L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


Forum RPG - Londres au XIXème siècle. Incarnez Vampires, Loups-Garous, Lycanthropes, Homonculus, Chimères, Alchimistes, Hunter...et choisissez votre camp dans une ville où les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses....
 
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Entre deux rayonnages

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Eulalia Grey
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MessageSujet: Entre deux rayonnages Jeu 6 Fév - 18:38

Le temps était bien morose ce matin... On approchait pourtant du mois d'avril mais la neige peinait à fondre en ce début d'année 1842. Eulalia regarda par la fenêtre du cab qui l'emmenait en ville. Cela faisait deux semaines qu'elle avait enterré ses parents. Sa marraine, lady Worlingham, s'était chargée des frais de la cérémonie et l'avait recueillie, lui offrant ainsi une place dans la haute bourgeoisie. Beaucoup avaient critiqué l'intégration dans sa famille de la fille de son ancienne gouvernante mais personne ne pouvait dire non à cette femme au sang bleu et à la tête de l'une des plus grosses fortunes d'Angleterre.
Après les adieux ultimes aux corps de ses défunts parents, elle avait passé le plus clair de son temps recluse chez elle, toute de noir vêtue. Les rigueurs du deuil en Angleterre étaient si pénibles... N'avait-elle pas assez souffert du décès de ses parents, qu'il faille qu'elle vive en plus de cela dans une demi-mort, condamnée à porter des couleurs ternes pendant plus d'un an et à délaisser tout loisir ? Elle n'avait jamais été adepte des salons, cela ne lui manquerait donc pas mais le simple fait de ne plus pouvoir sortir en ville lui était insupportable. Elle voulait voir le monde bouger autour d'elle pour se persuader que la vie continuait. Et elle espérait secrètement croiser un visage familier.

L'absence de nouvelles la minait. Alexender, Sarah... Et Raphaël surtout. Que leur était-il arrivé ? Comme ils lui manquaient ! Les revoir, c'était tout ce qu'elle désirait. Depuis qu'ils l'avaient laissée, elle vivait dans la crainte de voir la police débarquer à tout instant ou même pire, le Comte en personne !
Il fallait qu'elle sorte. Cette maison si grande l'étouffait, ces gens si peu familiers lui faisaient peur, elle se sentait mal à l'aise pour tout... Sa marraine s'en était rendue compte et avait décidé de l'emmener se promener cet après-midi. Elles prirent un cab, plus discret que le carrosse personnel de la lady, pour se rendre aux halles de Covent Garden. Complice, la vieille dame avait choisi de revêtir des atours simples pour passer dans la foule sans se faire remarquer. Proche du peuple, elle aimait parfois sortir sans être remarquée et comprenait tout à fait les envies d'escapades de sa filleule. Pour l'après-midi, Eulalia avait été autorisée à troquer sa robe noire contre une robe d'hiver en velours bleu marine. Si jamais quelqu'un la reconnaissait et s'étonnait de ne pas la voir porter le grand deuil, elle pourrait toujours prétexter des problèmes de vues grandissant qui l'avaient induite à confondre les deux couleurs.
Le trajet se passa sans qu'elle ne dise grand chose, toute à ses réflexions, mais sa marraine ne s'en formalisa pas, se contentant de poser une main maternelle et rassurante sur la sienne. L'air frais ne pourrait que faire du bien à cette jeune fille qui avait traversé tant d'épreuves. La perte de ses parents était une bien lourde charge pour d'aussi frêles épaules...

Après quelques cahots, la voiture s'immobilisa enfin pour les laisser sortir. Les bruits de la ville, les senteurs du marché fouettèrent le visage de la Huntress qui esquissa un premier sourire encore timide. Hésitante, elle alla donner le bras à sa marraine mais la vieille femme le refusa et commença à marcher comme si elle avait eu la fougue d'une femme de trente ans. Eulalia la suivit avec énergie, tous sens en alerte. Elle voulait se gaver de cette sensation de liberté, ces couleurs, cette abondance de mouvement qui envahissaient la place. Elle était venue ici tant de fois pour y faire des achats avec sa mère...
Successivement, les vendeurs de légumes, de fruits, de fleurs l'éblouirent avec des couleurs et des senteurs plus authentiques que jamais, qui lui rappelaient le jardin du presbytère. Plus loin, des hommes gouailleurs tentèrent de leur vendre des bijoux de pacotille en leur vantant leur beauté et la façon dont ils les seyaient à merveille, ce qui la fit rire légèrement. Depuis toujours, le marché et les boutiques alentours étaient une véritable attraction pour elle. Petite, les vendeurs lui faisaient goûter des petits bouts de fruits, de légumes ou de fromages, les vendeuses lui offraient des fleurs ou des petites sucreries invendues. Que de souvenirs heureux ! Tout cela lui remontait à l'esprit avec une violence mêlée de réconfort. Ces endroits connus lui rappelaient ses jeunes années et lui faisaient sentir que ses parents étaient encore là, tout près d'elle.
Alors qu'elle avançaient, une boutique d'antiquités attira son attention. Ayant eu très tôt le goût des vieilleries, elle ne put s'empêcher de lorgner la vitrine, l'oeil brillant. Tous ces bibelots, tous ces livres, ces vieux meubles... Elle mourrait d'envie d'aller y faire un tour.
Amusée, la vieille lady Worlingham lui glissa :


- Va donc à l'intérieur... Je repasserai te chercher vers cinq heures. Si tu finis avant je serai chez le tailleur, au bout de la rue.

Sans même lui laisser le temps de répliquer, elle s'en alla avec une rapidité étonnante pour son grand âge. La jeune femme poussa alors timidement la porte qui fit tintinnabuler une petite clochette. La boutique semblait vide de tout occupant, pourtant elle était bel et bien ouverte !

- Il y a quelqu'un ?

Personne ne répondit. Doucement, elle avança au milieu de ces montagnes d'objets historiques, le regard empli d'une dévotion quasiment religieuse pour ces objets. Par où commencer ? Il y avait tellement de choses à voir ! Un rai de lumière attira son attention dans un coin de la pièce. C'était une petite boîte bleue ornée de dorures, de fleurs de lys et d'incrustations de pierres qui avait l'allure d'une boîte à bijoux très raffinée. Lorsqu'elle aperçut la clé derrière, elle sut qu'elle avait affaire à une boîte à musique. Oserait-elle la mettre en marche ? Elle doutait que ce fut permis mais il n'y avait personne... Et la tentation de savoir quels secrets renfermait cette boîte la titillait chaque seconde davantage.
N'y tenant plus, elle tourna soigneusement la molette jusqu'à son maximum et ouvrit le couvercle. Un couple de danseurs en costumes du 18ème siècle se déplaçait sur une petite piste dans un léger grincement qui l'émerveilla. La musique en fond était des plus douce et fit naitre sur ses lèvres un sourire attendri.[/i]

- C'est la Romance de la Petite Musique de Nuit....

Ce n'était pas un objet très vieux en fin de compte, à peine un siècle et encore ! Mais en regardant ce petit couple tourner et virer, elle se sentit transportée dans un autre monde. Elle essaya de s'imaginer en dame du monde, les cheveux poudrés, le visage blanchi et agrémenté d'une mouche comme Marie-Antoinette. Sans doute aurait-elle eu l'air un peu ridicule ! D'ailleurs, peut-être que des costumes anciens se cachaient au milieu de cette caverne d'Ali Baba ?

Avec douceur, Eulalia reposa la boîte et continua son furetage à droite et à gauche. Elle avisa dans une vitrine une parure de toute beauté qui la captiva. Plus loin, un cadran solaire portatif dont le bois était patiné par l'usage. Les livres attirèrent son attention également : de vieux manuscrits moyenâgeux, des traités de philosophie ou de mathématiques écrits dans des langues qu'elle ne comprenait pas. La jeune femme n'osait pas imaginer le prix de ces objets précieux. Plus elle se  rapprochait du fond de la boutique et plus les antiquités étaient nombreuses. Elle trouva plusieurs bibelots égyptiens et asiatiques qui firent briller ses yeux de l'envie de voyager.
En s'approchant du comptoir, elle trouva un exemplaire du Times, l'édition du jour apparemment. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas lu les journaux, qui lui étaient interdits. S'assurant que la boutique était toujours déserte, elle s'empara du papier.

ARRESTATION D'ALEXENDER VON RAVELLOW, LE TERRORISTE DU GRAND THEATRE PAR DES AGENTS DU YARD.

Le titre de la une lui glaça les sangs. Alexender arrêté ? Quand ? Comment avaient-ils su où ils se cachaient ? Elle dévora l'article à une vitesse affolante, désireuse de connaître l'affaire dans ses moindres détails. Apparemment, le jeune homme avait été pris hier soir dans un bordel des quartiers pauvres et embastillé à la Tour. La piste qui avait permis aux agents de remonter jusqu'à lui était passée sous silence, tout comme le devenir de Suzanne et Marguerite, qui ne l'avaient sans doute pas quitté. N'y avait-il donc plus d'espoir pour le jeune homme ? Comment faire maintenant qu'il était en prison ? Elle devait absolument contacter Raphaël et retrouver Stan avant qu'il ne leur arrive la même chose !


- Oh Seigneur...

Alors qu'elle murmurait, elle entendit un bruit derrière elle. Se sentant prise sur le fait, elle se retourna vivement et essaya de reposer maladroitement le journal en espérant que la dame en face d'elle ne s'aperçut pas qu'elle était en train de le lire. Tout ce qu'elle réussit à faire cependant fut de le faire tomber dans un bruit de feuille incroyablement perçant. Rougissant davantage, elle se pencha aussitôt pour les ramasser aussi vite que possible, horriblement gênée.

- Excusez-moi, je suis vraiment maladroite !

Une fois l'exemplaire du Times remis à sa place, plus ou moins en ordre, elle détailla son interlocutrice. Plus petite et plus menue qu'elle, elle possédait un teint légèrement hâlé et semblait plus vieille d'une bonne dizaine d'années. Eulalia la trouva plutôt charmante et discerna l'énergie qui se dégageait d'elle. Sans être belle, elle dégageait une aura qui la frappa tout de suite. Elle sentit que cette dame qui devait être la tenancière de la boutique, devait se révéler plutôt intéressante.


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Jane Mac Fate
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MessageSujet: Re: Entre deux rayonnages Dim 16 Fév - 11:21

Une pile de livres dans les bras, haut perché sur une échelle, Jane était en train de faire de la place à ses nouvelles trouvailles sur une étagère lorsqu’elle entendit le doux tintement du carillon d’entrée.

Ne pouvant stopper immédiatement ce qu’elle faisait, un bras en l’air, une jambe en équilibre, elle se dépêcha de finir son classement.

Au moment où elle posa le pied par terre,  La "Romance de la petite musique de nuit" résonna dans le magasin. A coup sur, son client était une cliente. Cette boite à musique attirait inexorablement les femmes par son raffinement extérieur. Jane l’avait acheté à un couple bourgeois français sur la déroute. Les affaires ne marchaient plus et ils peinaient à rembourser leurs dettes. Il était rare pour Jane de récupérer des objets du 18ème siècle, trop récent à ses yeux, mais la beauté de l’ouvrage et la détresse du couple avait eu raison d’elle.

Elle descendit les escaliers et chercha sa cliente. Elle la trouva près du comptoir en train de lire d’un air grave la Une du "Times." Quelque chose chez cette dame frappa  immédiatement Jane.
C’était le contraste entre la jeunesse de cette femme et le sérieux qu’elle dégageait. A son âge, la plus part des jeunes bourgeois portaient un regard curieux et insouciant sur le monde qu’ils les entourait, alors qu’elle semblait avertit, tel un vieux singe connaissant toutes les grimaces. Jane ne saurait dire si c’était dû aux mauvaises nouvelles du journal, mais sa jeune cliente semblait porter le poids du monde sur ses épaules.

Cette vision, provoqua chez Jane, un écho de sa propre situation présente et passé. Elle sentit soudainement un élan de sympathie pour cette inconnue. Elle s’apprêtait à engager la conversation lorsque cette dernière murmura:

-Oh Seigneur...

Au même instant, elle sembla se rendre compte de sa présence et fit tomber le journal.

- Excusez-moi, je suis vraiment maladroite !

Avec des gestes chaotiques, l'inconnue réussit tant bien que mal à ramasser le journal et à le reposer sur le comptoir.

Amusée par sa maladresse, Jane proposa avec un grand sourire :

-Gardez le, moi j’ai finis de le lire il y a déjà une heure de cela.
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Eulalia Grey
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MessageSujet: Re: Entre deux rayonnages Sam 22 Fév - 10:34

La jeune femme regarda son interlocutrice d'un air plutôt interloqué. Elle la laissait prendre le journal sans s'offusquer ? C'était bien la première fois !

- Mais.... cela ne vous choque pas qu'une femme lise le journal ? Enfin, vous êtes une femme vous aussi mais... disons que la plupart de celles que je connaissent condamnent lourdement cette pratique.

Elle rejeta un œil à la une du journal. Que faire ? Allait-elle la reconnaître ? Et si elle faisait le rapprochement entre elle et sa réaction face à la une du jour ? Le Yard débarquerai probablement chez elle pour l'emmener à la Tour et qui sait, peut-être face à la potence ! Vite, il fallait déjouer toute tentative de soupçons avant qu'il ne soit trop tard.

- Je suis choquée qu'ils aient pu attraper ce terroriste si vite... mais c'est un soulagement de le voir à présent derrière les barreaux. Si les gens osent s'en prendre aux plus hauts représentants de notre société maintenant, qu'adviendra-t-il de nous ?

Elle se pensait suffisamment convaincante. Mieux valait espérer maintenant que la tenancière n'irait pas chercher trop loin dans ses feuilles de chou pour tomber sur le portrait robot plus ou moins réaliste qu'on avait diffusé il y avait quelques jours de ça. Préférant ne pas s'étendre sur le sujet, elle décida de la lancer sur sa marchandise. Les commerçants qui n'appréciaient pas que l'on s'intéresse à ce qu'ils vendaient étaient pour ainsi dire inexistants et cette femme avait l'air passionnée par son métier.

- C'est une surprenante collection que vous avez là.... Etes-vous fournie par quelques explorateurs ou allez-vous vous-même sur le terrain ?

Elle regarda autour d'elle à nouveau, le regard pétillant. Plus elle prêtait attention aux étagères et plus elle trouvait des choses anciennes. Des amulettes égyptiennes, de vieilles statues en bois sombre, allongées et très étranges. Elle n'avait jamais rien vu de semblable jusqu'à présent mais leurs courbes n'étaient pas sans lui rappeler les croquis qu'elle avait trouvé dans un livre d'histoire anthropologique à la bibliothèque.

- Ces figures viennent-elles d'Afrique noire ? Je pense en avoir vu de semblables dans un livre qui traitait des peuplades éthiopiennes... C'est tellement différent de tout ce que j'ai pu voir jusqu'à présent !

La jeune femme se retenait de toutes ses forces pour ne pas toucher tout ce qui lui plaisait. Pour elle, l'appréciation d'un objet d'art ne passait pas seulement par la vue mais aussi par le toucher. La sensation soyeuse du bois poli et verni ou celle plus rugueuse d'un vieil objet en peau... Chaque détail minuscule avait son importance à ses yeux. Elle essayait de s'imaginer quelles personnes avaient pu façonner ou utiliser tout ce qu'elle voyait ici. Ce collier en lapis-lazuli avait peut-être été arboré par une ancienne princesse égyptienne et retrouvé sur une momie, pourquoi pas ? Et ce vieux pot en terre cuite... Avait-il servi comme marmite dans une case Africaine ou bien dans une hutte gauloise ? Il y avait tant de choses à découvrir entre ces murs, elle avait l'impression d'être dans le plus séduisant des musées qui pouvait exister.


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Jane Mac Fate
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MessageSujet: Re: Entre deux rayonnages Dim 2 Mar - 11:45

-Mais.... cela ne vous choque pas qu'une femme lise le journal ? Enfin, vous êtes une femme vous aussi mais... disons que la plupart de celles que je connaissent condamnent lourdement cette pratique.

Qu’une femme lise le journal ? Étant donné que c'était le sien, non, ça ne la choquait pas. Il est vrai que parmi ceux qui porte l’étiquette bourgeoise en valeur de référence, une femme n’avait pas à s’occuper de la société mais juste du foyer. Même chez les ouvriers, une femme avait bien mieux à faire que de gaspiller son temps à lire le journal, fallait-il encore qu'elle sache lire.

Voilà un paradoxe de plus à noter chez sa cliente. Elle tenait un discours issu des classes bourgeoises, le ton utilisait était bourgeois, pourtant, si on se fiait à ses vêtements, elle appartenait aux classes moyennes.

A ses yeux, elle devenait de plus en plus intrigante.

C’est alors que Jane aperçut le regard furtif que jeta la jeune femme sur le journal. Un regard bref mais lourd en signification. Ce qui était écrit dans le Times l’avait définitivement troublé. On ne se focalise pas de la sorte sur un  simple journal à moins qu’on y apprenne quelque chose de personnel. Mais de quoi parlait la Une déjà ? Au moment même où Jane tentait de s’en souvenir, la jeune inconnue répondit à sa question muette.


-Je suis choquée qu'ils aient pu attraper ce terroriste si vite... mais c'est un soulagement de le voir à présent derrière les barreaux. Si les gens osent s'en prendre aux plus hauts représentants de notre société maintenant, qu'adviendra-t-il de nous ?

Avait-elle bien entendu ? Elle était choquée qu’ils aient pu attraper ce terroriste si vite ? « Choqué » ? C’était l’utilisation de ce terme qui avait choqué Jane. Les mots ont leur importance. Elle n’avait pas dit, « surpris » ou « étonné », mais « choqué ». « Choquer » dont la définition du dictionnaire est : « frapper désagréablement, produire une mauvaise impression, offenser quelqu’un ».
Voilà un nouvel élément qui confortait notre antiquaire dans ses impressions. Elle ne faisait pas part d’une anecdote croustillante à Jane. Elle n’était pas offusqué de l’attentat. Non. Elle était choqué qu’ils aient attrapé si vite le terroriste. Son discours- sa plaidoirie ?- avait sûrement pour but de justifier sa réaction face aux nouvelles du journal mais son lapsus trahissait ses intentions réelles.

Coupant court aux réflexions de Jane, comme si elle voulait l’empêcher de trop réfléchir, sa paradoxal cliente reprit la parole.


- C'est une surprenante collection que vous avez là.... Êtes-vous fournie par quelques explorateurs ou allez-vous vous-même sur le terrain ?

Jane rit intérieurement. Elle n’avait pas eu le temps de répondre à la première question, qu’elle avait déjà changé de sujet et lui en posait une autre. Si Jane possédait encore quelques doutes, l’inconnu venait définitivement de les balayer. C’était clair, elle cachait quelque chose, et elle ne voulait pas que Jane le découvre. Et tout cela, était lié à la Une du journal.

*zuut, je ne me rappel plus  du nom… Ale…Alister ? Alister Von quelque chose … ? Raahh, impossible de s’en rappeler. *

Son nom avait des consonances germaniques, ça, elle en était sûr, mais impossible de s'en souvenir.

Qui était-elle ? Que venait-elle faire là ?


- Ces figures viennent-elles d'Afrique noire ? Je pense en avoir vu de semblables dans un livre qui traitait des peuplades éthiopiennes... C'est tellement différent de tout ce que j'ai pu voir jusqu'à présent !

Jane se détendit. Quoi que cette femme cachait, ça n’avait aucun rapport avec sa présence ici, au Silver Dusk. Ce n’était qu’une cliente intéressé par des antiquités. Le hasard, via un simple journal- venait de livrer à Jane une intrigante énigme qui malmenait sa curiosité piquait à vif. Mais il était temps pour la tenancière de reprendre son rôle.

-Excellente observation, vous avez une bonne mémoire. Elles viennent bien d’Éthiopie. Ce sont des amis archéologues qui me l’ont ramené d’une de leur fouille.  Ça m’arrive encore parfois d’aller moi-même sur le terrain, mais plus je vieillis et moins j’arrive à abandonner ma boutique, dit-elle avec un sourire nostalgique.

Jane marqua une petite pause. Il était difficile pour elle de quitter le Silver Dusk et pas seulement à cause de ses obligations. Bien que ça puisse paraitre stupide, elle avait l’impression d’abandonner son père et son mari. Elle ne pouvait s’empêcher de ressentir de la culpabilité chaque fois qu’elle était en déplacement. Pourtant, sa vie lui convenait et cela faisait longtemps qu’elle l’avait accepté tel quel.

- Savez-vous comment on appelle ces statuettes ? Des « bocio ».

Elle marqua à nouveau une courte pause.

-Elles sont très importantes dans l’art africain, elles représentent l’ensemble des forces divines et spirituelles qui façonnent le monde. C’est encore assez obscur à notre compréhension mais si, visuellement parlant, elles sont aussi diverses et variés, c’est parce que les façonneurs de « bocio » vont directement chercher le côté utilitaire de la statuette avant l’esthétique.

Pour laisser planer un peu de mystère, elle s'arrêta quelques instants.

-Ils les utilisent dans des rituels magiques.  Des rituels dont je dois le reconnaitre, j’aurais du mal à vous parler.

Ce qui était à moitié vrai. La magie africaine n’était pas sa spécialité. Elle en connaissait quand même les fondements mais mieux valait éloigner toutes questions sur l’occulte. Passionnée comme elle l’était, elle pouvait facilement se trahir et paraitre étonnement experte en la matière. Le monologue qu’elle venait de réciter en était la preuve flagrante

- Mais je m’égare un peu là, dit-elle avec un petit sourire qu’elle espérait complice.  Dites moi, recherchez-vous quelque chose en particulier ici ?
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Eulalia Grey
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MessageSujet: Re: Entre deux rayonnages Lun 10 Mar - 20:57

La jeune femme s'était détendue après avoir lancé un autre sujet de conversation. Elle était ravie de se souvenir de certaines choses à propos de ces statues même si ses connaissances étaient des plus limitées. Elle sourit en entendant qu'elle avait raison et la regarda un peu plus attentivement. Elle n'avait pas l'air vieille pourtant... Peut-être que les voyages entretenaient bien plus le teint que ce que l'on prétendait ? Qui sait...

Un instant, dans ses yeux, elle crut percevoir cette nostalgie profonde qu'elle ressentait parfois. Ce regard à la fois triste et attendri d'une personne qui avait perdu quelqu'un de proche. Eulalia connaissait bien le sentiment qui assaillait la vendeuse même si son expérimentation de celui-ci était plus récent.


-Vous avez voyagé ? Quelle chance ! J'imagine que vous avez dû voir des pays plus époustouflants et exotiques les uns que les autres.

Elle sourit, visiblement intéressée par le nom de ces statuettes.

Elle écouta les explications de la jeune femme avec une curiosité avide. Ses yeux pétillaient sous l'afflux d'informations. Née dans une famille anglicane, elle avait un peu de mal à imaginer comment on pouvait révérer autre chose que le Dieu créateur mais elle respectait ces opinions divergentes. Après tout, peut-etre que toutes ces visions différentes de la religion ne menaient qu'à une seule et même vérité, qui pouvait savoir ? Elle était une simple femme et certainement pas théologienne, ces réflexions n'étaient pas vraiment de son ressort... Mais elle se promit d'y réfléchir à l'occasion.

Elle lui parla ensuite de rituels magiques avec un petit air mystérieux qui la titilla davantage. Elle en avait vaguement entendu parler mais doutait qu'il s'agisse des coutumes du peuple éthiopien. Les peuplades de l'Afrique étaient si variées !


Sa question la fit tiquer un instant. Désirait-elle quelque chose en particulier ? Bonne question... à vrai dire elle avait totalement oublié ce qu'elle était venue chercher. Peut-être rien au fond.... Elle était rentrée dans la boutique motivée par son seul amour des antiquités sans chercher quoi que ce soit. Elle fit un tour sur elle-même, hésitante, cherchant quelque chose à dire puis choisit l'honnêteté.

- Eh bien je n'en ai pas la moindre idée... Votre devanture me plaisait et j'ai une passion certaine pour les vieilles choses.

Comme pour se décider, la jeune femme se remit à déambuler dans la boutique. Elle détailla chaque objet attentivement, curieuse et passionnée. Un second coup d'oeil à la statuette africaine lui rappela une question qu'elle aurait aimé poser mais qu'elle avait gardé de côté pour ne pas l'interrompre.

- Bocio... C'est vraiment un joli nom. A-t-il une signification précise ? Et vous aviez parlé de rituels tout à l'heure... Est-ce qu'il s'agit de ces pratiques plus ou moins obscures qui mettent en scène poupées et aiguilles ? Je pensais qu'il s'agissait seulement d'une légende d'explorateur.

Au détour d'une étagère, elle avisa un vieux livre relié, marqué d'un symbole étrange. Sans doute un vieux grimoire païen traitant de créatures fantastiques rédigé pendant le moyen âge. C'était de ces ouvrages de mystificateurs qui contenaient bien plus de mythe que de réalité, elle en aurait mis sa main à couper. Pour avoir suivi les enseignements de son père, nombreuses étaient les théories infondées sur les créatures de la nuit ainsi que les prétendus exorcistes qui se faisaient passer pour ce qu'ils n'étaient pas.

Mais peut-être que ce vieux bouquin traitait de tout autre chose ? Elle ne connaissait pas le symbole qu'arborait sa couverture ; il pouvait avoir des significations pseudo occultes mais pouvait tout aussi bien receler les secrets de tel ou tel monastère européen, qui sait ?


- Dites-moi... Qu'est-ce que ce livre ? On dirait un vieux grimoire, comme ceux qu'on décrit parfois dans les contes de fées.
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Jane Mac Fate
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MessageSujet: Re: Entre deux rayonnages Lun 21 Avr - 9:03

Jane observait sa cliente déambuler parmi les étagères. Il était rafraichissant de voir une jeune femme se laisser guider par sa curiosité, allant d’une antiquité a une autre. Avide de connaissances, les questions fusaient et cela plaisait beaucoup à la scientifique qu’elle était.

Ces questions étaient précises et touchaient de près le domaine de l’occulte. L’antiquaire  allait devoir se montrer prudente dans ses propos. Espérant qu’elle oublie ce qu’elle lui avait demandé sur les boccios, elle décida de ne répondre qu’a la question portant sur le vieil ouvrage.


-Ce livre est un bestiaire. « LE » bestiaire je dirais même. Il s’agit d’une des innombrables copies du Physiologus. Nous parlons là du livre qui est à l’origine de tous les autres bestiaires qui ont traversé l’histoire et les continents. L’ouvrage que vous tenez dans les mains est une vieille copie française datée de plus de 3 siècles, écrits par un clerc inconnu. Mon père la retrouvé dans les ruines d’une vieille église romane du sud de la France.

Jane fit une petite pause pour laisser le temps à son interlocutrice d’avaler toutes les information d’un coup.

-Comme vous pouvez le voir, il est en excellent état, ce qui me permet de l’exposer au grand air et au tout venant. Ce n’est malheureusement pas le cas pour tous les ouvrages.


Jane attrapa un des livres de la rangée qui avait l’air neuf malgré sa graphie très anciennes.

-Observez cet ouvrage, il s’agit d’une reproduction d’une des copies du Physiologus daté du V siècle, écrit en grec.  A cause de son vieil âge et de sa fragilité, l’original ne peut être mis en exposition. Je le garde dans une salle spéciale de ma réserve.

Jane reposa le livre.

-Si une des différentes collections du physiologus vous intéresse, c’est en vente. Vous pouvez aussi vous assoir sur le divan au fond de la boutique et le feuilleter sans vous presser.


Jane montra alors le fond de la salle et ajouta avec un grand sourire :  


- Vous avez même droit a une tasse de thé.



* Le physiologus:
 


Dernière édition par Jane Mac Fate le Dim 27 Avr - 7:17, édité 1 fois
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Eulalia Grey
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MessageSujet: Re: Entre deux rayonnages Sam 26 Avr - 17:32

Si Eulalia s'était attendue à trouver un bestiaire ! Ses yeux s'écarquillèrent davantage devant la couverture de vieux cuir relié et sa bouche s'ouvrit sur un ''Oh'' muet qui traduisait son admiration. Quel patrimoine impressionnant... Déjà trois siècles et pourtant en si bon état ! C'était tout bonnement incroyable. Elle hésita à le toucher mais se retint et se contenta de se demander de quand devait dater la première édition de ce fameux bestiaire.

En tout cas, il était antérieur au cinquième siècle... Cela commençait à faire une belle longévité pour un ouvrage qui n'avait sans doute eu de cesse d'être enrichi au fil des siècles ! Elle fut étonnée de l'état quasi neuf du livre jusqu'à-ce qu'on lui explique qu'il s'agissait d'une copie. Effectivement c'était tout de suite plus vraisemblable.


- Cette copie est magnifique... On jurerait un original ! C'est un vrai travail d'orfèvre...

Elle lui proposa alors d'acheter ou de feuilleter un des ouvrages qu'elle lui avait montré. Avec un sourire, la jeune femme accepta et s'installa avec le livre écrit en français, qu'elle lisait couramment,  et une tasse de thé généreusement offerte par la tenancière. Un bon quart d'heure s'écoula quand la sonnette retentit à nouveau. La porte s'ouvrit pour laisser place à lady Worlingham qui portait un petit colis sous le bras. Elle devait avoir acheté une coquetterie chez le tailleur de la rue, ou alors quelques mètres de tissus pour permettre à sa camériste de reprendre une de ses robes, qui sait ?
En l'apercevant, Lally se leva et s'avança vers elle avec un sourire.


- Avez-vous fait des achats fructueux ma tante ?

La vieille dame esquissa un sourire et soupesa le sac qu'elle portait sous son bras.

- Oooh, je le crains. Et toi, as-tu trouvé quelque chose d'intéressant ici ? Je t'ai vue plongée dans un livre si je ne m'abuse.

Eulalia se tourna vers Jane.

- Madame a eu l'excellente idée de me faire découvrir un vieux bestiaire d'un intérêt surprenant ! Il est en français mais il reste aisé à comprendre, du moins si l'on ne se préoccupe que des grandes lignes.

La vieille dame, intriguée, s'approcha de l'ouvrage et le parcourut de ses mains parcheminées.

- Intéressant... Elle regarda la tenancière du magasin. Pourriez-vous nous l'emballer je vous prie ? Nous vous l'achetons.

Eulalia, n'osant pas imaginer le coût d'un tel ouvrage, ouvrit la bouche pour protester.

- Mais enfin, ma tante !

Mais déjà, l'affaire était réglée.

- Il n'y a pas de Mais qui tienne ! Prends donc le paquet, le cab nous attend dehors.

La jeune femme s'exécuta et après avoir chaleureusement salué et remercié Jane pour son accueil et la tasse de thé, elle repartit comme elle était venue.


[HRP/ Fin du RP avec Jane, suite à déterminer. /HRP]
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Entre deux rayonnages

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