L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


Forum RPG - Londres au XIXème siècle. Incarnez Vampires, Loups-Garous, Lycanthropes, Homonculus, Chimères, Alchimistes, Hunter...et choisissez votre camp dans une ville où les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses....
 
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Éclosion [Nathaniel, Marine] [16/03/42]

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Marine Desmuguets
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MessageSujet: Éclosion [Nathaniel, Marine] [16/03/42] Jeu 13 Mar - 21:59

[HRP/En revenant de « Cruelles vérités »/HRP]

Marine avait passé une nuit affreuse. Son esprit était emplis de cauchemars terribles, de sang, de visages sans yeux, d'objets volants, de pentacles, de cadavres...Toutes ces faces grimaçantes qui la regardaient, tout ces doigts levés pour la bannir d'une société dans laquelle elle n'avait plus sa place à cause de ce qu'elle savait, de ce qu'elle avait vu, de ses choix hors normes...Et sa famille qui lui tournait le dos, son petit frère la condamnait...C'était un supplice !

La pauvre jeune femme s'était réveillée en nage dans un cri désespéré. Elize, son chaperon d'une quarantaine d'années, était aussitôt entrée dans sa chambre pour l'aider. Marine n'arrivait plus à dormir depuis un mois et cette femme, quoiqu'un peu stricte et désagréable, faisait tout son possible pour l'empêcher de sombrer dans la folie.
Marine lui avait raconté qu'elle s'était faite attaquer par des hommes ivres dans la rue, prise au milieu d'une rixe au couteau et au pistolet, après sa sortie au "Chahut-Cancan" du Spirit. C'était sa version officielle, celle que tout le monde avait entendue et croyait sans remettre en question sa parole, d'autant que des témoins avait été présents et que la maréchaussée avait bel et bien retrouvé un couteau au milieu d'un grand nombre de débris de caisses en bois.
Mais la vérité était bien plus terrible et la convalescence de Marine commençait à inquiéter. Ses parents, qui lui écrivaient déjà beaucoup d’ordinaire, ne cessaient d'envoyer des lettres depuis l'incident, parfois par deux, pour lui intimer de revenir en France se reposer auprès d'eux. Ils lui recommandaient encore une fois de reprendre une vie plus « normale » avec eux, pour qu'elle évite l'écueil de ce genre de soirée et pour qu'elle se trouve un mari convenable. Il fallait qu'elle profite de son petit frère et de sa famille qui l'aimait tendrement plutôt que de rester à Londres, cette ville de débauchés où elle ramassait des ivrognes drogués dans la rue et manquait de recevoir un coup de couteau !
Elize, qui craignait que la santé de la jeune femme ne continue de se détériorer, les poussait à ce genre de mots en entretenant avec eux une vive correspondance afin de les tenir informés et pour les rassurer un peu. Marine avait maigri, elle ne dormait plus et ne sortait plus, elle n'avait plus société et passait son temps à sursauter au moindre bruit dans la rue. Même si elle gardait cette lueur vive dans ses yeux, celle de la volonté de vaincre et qu'elle ne semblait pas encore avoir abandonné l'idée de vivre, le fait était qu'une semaine plus tôt son aphasie avait manquée de devenir grave, au point qu'elle ne s'était plus levée même pour manger.

En robe de nuit blanche, Marine tenait dans ses mains sa tête douloureuse. Ses longues boucles noires coulaient sur ses doigts de poupée. Un rayon de soleil brûlait son pied nu sur les draps trempés.


- Mademoiselle, levez-vous, nous allons vous laver...Aller...

- Encore une minute Elize...J'arrive...Faites chauffer l'eau avec Amanda...J'arrive...

La camériste soupira et laissa la jeune femme seule avec elle-même après avoir vérifié par la fenêtre que John, le jardinier, était bien occupé à s'occuper des rosiers qui commençaient à bourgeonner. L'air était frais mais la pluie de la veille avait laissé place à un soleil radieux. Il restait quelques brides de nuages noirs de-ci de-là, mais rien ne laissait présager qu'une nouvelle perturbation viendrait l'empêcher d'aller au marché. Tant mieux !

Lorsqu'elle fut partie et qu'elle eut refermé la porte, Marine se laissa tomber en arrière sur son lit. La main sur le front, elle gémit. Pourquoi faisait-elle encore des cauchemars ? Elle avait pourtant décidé d'y croire et de faire avec ! La peur lui soulevait toujours l'estomac. Malgré le soleil qui éclairait maintenant une grande partie de la pièce, elle ne se sentait pas en sécurité. Dans l'ombre de ses meubles, elle craignait toujours de voir surgir un de ces êtres aux longues canines. Elle ne voulait pas qu'on boive son sang, c'était ignoble ! Un frisson la parcourut. Oui, elle avait toujours peur...Cette horrible impression d'être petite et frêle face aux grands mystères de ce monde lui revenait sans cesse. La veille au soir, n'avait-elle pas eu un nouvel aperçu de son ignorance ?

Nathaniel...

Marine se leva lentement et se dirigea vers sa commode pour se regarder dans le miroir. Elle avait une mine affreuse. Ses cheveux restaient beaux, tout ondulés, noirs comme le jais, même ébouriffés ils paraissaient prêts à être coiffés en quelques épingles. Cependant, son visage, lui, ressemblait à celui d'un mort. Ses cernes étaient fortement creusées et sa peau, d'une blancheur spectrale, paraissait étirée. Au moins n'aurait-elle pas besoin de mettre beaucoup de poudre aujourd'hui...Quel aspect misérable...Où était passé la belle « Fleur de France »?

Nathaniel...

Les pensées de Marine ne cessaient de revenir sur cet homme. Elle ne savait qu'en penser. Son jugement n'était pas arrêté à son sujet et elle doutait qu'il le fut un jour. Pourquoi avait-il donc pris le soin de la raccompagner ? Qu'est-ce que cela cachait ? Et cette séance de spiritisme...Cette boule de verre ce pentacle, ce corps, cette voix...

Marine mit sa main sur sa bouche dans un geste compulsif. Elle avait envie de vomir. Son cœur se soulevait, son estomac avec. Pourquoi tant de malheurs autour d'elle ? Pourquoi tant de chocs ? Qu'avait-elle donc fait pour mériter cela ?

« C'est un acte de foi. »  

Peut-être que...


- Non...

Marine gagna la salle d'eau en titubant. Elle rencontra Sophie dans le couloir, une de ses domestiques, qui apportait du linge propre dans sa chambre pour changer ses draps.

- Madame a-t-elle besoin d'aide? S'inquiéta-t-elle d'un air attristé en voyant sa maîtresse s'accrocher au mur.

- Non...ça ira...

Arrivée devant la porte de la salle d'eau, Marine tomba. Elize la réveilla avec une petite gifle et entreprit de la déshabiller avec ou sans son consentement après l'avoir assise sur une chaise. Marine était comme morte. Ses yeux posés dans l'eau semblaient en ignorer les vagues pour égarer son esprit où nul ne pouvait le suivre. La jeune femme ne pouvait cesser de songer à ces créatures, à ce suicide, à ce médium...
Nue sur sa chaise, elle sembla soudainement se réveiller. Lentement, elle tourna ses yeux vitreux vers sa suivante.


- Elize, un...médecin va venir...Je l'ai rencontré chez les Haemfort, il a accepté de m'examiner ici. Il passera vers...14h...

Elize soupira et lui sourit d'un air pincé:

- Enfin, depuis le temps que je conseille à Madame de consulter un spécialiste...Il est temps que vous vous repreniez ! Vous n'êtes même plus capable de vous lever ! Comment s'appelle-t-il ? Il faut que je prévienne Sophie et Amanda pour qu'elles évitent les impairs.

Marine eut un moment d'absence puis elle rougit. Que devait-elle lui répondre ? Elle ne se souvenait pas avoir convenu d'un nom d'emprunt avec Nathaniel...

- Je...je ne sais plus...Fit-elle en baissant les yeux. Puis, un éclair lui traversa l'esprit. Ha si ! Que suis-je bête, c'est pourtant lui qui m'a ramenée hier soir, vous vous souvenez ?

- Ha le Monsieur qui nous a emprunté le fiacre ? Je ne me souviens pas de son nom...

Marine grimaça. Elle pensait que Nathaniel avait peut-être donné son faux nom à ses domestiques mais apparemment il n'en était rien. Elle ne pouvait pas dire qu'il s'appelait « Nathaniel de Miran » alors qu'elle lui avait demandé de se faire passer pour un médecin. Il ne fallait surtout pas que sa camériste puisse deviner que ce n'était pas un aristocrate. Elle en ferait une maladie, ses parents aussi. Et, surtout, personne ne devait savoir que c'était un médium ou c'était la France et le couvent sans qu'elle ne puisse y échapper.

- Qu'importe, j'étais très fatiguée hier soir et je n'ai accepté qu'il me raccompagne que parce qu'il m'a promis une séance de « soin ». Je...lui fais confiance, c'est un homme de haute estime.

En articulant ce mensonge, Marine pénétra dans l'eau tiède de son bain. Cela soulagea quelque peu sa tête et détendit ses muscles. Parler de Nathaniel lui faisait oublier les Vampires, même s'il était désormais fortement rattaché à cette histoire.
Alors qu'elle se frottait avec une éponge, la jeune femme songea à un autre problème : Elize ne la laisserait JAMAIS seule avec un homme...Comment allaient-ils procéder pour discuter de pareils sujet si sa camériste, espionne qu'elle était, restait auprès d'eux ?


- Elize...Je compte inviter les Coopers ce soir.

- Ce soir? Bégaya la suivante. Mais nous n'avons rien pour faire un repas correct Mademoiselle. Vous pensez que cela peut se faire ainsi, après un mois de convalescence ?

- Il faudra que vous alliez au marché avec Sophie...

Mais Elize n'était pas née de la dernière pluie et, sentant le coup venir, elle lui jeta un coup d'oeil hautain avant de s'occuper de sa serviette en grognant :

- Si Mademoiselle espère passer du temps seule avec cet homme, elle peut toujours rêver ! Il ne faudrait pas non plus que vous me preniez pour une idiote!

Marine fut prise au dépourvue par cette réplique. Comment faire?

- Elize ! Qu'allez-vous donc imaginer ! Fit-elle en se levant pour prendre vivement sa serviette d'un air faussement énervé. J'ai tout de même une éducation, même si « je n'en fait qu'à ma tête », comme vous dites avec mes charmants parents ! C'est un médecin, j'espère simplement pouvoir enfin sortir sans me pâmer pour un chat qui miaule...

Marine se mit à pleurer tout en se séchant.

- Croyez-moi, j'ai eu ma dose de mauvaises surprises...Je n'en peux plus de ne pas dormir...Je veux voir du monde, reprendre mes expériences, relever les plantes assoiffées dans la serre...Les Coopers sont les seuls amis que j'ai ici, avec Maria...Ce médecin pourra m'aider, j'en suis sûre, et les Coopers me redonnerons peut être envie de manger...

Son ton et son air tristes n'étaient pas empruntés, c'était la vérité, Marine souffrait dangereusement de sa situation, mais elle accentua cependant sa détresse, profitant de ce que la nature lui aie offert un visage d'ange pour convaincre le Cerbère de sa demeure.
Elize tiqua. Puis, avec un sourire mesquin, elle l'aida à se sécher le dos tout en continuant la bataille :


- Je suppose que si j'ordonne la présence d'Amanda à ce rendez-vous cela ne vous posera aucun problème ?

Marine soupira avec exaspération:

- Aucun, bien évidemment.

La camériste haussa les épaules et pesta en pliant la serviette sur la chaise.

- Quelle idée de rester sans mari, à votre âge ! C'est d'un malsain...

Marine ne répondit pas, elle n'en avait plus la force. Mentir autant ne lui était pas arrivé depuis bien longtemps.

A midi, la jeune aristocrate revêtait une robe verte aux reflets émeraudes sur les bordures et les rubans. C'était une robe simple mais élégante, avec de longues manches de dentelles qui dissimulaient une grande partie de sa peau jusqu'au col qui était très haut. Ses cheveux, relevés en grappes par un ruban assorti, laissaient entrevoir de fines boucles d'oreilles en goutte d'eau et ses escarpins étaient cachés sous la petite crinoline qu'elle portait. C'était une tenue classique, une tenue de maîtresse de maison. Cela vieillissait la belle malgré ses jeunes joues poudrées.

Elle mangea sobrement, sans se forcer, encore trop perturbée dans son métabolisme pour accepter d'avaler quelque chose de correct au plus grand damne d'Elize qui bougonna plusieurs fois qu'inviter les Coopers était une folie dans son état.

A treize heures, Marine était dans la bibliothèque en train de lire au soleil de sa fenêtre grande ouverte un traité de botanique. Il fallait qu'elle se change les idées avant l'arrivée de Nathaniel sinon son appréhension allait finir par se voir. Elize n'arrêtait pas de pester, trop mécontente de devoir régler les affaires du repas du soir en même temps que de devoir accueillir un médecin dont elle ne connaissait même pas encore le nom. Le remord rongeait Marine, la colère rongeait la camériste et le stress envahit bientôt le manoir tout entier.

A quatorze heures moins le quart, Elize attendait dans le petit salon du bas que la sonnette ne se déclenche tandis que Marine s'était mise au piano de la chambre d'ami. Pour calmer ses nerfs et tenter de faire bonne figure devant son chaperon, elle avait feint la complète indifférence concernant la venue du « médecin ». En vérité, Marine se maudissait d'avoir convenu se rendez-vous. C'était stupide ! Cela ne faisait que la torturer davantage et risquait tout simplement de la déshonorer une bonne fois pour toute...Nathaniel lui faisait peur presque au même titre que les Vampires. N'avait-elle pas osé lui prendre les mains et poser sa tête sur ses genoux dans le fiacre ? N'avait-elle pas serré son col dans un élan terriblement honteux ? Marine rougit. Une fausse note accompagna sa gêne. Elle avait agit comme une sotte ! Et c'est lui, un médium, un charlatan, peut être même un voleur, beau parleur, baratineur, qui lui avait rappelé l'étiquette ! Quelle folie ! Furieuse et en même temps terriblement anxieuse, la jeune femme poussa un soupir. Cette attente était pire que tout.
Et cet esprit réincarné...cette fenêtre brisée...
Une nouvelle fausse note.


- Bon sang!

Marine cessa le piano un moment pour se prendre la tête dans ses mains. Ce n'était qu'une idiote ! Plus elle avançait, plus elle s'enfonçait dans les tourments. Renter en France était peut être une solution. Finalement, cette ville la rendait folle. Elle avait manqué de se faire tuer par un monstre, sa santé en pâtissait depuis un mois et maintenant elle se compromettait avec ce type de personne ? Folie ! Ce n'était que folie ! Elle avait même songé que cet enchaînement de disgrâces avait un lien avec une punition divine ! Elle qui ne croyait en rien à part en ce qu'elle voyait ! C'était un comble !
Avec la ferme résolution de renvoyer le médium à son arrivée, Marine se remit à jouer du piano.


[Sonate au Clair de Lune de Beethoven]
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Nathaniel de Miran
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MessageSujet: Re: Éclosion [Nathaniel, Marine] [16/03/42] Mer 9 Avr - 12:52

[HRP/ En revenant de "Cruelles vérités"/HRP]

La nuit avait été courte et agitée, pour chacun d'entre eux, lui compris. Après avoir quitté, à regret, la ravissante Miss Desmuguets, Nathaniel était rentré directement chez lui, grâce au fiacre que la demoiselle avait mis à sa disposition. Toutefois, les événements de la soirée furent tels, qu'il n'avait absolument aucune envie de dormir. Trop de questions, restées en suspens, continuaient à se bousculer dans sa tête, pour lui permettre de trouver le sommeil. Abandonnant canne, couvre-chef, et cape, Nathaniel se dirigea vers le séjour, et plus précisément vers le meuble bas où trônait un plateau en argent sur lequel était déposé une carafe d'alcool et des verres. Il n'était cependant pas seul, une ombre furtive eut tôt fait de le rejoindre. Laïla avait du guetter son arrivée, et c'est à pas feutré que la jolie métisse le rejoignit dans le salon. Sans prendre la peine de se tourner vers elle, il se servit un verre de cognac. Puis, il s'installa confortablement dans son fauteuil. Fixant son verre, il fit légèrement tourner le précieux liquide en un mouvement ferme et paisible, puis, il observa le disque en inclinant légèrement son verre tout en le tenant par le pied.

- Tu ne dors pas ? Demanda-t-il alors que son regard s'attardait sur la robe que revêtait le cognac, et qui se déclinait en une large palette de nuance ambré. Tu sais que j'aurai pu ne pas rentrer.

Resserrant un peu plus son châle qui était posé sur ses épaules, la jeune femme fronça les sourcils de mécontentement avant d'afficher un petit sourire moqueur.

- Tu t'es fait éconduire ?

Nathaniel daigna enfin lever son regard de jade sur la jeune femme. Elle portait une chemise de nuit bleu en coton qui faisait ressortir la couleur de sa peau. Sur ses épaules, une châle en laine, blanc, la recouvrait. De long cheveux, d'un noir corbeau, retombait en cascade sur ses épaules et son dos. C'était très rare de la voir ainsi avec les cheveux lâchés, d'ordinaire, elle les attachait en un chignon  bien strict, qui n'enlevait rien à ses traits juvéniles. La remarque acerbe de la jeune femme lui tira un sourire moqueur, alors même qu'il refermait sa boite à cigare, qui était posé sur le guéridon situé juste à coté de son fauteuil. Il n'était pas difficile pour Nathaniel de deviner, comment Laïla avait fait pour savoir qu'il était en galante compagnie jusqu'à maintenant. Elle avait du s'inquiéter en constatant que la voiture était rentrée sans lui et son cocher avait dû la rassurer en lui expliquant qu'il l'avait déposé en compagnie de Marine, chez cette dernière. D'où la remarque dont elle venait de le gratifier et qui ne dissimulait en rien la satisfaction qu'elle éprouvait à cette simple idée. Le cigare en bouche, son verre de cognac dans la main gauche, il dénoua, de sa main droite, cette insupportable cravate qui lui enserrait le cou avant d'ouvrir les premiers boutons de sa chemise. Enfin à l'aise, il retira le cigare de sa bouche et but une gorgée de ce délicieux nectar qu'il avait fait miroiter, avant de consentir à lui répondre.

- Absolument pas, puisque je la verrais demain.

Le sourire moqueur de Laïla, laissa place à un rictus énervé, ce qui étira un sourire bon enfant à Nathaniel, qui n'était pas sans ignorer les sentiments que la jeune femme lui portait depuis qu'il lui avait sauvé la vie, mais ces sentiments n'étaient pas réciproques...

Cela faisait deux ans à présent qu'ils se connaissaient...

Nathaniel avait rencontré Laïla au Maroc, d'où elle était originaire. Ses pérégrinations avaient conduit ses pas dans ce pays magnifique aux charmes exotiques, un pays dont il était indéniablement tombé amoureux pour une multitude de chose : sa foule bigarrée qui arpentait ses rues et ses marchés, sa culture, son soleil, ses étoffes exceptionnelles, ses épices, ses femmes, son narguilé...

Laïla faisait partie de ces gamins des rues, qui survivaient en effectuant quelques menus larcins, et notamment le vol. Ce fut précisément parce qu'elle avait été prise en flagrant délit de vol, dans une échoppe de bijoux au coeur d'un bazar, que son regard s'était posé sur elle...

Il se souvenait encore des odeurs épicés qui raignait dans ce bazar et du brouhaha qui s'élevait sans discontinuité. Dès qu'il l'eut aperçut, le commerçant, était venu vers lui d'un air doucereux pour lui présenter monts et merveilles. Les pièces qui se trouvaient dans son échoppe, à l'en croire, étaient aussi rares que précieuses, mais il était prêt à s'en séparer à un prix d'ami. Un prix qui, sous l'oeil aguerri d'un homme comme Nathaniel, valait très souvent le double voir le triple de sa valeur réelle. Mais le médium n'avait pas cherché à confondre le marchand, au contraire, il l'avait écouté avec amabilité tout en affichant une parfaite crédulité. C'est alors qu'elle était entrée. Il n'avait pas particulièrement prêté attention à elle, jusqu'à ce que le vendeur se raidisse et l'observe d'un air renfrogné, avant de s'excuser auprès de son prestigieux client. Intrigué, Nathaniel avait observé l'homme se diriger d'un pas lourd et décidé, sur la jeune fille qu'il avait d'abord prit pour une jeune garçon. Les cheveux dissimulé sous un épais turban, vêtu d'un pantalon sarouel marron foncé, d'un jabador beige, réhaussé d'un gilet sombre et chaussé de babouche, elle avait le corps menu, le visage encore juvénile, aussi n'avait-il pas du tout soupçonné que le jeune garçon était en réalité une jeune fille, du moins, jusqu'à ce qu'elle se mette à crier et se débattre après que le marchand se fut emparé de son frêle poignet, en lui sommant de lui montrer ses poches. Nathaniel s'était alors approché d'eux en s'inquiétant de la raison de ces troubles.
La gamine l'avait détaillé des pieds à la tête avec un regard à la fois effronté et méprisant qui lui tira un sourire amusé. Élégamment vêtu à la mode européenne, cigare en bouche, plus grand que la moyenne et d'une carrure plus solide, il inspirait le respect et la suffisance. Le regard hautain qu'il lui jeta, donna à la jeune fille la sensation de n'être qu'un misérable insecte qui allait se faire piétiner sans état d'âme. Elle avait beau essayer de se débattre et de gesticuler, elle ne parvenait pas à se libérer de la poigne du marchand. En s'approchant et à bien l'observer, Nathaniel estima que la jeune fille ne devait pas avoir plus de 14 ou 15 ans et qu'arrangée, elle pourrait être fort jolie.


- Veuillez me pardonner messire, ce n'est rien qu'une petite voleuse. Ne vous inquiétez pas je maitrise la situation. Puis sur un ton beaucoup moins moelleux, il s'adressa à la petite voleuse. Sais-tu ce que l'on fait au voleur de ton genre ? On leur coupe la main pour qu'ils ne recommencent plus !

- Je n'ai rien volé ! Mentit la jeune fille en essayant d'éviter que l'homme ne pose ses mains sur elle pour lui faire les poches

Aucun d'eux ne faisait attention à lui. La jeune fille était bien trop occupée à se tordre comme un vers pour éviter que le marchand de ne puisse glisser sa main dans la poche de son pantalon dévoilant son forfait et la touchant au passage, tandis que le marchand, un sourire vicieux collé aux lèvres, imaginait déjà tout ce qu'il pourrait lui faire maintenant qu'il la tenait.
Aussi, profitant de leur inattention, d'un habile jeu de main, Nathaniel avait glissé ses doigts dans la poche de la jeune fille pour en retirer, en toute discrétion, son maigre butin. C'était un simple effleurement,  imperceptible, qui lui permit de s'emparer furtivement des deux bijoux qu'elle était parvenue à chaparder pour le glisser à son tour dans la poche de sa veste. Il put remarquer avec une certaine satisfaction, que malgré le manque de pratique, il n'avait strictement rien perdu de sa dextérité. Grandir parmi les bohémiens, lui avait apprit beaucoup de choses, le vol était l'une d'entre elle...

Lorsque Nathaniel eut rejoint la troupe, il apprit lui aussi, à faire sa part de travail. Il n'était plus question pour lui d'être servit comme un prince. Il avait voulu les rejoindre, il devait donc faire comme tout le monde. Prit sous l'aile du Marquis, qui lui enseigna l'art de l'illusion et de la magie, Nathaniel, qui n'avait jamais travaillé de sa vie, apprit à nettoyer les cages des animaux, à les nourrir et à s'en occuper. Mais les enfants de la troupe avaient également une autre occupation, beaucoup moins louable : le vol.

Lors de chaque représentation, pendant que les spectateurs frémissaient devant le dompteur qui était enfermé dans une cage avec pour seul compagnie des bêtes aussi sauvages que féroces qui pouvaient le croquer à tout instant, qu'ils vibraient devant les hautes voltiges des trapézistes, qu'ils s'extasiaient devant les tours de magie du Marquis, où qu'ils riaient aux éclats face aux clowns et à leurs facéties, personne ne faisait attention à eux..

Profitant de l'inattention des spectateurs, les enfants de la troupe se faufilaient discrètement sous les bancs où le public était installé et en profitaient pour les délester de leurs bourses. Bien trop hypnotisés par le spectacle qui leur était offert, personne ne leur prêtait attention et ne remarquait quoique ce soit. Et à ce petit jeu-là, Nathaniel était très doué, et pourtant, ce n'était pas gagné. Il se souvenait encore des nombreuses heures d'entrainements qu'il avait dû subir avant de parvenir à ne plus faire tinter ces maudites clochettes qui étaient cousus à divers endroit de la veste du mannequin de paille qui leur servait de victime. Tant que les clochettes tressaillaient, l'enfant n'était pas assez discret. La main lourde, il se ferait prendre immédiatement sur le fait. Qu'est-ce que Nathaniel avait pu rager à l'encontre de ces maudites clochettes, recommençant maintes et maintes fois cet exercice au combien laborieux, qui lui faisait travailler son adresse.


Aujourd'hui encore, cet apprentissage lui servait admirablement. Nul n'avait remarqué son forfait, ni la voleuse, ni le marchand. Lorsque ce dernier parvint enfin à fouiller les poches de la jeune fille, en attardant plus que nécessaire sa main lourde sur les frêles cuisses de sa victime, et qu'il n'y trouva rien, tous deux se figèrent de surprise. Il n'y avait rien ! Absolument rien !
Immédiatement, complétement hébétée, elle avait tourné son regard accusateur sur lui. Le cigare aux lèvres, il lui avait retourné un sourire énigmatique. Tous deux savaient qu'il venait de lui faire les poches, mais tous deux savaient également qu'elle ne dirait rien.


- Et bien ? Que se passe-t-il ? Interrogea-t-il.

-  Je.. euh... Où les as-tu mis ?! S'énerva le marchand. Où les as-tu mis ?!!! Je vais te fouiller intégralement, moi, tu vas voir.

Alors que le petit corps se mit à tressaillir à cette perspective, la main de Nathaniel s'était refermé sur le poignet du marchand. Le commerçant avait levé un regard interrogateur et perplexe sur son client.

- Il suffit. Manifestement vous avez fait une erreur, cette jeune fille ne vous à rien volé du tout. Plutôt que de vous obstiner dans cette voie, des excuses seraient peut-être de rigueur.

Le marchand avait alors porté son regard sur Nathaniel, auquel il ne désirait déplaire avant de le porter à nouveau sur la jeune fille qu'il maintenait. Il était perplexe et semblait hésiter quand à la décision à prendre. La réaction de la jeune fille ne se fit pas attendre et les sourcils froncés, elle infligea un violent coup de pied dans le tibia de l'homme qui lâcha aussitôt sa prise. Libérée, elle en profita pour provoquer un scandale de tous les diables dans lequel elle laissa éclater avec rage et fureur, son indignation face aux odieuses calomnies dont elle venait d'être la victime. Usant au passage, d'un vocabulaire des plus grossiers pour partager le fond de sa pensée. Amusé, la main enfoncée dans la poche de son pantalon, Nathaniel se détourna d'eux et quitta tranquillement la petite boutique. Lorsqu'elle réalisa qu'il prenait congé avec son butin, la jeune fille partie à sa poursuite. Elle n'eut pas à courir bien loin, puisqu'il l'attendait tranquillement au détour d'une ruelle.

- Rends-moi ce qui m'appartient !! Avait-elle ordonnée en tendant sa main vers lui.

- Tu ne manques pas de toupet, Fit-il tranquillement remarquer tout en retirant le cigare de sa bouche. D'autant plus, que, ce que tu me réclames, ne t'appartient pas. Un merci serait peut-être le bienvenu, je viens de t'éviter de fâcheux ennuis.  

Il avait raison, dans les faits, ces bijoux étaient la propriété du marchand pas la sienne. Sans oublier qu'elle venait de se faire voler à son tour comme une débutante. Furieuse, elle avait serré ses poings en grognant comme un petit chiot enragé.

- Je n'ai que faire de ces babioles sans aucune valeur, la rassura-t-il quand à ses intentions en lui balançant son maigre butin d'un léger mouvement de bras.

Le collier et le bracelet qu'elle avait chapardé tombèrent dans ses mains sous le regard surprit de la jeune fille qui releva son visage avec méfiance sur lui

- Qu'est-ce que vous voulez ?

Il était évident que cet étranger désirait quelque chose. Laïla était peut-être jeune, mais s'il y avait bien une chose que la vie lui avait apprit, c'est qu'on ne faisait jamais rien sans rien.

- Que tu travailles pour moi. J'ai besoin d'une personne comme toi, qui connaisse la ville comme sa poche, capable de se débrouiller et en qui je puisse me fier afin de m'aider à retrouver quelqu'un

La jeune fille avait cligné des yeux de surprise, car à vrai dire, elle ne s'attendait pas vraiment à ça ! Une personne de confiance ? Elle ? Qui aurait l'idée d'engager une voleuse, mis à part un dandy tout aussi voleur selon toute apparence.

- Qui recherches-tu ? Demanda-t-elle avec méfiance. Pourquoi me ferais-tu confiance, tu ne me connais même pas. Et si l'envie de te faire les poches et de te trahir me prenait ?

- Tu n'as aucun intérêt à le faire, mais essais, et je t'assure que tu t'en mordras les doigts.

Il lui avait répondu calmement mais la menace était clairement présente, et elle n'eut aucun mal à mettre sa parole en doute. Quelque chose lui disait qu'il n'était pas le genre d'homme dont il fallait se faire un ennemi.

Elle l'aida à retrouver celui qu'il recherchait et son regard sur lui changea...
Ce qui aurait du être une association provisoire et de courte durée, avait fini par devenir une association sur du long terme, car, depuis, elle ne l'avait plus quitté. Au fil du temps, elle avait apprit à le connaître et à l'aimer. Il avait certes, un très mauvais caractère, mais au final, ce n'était pas quelqu'un de détestable ou de foncièrement mauvais.

Où qu'ils aillent, on la prenait systématiquement pour sa servante mais en réalité, Laïla était plutôt son assistante. C'était elle qui veillait à lui fournir tout ce dont il avait besoin. Un logement, des domestiques, les bonnes adresses. Il arrivait même qu'elle l'assistait lors de ses séances de spiritisme, mais c'était beaucoup plus rare car en réalité, la jeune fille avait horreur de ça.

Bien sur, elle connaissait tous ses tours d'illusionnistes et était devenue, au fil du temps, une précieuse alliée. Nathaniel n'était pas sans ignorer les tendres sentiments qu'elle lui portait, mais il avait toujours prit le parti de les  ignorer. Laïla était, à ses yeux, plus une petite soeur qu'autre chose. Et il n'était pas question pour lui de la perdre pour une aventure sans lendemain qui la ferait souffrir inutilement.


- Est-ce que tout s'est bien passé chez les Haemford ? Questionna-t-elle.

Fumant tranquillement son cigare, son regard se fit plus perçant, lorsqu'il fut question de cette satanée famille. Et Laïla comprit instantanément qu'il y avait eut un soucis.

- Nous en reparlerons demain, pour l'heure va te coucher, j'aimerai rester seul.

Dans ce genre de moment, elle savait qu'il valait mieux ne pas insister, et elle prit congé après lui avoir souhaité une bonne nuit, le laissant seul avec ses pensées, qui vagabondaient invariablement vers Marine, tout en fumant son cigare et savourant son cognac...
Il devait être une ou deux heures du matin lorsque finalement le sommeil le gagna.


***

Il n’avait guère envie de se réveiller. Pourtant les timides rayons du soleil qui commençaient à caresser son visage, eurent raison de sa volonté et Nahaniel ouvrit doucement les yeux tout en  savourant encore quelques instant ce moment paisible. Puis, à regret, il attrapa son peignoir et se dirigea vers la fenêtre du luxueux hôtel particulier qu’il louait. La ville était encore endormie mais très vite les rues finiraient par grouiller de monde et seraient envahit par les fiacres
Délaissant la fenêtre, il prit place dans un fauteuil. Croisant ses longues jambes, le poing refermé à hauteur de son nez, le regard plus acéré que jamais, Nathaniel se perdit dans ses réflexions.
Il avait promis à Marine de l'aider mais à vrai dire, il n'en n'avait désormais plus la moindre envie. Sa vie était bien trop précieuse pour qu'il se décide à la risquer pour n'importe qui. De plus qu'y gagnerait-il ? La douce compagnie de la demoiselle ? La belle affaire ! Des femmes ce n'était pas ce qui manquait dans ce pays.
Il poussa un soupir exaspéré par sa propre mauvaise foi, et fixa froidement les rideaux de sa chambre. Bien sur que les femmes n'étaient pas ce qui manquaient, mais il devait avouer que les femmes comme elle, ne couraient pas les rues. Elle n'avait pas hésité un seul instant à lui sauver la vie, de manière totalement désintéressée qui plus est. Bon sang ! Voilà pourquoi il ne voulait pas se réveiller ! Quand il dormait au moins il n'avait pas besoin de tergiverser !
Au diable les scrupules ! Il ne lui avait rien demandé, qu'elle se débrouille !!

Nathaniel fit monter son petit-déjeuner, et tout en prenant son café, parcourut le journal à la recherche d'un quelconque article qui puisse faire référence à la tragédie de la veille chez les Haemford, mais à son plus grand soulagement, il ne trouva rien dans le journal du jour. A la une du journal, on y annonçait par contre, l'arrestation d'un criminel d'origine noble. De son point de vu, tous les nobles étaient des criminels, mais celui-ci l'était, visiblement, bien plus que les autres. Il était accusé d'être à l'origine de l'attentat qu'il y avait eut lieu au grand théâtre, il y a de cela quelques semaines, et à vrai dire, l'article dressait un portrait peu flatteur de cet homme. Cela dit, cela n'avait rien d'étonnant puisqu'il s'agissait du portrait d'un redoutable criminel. Il n'était pas encore arrivé en ville au moment des faits mais, l'affaire avait fait tellement de bruit, qu'il lui aurait été difficile de passer à coté. Surtout lorsque de mystérieux pamphlets, dans lesquels on accusait ouvertement le Comte Kei et Scotland Yard de malversations et signé par « un mystérieux citoyen soucieux de la vérité », se mettaient à apparaître dans toute la ville.
Tout le monde y allait de son opinion, si bien qu'à la fin, il était très difficile de démêler le vrai du faux. Seule certitude, cet Alexender von Ravellow venait d'être mis aux arrêts, tandis que son complice, un certain Raphael Veneziano, courrait toujours, mais probablement plus pour longtemps s'il devait en juger par la redoutable efficacité dont avait fait preuve Scotland Yard dans cette affaire.
C'était à la fois rassurant et inquiétant de constater que noble ou pas, tous étaient logés à la même enseigne devant la justice... Enfin non, ce n'est pas très rassurant, au final. Les hommes de Yards seraient-ils incorruptibles ? Voilà qui serait fâcheux, fort heureusement, il n'y croyait pas un seul instant. La corruption était partout, il suffisait de savoir y mettre le prix. Soit ce noble était comme la plupart de ses condisciples, un noble désargenté et sans le sou qui n'avait pas les moyens de corrompre quelques magistrats, soit il avait un ennemi très haut placé, ou encore, la reine avait choisit de faire un exemple devant cette affaire de grande ampleur. Coupable ou innocent ce n'était, de toute façon, pas son problème, son sort était scellé de toute manière. Au vu de la liste de ses crimes, il serait jugé très rapidement et exécuté presque aussitôt, cela ne faisait aucun doute. Il replia le journal et ses pensées vagabondèrent à nouveau vers Marine qui ne l'avait quasiment pas quitté depuis la veille. Il avait décidé de ne pas se rendre à ce rendez-vous qu'elle lui avait donné, car il savait parfaitement que ce serait courir au devant d'ennuis, et les ennuis, il préférait les éviter. D'autant plus que se frotter à des vampires était loin d'être des ennuis anodins. Néanmoins, une partie de lui avait, non seulement, très envie de la revoir, mais répugnait également à l'abandonner dans ce désarroi le plus complet dans lequel elle était plongée depuis plusieurs semaines. Avait-il le moyen d'aider Marine ? Peut-être. Tergiverser de la sorte, hésiter, n'était pas dans sa nature et l'agaçait au plus haut point. Nathaniel se leva de son fauteuil et se dirigea vers sa penderie d'un pas décidé, tout en aboyant l'ordre qu'on affrète sa voiture. Il s'était engagé à la voir, il irait donc, et pour cela, il devait s'habiller. Pas de thobe, ni de manteau aux revers imprimés en peau de guépard. Il était censé incarner un médecin, il allait donc devoir choisir un costume sobre, effacé, sans la moindre excentricité, pour résumé, d'un ennui mortel.
Une fois prêt, il jeta un regard satisfait dans le reflet que lui renvoyait son miroir en pied. Il lui sembla parfaitement crédible ainsi vêtu. Pour parfaire sa transformation, il avait attaché ses longs cheveux en une queue, nouée par un lacé de couleur écarlate .
Avant de s'en aller, il avait demandé à Laïla de faire quelques recherches sur le fils Haemford, et ses cousins.

Le trajet qui le conduisit jusqu'à St Maragaret's Chruch fut étonnement court et rapide. Lorsque Nathaniel descendit de voiture, il observa sans s'attarder, la maison dans laquelle vivait Marine. La veille, en pleine nuit, il n'avait pu évaluer le charme de la demeure, mais sous le soleil de ce début d'après-midi, il pouvait en apprécier chaque parcelle. C'était une maison confortable, à l'architecture ancienne, mais soigneusement entretenue. Un magnifique jardin entourait la propriété et il se doutait bien que si l'entrée était aussi soignée, l'arrière devait l'être encore plus.
Il s'avança dans l'allée et sonna à la porte d'entrée. On ne le fit guère attendre, et une femme d'une quarantaine d'années approximativement, à la mine sévère vint lui ouvrir la porte. Il la salua et la gratifia d'un sourire poli auquel elle resta totalement insensible, voilà bien une chose à laquelle il n'était guère habitué. Toujours poli et souriant, il se présenta sous l'identité du Dr Courtland et l'informa qu'il était attendu par la maîtresse de maison. Celle, qu'il supposa être la gouvernante de la maison, se décala afin de le laisser entrer dans le grand hall qui était semblable à la plupart des hall d'entrée d'une riche maison d'aristocrate : vaste, lumineux et richement décoré. Un magnifique lustre s'imposait avec éclat, dans le simple but d'impressionner les visiteurs d'entrée de jeu en étalant la richesse de la famille Desmuguets. Un tapis, aux tons vermeilles, recouvrait le hall et les conduisait vers d'imposants escaliers qui menaient à l'étage supérieur. La maîtresse des lieux étant une personne raffinée, de magnifiques vases agrémentés de fleurs aux couleurs douces et chatoyantes, présentées dans un bouquet soigneusement arrangé, décoraient l'entrée.
Une domestique, beaucoup plus jeune que la gouvernante, à la chevelure dorée retenue dans un chignon qui accentuait son air sérieux, vint le débarrasser de ses affaires, emportant avec elle, son manteau, sa canne et son chapeau. Puis, sur son invitation, sa sacoche en cuir à la main il suivit la plus âgée des deux femmes et gravit derrière elle, l'escalier qui se trouvait à leur gauche. Alors qu'il montaient les escaliers en direction de l'étage, le son d'un piano se mit à résonner dans la maison. Marine.

La gouvernante le conduisit dans un ravissant petit salon, à la fois sobre et élégant, chaleureux et meublé avec raffinement dans lequel on le fit patienter pendant qu'elle allait prévenir sa maîtresse de son arrivée. Son regard passa sur les tableaux aux paysages champêtres qui étaient suspendus sur les murs de la pièce, avant de s'attarder sur le magnifique globe terrestre qui s'y trouvait. Son regard s'arrêta sur la France, leur pays d'origine, puis il se déplaça sur la Prusse, l'Autriche, la Hongrie, le Maroc, pour s'arrêter finalement sur l'Angleterre. La porte du salon s'ouvrit et le tirèrent de ses pensées. Les bruits de pas qui se mirent à résonner derrière lui, lui indiquèrent que Marine venait de faire son entrée. Il se tourna dans sa direction, et admira la maîtresse des lieux, qui pour l'accueillir avait revêtu une très belle robe aux reflets émeraudes, qui soulignait sa fine silhouette. Sa chevelure noir de jais était relevée en grappe par un ruban assortie à sa toilette, qui était du plus bel effet. Malgré les traits tirés et fatigués de son hôtesse, qui avait tenté de dissimuler derrière du maquillage, la jeune femme restait un ravissement pour les yeux, même si, en toute honnêteté, il préférait la robe qu'elle avait choisi de porter la veille, que celle-ci, qui lui conférait un petit air austère, et qui la veillissait quelque peu.
Malgré tout, quoique Marine pouvait choisir de porter, cela ne pouvait en aucun cas lui porter préjudice, car elle était de ces femmes qui pouvaient tout se permettre. Et pour cause, il n'y avait pas que son physique ni son visage de poupée de porcelaine qui retenait votre attention. Son regard, et plus particulièrement ses yeux bleus océan, savaient vous capter dès lors qu'ils se posaient sur vous. Même doté d'un physique beaucoup moins flatteur, son regard aurait eut la même force d'attraction. S'arrachant à sa rêverie contemplative, Nathaniel se dirigea vers elle pour la gratifier d'un baise main.


- Madame, fit-il en s'inclinant pour lui prendre la main, c'est un plaisir de vous revoir. Vous êtes très en beauté, comme toujours.

Acceptant volontiers le thé qu'on lui proposa et après y avoir été invité, Nathaniel prit place sur le sofa. Et la complimenta sur son piano.


- Beethoven donc ? Vous êtes décidément une femme aux multiples talents, c'était un ravissement de vous entendre jouer. Bien plus agréable en tout cas, que si c'était moi. J'espère avoir à nouveau le privilège de vous écouter.

Le piano. Son apprentissage faisait partie de l'éducation de tout aristocrate au même titre que l'allemand, l'anglais, l'histoire, le latin ou l'arithmétique. Peut-etre même plus encore chez les jeunes filles.
Personnellement, il gardait un fort mauvais souvenir de ses cours de piano. Et même s'il appréciait le son qu'il produisait, il détestait en jouer. L'apprentissage du solfège était probablement ce qu'il pouvait considérer comme la pire leçon qui lui eut été donné de recevoir. C'était un art dont la pratique l'ennuyait et dans lequel, il n'excellait absolument pas. Mettant fin à la futilité de leur conversation, Nathaniel prit de ses nouvelles.


- Comment vous sentez-vous aujourd'hui ? S'enquit-il. Je vous trouve une petite mine.

La nuit avait été éprouvante pour chacun d'entre eux, et pour Marine plus particulièrement qui voyait tour à tour, toutes ses convictions les plus profondes disparaître les unes derrière les autres. Après avoir subit une attaque de vampire, voilà qu'elle était mêlée à une histoire de meurtre et d'esprits... Il n'aurait guère été surprit de découvrir qu'elle n'avait pu trouver le sommeil. Ce qui aurait dû n'être qu'une simple séance de spiritisme avait fini par tourner à la tragédie et au meurtre. Et tout cela n'était guère fini.

- Avez-vous eut des nouvelles des Haemford ?

Personnellement, il en doutait, mais peut-être se trompait-il. De son point de vu, cette famille était bien trop lâche pour oser contrarier davantage la jeune femme et chercherait plutôt à se faire oublier d'elle durant un certain temps. Le nom de leur famille ne devait surtout pas être entachée du moindre scandale, il se demandait d'ailleurs comment ils avaient fait pour ne pas ébruiter le « suicide » d'Elisa.
Malgré tout, après ce que cette famille avait fait vivre à leur invitée, qui fut témoin de leur décadence, bassesse et lâcheté, on aurait pu s'attendre, à défaut d'une visite de courtoisie pour s'assurer une dernière fois de son entière discrétion, à ce qu'ils fassent un geste envers elle, afin de ne point l'offenser davantage.

Le regard de Nathaniel glissa sur la jeune domestique qui était présente dans la pièce, et tout en portant la tasse à ses lèvres demanda en français, avec un léger amusement dans le regard


- Votre chaperon ?

Puis, son visage se tourna vers la fenêtre d'où brillait un éclatant soleil avant de se poser à nouveau vers Marine

- Il fait bien trop beau pour rester enfermer. Auriez-vous l'obligeance de me faire visiter votre jardin pendant que nous parlerons ?
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Marine Desmuguets
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MessageSujet: Re: Éclosion [Nathaniel, Marine] [16/03/42] Lun 14 Avr - 15:50

Depuis qu'elle s'était levée aujourd'hui, Marine ne cessait de soupirer. Des milliers de pensées s'entrechoquaient dans une cacophonie des plus désagréables. Sa tête lui donnait l'impression qu'elle allait devenir folle. Prendre un bain, s'habiller, manger, lire...rien n'y avait fait ! Même le radieux soleil qui brillait à travers les carreaux ne pouvait lui ôter de l'esprit la soirée de la veille, ses cauchemars, ce qui s'était passé un mois plus tôt près du Spirit...Tout lui retournait les sens.

Mais ce qui oblitérait le plus son cerveau, c'était ce jeune homme, ce fameux Nathaniel.
C'était un médium...Quelle drôle de profession ! Celle des plus grands charlatans, avec les illusionnistes et les diseuses de bonne aventure. N'était-ce pas finalement la même chose de toute façon ? Ces petits commerce d'intelligence qui se servaient de la stupidité comme tremplin...Jamais Marine ne cesserait de remettre en question les « dons » de ces gens-là.
Cependant, si Nathaniel n'avait été qu'un bête voleur, pourquoi Mme Haemfort avait-elle donc parlé comme si elle avait été possédée par sa propre fille ? Avait-ce été une véritable mise en scène ? Les Haemfort pouvaient bien avoir été dans la combine...C'était possible. Mais pourquoi ? Dans quel but auraient-ils fait cela ? Pour de l'argent ? C'était ridicule...Rien ne semblait lié.  
C'était un médium...oui, autrement dit un étranger des bas fonds...Malgré sa tenue, malgré ses manières et son élégance, Nathaniel n'était qu'un inconnu qu'elle avait rencontré dans une séance de spiritisme. Quoi de plus douteux ? Même s'il portait un semblant de titre, de Miran, il ne pouvait pas être noble...Elize avait certainement raison : rester avec lui ne serait ni décent, ni prudent. Et même avec une de leurs domestiques dans les parages, Marine ne pouvait s'empêcher de songer que ce rendez-vous était une folie.
Elle songea alors à leur retour en fiacre. Ne s'était-elle pas retrouvée dans ses bras... ? Quelle idée ! C'était insensé ! Complètement stupide ! Le jeune homme aurait pu tout tenter, elle avait été à sa merci la plus totale, à l’abri des regards, dans un espace totalement clos, à des heures impossibles. Il aurait pu la voler, la violer, la violenter, l'abandonner dans une ruelle, voire pire, et s'en tirer à merveille. Mais il ne l'avait pas fait. Nathaniel était même resté plus digne qu'elle, plus à cheval sur les principes de la bienséance. Pourquoi doutait-elle donc encore de ses bonnes intentions ? C'était à y perdre son latin !
En réalité, la peur lui rongeait les entrailles. Celle d'être trahie, celle d'avoir été prise pour une idiote. Elle voulait éviter de passer pour une folle et que l'on se moque d'elle, mais surtout que l'on cesse de la mêler à des histoires sordides et qu'on lui explique une fois pour toute ce qu'étaient les Vampires. Elle voulait retrouver la paix, la sécurité...Était-ce seulement possible après ce qu'elle avait vécu ce dernier mois ? En se revoyant, rien n'était moins certain...

Pour calmer ses nerfs, stopper ces interrogations - constantes, épuisantes, troublantes - tout en employant son énergie à quelque chose de constructif, Marine s'était mise à jouer du piano. Elle avait eu l'éducation de toute jeune fille de sa classe sociale et les partitions n'avaient plus aucun secret pour elle. Mais cette mélodie qu'elle jouait, cette sonate de Beethoven, ce n'était que la troisième fois qu'elle s'y essayait. Aussi, face à la difficulté qu'elle éprouva devant son clavier, son esprit recommença à s'embrouiller malgré tout ses efforts pour se concentrer.

Il la croyait...Nathaniel lui avait dit qu'il la croyait ! C'était un tel soulagement ! Mais un doute planait : rien ne lui prouvait que le médium l'aie réellement crue. Après tout, qu'est-ce qui l'empêchait de se jouer d'elle d'un simple sourire ? Viendrait-il vraiment lui accorder son soutien et discuter de ce qu'elle avait vu près du Spirit ? Elle en doutait fortement. Qu'est-ce que cela lui apporterait ? On n'avait rarement quelque chose ne échange de bons sentiments dans ce monde. Venant de la part d'un tel individu, la jeune femme se sentait d'autant plus naïve qu'elle aie pu y songer...
De toute façon, ne l'avait-elle pas congédié un peu durement la veille ? Peut-être qu'elle l'avait assez vexé pour qu'il ne vienne pas ? Et puis, le risque était si grand, peut-être trop pour que le jeune homme n'accepte de l'aider. En effet, leur entreprise était non seulement fantastique mais en plus elle risquait de provoquer un véritable scandale et de les jeter en pâture à la société idignée. Tenter de se voir ainsi le lendemain d'un suicide auquel ils avaient assisté tous les deux, déguiser l'identité du médium, mêler ainsi leurs classes et leur sexe dans un rendez-vous des plus suspect...mais où avait-elle donc la tête ? Et s'il venait réellement ? Que devrait-elle faire ? Le saluer, sans aucun doute, bien que...Elle pouvait également envoyer Amanda lui dire qu'elle était souffrante...

Colère contre elle-même, Marine secoua la tête et reprit de plus belle sa sonate. Il fallait qu'elle arrête de penser à tout cela. Nathaniel viendrait, ou pas, qu'importe, elle devrait improviser, rester dans les convenances, jouer de ses domestiques...Elle n'était pas stupide au point de ne pas réussir à faire face à une telle situation tout de même ! Elle n'avait qu'à le considérer comme un véritable médecin sur le moment, jouer le jeu, le saluer, lui servir son plus beau sourire, l'inviter à boire le thé...Et s'il ne venait pas ? Tout serait réglé...
Son cœur se serra. Quelque part, elle souhaitait ardemment que Nathaniel ne vienne. La peur envolée, elle désirait revoir cet homme pour ses conseils, sa douceur, sa gentillesse, ses yeux verts...Rougissant, la jeune femme se concentra sur sa sonate. Qu'avait-elle donc en tête ? Un ami...le simple désir d'un ami...Quelqu'un qui la comprenne. Quelqu'un qui la soutienne...Elle avait besoin de se confier et de recevoir de la bienveillance.
Nathaniel était-il un bon choix ? Avait-elle seulement le choix ?
Il ne viendrait pas. Il fallait qu'elle l'oublie...
C'était si risible !

Beethoven passa dans ses doigts. C'était agréable. Par la fenêtre ouverte, le soleil se reflétait sur les carreaux et le bois vernis des chaises de la salle de musique. Les arbres avaient retrouvé leurs feuilles, il faisait bon, les oiseau chantaient. Oui, elle pouvait bien oublier un instant ses tourments. Cela faisait si longtemps qu'elle n'avait pas joué ainsi...
Respirant l'air chaud qui brillait sur quelques particules de poussière qui s'envolaient en fine paillette d'or dans l'air, la jeune française se mit à murmurer une petite chanson tout en jouant.


****************

Lorsque la sonnette de l'entrée retentit soudainement dans l'ensemble du manoir, Marine ne l'entendit pas immédiatement. Puis, aux timbres des voix qui résonnèrent dans le hall et dans l'escalier, la jeune femme se crispa tout à fait, cessant la sonate pour se redresser, l'oreille attentive. Était-ce donc le médium ? Son cœur battait la chamade. Était-il donc finalement venu ? Non...Que faire ? C'était la panique !
Tandis qu'Elize menait Nathaniel depuis le hall jusqu'au petit salon de l'étage et que Sophie le débarrassait de ses affaires, Marine se levait, haletante, le sang bouilli par l'émotion. Elle chercha des yeux son éventail du jour, aussi vert-émeraude et léger que sa robe et, lorsqu'elle l'eût trouvé sur un buffet, elle entreprit de l'attacher autour de son poignet. Elle tremblait, comme une feuille, sous la pression qui venait de saisir son corps tout entier. Que devait-elle faire ? Dire qu'elle était malade ? Ho oui, c'était la meilleure solution ! A quoi bon discuter avec cet homme ? Ce n'était qu'un imposteur...Que lui apporterait-il si ce n'est plus d'ennuis qu'elle n'avait déjà ? C'était certainement un des ces gars qui courraient après l'argent...Oui...L'argent...Maintenant qu'elle y pensait, s'il avait voulu la suivre chez elle la veille, si tard, c'était sans doute pour quelques honteuses pensées dont il devait être un habitué et peut-être aussi pour lui soutirer un peu d'argent au passage...
Non...Le monde ne pouvait pas être aussi mesquin...

Il y eut quelques coups à la porte et Amanda apparut bientôt dans l'encadrement.


- Le docteur Courtland, nouveau médecin de Madame, est arrivé. Annonça-t-elle d'une claire.

Marine blêmit. Oui, c'était forcément Nathaniel. Elle ne connaissait pas de docteur Courtland, c'était certainement le nom que le médium avait choisi pour entrer. Quel plan stupide ! Pourquoi lui avait-elle demandé de revenir ? Elle s'était sentie pressée par ses manières, honteusement prise au dépourvu avec cette histoire de fiacre renvoyé sans son avis et, pour éviter sa foudre ou son mépris, elle l'avait exhorté à revenir le lendemain...Elle s'était elle-même piégée ! Comment l'éconduire maintenant ? Comment oserait-elle lui dire qu'elle ne souhaitait finalement pas parler avec lui de ses terribles peurs ? Pourquoi était-il venu ?


- Seign...Heu...Je...Oui, j'arrive! Réussit-elle à articuler au bout d'un moment.
Laissant derrière elle le piano si rassurant, elle passa devant Amanda qui tenait la porte et se dirigea vers le petit salon. En cet instant, son cœur semblait chercher à s'enfuir de sa poitrine tout autant qu'elle désirait s'éloigner de cette demeure.


****************

Lorsque la sonnette avait retenti, Elize avait bondi comme un fauve hors de son fauteuil. Redressant son chignon, elle s'était dirigée vers la porte d'entrée d'un pas ferme tout en tenant sous son œil perçant la jeune Sophie prête à exercer son travail de domestique. Respirant un grand coup et prenant son air le plus pincé possible, la gouvernante ouvrit la porte un peu brusquement. Elle grimaça presque lorsque le jeune homme qui se présenta à elle lui fit un aimable sourire.
Qui était donc ce jeune coq ? Il était jeune, oui, bien trop jeune à son goût ! Si au moins sa maîtresse avait décidé de voir un médecin d'une quarantaine d'années, voire plus, cela aurait pu au moins paraître anodin, mais cette fois-ci la jeune dinde se payait réellement sa tête ! C'était un élégant, sans aucun doute, mais son charme lui apparut comme le pire des venins. Un médecin...Il en avait l'air et le vêtement mais il ne fallait pas la prendre pour une idiote ! Ha il venait observer sa maîtresse pour tenter de lui redonner goût à la vie et pour calmer ses peurs...C'est ce qu'ils allaient bien voir...Allait-elle donc laisser cette petite aventure se faire sous le toit des Desmuguets ? Certainement pas !


- Bonjour Monsieur, nous vous attendions. Sophie va vous débarrasser de vos affaires...Permettez...Veuillez me suivre s'il vous plaît...

La gouvernante qu'elle était ressemblait plus à un de ces pantins articulés que l'on trouve dans quelques boutiques de jouets et les horlogeries qu'à une mère poule. Il semblait évident que Marine devait subir ses humeurs acides à longueur de temps. Ce rendez-vous entre les deux jeunes gens promettait d'être bien plus désagréable que prévu. Vu le ton qu'avait pris la chaperonne, sans compter les regards qu'elle jetait en biais à l'étranger, cela risquait d'être difficile de discuter de tout ce qu'ils avaient sur le cœur.

Une fois que le jeune homme fut arrivé dans le salon, Elize lui fit une courbette avant d'aller chercher sa maîtresse. Que faisait-elle ? Il ne fallait pas arriver trop de temps après son invité, cela était impoli ! Même si ce jeune homme ne lui plaisait pas du tout, il était hors de question que le nom de ses parents puisse souffrir d'un manquement aux bonnes manières.
Mais à peine eut-elle franchi l'encadrement de la porte que Marine lui fit face dans le couloir. Elle paraissait fatiguée mais, d'un coup d'oeil, la gouvernante su que sa jeune protégée était tout à fait décente. Elle lui jeta cependant un regard noir pour bien lui faire comprendre que cette situation ne lui plaisait guère et que son petit manège ne durerait pas.
Grâce à Dieu, elle ne s'absenterait pas longtemps et les autres domestiques seraient-là pour veiller au grain...


****************

Elize se tenait là, entre elle et la porte qui menait au petit salon. Marine en fut mortifiée. Devait-elle lui confier ses craintes ? Devait-elle lui demander de congédier le jeune homme qui attendait derrière cette porte ? Elle qui l'avait presque élevée ces dernières années...C'était la seule qui pourrait l'aider.
Mais le regard orageux que lui lança la vieille dame la piqua au vif, assez en tous cas pour que la jeune femme décide de lui tenir tête une nouvelle fois. Pourquoi était-elle aussi stricte et désagréable avec elle ? C'était insupportable ! Tant pis, elle se débrouillerait seule ! Pourquoi irait-elle se confier à pareille femme ? Elle était si austère, si froide et si cruelle parfois...Cela faisait bien des mois qu'elle n'avait pas eu une visite et cela lui manquait. Que ce soit Nathaniel ou pas derrière cette porte, elle avait besoin de compagnie et de chaleur. Au Diable les principes !

Redressant son port, Marine arriva à sa hauteur et lui jeta un regard noble.


- Merci Elize, n'oubliez pas d'organiser la soirée pour les Coopers, cela ne presse pas encore tout à fait mais ne tardez pas à commander la viande et les épices, il nous en manque aux cuisines, Sophie a déjà dû vous le dire.

Elize lui jeta un regard venimeux et esquissa une courbette.

- Je n'y manquerai pas Madame, n'oubliez pas, vous, qu'Amanda restera là pour vous servir en mon absence, s'il y a quoi que ce soit...

Marine lui répondit d'un froid sourire et lui tourna le dos pour pénétrer dans le petit salon. Cependant, lorsque ses doigts touchèrent la poignée, elle hésita quelques secondes. Devait-elle revoir cet homme ? Il était encore temps de se faire porter mal...
Mais la pression du regard que sa gouvernante dardait sur sa jeune nuque la décida à franchir le pas.
Marine trouva Nathaniel près du globe terrestre, tourné vers elle pour l'accueillir. Étrangement, sa vue la rassura. C'était comme de retrouver un visage familier au milieu d'une soirée pleine de convives indésirés. Son cœur entra en fête. Finalement, accueillir un si bel homme sous son toit, en toute mondanité, cela ne s'était pas fait depuis bien longtemps et la situation avait quelque chose de très agréable, de cocasse, d'excitant.
Le regard que Nathaniel fit glisser sur elle la perturba. Il s'attarda visiblement sur sa tenue, tandis qu'elle faisait de même de son côté. Tout deux se réhabituaient l'un à l'autre.
Contrairement à la veille, le médium portait un costume sobre et élégant, un ensemble parfaitement crédible pour un médecin. C'était ingénieux au niveau du choix et seyant sur un corps tel que le sien. Il le portait très bien. Finalement, il pouvait tout à fait jouer le médecin. Face à cette prise de conscience, comment songer à une différence de classe sociale ? Nathaniel était si grand, si élancé...Sa crinière de cheveux, ainsi coiffée d'un ruban qui dégageait son menton et l'arrête de ses joues, lui donnait un air viril qui n'était pas sans la laisser admirative. Cet homme avait quelque chose de mystérieusement attirant...

Marine rougit en baissant la tête dans une petite courbette avant de le laisser prendre sa main pour la lui baiser.


- Je suis moi-même ravie de vous revoir, Monsieur Courtland...J'espère que vous n'avez pas eu de difficultés pour retrouver ma demeure... ?

Ses grands yeux bleus tombèrent dans les siens d'un vert profond. Elle s'y noya un instant, perturbée par son visage qu'elle voyait pour la première fois en pleine lumière, celle du jour. Puis, reprenant possession de ses sens, elle lui sourit:

- Souhaiteriez-vous boire un thé avant que nous commencions notre « séance » ?

Face à son sourire et son accord, Marine cilla et se tourna vers sa domestique, Sophie, qui était entrée derrière-elle et attendait les ordres.

- Sophie, préparez-nous du thé s'il vous plaît...

- Bien Madame...

D'un geste élégant, Marine invita Nathaniel à s'asseoir sur un fauteuil près d'une table basse avant de faire de même. Sa crinoline émeraude se plissa dans une magnifique cascade de tissu qui environna ses hanches avant de descendre jusqu’au tapis ocre qui recouvrait le plancher. Le thé avait déjà été préparé par Amanda, aussi Sophie revint-elle presque aussitôt avec un plateau sur lequel étaient disposées deux tasses dans leurs coupelles, une théière, du sucre et des biscuits secs qui venaient de Saint-Malo en France. Marine les appréciait particulièrement mais, aujourd'hui, elle n'en mangerait pas, elle avait bien d'autres choses auxquelles penser.

Sophie servit le thé avant de rester en arrière prête à répondre aux besoins de sa maîtresse et de son invité. Comme une ombre, silencieuse, elle tendait l'oreille sur les ordres d'Elize pour ne pas perdre une seule miette de leur conversation.
Marine l'ignora, elle avait l'habitude que ses domestiques restent ainsi en toile de fond, comme tous les aristocrates, mais elle n'oubliait pas pour autant sa présence. Son estomac était noué. Et si Nathaniel se mettait à parler ouvertement du suicide de la jeune Haemfort ? Voire pire, de la séance de spiritisme ou du meurtre ? Non...il était plus malin que ça...A moins qu'il ne soit venu pour lui faire du chantage en jouant sur le fait qu'elle ferait sans doute tout pour éviter que ce genre de propos ne soit entendu par son personnel.

Heureusement, le premier sujet dont le médium voulut discuter, ce fut celui du piano et de la partition qu'elle venait de jouer. Marine s'étonna que le jeune homme connaisse sa sonate et qu'il ne l'associe d'office à Beethoven. Elle l'avait pourtant joué avec approximation et elle avait surtout pensé que ce n'était pas le type d'homme qui s'intéresserait à la musique. L'avait-elle donc si mal jugé ?


- Oui, j'aime Beethoven, cela m'apaise...Lui répondit-elle avec un fin sourire un peu gêné. Vous jouez vous aussi ?

Puis, Nathaniel s'enquit de sa santé, comme un médecin ou une franche connaissance. S'inquiétait-il réellement ou n'était-ce qu'un jeu pour tromper sa domestique ? Dans le doute, la jeune aristocrate lui répondit comme si elle avait affaire à un vrai médecin et ami, avec un petit rire cristallin tout à fait de circonstance :

- Haha, j'ai souvent une petite mine Monsieur, comme je vous l'ai dit hier...Je manque de sommeil, je fais beaucoup de cauchemars...Mais c'est peut-être mon déjeuner, il a été un peu lourd...Je vais bien cependant, merci...J'espère que vous n'avez pas semblables nuits, même si j'imagine qu'un « médecin » a matière à s'agiter dans son sommeil.

C'était d'un banal à pleurer, mais que pouvaient-ils faire d'autre ? Démarrer la conversation sur ce type de convenances était tout à fait normal et cela ne risquait pas d'éveiller quelque doute. Marine en fut reconnaissante au médium. Soulagée, elle s'était quelque peu détendu en voyant que Nathaniel jouait parfaitement le jeu.
Mais alors qu'elle songeait à cela, le sujet qu'elle aurait voulu éviter à tout prix franchit les lèvres du jeune homme. Au nom des Haemfort, la jeune femme tressaillit. Reposant sa tasse de thé sur la table pour éviter de faire une bêtise en la renversant sur sa robe, elle lui sourit d'un air crispé.


- Je...Non..Je n'ai eu aucune nouvelle après cette « belle » soirée...Mais vous savez, il est encore tôt, l'après-midi ne fait que commencer, peut-être aurais-je une lettre d'ici la fin de la journée ?

Un silence suivit. Marine se força à avaler un peu de son thé pour occuper ses mains et ses lèvres. Le liquide brûlant et amer lui fit faire une petite grimace. Ce n'était pas son thé préféré et elle avait oublié d'y glisser un nuage de lait. D'ailleurs Sophie l'avait oublié sur le plateau...Quelle négligence !
Elle toussota un peu pour reprendre constance et but une nouvelle gorgée.

Nathaniel jeta alors un regard à Sophie avant de ramener ses grands yeux verts sur elle. Marine se tassa un peu. Qu'allait-il maintenant lui dire ? Elle craignait tellement qu'il ne la compromette qu'elle ne savait plus où se mettre sous son propre toit !
Le médium desserra ses lèvres et ce fut du français qui en sortit. Perplexe, Marine se demanda si elle avait bien entendu et compris ce qu'il venait de lui demander. Mais, bien vite, son esprit traduisit son trouble en un soulagement étonnant. Oui, c'était bien du français ! Comment n'y avait-elle pas songé plus tôt ! Ils pouvaient communiquer de cette manière ! Elize était la seule à comprendre sa langue natale ! Sophie et Amanda ne seraient pas un problème ! Quelle chance ! Nathaniel avait pris des risque mais avait bien joué. Maintenant, Marine se sentait beaucoup mieux, bien plus à même de converser en toute quiétude.


- (en fr) Oui, malheureusement je suis surveillée de prêt, comme vous pouvez le constater...Je vous en prie, faites attention...C'était risqué...Souffla-t-elle en prenant une mine joyeuse comme si elle avait dit tout à fait autre chose.

Sophie fronça les sourcils. Elle ne comprenait plus rien. L'invité parlait donc le français ? Cela expliquait pourquoi sa maîtresse avait décidé de le voir lui en tant que médecin plutôt qu'un autre. Sa langue natale devait lui manquer...Mais tout de même, qu'allait-elle donc dire à Elize ?

Nathaniel regarda par la fenêtre et Marine comprit aussitôt ce qu'il songeait à faire. Oui, dans le parc, Sophie ne pourrait pas les suivre ! C'était tout bonnement brillant ! Ils pourraient parler en français et s'éloigner de la maison pour discuter pleinement sans risquer de se faire interrompre !
Mais...sans Elize, sans Sophie, sans Amanda...seule avec cet homme dans son vaste parc...Était-ce bien raisonnable ? Nombreux étaient les gentilshommes qui accompagnaient les dames dans leurs promenades mais, Marine sentait qu'elle s'engageait dans une voie que la morale lui interdisait. Elle avait trop peu de personnel dans cette demeure...

Cependant, elle finit par lui répondre en anglais avec un grand sourire:


- Ho oui volontiers, j'ai de magnifiques rosiers. Finissons notre tasse et je vous montrerai même la fontaine du domaine si vous le souhaitez.

Sophie comprit qu'ils allaient sortir. C'était fini, elle ne pouvait pas les suivre comme un petit chien dans le jardin, ce serait un cruel manquement à l'étiquette et même Elize serait impuissante dans une telle situation. Cette dernière était alors en bas, dans les cuisines, en train de donner des ordres aux autres domestiques de la maisons, des petits commis et des garçons de service qu'elle faisait venir en cas de besoin. Elle était préoccupé par sa maîtresse et ce fameux rendez-vous médical, mais pour préparer décemment un repas en si peu de temps, elle devait se trouver à plusieurs endroits à la fois...Enfin, Marine entendit le fiacre d'Elize quitter la propriété. Elle lança un regard au médium de telle façon qu'il comprenne que la gouvernante était partie.
Attendant encore un petit quart d'heure pour éviter que leur départ pour le jardin ne soit définitivement suspect, la jeune femme relança la conservation:


- Vous aimez donc Beethoven vous aussi ? Je préfère Vivaldi mais je le trouve plus difficile au piano. Et ce thé ? Est-il à votre convenance ? Vous voudriez peut-être un peu de lait ? Sophie peut aller vous en chercher si vous le désirez...

Enfin, les tasses furent terminées et Marine se leva pour inviter Nathaniel à sortir dans le jardin.

- Le soleil est radieux, vous avez raison, nous ferions bien d'en profiter. Sophie, nous sortons un peu, allez aider les autres pour ce soir...

Ne sachant que répondre, la domestique récupéra le plateau et s'esquiva. Après lui avoir jeté malgré elle un regard quelque peu audacieux, trop heureuse que leur petit manège ne fonctionne, Marine fit descendre Nathaniel au rez-de-chaussée et, une fois qu'elle eût saisi un châle dans le hall, elle conduisit le médium à l'arrière de la demeure pour qu'ils sortent par la terrasse. Prenant son bras, comme cela se faisait habituellement, elle rougit un peu tandis qu'ils s'éloignaient de la maison. Oserait-elle continuer cette mascarade plus longtemps ? Quitter les dalles de la terrasse lui fit l'effet de troquer un royaume de sécurité pour un monde hostile...

Le jardin de Marine était un exemple de propreté et d'organisation. John, le jardinier, mettait un point d'honneur à l'entretenir comme un chef avec quelques garçons. Alors qu'ils passaient sur un chemin tendrement recouvert d'une terre fine et de particules de feuilles sèches encadré de hauts marronniers, la jeune femme tâcha de trouver un nouveau sujet de conversation tout en déviant sur les raisons pour lesquels ils étaient aujourd'hui rassemblés en ces lieux.


- (en fr) Vous savez, fit la jeune femme d'une voie douce, j'ai aussi une serre, vous pouvez l'apercevoir là-bas, j'aurai voulu vous la montrer mais mes plantes sont à l'abandon depuis un mois...C'est pitié que de voir cela...Notre jardinier, John, n'y a pas accès, vous savez, c'est moi seule qui doit l'entretenir et je n'ai pas réussi ces dernier temps...Toutes mes fleurs sont mortes avant même d'avoir pu prendre des couleurs...

Allant plus avant, la jeune femme tenta de conserver son calme apparent. Mais au fond d'elle, un murmure lui soupirait qu'elle ne devait certainement pas se retrouver seule avec cet homme sous les rosiers entrelacés qui formaient des arcs au-dessus des promeneurs. Elle devait également éviter le semblant de labyrinthe qui s'érigeait un peu plus loin, même si ses murs végétaux n'atteignaient que la hauteur de son épaule à elle et qu'il était ainsi quasiment impossible de s'y perdre.
Dieu ! Comme Elize allait lui en vouloir !
Mais maintenant qu'ils étaient seuls, leurs langues pouvaient se délier. Il suffisait de s'assurer que le vieux jardinier n'était pas caché dans quelques buissons...
La végétation se fit de plus en plus dense et bientôt ils atteindraient un petit pont au-dessus d'un ruisseau qui s'en allait serpentant pour remplir une petite mare.


- (en fr) Ho Monsieur de Miran, fit soudainement la jeune française en crispant un peu son bras autour du sien, c'est une folie que de parler de tout cela en ces lieux, vous n'auriez jamais dû venir...Les Haemfort n'ont pas ébruité la mort de leur nièce, c'est inespéré ! Et nous, qui risquons de lourdes accusations dans cette affaire, nous nous revoyons dès le lendemain... ? Avons-nous seulement réfléchi ?

Marine avait peur. Cela se lisait dans ses yeux désormais braqués dans ceux du médium. Ses lèvres brûlaient de mille questions. Elle n'avait pu retenir plus longtemps son angoisse.

- (en fr) Je...Vous avez dit que vous me croyiez...Est-ce...vrai ? Je veux dire...au sujet de mon histoire...?

C'était le moment d'aborder cette question. Ils ne devaient pas avoir beaucoup de temps devant eux. Si ce n'était pas le jardinier, ce serait Sophie ou Amanda qui trouveraient une excuse pour les surprendre au nom d'Elize et de ses parents. Marine était tellement loin d'imaginer quoi que ce soit de charnel en cet instant ! Elle qui avait toujours été d'une chasteté exemplaire, trop occupée par sa passion de la botanique pour se soucier des hommes, elle qui avait fuit le mariage rangé pour poursuivre ses rêves, ne songeait maintenant qu'à ces Vampires, ces créatures de la nuit qui avaient manqué de la tuer un mois plus tôt. Nathaniel la croyait-il vraiment ? Sa belle allure ne l'intimidait plus maintenant, seules ses réponses la mortifiaient d'avance.

- (en fr) En avez-vous déjà rencontrés ? J'aimerai la preuve que je n'ai pas eu d'hallucination...La jeune femme eut un petit rire nerveux. Mph ! Finalement vous allez peut être vraiment finir par me répondre en médecin...Ses grands yeux bleus l'observèrent avec appréhension. Qui êtes-vous réellement, Monsieur de Miran ? Pourquoi souhaitez-vous m'aider ?

Avait-il vu ces créatures ? Se moquait-il d'elle ? Attendait-il de l'argent ? Une honteuse faveur ? Un nouveau public pour ses séances de spiritisme ? Ou était-ce finalement une bonne âme qu'elle ne jugeait que trop mal depuis la veille ?

Le soleil obligea la jeune femme à porter la main à son front. Elle avait chaud, son corset lui enserrait la taille comme un étau et son châle ajoutait à ses manches de dentelles un poids considérable. Dépliant son éventail, elle commença à s'éventer un peu tout en dirigeant automatiquement leurs pas vers le pont de bois au-dessus duquel un saule balançait paresseusement ses longues branches souples.


- (en fr) Je dois dire que vous m'avez fort impressionnée hier soir...Je veux dire...Avec cette séance de spiritisme. Mais...Madame Haemfort a-t-elle réellement été possédée par l'esprit de sa fille ? Comment est-ce que cela fonctionne ? Je...Dites-moi qu'il y avait un trucage...

Marine avait posé toutes ces questions en hésitant à chaque fois. Elle avait peur d'énerver le médium en remettant une nouvelle fois en question ses dons. Elle avait encore du mal à y croire malgré ce qu'elle avait vu. Il faisait sombre, ils étaient tous stressés, dans un environnement clos et inconnu pour elle, l'esprit se fourvoyait facilement dans de semblables conditions, et le sien, rationnel et scientifique, avait commencé à se demander s'il n'avait pas été drogué.

Arrivée sur le pont, Marine lâcha le bras de Nathaniel et s'appuya sur la rambarde pour observer l'eau qui s'écoulait plus bas. Des petites feuilles dorées flottaient à sa surface et allaient s’agglutiner les unes aux autres dans un recoin à l'entrée de la mare. L'air était plus frais à l'ombre des rameaux de cet arbre et près de l'eau. Marine se sentit un peu revivre. Elle soupira :


- (en fr) Excusez mon manque de manière, mais il faut que je vous le dise...Marine se retourna vers le médium en fermant doucement son éventail. Elle baissa les yeux sur ses dentelles opalines. Je suis morte d'inquiétude et...dénoncer les Haemfort me trotte follement dans la tête...

Cette nerveuse révélation était fort dangereuse puisqu'il était question d'impliquer inévitablement le médium dans sa dénonciation. Mais la jeune femme voulait savoir ce qu'il pensait de cette histoire de meurtre et de suicide tout autant qu'elle voulait enfin connaître une part de son caractère face à ce genre de risque. Cela révélerait sans doute un morceau de ce qu'il était réellement.
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Nathaniel de Miran
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MessageSujet: Re: Éclosion [Nathaniel, Marine] [16/03/42] Lun 28 Avr - 20:55

Il y avait quelques heures à peine, Nathaniel n'était absolument pas décidé à se rendre au rendez-vous qu'on lui avait donné la veille. Seul l'envie de revoir Marine avait fini par le convaincre. Cette femme était parvenue à susciter son intérêt le temps d'une brève rencontre, qui n'avait pourtant pas débuté sous les meilleurs auspices. Tout en elle respirait le scepticisme et le mépris devant tant de crédulité affiché par la famille Haemfort, et ce qu'il représentait. Pourtant, elle avait fini par devenir son alliée. Mieux encore, la tragédie qui avait suivi la séance de spiritisme, l'avait tellement ébranlée que la jeune femme s'était ouverte à lui, en faisant ainsi son confident. Elle lui avait confié ses tourments et secrets dont la teneur était telle, qu'elle avait du garder tout ceci caché au plus profond de son être, sans jamais oser le partager avec qui que ce soit. Et pour cause...

Lorsqu'il l'avait rencontré, outre son éclatante beauté, il avait remarqué que cette femme était fort différente de toutes ces jeunes oies dont il supportait difficilement la bêtise, et qu'il avait pour habitude de fréquenter. Avides de reconnaissances, ces femmes couraient les mondanités pour afficher leurs plus belles toilettes et courir après les meilleurs partis disponibles. Il y avait quelque chose de différent qui se reflétait dans le regard de Marine. Outre le malaise qu'elle éprouvait à se trouver en ces lieux, prête à franchir un interdit en se compromettant dans une séance de spiritisme en compagnie d'un homme qu'elle soupçonnait de charlatanisme et dieu sait quoi d'autre, il avait décelé dans son regard une étincelle particulière, pleine d'esprit et d'intelligence. Elle semblait fort aimable, et bien selon toute apparence. Toutefois, Nathaniel avait assez d'expérience pour savoir que parmi ses pairs, se cachait nombre de secrets douloureux ou inavouables. Ils étaient tous pareils, et cette femme, ne faisait pas exception, même si ses secrets à elle, étaient d'un tout autre ordre...

Il avait eut encore quelques doutes, quand au bien fondée de sa décision, durant tout le temps qu'avait durée son trajet jusqu'à la demeure des Desmuguets. Des doutes qui s'envolèrent si tôt qu'il s'était retrouvé face à la gouvernante de la maison, qui avait tout du chien à trois têtes gardant l'entrée des Enfers. Sauf que ce Cerbère-là semblait plus avoir envie de l'empêcher d'entrer que de l'empêcher de s'échapper. La vieille femme qui n'avait de cesse de le jauger d'un mauvais oeil pendant qu'il remettait ses affaires à la jeune domestique, l'avait ensuite guidé pour le conduire auprès de Marine. Ignorant ses regards sévères et lourds de reproches, Nathaniel ne s'était pas départi de son charmant sourire, quelque peu amusé par la réaction de la vieille femme. Si elle avait su qu'il n'était pas médecin mais médium, nul doute qu'elle aurait fait une crise d'apoplexie sur le pas de la porte. Il eut une pensée pour Marine, et ce cadre étriqué dans lequel elle vivait et qui semblait par moment l'étouffer. Un cadre de vie qui aurait pu être le sien mais auquel il avait fort heureusement pu échapper. Nathaniel posa son regard inquisiteur sur le dos de l'austère femme. Si ce Cerbère était là, toute la compagnie de Marine, il comprenait aisément mieux les raisons qui l'avaient poussés à s'ouvrir à lui. Une femme si revêche ne pouvait prêter une oreille attentive à la jeune femme. Mais vu la teneur de ses propos, il lui aurait été difficile de lui jeter la pierre. Après tout, l'objet des cauchemars de sa jeune maîtresse n'était-il pas les « vampires ». Qui aurait pu porter une écoute sincères à de tels élucubrations sans s'inquiéter de sa santé mentale ? Personne de saint d'esprit, à moins d'avoir été soi-même confronté à ces créatures et de connaître leur existence, ce qui, une chance inespérée pour elle, était son cas. Sans quoi, il n'aurait certainement pas manqué de réagir comme tout à chacun. Il avait beau être assez ouvert d'esprit, certaines choses restaient toutefois difficiles à accepter ou concevoir, et ce, même pour un médium.

Contrairement à sa gouvernante, Marine lui fit un accueil chaleureux, qui ne dissimulait aucunement le plaisir qu'elle avait à le revoir. Son sourire était communicatif, son regard pétillait, reflétant la joie et le plaisir complice qu'elle avait de ces retrouvailles. Plaisir partagé au demeurant, et c'est à cet instant que ses derniers doutes s'envolèrent. Il avait même la conviction que s'il ne s'était pas déplacé, il l'aurait indéniablement regretté.
Les douces rougeurs qui avaient teinté ses joues alors qu'il promenait son regard sur elle, ne lui avait pas échappées et lui tirèrent un discret sourire.
Ensemble, ils s'installèrent sur le sofa pour prendre le thé. La jeune femme lui paraissait étrangement nerveuse. Que lui arrivait-il ? Lui faisait-il peur ? Ou était-ce les réactions qu'il pouvait susciter chez sa personne qui l'inquiétaient ? Il ne pouvait guère oublier la manière dont, poussée par le désespoir, elle s'était jetée dans ses bras. Bien qu'il le regrettait, il doutait fort qu'elle s'autorise à nouveau ce genre de familiarité à la vu et au sus de ses domestiques. Alors était-ce cette jeune domestique présente dans la pièce, qui l'éprouvait tant ? D'ailleurs, cette femme comptait-elle rester tout le temps que durerait leur entretien ? Voilà qui était fort fâcheux. Détendu, portant la tasse à ses lèvres, le médium entama leur conversation sur son jeu de piano, et plus précisément sur la sonate qu'elle interprétait au moment de son arrivé. Son hôtesse ne dissimula point sa surprise de le voir aborder ce sujet mais finit par lui avouer timidement que Beethoven avait cette particularité de pouvoir l'apaiser. A cet aveux, il ne put réprimer un sourire complice que seul eux pouvait comprendre. Nul doute que les compositions de Beethoven devaient beaucoup résonner dans les murs de cette maison ces dernières semaines. Lorsqu'elle s'enquit de savoir si lui aussi jouait, il s'empressa de la détromper presque aussitôt en grimaçant, tout en prenant un air faussement désolé.

- Que cela reste entre nous, mais je fais juste semblant, lui répondit-il dans un sourire coquin. Non, vraiment on ne peut pas appeler ça jouer. Si vous ajoutez encore à cela le manque de pratique, je vous garantis que pour votre survie auditive, vous me tenez définitivement et irrémédiablement éloigné de tout ce qui ressemble de prêt ou de loin à un piano. En toute franchise, les leçons de piano étaient celles que j'exécrais le plus, toutefois, cela ne signifie pas que je ne sais pas apprécier la musique lorsque je l'entend merveilleusement bien joué. J'ai eut le plaisir d'entendre jouer Franz Liszt, à Genève il y a 4 ans et je suis persuadé que vous apprécieriez beaucoup d'entendre ce prodige, mais peut-être avez-vous déjà vous aussi eut ce plaisir lors de sa tournée européenne ? C'est quelque chose que l'on n'est pas prêt d'oublier, mais je crois que ce qui m'a le plus marqué, c'est l'incroyable effervescence qu'il soulève dans l'Europe toute entière.  

Et le mot engouement était un euphémisme par rapport à ce que vivait Franz au quotidien. Vu l'intérêt qu'il suscitait on pouvait presque le comparer à un dieu vivant. S'en était même inquiétant. Nathaniel repensait à cette femme qu'il avait vu recueillir dans une fiole le fond de la tasse de Franz comme s'il s'agissait d'une précieuse relique alors qu'ils quittaient le restaurant dans lequel ils avaient dîné.
Nathaniel s'enquit ensuite de sa santé. Un rire léger et cristallin, précédent sa réponse, se mit à retentir dans la pièce. Reposant sa précieuse tasse de porcelaine de saxe sur sa soucoupe, le médium se contenta d'esquisser un sourire amusé lorsqu'il fut question de son sommeil à lui qu'elle soupçonnait d'être parfois tout aussi agité, sans approuver ou nier l'information. Son regard glissa sur la jeune domestique, toujours immobile, tapis dans l'ombre, qui tentait de faire oublier sa présence, mais qui, l'oreille tendu, ne ratait absolument rien de leur conversation. C'était décidément fort désagréable, il allait falloir qu'il trouve un moyen de déjouer cette surveillance. Faisant comme si elle n'était pas là, Nathaniel continua de discuter innocemment avec Marine, lui demandant tout naturellement si elle avait eut des nouvelles de la famille Haemfort.
Le trouble qu'engendra l'évocation de ce nom chez Marine ne lui échappa guère. Faisant celui qui n'avait rien remarqué pour ne pas attirer l'intention de la dénommé Sophie, il porta à nouveau sa tasse à ses lèvres pour continuer à boire son thé, alors même que Marine reposait la sienne.
D'un air contrit, elle lui avoua qu'elle n'avait pas encore eut la moindre nouvelle, mais elle ne s'en étonnait guère, après tout, n'étaient-ils pas qu'en début de journée ? Nathaniel ne put qu'approuver sa remarque mais en son fort intérieur, il doutait qu'elle en reçoive. Il avait sourit cependant lorsqu'elle qualifia cette soirée cauchemardesque de belle, tout en glissant discrètement son regard sur la jeune domestique avant de se reporter sur Marine qui n'avait rien raté de son échange. Elle ne semblait guère détendue avec cette jeune femme dans son dos, et là aussi c'était un euphémisme, elle était en réalité très mal à l'aise. Vu combien elle était crispée, Nathaniel se félicita que leur garde chiot ne fut pas la gouvernante de la maison qui paraissait bien plus redoutable, et qui, à n'en pas douter, serait parvenue à faire perdre ses moyens à Marine. Cela étant, gouvernante ou pas, cela n'arrangeait en rien leurs affaires. Ils ne pouvaient se permettre de parler librement en sa présence. Une idée lui vint alors à l'esprit. Marine était une ressortissante française, tout comme lui, mais qu'en était-il au juste de son personnel ?  Etait-il anglais ou français ? Il y avait de grande chance pour que ce dernier soit londonien. Il n'avait pas noté d'accent particulier, mais cela ne signifiait pas pour autant qu'ils ne les comprendraient pas s'ils se décidaient à utiliser leur langue natale pour communiquer. Il ne restait plus qu'à s'en assurer. Buvant une nouvelle gorgée de son thé, il demanda de manière tout à fait anodine à Marine, si la jeune femme qui se tenait derrière eux était son chaperon. Selon ses estimations, il y avait une chance sur trois pour qu'elle comprenne le français, il n'allait pas tarder à être fixé, et si jamais il s'avérait qu'elle comprenne elle aussi leur langue natale, et par conséquent ce qu'il venait de dire à son adresse, il le remarquerait aussitôt. Et si jamais il s'avérait que cela soit le cas, ce n'était pas lui que cela gênerait outre mesure.
N'obtenant aucune réponse de la part de Marine, il leva un regard interrogatif sur elle. Que se passait-il ? La jeune femme était restée interdite durant un court instant, comme si elle cherchait à comprendre ce qu'il venait de lui dire. Puis un large sourire apparut sur ses lèvres. Un sourire qui se passait de tout commentaire. Il avait désormais sa réponse, et il lui rendit un sourire complice. Il lui sembla que le poids qu'elle portait sur ses fines épaules jusqu'à présent, venait soudainement de disparaître grâce à la magie des mots.
Soulagée et en confiance, elle lui révéla sur un ton exagérément joyeux, qu'elle était effectivement surveillée de prêt. Il comprit alors qu'elle jouait la comédie pour ne pas éveiller les soupçons de cette pauvre Sophie, qui, à en juger par l'air confus qu'elle affichait sur son visage, ne comprenait à présent plus rien de ce qui se disait. Amusé par l'attitude de Marine, Nathaniel sourit en buvant une nouvelle gorgée de thé.

-(en fr.) Ce n'était pas si risqué que ça, et puis cela s'avère payant, sans oublier que pour couronner le tout j'ai enfin le droit à un véritable sourire. Le français est une langue magique, sourit-il en levant sa tasse dans sa direction.

Déjà la veille au soir, le visage de Marine s'était illuminé lorsqu'il lui avait adressé quelques mots en français. Il avait aimé la candeur et la fraicheur de sa réaction. Une réaction qui, si l'on ajoutait en plus le soulagement évident qui émanait de Marine, était quasi similaire aujourd'hui, pour son plus grand plaisir.
Voilà déjà une bonne chose de faite: la domestique était devenue sourde, néanmoins, la savoir dans son dos à épier leurs moindre faits et gestes n'était pas particulièrement pour l'enchanter. Même s'il était parvenu à communiquer avec Marine, ils n'étaient pas tranquille pour autant. Et puis, il devait s'assurer d'un dernier point.

- (en fr.) Nous pouvons donc parler tranquillement en français ? Personne ne nous comprendra ?

Il reposa sa tasse sur la table pour se lever du canapé et se dirigea vers la fenêtre, devant laquelle il s'arrêta en croisant ses mains derrière son dos. Le soleil était radieux et le temps était on ne peut plus magnifique. C'était une invitation à la promenade, et cette fois, ils se débarrasseraient complétement de ces petits enquiquineurs. Marine, qui avait visiblement comprit ses intentions, lui répondit qu'elle acceptait volontiers et qu'elle consentirait même à lui faire visiter la fontaine du domaine.

- J'en serais ravi, approuva-t-il dans un sourire en tournant son visage par dessus de son épaule avant de se tourner franchement vers elle et de la rejoindre à nouveau sur le divan.

Un fiacre sur le départ se fit entendre et, au regard que lui lança Marine, il devina que la gouvernante devait être de sortie. Par quel habile stratagème, il l'ignorait, mais Marine était derrière tout cela, il n'en doutait point. Toutefois, aucun d'eux ne fit le moindre geste, ni n'émit la moindre remarque qui aurait pu trahir leur empressement à congédier enfin l'indiscrète. Au lieu de cela, ils continuèrent à savourer leur thé paisiblement, en évoquant des sujets qu'il pouvait aisément qualifier de futiles. Marine revint même sur Beethoven, lui confiant qu'elle lui préférait toutefois Vivaldi.

- Vivaldi, sourit-il amusé, et ses fameuses 4 saisons, je ne prétends pas être un fin connaisseur mais ça vous correspond bien. Moi, je lui préfère Jean-Sébastien Bach, quand à Beethoven, je vous avouerais, en toute franchise, que j'en garde un assez mauvais souvenir, admit-il dans une moue polissonne. Ma mère adorait ses oeuvres et tout particulièrement cette Sonate que vous interprétiez lorsque je suis arrivé. A la longue, je n'en pouvais plus, je l'ai tellement entendue et jouée que je serais capable de la reconnaître entre mille, quelque soit l'instrument utilisé ou... l'aisance du musicien, rajouta-t-il avec amusement à l'adresse de Marine.

Sa mère. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas pensé à elle, et bien plus encore qu'il n'en n'avait parlé. Ainsi, c'était donc vrai ? Au fil du temps, les bons souvenirs revenaient spontanément ? Ridicule. Il n'avait aucun bons souvenirs liés à cette époque. Il n'eut fort heureusement guère le temps de s'appesantir sur ses souvenirs amers teintés de nostalgie car Marine avait, grâce au ciel, enchaîné sur le thé qu'ils dégustaient. Était-il à son goût ? Très certainement. S'il voulait du lait ? Son regard se posa sur le plateau, et constata que ce dernier manquait à l'appel. Ayant suivit son regard, la jeune maîtresse de maison, s'empressa de lui assurer que si tel était son souhait, Sophie pouvait très bien lui en apporter.

- Dans ce cas, j'accepte volontiers fit-il en souriant innocemment.

Aussitôt la jeune domestique s'esquiva du salon et partit en cuisine pour chercher l'ingrédient que réclamait l'invité de leur maîtresse et qui faisait défaut sur le plateau.
En réalité, Nathaniel n'avait nul besoin de lait pour apprécier son thé, d'ailleurs, pour tout dire,  il avait même ça en horreur, mais c'était une seconde nature chez lui, d'embêter son monde et surtout un excellent prétexte pour rester un peu seul en compagnie de Marine.
Lorsqu'enfin, ils eurent terminé de savourer leur thé, Nathaniel se leva après avoir été invité à découvrir le jardin. La jeune femme donna ses directives à Sophie qui permirent au médium de découvrir qu'elle attendait des invités pour le dîner.
La jeune femme obtempéra, sous le regard amusé de Marine, visiblement tout aussi satisfaite que lui de se débarrasser de l’importune. Ce petit regard audacieux qui pétillait dans le bleu de ses yeux lui tirèrent un sourire amusé et complice qu'il adressa à la jeune femme. Puis, tous deux quittèrent le salon, et descendirent tranquillement les escaliers, pour atteindre le rez-de-chaussée.

Après s'être emparée d'un châle qui recouvrit ses épaules, elle le conduisit vers l'arrière de la demeure, et tous deux s'engagèrent dans le jardin en sortant par la terrasse. Elle à son bras, ils s'avancèrent tranquillement sous les doux rayons du soleil, comme n'importe quel couple. Comme il l'avait supposé en découvrant l'entrée de la demeure, le jardin qui se trouvait à l'arrière de la propriété était magnifique et parfaitement entretenu. Alors qu'ils marchaient à l'abri des marronniers, Marine lui indiqua qu'elle possédait également une serre dont elle avait la charge, mais qu'elle avait visiblement délaissée pour des raisons évidentes. Elle semblait sincèrement regretter de ne pas avoir été capable de s'en occuper correctement, mais Nathaniel ne répondit rien, préférant garder le silence, tout en posant son regard sur elle, preuve qu'il l'écoutait.
Ils avancèrent encore un peu dans le jardin, s'éloignant un peu plus de la demeure des Desmuguets et laissant place à une végétation toujours plus luxuriante, mais toujours aussi savamment entretenue. Il la sentit alors se crisper un peu plus à son bras, tandis qu'elle se mit à l'appeler par son véritable nom dans un soupir plaintif. La jeune femme était de toute évidence encore très bouleversée par les événements de la veille et avait pris sur elle jusqu'à maintenant pour tenter de dissimuler son désarroi. Elle était visiblement inquiète qu'on les surprenne ensemble, eux, qui avaient été les témoins de cette tragédie.

- (en fr) N'ayez craintes, la rassura-t-il de sa voix apaisante. Les Haemfort n'ont nul intérêt à nous impliquer dans le décès de leur nièce. Chaque famille possède au moins un squelette dans leur placard et tout porte à croire que la famille Haemfort en a même plusieurs. De ce fait, je doute fort qu'ils apprécieraient de voir les agents du Yard fourrer leurs nez dans leurs affaires. J'ai d'ailleurs pu noter qu'ils étaient très compétents, fit-il remarquer en faisant bien sûr référence à l'arrestation de ce Ravenllow quelque chose. Qui plus est, comme tous leurs pairs, les Haemfort sont très attachés à la solide réputation que leur confère leur nom. Je doute fort qu'ils apprécieraient d'être associés à un infréquentable excentrique tel que moi. Soyez assurée que les Haemfort n'ont absolument aucun intérêt à nous impliquer dans ce scandale.

Malgré ses paroles réconfortantes, Nathaniel perçu de légers tremblement chez Marine, mais cette fois, la cause était tout autre, et n'avait rien à voir avec le terrible secret de la famille Haemford. Fébrile, telle une enfant qui avait besoin d'être réconfortée et rassurée, elle s'enquit de savoir s'il la croyait véritablement. La jeune femme faisait bien sûr référence, sans toutefois oser les nommer, aux vampires et à la mésaventure qu'elle lui avait confiée la veille sur le chemin du retour alors qu'ils étaient dans son fiacre, à l'abri des regards et des oreilles indiscrètes.

- (en fr.) En doutez-vous ?

Elle avait posé son magnifique regard bleu océan sur lui, comme si elle espérait pouvoir y trouver un point d'encrage sur lequel se raccrocher. En avait-il déjà rencontrés ? Il leva son regard vers le soleil éclatant qui les réchauffait de ses doux rayons. Oui et non. Mais la seconde question lui arracha un sourire. La jeune femme voulait une preuve qui lui confirmerait qu'elle n'avait pas été victime d'hallucination. Une preuve. C'était au tour de la scientifique de s'exprimer, et de prendre le pas sur la femme. Celle qui avait besoin de tout expliquer, et analyser de manière rationnelle et concrète. Celle qui ne pouvait laisser de place à ce qu'elle ne comprenait pas, comme le paranormal. Il pouvait lire dans ses yeux de biche la crainte et l'appréhension des réponses qu'il allait lui fournir. Comme si elle craignait d'entendre des révélations qui pourraient briser ses espoirs, elle retarda le moment fatidique en l'empêchant de répondre immédiatement en le submergeant de questions. En avait-il déjà rencontrés ? Existaient-ils vraiment ? N'avait-elle pas été finalement victime d'hallucinations ? A aucun moment elle ne prononça le mot « vampire », comme si elle redoutait que le simple fait de mentionner ce nom pouvait donner de la consistance à quelque chose qu'elle pouvait encore considérer comme illusoire. Il pouvait sentir la nervosité grandissante de la jeune femme qui se matérialisa sous la forme d'un petit rire nerveux et incontrôlable.
Deux saphirs étincelants se posèrent sur lui, comme si elle cherchait à se raccrocher à quelque chose qui pourrait l'empêcher de sombrer. Il posa sa main libre sur le bras qu'elle avait enroulé autour du sien.

- (en fr.) Qui suis-je ? Répéta-t-il avec une pointe d'amusement. Ai-je vraiment besoin de vous le dire ? Pour aujourd'hui, votre humble médecin, sourit-il.

Il plongea la flamme verte de ses prunelles sur elle et sur un ton un peu plus sérieux consentit à lui apporter un semblant de réponse.

- (en fr.) Je n'ai rien à cacher, et je ne suis pas opposé à parler de moi, mais ce n'est peut-être pas le moment le plus adéquat. Vos gens peuvent arriver à tout moment et nous avons bien d'autres choses à nous dire avant leur arrivée, ne pensez-vous pas ? Si jamais cela vous intéresse toujours, je serais ravi de vous répondre, une prochaine fois. Quand à savoir pourquoi j'ai décidé de vous aider, il me semblait vous l'avoir dit. Vous m'avez sauvé la vie pas plus tard que hier soir, et je ne suis pas prêt de l'oublier. Une vie pour une vie. Je vous aiderai dans la mesure de mes moyens. Et puis, il va de soi, que c'était également l'occasion pour moi d'avoir l'opportunité de vous revoir. Et croyez bien que je prends beaucoup de plaisir en votre charmante compagnie.

Marine porta la main à son front. La chaleur, la teneur de leur conversation, la jeune femme parut se porter pâle. Dépliant son éventail pour s'éventer, elle le conduisit vers un charmant petit pont de bois suspendu au-dessus d'un petit ruisseau qui serpentait dans le parc pour finir sa course dans une petite mare. Le cadre était parfaitement idyllique, mais la voix de Marine l'arracha à sa contemplation, lorsqu'elle lui avoua avoir été impressionnée.

- (en fr.) Vous n'êtes pas le genre de femme que l'on impressionne aisément alors je vais prendre cela comme un compliment. Et permettez-moi de vous dire que nous sommes deux à avoir été impressionnés. Sourit-il en faisant bien sûr référence au courage de la jeune femme qui n'avait pas hésité à se jeter sur un homme armé au risque d'être elle-même blessée, voir pire, tuée.

Rougissante, elle préféra ignorer le compliment et balbutia le fond de ses pensées. Comment s'y était-il pris pour faire croire que Mme Haemfort avait été possédée par un esprit ? L'esprit cartésien de la jeune femme refusait de croire ce que ses yeux lui avait montré. Il était beaucoup plus rassurant pour elle de se persuader que tout cela n'était pas réel, et qu'il y avait une explication logique et rationnelle qui se cachait derrière ce qui, selon toute apparence, ne l'était pas. La jeune femme avait beaucoup hésité à lui poser toutes ces questions, cela se sentait, et se voyait. Elle n'était pas de celles qui savait dissimuler ses sentiments, et elle redoutait sa réaction, mais après tout, quoi de plus normal ? N'était-elle pas entrain de l'accuser de malversation et de charlatanisme ?

- (en fr.) Quel genre de réponse attendez-vous ? Si je vous certifie que je suis un véritable médium, me croirez vous sur parole ? Personnellement, j'en doute. Et si je vous avais trompé, pensez-vous réellement que je vous l'avouerais sans détour, parce que vous me le demandez gentiment ? Quoi que je réponde, nous resterons dans une impasse. De plus, je n'ai aucune intention de vous prouver quoi que ce soit car votre esprit cartésien et scientifique fera toujours un blocage sur ce que vous ne pouvez expliquer de manière rationnelle. Vous allez devoir me faire confiance Miss Desmuguets, et répondre à vos questions par vous-même, en suivant votre instinct.

Arrivée sur le haut du pont, la jeune femme lâcha son bras et prit appui sur la rambarde pour observer l'eau qui s'écoulait paisiblement en-dessous d'eux, faisant voguer sur sa surface des petits bateaux de feuilles qui se dirigeaient tous, l'un après l'autre, vers un recoin situé à l'entrée de la mare, pour s'y échouer. Après avoir lâché un soupir, la jeune femme s'excusa pour son manque de manière, ce qui eut pour réaction de tirer un sourire amusé au médium, qui l'imita en s'accoudant à son tour sur la rambarde tout en écoutant le ruissellement paisible de l'eau qui brillait de mille éclats d'or sous la lumière du soleil.

- (en fr.) Si tous ceux qui m'accusaient de charlatanisme pouvaient le faire avec la même délicatesse que vous, croyez bien que je ne m'en offusquerais pas.

En règle général, Nathaniel arrivait à inspirer le respect ou à faire trembler les nobles trop timorés, mais, même s'ils restaient une minorité, il y en avait toujours prêts à se montrer plus virulents et avec lesquels, les échanges ne se passaient pas toujours très bien.
La suite, fit glisser son regard sur Marine qui lui parut encore plus fragile qu'elle ne l'était déjà, lorsqu'elle lui confia qu'elle songeait très fortement à dénoncer les Haemfort. La surprise passée, une lueur d'amusement se mit à pétiller dans le vert de ses yeux, et un petit sourire suffisant apparut sur ses lèvres.

- (en fr.) Mais vous n'en ferez rien, lui assura-t-il dans un sourire confiant. Cela nous compromettrait tous les deux, et les conséquences seraient probablement plus lourdes pour vous que pour moi. De plus, je doute fortement que les Haemfort vous laisse ternir leur réputation sans réagir. Comme la plupart des nobles, ils n'ont plus que leur titre auquel se raccrocher, le reste, n'est plus qu'illusion. Cette promesse de mariage entre lady Jennifer et ce McAllister n'avait qu'un seul but : déboucher sur une alliance liant titre, prestige, et anoblissement pour l'un et argent qui leur permettrait de connaître à nouveau le train de vie, auquel ils prétendent de part leur statut pour les autres. En toute franchise, jusqu'à hier soir, j'étais persuadé que la jeune Haemfort avait elle-même mit fin à ses jours pour échapper à un mariage dont elle ne voulait pas et qui lui faisait horreur, mais j'avais tort. Jennifer Haemfort a bel et bien été assassinée, par des membres de sa famille. Elisa l'a poussée, Charles a regardé le drame se dérouler sous ses yeux, incapable d'intervenir, car bien trop lâche pour prendre n'importe quelle décision qui aurait pu l'opposer à sa sœur ou à qui que ce soit d'autre d'ailleurs. Cet homme n'est qu'un pleutre. Tout aurait très bien pu en rester là, mais quelque chose ne collait pas. Elisa risquait sa vie, son honneur et sa réputation pour une simple histoire de Jalousie ? Et pourquoi Steven Haemfort, le frère éploré a-t-il tenté de m'éliminer à la mort de cette dernière ? Lui qui semblait si soucieux de connaître la vérité, au lieu d'être horrifié, abattu, ou soulagé de la découvrir enfin, est entré dans une colère noire et à s'en est pris à moi pour venger le décès de celle que l'on avait confondue comme étant l'assassin de sa sœur. Il a laissé sa colère et son chagrin dominer ses actes. Pourquoi ? Il n'y a qu'une seule explication plausible : ils étaient amants. Mais encore ? Cela ne justifierait pas tout. Qu'est-ce qui peut unir deux personnes au point de les pousser à préméditer un meurtre ? Un meurtre dont la victime n'était pas n'importe qui. Ce n'était ni un étranger, ni une banale connaissance, mais un membre de leur famille. A cette question, il n'existe qu'une seule réponse: l'argent.

Nathaniel laissa à Marine le temps de digérer toutes les informations qu'il venait de lui confier avant de reprendre ses suppositions.

- (en fr.) Si Steven est venu assister à cette séance de spiritisme, ce n'était aucunement pour soutenir ses parents comme il le prétendait ou pour dire au revoir à sa jeune soeur, une dernière fois. Il était parmi nous uniquement pour s'assurer que j'étais un faux médium et que la vérité était belle et bien morte avec Jenny. Si je me base sur les dernières paroles que m'a confié Lady Jennifer après le drame, tout me porte à croire qu'elle a surpris quelque chose dont elle n'a pas mesuré les conséquences, peu avant sa mort. Et si je me fie à mon instinct, il s'agit d'une clé de compréhension qui pourrait ouvrir bien des portes. Je suis en train de mener ma propre enquête de mon coté, mais bien évidemment, si vous vous décidiez à aller trouver Scotland Yard, il va de soit que nous ne connaîtrons jamais le fin mot de cette histoire, et que Steven ne sera plus jamais inquiété pour ses crimes. Je vous avouerais que cette perspective m'ennuierait fortement.

Nathaniel était effectivement bien décidé à découvrir le fin mot de cette histoire. Dans quel but  ? Satisfaire sa curiosité tout d'abord, et puis, de nature très rancunier, il n'était pas de ceux qui se laissaient tirer dessus sans répliquer. Lorsqu'il connaîtrait la vérité, plusieurs possibilités s'offriraient à lui. Il pouvait faire chanter Steven Haemfort, faire justice lui-même ou laisser la justice faire son travail une fois qu'il leur aurait fourni toutes les preuves qu'il aurait découvertes. Il ignorait encore ce qu'il ferait, mais il était quasiment certain qu'il ne laisserait pas la police se charger elle-même de cette affaire.

- (en fr.) Je ne pense pas que vous ayez à vous inquiéter pour votre sécurité. J'en doute, mais peut-être Steven Haemfort viendra-t-il vous voir pour s'excuser de son comportement. Recevez-le, et jouez le jeu, mais ne lui faites pas comprendre que vous avez des soupçons concernant son implication dans cette histoire. Vous pourrez faire ça ?

Devant son inquiétude, Nathaniel prit un air qui se voulut rassurant, et posa sa main sur son épaule qu'il sentit tressaillir.

- Je vous promet de régler cette histoire dans les jours à venir. Maintenant, parlons de votre autre problème, et à ce sujet, j'ai un petit présent pour vous, mais avant cela, fit-il en posant son regard en direction de la serre, accepteriez-vous de me faire visiter votre serre ?

Nathaniel avait parfaitement entendu ce qu'elle lui avait confié un peu plus tôt au début de leur promenade, au sujet de l'abandon de cette dernière, aussi l'encouragea-t-il d'un sourire en lui tendant son bras

- Les plus belles fleurs sont loin d'être sans défense et ne sont pas toujours aussi fragiles que l'on pourrait le penser. Je suis persuadé que tout n'est pas perdu, et que vous pouvez encore sauver quelques plantes. Si toutefois, vous cessez de retarder l'échéance. Allons-y ensemble.

Il lui tendis son bras, l'incitant à reprendre leur marche.

- (en fr.) J'imagine que vous connaissez les plantes de verveines, en cultivez-vous ? Si tel n'est pas le cas, je vous incite vivement à le faire. Je vous ai apporté quelques plantes séchées vous devriez en boire quotidiennement dans votre thé. C'est une plante qui possède quelques vertus non négligeables contre les vampires. Si nous en consommons, en tant qu'êtres humains, cette plante ne nous fera aucun effet, mais sur un vampire elle aura la capacité de les empoisonner au mieux ou au moins de les affaiblir. En résumé, en avoir quelques traces dans votre organisme vous protégera. Si un vampire tente de s'abreuver de votre sang, il y renoncera immédiatement. Vous pourrez également en glisser dans le thé de vos invités si vous doutez d'eux, le cas échéant vous serez vite fixé sur leur véritable nature et pourrez agir en conséquence. Vous pouvez également en porter sur vous pour ne pas devenir leur cible, ce qui m'amène à mon présent.

Nathaniel s'arrêta et plongea sa main dans la poche droite de sa veste pour en sortir un collier avec un médaillon de forme ovale et orné de volutes. Il l'ouvrit et à l'intérieur, Marine pu constater que des fleurs de verveine y avait été placé. Nathaniel referma le bijoux et le lui tendit.

- (en fr.) J'espère qu'il vous plait, fit-il dans un sourire. Prenez-le, vous n'êtes nullement obligée de le porter, mais gardez-le sur vous, il vous protégera. Sachez également que là où se trouve des vampires se trouvent également des Hunters. Il s'agit d'une catégorie d'hommes et de femmes qui ont les capacités et les connaissances nécessaires pour éliminer ces créatures de la nuit. Si vous le souhaitez, je peux me débrouiller pour vous mettre en contact avec l'un d'entre eux.
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Marine Desmuguets
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MessageSujet: Re: Éclosion [Nathaniel, Marine] [16/03/42] Mar 20 Mai - 23:44

Nathaniel était un homme très intelligent et Marine commençait à grandement l'apprécier pour cette qualité. Grâce à lui et à leur entente muette,  avec juste quelques mots de français accompagnés de regards évocateurs, ils avaient réussi à échapper à la surveillance de Sophie et à se retrouver en tête à tête dans le parc de la propriété. La jeune aristocrate avait terriblement honte de cette situation. Tout son être était en émoi. Que feraient-ils si Elize rentrait plus tôt que prévu du marché ? Et si John, le jardinier, les croisaient ? De toute façon Sophie ne manquerait pas d'informer la gouvernante de cet écart...Comment le justifier ? C'était tout bonnement indécent et nul ne pouvait plus rien y faire. Maintenant qu'ils étaient sur ce petit pont de bois au-dessus de l'eau tranquille, il était inutile d'espérer faire un quelconque retour en arrière. Tant pis, Elize écrirait à ses parents, elle devrait justifier sa conduite sur des pages, mais elle ne le regretterait pas. Après un mois sans un repas correct ou une nuit complète, après tant d'idées noires et d'hésitations, après avoir été malade jusqu'à s'en donner la nausée tous les matins, ils pouvaient bien comprendre qu'elle ait besoin d'une compagnie autrement plus galante que celle de ses domestiques...De toute façon, il était trop tard et il devenait stupide de s'encombrer l'esprit de semblables considérations. Pour l'heure, elle devait profiter de l'ombre de ce saule, apprécier ces feuilles dorées qui couraient sur l'eau, respirer...Son corset l'étouffait, la chaleur du jour la faisait transpirer dans sa robe émeraude. Trop fermée...trop correcte...et cette culpabilité...cette peur...Heureusement, son fidèle éventail l'accompagnait.

Mais par où commencer ? Marine avait tellement de questions à poser au médium et si peu de temps ! Lorsque sa langue s'était déliée, après quelques badineries sur la musique et sa serre autour d'une tasse de thé, une fois qu'elle fut bien certaine de n'être entendue que de Nathaniel et personne d'autre, cela avait été pour parler avec appréhension et rapidité des Haemfort, de leur folie et des craintes que lui inspirait encore soirée de la veille. Pour elle, qu'ils se retrouvent après ce tragique événement n'était qu'une stupide inconscience. Pourquoi se voir après un tel fiasco ? Ils risquaient un scandale, c'était dangereux ! Et puis...comment le jeune homme pourrait-il l'aider ? Ses aptitudes de médium étaient encore à prouver, Marine ne lui faisait aucunement confiance et elle doutait toujours de ses bonnes intentions. Pourquoi voudrait-il l'aider ? Avait-il vu des Vampires, lui ? En avait-il seulement rencontrés ou combattus ? En rêvait-il comme elle une nuit sur deux avant de se réveiller en nage en proie aux plus affreuses peurs ? Non...elle en doutait fortement. Que pourrait-il donc lui apporter si ce n'était des désagréments supplémentaires ?

Mais Nathaniel était charmant et plein de bonnes manières depuis qu'il était arrivé et cela Marine elle-même ne pouvait le nier. C'était un homme qui savait se tenir en société et qui incarnait le rôle du médecin à la perfection. Même si son jeune âge et son minois avantageux n'avaient pas plus à Elize, il était indéniable qu'il avait conservé la place et le ton que tout homme de cette classe aurait eu en pareille circonstance. Rien, en terme d'étiquette, ne pouvait lui être reproché.
Marine l'avait trouvé follement amusant dans le salon lorsqu'il avait avoué qu'il ne savait que piètrement jouer du piano. Son sourire l'avait faite rougir. Était-ce la vérité ou jouait-il encore un rôle ? En tant que médium, Marine ne pouvait que le croire. A quoi lui servirait de savoir jouer du piano ? Ce n'était sûrement pas ce que l'on apprenait dans son métier, si l'on pouvait appeler cela un métier. Mais le dire de cette façon, pour conserver son attitude de médecin et éviter de se venter d'une chose qui risquerait de le démasquer, était signe non seulement d’intelligence mais aussi d'humour. C'est du moins ainsi que Marine le prit. Ses lèvres s'étaient étirées en un fin sourire de convenance mais ses yeux avaient brillé d'une lueur entendue.


- Non, je n'ai jamais vu Franz Liszt. Cela doit être grandiose ! Je vous envie...

C'était à son tour d'offrir un regard coquin à Nathaniel. Lui ? Il serait allé voir Litszt à Genève ? Cela était sans doute un mensonge. Sans le savoir, Marine avait de nouveau dénigré cet homme dont l'éducation et la culture dépassaient ses soupçons. C'était un des nombreux défauts de l'aristocratie, élevée avec des œillères, dans l'idée que seule leur classe avait accès à ce genre de privilèges. Elle qui n'était pourtant pas méprisante de nature avait cependant intégré malgré elle quelques malheureux réflexes que ses parents et les nobles qu'elle fréquentait dans les salons lui avaient transmis sans le savoir eux-mêmes.

Et puis il y avait eu le français...Cette langue "magique", comme il avait dit d'un air ravi en voyant l'effet qu'il avait eu sur elle et son état de stress. Oui, il avait été drôlement malin d'y penser ! Marine avait rougi avec plus de force cette fois-ci. C'était vrai que jusqu'à présent elle était restée figée, complètement traumatisée par la situation, et que cette fenêtre ouverte sur leur pays natal lui avait offert une bouffée d'air pur. Quel soulagement ! Honteuse de ne pas y avoir songé elle-même et consciente des compliments discrets que le jeune homme ne cessait de lui faire, la belle n'avait cessé de baisser les yeux et de trouver les plis de sa robe fascinants. Mais bien vite, elle s'était ressaisie et elle avait alimenté des sujets mondains pour perdre Sophie, parlant tantôt français tantôt anglais, passant de leurs messes-basses à Vivaldi...C'était terriblement effrayant mais aussi excitant. Marine n'avait jamais eu besoin d'utiliser ce type de stratagème pour discuter avec un gentleman et cela donnait à sa vie un soudain piquant qui ne lui était pas si désagréable, bien au contraire. Muselée et réprimée par les coutumes, les lois, sa famille, les domestiques, l'opinion publique, des centaines de yeux et des centaines d'oreilles...elle avait besoin de cette liberté chérie qui lui avait fait faire les plus cruels choix de sa vie. Ses soi-disant études, son départ pour l'étranger, son refus du mariage, la distance avec son petit frère...tout cela avait été terriblement douloureux car cela avait bouleversé sa famille, leur image et sa propre réputation. Aujourd'hui, elle était heureuse de pouvoir, ne serait-ce qu'un instant, échapper plus facilement aux normes qui lui avaient toujours donné l'impression d'être une prisonnière.

Marine se demandait encore si ce que lui avait dit Nathaniel au sujet de sa mère était vrai. Quel avait été son parcourt pour qu'il devienne médium ? La jeune aristocrate avait du mal à saisir comment les gens pouvaient se tourner vers le charlatanisme et espérer s'en sortir...Aux vues de ses vêtements et de son langage, cet homme n'était ni pauvre ni dénué d'éducation. Comment pouvait-il berner assez de monde pour être capable de se présenter dans un costume si parfait ? Les nobles étaient-ils tous aussi stupides et désespérés que les Haemfort ? Et elle ? Que faisait-elle donc avec lui ? Oui, elle l'était désespérée...Si elle-même se tournait vers cet homme, pourquoi juger les autres de la sorte ? C'était décidément une situation bien étrange...
En vérité, Nathaniel dégageait quelque chose de dérangeant, un genre d'aura l'environnait, avertissant la jeune femme du danger qu'il pouvait représenter pour elle. Il avait le regard dur, un air suffisant, joueur...C'était cet air que l'on collait facilement au visage des saltimbanques, celui de la courtoisie qui masque l'escroquerie. Mais où se trouvait réellement l'illusion ? Marine ne réussissait pas à cerner le médium. Il lui faisait peur, et pourtant il l'attirait tout autant. C'était un bel homme, quoique Marine ne cessait de s'attarder sur ses yeux plutôt que sur tout le reste, elle qui n'était aucunement préparée à la rencontre des corps. C'était surtout sa voix qui la troublait, sa manière de parler. Nathaniel semblait sûr de lui, terriblement habitué à gérer les conversations mondaines et capable de s'adapter à toute situation. Tout poussait à s'en méfier et pourtant il semblait si direct, si franc...C'était déstabilisant pour une femme de son acabit qui ne fréquentait que des personnes creuses et incapables de montrer autre chose que leur masque de bienséance. Le médium était bien plus redoutable que ces plaisantins ! Il savait jouer double, voir triple jeu ! Marine avait rencontré l'homme droit et froid de la séance de spiritisme, mais aussi l'être attentif et respectueux du fiacre, maintenant, elle flirtait avec un médecin bienveillant, un amateur de musique, un coquin qui savait coder ses messages pour éviter les ennuis. Oui, Nathaniel était plein de surprises ! Il l'impressionnait. Combien de rôles pouvait-il ainsi incarner ? Quand la trompait-il au milieu de tous ces visages ?

Dans le parc, le médium avait tenté de répondre à ses questions et de la rassurer au sujet des Haemfort. Pour lui, le Yard ne ferait qu'empirer les choses et il n'était pas dans leur intérêt que la tragédie de leur fille ne s'ébruite. Cela mettait Marine et lui-même à l'abri, d'autant qu'ajouter à leur drame familial la présence d'un médium achèverait de les ridiculiser et de les traîner dans le déshonneur et la ruine. Oui, c'était un argument de taille. Marine avait soupiré pour exprimer son soulagement. Il fallait qu'elle cesse de paniquer.
Mais pour les Vampires ? Il la croyait...Il le confirmait. Pourquoi ? Marine voulait savoir pourquoi il croyait en ces monstres...Cela l'aiderait sans doute à comprendre ce qu'il lui était arrivé dans la rue. Et s'il s'y connaissait en Vampires, peut être pourrait-il lui expliquer certaines choses ? Pourquoi buvaient-ils du sang par exemple ? C'était affreux ! Mais si Nathaniel lui fit penser tout d'abord qu'il allait franchement lui répondre, il égara la question au plus grand dam de la jeune femme qui fronça les sourcils de mécontentement. Oui, c'était son médecin dans les formes...mais tout de même ! Ne pouvait-il pas au moins lui dire d'où il connaissait ces choses ? Marine serra un peu les poings. Nathaniel lui fit comprendre que c'était par prudence qu'il ne voulait pas axer la conversation sur ce sujet précis. Il ne voulait pas risquer que des oreilles indiscrètes ne les écoute. Marine fit une moue désapprobatrice:


- (en fr.) Mais nous n'aurons peut être jamais d'autres occasion comme celle-là Monsieur...Sophie est loin...John n'est pas là...Et puis nous parlons en français. Je ne voit pas ce qui peut vous retenir...Je vous en prie...Fit-elle en tendant le coup pour vérifier qu'il n'y avait effectivement personne.

Mais le médium préféra louer sa beauté et le plaisir qu'il avait à rester en sa compagnie. Ils avaient encore de nombreuses choses à se dire ? Hé bien ? Comme quoi par exemple ? S'il comptait badiner avec elle, c'était peine perdue ! Elle ne l'avait certainement pas convié pour ça ! La frustration de Marine était trop grande pour qu'elle apprécie vraiment les douces paroles du galant. De plus, la chaleur la torturait. Son corset...Cette situation...
Le petit pont et son saule avaient paru comme posés-là pour accueillir les assoiffés d'ombre, de calme et de fraîcheur. Marine avait évidemment été tout de même flattée par les remarques de Nathaniel, mais elle était également devenue plus nerveuse que jamais. Pourquoi lui refusait-il donc ses confidences ? A quoi leur servait finalement cette promenade et l'utilisation du français ? C'était grotesque...

Dans sa confusion, elle tenta d'aborder le sujet de la prestidigitation mais, comme pour les Vampires, le jeune homme resta allusif et finit par ne donner aucune réponse. Il avait raison d'un côté, cela ne servait à rien de palabrer sur une chose qu'il n'oserait pas dire par courtoisie ou qu'il serait incapable de prouver, d'autant que l'esprit cartésien qu'elle possédait ferait sans doute obstacle à tout ce qu'il lui dirait...Mais tout de même ! Elle commençait à perdre patience. La terrible impression que le médium n'était là que pour ses beaux yeux commençait à s'insinuer en elle. Ce n'était pas dans ses habitudes de laisser les hommes l'approcher de la sorte et, maintenant, l'idée du parc lui paraissait des plus saugrenues. Pourquoi avait-elle été jusque là ? Cela avait été fort idiot de sa part.
Encore une impasse, oui, c'était lui-même qui le disait...Un impasse pour elle, quoi qu'il en dise. C'était frustrant et horriblement désespérant. Marine se sentit plus seule que jamais dans ses soucis. L'espoir qu'elle avait placé en cet homme venait de s'envoler et avec lui s'éventait maintenant ce qu'il lui restait de patience. Elle allait le congédier sous peu, cette mascarade ne pouvait continuer. Elle se sentait envahie dans son intimité et une pointe de mépris défigura ses lèvres.

Finalement, dénoncer les Haemfort lui semblait une bonne idée. Elle ne comptait pas rester témoin d'un suicide et victime d'une mascarade pour rien. Si elle n'avait rien sur les Vampires, au moins en savait-elle maintenant plus long que beaucoup sur les manigances de cette famille ! Quitte à agir, autant que cela serve à quelqu'un, même si ce n'était pas pour elle, sauf en ce qui concernait le besoin de se déculpabiliser d'avoir été présente à cette séance interdite.

Le sourire qu'afficha Nathaniel à son annonce la pétrifia. Pourquoi était-ce si drôle ? Que trouvait-il de si amusant dans ce qu'elle venait de dire ? Il allait être compromis et elle ne voyait pas ce qui pouvait bien lui donner envie de sourire de la sorte ! Marine en fut décontenancée et, au fond d'elle, elle sentit qu'une menace se profilait derrière cet air suffisant que le jeune homme affichait maintenant.
S'appuyant d'une main sur la rambarde du pont, elle crispa les doigts de la seconde sur le manche de son éventail pour écouter les explications du médium. Il s'était fait une idée de la situation des Haemfort et avait même apparemment fortement songé à tout l'affaire pendant la nuit. La jeune femme ne l’interrompit jamais, au contraire, plus il en disait, plus elle buvait à ses lèvres le doux nectar de la connaissance. Il avait raison, terriblement raison...Elle ne pouvait rien dire sans tous les compromettre...Si elle les dénonçait, il y aurait scandale, comme avec ce jeune Ravellow qui faisait la une des journaux depuis la veille. Les Haemfort seraient jugés, Nathaniel aussi, et elle porterait le poids de la honte sur ses frêles épaules...Oui, ce qu'elle venait de dire était insensé. Mais que pouvait-elle donc faire ?
A mesure que le jeune homme exposait son avis sur l'affaire, elle l'observa et l'écouta comme un adjoint prendrait des notes en admirant son chef qui aurait résolu une affaire sur laquelle ses collègues et lui-même étaient depuis des mois. Nathaniel semblait avoir saisi la situation bien plus qu'elle. Tout était logique dans son rapport, tout était crédible et, maintenant qu'il le disait, c'était le seul scénario possible...L'amour et l'argent, la haine et la vengeance, la couardise et l'honneur...Dieu, que cette famille réveillait en elle un dégoût des plus prononcés !


- Je...Vous avez raison...Excusez-moi...c'était idiot...Concéda-t-elle en baissant les yeux sur les lames de bois qui constituaient le pont.

Nathaniel n'arrêta cependant pas là sa démonstration. Le fait que Steven ait eu ce comportement inattendu prouvait bien des choses mais il manquait encore un élément pour saisir l'affaire dans son ensemble. Face à la franche résolution du médium, Marine resta silencieuse alors qu'en vérité elle s'était emportée d'admiration pour lui. Son cœur battait la chamade et la chaleur l'empêchait de réfléchir plus avant : Nathaniel était redoutable, efficace, galant, malin et fier. La jeune aristocrate le trouvait aussi charmant que repoussant. Comment avait-il donc pris le temps d'analyser la situation des Haemfort ? Tout s'était passé si vite, cela avait été si déconcertant ! Mais maintenant qu'elle y repensais avec ses suggestions, tout semblait s'éclairer. Jenny avait été tuée dans une noyade que la jeune Elisa avait voulu faire passer pour un accident. Charles avait été témoin de la scène et n'avait rien tenté par lâcheté. Steven était sans doute l'amant d'Elisa, d'où son terrible geste de vengeance envers le médium...Mais pourquoi avoir tué Jenny ? L'argent...Oui peut-être mais comment ? N'en avait-il pas suffisamment ?


- L'argent est un motif pour beaucoup de mal en ce monde, Monsieur De Mi...heu...docteur, reprit-elle en vérifiant les alentours avant de revenir au français qu'elle avait oublié, (en fr.) Mais comment Steven et Elisa auraient pu avoir l'argent de la famille ? Tuer Jenny ne pouvait pas les aider, à moins qu'ils n'aient planifié le mariage d'Elisa avec McAllister, à la place de sa cousine, afin de lui voler sa fortune ensuite et de s'enfuir ensemble...Vous pensez que c'est possible ? Cela me paraît improbable...c'est tellement...romanesque...

Marine ramena ses yeux bleus dans ceux du médium et lui sourit d'un air gêné. Elle se sentait idiote. Tout était si flou dans son esprit. Elle qui était si douée dans les sciences et particulièrement la botanique, ne se sentait pas capable de mener une telle enquête. Nathaniel semblait vouloir la poursuivre de son côté, sans impliquer le Yard pour éviter que tout ne soit perdu, mais cela était-il nécessaire ? Pourquoi ferait-il une chose pareille ? Manquait-il d'aventure ? C'était risqué...

- (en fr.) Rassurez-vous...Je ne dirai rien. Finit-elle par souffler en tournant son visage vers l'eau d'un air perdu. Mais je ne sais si c'est une bonne idée que de vouloir continuer à...fourrer notre nez dans cette affaire, si vous me permettez l'expression...Cependant, cela m'intrigue et, si vous souhaitez continuer l'enquête, pourriez-vous me tenir informée de vos recherches ? Cette histoire me touche beaucoup, j'ai été témoin d'une bien terrible scène...J'aimerai, moi aussi, la comprendre.

Marine soupira. Elle avait besoin de repos et cette situation la dérangeait beaucoup. Elle voulait rester loin des aventures macabres de cette famille et s'occuper des siennes, et pourtant une soif de savoir brûlait sa gorge.
Nathaniel évoqua alors soudainement la possibilité que Steven vienne lui rendre visite pour discuter de cette affaire t s'excuser. Marine tressaillit et son teint pâlit d'un coup. Elle se tourna vers lui d'un bond et sembla au bord des larmes :


- (en fr.) Ho ! J'espère qu'il ne viendra jamais ! Quel enfer ! Je serai tellement gênée...Bien sûr que je ne lui dirai pas nos soupçons...Je ne tiens pas à mourir d'une balle entre les deux yeux ! Ces gens sont dangereux, nous en avons eu un aperçu hier soir...Cette idée me terrifie...Ho...Je ne veux plus le revoir, jamais.

C'était même pire que cela. Si Steven osait venir la voir pour s'excuser, elle se ferait sans doute porter malade pour éviter de le rencontrer de nouveau. Elle avait pour lui une aversion profonde depuis qu'elle l'avait vu pointer son pistolet sur Nathaniel et actionner la détente sans hésiter. Et puis, maintenant que le médium avait émis l'hypothèse qu'il était l'amant de sa cousine, il la dégoûtait encore plus. Si seuls l'argent, l'amour et la violence guidaient ses pas, il n'avait rien à faire chez elle.

- (en fr.) Quel monde...quel monde...Se lamenta-t-elle en se penchant vers l'eau pour s'éventer à nouveau. Ne serai-je donc jamais en paix ? Même lorsque je crois que tout va prendre fin, un nouveau drame s'immisce dans ma vie !

Marine était dépitée. Entre les histoires de mariage forcée que ses parents lui avaient imposées il y avait quelques années de cela, ses écarts lourdement réprimandés depuis qu'elle était arrivée à Londres pour étudier la botanique, les cabarets dégingandés où l'avaient traînée ses amies, les Vampires qui avaient tenté de la dévorer en pleine rue et maintenant les Haemfort qui mêlaient meurtre et suicide, elle avait l'impression que sa vie n'avait été qu'une succession d'erreurs et de malchance. Était-ce si grave pour une femme d'être un peu excentrique en ce siècle ? Le peu de liberté qu'elle s'accordait finissait toujours cruellement. C'était incroyablement triste pour elle. La pauvre jeune femme commençait à en dépérir et à songer que, quoi qu'elle fasse, c'était toujours le pire qui lui tombait dessus.

Sur son épaule, elle sentit la main du médium se poser. Elle tressaillit. Le contact était amical, mais Marine n'avait pas l'habitude de ce genre de familiarité. Cependant, elle comprit que c'était pour l'aider à se rassurer. Elle resserra son châle sur elle, même si la chaleur commençait à lui faire tourner la tête et fit face au jeune homme pour lui sourire faiblement d'un air perdu. Nathaniel lui demandait de visiter sa serre pour qu'il lui offre un présent.


- (en fr.) Un...présent ? Je...la serre ?Fit-elle en suivant son regard vers la structure en verre qui brillait d'un grand éclat argenté non loin derrière eux.

Marine hésita. Elle ne voulait pas que Nathaniel voit l'état de ses plantes, ni personne d'autre. C'était son jardin secret, nul ne pouvait y entrer, pas même Elize, ni John. Jamais elle n'y avait fait entrer d'inconnu. Seule son amie Maria y était entrée une fois pour voir ses Droseras aujourd'hui desséchées et mortes. Que voulait-il donc lui montrer ? L'aristocrate était fébrile. N'était-ce pas une ruse pour se retrouver seul avec elle dans un endroit encore plus à l'abri des regards ? C'était l'unique endroit de toute la propriété où nulle âme ne viendrait les chercher, à moins qu'ils ne disparaissent plusieurs heures de suite au point que cela devienne alarmant.


- (en fr.) Ho vous savez...je ne suis pas certaine que ce soit une bonne idée. Je...tout y est si triste...J'en ai honte vous savez...Mes plantes sont presque toutes mortes...

C'était comme dévoiler à un inconnu une partie de son carnet secret. Oserait-elle ? Marine prit un air plus désolé que jamais. Elle ne savait plus quoi faire. Prête à dire au médium qu'ils feraient bien de rentrer plutôt que de s'aventurer dans cet affreux lieu abandonné, elle le vit lui tendre le bras avec un sourire et l'encourager. Ses paroles brisèrent les doutes de la jeune femme qui sentit son cœur s’imprégner de joie. Même si elle resta craintive et maladroite, elle réussit à cacher ces sentiments contradictoires derrière un sourire convenu tandis qu'elle lui prenait lentement le bras. Jamais un homme n'avait montré d'intérêt pour ses plantes et Nathaniel venait de faire preuve de tant de sympathie pour sa serre que cela lui avait redonné un soupçon de courage. Peut-être qu'il pourrait l'aider à la sauver...Mais quel était donc ce présent dont il venait de lui parler ? Comment cela pouvait-il se trouver dans la serre ? Il y avait là un mystère qui la dérangeait au plus haut point.

Tout en marchant, Nathaniel se mit à lui parler de la verveine. C'était une plante aromatique que la jeune femme connaissait bien. Elle en avait eu quelques brins une fois et un carré entier de sa serre en avait été planté. Mais aujourd'hui, toute sa verveine était morte, l'eau ayant cruellement manqué à toutes les plantes de sa serre depuis un mois alors que le soleil brillait régulièrement au point d'en brûler les feuilles à travers le verre. Souvent, elle en cueillait les fleurs pour décorer la table du vestibule. Les mauves pâles étaient ses préférées.


- Oui, j'en ai eu autrefois, j'en buvait dans mon thé le soir, mais j'ai bien peur qu'il ne m'en reste plus...ni dans la serre, ni dans mes réserves.

Il fut alors question de Vampires. Marine ralentit soudainement son pas et jeta un regard brillant au médium tout en resserrant étreinte de son bras. Alors c'était vrai ? Il allait pouvoir l'aider à leur sujet ? La verveine avait un effet repoussoir sur ces créatures ?

- Je...Vous en êtes certain ? Ho ! Ce serait merveilleux!

Un espoir. Si ce que Nathaniel était en train de lui dire était vrai, alors elle tenait-là une solution pour apaiser ses peurs. Avec la verveine, elle se sentirait plus en sécurité et sans aucun doute cela l'aiderait-il non seulement à dormir mais aussi à sortir de nouveau en public. Elle pourrait toujours prétendre que c'était une plante qui l'aidait à guérir de sa prétendue maladie et qu'elle en raffolait, même si cela était loin de la vérité.

C'est alors que Nathaniel sortit d'une poche de sa veste un médaillon qu'il ouvrit sous ses yeux. Marine rougit jusqu'aux oreilles. C'était un magnifique pendentif plein de volutes colorées attaché à une fine chaînette. Dedans, le médium avait placé des fleurs de verveine, comme pour en faire un talisman qui servirait à la protéger des créatures à longues dents. La jeune femme hésita mais elle tendit à son tour la main pour prendre le bijoux. Lorsque sa peau entra en contact avec celle du médium, elle releva les yeux dans les siens. La rougeur qui colorait ses joues et qu'elle sentait brûler la gêna d'autant plus qu'elle sentit toute la bienveillance qui émanait du jeune homme en cet instant. Émue, elle lui sourit fébrilement.


- (en fr.) Je...Il est magnifique...C'est si...imprévu...Je veux dire...C'est un merveilleux présent...Merci beaucoup Monsieur De...heu...Monsieur.

Doucement, elle porta le bijoux devant ses yeux pour l'observer. Il était étrange, jamais encore Marine n'avait eu ce type de pendentif qui était capable de s'ouvrir. Elle trouva la petite charnière des plus pratique et l'idée même relevant du génie. Nathaniel était finalement bien plus prévenant qu'elle ne l'avait songé.

- (en fr.) Je vais le porter...

La jeune femme glissa la chaîne autour de son cou blanc et laissa le médaillon rebondir sur sa poitrine. Pendant ce temps, le médium lui expliquait qu'il existait des gens capables de tuer les Vampires et qu'ils s'appelaient des "Hunters". Il lui fit comprendre qu'il en connaissait et qu'il pouvait lui en recommander pour traquer ceux qui l'avaient attaquée. Marine fit une légère grimace:

- (en fr.) Je ne pensais que cela puisse être possible...Vous croyez qu'ils pourraient m'aider ? Je...je n'ai pas réellement besoin de les poursuivre pour...les tuer. J'aimerai juste pouvoir sortir sans craindre de me faire assassiner dans une ruelle par l'un d'eux...Vous savez, je me suis retrouvée prise entre deux de ces créatures, c'était si effrayant...Et si vous me dites que des gens les chassent, c'est qu'il doit y en avoir plus que ce que j'imaginais depuis cette terrible soirée...

Devait-elle rencontrer ces gens ? Marine hésitait. Cela ne la conduirait-il pas vers de nouveaux désastres ? Mais s'ils savaient comment les tuer ou au moins les éloigner, c'était peut être pour elle l'occasion idéale pour en apprendre plus sur leurs pouvoirs, leur force et leur besoin de sang...Marine restait curieuse et son esprit scientifique voulait comprendre comment ces êtres pouvaient fonctionner. Elle excluait toujours la potentialité que les Vampires soient nés de Dieu, ou du Diable, et pour elle il y avait-là un cas médical, peut être mental, à étudier.

La jeune femme jeta un regard en direction du parc, elle venait d'apercevoir John qui taillait les roses de l'arche de verdure qui menait au labyrinthe. Doucement, elle tira Nathaniel par une manche pour l'entraîner à sa suite dans la serre.


- Venez!

La porte était légèrement entrouverte, signe évident de l'abandon du lieu. Une fois qu'ils eurent franchit cette dernière faite de fer et de verre, Marine la referma avec précaution et s'avança dans l'espace dégagé qui s'ouvrait à eux. Depuis le sol jusqu'au plafond, il y avait des pots remplis de plantes. Beaucoup était jaunies et même complètement flétries par la chaleur et le manque d'eau, mais d'autres résistaient encore, notamment les arbustes qui venaient du Sud et quelques cactus dont certains portaient même des fleurs roses et ocres. Marine se remit à utiliser son éventail ainsi que la langue anglaise.

- Il fait une chaleur infernale ici... !

Lentement, la jeune femme conduisit le médium vers le centre de l'édifice. De temps en temps, elle s'arrêtait pour observer une de ses plantes et soupirait de tristesse. Oui, cela faisait un mois qu'elle restait enfermée dans le manoir sans s'occuper de quoi que ce soit d'autre que ses peurs. Cette serre où elle avait passé tant de temps à entretenir les belles fleurs et les jardinières était devenue une véritable désolation. Le verre chauffait l'endroit comme jamais à cette heure de la journée et Marine dû bientôt s'arrêter pour éviter de défaillir. Elle s'assied sur un banc en invitant Nathaniel à venir à ses côtés.

- Il faudrait que j'aère...Fit-elle avec difficultés tout en agitant désespérément son éventail. Comment voulez-vous que les plantes survivent ici ? C'est affreux. Je dois les arroser...Je replanterai de la verveine...

Tout en tripotant son médaillon, la jeune femme désigna de la tête un carré de terre où rien n'était visible. C'était sans doute le fameux endroit où elle avait eu un peu de cette plante aromatique.

- Me ferez-vous réellement rencontrer ces...Hunters...Monsieur De Miran ? Que savez-vous d'eux ? Pensez-vous qu'ils puissent vraiment m'aider ? J'ai peur de leur paraître si futile...Comme pour vous...si maladroite...si inutile...

Marine tourna son visage rougit par l'émotion et le soleil vers le médium et lui sourit en abandonnant son éventail et sa main sur ses propres genoux. Elle était épuisée, sa robe et son châle lui pesaient affreusement.

- (en fr.) Nous devrions rentrer...Elize va s'inquiéter...et je ne me sens pas bien...

La jeune aristocrate se releva et le sang lui monta aussitôt à la tête. Elle fut prise d'un étourdissement qui la déstabilisa et chercha du secours auprès du médium. Une bouffée d'air chaud lui monta au visage, une perle de sueur coula sur son front. Ses oreilles se bouchèrent, sa vue se voila et elle bascula finalement en arrière incapable de soutenir plus longtemps le poids de son propre corps. D'un geste, elle agrippa le col de Nathaniel pour le lâcher aussitôt : toutes ses forces l'avaient quittée. Dans un gémissement, elle s'effondra.

[HRP/ Ciel que c'est cucul cette fin !! XD Mdrrrr ! Ce personnage est décidément dur à jouer pour moi.../HRP]
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Nathaniel de Miran
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MessageSujet: Re: Éclosion [Nathaniel, Marine] [16/03/42] Dim 15 Juin - 23:22

"Un moment de patience peut préserver de grands malheurs,
un moment d'impatience, détruire toute une vie."



Ce devait être un endroit magnifique, lorsque Marine s'en occupait quotidiennement. Tel fut le premier constat du médium lorsqu'ils pénétrèrent dans la serre de la jeune femme. Ses structures étaient édifiés en verre et en métal, et fournissaient, à ce qu'on lui avait rapporté, une meilleure isolation pour les plantes qui réclamaient une chaleur constante. Et de la chaleur, à ce qu'il put en juger en pénétrant à l'intérieur de l'enceinte, il n'en manquait point. Un souffle brûlant les avait accueillit dès lors que la jeune femme eut ouvert la porte de son domaine secret qu'elle avait tant hésité à lui dévoiler. Il y régnait, une chaleur suffocante que Nathaniel aurait aisément pu comparer aux chaleurs torrides de la ville rouge, Marrakech.
Peu habituée à ces températures élevées, l'éventail de Marine se mit à battre la mesure, tandis qu'elle s'avançait avec précaution dans ce lieu abandonné de toute vie depuis des semaines, offrant à leur vu un spectacle d'une grande désolation qui la fit soupirer de désarroi à de nombreuses reprises. Du sol au plafond se trouvaient diverses variétés de plantes, dont nombre d'entre elles avaient été victimes de la chaleur ambiante s'il on en jugeait par les feuilles jaunies et les fleurs flétries, conséquences du manque de soins dont elles avaient été la victime. Malgré tout, comme le lui avait dit Nathaniel, tout n'était pas perdu, la nature ne s'en laissait pas aussi facilement compter, la vie n'était-elle pas qu'un éternel recommencement ? Certaines plantes, mieux habituées que d'autres à pousser en milieu naturel sec et hostile avaient résisté au manque d'entretien tels que les cactus, ainsi que, beaucoup moins commun, le gazania, le pavot de Californie, ou encore la bignone et ses fleurs en forme de trompettes rouge. La serre de Marine était décidément très riche pour une serre privée. Nul doute qu'en des jours meilleurs, elle devait être parfumé et coloré d'une multitude de teintes qui aurait surement pu inspirer le tableau d'un grand maitre célébrant le retour de l'été avec l'éclosion de toutes ces fleurs bigarrés.
Arrivé à ce que Nathaniel estima être le coeur de la serre, Marine prit place sur un banc de fer forgé peint en blanc et l'invita à l'y rejoindre, ce qu'il fit sans se faire prier.
Sans cesser de s'éventer, la jeune femme se désola de la chaleur infernale qui y régnait. Lui-même devait avouer que dans ces vêtements stricts et étriqués, elle l'incommodait. Que ne donnerait-il pas pour troquer ce costume contre son habituelle thobe. N'y tenant plus, il desserra sa cravate tout en écoutant Marine se lamenter de l'état lieu. Comment voulait-il que les plantes survivent dans un tel endroit ? A vrai dire, les plantes de Marine étaient le cadet de ses soucis, n'importe quelle créature vivante, à l'exception des lézards et des scorpions, auraient bien du mal à vivre ici sans suffoquer, à commencer par eux. Néanmoins, il eut la satisfaction de la voir réagir positivement. Loin de se laisser abattre par cette désolation régnante, la jeune femme était prête à retrousser ses manches et à s'occuper de sauver ce qui pouvait l'être encore. Non pas que le sort de cette serre où des plantes qui s'y trouvaient lui importait d'une manière ou d'une autre, loin de là, mais cet état d'esprit était un premier pas vers la guérison. Il n'était plus temps de se laisser abattre mais de reprendre enfin une vie normale, tout en acceptant que son monde ne serait désormais plus jamais celui qu'elle avait connu jusqu'à présent, preuve en était, sa volonté de faire pousser à nouveau de la verveine pour se prémunir de toute agression vampirique. Il lui avait donné les armes pour se défendre, et elle comptait bien s'en servir.


- J'apprécie votre état d'esprit, fit Nathaniel. Il est plus que temps de recommencer à vivre. On a qu'une vie, il ne faut pas la gâcher à craindre le lendemain.

Sans cesser de l'observer de son regard pénétrant, il vit la jeune femme se mettre alors à jouer nerveusement avec le médaillon qu'il lui avait offert et qu'elle portait à merveille. C'était une pièce rare, du plus bel ouvrage, et d'une grande valeur. Le genre de parure qui ne pouvait être porté que par une femme comme Marine, avec élégance et prestance. Un magnifique bijou aux yeux du monde qui cachait en réalité une arme redoutable destinée des créatures qui l'étaient tout autant. Marine lui indiqua de son regard azuré une parcelle de terre encore vierge. Après l'avoir observé, le médium leva à nouveau son regard sur la jeune femme. Il n'eut pas besoin de lui demander pour comprendre ce qu'elle avait cherché à lui dire. C'était là, à leurs pieds, que poussait habituellement la verveine.
La verveine, cette plante aromatique, qui désormais, n'aurait plus la même signification aux yeux de la belle aristocrate. Fébrile, hésitante, elle posa son regard perdu sur lui, osant, bien qu'avec difficulté et appréhension, évoquer les Hunters. Ces hommes et ces femmes dont il lui avait dévoilé l'existence et qui oeuvraient en toute discrétion pour combattre ces créatures qui la terrifiait tant. Elle ignorait encore si elle désirait avoir recours leurs services ou non. Son coeur tendre et pur éprouvait quelques difficultés à l'idée de chasser voir d'éliminer ces êtres qui leur ressemblait, mais qui pourtant n'avaient strictement rien d'humain.


- Vos scrupules vous honorent mais gardez bien à l'esprit que ces créatures, elles, en sont dénuées. Si vous désirez que je vous mette en relation avec l'un d'entre eux, vous n'avez qu'un mot à me dire et je vous organiserais cela. En rencontrer ne vous engage évidemment à rien. Cela vous permettra d'échanger et de discuter avec des personnes qui ont un savoir bien plus vaste sur le sujet que je n'en n'aurais jamais, et qui seront plus à même à répondre aux questions que vous vous posez. Racontez leur votre histoire, écoutez-les, et agissez en fonction de ce qu'il en ressortira, mais nul ne peut vous obliger à quoique ce soit, cette décision, c'est à vous qu'elle appartient, et à vous seule.

Elle lui semblait si hésitante, si vulnérable, lorsqu'elle lui demanda de lui parler d'eux, il lui aurait été si aisé d'en profiter. Après tout, n'avait-il pas déjà acquis sa confiance ? Mais dans son malheur, la jeune femme était chanceuse, il n'était pas là pour ça, mais au contraire pour offrir un véritable soutient. Qui l'eut cru ? A vrai dire, même lui se surprenait.

Depuis qu'il la connaissait, il pouvait dire de Marine que ses réactions étaient toujours sincères. Elle n'était pas une dissimulatrice comme pouvait l'être la plupart des personnes de son milieu. A aucun moment elle ne lui avait caché ses faiblesses, ses peurs et ses doutes. Il ne put s'empêcher d'esquisser un discret sourire lorsqu'elle lui fit part de ses craintes de paraître futiles aux yeux des Hunters, comme elle pouvait très surement le paraître aux siens. Certes, leurs considérations et préoccupations étaient à mille lieux de celles de Marine, mais est-ce que cela faisait pour autant d'elle une femme vide et superficielle ? Posant sa main chaude sur la sienne, il capta le bleu de ses yeux dans le vert des siens tout en guidant sa main vers sa bouche pour y déposer un baiser, sans la quitter ne serait-ce qu'un instant de son regard hypnotique.


- A quel moment vous ai-je fais croire que je vous trouvais futile, maladroite ou inutile ? Si c'est l'impression que je vous ai donné, je m'en excuse, car croyez bien qu'à aucun moment je n'ai pensé cela de vous. Vous êtes une femme remarquable qui ne demande qu'à s'épanouir dans une société qui laisse très peu de latitude à des femmes telles que vous, ce qui est fort regrettable. J'apprécie votre franchise, votre esprit cartésien, votre intelligence, et vos opinions, même si elles vont à l'encontre des miennes. Votre compagnie est des plus charmantes mais en aucun je ne l'ai jugé futile, ou ennuyante, et certainement pas inutile.

On pouvait dire de Nathaniel que c'était un vile flatteur doublé d'un charmeur qui savait prononcer les mots que ses interlocuteurs espéraient l'entendre dire, et si en règle général, il ne pensait pas un  traitre mot de ce qu'il disait lorsqu'il voulait séduire, cette fois c'était différent, car Marine était elle-même très différente de toutes ces petites écervelées qu'il avait l'habitude de côtoyer. En général, ces femmes étaient à l'image d'Elisa Haemfort, à savoir qu'il s'agissait de personnalités futiles, frivoles et intrigantes. Des femmes sans éclats, uniquement préoccupées par le paraître, Marine était leur exact opposée. Ce qu'il pouvait lui reprocher pour le moment c'était ses manières conventionnelles qui l'emprisonnaient bien malgré elle, même si pour une femme de son rang, il devait admettre qu'elle s'autorisait de nombreuses libertés face à l'étiquette.
Laissant là ses considérations sommes toutes personnelles, Nathaniel se décida à répondre aux interrogations que la jeune femme se posait concernant les Hunters.


-Non pas que je ne désire pas vous répondre, cependant je ne sais que peu de choses à leur sujet.

Et pour cause, les rares Hunters qui lui avaient été donné de rencontrer étaient en réalité des âmes rappelé sur terre dont il avait eut pour charge de recueillir les dernières volontés, les dernières paroles.

- Il s'agit d'une communauté très secrètes. Ces personnes sont formées au combat et à l'art de tuer par des maîtres qui ont combattu ces créatures de la nuit bien avant eux, et qui eux-mêmes ont été formé par d'autres personnes. C'est un savoir qui se transmet de génération en génération, de maître à disciple et je serais bien en peine de vous dire depuis combien d'années, voir peut-être même siècles, remonte la première apparition des vampires en ce monde, ni comment les premiers hunters ont apprit à les combattre. Toutefois, outre l'efficacité de la verveine, je sais de source toute aussi fiable que ces créatures craignent tout ce qui est fait à base d'argent. Visiblement ça les tuerait. Enfin, si on les surnomme créatures de la nuit ce n'est pas sans raison puisque  le moindre rayon de soleil leur serait fatale. Dehors, à la lumière du jour, vous ne risquez absolument rien.


A nouveau, les joues de la jeune femme se mirent à prendre cette charmante teinte rosée. Etait-ce du à la chaleur étouffante qui régnait en maître dans la serre, ou était-ce tout simplement sa présence qui la faisait rougir ainsi ? Il était parfaitement conscient qu'il ne la laissait pas indifférente, il avait assez d'expérience pour reconnaître certains signes qui ne trompaient pas, et pour tout avouer, elle ne le laissait pas indifférent non plus.
Ses mains délicates, qui n'avaient jamais été abimés par un quelconque labeur et qui témoignaient de la noblesse de ses origines, se reposèrent sur sa robe. Hésitante, et la voix quelque peut chevrotante, Marine lui révéla qu'elle ne se sentait pas au meilleur de sa forme et qu'elle souhaitait rentrer. Le couperet venait de tomber, il n'était pas le responsable de ces rougeurs-ci, dommage.


- Si...

Nathaniel voulu lui conseiller de rester assise le temps que ses vertiges passent et de ne surtout pas se lever brusquement du banc, mis il n'en n'eut pas le temps. La jeune femme s'était redressée pour vaciller presque aussitôt. Nathaniel se leva à son tour d'un bond pour rattraper juste à temps le corps de Marine qui tombait en arrière, telle une marionnette dépourvue de volonté à qui l'on venait de couper les fils. Dans un ultime effort elle tenta bien de se rattraper au col de Nathaniel mais ce geste fut aussi vain qu'inutile, ses forces l'avaient définitivement quitté et ses mains glissèrent le long de son corps inanimé.

- Marine !! Appela-t-il en l'accueillant dans ses bras.

Avec délicatesse, il recueillit ce corps fébrile et pour la première fois depuis bien longtemps, une lueur trahissant son inquiétude venait d'apparaitre dans l'émeraude de son regard. Il avait beau avoir deviné les raisons de son évanouissement, il n'en demeurait pas moins qu'il ne pouvait s'empêcher d'être soucieux. En effet, nul besoin d'être médecin pour savoir que la fatigue accumulée, liée à ces nuits de cauchemars et sans sommeil A cela venait s'ajouter d'autres facteurs qui auraient dû le rendre plus vigilent et lui faire anticiper ce qui était entrain de se produire. Ainsi, l'éprouvante nuit qu'elle avait passé la veille, n'avait en rien arrangé l'état de stress permanent dans lequel elle était plongée depuis ses mésaventures, lui conférant de vives émotions. La chaleur qui régnait en ces lieux peu aéré, n'en n'était pas moins responsable non plus, d'autant plus qu'elle était habillée comme en plein hiver avec cette robe à col haut et ses interminables manches ! Et comme si cela ne suffisait pas, la jeune femme avait encore cru bon de rajouter un châle par dessus de ses épaules. Et pour terminer et non des moindres, il y avait bien évidemment son corset.
Un corset qui était probablement trop serré et de ce fait, en grand parti responsable de son évanouissement. La station debout un peu prolongée par leur promenade dans les jardins sous les rayons chauds du soleil avaient suffit pour provoquer une perte de connaissance. Ce n'était qu'une syncope passagère qui disparaitrait si tôt le corset retiré, car une fois fait Marine pourrait à nouveau respirer plus facilement, mais avant d'en arriver là, le médium vérifia si elle avait ses sels sur elle. Malheureusement il devait se rendre à l'évidence, autant avait-elle pensé à prendre son stupide châle, autant ses sels ou un mouchoir imbibé de vinaigre qui auraient pu, l'un ou l'autre la sortir de sa torpeur et auraient eut une réelle utilité, étaient absent.
Nathaniel aurait aisément pu dégrafer le corset de la jeune femme sur place, cela ne l'aurait  nullement gêné d'autant plus qu'il n'avait aucun compte à rendre à qui que ce soit et certainement pas à de vulgaires domestiques qui officiaient dans la maison, mais par égard pour Marine qui avait déjà été suffisamment éprouvé, il retint son geste. Elle était fière et indépendante, avait des idées quelque peu avant gardistes, mais jusqu'à une certaine limite. Son intégrité ne s'en remettrait pas.

C'est en maudissant ces principes ridicules que Nathaniel souleva la jeune femme dans ses bras pour quitter la serre. Traversant le parc d'un pas rapide, il passa devant le jardinier sans lui accorder le moindre regard, alors que ce dernier avait aussitôt cessé son ouvrage pour le suivre avec inquiétude.  Très vite, Nathaniel regagna la terrasse qui se trouvait à l'arrière de la maison, et qu'ils avaient emprunté un peu plus tôt pour rejoindre les jardins. Dès qu'ils aperçurent leur invité arriver avec leur maitresse inconsciente dans ses bras, les domestiques de la famille Desmuguets accoururent à leur rencontre. Mais sans leur laisser le temps de lui poser la moindre question, Nathaniel fit cesser leur jacassement en leur aboyant des ordres avec une autorité qui ne souffrait d'aucune contestation. Il exigea ainsi qu'on apporte les sels de madame et surtout, qu'ils lui retirent ce maudit corset sous peine qu'il ne s'en charge lui-même.
Marine fut ainsi conduite dans sa chambre de jeune fille et prise en charge par les femmes de la maison.

De son coté, Nathaniel fit porter une carafe d'eau à Marine qui devait probablement souffrir de déshydratation. Puis patientant, le médium traversa le long couloir boisé tout en observant les divers tableaux qui ornaient ses murs. Il n'y avait qu'une seule rangée de tableaux et de toute évidence un soin particulier avait été observer lors de l'accrochage . Alors qu'il avait presque atteint l'extrémité du couloir son regard se posa sur le tableau qui représentait un manoir sous un clair de lune resplendissant. Le tableau ne portait pas de titre mais la signature de l'artiste dans le coin inférieur droit était parfaitement lisible : 1812 J.A. McDonnell. Nathaniel se recula d'un pas afin de mieux admirer l'oeuvre de cet artiste inconnu lorsqu'une voix désagréablement familière vint retentir à ses oreilles. Intrigué, du haut des escaliers, Nathaniel qui avait une vue plongeante sur le hall d'entrée identifia en contrebas la silhouette d'un homme qu'il n'était absolument pressé de recroiser. Celle de Steven Haemfort. Il n'avait pas perdu de temps le bougre, et ce n'était vraiment pas le moment. Il se rappelait encore à quel point la simple idée de se trouver face à cet homme avait pu terrifier Marine qui s'était retrouvée au bord des larmes. La jeune femme ne savait pas mentir, et encore moins dissimuler ses émotions, on pouvait lire en elle comme dans un livre ouvert, et nul doute que Steven Haemfort comprendrait sans aucun mal, d'un simple regard, toute l'aversion que la jeune femme pouvait éprouver à son égard. Elle ne devait surtout pas se retrouver en sa présence maintenant, alors qu'elle venait tout juste de faire un malaise, mais plus encore, il ne devait surtout pas le voir. Fort heureusement, il s'était présenté sous une fausse identité auprès des domestiques, mais s'il venait à l'apercevoir, non seulement la supercherie serait dévoilée mais surtout cela pourrait porter préjudice à Marine. Alors qu'une domestique passa à ses cotés, il l'interpella.


- Madame doit se reposer, aussi, si elle désire recevoir ses invités ce soir, je lui recommande le plus grand calme, et pour se faire je vous demanderai d'inviter toutes personnes désireux de s'entretenir avec elle à repasser ultérieurement.

La servante qui avait parfaitement comprit la requête, s'inclina et descendit les escaliers. Discrètement, depuis l'étage, Nathaniel observa la réaction de Steven, qui parut simplement fort contrarié de ne point être reçu, alors que Nathaniel s'attendait à le voir s'en prendre à la jeune domestique, Steven n'en fit rien. Peut-être parce qu'il ignorait combien de valet seraient prêt à intervenir, ou tout simplement redoutait-il la présence du médecin de la jeune femme. Le regard acéré, Nathaniel fixa cet homme qui était entrain de coiffer son chapeau, tout en levant son regard dans sa direction comme s'il avait pu sentir sa présence. Toutefois, dérobé à sa vue, il ne l'aperçut pas et prit congé tout en souhaitant un bon rétablissement à la maitresse de maison.

Il reviendrait, c'était une certitude et Marine ne pourrait pas l'éviter éternellement. Il allait devoir agir au plus vite. Il espérait que Laïla aurait quelque chose d'intéressant à lui apprendre à son sujet. Qui sait, Marine pourrait peut-être l'aider elle aussi, d'une manière ou d'une autre...

C'était la discussion qu'ils avaient eut sur les tragiques disparitions de Jennifer et Elisa Heamfort, un peu plus tôt dans les jardins, qui le laissait à penser que si besoin, il pourrait compter sur l'appuit de la jeune femme...

S'il avait pu sentir un certain mécontentement émaner de la belle aristocrate lorsqu'il s'était dérobé à ses diverses questions concernant les vampires et les rencontres qu'il aurait pu faire avec ces mêmes créatures ou encore sur le spiritisme, ce sentiment s'évapora bien vite pour laisser place à la confusion après qu'il l'eut mit devant le grotesque de ses menaces. Très vite, ce sentiment disparu à son tour pour laisser place à quelque chose qui se rapprochait bien plus de la fascination lorsqu'il lui eut révélé les déductions qu'il avait faites au cours de la soirée au sujet de cette famille. Il avait pu sentir une certaine excitation s'emparer de tout son être alors que la bienséance aurait voulu que sa délicatesse soit offusquée par tant d'horreur. Pourtant, même si la jeune femme semblait horrifié par les actes criminels des membres de cette famille, il avait également put déceler en elle un certain intérêt pour cette enquête. Il ne s'agissait pas d'un intérêt morbide non, mais plutôt de curiosité légitime, celle de la scientifique qui avait besoin de comprendre et maitriser son environnement pour pouvoir y évoluer en toute quiétude. A son tour, Marine s'était mise à analyser ses dires, tout en réfléchissant sur les éléments nouveaux qui venaient de lui être confié. Elle semblait transporté. Il l'écouta à son tour émettre ses déductions, tout en souriant, tel un père fier de son enfant. Oui l'argent régit l'action et la réaction de tout à chacun, lui le premier.
Il n'avait pu retenir un sourire moqueur lorsqu'elle s'était reprise en l'appelant docteur, prenant pour argent comptant tout ce qu'il lui avait dit. Quelle charmante naïveté.


- Vous avez une très bonne déduction, et à vrai dire mes pensées rejoignent les vôtres. Tout comme vous, je ne peux m'empêcher de croire qu'ils avaient probablement planifié le mariage de McAllister et Elisa, néanmoins, je ne pense pas que le meurtre de Jenny était initialement programmé. Certes, ils étaient prêt à tout pour s'emparer de la fortune de McAllister, mais à mon sens, ils ont cherché à écarté Jenny de ce projet. En l'évinçant, en la dissuadant, mais quelque chose à mal tourné, une dispute peut-être, à moins que Jenny ne les ai surprit dans une situation compromettante. Quoi qu'il en soit, cela à entrainer le drame que nous connaissons. Je reste intimement convaincu que cette petite arriviste d'Elisa était disposée à faire savoir à McAllister que malgré le drame et la perte tragique de lady Jennifer, elle était tout à fait disposée à unir leur deux familles. Je pense qu'ils seraient restés mariés quelque temps puis monsieur aurait trouvé tragiquement la mort faisant de son épouse son unique et légitime héritière. Mais j'en saurais un peu plus ce soir, et puisque vous me le demandez, il va de soit, que je vous tiendrais informé du bon déroulement de cette affaire, je suis vôtre obligé, lui avait-il assuré dans un sourire.

Nathaniel avait sourit en songeant à cet échange, lorsque l'on vint lui chercher pour l'informer que la maitresse de maison se sentait mieux et qu'elle désirait le voir. Nathaniel suivit la domestique jusqu'à une pièce dans laquelle se trouvait la jeune femme, qui bien que toujours pâle regagnait peu à peu des couleurs.


- Alors, comment vous sentez-vous ?
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Marine Desmuguets
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MessageSujet: Re: Éclosion [Nathaniel, Marine] [16/03/42] Jeu 10 Juil - 14:40

Lorsqu'elle avait ressenti cette horrible sensation d'étouffement, Marine avait paniqué sans réellement le laisser paraître. Son éventail et l'ombre du grand saule l'avaient en partie sauvée tandis qu'elle s'était posée un instant sur le ponton de bois, en compagnie du médium, dans le parc de son domaine. Soucieuse de conserver une certaine constance, elle s'était contentée de chercher un peu de fraîcheur auprès de la rivière qui coulait paresseusement jusqu'à son petit lac, sans troubler la conversation qu'elle entretenait avec son « invité ». Ainsi la jeune aristocrate avait-elle bien senti que son corset et la chaleur de la journée n'allaient pas tarder à la rendre mal, mais sa curiosité et sa soif de savoir avaient annihilé sa raison et, plutôt que de rentrer au manoir pour prendre un rafraîchissement et discuter avec plus d'aise, ce qui impliquait un retour au silence, une nécessité de cesser d'aborder les sujets fâcheux en présence de son personnel, elle avait préféré ignorer son propre mal pour s'abreuver aux lèvres de Nathaniel et tenter de récolter quelques réponses aux nombreuses questions qu'elle se posait depuis un mois.
Les Haemfort, les Vampires, Nathaniel et ses avis, ses conseils, ses réprimandes, son humour, cette étrange complicité qui était en train de se développer entre eux...Marine était comme envoûtée par cet homme, passionnée par ce qu'il pouvait lui apporter avec son assurance certaine, sa douce voix, son air légèrement suffisant. Quelque part, la jeune femme se réfugiait en cet inconnu comme s'il eut été son dernier espoir de rédemption. Malgré son ton parfois glacial, sa manière de jouer avec ses attentes et de la remettre à sa place sans grande douceur, comme dans le fiacre lorsqu'il l'avait raccompagnée la veille, la belle lui trouvait un charme fou et surtout un intérêt incroyable. Il ne la rassurait guère, à vrai dire elle en avait même profondément peur à cause de sa classe sociale, de son métier, de sa facilité à endosser différents masques pour tromper autrui, elle craignait qu'il ne la mène en bateau et qu'il ne cherche finalement qu'à lui extorquer un peu d'argent, mais elle en avait besoin et il s'appliquait sur ses peines comme un baume soulagerait une douloureuse plaie. Après avoir passé un mois dans une complète ignorance du monde, après avoir tant souffert de ses cauchemars et de ses angoisses, après avoir refusé de reparaître en société et s'être laissée entraîner par la peur de l'inconnu et de la mort à végéter dans sa demeure, Marine ne pouvait laisser passer cette occasion de dégorger son cœur de ses questions et de ses craintes les plus intimes. Comme elle l'avait dit elle-même en sortant dans le jardin : l'occasion était trop belle, malgré le contexte particulièrement tendu qui les environnait à cause des domestiques qui rôdaient non loin et de la teneur de leurs propos. Nathaniel était, pour l'heure, la seule personne qu'elle pensait capable de l'éclairer dans la terrible pénombre qui l'enlaçait et manquait de la faire disparaître.

Cependant, avant de se rendre dans la serre, le médium avait soigneusement évité le sujet des Vampires. Au plus grand damne de la jeune botaniste qui avait espéré de cette nouvelle rencontre quelques explications concernant ces horribles créatures qui, à ses yeux, se trouvaient à la source de tous ses maux, le jeune homme avait pris le cas des Haemfort et leur aventure de la veille comme centre de son discours. Cela intéressait la belle, évidemment, puisqu'elle avait tout de même été témoin de cette terrifiante mascarade, mais ce n'était pas ce qui l'empêchait de sortir de chez elle, ni ce qui lui avait donné tant de sueurs et de nausées ces dernières semaines.
L'écoutant donc avec amertume avancer différentes thèses et de multiples mobiles, comme un détective, pour tâcher de trouver une explication à la tragédie à laquelle ils avaient malheureusement assisté, Marine avait tenté de réfléchir elle aussi aux motifs qui avaient pu pousser une famille à se déchirer de la sorte et surtout une jeune femme à assassiner sa cousine. Nathaniel avait alors appesanti ses réflexions sur deux thèmes particuliers : celui de l'amour et celui de l'argent. L'un ne semblait jamais aller sans l'autre, surtout dans les histoires de mariages programmés ou d'héritage familiaux. La famille Haemfort était d'une petite bourgeoisie dont les finances nécessitaient quelques arrangements avantageux et il n'était finalement pas étonnant qu'au sein de leurs intrigues romantiques et pécuniaires il soit question de jalousie et même de meurtre.
Cela dépassait en partie Marine. Même si elle réussissait à conceptualiser avec une certaine aisance ce système mesquin et traître, c'était une jeune femme qui avait préféré éviter les affres du mariage et la société de ses parents. Ce type de relation lui était donc inconnu et elle espérait vivement ne jamais y toucher. Plus indépendante que beaucoup à son époque, Miss Desmuguets s'était éloignée des siens afin de développer sa passion et son savoir, chose invraisemblable pour une femme de son statut social et qui en faisait une marginale, surtout ici à Londres où elle était, en plus, considérée comme une étrangère. Ses parents gardaient un œil sur elle, par amour et considération, mais ils l'avaient déjà plus ou moins bannie de la famille, ramenant sur son jeune frère toutes leurs espérances gâchées par son caractère déviant. Depuis deux ans qu'elle était en Angleterre, ils n'avaient cessé de l'invectiver par lettres pour qu'elle rentre en France et qu'elle leur évite un déshonneur définitif, mais la belle avait toujours refusé de retourner auprès d'eux et de subir un mariage forcé. C'était une femme désintéressée, sans attirance particulière pour la gent masculine, passionnée par les plantes et les étoiles, plus préoccupée par ses bégonias que par les futurs enfants qu'elle pourrait avoir. C'était une femme au caractère fort, persuadée que la vie ne valait pas la peine d'être vécue que si l'on était le maître de son début à sa fin. Un jour, elle serait malheureusement sans doute mise en face de la réalité, celle des femmes de sa condition et de son âge déjà avancé, et sans doute trébucherait-elle sur ses principes honteux et rédhibitoires pour son futur si elle continuait à n'en faire qu'à sa tête. Déjà, ce mois en retrait lui avait fait perdre une partie de l'estime des rares personnes qu'elle avait rencontrées à Londres, même si elle l'ignorait, et son retour en société ne serait pas aisé, surtout si elle commençait à frayer avec des individus comme Nathaniel...

Mais, dans ces étranges conditions d'éducation et de vie, comment Marine pouvait-elle réaliser toutes ces choses à la fois ? Certes elle restait prudente, d'instinct et grâce aux réflexions acides d'Elize, sa gouvernante et chaperonne, mais face à sa détresse, face à l'amabilité, la compassion et peut-être aussi la pitié de cet homme, elle ne trouvait pas la force de couper court à leur relation ni même de lui refuser un sourire lorsqu'il tentait de la rassurer, une visite de sa serre lorsqu'il souhaitait les éloigner d'avantage des oreilles indiscrètes, ou même un doux battement de cils lorsqu'il lui offrait un pendentif orné de verveine. Marine était naïve, charmante et désespérée. Face à un si bel homme qui n'hésitait pas à la raccompagner, qui croyait à ses récits, qui souhaitait apparemment l'aider malgré son retrait apparent et qui se posait comme son « obligé », comment pouvait-elle résister à l'envie de prendre sa main afin qu'il puisse la tirer de son sommeil agité ? Même si cela la compromettait toujours, au moins sortirait-elle peut-être de son malaise infernal pour reparaître à la lumière du jour...

Tant de pensées se bousculaient à la frontière de son âme. Tant de questions, de peurs, de joies mêlées. Elle sentait que cet homme, aussi étrange qu'il était, pourrait la sauver de son aphasie. Quoi que pourrait en dire Elize ou ses autres domestiques, quoi qu'en penseraient ses parents depuis la France, Nathaniel serait sans doute celui qui la réveillerait de ce terrible cauchemar et elle était désormais prête à le suivre.


« On n'a qu'une vie, il ne faut pas la gâcher à craindre le lendemain. »

Cet appel à la vie, à la liberté, à l’apaisement de son esprit et de son corps, Marine le désirait plus que tout. Pourquoi passer son temps enfermé dans un cocon de pierre par crainte de se faire dévorer à l'extérieur ? Pourquoi bannir la joie de voir le jour ou la nuit éclairer de leurs astres la terre ?
La chaleur de la serre les étouffa mais Nathaniel aborda enfin le sujet sur lequel la jeune femme souhaitait débattre. Il connaissait quelques astuces pour lutter contre les Vampires et il lui offrit un pendentif contenant de la verveine, une plante qui, selon lui, était capable d'éloigner ces créatures. Non, Marine ne se cacherait plus. Elle lutterait, elle marcherait comme tout le monde, plus éveillée sans doute, sur ses gardes, mais au moins vivrait-elle. Émue et heureuse, Marine accepta le présent et le passa autour de son cou tandis que son teint prenait une teinte de plus en plus vermeil, signe de son prochain malaise et de sa gêne.


- Vous avez raison...Désormais, je me sens plus à même de pouvoir me défendre et d'avancer. Merci...du fond du cœur.

Mais Nathaniel ne fit pas que lui prodiguer ce type de conseil, ni lui offrir un pendentif contenant de la verveine pour éloigner les Vampires, il lui expliqua qu'il pouvait également la mettre en relation avec des chasseurs qui traquaient habituellement les créatures qu'elle redoutait. Cette perspective fascina Marine autant qu'elle l'effraya. S'il y avait des personnes qui s'organisaient pour les éliminer, c'est qu'elles étaient nombreuses et qu'elles rôdaient réellement à l'intérieur même de la ville en masse. Cette idée la figea dans sa peur et elle se sentit soudainement redevenir si petite qu'elle douta de sa crédibilité aux yeux de semblables hommes. Avaient-ils besoin qu'une gamine vienne pleurer sur leurs épaules alors qu'ils s'occupaient déjà de son problème à la racine même de ce dernier ? Elle avait des scrupules, oui, et Nathaniel tenta de la rassurer à nouveau et de la mettre en confiance avec les Hunters. Pour lui, ils l'écouteraient et lui donneraient des informations qui seraient capables de l'éclairer un peu plus sur sa situation et sans doute de l'aider à surmonter ses peurs. Le médium était un homme prévenant et doux. Il ne la forçait à rien, c'était sa décision à elle qui était mise en avant et non pas son conseil. Marine apprécia d'autant plus son aide qu'il semblait parfaitement désintéressé et véritablement soucieux de sa santé. Et puis, il ne cessait ses compliments qui paraissaient sincères et naturels, rehaussant son estime d'elle-même et son courage. C'était un homme vraiment charmant et attentionné. Plus elle l'écoutait et plus elle se sentait capable de se relever de son traumatisme. Il lui expliqua même que l'argent était sans doute un autre moyen d'éloigner les Vampires et que ces derniers craignaient tout autant la lumière du jour. Ainsi Marine comprit-elle qu'elle n'avait pas à redouter leur présence en pleine journée. Cela provoqua chez elle un soulagement incroyablement intense. Enfin, elle pourrait sortir de son domaine et reprendre une vie à peu près normale ! Enfin, elle commençait à mieux comprendre le fonctionnement de ces créatures infernales !

Tant d'émotions et de pensées mirent à mal le cœur de la jeune Desmuguets et, la chaleur de la journée sous la serre, la proximité du médium à ses côtés et son corset un peu trop serré, finirent par lui faire tourner la tête. Une grande bouffée de chaleur monta jusqu'à son visage et elle sentit son esprit s'égarer. Réalisant qu'elle avait atteint ses limites, elle s'était stupidement levée pour tenter de retrouver l'air plus frais du jardin et s'était écroulée dans les bras du jeune homme. Au moment où elle avait basculé en arrière, son réflexe avait été de se rattraper à lui et, dans un regard, elle perdit conscience sur une dernière pensée : celle que cet homme avait décidément de magnifiques yeux d'un vert aussi profond que celui des plantes qu'elle adorait tant.


***************

Lorsqu'elle reprit connaissance, Marine découvrit qu'elle était sur son lit à baldaquins. Murmurant mollement dans les édredons, elle remua pour se redresser un peu. Aussitôt, les deux domestiques qui se trouvaient à ses côtés se chargèrent de la rallonger et de lui tendre de l'eau. C'était Amanda et Sophie. La première enleva du front de sa maîtresse un tissu imbibé d'eau et disparut dans le dressing tandis que la seconde poussa la jeune femme à porter à ses lèvres une coupelle d'eau fraîche. Marine but une gorgée, puis deux, et laissa son corps s'enfoncer de nouveau dans les oreillers qui soutenaient son dos. Elle porta une main à son front et soupira. Que lui était-il donc arrivé ? Pourquoi était-elle sur son lit, en vêtements, sans son corset ? Pourquoi avait-elle si chaud ?
Soudain, la jeune femme se souvint du parc, de la serre, de Nathaniel, de son pendentif, des Vampires...et elle se redressa brusquement en poussant un cri :


- Ho ! Monsieur de Miran ! Où est-il?

Inquiète, Sophie reposa la coupelle d'eau sur la table de nuit et saisit l'éventail de sa maîtresse pour l'agiter devant son visage qui venait de retrouver de vives couleurs.

- Qui ? Madame doit se reposer ! Il faut qu'elle évite de s'agiter de la sorte! Allons, Madame a eu un simple coup de chaud...Vous étiez pâle comme un linge tout à l'heure...Allons...

Marine souffla et se calma un peu. Amanda revint avec un nouveau corset dans les mains et s'inquiéta à son tour :

- Vous vous êtes évanouie dans le parc Madame, c'est Monsieur Courtland qui vous a ramenée. Vous n'auriez jamais dû sortir par cette chaleur...

- Monsieur...Courtland?

Soudain la jeune aristocrate réalisa son erreur. Elle venait de donner le véritable nom de Nathaniel à l'une de ses domestiques en oubliant momentanément qu'il était venu à elle sous une fausse identité. Heureusement, Sophie n'avait pas l'air d'avoir réagi. Sans doute avait-elle mis cette exclamation incongrue sur le compte de l'émotion de sa maîtresse sans prêter une attention particulière à ce nouveau nom qu'elle avait prononcé.

-  Ha...oui...Je me souviens maintenant...Reprit Marine en articulant doucement. Elle hésita un instant. Son esprit était encore embrouillé et elle ne désirait pas commettre d'autres impairs qui pourraient bien provoquer le scandale qu'elle et le médium désiraient tant éviter. Est-il...parti? Où est Elize ?

- Ho non Madame, Monsieur est un gentleman, il attend que vous alliez mieux. Je l'ai vu dans le couloir il y a quelques instants. Je crois qu'il est aussi inquiet que nous. Vous l'auriez vu arriver alors qu'il vous portait dans ses bras ! C'est un homme de caractère en tous cas, Amanda a cru avoir une attaque quand il a commencé à nous donner des ordres...Quant à Elize, elle est toujours au marché.

Marine leva un sourcil et sourit tandis que ses joues reprenaient une teinte calicot. Le médium l'avait donc portée jusqu'à sa demeure avant de la confier à ses domestiques ? C'était une situation bien gênante. Eux qui parlaient de sujets si sérieux, eux qui se rapprochaient lentement dans la serre...
Consciente de ses nouvelles pensées, Marine secoua la tête comme pour remettre ses idées en place et laissa son regard azuré tomber sur le nouveau corset qu'Amanda tenait dans ses mains.


-  Je...Où est passé l'autre? Demanda-t-elle presque aussi timidement que si elle avouait un crime.

- Sur la chaise là-bas. Fit la jeune Amanda en lui désignant le meuble d'un coup de tête. Nous vous l'avons ôté pour que vous puissiez respirer, selon les conseils de Monsieur Courtland.

Les domestiques se jetèrent un regard étrange. Devaient-elles dire à leur maîtresse que le médecin avait menacé de l'enlever lui-même ? Cette inconvenance risquait de la choquer et ce n'était certainement pas le moment de la bousculer d'avantage.

- Qu'y a-t-il ? S'inquiéta Marine en soupçonnant la cachotterie.  

- Rien, Madame, nous nous sommes simplement fortement inquiétées et Monsieur votre médecin nous a paru...comment dire...énervé.

La jeune aristocrate soupira. Au moins était-elle certaine que c'était bien ses domestiques qui lui avaient enlevé cette prison de tissu et de fer et non pas le médium. Qu'il soit arrivé dans la demeure en secouant son personnel lui était bien égal, même si cela lui révélait subtilement qu'il s'était inquiété pour elle...À cette remarque intime, la jeune femme sentit monter en elle une étrange impression, entre la gêne et la joie, une sensation indéfinissable qui se logea un court instant au creux de son estomac.
Lentement, Marine se leva et gagna sa commode avec l'aide de ses domestiques. Attentives à la moindre de ses faiblesses, ces dernières la firent s'asseoir devant son miroir et entreprirent de la rendre un peu plus présentable.

Pendant que Marine reprenait peu à peu ses moyens et laissait son personnel réarranger sa coiffure et lacer dans son dos un corset un peu moins difficile à supporter, Steven Haemfort pénétrait dans le hall d'entrée. Sa présence en ces lieux pouvait avoir été motivée par de nombreuses raisons plus obscures les unes que les autres. Il pouvait être venu pour s'excuser au sujet de son comportement de la veille, tout comme il pouvait être là pour s'assurer que Marine ne parlerait jamais de cette histoire...Chantage, suspicion, menace, nouvelle romance...tout était possible avec un homme de cet acabit. La jeune femme ne désirait pas le revoir, pour rien au monde. Cet homme était dangereux et son attitude lors de la séance de spiritisme en faisait un suspect particulièrement louche dans toute cette histoire. Heureusement, Nathaniel le repéra le premier. Après l'avoir observé en secret depuis l'étage, le médium fut aussi efficace que malin. Il réussit en effet à éloigner l'indésirable grâce à son rôle de médecin et à une domestique qui passait par-là. Prétendant que Marine devait se reposer, il envoya la domestique congédier Steven sans pour autant se confronter à lui et risquer de dévoiler toute la supercherie. Nathaniel était un homme plein de ressources et son intelligence venait de sauver la jeune femme d'une situation des plus désagréables. La pauvre avait déjà eu son lot de mauvaises surprises depuis la veille. Tout ce qu'elle désirait maintenant c'était oublier définitivement les Haemfort dès qu'elle aurait compris, via Nathaniel, les motivations de cette sombre famille afin de satisfaire ce qu'il lui restait de curiosité, mais elle ne désirait pas enquêter elle-même et interagir d'avantage avec cette famille qu'elle jugeait désormais comme définitivement criminelle et sombre.
Si la jeune femme avait été obligée de recevoir cet homme, sans doute aurait-elle perdu de novueau connaissance tant sa présence aurait ravivé son malaise. Le stress, la panique, la peur, toutes ces émotions l'auraient éteinte d'un souffle. Sans le savoir, alors qu'elle se repoudrait un peu le nez, Nathaniel venait de la sauver une nouvelle fois.

Enfin, plus présentable, abordant toujours sa robe verte, sans le châle cette fois, avec un corset moins épais mais tout aussi travaillé que le premier, Marine voulu se lever pour retourner auprès du médium afin de s'excuser et de le remercier chaleureusement. Mais elle dû se rasseoir aussitôt à cause d'un terrible vertige qui brouilla immédiatement ses sens et particulièrement celui de son équilibre. Ses domestiques l'aidèrent alors à rejoindre un fauteuil moelleux, fait de soie blanche et rose, avant de lui apporter un verre d'eau fraîche.
Après quelques dizaines de minutes, la jeune femme se sentit mieux. Elle demanda à Amanda d'aller quérir « Monsieur Courtland » qui devait s'impatienter. Au fond de son cœur, la belle espérait que Nathaniel ne serait pas fâché de l'attente et qu'il serait encore présent à ses côtés pour un moment. Elle se mit à tripoter le médaillon qu'elle avait remis autour de son cou.

Lorsque le médium entra dans la chambre dont la porte fut ouverte par la jeune domestique qui se retira aussitôt, Marine fit signe à Sophie de reprendre sa place, en retrait, afin de la laisser converser avec le « médecin » à son aise. Elle l'accueillit avec un sourire gêné, le regard quelque peu fuyant, tandis qu'elle laissait retomber le médaillon sur sa poitrine.


- Ha Monsieur Courtland, je suis terriblement confuse ! Mes domestiques m'ont expliqué que vous m'aviez portée jusqu'ici...Je vous en suis fort reconnaissante...Pardonnez-moi...J'ai été sotte de sortir par cette chaleur. Voyez, je dois conserver les rideaux à demi-tirés maintenant. Cela m'arrive régulièrement...

Avec un signe de tête, Marine fit amener à Nathaniel un autre fauteuil afin qu'il puisse s'asseoir en face d'elle. Lorsque le jeune homme fut installé, elle plongea son regard d'azur dans le sien et rougit.

- Décidément, ma santé me fait défaut. Je...

C'est alors qu'un cri retentit dans le couloir. Très distinctement, la voix d'Elize vibra dans l'air:

- Comment ?! Ah ! Je le savais ! Je ne peux pas la laisser cinq minutes toute seule ! Il faut qu'elle n'en fasse qu'à sa tête ! Je lui avais bien dit ! Je m'en doutais ! Je le savais bien que cet homme n'était pas de ceux que l'on fréquente ! Je l'ai vu dès le premier coup d'oeil ! Mon instinct ne me trompe jamais !

Le teint de Marine vira au cramoisi et elle se redressa d'un air terriblement outré en jetant un regard noir à la porte tandis que Sophie serrait les dents dans une expression dramatique. Comment Elize pouvait-elle se permettre de beugler de la sorte dans le couloir sans savoir si le médecin était sorti ou pas ? Quel manque d'étiquette ! Quelle insulte ! C'était un de ces affronts que l'on ne rencontrait pas souvent dans une maison bien tenue et qui donnait sans l'ombre d'un doute une image cruellement malsaine de la famille au sein de laquelle un semblable débordement était possible. Elize entra alors dans la pièce. Son chignon était toujours tiré en arrière mais son visage déjà sévère était, cette fois, entièrement décomposé par la colère.

- Si Madame arrêtait de faire l'idiote peut-être qu'elle trouverait un bon parti un jour ! Ses parents vont finir par la ramener de force ! Un nouveau médecin ! Pff ! Un inconnu ! C'est n'import...

La gouvernante se stoppa net lorsqu'elle trouva sa jeune maîtresse en compagnie de ce même homme sur lequel elle était en train de déverser toute sa colère. Sa phrase se perdit dans un râle ridicule et son regard fixa un moment celui du médium tandis qu'elle prenait une expression stupide. Marine serra les poings et se leva d'un bond, folle de rage.

- Elize ! Comment osez-vous ?! J'écrirai à mes parents à votre sujet, soyez-en certaine ! N'a-t-on jamais vu pareille humiliation ! Monsieur Courtland est là pour m'examiner, que vous le vouliez ou non ! Jusqu'à présent c'est la seule personne qui a pu soulager un tant soit peu mon mal ! Sortez ! J'ai dis : sortez!

Pointant du doigt la porte dans un geste impérieux, Marine jeta également un regard à Sophie qui tremblait d'émotion. Son air niai acheva de la rendre furieuse.

- Vous aussi ! Sortez toutes les deux ! J'en ai plus qu'assez de vos manigances, de vos jérémiades et de votre inefficacité ! Un aiguière a plus de compassion et de raison que vous toutes réunies ! Sortez!

Elize avait pâli comme jamais. Les menaces et la colère de sa maîtresse semblaient avoir eu l'effet d'une véritable gifle sur elle. Elle reconnaissait avoir agi comme une paysanne sans éducation et avoir mis la jeune Desmuguets dans une situation délicate avec ses invectives. Bientôt, elle déglutit et se mit à bégayer un « Veuillez m'excuser » avant de sortir d'un pas rapide. Sophie, elle, resta un moment bouche bée avant de s'enfuir les larmes aux yeux. Marine se leva alors pour refermer la porte d'un geste brusque. Adossée contre cette dernière, la jeune femme poussa un soupir de fatigue intense et resta silencieuse un moment.
Si elle s'écoutait, elle partirait refaire sa vie ailleurs, loin de ce personnel choisi par ses parents, loin de cette maison et de ses murs à oreilles. Elle voulait disparaître, se cacher dans un coin de paradis à l'autre bout du monde. La fatigue gagnait chacun de ses membres et son cœur battait la chamade. N'aurait-elle donc jamais la paix ?

Revenant lentement vers Nathaniel, Marine hésita, rouge de honte.


- Veuillez m'excuser. Je ne sais pas ce qui lui a pris...Je suis confuse...terriblement confuse...Je crois que nous n'aurons jamais la paix pour discuter de ce qui nous a rassemblés ici...Je suis navrée...

En prononçant ces mots, Marine réalisa alors qu'elle se trouvait dans sa chambre seule avec un homme pour la première fois de sa vie, sans chaperon, sans domestiques, sans amis, sans parents...C'était une situation tout à fait inconvenante, d'autant que Nathaniel n'avait jamais été annoncé comme son amant officiel (et ne le serait sans doute jamais) et qu'il lui était en vérité quasiment totalement inconnu.
Attrapant vivement son éventail sur sa table de chevet, la jeune aristocrate l'ouvrit pour s'éventer un peu le visage et en cacher les nouvelles rougeurs.


- Nous devrions regagner le salon...

[HRP/ Idée pour la suite: si l'on va dans le salon, Amanda demandera si "Monsieur reste manger ce soir?" héhé.../HRP]
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Nathaniel de Miran
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MessageSujet: Re: Éclosion [Nathaniel, Marine] [16/03/42] Mar 5 Aoû - 22:37

Depuis qu'il avait porté Marine de la serre où elle avait fait son malaise, jusqu'à sa demeure où on la prit en charge, Nathaniel avait patienté en arpentant le couloir de l'étage. Il avait laissé faire les domestiques de la jeune femme non sans leur avoir donné quelques directives assez strictes mais efficaces. Il avait donc pu observer du coin de l'oeil le personnel de la jeune femme entrer et sortir de la chambre d'un pas précipité, l'une chargée d'une cruche d'eau, la seconde d'une serviette propre et la troisième apportant les sels de la jeune femme. A l'image de toutes les femmes de la noblesse de son époque, Marine s'était emprisonnée dans un corset bien trop serré qui avait fini par avoir raison d'elle. Rien d'insurmontable, c'était même quelque chose d'on ne peut plus banal, elle s'en remettrait très vite. Sa vie n'étant pas en danger, et sachant qu'il leur serait dorénavant un peu plus difficile de parler aussi librement que lorsqu'ils s'étaient retrouvés seuls dans la serre, il aurait pu choisir de prendre congé et s'éclipser, prétextant qu'il avait d'autres affaires en cours et qu'il lui souhaitait un prompt rétablissement, mais il n'en n'avait rien fait, et à vrai dire il s'en félicita lorsqu'il aperçut Steven Haemfort se présenter chez les Desmuguets. Sans son intervention salvatrice, Marine aurait reçu de la visite, une visite qu'en cet instant elle aurait tout bonnement été incapable d'accueillir sans se trahir. Le serait-elle un jour ? Il en doutait fort, mais si cela devait se produire cela ne pouvait être aujourd'hui. Encore bien trop émotive et fragile, Steven Haemfort aurait très vite comprit toute l'aversion qu'elle éprouvait à son encontre mais également tous les soupçons qu'elle portait sur sa personne. Bien que dans la demeure des Desmuguets, nul ne sait comment un esprit aussi perturbé et dangereux que le sien aurait réagit en se sentant en danger, face à une femme seule et ses domestiques. Haemfort n'était pas totalement stupide, mais un « accident » était si vite arrivé. Sous couvert de son identité de médecin, il était parvenu à le faire congédier sans le moindre mal et surtout, sans se faire voir. Si Haemfort était parvenu à rester, il n'aurait pu dissimuler sa présence plus longtemps et aurait été aussitôt démasqué. Tant d'événements auraient alors pu en découler, mais malgré leur diversité, ils avaient tous un seul point commun : les conséquences en auraient été désastreuses autant pour Marine que pour lui.
Cet homme devenait de plus en plus dangereux, il allait falloir qu'il s'en débarrasse au plus vite, ne serait-ce que pour sa tranquillité d'esprit. Il espérait que Laïla était parvenue à obtenir des informations dont il pourrait se servir.

Hormis cet incident, il en avait profité pour admirer à loisir les différents tableaux qui y étaient exposés. Loin d'être un artiste dans l'âme, il savait néanmoins apprécier certaines oeuvres d'art quand il lui était donné d'en voir, et la collection de Marine comportait de très belles pièces, dont une particulièrement qui avait su attirer son regard par l'atmosphère mystérieuse qui s'en dégageait. Il s'agissait de la représentation d'un manoir peint sous un clair de lune resplendissant. Le tableau ne portait pas de titre mais la signature de l'artiste dans le coin inférieur droit était parfaitement lisible : 1812 J.A. McDonnell. Etait-ce l'artiste d'une seule oeuvre ? Cela aurait été fort dommage au vu de son talent mais il n'était pas rare que ce genre de chose ne se produise, et bien qu'il ne prétendait pas connaître tous les grands artistes de son temps, le nom de J.A. McDonnell lui était parfaitement étranger.

Il fut tiré de sa contemplation par une domestique qui vint l'informer poliment que Mademoiselle avait retrouvé contenance et qu'elle le réclamait. Sans un mot, Nathaniel suivit la femme qui était venu l'avertir et qui le conduisit jusqu'à une porte qui était restée close, derrière laquelle se trouvait la chambre de la jeune femme. Lorsqu'il pénétra à l'intérieur de son intimité, il la jugea à l'image de la maitresse de maison. C'était une chambre intimiste, décoré avec goût, et qui laissait deviner certains de ses loisirs comme la lecture, s'il en jugeait par le livre qui reposait sur la table de nuit, ou le bouquet florale qui donnait une touche de féminité à l'ensemble.
Au centre de la pièce, confortablement assise dans un fauteuil au tissu de velours, Marine lui faisait face et lui adressa l'un de ces petits sourires timides. Elle portait toujours sa robe verte, mais avait au moins eut le bon sens d'abandonner son châle, et à son cou, brillait toujours le pendentif qu'il lui avait offert. Un pendentif dont elle n'était pas prête de se séparer, non pas parce qu'elle éprouvait envers ce cadeau une quelconque valeur effective mais bien parce qu'il était devenu un talisman qui saurait la protéger de ces créatures de la nuit, qui l'avait tant terroriser au point que, traumatisée, elle était restée vivre en recluse chez elle, se coupant du monde et de la société. Il lui faudrait encore un peu de temps pour surmonter son traumatisme et réapprendre à vivre normalement, mais elle était sur la bonne voie.

A quelques pas, derrière la jeune femme, se tenait en retrait l'une des domestiques qui s'était occupée de Marine lorsque cette dernière avait eut son malaise. Sa présence permettait de répondre aux moindres exigences de sa maîtresse si jamais elle éprouvait le moindre besoin, mais sa présence dans cette chambre était avant tout imposé par l'étiquette. Comme la bienséance l'exigeait on ne pouvait laisser seuls un homme et une femme qui n'étaient pas liés par les liens sacrés du mariage dans un lieu si intime. Il jeta un rapide regard sur l'insignifiante jeune femme avant de se reposer sur Marine qui avait reprit ses charmantes rougeurs qui coloreraient à nouveau ses joues encore bien pâle, tandis qu'un discret sourire embarrassé se dessina sur ses charmantes lèvres rosées. La jeune femme était affreusement confuse de la situation dans laquelle elle s'était mise, et lorsqu'elle mit la faute sur la chaleur Nathaniel afficha un petit sourire amusé

-Au Maroc les chaleurs sont bien plus insoutenables qu'ici, pourtant aucune femme ne fait de malaise, alors qu'en Europe, c'est l'hécatombe. La chaleur n'est pas le seul facteur à accabler, votre corset bien trop serré est bien plus responsable de cet état de fait, sans oublier la présence de votre châle qui, bien que vous le portiez à ravir, n'était peut-être pas nécessaire.

C'était un petit trait d'humour mais non moins dénué de bon sens. Plusieurs facteurs entraient en ligne de compte pour expliquer l'état de faiblesse dans lequel s'était trouvée la jeune femme.

-S'ajoute à cela le manque d'appétit et de sommeil dont vous avez été la victime ces dernières semaines, et je m'étonne que ce ne soit pas arrivé plus tôt ni plus fréquemment. Mais à compté de maintenant, le plus dur est derrière vous, lui assura-t-il en intensifiant son regard.

Et pour cause, ils en connaissaient tous deux la raison. Du point de vu de la servante, le médecin qu'il était censé être pronostiquait les différentes causes du malaise qui l'avait assaillie durant leur visite dans la serre de la jeune femme, tout en évoquant à demi mot une remède miracle qui semblait agir pour calmer et dissiper les angoisses de madame.

- Vous avez meilleur mine et je m'en réjouis, et si je puis me permettre, rajouta-t-il en descendant son regard sur le pendentif qu'elle portait toujours, (en fr.) Il vous va à ravir,

Marina invita sa domestique à installer un autre fauteuil, face au sien afin que le médium puisse y prendre place à son tour, ce qu'il ne se fit pas prier de faire.

Nathaniel jambes croisé, les mains l'une dans l'autre, fixait la belle aristocrate. Il s'apprêtait à lui dire que sa santé ne lui faisait pas défaut et que très vite elle se remettrait de toutes ces mésaventures mais il n'en n'eut pas l'occasion car une voix tonitruante se mit à vociférer dans toute la maison. Quelque chose lui disait que l'hostile Cerbère était de retour... Et de toute évidence, elle ne le portait pas dans son cœur. Elle avait sentit le danger qui émanait de sa personne, à moins qu'elle ne fut tout simplement l'une de ces vieilles filles acariâtres qui ne supportait pas que sa jeune et jolie protégée attire les regards de la gente masculine. Nathaniel ne fit pas un geste, ni ne prononça le moindre mot, se contentant simplement de glisser tranquillement son regard de la porte clause de la chambre à Marine qui était violemment devenue aussi rouge qu'une tomate. De honte, de colère, de gêne,... Le regard si doux et chaleureux qu'elle lui avait adressé quelques secondes plutôt était devenu aussi hostile et glacial que les vastes plaines de la Sibérie. Le regard bleu océan s'était transformé en un regard assassin. Un petit sourire mesquin était alors apparu sur ses lèvres. La gouvernante allait prendre cher pour son insolence...

Lorsque la porte s'ouvrit, la femme toujours ivre de colère se mit à tempêter à la fois à l'encontre de Marine et son comportement qu'elle jugeait d'inqualifiable avant d'enchainer sur lui. Lui, dont elle n'avait toujours pas remarqué la présence puisque le fauteuil dans lequel il avait prit place était dos à la porte et dissimulait totalement sa silhouette à sa vue. Il était fort intéressant et instructif de prendre connaissance des pensées les plus profondes de cette femme quand à la relation qu'il entretenait avec Marine. Une relation qui, pour une fois dans sa vie, ne prêtait nullement à rougir, du moins.... pour le moment. Il ne put s'empêcher toutefois d'être fort surprit par le ton qu'elle se permettait d'employer avec la jeune femme qui lui faisait face. Comment une simple domestique pouvait-elle se permettre de hausser le ton de la sorte envers sa maitresse ? Aussi loin qu'il se souvienne, un tel comportement, une telle insolence, n'aurait jamais été toléré chez le Comte de Miran. Même s'il devait lui reconnaitre qu'elle n'était pas dupe en ce qui le concernait, et que comme elle l'affirmait son instinct était effectivement redoutable. Oui, elle avait raison lorsqu'elle prétendait qu'il n'était pas de ces hommes qu'une femme comme Marine pouvait fréquenter, mais qui était-elle, elle, pour oser se permettre de tenir ce genre de propos ? Elle, une pauvre domestique ! Décidant de manifester sa présence pour confondre l'insolente, le médium se décala légèrement et sans un mot jeta son regard venimeux sur la femme qui stoppa net ses allégations outrageantes en prenant conscience de sa présence. Se saisissant de ce moment de confusion extrême dans laquelle se trouvait cette pauvre femme, Marine se leva d'un bond de son fauteuil. Elle était littéralement folle de rage, et on ne le serait à moins en pareille situation.

La gouvernante de Marine avait été complétement abruti lorsqu'elle prit conscience de sa présence, et sa phrase encore pleine de fiel s'était suspendue dans un râle ridicule. Ses petits yeux ronds de cocker apeuré se posèrent sur lui, qui la fixait de son regard de prédateur. Un regard froid, implacable, et narquois, en cet instant, il jouait de son pouvoir. La pauvre femme était réduite à sa merci, ou serait-il plus juste de dire à la merci de Marine. Cette dernière lui fit de sérieuses remontrances, qui, à l'en croire, n'était rien face à ce qui l'attendait lorsqu'elle aurait informé ses parents de son comportement inexcusable et outrageant. Prenant sa défense, plongée dans une colère noir, la jeune aristocrate ordonna à Elize de quitter la pièce sur le champs. Mais l'austère vieille femme ne fut pas la seule à subir les foudres de la jeune femme, puisque la domestique, présente dans la chambre depuis le début de leur entretien, fut elle aussi congédiée sans ménagement, sous le regard impassible de Nathaniel qui s'était contenté de glisser son regard sur la pauvre jeune femme sur le point de fondre en larmes. Elle qui s'était contentée de se liquéfier sur place en entendant sa supérieur vociférer à l'encontre du médecin était pourtant restée silencieuse ne cherchant nullement à intervenir. Qu'aurait-elle pu faire de toute manière ? Tenter de prévenir la gouvernante était inutile, il était déjà beaucoup trop tard, le mal était fait avant même qu'Elize n'ouvre la porte. Il avait été bien plus judicieux de se taire, mais cela n'avait guère suffit pour éviter les foudre de la jeune Desmuguets.

Les paroles de Marine eurent l'effet escompté et s'est mortifiées que les deux femmes se retirèrent, les laissant seuls dans la chambre de la jeune femme. L'équilibre était rétablit. Marine était peut-être jeune, mais c'était elle la maitresse de maison, elle et nulle autre. Une fois qu'ils furent seuls, elle referma la porte derrière ces deux idiotes, et s'y appuya en poussant un soupir.

- Une aiguière à plus de compassion ? Répéta-t-il amusé par la remarque que la jeune femme avait adressé à ses deux servantes

Cette petite boutade avait pour but de lui montrer qu'il ne lui tenait nullement rigueur de ce qui venait de se produire, mais toujours confuse, rouge d'embarras qu'elle revint vers lui, en lui présentant toutes ces plus plates excuses, bégayant qu'ils n'auraient probablement jamais la paix. Nathaniel l'observa sans dire mot. C'est alors que Marine sembla réaliser la situation dans laquelle elle venait de se mettre en congédiant ainsi ses deux domestiques sous le coup de la colère. La jeune femme se retrouvait seul, avec lui, dans sa chambre de jeune fille, sans chaperon pour les surveiller. Un situation qu'il n'aurait jamais manqué, en tant normal de profiter. De plus en plus rouge, Marine attrapa son éventail et s'éventa pour calmer son nouveau coup de chaud, ce qui ne manqua pas de tirer un sourire à Nathaniel. Décidément, plus elle était confuse et intimidée et plus elle lui plaisait. Comme si elle avait pu sentir le danger à rester seule avec lui, embarrassée par cette situation dans laquelle elle s'était mise toute seule, elle lui proposa de regagner le salon en sa compagnie.

- Pourquoi ferions nous cela ? Lui demanda-t-il nullement décidé à s'en aller pour le moment. Vous avez chassé vos domestiques qui ne sont plus prêtes de revenir, surtout après un tel outrage. Nous sommes seuls à présent, n'est-ce pas ce que nous recherchions ?

Il se leva de son fauteuil pour la rejoindre. Une fois à sa hauteur, il referma sa main sur la sienne qui tenait son éventail pour lui faire cesser de s'éventer afin qu'elle se calme. Puis, Captant son regard, il l'invita à reprendre place dans son fauteuil

- Peu importe ce qu'il se dit, elles sont en tort, vous êtes leur maitresse et ce n'est pas à de simples domestiques de vous dicter votre conduite.

Il lui servit un verre d'eau avant de se diriger tranquillement vers la fenêtre dont les rideaux étaient tirés. Il écarta légèrement les pans du rideaux pour regarder au-dehors puis, il se retourna vers elle pour lui faire face, les mains croisées dans son dos.

- (en fr.) Courtland est le nom de famille de la Comtesse de Miran. Elle était issue de l'aristocratie anglaise et a épousé le Comte Guillaume de Miran, mon père, suite à un arrangement entre leur deux familles, mais je n'ai pas besoin de vous expliquer comment ça se passe. Je suis leur fils unique. Comme la plupart des aristocrates mes parents n'avaient plus guère que leur noms et leur titre auquel se raccrocher. Pour ma part, j'étais promis à la fille de la famille des Vallière, une jeune femme que je n'ai jamais eut le loisir de rencontrer.

Il se tut durant un instant. Hormis Laïla qu'il avait apprit à considérer comme une jeune soeur impertinente, il ne s'était jamais autorisé à parler de son passé avec quiconque. Pourquoi avec Marine ? Parce qu'elle s'était ouverte à lui ? La belle affaire, il n'était pas tenu d'en faire autant. Parce qu'elle lui avait demandé qui il était ? Guère suffisant pour qu'il concède à révéler des choses aussi personnelles. Parce qu'elle ne savait pas à qui elle avait à faire et que pourtant elle ne cessait de le défendre et de le protéger ? Parce qu'il lui devait bien ça ? Il ne devait rien à personne. Alors pourquoi ? S'il le faisait, s'il agissait de la sorte, c'était uniquement parce qu'il le voulait bien et parce qu'il en avait décidé ainsi, et pour nulle autre raison.


- (en fr.)Mon "don" s'est manifesté depuis mon jeune âge. D'où vient-il ? Je l'ignore toujours est-il qu'il fait parti de moi. Mon père a aussitôt vu là le moyen de s'enrichir. Il a donc tenté de l'exploiter en organisant des séances de spiritisme. Mais son avidité a fini par causer sa perte, et le nom des de Miran a commencé à être trainé dans la boue. Il était de plus en plus difficile de supporter les médisances que nous entendions, après tout, nous étions d'ascendance noble. Pour sauver les apparences, le Comte, l'instigateur de toute cette triste histoire, a choisit de nous répudier ma mère et moi. La Comtesse ne s'est jamais remise de cet outrage et en est morte. Ce don que vous exécré et auquel vous avez beaucoup de mal à croire, je l'ai souvent détesté moi aussi et probablement bien plus que vous. Mais plus à présent.

Son regard se leva sur Marine et trahissait une certaine force, une certaine conviction aussi.

- (en fr.) Avec le recul je réalise qu'il m'a beaucoup apporté. Je m'estime même plutôt chanceux. Tout ceci m'a permit d'échapper à une vie faite d'étiquette, d'obligations et de faux semblants. J'ai pu voyager, découvrir du pays, rencontrer des personnalités que je n'aurais peut-être, en temps normal, pas eut la chance de rencontrer dans d'autres circonstances. Vivre une vie de liberté loin du carcan social qui vous emprisonne et vous donne la sensation d'étouffer. Fit-il en observant Marine, dont la même soif de liberté se reflétait dans le bleu de ses yeux.

Peu de personne pouvait comprendre ces paroles qu'il prononçait. En général, la classe aristocratique était fière de la vie qu'elle menait, se croyant au-dessus de tout et de tout le monde. Abandonner leur petit confort, leurs petites habitudes et leur vie bien rangé était tout simplement inconcevable, sauf pour quelques excentriques. Marine n'était pas une excentrique mais elle aussi avait soif de liberté. Elle aussi rêvait d'indépendance.


- (en fr.) Je n'ai jamais réellement vécu dans le besoin mon don m'a permit d'en vivre plutôt aisément. Seul héritier des Courtland j'ai hérité, à leur mort, de tout leurs biens, du moins, de tout ce que mon père n'avait pas encore dilapidé avant d'avoir répudié ma mère. C'est ce qui m'a permit de revenir dans les hautes sphères de la société. Aujourd'hui, je suis bien plus riche que ne l'a jamais été le Comte même si je n'ai plus de titre. Voilà qui devrait répondre à votre question « qui suis-je ? »

Question qu'elle lui avait posé alors qu'ils se promenaient tranquillement dans les jardins, et qu'il avait pourtant si habilement esquivé. Il y avait également une autre question qu'elle avait formulé et à laquelle il n'avait pas répondu : avait-il lui aussi, déjà rencontrer des vampires ?

- (en fr.) Tout ce que je sais sur les vampires, c'est également à mon don que je le dois. Vous m'avez demandé si j'avais déjà eut à faire à un vampire, la réponse est oui, mais pas directement. La première fois que j'ai entendu parler de ces créatures, c'était à travers des légendes qui se racontaient. Des histoires auxquels je n'ai jamais prêté attention que je considérais appartenir à un quelconque folklore. Des croyances qui n'étaient pas les miennes, mais j'allais très vite découvrir que tout ceci était hélas bien réelle. C'est à Breslau, en Prusse, que j'ai eut à faire pour la première fois à un vampire. Je suis très bien placé pour comprendre ce que vous avez pu éprouver en ayant été non seulement confronté à l'une de ces créatures mais également en découvrant leur existence aussi violemment. Vous ne pouviez trouver d'oreille plus attentive, mais il est vrai que si je n'avais connu d'expérience similaire je ne me serais peut-être pas montré aussi réceptif.

Nathaniel ne tenait pas vraiment à relater dans son intégralité les faits exactes de cette première rencontre avec un vampire, préférant passer sous silence ses moments de pures lâchetés qui n'étaient guère valorisant. Son regard émeraude fixa la jeune femme attendant ses réactions. Elle voulait en savoir plus sur lui, il venait de se dévoiler. Allait-il le regretter ? Il serait très vite fixé.
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Marine Desmuguets
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MessageSujet: Re: Éclosion [Nathaniel, Marine] [16/03/42] Dim 17 Aoû - 1:52

Ah comme la jeune Desmuguets avait rougi lorsque Nathaniel était entré dans sa chambre pour lui demander comment elle se portait ! Cette situation l'avait réellement affreusement embarrassée. Heureusement, le jeune homme, qui se présentait sous la fausse identité de Monsieur Courtland, son nouveau « médecin », s'était contenté de quelques paroles bienveillantes, même si son sourire ironique n'avait pas échappé à la jeune aristocrate. Devant les domestiques, il avait parfaitement joué son rôle d'homme savant et il lui avait expliqué pourquoi les femmes de son acabit étaient souvent sujettes aux évanouissements. Pour lui, il était évident que les européennes serraient trop fortement leurs corsets et que leurs manies de porter des manches longues ou des châles y étaient pour beaucoup dans ce genre de situation. Marine était bien d'accord avec le médium, mais la société était ce qu'elle était. Une femme sans corset était une domestique ou une souillon, une paysanne mal coiffée, une dévergondée...Sans doute le serrerait-elle un peu moins à l'avenir, mais la taille fine était décidément privilégiée dans son monde et, même pour elle qui aimait le confort et la liberté, ne pas porter de corset ou mal le lacer était esthétiquement inconcevable. Le châle, lui, avait effectivement été de trop et elle le reconnaissait bien. C'était un vêtement qu'elle aurait pu enlever sans paraître stupide ou vulgaire. Cependant, Nathaniel ne lui inspirait pas encore assez confiance pour qu'elle ose ne serait-ce que dévoiler ses épaules. Elle était prude et les codes restaient stricts lorsqu'il s'agissait de rapports homme-femme.

- Vous êtes allé au Maroc ? Oh comme je vous envie ! J'aimerai voyager et découvrir ce genre de pays ! Oui...vous avez raison...le châle était sans doute de trop...

Marine avait sourit malgré sa gêne et sa honte. Nathaniel de Miran n'était pas un médecin mais ses conseils lui semblaient cependant très justes. C'était un médium, un homme particulièrement intriguant dont on pouvait aisément douter. Pour la jeune aristocrate, il représentait un certain danger et elle s'en était naturellement méfié depuis leur rencontre chez les Haemfort. Pourtant, leur promenade dans le parc et l'aimable cadeau qu'il lui avait fait dans la serre avaient poussé la belle à le regarder d'un autre œil, déjà plus sympathique, peut-être même plus confiant. Contre toute attente, Nathaniel s'était révélé attentionné et aimable. Il semblait avoir pris son mal à cœur et il lui apportait aujourd'hui réconfort et solutions. Plus elle le découvrait et plus elle s'en voulait de l'avoir considéré comme un charlatant lors de leur séance de spiritisme. Aussi, lorsqu'il avait ajouté à ses réflexions son manque d'appétit et de sommeil, Marine avait-elle de nouveau rougi en songeant que le jeune homme avait décidément fort bien compris et retenu sa situation. Elle qui avait cru dans le parc qu'il ne se préoccupait pas réellement de ses problèmes, se retrouvait de plus en plus prise au dépourvu face à son implication. Son dernier regard, alors qu'il lui disait que le plus dur était derrière elle, lui avait même insufflé un instant d'espoir fou : le médium avait raison, maintenant qu'elle était « armée » contre ses démons grâce à son pendentif, et qu'elle l'avait lui pour mieux les connaître, que ce soit via les Hunters qu'il pouvait lui faire rencontrer ou grâce à son propre savoir, elle pourrait combattre ses peurs et rêver à un nouveau départ. Leur complicité lui avait fait tellement plaisir qu'elle n'avait pas pu s'empêcher de porter la main à son cou pour toucher le médaillon rempli de fleurs de verveine ainsi que de s'embrouiller un peu.

- Oui !..Oui...C'est vrai. Je...Vous avez raison! Le plus dur est passé.

Il avait même réellement semblé heureux de constater que sa mine était meilleure et il l'avait de nouveau complimentée en lui disant que son présent lui allait à ravir. Marine en était venue à ne plus réussir à réprimer ses sourires. Elle avait été agréablement flattée, d'autant qu'il avait utilisé sa langue natale pour donner à ses mots plus d'intimité. C'était une chose qu'elle n'avait encore jamais vécu, malgré les nombreux hommes qu'elle avait déjà croisés dans les soirées mondaines. Jusqu'à présent, aucun n'avait ainsi usé du français pour lui parler en secret. C'était nouveau pour elle et follement excitant.

Elle se remettait ainsi tranquillement de son malaise, tout en appréciant la présence de Nathaniel lorsque Elize était entrée en furie, assaisonnant sa maîtresse et le médium d'insultes grossières...Ah comme elle s'était sentie humiliée par l'attitude de sa gouvernante ! Même si cette dernière n'avait pas prévu de trouver Miss Desmuguets dans sa chambre, et encore moins son invité, rien ne pouvait excuser un tel comportement venant d'une domestique. Marine était entrée dans une froide colère pour récupérer sa place hiérarchique et pour défendre le médium. Puis elle avait congédié la vieille femme de la manière la plus sèche possible. Exaspérée par cette insupportable mégère et par la mollesse des autres domestiques qu'elle considérait comme des impotentes, la jeune aristocrate avait même demandé à la jeune Sophie de suivre le mouvement de son aînée avant de claquer la porte derrières elles deux.
Finis les regards sombres, les yeux d'Argus et les langues de vipères ! Terminés ces simagrées, ces murmures et ces maladroits services ! Elle avait besoin d'intimité et de calme ! Elle voulait gérer son espace comme elle elle l'entendait, parfaitement à sa guise, sans personne pour lui faire la morale ! Ses parents l'avaient parfaitement éduquée et ces précautions avaient été mises en place pour son bien, mais la belle française ne comptait pas supporter plus longtemps cette grossière mascarade. Pour l'heure, son invité avait été insulté, sous son toit, et les mots lui manquaient pour exprimer sa terrible gêne. Nathaniel commençait à soulager ses nombreux maux et ce n'était certainement pas dans une telle ambiance qu'il allait continuer à l'aider.
Heureusement, le médium lui avait souri et il s'était contenté de répéter une de ses répliques qu'il avait trouvée amusante avec la comparaison qu'elle avait faire entre ses domestique et une aiguière. Marine laissa échapper un petit rire nerveux, soudainement consciente de ses propos.


- Je...Haha ! Oui...C'était saugrenu...Je suis ridicule...!

Puis, elle se rendit compte qu'ils étaient seuls et elle comprit son erreur : elle se trouvait désormais dans une situation que l'étiquette condamnait grandement. Se retrouver ainsi seule avec un homme, dans sa chambre de jeune fille, ne lui était encore jamais arrivé. Sans chaperon, sans domestiques, sans parents, elle se sentit soudainement à découvert, comme perdue au milieu d'un vaste prés interdit, prête à devenir la proie d'un loup qui rôdait dans les hautes herbes. Prenant son éventail comme excuse pour dissimuler ses pommettes rougissantes d'émotion, elle proposa rapidement de se diriger vers le petit salon pour discuter afin de retrouver un cadre plus sain pour sa réputation.
C'est alors que les paroles du médium la glacèrent d'effroi : il ne comptait pas sortir de la chambre. Son ton, sa voix, son regard, ses mots...Tout ces éléments firent frémir la jeune femme de terreur. Pourquoi avait-il décidé de rester-là ? Pourquoi se levai-il maintenant ? Non...Il ne devait pas venir si près...Pas ainsi...Pas maintenant...


- (en fr.) Je...Monsieur nous...

N'était-ce pas ce qu'ils voulaient : être seuls pour discuter ? Si...Mais pas en un tel lieu. Le parc avait déjà été une erreur, la chambre ne pouvait qu'être pire ! Que diraient ses parents lorsqu'ils apprendraient toute cette histoire ? Elize avait outré Nathaniel, elle avait réagit avec colère et empressement et maintenant elle se retrouvait coincée avec cet homme, un médium, un imposteur, un renard...Pourquoi se rapprochait-il ?
Marine paniqua. Dans son regard azuré, la peur prit une place considérable. Son cœur s'accéléra à mesure que Nathaniel venait vers elle. Lentement, elle recula d'un pas, puis de deux. Son éventail s'agita avec de plus en plus de force. Elle se sentit mal. Une bouffée de chaleur lui monta au visage. Elle était perdue.
Puis il y eut le contact de la main du jeune homme sur la sienne. Elle eut comme un sursaut, prête à se dégager avec force s'il le fallait. Mais, doucement, le médium referma sa paume sur elle pour l'aider à se calmer et pour stopper le mouvement qu'elle exerçait avec l'éventail. Marine ne respirait plus, crispée de toute son âme, son regard fixé dans le sien. Mille et une pensées lui traversèrent la tête en cet instant. De la peur panique du monstre qu'il pouvait représenter pour elle, au plus sensuel des tableaux, son esprit s'affola. Ses lèvres se décollèrent lentement...


- (en fr.) J...

Mais les mots ne venaient pas. Elle ne savait plus que faire, ni quoi dire. Son front et ses joues brûlaient d'un feu ardent. Son cœur semblait vouloir définitivement sortir de sa poitrine. Ses mains glissaient de moiteur.
Alors le médium l'invita à se rasseoir sur son fauteuil. Marine manqua de défaillir mais son assise n'était pas loin et elle s'y laissa mollement tomber. Le jeune homme lui tendit rapidement un verre d'eau fraîche qu'elle accepta sans mot dire avant d'en boire une gorgée en hoquetant légèrement. L'émotion l'avait complètement perturbée. Elle espérait vainement que cela ne s'était pas remarqué mais son teint et ses tremblements ne pouvaient que l'avoir trahie.
Levant à nouveau son verre, elle regarda le médium gagner la fenêtre en lui expliquant que les domestiques n'avaient rien à dire face à la maîtresse qu'elle était. Marine grimaça. C'étaient ses parents qui les avaient choisis et ils avaient pour mission de la surveiller. En vérité elle n'avait pas réellement la main mise sur son personnel, c'était affreusement confus dans son esprit et malgré son âge, sans mari, elle se sentait qu'elle ne devait pas trop s'écarter des sentiers que ses parents lui traçaient encore à travers la présence de ses domestiques. Éloigner Elize et Sophie de la sorte, créant ainsi ce type de situation, c'était comme voiler les yeux de sa famille, trahir ses parents et ignorer leurs enseignements. Comment l'expliquer sans passer pour une imbécile de jeune oie blanche enfermée dans une cage dorée dont elle avait la clé sans pour autant se risquer à l'utiliser ?

Encore tremblante, la jeune femme finit par reposer son verre. Le silence qui s'était installé fut brisé par le médium qui lui fit de nouveau face. Les mains dans son dos, il parut soudainement très officiel et pour cause : il se mit à lui expliquer d'où venait son nom d'emprunt et à lui dévoiler une partie de son histoire personnelle, le tout en français. Marine resta muette face à ces révélations inattendues. Pourquoi se mettait-il à lui parler ainsi ? Cela la rendit terriblement perplexe. Elle le regarda un moment avec les yeux emplis de crainte et de questions. Mais, bientôt, une étincelle de curiosité pointa son éclat dans ses iris océanes. Ainsi Nathaniel venait-il de l'aristocratie ? Qui l'eut cru ? Certes il avait conservé une allure noble, un port altier et un langage parfait, mais comment pouvait-il être devenu un médium qui allait de maison en maison pour exercer en secret un art, ou une grossière mise en scène (Marine ne savait toujours pas ce qu'elle devait croire ou non), pour toutes les strates que la société pouvait lui offrir ? Que faisait-il chez des bourgeois en deuil avec des bougies et des boules de cristal ? C'était incroyable ! Aux yeux de Marine, Nathaniel était décidément un homme des plus étranges.

Mais lorsque le jeune homme lui expliqua comment son « don » avait fait tomber son père dans la cupidité jusqu'à le pousser à l'exploiter, lui, son propre fils, pour s'enrichir et finalement seulement réussir à ternir le nom de sa famille avant de jeter son épouse dans le désespoir et la mort, Marine plaqua une de ses mains sur ses lèvres et les larmes lui vinrent. Dans le regard du médium, une grande conviction pouvait se lire mais aussi une certaine haine, une rancœur tenace, une violence longtemps contenue. La jeune femme sentait émaner de tout son être une volonté de revendiquer son droit à l'existence. Elle le trouva froid et son histoire lui glaça le sang.


- (en fr.) Vous...vous me faites peur...C'est...affreux...Murmura-t-elle très faiblement derrière sa main.

Marine écouta Nathaniel jusqu'au bout sans dire mot. Lentement, elle fit mine de se décrisper et tenta de lui prouver qu'elle portait à son discours une oreille des plus attentives. Mais, au fond, elle se posait une foule de questions qui avaient tantôt rapport à ses craintes les plus primitives, tantôt rapport à sa curiosité maladive. Elle avait peur de ce que pouvait amener cette discussion mais elle était également avide de connaissances et c'était le moment rêvé d'en apprendre plus sur cet homme si mystérieux. Elle voulait savoir quels pays il avait visités, quelles personnalités il avait rencontrées, elle voulait comprendre comment une femme pouvait se laisser mourir à cause des médisances et de la perte d'un titre, comment un homme pouvait-il exploiter son fils jusqu'à tout perdre, jusqu'à rejeter sa femme et dilapider ses biens. Elle voulait aussi savoir comment Nathaniel avait découvert son « don » (en lequel elle commençait à croire malgré elle), pourquoi il lui révélait toutes ces choses sur son compte, pourquoi il n'avait finalement jamais rencontré sa promise et comment il avait réussi à ne pas sombrer avec les siens...Mais la jeune femme ne trouva pas la force de l'interrompre. Elle craignait de déclencher ses foudres, de l'outrer d'avantage et de perdre ces précieuses minutes de déclaration. Son cœur n'avait cessé de battre la chamade depuis l'entrée d'Elize dans la pièce et il ne semblait pas prêt de s'arrêter. Cet homme l'effrayait autant qu'il la fascinait.
Nathaniel finit sa tirade sur sa rencontre avec les Vampires. Il lui expliqua qu'il les avait rencontrés grâce à son don, en Prusse, et qu'il était sans nul doute l'un des hommes les mieux placés pour l'aider à surmonter ses peurs concernant ces créatures infernales. D'après lui, il ne s'était jamais intéressé aux croyances populaires jusqu'à ce jour terrible où il avait découvert l'existence des suceurs de sang.

Lorsqu'il se tue, Marine resta un moment complètement muette. Elle avait l'impression de s'être prise une gifle retentissante et que ses oreilles sonnaient encore de son coup. Dans sa tête, mille impressions se bousculaient, mille contradictions éclataient l'une contre l'autre. Que devait-elle croire à présent ? Nathaniel venait d'être si formel, si sec, si dur ! Mais ne venait-il pas de lui mentir ? Non...dans quel intérêt l'aurait-il fait ? Il n’avait fait que laver son honneur affreusement écorché par sa gouvernante. Il avait enfin répondu à ses pressantes questions, comme si cet incident l'avait décidé à se dévoiler afin qu'elle puisse lui faire confiance et qu'elle évite de le voir comme le voyait la vieille Elize. Il venait simplement de se défendre et de se confier ! Et son histoire était terrible...
Ainsi, malgré toutes ses convictions, malgré son éducation et ses peurs, le cœur de la jeune aristocrate n'hésita pas longtemps. L'odeur de verveine qui courait le long de son cou l'embaumait. Elle choisit de croire le médium et de lui accorder toute sa confiance. C'était comme si le destin, en lequel elle n'avait jamais cru, l'avait volontairement placée sur son chemin pour l'éclairer, elle, une brebis égarée par la science, incrédule et meurtrie par ses propres paradoxes.

Laissant ses larmes couler, elle sanglota, pleine de détresse :


- (en fr.) Oh Nathaniel, je ne voulais pas...Je ne voulais pas vous offenser...Vous n'avez pas à vous justifier...Tout est de ma faute...Je suis une sotte...

Fatiguée, Marine ne supportait plus le regard du médium. Elle avait honte, terriblement honte de son comportement. La veille, elle ne l'avait pas prise au sérieux, elle l'avait classé dans les charlatans sans chercher à le comprendre, elle lui avait ensuite confié ses craintes au sujet des vampires sans savoir s'il pourrait l'aider ou s'il la prendrait pour une folle, espérant égoïstement qu'il la sauve sans connaître ses propres problèmes. Aujourd'hui, elle avait failli le laisser devant la porte et refuser sa visite, elle l'avait pris pour un intriguant, un vulgaire petit bourgeois décati qui voyait en elle l'opportunité de se refaire les poches tout en évitant habilement de l'aider afin de gagner du temps. Maintenant qu'elle avait en partie compris d'où il venait et qu'elle avait trouvé en lui un homme meurtri et méritant, un homme d'expérience prêt à l'épauler dans sa quête de tranquillité, elle se trouvait d'autant plus idiote et futile qu'elle se sentait toujours fragile comme un nourrisson, ignorante et mesquine comme tout ceux de sa classe sociale. Elle désirait tellement le croire et en faire son ami ! Pourquoi avait-il fallu qu'ils se rencontrent dans ces déplorables conditions ?

- (en fr.)Je ne savais pas...Je n'aurais jamais imaginé...Oh je suis désolée...J'aurai dû vous croire depuis le début ! Vous n'étiez pas obligé de me révéler toutes ces choses. Elize sera punie, elle n'avait pas à vous rabaisser de la sorte...Et moi non plus...

Le regard de Marine se perdit dans le vide, légèrement de biais, comme si le tapis avait soudainement hypnotisé ses yeux. Elle tripota son éventail avec la plus grande des nervosités.

- (en fr.) Je m'en veux tellement...Je n'aurais jamais dû douter de vous...Jamais...Ce monde me rend folle...

Levant ses yeux plein de larmes vers le médium, Marine glissa du fauteuil et se retrouva à genoux devant lui. Son éventail tomba à ses côtés tandis qu'elle lui agrippait doucement le pantalon.

- (en fr.) Je vous crois...Oh ! Vous n'aurez plus jamais à vous justifier ! Je suis tellement désolée pour votre famille...

Serrant son étreinte sur le tissu que portait le jeune homme, la belle se dévoila à son tour:

- (en fr.) Je ne suis pas heureuse, je ne l'ai jamais été même si je n'ai pas perdu de proches comme vous et que je n'ai jamais été exploitée pour un don quelconque. Mais je suis sans cesse surveillée depuis ma naissance ! Prétextant des études, j'ai fui mes parents qui me destinaient à un homme que je n'aimais pas et je me retrouve surveillée dans un pays qui m'est encore trop étranger pour que je m'y sente à l'aise. J'ai cru à la liberté mais elle m'est impossible ! Dès que je sors je suis avec des amies de ma mère ou Elize m'accompagne...Et lorsque je suis enfin tranquille, lorsque je me crois maîtresse de ma vie, je tombe sur des Vampires ou j'assiste à des suicides ! J'attire la malchance ! Maintenant que j'ai vu de mes propres yeux de quoi la nature est capable, maintenant que j'ai rencontré ces créatures et ces gens, comment puis-je ne pas croire en...vous...en Dieu...en le Diable... ? Je n'ai rien à quoi m'accrocher. Ce pendentif que vous m'avez offert est tout ce que j'ai...

Il fallait qu'elle reprenne contenance, il fallait qu'elle se relève au moins pour sa dignité, mais elle n'y parvenait pas. Marine était envahie par le doute et c'était bien la première fois qu'elle se sentait aussi désemparée. D'un côté, elle regrettait d'avoir quitté la France, d'avoir perdu l'avenir aisé que ses parents lui avaient réservé, d'avoir été absente de la vie de son petit frère et de s'être ainsi retrouvée embarquée dans ces histoires morbides de vampires et de meurtres, mais d'un autre côté elle espérait toujours changer de vie, que cela soit possible ou non, elle rêvait sa liberté et elle commençait à comprendre qu'elle ne pourrait pas survivre sans alliés.

- (en fr.) Si je peux vous être utile moi aussi...Ne me laissez pas...Ne m'abandonnez pas ! Emmenez-moi avec vous ! J'étouffe moi aussi...Avec ces créatures dehors et ces gardiens dedans...Coutland, De Miran...Qu'importe ? Je vous suivrai !

La pauvre jeune femme ne se rendait pas entièrement compte de ce qu'elle faisait ni disait. La fatigue et l'émotion faisaient trembler chacun de ses membres. Elle était au bord de la crise de nerfs et elle avait surtout besoin d'un réel repos et de repas corrects. Son malheureux esprit avait subit trop de chocs en trop peu de temps pour qu'il ne soit pas troublé sur des jours entiers. Ses mains restaient crispées avec la force du désespoir sur cet homme qui représentait pour elle son seul salut possible à Londres.
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Nathaniel de Miran
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MessageSujet: Re: Éclosion [Nathaniel, Marine] [16/03/42] Mer 15 Oct - 12:12


Le Maroc. Cette terre d'asile si pleine de souvenirs et de promesses. Il lui suffisait de l'évoquer pour avoir la sensation d'humer ses senteurs si épicés et exotique, de sentir les rayons chauds de son soleil caresser sa peau, ou encore de sentir ses pieds s'enfoncer dans les dunes de sables...
Il avait aimé vivre là-bas, d'ailleurs il s'était fait à certaines coutumes de ce pays d'adoption. Il n'était pas rare de le voir porter la thobe que ce soit chez lui, ou lors de réceptions. Certains disaient qu'il s'agissait d'une pure excentricité de sa part mais en réalité, c'était bien plus que cela, c'était une manière de vivre.
Il lui était arrivé de se rendre à des soirées en revêtant les habits traditionnels marocain. Cela signifiait qu'il s'habillait d'une thobe sur lequel il passait un bicht ouvert, qui était une sorte de manteau d'apparat de coton noir aux galons de fils d'argent. Coiffé d'une ghutra maintenu par l'aqal, avec son teint halé, Nathaniel pouvait aisément se faire passer pour un arabe accoutré de la sorte. Le médium n'était pas sans ignorer que vêtu à la mode européenne il inspirait déjà le respect, mais lorsqu'il s'habillait à l'oriental, il avait parfaitement conscience qu'il impressionnait.

Nathaniel était convaincu que le jour où il retournerait au Maroc ce serait pour y vivre définitivement. Là-bas tout lui plaisait : Les gens, leur mode de vie, leur nourriture, le narguilé, les femmes, leurs coutumes, les paysages, le climat....

Marine qui n'y avait pourtant jamais mit les pieds semblait littéralement transporté à la simple évocation de ce pays au mille et un fantasmes. Pour elle, qui rêvait de liberté et de découverte, ce pays devait être synonyme d'exotisme et d'aventure. Une lueur, qui ne lui échappa guère, passa dans le regard de la jeune femme. C'était une lueur dans laquelle se mêlait l'envie et l'espoir, comme si cette destination était un rêve inaccessible. Lorsqu'elle lui fit part de son désir de découvrir ces terres inconnues et si pleine de mystères pour l'aristocrate qu'elle était, un petit sourire amusé se dessina sur les lèvres de Nathaniel


- Qu'est-ce qui vous en empêche ? Il ne tient qu'à vous de faire de vos rêves une réalité

Nathaniel avait posé la question tout en connaissant parfaitement la réponse. Marine n'était pas dans le besoin, elle pouvait aisément s'offrir un tel voyage si elle le désirait, de plus, elle avait prouvé que pour son époque, elle était une jeune femme indépendante, curieuse d'apprendre et de découvrir. Elle était en mal d'aventure et de découverte mais n'osait néanmoins renoncer pour autant à ce confort matériel dans lequel elle avait toujours vécu, et n'était pas prête, malgré son caractère non-conformiste, à s'affranchir des bonnes règles de conduites qui avaient si longtemps conditionné toute son existence. Partir seule en Angleterre était déjà un exploit en soit, mais dans un pays peuplé d'infidèles, sans époux, c'était un tout autre défi. C'était un affront qui lui risquait fort de se faire déshérité selon les familles.

Au fils du temps, le médium pouvait sentir que la botaniste se détendait de plus en plus en sa présence. Il avait certes compris depuis longtemps qu'il ne lui était pas insensible, mais contrairement aux femmes qu'il avait pour habitude de fréquenter, Marine n'était pas l'une de ces épouses blasées de leur vie, de leurs époux, à la rechercher du frisson qui pimenterait durant un temps leur existence. Marine n'était cependant pas pour autant l'une de ces jeunes écervelées qui croyait au grand amour. Elle était en soi un amas de contradiction faite femmes : Méfiante et naïve, éprouvant un besoin de liberté et de voyager flagrant mais restant pourtant confiné chez elle en se soumettant en parti à ses devoirs, sur d'elle et fragile,...
Marine devait encore murir et reprendre confiance en elle, tout en ne perdant jamais de vue ses objectifs, et lorsque ce serait fait, la chrysalide deviendrait un papillon magnifique.

Lorsqu'ils se retrouvèrent seuls après qu'elle eut violemment congédié son personnel, Nathaniel ne pu s'empêcher de relever une remarque qu'elle avait formulé, en comparant ses gens à une aiguière. Elle qui était si furieuse, si remontée, si embarrassé, pu se laisser aller à rire doucement face à cette remarque. Ayant obtenu ce qu'il désirait, il lui sourit, car en vérité, le seul et unique but de cette réflexion était de la détendre et de la faire sourire. Et il allait sans dire qu'il y était parvenu avec succès. Son petit rire nerveux, charmant au demeurant, lui tira un sourire amusé.

- Vous n'êtes pas ridicule, bien au contraire, c'était très amusant. Surprenant certes, mais amusant.

Puis, ils en étaient venus à discuter, ou serait-il plus juste de dire que Nathaniel avait décidé de lever le voile de mystère qui l'entourait. Contre toute attente il venait de lui révéler une grande partie de son histoire personnelle. Alors qu'il dévoilait un pan de sa vie que peu de personne connaissait une question ne cessait de tambouriner à son esprit : Pourquoi ?
Pour quelle raison avait-il été aussi loin dans ses confidences ?
Lui-même n'était pas certain de savoir ce qui l'avait poussé à une telle confession. Etait-ce parce que la gouvernante de Marine l'avait mouché dans son honneur ? Peut-être bien, en partie du moins. Pourtant, l'opinion des autres il ne s'en formalisait jamais, et plus encore lorsqu'il s'agissait d'une personne aussi insignifiante que pouvait l'être une gouvernante. Ne prétendait-il pas lui-même être très fier d'avoir l'esprit des bohémiens qui l'avaient élevé en parti ? Bien sur, il n'en rougissait pas, alors quoi ? Il ne voulait simplement pas que Marine le juge ? Et quand bien même l'aurait-elle fait, elle n'aurait été qu'une idiote. Alors pourquoi ? Il devait reconnaître qu'il l'ignorait.

Lorsqu'elle lui confessa que son histoire l'horrifiait et qu'il lui faisait peur, Nathaniel avait posé sur elle un regard étonné avant de s'enquérir sur ce qui l'effrayait tant.

- Qu'est-ce qui vous fait peur ? La vérité ? Demanda-t-il sur un ton légèrement moqueur

De son point de vu, il n'y avait là rien de bien effrayant, surtout si on comparait son histoire à ce que Marine elle-même avait été confronté. S'effrayait-elle donc pour si peu ? Cette jeune femme qui avait toujours vécu une existence doré ne connaissait décidément rien à la vie. A moins que ce ne fut lui, qui, en tant que protagoniste principale, était devenu complétement insensible à son propre récit. Ou peut-être avait-il été confronté à tant de noirceur que son propre récit ne lui paraissait plus aussi sombre qu'auparavant. Car après tout, à bien y réfléchir, il ne se trouvait pas si mal lotis, bien au contraire, il s'estimait même très chanceux de s'en être sorti aussi bien. Certes, il n'avait pas toujours pensé ainsi, mais à présent tout cela était derrière lui et il menait sa vie comme il l'entendait. Pourtant, il fallait croire qu'il n'était pas aussi insensible que ça à sa propre histoire, car à en juger par la réaction de Marine et les balbutiements qui l'accompagnait, son attitude l'avait effrayée. Il s'était donc tut durant un instant sans cesser de l'observer avant de reprendre son récit de manière plus posé.

Après ses aveux, le silence régna durant un long moment en maître dans la chambre de la jeune femme, mais aucun d'eux ne s'en formalisa. Marine était probablement entrain de réorganiser dans son esprit toutes les informations le concernant qu'il venait de lui confier, quand à lui, il était perdu dans un souvenir lointain. La dernière fois qu'il avait abordé son passé c'était un soir de tempête, dans la campagne Hollandaise. Il avait loué une maison de campagne sans prétention. La femme qui avait payé ses services ressemblait beaucoup à sa défunte mère. Il ne s'agissait pas tant d'une ressemblance physique mais plutôt de ses regards et de son attitude d'ordre général. Durant le trajet qui les reconduisait chez eux, Laila avait gardé le silence mais elle avait bien comprit que quelque chose l'avait perturbé. Ce soir-là, il avait but un peu plus que de raison et avait eut l'alcool bavard. L'oreille attentive à qui il s'était confié cette nuit-là, c'était Laïla. Laïla qui lui était si profondément attachée et qui s'inquiétait si facilement pour lui.
Mais cette fois les choses étaient différentes. Il n'était pas ivre, Marine ne partageait pas sa vie et ils venaient à peine de faire connaissance. Il avait attendu très longtemps pour se confier à Laïla alors qu'avec Marine il l'avait fait 24h à peine après l'avoir rencontré. Elle lui avait sauvé la vie, il lui en était reconnaissant c'était indéniable, mais de là à s'ouvrir aussi facilement... Mais à quoi pensait-il ?

Ses réflexions internes furent interrompues quand il constata qu'un sillon de larmes s'écoulait sur ses joues. Pourquoi pleurait-elle ? Et surtout pourquoi s'excusait-elle ?

- Ou avez-vous vu que vous m'aviez offensé ? Quand bien même, comment auriez-vous pu savoir ? Si vous m'aviez cru sur parole et fait confiance d'emblée, je vous aurez pris pour une sombre idiote ! La confiance ça se mérite.

Qu'elle punisse Elize comme il se devait, était à ses yeux quelque chose de normal, mais qu'elle se fustige d'avoir fait preuve de bon sens était tout à fait ridicule. Il était cependant très loin de ses surprises. Marine avait les émotions tellement exacerbées, qu'à sa plus grande stupéfaction, elle se jeta à ses pieds et se confia à lui, à son tour. A l'en croire, elle n'était pas heureuse. Elle paraissait totalement désemparée devant le triste bilan qu'elle lui formulait. Rêvant de liberté, la belle ne cessait en réalité de passer d'une prison à une autre. Fuyant un mariage dont elle ne voulait pas, elle était parvenue à s'échapper en Angleterre sous couvert des études.

Les études. Voilà bien une nouvelle lubie féminine qui commençait tout doucement à se répandre et qui faisait grincer des dents les esprits bien pensant. Les femmes qui prétendaient avoir le droit d'accéder à la culture, ces intellectuelles,... elles inspiraient le mépris. A quoi bon faire des études étant donné que ça ne leur serait d'aucune utilité par la suite ? Le rôle d'une épouse n'était-il donc pas d'être charmante, de se marier et de mettre au monde de beaux héritiers en parfaite santé pour pérenniser le nom de son époux ?
Il imaginait aisément combien cette excentricité avait dut mettre à mal la famille Desmuguets. Toutefois Marine n'était pas dupe et elle se doutait bien qu'elle ne pourrait pas éternellement échapper à ses devoirs. D'autant plus qu'elle n'était pas issue de n'importe quelle famille, sans compter qu'elle n'allait pas en rajeunissant. Certes, Marine était encore belle et jeune mais elle avançait en âge et viendrait un moment où elle atteindrait le seuil critique à la fois pour se marier mais également pour avoir des enfants.

Nathaniel faisait-il parti de ces détracteurs qui trouvait ce mouvement féminin naissant ridicule ? Pas vraiment, ça l'amusait même. Aimerait-il pour autant que son épouse soit libre et indépendante, allant jusqu'à devenir médecin ou se passionnant pour la politique qui étaient des affaires d'hommes ? Difficile à dire étant donné que lui-même n'était guère un partisan du mariage, mais d'un point de vu extérieur, sans s'impliquer, il trouvait ça divertissant de voir ces rares femmes s'agiter en revendiquant fièrement certains droits, certaines fonctions, réservés jusqu'à présent aux hommes. Viendrait un jour prochain où elle demanderait à entrer dans les clubs, ce jour-là, ces messieurs risquaient bien de s'étouffer avec leur cigare. Cette image grotesque encrée dans son esprit, il se força à réprimer un sourire. Marine aurait pu se méprendre sur ce qui l'amusait soudainement.

Malgré l'éloignement avec sa famille et la distance que la belle aristocrate était parvenue à mettre entre elle et les siens, ces derniers avaient toujours la main mise sur elle au travers de ses domestiques et particulièrement de sa gouvernante. Marine était entrain de réaliser que cette liberté après laquelle elle courait éperdument et qu'elle pensait avoir enfin acquis en s'installant en Angleterre n'était en réalité qu'illusoire. Du moins, à l'en croire.

Son regard se fit plus perçant lorsqu'elle le supplia de ne pas l'abandonner et de l'emmener avec elle, en lui promettant en échange de le soutenir et de l'aider à son tour dans la mesure de ses moyens. Marine déraisonnait totalement. Sa position actuelle, à genoux sur le sol devant lui, accrochée à sa jambe comme un naufragé à une bouée était déjà pathétique, mais ces dernières paroles eurent raison de lui. Il en avait assez vu et assez entendu.

- Levez-vous, ce comportement est indigne de votre condition.

Se courbant légèrement, il tendit sa main à hauteur de son visage et l'aida à se relever. Dans le miroir de son regard, il pouvait voir s'agiter en Marine une véritable tempête d'émotion dans laquelle elle se laissait emporter sans pouvoir apporter la moindre résistance. Si elle continuait ainsi, ce tourment d'émotions finirait par avoir raison d'elle. Elle devait réagir et sans plus attendre.

- Vous êtes déchirée entre ce désir de liberté qui brûle en vous et cette condition sociale dans laquelle vous avez été élevé et qui fait parti intégrante de votre personnalité. Etre une femme telle que vous, qui refuse le rôle qu'on attend qu'elle joue dans notre société ne doit pas être facile à assumer tous les jours d'autant plus lorsque l'on manque de confiance en soi, car il n'y a rien de plus dur que d'affronter le regard des autres et de réaliser qu'au final, beaucoup de choses nous échappe et qu'on ne maitrise rien. Être indépendante ne se fera pas sans douleur, il faut être forte, ouverte et être prête à remettre ses propres convictions en causes. Ce n'est pas la voie la plus facile que vous avez choisit, mais c'est celle dans laquelle vous vous épanouirez sans le moindre doute. Toutefois, geindre et pleurer sur votre sort ne vous aidera pas à avancer. Je ne vous demande pas de renier votre éducation mais d'être capable de faire des choix qui seront bons, non pas pour les autres, mais pour vous et de vous y tenir, et pour ceux que cela pourrait déplaire, envoyez les au diable, se moqua-t-il dans un sourire complice. Mais pour cela vous devez déjà apprendre à avoir confiance en vous, et à ne plus craindre votre ombre.

Manquer de confiance en soi était un sentiment, aussi surprenant que cela puisse paraitre aujourd'hui, que Nathaniel avait connu lui aussi, il y a fort longtemps, lorsqu'il n'était qu'un enfant sous la coupe de parents dirigistes et sévères pour qui le paraître était le plus important. Nathaniel devait être parfait et ne surtout jamais les décevoir. Etre né De Miran, être le fils unique d'un Comte pétri d'orgueil et d'arrogance qui, malgré sa situation financière désastreuse, n'acceptait aucun compromis quel qu'il soit, n'était pas tous les jours facile. Cet homme se raccrochait à son titre et aux honneurs qui lui était du comme un roi à sa couronne. Il ne manquait jamais de rappeler à son fils la prestigieuse lignée dont ils étaient issus et à laquelle ils devaient tous faire absolument honneur. Il pouvait parfaitement comprendre la pression dans laquelle Marine vivait.
Son assurance actuelle, c'était en parti aux bohémiens qu'il la devait. Ces hommes et ces femmes qui l'avaient élevé, qui lui avait fait découvrir un autre monde, de nouveaux horizons dont il n'aurait jamais soupçonné l'existence, ni même imaginé dans ses rêves les plus fous. Vivre avec les bohémiens c'était découvrir et assimiler tout un amas de culture très diversifiés et pourtant si homogènes. C'était un groupe d'hommes et de femmes qui lui avaient apprit à être lui-même sans se préoccuper du regard des autres et qui lui avait fait découvrir ce qu'était réellement la liberté.
Les voyages, l'expérience, étaient autant d'atouts qui l'avaient enrichis. Cloitré dans le manoir des De Miran, à ne fréquenter que des gens superficiels sans le moindre intérêt, pour qui seul le paraître importait l'aurait indéniablement transformé en un de leur semblable. Un être pompeux, fier, arrogant, et stupide, sans réelle personnalité.

Ce qui manquait à Marine c'était une personne prête à l'accompagner sur le chemin qu'elle avait choisit d'emprunter. Une personne prête à l'aider à pousser les portes qui l'empêchaient d'accéder à ses rêves. Un petit sourire fripon se dessina sur ses lèvres.

- (en fr.) Comment vous sentez-vous ? Vous voulez que je vous emmène avec moi ? Lui demanda-t-il en répétant ses propres mots, voilà bien une proposition que je ne saurais vous refuser, fit-il en lui tendant son bras. Pour votre plus grand regret je vais vous prendre au mot. Vous étouffez ici, vous avez besoin de prendre un peu l'air tout comme vous avez besoin d'affronter votre peur des autres. Vous ne craignez rien, le soleil brille dans le ciel, vous portez de la verveine et je resterai à vos cotés. Alors ? Etes-vous prête à me suivre et à affronter le monde extérieur ?

Sentant comme une pointe d'hésitation, il lui sourit de manière un peu plus rassurante.

- (en fr.) Nous n'irons pas loin, nous commencerons progressivement. Je vous laisse cependant le choix de notre destination, soit nous faisons le tour du quartier soit nous demandons à l'un de nos fiacres de nous déposer au jardin botanique, un lieu que vous avez probablement déjà visité mais qui devrait néanmoins vous plaire. Je vous promet que vous serez de retour pour votre diner, il va cependant de soi que cette fois, vous vous passerez de votre châle. Alors ? Etes-vous toujours prête à me suivre ? Mais avant que nous ne partions, si vous avez encore des choses à me demander sur les vampires ou concernant des affaires qu'il est préférable que personne d'autre ne puisse entendre, c'est maintenant ou jamais. Nous n'aurons plus de si tôt de tels opportunités.


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Marine Desmuguets
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MessageSujet: Re: Éclosion [Nathaniel, Marine] [16/03/42] Jeu 13 Nov - 0:30

Nathaniel était un homme extraordinaire. Il attirait autant qu'il repoussait la jeune Fleur de France. Il représentait tout ce qui lui faisait peur : les intrigues mystérieuses, les mensonges, l'irrationnel...Mais dans le même temps, il incarnait également la liberté tant rêvée par son esprit emprunt du désir de s'envoler, loin, toujours plus loin, vers cet ailleurs qu'elle redoutait à cause de la société, vers cette indépendance chérie, ce souffle de vent sur une terre nouvelle, inexplorée, à elle.
Comment lui faire confiance ? Et comment ignorer ses soins ? Ne l'avait-il pas aidée dans le fiacre et depuis qu'il était entré dans sa demeure ? Ne l'avait-il pas portée de la serre jusqu'à sa terrasse pour la confier à ses domestiques ? Il n'avait jamais rien tenté de louche sur elle. Mais c'était un « médium », il avait réveillé une morte, il avait poussé une femme à se suicider...Non ce n'était pas de sa faute...

Les pensées de Marine voltigeaient en tous sens comme un trapéziste au sommet du chapiteau d'un grand cirque. Elle ne savait plus où donner de la tête. Nathaniel l'intriguait. Malgré sa prudence, elle ne pouvait s'empêcher de l'admirer, de le désirer...Oui, un désir ardent s'était emparé de son cœur. Elle voulait prolonger leurs conversations, elle voulait tout apprendre de lui ! Tout ? Non, peut-être pas...Même cela n'était plus certain. L'avait-il hypnotisée ? De quoi était donc capable un tel homme ?


- Ce qui m'en empêche?

Oui...Qu'est-ce qui l'empêchait d'aller faire un tour au Maroc ? Manquait-elle d'argent ? Certainement pas ! De courage ? Peut-être...Pourtant, elle faisait partie des rares femmes capables de se rendre dans un laboratoire interdit pour faire des expériences, lire des livres dont l'accès n'était pas évident, jouer avec des instruments dangereux ou trop fragiles pour le grand public. Oui, elle faisait partie de ces improbables figures qui peuvent se révolter contre un homme en plein salon pour exprimer son opinion des plus désagréables pour la société. Et pourtant...

- Je...Je ne sais pas...Un compagnon...sans doute.

Marine avait encore peur de franchir certains interdits et de renvoyer à ses parents une image toujours plus négative. Mais elle avait surtout besoin de compagnon d'aventure pour sortir de son antre. Elle n'oserait jamais prendre la route d'un pays tel que le Maroc avec pour seuls complices quelques domestiques. La solitude commençait à lui faire grand mal. A la vérité, elle ne trouvait plus aucun intérêt au voyage si elle l'entreprenait seule. C'était difficile à admettre, mais depuis qu'elle avait quitté la France, son petit frère, ses amis, sa famille, elle se sentait horriblement seule et perdue. Elle ne le montrait jamais, sauf peut-être à Maria, sa seule véritable amie à Londres, et en souffrait en silence.

- Jamais je n'oserai partir seule...Ce serait risqué...incongru...triste.

La jeune femme détourna son regard pour éviter les prunelles de son interlocuteur. Elle ne voulait pas le mettre mal à l'aise. Ce qu'elle venait de lui avoue en creux n'était pas très reluisant et cela pouvait passer pour une proposition relativement déplacée. Quelque part, elle était soulagée de l'avoir confié à un homme.

Nathaniel se confia un peu plus tard lui aussi et Marine en fut terriblement déstabilisée. Elle ne s'était pas attendue à de semblables révélations. Pourquoi lui disait-il tout cela ? Voulait-il justifier son statut par rapport aux insultes de sa gouvernante ? Comme c'était gênant ! Elize l'avait blessé ! Le pire, c'était que Marine n'avait pas réussi à caché son émoi face au jeune homme et de lui montrer la crainte que son récit lui avait inspirée.


- Je suis vraiment navrée...Oui...C'est sans doute la vérité qui m’effraie. Ce monde est terriblement cruel, je ne m'en rends pas toujours compte. Je ne suis qu'une petite idiote...Je suis tellement naïve au fond. Je suis désolée, je ne voulais pas vous offenser...

Durant le long silence qui suivit, tous deux semblaient réfléchir. Marine était fatiguée mais elle ne souhaitait pas le laisser paraître. S'être évanouie dans la serre avait été déjà bien assez honteux pour qu'elle en rajoute. Elle faisait cependant attention à ce que sa santé ne lui joue pas plus de tour. Pour le moment, elle ne ressentait qu'une chaleur dans le creux des reins et au front. Elle était désorientée, un peu perdue dans tout ce qu'elle avait vécu ces derniers jours. Et puis, maintenant qu'elle avait l'impression de découvrir qui était Nathaniel, un homme finalement galant, aimable, honnête, elle s'en voulait de l'avoir pris pour un charlatan capable de faire du mal au premier qu'il pourrait plumer. Les larmes montèrent dans ses yeux, sa gorge se serra. Oui, elle était fatiguée et toutes ces épreuves l'avaient malmenée.
Marine s'excusa encore d'avoir pu douter du jeune homme et elle compatis au sujet de son histoire personnel qu'il venait de lui délivrer. La réaction de Nathaniel fit rougir la jeune française. Il lui assura qu'il n'était pas offensé et il lui fit comprendre qu'elle était en train de mériter sa confiance.


- Oh ! Monsieur de Miran, je suis heureuse de vous entendre dire cela...Merci...Fit la jeune femme en séchant du mieux possible ses larmes cristallines sur ses joues au teint de pêche un peu mûre.

N'y tenant plus, Marine se confia réellement et libéra son cœur de tout ressentiment au sujet de sa propre situation. Finalement, elle se jeta aux pieds du médium et lui tint les genoux. Elle ne voulait plus de cette vie étouffante, enfermée dans sa demeure, à souffrir dès qu'elle sortait ne serait-ce qu'une heure ! Elle n'en pouvait plus de ses cauchemars, de ses questions, de son laisser-aller depuis un mois. C'était un supplice ! Cet homme la faisait rêver. Il avait des réponses qu'elle n'espérait plus, il était de ces hommes qui savaient voyager sans peur, auxquels le monde appartiendrait sans remord ! Qu'il l'emmène, loin d'ici, loin d'Elize, loin des lettres de ses parents, loin de ces châles, de ces plantes sèches, de ses peurs primitives et de son déplaisir à vivre seule et sans âme. Sa cage dorée ne lui permettait plus de respirer ! Les barreaux qui s'étaient érigé dans son cerveau mathématique c'étaient fissuré : plus rien ne retenait sa raison ! Il fallait qu'il la sauve de la folie et de ce monde mille fois trop sombre pour elle !
Marine plongeait littéralement dans le désespoir, ou plutôt l'espoir fou. C'était pathétique et complètement inconvenant. La jeune femme ne s'en rendait même plus compte. Tout ce qu'elle désirait maintenant, c'était pleurer toutes les larmes de son corps et rejoindre les bras de cet homme pour s'y blottir, pour y disparaître, pour oublier toutes ces pressions que le monde mettait sur ses frêles épaules.

Mais la voix sèche et tendu de Nathaniel la raidit soudainement. Il lui demandait de se relever et de cesser ce comportement « indigne » d'elle. Marine serra les dents et laissa échapper un hoquet avant de lâcher le genoux du jeune homme. Elle avait honte, terriblement honte. Et pourtant...sa main revenait sur le genoux de son « sauveur ».
Une des mais de Nathaniel couru près de son visage avant de l'aider à se relever. Marine tremblait comme jamais. L'émotion, la peur, la honte, la fatigue...c'était un miracle qu'elle tienne encore debout.
Les paroles avec lesquelles il l'enveloppa lui furent comme un baume sur ses plaies. Sa voix, rassurante, grave et pourtant joueuse, l'apaisa avec un tact inégalé. La jeune française frémit. Son tourbillon de pensées s'estompait dans son esprit tuméfié. Oui...Il avait raison, il l'avait comprise mieux que quiconque ! Oh oui, il avait raison...Son indépendance, ce paradoxe, ces difficultés qu'elle rencontrait et qu'elle trouverait toujours dressées sur sa route...


- Je...Sa voix s'étrangla dans ses sanglots qu'elle ne réussissait pas à taire. Vous avez raison...

Il fallait qu'elle se reprenne, qu'elle mette un pied devant l'autre et qu'elle avance, lentement, à son rythme, sans forcer la nature, sans opposer à la société un immense mur d'emblée. Il fallait qu'elle gère son passage vers l'indépendance avec plus de douceur, qu'elle cesse de se malmener de la sorte. Mais comment pourrait-elle gérer des incidents comme celui qu'elle avait vécu avec les Vampires ? Comment pourrait-elle continuer son chemin sans devenir folle si elle rencontrait des fantômes, des suicidaires, des meurtriers à chaque coin de rue ? Il ne fallait plus qu'elle craigne « son ombre », certes, mais comment ? Avec des herbes dans un pendentif ? Et après ? Non, Nathaniel ne se rendait pas entièrement compte de sa situation. Il ne le pourrait peut-être jamais à cause de son sexe et de son statut. Ils étaient finalement si différents...
Cependant, ses paroles eurent le bon goût de la rassurer quelque peu et de la pousser à sécher ses pleurs pour se reprendre. La respiration redevenue plus saine, ses pommettes complètement essuyées dans un mouchoir de dentelle blanche, Marine lui sourit faiblement.


- Vos paroles sont sages...Monsieur de Miran...Je ne suis qu'une sotte...

Il y eut un silence, puis Nathaniel lui sourit et lui tendit le bras. Le cœur de la jeune femme s'emballa à ses paroles. Il était si prévenant avec elle ! Mais que lui proposait-il là ? Elle avait parlé trop vite, bien trop vite ! Non, elle ne pouvait pas le suivre n'importe où, c'était idiot, elle n'avait pas pensé ce qu'elle avait dit. Son teint empourpré devint plus pâle jusqu'à ce qu'elle comprenne que Nathaniel riait un peu de sa fougue et ne lui proposait en réalité qu'une banale promenade à l'extérieur. Marine soupira de soulagement et s'éventa le visage. Que d'émotions ! Oui, il fallait qu'elle sorte ! Elle avait besoin de voir « le monde extérieur »...
Lentement, elle prit le bras du médium. Son hésitation était flagrante. Sortir n'était peut être pas une bonne idée dans son état. Et puis, que dirait Elize et ses parents si elle se permettait de fréquenter ainsi son « médecin » ? Où iraient-ils d'abord ? Et, même si elle était désormais presque certaine que les Vampires n'attaquaient que la nuit, briser un mois d'enfermement et de peur lui parut bien plus difficile qu'elle ne l'avait d'abord cru.
Mais, une fois encore, Nathaniel la rassura par ses douces paroles. Il lui proposa de faire le tour du quartier et d'aller au jardin botanique. Sa boutade au sujet de son châle la fit sourire. Par contre, lorsqu'il lui confia que c'était maintenant ou jamais qu'elle pourrait encore lui parler des créatures qui hantaient ses songes, la jeune femme fit une grimace et hésita un moment.


- Je...Je crois que j'en sais bien assez...N'est-ce pas ? Lui demanda-t-elle d'un air presque ingénu. On aurait pu imaginer à sa place une petite fille qui demandait à son père si elle agissait bien ou non. Je ne sortirai plus une fois le soleil couché, je garderai votre pendentif autour du cou, je ferai en sorte de porter de l'argent...Je...Je ne pense pas que les créatures que j'ai rencontrées se soient mises à ma poursuite. Elles m'auraient déjà retrouvée n'est-ce pas ? Je suppose qu'elles m'ont oubliée...Je l'espère...

En arrivant dans le hall d'entrée, alors qu'ils n'avaient rencontré aucun domestique jusqu'à présent, Elize passa dans l'encadrement de la porte qui donnait sur les cuisines. Elle s'arrêta un court instant pour leur jeter un coup d'oeil furtif et jugea bon de ne pas s'arrêter d'avantage. Sa maîtresse était une petite écervelée, voilà tout ! Tant pis pour elle ! De toutes façons, elle n'était pas assez folle pour croire que ses paroles auraient un quelconque impacte sur elle désormais. Elle écrirait à ses parents dès que la porte serait fermée. Mais pour l'heure, il fallait préparer le repas pour les invités de « Madame ».

- Elize! Fit alors la jeune française d'un ton ferme mais adouci. Décommandez pour ce soir. Je ne supporterai pas ce repas. Dites aux Coopers que je suis souffrante. Je ne mangerai qu'une soupe. Pour le moment, je sors avec Monsieur de...heu...Monsieur le médecin qui me recommande l'air du parc.

- Mais...Madame...C'est impossible ! Je reviens du marché et...Oh et puis c'est comme vous voulez !

Finalement, Elize s'en alla, les bras en l'air, ronchonnant comme une mégère. Oh oui, la lettre serait sévère ! Il fallait que Miss Desmuguets rentre en France pour être recadrée par ses parents. Elle, elle ne pouvait plus rien faire !

Marine leva les yeux au ciel et sourit maladroitement à Nathaniel. Lorsqu'ils furent devant la porte, elle lui chuchota:


- J'ai oublié votre nom de scène...

Puis, la poignée fut tournée et le fiacre fut avancé dans la cours de graviers. Marine avait finalement accepté la promenade au Jardin Botanique. Cela lui ferait sans doute le plus grand bien.

Une fois dans le véhicule, portes et fenêtres fermées, Marine se pris à songer à leur première rencontre. Ce soir-là, elle s'était retrouvée à pleurer sur ses genoux...Dès le premier soir...Cela devenait une habitude, c'était indécent et elle imaginait très bien l'image que cela pouvait renvoyer d'elle. Une pleureuse ! Une geignarde ! Une frêle et futile jeune femme...

La voiture démarra et le cahin-caha des pavés rythma bientôt leur périple. Marine regardait par la fenêtre pour éviter le regard de Nathaniel. Mais, au bout d'un moment, elle ne put s'empêcher de tenter la conversation.


- Vous m'avez dit que nous n'aurons sans doute pas de nouvelles occasions de discuter des...monstres de la nuit, mais...je ne peux m'empêcher d'espérer le contraire. Dans ce genre de situation, par exemple, nous sommes seuls...c'est possible...Enfin, je veux dire, j'en aurais sans doute encore besoin...A qui d'autre pourrais-je en parler ? Les chasseurs dont vous m'avez mentionné l'existence ? Vous pourrez réellement me les présenter ?

Marine avait peur de perdre en Nathaniel son seul et unique confident. Elle songeait qu'il pourrait tout aussi bien l'abandonner du jour au lendemain et elle se préparait ainsi une porte de sortie. Mais c'était également un moyen pour elle de satisfaire sa curiosité toujours avide...

- Je ne vous remercierai jamais assez, Nathaniel...Vous m'avez écoutée, soutenue, consolée et même portée...Fit-elle en rougissant. Vous êtes un homme plein de surprises, posé, intriguant et bon. Je suis heureuse de vous avoir rencontré.

Était-ce une illusion ? Était-ce une erreur que de croire que cet homme était capable de la soutenir dans ses malheurs jusqu'à faire réellement partie de sa vie sur le long terme ? Marine ne songeait pas à une éventuelle union mais bien à une complicité, à un rapport de maître à élève. Elle qui était si douée en sciences, en botanique et en mathématiques, ne connaissait en réalité rien du monde souterrain auquel le médium semblait avoir un accès si facile. Il pourrait lui enseigner encore comment se défendre, comment survivre dans les ombres...

Ses pensées s’égarèrent sur son petit frère qu'elle ne connaissait pour ainsi dire presque pas. Une lueur de regret passa dans ses yeux océans. Elle avait fuit sa famille à cause d'histoire de mariage. Qu'en était-il du médium ? Marine lui jeta un regard quelque peu différent, plus observateur et osé.


- Nathaniel...Pourquoi n'avez-vous jamais rencontré votre promise ?

Serrant entre ses doigts son éventail, fortement consciente que sa question pouvait paraître bien cavalière, la jeune femme pinça ses lèvres d'appréhension.
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Nathaniel de Miran
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MessageSujet: Re: Éclosion [Nathaniel, Marine] [16/03/42] Mer 24 Déc - 18:57

Nathaniel écouta Marine lui confier les véritables raisons qui l'empêchaient de partir à l'aventure, dans un pays inconnu. Outre le fait de la peur de l'inconnu, il y avait également celle de la solitude. L'angoisse de se retrouver seule et livrée à elle-même dans un pays qui lui était totalement étranger.  La solitude Nathaniel ne l'avait jamais réellement connu. Comme tout à chacun ça lui était bien entendu arrivé mais il ne restait jamais isolé dans son coin très longtemps, ce n'était absolument pas dans sa nature. Il allait très facilement vers les autres que ce soit par intérêt ou opportunisme, tout comme les gens venaient tout naturellement vers lui. Mais le cas de Marine était différent, car elle était une femme, et par conséquent sujette à devenir la proie de personnes bien peu scrupuleuses
Trouver un homme qui aime voyager qui soit fortuné et qui accepte les « excentricités » de son épouse, ne sera pas chose aisé pour la jeune femme. Finalement la pression sociale risquait fort de briser ses envies de libertés. Elle finirait par épouser un homme riche, aurait des enfants et son caractère indomptable et résolument moderne finirait par être brisé. C'était une perspective fort regrettable mais elle ne sera ni la première ni la dernière, hélas.

Prisonnière de ses émotions trop longtemps enfuies en elle, Marine s'en trouva parfaitement incapable de les gérer, et c'est ainsi qu'ils la submergèrent littéralement. Dans l'incapacité de se contrôler, elle sombra littéralement dans cet abyssale tourbillon de tourment. Se faisant, elle se jeta à ses pieds en larmes. Aussi bouleversée s'en trouvait-elle, quelle que fut les épreuves qu'elle avait été contrainte de traverser, rien ne pouvait justifier ce qui apparaissait aux yeux de Nathaniel comme étant une attitude grotesque qu'il ne pouvait tolérer. Marine devait se reprendre et il ne manqua pas de le lui faire savoir. Se reprenant, tapotant délicatement son fin mouchoir blanc en dentelle sur ses joues encore inondées de larmes, elle hoqueta tout en s'excusant pour son attitude.


- Excuse accepté si vous cessez de vous traiter de sotte. Sourit-il avec un amusement certain. Dois-je vous rappeler que, quoique vous fassiez, quoi que vous disiez, vous n'êtes jamais en tort ?

Telle était le privilège de leur statut. Quelque soit la teneur de leurs actes, les plus nobles d'entre eux n'avaient jamais rien à se reprocher. Une telle attitude pouvait aider certaines personnes à prendre confiance en elles, mais cela avait surtout le mérite de les rendre encore plus détestables, arrogants et imbus d'eux-même, qu'ils ne l'étaient déjà de par leur éducation. Bien sur, il ne demandait pas à Marine d'être imbus d'elle-même ou de se pétrir d'arrogance, mais d'avoir un peu plus d'estime pour elle-même. A ses yeux, depuis qu'il l'avait rencontré, il lui parut évident qu'elle se dévalorisait beaucoup trop et qu'elle devait réapprendre à avoir l'estime de soi. Cela ne l'empêcha toutefois pas de se jouer d'elle en la prenant au mot. En effet, elle l'avait supplié à genoux de l'emmener avec lui, où qu'il aille, elle n'avait qu'un désir, le suivre pour s'échapper enfin de cette prison aux barreaux dorés qui la retenait prisonnière. Lui ou un autre peu lui importait du moment qu'il la délivrait de sa condition qui la desespérait, mais elle idéalisait sa vie ses et conditions, oubliant presque subitement les dangers et le paranormal qui l'entourait et qui était son lot quotidien.

Non sans humour, Nathaniel accepta la requête de la jeune femme, qui reprenant contenance, réalisait enfin l'ampleur de ses propos. Elle ne put empêcher ses joues de perdre de leurs couleurs et se mit à pâlir violemment jusqu'à ce qu'un espiègle sourire se mit à apparaître sur ses lèvres, lui révélant ainsi qu'il se jouait d'elle. Le soulagement se peignit aussitôt sur son beau visage qui reprit aussitôt de jolie couleurs lorsqu'elle comprit qu'il n'était en réalité question que d'une innocente promenade. Marine avait besoin de sortir, de sentir les chauds rayons du soleil caresser sa délicieuse peau pêche, de s'éloigner de cette maison et des personnes qui la composaient, de voir des gens de sa condition et de se mêler à nouveau au monde extérieur.

Un mois. Cela faisait un mois à présent que Marine vivait cloitrée chez elle, retirée du monde, prisonnière de ses cauchemars les plus noirs. Cela faisait un mois qu'elle était parvenue à échapper des griffes de ces maudites créatures de la nuit. Un mois. Oui, lui aussi pensait que si ces créatures avaient voulu retrouver Marine, elles en auraient déjà eut l'occasion, et ce n'était certainement pas la présence de son petit personnel qui leur aurait empêché de finir ce qu'ils avaient commencé. Ils avaient effectivement toutes les raisons de croire que sa vie n'était plus en danger pour le moment. Néanmoins, il n'était pas inutile pour Marine de savoir comment se défendre si sa route devait à nouveau croiser celles de ces maudites créatures. Comme si elle résonnait en diapason avec lui, la jeune femme se mit à répéter scrupuleusement toutes les informations qu'il lui avait données pour faire face aux vampires, telle une élève appliquée qui récitait parfaitement sa leçon. De son regard perçant, il ne la quitta pas des yeux tout en écoutant chaque information qu'elle lui débitait scrupuleusement et qu'elle avait parfaitement emmagasiné qu'il avait si précieusement partagé avec elle.


- Et n'oubliez pas de boire régulièrement de la verveine afin d'empoisonner votre sang. Quand à ne plus sortir la nuit tombée ce serait plus prudent pour le moment certes, mais il serait malgré tout dommage de vous couper de toute vie culturelle, telle que l'opéra, des dîners mondains ou les bals. Essayez de vous faire accompagner, ne restez pas seule, mais ne vous coupez pas de toutes mondanités, ne laissez pas vos peurs gouverner votre vie, vous le regretteriez.

Sur ces précieux conseils, ils quittèrent finalement la chambre de la jeune femme afin de quitter la demeure de Marine pour lui préférer l'air frais et dépaysant des jardins botaniques royaux. Alors qu'ils traversaient le vestibules, ils croisèrent la gouvernante de la maison, qui fit profil bas en les apercevant et passa sans s'arrêter, mais ce fut sans compter sur la maitresse de maison qui l'interpella afin de décommander le diner prévu avec les Cooper. Nathaniel esquissa un sourire amusé lorsque la jeune femme trébucha sur son nom d'emprunt pour indiquer que tous deux sortaient. Elize pour sa part devint subitement livide et tenta de protester, mais Nathaniel lui renvoya aussitôt un regard meurtrier qui sembla lui couper son élan. Encore. Cette femme s'apprêtait encore à protester ! Marine avait beau être jeune, c'était elle, la maîtresse de maison, Elize se devait d'obéir à ses ordres sans les contester ! Décidément cette femme devrait apprendre à rester à sa place ! Si cette femme avait été à son service, il y a très longtemps qu'elle se serait retrouvée avec les valises devant la porte.

Lorsque la lourde porte en bois sculpté de l'entrée se referma sur eux, Marine se tourna vers lui en lui offrant un sourire un peu confus. Elle lui avoua dans une demi sourire qu'elle avait totalement oublié son nom d'emprunt ce qui amusa le médium qui plaça sa main dans le dos de la jeune femme pour l'inviter à avancer


- C'est ce qu'il m'avait semblé en effet, avait-il sourit, mais cela n'a aucune importance. Courtland, De Miran, quelle importance ? Médecin ou Médium je crois que votre Elize ne m'aime pas beaucoup. Il serait temps qu'elle accepte que vous n'êtes plus une enfant mais une femme qui prend elle-même ses décisions

Avançant d'un même pas sur les gravillons blancs qui bordaient l'allée, Nathaniel prit la main de Marine pour l'aider à monter à bord du fiacre, avant de l'imiter. A nouveau ils se retrouvèrent ensemble dans l'étroitesse de la voiture de Marine, l'un en face de l'autre. Mais cette fois les choses étaient différentes. Le soleil brillait de mille feux, et Marine semblait bien plus à l'aise en sa compagnie que la veille au soir. Le silence était à nouveau de mise, mais il ne dérangeait en rien Nathaniel qui préférait la compagnie des personnes qui savaient garder le silence plutôt que de celles qui aimaient parler pour ne rien dire et qui avaient juste le plaisir de s'écouter parler. Et puis admirer les traits délicats de la jeune femme perdu dans sa contemplation du paysage londonien défiler sous ses yeux était loin d'être un spectacle déplaisant ou lassant. Finalement, la jeune femme délaissa le paysage urbain pour reporter toute son attention sur lui, et entamer la conversation. Elle lui fit remarquer très justement qu'il avait peut-être parlé un peu précipitamment lorsqu'il lui avait dit qu'ils n'auraient pas forcément de si tôt l'occasion de se retrouver seuls tous les deux. Elle avait reprit ses propres mots qu'il avait prononcé alors qu'ils se trouvaient dans sa chambre de jeune fille. Cette remarque pertinente eut le don de lui tirer un sourire très amusée


- Ma foi, il semblerait que vous ayez raison et que j'étais en tort. Il n'appartient qu'à nous de créer ce genre de situation. Quant aux chasseurs, j'en connais un qui se trouve en ville, mais il est tout à fait dans mes cordes d'en trouver d'autres. Si tel est votre souhait je vous mettrais en contact, je n'ai qu'une parole et elle est sacrée, surtout quand je la donne. Lui assura-t-il avec le plus grand sérieux. La majorité des chasseurs sont des hommes, mais je sais que parmi eux, se trouve également des femmes, peut-être seriez-vous plus à l'aise avec l'une d'entre elles.

Lorsqu'elle le remercia encore pour tout ce qu'il faisait pour elle, Nathaniel afficha un sourire poli alors qu'une étrange lueur brillait dans son regard. Marine venait de le définir sous de nombreux qualificatifs et s'il était d'accord avec elle concernant la plupart d'entre eux, elle se fourvoyait complétement lorsqu'elle le croyait « bon ». D'ailleurs, si Elize lui était aussi hostile c'est parce que la gouvernante avait bien senti le danger qui émanait de lui et qu'il pouvait représenter pour sa jeune maitresse. Pourtant la vieille femme avait tort. Il s'était prit d'une réelle sympathie pour la jeune française et ne comptait nullement abuser de sa crédulité, bien au contraire. Pour quelle raison ? Lui-même n'en n'était pas très sur, pour ses origines française ? Peut-etre un peu. Parce qu'elle n'était pas comme les autres femmes et qu'elle essayait comme elle le pouvait de s'affranchir de ce carcan sociale dans lequel on l'avait enfermé ? Probablement. Parce qu'elle lui avait sauvé la vie ? Assurément. Marine était une femme qui pouvait se montrer pleine de surprise, elle avait en elle un potentiel encore inexploitée qui ne demandait qu'à s'exprimer, et il était là pour aider cette fleur à s'épanouir.

- Tout le plaisir est pour moi, lui assura-t-il en prenant sa main délicate dans la sienne pour y déposer un baisemain, avant de la relâcher.

Le regard de Marine se mit alors à changer. De jeune biche égarée, son regard se fit plus insistant, et séduisant. Elle se sentait dorénavant suffisamment en confiance avec lui pour se permettre de lui poser quelques indiscrétions. A vraie dire sa question le surprit, il ne s'attendait pas réellement à ce genre de question. A bien y réfléchir, il aurait plutôt songé à ce qu'elle lui demande pourquoi il n'avait jamais voulu se marier, pas pourquoi il n'avait jamais rencontré sa promise.
Portant la main à son menton, il regarda à son tour par la fenêtre du fiacre. Ils se rapprochaient du jardin botanique national qui n'était désormais plus qu'à quelques rues. Ils avaient déjà pénétré le quartier de Richmond upon Thames, le but de leur destination n'allait pas tarder à surgir devant eux, mais il avait encore le temps de satisfaire la curiosité de Marine. Il se tourna vers cette dernière et referma ses deux mains sur le pommeau de sa canne en lui souriant.


- Je ne vois pas cela comme une question indiscrète. J'imagine que ça ne devait pas se faire tout simplement. Nous n'étions que des enfants. J'avais 10 ans à peine à la mort de ma mère, j'imagine que nos parents voulaient attendre quelques années avant d'organiser notre rencontre lors d'une potentiel soirée de fiançailles très probablement. Et vous Marine, j'imagine que vos parents vous avaient choisi un bon parti, avez-vous eu l'occasion de le rencontrer ?

Il était soudainement bien curieux de découvrir comme Marine s'y était prise pour éconduire son favori et faire annuler ces fiançailles, car il devait bien se douter que c'était probablement une longue bataille qu'avait dû mener la jeune femme.

- D'ailleurs comment vos parents vivent-ils le fait que leur fille ait choisi d'étudier ici, loin d'eux ? Demanda-t-il en ramenant sa jambe droite sur sa cuisse gauche avec une petite lueur malicieuse dans le regard.

A n'en pas douter, Marine avait dû faire preuve d'une très grande persuasion pour réussir une telle prouesse. Peut-être avait-il été question de quelconque compromis, mais il en doutait, Marine ne lui paraissait pas être ce genre de femme. Il l'imaginait plutôt forte et combative, défendant ses idées et ses opinions avec opiniâtreté et efficacité. Une femme qu'il aurait aimé rencontrer, une femme qui était toujours là, mais que les épreuves inattendues avaient fragilisé, du moins pour le moment, car c'était bien connu, ce qui ne vous abats pas, vous rend plus fort. Passée cette étape, lorsque Marine aurait repris confiance en elle, et qu'elle aurait repris sa vie en main, elle ferait partie de ses femmes sur lesquelles il faudrait compter.

Le fiacre cessa son petit cheminement avant de s'immobiliser jusqu'à ce que le cocher vint leur ouvrir la porte. Nathaniel en sorti le premier tout en remettant son haut de forme avant de tendre galamment sa main ganté pour aider Marine à descendre à son tour. Il lui tendit son bras et tous deux remontèrent l'allée pavé qui menait au jardin botanique. Ils croisèrent quelques têtes familières qu'ils saluèrent tous deux d'un mouvement de tête sans s'arrêter pour autant. Ils gravirent d'un même pas les escaliers de pierres qui menaient dans l'enceinte du bâtiment, puis, après qu'il eut payé leurs entrées, ils s'avancèrent dans l'allée centrale bordée de fleurs plus exotiques les unes que les autres.


- (en fr.) Il paraît, dit-il en marchant au rythme des pas de Marine, que le jardin à été fondée 30 ans avant notre fameuse révolution, en 1759. Il regroupe l'une des plus importantes collections de plantes. Mr Hooker, le nouveau directeur, est un ami. Je sais qu'il a de très grands projets d'extension pour le Kew Gardens. Il a commencé à constituer un herbier très important, et pour se faire, est entré en contact avec l'université de Harvard et l'herbier national australien. Il a aussi lancé des travaux de grandes envergures pour la réalisation d'une serre très importante censée symboliser la grandeur du règne de la reine Victoria. Je pense que c'est une personne dont vous pourriez apprécier la compagnie, si vous ne le connaissez pas déjà. J'ai cru comprendre qu'il souhaitait également acquérir de nouveaux trésors pour la bibliothèque du site et développer un centre de recherche. Vous m'avez dit être botaniste, cela pourrait peut-être vous intéresser. En quoi consistent vos recherches exactement ?

Continuant de marcher, ils traversèrent les jardins avant de s'arrêtèrent un instant devant une impressionnante Pagode, qui, de par sa simple et imposante présence, semblait les avoir transportés de l'Angleterre à la Chine.

- Voilà bien un pays qu'il me plairait de visiter, lui avoua-t-il sans quitter le monument du regard

Haute de cinquante mètres et d'une superficie de quinze mètre de diamètre, la pagode, de par sa structure mais également ses finitions, n'était en rien comparable à tout ce qui se faisait dans les pays occidentaux où à ce qu'il avait pu voir jusqu'à aujourd'hui.

- Il paraît, lui raconta-t-il avec une lueur malicieuse qui brillait dans son regard, qu'à l'origine, elle était décorée de 80 têtes de dragons en verre, mais certaines rumeurs prétendent qu'en réalité, elles étaient en or et qu'elles auraient été vendues pour payer les dettes du roi George IV. Vous y croyez ?

- J’ignore ce qu’il est entrain de vous raconter, mais ne l’écoutez pas, intervint alors une voix masculine surgissant derrière eux.

Les deux jeunes gens se retournèrent pour faire face à un homme jovial d’une soixantaine d’années, et dont le comportement avenant et souriant était en exact opposition avec les paroles qu'il venait de prononcer. Tendant sa main, il serra celle du médium dans un immense sourire

- Nathaniel ! S’exclama-t-il visiblement ravi, avant de s’incliner vers Marine, Madame

- Marine, laissez-moi vous présenter Mr Hooker, le responsable de ce magnifique endroit qu’est le jardin botanique. William, laissez-moi vous présenter une de mes plus charmantes compatriotes, Miss Desmuguets, qui est également botaniste  

- (En fr.)Une femme, française de surcroit, qui allie beauté et intelligence, je m'en vois honoré de faire votre connaissance, fit le vieil homme en lui faisant un baisemain. Pardonnez un vieil érudit qui souhaiterait faire croire qu’il parle votre langue à la perfection alors que c’est loin d’être le cas, reprit-il dans sa langue natale qu'était l'anglais. J’ai cependant eut le plaisir de séjourner quelques temps dans votre beau pays pour y étudier sa flore

Plaçant ses mains derrière son dos, il admira à son tour la pagode qui se dressait fièrement dans son jardin et que ses deux jeunes amis admiraient avant son arrivée.

- Une merveille n’est-ce pas ? Demanda-t-il à l’adresse de Marine. Elle a été édifiée en 1762, vous rendez-vous compte ? Elle a été dessinée par William Chambers qui, lors de sa jeunesse a eu l’immense privilège de visiter cette contrée lointaine qu’est la Chine. Je me plais à croire que si j’avais 40 ans de moins, je pourrais moi aussi voyager aussi loin, au lieu de ça, je me contente des merveilleux souvenirs que m'ont procuré mes différents voyages en France, en Italie et en Suisse.

Le directeur s’empara de sa montre gousset et regarda l’heure avant de la refermer et de la glisser dans la poche de son veston.

- Je suis attendu pour le thé, qui est sacré chez nous, accepteriez-vous vous joindre à nous ? J’aimerais beaucoup profiter de votre charmante compagnie. J’aimerai beaucoup connaitre l’opinion d’une dame sur ce qui a été fait, mais je ne veux pas m'imposer si bien sur vous avez d'autres projets.

Nathaniel, observa Marine, il devinerait immédiatement si l'invitation de Hooker l'intéressait ou au contraire si elle chercherait un moyen de la décliner sans véritablement oser, de peur de le froisser. Pour sa part, Nathaniel pensait que cela ne pouvait qu'être bénéfique à Marine d'échanger avec cet homme sur leur passion commune qu'était la botanique. Mais si toutefois elle désirait décliner son invitation sans y parvenir, il s'en chargerait à sa place...


HRP// Fin du RP suite dans La dame de Nina's Park


Dernière édition par Nathaniel de Miran le Jeu 21 Avr - 18:04, édité 1 fois
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Marine Desmuguets
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MessageSujet: Re: Éclosion [Nathaniel, Marine] [16/03/42] Dim 1 Fév - 21:21

"Quoi que vous fassiez, quoi que vous disiez, vous n'êtes jamais en tord"

Ces paroles résonnaient dans l'esprit de Marine comme jamais aucunes autres ne l’avaient fait avant elles. Même ce que les Vampires avaient pu se dire en sa présence, lorsqu'ils s'étaient battus pour la posséder un mois plus tôt, ne l'avait pas autant marquée. Ces affreuses créatures, buveuses de sang et avides de violence, avaient pourtant proféré menaces et insanités extraordinairement difficiles à oublier, surtout pour la jeune aristocrate qu'elle était. Mais, étrangement, ce que Nathaniel venait de lui dire, posait sur elle un sceau particulièrement indélébile.
Qu'avait-il voulu lui faire comprendre? Comment devait-elle le prendre? Était-ce une plaisanterie? Après tout, il souriait encore...Devait-elle y voir le murmure d'un ami, d'un intriguant ou d'un amant? Pourquoi ne serait-elle jamais en tord? Qu'est-ce qui pouvait lui autoriser une telle certitude? Avait-il foi en elle à ce point? C'était idiot que de l'imaginer. Et Marine s'en rendit bien vite compte. Elle s'emballait encore pour rien. Ce n'était sans doute qu'une parole de plus faite pour la rassurer. C'était flatteur, étrange mais flatteur. C'est tout. Y chercher un sens profond, presque philosophique, c'était se leurrer. Oui, cette fois-ci, elle s'en rendait compte.

Avec un soupir, la jeune femme s'était finalement contenté de répondre un petit "merci, c'est gentil" au beau médium. Elle avait encore rougi, comme elle le faisait face à une parole sur deux en la présence de cet homme mystérieux. Elle avait honte de ses pensées. Elle avait peur de ses écarts. Mais elle avait besoin de lui, même si Nathaniel de Miran était un aristocrate déchu, un médium...Quelle situation insupportable! Pour Marine, une véritable tempête était en train de bouleverser son petit quotidien. Sa naïveté se dissipait lentement, comme si sa conscience s'éveillait enfin. Devrait-elle remercier le Ciel d'avoir mis sur son chemin des créatures de la nuit? Était-ce son destin que de frayer avec un homme tel que Nathaniel? Ou ces révolutions n'avaient été provoquées que par sa négligence, sa folie, sa propension à contourner les règles? Où était sa responsabilité? Finalement, où était sa place à présent?
Tant de questions retournaient le jeune esprit de l'aînée Desmuguets. Seule dans cette capitale obscure, scientifique de coeur, femme de corps, aristocrate de condition, elle était désormais perdue, et tout ce qui pouvait la rassurer n'était que d'autres sujets de déviance à ses yeux, d'autres gouffres dans lesquels aucune lumière ne pouvait lui promettre le type de fond qu'elle y trouverait en tombant. Confiance, besoin, peur, attirance, faiblesse, liberté, sagesse, société, curiosité...tout se mêlait, et son âme encore pure lui susurrait que c'était l'heure de faire des choix, de grands choix, qui détermineraient la suite de son existence tout entière.

La première étape de ce voyage initiatique qu'elle voyait se profiler devant elle, c'était de vaincre sa peur de l'extérieur. Elle qui avait jusqu'à présent seulement légèrement fui la société pour se consacrer à la botanique et à ses recherches s'était soudainement enfermée à double tour, comme ces princesses des contes anciens auxquelles le monde est interdit pour leur éviter d'affronter la cruelle réalité. Une prison, c'était ce qu'elle s'était créé. Nathaniel l'encourageait à sortir et à reprendre une vie mondaine correcte. Maintenant qu'elle semblait en savoir assez sur les Vampires pour les éviter ou les fuir le jour où elle les rencontrerait de nouveau, le médium paraissait certain que cette attitude était à adopter pour son bien être physique et moral. A quoi bon vivre si c'est pour rester enfermé sur soi-même? Le jeune homme avait parfaitement raison et Marine le sentait assez bienveillant pour y croire elle aussi.


- Non...je ne laisserai plus mes peurs gouverner...Vous avez raison. Avait-elle répondu timidement en baissant les yeux devant l'air impérieux du médium.

Nathaniel l'impressionnait toujours. Il avait l'air si sûr de lui! Son air protecteur et en même temps que critique la perturbait beaucoup. Il semblait avoir vécu des siècles avant elle et avoir acquis une expérience dont jamais elle ne pourrait sans doute jamais se vanter elle-même. La jeune femme qui l’avait pris pour un simple arnaqueur sans envergure n'imaginait plus se passer de lui. C'était devenu un véritable guide pour elle. Il savait parler aux défunts, il connaissait les astuces pour éloigner les Vampires, il était prévenant, capable d'écoute, d'attention et de galanterie en toute circonstance, il était franc, direct et assez fort pour la porter de la serre à la maison avec ses kilos de tissus, crinoline, corset et autres apparats très lourds avec lesquelles les femmes de leur époque s'habillaient...Elle l'admirait. Elle l'aimait déjà.

Cependant, lorsqu'elle avait cru qu'il lui proposait de fuir à l'autre bout de la planète pour la parcourir ensemble, loin de toutes obligations, pour vivre ce mot "liberté" dans toute sa splendeur, la jeune femme avait laissé sa raison et sa peur prendre le dessus sur ses rêves farfelus et possibles sentiments. Son coeur s'était emballé et sa pâleur avait bien vite révélé au médium qu'elle s'était soudainement rendue compte de la portée de ses propos, de la stupidité de ses projets et de sa crainte mortelle face à pareille opportunité.
Heureusement, Nathaniel avait sourit et l'avait rassurée sur ses intentions. Marine avait frémi et son sourire, forcé au départ, s'était fait plus véritable. Quel soulagement !

Non, la peur ne gouvernerait plus sa vie mais il fallait tout de même qu'elle apprenne à se méfier aussi de ses émotions...


***


Enfin sortis de sa demeure, leur trajet en fiacre jusqu'au jardin botanique fut plus agréable pour la jeune femme. Elize ne pouvait plus les observer et elle se sentait, pour le coup, réellement plus libre de ses mouvements et de ses paroles. C'était un véritable soulagement. Et puis, la perspective d'aller voir les plantes et de se promener tranquillement dans les allées bien entretenues du jardin plutôt que de rester enfermée entre ses quatre murs à discuter de sujets plus graves les uns que les autres allégeait grandement ses pensées. Elle aurait peut-être enfin l'impression de respirer.
Évidemment, dans le véhicule, ils ne purent cependant pas éviter quelques questions telles que celle des Hunters ou celle que le médium lui posa au sujet de ses parents. Marine répondit à chaque fois avec précaution et calme. Elle ne voulait plus retomber dans des excès d'émotions.


- Oui, je serai sans doute plus à l'aise avec des femmes. Mais bon, si vous ne connaissez que des hommes et qu'ils acceptent de m'aider après avoir entendu votre requête, ne vous en faites pas, je ne vais pas...louper cette occasion...Ce serait ridicule. Après ce que j'ai vécu, si des professionnels peuvent me sortir de mon ignorance et me rassurer, je ne vais pas les rejeter sous prétexte que ce sont des hommes.

En vérité, la jeune aristocrate était mortifiée à l'idée de rencontrer des Hunters. Elle les imaginait brutaux, sans doute complètement décalés vis à vis de la société, presque aussi sombres que les créatures qu'ils chassaient. Elle était loin de s'imaginer qu'ils pouvaient faire partie de son monde sans qu'elle ne les remarque. Pour la belle, ils ne pouvaient être que de basse condition. Comment imaginer qu'un aristocrate poudré le jour puisse égorger des Vampires la nuit ? Non, elle était encore loin de se représenter les Hunters avec aisance. Et ce que l'on ne connaît pas fait toujours peur...

- Quelque part, avoua-t-elle timidement, je me demande s'ils n'auraient pas réellement autre chose à faire que de m'écouter leur pleurer dessus...Je veux dire...A part les mettre au courant de ce que j'ai vu et entendu, je ne vois pas comment je pourrais leur être utile. Je risque surtout de les gêner avec mon témoignage et mon...besoin de me sentir protéger. Après tout, pourquoi me protégeaient-ils plus que d'autres ? Je ne sais pas...Ce n'est peut être pas la peine que je les dérange...

L'idée de rencontrer des Hunters commençait à déplaire à Marine. Même si ces hommes pourraient lui apporter des réponses plus concrètes qui éviteraient sans doute que sa vie future ne soit réduite à néant, elle se voyait mal raconter de nouveau ce qui lui était arrivé, surtout à des inconnus habitués à chasser les monstres qu'elle avait rencontrés. Ils la prendraient sans doute pour une enfant, une idiote, une riche incapable de se gérer elle-même. Elle manquait de confiance en elle et en autrui.

Mais, pour éviter de déplaire à Nahaniel en passant pour une inconstante, elle préféra cesser-là ses hésitations et changer de sujet. Elle osa, à un moment qui lui parut opportun, demander au jeune médium pourquoi il n'avait finalement pas fini avec le parti choisi par ses parents. Sa réponse la laissa en appétit. Sa mère était morte, la rencontre ne s'était jamais faite...d'accord mais pourquoi ? Elle restait curieuse de réellement comprendre cette histoire. Cependant, son indiscrétion avait déjà été un soupçon trop prononcée à ses yeux et elle se contenta de hocher la tête d'un air complaisant. Lorsque le jeune homme lui demanda à son tour comment ses parents à elle prenaient son exil en Angleterre, Marine rougit un peu.


- Oh...je...J'ai effectivement eu un parti mais j'ai...refusé de le voir. J'ai été dure avec mes parents et il s'en est fallu de peu pour qu'ils ne me mettent au couvent. Heureusement, ce sont des gens très aimables et ils ont préféré mon bonheur à la...normalité...Comment dire...Les pommettes de la jeune femme s'enflammèrent. Elle avait soudainement pris conscience qu'elle était en train d'expliquer à Nathaniel que ses parents ne suivaient pas les codes et que cela risquait de les placer en bien basse estime. Ils ont vu que je commençais à tomber malade, c'est courant chez moi lorsque je suis contrariée, ajouta-t-elle avec honte, et ils ont accepté de me laisser un délais. J'en ai joué...Et le délais écoulé je leur ai annoncé ma volonté d'étudier en Angleterre. Ils ont d'abord été scandalisés puis, voyant que je ne risquais plus que de leur poser problème, enfin je crois, et sachant qu'ils avaient mon petit frère à élever, ils ont accepté que je parte à condition d'emmener Elize. Depuis, ils m'écrivent souvent pour me demander de rentrer. Je crois qu'ils n'acceptent pas que je ne sois pas encore mariée. Ils avaient peut être l'espoir que je trouverais un bon parti ici et qu'ils pourraient de vanter d'avoir un gendre anglais...

L'amertume se sentait dans le ton qu'employait Marine. Il était évident qu'elle avait conscience que sa vie avait été complètement hors normes et que cela lui porterait préjudice tôt ou tard. Mais elle était buttée, cela s'entendait également, et elle refusait clairement de rentrer en France.

- Mon seul regret, Monsieur de Miran, c'est de ne pas voir mon frère grandir.

***

Le fiacre arrêté, les deux jeunes gens descendirent, soulagés de poser enfin le pied sur le plancher des vaches. Ils remontèrent jusqu'au jardin d'où leur parvenaient déjà quelques fragrances délicates et fraîches que les plantes diffusaient dans l'air. Marine tenait le bras du médium, comme toutes les dames le devaient en semblable promenade. Lorsqu'ils furent enfin à l'intérieur, auprès des plantes exotiques, la jeune femme soupira d'aise. Oui, cet endroit était l'un des plus fabuleux de la capitale. Comme elle adorait passer du temps ici ! Après un mois d'enfermement, cette réalité la frappa au cœur. Enfin elle ressuscitait ! Ses yeux glissèrent des fleurs orangées sur le visage du médium. Ils pétillèrent de joie et de reconnaissance.

- J'aime tellement cet endroit ! Merci...Fit-elle avec un sourire sincère avant de reporter son attention sur les plantes grasses qui les environnaient.

Au bout d'un moment, Nathaniel l'informa de ce qu'il savait de ce jardin. Marine fut heureuse de constater qu'elle était déjà bien au courant elle-même. Mr Hooker était connu des gens qui s'intéressaient à la botanique et Marine avait déjà eu l'occasion de le voir de loin sans pour autant ne jamais l'aborder. En tant que femme, c'était délicat. Il fallait qu'elle soit introduite par un homme pour pouvoir lui parler librement.


- Je sais tout cela, oui. Vous avez raison. J'ai déjà aperçu Monsieur Hooker mais je n'ai jamais pu lui parler. J'aimerai voir ses herbiers...

Lorsqu'elle compris que Nathaniel le connaissait réellement, son cœur fit un bond.

- Vous le connaissez personnellement ? Vous avez de la chance!

Baissant d'un ton, Marine lui répondit avec entrain:

- J'étudie les plantes et leur structure, les boutures et leurs alliances m'intéressent beaucoup. J'aime tenir mon herbier et y répertorier les plantes de la lande anglaise. Je n'ai pas réellement de but en botanique et d'aucun diraient que c'est un simple passe-temps sans envergure chez moi, mais, j'aimerai continuer d'étudier les vertus médicales de certains herbacés ou me pencher sur les meilleures façons de croiser les arbres fruitiers et les épineux pour avoir plus de fruits ou moins d'épines. Je m'y connais un peu mais de là à croire que je pourrais travailler avec ces messieurs...je ne pense pas qu'ils seraient intéressés par les minces travaux d'une femme aussi frivole que moi.

Nathabiel était aimable de vouloir la pousser à rencontrer ces éminents chercheurs mais Marine savait qu'elle n'avait guère sa place dans ce monde et elle préférait continuer à entretenir sa serre et son herbier tout en faisant ses propres expériences plutôt que de risquer d'avantage de scandales ou de troubles en tentant d'entrer dans ce monde d'hommes.

Arrivés dans l'espace réservé aux pays asiatiques, le médium sembla fasciné par la Pagode. Marine avait toujours admiré ce genre d'architecture et elle avait longtemps rêvé d'aller se promener en Chine ou au Japon. Elle savait que dans les parcs ce n'étaient que de pâles imitations, Léonie le lui avait déjà dit. Son amie, elle, y avait séjourné pour suivre son mari en voyage d'affaire une fois. Elle était revenue avec une ombrelle magnifique et un peigne que toutes les femmes lui enviaient malgré son excentricité.


- La Chine me paraît si loin...Souffla la jeune femme en laissant son regard parcourir lentement les bassins, les arbres et la Pagode. J'ai toujours était impressionnée par ces bâtiments...Et leurs cerisiers sont magnifiques.

Le médium rit alors au sujet des têtes de dragons qui auraient été fondues pour payer les dettes du roi George IV. Marine pouffa doucement en accompagnant l'air malicieux qu'avait pris le médium. Cet instant de complicité fit ressortir chez elle un naturel bien plus avenant et moins guindé qu'à son habitude.

- Je ne sais pas...Tout est possible non? Fit-elle en mettant une main devant sa bouche comme pour conserver un minimum de pudeur.

Une autre voix lui répondit. Marine se redressa soudain, comme frappée par la foudre. Son sourire la quitta en une fraction de seconde, à l'instar d'un enfant soudainement pris sur le fait. Heureusement, la jeune femme comprit rapidement que l'homme qui venait d'intervenir n'était autre qu'un ami du médium et elle se détendit doucement tout en faisant face au nouvel arrivant. Présentés l'un à l'autre, ils se saluèrent aimablement.
Nouvelle pétrification. C'était Monsieur Hooker! Marine frémit puis, reprenant contenance comme elle l'avait appris dans sa jeunesse, elle laissa son sourire la regagner et rougit un peu face aux compliments du botaniste.


- Je suis ravie de vous rencontrer Monsieur Hooker. Monsieur de Miran parlait justement de vous et de vos impressionnantes collections. Ah mais vous parlez très bien le français...

La jeune aristocrate ne savait plus où se mettre. Elle qui avait pourtant l'habitude des salons et des conversations mondaines ne se sentait plus du tout à son aise. Un mois d'exil et tout était à réapprendre ! Comme c'était dur ! Elle n'osait plus rire.
Observant la Pagode avec les deux hommes, la belle se mit à rêver avec eux de voyages exotiques sans pourtant révéler ce qu'elle avait réellement sur le cœur. Comment l'aurait-elle pu?
Lorsque le botaniste leur proposa de se joindre à lui pour le thé, Marine jeta un regard contrit au médium. Non...elle ne le supporterait pas. Elle avait encore besoin de temps pour se remettre de ses émotions dernières. Finalement, cette promenade au jardin avait peut être été un peu trop empressée. Pourtant, elle mourrait d'envie de dire à Hooker qu'elle désirait voir ses herbiers et, pourquoi pas, y participer. Elle voulait lui demander des conseils pour remettre en forme sa serre et connaître les plantes les plus tenaces qu'elle pourrait y replanter. Mais elle était fatiguée et la journée lui avait paru déjà assez longue comme ça. Ils se verraient la semaine prochaine, avec un rendez-vous qu'elle pourrait assumer pleinement sans en être malade. Elle devait d'abord remettre de l'ordre dans ses affaires, s'acheter une nouvelle robe, reprendre ses herbiers au cas où il souhaiterait les voir et nettoyer sa serre pour lui rendre son invitation le moment venu. A vrai dire, la perspective de boire du thé ou de manger des biscuit lui donnait encore la nausée.

Cette promenade se termina donc sur des remerciements gracieux, des courbettes aimables, des promesses et des sourires de circonstance. Heureusement, aidée par Nathaniel, Marine put se détourner des jardins et rentrer chez elle sans encombre. Elle tâcha de rester prudente et de garder sa place jusqu'au bout sans trop ennuyer le médium avec ses soucis, ses questions, ses embryons de projets. Elle se contenta de le remercier à plusieurs reprises et de lui assurer sa parfaite amitié. Pour les Hunters et Monsieur Hooker, ils se reverraient, plus tard, lorsqu'elle se serait un peu mieux remise de ces derniers jours. Maintenant qu'elle avait l'assurance de pouvoir discuter encore avec lui et qu'il ne la prenait pas pour une folle, son coeur était plus léger.


***

Dans son lit, seule et épuisée, la jeune aristocrate se remémora tout ce qui lui était arrivé depuis un mois. C'était si incroyable et pourtant si vrai! Maintenant, c'était à elle de se reprendre. Avant de fermer les yeux, elle songea à ce médium, Nathaniel, cet homme qui avait croisé sa vie et qui venait de lui donner un nouveau souffle. Pour lui, elle ferait des efforts et reprendrait les rênes de sa vie. Oui, maintenant, elle avait un véritable soutien et un nouveau but: celui de lui plaire.

Marine s'endormit avec un sourire accroché aux lèvres et un nom gravé au creux de son coeur.


[HRP/ Fin du RP avec Marine. Suite à venir. **Très heureuse d'avoir fait ce RP avec toi Nat !! Wink **/HRP]
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MessageSujet: Re: Éclosion [Nathaniel, Marine] [16/03/42]

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Éclosion [Nathaniel, Marine] [16/03/42]

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