur et la fermeté tout en profitant de l'ouverture de son justaucorps pour enfin la pénétrer.


***************

- C'est indécent...

- Tu le connais pourtant bien...

Salluste s'énervait. Non content d'exécuter mille pas à la minute, allant d'un bout à l'autre de la salle, le Vampire faisait maintenant de grands gestes pour expliquer sa façon de penser. Manouk l'observait, toujours immobile, prêt à le faire taire si cela devenait nécessaire pour son salut.

- On ne connaît rien de cette sorcière ! Sa réputation pourrait bien ruiner celle de Jirômaru ! Ses petites magouilles et sa nature démoniaque vont le perdre ! J'étais contre cette alliance et tu le sais...

- Oui, je le sais. Et toi tu sais bien que t'opposer à lui ne ferait qu'empirer les choses. Je pense qu'il sait ce qu'il fait. Tu ferais bien de te calmer.

Le colosse de suie jeta un regard impérieux aux cobayes qui ne disaient mot mais qui écoutaient avec un intérêt certain ces divergences d'opinions naître entre les plus grands. Parler ainsi devant eux ne pouvait rien amener de bon. Salluste faisait aujourd'hui preuve de négligence et d'insolence. Il risquait de prendre une correction si le Comte n'entendait ne serait-ce qu'une remarque désagréable concernant ses actes. Le vieux sage avait déjà poussé le lord à le bousculer après le théâtre et sa rencontre avec Glen. Il fallait qu'il évite de le contrarier d'avantage. C'était évident. Jirômaru était libre, libre et puissant. Qui étaient-ils pour le juger ?

***************

Une infime résistance et une brève odeur de sang interpellèrent le Comte. Chastity manquait donc si cruellement d'amants ? C'était à la fois surprenant et inespéré. Jirômaru aimait l'idée qu'il possédait la jeune femme le premier depuis longtemps mais il craignit cependant de lui avoir fait du mal. Ce n'était évidemment pas le cas avec toutes les femmes. Jirômaru restait un tortionnaire qui n'hésitait pas à violer les Humaines ou ses congénères lorsqu'il en avait envie. Mais Chastity allait être différente, son rôle était important, il l'estimait plus qu'une simple catin trouvée dans la rue. Un reste d'honneur persistait dans les cellules du lord et s'il était là pour s'emparer de cette femme, il n'était pas là pour lui faire du mal, même s'il savait lui-même que sa hardiesse au lit était parfois extrême. Aussi se retira-t-il lentement, une interrogation dans le regard avant de continuer l'ébat. Son hésitation ne fut pas longue mais elle fut marquée. Peu à peu, il reprit son rythme. Chastity ne semblait pas souffrir, cela n'avait été qu'un passage. Et de toute façon il ne désirait pas s'attarder d'avantage sur ce détail. Lui témoigner du respect était certes dans ses plans, plonger dans le déplaisir n'était pas envisageable, plus maintenant. Et puis, ce n'était peut-être qu'une simple question de proportion...Chastity était petite. Comparée à lui, elle ressemblait à une poupée, frêle et délicate. Elle environnait le mètre soixante-dix, lui dépassait le mètre quatre-vingt-dix. Beaucoup de choses pouvaient expliquer ce désagrément...

Après quelques minutes dans cette position, le Comte se retourna pour prendre Chastity sous sa domination. Il la porta, la reposa sur la table d'opération et l'allongea un peu plus pour profiter de ses cuisses et laisser à sa vue le régal de sa poitrine qui se soulevait au rythme de ses élans. Debout, il lui sourit puis vint rôder le long de son col, frôlant de ses canines sa belle peau de pêche. Il revint dans le creux de son cou, donna un coup de langue près de sa joue, derrière son oreille, le long de sa trachée, avant de redescendre sur ses seins rebondis profitant de leur abondance tant avec sa bouche qu'avec sa main.

Jirômaru était ainsi : il possédait ce qu'il convoitait, il s’accaparait ce qu'il trouvait à son goût, il prenait ce qu'il voulait. Le monde aurait bien pu sombrer que cela aurait été son action. Sa main broyait les inconscients qui se mettait en travers de sa route et elle caressait tout ce qu'il souhaitait caresser. Nul ne pouvait s'opposer à sa volonté, certainement pas une femme.
Mais alors qu'il s'oubliait au creux des reins de Chastity, Sarah lui revint en tête comme une véritable gifle. C'était la seule qui ne se fût jamais refusée à lui. Ilsa n'avait fait que repousser ses plans, mais Sarah l'avait repoussé lui dans son entier. Pourtant, il avait presque réussi à la posséder elle aussi. Si Arath n'était pas intervenu, elle serait sienne à l'heure qu'il était. Ce type de pensées énerva assez le Comte pour qu'il force son mouvement. Comme pour imposer sa domination et se venger en partie de cet affront que lui seul connaissait, il accéléra son rythme et alla plus franchement percer Chastity à l'aide de son aiguillon de chair. Son souffle se fit plus rauque et plus fort, son corps devint plus pesant, son genoux lui rappela la balle qu'il avait reçu au théâtre. De fines gouttelettes de sueur perlèrent sur son front. Il serra les dents.


***************

- D'abord cette miss Bennett, ensuite la petite humaine, cette Sarah Spencer, puis l'autre excentrique, ce fameux Glen, et maintenant la fille Stephenson ?! Il ne s'arrêtera donc jamais?

Manouk poussa un soupir qui en disait long. Salluste commençait à l'agacer. Comme pour le mettre en garde, il décroisa ses grands bras musclés et lui jeta un regard empli de menaces. Salluste abandonna l'affaire. Il se laissa tomber sur une chaise et se passa une main dans ses cheveux de cendres en soupirant d'exaspération :

- Pffff....Il va me rendre fou...Il est fou.

- Ce n'est pas une nouvelle...


***************

Fou, Jirômaru l'était aux yeux de beaucoup. Mais il ne pouvait être uniquement considéré comme un être dépourvu de raison. Il avait sa propre conscience, ses propres règles du jeu, ses propres songes. C'était un mégalomane irascible qui finirait par mettre le pied dans un trou avant de chuter de haut, toujours plus haut. Son insatiable désir de victoires, de plaisirs et de reconnaissances n'avait d'égale que sa solitude. Comme le Bien et le Mal, la Folie n'était qu'un point de vue.

Haletant, il resta penché sur Chastity pendant près d'une minute, le temps de reprendre son souffle et de profiter pleinement de cet instant de libération qu'il venait de vivre. Ses cheveux lui collaient le dos, le cou et les épaules. Ses bras puissants formaient deux colonnes de chaque côté de la jeune femme pour soutenir son propre corps au-dessus d'elle sans l'écraser. Son visage, pâle comme la lune, trempé et crispé par l'effort autant que par le plaisir ressenti, tremblait encore de son extase lorsqu'il se fendit pour laisser un murmure franchir ses lèvres froides:


- Je...Je suis navré si j'ai pu vous offenser de quelques manières que ce fût...miss...

Puis il se retira en riant. Ce rire aurait pu être associé à celui d'un fou qui venait de concrétiser l'un de ses plus beaux plans diaboliques, celui d'un vainqueur égaré dans sa propre folie ou celui d'un homme pour qui la moquerie dans ce genre de situation était une façon de parfaire sa goujaterie. Mais Jirômaru ne s'en rendit pas compte. Pour lui, c'était la victoire sur l'image de Sarah, une façon de lui cracher au visage. Cette petite péronnelle avait bien failli lui gâcher cet instant si désiré mais il n'en avait finalement rien été.
Reboutonnant sa chemise et son pantalon, il ramassa ses gants au sol avant de les jeter sur son manteau et de tourner son regard de brume sur sa nouvelle conquête. Il attrapa Chastity par la hanche et la ramena à lui. Languissant, le menton relevé, ses cheveux en bataille, il parcouru son col une nouvelle fois d'un geste éminemment provoquant :


- Un puits de connaissances, un puits de charmes et de mystères...Que vais-je bien pouvoir faire de toi...?

Il sourit, embrassa la belle et entreprit de remettre sa redingote, son manteau et ses gants. Une fois qu'ils furent tous les deux à nouveau présentables, le Comte prit les devants pour retourner dans la Salle des Essais.
Des éclats de voix leurs parvinrent avant même d'entrer dans la pièce. Salluste parlait fort, il se disputait avec Manouk.


- Puisque je te dis que sa nature risque de nous porter préjudice à tous ! Jirômaru ferait bien de l'éliminer plutôt que de flirter avec elle ! Il est de plus en plus cinglé ! Je ne vais plus le suivre longtemps. Tant qu'il nous cachera ses projets, je vais freiner des quatre fers ! Comment veux-tu que l'on accepte ça ? Fiora Hagane est la preuve vivante que sa folie le mènera à sa perte. Arath l'avait bien dit, nous aurions dû l'écouter! Et cette Sarah...Je ne serai pas surpris si...

Ce fut d'abord un regard noir qui le figea sur place puis une main puissante qui vint lui saisir son profil tout entier. Écrasé, surpris par la violence du geste, le Vampire n'eut que le temps d'étrangler un "Monseigneur" avant de se retrouver la face contre les barreaux d'argent de la cage où s'étaient installés en boule les cobayes. L'odeur qui se répandit aussitôt dans la salle fut insoutenable. C'était une odeur de chairs brûlées mêlée à celle du fer et de la putréfaction. Salluste hurla. Il tenta de se débattre mais le Comte le maintenait non seulement avec sa force brute de Vampire mais également avec son aura qui s'était faite écrasante au possible. Canines sorties, il respirait la plus vive des colères. Jamais encore un de ses fidèles disciples n'avait osé bafouer la loi ancestrale du domaine. Si lui-même se permettait d'entrer dans l'intimité de Chastity, c'était bien parce qu'il avait senti qu'il aurait son consentement mais également parce que son statut de Prince de la ville le lui autorisait d'office. Insulter sous son propre toit une Vampire, quel que soit son rang, ne pouvait être toléré. Ce soir, c'était une affaire qui le touchait d'autant plus que cela le concernait directement et qu'il se sentait tout aussi insulté.

Manouk mit du temps à réagir mais bientôt il posa une main sur le bras du Comte. Mais, comme s'il s'était fait piquer par quelque dard caché, il recula d'un bond avant de mettre genoux à terre en signe de soumission.


- Mon maître...Il a assez payé...

- C'est MOI qui décide de cela, Manouk! Rugit le Comte sans même lui jeter un regard.

Salluste hurlait toujours, son visage se décomposait rapidement. Il aurait fallu ne serait-ce que trente seconde de plus pour que le Vampire ne perde tout espoir d'en réchapper. Mais le Comte l'arracha aux barreaux pour le jeter dans les bras de l'Africain.


- Débarrassez-moi le plancher, TOUT DE SUITE! Hurla le Comte véritablement hors de lui. Je vais le tuer...

Derrière une cascade de cheveux blancs, le regard translucide du Comte était devenu plus tangible, comme s'il s'emplissait d'une brume blanche plus opaque. Manouk saisit Salluste à bras le corps et le souleva pour s'échapper. Malgré le poids de son ami, il ne fallut pas longtemps à l'empoisonneur pour sortir du manoir et s'éloigner.
Jirômaru crispa une de ses mains sur le rebord de la table la plus proche et gronda:


- Ces imbéciles ne méritent que ça...

Plus calme, le lord vint vers Chastity et lui pris une main pour la baiser.

- Ne vous inquiétez pas, je ne les laisserai pas décider à ma place du rôle que vous aurez à jouer dans mes vastes entreprises...Ce sont des crétins dépassés par la tournure que prennent les choses...Je suis confus...

Jirômaru tremblait légèrement. C'était l'effet de la colère mais aussi la soif qui le prenait. Son ébat avec la jeune femme avait creusé son appétit et cette scène venait de le vider de sa bonne humeur. Son regard, dans lequel des volutes laiteux semblaient se fondre les uns dans les autres, fixa celui de la jeune femme.

- Et si vous me faisiez visiter d'autres pièces de votre manoir ? J'aimerai en apprendre un peu plus sur vos origines, vos collections, vous-même...


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Lorsque la braise rencontre la glace [Comte, Chastity] [01/04/42] Lun 11 Nov - 18:06

Les mots n'étaient désormais plus de mise entre les deux Vampires qui avaient laissé leurs mains entreprendre une danse endiablée et sensuelle. Malgré les vêtements qu'ils n'avaient pas encore retiré, ils pouvaient chacun apprécier la magnificence du corps immortel de l'autre. Chastity était réellement abandonnée au plaisir de se sentir à nouveau caressée par un homme, et pas n'importe lequel !
Elle savait que l'honneur d'avoir partagé la couche du Comte n'était pas des plus rares du fait de sa réputation de coureur – et de leveur – de jupons mais le simple fait de s'être faite remarquer par lui ne manquerait pas de lui assurer une certaine sécurité. Elle était sa propriété à présent. La jeune femme ne savait rien des autres personnes qu'avaient possédé le Comte mais partageaient-ils un lien aussi ambigu ? La Vampire n'avait pas oublié leur première rencontre sous l'Opéra, pendant laquelle il l'avait laissée accéder à une partie de ses souvenirs. La blessure de l'amour était la plus cruelle d'entre toutes et elle était sans doute plus à même de le comprendre que n'importe qui d'autre dans cette ville. Hors de question de pêcher par orgueil cependant, aussi ces pensées restèrent-elles à l'état de simples suppositions dans l'esprit de l'immortelle qui se laissa aller au plus doux des plaisirs.

Comme elle s'y attendait, elle eut quelques difficultés à accueillir le Comte la première fois. Un demi-siècle sans homme l'avait presque faite revenir à l'état de la vierge qu'elle avait été 300 ans plus tôt. Le prince des Ténèbres aurait pu continuer à la besogner sans y prendre garde outre mesure mais il s'arrêta un instant, de l'hésitation dans le regard. Ainsi il restait encore un gentleman, c'était plaisant. Pour lui signifier que tout allait bien, elle lui adressa un sourire en coin et ferma un instant les paupières, avant de le diriger elle-même vers la source de son plaisir.
Assise au-dessus de lui, ce fut elle qui mena la danse en premier, usant de son bassin avec dextérité, comme elle l'avait appris dans la maison de passe de Southampton. Presque tous les hommes passés dans son lit à l'époque avaient affirmé après coup n'avoir jamais connu de femme avec une vigueur pareille pendant les ébats. Soudain revenue à cette lointaine période, elle s'employa à diversifier ses mouvements, alliant différences de pression, de force et de rapidité. Oui, elle voulait voir le Comte soupirer et gémir. Déjà pour elle, les premiers sons du plaisir commençaient à franchir ses lèvres...

Très vite, il entreprit de prendre le dessus, ce qui n'était pas pour déplaire à la scientifique. Elle ne put s'empêcher de frémir lorsqu'il promena sa langue près de son cou sensible puis sur sa poitrine dressée. A l'habituelle, la jeune femme ne se laissait que très difficilement dompter mais elle savait très bien qu'elle n'était pas en mesure de tenir tête au Comte, ce qui ne lui déplaisait pas non plus... Cette situation ambigüe ne faisait qu'augmenter la satisfaction qu'elle retirait de ces ébats.
Elle fut cependant un peu surprise lorsqu'il accéléra la cadence. D'une façon violente, presque hargneuse. Que se passait-il ? Voyant son visage crispé, elle renonça à comprendre et choisit de prendre le meilleur parti de la situation.
Bientôt vint la jouissance, qui fut suivie de la sienne. Ce Comte savait vraiment y faire avec les femmes... Quel plaisir venait de l'envahir !

Elle ne releva pas sa moquerie lorsqu'il se retira, habituée comme elle l'avait été aux clients qui se permettaient toutes les railleries du monde parce qu'ils avaient payé. Pendant qu'il rassemblait ses affaires, elle rajusta ses bas, boutonna ses sous-vêtements et remit son corsage en place, avant de se faire attirer au Comte pour une ultime provocation doublée d'un compliment pour le moins métaphorique auquel elle répondit sur le même air, parcourant l'épaule du géant de ses longs doigts fins.


- En cherchant bien, je suis sûre que tu me trouveras un usage...

Elle lui rendit son baiser pour remettre ensuite ses cheveux en ordre. Ils se dirigèrent ensuite vers la salle des essais. Des éclats de voix parvinrent à leurs oreilles et à peine Chastity eut-elle le temps de se dire que le Vampire allait passer un mauvais moment que le Comte le prenait à bras le corps pour lui offrir un tête à tête avec les carreaux de la cage en argent.
L'odeur de chairs brûlées était infecte et la violence du spectacle, tout aussi insoutenable. La jeune femme porta une main à son visage, couvrant ainsi ses narines et sa bouche, mais ne se détourna pas du spectacle. Il fallait qu'elle voie. Il fallait qu'elle contemple dans toute leur horreur les sévices que le Comte infligeait à ceux qui bafouaient son autorité.
Le visage de Salluste, méconnaissable, était tout bonnement affreux. Mais Manouk eut vite fait de le soustraire à leurs regards, sous les hurlements du Lord piqué au vif.

Une fois qu'ils eurent déserté la pièce, elle laissa retomber sa main le long de son corps sans dire un mot de peur d'amplifier la rage du géant. Ce fut lui, finalement, qui vint la trouver pour s'excuser avec un baisemain. Elle l'accueillit avec un sourire compréhensif et annonça d'une voix douce mais assurée :


- N'en faites pas cas, l'incident est oublié. Je puis comprendre que certaines personnes aient du mal à appréhender les grandes stratégies que vous mettez en œuvre...

Elle nota son tremblement, son air fébrile. Il avait soif et elle doutait que les Blood Tablets suffiraient à le calmer. Mais il était hors de question qu'elle lui offre un de ses domestiques à dîner... Ce manoir restait le sien ainsi que tous les domestiques qui l'entretenaient.
Grand soulagement, il ne demanda qu'à visiter d'autres pièces de sa demeure, ce qui la fit sourire. Il y avait en ces murs de quoi occuper un homme pour des dizaines d'années...


- Ce sera avec le plus grand des plaisirs ! Si vous voulez bien me suivre...

Elle lui fit rapidement faire le chemin inverse, laissant les cobayes seuls après s'être assurée que la cage ainsi que la porte étaient bien fermées. Ils revinrent dans l'entrée qui paraissait monumentale maintenant qu'elle avait été débarrassée des modèles d'exposition. Leste comme un chat, elle emprunta les escaliers presque sans faire de bruit, pour monter au premier étage. Là, elle tourna à gauche pour l'emmener dans sa galerie d'art personnelle.
La pièce était assez vaste pour contenir une seconde pièce plus petite dont les murs servaient à  exposer plus de tableaux. Pour éviter de faire de l'ombre aux œuvres, les murs étaient blancs et le sol en parquet tout ce qu'il y avait de plus simple. Méticuleuse, la Vampire avait classé les tableaux du plus ancien au plus récent en partant de la gauche pour aller vers la droite. Il y avait des peintures votives sur bois dont certaines dataient du dixième siècle, des portraits, des paysages, des œuvres de maîtres italiens, des compositions plutôt baroques... Un vrai petit musée qui rassemblait les styles et les époques pour créer un condensé de l'Histoire de l'art.


- J'ai réussi à rassembler, en plus de mes livres, quelques peintures de toute beauté... J'ai une préférence pour l'école flamande... Je trouve l'effet de clair obscur vraiment éblouissant. Mais voyez donc par vous-même.

Elle l'accompagna au fil des œuvres, lui donnant des indications sur l'auteur et la façon dont elle était entrée en sa possession. Chastity était en plus d'être savante, une grande amatrice de musique et de peinture. Cela se voyait dans son regard brillant lorsqu'elle parlait de sa collection. Après avoir fait le tour, elle s'arrêta devant une porte dérobée qui se voyait à peine. Sans l'ouvrir, elle se permit d'expliquer au Comte de quoi il s'agissait.

- J'ai aménagé une petite salle d'entraînement entre ces murs... Elle est plus grande qu'il n'y paraît au premier abord mais je préfère m'exercer à l'extérieur. On s'y sent plus libre ne trouvez-vous pas ?

Elle l'entraîna ensuite vers la sortie pour l'emmener à la salle qui se trouvait en face.

- Mon cabinet des curiosités. Les objets sont assez hétéroclites mais certains sont vraiment très amusants, vous verrez !

Cette pièce ressemblait davantage à un musée que la précédente. Les murs étaient de la même couleur mais on avait réparti dans la pièce des présentoirs de chêne vitrés, délicatement ouvragés. On pouvait distinguer trois parties différentes. La première, ''artificalia'', regroupait des objets anthropologiques. Il y avait trois colliers gaulois en fer et os, une fibule romaine en or, une épée brisée qui devait certainement dater des croisades, plusieurs étoffes de soie de Chine, deux tpis persans et un superbe costume féminin traditionnel turque qui constituaient les pièces maîtresses de cette partie. Il y avait également quelques céramiques, des petites sculptures en bois, une collection de pièces de monnaie, des objets de culte et des outils qui semblaient dater de l'antiquité.

- J'ai acheté l'essentiel de cette collection en 1806 lors d'une vente aux enchères... Vous devez sûrement vous en souvenir, elle concernait les pièces qui avaient appartenu à sir Lever. Pauvre homme, sa passion aura causé sa perte.

Elle le dirigea ensuite dans la partie ''exotica'' qui présentait des objets ramenés des confins du Monde. Il y avait ici trois oiseaux empaillés et entretenus avec un soin minutieux : un toucan au bec chamarré, une perruche blanche d'une grâce exceptionnelle et un ara imposant aux longues plumes chatoyantes. Dans les vitrines alentours, on pouvait observer toutes sortes de coléoptères aux couleurs extravagantes figés dans l'ambre, des papillons épinglés dans des cadres, de toutes les tailles et de toutes les teintes. Pour compléter, plusieurs herbiers montrant des feuilles d'arbres inconnus en Europe et une multitude de fleurs exotiques qui avaient été plongées dans de la cire, les protégeant ainsi des affres du temps.

- Quand je regarde ces plantes, je ne peux m'empêcher d'imaginer l'Amérique du Sud comme l'El Dorado décrit dans ce fameux livre de Voltaire... Candide si je ne m'abuse. N'est-ce pas magnifique ? Même les plus belles tulipes de Hollande ne pourraient rivaliser avec ces joyaux.

La dernière partie, baptisée ''scientifica'', exposait des instruments de toutes les époques, du cadran solaire romain au sextan de navigateur en passant par la clepsydre égyptienne. L'époque ici restait le quinzième siècle avec, entre autre, une longue-vue, des boussoles, des cartes maritimes et un superbe globe monté sur un présentoir en bois sculpté qui avaient connu les premiers voyages au-delà du Monde connu.
La main diaphane de la Vampire fit tourner le globe avec une infinie délicatesse, passant son doigt sur les côtes nouvellement dessinées de l'Amérique qui avaient, depuis le temps, beaucoup changé.


- Ce globe aurait fait le voyage jusqu'aux Amériques dans une des caravelles de Colomb... C'est une pièce inestimable. Les plus petits objets qui sont présentés ici, elle désigna la longue-vue, le sextan et la boussole, superbement ouvragés et posés à côté de leurs étuis en bois verni, m'appartenaient à l'époque où j'étais encore mortelle. Mon père avait dépensé une certaine somme pour financer une partie de l'expédition mais le navigateur perdit un bout de sa marchandise pendant le retour. Pour arranger les autres financeurs, il accepta de se passer de la part de cargaison qui lui revenait de droit et se remboursa sur les outils de navigation.

Son regard se fit vague un instant, pendant qu'elle se remémorait cette époque bénie où elle était encore innocente et pleine de vie. Quand son père avait ramené son ''butin'' à la maison, elle déclara n'avoir jamais rien vu d'aussi beau de toute sa vie. Combien de fois avait-elle voulu utiliser ces objets pour calculer la position des étoiles comme si elle avait été sur un bateau ? Son père avait dû lui interdire l'accès à son cabinet pour éviter qu'elle ne les abîme.
Le Comte avait devant les yeux quelques uns des rares objets qui la rattachaient encore à son passé.

Peu désireuse de s'oublier plus longtemps devant lui, elle se redressa et lissa sa jupe d'un revers de main, comme si rien ne s'était jamais produit.


- Bien, par quoi poursuivons-nous ? Il reste la salle de musique, l'atelier de peinture, la grande bibliothèque ou mon laboratoire d'astronomie.
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MessageSujet: Re: Lorsque la braise rencontre la glace [Comte, Chastity] [01/04/42] Jeu 28 Nov - 11:05

La fébrilité.
Sensation paradoxale. Une lutte contre la doxa, le sens commun tel que l'Histoire le reconnaît. Abandon de puissance, résultat de forces en action, intérieures ou extérieures, rugissement des sens et de la chair.
La fébrilité.
Renvoie-t-elle nécessairement à la débilité, faiblesse du corps et du cœur ? Elle prend la forme d'un état extatique, d'un état qui subsume le vivant, le transporte au-delà des pensées intelligibles. Elle s'empare de vous, tétanise vos muscles, anéantit votre esprit pour l'arracher au corps qui le leste comme un poids, le poids de la vie, celui de la conscience.

La fébrilité...

C'était elle qui régissait le Comte en cette heure. L'extase passée, la colère l'avait submergé et maintenant luttaient en son sein deux sentiments paradoxaux réunis en chrysalide autour de son être tout entier. L'un le transcendait, à l'image d'un mortel qui se lève enfin vers un bonheur suprême  longtemps refusé à sa personne, lui donnant cette joie érectile qui ondoyait sur sa peau en vagues glacées, réveillant ses pores, rassemblant ses sens et ses pulsions primitives en une satisfaction jouissive, morbide, d'un prosaïsme divin délectable et délecté. L'autre, aussi violente, aussi troublante, plus difficile, pour lui, à tempérer, celle qui le détruisait depuis des siècles, rongeant ses nerfs, ses os, sa vie, vengeresse, impérieuse, extraordinaire, plus terrible que l'amour, le perçait de son dard envenimé, irritant, détestable et pourtant adorable, jusqu'à lui faire oublier sa prime extase.
Un rêve empli d'une sexualité débridé détruit par un cauchemar plus tangible que tous les charmes du monde, celui du monde-même, celui de la réalité, celui du néant à ses yeux. Car qu'était le monde pour l'immortel ? Un terrain de jeu ? Sa demeure ?
Sa fin continuelle.

Il tremblait et cela le révulsait.
La perte de contrôle était pour lui une abomination. Et pourtant, la colère était chez lui des plus dévastatrices, quel que soit son vouloir. Ses disciples en faisaient régulièrement les frais, comme aujourd'hui, et rien ne l'exaspérait plus que de sombrer ne serait-ce qu'une minute dans cet excès qui dissipait sa raison et même ses forces, contrairement à ce que l'on pouvait croire.
Poings serrés, dans cette pièce embaumé du parfum de la Mort, il laissa partir Salluste et Manouk sans insister sur leur faute. Trop conscient de sa démesure en pareil cas, il préféra s'appuyer sur une table et arrêter là son corps tout entier comme une horloge emportée dans sa fougue que l'on éventre pour en extraire les rouages avant qu'ils ne s'entrechoquent.

Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas eu une telle envie de tuer l'un des siens.

Enfin, après quelques minutes, il se reprit, du moins en apparence, et vint baiser la main de Chastity pour s'excuser et l'inviter à lui faire découvrir la suite de sa demeure. Stratégie pour oublier le désagrément et pour éviter de rompre le fil de son premier sentiment. Le paradoxe devait être coupé en deux pour qu'il cesse. Quitte à choisir, la colère serait abandonnée au profit de la sensualité et de la galanterie. Difficile épreuve qu'il ferait payer à son disciple plus tard. Lui avoir brûlé le visage n'avait pas achevé son désir de le punir...

La fébrilité disparut donc laissant l'assurance prendre sa place. Il fallait redevenir Jirômaru et quitter le Comte.

Chastity dû le sentir. Elle qui n'avait dit mot durant toute la scène, restant à distance respectable, sans intervenir afin de laisser le colosse donner sa propre justice, s'anima enfin pour le soutenir de loin. Contournant le nœud de sa colère, elle souffla qu'elle n'en avait cure et le pria de l'accompagner.
La frontière entre la nauséabonde salle des essais, où deux pauvres créatures étaient abandonnées à leur triste sort, prêtes à servir la science et toute son horreur, fit l'effet d'une bouffée d'air sur le visage du Vampire. De statue martiale au visage moribond le lord redevint le galant gentleman avide de connaissances et de complaisances. Une fois qu'il eut lavé sa face de la haine qui la recouvrait, il la maquilla d'un aimable sourire avant de sortir et de suivre son hôte dans les dédales de sa demeure. Comme un nouvel homme, il retrouva le rôle qu'il avait abandonné dans le laboratoire pour se permettre cette folie du corps, celui du lord en visite, du sage empli de curiosité à l'égard de ce que dissimulait dans ses entrailles cette demeure au ventre bouffi.

Ils remontèrent jusqu'au hall dont le lustre attira l'oeil du Vampire plus que la première fois: son attention n'était plus retenue par quelque maquette ou la croupe de sa nouvelle amante. Au contraire, elle était désormais entièrement dévouée à l'admiration des lieux, des objets, des ornements et autres bagatelles que le regard était bien en droit de posséder de temps à autre. Le Comte était un grand amateur d'art et surtout d'architecture. Ce n'était pas par hasard qu'il s'était rapproché de Sir Barry, architecte de renom, ou qu'il conservait sous l'Opéra un condensé des plus baroques en une seule pièce : sa chambre. L'accumulation d'oeuvres et de mobilier était sa spécialité, même si cela pouvait paraître de mauvais goût, particulièrement dans sa chambre. Il était friand des cabinets de curiosités, ces véritables musées d'histoire et d'Histoire, rassemblant à la fois des brides de vie et des fragments d'Humanité. Après tout, chez un Vampire, quelle surprise cela pouvait bien être ? Pour lui, aucune, puisque, témoin de siècles passés et de siècles présents, voire futurs, les membres de sa race voyaient tellement plus qu'un simple mortel pouvait même l'imaginer qu'il était impossible de supposer qu'aucun puisse vivre uniquement avec son temps, laissant les reliques de sa vie au feu dès que ces dernières étaient jugées hors du temps.

Arrivé dans la galerie d'art de la jeune Chastity, le Comte laissa ainsi ses yeux de brume parcourir chacun des tableaux qu'elle conservait dans un espace tout à fait approprié : sobre et vaste, laissant aux œuvres une place de choix afin d'en tirer la plus belle image. Nulle n'était trop exposée ni trop peu, aucune ne disparaissait dans l'ombre ou ne prévalait sur une autre. Tout était mesuré, parfait. Le Comte sourit:


- C'est une belle collection que vous avez-là, Miss Stephenson.

Ensemble, ils firent le tour de sa galerie. Le lord laissa la jeune femme s'exprimer. Elle semblait apprécier cette déambulation mondaine et l'abreuver d'explications, d'appréciations, de remarques personnelles ou générales. Le Comte tentait de rester souriant, même si au fond de lui grondait une masse impétueuse de sombres pensées. Il apprécia les tableaux à leur juste valeur, ainsi que le dynamisme et la motivation de la belle.

- Le clair-obscur est intéressant. Les grands peintres de ce temps on su donner une force à la lumière que personne avant eux n'avait imaginé. J'aime, moi aussi, ces œuvres, mais elles m'attristent également car la lumière qu'ils représentent me paraît toujours fade comparé à celle du monde, du moins à celle dont je me souviens...Peut-être a-t-elle changé depuis...

La mélancolie. C'était un sentiment qui s'accrochait à sa colonne vertébrale depuis sa transformation et qui n'était pas prêt de le lâcher sans lui arracher quelques os. La lumière ne lui manquait pas réellement. C'était le maître de l'ombre, celui des brumes, des étoiles et de la lune. Mais, quelque part, elle était le symbole de son existence passée, comme pour tout ceux de sa race.

Laissant de côté ce trouble, il reprit la marche en affichant un sourire mi-figue mi-raisin puis finalement sincère. Ils venaient de trouver quelques tableaux de paysages, ce que préférait le Comte.


- J'aime ces arbres, Chastity, ils sont beaux, ils sont plein de vie, ce que notre race oublie souvent. Je préfère les paysages nus, sans trace, sans bateau, sans pêcheurs, sans agitation.

S'il y avait une chose qui lui manquait, c'était sa campagne japonaise. D'elle, il conservait de nombreux souvenirs. L'époque où il guerroyait dans les rizières et les cols enneigés lui revenait souvent en mémoire. Cela le blessait d'autant plus qu'il y avait tout perdu.

Bientôt, Chastity lui désigna une porte qui donnait sur une salle d'armes qu'il ne visitèrent pas. Le Comte faillit lui demander d'y pénétrer car son désir de voir ce qu'elle possédait à ses râteliers était aussi fort que celui qu'il avait de revoir sa bibliothèque occulte. Mais il se retint, préférant la suivre pour découvrir ce qu'elle souhaitait qu'il découvre. C'était aussi une manière de la découvrir elle. Ses choix ne pouvaient qu'être influencés par son caractère et ses propres passions. Cependant, il trouvait cela étrange que Chastity aménage une pièce d'entraînement en plein milieu d'une galerie d'art. Ne craignait-elle pas pour ses tableaux accrochés de l'autre côté des murs ? Peut-être étaient-ils fort épais ? Il le découvrirait plus tard. Aussi se contenta-t-il de toucher le mur de ses gants blancs comme pour en caresser la surface.


- Je possède moi aussi une salle d'armes, je pense que cela est préférable par les temps qui courent...

Il songeait évidemment aux Hunters qui s'étaient multipliés, ou du moins qui commençaient à se rassembler. Et encore, c'était sans compter les Loups-Garous qui, eux, s'agitaient réellement aux frontières de Londres et qu'il surveillait depuis quelques mois sans pour autant réussir à les cerner. Il en avait tué une bonne dizaine sur les quais mais cela n'était qu'une preuve supplémentaire de leur nombre. Il allait falloir qu'il se penche sur la question bien plus sérieusement même si ses projets allaient dans une toute autre direction que ce que ses semblables imaginaient...

Chastity le conduit ensuite dans un véritable cabinet de curiosités. Cela raviva le Comte qui se mit à errer dans la pièce, mains dans le dos, pour apprécier chaque objet enfermés dans des vitrines magnifiques. La belle prenait bien soin de ses affaires, ce qui n'était pas son cas à lui puisqu'il détestait tout bonnement les vitrines. Pour lui, une œuvre était bien plus intéressante si l'on avait la possibilité de la toucher, même si cela signifiait beaucoup de frustration car il faisait aussi partie de ces hommes qui ne touchaient que très rarement les objets anciens, trop conscient de leur valeur passé, présente et future. Seule son armure de samouraï était enfermée dans une vitrine avec son ancien katana...
Il s'attarda longuement sur le costume turque que possédait sa consoeur. Il était complet, sans pli, sans défaut. Il observa ses couleurs, ses coutures et ses bords, murmurant à lui-même qu'il n'était jamais allé dans ce pays à son plus grand damne.
Chastity lui expliqua comment elle avait récupéré ce genre d'objet. C'était lors d'une vente aux enchères de 1806. Une vente qui remettait aux acheteurs la collection d'un certain Mr Lever. Jirômaru réfléchit quelques secondes, une main sous le menton, pour se souvenir de cette vente. Où était-il en 1806 ? En Angleterre, cela était certain. Mais avait-il assisté à cette vente ? Il en doutait.


- Je ne me souviens pas de cette vente. Par contre le nom de Lever ne m'est pas inconnu, cela avait fait scandale à l'époque. J'étais cependant trop occupé de politique...

C'était effectivement l'époque où il se faisait une place dans la haute société londonienne. Celle où il louvoyait en tuant tout ceux qui se dressaient sur son passage. C'était l'époque où il manipulait les esprits et transgressait les lois de sa propre race. Tout cela, il allait bien évidemment le conserver sous silence, mais il n'en fut pas pour autant piqué d'amusement et cela se vit sur le coin de ses lèvres qui se soulevèrent dans un rictus mauvais. Oui, il venait tout juste d'abandonner ses élèves après avoir éliminé le plus âgé d'entre-eux. C'était l'époque de ses pires traîtrises. Celle qui avait vu le début de ses plans infâmes se mettre en place.

Son hôte le mena bientôt dans une autre partie de son cabinet. Le Comte leva alors un sourcil d'étonnement : il y avait-là trois oiseaux empaillés. Ils étaient magnifiques, parfaitement bien conservés, sans poussière, sans que leurs plumes ne soient ternies, ce qui était rare. Mais ce n'était pas tellement leur beauté ou leur caractère éminemment rare que le Comte observait d'un œil critique, c'était tout simplement leur présence, ici, au sein d'une demeure de Vampire. Pourquoi garder de telles choses ? C'était enfermer la mort dans une coque faite de peau et de plumes, c'était tenter de lutter encore et toujours contre elle, trouver à ces êtres une immortalité rêvée...C'était entretenir sa propre fin. Jirômaru ne pu s'empêcher d'imaginer que la belle puisse désirer d'être momifiée à sa mort, si elle devait arriver...

Il détestait les animaux empaillés.

Mais la belle ne se contentait pas de conserver ces oiseaux exotiques, elle gardait dans des blocs de cire et des vitrines quantité d'insectes et même de plantes. Jirômaru hésita. Devait-il lui dire franchement ce qu'il en pensait ? Cela aurait été le comble de la goujaterie et pourtant le summum de la franchise, ce qu'il préférait par-dessus tout. La jeune femme semblait aux anges. Elle adorait clairement cet endroit et ses yeux brillaient de mille et un rêves. Elle lui parla bientôt de l'Amérique, de l'El Dorado, de Voltaire...Devait-il briser ses rêves en lui assénant un coup au cœur ?


- C'est une belle collection, Miss. Finit-il par dire en observant les coléoptères multicolores puis les plantes engluées. Mais ne vaut-il pas mieux aller les découvrir sur place plutôt que de les embaumer ? Je veux dire...Ne les préféreriez-vous pas vivantes ? N'avez-vous pas songé à installer une serre chez vous ?

Le Comte se contenta de ces remarques sans grande envergure. Il préférait laisser la belle à ses rêveries plutôt que l'en arracher. Une idée, cependant, avait germé dans son esprit. Une idée des plus galante. Quelque part, cette section « exotica » avait éveillé chez lui une ancienne envie de plaire aux femmes par autre chose que sa virile présence.

Enfin, ils arrivèrent dans la dernière partie de son cabinet. Immédiatement, le Comte sembla dans son élément. Lui qui s'était montré distant, voire réticent dans la section tropicale fut soudain animé d'une nouvelle curiosité à la vue de tous les objets de navigation que lui présentait Chastity. C'était cela son élément : les choses figées qui n'avaient de vie que par l'usage que l'on en faisait. Il s'arrêta sur un sextant magnifique avant de rejoindre sa consoeur devant un globe terrestre qui, d'après elle, avait voyagé dans la flotte de Colomb. Le Comte sourit franchement en l'écoutant lui raconter les transactions de son père. La belle replongeait dans ses souvenirs, dans l'époque où elle était mortelle. Cette partie de sa vie était encore sombre dans l'esprit du Comte et il aurait souhaité que la belle lui en parle plus précisément. Mais il était le mieux placé pour savoir que ce genre de chose pouvait plonger un Vampire dans la plus terrible des dépressions. Lui-même cachait son passé, crachant sur le premier qui lui demandait d'en laisser filtrer quelques brides...

Accompagnant la belle dans son absence par un soupir, il posa un doigt ganté sur la surface du globe pour le faire pivoter lentement. L'objet tourna jusqu'à ce que le Japon apparaisse. Jirômaru resta un instant figé devant les contours de son pays natal. Il hésita, puis il laissa le globe seul avec lui-même.

De son côté, Chastity reprenait ses esprits. Elle lissa sa jupe et articula avec soin une galante invitation à lui demander où il souhaitait que la visite continue. Le Comte ramena sur elle son regard de limbe. Quelque part, il ne l'écoutait plus. Toutes ses pensées étaient désormais revenue à son amour des voyages. Il songeait à l'Italie, sa terre de cœur, à la Mongolie, à elle...Sarantuya...A son séjour dans les terres glacées des pays de l'Est, à Matosaï, à sa mort...
Les ombres de la salle grandirent et chaque objet sembla bientôt environné de suie, comme si le franc soleil d'été avait laissé place à un automne glacé.

"...laboratoire d'astronomie"

Au fond de son esprit résonnèrent les paroles de Chastity. La pièce noire ne s'ouvrit pas. L'incident fut évité. Comme s'il sortait d'un sombre rêve, le Comte secoua la tête et ouvrit de grands yeux.


- Vous avez un laboratoire d'astronomie?! Puis, se redressant, il tendit le bras à sa consoeur. Mais oui ! Que suis-je bête ! J'ai aperçu, lors du bal, votre dôme de verre !

Il fit un baise-main à la belle et la poussa doucement à le faire sortir.

- Allons donc observer les étoiles !

Tandis qu'ils marchaient, le Comte resta silencieux un moment. Puis, n'y tenant plus, pendant qu'ils se dirigeaient vers le dôme de verre, il lui demanda:

- Chastity, j'aurai aimé éviter ces discussions désagréables et seulement observer les étoiles avec vous dans mes bras, comme deux mortels désireux d'affronter l'infini sans se préoccuper des bassesses du monde. Mais j'ai besoin de savoir...Que pensez-vous de moi ? Qu'avez-vous entendu sur moi ? Quelle genre de rumeurs courent à mon sujet? Vous ne connaissez que trop bien celles qui vous rabaissent à une expérience ou à une anomalie, je n'y reviendrai donc pas. Mais pour vous comprendre dans votre essence, c'est de votre pensée dont j'ai besoin. Pourquoi vous allier à moi sans même connaître mes desseins ? Avez-vous tant besoin de protection ? Ou craignez-vous ma personne ?

Ce ton, cette politesse, ce vouvoiement, renvoyait de Jirômaru une image de gentleman aussi banal que n'importe quel Humain aurait pu être. Avait-il perdu de sa superbe dans le cabinet de curiosité ou montrait-il seulement son véritable visage?
Toujours était-il qu'il continua, fixant de ses yeux vides le visage de Chastity comme pour maintenir son attention ou lui réclamer des réponses qu'il désirait par-dessus tout:


- A votre avis, pourquoi me compromettrais-je avec vous?


> Jirômaru Keisuke <

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Chastity E. Stephenson
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MessageSujet: Re: Lorsque la braise rencontre la glace [Comte, Chastity] [01/04/42] Mer 25 Déc - 14:47

Leur petite promenade dans la galerie d'art était un moment des plus privilégiés, que la jeune bourgeoise s'employait à rendre agréable afin de faire oublier au Comte sa colère passée. Elle commentait les œuvres qu'elle aimait le plus, lui laissant le soin de donner également son avis sur la question.
Elle sentit la mélancolie du Comte lors de son appréciation du clair obscur. Lui aussi regrettait, ou du moins repensait, à sa vie de mortel. Malgré ses airs de Tyran insensible, il restait assez de bon en lui pour qu'il puisse éprouver de telles choses... Elle en fut peinée, bien qu'elle le cachât. A elle aussi, la sensation visuelle de la lumière lui manquait cruellement. La vie ne pouvait vraiment être observée qu'à la lumière du jour.
Les couleurs des peaux, des cheveux, des robes ou des animaux n'avaient pas du tout le même éclat, qu'ils soient éclairés par une lampe à huile ou par le soleil. Bien que, contrairement au Comte, elle pouvait sortir de jour à la condition d'être raisonnablement couverte, elle ne pouvait distinguer les couleurs que derrière le voile semi-opaque qui protégeait son visage.

Ils s'arrêtèrent devant les paysages. Les œuvres préférées du Vampire. Exemptes de toutes traces d'humanité. Le Monde à l'état brut. Doucement, elle approcha ses doigts effilés de la toile, sans la toucher.


- Vous avez raison... La beauté naturelle disparaît de plus en plus, surtout dans notre monde souterrain. C'est pourtant si paisible.

Ils continuèrent la visite sans se presser, passant brièvement devant la salle d'armes qu'ils ne visitèrent pas bien que le Comte lui en fit remarquer l'utilité. Elle hocha la tête d'un air entendu et lui sourit.

- Elle est certainement bien plus petite que la vôtre... A vrai dire elle ne me sert presque plus que d'entrepôt à présent. Je préfère m'exercer en extérieur.

En effet, c'était son endroit préféré. Son terrain n'avait alors plus de limites. Les situations devenaient imprévisibles, dangereuses. Quoi de mieux pour s'entraîner à des combats mortels que la réalité elle-même ? Chastity tirait beaucoup de son savoir dans la théorie mais elle savait que rien ne remplacerait la pratique quand il s'agissait du combat rapproché. Les images de ses dernières sorties lui revinrent à l'esprit. Elle aimait beaucoup sentir le vent glacé sur sa nuque, la sensation de son liquide vital s'échauffant dans ses veines, les gouttes de transpiration qui lui coulaient dans l'échine... La douleur de l'effort lui rappelait constamment qu'elle était vivante. L'espace d'une sortie, l'espace d'un combat, elle avait l'illusion d'être humaine à nouveau.

Humaine à nouveau... Quelle idée ambigüe pour un personnage comme la bourgeoise !

Souvent, elle regrettait l'époque insouciante de sa jeunesse, où elle ne soupçonnait même pas l'existence de pareils monstres. Sa candeur passée, sa virginité perdue... Tout cela lui manquait, au même titre que le cocon familial. Elle regrettait encore aujourd'hui de s'être enfuie et d'avoir mis sa famille dans l'embarras sans jamais avoir su ce qu'il était advenu d'eux. Trop tard à présent pour chercher à s'excuser, cela faisait bien longtemps que ses géniteurs étaient redevenus poussière.  Cependant, Chastity demeurait dans le même temps attachée à la vie comme un naufragé à son radeau. Elle ne concevait pas l'idée de mourir et en avait même peur. Sa connaissance l'avait petit à petit menée à l'abandon de tout Dieu et ainsi, à l'idée qu'après la mort, il n'y avait rien. Ce vide absolu, ce Néant lui faisait peur et l'angoissait plus que toute autre chose. Elle avait ce besoin maladif de se sentir vivante constamment, même si cela signifiait admettre sa nature monstrueuse. Elle ne pouvait admettre de disparaître alors que la Science n'en était qu'à ses balbutiements. Non, décidément... Elle voulait voir ce que serait la Terre dans mille ans et contribuer aux grandes découvertes qui restaient à faire. Toutes ses expériences, toutes ses recherches... Ce n'était qu'un début.

Ils passèrent alors dans le cabinet des curiosités. Elle ne remarqua pas vraiment la déception du Comte face à ces objets en vitrine. Elle-même aimait toucher ses possessions mais ne s'accordait que rarement ce plaisir par craindre de les abîmer. La jeune femme avait cette obsession maladive de la scientifique qui prend soin de tout mettre sous verre pour éviter que le moindre grain de poussière, le moindre facteur différent ne vienne altérer les propriétés de l'objet.
Pensant qu'il avait certainement entendu parler de l'affaire Lever, elle lui raconta comment elle s'était procuré ces objets de valeur. A cette époque elle était encore basée à Southampton. Son mari venait de mourir ou était en passe de le faire. Ce fut par les journaux qu'elle apprit cette vente inespérée qui marqua son premier passage à Londres. Elle n'y resta que trois jours, le temps de s'installer dans un hôtel, de prendre ses marques, d'assister à la vente et d'organiser le transport des marchandises au retour. Elle avait marqué certains esprits à l'époque en se présentant vêtue d'une robe entièrement couvrante, de gants, d'un chapeau et d'un voile la protégeant du soleil. Informés de la prétendue maladie, le commissaire priseur avait dû faire tirer les épais rideaux de velours vert et allumer des bougies afin que la jeune femme puisse se découvrir.

Le Comte ne s'était pas préoccupé de cette mise aux enchères, visiblement déjà occupé de politique. Depuis combien de temps précisément s'était-il échiné à se hisser au sommet de la hiérarchie sociale ? Quelles malversations avait-il dû exécuter ? Combien de gens avait-il tué ? Au fond, elle ne préférait pas savoir. Cet homme avait le bras long et se montrait redoutable face à ceux qui barraient sa route.

La partie exotica montra une première divergence de leurs avis. Si la jeune femme adorait voir ces animaux conservés et entretenus pour l'éternité, ce n'était pas le cas du Comte, qui lui fit part de son avis sous des suggestions polies. Mais la jeune femme, en esprit intelligent, décela le sous-entendu. Son regard se fit vague et elle se recula un peu pour avoir une vue d'ensemble sur son bestiaire.


- Vous avez sans doute raison. En vérité quand j'étais enfant, je voulais visiter l'Amérique mais les femmes n'étaient pas admises à bord des bateaux. Depuis, j'ai toujours été trop occupée pour prendre le temps de voir le Monde... Je possède une serre. Peut-être devrai-je l'aménager pour accueillir des oiseaux vivants mais je crains qu'il ne s'adaptent pas au climat froid de notre île.... Cependant, votre idée est des plus plaisantes.

Consciente que cette partie du cabinet aurait vite fait d'ennuyer le Comte, elle le fit passer dans la scientifica qui sembla le ravir. Devant le globe, ils s'abandonnèrent tous deux aux souvenirs qui remontèrent. La jeune femme, toute absorbée dans sa propre nostalgie, ne vit pas qu'elle avait failli courir le danger de la redoutable pièce noire du Comte. Reprenant ses esprits, elle lui adressa à nouveau la parole bien que tout son palabre soit inutile. Les deux derniers mots qu'elle prononça, les deux seuls que le Vampire avait entendu, décidèrent de leur prochaine destination. Ravi, il lui tendit le bras pour se rendre dans son dôme de verre. Prêts à aller observer les étoiles, ils traversèrent l'étage pour se rendre au grand escalier dont il commencèrent à gravir les marches. Mais arrivés à la moitié, l'homme s'arrêta. Un regard interrogateur passa sur le visage de la belle avant qu'il ne lui demande ce qu'elle pensait de sa personne.
Quelle question incongrue ! Décidément, elle ne s'y attendait pas. Ou du moins... Pas maintenant.
Doucement, elle hocha la tête et proposa d'une voix douce.


- Poursuivons si vous le voulez bien... Nous serons plus confortablement installés là-haut que sur les marches.

Elle l'entraina ainsi dans son observatoire duquel elle ouvrit la porte grâce à une clé qu'elle seule possédait. Quand on était à l'intérieur, le dôme paraissait encore plus grand. Il avait été si bien conçu qu'aucune cime d'arbre ne venait encombrer la vision du ciel au travers des vitres. Le sommet de la construction était ouvert par un oculus assez large pour permettre au tube d'un gigantesque téléscope de sortir et de pivoter sur 360°. Beaucoup d'instruments plus petits étaient posés sur des tables ou des étagères, avec divers traités d'astronomies et des centaines de cartes du ciel et de calendriers datant de toutes les époques et de toutes les civilisations. Plus loin, il y avait un salon aménagé avec de superbes fauteuils Louis XVI en bois blanc et tissus jaune perlé à motifs discrets, accompagnés d'un canapé et d'une splendide méridienne assortie.
Chastity s'installa sur un fauteuil et invita le Comte à faire de même avant de prendre enfin la parole.


- Au sein de la Camarilla j'ai entendu bien des choses sur vous avant de vous rencontrer enfin. On parlait du Comte Keï comme d'un être redoutable, dangereux, sans pitié et mégalomane. Vous constituez l'ennemi numéro un pour ces deux guildes. M'est avis que si elles n'étaient pas incapables de s'entendre, il y a longtemps qu'elles se seraient liguées pour vous éliminer. Vous leur faites peur. Vous êtes plus puissant, plus vieux, plus populaire. Vous inspirez la crainte et le respect mais surtout la jalousie.

Elle plongea son regard d'ambre dans le sien d'un air grave.

-Beaucoup de Vampires veulent votre tête. Vos alliés augmentent de jour en jour mais il en est de même chez vos ennemis... Les guildes sentent que leur pouvoir leur échappe petit à petit depuis votre avènement à Londres et je crois qu'elles ne tarderont pas à fomenter quelque complot contre vous.

Se redressant ensuite, elle se rapprocha de lui. Son visage était sincère et elle ne mentirai pas sur ses intentions.

- Comme vous le savez, les membres de la Camarilla cherchent à m'éliminer... Je suis devenue gênante. Ils avaient besoin de mes expériences mais en parallèle se défiaient de ma nature expérimentale. Ils m'ont toujours considérée comme une vache à lait et jamais comme quelqu'un d'influent, bien que quelques Vampires se soient alliés à ma cause dans le plus grand secret. C'est pour cela que je suis venue vous trouver. Vous n'êtes attaché à aucune guilde, vous êtes quelqu'un d'influent, si ce n'est la personne la plus influente de cette ville. Vous avez le pouvoir.
Bien plus que votre aura dissuasive, c'est votre culture et votre goût pour la science qui m'ont décidée. Les pontes de la Camarilla ne sont que des rats arrogants. Ils ruminent leurs sales pensées dans leur coin et attendent de passer à l'attaque en groupe, le plus sournoisement possible. Ils se moquent de la beauté de la recherche, de l'intérêt de l'art


Elle soupira, jeta un œil aux étoiles et revint vers lui.

- Je vais être franche avec vous : Je n'ai jamais aimé dépendre de quelqu'un. Mais contrairement à la plupart des insolents, je connais mes limites. Seule, je ne tiendrai pas l'année à moins de quitter Londres, ce qui reviendrait à abandonner tout ce que j'ai entrepris de construire. Vous êtes le seul ici à pouvoir dissuader les guildes de s'en prendre à moi. J'avoue avoir, lors de notre première rencontre, hésité à vous prêter allégeance car vous m'inspiriez plus de peur que de confiance. Mais vous m'avez témoigné de l'intérêt. Vous ne m'avez pas regardé comme un insecte difforme que l'on doit écraser à tout prix. C'est pour cela qu'à présent j'ai ployé le genou devant vous et que je suis prête à partager mes découvertes si elles peuvent vous être utiles.

Hésitant un instant, elle se hasarda à toucher sa main gantée du bout des doigts, sans cesser de le regarder. Son ton était doux et sincère. Avec lui, elle n'avait plus aucune once d'insolence ou d'orgueil. Il était son maître, elle dépendait de lui.

- Je ne sais pas pourquoi vous voudriez vous compromettre avec moi. Mais sans vantardise aucune je pense que je peux vous être utile dans bien des domaines. Des Vampires qui savent se battre, on en trouve dans tous les recoins de l'East End. Mais je me demande combien de scientifiques de mon acabit vous comptez dans vos rangs. Loin de moi l'idée de sous-entendre que je suis trop importante pour que vous preniez le risque de me tuer, je sais que vous n'hésiterez pas une seule seconde si je vous déçois. Je suis de toute façon dans un cul de sac. Si vous décidez de mettre fin à ma vie, cela ne fera qu'accélérer les choses. Si vous me refusez, la Camarilla ou le Sabbat finiront par avoir raison de moi tôt ou tard. Mais vous savez que je peux vous être très utile et je ne pense pas que vous laisserez l'avantage que représentent ces nouveaux palliatifs redevenir poussière.

Après un moment, elle retira sa main et se rassit convenablement.

- Ai-je répondu à votre question milord ?

Chastity avait tout dit. Elle s'était confiée à cœur ouvert avec quelqu'un d'autre que sa précieuse Gracie. Qu'est-ce qui avait changé entre eux en si peu de temps ? Comment avait-il pu gagner sa confiance si rapidement ? La jeune femme sentait que malgré son aura de noirceur, ses tendances sadiques et son autorité implacable, Jirômaru était un homme d'honneur. Il ne lui ferait aucun mal tant qu'elle le satisferait et qu'elle ne lui posait pas de problème. Jusqu'à présent, elle s'était pliée à ses exigences pour lui montrer qu'elle lui avait offert toute sa loyauté. Cela suffirait-il ? Elle l'espérait. Sinon elle serait condamnée à mort et nul recoin du monde ne pourrait l'abriter à moins qu'elle ne renonçât à toutes ses possessions pour aller vivre en ermite au fin fond de la Sibérie.

Elle écouta les réactions du Lord calmement, consciente qu'il fallait tout mettre à plat avant d'espérer entamer une relation qui puisse durer longtemps. Dans la pénombre relative de l'endroit passa soudain un rai de lumière inattendu qui mit tous les sens de la jeune femme en éveil. Instinctivement, elle leva son visage vers le ciel pour voir d'où venait la source lumineuse. C'était une étoile filante. Un fin sourire éclaira son visage et elle lâcha :


- Nous n'étions pas venus pour voir les étoiles mais visiblement, ce sont les étoiles qui viennent à nous...

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MessageSujet: Re: Lorsque la braise rencontre la glace [Comte, Chastity] [01/04/42] Lun 30 Déc - 12:39

La galerie d'art. Le clair-obscur. Les paysages...
Douce promenade au milieu des couleurs, des contrastes et des souvenirs...


- Je n'ai rien contre l'obscurité. Elle peut-être aussi douce que la lumière, aussi rassurante, aussi poétique. Notre monde souterrain n'est pas exempte d'une certaine forme de magie. Et la beauté naturelle peut s'y retrouver...

Le regard voilé du Comte transperça Chastity tandis qu'il la regardait frôler de sa main le tableau au somptueux paysage. Une lueur revendicatrice y siégea l'espace d'un instant, comme s'il eut voulu défendre la majestuosité de la nuit face à l'apologie du jour. C'était pourtant lui-même qui avait versé dans la mélancolie le temps de se souvenir que les couleurs sous l'éclat du soleil n'avaient pas, dans ses souvenirs, la même beauté que sous la lune. Paradoxalement, il sembla reprocher à sa comparse l'idée que la nature disparaissait plus rapidement dans leur monde de ténèbres que dans celui des entités diurnes. Elle avait touché un point sensible qu'il lui avait tendu comme une corde vibrante : celui du perpétuel déchirement de son âme en deux faces altérées. Et cette corde venait de lui dévorer le cœur et l'esprit, le temps d'un écho au sein de tout son être.

Mais cela ne fut qu'un battement de cil dans la conversation. Cette dernière continua sans que nul ne soit réellement inquiété de ces écarts émotionnels.
L'un et l'autre était tendu, c'était évident. Comment auraient-ils pu demeurer totalement neutres et détachés ? La hiérarchie pesait sur eux, le désir, souvenir, doux soupir, de leur ébat éveillait encore leurs sens, la colère, vibrante, dévorante, du Comte envers son subalterne lui maintenait encore les nerfs sous une pression certaine...Et puis, les enjeux de ce type de rencontre, entre deux puissances obscures, étaient évidemment dangereuses...
Cependant, l'un et l'autre était également conscient des manières à adopter pour éviter que ce flot d'informations contradictoires ne vienne perturber l'aspect mondain et officiel de cette soirée. Leurs objectifs, à tous les deux, étaient bien trop hauts pour qu'ils ne se laissent aller aux débordements et, de là, aux risques d'affrontements, même s'il semblait évident que Chastity risquait bien plus de dommages que le Comte, que cela puisse être physique, mental ou social.

La visite continua dans un semi-silence qui en dit long. Ils s'apprivoisaient, comme deux bêtes sauvages qui se croisent dans une jungle où chacune a son territoire et ses habitudes, où le mâle dominant rôde autour de la femelle pendant qu'elle le juge elle aussi à sa façon. Il était question de bâtir un empire de conscience, une alliance durable, aux conséquences peut-être terribles.

La suite de la visite réserva au Comte bien des surprises. Chastity lui avait prévu un parcours de choix pour lui faire découvrir quelques uns de ses secrets. Des galeries d'art, une salle d'arme, des pavillons à thème, un cabinet de curiosité...
Leurs avis divergèrent un instant, notamment au sujet des animaux empaillés pour lesquels le Vampire ne pu dissimuler plus avant son aversion. Après qu'il eut donné son avis sur le sujet, Chastity sembla cependant opiner dans son sens. Elle justifia sa collection par l'impossibilité qu'elle avait de voyager à l'époque de sa constitution. Sa tristesse de n'avoir pas eu l'occasion d'admirer ce genre de créature dans leur environnement naturel, notamment parce qu'elle était une femme, transparut. Le Comte comprenait ce genre de chose. Par la suite, il apprécia autrement les perroquets immobiles qu'ils dépassèrent. Après tout c'étaient les reliques d'un rêve éveillé...


- Je suis navré...Fit-il dans un demi-sourire. Il y a entre nous, les hommes et les femmes, des fossés que l'on ne saisit pas toujours au premier regard.

Le Comte était sincère. Mais il ne pouvait s'empêcher de penser qu'avec son immortalité, sa puissance et sa richesse, la jeune femme aurait largement pu voyager à sa guise si elle avait fait fit des bonnes manières et si elle avait menacé les uns, payé les autres...Lui-même n'avait jamais eu beaucoup de mal à parcourir le monde. Seule sa nature lui avait imposé des contraintes redoutables, celles de voyager enfermé dans un cercueil. Mais il avait également trouvé très rapidement des fidèles pour veiller sur le bon déroulement de ce genre d'opération et il avait tôt fait d'envoûter un Humain, déjà à l'époque. Ce n'était peut-être pas le cas de la jeune femme...

Le parcours de chacun ne peut qu'être différent, c'est en cela qu'il est intéressant au milieu des autres.

Puis vint le globe terrestre. Cet objet fit vaciller leur conscience à tous les deux. Leur passé resurgit des flots, comme dans un mauvais rêve et chacun se laissa aller à la nostalgie. Malgré tout le soin qu'ils avaient mis dans l'effort de conserver une distance critique et sociale sur les différents éléments qui constituaient cette visite, ils ne purent résister à cet appel douloureux. Le Comte se perdit un instant, laissant toutes ses émotions le traverser en même temps. La tristesse, la colère, l'amour, la haine...Ce tumulte lui empli le crâne d'une vision désagréable et ses tripes déversèrent dans ses veines le liquide brûlant de l'angoisse. Car c'était elle, et elle seule, qui ouvrait toujours la Salle Noire. L'angoisse. Cette peur fondamentale, primaire, cette défense du corps et de l'esprit, cette porte ouverte sur la violence ou la folie. Il s'était laissé sombrer un instant dans ses souvenirs hors ces derniers étaient intimement lié à Matosaï, son maître, dont le cadavre momifié gisait dans la Salle Noire. Il avait donc failli l'ouvrir pour s'y promener, inconsciemment.

Heureusement Chastity ne prêta pas attention aux ombres et la discussion dévia sur une des passions du Comte : les étoiles. Cela le ramena à la réalité et sauva au passage l'ambiance fragile qui régnait en ces lieux. Le laboratoire que possédait la belle dans ses sous-sol n'étaient rien pour lui comparé à son dôme de verre. Jirômaru ne l'avait qu'entre-aperçue et il en rêvait déjà. Pourtant, l'immensité du ciel, aussi vaste et infini que l'essence qui coulait dans leurs êtres, lui faisait peur, d'une certaine manière, et il avait toujours craint de s'y perdre à jamais, de disparaître face à sa grandeur et son intangibilité. Ils restaient peu de choses...

Lentement, ils cheminèrent donc vers ce lieux sacré où science et rêves pouvaient se mêler. Tout aurait pu être simple, sans vague, sans autre goût que celui de la satisfaction, si le Comte ne s'était pas soudainement souvenu de la réelle raison de sa venue. Il avait amené à Chastity deux cobayes, il lui avait dévoilé sa fougue, son désir et son savoir faire des plus prosaïques, il lui avait également montré son intransigeance envers ses disciples, même si cela n'avait pas été prévu au départ, et il explorait désormais les méandres de sa personnalité tout en lui offrant disproportionnellement des brides de la sienne...Mais sa présence ne servait pas seulement ces points particuliers et cependant cruciaux. Il était là pour confirmer une seconde fois leur pacte premier, celui de la fidélité que pouvait lui offrir la jeune femme, celui de sa loyauté et de son dévouement prochain. Sous l'Opéra, leurs regards s'étaient croisés, au bal la belle avait ployé et ce soir elle lui avait offert même son corps. Mais le Comte ne souhaitait pas seulement obtenir de belles promesses et quelques bénéfices supplémentaires à leur entente, il voulait des preuves, des liens. Il voulait maîtriser cette nouvelle alliance.

Chastity n'était pas n'importe quelle Vampire.
Elle était ce fameux « cobaye », cette entité mystérieuse qui liait les Vampires et les Hommes.
Elle était ce chaînon dont il avait besoin et dont il n'avait jamais osé rêver.
Elle était celle qui était la plus à même de comprendre ses plus intimes motivations.

Ilsa l'avait repoussé face au danger que représentait son entreprise. Ses disciples se laissaient aller à la ruine dans leur incompréhension, plus tôt que prévu...Glen avait un esprit trop complexe, trop imprévisible et finalement trop distant et dangereux pour assurer sa réussite, il ne semblait pas fiable. Et Sarah...elle avait un autre rôle dans cette fabuleuse machination.

Mais peut-être s'enflammait-il ?
Le tic-tac incessant de sa propre horloge l'avertissait de sa ruine prochaine. Il n'avait plus le temps. La Mère l'avait trouvé avant lui.
Sa maladie refaisait surface.
Que léguerait-il au monde ?
Sa carcasse ne lui suffisait pas. Elle ne lui avait jamais suffit.

Chastity le comprendrait peut-être...Il fallait qu'il la teste encore.
Aussi prit-il un ton particulièrement sérieux lorsqu'il lui demanda d'exposer ses intentions alors qu'elle se liait à lui. Il lui demanda quels genres de rumeurs couraient à son sujet. Il voulait savoir ce qui la poussait réellement à s'abandonner à sa volonté : un besoin ? Une envie ? Un sentiment d'obligation ?
La belle lui sourit. Elle préférait parler dans le laboratoire d'astronomie. Ils seraient plus à l'aise. Le Comte fut patient. Il la suivit sans chercher à la presser.


- C'est magnifique...

Le ciel s'offrit soudainement à eux. Il s'étaient arrivés dans l'observatoire. Le dôme, entièrement fait de verre, laissait aux Vampires le loisir d'admirer la voûte céleste sans sortir. Dans la pièce qui s'offrait désormais à eux, le Comte nota chaque détail. Les objets, en nombres, attirèrent ici et là son regard de brume.
Mais bien vite, il s'assied avec Chastity, attendant une réponse à ses brûlantes questions...

La belle Vampire fut alors franche et précise. Leurs regards se mêlèrent comme jamais. Le Comte, attentif, droit et fixe comme une statut de marbre, l'observa d'un œil sévère. Tout ce qu'elle lui dit au sujet de sa réputation et des turbulences au sein des sectes ne l'étonnèrent pas, bien au contraire, il savait cela depuis bien des lunes. Les pontes de la Camarilla et du Sabbat lui tournaient autour depuis près de deux siècles, depuis qu'il avait surgit des ténèbres pour s'occuper de politique sous leur nez. L'Angleterre était un point stratégique, ils le savaient. Et voir le Comte s'y installer avait remué leurs craintes les plus profondes. Beaucoup sentaient qu'un puissant pouvoir était à l'oeuvre dans cette ville et ce n'était pas pour rien que le Comte s'était soit-disant pris d'affection pour elle. Quelque chose se tramait. Quelque chose de dangereux. Lèverait-il une armée ? Trouverait-il le premier la source de cette force étrange ? Non, décidément, depuis que Jirômaru avait fait son apparition en ces lieux, beaucoup craignaient une forme de traîtrise de sa part. Il était déjà le plus vieux, l'un des plus puissants, si ce n'était le pire...L'égide qu'il avait déjà sur sa race était pesante. Il ne s'agissait pas de le consacrer roi du Monde Nocturne. Cela ne pouvait être accepté.

Mais beaucoup étaient également dans l'erreur. Ce que le Comte laissait transparaître les affolait, mais la vérité était bien plus terrible encore que ce qu'elle paraissait. Il ne souhaitait pas régner sur ses semblables, il ne l'avait jamais voulu...

Les grands pontes ne l'affolaient donc pas. Il ne les considérait pas comme dangereux, juste séniles et impotents, même s'ils avaient une infinitudes d'adeptes. Lutter contre eux avait été son bon plaisir. Il était trop puissant et trop fier pour leur laisser le moindre interstice dans lequel ils auraient pu glisser ne serait-ce qu'un poignard. Ils pouvaient toujours crever dans leur propre peur, cela ne lui importait pas. Qu'ils envoient donc leurs sbires ! Il saurait les accueillir...D'ailleurs ils n'étaient pas encore assez stupides pour tenter quoi que ce soit. La communauté vampirique avait encore en trop bonne estime le doyen qu'il était. Certains le considéraient même comme le maître des Indépendants, chose paradoxale et bien risible à son avis. Le supprimer porterait atteinte à leurs lois ancestrales et soulèverait surtout une vague de fureur que les pontes seraient bien incapables de contrôler.

Mais une chose attira cependant son attention dans le discours de Chastity : cette menace, constante, qu'elle portait au-dessus de sa propre tête à cause de ces deux sectes, cette ombre qui la traquait, elle, la fugitive expérimentale, l'aberration devenue gênante. Il avait entendu lui-même des rumeurs sur la belle mais il n'avait jamais prêté l'oreille à son histoire. Maintenant, il réalisait qu'il avait eu une chance inouïe de la croiser dans sa chaufferie. Sans cela, peut-être serait-elle déjà morte à l'heure qu'il était et peut-être qu'il n'aurait jamais eu l'occasion de l'observer et de la saisir comme il était en train de faire. Ces imbéciles n'auraient plus l'occasion de la troubler. Sa seule présence dans cette demeure, ce soir, suffirait à les dissuader de l'approcher d'avantage. Il ferait en sorte que les sectes sachent qu'il la prenait sous son aile. Qu'importe sa réputation ! Il avait besoin de cette femme et de cette manière il leur cracherait surtout une nouvelle fois au visage...

Flatté par ses considérations culturelles et scientifiques, il continua d'écouter Chastity sans bouger. Il accepta ainsi, sans le dire, l'ensemble de ses arguments. Mais lorsqu'elle aborda son allégeance, sa soumission et l'éventualité de sa mort, son regard se fit plus intense.

Le silence se fit.
Il la laissa lui toucher la main sans bouger ne serait-ce qu'un cil.
Jirômaru semblait sonder sa consoeur au plus profond d'elle-même. Ses yeux d'aveugles restèrent longtemps fixés dans l'ambre des siens, sans qu'il n'y ai aucune réaction de sa part, aucune parole, aucun geste.

Et puis le Comte se réanima, comme si son âme était revenue dans son corps abandonné pour une méditation lointaine. Il cligna des yeux deux fois et remua sur son fauteuil. Sa main quitta lentement celle de Chastity et vint lui courir sous le menton pour finalement lui caresser la joue. Il sourit.


- Mettre fin à ta vie ? Non...non...Murmura-t-il d'un air presque triste et tout aussi sadique. Faire de toi une esclave dont les genoux lavent le sol devant mes pas ? Non...Je ne crois pas non plus...Son sourire se fit plus insistant à mesure qu'il rapprochait son visage du sien. Il faudrait être idiot...Comme tout ces ignares de la Camarilla...Ou excessif...Comme les crétins qui alimentent le Sabbat...Je ne cherche pas d'esclave Chastity...

Un rai de lumière traversa le plafond. Une étoile filante venait de leur accorder sa bienveillance ou son œil inquisiteur...Le sourire qu'eut Chastity à ce moment-là dévoila brièvement ses canines d'ivoire. Le lord sourit de plus belle, mais cette fois-ci d'un air mauvais.
Il attira la belle à lui pour lui chuchoter à l'oreille, lentement, articulant chacun de ses mots:


- Il n'y a que tes canines qui pourraient me donner envie de te tuer...

Sur ces mots, le Comte respira le parfum de la jeune femme et se pencha au-dessus d'elle. Il s'était maintenant totalement levé pour étendre son ombre sur son corps et sa cape les couvrit le temps qu'il ne la saisisse pour l'embrasser.
Une envie folle de la prendre à nouveau l'avait envahi. Une envie qui tourmenta son désir de sang et de violence. Sa faim et sa fougue lui firent crisper ses mains sur la hanche et l'épaule de la jeune femme. Il embrassa son cou, ses lèvres, son décolleté...Il s'aventura à la caresser, retrouvant le chemin de son plaisir.
Mais cet instant fut bref. Passionné, certes, mais d'une brièveté étonnante.
En effet, le Vampire s'arracha soudainement à cette étreinte, comme l'on enlève une épine d'une plaie. Il s'éloigna d'un air énervé, peut-être même frustré, et se laissa retomber dans son fauteuil avec un soupir qui ressembla plutôt à un grognement. Sans avoir mordu, un goût de sang lui imprégnait la gorge.
Une fois face à la belle, il croisa les jambes et joignit ses mains comme le font les stratèges lorsqu'ils observent dans leur globalité tous les événements qui ont conduit leurs pas jusqu'au champ de bataille.
Au bout d'un moment. Après quelques minutes de silence, qu'il sembla imposer par sa sombre aura, sa voix accompagna son regard soudainement vieilli, avec un timbre étrangement posé :


- Tu es une scientifique, Chastity, et je manque de scientifiques. Tu as visé juste : parmi mes élèves et mes disciples, peu peuvent se venter d'avoir ton expérience et tes talents. Tu ne serras pas de trop dans mes « fidèles », cela est vrai, d'autant que les palliatifs que tu élabores m'intéressent, et tu le sais, c'est un fait : je compte te faire travailler dessus pour compléter mes propres recherches. Mais plus encore. Tu es un élément exceptionnel. Le Don Obscur ne t'habite pas comme il nous habite nous autres, créatures infâmes de la Nuit. Il t'a été transmis d'une façon artificielle, contre-nature. Tu m'intéresses car tu as certainement des particularités que je n'ai pas et dont je pourrais me servir si elles s’avéraient utiles à mon entreprise. Mais surtout, tu es l'héritière d'un mal encore plus grand que celui qui nous a été infligé, celui de la cupidité originelle, celui de la volonté d'obtenir le Savoir, d'obtenir le Pouvoir. Si l'Homme à déjà commencé à jouer les déités avec les ténèbres, c'est que je suis en retard. Ma race a apporté assez de poison au monde pour que l'on souhaite que les Hommes n'en payent pas d'avantage le prix en jouant avec. Il faut anéantir cette propagation...

Le Comte sourit une dernière fois à la belle avant de lever les yeux vers le dôme de verre. Il contempla les étoiles en silence. Il fallait qu'il se calme. Sa soif le poussait en avant. Son désir aussi. Bientôt, il fit signe à Chastity de le rejoindre pour qu'ils s'allongent tranquillement dans les bras l'un de l'autre. Il ne lui laissa guère le choix mais après ce que venait de lui dire la belle, il doutait qu'elle en aurait désiré autrement. Il enleva ses gants qu'il laissa tomber à terre ainsi que ses bottes avant de s'allonger plus en arrière.

- Avant que la lumière du jour ne me consume, chuchota-t-il, pense à tirer les rideaux ou à me réveiller...

Jirômaru ferma les yeux. Ses doigts caressèrent les boucles d'airain de la belle Vampire puis ses épaules, sa ferme poitrine...L'argent rencontra l'or une nouvelle fois. Leurs cheveux se mêlèrent, leurs lèvres, leurs corps.
Seules les étoiles furent témoins de ce qui se passa sous ce dôme cette nuit-là.


*******************

Le lendemain, le Comte était parti sans laisser de trace. Il n'avait pas réveillé sa charmante compagne et s'en était allé avant l'aube. De nombreuses affaires l'attendaient. Il fallait qu'il s'occupe de Salluste...

Mais dans la journée, un messager vint apporter une lettre à Chastity. Le Comte lui avait ainsi laissé ses instructions au sujet des cobayes : ils ne devaient pas être regardés autrement que comme des animaux, leur assimilation des palliatifs devait être obligatoire, qu'ils le veuillent ou non, qu'ils les rejettent ou non. Il viendrait voir de temps à autre l'avancement des expériences et lui serait grès de noter tous les détails intéressants à ce sujet. Il la prévint également de l'arrivée d'une collègue pour l'accompagner dans ses travaux, comme il l'avait promis.

Agnès, membre des Sept, arriva le soir-même pour tenir à l'oeil les opérations. Elle se présenta à la maîtresse des lieux avec humilité et bienveillance. C'était une jeune Vampire aux ordres directs du Comte, une disciple dévouée, qui venait prêter main forte à Chastity et lui obéir si nécessaire. Elle venait en tant qu'assistante et délégation.


*******************

Deux jours plus tard, un fiacre s'arrêta devant la demeure de la belle. Il était aux environs de 21h. Un commis vint demander de l'aide pour « décharger le véhicule » et bientôt une immense cage orientale de 3m de hauteur sur 1,50m de largeur et tout autant de profondeur fut installée dans l'entrée de Chastity. Le voile qui la recouvrait révéla un Aras bleu et jaune, bien vivant, magnifique. Un perchoir pour laisser la créature en dehors de la cage l'accompagnait ainsi qu'une rose blanche. Agnès sourit, confirmant à son hôte la provenance de ce présent. Son maître avait décidément conservé quelques galanteries des plus charmantes...

[HRP/ Il est beau Cocoooo! Wink lol Fin du Rp avec le Comte. Suite dans le post "Rêve écarlate"./HRP]


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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Chastity E. Stephenson
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Proie(s) : Tous ceux qui essayeront d'attenter à sa vie.
Secte : Liée à la Camarilla de par ses idéaux mais se conduit comme une indépendante.
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Crédit Avatar : Cassandra par Ina-Wong
MessageSujet: Re: Lorsque la braise rencontre la glace [Comte, Chastity] [01/04/42] Sam 18 Jan - 18:35

La jeune femme se confia ainsi à cœur ouvert au Comte, qui se trouvait en face d'elle. Pendant tout son discours, il n'avait pas cillé. Son silence était à la fois rassurant et inquiétant. Impossible de savoir ce que se passait dans la tête de cet individu aux yeux si impénétrables. Il pouvait avoir envie de la tuer autant que de l'accueillir sous son aile, comment savoir ?
Le meilleur moyen pour s'en sortir était alors de rester franche et de ne rien lui cacher. Elle se souvenait qu'il avait apprécié son honnêteté dès leur première rencontre... C'était définitivement le meilleur moyen de s'accorder pour de bon les bonnes grâces de cet homme mystérieux.
Dans le silence, elle sentait qu'il la dévisageait, la jaugeait le plus précisément du monde. C'était bientôt, l'instant de vérité qu'elle attendait.

Il sembla ressortir de l'apathie, ses yeux bougèrent, puis ce fut son corps. Sa grande main gantée si puissante et douce toucha son menton comme si elle avait été un petit chat puis se décala sur sa joue froide. Elle sentait la fermeté du Comte sous le contact du tissus et ce ne fut pas sans lui rappeler les instants torrides qu'ils avaient passés dans son laboratoire un peu plus tôt. Doucement, elle se sentit frémir sous le souvenir des sensations qu'il lui avait apportées.
Il nia l'envie de faire d'elle son esclave. En soi l'idée était plutôt positive mais le sourire qu'il arborait faisait presque peur. Un sadisme habilement dissimulé sous ce sourire de miel... Que devait-elle comprendre ? Elle admirait vraiment cet homme et le trouvait plutôt à son goût mais elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'il était foncièrement machiavélique. Mieux valait se trouver du bon côté dans les moments où il se mettait en colère...
Mais tout irait bien. Elle était du bon côté. Elle savait ce qu'elle faisait. Salluste avait fait l'erreur de le contester dans son dos mais elle n'était pas ce vieux fossile.
La jeune femme sourit au moment où un rayon de lune vint faire briller ses deux canines. Le sourire de l'homme se métamorphosa en un rictus vraiment dérangeant. Ses dents... Il la considérait encore comme une menace. Pourtant elle savait que jamais elle ne le mordrait. Elle mourrait avant. Le Comte avait deux siècles de plus qu'elle voire même trois, il fallait vraiment être bête pour essayer de le doubler dans ce domaine...

Tout de suite après, il la respira et l'embrassa à pleine bouche. Surprise au début, elle ne tarda pas à s'abandonner à son étreinte et à lui répondre. Elle aimait quand il parcourait son corps de son souffle glacé, qu'il l'étreignait violemment... Elle aimait lui appartenir.
Pourtant, aussi vite qu'il était apparu, cet instant disparut au moment où le Comte s'éloigna d'un coup pour se rasseoir dans son fauteuil. Il avait envie d'elle, elle avait envie de lui. Mais le moment n'était pas encore aux arts de l'amour.
La façon dont il l'observa paraissait plus calme et posée que précédemment ce qui eut pour effet de la détendre bien qu'elle n'en laissa rien paraître. Il était devenu réfléchi, stratégique.

Un long moment s'écoula, pendant lequel elle resta assise dans la bergère à soutenir son regard sans ciller. Elle attendait une réponse, qui ne tarda pas à venir.
Elle avait mis le doigt dessus : le Comte avait besoin de scientifiques, il ne pouvait pas se permettre de gâcher l'opportunité de compter Chastity dans ses rangs. Elle l'intéressait pour son travail, ses recherches. Il voulait la garder pour qu'elle apporte le complément nécessaire à ses propres travaux.
Mais c'était également pour la garder à vue. Ni homme ni Vampire, elle avait hérité des défauts des deux races. La malédiction des uns couplée au désir cupide des autres luttaient en elle comme deux forces opposées. C'était normal que l'homme s'en méfie. Mais il découvrirait également que si elle cumulait les défauts, il en allait de même pour les qualités...
Elle acquiesça à sa réponse et lui sourit, lui faisant comprendre qu'elle avait entendu le message.

Un instant, ils se perdirent dans l'admiration de la voûte céleste puis elle alla le rejoindre, s'allongeant avec lui dans le cabriolet assez grand pour eux à condition de se serrer. La tête posée contre sa poitrine, elle se tourna vers le dôme et oublia le reste. Chastity se sentait humaine à nouveau. Pendant qu'il enlevait gants et bottes, elle fit de même avec ses escarpins, se sentant déjà libérée. Elle savait ce qui allait suivre et à vrai dire elle s'en languissait. Elle sourit à son chuchotement et lui répondit après l'avoir délicatement embrassé :


- Ne t'inquiètes pas... L'horloge n'a même pas sonné une heure... Nous avons le temps avant que le jour se lève.

Elle laissa ses doigts la parcourir et ne tarda pas à faire de même. Une seconde fois, ces êtres diamétralement opposés et pourtant si proches se lièrent avec encore plus d'acharnement mais de tendresse aussi. Le temps ils l'avaient aussi le prirent-ils pour se découvrir entièrement, pour se trouver tels que l'avaient été les premiers hommes, pâles sous la lumière de la lune. Les tissus avaient formés à terre des corolles fanées, parsemées de la brillance des épingles à cheveux de la belle qui avait décidé de libérer sa crinière. Chacun pu dominer l'autre et se laisser dominer. Ils purent atteindre le plaisir de différentes façons mais toujours avec autant de ferveur. A plusieurs moments, Chastity crut qu'ils allaient réveiller la ville entière mais il n'en fut rien.
Ce fut un long moment après qu'ils s'allongèrent l'un et l'autre, fourbus après cet effort physique et par la jouissance qui en avait découlé. Un sourire aux lèvres, la jeune femme ne tarda pas à s'assoupir dans les bras de son amant, le roux de ses cheveux mêlé au blanc des siens.

Il s'en alla sans prévenir le lendemain. Il n'éveilla pas Chastity mais Gracie, toujours sur le qui vive, entendit le Vampire quitter la demeure. A petits pas, elle monta dans le laboratoire d'astronomie et ramassa les affaires de sa maîtresse nue en prenant garde à ne pas la réveiller. Quand tout fut rangé et remis à sa place, elle revint avec une robe de chambre et se hasarda enfin à la tirer de son sommeil pour qu'elle retourne dans sa chambre avant que le jour ne se lève.

La bourgeoise fit la grasse matinée, encore sous le coup des étreintes torrides de la veille. Ce fut Gracie qui lui apporta le message du Comte qui l'informait de la venue d'Agnès. Elle était installée à son bureau en déshabillé de soie, une tasse d'eau chaude mêlée au palliatif sur un petit plateau d'étain.


- Parfait... Gracie, faites préparer la chambre aux fleurs. Je ne voudrais pas qu'un des disciples du Comte ait à dormir dans le laboratoire, c'est d'un sordide !

La jeune femme arriva le soir même et Chastity l'accueillit comme il se devait. Elle avait l'air docile et intelligente. De quoi satisfaire la scientifique qui lui fit faire un tour du propriétaire avec toute la bonne humeur qu'il était possible de montrer.

Le surlendemain soir, la jeune femme fronça les sourcils quand on s'arrêta chez elle. Elle n'attendait pas de visites pourtant ? Un homme demanda de l'aide et déchargea la cage immense aidé par des valets que Gracie était allée chercher en urgence. Circonspecte, elle regarda cette cage voilée en se demandant d'où provenait le piège. N'y tenant plus, elle fit voler le drap d'un large geste et s'émerveilla devant le superbe oiseau qui s'y trouvait.


- Seigneur, quelle surprise ! Il est magnifique...

Elle s'approcha alors de la cage pour effleurer le plumage de l'ara du bout des doigts puis avisa la rose blanche qui avait été livrée avec le reste. Soupçonnant l'expéditeur du message, elle se tourna vers son assistante. Devant son regard entendu, son sourire s'agrandit davantage et ce fut en sortant elle-même le volatile de sa cage qu'elle murmura :

- Le Comte est vraiment un galant homme...

L'oiseau était vraiment superbe. Ses plumes brillaient aux lueurs des lampes à huile. Il avait un air doux et dans le même temps une façon de se tenir presque princière. Le raffinement de cet animal bien vivant contrairement aux autres fit briller ses yeux comme ceux d'une enfant le soir de Noël. Pour la première fois depuis longtemps, elle avait retrouvé le faciès candide de l'enfant innocente qu'elle avait été.

[HRP/ Fin du RP, suite à définir ! Ravie d'avoir pu rejouer avec toi ! ^^ /HRP]
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MessageSujet: Re: Lorsque la braise rencontre la glace [Comte, Chastity] [01/04/42]

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Lorsque la braise rencontre la glace [Comte, Chastity] [01/04/42]

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