L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


Forum RPG - Londres au XIXème siècle. Incarnez Vampires, Loups-Garous, Lycanthropes, Homonculus, Chimères, Alchimistes, Hunter...et choisissez votre camp dans une ville où les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses....
 
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Rêve écarlate [Comte, Ludwig] [02/04/42]

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Comte Keï
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Proie(s) : Les Humains (pour se nourrir) et tout ceux qui se mettront en travers de son chemin.
Secte : Indépendant
Clan : Ventrue
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Rang Pyramidal : Premier
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MessageSujet: Rêve écarlate [Comte, Ludwig] [02/04/42] Mar 31 Déc - 2:01

[HRP/Venant du post "Lorsque la braise rencontre la glace"/HRP]

Fin de la nuit 1 - Retour de chez Chastity

Lorsqu'il était rentré de sa visite chez Chastity, l'aube se levait et sa lassitude était telle qu'il s'était couché sans se soucier de son disciple, Salluste, certainement au bord de la mort à cause de sa sévère réaction face à ses insultes chez son hôte. Il lui avait en effet écrasé le visage contre des barreaux d'argent, ruinant sa peau jusqu'à ce qu'elle soit presque entièrement consumée. Manouk l'avait récupéré dans un état lamentable et l'avait emporté sans demander son reste. A son retour, le Comte ne rencontra aucun de ses disciples dans son manoir. Ces derniers étaient trop conscients des risques qu'ils encouraient face à sa colère s'ils avaient le malheur de le déranger maintenant.
Les domestiques le débarrassèrent donc de ses vêtements. Une fois qu'il eut enlevé sa cape, ses gants, son haut de forme et qu'il eut abandonné sa canne-épée, le lord demanda à ce que le petit Arnoldo soit envoyé dans sa chambre. Lorsqu'il accueillit le jeune garçon, il s'était lavé les mains et rafraîchit le visage dans une vasque. Posant un genoux à terre, le Comte releva le menton de son calice pour lui dégager son petit cou. Puis, avec douceur, il planta ses crocs d'ivoire dans sa peau déjà mainte fois marquée pour aspirer son fluide vital. Une fois qu'il eut pris son content de sang, le Comte l'abandonna sur le pallier dans les bras d'Elwood, le major d'homme. Il se dévêtit tout à fait et sortit dans le couloir pour se rendre dans la salle d'eau. Sa peau nue s'imprégna de la froideur des dalles. Une fois dans la salle d'eau, il plongea son corps dans un bain à peine tiède et se laissa aller à quelques songes. Enfin, il s'enveloppa dans un peignoir asiatique et gagna son grand bureau. Assit à l'un de ses deux secrétaires, il saisit une feuille et se mit à écrire à la lueur d'une unique bougie.
De sa plume blanche, il traça un message à Chastity pour lui donner ses dernières instructions concernant les cobayes qu'il lui avait laissés.
[Voir RP précédent] Il lui confirma également l'arrivée prochaine d'une associée : Agnès, membre des Sept, qui serait à ses côtés pour l'aider et le représenter. Une fois le pli terminé, il le glissa dans une enveloppe parcheminée et y déposa son sceau dans la cire rouge : une fleur de cerisier entourant un croissant de lune et un arbre.

Enfin couché dans son cercueil d'ébène, ses songes ne furent dérangés par aucune ombre.


**************

Nuit 2 - Salluste

Lorsqu'il s'éveilla au soir suivant, le Comte s'était bien reposé. Il se leva cependant d'une humeur massacrante : il avait de nombreuses choses à faire cette nuit-là et toutes n'allaient pas être agréables. La première qu'il fit, après s'être vêtu et abreuvé à nouveau au cou du jeune Arnoldo, fut de faire porter à Chastity la lettre qu'il avait rédigée.
La seconde chose qu'il fit fut de se rendre auprès de Salluste. Il croisa Marco et Manouk au premier étage tandis qu'il ajustait sa cape sanglante et, ensemble, en silence, ils se rendirent sous la chapelle du manoir. Salluste reposait dans un cercueil, directement sur la droite en entrant dans le souterrain. Il était veillé par Maria et Arath qui l'observaient appuyés contre un autre meuble mortuaire. Ambre était absente. Le Comte apprendrait plus tard qu'elle était retournée sous l'Opéra pour l'éviter. La vue de son aîné mutilé lui avait fait perdre toute sa contenance et elle avait décidé de disparaître quelques jours, le temps qu'elle digère cette terrible affaire et évite toute confrontation avec le lord. Tous étaient silencieux. Salluste avait fauté, le Comte l'avait puni, il n'y avait rien à ajouter.

Face au cercueil fermé, le Vampire s'arrêta. Puis il s'approcha et caressa sa surface. Seul le son du tissu de son gant blanc sur le bois verni résonna dans la sombre pièce. L'unique torche qui éclairait les lieux vacilla tandis que ses yeux pâles et froids scrutaient le couvercle comme pour le traverser. Au bout d'un moment, le Comte sourit. Il se tourna vers ses disciples qui attendaient, le souffle coupé, son ultime sentence.


- Salluste a bravé l'interdit, la loi du Domaine. Il a insulté mon hôte et moi-même...Sa punition doit être le ban ou la torture par l'affligé...

Son regard se posa tour à tour sur chacun de ses disciples. Ils avaient tous la tête baissée. Maria était fébrile, prête à pleurer.

- Mais Salluste a déjà fort payé son acte et il se reprend, ne l'entendez-vous pas ?

Doucement, ils relevèrent la tête pour tendre l'oreille. Non, il n'y avait rien. Salluste ne parlait pas dans le cercueil. Comment aurait-il pu avec sa joue touée ? Comment aurait-il pu sortir un son à travers ses lambeaux de chair et le bois de son tombeau ?
Le Comte eut un rictus mesquin.


- Bien sûr que non, vous ne pouvez pas l'entendre...Le croire vous suffit...Partez. Partez tous. Sans demander leur reste, les disciples s'éloignèrent pour quitter la chapelle. Partez tous sauf toi. Fit le Comte en désignant Manouk.

Le grand noir s'arrêta net dans sa démarche et revint vers son seigneur et maître. Le regard interrogateur, il attendit. Le Comte lui fit signe de lever avec lui le couvercle du cercueil. L'Africain hésita mais face au regard du lord, il s'exécuta. Bientôt, le couvercle fut posé délicatement à terre et le Comte se pencha au-dessus du Vampire dévisagé. Salluste dormait d'un sommeil pathologique, forcé, pour sa régénération. Il ne s'éveilla pas, loin de là, lorsque Jirômaru lui saisit le visage pour observer les dégâts. Son disciple n'avait plus qu'une moitié de visage, l'autre était en charpie. Même son œil était atteint. Le Comte grimaça et le lui ouvrit d'un geste. Ses gants furent aussitôt souillés d'un sang noir et coagulé. Manouk, qui regardait discrètement par dessus l'épaule de son maître, soupira de dégoût.


- Je ne l'ai pas loupé...Quel imbécile!

Le Vampire passa sa main par dessus le visage du blessé et ferma les yeux comme pour sonder son esprit. Salluste était toujours là, il avait laissé un message, une emprunte psychique dans l'air. Il était honteux, honteux et terriblement en colère. Le Comte hésita. Pour la première fois de sa vie, supprimer Salluste lui vint à l'esprit. Manouk dû le sentir, peut-être son aura avait-elle pris une teinte plus féroce. Il osa rompre le silence:

- Maître...Salluste était inquiet pour vous. Il ne pensait pas à mal.

- JE SAIS!! Hurla le Comte en faisant vibrer l'air de sa voix de chef avant de le saisir par le col pour le pousser en arrière. Recule !

L'ombre envahit la pièce. La torche s'éteignit. Les cercueils alignés dans la salle disparurent. Bientôt, le Comte et le cercueil où Salluste reposait furent dans la Salle Noire. Manouk n'était plus là. La chapelle non plus. Seuls les deux Vampires et le cercueil reposaient sur une surface invisible dans un vide étrange.
Le Comte tourna autour du cercueil en observant son disciple. Qu'allait-il en faire ? Le tuer ? L'achever du moins... ? Allait-il le sauver ? Le méritait-il ? N'allait-il pas entraver ses projets ? Lui, le grand Salluste, sage en toute circonstance, méritait-il pour une erreur de sombrer dans les ténèbres ? Ce n'était pas la première fois qu'il remettait en cause son autorité, ses plans, ses idées, ses manières...Et même s'il avait laissé une marque de repentir avant de sombrer dans l'inconscience, le Comte doutait qu'il ne le suive encore après cette discorde. Il en savait trop. L'éliminer était la meilleure solution...
Finalement, il se pencha sur le corps de son ami. Car Salluste était un ami avant d'être un de ses fidèles. Il approcha son visage du sien endormi. Ses lèvres frôlèrent les siennes et son souffle lui souleva quelques mèches abandonnées sur son front d'une pâleur mortelle. Puis il avança ses canines le long de son cou...avant de se mordre le poignet et de lui faire couler dans la bouche quelques gouttes de son sang. Sa régénération s'accélérerait gorgé d'un sang si puissant et cela lui donnerait la force nécessaire de continuer la lutte pour sa survie...

Lorsque le Comte revint de la Salle Noire, son teint avait pâli. Manouk l'attrapa par le bras pour l'empêcher de tomber alors qu'il trébuchait sur le couvercle du cercueil lui aussi revenu. Le Comte se dégagea brusquement avant de saisir le couvercle pour le remettre en place. Manouk l'aida dans sa tâche mais, avant de clore complètement le cercueil, il jeta un regard à Salluste. Rien n'avait changé chez lui. Mais il remarqua un filet de sang qui teintait le bord de ses lèvres.

Par la suite, le Comte ordonna de le transférer sous l'opéra dans un des cercueils spéciaux qu'il gardait depuis des siècles. Puis il intima à tous de le laisser tranquille. Maria fut dépêchée dans un magasin du côté de Chinatown pour chercher une cage de taille et le lord disparu de son côté.
Lorsqu'il revint, au levé du jour, il avait l'air de meilleure humeur. Nul ne lui adressa la parole, c'était ce qu'il souhaitait. Aussi nul ne su où il était allé.
Jirôamru se coucha sur le lit de sa chambre et s'endormit Shakespeare dans les mains.


**************

Nuit 3 - L'Aras

Le lendemain, il se réveilla d'une humeur massacrante. Dormir dans un lit ne lui était pas arrivé depuis près de cinquante ans et il eut la désagréable sensation de n'avoir que sommeillé dans un tas de mousse sèche, de la paille ou du sable à gros grains.

Il passa la nuit dans son bureau et reçu plusieurs messages qu'il renvoya. Marco devina, aux allés-retours des domestiques et à la cage qu'avait trouvée Maria, que le Comte achetait un animal au zoo. Ce devait être un oiseau vu le perchoir. Comment son maître pouvait-il songer à de pareilles bagatelles alors qu'un de ses meilleurs disciples était au bord de la mort ? Comment pouvait-il songer à offrir à Chastity un présent de cette envergure alors que les Hunters étaient encore en vie ? N'avait-il donc rien de plus important à faire ?

Cette nuit-là, le Comte appela Ludwig. Il avait besoin de son sang et, quelque part, de sa simple présence. Le manoir était devenu silencieux et cela commençait à le déranger. Il le convoqua dans son bureau et l'accueillit alors qu'il rédigeait une nouvelle missive pour le zoo. Il le fit s'asseoir en face de lui et finit d'écrire sa lettre avant de relever ses yeux sur lui.


- Ludwig...Fit-il à son calice tout en reposant sa plume dans l'encrier devant lui. Que pense-tu des perroquets ? Moi je les trouve magnifiques mais trop bavards. Ce sont des créatures fascinantes, dont les couleurs nous font rêver, surtout nous autres...mais ils sont dangereux. Ils peuvent révéler des choses...Ce sont des espions...C'est pour cela que je n'ai jamais désiré en posséder un.
Ce soir, j'en offrirai un à Miss Stephenson...


Son regard se fit plus intense et un fin sourire souleva les commissures de ses lèvres un court instant. Lentement, il se leva, tourna autour de son bureau pour caresser d'une main les épaules du jeune Allemand. Puis il lui souleva les cheveux et lui pencha la gorge avant de saliver le long de son cou et de le mordre.

Il le congédia rapidement. Las de ses démarches avec les Vampires du zoo, il reprit Shakespeare dans sa chambre. Il y avait deux gardiens qui étaient de sa race. Quoi de mieux comme travail que celui de gardien de nuit lorsque l'on ne peut évoluer à l'extérieur que sous l'astre blanc et que le jaune nous réduit à l'état de cendres ? Mais ces Vampires n'étaient pas les plus à même de lui vendre un Aras et il avait dû faire des démarches rapides et efficaces avec leur patron à des heures impossibles pour les humains. Heureusement, son statut et sa fortune lui avaient grandement facilité la tâche.

La cage fut envoyée à 20h15 avec l'animal nouvellement acquis. Fier de sa réussite, le Comte s'abandonna au sommeil.


**************

Nuit 4 - Le pamphlet et Ludwig

Assis dans un ample sofa, un journal sur les genoux, le Comte lisait tranquillement les nouvelles du jour. Il était 18h30, le soleil était déjà couché depuis presque deux heures et la lumière tamisée des lampions orientaux projetait sur les tapisseries et les tapis perses l'ombre des cadres dorés de ses tableaux italiens. Sur le guéridon près de lui, un verre de sang se tenait à portée de main.
Sa tenue, légère et blanche, était composée d'une chemise et d'un pantalon de toile fine. On devinait aisément au travers ses muscles saillants et l'ensemble de ses capacités. Aussi portait-il par-dessus un gilet de laine grise, long et fermé par une ceinture du même tissu.

Le Vampire paraissait ainsi paisible. Mais en vérité, il était dans l'oeil du cyclone qui menaçait tout son être. Il était assis au milieu d'une tourmente qu'il lui suffisait de toucher du doigt pour qu'elle ne le percute de plein fouet et le réanime...

Il bu une gorgée de sang avant de reprendre sa lecture. Un article avait attiré son attention : c'était un article dicté par le Scotland Yard. Les policiers répondaient aux journalistes ce qu'ils souhaitaient et leurs idioties devenaient de plus en plus ridicules. Alexender et Raphaël « semblaient avoir été aperçus » ici et là...Un « témoin » avait dit qu'il leur avait parlé...C'est supide ! Ses propres élèves ne parvenaient pas à les localiser. Il n'y avait que cette Eulalia Grey qui restait sous contrôle. Le Comte ne lui avait finalement pas rendu visite mais il l'avait placée sous surveillance pour épier ses faits et gestes et réussir à la coincer avec ses petits amis Hunters...Un beau jour, ils la recontacteraient, c'était certain. Elle lui servait d'appât, en quelque sorte. Et si l'East End ne révélait pas bientôt ses secrets, sa torture les conduiraient bien à sortir de leur trou...

Le Comte tourna ainsi les pages du journal en soupirant parfois face à une stupidité. Et puis un pamphlet attira soudainement son regard. Son titre, « Le Complot monté de Coriolan », ne lui disait rien qui vaille. A la lecture, il comprit très vite que c'était un pamphlet destiné à le décrédibiliser face au jeune Von Ravellow...Cela le mit hors de lui. Qui était donc cet anonyme ? Ce « citoyen soucieux de la vérité » ? De quoi se mêlait-il donc ? Ce genre d'allégation allaient lui coûter des heures de discussion pour les démentir !

Le Vampire fit venir Carl et Marco.


- Trouvez-moi ce crétin et faites-lui la peau ! Carl tu t'occupes de l'équipe diurne. Marco...tu sais ce qu'il te reste à faire. Si vous le pouvez, ramenez-le moi vivant ! Je le ferai couiner pour son insolence.

- Maître, ne pensez-vous pas que cela ne ferait que vous enfoncer ? Les accusassions n'en seront que plus fortes.

Le Comte jeta un regard noir à Carl mais il avait raison.

- Hé bien...faites passer cela pour un accident ou ramenez-le moi, je lui modifierai la mémoire pour qu'il aille se ridiculiser de lui-même face à la société...

Carl et Marco s'en allèrent. Au passage, ils appelèrent Ludwig : le Comte le réclamait à nouveau.
Allongé sur un canapé, le Vampire l'attendait dans ce salon du deuxième. Lorsque le calice entra, il lui fit signe de s'asseoir. Il tenait son verre dans les mains comme pour observer ses teintes. Il était vide. Du sang coagulé recouvrait ses bords.


- Assieds-toi...Alors...Ludwig...Fit-il sans même regarder son serviteur. Toi qui lis régulièrement les journaux, tu n'as pas cru bon de me prévenir qu'un heureux imbécile avait eu l'audace d'écrire ce torchon ? Tss tss...Tout de même, il y en a qui n'ont pas conscience de leur misérable vie...Et toi...tu fais preuve de négligence...

Le Comte tourna la tête pour plonger ses yeux de brume dans l'azur éthéré des siens. Il lui jeta le verre pour qu'il le repose sur une table et fit pivoter son corps pour allonger son dos contre le dossier de son sofa. Il s'accouda sur un coussin et se tint la tête pour mieux le dévisager.

- J'aimerai que tu me racontes tes sorties diurnes...Qu'entends-tu en ce moment ? Qu'est-ce qui remue le plus ces incapables d'Humains ? N'as-tu pas quelques rumeurs croustillantes à me donner ? Cela fait quelques jours que je ne t'ai pas vu sourire. Tu as l'air fatigué. Méfie-toi...les bauges de cette ville ternissent ton teint...


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Rêve écarlate [Comte, Ludwig] [02/04/42] Dim 5 Jan - 13:08

[HRP/Après le Rp au Hyde Park : "Anti-doppelganger"/HRP]


Retour du Hyde Park - Première Nuit


En fin d'après midi, début de soirée, alors que le ciel nocturne venait à peine d'envelopper le ciel de son manteau d'obscurité, la porte s'ouvrit en grand. La silhouette du Calice se détacha de l'ombre du perron.  Le visage fermé, l'étui à violon maintenu fermement, il se dirigea droit vers sa chambre. Il ne porta pas grand intérêt aux domestiques qu'il apercevait. Dans l'intimité de sa pièce à coucher, Ludwig déposa le précieux instrument sur le lit. Fébrilement, ses doigts ouvrirent le couvercle. Ils effleurèrent la surface froide – laquée – du bois. Grognant, le germain se retrouvait incapable de se détacher de la brèche présente sur le coin.  Andrew. Qu'il s'étouffe.. Son calme peinait à canaliser sa sourde colère. Il n'aura pas d'autres choix que faire l'appel d'un luthier. Ses compétences, pour le réparer, s'avérerait, comme il l'a pensé, à l'extérieur, insuffisante.

De dépit, il déposa à terre, la boîte protectrice. Il descendit lentement les escaliers, son visage de marbre. Personne ne sentirait les tumultes qui s'affrontaient derrière sa face impassible. Fin acteur, il refusait que quiconque se doute de quelque chose. Il souhaitait qu'on le laisse en paix. Heureusement, personne ne découvrit la vérité. Il rejoignit l'office. Dans la cuisine, un plateau chaud l'attendait. Un sourire trouva naissance aux commissures de ses lèvres. En effet, depuis son éveil tardif, à part un thé, il n'avait rien consommé d'autre.  Son estomac criait famine. Assis, il mangea, en silence et seul. Mâchant bien ses aliments, il se remémora sa sortie. Sa rencontre avec le colosse. Ezekiel. Détective privé. Comment allait-il parler de lui au Lord ? Ce soir, il savait qu'il n'en aurait pas l'occasion. Il cherchera le bon moment.  Mettant de côté ses réflexions, il se concentra sur une unique chose : se sustenter. Il sentait ses forces lui revenir au fur et mesure qu'il terminait son repas. Cette découverte lui tira une certaine satisfaction. Il s'essuya la bouche à l'aide d'une serviette de table. Puis, débarrassa.

Le Messie risquait de ne pas revenir de la nuit. Il ne s'inquiétait pas.  Il savait qu'il ne serait pas en danger là où il est.  L'entre deux ne tenterait rien contre lui. Il le savait. Le Lord pourra passer sa soirée en charmante compagnie. Très très charmante. Chastity s'apparentait à ces bijoux qu'on aimerait regarder des heures sous une cloche de verre. Ceux qu'on refusait de partager avec d'autre à cause de sa rareté, de sa beauté. Son intérêt, à lui, pour elle, restait... légèrement Différent. L'érudition de la belle, le Maître des Mélodie l'aimait. Il ne cherchera jamais à l'émettre tout haut. Bien trop dangereux.  Le jour du bal... Sa finesse et son intelligence.. restaient assez poussés. En parlant de musique, elle toucha sa fibre de mélomane. Il ne tenait pas à se compromettre d'avantage, aux yeux de celui qu'il voyait comme un être au dessus de tout, en avouant son désir d'entendre Chastity jouer de la harpe.

Fort amusé en se doutant de ce que le Lord prévoyait de faire avec la jeune femme, le Calice quitta la cuisine.  Il se préparait à rejoindre la salle de musique. Mais. Sa marche s'arrêta nette. Son attention se porta sur Manouk portant Salluste. Un frisson traversa son échine à la vision du visage.  Blême, il se figea. Qu'avait-il fait ? Pourquoi ? Comptait-il vraiment que le Comte en vienne à le tuer ? Sa tête s'abaissa un court instant pour saluer le grand noir. L'océan de son regard se dardait sur lui. Sa voix, fin filet de velours, s'échappa.


- Manouk. Veillez sur lui.

Trois mots. Trois mots qui exprimaient bien d'avantage que le Calice ne laissait sous-entendre. Trois petites syllabes qui symbolisaient sa supplication. Il le suppliait. Chose rare, venant de lui. Et pourtant, logique. Dans tout son être, le Germain n'oubliait pas que cet être éternel, défiguré, au bord de la mort, participa à son éducation. Ce Sage, par delà les années, s'apparentait à... une figure paternelle pour lui. Même si jamais il ne l'émit. Trop fier pour. Bien trop dévoué et fasciné par le Lord pour qu'une autre entité ne prenne sa place en son âme. Faciès inexpressif, Ludwig s'enferma dans la salle du musique. D'elle retentit des sonorités dures. Les mélopées sombres reflétaient l'état d'esprit du noble désargenté. Chaotique. Torturé. Toute la nuit, le piano gémit ses notes sans connaître la douceur du repos.


Ravage de l'inquiétude - Seconde nuit


Le matin, à l'aube, il s'extirpa de la salle de musique, la mine décatie. Décoiffé. Las. Le corps lourd, Il monta à l'étage pour effectuer sa toilette. La chaleur de l'eau le perdait sur un sentier cotonneux. La fumée de la vapeur dansait devant ses yeux. Le sommeil le gagnait dans cette étreinte chaude. Le contrecoup de sa nuit blanche le frappait de plein fouet. Il n'aurait pas du faire cette folie. Pas après l'épuisement qui le terrassait de plus en plus. Son corps n'aimait guère cette maltraitance. Et, il le lui montrait en bien des manières.Cette absence de repos lui coûtait cher.  Ses muscles semblaient en plomb. Sa vue se voilait. Soupirant, il se laissa vaincre. Ses paupières se fermèrent.

Rien d'important ne l'attendait présentement. Il était encore tôt. Lorsqu'il reviendrait de ses songes, il remplirait ses devoirs diurnes. Il s'occuperait des instruments. Les couvrira "d'amour".  Les bras hors de la baignoire, il s'assoupit. Son réveil fut assez violent. La froideur avait remplacée la température élevée. Il était temps de se mouvoir. De quitter son inertie. Il ne savait combien d'heures s'étaient passées entretemps.

Grelottant, Ludwig quitta le bain. Les perles d'eau roulèrent sur sa peau pâles. Elles s'écrasèrent sur le sol carrelé. Ses cheveux de blés, collés dans son dos, gouttaient. En silence, ses doigts attrapèrent une serviette en mousseline. Il s'essuya avec. Il s'habilla. Se contempla à travers la glace. Son reflet lui renvoyait l'image d'un homme fatigué. Des cernes tentaient vainement d'apparaître sous ses yeux. Il espérait que le Lord n'ait pas besoin de lui. Le Calice ne se sentait pas capable de remplir son office du soir. Pas la force. Pas la volonté. La peau du visage, arrachée, brûlée, de Salluste le hantait encore.

Il connaissait les lois de la nuit. Le Comte les lui avait enseigné. Elles et tout ce qu'il fallait savoir sur les créatures immortelles. S'il l'avait puni si férocement, cet être qu'il respectait tant, les avait donc transgressé. Ses doigts se raidirent sur le lavabo. Sa tête se hochait de droite à gauche. Il tremblait de rage et d'incompréhension.


- Idiot. Pourquoi provoquer la colère du Lord ? Qu'est ce qui t'a poussé à commettre telle folie ?  

Aucune réponse ne trouva écho à ses propres interrogations. Et, il ne chercherait pas à les dire tout haut, devant témoin. Il jouera son rôle à la perfection. Les affres de ses préoccupations resteront cachées, enfermées en sa boîte de Pandore. Personne ne saura qu'il se sent anxieux pour la survie ou non du premier des sept. Inspirant, il se força au calme. A cette sainte sérénité qui lui permettrait de mettre le masque de l'intouchable sur son visage.

Il descendit les marches quatre à quatre. Imperturbable, il salua le vieux majordome. Et dès lors, le noble désargenté remplit son rôle. Sous ses doigts de fée, les instruments retrouvaient une nouvelle vie. Pas un seul ne fut lésé. Sa tâche achevée, il s’affaira donc à aider les domestiques. Toute la matinée, le Germain ne s'offrit aucune pause. Treize heures, il se permit un thé. Dégustant le nectar aromatique, il ferma ses paupières. Il profitait de la saveur du thé à la menthe pour se ressourcer.

Il devra, ensuite, affronter le froid pour emmener au luthier le précieux instrument blessé. Il ne pardonnera pas au nuisible cet affront. Il tendit la tasse à Edwood. Attrapa l'étui dans sa chambre et sortit. Il ne dit à personne où il alla. Ludwig ne souhaitait pas conter sa mésaventure. Deux heures plus tard, il était de retour, les mains vides. Il ira chercher le violon le lendemain.

Il appela le jeune Arnoldo. La main sur son épaule, il le mena à la salle de musique. Sa leçon commença. Debout derrière le petit italien, la fleur empoissonnée l'écoutait. Lui donnait des conseils. Le félicitait pour sa progression et la rareté de ses notes écorchées. Il maîtrisait la mélodie qu'il lui avait soumis. Le Germain voyait en ses prunelles, la joie, le plaisir, la reconnaissance. Taquin, sa main décoiffa son cadet. Il le libéra en fin d'après-midi. Lui, revint à sa chambre. Couché sur le lit, éclairé par une chandelle, Ludwig réfléchissait. Quelle sera donc la sentence de Salluste ?

Grimaçant, ses doigts attrapèrent son livre en cours : La Foire aux vanités. Pris dans sa lecture, il en oublia le reste. A mi chemin de l'histoire, les lignes se troublèrent. Il ne parvenait plus à comprendre les mots. Il souffla sur la flamme. Posa l’œuvre sur la table de nuit. Et, s'abandonna au sommeil. Un sommeil, qu'il espérait, sans rêve.  



L'Ara - Troisième nuit
 

Ses songes le libérèrent de leurs gueules voraces plus tôt qu'habituellement. En sueur, la main tremblante. Hagard, Ludwig poussa ses draps. Il s'extirpa de la couverture. Les jambes en coton, il se dirigea vers la salle d'eau. Dextre et sénestre ouvrirent les robinets en même temps. Il s'humidifia le visage avec ces perles glacées. L'effet gelé sur sa blanche peau lui fit du bien. S'essuyant prestement, il pris ensuite soin de ses atours. Son allure dépenaillée ne lui ressemblait guère. Il aimait se montrer présentable. Sous un meilleur jour, il effectua ses tâches matinales et sortie.

Le vent fouetta ses joues. Les âmes, luttant contre le temps hivernal, déposaient par moment, leurs prunelles sur lui. Et, lui, être sauvage et fier, ne leur accordait aucune importance. Un seul lieu l'intéressait. Parvenu à l'endroit souhaité, une légère discussion commença entre les deux hommes. Finalement, Le Luthier lui présenta le violon. Caressant la surface vernie, le Calice analysait le travail. L'instrument semblait comme neuf. Ceux qui ignoraient la mésaventure ne pourraient douter un seul instant que plusieurs jours avant, il souffrit d'une certaine maltraitance. Grognant intérieurement, il paya l’artisan et retourna au manoir.  

L'après midi s'écoula sans qu'il ne soit gêné par des perturbations malvenues. Tout se passa comme il le souhaitait. Le crépuscule recouvrant Londres de sa noirceur annonçait une nouvelle nuit. Dans le cadre où le lord le convoque, le noble désargenté, se vêtit d'autre atour. Une chemise andrinople, à jabot, ouverte, sur un pantalon noir de suie. Ce soir, le Comte manda sa présence. Obéissant, il frappa à la porte. Couvert de sa servilité et loyauté, la fleur empoissonnée foula le sol du bureau. Sa tête s'abaissa en un salut respectueux. Nouvellement assit de lui, il patienta.

Lorsque les yeux de brume se confrontèrent aux saphirs, le Germain lui offrit toute son écoute. Après quelques minutes de réflexion, sa voix souffla à l'intention de son maître.


- Ce que je pense d'eux ? Je trouve la couleur de leur plumage fort éclatant. Ce sont des oiseaux qui ne passent pas inaperçu. Cependant, leur faculté de parole est dérangeante. Ils ne possèdent pas l'intelligence nécessaire pour garder des secrets. Ce qui fait d'eux des êtres dangereux si on ne prend pas garde, au préalable. Moment de silence. Je pense que Chastity appréciera, comme il se doit, votre cadeau.

L'intensité des yeux voilés le fascina. Le Maître des Mélodies ne pouvait se détacher de ces deux joyaux. Le regard du Messie, toujours posé sur lui, occultait de son esprit, tout le reste. Il ne voyait que la créature éternelle, debout, en approche. La main sur ses épaules provoqua bien des frissons. D'instinct, sa tête se pencha sur le côté pour lui offrir, en son entier, sa tendre gorge. Les crocs s'enfoncèrent dans sa chair. Fermant ses paupières, il se soumettait à sa soif, à lui, au pouvoir qu'il exerçait sur son être. Cet acte l'enfonçait encore plus sur la pente de non retour. Au service du Lord, de ses mèches de cheveux aux pointes de ses pieds, depuis trop longtemps, le Germain ne pourrait jamais penser à autre chose qu'obéir à cette incarnation de la Mort.  

Vite congédié, il rejoignit sa chambre. Apaisé par ce moment avec son maître, il en oublia un instant ses tourments. Comme le visage défiguré de Salluste. Et, la sentence qu'il reçut.  



Le pamphlet - Quatrième nuit


Assit, un thé fumant devant lui, le Calice ouvrit le journal. Son regard acéré passa sur les lignes noires. Les informations inscrites ne l'intéressaient guère. Il passa en vitesse les pages. Et.. Il vit le pamphlet. A sa lecture, ses doigts déchirèrent le morceau de papier. Il se leva et partit, laissant dans la cuisine, le journal en lambeau et la boisson chaude. Toute la journée, on ne le vit pas revenir. Le Maître des mélodies cherchait le coupable de ce torchis. Il fouilla. Écouta. Et ne trouva rien.

Il rentra au manoir bredouille, aux premières apparitions de la nuit. Ombrageux, il s'offrit le délice d'un bain. D'humeur exécrable, il contempla son visage à travers le miroir. Son index passa sur la plaine blanche de sa joue. Il ne restait qu'une légère marque rouge. Bientôt, sa mésaventure ne sera qu'un lointain souvenir. Se détachant de son image, il se changea. Couvrit son corps d'un drapé noir, retenu par deux fines bandes, autour de sa nuque. Elles retombaient le long de se son dos telles deux bandelettes imprimées de motif. Ses atours laissaient suggérer beaucoup sur sa silhouette. Et, habilement cachait l'essentiel. Il n'y avait de découvert que le torse, les bras et le dos. Quant à sa coiffure, ses cheveux de blé en arrière, détachés, dégageaient son visage et lui donnait une touche fière et précieuse.

A peine sortie de sa toilette, Marco et Carl le prévinrent que le Comte souhaitait sa présence. Sans attendre, il obéit. Sa présence ne devait souffrir d'aucun retard. Il n'éprouvait guère l'envie de jouer avec la patience du Comte. Elle était déjà bien assez entamée lors de ces derniers jours. Parvenu au bureau, le dos de sa main, frappa contre le battant de la porte. Invité à entrer, il se plaça face au lord.  Ludwig s'installa comme demandé. Les paroles firent mouches. Il reconnaissait son erreur de négligence. Un tremblement de rage, plus pour lui-même qu'autre chose, le traversa.
 

- Je reconnais ma négligence. Je n'ai pas su préméditer ce torchis, que je n'ai vu que ce matin, pour mon propre déplaisir.  

Ses océans se confrontèrent aux mers brumeuses. Ses mains attrapèrent le verre. Élégant, il se leva. Le déposa sur la table. Adossé contre la table, il porta tout son intérêt sur l'être éternel. Un court laps de temps, ses prunelles se dilatèrent, symbole de surprise. Sa fatigue. Son visage absent de tout sourire, cachaient bien des choses tapies au fond de lui : ses songes, son anxiété vis à vis de Salluste. Remettant sur son visage le masque du noble désargenté, sauvage et polaire, Ludwig s'enquit donc de partager ses découvertes.  

- Les cafards de l'extérieur parlent beaucoup de votre futur mariage avec la jeune Spencer. De la grandeur de celui-ci. De votre rétablissement. Et de vos futurs projets lorsque le Coriolan sera entièrement reconstruit. L'intensité de son regard devint acier. Et, ce qui remue le plus leur cerveau ramolli : ce torchis. Ils sont partagés. Ceux qui ne vous aiment pas, jaloux de votre position, bave sur votre crédibilité. Les autres, expriment par de plates phrases, que ce n'est qu'escarmouche pour vous salir. Ce qui créer de nombreuses joutes verbales. L'auteur de ce chaos a bien réussi à disséminer le doute dans leur esprit.

Un mouvement et Ludwig vient s'asseoir en face de son maître. Croisant les mains, l'une dans l'autre, il réfléchissait. Le fruit de ses pensées doucement prit écho. Il poursuivit les paroles qu'il avait lui-même éteintes.

- J'ai rencontré, récemment, lors d'une de mes sorties, un être fort intéressant. Un détective privé qui, d'une certaine façon, m'a ôté une épine du pied... La malice se glissait dans ses lagons . Vous pourrez vous en servir pour cette affaire. Personne ne pourrait douter d'un lien entre lui et vous.. Cela donnera l'air de ne pas y toucher. Ou vous pourrez l'utiliser pour tout autre chose.. Je vous passerais sa carte de visite lorsque vous me congédierez.

Un long silence survint ensuite. Une question restait prisonnière derrière la porte de ses lèvres. Il aimerait la dire tout haut tellement elle le forçait au tourment. Cependant, comment son maître le prendra t-il ? Les minutes s'égrainèrent. Enfin, les mers d'azurs se dardèrent sur le lord, lui demandant silencieusement s'il pouvait l'émettre. Être de servilité, il refusait de la poser sans son accord.

- Qu'en est-il de lui ?

Il espérait, au fond de son poitrail, que la nouvelle ne soit pas désastreuse. Non que Salluste comptait bien plus que l'incarnation de la Mort. Il était, un membre de sa "famille". D'une certaine façon. Du début à la fin, il omis de parler de son pâle teint et sa fatigue évidente. Ce qui représentait chez lui, des détails qui restaient sans importances. Ou le dérangeaient vraiment...   
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Rêve écarlate [Comte, Ludwig] [02/04/42] Mar 7 Jan - 17:55

Ludwig...

Il y avait maintenant près de vingt ans que le Comte l'avait « recueilli ». Vingt ans qu'il avait décimé sa famille et brûlé sa demeure avant de l'envelopper de sa cape de sang et de le faire descendre, toujours plus bas, vers l'Enfer, celui de la soumission, celui de la dévotion, celui de la dévoration. Malmené par les siens toute sa jeunesse, le jeune Allemand avait finalement eu l'air de trouver cette descente dans les flammes de sa conscience plutôt enrichissante. Ce que le Comte lui avait offert c'était une nouvelle vie, emplie de musique, de charme, de confort et de sécurité. C'était devenu son Calice, le maître des mélodies, le tuteur d'Arnoldo, l'organisateur des grandes soirées et de leurs orchestres. Il s'était donc enfin vu discerner une place dans la société, au-delà du simple service de Dieu auquel ses parents l'avaient destiné. Son existence était enfin reconnue, même si elle était faite de servitude. Il faisait désormais partie des fidèles du Prince de Londres, c'était une place de choix et un rôle. Un rôle qu'il avait d'ailleurs toujours joué à la perfection, heureux de ce qu'il avait reçu en échange de ce qu'il n'avait pas.

Oui, à la perfection...jusqu'à ce bal chez Chastity...
Cette soirée, échec sur toute la ligne, avait jeté une ombre entre le maître et l'élève. Pourtant, elle avait été préméditée, tout avait été calculé pour que le jeune Allemand entre enfin dans la société des vivants. Car s'il avait bien une place dans le monde de la Nuit, il était encore sans identité chez les mortels. Il ne vivait que d'ombres et de fantastiques brumes. Ce bal devait l'intégrer habilement dans la mondanité visible, la vie publique. Il n'avait qu'à ravir les cœurs, écouter les murmures, tenir le rôle de protégé galant pour enrager quelques Vampires, en prévenir d'autres et distraire les Humains afin qu'ils oublient le chaos du théâtre. Mais au lieu de cela, il avait déchaîné les colères en se frottant à un Hunter, il avait blessé un Vampire avec de l'eau bénite, acte qui avait provoqué un duel à mort entre le Comte venu le défendre lui et son honneur propre, il y avait eu spectacle au lieu de sournois placements...Cela avait été une soirée détestable !

Depuis ces événements, le Comte avait moins fait appel à son calice qu'à son habitude. Il s'était contenté de boire au cou du petit Italien plutôt qu'à celui du bel Allemand. Il fallait que ce malheureux soir disparaisse dans sa gorge serrée par la colère avant qu'il ne lui accorde à nouveau son regard.  
Aussi s'était-il détourné de lui, l'espace de quelques semaines, le temps de tourner autour de Glen pour en faire son allié et son amant, le temps aussi de se rapprocher de Chastity d'une manière tout aussi sensuelle et intéressée. Il avait des projets extérieurs qui ne pouvaient souffrir de conflits internes. Il avait besoin de fidélité, de droiture dans ses rangs. Il avait autre chose à faire que de gérer de ridicules dissensions qui ne faisaient que le ralentir dans ses démarches. Le ralentir et l'énerver...Autant se concentrer sur le plus important plutôt que de s’égarer dans les affres de la mesquine colère.
Ludwig était donc retourné à ses tâches et lui aux siennes. Le Calice avait dû le ressentir : il avait été écarté des affaires du lord un court moment, suffisamment en tous cas pour ignorer quelques nouveaux points cruciaux dans ses plans...

L'heure était donc venue de le tester à nouveau et de le secouer pour voir s'il n'avait pas terni de son côté. De retour de chez Chastity avec l'assurance de sa fidélité, le Comte pouvait désormais lui accorder un peu de son temps. Il le pouvait et le devait. Ludwig était un élément précieux et son prochain rôle allait bientôt lui être donné.

Ainsi le Comte avait-il fini par le faire mander pour pouvoir discuter un peu avec lui du perroquet acheté pour Chastity et pour, bien évidemment, s'abreuver à son cou. Cette entrevue avait été brève. Le lord avait remarqué que son calice était moins vif qu'avant le bal. L'émotion ne transparaissait presque jamais chez lui, ni aucune sorte d'émulation, mais son teint était plus pâle qu'à l'accoutumé, son regard plus languissant, plus lent, sa rigidité d'autant plus marquante. Malgré toute la volonté que le jeune homme avait mis pour dissimuler son mal, le Comte n'était pas stupide et ses dons d'observateur, surtout dans son propre domaine, surpassaient un peu de poudre et un sourire forcé. Il l'avait aussitôt remarqué.
De plus, il s'était demandé si son calice avait compris ses sous-entendus concernant l'animal exotique. Avait-il saisit la nuance dans son propos ? Son sourire n'avait-il pas été un tantinet trop figé ? Ce n'était pas un réel présent que le Comte allait expédier à la belle Miss Stephenson, c'était une rose empoisonnée, un petit espion...Il s'amusait à passer pour un galant alors que cet acte relevait surtout d'une stratégie maligne et d'un jeu malsain. Mais Ludwig avait si peu réagit à ses allusions que le lord s'était par la suite contenté de lui sucer le sang et de le congédier.
Il allait lui laisser une journée pour se reprendre, pas plus.

Le lendemain, après avoir lu en partie le journal et après être tombé sur le pamphlet d'un illustre inconnu qui le décrédibilisait, le Comte avait fait venir Ludwig pour lui faire quelques remontrances. Ce ridicule texte n'était qu'une excuse pour le ramener devant lui et pour l'attaquer un peu, histoire de voir où lui-même en était par rapport à cette histoire et à son état de santé. Quelque chose semblait le tracasser. Avait-il fait de mauvaises rencontres ou s'était-il simplement laissé aller à quelques folies dépravées ? En soit, Jirômaru n'en avait cure. Tout ce qu'il voulait c'était que Ludwig ne dépérisse pas. Il ne l'avait certainement pas enlevé au milieu du carnage puis élevé sous son toit pour le voir mourir à petit feu ! Et surtout, il devait être en forme pour lui fournir son sang et son soutien. Le lord ne supportait pas la faiblesse, que ce soit chez lui ou chez autrui. Son calice devait être fort, comme tout ses élèves, comme tout ses disciples, ses espions, ses vigilants...Sinon comment pourrait-il oser croire qu'il lui resterait fidèle jusqu'au bout ? Comment pouvait-il espérer qu'il ne dévoile rien de ses plans avant l'heure ? C'était un être diurne, cela pouvait être dangereux, surtout en ce moment avec les Hunters qui rôdaient dans les recoins sombres, les Vampires excédés par sa puissance ou terrifiés par ses desseins...
S'il devenait gênant en société, il faudrait qu'il le tue. Et quel gâchis !

Il l'accueillit donc avec nonchalance, allongé dans un canapé, en vêtements de nuit. Ludwig s'installa sans autre expression sur son visage que son habituel masque de raideur. Puis le Comte lui fit part de son avis sur le pamphlet et de cet état de fatigue qu'il avait relevé chez lui. L'effet fut immédiat : Ludwig sembla furieux. Le tremblement de rage qui le traversa à l'évocation de l'attaque dans les journaux se refléta dans ses yeux océan une fraction de seconde. Le Vampire l'observa d'un œil sévère, attendant patiemment que son calice daigne bien lui expliquer son attitude. Ludwig n'avait découvert cet écrit que ce matin et il « reconnaissait avoir fait preuve de négligence ». C'était ridicule. Si le jeune homme n'avait lu ce pamphlet, comme lui, qu'en se levant, à moins de venir le réveiller dans son cercueil pour le lui montrer, chose éminemment suicidaire, il n'avait aucunement eu l'occasion de lui en faire part. Si ce journal avait daté de la veille, pourquoi son calice ne lui en aurait-il pas parlé ? Simple oubli ou sans doute aurait-il cru que son maître avait déjà pris connaissance de ce torchon infâme, et cela n'aurait même pas été grave. Mais dans le cas présent, c'était d'autant moins grave ! Il n'avait nullement à rougir puisqu'il n'avait pas eu le temps de le lui montrer. Le Comte se garda de lui faire part de ces remarques. Il se contenta d'hausser un sourcil face à la dévotion incroyable de son calice. Décidément, il pouvait l'accuser de tout et n'importe quoi sans que ce dernier ne se sente autrement que coupable...Le craignait-il à ce point ? Il ne l'avait pourtant pas violenté souvent, c'était rare, très rare, même si cela était déjà arrivé.

Patient, Jirômaru l'écouta ensuite enchaîner sur ses nouvelles découvertes. Ludwig évita clairement le sujet de son malaise, dont l'évocation avait aussitôt dilaté ses pupilles, et il s'empressa de lui exposer ce que murmuraient les Humains sous le ciel bleu, ou gris, de leur chère capitale. Le Comte sourit plusieurs fois. Son mariage était dans toutes les bouches. Cela était d'autant plus jouissif qu'il n'allait pas tarder à le concrétiser. Encore un peu de patience et Sarah sortirait du couvent pour tomber directement dans ses bras, qu'elle le veuille ou non d'ailleurs : son père la lui avait d'ores et déjà donnée. C'était réglé d'avance. Un accord de principe entre gentlemen. Elle ne pouvait plus rien contre lui. Les gens parlaient aussi de son rétablissement, de ses projets artistiques...tout allait pour le mieux, finalement ses plans semblaient fonctionner malgré les accrocs dont ils avaient été victimes et la bonne société s'inquiétait encore de sa santé.
Mais il fut à nouveaux question du pamphlet. Toute la journée les langues s'étaient brûlées à parler de ce foutu texte et la population s'était mise à douter. Le doute...Quoi de pire dans la société pour un lord tel que lui ? Le regard du Vampire s'assombrit. Décidément il ne pourrait pas laisser cet anonyme s'exprimer en toute impunité. Carl et Marco étaient déjà sur le coup avec quelques Vampires et contacts humains. Mais serait-ce suffisant ?
Il tiqua et son air mauvais n'eut rien de plus terrible :


- Me salir ? Ha ! Ils peuvent bien tous crever dans leurs ragots ! Mais ce petit trouble fête va connaître sa douleur, ho oui...

Le Comte se redressa tandis que Ludwig se rapprochait pour se trouver véritablement en face de lui. Il s'installa dans les coussins, plus assis qu'allongé et écouta son calice lui raconter qu'il avait rencontré un détective privé. Au fond de lui, Jirômaru s'alarma. Quelle idée saugrenue ! C'était bien le dernier type de personne qu'il fallait ramener ici ! Il avait déjà assez à faire avec les Hunters qui, il n'en doutait pas, continuaient de chercher à lui faire la peau, pour en plus risquer d'avoir sur le dos des détectives ! Heureusement que le Scotland Yard était déjà complètement pourri de l'intérieur et que la reine l'écoutait aveuglément, sinon de trop nombreux indices, à commencer par son mariage et ce pamphlet, pourraient mener les autorités-même à douter de lui ! Un détective...S'il n'était pas des siens, un être de la nuit, il risquait d'être plus dangereux que ce que Ludwig pouvait bien croire...

- Mm...Grogna-t-il. Je doute que ce soit une bonne nouvelle...Mais si tu peux t'assurer sa fidélité, l'utiliser peut être effectivement envisageable. Si tu le revois et que tu le juges digne de confiance, tu peux l'envoyer sur les traces de ce Von Ravellow de malheur. Il se cache dans l'East-End, ou un peu au-dessus, peut-être vers Whitechapel. En tous cas, deux de mes Vigilants on aperçu ses domestiques au Châtelet et le Yard est prévenu...Je lui laisse le temps de se faire des illusions...Ma cible principale reste le jeune Venezziano, tu l'imagines bien...Le rouquin n'est qu'une excuse, il n'est pas très dangereux...Ton détective pourrait aussi bien chercher l'auteur de ce pamphlet de malheur...

Un silence se fit. Finalement le Comte ne recherchait pas vraiment Alexender, il cherchait surtout Raphaël qui, lui, était un Vampire et donc non seulement un traître mais aussi un des premiers sur sa liste noire. Alexender n'était qu'une couverture sociale, un moyen de se victimiser et d'accélérer son mariage, c'était une pression sur les parents de la jeune Spencer qui craignaient pour la réputation de leur fille et aussi sur la reine qui craignait pour sa vie et celle de son lord préféré. Alexender était également une question de vengeance personnelle et de défit, mais ce n'était pas le principal problème de Jirômaru...

- Dis-moi... ,reprit-il au bout d'un moment, quelle est cette fameuse « épine » que ce détective t'aurait enlevée ? Mmh?

Le Comte se redressa tout à fait. Désormais assis, les jambes croisées, il reprit le journal en main avant de le laisser brusquement de côté dans un soupir contrarié. Lui aussi il avait une épine dans le pied et il fallait qu'il l’extraie au plus vite s'il ne voulait pas que la gangrène ne le gagne...

Puis il remarqua que son calice l'observait d'une étrange manière. Ses yeux, fixes et clairs, semblaient lui demander l'autorisation de parler. Jirômaru sentit que ce qu'il allait dire n'allait pas lui plaire loin de là, mais, curieux et dans le doute, il reporta son attention sur lui.


- Qu'y a-t-il ? Tu as oublié de me dire quelque chose ? Vas-y, parle ! Qu'est-ce que tu attends?

La demande de son calice, comme il l'avait senti, l'empli d'une nouvelle rage. Il n'avait suffit que de ces quelques mots pour qu'il retrouve son état de fureur avancée qui l'avait amené à tant de grabuge chez Chastity.

- Lui...? Fit-il dans un grondement avant de dévoiler ses canines d'ivoire dans un rictus de colère.

Quelque part, l'air inquiet qu'avait pris Ludwig le retourna de jalousie. Salluste, car c'était bien de lui dont il s'agissait maintenant, avait été comme un père pour le jeune Allemand et il était normal qu'il s’enquiert de son état. Mais le Comte prit cela comme une préférence, un défit de son autorité aussi, un reliquat de traîtrise. Il fut piqué au vif. D'un coup, il se leva et se mit à arpenter la pièce d'un pas furieux. Il allait et venait tantôt vers son calice en faisant de grands gestes, tantôt vers ses étagères en grondant de rage. Ses longs cheveux de neige le suivaient comme un voile venu d'un autre monde.


- Que l'on ne me parle plus de cet imbécile ! Ce crétin aurait pu tout faire échouer ! Cela fait trop longtemps qu'il s'érige contre ma volonté et mon autorité ! Je ne peux tolérer de telles injures ! Sa traîtrise est trop proche ! Je la sens depuis longtemps...Qu'il aille au diable !

S'il y avait eu quelqu'un d'autre que Ludwig dans cette pièce, nul doute qu'il aurait fuit les lieux en courant. La fureur du Vampire fit trembler les murs et les meubles. Les ombres s'allongèrent. Une lampe s'éteignit dans une bourrasque. Il serra les poings.

- Il était temps qu'il comprenne que sa position ne lui donne aucun droit et que sous mon égide nul ne peut oser me défier sans dommages ! Sa sagesse en a fait un bon conseiller jusqu'à présent mais elle ne lui a pas soufflé la prudence ! L'enfant doit toujours être ramené à ses obligations sans quoi il vous poignarde dans le dos le premier !

Le Comte sembla se calmer. Il revint vers Ludwig et se pencha au-dessus de lui.

- Salluste survivra.

Ces mots, murmurés dans l'oreille du jeune Allemand, sonnèrent comme une libération pour tous les deux. Oui, Salluste vivrait. Il vivrait pour le Calice, il vivrait pour son maître. Mais pour combien de temps ? Cela allait dépendre de sa loyauté.

Jirômaru continua de se pencher sur l'Humain. Déjà ses cheveux coulaient sur lui et son visage frôlait le sien. Il lui prit le visage, serrant un peu fort ses longs doigts d'albâtre sur l'arrête de son menton pour le lui diriger. Puis il le domina de tout son corps pour l'allonger en arrière et s'appuyer dessus. Ses yeux sans âme le sondèrent un instant, comme s'il cherchait à pénétrer ses pupilles. Ses canines luisaient, blanches, teintées de rouge à la lueur d'un lampion carmin.


- Et toi...Susurra-t-il comme un serpent. Toi tu le suis dans sa déchéance...Que me cache-tu, Ludwig! Son ton sec et brutal accompagna une pression sur le menton du jeune Allemand. Quand compte-tu me trahir ? Ce soir ? Demain ? Tu tais des choses...et je n'aime pas ça du tout !

Le regard flamboyant, le Comte lâcha le menton de Ludwig pour l'attraper par ses deux bandelettes de tissus à motifs. Il le souleva en même temps qu'il se redressait pour le relever de son fauteuil et lui faire face.

- Après cette stupide soirée chez la Stenphenson, tu oses encore traîner ta mélancolie devant moi !? Réponds ! C'est ce détective ? Une catin ? Salluste t'a-t-il parlé à son retour ? Que sais-tu ? De quoi te défends-tu, Ludwig ? Je ne tolérerai pas plus longtemps ces silences ! Ton air de chien battu me répugne ! Je t'ai connu plus vif, plus tenace ! Je t'ai présenté au monde et voilà le résultat !? Si peu... ?! Tu me fais honte ! Il est temps que tu te ressaisisses! Sinon tu ne vaux pas mieux que tout ces Humains qui grouillent dans mes geôles dans l'attente de se faire dévorer !

D'un geste, le Vampire lâcha son calice en le poussant en arrière avec rage. Il leva la main droite, prêt à lui écraser le revers sur la joue. Mais il se ravisa et sembla se radoucir. Avec un rictus, il lui tourna le dos et s'en fut retrouver son canapé. Sa rage lui avait donné un coup de chaud. Il enleva son pull de laine et le balança sans cérémonie sur le sol avant de s'asseoir au milieu des coussins. Ses cheveux et ses vêtements, d'un blanc étincelant, lui donnaient un air divin, comme s'il fut sorti d'un tableau où étaient peints des Apollons. Mais la colère lui déformait le visage comme elle marque les pires démons des gravures utilisées pour illustrer l'Enfer de Dante.
Il se passa une main sur ce faciès abominable en soupirant.


- Vous me fatiguez tous...Tous! Salluste ne méritait pas d'être sauvé. Et toi...je pensais que tu m'avais compris.


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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Dernière édition par Comte Keï le Mer 8 Jan - 21:42, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Rêve écarlate [Comte, Ludwig] [02/04/42] Mer 8 Jan - 14:28

Vingt ans.

Aussi loin que remonte ses souvenirs, cela faisait plus de vingt ans qu'il quitta la voie de Dieu et des Hommes pour le Diable. Son cœur s'était couvert de fils barbelés et de givre. Son âme et sa vie dormaient dans les mains griffues de l'être qu'il vénérait par dessus tout. Sa liberté elle, restait enfermée dans une cage aux barreaux d'or. Bien étrange que cela puisse paraître, sa chute vers les enfers les plus obscurs, possédait la saveur d'un nouveau souffle. Le Bonheur.  La passion. L'impression d'exister. D'avoir une certaine valeur aux yeux de quelqu'un, restaient les notions qu'il avaient apprises. Sans le Comte Keïsuke jamais Ludwig n'aurait pu devenir ce qu'il est. Il le sait. Le Lord lui permit de renaître par la cendre et le sang. Afin de le remercier de ce geste, il lui offrait toute sa dévotion. Toute son attention se portait sur l'idéalisation des rêves de son Sieur. Et ses vœux à lui n'existaient point.  

Être de servitude et de renonciation, il ne souhaitait que le plus grand bien et la réussite du Prince de Londres. Personne d'autre ne possédait tant d'importance pour ses lagons bleus. Il en était devenu, donc, au fil des années, une fleur toute vêtue de noir et d'épines, dont les pétales se laissaient seulement arracher par l'incarnation de la Mort. Souillé et corrompu, individu polaire et sauvage, il ne regrettait rien. Rien du tout de cette voie d'obscurité et de servitude.  Il chérissait chaque bride de sa vie. Et.. Il n'admettrait guère qu'on entache sa loyauté ou – et surtout – la réputation du Lord. Il voyait sa grandeur. Sa puissance le fascinait. Son vécu, par bribes, l'envoûtait.   Oui, le Maître des Mélodies, cherchait à rendre parfait l'obsession qu'il lui destinait et toute ses mises en œuvres pour le satisfaire. Il n'aimait pas les fausses notes.

Pourtant, il en effectua une lors du fameux bal de Dame Chastity. Il cassa les rouages du plan. Son intronisation en société échoua lamentablement par ses affres et sa maladresse. Son erreur, tel un acide fumant et mortel, corroda le lien entre le vieil être et lui. Dès lors, coula sur lui un profond changement. Douloureusement, il contempla le jeune italien gorger le Lord de son sang. Et lui, n'avait plus d'autres utilités que ses tâches coutumières. Résigné, il ne vint pas à souhaiter un quelconque changement dans l'attitude du Comte. Telle était sa décision et lui s'y résignait. Fleur entachée, il chassa l'espérance que son heure ne revienne niché au fond de son poitrail. Ce souhait le condamnerait lui et sa fatigue, chape de plombs sur son corps éreinté. Il repoussait l'instant de vérité, par lâcheté, par colère contre lui-même.. Et par la crainte de se montrer faible face aux rêves sanglants.

Le temps passa. Vint le jour où le Sieur le convoqua au salon. L’épuisement et l'inquiétude ravageant ses chairs depuis bien trop longtemps, Ludwig, se trouva incapable de saisir le message caché du Lord vis à vis du perroquet. Et, ne le su jamais lors de cette brève rencontre. Leur tête à tête se termina donc très rapidement sur sa satisfaction à sentir les crocs traverser son épiderme. C'était une douce caresse sur l’abcès de ses tourments. Une pommade sur la plaie de son coeur. Un instant de plaisir après une lutte sans merci. Apaisé au retour de sa chambre, le sommeil le gagna.

Le lendemain, il se retrouva de nouveau face à l'imposant colosse. La perspicacité du Prince de Londres toucha une corde sensible. Sans qu'il ne le veuille, il montra des signes de surprise. Trop fier, la fleur empoissonnée évita intentionnellement de lui parler de son état. Il s'enquit de partager ses découvertes sous la voûte d'or ou de grisaille de la Capitale. Tant de choses émoustillaient les esprits - des pauvres et des riches - et piquaient leur langue. Si certain l'amusait à l'entente, l'un n'en faisait pas partie :  Le pamphlet. Celui vue au matin. Il semait le doute en ces cerveaux mous. Des cloportes se tanguaient de décrédibiliser son maître, le forçant à sentir les ronces de la fureur. Colmatant les brèches qui se formaient en sa chair à la mention de ce torchis, le noble désargenté écouta les propos du Lord. En effet... Il ne restera pas longtemps libre. Il sentira à quel point l'être éternel est très imaginatif en ce qui concerne la douleur.  Ce qu'il vient de confirmer.

A peine finit-il son compte-rendu sur les informations brûlant les langues, le Calice se réinstalla en face de son Sieur. Il partagea, d'une certaine façon, sa rencontre avec Ezekiel. Et la possibilité qu'il puisse l'utiliser pour éviter de mettre un quelconque lien entre lui et le futur corps retrouvé mort.  Attentivement, il but les paroles qui échappèrent des lèvres du Messie.


- En effet, je me doute que la véritable cible est ce traître à votre race. Un laps de temps très court, ses paupières se fermèrent. Je pense qu'il me sera possible d'obtenir la fidélité de ce détective. Et son silence. Sans trop de difficulté. Lueur perçante au fond de ses lagons, il poursuivit. Puis, ensuite, de lui demander, avec plaisir, de me retrouver ce Von Ravellow, un « vieil ami » que je souhaite remettre dans le droit chemin. Ou l'auteur du Torchis.

Les mots exprimaient d'avantage, le faire tomber dans la gueule du loup. Et le silence, de plomb s'installa entre le maître et son Calice. Ce voile d'inertie se coupa sous l'interrogation du Lord, provoquant une grimace sur le visage de l'Allemand.

- L'épine..Un insecte répugnant me connaissant que sous Léandres.. Court silence. En dépit de mes nombreux rejets, ce noble poursuit ses avances. Penser à lui commença à éveiller sa rage. Le détective est intervenu lorsque ce cloporte fit tomber mon violon des mains et me menaça de soi me montrer mon mécène soit de faire de moi son amant, de gré ou de force. Un soupir s'envola hors de sa bouche. Quel entêté. Comme si j'accepterais de rejoindre son lit alors que sa simple vue me répugne. Un rictus se forma sur son beau visage. J'aurais bien voulu que cet Ezekiel écrase la tête du moustique de ses deux imposantes mains. Hélas, il est encore en vie. La fierté blessée... Voir sa mine se décomposer, sous la taille impressionnante de ce détective, fut une pure délectation. Je n'oublierais jamais sa mine déconfite et sa fuite, la queue entre les jambes.

Ses dernières syllabes paraîtraient cruelles. Pourtant, forte logique. En trente année de vie, le froid personnage n'accepta jamais que des doigts, jugés répugnants, d'étrangers, ne l'effleurent plus que de raison. Et rien ne se retrouvera capable de changer cet état de fait. Cette façon d'être restait ancrée profondément entre ses chairs. Il virevoltait avec le dégout dès lors où ça arrivait. Chassant de son esprit l'image même du cloporte, dénommé Andrew, ses lagons bleus demandèrent la permission d'émettre sa question. A peine soufflé, l'incandescente ire consuma son maître.

Sous la colère et les mots acides, le faciès du maître des mélodies se décomposa. Ses mains, aux doigts fermés, labourèrent les paumes, symbole d'une rage contenue. La fleur empoissonnée la ressentait pour la folie de Salluste. C'était pire que ce qu'il pensait.. Il craignait que ses jours ne soit en danger. Sa tête, en signe de renonciation, de tristesse, de douleur, de résignation, s'abaissa. Le murmure en son lobe perça les ténèbres qui l'engloutissait. Doucement la tête se leva. L'éther bleu de ses abîmes se chargea de paix, d'apaisement, de remerciement.

Soudainement. Le Lord le domina de sa haute stature, l'étau de ses doigts tenant en tenaille son menton. Être de soumission, il ne lutta point contre ce rapprochement. Contre cette poigne. Il laissait cette tornade aux cheveux d'ivoire le dévorer sous sa verve. Le venin des mots traversa son âme. Le masque du Calice se fissura - implosa - en un millier de morceau. Sa douleur, son incompréhension imprégna la plaine blanche de sa peau. Défigurant ses traits.. Et.. Par chaque pore de sa peau, transpirait une peur animale. Bousculé en son âme, corps et coeur, la frayeur ternissait la beauté de ses mires. Terrifié, blessé, Ludwig devint une statue immobile. Il ne chercha pas à mettre ses bras devant lui pour se défendre. Cette gifle, il acceptait de la prendre. Elle ne vint pas. Le Comte le laissa, retournant s'allonger.

Un long instant s'écoula. Le Maître des Mélodies lutta pour reprendre son calme. Récupérer sa maîtrise. Ses tremblements à peine disparus, ses mers d'azurs se déposèrent sur son Sieur.    


- Tant de doute envers ma loyauté est blessant. Sa paume, malmenée de ses ongles, s'écrasa sur ses tempes. Je ne vous trahirais ni demain, ni dans des semaines. Ni jamais... Je vous resterais fidèle jusqu'à ma Mort. Il s'écrasa sa colonne contre le dossier du fauteuil. Depuis le temps que je vous sers, vous savez qu'il m'est impossible de mettre quelqu'un au-dessus de vous. Même lui.. Salluste est... juste une sorte de père. Cela ne va pas plus loin. Il n'y a que vous seul qui possédez mon plat dévouement. Il se leva. Ramassa le pull.. L'épousseta. Le posa près du Messie qu'il vénérait. En ce qui concerne ce que je vous ai caché... C'est simplement car... Il serra ses dents. Je déteste me montrer faible, vulnérable. Ou me sentir impuissant. Ne pas pouvoir être fort à cause de mes cauchemars me débecte assez. En parler ou y penser est du sel sur la plaie ouverte de ma fierté. Le cobalt de ses mires s'enfonça dans la mer de brume de l'être éternel. Cela ne fut pas ma meilleure décision en voyant la colère qui fut votre. J'aurais du vous en faire part bien avant.

Il s’assoit au sol tout près de son maître, à genoux. Il fut tenté de glisser ses doigts dans sa crinière de neige. Mais se ravisa.  

- Pardonnez-moi de vous l'avoir caché si longtemps. Et, d'avoir provoqué en vous le doute. Je ne recommencerais pas. Sur les lèvres de la fleur entachée, glissa un sourire. Je ne peux pas me permettre de vous décevoir. Vous avez tant fait pour moi. Et, je vous en suis reconnaissant. Court silence. Je serais toujours présent pour vous soutenir dans votre périlleux projet. Je ne vous laisserais pas porter seul votre fardeau.


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[HRP/Dernier RP de Ludwig sur le forum - ce personnage redevient un PNJ/HRP]
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Rêve écarlate [Comte, Ludwig] [02/04/42] Dim 12 Jan - 3:14

Un voile sombre recouvrait la Tamise. La nuit était tombée et la brume s'était déjà faufilée dans la capitale comme la Mort à la recherche d'une proie abandonnée sur les pavés. Tandis que les mortels sombraient dans un sommeil inquiet, les créatures de la nuit s'éveillaient dans l'ombre. A travers les rideaux toujours tirés, quelques lueurs brillaient dans le manoir du lord Keisuke. Mais le salon luxueux dans lequel il se trouvait pour l'heure n'avait aucune fenêtre. En ces lieux, au milieu des tapis perses, des lampions carmins et des tableaux italiens, Ludwig Zwitter, présenté depuis peu à la haute société, subissait l'interrogatoire de son maître. Il n'était pas question de justice mais bien de respect, de confiance et d'avenir...

Un détective, un souffle, Léandre, un insecte...
C'en était déjà trop pour les nerfs du Vampire. A peine était-il revenu de chez Chastity qu'il avait encore dû sauver Salluste, ce traître, cet idiot fini. Maintenant c'était le Calice qui lui amenait soucis et lourdes décisions...

Installé confortablement sur son canapé, le Comte avait écouté le jeune Allemand avec attention mais son regard était resté aussi dur et froid que le marbre. Ludwig avait tendance à dissimuler la moitié de ce qui le rongeait et il fallait toujours le pousser à révéler l'entièreté de ses pensées. Quelle était donc cette « épine » ? Cela était lassant. Mais le Comte pouvait encore faire preuve de patience, le plus terrible était à venir...


- Les cloportes commencent à se multiplier dans cette ville...Il est temps de les écraser...

Entre les Hunters qui tentaient d'avoir sa propre peau et les galants qui n'arrêtaient pas de tourner autour de son calice, le Vampire commençait à perdre patience. Sans compter la mauvaise volonté de Sarah et les imbéciles qui écrivaient des pamphlets au péril de leur vie...Il était temps qu'il se réveille et montre son vrai pouvoir. Des têtes allaient bientôt tomber.
Déjà, le bal de Chastity avait prouvé aux siens qu'il n'avait pas souffert de son échec au théâtre et qu'il restait sur le devant de la scène sans faiblir, du moins en apparence. Il avait rappelé à tous son statut, sa place et ses lois en anéantissant socialement le baron d'Arlington qui avait osé toucher au Calice et le défier devant la foule. Ce dernier était désormais mort aux yeux des vivants, banni de Londres aux yeux des nocturnes, près à se faire emmurer s'il osait ne serait-ce que remettre un pied dans son domaine.
Mais il y avait encore du travail...


- Donne-moi le nom de ce crétin, il ne t'ennuiera plus...

Deux coups de canines, un couteau dans le coeur, un petit plongeon dans la Tamise...cela ne prendrait pas une heure à ses sbires pour trouver et assassiner l'imbécile qui avait osé importuner son jeune protégé, surtout s'il leur donnait son nom. Le Comte avait déjà fait suivre Ludwig et il connaissait, comme beaucoup, sa double identité, mais il avait bien vite cessé pour lui laisser suffisamment de liberté et pour qu'il se sente vivant et autonome. Maintenant, il regrettait son geste et il donnerait peut-être au Calice un nouveau Vigilant afin de veiller sur sa tête blonde. Depuis sa présentation au monde, de nouveaux risques étaient à prendre en compte. Ludwig avait toujours beaucoup attiré les regards. Sa présence, son charme, son regard, ses mains, tout pouvait plaire à la femme ou au dandy en manque de tendresse. Avec son rattachement au Comte et sa véritable entrée dans la société des Hommes, il allait être d’autant plus la proie de tout ces idiots qu'il était clairement sous la protection d'un des lords les plus influents de la capitale, du Vampire le plus ancien connu, de l'homme le plus haïssable ou aimable de cette époque...C'était une position devenue très dangereuse et si Jirômaru voulait le conserver loin de tout ces désagréments, il fallait qu'il le surveille et qu'il agisse rapidement lorsqu'il le fallait.

- Fais attention Ludwig...Ton nouveau statut ne doit pas être entaché. Désormais tu est rattaché directement à mon nom et je ne tolérerais pas d'esclandre supplémentaire...Ma réputation en dépend, mon autorité également...Ne joue pas avec le feu et n'hésite pas à utiliser quelques uns de nos serviteurs pour éliminer ou menacer les imbéciles qui osent s'approcher de toi avec malveillance ou intérêt. Il faut rester digne. Si l'homme est connu, viens m'en parler directement...Ton détective peut te servir si tu l'utilises avec prudence.

Son sourire se fit plus mauvais. Oui, pourquoi ce détective, s'il s'avérait fidèle, ne pourrait-il pas aider Ludwig dans ses soucis personnels ? Enquêter sur les faiblesses de ses ennemis, menacer...pourquoi ne le ferait-il pas ? Il avait l'air de l'avoir déjà sorti d'affaire une fois.

- Pour Alexender, ajouta-t-il en s'assombrissant, je m'en charge...Trouve plutôt l'auteur de ce...stupide pamphlet !

Ha ce pamphlet...comme il le gênait ! Ce n'était décidément pas le moment d'insinuer le doute dans l'esprit d'une populace déjà prête à remettre en question ses méthodes. Sa funeste pièce de théâtre, sa proposition de mariage cavalière, son duel déplacé au bal de Chastity...Tout ces événements c'étaient entremêlés dans une confusion qui avait déjà soulevé bien des rumeurs et des grondements, quand ce n'était pas de l'admiration ridicule. Inutile d'ajouter par-dessus cela des idées de machination...Il fallait faire taire ce crétin d'anonyme avant que les intellectuels ne se mettent à se pencher sur son cas avec plus d'attention.

Avec Ludwig, la tension était déjà palpable à ce moment précis. Le Comte n'était pas d'humeur à cause du journal et son calice venait d'y ajouter ces désagréables pensées. L'idée de devoir encore et toujours nettoyer son entourage pour rester tranquille débectait le Vampire. Tuer les impertinents le faisait jubiler mais s'il devait servir de chaperon à son Calice le temps allait lui manquer et sa colère n'en finirait plus. Il fallait que le jeune Allemand puisse se débrouiller sans lui dehors. Maintenant qu'il était présenté au gratin de la mondanité et à ses semblables, il fallait qu'il soit plus prudent et plus conscient de son statut. C'était un intouchable sur le principe mais plus d'un noble allait tenter de se l'accaparer et plus d'un Vampire voudrait le saigner ou l'amadouer pour le faire tomber au travers de leurs filets. Il devrait désormais se méfier de tout, encore plus qu'auparavant, et son maître n'allait pas pouvoir assurer sa vie sans lui coller au train ses disciples, à moins qu'il apprenne à gérer ce genre de problème seul.

Salluste était son mentor, Eldwood son soutien, Arnoldo son élève...mais aucun ne pouvait l'aider dans ses sorties solitaires. Lui-même était trop occupé. Il ne pouvait suivre Ludwig comme un enfant, il avait bien d'autres chats à fouetter. Quant à Salluste...il était désormais hors jeu.

Salluste...

Lorsque le Calice osa évoquer ce dernier, ce fut l'ouragan.
Le Comte ne s'était pas lui-même remis de l'incident et le jeune Humain venait de toucher à une corde sensible de son maître: celle de l'affect. Le lord regrettait-il son geste ? Non, Salluste l'avait mérité, il avait fait preuve d'insubordination de trop nombreuses fois et il avait maintenant dépassé les bornes en franchissant la frontière des lois ancestrales sous le toit d'une alliée de taille. Mais, quelque part, Jirômaru s'en voulait. S'il avait réagit plus tôt, Salluste n'aurait pas pu atteindre de telles extrémités. Il regrettait une seule chose: de ne pas avoir su l'arrêter à temps. Maintenant, leurs rapports ne seraient plus jamais les mêmes et, si son disciple n'était pas mort, ce n'était pas sans subir une nouvelle malédiction...Il était désormais habité par le sang du Comte, un sang maudit, un sang souillé de la mélancolie, un sang empli de traîtrise et de mort. Il allait peut-être récupérer quelques pouvoirs, une force plus grande, mais il goûterait également à l'amertume de son passé, de ses souvenirs, de son fardeau...
Les hurlements que poussa le Comte furent alors entièrement dirigés vers Ludwig. Le jeune homme ne subit pas directement sa colère, pas sur le moment. Il ne fit qu'assister à un déchaînement d'émotions, à une tornade de sentiments. Mais l'ombre qui plana sur lui ne présagea rien de bon. L'océan se calma alors, la tempête s'apaisa, et la nef blanche, malmenée par les flots, passa au-dessus de lui pour vider sa coque gonflée d'eau salée. Le Calice reçu quelques gouttes de cet affreux naufrage qu'il avait lui-même provoqué. Le Comte lui écorcha l'âme de son regard glacé et de ses doutes. Mais il n'eut pas à essuyer le fracas d'un mât ou d'un récif dans ses chairs...

Jirômaru s'était calmé à temps. Il avait secoué son calice pour lui faire cracher ce qu'il lui cachait mais il avait également refoulé une rage indicible pour ne pas détruire une partie de son mobilier. L'attitude de Ludwig l’écœurait. Sa façon de rester calme, toujours aussi raide, aussi froid, le dépassait. Quoi de pire que l'inexpression la plus calme face à la colère la plus vive ? L'envie de le frapper était resté plantée dans sa peau d'albâtre comme un crochet de boucher lacère une bête crevée.
Mais le jeune homme qu'il avait devant lui était ce fameux rescapé dont sa fureur avait autrefois sauvé la vie au milieu de cadavres calcinés. Son âme était sienne et, comme un chapelet, elle lui rappelait son péché. L'épargner, encore et toujours, le fustiger dans son écrin de velours, telle était sa destinée, son choix, son passé, son droit. Mais c'était surtout sa malédiction, le véritable symbole de ses ambitions. Le tuer ne ferait que lui confirmer sa monstruosité et l'enfoncer un peu plus dans le monde qu'il haïssait le plus, celui de la mort, celui de la violence, celui de l'Ombre...
Son attitude l’écœurait, mais c'était aussi ce regard figé, cette déconcertante vie inhibée, qui avait apaisé ses crocs jadis et qui avait retenu sa main aujourd'hui. Ludwig était une éponge qui s'imbibait de sa colère, de ses excès, de ses émotions et qui s'en gavait sans jamais en laisser passer une goutte. C'était un être prêt à exploser, qu'il fallait abandonner par dépit ou dégorger par soucis. A force de tout boire sans jamais refuser ne serait-ce qu'un centième de cet océan empoisonné, il finirait par dépérir. Et cela, le Comte ne le permettrait pas.

De nouveau éloigné, allongé au milieu des coussins, le Vampire ruminait de terribles idées en observant Ludwig. Sa terreur et son amertume étaient palpables. L'odeur de sa peau, de son sang, de sa sueur emplit l'espace. Cependant, Jirômaru resta maître de ce qu'il lui restait d'émotions dissolues et, lorsque le jeune homme se mit enfin à parler, il l'accrocha du regard sans bouger ne serait-ce qu'un cil. Le Calice était sur le tranchant d'une épée...
Ses premiers mots furent un regret, une terrible déception: l'Allemand s'attristait du manque de confiance que semblait lui accorder son maître. Cela fit tiquer le Vampire. S'il était si fidèle, pourquoi lui cachait-il sans arrêt ce qu'il ressentait ? S'il n'avait que lui, comme il l'affirmait encore maintenant, pourquoi s'inquiétait-il à ce point de Salluste ? Un père...Oui...Douce Jalousie...Petit imbécile ! Ce n'était pas lui qui l'avait délivré de sa condition minable ! Ce n'était pas lui qui lui offrait sa protection entière. Salluste n'était qu'un mentor, un professeur, une nounou ! Il n'était rien d'autre ! Emportement...

Puis le Calice s'approcha. Le pull fut ramassé, la vérité éclata. Des cauchemars...
Le Comte serra entre ses longs doigts un des coussins. Allait-il le frapper ? Il en mourait d'envie...Tant de faiblesse...tant de soumission...tant de dévotion...Cela l'irritait. Ludwig était servile au possible, cela était dans son intérêt, mais dans pareille situation ce n'était pas ce que son maître demandait. Ce qu'il voulait c'était la vérité, toute nue, sans flatteries, sans poudre, sans baume.
Des cauchemars...

Le regard du Vampire perça le frêle Humain désormais à genoux devant lui. Qu'étaient donc ces cauchemars ? Le visage de Glen le frappa, la silhouette de la Mère...La peur traversa son regard de brume. Jirômaru se dégagea de son calice qui s'était encore approché.


- Imbécile ! Tu aurais dû m'en parler plus tôt!

Sa main saisit le front du jeune homme et les limbes de ses iris s'épaissirent tandis qu'il s'approchait soudainement de l'azur des siens. Dans leurs vapeurs nacrées, le Calice fut noyé et le Vampire pénétra son esprit. Il sonda sa mémoire récente, ses émotions le traversèrent, ses questions, ses doutes, les fibres de sa colère. Ludwig était un être compliqué. Mené trop jeune dans les bras de la Mort, il avait commencé à vivre dans les flammes de la destruction, dans le sang, la violence...Sa foi avait changé du jour au lendemain, il avait été brisé pour être reconstruit au couteau. Sa psychologie était différente de celle de beaucoup d'Humains que le Comte avait investi de son pouvoir le temps d'une vérification, d'un effacement de mémoire, d'un souffle de folie. Le labyrinthe de son cerveau était plus complexe, plus instable. Mais ce n'était pas la première fois que Jirômaru s'y introduisait et il le connaissait en partie.

Après quelques détours, quelques souvenirs, quelques sentiments diffus, le Comte vit le corps de son calice se fractionner, se découper. Une main, un doigt, un visage en charpie...Du sang, beaucoup de sang...Le cauchemar du jeune homme était sombre, morbide, débordant d'une violence insoupçonnée. Était-ce un résidu de ce terrible jour ? Non...Il y avait autre chose...Il s'arrêta. Une perte, un objet, un souvenir...Pourquoi cela était-il lié ? C'était ridicule. Un corps écartelé...le sien...Une femme. Non une petite fille.

Jirômaru lâcha le jeune homme et se pencha en arrière pour s'enfoncer de nouveau dans le canapé. Sa main passa devant son visage. Il parut soudainement très fatigué mais un sourire s'accrochait à ses lèvres étirées. Il soupira:


- Pfff...J'ai besoin de repos...Je suis trop nerveux...Ha...Hahaha!

Son rire mourut sur les oliviers des paysages italiens qui les entouraient. La Mère n'y était pour rien ! Il s'était fait une frayeur idiote ! Soulagé, et en même temps terriblement fatigué, le Comte prit une mèche de cheveux de Ludwig entre ses doigts et lui sourit d'un air mauvais tout en enroulant la mèche autour de son index.

- Décidément, tu ne m'apportes que plaies sur plaies en ce moment...Je ne peux guère influencer tes cauchemars, à moins que je ne rôde près de toi dans ton sommeil, ce dont je n'ai ni le temps ni l'envie. Nos vies ne font que se croiser...je n'ai pas le temps de jouer les gouvernantes. Mais je peux te dire une chose pour soulager ta conscience : un collier égaré ne permettra à personne de te faire du mal...

Le Comte lâcha les cheveux du jeune Allemand et se leva en l'écartant du revers de la main. Il grimaça. Un picotement venait de chatouiller son nez. Il grogna en se dirigeant vers une étagère sur laquelle trônaient des origamis de métal. Les mains dans le dos, il observa le cygne, gracieux, gris et froid. Il y vit son reflet, tel que lui seul pourrait jamais le voir. Un visage vieilli, marqué de stigmates, émacié, gravé d'un symbole...Un mince filet de sang coula de son nez. Sa rage sembla le suivre jusqu'à ses lèvres:

- Tu es reconnaissant...Tu veux m'accompagner pour porter mon fardeau...Ludwig...mais tu ne peux pas grand chose pour moi...

Sa main vint frôler ses lèvres rougies. Sa peau s'imbiba de son sang. Quelle humiliation ! Depuis qu'il avait pénétré l'esprit de Glen et qu'il s'était confronté à la Mère, il ne pouvait plus utiliser ses pouvoirs psychiques sans en souffrir ! Cette garce l'avait affaibli ! Comment pourrait-il jamais la trouver et l'anéantir si sa simple présence mentale suffisait à l'affecter autant ?

Un soupir et le Comte se tourna vers le Calice. Son regard était sombre et profond. Les volutes blanchâtres y avaient encore quelques filaments.


- Vas me chercher un linge humide...

Une fois qu'il eut de quoi éponger son nez et son menton, le Comte retourna sur le canapé. Il avait taché sa chemise immaculée. Deux cercles presque parfaits la teintaient d'un rouge écarlate. Une fois réinstallé, il grogna:

- Je vais t'envoyer en Italie...Ne me regarde pas comme ça! Ici tu me compromets et tes cauchemars viennent prouver que tu n'es pas à ton aise. Il est temps que tu évolues! Ce qu'il va se passer ici te dépasse et risque de te coûter la vie...Ce serait du gâchis! Tu iras donc à Milano en attendant que la tempête se calme, j'y ai quelques connaissances qui te forgeront une nouvelle âme. Tu es trop faible encore pour faire partie du grand monde, j'ai été stupide de penser le contraire. Rassemble tes affaires, tu pars dès demain.

Ainsi le Comte congédiait-il pour un temps indéfini son Calice. La nouvelle fut prise comme un coup de fouet et une punition des plus violentes. Elwood en fut si triste qu'il ne réussit pas à cacher sa peine, lui qui était pourtant toujours si flegmatique.
Ludwig fut conduit à Milan avec une lettre de recommandation. Il devait rencontrer Alceo Adamo, un Vampire de confiance chez lequel il allait apprendre à se battre et à se détacher de ses névroses. Le violon et la paresse en avait fait un être trop pâle et sans vie, il était temps que Ludwig se sorte de son aphasie et qu'il purge son esprit de ses cauchemars...Le Comte l'éloignait du même coup des intrigues médisantes de la capitale, des conflits avec les Hunters, des galants qui le harcelaient et de son passé qui semblait le rattraper. C'était une forme de protection que le Calice ne comprendrait peut-être jamais mais il sentait que c'était le mieux à faire.


[HRP/Fin du RP. Suite du Comte aux catacombes: "Un goût de péché originiel"./HRP]


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
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Rêve écarlate [Comte, Ludwig] [02/04/42]

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