L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


Forum RPG - Londres au XIXème siècle. Incarnez Vampires, Loups-Garous, Lycanthropes, Homonculus, Chimères, Alchimistes, Hunter...et choisissez votre camp dans une ville où les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses....
 
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Lambeaux [Brandy, Asher] [15/03/42]

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Brandy Weest
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MessageSujet: Lambeaux [Brandy, Asher] [15/03/42] Lun 3 Fév - 13:32

[HRP/ En provenance du post "Les Débuts du Shoot&Boom" /HRP]

Dans la cabine du Capitaine, Brandy lâcha une nouvelle fois un juron. Il s'était encore taché les mains avec l'encre noire de sa plume. Décidément il ne parviendrait jamais à faire ses comptes proprement. Il ne manquait jamais de s'en mettre sur lui, parfois sur ses vêtements et au final, les chiffres innombrables griffonnés sur les pages se juxtaposaient à des pâtés sombres immondes. C'était navrant. Mais l'homme en avait l'habitude, c'était ainsi depuis l'enfance et pas moyen pour lui de changer ça. Il effectuait ses calculs sur une ardoise avec une craie blanche, pour ne pas gâcher de feuilles et il aurait pu utiliser un crayon de papier, mais celui-ci avait tendance à s'effacer avec le temps tandis que l'encre était plus indélébile. Il était contraint à se salir les mains. A l'aide d'un vieux chiffon il frotta son index sali, asséchant l'encre, mais élargissant la surface de la tache. Il renifla bruyamment, recula son tabouret, tapota nerveusement des doigts le bois de la table avant de décider qu'il terminerai ses calculs demain. S'il restait encore une seconde de plus en compagnie de chiffres, de sommes et de multiplicateurs, il ne donnait pas cher de la véracité de ses réponses.
La grand mâle blond sortit sa blague à tabac de sa poche, remarquant qu'elle était presque vide il se dirigea vers les armoires encastrées dans les mur, il tira un battant et sortit un coffre en bois qu'il posa sur le coin de la table, écrasant sans s'en soucier les feuilles d'algèbres. Il ouvrit sa grande boite, elle était remplie de sa réserve personnelle de tabac. Il remplit sa blague, puis il attrapa les feuilles de papier à rouler, il en prit une et rangea les autres, referma le coffre et le remit à sa place. Il reprit sa place à la table, en prenant une paire de ciseaux au passage, puis s'attela à la préparation des feuilles, pour avoir des morceaux plus ou moins égaux, il traça un quadrillage à l'aide d'un crayon de mine et d'une grande règle. D'une main experte, il acheva par un découpage rapide, il conserva une des petites feuilles et mit les autres avec précaution dans le rangement prévu à cet effet. Enfin, il émietta le tabac sur le papier, le roula d'un geste assuré, porta sa cigarette à sa bouche  et alluma l'autre extrémité. Accoudé à sa table, il fuma posément, faisant tomber ce qui était consumé dans le cendrier. Ceci fait, il quitta ses quartiers et partit s'occuper de son bar.
Le Capitaine traversa la salle du Shoot&Boom en replaçant les chaises et les tables, débarrassant au passage ce qu'il restait sur certaines tables, puis il s'attela au nettoyage complet de son gagne pain. Chaque jour, il balayait le sol, frottait les tables, bichonnait son comptoir, lavait la vaisselle, notait les caisses de bouteilles à racheter, chargeait de nouveaux tonneaux d'eau sur le bateau lorsqu'ils étaient vides, faisait quelques pauses cigarettes, comptait la caisse, la vidait de son surplus, inscrivait ce qu'il mènerait au début de la semaine prochaine, et diverses autres choses.

L'après-midi s'étira.

Sur les coups de dix-huit heures, Clarisse descendit l'escalier qui menait au bar. Brandy la découvrit de bas en haut, ses petites bottines de cuir lacées serré, sa longue robe qui ne laissait rien deviner de ses jambes, son buste ficelé dans un corset qui rehaussait une poitrine dodue encadrée par-ci par-là par des boucles de sa chevelure noire. Elle s'approcha du comptoir en zigzagant entre les tables, se plaignant du temps maussade, avant de prendre place sur un tabouret haut. Ils discutèrent brièvement, puis le grand mâle blond partit sortir la pancarte qui indiquait que le bar était ouvert et qu'aujourd'hui il y avait des offres spéciales. Rien de tel pour appâter les blaireaux. Sortit sans rien d'autre que son gilet sans manche sur le dos, Brandy se frotta les bras en rentrant, recevant par la même occasion une remarque de la part de Clarisse. C'était quand même pas ça qui allait le rendre malade quand même, ces femmes...

Peu de temps après arrivèrent les premiers clients. La serveuse s'activa et le barman servit les soiffards, papotant de tout et de rien, écoutant beaucoup comme toujours. Des plaintes sans fin, des revendications à la pelle, des commérages à ne plus savoir quoi en faire. C'était la routine. La vie qu'il avait choisit et il ne regrettait rien. Clope au bec il écoutait une anecdote quand deux soûlards commencèrent à élever la voix. Ni une, ni deux, il se mit sur le qui-vive, faisant signe de patienter à son interlocuteur, qui se retourna pour observer la scène. L'un des hommes se leva et bouscula vivement le second, l'ouvrier bascula de son siège mais se rattrapa au bord de la table avant de tomber. Le regard mauvais, le visage colérique, il s'élança bras en avant vers la brute qui l'avait poussé. Ils s’agrippèrent par le col, se violentant sous les yeux des autres qui semblaient très intéressés et loin de vouloir intervenir pour le moment. Le barman mâchonnait sa langue, observant avec attention le point de non retour. Jusqu'ici ce n'était rien de bien méchant, pas la peine pour lui d'intervenir. Retourner l'ire des âmes échaudées sur sa personne n'était décidément pas la bonne manœuvre, ni pour lui, ni pour la réputation de son établissement. Comme souvent, l'orage passa et les deux hommes redevinrent comme cul et chemise en l'espace d'une seconde. Avec un sourire en coin, Brandy revint à son bonhomme, décrispant les muscles de sa main et tout rentra dans l'ordre.
Le Capitaine envoya Clarisse prendre un peu de temps pour s'asseoir et se reposer, tandis qu'il s'occupait seul de sa salle. Il commençait à y avoir moins de monde. Les bavardages allaient bon train et une table en particulier était enjouée ce soir, des rires fusaient, chacun semblait apprécier l'instant. Brandy était bien content que Londres soit aussi accueillante. Lorsque la serveuse revint, il lui dit qu'il allait faire un tour, qu'il serait rentré bientôt, juste le temps de se dégourdir un peu les jambes et de prendre le frais. Il prit son manteau et sortit sur le pont.

L'air frais lui piqua les yeux. Il se gratta sa barbe de quelques jours en baillant sans vergogne. Comme personne ne semblait trop se presser de venir au Shoot&Boom, il décida qu'il allait faire un rapide tour sur les docks, histoire de ne pas attraper froid. De retour sur le plancher des vaches, il lui fallut un instant, comme toujours, pour tâter le terrain. Sur l'eau, son équilibre était tout différent, alors une fois à terre il devait s’acclimater. Ceci fait, il fourra ses mains au fond des poches et commença à marcher. Il ne croisa que deux personnes qui allaient dans le sens inverse, elles semblaient pressées d'arriver à leur destination. Il n'y avait pas de bruit, seulement le clapotis de l'eau et les cliquetis des éperons de l'américain au rythme de ses pas sur le sol.
Tandis qu'il marchait, Brandy distingua une silhouette assise sur le rebord d'une caisse. Il allait passer sans faire attention, c'était monnaie courante de voir des gens avachis ainsi sur le bas coté. Pourtant quelque chose attira le regard du barman. Il dévisagea cette personne tout en continuant sa route. Elle avait les cheveux longs, foncés et portait des vêtements d'hommes qui lui semblaient de bonne qualité. Alors qu'est ce qui le chagrinait ? Après quelques pas, il cessa d'avancer et se retourna. Ses manches ! Elles étaient déchirées et c'était aussi le cas de la chemise qu'il portait au dessous de son manteau rapiécé. Les reflets sur ses vêtements indiquaient qu'ils étaient humides jusqu'au coude, avec ce froid impossible de parvenir à faire sécher quelque chose. Mais ce qui avait attiré l’œil de l'ex Hunter, c'était la tâche sombre qu'il avait vu sur le blanc de la chemise. Il doutait que ça soit autre chose que du sang, au vu de l'état de l'homme atterré. Le barman mâchonna sa langue en réfléchissant. Ça devait être un bourgeois, mais que faisait-il ici, perdu au port à cette heure ? C'était les bas quartiers, pas un endroit fréquentable. Le pauvre avait dû se faire agresser.
Brandy sortit une des cigarette qu'il avait préparé d'avance. Il se cacha du vent et craqua une allumette. Une bouffée de fumée prit place dans ses poumons et en fut expulsée lorsqu'il engagea la conversation :


- Ohé mon brave ! Qu'est-ce qui vous a mis dans un tel état ? Vous savez, vous d'vriez pas rester là, la nuit va êtr' froide.

Le Capitaine attendit de voir la réaction du jeune homme, parce qu'il n'était pas bien vieux à y regarder de plus près. Il semblait grand et d'un carrure imposante, mais ses yeux à moitié vide donnaient l'impression qu'il était inoffensif. *Pauvr' gars* Pensa le barman. Prit de sympathie pour sa situation qui lui semblait fâcheuse, il l'invita d'une voix enjouée :

- Ca vous tenterait pas d'venir vous réchauffer au Shoot' ? Vous y serez mieux installé, allez mon gars,...
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Asher Rosebury
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MessageSujet: Re: Lambeaux [Brandy, Asher] [15/03/42] Lun 3 Fév - 21:38

[HRP/ Après "Le doux chant de l'oubli..." /HRP]

La soirée se rafraîchissait presque douloureusement. Des cris de marins qui venaient d'accoster se faisaient entendre. La houle de la mer produisait une légère mélodie qui venait titiller vos oreilles pour vous tirer jusqu'à elle. Ah la mer ! Les vagues ! N'est-ce pas un des plus grands dangers qu'il existe sur terre ? N'est-ce pas cette eau salée qui enveloppait de ses bras iodée la vie des marins lorsqu'ils naviguaient inlassablement sur sa longue robe marinière ? Un homme marchait dans les rues menant aux docks. Ses long cheveux bruns cascadaient le long de ses épaules et virevolter dans les sens de la brise fraîche. Les mains crispées, il avançait à travers les ruelles, marmonnant des mots incompréhensibles, mais une chose était sûr, les dangers des rues de Londres l'importaient peu.. La haine s'était emparée à nouveau de ce jeune homme au cœur si doux et si aimant. De fines larmes de rages s'écoulaient le long de ses joues sans qu'il ne puisse réellement expliquer pourquoi. Pourtant il pourrait y avoir des tas de raisons : l'assassin avait de nouveau frappé ; une personne avait rendu son dernier souffle ce soir ; il pourrait être pris pour un criminel avec ses vêtements tâchés de sang. Mais non, rien de tout cela, peut-être était-ce parce qu'il n'arrivait toujours pas à cerner celui qui se jouait de lui constamment ? Certainement. Asher voulait en finir, s'en était trop pour lui. Pourquoi s'acharnait-on contre lui ainsi ? Etait-il né pour subir de telles souffrances au quotidien ? Devra t-il vivre ainsi jusqu'à ce que la mort aie un jour pitié de son âme et qu'elle ne l'emporte pour le plus long et le plus doux des sommeils ? Décidément, depuis l'accident en Italie plus rien n'allait...

S'essuyant rageusement la joue avec sa manche, il accéléra le pas. Le vent glacé ne faisait que renforcer la douleur qui s'était accaparée de lui à la tête et à l'estomac. Ses fines mains finirent par enrouler son foulard autour de ses épaules. Le tissus réchauffait faiblement son cou et sa nuque, mais c'était au moins ça. Il tenta également de reboutonner sa veste, en vain... Ses doigts étaient frigorifiés, alors à quoi bon ? Il se mordit les lèvres pour éviter qu'elles ne s'entre-choquent et y parvint au bout d'un ultime effort. Les rires des hommes qui s'asseyaient aux bars et qui buvaient de tout leur soûl venaient doucement le narguer comme pour lui dire « Tu vois, nous nous sommes insouciant, tu es le seul à avoir pareils problèmes et tu devras les régler seuls... » Ajoutez à ceci un petit rire sadique et mesquin et vous aurez ce qu'imaginais le jeune en ce moment même. Non, il n'en avait pas envie. Asher n'aimait pas la solitude, mais dans des cas comme celui-ci, il préférait se lamenter seul sur son sort pour éviter d'aller pleurer dans les jupons de qui voudrait l'entendre. La tête baissée, il marchait sans vraiment savoir où il se rendrait. A vrai dire, il n'y réfléchissait pas, peu lui importait. Cependant même si le cœur n'y était pas, ses pas décidèrent de le mener jusqu'au port. Un lieu qu'il chérissait pour son dynamisme, sa joie et sa bonne humeur, les bons marchants qui ne tentaient pas de vous arnaquer dès qu'un bourgeois passait trop près de son stock de vente. Le jeune homme aimait entendre le chant des mouettes, voir l'arrivée de nouveaux bateaux, se promener au bord de l'eau, se pencher parfois au dessus pour y regarder les petits poissons qui se faufilaient entre les navires.


* Je ne suis pas un fou... Cet homme se trompe... C'est lui qui m'a attaqué... Il a sûrement fait erreur sur la personne...*

Ses yeux se posèrent sur une caisse disposée non loin de l'eau. Un frisson parcourut son échine et le fit trembloter. Il finit par se diriger vers celle-ci et s'y assied. Là, ses coudes se posèrent sur ses genoux et ses mains s'engouffrèrent dans ses cheveux. Ses doigts encerclèrent son crâne, il n'en pouvait plus de cette douleur atroce. Depuis sa visite au théâtre sa tête lui lançait désagréablement et douloureusement. Parfois il se sentait pris de vertige, comme s'il était inévitablement attiré par la terre. Ce phénomène lui arrivait fréquemment et même souvent lorsqu'un meurtre avait été commis autour de lui, comme si le criminel l'avait d'abord assommé avant d'accomplir ses actes. Car oui, à ces moment là, il ne se souvenait plus de rien... Le vide, le néant peuplaient alors son esprit, l'embrumant, le plongeant dans l'inconscient le plus totale et le plus noir qu'il puisse exister.

- Je le tuerai pour ce qu'il a fait...

Ses yeux gris se posèrent sur sa chemise. Voilà donc la raison de son froid démoniaque, ses manches étaient littéralement trempées et ne sécheraient certainement pas ce soir. Sa belle chemise blanche se retrouvaient en lambeaux au niveau de son torse et de ses épaules. Sur ses excès de folie, il en avait oublié la fraicheur de la nuit. Pour couronner le tout, la rencontre de ce soir n'avait pas fini de l'incommodé. Il ne savait comment réagir. L'homme qui s'en était pris à lui était un aristocrate, pourtant il avait l'air très légèrement efféminé. Enfin... Ce n'était pas son problème.
Mais pourquoi s'en être pris à lui alors qu'il était lui-même la victime d'un complot ?


- Trop de victimes... Trop de victimes... Trop de morts autour de moi... Trop de tout ça...

Soudain il entendit des pas se rapprocher de lui, peut-être pas aussi rapide auxquels il s'attendait. Alors, enfin, c'était le grand soir où il pourrait assouvir sa vengeance, tuer son criminel de ses mains, enfoncer le doux métal de sa lame dans la gorge de son bourreau... Les yeux toujours vides de toutes expression, il appuya ses mains sur ses genoux puis la droite vint titiller le manche de son katana. L'arme sortit à moitié de son fourreau lorsque le jeune homme capta qu'il n'avait non pas affaire à ce chien mais bien à un homme d'un certains âge, peut-être la quarante ou la cinquantaine tout au plus... Il papillonna des yeux lorsque l'inconnu lui demanda ce qui avait bien pu le mettre dans cet état misérable. Lâchant son arme qui retomba en un tintement métallique dans son fourreau, il examina ses vêtements. Il est vrai qu'il faisait pitié, et même peut-être peur, mais à qui la faute ? Telle est la question. L'homme lui proposa alors de venir faire un tour au « Shoot ». Asher se releva tant bien que mal, prêt à être détroussé s'il s'agissait d'un importun. Époussetant ses habits, le jeune homme ne pipait mots, il n'arrivait à exprimer ce qu'il ressentait. La paume de sa main s'écrasa sur sa joue lorsqu'il sentit une dernière larme de rage rouler sur sa joue blanche. Il fit la grimace avant de tenter de lui rendre un sourire des plus aimable, en vain, il n'y parvint qu'à moitié, il n'avait pas le cœur à ça. Fourrant sa main dans ses cheveux il réussit à s'exprimer face à l'inconnu qui semblait inconscient du danger.

- Bien le bonsoir, Monsieur, je ne sais comment expliquer mon état parce que moi même je ne me souviens plus de la cause de... de ce désastre... Ne vous en faîtes pas, je suis conscient du danger que j'encours en restant seul dans ce port. Les importuns ne me font ni chaud, ni froid. A vous dire le vrai, ce soir, ils auraient pu m'attaquer par dizaine pour me détrousser qu'ils seraient vite repartis, ma rage est bien trop grande pour leur cœur de vagabond, Monsieur...

Se frottant les avant-bras, Asher tentait de se réchauffer. Sa main droite fini par retomber sur son flanc la peau presque violacée.  Après un immense effort, il finit par accepter la proposition de l'homme :

- Je vous remercie de votre gentillesse, Monsieur, je vous suivrai mais je doute d'avoir le cœur à m'amuser ce soir...

Et sur ses mots, il dévisagea son interlocuteur. Des cheveux blond parsemés de petites mèches blanches dû à l'âge bataillaient sur son crâne d'où l'on pouvait apercevoir un début de calvitie. Sa peau n'était pas aussi pâle que celle d'un Londonien, son travail l'obligeait peut-être à travailler sous les rayons écrasant du soleil. L'ouvrier possédait de petites rides au coin des yeux mais rien de bien méchant, on a pas tous les moyens de s'entretenir la peau, mais ce qui était le plus impressionnant chez cet homme était sa manière de se vêtir. Jamais Asher n'avait vu un Anglais s’accoutrer ainsi, mais c'était peut-être la chose qui persuada le jeune homme que son interlocuteur n'était pas du genre mauvais. En effet, l'inconnu portait un pantalon de toile bleu ainsi qu'une chemise à carreau ce qui lui donnait un air très Américain.
Cet homme avait l'air franc et bon vivant, il ne montrait aucun des défauts que possédait le vicelard. Peut-être que  le jeune homme avait rencontré quelqu'un de bon... Allez savoir...


* Devrais-je réellement le suivre, ou risquerais-je d'emporter ce bon monsieur dans sa tombe ? *


Dernière édition par Asher Rosebury le Mer 5 Fév - 17:01, édité 1 fois
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Brandy Weest
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MessageSujet: Re: Lambeaux [Brandy, Asher] [15/03/42] Mer 5 Fév - 1:18

Brandy était un homme bon. Sa famille lui avait inculqué de fortes valeurs morales, qui s'étaient certes effritée avec le temps, mais elles restaient tout de même là, dans un coin de sa tête à le titiller parfois, à lui souffler la bonne parole, ou à l'amener à faire des actes justes et aimables envers son prochain. En voyant ce pauvre être esseulé, qui avait tout d'un honnête homme détroussé et malmené, le Capitaine avait entendu une voix, qui ressemblait fort à celle de sa défunte mère, lui murmurer qu'il ferait la fierté de son père s'il venait en aide à cette personne dans le besoin. Le barman, quoique d'un âge mûr, sentait encore peser le poids des attentes parentales sur ses épaules. La rupture brutale avec sa famille l'avait marqué au fer rouge, une trace indélébile et omniprésente qui le suivait partout, où qu'il aille, comme une présence si compacte qu'elle en était presque palpable. Et douloureuse. C'était les valeurs qu'on lui avait apprise qui l'avaient poussé à prendre les armes et à pourchasser des ennemis terrifiants, qui hantaient ses pensées lorsqu'il avait le malheur de jeter un rapide coup d’œil par dessus son épaule, vers le passé sanglant. Vingt années, ce n'était pas assez pour se remettre d'une telle tragédie, une vie n'en suffirait pas. Mais seize ans aux cotés d'une formidable famille, ça vous apprend à aimer votre prochain et à faire un geste pour autrui, en leur mémoire et parce qu'au fond, Brandy est un homme bon. Oui.

Mais comme la bonté ne rend pas sourd et que l'âge de notre marin n'avait pas rendu ses capacités auditives inefficaces, il entendit clairement le son net du métal frotter contre une surface dure, alors qu'il venait de demander en toute gentillesse, ce qui était arrivé au jeune homme. Enfin, il devait avouer que sa curiosité avait été piquée au vif. Il faisait nuit noire, véritablement très froid et ce bougre se tenait immobile sur une ridicule caisse vide, l'air totalement avachi, la mine sombre et à la fois perdue. Ses vêtement étaient en lambeaux, tâchés par ce qui semblait être du sang coagulé. Franchement, une personne saine d'esprit n’irait pas attraper la mort au dehors par une nuit où il allait très certainement geler ! C'était sans compter les manches trempées de cette victime, parce que de l'avis du Capitaine, ce grand garçon avait l'air si accablé qu'il devait forcément avoir vécu quelque chose de traumatisant quelques heures plus tôt. Brandy venait aussi de remarquer ses mains violacées. Lorsqu'il avait été surprit par le son métallique, ses yeux s'étaient baissés très rapidement sur les mains de l'homme pour vérifier ce qu'il allait en faire. Promptement, comme par habitude, l'ancien Hunter avait porté sa dextre sous le pli de son manteau, prêt à dégainer son pistolet. Pendant cette action, il avait laissé tomber au sol ce qui restait de sa cigarette. Pas de pitié pour les conventions, s'il était menacé par une arme blanche, le barman n'hésitait jamais à user d'une arme de longue portée pour conserver un certain avantage.
Cependant, il s'était inquiété pour rien. L'inconnu était justement en train de rengainer son arme dans son fourreau. Au vu de la garde, Brandy comprit qu'il s'agissait d'un sabre asiatique, ce qui lui fit hausser un sourcil interrogateur. L'homme ne semblait pas venir de si loin dans l'est, il n'avait pas les yeux bridés et ses cheveux à bien y regarder n'étaient pas noirs comme il l'avait cru au premier coup d’œil. Même s'il n'était pas du pays, ça ne devait pas être courant de porter de telles armes, la mode était plutôt à la canne épée et au fleuret, ou aux armes à feu. Un katana, c'était une étrangeté. Ce n'était pourtant pas l'arme de l'homme qui chagrinait le plus le Capitaine, mais plutôt le fait de ne pas avoir remarqué plus tôt sa présence. S'il avait eut le malheur de s'adresser à un dangereux bonhomme, il aurait pu être prit par surprise et se faire trancher en morceaux le temps d'un soupir.  Il pesta mentalement, poussant quelques jurons bien sentis envers lui-même. S'il un de ses hommes avait fait preuve d'une telle négligence il se serait prit une taloche, plus humiliante que blessante.
Sans bouger donc, excepté son bras qu'il avait replacé au dessus de son manteau puisqu'il n'y avait plus de menace, Brandy attendit que le jeunot daigne lui répondre. Il ne devait pas avoir tous ses esprits, peut-être qu'il était proche de s'endormir ici lorsqu'il l'avait découvert. Auquel cas c'était une chance, parce que le lendemain son corps aurait été retrouvé refroidi pour de bon. Oui, ça devait être ça, il avait les yeux brillants, comme tout le monde au réveil. Puis quelque chose frappa le Capitaine. Ce gars là, il ne semblait avoir aucune blessure. Pourtant il était tout tâché de sang. Se pourrait-il qu'il soit à l'origine de l'effusion rougeâtre présente en abondance sur sa chemise ? L'ex Hunter sentit sa gorge se serrer. Soudain, l'homme lui paru tout de suite moins inoffensif. Presque suspect. Mais il ne laissa pas transparaître son soudain malaise, qu'il balaya d'un revers de main. Il doutait que sa première impression fut mauvaise. Avec une bouille pareille, on faisait se pâmer les jeunes filles, pas succomber des individus.

L'homme se leva, pas très stable sur ses appuis. Alors Brandy fit ce qu'il supposait être un sourire encourageant, pour qu'il se décide à répondre à son invitation. Mais pas de chance, sa tentative fut un échec puisqu'une larme roula sur la joue pâle de son interlocuteur muet. Le barman se retint de grimacer. Après avoir craint pour sa vie, il était maintenant certain que l'autre serait incapable de faire de mal à qui que se soit. Cette arme là, c'était une relique. Et puis avec des mains si longues et si fines, presque féminines, on ne se battait pas. Quel genre d'énergumène étrange venait-il d'inviter sur l'Abondance ? Bon, après tout le clipper en avait vu défiler des têtes brûlées, alors un drôle de plus, ce n'était pas la mer à boire.
Après avoir épongé une preuve de son désarrois d'un revers, tenté de faire bonne figure, l'inconnu se passa une main dans les cheveux et ouvrit la bouche. Il parlait doucement, avec un peu d'hésitation et une politesse digne de la haute société. Se rendait-il compte qu'il était face à un rustre américain qui se fichait éperdument qu'on fasse des fautes de langue avec lui ? Peu importe. Brandy savait qu'il avait eut raison de l’accoster, parce que d'après ce qu'il venait d'entendre, cette personne venait de vivre quelques malheureux déboires et se sentait tout plein de colère, comme quoi les apparences pouvaient être trompeuses, car le Capitaine aurait parié sur tout sauf sur de la rage.
Enfin, avec hésitation, l'homme accepta son invitation.


- Ben dites donc mon bon Monsieur, m'est avis que vous en avez gros sur le cœur ! Vous avez raison de vous joindre à moi, vous allez voir, y fait chaud dans mon bar et après une bonne rasade de votre alcool préféré, vous serez mieux. Toujours mieux qu'ici du moins !

Le barman restait lui même, ouvert et direct. Il espérait que le bourgeois dépenaillé n'allait pas prendre ça pour lui, mais bon on ne se refait pas. Tout ce qu'il voulait, c'était le mettre à l'aise.

- Vous m'remercierez quand vos extrémités manqueront plus de choper des engelures, savez quand même qu'avec des températures au d'ssous de zéro vous pouvez y laisser des plumes ? Il tendit sa main vers l'inconnu, le regardant dans les yeux, entamant enfin les présentations. Vous pouvez m'appeler Brandy, j'suis le Capitaine de l'Abondance, l'bateau qu'est accosté là bas, vous voyez. Il indiqua la direction d'un doigt, bras tendu. Allez suivez moi, j'vais vous installer au comptoir, vous m'raconterez vos misères. Ca doit pas être joli-joli pour vous avoir mit dans un tel état.


Sur ce mots, les deux hommes se dirigèrent vers le bateau qui se mouvait au grès de la houle. D'un geste, le Capitaine invita ce nouveau passager passer devant lui et à monter à bord par la seule passerelle disponible. Il le suivit de près. Une fois sur le pont il sentit à nouveau le plaisir d'avoir quitté la terre ferme. C'était toujours aussi bon pour lui de communier avec son navire. Brandy aimait la mer, l’océan, le grand large. C'était si bon.
Cote à cote avec son invité, il indiqua la porte qui s'ouvrait sur un escalier menant directement dans l'antre de l'Abondance. Cette fois encore, il laissa passer l'homme devant lui.


- Voilà le Shoot&Boom, c'est mon bar flottant, le trésor des assoiffés perdu sur de l'eau salée ! Brandy rit brièvement. Venez, là bas et gardez votre pelure, vous allez attirer les regards sur vous sinon.

A son passage il fut accosté par l'un des clients qui voulait une nouvelle pinte de bière pour lui et un verre de vin pour son compagnon, le barman acquiesça tout en prenant au passage les récipients vides.
Le Capitaine repassa derrière le comptoir, sous le regard intrigué de Clarisse, ses yeux passant de son employeur, qui déposait les verres sales, au nouveau venu avec interrogation, surprise et un soupçon de dégoût. Si le patron voulait peupler son bar de déchets, c'était son affaire pas la sienne. Du moins jusqu'à ce que ça devienne invivable. En l'espace de quinze minute voilà qu'il revenait avec son filet bien rempli. Brandy agita la tête comme pour lui dire d'aller voir ailleurs, ainsi la femme prit le large et le barman reporta son attention sur sa bonne action de la journée.


- Alors mon gars, qu'est-ce que j'te sert en premier ? Il dit plus bas, en se penchant vers son oreille. J't'offre le premier verre alors fais toi plaisir.

A nouveau, il fit un sourire encourageant, peut être plus expressif maintenant que la lumière éclairait ses traits. En parallèle il servit la bière et le verre d'alcool fort, les posa sur un plateau, tandis que Clarisse revenait faire le service sans un mot.
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Asher Rosebury
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MessageSujet: Re: Lambeaux [Brandy, Asher] [15/03/42] Mer 5 Fév - 14:58

Depuis un long moment déjà, Asher se demandait ce qu'avait poussé le bon Dieu à lui accorder le droit de vivre ? Désirait-il le voir souffrir entre les mains glacées des ténèbres ? Peut-être était-il cet être qui se réjouissait de voir ses sous-fifres s'entre-tuer sur sa Création ? Dans tous les cas, ce Dieu ne semblait pas vouloir lui venir en aide. Sa vie devenait un total désastre, comment continuer à espérer lorsque l'on sème des cadavres et des corps décharnés lors de son passage ? Le jeune homme ne comprenait pas, pourquoi lui ? Cela aurait pu tomber sur quelqu'un d'autre, un homme de mal, mais non, le sort en avait décidé autrement et c'est Asher qui en payait les conséquences. L'ancien soldat était frigorifié, il avait dû mal désormais à se rappeler pourquoi il s'était engagé dans l'armée japonaise... Il se rappelait encore des cris des hommes tombés à terre, murmurant ou hurlant pour certains leur souffrance, se baignant dans le sang de leurs congénères. Il se demandait même encore comment il avait réussis à tuer des hommes lors des guerres. Cependant, cela ne s'attribuait qu'aux soldats, les mauvais comme l'assassin qui s'amusaient à faire de sa vie un cauchemars méritait amplement la mort.

Sa deuxième facette se réjouissait quant à elle de la situation. Voir ainsi son autre moitié désespérer, perdre le goût de la vie, se poursuivre lui-même, ne rien comprendre à la situation, tout cela avait le don de revigorer l'autre Asher. Cette partie mauvaise de lui aimait le mettre en de mauvaises postures, le voir se haïr lui même sans en avoir conscience. Cet autre lui pouvait surgir à tous moment, lui faire perdre la raison, contrôler son corps et son esprit sans qu'Asher ne s'en rende compte réellement. Il pouvait lui faire oublier tout ce qu'il avait pu faire subir à ses victimes. Asher ne gardait aucun souvenir. L'homme mauvais qui était en lui se demandait si cela valait la peine de laisser vivre ce barman, il ne voyait pas l'utilité de le tuer, mais également celui de le laisser vivre. Il considérait les classes inférieurs comme des êtres médiocres et sans cervelle, pourtant il n'en fit rien. Non, ce soir il avait déjà fait des siennes, s'il réapparaissait et que l'ouvrier s'en rendait compte, il le tuerait sans hésiter une seule seconde. Les bougres sont connus pour ça, ils ont la gâchette facile...

Asher avait tout de suite prit l'ouvrier pour son assassin mais son visage jovial et ses traits marqués l'avaient tout de suite dissuadé d'attaquer. De plus, Asher était un homme réfléchi, il ne s'attaquerait pas à n'importe qui, simplement, en cette soirée mouvementée la réflexion n'était pas de la partie. Il savait que le soir dans ces docks le lieu n'était pas des plus sûr, mais que voulez-vous ? Atterré, il ne savait que faire, en même temps me diriez vous qu'auriez vous fait à sa place ? Se lancer à la poursuite d'un criminel qui est en réalité son double n'est pas aussi simple qu'on le crois. Certains diraient : c'est de bonne guerre, il a usé de la magie noire pour éviter d'être repoussé par tous, aveuglé par sa beauté il n'a pas fait attention aux risques néfastes de l'utilisation de cette force divine. Le pire dans tout cela c'est qu'il n'avait toujours pas percuté, mais que faire par la suite ? Le retour en arrière reste impossible, ça vie est réduite à néant, alors pourquoi s'acharner à combattre encore et encore ? Tout simplement parce que le jeune homme gardait espoir que cela change, il ne croyait pas en l'existence d'une magie aussi puissante alors pourquoi s'en soucier ?

L'homme devant lui tentait de le consoler, quoique Asher avait très bien vu l'ouvrier porter sa main à son revolver lorsqu'il avait commencé à dégainer son katana, mais c'était excusable, lui aussi craignait pour sa vie... Les yeux encore rougis par les larmes de rage qui avait coulé à flot sur ses joue blanches, le jeune homme écoutait le discours de l'inconnu. Bientôt, il vit une main se tendre et l'homme se présenta, il se nommait Brandy. C'était un nom assez original. Asher hésita d'abord à lui prendre la main, elle était glacée, violacée, encore un peu mouillée, ce n'était pas très respectueux. Il frotta ses deux mains entre elles pour tenter de réchauffer un peu tout ça et finit par lui serrer la main.

- Enchanté de vous rencontrer, Messire, je suis Asher Rosebury. J'espère que ma présence en ces lieux ne vous importune pas.

Le jeune homme sourit, il faisait face à un barman, peut-être possédait-il un piano sur lequel il pourrait faire courir quelques notes après s'être hydraté la gorge.

- en effet comme vous le dites, j'en ai gros sur le cœur et ce n'est pas faute d'avoir dit ça ! Si je vous conte ma situation vous me prendriez pour un fou, Monsieur. Et oui je le sais bien, cependant, ce soir, je n'ai pas trop la tête à réfléchir. Savez-vous, j'aime les ports, il n'est pas rare que je m'y promène dans la semaine.

Tournant la tête, Asher suivit du regard le doigt du Capitaine et y découvrit un magnifique bateau. Une joie enfantine semblait traverser ses traits pour y dessiner un sourire presque amusé et enjoué.

- Oui je vous raconterai mes problèmes, cependant je doute que vous me voudriez encore d'ici là, Monsieur. C'est vraiment un très beau navire que vous avez là, j'ai toujours apprécié flotter sur les eaux glacées de la mer et de l'océan...

Asher ne mentait pas, il trouvait réellement ce navires splendide, il y a peu il aurait rêvé dans posséder pareil même. Les trois grands mâts du bateau se dressait fièrement sur le pont, faisant face à la nuit ténébreuse de Londres. Les voiles n'étaient pas déployés mais le navire imposait. Il était même énorme. Plus le jeune homme se rapprochait de l'Abondance, plus il se sentait écrasé, minuscule. Il suivit le capitaine Brandy et grimpa à bord, fermant cinq secondes les yeux pour apprécier les petites vagues qui faisaient doucement osciller le navire de droite à gauche. Dans la nuit noire, l'ancien soldat ne pouvait distinguer exactement les couleurs du navire, mais il en conclut qu'il possédait du noir et du brun. Brandy laissait passer le jeune homme devant soit par politesse soit pour s'assurer qu'il ne lui ferait pas mal. La chaleur s'engouffrait lentement en Asher en lui prodiguant un bien fou. De nouveau sa main droite se fourra dans ses cheveux lorsque le Capitaine lui indiqua de passer par l'escalier. Brandy lui présentait son bar, le Shoot & Boom et au premier abord il avait l'air très accueillant quoique occupé par des badauds. Asher grimaça lorsqu'il vit tout ce monde accoudé au comptoir ou bien autour d'une table. L'assassin pouvait très bien se trouver parmi eux... D'un regard, le guerrier fit le tour des lieux, examinant, scrutant chaque recoin... Il ne voulait pas se faire avoir. Pas encore. Pas ce soir... Asher participa à son éclat de rire, quoique toujours en colère et mélancolique.

- Pas de problème, Monsieur. Je garderais mon manteau, je ne voudrais pas effrayer vos clients.

Un client stoppa le barman pour lui faire une nouvelle commande à lui ainsi qu'à son compagnons, un demandait à nouveau de la bière et l'autre du vin. Brandy récupéra ensuite les verres vidés.

* J'espère qu'aucun ne m'importunera ce soir... Je ne suis pas d'humeur à régler les conflits par la parole... *

Ils passèrent devant une serveuse qui ne semblait pas trop apprécier le nouveau venu. En effet, elle le regardait avec une lueur de dégoût. Il aurait rencontré la jeune femme quelques jours auparavant il se serait rapproché d'elle pour lui parler de tout et de rien, il aurait fait son Dom Juan, l'aurait séduit et serait retourné la voir le lendemain... Mais le jeune homme n'était décidément pas d'humeur. Cependant, toujours galant, il baissa la tête dès qu'il passa près d'elle et s''accouda au comptoir. Il prit une inspiration et scruta les yeux vert-noisette de l'homme. Celui-ci lui demanda alors ce qu'il souhaitait prendre, un premier verre offert.

- Qu'importe, je ne suis pas un très grand amateur d'alcool, Messire. Vous êtes bien aimable de m'offrir le premier verre, je vous remercie.

Brandy désirait encourager le jeune homme à parler, il voyait parfaitement qu'il était bouleversé mais aussi dérangé. Il savait qu'il s'était passé quelque chose et à en voir ses accoutrements, une chose pas très nette. Entre temps, la jeune serveuse passa entre les tables, prit les verres que le barman avait à nouveau remplis et continua son service, toujours méfiante envers le jeune homme qui l'a regardait passer, ne comprenant qu'à moitié pourquoi elle le jugeait  comme ça.L'invité réfléchissait, devait-il lui faire part de sa situation ? Ou bien devait-il inventer une excuse concernant le sang qui maculait ses vêtements ? Le jeune dandy opta pour la première option, il jouait la carte de la franchise, même s'il n'aimait pas parler de ses problèmes à un parfait inconnu. Écartant légèrement ses bras posés sur le comptoir, signe d'ouverture à la conversation, il débuta la discussion :


- Voilà, si je parle de ça je voudrais que ça soit avec quelqu'un de confiance, aussi vous demanderai-je de n'en parler à personne, j'ai beaucoup trop de problèmes comme ça... Vous êtes mon homme ?

Les yeux toujours dans le vide, il baissa la tête, glissa ses doigts longs et fins dans ses cheveux, se massant la tête qui continuait légèrement à lui lancer puis il reprit d'un ton un peu plus joyeux:

- Messire, n'auriez vous pas un piano pour que je puisse vous remercier de votre gentillesse en vous jouant un morceau?
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Brandy Weest
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MessageSujet: Re: Lambeaux [Brandy, Asher] [15/03/42] Ven 7 Fév - 2:04

Brandy se sentait quand même mieux depuis qu'il était redescendu dans le ventre du navire, encore quelques minutes de plus passé au dehors et il aurait eut les doigts trop engourdis pour reprendre sa place derrière le bar. Il faut être habile pour répondre aux exigences d'une tripotée de clients imbibés d'alcool. Servir la bière n'était pas à la porté de tout les péquenauds, il fallait incliner le verre sous un bon angle, puis au moment voulu  faire un mouvement mesuré du poignet pour faire naître une mousse parfaite, ni trop épaisse, ni inexistante. C'était un art qui demandait du doigté et pour ce faire il fallait avoir l'usage entier de ses mains. Mais ce n'était pas seulement pour sa clientèle que le barman avait pressé le pas, mais pour le bien être du chaton égaré qu'il avait recueillit.
Lorsque le Capitaine avait présenté son bâtiment au dénommé Asher Rosebury, puisqu'il s'était présenté ainsi, il avait bien vu que le bonhomme serait bien resté un peu sur le pont pour contempler le clipper. C'était tout à son honneur, après tout l'Abondance était une petite merveille aux yeux de son possesseur, son bien le plus précieux qu'il bichonnait avec amour. D'ailleurs, il n'avait pu s'empêcher de gonfler fièrement le torse, fier de la remarque qu'en avait fait le jeune homme. Au vu de sa politesse excessive, ce n'était peut-être qu'une bonne manière de plus pour plaire à son interlocuteur, mais un compliment donne toujours un minimum de plaisir à celui qui le reçoit. Bref, s'ils étaient restés encore dans le froid, Brandy n'aurait pas donné cher de la peau du bourgeois. Il aurait été en effet dommage qu'il tombe inanimé après ce qu'il avait vécu, si prêt d'être mis en sécurité, un bon verre à la main. L'alcool a des vertus que les hommes sobres ignorent, dont le fait de réchauffer le corps et le cœur, pour certains.

Le barman retira son manteau dont il n'avait plus besoin cette fois et l'envoya valdinguer sur le dos d'une chaise libre, toute proche du comptoir. Le vêtement s'écrasa durement, manquant de faire tomber la chaise au sol, elle resta debout in-extremis, tandis que l'habit glissait lentement, mais sans aucune retenue, vers le plancher et s'y retrouva piteusement en boule comme un vieux chiffon. Tout ça sous l’œil dépité de Brandy qui aurait aimé un peu de compassion de la part du dieu de la chance. Levant les yeux au ciel, il fit trois pas chassé, ramassa sa pelure, puis il l'amena jusqu'aux porte-manteaux accrochés au murs. Enfin il retourna derrière son comptoir avec un soupir de désarrois.

Le Capitaine ne su pas si c'était sa maladresse qui avait détourné l'attention des éventuels curieux, mais il semblait que Asher Rosebury était passé inaperçu malgré ses habits miteux. Au moins, il avait suivit docilement son conseil et gardé son manteau. La seule personne qui l'avait remarqué était Clarisse qui semblait déjà l'avoir catalogué et avoir un avis bien défini sur ce qu'il lui inspirait. Brandy devait avouer que le bonhomme n'était pas sous son meilleur jour, mais maintenant qu'ils étaient sous la lumière des nombreuses lanternes, qui produisaient des rayons chauds, il allait sans dire que cet homme possédait une beauté certaine. Il avait un visage à la forme agréable, un peu pâle tout de même pour un homme brun. Ce qui frappa soudainement le barman ce fut ses yeux, ils étaient gris, c'était très étonnant, il ne se rappelait d'ailleurs pas avoir déjà vu quelqu'un avec de telles iris. Quelque peu surprit, il s'y attarda plus longtemps que ne le voulaient les habitudes, puis se rendant compte qu'il fixait son interlocuteur, il détourna le regard et le porta sur la salle, veillant à ce que tout aille pour le mieux. Pendant ce temps, Asher lui répondit ce qui eut pour effet de défriser le barman qui enchaîna au quart de tour :


- Oh oh, oh-là ! C'est quoi ces manières ? M'nsieur passe encore mais M'ssire maintenant ? Et puis bientôt ça sera M'onseigneur ouais... Na, na, na, pas de ça ici, l'ex Hunter agita l'index, t'fais comme les autr' ici, tu m'appeles barman, Brandy, ou tête de pioche j'm'en fiche, mais pas d'ces noms là, j'suis pas d'ces gens là. En tout bien tout honneur, hein ! Mais voilà, fait dans la simplicité, c'est mieux, t'embête pas avec tout ces titres d'accord ?

Lui même ne s'encombrait pas des formalités. Il était dès lors passé au tutoiement comme s'ils étaient de bon amis ou au moins des connaissances avec des manières familières. Le barman repensa à ce que le jeunot lui avait dit en arrivant dans le bar « je ne voudrais pas effrayer vos clients », il avait étouffé un rire qui se voulait tonitruant. Franchement, comme si les gars qui peuplaient son navire allaient s'inquiéter pour sa carcasse. Non justement, c'était pour son propre bien, la encore, que Brandy lui avait conseillé de resté tout habillé. Certains hommes mal avisés se seraient vite jetés sur ses restes, détroussé prestement de ses belles chaussures qui avaient d'ailleurs l'air bien confortables et l'auraient laissé pour mort dans une ruelle du port. Et encore, s'il avait eu la chance de survivre à une seconde attaque. Ce gaillard n'avait pas la trempe pour vivre dans ces eux houleuses et s'il se promenait sur les quais durant la journée, il ne devait jamais s'y être aventuré de nuit. Lorsqu'il quitterait l'Abondance, le Capitaine se demanda s'il ne ferait pas mieux de l'accompagner, histoire d'avoir la conscience tranquille et de ne pas avoir offert à boire à une panse bientôt trouée. Il verrait, après tout, ils avaient le temps de voir venir.
Après un instant de réflexion, Brandy glissa une main sous le comptoir et en sortit une bouteille. Il attrapa un verre et y versa une dose d'un liquide ambré très odorant.


- C'est un Jim Beam, un p'ti bourbon parfait pour te redonner des couleurs, tu m'en diras des nouvelles. Ca m'fait plaisir de t'aider, profites en, j'pense que t'en as besoin. Mais j'te préviens de suite, ça se savoure un truc de c'genre ! C'est bon tu vas voir.

Il l'aurait bien accompagné dans sa dégustation, mais si la maison n'avait qu'une règle c'était de ne pas boire pendant le service. Niet. A la place, Brandy sortit sa blague à tabac et extirpa une rescapée, la dernière. Il l'alluma, inspira une bouffée et conserva la cigarette au bout de ses doigts jaunis et odorants à force de fumer. Sans bousculer plus son interlocuteur, le capitaine le laissa prendre ses aises et choisir lui même le moment où il voudrait aborder ses misères. Il ne mit pas longtemps à prendre sa décision, bien qu'il semblait avoir eut un soupçon d'hésitation.
Brandy sourit aimablement. Il voulait un homme de confiance ? Il pouvait sans mal répondre à ce critère et avait maintes fois conservé des secrets par le passé. Non, ce n'était pas un problème pour lui. Il laissa s'écouler quelques secondes avant de répondre, comme pour donner l'impression qu'il réfléchissait véritablement à ses capacités, cependant le jeune homme reprit la parole en lui demandant s'il avait un piano, ce qui lui permettrait de le remercier de sa bonté d'âme. Brandy allait tout d'abord dire que non, puis il se ravisa, la voix de son interlocuteur s'était éclaircie lorsqu'il avait évoqué l'instrument de musique, c'était peut-être important pour lui.


- Ouais j'ai un crin-crin dans l'arrière salle, mais comme ce soir y'avait pas de pianiste j'l'ai laissé là haut. Tu m'joueras un morceau quand t'auras bu quelques verres et que tes doigts aient eu le temps de retrouver leur sensibilité. R'garde moi ça l’état, y sont encore tout bleus. Puis plus sérieusement, il continua, la voix plus grave. Tu peux m'accorder ta confiance Asher, sur le bois de ce navire, je suis ton homme. Et je ne dis pas ça à la légère, il planta ses yeux dans les iris nuageuses, tu peux vraiment me faire confiance.

C'était là un bel effort. Le Capitaine Weest qui n'avalait pas la moitié des syllabes. Un fait à noter dans le journal de bord, ça va sans dire. Une prouesse ! Il allait ajouter une chose lorsqu'il fut interrompu par un rire gras.

- HA-HA ! Qu'vous êtes drôles tous les deux ! Hey mon gars, il donna un coup de coude à Asher, tu t'crois où ? Si tu veux pleurer sur ton sort, va te payer du bon temps dans un tripot, y a qu'ça de vrai, on en a rien a faire de ta vie,...

C'était un homme à la gauche de son invité. Approximativement le même âge que le gérant du Shoot&Boom, le corps enflé, la bouille flasque et l'oeil porcin. Brandy se souvenait l'avoir vu une fois et encore il n'en était pas certain. Ce n'était en tous les cas pas un habitué, parce qu'il y en avait déjà seulement après quelques semaines d'ouverture. Le type était arrivé plus tôt dans la soirée, bien avant que Clarisse ne prenne sa pause et sirotait lentement bière sur bière. D'ailleurs, sa pinte était au bord de la pénurie. Brandy ne savait pas si c'était pour cette raison qu'il avait écouté leur conversation, mais s'incruster c'était un vrai manque de savoir vivre. On ne pouvait reprocher à personne de tendre l'oreille, après tout c'était un lieu public, mais ramener sa science, non merci !
Braquant un regard mécontent sur ce mal élevé, le barman le rembarra au quart de tour, l'air mauvais, le ton haut :


- Parce que j'te fais rire ? Moi ? T'sais à qui tu parles ? Ouais tu l'sais très bien, j't'ai pas sonné, maintenant vir' de MON comptoir, va t’asseoir ailleurs où j'verrais plus ta face ! Brandissant sa main, il la rabattit vivement sur la surface plane. Bouges de là j'te dis et que ça saute ! Moi j'en ai rien à foutre de c'que t'as à dir'. Bon débarras !

Toujours prompt à élever la voix, cette fois le Capitaine n'avait pas fait dans la dentelle. Tout le monde était tourné vers les trois protagonistes de la scène, pariant dans leur tête sur la suite des événements. Clarisse s'était figée. Le patron avait vraiment l'air mécontent, il n'en faudrait que peu pour qu'il se mette hors de lui. Elle n'avait pas entendu ce qui avait déclenché l'altercation, mais elle aurait mit sa main à couper que ça avait quelque chose à voir avec l'espère que de loque humaine que le barman avait ramené avec lui. Prête à toute éventualité, elle reposa le tissus humide qu'elle était en train d'utiliser pour essuyer l'autre bout du comptoir.
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Asher Rosebury
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MessageSujet: Re: Lambeaux [Brandy, Asher] [15/03/42] Ven 7 Fév - 20:47

Asher aimait faire plaisir à son entourage et aux personnes qu'il rencontre, aussi, lorsqu'il complimenta l'homme à propos de son navire, il était des plus sincères. Petit déjà, il manifestait une vive passion pour les grands navires de guerre, de commerce, mais aussi de voyage. Lorsqu'on lui comptait une histoire sur les pirates, ses yeux se mettaient à étinceler d'émerveillement et tout émoustillé, il sautait dans tous les sens, s'armant de sa fidèle épée de bois et attaquait son père qui pour se défendre usait d'un fin stratagème, les chatouilles sous les bras, dans le cou et au ventre. L'eau l'attirait, ses mouvements cadencés au rythme du cœur de chaque marin faisaient grincer le pont et les mâts. Le vent soufflant sur les voiles aidait à la progression du bateau sur l'immense robe bleu marine de l'eau. Le jeune homme avait du mal à imaginer comment il en était arrivé là, quelle bonne âme se risquerait de faire entrer chez lui un parfait inconnu qui plus est recouvert de sang qui ne lui appartenait pas ?! Les yeux à demi clôt, il appréciait calmement les douces vagues qui faisaient tanguer la coque de bois du monument flottant.
Doucement, il se remémorait les événements récents. Quelle humiliation d'avoir été retrouvé avachi sur une caisse, désespéré et les vêtements souillés du sang d'une victime innocente! Il frémissait encore de ce massacre. Il ne savait d'ailleurs toujours pas si la personne qui avait péri était un homme ou une femme, de la classe ouvrière, bourgeoise ou bien aristocrate et il ne désirait absolument pas en prendre connaissance. Tout ce qu'importait l'ancien soldat était de retrouver l'assassin et de lui passer son katana au travers du corps. Dans des instants comme celui-ci, il s'étonnait lui même de son sadisme, oui il voulait sa mort. Il se délectait à l'avance du métal puissant de sa lame fendre et déchiqueter l'organisme de l'inconnu. Un fin sourire illumina ses minces lèvres rosées.

Pour sûr, Asher était un beau jeune homme de grande taille, musclé et mince mais cela ne faisait pas tout dans une vie. Dans une situation semblable à celle-ci, la beauté ne venait pas s'y mêler, ni sa puissance. Son adversaire testait sa résistance mentale à toute épreuve.
Le jeune homme observait son hôte souriant, il paraissait soulagé que le soldat passe presque inaperçu. A l'exception de la serveuse qui semblait déjà l'avoir dans le collimateur. Rien ne venait pour le moment embrouiller leur conversation.  Asher était tout à son aise de voir qu'il n'attirait pas que des chiens... Brandy en était la preuve vivante. Il fut surpris lorsque le barman le reprit, il ne voulait pas toutes ces formules de politesse, ce que le jeune homme pouvait comprendre parfaitement. Confus, il lui présenta ses excuses :


- Je... Je suis confus... Veuillez m'excuser Mess... Il se reprit, se rendant compte qu'il allait recommencer, Brandy... J'ai été éduqué ainsi, m'exprimer devant qui que ce soit de cette manière. Je vais essayer de passer outre toutes ces formalités. Si je vous tutoie, cela effacerait-il le problème ?

Le soldat fit une petite pause avant de regarder la serveuse et de demander au barman :

- Est-ce que je l'effraie ? Pourquoi lui provoque-je du dégoût ? Ai-je l'air si mauvais ?

L'inquiétude se lisait sur son visage. Il esquissa ensuite un sourire aimable, décidément, il se trouvait devant un barman extraordinaire ! Qui plus est honnête et franc ! De quoi rêver mieux ? Le capitaine de l'Abondance sortit une bouteille qu'il appelait Jim Beam. Asher observait l'alcool d'un air un peu réticent. Il se sentait gêné que l'homme ne l'accompagne pas. Cependant il pouvait également le comprendre, durant le service, on se doit d'être clean.

- Je te remercie et je vais tenter d'apprécier son goût à juste titre, comme il se doit.

Brandy s'empara ensuite de sa dernière cigarette et en inspira une bouffée produisant ainsi de la fumée. L'invité pouvait constater qu'il était un habitué à la vue de ses doigts et de sa manière de tenir et de fumer le tabac. Suite à l'annonce du jeune homme sur le fait qu'il allait lui dévoiler ses misères s'il se montrait digne de confiance, le Capitaine s'exclama en faisant plus attention à son langage qu'il pouvait se permettre de tout lui dire. Puis, revenant sur le sujet du piano, il lui indiqua également qu'il en possédait un à l'étage. Les yeux du jeune homme se mirent à briller. La musique faisait partie de lui, elle rythmait sa vie et ses envies. C'était cette même musique qui lui prodiguait le bonheur nécessaire pour continuer à supporter sa vie étrange. Portant la boisson alcoolisée à ses lèvres, il manqua de s'étouffer, en effet c'était vraiment très fort. Il s'humidifia les lèvres, les yeux brillant et esquissa une grimace avant de retenter l'aventure. Au moment où le liquide chaud réchauffait sa gorge ainsi que tout son corps et qu'il commençait à l'apprécier, un homme assis à sa gauche lui donna un coup de coude dans les côtes. Asher ferma les yeux quelques secondes comptant jusqu'à dix pour se calmer. Le badaud se moquait délibérément de lui et pour couronner le tout, il avait tendu l'oreille et écouté leur conversation qui se voulait plus privée qu'autre chose. Même s'il n'avait encore rien révélé, il s'agissait là d'une preuve d'impolitesse qui révulsait le bourgeois. A priori, Brandy n'appréciait pas non plus puisque la paume de sa main s'écrasa contre le comptoir en lui ordonnant de quitter les lieux. Cependant l'intrus semblait amusé par la situation, si bien qu'Asher se rapprocha de lui, le surmontant d'au moins deux têtes. Sa main droite se posa sur l'épaule de Brandy, d'une manière qui se voulait rassurante, il ne voulait pas que le maître des lieux se mette hors de lui à cause d'un client qu'il avait recueillit dans les docks alors qu'il était avachi comme un de ces vagabonds qui courent les rues.

- Ne t'énerve pas mon ami, s'il continue, il ne fera pas long feu. Laisse moi donc me charger de cet importun, après tout, c'est à moi qu'il en a, je ne voudrais pas que tu aies des soucis par ma faute, j'espère que tu comprends...

Il tenta de lui montrer qu'il était parfaitement calme, en vain. Son mal de tête revint de plus belle, le faisant presque chanceler s'il n'avait pas fait attention à son équilibre pour ne pas perdre toute crédibilité. La deuxième facette d'Asher ne pouvait pas laisser son corps se faire souiller par un ouvrier. Un aristocrate oui, un homme des rues non... C'était deux choses différentes, son autre lui désirait quand même garder son honneur !
Ses yeux se firent plus froid, distants, indifférents, mauvais, la rage faisant luire de plus belle l'iris argentée de ses yeux dont la couleur s'intensifiait chaque seconde. Il savait que cet autre lui surprendrait le Capitaine, c'est d'ailleurs pour cela qu'il ne lui effacerait pas la mémoire, non, il lui donnerait son audace, mais aussi les sentiments qu'éprouvait cette deuxième personnalité. Il ne se sentirait pas envahit par cet esprit sadique, c'est comme s'il agissait de son propre chef . Ses longs doigts de pianiste commencèrent à déboutonner élégamment sa veste qui tomba sur la chaise d'à côté. Sa chemise dévoilée, le sang reflété par la lumière faisait étrangement ressortir la blancheur hypnotisante de sa peau. Son pistolet à percussion et son katana montrés au grand jour, la deuxième facette d'Asher se colla au bourrin et lui décocha un violent coup de genoux dans l'estomac. Le fou étouffa un cri et se plia en deux au sol, réduit à l'état de vers de terre. Asher se mit à genoux derrière lui et lui tira les cheveux en arrière, le forçant ainsi à exposer son cou, sa pomme d'Adam remontant dans sa gorge. L'homme s’affolait s'était parfait.


- On ne se mêle pas de ce qui ne nous regarde pas. Retourne de là d'où tu viens et ne t'avise plus t'importuner le Capitaine de ce navire. De plus, mon très cher ami, je ne suis pas venu ici pour faire étalage de mes soucis mais bien pour me divertir en de bonne compagnie. Va t'en.

Il avait parlé très calmement, ces mots chuchotés à l'oreille de l'étranger lui faisait froid dans le dos. Il l'avait menacé tout en lui plaquant discrètement un fin couteau d'argent à la gorge. Seul l'homme pouvait sentir la lame invisible aux yeux de tous, cachée dans la manche de sa chemise. Dès qu'Asher l'eut lâché, l'homme se releva et partit en courant, traitant l'ancien soldat de fou. La première facette d'Asher revint doucement, une douleur fulgurante lui traversant le crâne. Il se souvenait de tous ce qu'il venait de faire, et il avait plutôt aimé ça, cependant il craignait la réaction du barman, allait-il le jeter dehors pour ce qu'il venait de faire. Baissant la tête comme signe de respect à l'homme plus âgé que lui, il entreprit d'enfiler à nouveau sa veste, glissant ses bras dans ses manches.

- Je suis navré mon ami, j'espère que vous me pardonnerez pour cet écart... Je vous dédommagerai.

Relevant la tête, il plongea ses yeux étrange dans les prunelles de son hôte. Fourrant sa main dans sa poche, il en sortit une bourse pleine de pièces qu'il fourra dans la main du Capitaine. Il avait fait du grabuge depuis qu'il était arrivé, il était donc normal qu'il paie les frais... sa main se glissa à nouveau dans ses cheveux, il était affreusement gêné, mais jamais il n'aurait permis que cet honnête homme se voit un jour insulté par un pareil bêta.

- Vous me permettez toujours de vous jouer un morceau, ou bien désirez vous que je quitte les lieux immédiatement ?

Asher était passé du tutoiement au vouvoiement, il avait peur d'avoir installé depuis l'inconnu une certaine gêne entre eux. Il attendit la réponse du barman calmement, comme s'il avait été un enfant grondé par son père parce qu'il avait commis une bêtise.


* Décidément, où que j'aille et quoique je fasse je ne crée que des ennuis, il vaudrait mieux que je m'en aille... *

Il avait toujours le besoins de parler de ses problèmes à Brandy, il pensait enfin avoir trouvé quelqu'un de bon, possédant un cœur immense.

- Vous savez Brandy, je vous ai peut-être offensé, mais cela n'empêche pas que je vous aime bien, vous m'apparaissez comme un être bon.
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Brandy Weest
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MessageSujet: Re: Lambeaux [Brandy, Asher] [15/03/42] Lun 10 Fév - 2:16

Après être devenu l’apprenti d'un chasseur de créatures diaboliques, Brandy avait peu à peu perdu l'habitude de s'exprimer comme le voulaient les convenances. Il avait cessé de donner du Monsieur à tout bout de champ, de s'incliner respectueusement devant les dames ou de s'exprimer en de belles phrases enjolivées. Il s'était encanaillé. Il avait commencé à jurer, à abandonner le vouvoiement pour un tutoiement plus spontané, excepté lorsque c'était exigé, mais pour les hommes du peuple dont il faisait dorénavant partie, il n'y avait pas à se jeter de la poudre aux yeux. Même maintenant, en sa condition de barman, il n'était qu'un commerçant de bas étage qui désaltérait les estomacs, rien de plus. Son bâtiment accueillait une basse populace, ce ne serait jamais autrement, à quelques exceptions près. Car il y avait toujours par-ci par-là, quelques bourses bien remplies prêtes à se risquer près des petites gens, pour diverses raisons d'ailleurs : la curiosité, l'envie, une quête personnelle quelconque. Mais une chose était certaine, aucun noble ne poserait jamais le pied sur le pont de l'Abondance et encore moins dans la cale du Shoot&Boom. Ce serait signer pour un suicide social. Des bourgeois, il y en aurait quelques uns, mais la plupart de ceux-ci préféraient la compagnie dans les salons. Un bar, ce n'était pas là où l'on entendrait parler de littérature ou d'art, loin s'en faut. Les conversations se dirigeaient plus sur l'ici et maintenant, les tracas de la vie actuelle, les faits divers et les actualités. C'était la mère machin qui avait perdu son Mistigris, la boulangerie qui avait brûlée la nuit précédente, la joie éphémère d'un homme fêtant sa paternité, des ragots, des on-dit, des paroles en l'air. Rumeurs insipides, mari cocufié, enfant perdu, mauvaises récoltes. Tout y passait. Un bar, c'était la vie sans fard, le repère des hommes en quête de compagnie, une plate-forme où les conversations étaient une excuse pour se désaltérer le gosier et se ruiner le pancréas. On y pénétrait plus lucide qu'en en sortant, quoique l'alcool a ce dont d'éclairer certains d'une formidable manière. Et le barman constituait l'âme de son commerce, l'oreille attentive de celui qui n'avait plus que son broc de bière, le protecteur des secrets inavoués, le conseiller des sots, la voix de la raison pour d'autres. Le coup de pied au cul qui vous expédie sur le plancher des vaches quand il était temps de fermer boutique.
Brandy était donc un fervent partisan de la spontanéité, il pissait sur les politesses pompeuses, ce qui ne signifiait pas qu'il acceptait qu'on dépasse certaines limites de la courtoisie. La réaction du supposé bourgeois le fit immédiatement rire, sans moquerie véritable, mais il se laissa aller à montrer son amusement. C'était tout de même drôle de voir cet homme, grand et bien bâtit, bégayer confusément à la manière d'un enfant que l'on rabroue. Il ne semblait pas avoir une forte personnalité, en fait, il paraissait être fait d'argile, malléable lorsqu'on le malaxe pour lui donner la forme que l'on souhaite et fragile à la fois, si on lui impose une torsion trop vive. Brandy ne voyait pas de quelle manière il avait pu échapper à ses agresseurs. Il avait du prendre la fuite, c'était la seule explication pour qu'il soit encore en vie. L'ex Hunter supposait qu'il avait assisté à un meurtre sanglant qui n'avait pas été perpétré directement contre lui, mais qu'il avait été assez près de la victime pour recevoir ces éclaboussures sur ses vêtements. Après quoi il avait probablement dû prendre ses jambes à son cou. Comment il avait échappé aux assassins, Brandy l'ignorait totalement, peut-être que les hommes s'étaient désintéressés du lâche qui s'enfuyait en se disant qu'il n'aurait pas le courage de décrire aux autorités ce qui c'était produit. Ce n'étaient que des suppositions, bientôt il aurait le fin mot de cette aventure, malheureuse aventure. Sans véritablement ressentir de la tristesse pour le jeune homme, le barman était tout de même compatissant. La mort n'est jamais facile à vivre, peu importait l'âge auquel on la croisait. Quelques bribes de souvenirs refirent surface dans son esprit, mais il les repoussa fermement. C'était pas le moment sacrebleu.
Après avoir poussé son rire, le Capitaine haussa un sourcil interrogateur. Asher était-il bien en train de parler de Clarisse ? Il avait du voir sa tête de truie mécontente. Elle n'arrivait jamais à avoir un visage impassible celle-là ! Bon, c'est vrai que l'apparence du nouveau n'était pas reluisante, mais elle aurait pu faire confiance à l'instinct de son patron, s'il l'avait ramené c'est qu'à ses yeux il était quelqu'un d'acceptable. En tout cas, assez bien pour qu'il l'invite à monter à bord. Pas de mécréant sur l'Abondance, ce n'était pas le repère des pires malfrats de la société, elle le savait bien tout de même. Non, son bâtiment était là pour les bonnes gens sans histoire longue comme le bras, des hommes et des femmes comme les autres avec une vie monotone. S'il avait pensé ne serait-ce qu'une seconde que l'homme avachi sur une caisse du port aurait pu lui causer des ennuis, il se serait éclipsé sans demander son reste et ce même si la douce voix d'outre tombe de sa mère lui avait intimé l'ordre de faire le contraire. Il avait son libre arbitre bon sang.
Brandy secoua la tête, toujours le sourire aux lèvres.


- D'jà mieux d't'entendre parler d'la sorte, j'demande pas grand'chose quand même. Et tu fais comme tu l'sens, si c'est trop dur, t'as qu'à continuer à me vouvoyer, l'principal pour moi c'était de pas m'faire appeler par des noms qui m'correspondent pas. Tu vois, j'suis qu'un commerçant, honnête y faut le noter, tout c'que j'veux c'est du respect et m'donner du Messire ça m'insulte. Ouais... Ou tiens, si t'as envie, dis moi Capitaine, c'est c'que je suis après tout ! Mais Brandy, c'est très bien aussi, hein...

Ensuite il pointa la serveuse d'un doigt inquisiteur.

- Elle c'est Clarisse, l'une de mes serveuses, elle sait pas qui t'es donc elle te regarde bizarre, c'est pas vraiment contr' toi mon gars. Après faut avouer qu'ton apparence laisse à désirer ce soir, j'sais pas comment tu pêches de la donzelle d'habitude, mais au port tu les attrapes pas avec une chemise en lambeaux, même si ça pourrait faire un bon filet. Héhéhé. Allez, oublie-là et profites de ton verre. Il désigna le récipient qu'il venait de lui servir.

Entre deux bouffées de cigarette, un serment de silence et là, les choses avaient dégénéré. Tout ça parce qu'un homme avait mis son nez dans ce qui ne le regardait décidément pas. C'était ces bougres là que le barman renvoyait vite fait sur les quais avec le fessier endolori... Quoique bien souvent ce n'était pas les seuls endroits où ils se retrouvaient avec des bleus. Ça avait pourtant bien commencé, le jeune homme était sur le point de lui dévoiler ses misères, il allait écouter attentivement, réconforter et prodiguer des conseils, faire le nécessaire pour que son interlocuteur se sente mieux. Bref, se rendre utile. En plus, il avait aperçu les yeux d'Asher briller d'intérêt quand il avait confirmé qu'il disposait bien d'un piano dans l'arrière salle. C'était un bon point, puisque l'homme portait encore un intérêt pour quelque chose après les troubles qu'il venait de vivre. Là, son visage s'était détendu et la colère qui habitait ses traits s'était soudainement dissipée. Il avait alors porté l'alcool à ses lèvres et avait manqué de s'étouffer en les trempant. Immédiatement, le barman s'était demandé s'il n'y était pas allé un peu fort pour une première boisson, mais il n'avait pas pensé que le bourgeois était si peu habitué à l'alcool qu'un bon whisky lui couperait le souffle. Une erreur de sa part. Enfin, pas si terrible puisque Rosenbury retenta l'expérience peu après, toujours avec une grimace, mais sans haut le cœur.
L'ex Hunter avait bel et bien vu Asher fermer les yeux intensément après que son voisin lui ait donné un coup dans les côtes. Ca avait été rapide, mais il s'était demandé si il avait eut mal, ou s'il était sur le point de se mettre à pleurer à nouveau. Il ne lui était véritablement pas venu à l'esprit que l'être doux à qui il faisait face se sentait bouillir de l'intérieur. Sans chercher plus loin, Brandy avait réagi vivement, comme il le faisait toujours. Alors qu'il toisait le soiffard de tout son haut, après lui avoir fait une remarque bien sentie, tout en lui envoyant des signaux très clair sur ses intentions prochaines s'il ne faisait pas ce qu'il lui demandait et très rapidement, il vit son invité se lever et surplomber ce nouvel agresseur qui affichait maintenant un regard moqueur. S'il n'y avait pas eu la main apaisante d'Asher Rosenbury qui était venue prendre place sur son épaule, il aurait décroché un direct du droit dans la sale face de l'homme qui osait le défier. Son poing se serait écrasé durement sur sa pommette gauche et aurait ensuite ricoché sur le nez, il y aurait eut un craquement et l'abruti serait tombé de son tabouret, soumis pour de bon à la loi du Shoot. Victorieux, le barman aurait sauté habilement au dessus du comptoir et il l'aurait mené par la peau du cou au dehors, sous le regard des autres clients qui n'auraient pas tardé à reprendre leur conversations comme si de rien n'était.
Mais Asher avait décidé de calmer le jeu, c'était tout à son mérite, mais le barman lui aurait bien répondu sèchement qu'il pouvait faire la loi lui même au Shoot&Boom, il n'avait besoin de personne et encore moins d'un charmant garçon fortuné qui n'avait aucune idée des us et coutumes de la rue. Pourtant, il retint sa remarque, se mordant la lèvre en écoutant son invité. Il crispa ses doigts sur la surface du comptoir. Après tout, il avait le droit de s'occuper seul du soiffard, puisque c'était lui qui avait été insulté. D'un léger signe de tête, Brandy acquiesça à contre-cœur. Il craignait que ça tourne mal pour le jeune homme, il était affaiblit et ne réagissait de la sorte que pour faire bonne figure, à ses yeux il n'allait que ternir un peu plus ce qui lui restait d'honneur. Prêt à intervenir, il laissa donc la scène se poursuivre.


- J'sais pas trop si... Laissa-t-il échapper dans un souffre incertain. Il laissa sa phrase en suspend, se demandant vraiment ce qu'il allait faire si ça se passait mal.

De son coté Clarisse avait le cœur battant. Elle n'avait jamais apprécié les altercations, elle craignait toujours que cela se termine mal et d'être un jour amenée à se défendre contre des hommes ivres et colériques. Sa peur était tout a fait plausible. En plus, le chien errant ramené par son patron lui donnait des frissons dans le dos. Elle n'aimait pas le gris de ses yeux. Ce n'était pas normal. Croyante, elle sentait en lui émaner une aura maléfique. Ce n'était peut-être dû qu'à son aspect peu reluisant. En effet avoir du sang sur ses vêtements ce n'était jamais une bonne approche pour se faire de nouvelles connaissances. Clarisse n'arrivait pas à se sentir en confiance, si elle l'avait rencontré au coin d'une rue, elle n'aurait pas traîné à mettre de la distance entre eux.
Le barman vit son invité chanceler légèrement. Tout de suite il tendit la main pour le rattraper par ses vêtements dans le cas où il perdrait soudainement conscience. Il devait être au bord de la rupture, son corps n'allait plus suivre bien longtemps. Mais son corps se stabilisa. Dans le doute Brandy laissa son bras tendu.


- Asher, tu d'vrais laisser ça comme c'est. T'as pas l'air bien là.

Mais son intervention sembla passer totalement inaperçue. Sous le regard interrogateur du Capitaine, son invité déboutonna son manteau, ainsi tous ceux qui étaient face à lui ou de coté purent voir l'état de ses vêtements. Un murmure parcouru la salle, puis se fit de plus en plus bruyant. Un homme se leva, prêt à séparer les deux hommes si c'était utile. Son regard croisa celui de Brandy qui cligna des yeux une fois, pour lui donner comme son aval. De son coté, le badaud a qui la politesse avait fait défaut semblait tout de suite moins sur de lui. Ses yeux écarquillés étaient rivés sur les tâches sombres présentes sur le haut de l'homme qui le toisait avec un regard mauvais. Il déglutit difficilement, commençant à poser les deux pieds à terre pour se lever. Mais il n'eut le temps de rien. Il ressentit une vive douleur dans l'estomac et poussa un cri peu reluisant avant de se recroqueviller sur le sol. Il n'avait rien compris à la scène, tout ce qu'il savait c'était qui avait mal et qu'il voulait quitter les lieux, s'éloigner au plus vite de cette personne qu'il avait prise de haut. Il regrettait son geste. Alors qu'il sentait qu'il lui empoignait les cheveux,il voulu se débattre mais il sentit très vite une fraîcheur inhabituelle sur son cou. Il cessa de bouger. Ce dingue n'allait tout de même pas s'amuser à le saigner en public ! Terrifié, il était incapable de plaider son cas, ses lèvres formaient des mots inaudibles, aucun son ne sortait de sa bouche asséchée. Sa langue était comme du parchemin et c'était très désagréable.
De son côté, Brandy avait assisté à une partie de la scène impuissant. Il avait vu l'homme s'écrouler. Sans tarder, il n'avait pas hésité à se lancer au dessus du comptoir, emportant sur son passage le verre à moitié vide de son invité et le broc de bière. Il y eut un bruit de verre brisé, mais à cet instant il n'en avait cure. L'autre homme s'était lui aussi approché, prêt à aider le gérant du bar s'il devait en venir aussi aux mains.


- Ohé ! Dit le Capitaine d'une voix forte, alors qu'Asher parlait à l'oreille de son agresseur. On s'calme là ! Hé Rosenbury lâche le, j'crois qu'il en a eut pour son comptant ! Pas la peine d'le tourmenter encore plus, y doit avoir compris la leçon, hein tête de macaque ?

Comme s'il avait obéit à Brandy, Asher lâchât le petit homme qui partit en courant sans demander son reste. Heureusement qu'il avait payé sa consommation dès l'achat, sinon il se serait fait voleur. D'un geste de la main, le barman indiqua au bon Samaritain qu'il pouvait se rasseoir. Il le remercierait par la suite avec un verre de bière, après tout cet homme avait voulu être serviable c'était mérité. Et puis, il venait depuis quelques fois déjà. Pendant ce temps, son invité avait à nouveau mit son manteau et s'excusait. Leur regard se croisa. Brandy sonda ses pupilles et cru y lire un véritable remord. Il répondit calmement, sentant l'adrénaline retomber après cette altercation.

- Cet homme avait mérité qu'on le remette à sa place.

Il vit Asher lui tendre une bourse pleine. Vous imaginez comme il est difficile de résister à l'habitude de prendre quelque chose que l'on vous tend. C'est ce qui se passa pour Brandy, avant qu'il ne s'en aperçoive, il tenait la bourse dans sa main droite. D'un geste il la remit sur le comptoir.

- T'utiliseras ça pour payer tes prochaines consommations, comme prévu. Pis les verres c'est ma faute. Si tu t'sens coupable, files deux sous à Clarisse parce que c'est elle qui va devoir ramasser les pots cassés.

Petit à petit, les conversations avaient repris dans la salle. La serveuse revint avec un balais et une pelle pour nettoyer le grabuge. Sans un mot elle se baissa et commença à ramasser le verre brisé.
Brandy avait fait le tour du comptoir pour se replacer derrière, là où était sa place. Il voyait bien à quel point son invité semblait gêné, mais ça lui passerait vite fait dès qu'il aurait reprit sa place et commencé à lui déballer son histoire.


- Allez, assied toi, j'vais pas t'fiche dehors parce que t'as donné une correction bien méritée à un bougre d'idiot ! Tu m'joueras un morceau quand y aura moins de monde, en attendant, commande moi quelque chose et maintenant qu'aucune oreille indiscrète n'osera écouter ce que t'as à dire, raconte moi une bonne fois pour toute ce qui t'es arrivé aujourd'hui ! Il se tue un instant puis ajouta. C'est moi ou t'arrives décidément pas à t'décider entre tu et vous ?

C'était une petite boutade amicale qui voulait détendre l’atmosphère. Le moment était bien choisi pour tenter de dérider Asher, né avec un bâton planté en profondeur. Ce qui venait de se passer n'avait pas dérangé le barman une seule seconde. Les tensions étaient souvent présentes dans un bar, c'était monnaie courante. Et puis, ça ne serait pas aussi palpitant de faire ce métier s'il n'arrivait jamais rien. La seule chose qui avait chiffonné le Capitaine, c'était d'avoir été mis à l'écart de ce combat. Mais sa frustration était vite passée et c'était totalement oublié.
Les dernières paroles d'Asher firent sourire Brandy, de gentillesse et non par humour.


- L'en faut plus pour offenser un loup de mer ! Crois moi ! Il se passa une main dans sa barbe de quelques jours. T'as vraiment l'air un bon p'ti gars, j'suis pas mécontent de t'avoir ramené au chaud tu vois. Ca va mieux d'ailleurs ?

En effet il ne regrettait rien. Il tapota le comptoir avec le bout de ses doigts. On lui commanda une nouvelle boisson. Puis un autre homme le héla pour avoir une nouvelle tournée à sa table. Le barman prépara tout ça, abandonnant quelques minutes Asher à ses pensées. Lorsqu'il revint, il s’accouda au comptoir.

- J'suis tout à toi, alors profites-en. Il fit un signe de tête vers sa chemise, parlant plus bas. C'est à qui ce sang ?
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Asher Rosebury
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MessageSujet: Re: Lambeaux [Brandy, Asher] [15/03/42] Mar 11 Fév - 18:46

La soirée avait plutôt très mal commencé, du sang, une nouvelle victime, la vision du théâtre brûlé, un mal de tête insoutenable, la rencontre avec l'aristocrate n'avait fait qu'empirer les choses. De plus, il ne recevrait ni son aide ni son soutient, non il était classé dans la case des fous qui devaient aller consulter un médecin pour parler de leurs problèmes psychologiques. Mais Asher n'en avait guère besoin ! Pourquoi irait-il payer un homme pour lui raconter ses mésaventures ? Radin ? Non. Méfiant ? Très certainement ! Pourtant au tout début, se rendant à son lieu de travail il était d'une humeur à en ravir des cœurs malheureux ! Pianoter sur son instruments de musique était sa passion, pourquoi cacherait-il sa joie de représenter un morceaux devant un public enivré de musiques ? Le clavier blanc et noir du piano le ravissait au plus haut point, pourquoi dissimuler la cause de son bonheur ? Les mélodies trottaient encore dans son esprit lorsque l'accident ou plutôt le meurtre s'était produit. Un homme l'avait alors recueilli à Saint Katherina's Docks. Un peu plus tard, arrivé dans le navire, les deux hommes avaient commencé à parler, un semblant de discutions déclarée.

Brandy semblait porter de l'intérêt pour le jeune homme désespéré et peu apprécier le fait qu'Asher l'appelle par Monsieur ou Messire, il se disait presque indigne de recevoir de tels titres honorifiques, et pourtant ! Le jeune homme l'aurait bien appelé seigneur pour ce qu'il faisait pour lui. Asher aimait la façon dont lui parlait l'homme qui lui faisait face, ces manières de découper chaque mots, son ton chaleureux et franc. Il est vrai que le bourgeois avait du mal à suivre le fil de la conversation, charcuter ainsi les phrases ce n'était pas son fort. Il semblait également avoir trouvé quelqu'un de bon, même peut-être un peu trop, depuis le début de leur rencontre le barman n'avait cessé de venir en aide à Asher qui ne savait comment le remercier correctement, à la juste valeur de ses services. Se sentant un peu « grondé », le jeune soldat sourit à pleine dents avant de répondre d'une voix un peu plus guillerette qu'à l'accoutumé :


- Et bien, dans ce cas, je ne puis que t'appeler par Brandy ou Capitaine, mais je préfère Brandy. Et excuse moi alors si je t'offense, c'est une éducation, j'ai toujours du mal à ne pas vouvoyer ou bien ne pas interpeller les gens par des titres honorifiques, qu'ils le méritent ou non. Mais dans ton cas, je t'aurais bien dit Monseigneur, je l'avoue, tu es trop bon pour moi alors que tu ne me connais pas. Peut-être qu'après t'avoir conté ma situation quelque peu étrange, tu me mettra dehors, le nez dans la poussière. Et je ne protesterai pas, j'obéis selon le bon vouloir du maître des lieux.

Le jeune bourgeois réfléchissait, il se sentait dévisagé par cette femme et pourtant il ne lui avait strictement rien fait (si l'on mettait à part qu'il était dans le même état qu'un clochard, une veste salie par la terre, l'eau et devenue rigide par le froid glacial et le vent qui tempêtait dehors, mis à part tous ces petits détails le jeune home paraissait normal, enfin presque). Se sentir ainsi placé dans une catégorie, jugé sans même avoir fait connaissance, mis dans le même pot que des vagabonds, le mettait mal à l'aise, il n'aimait pas cette situation de déshonneur complet dans laquelle une femme le classait mal. La dernière fois qu'une femme avait montré autant de dégoût envers lui cela remontait au voyage en Italie. La moitié du visage brûlé, il repoussait toutes ces belles créatures qui l'avaient tant attiré auparavant. Alors pourquoi autant de mépris ? Il se sentait honteux, humilié de se voir ainsi méprisé. Le cœur serré il ne put s'arrêter de penser aux belles jeunes femmes retrouvées mortes juste après leur rencontre avec l'ancien soldat. Brandy reprit alors la parole en la pointant du doigt. Selon lui il ne fallait pas s'occuper d'elle.

- Je ne pêche pas les femmes ainsi, Brandy, je te rassure, et même si je peux m'attraper de « bons filets » au port je trouve qu'elles sont toutes belles d'une certaine manière. Mais je ne te parle pas d'elle pour aller la séduire plus tard, simplement, elle n'a pas l'air d'avoir confiance en moi à cause de mes accoutrements, désire t-elle que je m'en aille ? Je suppose que oui, cependant j'aurais bien aimé qu'avant elle me voit autre que la personne qu'elle pense que je suis. Elle me juge beaucoup trop vite, mais je ne lui en veux pas, si j'avais un jour croisé un homme dans le même état que moi j'aurais très certainement passé mon chemin. Les temps sont dangereux, je n'aurais pas voulu risquer ma vie pour un geste de sympathie démesuré. Et toi alors, Capitaine, pourquoi m'être venu en aide ? Malgré ton calme olympique, n'as-tu pas craint une seule fois pour ta vie lorsque tu m'as vu ? Ton geste est certes forts honorables mais aussi très dangereux ! Dans tous les cas mon ami, je te remercie, je ne sais pas si je n'aurais pas fini gelé sur ce port m'abandonnant à mes pensées lugubres...

Asher était sérieux, pourquoi lui être venu en aide s'il paraissait si dangereux ? Le danger rôdait dans les rues de Londres en ces temps sombres. Pourquoi risquer sa vie dans un geste de bonté ? Pouvait-il voir un lui une quelque bonne âme perdue sous des lambeaux de vêtements ensanglantés ? Mais la discussion avait fini par tourner au vinaigre, un homme les importunait tous deux alors qu'ils parlaient tranquillement avec amabilité. Il s'était délibérément moqué d'Asher et du Capitaine de ce navire, et ça, c'était inacceptable ! Levé, Asher chancelait, il avait du mal à tenir sur ses jambes tant la fatigue et le froid engourdissaient ses membres, jamais il n'aurais cru si difficile de se mettre debout pour toiser un importun. Soucieux de la santé d'Asher, Brandy avait voulu le retenir, mais le jeune homme était passé outre, après tout, il défendait le peu d'honneur qui lui restait et le respect du capitaine de l'Abondance. C'était de bonne guerre, c'est ce qu'il devait se dire. Non il n'avait pas peur de frapper, il avait simplement la terreur de tuer un innocent, c'était un acte qui lui paraissait impossible et qui le dégoûtait après ce qu'il avait vu. Mais cet homme-ci s'en prenait à un futur ami, peut-être, du jeune homme, il ne voulait pas se voir ainsi humilier avec Brandy.

Les mains crispées, les poings serrés, Asher s'était levé, toisant l'importun de toute sa hauteur. Décidément, ce soir, ce n'était vraiment pas pour lui. Une colère étrange s'était emparée de son âme, de son cœur, il lui en aurait fallu de peu pour achever le badaud mais il se l’interdisait. Il se souvenait dans les périodes de guerres où il fut soldat qu'il terrorisait les prisonniers en les menaçant. Bien sûr, ses menaces n'étaient pratiquement jamais mise à exécution, mais il lui était arrivé quelques fois, sous le coup d'une colère lointaine de tuer l'ennemi alors qu'il ne pouvait se défendre. Oui, c'était lâche, mais lorsqu'on fait la guerre on doit abandonner tous sentiments. Ce mourir d'amour pour un lâche accroché par des fers sous une tente était impossible. Non dans ces temps là, il fallait se mettre en mode inhumain, abandonner toute once de gentillesse et d'humanité, il fallait s'oublier un instant, enfouir dans son âme qui on était réellement. En réalité, il fallait juste faire mourir cette partie de soi qui aimait, c'était tout, c'était cruel, c'était la guerre. Ses pupilles sondaient inlassablement l'homme qu'il tenait au niveau du col. Cette même colère était revenue. Un autre jour, il se serait montré calme, voir peut-être un peu trop, le badaud serait reparti, rechignant dans sa barbe par les rabrouements du jeune homme. Peu à peu il avait relâché cette pression en lui, ce mur qui le bloquait il venait de le démolir à coup de poings, il laissait libre cours à sa colère mais la modérait pour ne pas assassiner le bougre. Une grimace s'était formé sur son visage, non on ne reconnaissait plus en lui le doux agneau avachi sur une caisse traînant dans les docks, il était le loup. Son coup était parti tout seul et un instant plus tard il retrouvait sa victime au sol.


* Tu vois petit Asher que tu peux te montrer violent en dehors de la guerre... Tu vois que toi aussi tu es un monstre... *

Cette pensée effleura l'esprit d'Asher au moment où il avait plaqué son couteau sur la gorge de l'inconnu. Il ne regrettait pas ce qu'il faisait sur le moment. Il ne distingua presque pas les battements sourds et affolés du cœur de l'homme des ordres du Capitaine de l'Abondance. Non, il ne l'écoutait pas vraiment, il se réjouissait de ce qu'il faisait, oui il provoquait la peur, et même un homme s'était levé pour intervenir si le besoin se faisait sentir. Un rire rauque s'échappa de sa gorge quand le badaud s'élança vers la sortie, le souffle court, les jambes tremblotèrent, le visage déphasé et démoli par la honte de se voir ainsi humilier. Aussitôt l'agitation finie, le bar reprit son cours normal, les gens allaient se rasseoir, lorgnant cependant la chemise du jeune homme. On le regardait de travers, il n'aimait pas ça, mais dans ce contexte il s'en moquait délibérément, après tout il venait d'humilier un homme, les vêtements tâchés de sang qui n'était en l’occurrence par le sien. Revenant sur terre, l'esprit mauvais se dépêtrant du bon, Asher s'excusa auprès du capitaine. Cette colère s'était métamorphosée en une honte insoutenable, il venait de provoquer un chahut pas possible chez son hôte et il se permettait de frapper ses clients. Mais où va le monde ? La mâchoire crispée, il avait remis tranquillement son lourd manteau noir, certes dans un sale état mais toujours aussi riche et confortable. Durant le conflit, les sens aux aguets, l'ancien soldat avait senti Brandy se tendre, n'aimant pas du tout la manière dont s'enchaînaient les événements imprévus, et la serveuse angoisser. Lui avait-il fait peur ? Cette pensée le rongeait, montrer son côté tortionnaire de guerre n'était pas dans ses principes. Sa mère l'avait toujours éduqué ainsi, se montrer galant avec toute femme, qu'elle soit catin, serveuse, ouvrière, marchande, bourgeoise, sœur d'Eglise ou bien Aristocrate. D'après sa chère et tendre mère, toutes les femmes étaient reines, il fallait simplement leur en donner le moyen. De plus, il apprit à se montrer doux et non violent, pacifique envers toutes personnes de n'importe quel milieu social. Mais ses pulsions colériques, il n'avait pas réussi à les enfouir au fond de lui-même, tuer en dehors de la guerre était un véritable supplice, pourquoi donc était-il devenu soldat déjà ? Qu'est-ce qui a bien pu le pousser à s'engager dans l'armée ? Comment la guerre l'avait elle réellement transformé ?
Ses yeux se posèrent dans ceux de Brandy, désormais il avait du mal à soutenir son regard, il se sentait comme un enfant prit au piège. Pourtant, il ne semblait pas lui en vouloir pour un sou, d'ailleurs lorsque le jeune homme lui fourra la bourse dans la main, l'homme avait de suite décliné l'offre et lui avait rendu son argent. N'importe qui aurait pris ce bien, n'importe qui mais pas lui, non d'après ce que Rosebury put entendre, l'homme ne voulait pas gagner de l'argent ainsi. Peut-être est-ce son éducation, travailler puis gagner, ou bien son idéologie ? Allez savoir vous ce qui peut se passer dans la tête de chaque homme ! Pendant ce temps, Clarisse avait sorti le balais et s'occupait de remettre de l'ordre dans la pièce. Le jeune homme aurait bien aimé se lever pour l'aider à ramasser les débris de verre qui risquaient de s'infiltrer dans sa peau mais s'en aller alors qu'une personne vous parle était un manque de respect. Aussi resta t-il à sa place, les doigts dessinant des cercles sur le comptoir. Un peu plus tard, Brandy tenta de détendre l'atmosphère en lui lançant une petite boutade, ce qu'il réussit à faire à merveille :


- Et bien, je crois que tu as raison, j'aurais toujours ce petit problème, veux-tu me pardonner de ma maladresse ?

Il ponctua sa phrase par un clin d’œil quoique légèrement gêné d'avoir foutu le souk dans le bar Shoot & Boom. Réfléchissant comme s'il hésitait le jeune homme continua :

- Et bien si tu insistes pour connaître les faits, je te les dirais, mais je te préviens ne me prends pas pour un fou...

L'altercation avait fini par mettre le jeune homme sur ses gardes et l'avait quelque peu refroidi, cependant il tentait toujours de rester aimable envers le barman, après tout, ce n'était pas sa faute si un badaud les avait dérangés dans leur conversation. Suite aux dernière paroles du jeune homme avouant qu'il appréciait le Capitaine, Asher crut voir un sourire se former sur les lèvres de Brandy qui finit par lui dire qu'il n'était pas mécontent de l'avoir ramené ici. La main du bourgeois se fourra à nouveau dans ses cheveux qu'il ramena en arrière, c'était un effet un tic montrant sa nervosité, il était à cran et le moindre petit écart pouvait tout faire basculer, cependant ses yeux quelques minutes plus tôt froids, distants, mauvais reprenaient leur lueur d'antan accompagné d'un soupçon de chaleur qu'il ne possédait pas avant de rencontrer le barman.

- Oui merci, je vais beaucoup mieux, la chaleur me fait un bien extraordinaire, je sens à nouveau mes doigts. J'avoue être très frileux...

Les doigts de son hôte tapotaient contre la surface dure et lisse du comptoir. Un homme lui redemanda une nouvelle tournée de bière que l'homme fit illico-presto par habitude. Tandis que Brandy s'en allait, Asher repensa à ses propos par rapport à Clarice, il avait raison, après tout c'était elle qui nettoyait les pots cassés. Sa main attrapa sa bourse et l'ouvrit en y plongeant les doigts. Il est vrai que le jeune homme ne pouvait pas se prétendre pauvre, loin de là, il était d'ailleurs plutôt fortuné, mais ce que contenait sa bourse ne faisait pas là toute sa fortune. Il s'agissait simplement de quelques petites pièces, certes, convoitées par la majorité de la population mais qui ne constituait qu'une infime partie de sa richesse. Sortant une petite poignée de pièce de sa bourse, le jeune homme se leva et se dirigea vers la serveuse. Se stoppant près d'elle, il la salua, lui prit toujours aimable, avec un sourire doux aux lèvres et lui glissa la monnaie entre ses doigts.

- Excusez moi pour le dérangement, my lady, c'est pour les problèmes que je viens de vous causer, j'espère ne pas vous avoir ennuyé avec cette petite altercation. Aussi recevez mes salutations les plus sincères.

Il lui lâcha la main, se recula, la salua à nouveau comme un gentil-homme et retourna à sa place. Brandy revenait en même temps que lui et s'accoudait au comptoir. Prenant une inspiration le jeune homme se demandait s'il fallait vraiment qu'il lui raconte ce qu'il s'était passé ou s'il devait imaginer un scénario plausible. Mais l'homme avait été franc avec lui, il ne lui mentirait pas, d'autant plus que mentir n'était pas son fort et que chez le jeune homme ça se voyait comme un nez au milieu d'une figure. Il ouvrit la bouche une première fois et se rendit compte au bout de cinq secondes qu'aucun son n'avaient franchi la porte de ses lèvres. Aussi demanda t-il à Brandy de lui servir n'importe quelle boisson pourvu qu'elle s'occupe de lui dessécher la gorge.

- A vrai dire, Brandy, je ne sais pas d'où provient ce sang, mais je sais une chose : quelqu'un a quitté notre monde ce soir, j'espère simplement que la victime n'aura pas souffert.

Ca y est, il avait déjà trop parlé, l'homme le prendrait pour un fou ou bien un assassin et l'escorterait jusqu'au Scotland yard où il serait accueilli à bras ouverts, les menottes aux poignets, ligoté comme un rôti.

* Et bien bravo hein ! Tu aurais pu te taire pour une fois ! *

Cependant il poursuivit, le ton moins assuré que quand il avait débuté son explication, soudain il croisa les jambes et posa ses coudes sur le comptoir prenant sa tête dans ses mains :

- Je ne me rappelle de rien... C'est comme si c'était le vide, le néant pendant quelques minutes, comme si j'avais reçu un coup à la tête et que j'avais été assommé. Je remarque que je perds connaissance à chaque mal de tête insoutenable, je n'arrive pas à vaincre la douleur, elle est trop forte... Mais ce n'est pas la première fois que je me retrouve dans une telle situation, quelqu'un doit m'en vouloir et s'en prend donc à mes proches... j'ignore qui ce chien a tué ce soir, mais on le saura certainement bientôt...

Ses mains se crispèrent par la colère et il planta ses ongles dans ses paumes, il haïssait ce meurtrier. Asher laissa une grimace flotter sur ses lèvres délicates, il venait de lui révéler son plus lourd secret, mais il n'était pas entré dans les détails, comment réagirait-il s'il lui dévoile qui il était réellement ? S'il lui disait qu'il était un ancien soldat ayant combattu au Japon et qu'il avait usé de magie pour retrouver son apparence véritable après l'incendie en Italie, ne risquait-il pas de le prendre pour un fou venu des terres d'Est ?
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Brandy Weest
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MessageSujet: Re: Lambeaux [Brandy, Asher] [15/03/42] Mar 18 Fév - 0:37

Brandy renifla dédaigneusement par le nez, marquant ainsi son mécontentement lorsque Asher l’assomma une nouvelle fois avec sa politesse tenace. S'il n'avait pas décidé de prendre ce chiot sous son aile à deux doigts de crever de froid au dehors, il l'aurait attrapé par la peau du cou pour lui apprendre qu'il n'aimait pas se répéter. Il aurait pu lui agripper fermement la tignasse et tirer dessus pour qu'il le regarde dans les yeux, bien droit, puis lui hurler que c'était la dernière fois qu'il disait une chose pareille à son propos, sinon quoi il subirait sa colère. Sa main libre, poing serré, se serait écrasée durement sur son bas ventre, lui donnant un aperçu de ce que le Commandant entendait mettre à exécution si il ne lui obéissait pas. Mais Asher n'était pas un matelot, il n'avait pas à lui faire la morale pour revoir ses habitudes, il devait juste lui faire comprendre une bonne fois pour toutes que s'en était fini des grands mots pour ce soir. Il espéra que le regard contrarié qu'il lui jeta serait suffisant pour ne pas y revenir encore. Et le pire dans tout ça, c'était que le jeunot était fier de son coup, il souriait à pleines dents et pensait certainement que ça lui faisait plaisir d'entendre qu'il l'aurait bien nommé « Monseigneur ». Lèche cul de bourgeois. Les habitudes ont la vie dure, mais Brandy voyait bien que son invité y mettait de la bonne volonté dans le fond, puisqu'il avait presque réussi à changer complètement sa façon de parler. Cependant, dès qu'il serait trop aviné, il n'y aurait plus qu'à tout recommencer de zéro. C'était le hic avec les boissons alcoolisées, elles faisaient perdre tout sans blanc de raison et mettaient tout sans dessus dessous. Pour cette fois, il passerait l'éponge.
Le cow-boy haussa un sourcil intrigué. Alors comme ça, il risquait de le renvoyer d'où il venait illico-presto quand il apprendrait ce qui était arrivé à ce Rosebury. Cela supposait donc qu'il avait fait quelque chose de mal aux yeux du monde, sinon un barman ne se sentirait pas forcé de le jeter au dehors de son établissement pourtant pas toujours bien famé. C'était d'autant plus intéressant. Brandy avait déjà fait le tour de la question, ce gars ne représentait pas une menace pour lui et ses concitoyens, il avait un bon fond, alors l'ex-hunter se demanda s'il ne se faisait pas une montagne de ce qu'il avait fait. Une mauvaise personne n'accepterait pas de se faire humilier en public sans rien dire, se faire sortir d'un bar à coups de pieds au cul c'était peu probable sans qu'il n'y ait lutte. Ça prouvait une fois encore que Asher parlait beaucoup, mais qu'il n'était pas le monstre qu'il laissait croire qu'il était. Mais ça, c'étaient ses conclusions avant l'altercation avec son voisin.

Les craintes de Rosebury à propos des réactions de Clarisse firent rire Brandy à gorge déployée. L'avantage d'avoir ramené cet homme sur l'Abondance, c'était qu'il l'amusait beaucoup. Il se frottait rarement à de telles personnes, c'était d'autant plus drôle de voir leurs manières au grand jour. Comment pouvait-on être aussi sensible ?


- Asher... Mon gars, mais qu'est-ce que t'en as à foutre de ce qu'elle pense ? De ce qu'elles pensent toutes ? Au fond, elle s'en moque Clarisse de toi, que tu sois là ou pas, tant que tu vas pas tripoter ses jupons ; elle a un a priori sur tout l'monde, comme tout l'monde, comme toi mon gars ! C'est pas toi sur les docks qu'a dégainé ton arme l'premier parce que tu croyais qu'j'étais un mauvais bougre, où je n'sais quoi d'autre ? J'm'en suis pas offusqué, j'suis pas en train d'te faire la morale, on n'est pas là pour ça,... Pis tu sais les femmes, Brandy agita la tête de droite et de gauche, si t'essayes de les comprendre, t'as pas fini de boire ! Ha !

Brandy passa une main dans sa barbe, un grand sourire aux lèvres, les femmes fallait pas chercher. Ca c'est sur. Il allait enchainer sur les raisons qui l'avaient poussés à l'inviter à bord, mais il n'en eut pas l'occasion, car leur conversation s'interrompit soudainement. S'en suivit une vive querelle, des mots, une bonne bousculade, quelques bris de verre, le départ d'un client et ce fut tout.
L'orage était passé.

Asher Rosebury avait reprit sa place et traçait des cercles sur le comptoir. Brandy sentait qu'il était contrarié pour ce qui venait de se passer et peu importe ce qu'il aurait à dire, il n'y changerait rien. Son invité était un de ces hommes à s'en faire pour pas grand chose. Franchement, c'était à peine croyable. Il le laissa donc à ses remords, de son coté il avait déjà tiré un trait sur cette histoire, pas si grave. Ce qui le chagrinait cependant, c'était à quel point le jeune homme lui avait paru changé lorsqu'il avait agit, déjà Brandy n'aurait jamais pensé qu'il serait aussi vif à utiliser la force brute. C'était la manière dont il avait menacé l'homme à terre qui était plutôt effrayante, lui tirer ainsi la tignasse et lui souffler quelques mots inaudibles au creux de l'oreille, c'était rude et fait avec un remarquable sang froid. A bien y repenser, le comportement de son invité s'était mué en quelque chose de sombre après qu'il se soit fait houspiller, il avait comme laissé éclater sa colère et sa rage contenue jusqu'ici. Le pauvre bougre, qui avait déguerpit la queue entre les jambes, était intervenu au mauvais moment avec la mauvaise personne, car l'homme au katana devait ronger son frein en repensant à ses précédents agresseurs. Après cet épisode mouvementé, le Capitaine se dit que cet Asher n'était finalement pas aussi inoffensif qu'il paraissait l'être au premier abord. Il semblait avoir de la ressource. L'aurait-il mal jugé ? Leurs yeux se croisèrent. Brandy repoussa cette pensée.


- Pour répondre à ta question d'tout à l'heure, avant qu'on s'fasse interrompre, tu voulais savoir pourquoi j't'ai fait venir ici malgré ton allure... j'vais dire lugubre. Il agita la main pour faire signe que c'était à peu près ça. Il n'allait pas lui dire qu'il avait entendu une voix d'outre tombe, non, se serait passer pour un dingue. Bah en fait, j'sais pas trop... T'avais l'air dans l'besoin, tu crevais d'froid sans bouger avec le regard vide, au début j'ai même cru qu'étais blessé en fait. Mais non. Il marqua une pause, pensif. Il avait entendu le son d'une arme. J'suis resté sur mes gardes, j'suis pas fou non plus, j't'ai jaugé si on peut dire et j'ai jugé que j'avais pas grand chose à craindre, que d'monter à bord t'éloignerait de l'a froidure et des salauds qui t'ont mis dans cet état pitoyable. Pis y a du monde ici, dans l'pire du pire, si t'étais un mauvais gars, t'aurais pas fait d'meurtre en pleine lumière comme ça !

Le barman lorgna du coté de Clarisse qui mettait maintenant les éclats de verre à la poubelle et déposait la pelle et le balais contre le mur, sans aller les ranger puisqu'on était jamais à l'abri d'un accident. Toutefois, elle semblait remise de ses émotions. Il l'avait vue se tendre lorsqu'il y avait eut la bagarre, mais maintenant que tout était rentré dans l'ordre, elle avait retrouvé son charmant sourire. Même ramasser les cochonneries renversées par son patron n'assombrissait pas son humeur. Au final, elle était soulagée que ça se soit si vite terminé et elle avait été impressionnée par la réaction de l'homme que Brandy avait ramené au Shoot&Boom ; à son allure dépenaillée, elle l'avait directement catalogué comme victime, mais il apparaissait clairement qu'il savait se défendre. Elle porta un œil nouveau sur lui et passa outre ses vêtements déchirés. Elle l'observa avec une discrétion toute féminine. Il était jeune, beau malgré les apparences et si elle y regardait de plus près, son accoutrement devait coûter un bras. De toute façon c'était un bon bourgeois d'après la taille de sa bourse. Lorsqu'il l'avait donnée toute rebondie au Capitaine, Clarisse avait frémit. Il devait y avoir là dedans de quoi payer son logis pendant deux mois entiers. Cependant, elle se posait une question qui avait aussi son importance : à qui était le sang sur sa chemise ? C'était dégoûtant et déroutant à la fois.

L'ex-Hunter remarqua que sa tentative pour détendre l’atmosphère avec une petite blague avait fait mouche. Son invité au visage si préoccupé s'était déridé au point de lui faire un clin d’œil.


- T'seras pardonné lorsque t'auras enfin cessé de remettre à plus tard tes confidences, j'meurs d'impatience maintenant d'savoir comment t'as pu t'mettre dans un tel état. Et là seulement, j'pourrais juger si t'es un fou qu'on va mener dans un asile pour malade de la tête, avant j'pourrais pas.

Ensuite, Asher avoua qu'il se sentait mieux dans le ventre du navire qu'au dehors. Pour ne pas en faire trop, Brandy ne fit aucun commentaire sur sa tendance à avoir froid facilement et préféra faire le service, mais il n'en pensait pas moins. Un bourgeois ça vivait tellement dans le luxe que ça ne devait pas être habitué à souffrir des basses températures, à force ils devaient être incommodés bien plus facilement que le commun des mortels. Il l'aurait mal vu devenir matelot. Non vraiment, malgré l'admiration qu'il paraissait porter pour les barquettes flottantes, il n'aurait pas pu subir les intempéries sans attraper un rhume mortel.
Pendant ce temps, Asher s'était levé et avait pris quelques pièces de sa bourse, avant de s'approcher de Clarisse. Celle-ci patientait à l'autre bout du comptoir en attendant d'avoir quelque chose à faire, elle eut donc tout le temps de voir arriver le compagnon de son patron. Elle se demanda ce qu'il lui voulait. Elle avait remarqué l'argent dans ses mains. Il n'allait tout de même pas lui demander des services pendant que Brandy avait le dos tourné tout de même ? Il y en avait déjà qui s'y étaient risqués, mais ils n'y étaient jamais revenus car la jeune femme les avaient reçu avec des mots acerbes et le barman y avait ajouté son grain de sel. Un assaisonnement trop épicé pour la plupart des personnes qui peuplaient le bar. Les hommes remarquaient clairement quand le Capitaine ne plaisantait pas, ses yeux étaient trop menaçants pour qu'on vienne le défier. A moins que ça ne soit à cause de tout son attirail attaché à sa ceinture. Et s'ils avaient vu ce qu'il cachait sous son boléro, ils n’auraient même pas tenté une approche. Ça avait du bon d'être la protégée d'un véritable loup de mer. Mais là à mesure que Asher se rapprochait, la serveuse doutait du bon sens de son patron. Se préparant mentalement à lancer une furieuse pique, Clarisse patienta jusqu'à ce que l'homme soit à sa hauteur. Elle ouvrit la bouche, mais aucun son en sortit. L'homme l'avait pris de court. Sa manière de la saluer l'avait fait hausser les sourcils de surprise. Il était tout à fait aimable, c'est pourquoi elle le laissa lui prendre la main, sans la retirer vivement comme elle comptait le faire, pour y déposer quelques pièces. Les joues de la jeune femme prirent une belle teinte rosée, marquant ainsi son trouble et le plaisir fugace qu'elle ressentit à se faire nommer « my lady ». C'était très plaisant, pas seulement ces mots, mais aussi la douceur de la peau de cet inconnu. Jusqu'ici elle n'avait connu que des hommes qui exerçaient un métier manuel, dont les mains étaient calleuses et rêches. Toucher cette peau abîmée par la soie, c'était une première et même si elles étaient froides, elles restaient si agréables à toucher que la femme aurait bien prolongé le contact. Les lèvres de Clarisse s'étirèrent inconsciemment et formèrent un radieux sourire. Cet homme, il parlait tout joliment, c'étaient des caresses à ses oreilles. Aussi, son impression sur lui changea du tout au tout, au final le Capitaine avait peut-être ramené quelqu'un de bien sur l'Abondance.


- Merci Monsieur, dit-elle finalement, tandis que l'homme allait reprendre sa place et retournait à sa conversation. Que Dieu vous garde ! Dit-elle plus fort.

La serveuse reposa ses yeux sur sa main, où les pièces menaçaient de tomber au sol. Elle écarquilla les yeux. Jamais elle n'avait eut un si gros pourboire d'un client, au point qu'elle se sentit infiniment gênée de l'avoir aussi mal regardé lorsqu'il était arrivé. Elle se promis de se faire pardonner d'ici à ce qu'il s'en aille, un mot gentil ne serait certainement pas de refus. Comme un trésor, Clarisse mit précieusement son butin dans une des poches de sa robe au dessous de son tablier. Puis elle s'accouda de nouveau au comptoir, un air un peu rêveur sur le visage. Elle poussa un soupir d'aise.

Brandy revint se placer derrière le bar, enfin prêt à accorder toute l'attention que méritait son invité. Il sentait que les débuts allaient être difficiles. En effet, Asher ne devait pas vraiment savoir par ou commencer. Alors qu'il hésitait, un homme installé jusqu'ici au comptoir déposa l'addition pour sa consommation. Le compte était juste. Le barman lui souhaita une bonne nuit et bon vent. Après son départ, Rosebury choisit de le laisser lui faire goûter ce qu'il voulait. En un clin d'oeil, il lui remplit un broc de bière à ras bord et le posa juste devant lui, tandis que son invité commençait à parler. Le choix de ses mots intriguèrent l'ex hunter. Il y avait donc bien eut un mort. Il accusa le coup sans sourciller, ce n'était pas son problème. Il continua de regarder Asher d'un œil pénétrant. Celui-ci semblait perdre confiance en lui au fur et à mesure qu'il s'exprimait. Il se prit la tête entre les mains, alors que ses paroles s'insinuaient dans l'esprit de son interlocuteur.
Brandy était décontenancé par ce qu'il entendait. C'était flou, assez peu compréhensible. Jusqu'ici Rosebury avait tenu des propos clairs et concis, mais là c'était très difficile de suivre le cours de ses pensées. Ce qui était certain, c'était qu'il était choqué, en colère et triste, au fond. Le barman grimaça. Ce gentil garçon était malade, il faisait des migraines qui le rendaient impuissant et le laissaient inconscient. Ca devait être douloureux. C'était donc ce qui lui était arrivé ? Il avait perdu connaissance alors qu'il y avait un meurtre tout près de lui ? C'était peut-être ce qui lui avait sauvé la vie. Il aurait dû en être heureux. Même si c'était navrant. Brandy repensa à ce qui c'était passé quelques minutes plus tôt. Asher avait comme perdu l'équilibre le temps d'une demi seconde, à ce moment là aussi il avait eut mal à la tête ? Peut-être que de fortes émotions avaient tendance à lui faire monter le sang à la tête et que c'était pour cette raison qu'il sombrait.
La Capitaine prit la parole d'une voix douce et réconfortante.


- Au moins ici t'es en sécurité. Hey Asher, tu peux relâcher la pression et respirer un bon coup. Si j'ai bien compris, t'as des genre de migraines qui te font tomber dans les pommes ? C'est pour ça que t'as pas pu voir ce qu'était arrivé à la personne qui c'est fait refroidir près de toi ? Et vas y doucement hein, j'tiens pas à ce que tu fasses une crise de panique là maintenant, prend ton temps, on a toute la nuit devant nous pour que tu m'racontes tes sombres misères. Franchement, j'pensais pas que t'avais d'si graves problèmes... Et comme ça tu penses que quelqu'un est derrière tout ça ?

Le barman était attristé pour Asher. S'il y avait vraiment quelqu'un qui lui voulait du mal, il semblait s'y prendre convenablement pour rendre fou le jeune bourgeois et lui mener la vie dure. Il y avait sûrement déjà pensé, mais Brandy tenta tout de même sa chance :

- Et t'as déjà prévenu la police ? Le Scotland Yard est peut-être un peu tourné en dérision à cause du pamphlet dans les journaux, mais ils ont des hommes capables j'en suis certain, peut-être que l'un d'entre eux pourra t'aider à mettre la main sur ton mystérieux inconnu. Pis au pire, t'as l'air d'avoir des ressources, pourquoi t'engagerais pas un détective privé ?

Il grimaça, en proie à la réflexion. En plus il venait de terminer sa dernière cigarette. C'était pas bon signe. Il allait falloir qu'il demande à Clarisse de le remplacer l'espace de quelques minutes, le temps qu'il aille chercher son matériel dans sa cabine. A moins qu'il ne la laisse s'en occuper. Il verrait, selon ce qui se passerait avec Asher, dont les mains serrées semblaient refléter toute la force qu'il mettait pour garder le contrôle de lui même.
Après avoir appris un peu plus sur lui, le barman commençait à se dire qu'il avait décidément bien fait de le prendre sous son aile. Qu'importe si c'était sa mère ou sa propre conscience qui l'avait poussé à faire le premier pas, il était heureux de l'avoir fait.


- Bon, alors tu ne sais pas qui est la victime de ce criminel alors ? Et tu as une idée de qui il peut être lui ? Ca fait longtemps que ça dure cette poursuite ? Rholala... C'est à peine si tu dois fermer l’œil mon pov'.
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Asher Rosebury
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MessageSujet: Re: Lambeaux [Brandy, Asher] [15/03/42] Mar 18 Fév - 22:00

Asher avait toujours eu énormément de mal à parler simplement à une personne. Les convenances étaient toujours présentes et se faisaient sentir à chaque instant, à chaque paroles prononcées par le bourgeois. Chaque mot qui franchissait ses lèvres étaient toujours bien formulé, accompagné d'une politesse et d'une délicatesse incontestable quoique quelque peu naïve et pouvant paraître ridicule face à des gens des classes sociales basses. Mais rien y faisait, menacez-le, frappez-le rien ne pourra ôter ses mots pompant de sa bouche rosée. C'était une éducation, et pour lui plus précisément une preuve irréfutable de respect. Cependant il lui arrivait quelques fois de faire quelques petites boutades qui ne plaisaient pas à son interlocuteur, rien ne changerait, Asher était ainsi, le jeune homme était un bourgeois d'assez haute classe. Brandy semblait presque être sur le bord des nerfs ce qui mit mal à l'aise le bourgeois. Il évita de se dandiner comme un enfant sur sa chaise et baissa les yeux, enfin, il finit par murmurer une excuse, terme qu'il emploie beaucoup trop souvent à son goût. En effet, il courait après les excuses, tentant de se faire pardonner à la moindre offense commise d'un homme peut-être un peu trop sensible.

* Tu t'excuses beaucoup trop Asher... Je te conseille de t'adresser ainsi à des vrais nobles, les ouvriers n'en valent pas la peine *

Aussi cette pensée dériva dans l'esprit d'Asher ainsi :


* La prochaine fois mon grand, tu sauras comment te comporter face au Capitaine de l'Abondance, n'oublie pas qu'il n'apprécies pas autant que toi les convenances. *

Il se maudissait intérieurement, comment pouvait-il continuer à énerver le barman alors qu'il l'avait pris sous son aile pour son plus grand bien ? Ses joues reprenaient des couleurs, sa peau un peu plus tôt blanchâtre par la fraîcheur de la nuit reprit une teinte beaucoup plus humaine et saine, il n'avait plus l'air d'un malade sortit tout droit d'un asile, à une exception : ses vêtements qui étaient toujours étrangement colorés d'une couleur douteuse, suspecte.
Un sourcil interrogateur se dessina sur son front lorsqu'Asher lui avait prévenu que son histoire n'était pas pour les âmes sensibles. En effet sa petite historiette n'était pas faite de soie et de blanc, non, il y avait aussi les incendies, le sang, les cris, les soldats au front, les conquêtes retrouvées mortes proche de chez lui, certaines appartenant à la haute bourgeoisie et créant donc de graves problèmes dans son entourage (qui se réduisait simplement à... lui). Soudain Brandy se mit à rire à gorge déployée, mettant mal à l'aise le jeune homme qui esquissa un sourire nerveux, dès qu'il s'agissait de femme, Asher était des plus sérieux. Il n'aimait pas la façon dont certains hommes les traitaient, comme des êtres inférieurs mais le barman ne semblait pas faire parti de ces badauds, ces malotrus. A bien y penser, il est vrai que le bourgeois n'avait pas hésité à dégainer son arme dès qu'il avait entendu un semblant de bruit de pas humain. La colère, la rage avait fait briller ses yeux métalliques le rendant quelque peu fous et à la fois terrifiant. Il est certains qu'on en croisait pas deux comme lui dans une vie.


- Je suis confus, mon ami... J'aime tellement les femmes, leurs façons d'être et de penser que je me sens mal dès qu'elles ont un à priori négatif sur ma personne. Je n'aime pas les sentir réticentes, mais je suis soulagé de ne pas être le seul à être jugé ici. Un petit rire s'échappa de sa gorge. Tripoter ses jupons, non... J'ai quand même un minimum de respect Brandy, je ne suis pas comme eux s'ils ont déjà essayé. Son regard balaya la salle. En effet c'est moi qui ai dégainé en premier, mais j'ai mes raisons, je t'ai pris pour quelqu'un d'autre, une personne que j'attends depuis bien trop longtemps maintenant...

Brandy passait une main dans sa barbe, ce qui fit sourire Asher qui lui n'en portait pas. Non, il décidait de se la raser, il aurait tout le loisir plus tard d'en porter une, pour le moment il n'en voulait pas. Quelques instants plus tard, pour un petit coup de coude dans les côtes douloureuses d'Asher, pour quelques paroles qui n'avaient pourtant aucun sens dans l'esprit de l'ancien soldat, le jeune homme avait presque sauté sur l'homme assis à côté de lui. Il n'appréciait pas qu'on lui parle ainsi et qu'on s’immisce dans une de ses conversations douteuses. Cela le mettait carrément hors de lui, ça le révoltait alors à quoi bon se retenir ? Il lui avait simplement murmuré quelques douces menaces au creux de l'oreille, une fine lame plaquée contre sa peau rugueuse et grasse, il avait simplement montré à tous ses gens que même s'il paraissait doux et naïf il n'en était pas moins froid et dangereux peut-être même terrifiant. Le gentil Asher avait paru loin, très loin dans son cœur, pendant un instant il avait repris sa place de soldat interrogeant un prisonnier lors des guerres. Cependant après la petite altercation il se sentait horriblement gêné, ce n'était pas des manières de se comporter ainsi en bougre ! De mettre le bazars chez un hôte, non ce n'était sûrement pas poli... Brandy changerait-il d'opinion en ayant vu la scène ? Apparemment non. Brandy reprit la conversation d'un ton posé, calme comme si la petite bousculade ne s'était jamais passé. Comment pouvait-on passer outre ces actes ? Asher semblait de plus en plus surpris par ses paroles, inoffensif lui ? Ça se voyait qu'il ne le connaissait pas... mais il avait raison sur un point, jamais il n'aurait l'idée de commettre un crime en pleine lumière qui plus est devant tant de paires de yeux... Enfin, Asher prit la parole suite aux dires de l'homme mûr :

- Je te remercie Brandy, il y a peu de bonne âme en ce moment... Avais-je le regard aussi vide que tu le prétends ? Me suis-je montré aussi froid ? Après une courte pause il reprit, examinant ses longues et fines mains. Non, c'est étrange que je ne sois pas blessé... Je me demande si... Mais comment aurait-il pu ?

Les pensées d'Asher s'embrouillaient, s'entre-mêlaient les unes aux autres, plus rien n'était clair ou précis, non, c'était de simples hypothèses formulées à demi à haute voix. Et si on l'avait frappé ? Soucieux, il glissa une main délicatement dans ses cheveux vérifiant s'il n'avait ni bosse, ni égratignure. Mais rien ne perturbait son crâne lisse mis à part son mal de tête incessant. Peut-être qu'avec un peu d'alcool il réussirait à oublier quelques unes des mésaventures de cette soirée. Sentant un regard peser sur sa nuque, le jeune homme tourna discrètement la tête, les yeux rivés dans la même direction que ceux du barman : fausse alerte, il s'agissait simplement de Clarisse qui le reluquait... A quoi pensait-elle cette fois ? Qu'il était un meurtrier ? Un vagabond ? Un furibond ? Une personne mauvaise ? Ou changeait-elle tout simplement d'opinion sur lui. Asher ne la détailla pas non, il ne voulait pas s'attirer en plus de ses mauvaises conclusions ses foudres. Il avait simplement constaté qu'elle portait une longue robe qui recouvrait ses jambes, un corset et de petites bottes à lacets, assez surprenant pour une serveuse, lui qui traînait dans des cafés en voyant des demoiselles habillées de noirs et blancs. La jeune femme semblait porter beaucoup d'attention à la bourse du jeune homme, ce qui le désespéra quelque peu, dorénavant, les gens ne s'intéressaient plus qu'à l'argent, plus rien ne comptait mis à part la richesse car oui, ils vivaient dans une époque cruciale où l'argent jouait gros dans une vie.

Suite aux paroles de Brandy, Asher sourit, les yeux embrumés comme si son esprit était parti loin très loin...

- Je ne pense que mourir d'envie de savoir ce qu'il s'est passé ce soir est une expression appropriée, car moi-même je ne souhaite pas réellement en connaître les faits...

N'a t-on pas le droit de se montrer énigmatique ? N'était-il pas censé savoir ce qu'il s'était passé ? Ne devait-il pas être conscient des faits ? En effet, Asher ne pouvait pas expliquer comment cela se faisait que du sang frais tachait sa belle chemise blanche qu'il chérissait tant.

Quelques secondes plus tard, le voilà partit, se dirigeant délicatement, telle une ombre vers Clarisse. Il ne désirait pas lui faire peur, le terrifier, ni la dégoûter simplement il voulait s'excuser et lui montrer par la même occasion qu'il n'était pas le monstre qu'elle croyait. Il affichait un sourire aimable, chaleureux, qui n'avait rien de séducteur simplement gentil. Il ne désirait pas qu'elle croit que le jeune homme cachait anguille sous roche. Il s'était alors emparé de sa main comme s'il s'agissait d'un objet des plus précieux et y glissa les quelques pièces, moindres pour lui mais certainement une richesse pour elle, au creux de la paume de sa main. Au fur et à mesure que sa voix atteignait les oreilles de la jeune femme, Asher la vit rougir puis sourire, un sourire éclatant, éblouissant qui prouvait que peu de personne faisait preuve de gentillesse avec elle. Sa main dans la sienne, le jeune homme rompit le contact en entendant un petit merci accompagné d'un Monsieur tout furtif, comme si ces mots n'étaient pas à leur place, ce n'était pas à elle de remercier le jeune homme mais bien à lui de lui montrer tout le respect qu'il lui doit. Travailler au milieu d'hommes lorsqu'on est une femme n'est pas une mince affaire, ne pas se laisser marcher sur les pieds par des vagabonds demandait de la persévérance, ce que devait contenir ce petit bout de femme. Avant de s'en aller rejoindre Brandy, le jeune homme avait laissé courir sa main sur la joue de la serveuse tout en répondant à ces derniers mots ainsi :

- Que Dieu vous protège de toutes les misères de ce monde, Mademoiselle...

Il finit par lui adresser un sourire polie avant de baisser la tête pour la saluer, s'il avait eu un chapeau sur sa tête il l'aurait ôté en même temps d'incliner sa tête en faisant cascader ses cheveux sur ses épaules. De retour vers Brandy, il ne put s'empêcher de jeter un dernier regard à Clarisse qui paraissait aux anges, au moins il avait fait une heureuse ce soir, et c'est sûrement ce qui lui donnera le sourire toute la soirée. Poursuivant la conversation, le jeune homme avait conté d'une manière très floue sa soirée et son problème. Il lui semblait que Brandy tentait de déchiffrer ses dires. Il est vrai que sa manière de s'expliquer allait avec sa pensée c'est à dire, un sac de nœuds. Les mains glissées dans ses cheveux Asher était perdue, son esprit embrumé et sa tête lui lançant encore douloureusement, il remercia le barman pour la boisson et y trempa les lèvres. Il appréciait le goût même si ce n'était pas son fort. Il devrait songer à aller plus régulièrement dans des bars comme celui-ci, et surtout celui-ci d'ailleurs qui avait une ambiance tout particulièrement chaleureuse et enjouée, quoique tout pouvait dégénérer, nous en avons eu la démonstration pas plus tard que dans la soirée... Le Capitaine semblait croire qu'il était en sécurité au Shoot & Boom, mais non, au contraire, Asher les mettait tous en danger. Soupirant une fois, il ouvrit la bouche, réfléchissant intensivement à ce qu'il allait bien pouvoir dire avant de répondre d'un ton très calme quoique un peu plus sérieux et moins naïf.

- Non, justement, je ne pense pas être en sécurité dans un tel lieu, à vrai dire je ne suis pas plus en sûreté que chez moi. Je vous mets tous en danger, c'est pour ça que je ne tarderais pas ce soir... Ne t'en fais pas, je ne fais pas de crises de panique... Enfin, il me semble. J'ai horreur des crimes et pourtant... Si tu savais tout ce que j'ai pu faire en si peu de temps. Mais tu as raison sur un point... Je... C'est comme si j'avais un moment d'absence, qu'il soit long ou bref... Je ne sais pas si j'ai réellement des migraines...

S'arrêtant un moment, il plongea ses lèvres dans la bière avant de planter ses prunelles dans ceux de Brandy, les scrutant, déterminant s'il était réellement de confiance.

- J'ai souvent avancé l'hypothèse d'avoir été drogué ou assommé mais non, sinon j'en ressentirais les effets, je n'ai pas reçu de coups... Je suis perdu... Je ne sais vraiment pas ce qu'il se passe...
Oui je pense que quelqu'un est derrière tout ça, sinon qu'est-ce donc cela peut-être ? Les femmes que je rencontre ne s'écorchent pas seules en bas de mes escaliers. C'est aussi pour ça que je devrais m'en aller... Je... Cette personne... Et bien, elle s'en prend à ceux que je coutoie, je ne voudrais pas qu'il vous arrive quelque chose.

Pour ponctuer sa phrase il fit un signe de tête vers le barman puis vers la serveuse. Il ne voulait pas qu'il leur arrive malheur, il ne pouvait se le permettre.

- Ce n'était pas après toi que j'en avais au port... Je l'attendais, je désirais sa venue, je voulais en finir au plus vite, c'en est trop... Je ne veux plus voir de cadavre, rien que celui de ce chien... La guerre m'a suffis.

Ecoutant avec attention ses derniers propos il finit par répondre en faisant un signe de tête négatif :

- Je ne demanderais pas leur aide, je ne veux pas les mettre en danger ; Cette personne a déjà fait des siennes et n'a pas peur d'attaquer en public. Lorsque j'ai repris connaissance tout à l'heure, je me suis retrouvée à genoux devant un aristocrate, un Lord si je me souviens bien... Je le dégoûtais, mais pourquoi ? Peut-être ressemblais-je à l'agresseur ? Après m'avoir traité de fou il a menacé d’appeler le Scotland Yard ! Ils auraient certainement la même réaction que lui... On me conseillerais d'aller voir un médecin adapté à mon cas et on me prendrait encore pour ce que je ne suis pas.

Désemparé, ses doigts se lièrent autour de la chope de bière et se triturèrent assez douloureusement, ce n'était plus de la colère mais de l'incompréhension, il réfléchissait, tout allait beaucoup trop vite. Il parlait de ses problèmes à un homme qu'il ne connaissait même pas ! Comment savoir s'il n'allait pas raconter à tout le monde que le Bourgeois Rosebury était un fou qu'il fallait enfermer dans un asile ? Décidément, il ne voyait pas le bout de tous ses problèmes.

- Non tu as raison... Je ne ferme plus l'oeil de la nuit. Je suis fatigué.
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Brandy Weest
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MessageSujet: Re: Lambeaux [Brandy, Asher] [15/03/42] Ven 21 Fév - 23:59

L’éruption de violence était définitivement close. Tous étaient passés à autre chose maintenant. Un fait trop commun dans le bas monde pour attirer l'attention plus longuement. Les clients du Shoot&Boom avaient eut tôt fait de revenir à leurs conversations respectives, leurs rires et leurs éclats de voix remplissaient de nouveau la salle, et effaçant de leur mémoire cette altercation musclée entre deux hommes échauffés par l'alcool. L'un ressemblait à un ouvrier quelconque et le second avait un apparence douteuse, comme s'il avait endossé les vieilles nippes d'un bourgeois pour ensuite les salir, les abîmer jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un amas informe de tissus miteux. Au final, ce qui aurait été remarquable, c'est que la soirée se déroule de manière monocorde, sans tension aucune. La boisson avait cette fâcheuse tendance à troubler les relations humaines, à créer des problèmes plus qu'à les résoudre, à dévoiler aux autres ce qu'il y a de plus profondément endormi en chacun : haine, paranoïa, amour, faiblesses, petits non-dits, mensonges éhontés, colère, joie et naïveté... Un bar était un lieu idéal pour trouver de fabuleux prétendants aux pêchés capitaux, certains pourraient même être affublés de titres multiples, aggravant s'il est possible leur peine dans leur vie postérieure. Brandy était donc l'éternel spectateur de drames journaliers, heureux de ne pas avoir à souffrir les peines d'autrui, même s'il compatissait parfois en silence. Car c'était là un mot essentiel de la vie du barman. Conserver pour lui ce qu'il entendait et voyait au fil des jours, se faisant le confesseur des maints pêcheurs qui foulaient le pont de l'Abondance de leurs pieds crottés, encroûtés des cochonneries des autres lieux visités. Ce qui s'avérait difficile, c'était de doser convenablement ce qu'il pouvait confier, car trop en dévoiler sur une affaire, ce serait risquer de se mettre à dos certains clients, la confiance était essentielle entre un barman et ses interlocuteurs, surtout ceux qui déversaient un flot continu d'informations curieuses, voire inquiétantes. Cependant il devait aussi répondre aux exigences de la curiosité humaine et dévoiler quelques commérages et rumeurs, sans citer ses sources, en restant toujours assez vague pour que ça ne lui retombe pas sur le coin du nez.
D'après Asher, l'histoire qu'il devait lui conter n'était pas à raconter à n'importe qui. Il avait besoin de quelqu'un de confiance pour conserver son si lourd secret et son dévolu s'était jeté sur un barman inconnu, fraîchement débarqué à Londres, ignorant l'actualité ou peut s'en faut, un exilé d'au-delà de l'Océan. A bien y réfléchir, c'était à se poser des questions sur l'importance qu'accordait le jeune homme à son fardeau, car se laisser entraîner ainsi à raconter sa vie personnelle relevait soit de la naïveté, soit de l’inconscience pure. A moins qu'au final, les quelques confidences n'aient pas la gravité qu'il laissait entendre. Au vue du caractère sensible de son invité, Brandy se demandait s'il n'avait pas grossit ses problèmes outre mesure pour que l'on s'intéresse à lui, ou encore parce qu'il prenait les choses trop à cœur. Il n'y avait qu'à regarder sa réaction face au dégoût à peine dissimulé qu'il inspirait à Clarisse, il était peiné, presque atterré, alors qu'il y avait tout de même de quoi se méfier de lui, mais soit. Le pauvre se sentait persécuté. Mal aimé. Quel étrange personnage ! Être ainsi soumis au regard d'autrui, c'était impensable. Une belle faiblesse de l'avis de l'ex-Hunter. Tout le monde ne pouvait pas vous aimer, et vouloir faire le bonheur de tout un chacun n'était pas à la portée de l'humanité. Comment pouvait-on se compliquer à ce point la vie ? Il fallait vraiment être bourgeois pour comprendre ce genre de choses. Brandy ne l'étant pas, il examinait le cas Rosebury avec beaucoup de confusion. Cependant, une chose lui faisait emmètre des doutes sur son authenticité, en effet sa vive réaction lorsqu'il avait été bousculé et accosté de manière grossière, mais pas au point d'en faire une montagne non plus. Quoiqu'en prenant en compte ce qu'il disait avoir vécu plus tôt dans l'après midi, c'était nettement plus compréhensible. Démêler le vrai du faux, une corvée sans fin. Si Asher était un affabulateur, il avait dévoilé son jeu en laissant éclater ainsi sa colère, son masque de pauvret sans défense s'était fissuré. Non, décidément, Brandy ne savait pas trop quoi penser maintenant, même s'il n'en laissait strictement rien paraître. En fait, ça lui avait effleuré l'esprit quelques secondes, puis en s'attardant sur la question, il n'avait pu trouver aucune conclusion satisfaisante. Il allait continuer de voir et déciderait plus tard dans quelle catégorie il pourrait bien ranger son invité. Mais, même après ça, il ne pouvait s'empêcher d'apprécier le personnage. Il voulait l'aider à sa manière et il pensait pouvoir lui permettre de soulager sa conscience, car s'il avait véritablement besoin de l'appui de quelqu'un, il était prêt à lui consacrer du temps. Le barman avait sentit une fêlure chez cet homme qui l'attirait inconsciemment, il voulait découvrir ce qu'il en était, quitte à devoir le pousser dans ses retranchements pour avoir le fin mot de son récit.
D'un autre coté, il était assez étonné de voir avec quelle rapidité son cadet lui avait accordé une partie de sa confiance. Il avait tout du bourgeois candide que la vie avait épargnée, contre qui le destin se soulevait soudainement, emportant dans son sillage les restes d'une vie paisible et heureuse, détruisant un cocon moelleux, remplacé par la peur et le sang. Dans cette chute infernale vers les enfers, Asher n'avait pas dû trouver beaucoup de mains secourables tendues vers lui et il s'était raccroché à celles de Brandy avec la puissance du désespoir. Tel un homme perdu dans une mer déchaînée, bien décidée à l'engloutir tout entier dans ses entrailles glacées, il se débattait en sentant ses forces l'abandonner. D'autres que lui se seraient rétractés, refusant de dire ce qui leur arrivait à cause du monde dan la pièce, ou d'un auditeur un soupçon trop pressant. Mais ça ne semblait pas être le cas d'Asher, trop au bord du gouffre pour se permettre de faire la fine bouche. *Il doit être au bout du rouleau* pensa le barman en se remémorant ce qu'avait dit son invité avant de se faire interrompre. Il l'avait prit pour quelqu'un d'autre, une personne qu'il attendait depuis très longtemps et à qui il ne devait pas vouloir du bien puisqu'il avait d'abord dégainé son arme. Ce souvenir rasséréna le Capitaine. C'était un détail essentiel qui pesait en la faveur d'un Asher honnête et malheureusement pour ce dernier, dans la mouise jusqu'au cou.

Après avoir fait part à Rosebury de ses premières impressions sur sa personnes et les raisons obscures qui l'avaient poussé à lui donner un coup de main, Brandy remarqua la surprise et l'indéniable incompréhension se refléter sur son visage, puis prendre forme dans ses paroles. Il tenta alors de s'expliquer, tandis qu'Asher s'inspectait avec un air bizarre.


- Y a pas d'quoi mon gars, mais de là à m'dire que j'suis une bonne âme, c'est flatteur. Il fit une moue appréciatrice. Et pour sur que t'avais le regard vide, comme celui d'un fantôme tout à fait palpable j'aurais dit. T'avais ce regard de ceux qu'ont vu la mort de près et qui l'ont échappé belle. Mais bon, d'la à dire que tu t'es montré froid... Nan, nan. T'étais pas dans son assiette, t'avais l'air moitié perdu, moitié en colère. Surtout perdu en fait... Comme si tu savais plus comment qu't'avais fait pour en arriver là. Le barman fronça les sourcils avant de continuer d'un air curieux. D'quoi tu t'plains ? C'est bien d'pas être blessé, tu dis des choses pas étrange parfois. Bon, dis moi pourquoi tu t'papouilles de la sorte ? Tut t'cherches des poux ?

Il eut un rire gras, qui se termina en une mauvaise quinte de toux. Brandy massa ses cotés douloureuses en serrant les dents. Il avait toujours été en assez bonne santé, mais il sentait bien qu'il vieillissait, aussi sûrement qu'il était voué à mourir. Et il lui arrivait plus souvent de ronchonner à propos des nombreuses quintes de toux qui lui déchiraient les poumons. Il voyait aussi que sa consommation de tabac ne faisait qu’aggraver la fréquence de son mal. Mais il ne pouvait plus s'en défaire ; pour être franc, il n'en avait aucune envie. C'était devenu une habitude tenace, une part de sa personnalité, un besoin et ça restait toujours un plaisir. S'en priver, pas question.

Après avoir exclamé son impatience de connaître ce qui était arrivé à Asher, celui-ci fit un tri d'esprit qui fit à nouveau rire Brandy, sans qu'il ne finisse par recracher ses poumons. C'était vrai, mourir d'impatience n'était pas très approprié, quoique... son interlocuteur avait cette tendance à remettre à plus tard ses confessions qui faisaient presque douter le barman d'en apprendre plus à un moment, alors peut-être qu'il mourrait sans même savoir, au final. Là encore, son invité émiettait des informations sans aller jusqu'au bout, ce qui ne permettait pas d'en apprendre assez pour comprendre la trame de son histoire. Pourquoi n'aurait-il pas voulu lui-même connaître ce qui lui arrivait ? L'ex-Hunter renifla, attendant encore, puisqu'il ne pouvait pas lire dans les pensées d'Asher. Ce qu'il aurait bien fait s'il avait pu, ça lui aurait évité de longues minutes de questionnement pendant qu'il s’affairait à servir les autres clients.
De son coté Clarisse quoique occupée à rêvasser paisiblement, remarqua le dernier coup d'oeil que l'inconnu lui jeta alors qu'il avait reprit sa place face au patron. Elle détourna rapidement les yeux, retournant à ses pensées, les joues à nouveau rosies. Elle se demandait qui il pouvait être et comment il était arrivé ici, alors qu'il avait autant d'argent dans les poches. Ce n'était pas un lieu pour lui. Il aurait dû être dans un salon, parmi ses pairs. Et cet accoutrement... Elle espérait pouvoir avoir une conversation plus tard avec Brandy pour en apprendre plus, parce qu'elle était intriguée. Et il avait l'air tellement gentil... Si on oubliait sa colère passagère. Mais Clarisse avait eut tôt fait de l'effacer de sa mémoire, comme les autres.

Puis vint le temps où Asher commença à dévoiler ce qui s'était passé. Il parlait de manière hachée, incertaine. Brandy avait tenté de le rassurer, mais en vain. Il semblait qu'il était rongé par des craintes multiples, au point de se sentir suivit partout, persécuté par une personne bien décidée à lui faire des misères. Les affirmations de son invité inquiétèrent sensiblement le barman. Y avait-il un véritable danger ou étaient-ce là les divagations d'un esprit confus ? L'ex-Hunter n'en savait fichtrement rien, mais dans le cas où ce serait le vrai, il resterait aux aguets pour la forme. Ça ne coûtait rien de rester sur ses gardes. Mais pour l'instant, il savait une chose : personne n'oserait s'attaquer à Asher dans un lieu aussi peuplé que l'Abondance, il y avait bien trop de paires d'yeux pour qu'un agresseur puisse se risquer à se donner en spectacle. Son invité était bien trop sur les nerfs pour se rendre à l'évidence, mais il ne pouvait rien y changer.


- C'est louche tout ça, tu peux m'croire, à t'entendre j'ai toujours plus de questions à t'poser. Dingue quoi ! J'veux des réponses et j'arrive qu'à m'triturer l'esprit avec 'cor plus de choses. T'as l'chic pour m'faire réfléchir mec.

Brandy fronça les sourcils. Alors comme ça, son cadet n'était pas blanc comme la neige ? Il disait avoir horreur des crimes et en avoir perpétré de nombreux dans un laps de temps passablement court. Qu'est-ce que c'était encore que ça ? Mâchonnant sa lèvre inférieure, le barman commençait à se demander sérieusement quel énergumène il avait amené dans le Shoot&Boom. Un bourgeois à l'esprit à demi dérangé qui avait par le passé fait couler le sang. Bien sur, un crime pouvait ne pas se référer à un meurtre, mais dans leur conversation, il était clair qu'Asher avait déjà tué des hommes. Il avait une carrure imposante qui convenait bien à cette tâche, cependant il était si mou, si tourmenté que ça ne pouvait pas être possible. Et pourtant. C'était toujours le même problème qui se posait, Brandy n'arrivait pas à se faire une véritable idée de qui était Asher Rosebury. Il y avait trop de variables à prendre en compte, d'habitude les gens n'étaient pas si difficiles à cerner. Il décida de passer sous silence ses pensées, préférant continuer à glaner des informations avant d'aborder un sujet plus sensible encore que l'agression de son invité.
Et comme ça, il avait effectivement des absences.


- Et après coup, t'arrives à t'rappeller ce qui s'passe ? Genre comme quand t'as prit une grosse biture et que l'lendemain t'essaye de recoller les morceaux ? Ou c'est un blanc, blanc, où t'as plus rien, où t'sais plus du tout c'qui s'est passé... Comme si tu te réveillais après une nuit sans rêve, tu vois c'que j'veux dire ?

Attentif, Brandy écoutait les révélations avec un intérêt toujours grandissant. Son inquiétude pour Asher ne cessait de s’accroître elle aussi. Petit à petit, des pièces du puzzle venaient s'imbriquer les unes à coté des autres, mais pour le moment il n'avait aucune idée précise de l'image qu'il allait découvrir. Mais ça n'allait peut-être pas lui plaire. Il avait un pressentiment étrange, sans savoir d'où il venait ou sur quoi il portait.
Rosebury était décidément incapable de dire ce qui provoquait ses absences. Ce n'était pas Brandy qui allait pouvoir l'aider sur ce point, si bien qu'il ne put qu'hocher la tête. Ensuite il écarquilla sensiblement les yeux après la dernière révélation de son invité. L'homme inconnu, dont il ne connaissait ni le nom, ni l'apparence, cette sorte d'esprit frappeur, s'en prenait aux gens que rencontrait Asher. Un sentiment de colère naquit dans les tripes de Brandy. Ce mou du genoux n'allait tout de même pas amener le malheur sur son bâtiment ? Nan mais quel toupet ! Il mettait son entourage en danger et il en avait parfaitement conscience. Maintenant, si tout ça était véridique, il était sans nul doute dans de sales draps, même chose pour Clarisse qui n'avait rien demandé et peut-être même les autres passagers. Le cow-boy s'en voulu à lui même d'avoir ramené la poisse avec lui, mais il était surtout furieux contre son invité qui lui avait dissimulé jusqu'ici qu'il était poursuivit par un fou qui tuait ses diverses connaissances, jusqu'à de simples inconnus dans la rue. Ravalant une remarque cinglante, il écouta la fin de ce qu'il avait à lui dire, tout en se rappelant qu'un des hommes assit plus loin à une des tables rondes s'était levé plus tôt pour lui prêter main forte s'il y avait eut besoin. Il regarda dans sa direction et vit qu'il était en grande conversation avec son acolyte, donc pas encore prêt de quitter les lieux. Sans cesser d'écouter son invité, il servit une pinte et fit signe à Clarisse de la lui mener, lorsqu'elle vint la prendre, il lui confia au creux de l'oreille que c'était un cadeau de la maison pour son amabilité. La serveuse amena la boisson et l'homme sembla heureux de cette marque d'intérêt, il fit un signe de la main au barman qui tendit ses lèvres en un sourire entendu. Ceux qui le méritaient, il devaient être récompensés. C'était comme ça qu'il pensait.

Asher était décidé à en découdre avec son Ombre, il désirait retrouver la paix et la sérénité. Ça, le barman pouvait très bien le comprendre. Mais là, il avait entraîné un innocent dans son histoire, peut-être plus et ils ne devaient pas être les premiers. C'était donc un inconscient qui n'avait aucun scrupule à faire tomber d'autres vies à la place de la sienne ? Il n'en revenait pas. Jusqu'ici il hésitait à se décide si il devait considérer Rosebury comme un menteur ou une victime, cependant il s'avérait qu'il avait tout d'un meurtrier par procuration ! Pour remercier Brandy de sa gentillesse, il aurait dû l'obliger à passer son chemin et rentrer chez lui, le laissant en dehors de ça. Bougre d'idiot ! Maintenant il avait un beau merdier sur les bras ! Et il avait approché Clarisse, il lui avait donné quelques pièces... L'ex-Hunter fulminait intérieurement. C'était certainement visible à cause du pincement de ses lèvres et de ses yeux qui lançaient des éclairs, alors qu'il faisait tout pour éviter le regard de son interlocuteur, le temps de se calmer.
Et dire qu'il n'avait pas cessé de le plaindre. Lui suggérant d'aller voir la police ou un détective, s'apitoyant sur son sort, allant même jusqu'à demander s'il dormait convenablement avec tout ça. Là, c'est sur, lui même ne pourrait plus fermer l'oeil ! Le jeune homme continua finalement à lui dire ce qui c'était passé en cette fin d'après midi, faisant grincer les dents du barman. Alors que Asher confirmait sa fatigue, Brandy éclata. Il rapprocha son visage et lui parla fermement, sans pour autant élever la voix. En fait, il s'exprimait en un murmure seulement audible de l'homme face à lui.


- Est-ce que tu te rends compte de ce que tu dis là ? Tu ne veux pas mettre la police en danger, mais t'fais quoi de moi ou de Clarisse ? Tu me dis que quelqu'un tue tes connaissances et tu montes sciemment sur l'Abondance ; j'peux comprendre que tu aies des problèmes, que ton absence de tout à l'heure t'aie renversé le ciboulot, mais là t'as commis une erreur mon gars... Et je t'aide comme un con ! Maintenant, j'ai ce truc là, comme on dit, l'épée de Damoclès juste au dessus de l'échine, prête à me trancher en deux, par ta faute. C'est pas pour me plaire. Pas du tout. Le cow-boy avait parlé rapidement, d'une traite. Il reprit son souffle et continua. Ma parole, mais t'as quoi dans la tête ? Il poussa un soupir exaspéré.
Je voulais t'aider de bonne grâce, mais là j'y suis contraint et ça m'emmerde. Va falloir que tu me vides ton sac, que tu n'oublies rien, que tu me dises tout sur tout. A nous deux on va le retrouver et lui fiche une raclée, ou plus si besoin, j'en ai rien à battre ! Je veux pas avoir à craindre quelqu'un, les chieurs je les élimine de mon entourage, peu importe comment. Tu vas rester ici, même après la fermeture et tu vas me dire tout ce que tu sais. T'as pas le choix, tu m'es redevable. Tu sais quoi ? J'ai envie de te mettre la tête au carré. Celui qui te mène la vie dure, il va pas hésiter à s'en prendre à Clarisse, t'es content de toi ? Est-ce que t'es fier de ça dont ? C'est une femme sans défense. S'il lui arrive quoi que ce soit, tu goûteras à la colère d'un Capitaine. Je te le jure, je t'étripes et je te balance à la mer.

Brandy reprit son souffle à nouveau et serra les dents pour s'empêcher d’attraper Rosebury par les cheveux pour claquer son visage durement sur le comptoir. Il en mourrait d'envie, mais il devait conserver un sans blanc de calme tant qu'il y avait de la clientèle à bord. Pas question de mettre lui même du grabuge dans la salle. Surtout qu'il était celui qui avait amené ce déchet dans le bar, alors que personne de censé ne l'aurait ramassé dans la rue. Soudain, il en voulu à cette voix féminine qui lui avait dit d'aider Asher.
Enfin, il enchaîna avec la même rancœur :


- L'aristocrate que tu as croisé, il t'as traité de fou, je crois qu'il n'avait pas tord.

Brandy aurait donné beaucoup pour avoir une cigarette sous la main. Il avait un immense besoin de fumer là, maintenant. Il fallait faire quelque chose, sinon il n'aurait pas assez de patience pour continuer de parler convenablement avec son cadeau empoisonné. Il allait devoir envoyer Clarisse, puisqu'il ne pouvait plus se permettre de quitter Rosebury des yeux.
Soudain, il eut une révélation, il avait du tabac à chiquer dans un pot justement dans le tiroir sous le comptoir près de lui. Remerciant le ciel pour lui avoir fait penser à ça, il farfouilla rapidement, trouva son bonheur et se sentit tout de suite plus détendu dès qu'il sentit le goût puissant du tabac dan sa bouche.
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MessageSujet: Re: Lambeaux [Brandy, Asher] [15/03/42] Sam 22 Fév - 22:38

Asher avait passé pour sûr une très mauvaise journée. Son assassin avait encore frappé et il se retrouvait encore avec du sang sur les mains. Sa chemise auparavant blanche comme neige et aussi soyeuse que la soie elle-même était désormais déchiraient en lambeaux au niveau du torse et des manches. De grandes tâches brunes tirant vers le bordeaux prenaient place vers son cœur. Contrairement aux apparences, il n'était pas blessé, il avait simplement un mal de tête insoutenable qui commençait à s'apaiser. Heureusement, sinon cela ferait longtemps qu'il aurait demandé toutes les sortes d'alcool qui se trouvaient dans le bar et il aurait fini par boire comme un badaud. A moitié bourré, il aurait même pris part aux conversations des autres personnes qui se trouvaient dans le bar en sa compagnie et aurait peut-être proposé une partie de cartes ou de poker même si le jeu n'était pas son fort, surtout quand il n'était pas maître de ses actes. La seconde facette d'Asher bouillonnait en lui, elle s'inquiétait pour son corps, elle ne voulait pas finir dans un corps inconscient de ses sens mais aussi où l'esprit était embrumé par un voile d'alcool impénétrable qui rendait l'habitant de ce corps mélancolique et à la fois encore plus mou et sympathique que d'habitude. En ces instants, Asher se sentait coupable sans le savoir réellement pourquoi, pourtant son double en était parfaitement conscient et se demandait s'il avait réellement bien fait d'éliminer cette catin, un rat en moins sur cette terre n'est-ce pas toujours mieux qu'une de ces bestioles infâmes traînant dans nos pattes ? Pourtant, cet esprit doutait, et si le barman se rendait compte de tout ? Et s'il proposait son aide à Asher ? Comment cela allait-il se passer ? Devrait-il le tuer ?

Ce qui tracassait le plus le jeune homme était qu'il ne connaissait pas l'identité de la victime, devrait-il retourner sur les lieux du crime ou risquait-il d'y croiser le Scotland Yard ? Il se demandait si la personne tuée n'était pas un ami d'enfance, une connaissance qu'il avait fini par appréciée ou bien une de ses anciennes conquêtes bien avant que le malheur ne s'abatte sur lui. Ou bien, le criminel se serait il diverti en tuant un simple passant ou courtisane ? Cette pensée lui fit froid dans le dos aussi bien qu'il l'écarta de son esprit pour penser à la personne qui l'avait recueilli. Il repensait au barman, au Capitaine de ce navire et à Clarisse qui lui avaient ouverts les bras sans même douter une seule fois de son bon cœur, à l'exception de la jeune femme, serveuse, qui avait eu du mal à lui faire confiance. Ce qui avait fini par le chagriner un peu plus fut la bousculade, l'homme se permettait de lui parler comme s'il était l'un des leurs alors qu'en réalité il était seul et presque sans avenir. A cet instant précis il avait laissé la colère ronger son cœur, être gentil ne promettait rien de bon, surtout en ces temps, mais d'un autre côté il avait dû mal à s'imaginer mauvais. Il savait qu'il n'avait pas procurer que du bien dans sa vie mais il tentait de se repentir de ses péchés en faisant plaisir aux autres, et savoir qu'on le jugeait mal ou bien qu'on le voyait autre que ce qu'il était lui fendait le cœur.

Vérifiant s'il n'était pas blessé, il glissait ses mains dans ses cheveux, tâtant son cou et ses joues, faisant glisser ses longs doigts fins sur ses avants-bras musclés. Ses phalanges se promenèrent sur son torse cherchant une quelconque entaille, bleu, ou blessure qui aurait pu le mettre dans un tel état d'inconscience. Des bruits de vois titillaient ses oreilles, mais Parbleu ! C'était à lui qu'on s'adressait ! Sans railler le jeune homme, Brandy lui lançait quelques petites boutades d'un air légèrement moqueur sur sa façon de se comporter et de se triturer les cheveux comme s'il se cherchait des poux. Asher esquissa un sourire et finit de se tripoter la peau et les cheveux. Il eut même un petit rire sortant du fond de son cœur, un peu de joie s'infiltrait en lui, ça devait être contagieux. Il réussit même à arrêter de se torturer les doigts d'un air nerveux. Cependant après avoir bien rit un coup, le barman eut une quinte de toux qui inquiéta Asher. Il posa ses mains sur le comptoir prêt à aider le Capitaine. Etait-il malade ? La réponse lui vint la seconde d'après, Brandy avait toujours une cigarette clouée au bec, quoi de plus étonnant. Asher soupira, il n'aimait pas voir les gens dans cet état. Il jeta d'ailleurs un coup d’œil à Clarisse pour savoir si elle voyait la même chose que lui : une personne qui avait trop fumé toute sa vie et qui allait finir malade, mais non, rien, soit elle n'y prêtait pas attention soit elle ne s'en était pas rendu compte. Le jeune homme finit par murmurer tout bas :


- Tu es sûr que tu vas bien ?

Il était réellement inquiet pour l'homme, il n'aimait pas le voir en de si mauvaises postures, cependant le barman semblait s'en remettre quelques secondes plus tard. Ayant confiance en lui, l'ancien soldat se rassied et esquissa un sourire.

- Non, non, je ne me cherche pas des poux.

Un sourire étincelant étira ses lèvres et ses yeux se firent rieur. Mais cette expression commençait déjà à s'effacer de son doux visage enfantin, il repensait au fait qu'il n'arrivait pas à rester conscient lors d'une attaque et c'était un terrible déshonneur pour un ancien soldat de ne pouvoir combattre au nom de la vérité et de la sûreté. Il reprit, les yeux baissés, un air un peu plus sombre sur la face.

- Au contraire, j'aurais préféré trouver une blessure pour prouver que j'ai bien été assommé... J'aurais aimé trouver une bosse ou une entaille, me prouver que je ne suis pas fou, qu'au final une personne est bel et bien là pour me rendre inconscient et tuer sans que je ne le sache.

Suite aux paroles d'Asher qui avait sans doute raison sur le fait que l'on ne puisse pas mourir d'envie de connaître son histoire, Brandy éclata d'un rire franc qui fit sourire le jeune homme. L'homme renifla, il semblait plongé dans se pensées. Pensées où il critiquait le jeune homme et se moquait de lui ou pensées où il désirait lui venir en aide ? Dans les deux cas Asher ne voulait pas et toute aide qui lui sera proposées sera refusées, il ne voulait pas les mettre dans le pétrin déjà qu'il risquait leur vie s'il se liait d'amitié avec eux, il ne voulait pas avoir d'autre meurtres sur les bras.
Un rire plus fébrile s'empara d'Asher :


- Navré de te compliquer la vie avec toutes mes explications Capitaine.

Le jeune homme continua à lui faire part de ses problèmes, qu'il ne se souvenait jamais de rien, c'était d'ailleurs un fait qu'il n'arrivait à expliquer. Il fut tout d'abord assaillit de questions auquel réfléchissait sérieusement le bourgeois. Comment pouvait-il qualifier ses moments d'inconsciences ? A chaque fois qu'un crime était commis, il ne se rappelait de rien c'était pourtant aussi simple et complexe que ça.

- Et bien, vois-tu avant que chaque meurtre se produit j'ai comme un vide, si on peut appeler ça comme ça. C'est comme tu l'as si bien dit, je me réveille après une nuit sans rêve. Enfin théoriquement, nous rêvons toujours c'est simplement que notre esprit ne se souvient pas toujours. C'est comme si j'avais été absent pendant quelques instants, je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire, c'est un fait très complexe qui me laisse perplexe...

S'en suivit les révélations d'Asher lui expliquer sans réellement rentrer dans les détails ses multiples soucis sans fin. Il lui avait appris que le criminel s'en prenait presque tout le temps à des personnes qu'Asher fréquentait. A ce moment précis, il se demanda s'il avait réellement eu raison de lui conter ce détails. Brandy écarquillait les yeux et sa figure se décomposait littéralement. Cette nouvelle ne devait pas l'enchanter et Asher s'en doutait mais est-ce pour autant sa faute s'il en était arrivé là ? Savait-il qu'il allait commencer à s'attacher au barman et à sa serveuse ? C'était un cas délicat et pour le moins dérangeant. Son visage était désormais à quelques centimètres du sien, un peu plus et Asher l'aurait embrassé... L'homme lui parla sur un ton coléreux, presque haineux, se pouvait-il qu'il aie commis une si grave erreur ? Non. Asher ne s'était pas bien expliquer quand il avait parlé de connaissance et c'est aussi pour cela qu'il garda son calme. Il écoutait le Capitaine, attentif à ce qu'il lui disait, cependant son visage se fermait peu à peu lui montrant son véritable aspect. Bientôt, il se fit presque dur et distant, le jeune homme se sentait presque insulté. Il avait dû mal à concevoir qu'on puisse parler ainsi à une personne, mais il tentait de vaincre son orgueil pour passer outre toutes ces impolitesse. Après tout, qu'attendait-il d'un ouvrier ? Non, Asher n'allait pas pleurer, il n'en avait plus l'aspect. Le Asher naïf et gentillet fut remplacé par le soldat orgueilleux et presque hautain, mais il gardait son calme il paraissait simplement plus froid et renfermé. Il savait qu'il avait mal fait mais ne les avaient-ils pas prévenus ? Ses lèvres se crispèrent. Il pouvait comprendre la colère de Brandy, il se sentait piégé, jamais en revanche il n'aurait porté sa main à son katana, il avait simplement repousser la pinte de bière. Décidément, cette soirée n'était pas faite pour lui. Il se rendait compte du danger dans lequel il les avait entraînés et il en était désolé, mais n'avait-il pas dit un peu plus tôt qu'il ne pouvait rester plus longtemps auprès d'eux ? En effet, il leur en avait fait la remarque et le barman était passé outre, pourtant qu'il lui avait dit ça c'était qu'il y avait une raison ! Et aucune n'égalait celle de l'ancien soldat. Le bourgeois se demandait presque si Brandy allait en venir aux mains tellement la colère semblait bouillir en lui. Enfin, le jeune homme ne se sentait pas de le contredire, il avait raison, jamais il n'aurait dû monter sur l'Abondance, jamais oh non jamais, il n'aurais dû s'approcher d'eux. Il aurait dû fuir pendant qu'il en était encore temps. Alors le barman lui dit ouvertement que l'aristocrate avait raison, il était fou. Asher s'éloigna instinctivement d'un air presque orgueilleux et hautain, des mots grincèrent entre ses dents :

- Je. Ne. Suis. Pas. Fou.

Ses phalanges blanchirent aussi bien qu'il planta ses ongles dans la paume de ses mains. Il devait rester calme et en finir au plus vite avec cette colère qui allait finir par le rendre fou. Devenir chèvre était sa spécialité en ce moment, il n'en pouvait plus. Le jeune homme installa entre lui et Brandy un mur de glace qu'il avait du mal à faire fondre même avec la plus grande volonté du monde.
Le jeune homme fixa d'un air plus lointain le Capitaine, il prenait en considération tout ce qu'il lui disait et il était prêt à répondre.Brandy semblait soudain chercher des cigarettes, il lui en aurait bien proposé sauf qu'il ne se trimballait jamais avec du tabac sur lui. Finalement, Brandy trouva ce dont il cherchait et fourra une cigarette dans sa bouche, l'air un peu plus calme et posé. Prenant une petite inspiration Asher commença sa tirade :


- Ecoute Brandy, je comprends ta colère et je suis prêt à tout endurer. Je prétends protéger le Yard car l'assassin pourrait s'en prendre à ceux qui le traquent. Je ne veux risquer la vie de personne. Tout ce que tu me dis je le comprends et cela me fait mal, Brandy. J'aurais aimé que les choses se passent autrement entre nous, mais je n'ai peut-être pas été très explicite dans mes explication, Capitaine. Je ne désire pas voir Clarisse blessée ou autre, je pense que pour le moment elle ne risque rien, il faut juste que... je ne m'attache pas trop à elle ou bien elle y laissera sa vie. Mais moi conscient, Brandy, il ne vous arrivera rien de déplaisant. Ne te l'avais-je pas dit que je ne resterais pas longtemps ? C'est bien pour éviter des crimes que je me dois de quitter les lieux au plus vite, mais tu as insisté pour que je reste. En montant sur l'Abondance, savais-je que j'allais me porter d'affection pour vous deux ?

Ses yeux restaient plantés dans ceux du Capitaine sans broncher, il lui montrait qu'il pouvait lui aussi se montrer dur, il en avait bravé des soldats qui l'affrontaient ouvertement par la parole et à chaque fois il avait réglé l'affaire en le fusillant du regard. Mais là c'était différent, ce n'était pas méchant. Rancunier, il n'avait pas aimé qu'on le traite de fou, ça avait le don de le mettre hors de lui et il avait encore moins aimé la façon dont le Capitaine lui avait adressé la parole. Il avait eu l'impression de se retrouver devant son père et ce n'était pas pour lui plaire.
Le jeune homme continua :


- Jamais je ne pourrais faire de mal à Clarisse.

Il était catégorique, c'était un fait, une vérité générale, il se sentait incapable de lui faire du mal ou bien de la voir se faire maltraiter, il en valait de même pour le barman.

- Mais soit, puisque tu dis que je te suis redevable mais je vais tout te raconter dans les détails puisque c'est ce que tu souhaites, cependant, je ne te connais pas et je te prie de ne pas énoncer à haute voix ou en ma présence que je suis un fou, tu ne sais rien de moi, Brandy. Tu ne peux pas savoir ce que je vis.

Son regard se faisait insistant, il n'aimait pas du tout cette situation mais puisque c'était la seule solution il allait tout lui confier de A à Z, à regret car il aurait aimé gardé quelques petites choses pour lui.

- Je ne sais pas grand chose de mon assassin Brandy, mais je sais qui il attaque et quand. Il s'en prends à des personnes de mon entourages certes, Brandy, mais de telle sorte que cela me fasse du mal. Il lui faut des personnes que j'aime, Brandy, de l'amour. Tu me suis jusque là ? Clarisse ne craint rien pour le moment, tant que nos relations s'arrêtent à quelques sourires échangés, il ne faut pas que ça aille plus loin. Mon agresseur s'en prend le plus souvent à des femmes parce que ce sont elles que j'aime le plus et il a une prédilection pour chaque amante que je peux accueillir chez moi. Je les retrouve... Ses doigts se crispèrent et ses yeux se mirent à briller de rage. Mortes, étendues au sol, le sang maculant leur beau corps blanc et à chaque fois je suis inconscient... Incapable de les protéger... Seules, elles sont vulnérables et je ne suis pas là pour étriper leur assassin quand il s'en prend à elles. Cette personne ne s'en est jamais prise directement à moi, elle préfère me faire du mal par le biais de mes amantes. Concrètement vous ne craignez rien tant que je ne m'attache pas trop à vous. Je suis pianiste de profession, pour ce métier je ne vois pas qui pourrait m'en vouloir. Mais je suis également un ancien soldat ayant combattu au Japon, mais c'était il y a bien longtemps et les crimes ont commencé avant que je devienne guerrier.

Comme pour approuver ses dires, sa main se dirigea vers son katana, qu'il sortit discrètement, produisant un doux son métallique et il lui fit passer l'arme la tenant par la lame. Ainsi il lui tendait le manche s'il désirait scruter l'arme pour démêler le vrai du faux des dires du jeune homme.

- C'est en ça que je me considère comme un meurtrier, je suis un criminel de guerre, j'ai combattu pour le Japon en tuant l'ennemi de leur armée. Souvent les hommes ne savaient pas réellement pourquoi il se battaient, c'était leur métier, leur gagne pain et je n'avais aucune pitié. C'est cette lame qui a mis fin à bon nombre d'hommes sans se soucier s'ils avaient une femme et des enfants qui les attendaient à la maison.

Sa froideur dissipée, il paraissait gênée de lui avoir ainsi confessé ses péchés, il n'aimait point en faire part à quelqu'un mais si cet homme voulait tout autant que lui en finir avec l'assassin, alors il lui racontera tout ce qu'il désire.
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Brandy Weest
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MessageSujet: Re: Lambeaux [Brandy, Asher] [15/03/42] Dim 9 Mar - 1:35

Alors qu'il toussait comme un damné, Brandy aperçu l'inquiétude qui était née sur les traits fatigués de son invité. Il était d'une prévenance qui finirait par le perdre. Il avait avancé sa main sur le comptoir, prêt à venir en aide au barman s'il arrivait que... qu'aurait-il bien pu lui arriver ? S'étouffer à force de respirer à demi ou encore vomir du sang ? Dans les deux cas, il doutait qu'Asher puisse vraiment réagir convenablement dans ces situations là, mais d'une certaine manière sa gentillesse touchait l'ex-Hunter, même s'il ne le lui dirait pas. Il devait s'endurcir bon dieu ! Il avait des réactions de fillettes effarouchées et non celles d'un homme mûr, recouvert du sang d'un autre, qui plus est armé d'un sabre exotique. Le contraste était flagrant. Comme si le corps de Rosebury était habité par une conscience qui ne lui correspondait pas, une mentalité fragile dans une enveloppe charnelle qui débordait de masculinité. Certes il avait un visage avenant qui devait avoir le don de faire bondir les cœurs des demoiselles et des femmes mariées, mais son apparence avait aussi tout pour convenir à l'art de la guerre. Son corps athlétique faisait de lui un parfait prétendant à la reproduction, un gendre idéal pour une belle mère en mal d'amour, ainsi qu'un combattant au corps à corps certainement tenace. A bien y songer, l'apparence de Rosebury oscillait entre deux eaux. Ses doigts fins et longs étaient tout aussi destinés à jouer du piano qu'à manier le sabre.
Enfin, apprendre à Asher à s'affirmer, à prendre du poil de la bête, n'était pas son objectif. Après tout, il doutait que le bourgeois remette un jour les pieds dans le Shoot&Boom, premièrement parce que ce n'était pas un lieu de prédilection de sa classe sociale, et deuxièmement parce que ça lui rappellerait certainement des souvenirs trop douloureux. Sans oublier que lui même avait d'autres chats à fouetter, il ne voyait aucun mal à venir en aide à quelqu'un, mais il n'était pas un saint pour autant. A moins que lui et son invité surprise ne s'entendent superbement, le barman doutait qu'ils puissent un jour se revoir. Le hasard les avait fait se rencontrer et c'était tout. A eux de voir ce qu'ils pourraient faire de cette opportunité.
Une fois remit de ses émotions Brandy offrit un sourire grimaçant à Asher. Bien sur qu'il allait bien ! Ce n'était pas une quinte de toux qui allait lui rendre la vie dure. Il avait survécu à bien pire que ça, à bien plus monstrueux.


- Mais bien sur qu'ça va ! T'as jamais vu quelqu'un tousser dans ton château d'porcelaine, hein ! Héhé.

Nouvelle petite blague qui n'attendait pas de réponse. L'ex-Hunter avait l'habitude de ponctuer ses phrases avec quelques boutades de son cru, rien de bien méchant, qui étaient bien souvent suivies d'un rire. Mais cette fois, son éclat était retenu, afin de ne pas forcer sur sa gorge irritée. S'il avait eut du miel sous la main, il en aurait bien avalé une bonne cuillerée pour l'apaiser. Mais comme il n'en avait pas, il se contenta de se servir un verre d'eau qu'il avala d'une traite. Il vit Asher se tâter le crâne et chercha donc à savoir ce qu'il comptait trouver à se toucher ainsi. Une blessure, ou un quelconque indice qui lui permettrait de découvrir ce qui l'avait fait sombrer dans l'inconscience, lui répondit son interlocuteur, qui semblait déçu de ne rien trouver. Brandy fit une petite grimace. Le pauvre, il ne devait pas se sentir à l'aise de tomber dans les pommes alors qu'il n'y avait pas de raison valable et cela avant un terrible incident. Le barman ressentit une pointe de pitié pour le jeune homme. Il émanait de lui une grande fragilité, et même s'il avait laisser parler sa violence quelques minutes plus tôt, il avait l'aspect d'un malade.

- T'as rien à te reprocher mon gars, c'pas ta faute tout ça ! T'y es pour rien. Si t'avais pas perdu conscience, t'serais certainement mort à l'heure qu'il est. Remercie le Seigneur de t'avoir fait une constitution défaillante, ça t'aura au moins évité de rendre l'âme avant l'heure.

Brandy tentait tant bien que mal de trouver les mots pour réconforter Asher. Mais ses paroles n'étaient pas tout à fait à même de lui rendre le sourire de par leur ambiguïté. C'était le mieux qu'il puisse faire.

Ensuite, il demanda à Asher de lui dire enfin ce qui s'était passé avant qu'il ne le trouve avachi au bord de l'eau. Il obtint alors un début d'explication, quelque peu floue, mais c'était tout à fait compréhensible à ses yeux que le jeune homme soit désorienté après ce qu'il avait vécu. Petit à petit, à force de questions et de révélations, le barman commença à mieux entrevoir la situation et par la même occasion à se demander s'il avait vraiment eut le nez fin de faire monter à bord un homme avec autant de problèmes. Il relégua ses craintes au second plan, en même temps qu'il faisait un signe de la main à son invité pour lui signifier qu'il l'avait rien à faire des ses excuses. Il avait voulu des explications, maintenant qu'il en avait à foison, il n'allait pas s'en plaindre, même si celles-ci étaient parfois farfelues.
Le barman apprit que son hôte ne possédait aucun souvenir des moments qui précédaient chacun des meurtres. Il resta pensif en entendant cette nouvelle information. Une perte de mémoire systématique ? Voilà qui était étrange. Et très troublant. L'assassin avait dû trouver un moyen de droguer l'esprit d'Asher pour qu'il se retrouve ainsi avec cette impression de vide. Il devait y avoir une explication logique, cependant elle échappait totalement à Brandy. Il se sentait inquiet qu'une telle chose soit possible et qu'un meurtrier aussi déjanté soit en liberté dans la ville de Londres. A la place de s'acharner sur un aristocrate déchu, la police aurait mieux à faire en s'occupant de ça. C'était une enquête qui méritait d'être traitée dans ses moindres détails.

Enfin, le jeune homme confia à l'ex-Hunter que son poursuivant s'en prenait systématiquement à ses connaissances. Il tenta de se retenir, jusqu'à ce qu'Asher fasse à nouveau son petit malheureux. Cette fois, ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase, Brandy était furieux et il ne se retint pas de le faire savoir, dans des mots clairs et durs. Au fur et à mesure qu'il parlait, il vit son interlocuteur se fermer, comme s'il était refroidi par cette mise au point bien méritée, puis Rosebury repoussa sa peinte de bière de la main, tout en restant maître de lui-même jusqu'à ce que le barman n'achève son sermon en sifflant entre ses dents qu'il était bel et bien un fou.
Quelque chose s'était brisé à cet instant. Comme si ce simple mot avait élevé entre les deux hommes un mur infranchissable. Brandy ne sentait pas sa colère s'apaiser. Il n'y avait plus qu'une chose à faire : trouver du tabac et vite. Par chance, il dénicha de quoi chiquer dans un tiroir. Rien que de mettre la pâte dans sa bouche lui permit de se détendre, cependant il lui fallait encore attendre quelques secondes avant de ressentir véritablement les effets du tabac dans son organisme. Ceci fait, il se concentra à nouveau sur la situation actuelle et sur ce qu'il entendait.
Non mais il se moquait de lui ? Les jérémiades d'Asher étaient en train d'attiser la colère que Brandy éprouvait. L'entendre lui dire que ses paroles lui faisaient mal... Quel culot ? Petit bourgeois égocentrique et aveugle ! Il ne comprenait donc rien ? Il accomplissait la moitié du travail de cet assassin, malgré les évènements funestes qui l'entouraient, Rosebury continuait de fréquenter des hommes et des femmes, de les mettre en danger et de verser du sang par procuration. S'en était vraiment trop pour l'ex-Hunter. Tant de bêtises, tant d'inconscience ! S'il avait été à sa place, il se serait fait enfermer en prison, ou il se serait retiré du monde, il aurait fait tout ce qui était en son pouvoir pour être indéfiniment seul, afin que tous ces meurtres s'arrêtent. Mais non, à la place de prendre une décision certes difficile, cet homme préférait semer la mort sur son sillage. Brandy jeta un regard de dégoût sur la carcasse de son interlocuteur. Lui aussi il aurait aimé que les choses se passent autrement ! Cela, c'était certain. S'il avait pu se retenir de tendre la main à l'homme frigorifié du port, il se serait évité bien des ennuis, cependant il n'y avait plus d'autre solution que de mettre un terme aux agissements de ce meurtrier, avant qu'il ne vienne lui prendre la vie dans son sommeil. Il y avait trop de risques à laisser cet intrus courir les rues. Il devait se mettre à l'abri, lui ainsi que Clarisse. Cette gentille serveuse qui n'avait rien demandé ! A la place de la laisser tranquille, Asher s'était approché d'elle, il lui avait donné de l'argent, il avait mit sa vie en péril et pour quoi ? Pour se sentir apprécié, aimé, couvé par le regard d'une femme. Quelle homme répugnant ! Faire passer son propre intérêt avant celui de la société toute entière. Et voilà qu'il disait qu'il ne lui voulait pas de mal ? Mais il fallait y penser avant à ça mon coco. La tempête grondait à l'intérieur du Capitaine, qui faisait de son mieux pour ne pas en venir aux mains. Il tentait de s'apaiser, en vain. Avec un bourricot pareil, comment aurait-il pu ? Et pour couronner le tout cet âne tentait de se disculper et de culpabiliser Brandy, c'était la meilleure.


- Répètes un peu ça pour voir ? Non mais tu t'fous d'ma gueule ? Tu m'prend pour un con ? T'es en train de m'pousser à bout, à bout, t'entends ça ? T'essayes de me faire porter le chapeau aussi hein, mais ça va pas s'faire comme ça, j'suis pas si con qu'j'en ai l'air. J'y suis pour rien moi dans tout ça. J't'ai proposé de rester pour te venir en aide, pour qu'tu crèves pas d'froid dehors là, mais j'm'en mords les doigts j'te jure. Et là t'essayes de m'dire que c'est à cause de moi ? Non mais, t'es qu'un sale ingrat. Et tu oses me dire que tu t'portes d'affection pour moi et ma Clarisse ? Mon pauvre gars, si t'étais vraiment capable d'éprouver d'ce genre de sentiments, t'serais pas là, t'éviterais le monde pour pas qu'ton dingo fasse la peau à ceux que tu croises. T'es qu'un bourgeois qui pense qu'à sa gueule. Tu m'dégoûtes.

Emporté par le flot de ses paroles amères, Brandy cracha sur le comptoir, face à Rosebury. Il avala sa salive abondante, chiquer ça avait du bon, mais ça avait le don de faire bavouiller quiconque. La preuve en était qu'il avait arrosé Asher de postillons du début à la fin de sa tirade. Autour d'eux, les gens avaient commencé à s'intéresser à leur conversations. Ils les regardaient avec un air intrigués, tels des vautours. Clarisse sentait l'atmosphère s'alourdir et devenir pesante. Elle lançait quelques sourires rassurants aux clients, même si elle redoutait ce qui allait suivre. Elle s'occupa ensuite d'encaisser une table avant que celle-ci ne quitte l'Abondance en pariant sur les prochains événements.
Les yeux du Capitaine lançaient des éclairs, soutenant sans ciller les pupilles d'aciers de son invité qu'il aurait volontiers mené dehors pour ne plus jamais le revoir. Puis il affirma qu'il ne ferait jamais de mal à Clarisse. Le barman s'exclama d'une voix grondante :


- Le simple fait de ta présence la met en danger. Tes paroles et tes actes se contredisent, mon gars. Moi c'que j'vois, c'est un paumé qui n'a d'intérêt que pour sa petite personne. Y a qu'à voir comment t'alleur tu pleurnichais quand la serveuse te regardait de travers, t'avais l'air d'un p'ti malheureux.

Brandy poussa un soupir exaspéré avant d'enchainer sur quelques jurons. Il devait redevenir maître de lui même. Mais c'était tellement agréable de passer ses nerfs que Rosebury qu'il ne parvenait pas à s'arrêter. Et puis il ressentait une véritable rancœur. Sa gentillesse allait le perdre. Quelle ironie ! Car peur de temps auparavant il avait pensé exactement la même chose à propos d'Asher. Cependant les rôles s'étaient inversés. Maintenant l'ex-Hunter voyait clairement que cet homme face à lui n'était pas ce qu'il semblait être. Il était un personnage emplit d'égoïsme, incapable de se détacher de son nombril.
Le barman agrippa les rebords du comptoir pour occuper ses mains et les empêcher de s'agripper au cou du malfrat qui lui faisait face. Il faisait pression sur ses muscles, canalisant ainsi sa fureur, retenant ses envies de violence. Il levait les yeux au ciel pour s'empêcher de croiser le regard d'Asher, qui venait de lui demander de cesser de le traiter de fou et d'ajouter qu'il ne connaissait rien de lui. Brandy lui aurait volontiers fait avaler son air supérieur. Pour la peine, il ne donna pas son assentiment et resta dans la même position tendue, scrutant de ses yeux le visage du jeune homme. C'est ainsi qu'il se tint tout le temps que Rosebury lui narra les faits de ses aventures et lui apprenait ce qu'il voulait savoir sur ce mystérieux assassin.
Celui-ci s'attaquait donc aux proches d'Asher, dans le but de lui faire mal, qu'il éprouve de la culpabilité. Cela ne semblait pas lui faire assez de peine pour qu'il cesse toute relation avec le monde, mais ça, c'était certainement trop en demander à cet énergumène. Cependant, cette nouvelle parvint à donner à Brandy de nouveaux espoirs. Comme tous deux ne se connaissaient pas de longue date, de même pour Clarisse, peut-être n'avaient-ils rien à craindre du meurtrier. En plus, s'il le mettait tout de suite dehors, ils ne seraient plus en bons termes, donc il n'y aurait plus de raison pour l'assassin de vouloir mettre un terme à sa vie. Il fallait peser le pour et le contre. Soit il venait à bout de cette grande faucheuse, au risque d'attirer ses foudres sur lui, soit il laissait tout tomber tout de suite, tout en se demandant jours après jours si quelqu'un n'allait pas venir le tuer. Dilemme.
Le dégoût que ressentait Brandy pour Rosebury ne faisait que s'intensifier. Celui-ci affirmait clairement qu'il avait des amantes en toute connaissance de cause et que celles-ci perdaient la vie les unes après les autres. Mais quel fou prendrait de tels risques ? Et il disait faire ça au nom de l'amour ? Mais décidément, cet homme était à mener à l'asile ! Il devait être mit hors d'état de nuire tout autant que son agresseur.
Puis Asher en vint aux personnes qui pourraient lui en vouloir. Le barman apprit ainsi qu'il avait participé à une guerre en Asie, mais ça n'avait aucun rapport avec leur histoire, puisque les meurtres avaient débutés bien avant son arrivée au Japon. Il s'étala sur ses exploits sanglants et dégaina son sabre, sous les yeux ébahis du propriétaire des lieux.
Brandy renifla dédaigneusement.


- Range moi ça. Tout de suite, ordonna-t-il d'un ton sec. La guerre, c'est la guerre. C'est comme ça, les gens rendent l'âme. Considère toi comme un meurtrier s'tu veux, m'en contrefous. Ça a rien à voir avec nos oignons. C'que j'veux savoir, c'est où t'étais avant ça, où est-ce que ça a commencé ? T'as des soupçons sur quelqu'un ?

Le barman ne pouvait s'empêcher de poser des questions. Il était rongé par la curiosité et il voulait en savoir le plus possible sur son éventuel futur agresseur. Au fond de lui, il savait qu'il ne pourrait plus vivre si cet homme restait libre. Il n'arriverait plus à dormir. Non, il lui fallait éradiquer le problème et le plus vite serait le mieux. Son dilemme était résolu, mais ses ennuis ne faisaient que commencer. Il sentait que les prochaines semaines allaient être longues. Voire les prochains mois. Il ne doutait pas de la malignité du meurtrier et de l'ampleur de sa folie. Hanter ainsi une personne, ça relevait aussi de l'asile ça. Il eut une triste pensée : Rosebury et cet assassin internés dans le même endroit, enchainés tout proche l'un de l'autre sans pouvoir faire périr l'autre. A n'en pas douter, le meurtrier se délecterait de faire ainsi souffrir sa proie si cela venait à arriver. Et Brandy comptait bien que cela se produise un jour. Il désirait se débarrasser définitivement de Asher et des problèmes qui en avaient découlé. Il se sentait poisseux de s'être attiré un problème de cette taille peu après avoir débarqué à Londres. Et dire qu'il avait espéré se refaire une nouvelle vie tranquille, loin des créatures nocturnes de l'Amérique et de la monotonie de sa vie précédente. Il se demanda s'il allait parler de cette histoire à sa soeur. Certainement que non. Il ne voulait pas qu'elle s'inquiète. Mais en même temps, s'il venait à mourir, il voulait qu'elle sache ce qui s'était produit. Prévoyant, Brandy pensait écrire une lettre à Johanna qu'il ne lui enverrait pas, mais qu'elle trouverait dans ses affaires s'il venait à périr. La vision de l'ex-Hunter sur la mort était différente du commun des mortels. Il en avait peur bien sur, mais il acceptait que cela lui arrive, c'était une fatalité à laquelle il avait été confronté très jeune. Trop jeune. Et il ne la craignait pas. Il la défiait de venir le trouver.
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Asher Rosebury
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MessageSujet: Re: Lambeaux [Brandy, Asher] [15/03/42] Jeu 13 Mar - 12:05

Asher avait toujours été un homme sentimentale, il ne supportait pas la souffrance et la maladie, il était toujours prêt à venir en aide à son prochain. La prévention avait toujours été son fort y compris lorsqu'il se retrouvait devant une personne ne craignant absolument rien. Il aimait prêter main forte et n'hésitait pas à proposer une quelconque aide pour quoi que ce soit. Voir ainsi son hôte s'étouffer l'avait tout de suite mis sur ses gardes, le garçon se sentait prêt à réagir. Le souffle court, Asher attendit que la quinte de toux du barman se calme enfin... jusqu'à ce qu'il lui adresse un petit sourire grimaçant. Heureusement, il semblait s'en sortir indemne puisqu'il lui lançant une petite boutade. Asher haussa les épaules, pas très convaincu de la bonne santé du Capitaine, et se rassit confortablement, se demandant ce qu'il pourrait bien faire si Brandy tombait malade. Asher ne s'était pas encore demandé quel âge avait le Capitaine de l'Abondance, il ne paraissait pas être bien vieux mais les rides avaient commencé à l'attaquer... Ah les traits de l'âge et certainement les traits de la sagesse ! La gentillesse se lisait sur son visage cependant on pouvait aussi y déceler une pointe de sévérité, était-il possible qu'un homme comme lui puisse un jour se montrer mauvais ? Certainement pas, mais les apparences sont parfois trompeuses. Asher doutait de sa méchanceté seulement il ne désirait pas non plus le mettre dans un état second, comment réagirait-il lorsqu'il apprendrait la suite ? Asher avait choisit de conter son histoire à un parfait inconnu et c'est peut-être ce qui le pousserait à sa perte, mais il avait placé sa confiance en cet homme, avait-il réellement eu raison, ou bien devrait-il s'en aller illico-presto sans demander son reste ? L'homme se mit à rire bien qu'Asher sentait qu'il se retenait de s'esclaffer un peu trop fort. Asher grimaça puis lui sourit, se triturant les doigts, un petit tic dont il ne pouvait se dépêtrer.

Ses mains tâtant son crâne à la recherche d'une quelconque blessure, hématome, n'importe quoi, le jeune espérait se persuader qu'avant chaque attaque on le frappait, cela l'avancerait énormément dans son enquête. Malheureusement ses recherches étaient en vain. Il aurait tout donné, sa vie pour que ce cauchemars infini cesse enfin de hanter son cœur et son esprit. Il souffrait de la perversité sans fin de son agresseur aussi bien qu'il avait envie de s'écrouler, d'arrêter de se battre et de pleurer. Il rêvait le jour où sa vie allait enfin s'achever pour le noyer dans le doux océan glacé de la mort.

- Je préférerai être mort que de continuer à vivre cet Enfer, Brandy... Mais mettre fin à ma vie n'est-ce pas condamnable aux yeux de Dieu ?

Toute la question était là, il aimait vivre mais préférait en ces instants la mort. Sa religion l'empêchait de franchir le pas auquel il y avait songé nombre de fois. Il s'était toujours persuadé que la mort n'était qu'à un pas de lui, qu'il lui suffisait de le franchir pour tomber dans sa douce froideur mais la peur l'avait tout de suite arrêté, et s'il était puni pour son suicide ? Et s'il ne partait pas rejoindre ses proches au Paradis et qu'il était condamné à partir en Enfer, faiblir sous les coups puissants du Diable lui-même, ou pire et s'il restait bloqué entre les deux mondes, qu'il ne trouvait refuge nul part et que son âme erre à jamais dans le monde des vivants sans jamais pouvoir s'en dépêtrer ?

Au fur et à mesure que les explications du jeune homme prenaient forme, il voyait le barman s'inquiéter. Il lui confiait des informations, se faisant peur à lui même, il lui semblait que cette voix qui contait son histoire n'était pas la sienne alors qu'en réalité il savait pertinemment qu'il n'aurait jamais dû lui raconter tout cela. Il était en train d'entraîner le Capitaine dans une affaire qui ne le regardait pas et dans laquelle il pouvait y laisser sa vie ! Quelques instants plus tard, alors qu'il lui faisait part d'une de ses découvertes : l'assassin ne s'en prenait qu'aux proches de l'ancien soldat, il vit le barman bouillir intérieurement, le détruisant sur place avec son regard de glace. La colère avait commencé à s'infiltrer en eux, le jeune homme le sentait même si concrètement il n'avait rien à reprocher à son hôte. Une dispute avait alors éclatée, tandis que Brandy l'avait traité de fou, le bourgeois avait écarquillé les yeux et s'était placé sur la défensive. La rage s'insinuait en lui tel le venin d'une vipère, ses dents grincèrent, le traiter ainsi était quelque chose qui le mettait dans un état second. Fou ? Lui ?


* Il n'a pas tord mon joli Asher... C'est ce que tu es...*

Cette vois Asher ne l'entendrait jamais, sa seconde facette se délectait de l'instant présent, le voir ainsi se faire rabaisser Asher numéro 2 adorait ça, cependant il lui infiltra un peu de courage, il ne pouvait se laisser faire tout de même ! Il en valait de son honneur et de sa réputation, il ne pouvait se permettre de se faire rabaisser au bas de l'échelle par un ouvrier qui plus était barman. Le jeune homme avait depuis longtemps perdu cette confiance en soi qui avait fait de lui un homme redoutable à la guerre, en échange de quoi il était devenu doux comme un agneau et presque aussi peureux qu'une brebis égarée. Cela avait le don de réjouir sa deuxième facette mais aussi de l'exaspérer, comment un homme digne de se nom pouvait se montrer aussi... mou ?!
Le jeune homme avait tenté de s'expliquer face à son hôte mais c'est comme si les bons mots lui échappaient, oh non l'homme ne lui faisait pas peur si l'envie l'en prenait il sortirait son katana et d'un coup de lame lui aurait transpercé le cœur, simplement le jeune bourgeois n'était pas ainsi, le meurtre le dégoûtait, le seul qui pourrait le réjouir serait celui de son assassin et ça s'arrêtait à là.
Asher ne savait comment s'y prendre, soudain Brandy s'exclama d'un ton qui refroidit net le jeune homme. Le cœur de celui-ci se serra et un goût amer envahissait ses papilles gustatives. Il pouvait apercevoir une lueur de dégoût chez son interlocuteur, il ne savait comment s'y prendre maintenant qu'il était méprisé. Se montrer hautain serait presque un signe d'irrespect total envers son hôte alors qu'il s'inclinait toujours devant son aîné. Des insultes fusèrent, le regard presque assassin, Asher était de plus en plus consterné, jamais il n'avait rejeté la faute sur Brandy ! Comment pouvait-il dire de telles choses ? Pour ravaler sa colère, le jeune homme compta jusqu'à dix dans sa tête tout en se plantant ses ongles dans la paume de ses mains. Son regard se fit plus froid, certainement un des effets de sa deuxième facette qui tentait, en vain, de rétablir son honneur en haut de l'échelle. Mais peut-être le Capitaine de l'Abondance avait-il raison, il n'était qu'un sale ingrat qui ne pensait constamment qu'à lui. Asher baissa les yeux pour éviter de lui dévoiler au grand jour sa colère enfouit en lui depuis le début de la soirée. Suite à ses paroles amères et affreusement peu agréables, Brandy cracha sur le comptoir face au bourgeois qui ne put s'empêcher de se reculer de quelques centimètres. Lorsqu'il prononça ses mots, sa réplique, sa réponse si peu joyeuse et emplie de colère, il n'avait pu s'empêcher de les hacher comme lorsqu' il avait affirmé qu'il n'était pas un fou :

- Je ne sais pas qui tu es pour me parler sur ce ton, Capitaine, mais dans tous les cas je n'apprécie guère tes insultes. Je ne suis pas en train de dire que c'est ta faute, Brandy, mais si tel est ton souhait, vas y, mets moi dehors ! Je suis tout à fait apte à me débrouiller seul, cette personne ne me fait pas peur, que le froid me ronge jusqu'à ce que j'en crève j'en ai rien à faire ! Il fit une courte pause. Vous ne craignez rien pour le moment, est-ce de l'amour que je ressens pour vous ?! Non.

Il observa le barman, ne pouvant s'empêcher de sentir des regards insistants sur sa nuque, il était à deux doigts de se retourner, de les fusiller du regard avant de leur lancer une réplique cinglante mais il se retint. Il venait déjà de mettre de le bazars il n'allait pas continuer à empirer la situation si peu confortable soit-elle. Clarisse encaissa une table, peu rassurée, il aurait aimé lui jeter un sourire pour lui signifier que tout allait bien se passer mais rien n'y fit, il ne lui jeta pas un regard pour éviter de la foudroyer sur place, puis il entendit qu'elle quitta l'Abondance alors simplement là il se retourna. Son cœur se serra encore un peu plus et si Brandy avait raison, qu'allait-il lui arriver ? Et si elle restait seule comment sa soirée allait-elle se dérouler. Une lueur de frayeur paru dans les yeux du jeune homme tandis qu'il la voyait s'en aller. Les paroles de Brandy était toujours empreintes de colère faisant grimacer l'ancien soldat.

- Est-ce ma faute si cela me met mal à l'aise ? Devrais-je haïr les femmes ou bien rester indifférent devant elle ? C'est quelque chose qui m'est impossible, je suis ce que je suis, Brandy, nous avons chacun notre personnalité et j'assume pleinement la mienne !

Le barman soupira avant de lâcher quelques jurons qui firent frémir le jeune homme, il n'était toujours pas habitué à ces quelques impolitesses qu'il avait finit par les éradiquer de son esprit. Il repensait à sa douce mère qui auparavant lui avait bien démontré que jurer ne nous menait à rien, seuls les actes montraient ce que l'on était, il fallait mépriser ceux qui se montraient grossiers. Mais Asher avait dû mal à lancer un regard dédaigneux à son hôte, il l'avait tout de même recueilli dans son bar ! Aussi il vit l'homme se tendre au fur et à mesure qu'il lui faisait part de son récit d'aventure, ses phalanges blanchissaient à vue d’œil et seul le comptoir permettait au jeune homme d'avoir encore la vie sauve. Aussi lorsqu'il lui montra son arme, son katana à la lame aussi aiguisée qu'un rasoir, le barman écarquilla les yeux puis après avoir reniflé dédaigneusement il lui ordonna de ranger son arme, signifiant que la guerre s'était la guerre, que chacun dans ce monde devait mourir un jour et qu'il s'en contrefichait des crimes qu'avait pu commettre le bourgeois. Ainsi il voulait quand tout ça avait commencé et s'il avait des soupçons sur une personne en particulier. Le bourgeois n'était pas dupe, il ne faisait pas ça pour lui venir en aide mais surtout pour sauver sa peau ce qui pouvait se comprendre. Un goût amer s'empara à nouveau de la bouche du jeune homme tandis qu'il tentait de se remémorer quand et où il avait vu sa vie s'écrouler sous ses yeux. Ses phalanges blanchirent instantanément sous l'effort de la réflexion. S'il se rappelait bien, cela remontait à son voyage en Italie après l'incendie auquel il fut victime, la moitié de son visage brûlé, il avait tenté de retrouver son ancienne apparence en faisant appel à un certain charlatant qui semblait s'y connaître en matière de physique. Après mainte rituels, incantations et une fortune monstrueusement dépensées, Asher était enfin redevenu lui-même, aussi beau qu'auparavant, mais les crimes avaient alors commencé. Après avoir déglutit il s'exclama :

- Je... J'étais jeune... Je venais d'arriver en Italie pour étudier les vestiges romains, j'étais comme passionné... Lors de ce voyage, j'ai subit un traumatisme, des gens désiraient s'en prendre à moi pour ma richesse vois-tu... Après avoir été enfermé dans une petite bâtisse, je ne saurais te dire réellement s'il s'agissait d'une maison ou d'une cabane mais les murs étaient fait de bois. Ou en étais-je ? Ah oui, on me versa un liquide sur tout le côté droit de mon corps et quelqu'un mit feu à la salle. Je sens encore les flammes venir me chatouiller le visage et les brûlures intenses qui me firent perdre connaissance. Pourquoi immolé ? Je ne sais pas... Mais quelques bonnes âmes sont venues à mon aide, je ne sais comment ni pourquoi. Cette blessure m'avait défigurée tout le côté droit du visage, l'autre était resté intacte, mais on ne pouvait me reconnaître. Tu avais raison... Je suis tellement imbu de moi même, tellement lâche, que lorsque j'ai vu le dégoût sur le visage des femmes que je croisais j'ai tout de suite demandé l'aide d'un charlatan.

Asher s'arrêta soudainement, les yeux écarquillés il finit par prendre sa tête dans ses mains en gémissant. La douleur s'était faite beaucoup plus intense. Pendant un instant, alors qu'il avait gardé ses yeux ouverts, le monde semblait basculer, sa migraine s'intensifiant au fur et à mesure des secondes. Sa vision troublée puis noircie il papillonna des yeux et releva la tête une grimace de douleur au bord des lèvres. Son cœur se souleva.
La seconde facette d'Asher avait fini par se rebeller un peu, il ne devait pas révéler cette information de la plus haute importance, et si le barman faisait la liaison entre la pratique de la magie et le criminelle ? Aussitôt il avait fait comme s'il s'infiltrait en lui, lui prodiguant un mal de tête insupportable !
Ses doigts meurtrissaient son crâne tandis qu'il tentait de calmer la douleur si intense qu'il ne pouvait prononcer quelques mots. Le bourgeois gémit comme un enfant, la peau devenue blanchâtre et ses yeux s'éclaircissant sous l'effet de ces lancées qui tambourinaient dans sa tête. La peur s'infiltra en lui et s'il était revenu ? Mais ses doutes restèrent infondés, non, il ne viendrait pas, il reprenait connaissance beaucoup trop rapidement. Enfin, il plongea ses deux dans ceux de Brandy, se massant les temps, sentant que la douleur fulgurante s'estompait peu à peu. Il finit par continuer, le voix rauque, la gorge sèche et les yeux brillants :


- C'est lui qui m'a fait redevenir ce que je suis à présent, j'y ai dépensé une somme incalculable...

Le mauvais côté d'Asher tenta de refaire surface mais sa parole fut plus rapide et élimina ses doutes, peut-être n'avait-il rien à craindre :

- Peut-être ne l'ai-je pas suffisamment payé... Peut-être est-ce cet homme qui convoite ma richesse mais pourquoi me faire souffrir et non me tuer ? Pour me pousser au bord du suicide ? Je ne sais pas...
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Brandy Weest
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MessageSujet: Re: Lambeaux [Brandy, Asher] [15/03/42] Jeu 13 Mar - 21:27

Brandy s'inquiétait. Les paroles d'Asher étaient visiblement claires de sens. Il pensait véritablement à mettre fin à ses jours. Ne sachant pas encore ce qu'avait vécu cet homme, puisqu'il ne lui avait pas encore confié ses secrets, le barman ne trouva rien à dire sur l'instant et ne parvint pas à cacher sa surprise. Ses sourcils se soulevèrent de concert et gardèrent leur place haut perchés le temps qu'il assimile l'information. C'était une révélation totalement inattendue et assez inopportune. Il comprenait que son invité soit au bout du rouleau, mais de là à parler de suicide. Etait-il aussi désespéré que cela ? Tout bien réfléchi, il en avait tout les symptômes. Brandy pinça les lèvres. Il ne savait plus que dire. Qui était-il pour pouvoir se permettre de faire des commentaires sur ce sujet ? C'était sensible. Il se demandait pour quelles raisons Asher lui avait confié ceci, aussi abruptement, alors qu'ils venaient à peine de se rencontrer. Là encore, le barman décela un signe de profonde solitude et d'un mal-être qui devait le ronger profondément. C'était la première fois depuis le début de leur rencontre que le Capitaine était sans voix. Il craignait de dire quelque chose de déplacé qui ne conviendrait pas à l'esprit fragile de son interlocuteur. Il l'avait mis à l'abri du froid, ce n'était pas pour qu'il se donne la mort en sortant de son bâtiment. Bien décidé à redonner le goût de vivre à son invité Brandy tenta un sourire en coin, peu sur de ce qu'il allait dire :

- Hum... Je comprend, j'vois bien qu't'es pas au top de ta forme. Mais c'est p't'être qu'une mauvaise année pour toi, ça va passer. Pis faut pas penser à des choses comme ça, j'veux dire... Il était visiblement très mal à l'aise. Faut pas te laisser abattre.

Il se tue quelques instants, le temps de trouver les mots justes. Asher semblait se retenir de commettre un acte irréparable grâce à ses croyances. Bien qu'après tout ce qu'il avait vécu Brandy doutait de l'existence d'un Dieu bienveillant, il se dit que cette fois-ci, il pourrait utiliser la religion pour ce bonnes raisons. Il connaissait son catéchisme et en effet, cette religion interdisait formellement de mettre sciemment fin à ses jours. Il se doutait que peu importait les croyances, celles-ci devaient toutes proscrire le suicide. Si c'était ce qui restait à Rosebury pour vivre, il allait exploiter la corde sensible, même s'il ne se sentait pas très bien placé pour parler de ce genre de choses.
Il reprit, d'un voix qui se voulait douce et rassurante :


- Et j'crains que tu n'aies raison, c'est pas dans les préceptes de Dieu, y faut pas te risquer là-dedans. Écoutes, d'après ce qu'on dit, Dieu nous fait vivre à tous des épreuves, en ce moment, ça doit être la tienne. Tu vas surmonter ça et tout ira pour l'mieux dans l'meilleur des mondes après. T'auras gagné ta place au Paradis, tu ne seras plus jamais inquiété de rien, pour l'éternité, ça mérite bien quelques années de souffrance, nan ? Enfin, peut-être, je crois...

La justesse de son raisonnement était assez bancale, il n'était pas très doué pour donner des leçons de foi, mais au moins il avait essayé de faire de son mieux. Redoutant la réaction de Asher, il ne le quittait pas des yeux. L'inquiétude se lisait sur ses traits. Il espérait pouvoir redonner courage à cet homme avant qu'il ne reparte ivre de l'Abondance, mais ce n'était pas gagné. Du tout.

Au fil de leur conversation, Brandy apprit enfin ce qui était arrivé à Rosebury. De fil en aiguille, il tissa un portrait de la situation qui fit frémir le Capitaine, qui sentit la rage monter en lui. Ce salaud de bourgeois était inconscient, il venait de les mettre en danger lui et Clarisse, et en toute connaissance de cause ! Bon Dieu d'merde ! S'il n'avait pas voulu se débarrasser de cet assassin rapidement, l'ex-Hunter n'aurait pas hésité une seconde à mettre dehors cet énergumène qu'il avait fait monter à bord. Mais quelle idée il avait eu là ! Pestant intérieurement contre lui-même, son visage ne laissait aucun doute sur ses sombres pensées.
Sa fureur redoubla d'intensité lorsque Asher lui proposa de le mettre dehors. Si seulement il le pouvait ! Mais la situation ne le lui permettait pas. Il n'avait d'autre choix que de se coltiner Rosebury jusqu'à ce que tout ça se tasse et à son grand malheur il doutait que cela se produise de si tôt. La barman se retint de ficher son poing bien serré dans la mâchoire de son invité lorsque celui-ci fanfaronna qu'il n'avait nullement peur du criminel qui le poursuivait. C'était bien là la preuve de son inconscience et de son inaptitude à voir la situation dans son ensemble : il était le poiint névralgique de tous ces meurtres ! Mais quand allait-il donc comprendre toute l'ampleur de la chose. Il semblait penser que l'assassin ne s'en prenait qu'aux personnes qu'il aimait, mais peut-être n'avait-il jamais découvert les cadavres de personnes inconnues avec qui il avait parlé seulement quelques minutes. Peut-être qu'il avait laissé derrière lui plus de dépouilles qu'il ne le pensait, ne se rendant simplement pas compte de leur soudaine absence tout bonnement parce qu'il n'y était pas attaché, qu'il ne les connaissait pas plus que ça. Rien ne prouvait à Brandy que Asher avait raison en lui disant que le tueur ne s'en prenait qu'aux personnes qu'il aimait. Rien. Cette théorie était d'ailleurs douteuse. Quel homme prendrait le temps d'analyser chacune des relations de Rosebury, comment pourrait-il le faire ? Non, c'était bien trop tordu.


- Je suis ici chez moi et je te parle comme bon me semble. Tu oublies où tu es. Si je t'avais laissé crever de froid dehors, ton assassin aurait cessé de commettre tous ces meurtres. En fait, je suis pas certain d'avoir rendu service à l'humanité pour le coup.

C'étaient des mots durs, profondément cruels. Brandy ne les pensait pas réellement, ses paroles dépassaient sa pensée, mais ne pouvait violenter physiquement son interlocuteur, il usait de piques venimeuses et viles. Il ferma les yeux et respira profondément. Il craignait d'être allé trop loin cette foi-ci. A bien y réfléchir, il devait tout faire pour éviter de se mettre à dos Asher tant que celui-ci ne lui aurait pas livré tous ces secrets. Il se mordit l'intérieur de la joue, mastiqua son tabac et sembla prendre une décision.

- Oublie ce que je viens de dire. Je m'énerve rapidement quand je sens du danger. Et là, je le sais d'instinct, ça va mal tourner cette histoire. Vraiment, oublie ça. Je suis pas mécontent de t'avoir à bord, c'est juste. Tu vois, ça m'inquiète.

C'est alors qu'Asher reprit la parole, après avoir regardé Clarisse quitter les lieux avec un air contrit. Il semblait véritablement éprouver de l'inquiétude pour la jeune femme. Le genre de chose qui mettrait la puce à l'oreille du tueur. Il devait arrêter ça maintenant.

- Rosebury. Fais une chose pour moi, une. Cesse de regarder ma serveuse ainsi. Fais ce que tu veux avec les autres femmes, mais elle, laisse là en dehors de tout ça, ne l'approche plus, ne t'intéresse plus à elle. Brandy sembla hésiter, puis ajouta, je t'en prie, s'il te plais, si tu ne le fais pas pour moi, fais le au moins pour elle. Il était rare que le Capitaine s'abaisse à faire ce genre de suppliques, mais il sentait qu'il n'avait pas vraiment le choix, il devait prendre Asher par les sentiments. Elle ne mérite pas de se faire assassiner par un dingue. Tu es ton propre maître, y a pas de doute, mais si je peux te dire une chose, c'est que tu as un rôle dans ces meurtres, que tu le veuilles ou non. Sois réaliste, observe cette situation en face, aimer ou haïr les femmes ce n'est pas ça le problème. Ce qui est problématique, c'est ce que ça entraîne malgré toi. Je comprend que tu ne réussisses pas à te retenir, mais par amour pour toutes ces femmes, pour leur vie, ne pourrais-tu pas les laisser de coté un moment, le temps de régler son compte à ton meurtrier en série ?
J'vois bien que tu ne te rends pas comptes, t'es dans cette affaire jusqu'au cou et depuis trop longtemps. Mais tu vois, moi j'ai un œil neuf sur tout ça et m'est avis que ça va mal finir, crois moi.
Il maqua une pause, songeant à comment il allait amener la chose. Comment peux-tu être totalement certain que ton assassin là, il ne tue pas d'autres personnes qui te croisent, mais que tu connais à peine ? Il s'en prend certes à des êtres que tu dis « aimer », mais à mes yeux rien ne prouve qu'il ne va pas voir ailleurs... C'est sur qu'il a l'air de vouloir te faire souffrir ce gars, et qu'en touchant à des inconnus il t'atteindrais moins, mais si c'est un meurtrier en puissance, il a peut-être besoin de plus de victimes... Ou il espère que tu découvres un jour qu'il a aussi tué d'autres pauvres innocents que t'avais croisé... Ça te peinerai encore plus... Nan ?
J'veux pas te faire porter le chapeau Asher...
Sa voix était redevenue cordiale, presque douce, mais t'es dans une impasse. Faut que tu agisses pour ton propre bien et celui de ceux qui t'entourent. Je suis prêt à t'aider. On fera ce qu'il faut pour le coincer ce bougre et là, là seulement tu pourras les aimer à nouveau toutes ces femmes qui te donnent envie. Ensemble, on va mettre un terme à ce massacre.

La colère était retombée. Il ne restait plus à Brandy que l'intime conviction qu'il allait devoir pousser Asher pour mettre un terme définitif à toute cette histoire. Cet homme avait un lourd passé à porter et n'avait certainement plus toutes ses facultés mentales, ou du moins il n'exploitait que ce qu'il jugeait bon, c'est à dire la séduction. Laissant ainsi de coté tout son potentiel. Lorsque Asher avait dégainé son arme pour une raison obscure, le barman lui intima l'ordre de le ranger. Il écouta ensuite le guerrier lui conter ses exploits au Japon, mais il mit vite un terme à cette parenthèse, préférant de loin se pencher sur le sujet précis qui les concernaient tous les deux.
Avec une attention renouvelée et l'esprit définitivement calmé, le Capitaine écouta le bourgeois lui expliquer à quel lieu et à quelle date approximative il pensait que tout ceci avait débuté. Il le vit se concentrer pour déterrer ces informations de sa mémoire, cela semblait lui demander quelques efforts. Au fur et à mesure de ses révélations, Brandy paraissait de plus en plus abasourdi, il ne comprenait pas les tenants et les aboutissants de tout ceci. Asher lui aussi était resté dans le doute sur les intentions de ses agresseurs, il supposait seulement qu'ils en avaient après son argent. C'était possible. Il se demanda quel pouvait bien être le montant de sa fortune familiale, mais ce n'était pas le moment de s'appesantir sur ce sujet secondaire. Le barman était assez retourné par ce récit. Il regrettait de s'être laissé emporter, même s'il avait de bonnes raisons pour cela, le pauvre Rosebury en avait déjà bien assez bavé et ce n'était pas terminé.


- J'suis désolé pour tout ce qui t'es arrivé, ça a pas dû être facile tous les jours. Et tu les connais tes agresseurs ? Tu penses que se sont eux qui te poursuivent encore ?

Le barman s'arrêta de parler en fronçant les sourcils. Asher venait de prendre sa tête entre ses mains, il gémissait lamentablement. Il devait encore avoir une migraine. Le pauvre avait une santé tellement fragile que s'en était troublant. Brandy attendit qu'il retrouve ses esprits, ce qu'il fit après être devenu blanc comme un linge et avoir manqué de vomir sur le comptoir. Il le vit se masser les tempes pour tenter d'apaiser sensiblement la douleur qui devait ressentir. L'ex-Hunter se dit qu'une cuite ne serait pas d'un bon effet sur sa constitution, si le guerrier lui redemandait de la boisson, il ne lui donnerait rien de plus fort qu'une bonne bière bien fraiche. Tandis qu'Asher se taisait, le barman marmonna :

- Et hum, j'comprend que t'aies voulu retrouver ton visage, celui que t'avais avant l'incident. Je, hum... J'comprend mieux certaines choses maintenant. Et ce charlatan, tant que j'y pense, pourquoi le nommer ainsi, il est parvenu à te rendre ton apparence, c'est ce que tu désirais, non ?

Asher éclaira ses lanternes en lui disant que cet homme lui avait bien sur rendu son apparence, mais contre une somme astronomique. Et malgré ça, il n'était pas encore sur la paille. Il devait donc avoir une famille influente à Londres, comment ce faisait-il qu'elle n'ait pas entrepris des recherches approfondies pour l'un de ses membres ? C'était à n'y rien comprendre. Rosebury s'appesantit ensuite sur ses doutes et des questionnements multiples sans possibilité de réponse.

- J'ne suis pas très au fait de c'qui s'est passé, mais comme tu dis, ça s'rais quand même bizarre que ce gars cherche à te tuer alors que t'es une poule aux œufs d'or vivant. Ça colle pas. Et y a rien d'autre qui t'vient à l'esprit ? Pas quelqu'un à qui tu aies fait du tord ? Un mari cocufié ? Une femme influente vexée ? Faut jamais sous-estimer la rancune féminine,...

Il avait ajouté ces derniers mots d'un ton très sérieux, comme s'il avait lui-même vécu les foudres de la colère féminine un jour. Brandy était en pleine réflexion. Il ne savait pas quel personne était Asher dans  sa jeunesse, mais il se doutait qu'il n'avait pas foncièrement changé. Il ne voyait pas comment un homme comme lui avait pu s'attirer autant d'ennuis. Il ne voyait qu'une explication pour moment et c'était en rapport avec la gent féminine. Curieux, il attendait la réponse d'Asher.
Tout autour d'eux, plus personne ne faisait attention à ce qu'ils racontaient. Les clients s'étaient désintéressés d'eux dès l'instant où ils avaient cessés d'élever le ton. Et Clarisse était toujours dehors, sans que l'on se soucie de ce qu'elle faisait.
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MessageSujet: Re: Lambeaux [Brandy, Asher] [15/03/42] Ven 14 Mar - 15:25

Le suicide lui paraissait doux comparé à ce qu'il avait vécu et il était encore loin de s'imaginer toutes les créatures possibles et inimaginables qui peuplaient les rues de Londres. A vrai dire, on lui aurait annoncé l'existence de vampires et de loups-garous, il aurait ri au nez de son interlocuteur en lui annonçant clairement qu'il avait dû lire trop de contes pour faire peur aux enfants. Il ne croyait à tout ce qui pouvait dépasser la réalité, aussi se gardait-il bien d'y penser pour éviter de se faire de fausses frayeurs.
Mais là c'était différent, il était loin de se douter qu'il était habité par un double de lui-même qui le manipulait comme une stupide marionnette, à vrai dire il n'y aurait jamais pensé, cette idée était beaucoup trop farfelue pour qu'elle envahisse ses pensées. Aussi lorsqu'il évoqua l'idée du suicide il avait vu des traits d'inquiétudes se former sur le visage de l'homme qui lui faisait face. Il y pensait réellement, c'était peut-être une des seules solutions pour que son cauchemars cesse. Il voyait alors la mort comme une brume blanche l'enlevant de ses misères et le présentant à son Créateur. Il espérait au fond de lui qu'une personne viendrait pour l'achever parce qu'il ne pouvait se résoudre à mettre fin à ses jours. C'était interdit. Il désirait aller au Paradis et s'il commettait cet acte irréparable il en serait à jamais privé. Hors il voulait retrouver ceux qu'il aimait. Fixant un instant le barman il se demanda s'il ne pouvait pas s'en charger mais il repoussa cette idée au plus profond de lui même. Un crime ne reste pratiquement jamais impuni, l'homme serait vite retrouvé et en une fraction de seconde on le mettrait sur l’échafaud. Asher en mettait sa main à couper.

Brandy tentait de lui remonter le moral avec un petit sourire lui disant que ce n'était certainement qu'une mauvaise passe à passer, que ça allait certainement s'arrêter. Mais le barman ne comprenait pas... cela ne faisait pas qu'un an, cette « mauvaise passe » semblait être sans fin pourquoi s'obstiner à lui dire que tout allait bientôt s'arrêter alors que le bourgeois savait pertinemment que ce n'était que le début de sa descente aux Enfers. Il se sentait presque humilié de ne pouvoir protéger les personnes qu'il aimait.
Brandy pour le convaincre fit appel à la foi du jeune homme, il pensait exactement la même chose que lui, aussi il riva ses yeux argentés dans ceux de Brandy avant de sourire et de répondre :


- Tu sais Brandy je crois que tu as raison... Dieu nous l'interdit... mais je pense quand même que c'est une des meilleures choses à faire.

Puis leur dispute avait éclaté, laissant le jeune homme dans un état de pure rage non dirigé réellement contre le Capitaine mais surtout envers l'assassin qui avait fait de sa vie le plus pur des Enfers. Il était en train de se mettre à dos un potentiel ami, confident... Décidément, il n'aurait jamais dû lui conter tout cela, c'était une preuve de sa fragilité, le barman avait raison. Le bourgeois était un égoïste, narcissique, qui ne pensait qu'à lui. Il voyait la mine de Brandy se renfrogner au fil de leur discussion puis ses poings se serrer. Le dégoût se formait sur ses traits, faisant mal à Asher, il n'aimait pas qu'on le voit ainsi.

* Héhé Asher... Que tu es mignon quand tu es triste, je te promets une jolie surprise pour te remonter le moral... *

Décidément sa seconde nature semblait réellement vouloir lui faire du mal. Et le pire de tout cela c'était qu'Asher s'obstinait à vouloir se venger de tous les crimes que lui même avait commis inconsciemment ce qui faisait rire assez facilement sa deuxième facette.
Ses yeux plongés dans ceux de Brandy il l'écoutait parler, l'insulter, sans qu'il ne puisse réellement se défendre, sa fatigue était telle que lorsqu'il répliquait il ne s'enfonçait qu'un peu plus. Aussi, le barman lui avoua qu'il aurait préféré le laisser dehors, qu'il avait commis une erreur. Asher s'en pinça les lèvres il ne voulait lui dire qu'une chose : « vas-y jette moi dehors, tue moi, fais quelque chose, au moins tu ne craindras rien et tout s'arrêtera ! » mais il n'en fit rien et continua à l'écouter. Bien sûr qu'il savait où il était mais Brandy savait-il seulement à qui il s'adressait ? A un ancien soldat qui n'avait aucune pitié et qui auparavant avait dû mal à retenir sa colère, sa lame pouvait venir se figer directement entre ses deux yeux s'il ne faisait pas un minimum d'effort pour se contenir. Il baissa les yeux quand soudain il entendit Brandy s'excuser, lui dire qu'il ne pensait pas réellement tous ce qu'il venait de lui dire, qu'il avait parlé sous l'effet de la colère. En réalité, l'homme avait peur, peur pour sa peau, peur pour celle de sa serveuse, Clarisse. Il était inquiet et cela se comprenait mais Asher avait encore du mal à digérer tous les propos que le barman lui avait lancés d'un ton colérique. Cela lui était resté coincé dans la gorge et il sentait que ça n'allait pas passer avant un bon moment. Il savait pertinemment que peut-être le Capitaine n'avait pas pensé une seul fois à tout ce qu'il avait dit mais il sentait au fond de lui qu'il n'en pensait pas moins pour certaines choses. Le jeune homme faisait de son mieux pour tenter d'oublier et de passer à autre chose mais les mots restaient bloqués. Il aurait bien aimé lui dire : « ce n'est pas grave Brandy, cela ne fait rien, c'est déjà oublié... » mais ce n'était pas vrai. Il ne voulait pas lui mentir, il s'abstint donc de toute remarque lui disant simplement :

- Ne t'en fais pas... Je te comprends, j'aurais dû partir sans te raconter tout cela.

Son ton s'était fait sec, amer, sans qu'il ne puisse réellement se contrôler, il ne l'avait pas voulu, il avait du mal à faire passer tout ce qu'il avait pu encaisser en l'espace de quelques minutes. Il restait sur la défensive coûte que coûte. Puis la serveuse avait quitté l'Abondance sous le regard inquiet d'Asher. Il se demandait si son agresseur en profiterait pour s'attaquer directement à elle. A cette idée son cœur se serra et il eut presque envie de la rattraper par le bras pour lui indiquer de rester. C'est alors que la voix de Brandy résonna à ses oreilles. Au fur et à mesure de ses paroles le jeune homme écarquilla les yeux. Il esquissa une grimace avant de baisser la tête fourrant un main dans ses cheveux, déglutissant silencieusement, puis il releva les yeux pour écouter le barman. Il lui demandait de ne plus s'approcher de la serveuse, il le persuadait en utilisant ses sentiments, laissant un goût amer dans la bouche du jeune bourgeois.

- Non, elle ne mérite pas ça...

Plongé dans ses pensées, les paroles de Brandy s'infiltraient lui tel un poison, et s'il avait raison ? Et s'il avait fait sa part des choses dans chacun des crimes commis ? Le cœur du jeune homme se glaça d'effrois, non ce n'était pas possible, il ne pouvait pas... Comment aurait-il pu ? Non... jamais il … Non. Non. NON ! Ses pensées bourdonnèrent. Il refusait d'assimiler tous ce que lui disait le capitaine de l'Abondance, tout ceci lui paraissait impossible et pourtant... Il devait l'avouer, s'il continuait à côtoyer des gens ne risquait-il pas de mettre leur vie en danger ? Il réprima un hoquet de tristesse et se mordit l'intérieur de la joue jusqu'à se faire saigner, envahissant sa bouche d'un goût métallique qu'il ne connaissait que trop bien. Ses yeux vibraient de rage, s'il se coupait du monde çaen était fini de sa santé mental, il dégénérerait, deviendrait fou à souhait ! Et là on lui demandait d'arrêter de voir des femmes ! Comment pouvait-on lui demander pareille chose ?! Elles étaient pour lui les créatures les plus belles et les plus pures au monde, comment s'en priver ? Mais encore une fois, il avait raison, s'il prétendait tellement les aimer, il devait cesser toutes liaisons avec elles.
La deuxième facette d'Asher commençait à s'inquiéter, le bougre le cernait peu à peu, réfléchissait comme lui, comment faisait-il ? Il n'était qu'un barman !  Il ne devait découvrir qui il était réellement ! Il en devait de sa survie mais aussi... de son petit plaisir quotidien qui se résumait à : tuer, faire souffrir son corps et l'envahir un peu plus à chaque instant. Il avait toujours éprouvé une vive joie et une jubilation intense lorsqu'il assassinait pour son bien-être ou plutôt son mal-être selon le point de vue que l'on adopte.
Le barman avait encore touché un point sensible, c'est vrai comment pouvait-il savoir si en dehors de son entourage si son criminel ne s'en prenait pas à de simples innocents qu'il croisait dans la rue. Soudain Brandy semblait désireux de l'aider, tiendrait-il réellement sa parole ? Aiderait-il le jeune homme ? Mystère... Cela ne faisait que peu que tous deux se connaissaient... Il échappa un hoquet de surprise avant de s'exclamer d'un ton peu assuré :


- Je... Oui... Je vais la laisser... Mais devrions-nous la laisser seule dehors ? Je ne pense pas que ça soit une bonne idée... Elle... Elle devrait rentrer. Je... Pourrais-tu garder un œil sur elle, vérifier qu'elle aille bien ou bien même la laisser dormir chez toi ? Elle y serait plus en sécurité je pense... Je suis désolé je m'égare...
Je ne sais pas si tu te rends compte de ce que tu me demandes... Les laisser ça veut dire m'isoler du monde... Je vais en devenir fou Brandy, oui fou. Je ne tiendrais pas, il me faut un minimum de contact social, je ne suis pas un homme des cavernes, je ne suis pas un solitaire... La solitude me tue... Mais je vais faire ce que tu me dis, je vais m'isoler quelques temps, le temps de... de... lui rendre la monnaie de sa pièce.
Il marqua une courte pause, réfléchissant rapidement aux autres propos de son interlocuteur. Brandy, si ce que tu dis est vrai alors il faut que cela cesse rapidement, à moi tout seul je vais finir par exterminer le dixième de la population londonienne. Je fréquente des gens tout les jours, à toutes heures de la journée... Je travaille pour des passionnés de musique et ils viennent par dizaines voir centaines pour m'écouter jouer, comment savoir s'ils ne meurent pas l'un après l'autre?
Un frisson parcourut son corps. Je te remercie de vouloir m'aider, mais ne t'en sens pas obligé, Brandy. Ce n'est pas une affaire qui te regarde et je pense que plus tu restes loin de ça moins tu courras de risques. Mais un coup de main ne serait pas de refus. Je ne veux pas que tu sois contrain à me venir en aide Brandy...

Le jeune homme lui conta ensuite son histoire, quand et comment tout avait commencé. Lorsqu'il entama son récit sur l'incident en Italie il ne put qu'afficher une mine de dégoût. Il revoyait encore son visage hideux, brûlé, une loque humaine sur pattes. Il visualisait les regard dédaigneux, les hommes qui se moquaient de sa laideur, les femmes qui le méprisaient, tout ceci l'avait dégoûté de lui même. Il s'était vu en tant que monstre et avait tout de suite voulu en finir avec cette mascarade ridicule. Brandy semblait de plus en plus surpris par tout ce que venait de lui raconter le jeune homme, il semblait presque désolé de s'en être pris ainsi à lui. Puis il s'excusa, déclarant que ça n'avait pas du être facile tous les jours. Asher secoua la tête d'une signe négatif :

- A vrai dire je ne les ai jamais vu, je n'ai entendu que le son de leur voix et aucune ne m'était familière... Je ne pense pas les recroiser un jour. Je suis presque sûr et certain qu'ils n'ont rien à voir avec cette histoire, ils ne m'ont fait subir ce supplice que pour mon argent, ils m'ont dépouillé, je ne vois pas d'autres raisons qui auraient pu les pousser à un tel crime.

Puis une migraine fulgurante avait assaillit l'esprit du jeune homme pour éviter qu'il ne raconte un peu plus dans les détails cette expérience assez étrange, heureusement pour lui il n'avait rien dévoilé de compromettant, c'est comme si la deuxième facette logée en lui l'avait poussée à dire autre chose que ce dont il désirait parler. Le visage pâle, le jeune homme avait par la suite retrouvé ses esprits quoique un peu déboussolé. Brandy semblait comprendre qu'il avait voulu retrouver son ancienne apparence. C'est étrange de la manière dont change les gens en écoutant une simple historiette que le bourgeois aurait pu inventer. Pourquoi lui faire ainsi confiance sur ses dires ? Malgré tout, il n'avait pas menti, il n'en voyait pas l'intérêt.

- Pourquoi charlatan ? Cet homme ne s'intéressait qu'à ma richesse et lors du...

Sa tête bascula vers l'avant, son front frappant le bois dur du comptoir dans un bruit sourd. Un gémissement roque s'échappa de ses lèvres mais il réussit à finir sa phrase :

- lors du rituel... il invoquait des noms sataniques... démoniaques... et semblait … parler une auutre...

Il s'étrangla dans ses dires, des larmes de douleurs coulant sur ses joues blanchâtres :

- une autre langue.

Il serra les dents tentant de faire partir la douleur, mais elle était telle qu'il ne pouvait s'empêcher de marmonner des mots incompréhensibles, puis elle s'estompa peu à peu, il ne sentait plus sa nuque, sa tête lui paraissait aussi lourde qu'un âne mort. Il ne la releva pas d'ailleurs pour rester conscient.

- Non... je ne séduisais pas les femmes mariées, c'était plutôt elles qui me faisaient des avances je dois dire, mais elles étaient comment dire ?... innocentes, peut-être trop faibles d'esprit pour se permettre de commettre une quelconque faute.

Il grimaça s'arrachant presque les cheveux, respirant plus fort qu'il ne l'aurait souhaité. La douleur s’appesantit, aussi bien qu'il releva la tête, plantant ses yeux brumeux dans ceux de son interlocuteur :

- et puis... elles n'en auraient pas eu le temps, la plupart ne sont plus de notre monde, seules les premières sont encore en vie... Je me sens si honteux de leur disparition si tu savais...
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Brandy Weest
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MessageSujet: Re: Lambeaux [Brandy, Asher] [15/03/42] Ven 21 Mar - 19:55

Brandy ne s'était certainement pas attendu à devoir disserter sur le droit qu'à chacun à s'ôter sa propre vie. Ce genre de sujet le mettait très mal à l'aise, d'autant plus en en parlant avec un homme qui lui était étranger quelques heures plus tôt. Bien sur il avait l'habitude d'écouter les hommes se morfondre sur leur existence comme si cela pouvait les aider à la rendre meilleure par la seule force de la parole, mais il était toujours très rare que ça en arrive à ça. Et là, il était mis au pied du mur par un gars qu'il ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam et à qui il devait déblatérer ses vieux souvenirs de catéchisme pour réussir à le réconforter. Il était certain d'avoir échoué dans cette tâche, mais au moins il pensait être parvenu à le raisonner grâce à la religion, puisque celle-ci, quelle qu'elle fut, interdisait l'homme d'attenter à sa vie sous peine déroger aux ultimes règles édictées par Dieu. C'était bien là, la seule chose qu'il ait réussi à faire, puisque Asher lui dit tout sourires que ses croyances étaient ce qui l'empêchait de passer l'arme à gauche et que si cela s'était révélé possible, il pensait que c'était la meilleure solution qui s'offrait à lui. Le barman grimaça. C'était un terrible sujet de discussion qu'il leur faudrait vite abandonner, il n'y avait rien de sain à en parler. Que répondre à ce genre d'affirmations ? Il ne pensait pas qu'il y ait de phrase adéquate et il aurait aimé en trouver une. Faute de mieux il tenta :

- Écoutes ta foi mon brave, elle te guidera sur l'bon chemin, conclu Brandy les yeux posés sur ceux de son interlocuteur.

Il avait parlé d'une voix sans timbre, espérant simplement que le sujet serait clôt parce qu'il doutait de pouvoir retenir longtemps quelques sarcasmes bien sentis. Il avait ramassé Asher sur les docks pour lui permettre de vivre, pas pour qu'il chougne sur son comptoir qu'il voulait mourir. C'était n'importe quoi. Aucune force de caractère chez les bourgeois. Et le pire, c'était ce sourire qu'il affichait, le barman lui aurait bien fait avaler. Il ne comprenait pas ce genre de comportement. Il en avait vu des gars déprimés, par centaines, mais celui-là c'était une perle.

Cette conversation déplacée était peut-être ce qui avait échauffé Brandy et commencé à mettre le feu aux poudres. Ça et les autres propos de Asher. Se rendait-il au moins compte de ce qu'il disait ? Quel étrange personnage. L'ex-Hunter ne savait décidément que penser de lui. Entre sa personnalité changeante, ses éclats et ces instants d'intense réflexion, ce regard étrange. Il ne semblait pas avoir conscience de la portée de ses actes, il ressemblait à un enfant incapable de contrôler ses pulsions, quoique les hommes avaient aussi ce genre de problème. Il était comme une girouette malmenée par le vent, ses désirs le poussaient dans une direction et rien, pas même sa raison ou tous ces meurtres, ne pouvait lui faire combattre les bourrasques de ses envies. Brandy ne savait pas s'il devait l'en blâmer ou être peiné de cette attitude. D'abord il ne parvint pas retenir sa colère, parce que cet invité qu'il avait sauvé des griffes mordantes du froid n'était qu'un égoïste sans pareil, qu'il laissait la mort dans son sillage et que rien ne semblait vouloir l'arrêter. Pas même cette culpabilité qu'il disait lui enserrer son petit cœur de papier. Qui pourrait assumer de voir tant de morts sans modifier son comportement ? Le barman trouvait cette attitude aussi coupable que celle de l'assassin. Il était dégoûté par Rosebury et regrettait de s'être laissé attendrir par la voix d'outre tombe de sa bonne mère. Il ne savait même plus pour quelles raisons il l'avait écouté. Et après la colère, quand les choses s'étaient éclaircies dans son esprit, Brandy avait commencé à échafauder un plan, une contre attaque. Il refusait de craindre pour sa vie, s'il s'en donnait la peine, il retrouverait le meurtrier et le ferait mettre en prison, où il allait payer pour ses crimes. S'il y était contraint, il n'hésiterait qu'une seconde avant de lui ôter la vie. Sa motivation était tout à fait égoïste, il l'assumait ; A voir ce que ça amenait d'aider autrui, il y réfléchirait à deux fois maintenant avant d'amener un chien galeux dans l'Abondance. C'est à cause de gens comme ça que la gentillesse se perd, parce que des salauds en profitent à foison, laissant d'autres démunis, abandonnés de tous, alors qu'il leur aurait suffit d'une main tendue pour sortir du gouffre. Asher lui, c'était tout le contraire, de sa main il entraînait tous ceux qu'il rencontrait dans une abîme sans fond, où il aurait pu y faire tomber l'humanité entière rien que pour escalader leur cadavres dans l'espoir d'en sortir un jour. Sale engeance. Il aurait mérité d'être éliminé comme une vermine de Loup-Garou. Cependant, avant de s'occuper de remettre Rosebury à sa place, il fallait retrouver l'assassin et c'était impossible sans la coopération du bourgeois. Ses éclats ne serviraient à rien. Ravalant sa hargne, le Capitaine fit le premier pas pour enterrer la hache de guerre. Il prit grand soin de ne pas prononcer de paroles d'excuses explicites, seulement d'expliquer les raisons de sa colère, qui ne pouvaient que peser en sa faveur, malgré les œillères d'Asher. Il tempérait ses propos pour rétablir le contact dont il avait besoin, il n'était pas utile qu'il s'abaisse à faire de profondes et plates excuses à un homme qui n'en méritait pas une seule.
Ceci dit, il vit bien dans les mouvements de son hôte que ses paroles colériques n'étaient pas près de s’effacer de sa mémoire, il fit néanmoins l'effort de baisser les armes lui aussi. Tous deux restaient maintenant sur leurs positions respectives sans les dévoiler clairement au grand jour. D'un ton sec, Rosebury prononça quelques mots d'apaisement, ajoutant qu'il n'aurait jamais dû lui conter toute cette histoire. Brandy afficha un maigre sourire de contentement, qui cachait une grimace ennuyée. Ce petit morveux n'avait toujours rien compris, c'était un cas désespéré, une tanche. Mais bien sur, oui, il aurait dû partir comme ça, sans un mot, laissant le barman dans l'ignorance de ce qui l'attendait. Pas de souci mec, j't'enverrais un faire part pour mon enterrement ! L'homme ravala ses sarcasmes, s'intimant l'ordre de jouer un rôle. Clarisse était sortie, prenant sa pause sûrement, donnant ainsi l'occasion au Capitaine d'exprimer clairement ses réticences à Rosebury. Il ne voulait pas qu'il tourne autour de sa serveuse, c'était trop dangereux. Il n'hésita pas à faire appel à la ruse pour que son invité soit de son avis, il n'avait aucun remord à tenter de manipuler cet irresponsable, surtout si c'était pour sauver une vie. Posément, Brandy entonna une réplique qui avait pour but de faire ouvrir les yeux à Asher. Il vit différents sentiments transparaître sur son visage, il avait l'air de beaucoup réfléchir et d'être préoccupé.

Une fois la surprise passée, Rosebury commença par accepter de laisser Clarisse tranquille, le barman espérait qu'il en soit capable mais il en doutait sérieusement. Il aurait au moins essayé, même si ça n'était pas couronné de succès. Puis Asher lui demanda de veiller sur elle, d'aller jusqu'à lui proposer de la faire crécher chez lui pour garder un œil sur sa vie. L'ex-Hunter était tiraillé entre le rire et l'exaspération. Franchement, s'il proposait à Clarisse de rester sur l'Abondance, ne serait-ce qu'une nuit, il était presque certain de se prendre une taloche, c'était du grand n'importe quoi ! Elle n'accepterait jamais une telle proposition et Brandy n'avait pas envie d'avoir à supporter une femme à bord plus que de raison. En même temps, qu'est-ce que Rosebury espérait avec une telle demande ? La jeune femme n'allait pas se laisser enfermer pour son bon plaisir, c'était même pas sur qu'elle comprenne l'enjeu de tout ceci et il y aurait de fortes chances pour qu'elle prenne peur, pensant que son patron ou cet inconnu en avaient après elle. N'importe quoi. C'était à peine croyable d'avoir des pensées aussi irréalisables. Asher réfléchissait-il avant de parler ? Non, à n'en pas douter. D'ailleurs il avouait lui même « s'égarer ». Pire que ça oui.

Ensuite le Capitaine sentit à nouveau sa patience être mise à rude épreuve par les propos de son hôte. Cette rengaine de « je », « je », « je » commençait à donner des remontées d'acide. A croire qu'il assistait une mauvaise tragédie. Il allait devoir supporter ces jérémiades jusqu'à ce que le meurtrier soit sous les barreaux, mais jusque là il lui faudrait se battre avec ses nerfs pour ne pas étrangler Asher, ce guerrier souffreteux obnubilé par la place qu'il occupait dans le cœur des femmes. Mais malgré tout, il semblait que le barman était parvenu à lui faire entendre raison. Pas une mince affaire ça. Le rire qu'il avait retenu lorsque Asher lui avait demandé de proposer à Clarisse de rester chez lui s'était totalement dissipé. Il était mort dans sa gorge sous les coups du narcissisme perforant du noble guerrier. La soirée allait être longue.
Brandy laissa Rosebury le temps de réfléchir et de peser ses mots. Il ne comptait pas interrompre ses pensées, sans un mot il attendit la suite. De son coté, il ne s'inquiétait pas encore pour sa serveuse, celle-ci allait bientôt redescendre, il n'en doutait pas. Assassin ou non, celui-ci n'agirait pas de si tôt. Il en était intimement certain, bien que rien ne le lui prouvait.
Le discours du Capitaine avait l'air d'avoir marqué son interlocuteur au fer blanc. Il avait donc atteint son but. Asher comptait agir et tenter une bonne fois pour toute de mettre fin à ses actes inconsidérés. Il était temps. Il le remerciait d'accepter de l'aider, en lui proposant de se rétracter s'il le voulait. Très louable de sa part.


- Je m'occupe de la sécurité de Clarisse, j'irais pas jusqu'à lui proposer de rester ici, elle refuserait d'office, je veillerai au grain quand même. Mais tant que tu restes loin d'elle, m'est avis qu'elle a rien à craindre. Alors, oublis-là, ok ? Le barman mâchonna son tabac. La salive abondait dans sa bouche. Je crains que les circonstances ne me poussent à rechercher avec toi cet assassin. Ma sécurité en dépend sur le long terme et celle de nombreuses autres personnes. On va faire justice à c'te lâche qui n'ose même pas se battre comme un homme.

Maintenant que c'était dit, qu'ils allaient tous deux mener l'enquête contre le mystérieux meurtrier, Asher apprit à Brandy ce qu'il désirait savoir. Il combla les blancs, assembla les pièces du puzzle, se replongea dans de sombres souvenirs répondit aux questions du barman, ce qui lui permis d'y voir plus clair.
Ces hommes qui l'avaient enlevé, détroussé et laissé pour mort n'en avaient que pour son argent. C'étaient des candidats de moins. Mais leurs actes n'en restaient pas moins immondes. C'était de la violence gratuite. L'argent pouvait motiver beaucoup de choses, mais pourquoi aller jusqu'au meurtre si on pouvait l'éviter ? Ils devaient éprouver un certain plaisir dans cette pratique, il n'y avait pas d'autre explication. Et l'assassin qui hantait Rosebury, éprouvait-il du plaisir à tuer chacune de ses victimes ? Brandy réprima un frisson, certain que la réponse n'allait pas lui plaire. Il fallait mettre fin aux agissement de cette personne. Soudain l'ex-Hunter se demanda s'ils n'agissaient pas à plusieurs. Pour obtenir autant d'informations, pour être aussi efficace, c'était peut-être une équipe. Il n'y aurait jamais pensé si Asher n'avait pas parlé de cette attaque surprise qu'il avait essuyée, c'était une éventualité à prendre en compte. Un homme seul serait-il vraiment capable de commettre autant de méfaits, avec autant de précision ? Sans doute, avec de l’entraînement et une bonne dose de folie. L'humanité était si perfectible qu'il ne fallait pas douter qu'elle soit capable de commettre le pire. Le chemin vers la vertu est semé d’embûches, celui qui mène aux enfers s'avère bien plus praticable, du moins jusqu'à un certain point.
La tête entre ses mains, Rosebury semblait souffrir d'une nouvelle migraine. Sans un mot, le barman attendit que son mal cesse avant de lui demander pour quelles raisons il nommait celui qui lui avait rendu son visage « charlatant », alors qu'il avait été guérit. Oh ! Encore une personne attirée par les appas du gain alors. C'était lamentable. Puis d'un coup, la tête d'Asher percuta le comptoir dans un bruit sourd. Immédiatement Brandy posa sa main sur son épaule, craignant qu'il ne soit tombé dans les pommes, mais il l'entendit gémir, puis continuer de parler. Il semblait être dans un sale état. Hein ? Un rituel... Dans quel genre de pratique s'était-il fourré ? Ce guerrier avait décidément eut une vie excessivement mouvementée. Et voilà qu'il rejetait la faute sur un charlatant aux incantations sataniques . Le barman croyait en de nombreuses choses, mais il restait très septique quand à l'implication du diable dans cette histoire. Quoique, Rosebury avait bel et bien retrouvé son visage, alors pourquoi pas ? A nouveau une partie de Brandy le mit en garde contre les dires de cet énergumène, il y avait quelque chose dans son discours qui le chagrinait, mais il lui était impossible de mettre le doigt dessus. A moins qu'il ne se fasse des idées. Encore une fois, il étouffa ses craintes, attendant d'en entendre plus. Maintenant des larmes coulaient sur les joues de son invité, ce qui fit grimacer le barman. Les clients n'étaient pas sans observer la scène par moment, ils devaient penser que l'homme était soûl, rien de plus. Un pauvre gars à fleur de peau qui ne parvenait plus à se tenir en société, même aussi insignifiante que la leur.
Brandy ramena sa main près de son propre corps, les yeux posés sur Rosebury.


- Tu d'vrais p't'être faire une pause là,...

Il l'entendit marmonner quelques mots sans les comprendre et décida de laisser couler. Il n'y avait rien à faire avec celui-là. Il continua donc sur sa lancée en proposant quelques suggestions, tout de suite rejetées par le guerrier. Pas de femmes donc. En même temps, une bonne femme prête à se salir les mains à ce point, il lui aurait fallu de solides griefs contre Asher. Aussi bête qu'il puisse être, il n'aurait pas pu s'attirer de telles foudres. Le Capitaine croisa le regard de son invité. Trop gentil. Heureusement. Quoique...

- Ca va t'paraître un peu dur, mais c'qui est fait est fait, donc t'y penses plus, ça fait que t'foutre le moral en l'air. C'pas comme ça qu'on avancera. Nan à mon avis, là ce dont t'as l'plus besoin, c'est d'une nuit d'repos. Pis de t'récurer, parce que t'es encore couvert de sang quand même.

Du coin de l’œil, le barman vit Clarisse réapparaître. Il ne fit aucun geste pour dévoiler sa présence, préférant voir la réaction de Asher lorsqu'il la verrait à nouveau, s'il allait continuer de se tenir à distance ou s'il allait déjà trahir ses propres paroles. Brandy doutait vraiment que les motivations de Asher fussent assez puissantes pour le détourner de la gent féminine. Mais si au moins il pouvait épargner son personnel, il n'en serait pas mécontent. Ce gars avait la santé fragile, son esprit l'était peut-être lui aussi. Jeune homme choyé pendant tant d'années, qui avait ensuite vécu de terribles épreuves, certains n'en ressortaient pas indemnes. A n'en pas douter, Rosebury était de ceux-là. Il cracha sa salive teintée de tabac dans le fond de son verre avant de dire :

- T'penses qu'tu vas réussir à rentrer chez toi tout seul ?
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MessageSujet: Re: Lambeaux [Brandy, Asher] [15/03/42] Ven 28 Mar - 21:22

Le petit sourire qu'affichait le jeune homme lorsqu'il parlait de mettre fin à ses jours n'avait rien de joyeux, d'agréable ni de mauvais non... Il était simplement amer. Il venait de découvrir la solution à tous ses problèmes mais ne pouvait se résoudre à franchir le pas. Asher était parfaitement calme, les traits figés semblable à une statue de bronze, il réfléchissait. C'était un véritable dilemme qui se présentait à lui. S'il vivait il lui faudrait débusquer l'assassin, en attendant celui-ci aura déjà fait des siennes et il découvrirait bientôt un cimetière dans son jardin. Mais s'il se tuait, qu'allait-il devenir de son âme ? Reverrait-il un jour les êtres qu'il a aimé ? Ou bien aurait-il rendez-vous avec Satan pour programmer sa prochaine séance de torture ? Ces pensées le firent frémir et pourtant il y voyait le début de la fin... Enfin... Peut-être. Ses souffrances s'achèverait enfin, il se dépêtrerait de son filet, tout serait fini ! Son cœur fit un bond de joie à cette idée. Fini. Fini !

Brandy quant à lui semblait très préoccupé, peut-être n'était-il pas croyant ou n'aimait-il pas parler de religion ? Peut-être cela le gênait-il d'entendre Asher programmer sa futur mort. Pendaison ? Noyade ? Accident ? Et pourquoi pas s'immoler ? Après tout, il avait déjà vécu ça dans le passé. Les flammes lui avaient léché la peau, le caressant de leur douces braises. Et la fumée qui s'élevait dans la cabane en s'infiltrant délicatement dans les narines d'Asher. Il n'avait pas réellement de souvenir comme quoi il avait souffert mais il s'était senti partir, loin, très loin. Au delà de la terre... Il avait divagué dans un sommeil voluptueux et pourtant mortel. Il avait marché sur un fil. Celui de la vie. Puis il était tombé. La seconde d'après il s'était cru mort. Puis sa vision s'était réinstallé et lui permettait à nouveau de contempler le monde. Non. Il était toujours en vie. Désormais il regrettait de ne pas avoir sombré durant son « assassinat », rien de tout cela ne se serait produit, ou du moins il n'aurait pas été témoins des événements. Il ne se serait pas demander s'il valait mieux de vivre ou de se donner la mort. Non rien de tout cela puisqu'il serait mort. Il aurait alors revu son père et sa mère, mais aussi la première femme qu'il avait convoité et son amie d'enfance qu'il aurait dû épousée. Brandy lui conseillait d'écouter sa foi. Le jeune homme arqua un sourcil et se retint de répliquer « quelle foi ? » puisqu'il savait que le Capitaine ne pouvait imaginer ce qu'il avait enduré. Après tant de misères, de morts et de désolation, existait-il réellement un Dieu pour venir le secourir dans les maintes épreuves de la vie ou du moins lui souffler un peu plus de courage pour les surmonter ? Non il n'avait pas senti l'esprit sain lui offrir ce privilège.

Un autre combat se mena dans l'esprit d'Asher, et s'il n'existait pas ? Et si toute l'éducation basée sur Dieu n'était qu'une Mascarade pour qu'il aie plus tard une bonne conduite ? Et si les prêtres se jouaient des croyants ? Le jeune homme finit par grimacer. A qui devait-il faire confiance désormais ? Sa foi en Dieu diminuait et pourtant il voulait croire qu'il y en avait un ! Car s'il n'existait pas où allaient donc les âmes ? Asher ne pourrait donc plus jamais revoir sa famille et ses amis. Et s'il avait peur de ce qui se passait après la mort ? Toutes ces questions se bouleversaient dans un esprit, il ne savait plus quoi en penser, aussi bien qu'il finit par lui répondre :


- Oui... Je vais écouter ma foi. Ce que je crois pour vrai.

Il baissa les yeux puis releva lentement la tête, ainsi commença son long discours sur sa misérable existence. Il se plaignait comme un sale bourgeois et pourtant son histoire n'était pas des plus communes et pouvait heurter quelques âmes sensibles. Il ne s'était attardé sur les détails pouvant choquer son interlocuteur, il lui avait simplement fait un schéma, un croquis de sa vie, un résumé qu'on lisait en diagonale.

La colère semblait monter en Brandy tel le venin d'un serpent... ou les flammes d'un dragon, à le voir ainsi tenter de se contenir le jeune homme aurait penché pour un dragon. Mais lui aussi ne s'était pas montré aussi doux comme un agneau, non il s'était rebellé, presque comme un adolescent et il en avait presque honte. Cette impolitesse, ce n'était pas de lui. De se voir ainsi parler à son hôte le dégoûté. Désormais il se voyait de bien loin, un être laid et stupide et pourtant son amour propre était tel qu'il ne pouvait se trouver réellement comme Brandy prétendait qu'il était. Un goût amer s'était emparé de sa bouche ou bien était-ce métallique ? Se mordait-il l'intérieur des joue pour ne pas répliquer méchamment ? Le jeune homme constata que la réponse à sa question était affirmative, il grimaça avant d'arrêter de se déchiqueter l'intérieur de la boucher et passa à ses lèvres. Il voyait le dégoût se former sur les traits du visage de son interlocuteur. Ce sentiment, cette méprise, il la haïssait, s'il pouvait bien éradiquer quelque chose sur terre c'était la méprise, ça emporterait tous les autres états qui allaient avec. Et là, il observait le Capitaine qui l'insultait tout bonnement et simplement et il ne bronchait pas. Non, il restait bien sage comme une image.

Puis la discussion avait tourné autour de Clarisse. Asher avait bien senti que quelque chose se tramait dans l'esprit du barman. Ahah ! Il le savait bien ! Le Capitaine ne voulait plus qu'il s'approche de sa serveuse et pourtant il ne l'avait qu'à peine touchée ! Quelques petites pièces glissées dans ses mains pour s'excuser du grabuge qu'il venait de faire et à cause de ses révélations on désirait qu'il ne l'approche plus ! C'était lui couper instantanément ses vivres ! Comment pouvait-il vivre en stoppant tout lien avec les femmes ? Il aurait presque fait les yeux ronds et l'aurait supplié. Mais le bourgeois n'en était plus à ce stade de sa vie où il rechignait pour un oui pour un non et où il quémandait des friandises avec avidité auprès de ses parents, leur promettant qu'il travaillerait bien et qu'un jour ils seraient fier de lui... Et bien qu'ils viennent le voir maintenant, là tout de suite ! Oh... Sa chère et tendre mère l'aurait bien pris dans ses bras pour le consoler mais son père... Et bien... Comment dire... L'oiseau aurait pris sa volée ! La raclée de sa vie. A ces pensées, le jeune homme se revigora. Il allait arrêter de s'abattre sur son sort et il allait agir comme un homme ! Il prendrait le dessus sur son adversaire et le terrasserait d'un coup d'épée !
Sa deuxième facette riait, tout bonnement et simplement, quel idiot ! Il n'était encore qu'un enfant ! Un stupide bourgeois qui pensait pouvoir se vaincre ! Que c'était puérile... Ah ! S'il savait qui commettait tout ces meurtres, s'en remettrait-il un jour ? Certainement pas ! Il n'en ressortirait jamais indemne, sa vie s'écroulerait et il tenterait de se donner réellement la mort...
Brandy lui signala qu'il ne pourrait convaincre Clarisse à dormir chez lui. Y passer la nuit serait un véritable branle-bas de combat

- J'espère qu'il ne lui arrivera rien... Théoriquement non. Mes sentiments envers elle ne sont pas assez forts. Si tu veilles alors sur elle... Je pense que l'assassin ne tentera pas de s'en approcher, du moins... il devrait d'abord s'en prendre à quelqu'un de sa taille avant de l'atteindre, ce qui lui rendrait la tâche plus difficile.

Il pensait réellement à ce qu'il pensait, pour lui tout n'était que pures vérités ou sombres mensonges. Le jeune homme prit une pause, le regard déterminé et aussi dur que l'acier avant de murmurer :

- Oui... On va les venger...

Il était convaincu de ce qu'il avançait, il en était sûr et certains, et pourtant il ne savait ce qu'il se passait réellement... Il croyait en un avenir paisible et doux, mais il ne viendra jamais ! Qu'il se le mette une bonne fois pour toute dans le crâne ! Pourquoi continuer à espérer un futur doux alors qu'il n'était semé que d’embouchures ? Tant de questions qu'il fallait se poser et dont il ne se souciait même pas...
Le jeune homme se mit aussitôt à remettre en question sa foi, il se sentait désormais indigne de recevoir l'amour de Dieu, il avait songé à mettre fin à sa vie, à fuir comme un lâche ! Il avait remis en question l'existence de son créature ! Comment avait-il pu ? Soudain il pensa à son père, il n'aurait été fier de lui or il voulait se montrer à la hauteur !
Les phalanges de ses doigts blanchirent sous l'effet de sa colère et son regard plus dur que jamais montrait sa puissante détermination, oui il allait le tuer... Cet insecte... Ce scarabée, cette énergumène, ce chien qui tuait comme un lâche. Il lui ferait la peau... Oui il allait mourir en souffrant autant de fois qu'il aura tuer... Ce désir de vengeance qui l'animait était des plus puissants et pourtant encore bien fébrile, assommé sous les coups de ses défaites.
Ses quelques paroles étaient pourtant pleines de détermination ! Mais ses mal de têtes incessant redoublaient de férocité et il ne pouvait lutter plus longtemps. Des gémissements s'étaient échappés de ses lèvres et aussitôt son crâne avait frappé le bois dur du comptoir dans un bruit sourd. Il avait pu sentir Brandy poser une main sur son épaule, il s'inquiétait donc pour lui ? Malgré ses airs sévères il se faisait du mouron pour la santé de son client ? Ah ?
Pendant un instant, Asher craignit de retomber dans l'inconscience parfaite et pure mais ses doutes s'estompèrent bien assez vite puisqu'il réussissait bien à parler. Il avait échappé des mots commes « sataniques » ce qui en disaient déjà assez long sur le rituel dont il avait été témoin quelques instants. Le jeune homme ne croyait pas en la magie et pourquoi ce qui lui était arrivé, était un miracle ! Quoique... Plus une malédiction qu'autre chose. Les yeux voilés par la réflexions et la douleur, il ne cessait de gémir même s'il tentait de s'en empêcher. La voix de Brandy lui paru lointaine, oui à des kilomètres de lui, des années lumières oui ! Il avait alors relevé la tête et avait finit en se redressant par lui adresser un sourire, les cernes maquillant ses yeux :

-Une pause...

Un petit rire s'échappa de sa gorge, quelle idée saugrenue ! Qu'allait-il donc lui arriver ? Il n'en savait absolument rien et il ne voulait pas le savoir pour un sou. Le Barman s'adressa encore une fois à lui, lui disant qu'il devait arrêter de se prendre la tête. Le bourgeois avait presque envie de faire les yeux ronds, peut-être était-il inconscient mais même si les crimes étaient choses faites, ça n'en restait pas moins très douloureux à vivre et une expérience des plus exécrables, affreuses...
Ô douce vie ! N'aurais-tu donc point de pitié ? Cependant, l'homme avait bien raison, il avait énormément besoins de sommeil, combien de temps cela faisait-il déjà qu'il n'avait pas réussi à dormir d'une traite ? De plus son état laissait à désirer... Dès qu'il rentrerait il demanderait à ce qu'on lui fasse chauffer un peu d'eau, il en avait besoin après tout ce sang qui maculait et son torse et son esprit. Il se voyait déjà plongé dans l'eau presque bouillante, les cheveux trempés, dégoulinant d'eau sur ses larges épaules. Et il se voyait apaisé, étrangement calme et reposé, peut-être était-ce ce dont il avait réellement besoin ? Brandy avait donc raison...


- Tu as raison, j'ai besoin de repos et aussi d'enlever toutes ces... immondices de ma peau... Après ça je serais plus d'attaque à poursuivre cette personne... ce criminel... ce chien...

La rage brillait dans ses yeux, c'était un sentiment que le jeune homme ne pouvait réprimer. Il avait besoin de le laisser s'infiltrer en lui tel le doux venin d'un serpent... C'est alors qu'il entendit des bruits de pas derrière lui. Légers... Féminins... Gracieux... Fins... Agiles... Clarisse. Il tourna lentement la tête et croisa le regard de la jeune femme, il lui sourit avant de poser les mains sur le comptoir et de murmurer à l'attention de Brandy :

- Je préfère la voir à l'intérieur. Question de sécurité...

Il ferma les yeux un instant se massant les tempes, tentant d'évacuer la douleur puis il releva les yeux et essaya d'éliminer Clarisse de son esprit. Il ne lui accordait plus un regard... pour le moment... il ne voulait pas retourner la voir, du moins il ne le pouvait plus, il l'avait presque promis au Capitaine. Et pourtant il aurait tant aimé lui faire un signe, lui dire un mot ou deux, lui faire croire que tout allait bien alors que pas du tout. Il ressentait ce désir irrésistible de lui dire au revoir, peut-être pour la dernière fois... Ses yeux se plantèrent dans ceux de Brandy tandis qu'il lui demandait s'il était apte à rentrer seul chez lui. Le jeune homme sourit puis lui répondit d'une voix neutre :

- Ne t'en fais pas pour moi. Je peux rentrer seul. « Il » ne fera plus des siennes ce soir et puis... Je n'ai pas abusé de l'alcool si ?

Il tentait de se montrer aimable mais son cœur se déchirait. Il réalisait peu à peu qu'il allait devoir abandonner ce qui le maintenait en vie... Le bonheur des femmes, leur irrésistible beauté, leur maturité inégalable à celle des hommes, leur force de caractères... D'une main habile, il referma doucement les boutons de sa vestes et sortant des gants de soie de ses poches il les enfila, les faisant glisser délicatement contre sa peau. Le contact soyeux lui plut immédiatement, il était fait pour ça, il était pour comme un bourgeois...
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Brandy Weest
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MessageSujet: Re: Lambeaux [Brandy, Asher] [15/03/42] Ven 4 Avr - 0:57

Brandy se sentit soulagé lorsqu'il comprit que Asher avait enfin abandonné le sujet du suicide. Bien sur il se doutait que ses paroles n'auraient pas un impact remarquablement efficace sur son interlocuteur, il l'avait fait adopter un discours plus modéré, mais il n'avait aucune sorte d'influence sur ce qui pouvait se passer dans sa tête, dans ses pensées intimes. Rien ne lui disait que Rosebury n'était pas en train de dévier leur sujet de conversation étant donné que le barman n'allait pas en son sens. Qu'avait-il dont pu espérer ? Qu'il lui affûte son couteau, celui-là même qu'il utiliserait pour se trancher proprement la jugulaire ? Décidément, il ne savait toujours pas quoi penser de cet homme. On pouvait lire en lui comme dans un livre ouvert et soudain, une chose venait perturber la lecture et remettait tout en cause. Asher était une énigme vivante. Un être aux multiples facette lui semblait-il. Tantôt doux comme un agneau, alors que d'autres fois il paraissait aussi dur que le métal tranchant de son sabre exotique. Et le peu d'alcool qu'il avait bu jusqu'ici ne semblait pas l'affecter ni montrer sa véritable nature comme elle avait tendance à le faire avec le commun des mortels. S'il avait pris quelques verres de goutte ou de bon whisky, il en aurait été certainement autrement.
Au moins, cette scène mélodramatique était définitivement close pour ce soir. C'était à espérer. Ce qui ne semblait cependant pas avoir de fin, c'était la propension de Asher à s'attirer les problèmes. Incroyable ! Outre son passé tumultueux, ce marécage dans lequel il s'embourbait depuis bien dix ans, il semblait qu'il n'y avait rien pour l'en sortir, pas même le Capitaine de l'Abondance qu'il parvint à se mettre à dos en l'espace de quelques minutes. La fureur de Brandy était palpable, si sa raison ne l'en avait pas empêché il aurait réduit son triste invité en miettes à gros coups de pompes dans le cul pour le faire sortir de son navire. Il détestait qu'on le prenne pour un con. Gentil à ses heures, le barman n'était pas le Christ, il n'irait pas se sacrifier au nom d'un bourgeois idiot et nombriliste. La colère de Brandy s'était heureusement calmée. Il s'était retenu de mettre Rosebury en pièces pour la simple et bonne raison qu'il était le seul à pouvoir les mener à ce mystérieux tueur en série obnubilé à faire de la vie d'un homme un enfer. Comment cet homme parvenait toujours à échapper à la police ? C'était impossible à imaginer. Autre chose : comment Asher se trouvait-il encore en liberté alors que toutes les personnes qui étaient mortes avaient lui comme seul point commun ? Il y avait une terrible faille dans le système judiciaire, c'était clair. Si les choses avaient été faites correctement, Asher serait en ce moment même emprisonné, bien qu'il ne soit pas le coupable ; il aurait au moins rendu un grand service aux habitants de la capitale. Si l'assassin avait cessé ses agissement, cela aurait certes été très triste pour Rosebury, mais au moins la ville n'aurait plus à souffrir d'un fou furieux qui cherchait à nuit au bourgeois et à lui seul. Si par malheur le tueur continuait ses massacres et bien Asher serait innocenté pour de bon et peut-être que cette fois-ci les autorités traqueraient la bonne personne. Ces pensées s'infiltrèrent peu à peu dans l'esprit de Brandy, qui n'y portant pas grande attention sur l'instant, encore trop perturbé par sa colère en décroit. Mais après le départ de cet invité bien étrange, lorsqu'il repensa au déroulement de la soirée et qu'il tenta de réfléchir clairement à la situation, ceci le frappa : si Rosebury était arrêté, le meurtrier cesserait sans doute ses agissements.

Arriva alors cette sorte de phase de négociation, où Brandy tenta tant bien que mal de faire prendre conscience à Asher de la portée de chacun de ses actes et où il lui pria expressément d'arrêter de casser les pieds à Clarisse sous peine de se faire sévèrement rosser. Il accepta avec une certaine réticence, mais pour le moment cela convint au barman.


- Voilà, tant que t'restes loin d'elle rien n'pourra lui arriver et dans l'cas où elle aurait des ennuis, j'serais là pour lui v'nir en aide. J'suis accoutumé aux missions d'sauvetage, n'est-ce pas ? Il adressa un demi sourire au soldat, mi-figue mi-raisin. Et t'inquiète pas, j'suis pas né d'la dernière pluie, j'saurais faire face à c'genre d'énergumène si il se présente.

Le Capitaine se doutait que Asher le prenne véritablement au sérieux dans cette affirmation puisqu'il ne ne connaissait que comme marin aguerrit. S'il avait su, s'il avait connu son passé, là il n'aurait certainement plus douté de ses capacités. Cependant, ici, personne n'avait connaissance de ses facultés. D'ailleurs, même en Amérique peu de personnes en avaient eu vent et beaucoup étaient mortes en l’apprenant.
Brandy fut heureux d'entendre Rosebury aussi déterminé à mettre un terme aux agissements de son agresseur. Il vit son regard se durcir et ses mains se serrer au point d'en faire blanchir ses phalanges. Pendant un instant, le barman avait craint qu'il ne se défile, qu'il aille se cacher comme un pleutre dans une autre ville où le tueur le retrouverait inexorablement et ferait encore a peau à de nombreux innocents. Cette comédie pouvait durer encore longtemps et il était temps d'y mettre un terme, d'apporter la vengeance aux familles endeuillées et de débarrasser le monde d'une sale engeance, différentes des créatures de la nuit car l’humanité elle aussi avait ses propres démons à combattre.
Mais toute cette agitation ne semblait pas convenir à son client. A nouveau le soldat se plaignit de son mal de tête, il semblait beaucoup souffrir et cela en devenait inquiétant. Il avait peut-être vécu trop d'émotions à la fois, cette agression pendant l'après-midi et son errance prolongée dans le froid, cela n'avait rien du arranger. Il devait être fatigué. Prévenant Brandy proposa à Asher de faire une pause, peu-être avait-il besoin de se reposer quelques instants, de remettre un peu ses idées au clair, mais les paroles du barman semblèrent l'amuser. Celui-ci haussa un sourcil, avant de comprendre que Asher ne pouvait plus vraiment se reposer depuis longtemps, il était éreinté, il tirait sur la corde, un jour elle allait lâcher. Maintenant ? Il n'en savait rien, mais après avoir proposé à Rosebury de rentrer chez lui pour relâcher toute la pression accumulée pendant la journée et se débarbouiller, le soldat ne sembla pas trouver l'idée trop mauvaise. L'ex Hunter acquiesça d'un signe de tête.


- Et pis la nuit porte conseil, d'main tu verras p't-être les choses sous un nouvel angle, j'sais pas...

Brandy s'attarda sur le regard de son interlocuteur qui était encore animé par la rage, au fil de leur conversation, elle n'avait fait que s'accentuer, aller et venir par vague et se montrer toujours plus présente. Rosebury ne devait plus supporter sa vie. Il ne devait plus vivre que pour tuer cet inconnu qui lui en voulait pour une sombre raison. Il ne pouvait pas s'accorder de bon temps, rien qu'un instant, avec personne sans craindre que celle-ci ne soit rayée de la face de la terre. Ça devait être une existence abominable. Le barman compatissait en quelque sorte pour lui, même si une autre part de lui pestait contre sa bêtise.
Le soldat remarqua alors Clarisse qui était revenue, il lui accorda un sourire sous l’œil scrutateur du barman qui était à l’affût du moindre faux pas. *Une seconde de trop mon cochon et je te coupe les bijoux de famille, alors attention... Fais pas le malin avec moi, tu perdras* pensait Brandy les lèvres serrées. Mais Asher détourna vite le regard et passa à autre chose, tout en se massant les tempes. Bien, bien. Le barman était plutôt content de son petit effet sur Rosebury, il était parvenu à le freiner et même à le faire abonder dans son sens. Il était loin d'être un manipulateur, alors voir que de simples mots, enfin plutôt une violente vague de paroles et de la franchise, avaient donné un bel effet, cela le rendait plutôt fier de lui même.
Il demanda aimablement si Asher saurait rentrer seul jusqu'à chez lui. Bien sur il ne le mettait pas à la porte, mais son invité souffrait d'intenses migraines qui ne passeraient certainement pas sans une bonne nuit de sommeil, alors s'il devaient en rester là pour ce soir, autant que cela soit avant qu'il ne tombe dans l'inconscience. Mais apparemment Asher pensait encore être capable de rentrer par ses propres moyens. Tant mieux, l'ex-Hunter ne savait pas trop comment il aurait pu faire autrement, il avait son bar à tenir, des obligations. Et il devait l'avouer, cela ne l'aurait pas enchanté de laisser crécher le soldat ici après tout ce qu'il avait appris sur lui pendant la soirée.
Brandy fit mine d'hésiter un instant :


- Certain alors ? … Bon d'accord, mais pas de détours, à c't'heure y doit pas encore y avoir trop de grabuge dehors. Et non, t'es loin d'avoir abusé, en fait j'suis même pas certain qu't'aies ressentit un quelconque effet d'l'alcool là... Mais dis toi qu'la prochaine sera meilleure.

De sa main droite il tapota le comptoir en regardant le bourgeois se rhabiller doucement. Il boutonna son manteau, cachant ainsi à la vue de tous les taches de sang sur sa chemise et mit à ses mains une paire de gants de soie blancs. Brandy tendit sa main pour le saluer avant qu'il ne parte et serra la sienne d'une poigne ferme, masculine, en ne le quittant pas des yeux.

- J'attends d'tes nouvelles dans la s'maine, par courrier ou en personne, comme ça t'convient le mieux. Ici c'est toujours ouvert dès dix-huit heures environ. Il serra sa main un peu plus fort, le temps d'une fraction de seconde. T’oublies pas surtout. Et fais profil bas autant qu'possible, peut-être qu'ainsi le meurtrier s'montrera à toi directement, c'est une autr' manière de contrecarrer ses plans après tout. A la r'voyure mon gars, fais gaffe à ta peau. Brandy sourit tristement. Prends soin de toi, t'as une mine affreuse.

Il relâcha sa main et le regarda partir. Il attendit de le voir disparaître avant de pousser un long soupir résigné. Il avait fait tout ce qu'il avait pu. Maintenant, il ne restait plus qu'à voir les conséquences de cette fâcheuse invitation sur son quotidien. Asher Rosebury était partit, mais il avait laissé derrière lui une impression qui était loin de plaire à l'en-Hunter. Il ne savait toujours pas dans quelle catégorie placer cet homme. Dans le doute, il préféra le considérer comme dangereux.
Après son départ, Clarisse vint lui faire la conversation, elle demanda quelques détails sur cet homme qu'il avait fait monter à bord. Brandy lui dit quelques chose assez proche de la réalité, qu'il l'avait rencontré sur le quais frigorifié, qu'il l'avait invité à monter sans avoir qui il était et qu'il avait découvert que c'était un bourgeois un peu dérangé. La jeune femme semblait assez d'accord avec lui, elle l'avait d'abord regardé avec dégoût, puis avec de la crainte lorsqu'il s'était battu et enfin avec une certaine envie pour son argent quand celui-ci lui avait donné sans ciller une bonne poignée d'argent. Elle demande s'il pensait qu'il allait revenir. Le Capitaine lui répondit qu'il n'en doutait pas une seconde. Si ce n'était pas pour venir parler de leurs affaires, ce serait au moins pour prendre des nouvelles de la serveuse. Les mauvaises habitudes ne se changent pas du jour au lendemain, c'était une chose dont Brandy était intimement certain.
Plus tard dans la nuit, quand le Shoot&Boom eut fermé ses portes et que le barman fut partit se mettre dans sa couchette, il repensa à cette étrange soirée, à cette rencontre hasardeuse qui lui avait semble-t-il apporté quelques problèmes. Il était divinement emmerdé de la tournure des événements. En venant à Londres il était loin de penser qu'il allait se fourrer dans de nouvelles aventures. Un meurtrier sévissait dans la capitale et personne n'était en mesure de l’attraper. Il ne savait pas s'il serait capable de mettre fin aux assassinats, mais il tenterait sa chance. Rien n'était gagné, le duo de choc qu'il formait avec l'ancien soldait était loin d'être glorieux. Il devrait faire avec. Il avait déjà travaillé à deux, mais il préférait connaître celui avec qui il chassait et d'après le temps qu'il avait passé avec Asher, ça n'allait pas être de la tarte ! Il allait faire avec, comme toujours. Il s'adaptait à toutes les situations, il le fallait bien quand il chassait les créatures de la nuit. Il allait s'attaquer à un nouveau gibier et cela promettait d'être haut en couleurs, si tant est qu'il trouvait sa proie. Quelque chose lui disait que les choses n'allaient pas tout à fait se passer comme il l'espérait. De toute façon, jamais un de ses plans ne s'était déroulé à la lettre, il y avait trop de variables. Et ce Rosebury était si indéfinissable qu'il ne pouvait se permettre de lui accorder sa confiance. Il devrait rester méfiant et aviser. L'important, c'était de faire justice dans ce bas monde. S'il devait se salir les mains, il n'y rechignerait pas. Il espérait seulement qu'il n'y aurait pas trop de pots cassés.
C'est l'esprit encore bouillonnant qu'il trouva enfin le sommeil.


[HRP // Fin du RP, la suite bientôt, je ne sais où ! // HRP]
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Asher Rosebury
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MessageSujet: Re: Lambeaux [Brandy, Asher] [15/03/42] Dim 6 Avr - 19:51

Suicide : nom masculin doux résonnant délicatement dans les oreilles d'Asher Rosebury, bourgeois de naissance et pianiste de profession.

Torture : nom féminin incroyablement bon s'infiltrant délicieusement dans l'esprit d'Asher Rosebury 2, double de son corps et tueur de profession.

Se donner la mort ? Pourquoi pas ! A vrai dire c'était une excellente idée qu'il venait d'avoir ! A quoi bon vivre si c'est pour provoquer la mort de toute personne croisant son chemin ? C'est vrai ça ! Que faisait-il encore en vie alors qu'il tuait inconsciemment des proches ? La mort semblait si douce à côté de toutes ces pensées. Pourquoi n'y avait-il pas songé avant ? Parce qu'il aimait la vie, c'était un fait une réalité, la vérité. Il passait en revu les différentes manières de mettre fin à sa vie : empoisonnement, noyade, égorgement, sauté sous un train, s'immoler vivant... Le jeune bourgeois abandonnait peu à peu l'idée de vivre, cela ne lui plaisait plus. IL en avait marre, marre de cette vie de chien, de tous ces crimes, de tous ces morts, de toutes ces injustices mais pas une personne pour rétablir l'ordre dans le monde sans devenir mauvais ! Le sort s'acharnait sur lui et il n'y pouvait rien y changer, à quoi bon continuer à vivre lorsque l'envie se détache de nous lentement, nous faisant délicatement agoniser sous ses griffes d'acier ? Mais un dilemme s'opposait à lui, s'il mettait fin à ses jours ne risquait-il pas l'enfer à vie ? Pire encore, il ne reverrait plus les personnes qui lui étaient chères ! Comment faire ? S'il se suicidait il ne savait comment allait se dérouler la suite des événements à vrai dire il en avait peur. Il avait même douté de sa foi avec son Dieu, quelle offense ! Il avait osé nier l'existence de son Créateur, il venait de commettre un pécher, celui d'avoir été trop faible pour continuer à croire. Et il se rendait compte de sa faute, blêmissant presque sous l'effet de la honte. Honte de ce qu'il avait pensé, honte de lui-même, de ce qu'il était... Puis après leur petite discussion religieuse dans laquelle Brandy tenta de replacer le jeune homme sur le droit chemin, leur conversation tourna au vinaigre. Insultes et pensées noirs assaillirent leurs deux esprits. Il en avait fallu de « peu » au barman pour qu'il se mette en colère et pas plus tard que la seconde qui suivait Asher était irrité. Irrité de ses dires, de ses paroles, de ce que disait le barman. Après tout l'aristocrate qu'il avait croisé un peu plus tôt dans la soirée l'avait traité de fou. Même s'il refusait de l'admettre c'est ce qu'il était. Oui ! Il continuait à fréquenter des jeunes femmes, distribuant à tour de rôle un pass pour la mort. Venez, venez goûter au délice du sommeil éternel ! Vous verrez vous n'en serez pas déçu. Au menu on vous propose une belle soirée romantique vace celui qui vous entraînera dans les abysse. Le repas sera quelque pimenté puisque nous vous serviront un assassina tout droit sorti du purgatoire puis pour finir vous serez soit découpé en rondelle soit dissimulé... Allez donc tenter votre chance et voyez quel sort vous réserve la MORT !
Puis ils avaient fini par s'excuser. Bonne foi ? Asher ne savait vraiment pas. L'homme qui se tenait devant lui paraissait être doux comme un agneau et pourtant depuis leur conversation il avait montré un autre visage, celui d'un homme dur. Il lui faisait penser à son père... Ah s'il était là ! Asher en aurait pris des volés et des plus grosses que lui ! Pauvre garçon... Asher restait cependant très étonné, de toutes les personnes que tuait son assassin il n'avait pas touché une seule fois à ses domestiques... étrange étrange...


* Bah oui tu ne crois quand même pas que je vais tuer ceux qui s'occupe de la demeure et de ma personne ! Pauvre fou ! J'aime qu'on s'occupe de moi !*

Brandy lui avait alors conseillé de s'éloigner de Clarisse la serveuse. Il ne la connaissait pas mais son amour pour les femmes était plus fort que lui et il ne s'était pas empêché d'aller la voir. Non ce n'était pas de l'amour qu'il ressentait vis à vis de la jeune femme, il ne fallait pas qu'elle se fasse des idées, simplement le jeune homme aimait de plus en plus la compagnie des gens ne faisant pas parti des mêmes classes que lui. Une simple bourgeoise aurait porté froufrous et dentelles pour le séduire tandis que celle-ci l'aurait repoussé sans ménagement. Asher s'attirait déjà les foudres du Capitaine, il n'avait pas envie d'en recevoir le double puissance dix mille... Se faire remonter les bretelles une fois suffit, deux ça commence à faire. Le barman continuait à lui parler, disant qu'il était assez doué pour les sauvetages. Cette annonce fit sourire le jeune homme mais il doutait sur un point, Brandy ne pourrait défier seul l'assassin, pas plus que lui d'ailleurs.

- Oh je n'en doute pas une seconde pour ce qui est des sauvetages mais pour LUI, c'est une autre histoire...

Leur discussion continua ainsi, Asher déterminé dans ses futurs actes, Brandy beaucoup moins sûr que lui... M'enfin qui sait exactement ce que nous réserve la vie ? Le mal de tête du jeune homme arriva alors au galop, tambourinant dans son crâne tel le martèlement des sabots d'un cheval dans les rues londoniennes. Il s'était pris la tête entre ses mains, avait gémis comme un demeuré tout ça parce qu'il souffrait... Puis hop, un coup contre le comptoir, des regards quelques peu inquiets des clients... et le voilà passé pour un alcoolique... Sa deuxième facette ne voulait pas qu'il révèle certaines choses, comme l'usage de la magie. Au fond de lui il le sentait pas ce barman. Il ne pouvait s'empêcher de penser qu'à cause de lui il allait commencer à avoir quelques petits ennuis qui prendront une plus grande envergure au fils des jours. Saleté de marin d'eau douce ! Pourquoi fallait-il toujours que quelqu'un lui mette un bâton dans les roues ? N'était-ce pas suffisant de trimballer ce corps avec un esprit niais en prime ? Non bien sûr il fallait en rajouter ! Clarisse était sortie pour prendre un peu l'air ce qui ne réjouissait pas plus le bourgeois... Pourquoi devait-il toujours se soucier d'elle ? Il fallait qu'elle soit en sécurité, or à l'extérieur elle ne l'était pas. Si Asher perdait connaissance tout serait  fichue, et pour elle, et pour lui. Comment pouvait-il continuer à vivre ainsi ? Cette douleur qu'il ressentait au fond de son cœur ne faisait que s'accroître de plus en plus chaque jour et rie pour le consoler. Non rien !
La douleur devenue aiguë avait permis au barman de prononcer à voix haute une idée extra qui réjouissait la deuxième facette d'Asher qui était : « Asher, tu devrais te reposer... » Bien évidemment il ne l'avait pas dit ainsi, mais le mauvais Asher s'amusait à le parodier, quoi ? On avait bien le droit de s'amuser non ? Asher mon amour de toujours, je t'aime à la folie !


* En voilà une bonne idée hein Asher ? On va aller se reposer et demain on ira se balader quand dis-tu mon cœur ? Bouffon...*

Porter les choses sous un angle nouveaux... Pourquoi pas ? Après tout, on dit que la nuit porte conseille, certainement qu'en y réfléchissant un peu plus... Non. Si ça n'avait pas marché jusqu'ici ça ne fonctionnera pas cette nuit pour les beaux yeux de Brandy. Si ? Peut-être qu'il se trompait. Peut-être qu'il allait avoir une petite lumière lumière qui s'éclairerait dans son esprit. On peut toujours espérer que ça marche sinon... Il n'y avait plus qu'à enquêter comme d'habitude.

Ne pas changer. Sortir de chez soi. S'armer de son katana. Respirer l'air frais. Se diriger vers le théâtre. Fermer les yeux quelques instants. Soupirer. Avancer. Ne plus s'arrêter. Poser son regard sur l'eau. Penser à sauter. Penser à mourir. Penser à s'achever. Puis y renoncer. Regarder une jeune femme qui passe dans la rue. La courtiser. La laisser partir après avoir obtenu un baiser. Rentrer dans le théâtre. Se préparer. Monter sur scène. Saluer le public puis jouer pour eux. Ressentir une joie immense lorsque les notes arrivent dans ses oreilles. Jouer pour eux. Jouer pour soi. Changer de morceaux puis resaluer le public et enfin partir. Sortir à l'extérieur. Toucher son katana au moindre bruit. S'évanouir. Tuer encore et encore inconsciemment. Y prendre du plaisir. Se salir les mains. Goûter au sang puis revenir à soi. Découvrir la disparition d'un être aimé et des fois son corps. Puis pleurer. Pleurer jusqu'à ne plus s'arrêter. Alors tenter de trouver des indices et repartir chez soi puisqu'il fait nuit. Se laver l'esprit ailleurs. Grignoter puis aller à l'étage. Se coucher. Demander la présence d'une domestique pour pleurer et enfin dormir. Se réveiller sous les caresses de Sandrine dirigées sur ses joues. La prendre dans ses bras et se confier. Demander à la vieille dame ce qu'elle en pensait. Subir l'absence de réponse puisqu'elle ne pouvait parler. La voir pleurer et s'arrêter dans parler. La consoler.

Les paroles du jeune homme étaient animées de rage tandis que Clarisse réapparaissait dans le bar. Il lui avait sourit, l'avait regardé. Un petit regard de rien du tout, simplement pour la rassurer, lui dire que tout aller bien, que leur dispute était simplement un mauvais souvenir. Ce qui n'était pas totalement vraie. Le bourgeois ne pouvait savoir ce qu'en pensait Brandy et en réalité il ne désirait pas le savoir. Pas même pour un sou. Ce qu'il pensait lui était suffisant. Il avait encore toutes ses paroles au travers de la gorge, n'arrivant pas à se dépêtrer des mauvaises remarques et insultes à son égard.
Puis Asher lui dit qu'il pouvait rentrer seul, cela ne serait pas un problème pour lui, il en avait l'habitude. Il lui tardait presque de revoir ses domestiques. Sandrine devait s'inquiétait, il n'était pas rentré de toute la journée. Comme il la connaissait, elle devait l'attendre à la table de la cuisine guettant son arrivée par la fenêtre. Ah pauvre vieille dame, il l'appréciait tellement ! Elle le connaissait alors qu'il n'était qu'un marmot et l'avait soutenu dans toutes les épreuves de sa vie. Des détours ? Pour se suicider ou pour aller se saouler ? Il devait bien avouer que les deux étaient bien tentant... L'alcool il avait presque oublié qu'il avait trempé les lèvres dans le liquide fort.


- Ne t'en fais pas Brandy, je vais rentrer chez moi et tu as raison, je doute que l'alcool m'aie fait grand chose et à vrai dire j'en suis plutôt heureux. Mes domestiques seront moins affolés de me voir rentré en bonne santé déjà que mon état physique laisse à désirer.

Le jeune homme se rhabilla, enfila son lourd manteau puis ses gants. Brandy quant à lui l'observait en tapotant sur le comptoir. Le jeune homme serra alors la main au Capitaine, les yeux dans le vide, dérivant vers d'autres mondes, ceux de la solitude et de la mélancolie. Il réussit finalement à lui sourire. Le barman attendait des nouvelles de lui dans la semaine, par courrier ou en personne. Le bourgeois hocha la tête. La poigne du Capitaine se fit un peu plus insistante, quoi encore ? Ah oui, le bar était ouvert depuis dix huit heures, pas de soucis et ? Oui il fallait pas qu'il oublie. Brandy lui demanda de prendre soin de lui. Répondant à son salut le jeune homme finit par dire :

- Je te contacterais dans la semaine ne t'en fais pas. Merci pour tout Brandy, et je suis navré de te causer des problèmes, je n'aurais jamais du venir ici... Merci encore pour ton hospitalité et veille bien sur Clarisse... Je ne souhaite que son bonheur, tu le sais bien. Prends bien soi de toi également Capitaine.

Asher sortit la bourse de son manteau sombre et la poussa vers Brandy. Les pièces tintèrent sur le comptoir tandis qu'elles se dirigeaient vers leur nouveau propriétaire. En voilà une petite fortune ! Qui avait dit que les aristocrates étaient bien plus riche que les bourgeois ? Ils ne devaient leur titre qu'à leur naissance, leur fortune pouvait être moindre que celle de certains bourgeois. Certains nobles même étaient au bout du rouleau ! Et BIM !
Asher tourna les talons et frôla la jeune femme. Il s'arrêta un instant, prit sa main entre la sienne avant de lui déposer un baiser sur sa peau douce.


- Prenez également bien soin de vous Mademoiselle. J'espère que vous trouverez le bonheur dans les bras d'un époux à la hauteur de votre cœur.

Le jeune homme sortit sous les regards intrigués de quelques clients qu'il fusilla du regard arquant un sourcil. Son air hautain de nouveau voilant son visage, il se rendit à l'extérieur et inspira l'air frais qui lui titillant les narines. Il fixa intensément l'eau avant de couvrir son cou de son foulard. Les vagues ondulaient sous le vent glacial. Il descendit du navire avant de marcher dans le port, scrutant chaque recoin des rues qui s'offraient à lui. Finalement il fit demi-tour, repassa devant le théâtre et se dirigea vers chez lui. Là il passa devant une vieille dame emmitouflé dans des restes de vêtements au coin d'une rue. Le jeune homme se dirigea vers elle et s'accroupit en face de la malheureuse. Finalement il enleva ses gants, son manteau ainsi que son foulard et les tendit à la vieille femme. Celle-ci lui sourit tristement avant de le remercier chaleureusement et de le prendre dans ses bras... Ce geste lui fit penser aux accolades de Sandrine. Il sourit avant de sortir quelques pièces qui lui restaient dans une poche de son pantalon. Il les lui glissa dans sa main avant de se relever et de partir sans regarder derrière lui. Au moins il avait fait une bonne action. Aider une sexagénaire. Souriant, il entra dans son petit jardin et poussa la porte de sa demeure. Là, une de ses domestiques lui sauta dans les bras, le réprimandant d'être rentrant beaucoup trop tard et qu'il empestait l'alcool et la cigarette. Il ne réussit qu'à lui sourire agréablement avant de s'excuser devant la vieille femme qui à l'inverse de la jeune domestique le couvait de ses yeux vitreux. Il la serra dans ses bras avant d'ôter sa chemise et de grimper à l'étage. Les pensées bouillonnantes de sa nouvelle rencontre l'attrista, qu'allait faire? Comment allait-il s'en sortir? Que faire contre pareil ennemis? Là encore, il songea au suicide tandis que son double s'extasiait devant la torture.

[HRP/ Suite à "La volonté de s'en sortir, la souffrance d'échouer" /HRP]
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MessageSujet: Re: Lambeaux [Brandy, Asher] [15/03/42]

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Lambeaux [Brandy, Asher] [15/03/42]

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