L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


Forum RPG - Londres au XIXème siècle. Incarnez Vampires, Loups-Garous, Lycanthropes, Homonculus, Chimères, Alchimistes, Hunter...et choisissez votre camp dans une ville où les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses....
 
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Blanches ténèbres [Comte, Van] [06-07/04/42]

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Comte Keï
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Proie(s) : Les Humains (pour se nourrir) et tout ceux qui se mettront en travers de son chemin.
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MessageSujet: Blanches ténèbres [Comte, Van] [06-07/04/42] Ven 13 Juin - 18:11

[HRP/Après le post "Plumes entre les barreaux"/HRP]

Le long des murs de l'Orphelinat, une silhouette titubait lentement. D'après sa taille et sa carrure, c'était un homme, mais le peignoir anthracite qu'il portait et sa longue chevelure féminisaient son ombre, lui donnant un aspect chimérique, difforme et effrayant. Dans sa démarche se lisaient la souffrance et le désespoir. Si Dieu avait envoyé une bien pitoyable créature sur la Terre pour tester la générosité des Hommes, c'était cet homme-là qui illustrait le mieux son geste. Pourtant, il y avait dans son allure quelque chose d'infernal, comme un avertissement, une complainte mortelle venue d'outre-tombe hanter les vivants et les rappeler à leur inévitable destin. Ce fantôme d'un temps passé semblait posé-là par le Ciel pour annoncer la mort, la fin d'un monde, le pourrissement d'une ère.

La Grande Horloge sonna la première heure d'un jour qui ne semblait pas prêt de se lever tant la noirceur de la voûte céleste noyait le monde dans les ténèbres. Les nuages s'étaient accumulés en masses grondantes et l'orage menaçait d'éclater à tout moment. Déjà, le vent soufflait par rafales tandis que l'air se saturait d'humidité et se gonflait d'une tiédeur désagréable. Un coup de tonnerre rugit au loin. L’œil voilé se ferma.

Jirômaru avait beaucoup marché depuis la Tour. Après que son corps ait rejeté le sang de Joyce et provoqué la mort de Salluste, le Vampire avait quitté l'Opéra pour errer dans la nuit, sa seule confidente, sa véritable demeure. Finalement, il s'était tenu à l'endroit où Alexender Von Ravellow avait été enfermé puis délivré: la prison la plus sordide du pays. Il l'avait retrouvée éventrée, profanée par un Alchimiste pour l'obliger à vomir son prisonnier. Éclairé, humilié face à cette découverte, le vieil être de la Nuit avait rejoint les ruelles de sa ville pour errer de nouveau. Ses pieds nus l'avaient cette fois conduit jusqu'à ce bâtiment lugubre, plein d'enfants endormis et de religieuses, l'orphelinat le plus connu de la capitale. Pourquoi s'était-il retrouvé là? Pour Garry et Peter, les deux Humains qu'il avait sauvés des griffes de son ancien associé. Il allait les y conduire un jour prochain, s'il en avait la force, et les laisser accomplir leur destin sans interférer d'avantage avec le fil de leur existence. Ils avaient besoin de soins et de réconfort, ils devaient trouver une famille, se faire des amis, vivre, enfin, comme tous les enfants de leur âge. Ils étaient si jeunes et pourtant déjà si meurtris.

Les longs doigts du Vampire frôlèrent la pierre de ses ongles sales et il s'arrêta un instant pour poser son front contre la brique moite de l'enceinte. Jirômaru était fatigué. La douleur, la colère, la culpabilité, la honte, la rage, la tristesse, le désespoir, l'humiliation...Dans l'esprit de l'être de la Nuit qu'il était, des milliers de pensées s'agitaient, une cohorte de sentiments s'entrechoquaient et la folie guettait la profonde faille qui le balafrait de plus en plus visiblement. Ses stigmates noirs avaient de nouveau envahi son poitrail comme pour lui rappeler que, tout immortel qu'il était, il possédait ses limites, ses faiblesses, une fragilité souvent habilement dissimulée derrière le pouvoir, la richesse, la puissance de sa race, et qu'il n'échapperait pas à sa divine maîtresse à la faux aiguisée. Il l'avait appelée autant de fois qu'il l'avait défiée, sans jamais toucher du doigt la moindre parcelle de bonheur à moins de se la voir arracher, piétiner, brûler par l'enfer de sa malédiction. Il était né en donnant la mort, il mourrait sans donner la vie. Le cercle était incomplet, il lui manquerait toujours un fragment d'âme et ce dernier semblait n'avoir jamais existé.

Comment espérer quoi que ce soit lorsque l'on croit, depuis que l'on a vu le jour, que certaines personnes sont destinées à accomplir certaines tâches, à suivre des chemins tracés par d'autres, sans jamais pouvoir s'en détacher?
Jirômaru avait joué le rôle de serviteur, celui de guerrier, celui de vassal. À l'époque de son humanité, il avait soutenu son père, relevé ses frères, plongé sa lame brillante dans le sang de ses ennemis jusqu'à remporter victoire sur victoire et il avait même songé à fonder une famille. Puis, lorsque son semblant de vie avait basculé dans une lutte viscérale et spirituelle, lorsqu'il avait choisi l'obscur gouffre de son animalité contre l'assurance de ne jamais mourir, il avait réalisé trop tard que son pacte, rougit du sang de futurs milliers d'innocents, ne lui permettrait pas de se rétracter, jamais. Il avait vendu son âme au Diable et perdu la paix qui l’accueillait à bras ouverts une seconde auparavant. C'était définitif. Son terrible échange avait ainsi condamné sa lignée et son repos, souillant pour toujours son nom, ses mains et son cœur jusqu'à badigeonner de crimes les parois intérieures de son enveloppe charnelle. Il avait bu à tant de cous, il avait déchiré tant de famille pour se donner les moyens de se venger...et de tous les sauver.

Un mal pour un bien.
Un pris pour un rendu.

Jirômaru avait ainsi survécu à ces souffrances, il s'était relevé, il avait avancé et trébuché jusqu'à trouver un nouveau but, une nouvelle raison à son existence...
Vengeance, paix, destruction.
Finalement, n'était-il pas né pour cela?
Rien n'avait changé depuis cette époque. Son corps le lui rappelait encore aujourd'hui.

Un éclair zébra le ciel au loin.

[HRP/Suggestion d'écoute pour la suite de la lecture: Pluie et orage /HRP]
Une main crispée sur son torse découvert, le Vampire continua son chemin. La nausée ne le quittait plus depuis qu'il avait mordu un ivrogne au pied de la Tour et il avait déjà vomi le peu d'énergie qu'il lui avait pris. Quelle déchéance! Il n'était même plus capable de se sustenter correctement. Sans doute lui faudrait-il du temps pour régénérer ses blessures internes et réhabiliter son esprit. Sa croisade allait devoir cesser un moment s'il voulait la mener un jour à terme. Pour l'heure, il avait beaucoup de difficultés à respirer et un horrible goût de sang alcoolisé, coagulé et glacé lui restait sur le bord des lèvres.

Lentement, celui que l'on nommait "Lord", "Comte", "Seigneur" s'appuya contre le mur humide pour progresser, courbé comme un vieillard, vers un porche de bois et de tuiles brisées qui siégeait un peu plus loin. Une goutte s'écrasa sur sa joue, suivie d'une seconde sur son épaule et, avant qu'il ne parvienne à ce refuge improvisé, un véritable déluge s'abattit sur lui. Ses cheveux prirent une texture filandreuse et visqueuse sur son front et son cou, son peignoir se mit à adhérer à sa peau de marbre jusqu'à en épouser la moindre forme et ses pieds glissèrent sur la terre et la mousse qui reposaient entre les pavés disloqués du lieu abandonné.
C'est ainsi que, trempé, sale et malade, il passa dans la bouche du porche en ruine pour se laisser tomber au fond. Comme un mendiant, il se traîna jusqu'à s'appuyer contre les planches émiettées avant de cracher un résidu de son propre sang qu'il gardait au creux de son œsophage altéré.

Tandis que le Vampire toussait comme un damné, recroquevillé sur lui-même, l'orage se déchaîna complètement. Des trombes d'eau fouettèrent le sol et les toits alentour. Bientôt, une gouttière laissa couler une bruyante cascade sur les pavés non loin du porche et des milliers de gouttelettes ruisselèrent depuis les tuiles brisées jusqu'aux planches moisies de l'abri de fortune.
Jirômaru ramena contre lui ses pieds souillés et soupira. Il n'avait pas éprouvé ce besoin de misère depuis l'époque où il avait erré dans les pays de l'Est complètement désemparé après la trahison de son premier véritable amour. Cette mélancolique nostalgie le répugnait autant qu'elle l'attirait. Il avait besoin de rester seul, d'oublier ses impératifs, ses plans, ses erreurs, ses serviteurs...Il avait besoin de revenir aux sensations originelles afin de se préserver une dernière fois de la Mort et trouver au milieu du plus intense des désespoirs la lueur qui lui manquait pour continuer son œuvre.

La foudre zébra à nouveau le ciel et le tonnerre fit trembler la terre. Cette fois, l'orage était au-dessus de la ville. Les lampadaires luttèrent avec les éléments pour jouer leur rôle de gardiens mais certains, dont le verre était brisé, s'éteignirent sous le vent et la pluie battante qui les assiégeaient en complices. Les éclairs se succédèrent alors et le Vampire se cala de manière à rester au sec, même si cela n'avait plus guère de sens avec son peignoir ouvert, gorgé d'eau et maintenant lesté de boue. C'était un réflexe, une précaution, une preuve qu'il avait été humain un jour. Pourtant, il n'avait pas froid, ce n'était plus dans sa nature de ressentir semblable impression, et il n'avait cure de l'eau qui pouvait le toucher. Tout ce qu'il désirait, c'était dormir, oublier, écouter la pluie sur le pavé jouer sa magnifique ritournelle endiablée.

Ainsi, Jirômaru s'assoupissait. Il commençait à respirer plus posément et à se focaliser sur les intempéries qui l'environnaient plutôt que de ressasser à nouveau d'horribles questions. Les yeux fermés, la tête posée en arrière contre une planche humide, il dormait presque lorsqu'un rugissement le fit revenir à lui. C'était comme si un énorme chien avait aboyé contre un intrus, mais la force de ce cri fit imaginer au Vampire qu'un Loup-Garou rôdait dans les environs. Avec un grognement rauque, il se redressa donc et écouta plus attentivement les sons qui venaient de l'extérieur. Finalement, harassé, il laissa son regard se perdre de nouveau dans l'obscurité et son ouïe profiter du doux son de la pluie. La lune n'était pas pleine, c'était impossible qu'un Loup-Garou puisse se trouver là. Il avait sans doute encore rêvé...Son esprit avait peut être même simplement amplifié le son qui était parvenu à ses oreilles engourdies avant de le transformer en cauchemar l'espace d'un instant.

Les pouvoirs du Vampire étaient incroyablement amoindris en cet instant. Son aura était presque aussi faible que celle d'un acolyte de moins d'un siècle, ses sens le trahissaient, ses forces physiques l'abandonnaient et il n'était même plus certain de vouloir se priver de la splendeur de la prochaine aube. Cet état aphasique était d'une rareté sans nom chez le Comte mais, cette fois-ci, il avait posé le pied au-delà d'une frontière qu'il n'avait jusqu'alors jamais franchie.

Soudain, dans un éclair fulgurant, une forme de canidé se détacha à l'entrée du porche. Jirômaru quitta ses pensées dans un sursaut et réalisa que la bête, qui devait chercher un abri elle aussi, lui dévoilait maintenant l'entièreté de sa dentition dans un grognement sourd et menaçant. De son vivant, que ce soit au cours de son humanité ou au cours de son existence de Vampire, jamais il n'avait été agressé par un chien. En général, les animaux venaient le voir par curiosité ou l'évitaient comme la peste à cause de son aura.
L'animal, qui s'avéra être un bâtard à longues pattes dont le museau allongé rappelait celui d'un Berger, commença à pénétrer sous le porche à pas mesurés, sans jamais quitter des yeux le Vampire qui siégeait au fond de l'abri. Ses longues canines dépassaient de ses babines retroussées, signe qu'il n'allait sans doute pas s'arrêter avant d'avoir tenté de goûter à ce qui avait pris place dans son habituel refuge.
Jirômaru se redressa encore, ce qui fit aboyer le chien dans un tonnerre de jappements menaçants et de gargouillis infâmes.


- Recule stupide animal! Recule! Dégage! Grogna le Comte en agitant la main devant lui pour dissuader le chien d'avancer.

Mais la bête bondit brusquement et attrapa son bras droit qu'il brandit devant son visage pour se protéger. Jirômaru poussa un cri de douleur tandis que les crocs de l'animal perçaient sa large manche et pénétraient sa chair. Le poids du chien lui tomba dessus et il bascula en arrière contre le bois du porche. La planche qui reçut son dos céda et se brisa dans un craquement lugubre, laissant passer le Vampire et la créature au travers de centaines d'éclats de bois. Le chien ne lâcha pas prise, au contraire, cela lui intima le réflexe de secouer sa gueule en tout sens pour serrer d'avantage l'étau de ses crocs sur le bras de sa victime. La pluie battait toujours le pavé et brouillait toute la scène. Il y eut un nouveau cri et le tonnerre gronda à sa suite comme pour achever une tragique mélopée d'orage.


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
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Van Collins
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MessageSujet: Re: Blanches ténèbres [Comte, Van] [06-07/04/42] Ven 27 Juin - 17:25

La nuit avait recouvré la ville de Londres de son épais et ténébreux manteau. Petit à petit, doucement, il s'était mit à pleuvoir. Au commencement, il s'agissait d'une pluie fine, puis subitement, avant qu'il n'ait eut le temps de réaliser, elle avait laissé place à une véritable tempête qui s'était abattu sur lui sans vergogne. Sans lui laisser la moindre chance de pouvoir s'abriter de sa pluie diluvienne.
Ses pas précipités avaient d'abord battu le pavé de ces ruelles sombres, inondés et glissantes, éclaboussant toujours plus, s'il était possible, son pantalon, ses bottes et sa cape. Plongé dans l'obscurité, sous une pluie battante et un orage menaçant, la ville semblait avoir été complétement désertée. Il n'y avait pas âme qui vive, même les animaux, chiens errants et rats compris, ne se risquèrent pas à affronter ce vent violent et cette pluie torrentielle qui étaient si rapidement survenus.
Pendant que le tonnerre déchainé, retentissait avec violence au-dessus de sa tête, les éclaires se mirent à zébrer le ciel de manière impitoyable, déchirant par là-même son obscurité et éclairant la ville comme en plein jour par à coup. Comme si l'élément naturelle avait souhaité remplacer la lumière des lampadaires qui faisaient défaut en cette nuit d'orage, et pour cause, la tempête avait impitoyablement éventré certains d'entre eux.

Sous la pluie battante, il avait tout naturellement accéléré le pas, mais à quoi bon courir ? Il était  trempé à présent. A ce niveau, un peu plus un peu moins, ne changerait plus grand chose. Ralentissant la cadence, relevant un peu plus le col de sa cape, la silhouette avança parmi les ruelles. Le vent emportait tout sur son passage : des papiers, une bouteille de vin vide dont le bruit cristallin du verre roulant sur les pavés de pierres parvint jusqu'à ses oreilles, rien n'y réssitait. La pluie glacée ruisselait le long de son visage qu'elle martelait sans la moindre pitié, plaquant ses cheveux trempés dans un goutte à goutte agaçant qui glissait le long de son dos...
Ses vêtements, qui étaient désormais aussi trempés que s'il avait traversé la Tamise à la nage lui collaient désagréablement à la peau et alourdissait ses mouvements.

En quittant son logement en ce début de soirée, Van avait bel et bien remarqué les nuages noir qui s'étaient installés au-dessus de la capitale et si l'arrivée de la pluie n'était pas une surprise en soi, l'amplitude de cette tempête, elle, l'était. Ses services de médecin avaient été sollicité par une famille d'ouvriers, qui avait entendu parler de ses compétences et surtout de sa rémunération. Un médecin qui, quelque soit la tâche qui l'attendait, ne demandait en tout et pour tout que ce que l'on pouvait lui offrir était une denrée aussi rare que précieuse. Aussi, n'avaient-ils pas hésité à faire appel à lui. Que cet homme soit un bonimenteur ou un Saint, il était de toute manière leur dernier recours et le seul dont ils pouvaient s'offrir les services. La famille habitait dans le sous-sol d'une maison, et louait une pièce pour eux 5. Leur logement était assez démuni. Une table, quatre chaises, et des couches. Un drap suspendu sur un filin séparait la chambre des enfants de celle de leur parent.

Cette famille, qui comme toutes les familles de classe ouvrière, vivait dans un dénuement extrême  n'était pas sans lui rappeler la sienne. L'homme de la maison était alité dans son lit sous un lambeau de couverture d'une saleté dégoutante et souffrait d'une forte fièvre. Gémissant, la souffrance le faisait délirer. Il avait eut un accident dans l'usine où il officiait. Une des machines sur lesquelles il travaillait avait été renversée sur lui et lui avait impitoyablement écrasé les jambes. A ce qu'il pu en juger, l'homme survivrait, mais il resterait invalide, ses os avaient été broyés et la médecine traditionnelle ne pourrait absolument rien faire pour lui. Seule l'alchimie pourrait le sauver. Van avait tourné son visage par dessus son épaule en direction de la femme qui attendait son verdict avec angoisse tout en serrant ses enfants très fort contre elle dans l'espoir fou qu'il réalise un miracle. L'irlandais de souche avait horreur d'avoir recours à l'alchimie devant témoin, mais s'il ne faisait rien, cette famille perdrait leur seule source de revenue principale et ils seraient condamnés.  L'opération allait prendre plusieurs heures, aussi demanda-t-il à la femme de sortir avec ses enfants pour se rendre chez une voisine afin ne pas assister à une opération qui serait lourde, douloureuse et surtout qui pourrait tous les traumatiser. Lorsque l'épouse voulu objecter pour rester, Van se montra beaucoup plus ferme ainsi, n'eut elle d'autre choix que de se plier à ses exigences, acceptant avec une certaine appréhension malgré tout, de s'en remettre à lui. Elle lui indiqua où ils allaient trouver refuge et le jeune médecin lui promis de venir la chercher une fois qu'il en aurait terminé.

Ressouder les os avec l'alchimie était une opération longue et fastidieuse, durant laquelle on n'avait absolument pas le droit à l'erreur, comme tujours d'ailleurs lorsqu'il s'agissait de toucher au corps humain. Avec application Van s'était donc attelé à la tâche...
L'opération fut plus longue qu'il ne l'avait évalué car les dégâts avaient été bien plus importants qu'il ne l'avait au préalablement estimé. Une fois qu'il eut terminé, il s'occupa de faire tomber la fièvre et alla chercher l'épouse et sa progéniture. Une fois fait, il reprit place sur un petit tabouret de bois, et s'assura que son patient était sortit d'affaire. C'est alors que le plus jeune des enfants s'était approché de lui timidement. Après l'avoir remarqué, Van l'incita à s'approcher de lui dans un sourire. Un peu sauvage, l'enfant s'y refusa au début mais l'alchimiste su l'amadouer en sculptant, à l'aide d'un bout de bois et de son couteau, quelque chose qui se rapprochait d'une locomotive. Ce n'était pas parfait et de son point de vu, très loin d'être ressemblant mais l'essentiel était que celui à qui était destiné ce jouet ne s'en formalisait pas. Une fois installé sur ses genoux à admirer son nouveau trésor, Van pu l'ausculter et cela confirma ce qu'il avait ainsi deviné, l'enfant souffrait d'Asthme, tout comme Matt. Il était lui aussi victime de cette maladie qui frappaient en particulier les enfants qui travaillaient dans les mines houillères. Le jeune médecin donna à la mère de famille de quoi soulager l'enfant puis entreprit d'examiner tour à tour les autres membres de la petite famille qui avaient tous des maux à soulager. En guise de rétribution, ils voulurent lui offrir un petit morceau de viande qu'ils avaient soigneusement économisé mais le médecin refusa, prétextant, pour ne pas les offenser, qu'il en avait déjà suffisamment. Il préféra leur demander un service. L'assurance de pouvoir être hébergé un jour en cas de besoin. Bien que fort incongru comme demande, la famille s'empressa d'accepter sincèrement reconnaissante, estimant que le prix à payer était fort peu élevé en considération de ce qu'il avait accomplit.

Lorsqu'il estima pouvoir quitter la demeure, la pluie s'était mise à tomber, aussi, la femme le pria de rester et d'accepter l'hospitalité pour la nuit mais Van déclina sa proposition. Il avait d'autres obligations, l'une d'elle étant de faire sa visite journalière auprès d'Evène. La jeune femme s'était parfaitement remise de son intervention. L'avortement c'était merveilleusement bien passé, et elle s'était rétablit à une vitesse surprenante et tout aussi important, si elle le souhaitait un jour, elle pourrait à nouveau avoir des enfants. En toute honnêteté, elle aurait très bien pu se passer, exceptionnellement, de sa visite journalière, mais à vrai dire, Evène n'était pas la seule raison qui le poussait à vouloir braver les éléments pour se rendre à l'Antre des Anges. Celle qu'il désirait surtout revoir, c'était Azami, la maitresse des lieux. Sentir son parfum envoutant, la serrer dans ses bras, entendre le son de sa voix, sentir le goût de ses lèvres se presser sur les siennes.... Depuis cette nuit, la belle asiatique revenait souvent dans ses pensées. Il désirait son corps bien sur, mais pas seulement. Il aimait sa présence et sa personnalité forte et fragile, fière et malicieuse, douce et indomptable, pertinente et fascinante. Elle était la première personne à qui il avait choisit de faire confiance, et contrairement à ce qu'il avait craint au moment de ses aveux, il n'en n'avait pas éprouvé le moindre regret par la suite, bien au contraire. Pour la première fois de sa vie, il était entrain de se mettre entièrement à nu devant une personne, corps et âme. Et cette personne, c'était Azami

Ses pensées, bercées par le bruit des flaques d'eau qui claquaient sous ses pas et par les gouttes qui s'écrasaient sur le sol dans une violente mélopée, furent tirés par les hurlements d'un chien affamé. Van s'arrêta net et balaya les environs de son regard. La pénombre englobait absolument tout et de ce fait, masquait toutes les ombres environnantes en une seule et même masse lugubre. Quand aux sons ils étaient emportés et déformés par le vent. Il était très difficile dans ces conditions de repérer la plus petite présence. Pourtant s'il entendait les grognements de l'animal c'est que ce dernier ne devait pas être très loin, tapis dans l'ombre, et Van préférait le repérer avant qu'il ne lui saute dessus. La voix d'un homme, son maître assurément, se mit alors à résonner à son tour. Les propos lui parvinrent de manière inintelligibles, étouffés par le tumulte de la pluie et du vent mais à vrai dire, il ne s'en souciait pas. Tout ce qui lui importait était que ce chien avait un maitre et qu'en théorie il ne  risquait pas de l'attaquer, sauf si ce dernier lui en donnait l'ordre. Par mesure de sécurité, il glissa sa main droite sous sa cape afin de s'emparer de son arme et faire feu si nécessaire, tout en reprenant sa marche.

C'est alors qu'un hurlement de douleurs provenant d'un porche de bois aux tuiles brisées qui se dressait à quelques mètres devant lui, le figèrent sur place. Sans réellement réfléchir et mue par son instinct, Van se précipita dans la direction d'où provenait le cri.  
L'alchimiste s'arrêta net à l'entrée du porche durant quelques secondes face au spectacle qui s'offrait à lui. L'animal, probablement un berger, était entrain d'attaquer un vieillard, s'il en jugeait par les longs cheveux blanc de l'homme, qui était devenu sa proie. Le bras droit prisonnier dans la gueule de l'animal, l'homme était couché au sol dans un tapis d'éclat de bois, incapabe de se dégager, prisonnier de l'animal. Sans la moindre hésitation, Van sorti son pistolet à percussion de la poche de sa veste et visa le sol à proximité de la patte avant gauche de l'animal, et tira. La détonation avait pour but de l'effrayer et de lui faire lâcher sa prise, mais à son plus grand désarroi, il ne se produisit rien. Il tira une seconde fois, mais comme précédemment, rien ne se passa. L'arme n'était pourtant ni enraillé ni bloqué, alors bon sang que se passait-il ? Pourquoi n'avait-il plus de balle ? Il le chargeait toujours ! La réponse lui apparut aussi clair que de l'eau de roche. Bon sang Azami !

Personne n'avait accès à son arme, hormis lui, et il savait qu'elle était chargée. Il n'avait pas prit la peine de vérifier l'armement de cette dernière étant donné qu'il ne l'avait pas utilisé, mais il réalisait à présent combien il avait eut tort de s'était montré aussi négligeant. Si sa vie avait été réellement mise en danger et s'il avait du compter sur son arme pour se tirer de ce mauvais pas, les choses auraient probablement mal tourné pour lui.
Or il n'y avait qu'une personne qui avait pu avoir accès à son arme et cette personne c'était celle avec laquelle il avait passé la nuit : Azami.

Bon sang Azami, pourquoi ? Lui avait-il donné de quoi craindre pour sa vie pendant qu'il était sous l'emprise de l'opium ? Il n'arrivait pas à ce souvenir, mais peu importait pour l'heure, ce n'était pas le moment de penser à ça. Rangeant son arme, il retira sa cape complétement trempée par la pluie et l'enroula autour de son bras gauche pour se protéger, puis, il s'avança d'un pas décidé vers l'animal. Une fois derrière lui, il s'accroupit et sans la moindre hésitation lui pinça les pattes arrières. Il savait par expérience qu'il était inutile de chercher à desserrer la mâchoire de l'animal du bras de sa victime. Cela n'aurait eut d'autres résultats que de lui faire maintenir encore plus fermement sa prise. La réaction de l'animal face à cette agression sur ses pattes arrières ne se fit pas attendre. Comme il l'avait escompté, le chien relâcha sa victime pour attaquer son assaillant qui, en guise de protection, brandit son bras gauche en avant, tout en se laissant tomber en arrière sous la violence de l'assaut. Emprisonné par les pattes de l'animal qui se trouvait désormais au-dessus de lui, il vit le chien s'acharner sur son bras, qui fort heureusement était parfaitement protégé de ses crocs par l'épaisseur de la cape. Ainsi protégé, et grâce à une bonne condition physique, Van pouvait résister aux secousses données par l'animal durant son attaque. Lentement, il prit appuit sur son bras droit et commença à repousser le berger pour parvenir à se relever. Libéré de son emprisonnement, il foudroya de ses yeux verts l'animal qui continuait de s'acharner sur son avant-bras. Lentement, il se mit à reculer et su qu'il se retrouvait à l'extérieur du porche lorsqu'il sentit la pluie s'abattre à nouveau sur lui. A l'aveugle, sans quitter le chien du regard, il tendit sa main droite derrière lui et tâtonna dans le vide à la recherche de la remise. Lorsque sa main reconnu la porte en bois, ses doigts la parcourir jusqu'à ce qu'il trouve le loquet qu'il fit glisser. Lorsqu'il sentit la porte s'ouvrir derrière lui, il se décala sur le côté, puis d'un mouvement brusque, déroula sa cape qu'il balança à l'intérieur avec le berger qui ne l'avait toujours pas lâché. Promptement, avec agilité, avant que l'animal n'ait le temps de réagir, Van referma la porte qu'il verrouilla prestement. Enfin en sécurité, il s'adossa contre cette dernière en poussant un soupir de soulagement. Il pouvait sentir l'animal se jeter avec rage sur la porte en bois qui tambourinait dans son dos. Il glissa son regard derrière lui, pas mécontent de ne plus se retrouver face à ce fauve. Se redressant, et après s'être assuré une dernière fois que le chien était bel et bien enfermé et ne risquait plus de sortir, il rejoignit le vieillard sous le porche.

- Est-ce que ça va ? S'enquit-il en élevant la voix plus que la normal pour se faire entendre

En effet, initialement couverte par le bruit de l'eau qui martelait inlassablement le porche, et l'orage qui laissait éclater sa colère, s'ajoutait à présent les aboiements rageurs de l'animal qui avait été fait prisonnier.Van se précipita vers le mendiant et sans le regarder se saisit de son bras blessé pour l'examiner. Il releva la manche de son peignoir et ne put s'empêcher d'être surprit par la qualité du tissu à son touché, mais ne s'y attarda toutefois pas. La blessure laissée par l'animal était profonde mais fort heureusement elle était plus impressionnante qu'elle n'était grave. Van leva alors pour la première fois son regard sur le miséreux à qui il venait de porter secours, et le dévisagea, tout en lui adressant un sourire qui se voulait rassurant. De prime à bord, à cause de sa silhouette, il l'avait prit pour un vieillard. Ses long et fins cheveux blancs lui collaient au visage et tombaient tristement sur ses épaules et son dos, pourtant, maintenant qu'il se trouvait face à lui, il devait reconnaître que cette caractéristique physique venait de l'induire en erreur. Lui qui s'attendait à faire face à un vieillard à la peau ridée et à la bouche édenté fut on ne peu plus surprit par la jeunesse des traits de son visage. Néanmoins, l'expression qu'il avait dans son regard l'interpella. Il avait dans ses yeux cette étrange étincelle, presque menaçante, qui semblait le mettre en garde. Se tirant de sa contemplation, Van sorti une flasque de liqueur qui se trouvait dans la poche de sa veste.

- Je suis médecin, je vais vous désinfecter ça, faites-moi confiance.

Il débouchonna la flasque et versa l'alcool sur les plaies de l'homme qu'il banda ensuite avec un mouchoir en tissu. Ses yeux continuèrent d'observer cet étrange personnage sans âge. De prime à bord, il avait tout du mendiant. Il était pieds nus, avait les cheveux longs et les ongles sales, sans oublier qu'il portait un peignoir rouge carmin usée. Toutefois, quand on y regardait de plus prêt, ce peignoir n'avait pas été confectionné dans n'importe quel tissu. Il s'agissait d'une étoffe soyeuse et de grande qualité. Qui était cet homme ?

Etait-il sénile ? S'était-il sauvé de chez lui ? De Bedlam ? Cet homme était à lui seul tout un amas de contradiction. Les cheveux long et blanc, le corps vouté, il avait tout du vieillard. Toutefois la jeunesse de ses traits et la lueur dans son regard indiquait la vigueur de la jeunesse. Trempé, sale, miséreux, il avait tout du mendiant de base, pourtant les vêtements qu'il portait était loin d'être à la portée du premier venu. Cet homme l'intriguait. Qui était-il réellement ?

- Je ne sais pas si vous buvez, fit-il une fois qu'il eut terminé son ouvrage, en lui tendant la flasque dans laquelle il restait encore un peu de liqueur, mais si vous voulez vous remettre de vos émotions...

Puis, Van prit place à ses cotés en s'adossant contre le mur une jambe repliée vers lui et l'autre étendue sur le sol froid et humide. Il avait reposé son coude gauche sur son genoux et levé son visage vers le ciel que l'orage continuait de déchirer inlassablement sans pitié.

- ça ne semble pas prêt de s'arrêter. On va attraper la mort si ça continue.

L'homme avait, semble-t-il, bien du mal à respirer malheureusement il était inutile de compter faire du feu pour se réchauffer. Il était pour le moment plus sage de rester ici à l'abri, à attendre que ça se calme un peu.

- Je m'appelle Liam Cooper, se présenta-t-il en lui tendant la main

C'est alors qu'un éclair encore plus mauvais que le précédent, déchira le ciel et les éclaira comme un plein jour. Cela permit à Van de mieux voir son vis-à-vis qui avait du sang sur la commissure de ses lèvres. Etait-ce du à une bagarre ? La lèvre ne semblait toutefois pas fendue... Mais ce qui lui fit froncer davantage les sourcils, c'était ces étranges stigmates qui parcouraient son torse d'albatre dévoilé par le peignoir qui pendait tristement sur les épaules de cet homme. C'était la première fois qu'il voyait ce genre de chose. Désignant son torse d'un signe de la main, le regard soucieux posé sur lui, il se renseigna.

- Vous permettez que je regarde ?
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Blanches ténèbres [Comte, Van] [06-07/04/42] Mer 23 Juil - 2:04

Sous les larmes du ciel déchaîné, Jirômaru sentait sa chair brûler comme en plein soleil. Les crocs du chien qui venait de lui sauter dessus avaient percé son peignoir anthracite et pénétré sa peau pour se planter dans son bras le plus profondément possible. La mâchoire massive de l'animal s'était ensuite resserrée sur le Vampire tandis que les planches du porche en ruine avaient éclatées en mille morceaux dans son dos libérant d'un seul coup les deux belligérants pour les jeter sous la pluie battante. Une lutte terrible s'était ainsi engagée dans l'obscurité tremblante des rues avoisinant l'Orphelinat.  

Lorsque le Comte sentit que la pluie s'écrasait de nouveau à grands traits sur son visage déjà moite, et lorsque la douleur fulgurante de la morsure réveilla son esprit somnolent, il réalisa trop tard qu'il tombait. Ses longs cheveux blancs, poussés par une bourrasque phénoménale, giflèrent ses joues immaculées et l'air glacé susurra à ses oreilles que sa fin était imminente. Cette chute lui parut durer une éternité alors que l'attaque fut en réalité d'une rapidité déconcertante. À la lueur d'un éclair, le vieil être de la nuit eut en vérité le temps de voir sous les babines retroussées de son assaillant ses brillantes canines imbibées d'eau et de salive. Leurs regards bestiaux se croisèrent l'espace d'un instant, marquant à jamais dans leurs souvenirs le lien que toute créature entretient avec un instinct primitif originel qui lui dicte ses lois naturelles telle que la domination du plus fort. Puis, dans un fracas épouvantable, le Vampire et son adversaire atterrirent tous deux sur les pavés trempés au milieu des planches émiettées. Le coude de Jirômaru heurta la pierre avec violence tandis que la bête basculait par-dessus lui avant de s'acharner sur le bras qu'il avait tendu devant lui pour se protéger le visage. Plusieurs morceaux de bois rentrèrent dans le dos du Comte et son avant-bras valide pendant que les griffes du chien appuyaient sur son torse fatigué. L'animal tentait de maintenir sa proie au sol afin de la maîtriser et d'en disposer à sa guise. Sa gueule fétide ne cessait de lancer des aboiements terrifiants à quelques millimètres du visage de Jirômaru et ses muscles sauvages s'étaient tous tendus dans un seul but : celui de tuer au plus vite cet être qu'il venait de trouver dans son antre.

De toute sa longue et pénible vie, le Vampire n'avait jamais souffert de l'attaque d'un animal aussi banal qu'un chien errant. Lui, l'immortel aux dons terribles, était passé par le feu des armes à la guerre, la froideur des glaces éternelles dans les pays de l'Est, les ravins, les déserts, la mer, les griffes acérées des Loups-Garous et de bien d'autres ténébreuses entités, mais jamais encore il n'avait connu cette sensation honteuse d'être devenu la proie d'une si insignifiante créature. Son corps souffrait de bien des maux, car du haut de ses six cents ans d'existence, s'il avait accumulé sagesse et pouvoir, il n'en avait pas moins assez pâti pour ne pas sentir qu'il marchait désormais sur une corde tendue au-dessus d'un vide infini ; mais c'était surtout la force de son esprit qui s'écroulait depuis quelques années et cette nuit avait accéléré son mal. Cette force sur le déclin était celle qui ordonnait à son enveloppe charnelle d'abandonner la partie. Lorsque l'âme ne désire plus que la mort, l'effondrement du corps ne semble-t-elle pas inéluctable ? Même pour un être aussi surnaturel qu'un Vampire, seule la volonté reste la clé de la vie. Sans elle, la dégradation de ce tout qui forme l'être commence son œuvre terrible.

Heureusement, un réflexe ancestral interdisait à Jirômaru la facilité et son honneur rejetait d'un bloc l'idée même qu'un simple chien puisse achever son périple d'un seul coup de patte. Il ne comptait pas se faire dévorer vivant. Combien même devrait-il y laisser ses dernières forces, il lutterait, comme il l'avait toujours fait, et regarderait la mort en face sans pour autant lui tendre une main trop aisée à prendre. Car si le désespoir l'anéantissait depuis qu'il avait tué Salluste, et s'il venait en effet de songer à attendre que le soleil ne vienne réchauffer son cœur une dernière fois avant de rejoindre son ami dans le royaume des oubliés, son instinct refusait cependant de le laisser pousser son dernier souffle sous les crocs d'un simple bâtard.

Le Comte lutta donc. Même s'il venait d'atteindre un seuil de fatigue extrême et qu'il avait pour ainsi dire perdu l'ensemble de ses pouvoirs, il n'en restait pas moins redoutable et sa force surnaturelle pouvait resurgir pour le sauver d'une seconde mort. Ainsi, dans un râle terrible, il maintint le chien à distance montrant à son tour ses canines aiguisées. Le tonnerre gronda sa colère et inonda le ciel de sa pâle lumière. Jirômaru sentait contre sa peau les poils trempés de l'animal et la vase des pavés rendus glissants. Tout en repoussant le chien de ses jambes, il esquiva sa gueule et ses coups de pattes à plusieurs reprises mais il finit tout de même par recevoir quelques vilaines éraflures sur son poitrail. Son regard empli de limbes fixa alors les yeux fauves de l'animal pour l'inciter à la crainte et ce qu'il restait de son aura s'étendit un court instant avant de se briser.
Non...Il n'avait plus la force. Les ombres ne lui répondaient plus et il sentait que son corps refuserait d'agir plus longtemps. Dans un soupir, le Vampire respira l'air saturé d'humidité et ferma les yeux. À quoi bon ?  

Soudain, et contre toute attente, le chien lâcha prise. Jirômaru se redressa, prêt à se défendre d'une autre attaque. Sans doute l'animal reculait-il pour mieux revenir à la charge...C'était ce genre de technique dont se servaient les canidés et les fauves pour épuiser leurs proies et les déstabiliser. De cette manière, elles pouvaient laisser une ouverture dans leur défense susceptible d'offrir à leurs bourreaux leur jugulaire ou un bas côté. Mais les yeux du Vampire aperçurent alors une silhouette qui se découpa dans la nuit : un homme se dressait dans ce ciel d'éclairs, son bras était entouré d'un lourd tissu et, dans un flot d'aboiements emplis de rage, c'est sur lui que s'acharnait désormais le chien.
Qui était donc ce sauveur impromptu qui lui offrait une si parfaite diversion ? Dans la tourmente, le Vampire ne distinguait presque rien malgré son don de nyctalopie. La pluie tombait en rafales et le tonnerre continuait de claquer dans l'air, brouillant la vue et l'ouïe dans une série de flashs lumineux. Le Comte se mit sur son séant pour se remettre de ses émotions et observa la scène qui se déroulait un peu plus loin. Cet homme était jeune et vif. Il ne le connaissait pas. Ce n'était qu'un Humain, sans aura, sans arme. C'était sans doute un passant qui voulait jouer au héros, à moins que ce ne fusse un Hunter...Pourquoi le sauvait-il donc ? Que faisait-il dans les rues à une heure aussi tardive, sous un orage de cette envergure ? Tant de questions se soulevèrent en même temps à la vue de cet inconnu...
Le réflexe de Jirômaru fut de se tendre vers lui afin de lui prêter main forte. Mais ses jambes ne le portaient qu'à peine et l'homme s'était déjà éloigné avec la créature pour l'entraîner vers une remise. Tandis que les grognements du canidé résonnaient dans l'air, le Vampire se redressa lentement et commença à se diriger vers le porche qu'il avait quitté un peu plus tôt. Hunter ou pas, cet homme devrait se débrouiller seul. Le vieil être de la nuit ne comptait pas se battre d'avantage. Son bras le lançait et aux coins de ses lèvres coulaient à nouveau quelques gouttes de sang. Il était inutile de risquer d'autres blessures. Avec précautions, le Comte repassa ainsi par la brèche qu'il avait ouverte sur le flanc du porche à cause du chien et s'y glissa pour se mettre à l'abri de la pluie et abandonner sur le sol son corps meurtri et las. Penchant la tête vers l'extérieur, il cru voir l'Humain ouvrir la porte de la remise et y jeter le chien. Comment avait-il fait ? Quelle habileté pour un Humain ! Le Vampire n'avait pas complètement compris ce qu'il venait de se passer mais il retint cependant que cet homme ne manquait pas de ressource. Revenant définitivement à l'intérieur de l'abri, il laissa de côté son sauveur. Qu'en avait-il à faire au final ? Pour l'heure, il respirait avec une difficulté sans nom et tremblait de tout ses membres. Laissant sa tête tomber en arrière contre le bois du porche, il grogna sa douleur. L'odeur de son propre sang et celle de la moisissure des lieux saturaient ses narines. Fermant les yeux, le vieil être de la nuit sourit. Quelle situation ! Si Salluste le voyait...
Salluste...
Jirômaru saisit sa tête de ses deux mains et poussa un gémissement pitoyable en se penchant en avant. Salluste...Il l'avait tué ! Et maintenant il dormait presque éveillé et se faisait dévorer vivant par un simple chien !? Comment en était-il arrivé là ? Salluste lui manquait déjà cruellement...et la terrible mission qu'il s'était confiée lui semblait plus impossible que jamais.


- Salluste...Salluste...pourquoi... ? Salluste...

Répétant ce nom dans un murmure à peine audible le Vampire n'entendit pas arriver le jeune homme derrière lui. Ce n'est que lorsque ce dernier poussa un cri pour clamer par-dessus l'orage qu'il réalisa qu'il était tout près de lui. Jirômaru eut alors le réflexe de reculer d'un bond, comme un enfant, mais bien vite il retrouva contenance. L'inconnu s'approcha rapidement de lui et, sans le regarder, sans se préoccuper de qui il était, il se mit à examiner son bras meurtri. Le Comte se laissa faire plus par surprise que par sagesse. La chaleur de la paume de l'Humain sur sa peau glaciale lui insuffla une vague de plaisir, comme à chaque fois qu'il entrait en contact avec un être au sang chaud, bien vivant. Son regard se porta sur cette tignasse de cheveux châtains détrempés par la pluie qui s'agitait sous son nez puis, doucement, il laissa ses yeux de brume tomber sur les mains du jeune inconnu qui s'activaient à relever sa manche et à retourner son bras pour vérifier la profondeur de la morsure. Enfin, leurs regards se croisèrent. Le Vampire fut frappé par son air franc et son sourire qui se voulait sans doute rassurant. Bientôt, le jeune homme lui expliqua qu'il était médecin et il sortit d'une de ses poches une flasque d'alcool pour désinfecter sa plaie. Jirômaru ne souffla mot, se contentant de se laisser faire en serrant les dents. La douleur n'était pas insupportable mais elle lui arracha cependant un grognement rauque. Le Vampire prit garde à ne pas dévoiler ses canines légèrement hors-norme et pencha à nouveau la tête en arrière tandis que le jeune Humain bandait son bras à l'aide d'un morceau de tissu.
Le regard de Jirômaru se perdit un instant sur ce bandage de fortune. Pourquoi ce jeune homme faisait-il cela ? Il ne devait pas avoir plus de son âge à l'époque de son pacte maudit...non il était même plus jeune...Que faisait-il dans la rue à soigner les étrangers couverts de boue, imbibé de pluie, rampants comme des cafards sous les vieilles boiseries moisies de la capitale ? Observant le médecin en silence, le Vampire faillit ne pas réagir lorsque ce dernier lui demanda s'il voulait boire. D'un mouvement de tête, il lui fit comprendre que non. Bien sûr qu'il buvait mais certainement pas comme lui...Il risquait juste d'abréger ses souffrances...À cette idée, un pâle sourire éclaira son visage moribond. Quelle mort stupide ce serait ! Quelle ironie pour le médecin !

Le jeune Humain finit par s'asseoir à côté de lui contre le bois humide. Le Vampire le laissa faire sans esquisser le moindre signe de gêne alors qu'il en était en vérité complètement atterré. Qu'allait-il faire ? Discuter avec cet homme ? Le tuer ? S'en nourrir ? Qu'un Humain ait pitié de lui l'horripilait violemment, d'autant plus que celui qu'il avait maintenant près de lui paraissait venir d'une des plus basses classes...Mais ne l'avait-il pas sauvé à l'instant ? Ne l'avait-il pas rejoint dans le seul but de le soulager par pur soucis altruiste ? C'était apparemment un de ces hommes qui donnent sans chercher à recevoir, un bon samaritain dont les poches étaient aussi ternes que son cœur était d'or. C'était un de ces êtres rares dont Jirômaru n'avait que trop peu croisé la route au court de son long périple.
Le jeune homme commenta alors le temps terrible qui faisait rage dehors et s'enquit de leur santé à tous les deux. Face à ses paroles, le Vampire eut un rictus entre l'amusement et le mépris. Attraper la mort ? Lui ? Ah! S'il savait ! Ce n'était certes pas la pluie, ni le vent, ni même la grêle ou la neige qui risquaient de le faire tomber malade...


- La mort n'est qu'un commencement...Je ne crains pas ce temps. Souffla le Comte d'une voix rauque en crispant une de ses mains sur son torse.

Son souffle était court et ses poumons le brûlaient. C'était ses stigmates qui ne cessaient de pomper son énergie et de le rappeler à son état cadavérique d’antan, lorsqu'il avait perdu toute foi en ce monde et qu'il avait voulu se laisser mourir sur les steppes de l'Est.
L'Humain lui révéla alors son nom, Liam Cooper, et lui tendit une main amicale. Le Vampire considéra cette main d'un air interdit. Consterné, il leva un sourcil et manqua de rire de dépit. Mais, lentement, son visage reprit un air plus neutre et il tendit à son tour la main pour serrer celle du médecin. Son geste fut lent et mesuré pour apprécier la chaleur de sa paume mais aussi parce qu'il avait besoin de prendre grandement sur lui ce qu'il était en train de faire. Était-il en train de sympathiser avec un tel personnage ? À quoi cela lui servirait-il ? En avait-il besoin ? C'était ridicule !
Mais en cette heure, Jirômaru ne revêtait plus son masque de haine : il n'était plus que lui-même, un être courtois et sage dans la détresse, seul, terriblement seul et malade.

Lentement, il articula :


- Appelle-moi Jun...Jun Kozo...

Ce surnom, le Vampire ne l'utilisait pas souvent. Il signifiait « le premier fil pur au trois bonheurs » et lui seul savait ce qu'il représentait réellement. Depuis ses origines jusqu'à son auto-dérision, ce nom signifiait bien plus que ce qu'il paraissait.

Un éclair plus puissant que les précédents zébra alors le ciel, révélant au passage les deux êtres l'un à l'autre avec plus de précision. Le Comte s'aperçut que Liam avait les iris vertes tandis que ce dernier posait les yeux sur son torse dénudé couvert de stigmates sombres. Le regard inquiet que le médecin afficha aussitôt fit grogner le Vampire qui comprit immédiatement que ce qu'il venait de voir allait être le sujet de son prochain examen. Allait-il le laisser l'ausculter de prêt ? À quoi bon ? Il n'y comprendrait rien. Lui-même ne pouvait que partir de suppositions alors qu'il portait ces marques depuis maintenant plus de cinq cents ans. Que pourrait-il en dire ? Ces tâches noirâtres étaient la preuve que son sang se nécrosait en plaques sous sa peau de marbre, que les Vampires avaient une faille redoutable dans leurs gènes et que lui-même devait se méfier et se nourrir toujours d'avantage s'il ne voulait pas dégénérer complètement. Comment un Humain pourrait-il comprendre quoi que soit à tout cela ? Et puis, Jirômaru n'avait pas l'intention de demander de l'aide pour une chose aussi personnelle, surtout pas à un Humain.

Pourtant, lorsque le médecin s'approcha de lui, le Vampire se contenta de détourner son regard et se laissa totalement faire. Il fut silencieux durant un très long moment. Écoutant la pluie qui martelait le toit précaire de leur abri sans se lasser, il remarqua que les éclairs s'estompaient peu à peu. L'orage passait mais les nuages n'étaient pas encore vidés de leur tristesse. Jirômaru sentit sur son épaule son peignoir glisser et la chaleur de l'Humain l'envahit lentement. Les yeux fermés, il apprécia ce moment un court instant avant de se raidir soudainement. Il ramena son regard sur le jeune homme et le fixa intensément pour l'obliger à relever ses yeux dans les siens. D'un air presque compatissant, il lui sourit:


- Ce sont des marques très anciennes qui prouvent que mon sang est malade...Je doute qu'un médecin de rue puisse y faire quoi que ce soit. Elles vont et viennent avec le temps, annonçant ma mort prochaine...Elle est inéluctable, quand bien même l'illusion de lui échapper m'a-t-elle été donnée un jour...

Ramenant une de ses longues mains sur son col, le Vampire remit en place ce qui lui servait de frêle vêtement tout en repoussant mollement le jeune médecin.

-  Dis-moi...Pourquoi fais-tu cela ? Tu ne me connais pas...

Au loin, un hurlement d'animal résonna dans l'air. Le chien luttait encore contre la porte de la remise. Le Comte détourna son regard pour pencher sa tête vers l'ouverture créée dans le porche et grimaça.

- Sans toi, ce chien m'aurait peut-être délivré...

Sans prévenir, le Vampire se leva en s'appuyant contre les planches de bois vermoulues. Son corps massif s'érigea comme une tour branlante avant de se stabiliser et de se mettre en marche. Dégageant son cou de ses longs cheveux blancs, le vieil être de la nuit sortit sous la pluie. Il avait besoin d'air, de distance avec cet Humain. Pourquoi irait-il se confier à lui ? Il n'était pas là pour se faire bercer par un de ses semblables !
L'eau ruissela le long de sa nuque et sur ses joues d'albâtre. Dans un grondement lointain, l'orage gémit une de ses ultimes plaintes. Jirômaru respira un grand coup sous la pluie et laissa son corps se détendre. Doucement, il saisit un morceau de bois qui était resté planté dans le bas de son dos et l'enleva d'un geste bref avant de laisser l'éclat tomber sur les pavés comme si ce ne fut qu'un fétus de paille collé à ses vêtements.
Et maintenant ? Où allait-il aller ? L'idée même de retourner à l'Opéra le rendait malade. Sa demeure publique lui était elle aussi sans attrait aucun et les rues ne pourraient le cacher à l'aube. Il devait trouver une solution...Un cimetière peut-être...Une chapelle ou un caveau...oui...Un retour aux sources en quelque sorte. Il en avait grandement besoin.
Son genoux droit se remit à le lancer à cause de la balle de Bloody Rose qu'il avait reçue quelques temps auparavant. Son esprit se focalisa aussitôt sur Sarah. Où était-elle à présent ? D'après ses parents, elle avait choisi de demeurer au couvent et elle serait prête pour leur mariage. L'obtiendrait-il réellement un jour ? Elle qui ne comprenait pas l'importance de son rôle...

Perdu dans ses pensées, Jirômaru vacilla soudain et ses mains se plaquèrent bientôt au sol pour empêcher l'ensemble de son corps de heurter les pavés. Il n'avait plus de force et s'était levé trop rapidement. Son pouvoir appela les ombres mais aucune ne vint à sa rencontre. Il resta seul, seul et abandonné. Abandonné par le sort, par la vie, par l'honneur, la gloire, sa famille, son maître, cette ville, cette fille, ce ciel...Le Vampire ne souhaitait plus que dormir pour oublier sa solitude. Il était terriblement fatigué et les aboiements du chien vrillaient ses tympans.
Recroquevillé sur lui-même, le Comte frissonna pour la première fois depuis qu'il était sous l'orage.


- Je suis seul Liam...Murmura-t-il sans se soucier que le jeune médecin l'ait suivi ou non. Je n'ai pas d'âme...

Une lueur brilla derrière une fenêtre à l'étage d'une des maisons du quartier. Le chien continuait d'aboyer comme un damné tout en s'acharnant contre la porte et, malgré l'orage, le boucan que faisait l'animal enragé ne pouvait qu'attirer les foudres des habitants environnants. La lueur se rapprocha des carreaux et bientôt une silhouette d'homme apparut à la fenêtre. Il tenait un pistolet à percussion dans sa main gauche et une lampe à huile dans sa main droite. Le Vampire ne se rendit même pas compte de sa présence. Il continua de parler dans les ténèbres :

- Tu n'es pourtant qu'un Humain...Comme je t'envie...Ne m'approche pas.

L'homme ouvrit sa fenêtre et lança un cri brutal à l'encontre des badauds qui s'agitaient dans la rue:

- Hey ! On aimerait dormir ici ! Vous énervez les chiens ! Dégagez ou je vous dégage moi-même!

Sans se soucier de cette voix, le Comte poursuivit son discours désarticulé:

- Tout ce bruit pour rien...Toutes ces souffrances...Toutes ces batailles...Non...Ne m'approche pas. Salluste avait raison. Ho Jenny tu ne seras plus jamais vieille, plus jamais, quelle tragédie...Mais je l'ai tué. Oui. Il ne recommencera plus. Il n'a pas le droit. Il ne l'ont jamais eu...

- Je vous ai dit de dégager ! On n'veut pas de clochards ici !

Les aboiements du chien avaient redoublé à cause de l'excitation que lui causait le tumulte qui régnait dehors.


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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Dernière édition par Comte Keï le Dim 17 Aoû - 18:23, édité 1 fois
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Van Collins
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MessageSujet: Re: Blanches ténèbres [Comte, Van] [06-07/04/42] Dim 17 Aoû - 17:19

Quelle nuit ! Le hasard, ou le destin selon certaines personnes, se manifestait de manière impromptu et vous faisait faire d'étranges rencontres. Lorsqu'il avait quitté ce qui lui servait de logis ce soir-là, Van pensait juste officier en tant que médecin auprès d'une famille misérable qui avait loué ses services pour sauver la vie d'un père de famille qui avait été la victime d'un terrible accident qui aurait pu le mutiler à vie. S'il avait pu s'en sortir, ce fut grâce non pas à ses connaissances médicales bien à ses talents d'alchimistes. Après avoir fait ce qu'on attendait de lui, Van pensait se rendre à Chinatown afin d'y retrouver la jeune Evène à qui il avait fait subir un avortement. La jolie blonde se remettait parfaitement bien de son intervention. Elle pourrait même avoir d'autres enfants dans le futur si elle le souhaitait, mais par acquis de conscience il préférait s'assurer de son rétablissement jusqu'à ce qu'il n'y ait plus le moindre risque. Et bien qu'il se sentait concerné par son rétablissement, qu'on pouvait dire de lui qu'il faisait preuve d'une conscience professionnelle admirable, officieusement, il y avait une toute autre raison qui le poussait à se rendre dans l'entre des anges et à braver les éléments. Cette raison, comme n'importe qui pourrait s'en douter, c'était une femme bien sur. Et pas n'importe quelle femme. Une femme comme il n'en n'avait jamais rencontré jusqu'à présent. Elle était très belle, tout en elle, dans ces moindres gestes vous faisait chavirer. Sa façon de marcher, son sourire, son regard... Il la trouvait fascinante. Forte et fragile à la fois, tendre et passionnée, sauvage et câline,.... Elle n'était pas simplement une femme qui savait jouer de son corps et qui savait quoi dire ou quoi faire pour séduire un homme, elle était bien plus que cela, elle possédait un esprit vif, et indomptable.

Pourtant, lors de son trajet, alors que les rues étaient désertées par la tempête qui faisait rage et qui s'abattait sans pitié dans les ruelles de Londres, son attention avait été attiré par des cris tout d'abords. Les cri d'un homme. Des cris teintés de souffrance et de douleurs, mais aussi par les aboiements d'un chien. Pourquoi s'était-il précipité sous ce porche d'où provenait tous ces sons sinistres ? Lui-même n'en n'avait pas la moindre idée. Peut-être parce que sur le coup, cela lui parut être la seule chose à faire. Peut-être aussi parce que détourner le regard, passer son chemin, n'avait jamais et ne serait probablement jamais dans sa nature.
Peu importait les motivations qui l'avait poussé à agir, la scène qui se déroulait sous ses yeux lui prouva qu'il avait eut raison de suivre son instinct. Sans son intervention, ce chien errant n'aurait visiblement fait qu'une bouchée de ce mendiant qui avait eut le malheur de croiser son chemin. L'animal l'avait profondément mordu mais cet homme s'en sortait plutôt s'il se référait à ce qui lui avait déjà été donné de voir. Cet animal était un véritable fauve enragé que Van aurait préféré éliminer à distance plutôt que de se voir contraint de l'affronter, mais son arme ayant été déchargé, elle ne lui était d'aucune utilité. Il avait donc été contraint d'affronter l'animal mais pas sans avoir une idée en tête qui le protégerait de ses attaques et qui lui permettrait de l'empêcher de s'attaquer à nouveau à eux. C'est ainsi qu'il avait retiré sa cape pour l'enrouler autour de son bras afin de s'en servir comme d'un bouclier qui le préserverait de son attaque. Et quand il sentit ses crocs se refermer sur lui, il se félicita de s'être si bien protégé son avant-bras avec la force qu'il avait, nul doute qu'il aurait pu lui arracher le bras, ou en tout cas dangereusement l'handicaper. Il était parvenu à le conduire et à l'enfermer dans une sorte de remise, dans laquelle il avait été contraint d'abandonner sa cape. Pour Van, dès l'instant où il était intervenu, il n'avait pas d'autres alternatives que de s'en sortir, sans quoi, l'animal lui aurait fait payer cher son manque de munition.

Après s'être occupé de ce foutu chien, Van avait rejoint cet homme qui avait été sa victime. Van avait été protégé par un tissu épais et trempé qu'il avait enroulé plusieurs fois autour de son bras et pourtant il avait l'impression de sentir encore la gueule de cet animal se refermer sur lui. Il craignait quelque peu l'état dans lequel il allait retrouver sa victime qui avait trouvé refuge à l'abri de la pluie sous le porche.

En s'approchant de lui, Van avait constaté qu'il respirait avec difficulté et tremblait de tous ses membres. Il n'y avait pas que le froid qui devait être responsable de ces tremblements, la peur et le choc de cette agression en était assurément tout autant responsable. L'homme se dodelinait, la tête entre les mains gémissant de douleur. Etrangement, il ne s'agissait pas d'un gémissement procuré par la blessure que lui avait infligé l'animal, mais bel et bien d'une plainte déchirante de tristesse à laquelle Van n'était pas insensible. Sa peine, sa douleur, quel qu'elle fut était profonde et déchirante. L'homme pleurait quelqu'un. Un être proche, un être cher devina-t-il, qui portait le nom de Salluste. Salluste ? Quel nom étrange. Qui était-il ? Une personne très proche du vieillard. Une fils peut-être ?

Ayant l'impression de surprendre quelque chose qu'il n'aurait pas du, et ne désirant pas donner l'impression d'être indiscret, Van avait manifesté sa présence en s'adressant à lui d'une voix forte et puissante. Il avait été contraint de hurler car non seulement la tempête qui faisait rage aurait couvert sans aucun mal sa voix s'il avait gardé une intonation normale, mais en plus le chien qu'il avait enfermé aboyait de rage. Sans oublier que plongé dans l'abîme de ses tourments, l'homme ne l'aurait certainement pas entendu.
Sa tactique eut l'effet escompté puisque l'homme se recula aussitôt d'un bond, comme un enfant qui craignait d'être battu, dès qu'il prit conscience de sa présence. Van s'accroupit alors rapidement à ses cotés mais n'esquissa aucun mouvement brusque qui aurait pu l'effrayer et le tromper sur ses intentions lui qui ne lui voulait aucun mal. Rapidement, il avait examiner le bras meurtri, et l'avait soigné. Van ne fit aucune remarque à ce sujet mais la peau de l'homme était glacé guère étonnant par ce temps de chien. Il devait se réchauffer, et garder leurs habits trempés sur le dos n'allait pas les aider, malheureusement faire du feu était impossible par ce temps. Le bois était beaucoup trop humide et pour allumer un feu, il serait obligé d'avoir recours à l'alchimie, chose qu'il répugnait à faire devant des gens qu'il ne connaissait pas.
Les paroles de son compagnon lui firent tourner le visage dans sa direction avec étonnement. Selon lui la mort n'était qu'un commencement, Van ne partageait pas vraiment sa vision des choses, pour lui, c'était la fin de tout, et lorsqu'il rajouta qu'il ne craignait pas ce temps, l'alchimiste esquissa un petit rire amusé, des deux, c'était lui le plus gelé et mal en point, mais il s'abstint là aussi de tout commentaire à ce sujet, se contentant juste de parler pour lui


- Vous avez de la chance, moi je le crains, sourit-il avant de se présenter

L'homme, méfiant, se décida finalement à en faire autant, il avait un nom peu ordinaire qui ne faisait que confirmer ce que les traits fin de son visage indiquait déjà, il était originaire d'Asie.
C'était un homme las, qui semblait attendre la mort, et qui se présenta sous le nom de Jun Kozo.

- Enchanté Jun Kozo

L'éclair qui zébra le ciel lui permit d'apercevoir les étranges stigmates que cet homme portait sur le corps. De toute sa vie, jamais il n'avait vu ça. Qu'est-ce que c'était ? Il demanda l'autorisation à Jun d'observer de plus près cet étrange mal dont il souffrait. L'homme ne dit rien, préférant détourner le regard, acquiesçant silencieusement. La pluie continuait de marteler le toit qui les abritait et pourtant un lourd silence s'était installé entre eux. Un silence si assourdissant qu'on aurait cru que chacun des deux protagonistes étaient entrain de retenir son souffle, comme si, en faisant glisser le peignoir de son épaule, il était entrain de profaner un sanctuaire interdit. Il y avait comme une étrange pudeur qui émanait de lui. Van resta un instant estomaqué devant ce poitrail qui se dévoilait à lui. Il effleura ces marques de ses doigts, en les frôlant à peine, comme si les toucher pouvait insuffler une violente brûlure, ou pire encore. Qu'est-ce que c'était que cela ? Se demanda-t-il en fronçant les sourcils perplexe. Sentant le regard lourd de son patient se poser sur lui, il releva le visage pour croiser son étrange regard gris... Van eut un hoquet de surprise, était-il aveugle ? C'est ce qu'il cru durant un instant car il ne vit aucune trace de pupille pourtant le doute s'empara de lui car ces perles grises le fixait si tristement et lui paraissait si.... vieux ?

Un triste sourire résigné se dessina sur le visage de son vis-à-vis et l'homme lui révéla que ces stigmates étaient très anciennes. Poliment, il lui fit part de ses doutes quand aux compétences de Van à parvenir à l'en débarrasser. N'importe qui aurait pu s'en offusquer mais pas lui, après tout, il n'était pas réellement médecin, il n'était pas infaillible et surtout, il n'avait jamais été confronté à cela jusqu'à aujourd'hui. Jun avait raison de douter mais Van lui offrit un regard compatissant et compréhensif.


- Quoi qu'on fasse pour lui échapper, un jour ou l'autre elle finira par nous emporter chacun notre tour, comme vous l'avez si bien dit c'est inéluctable, mais de toute évidence, vous êtes parvenu à lui échapper jusqu'à aujourd'hui, pourquoi ça ne continuerait pas encore ?

Retarder l'échéance, se jouer d'elle, même si tous savaient qu'elle gagnerait toujours au bout du compte, était-ce une raison suffisante pour la laisser gagner si facilement ? Non bien sur, et c'était là le privilège des hommes que de pouvoir la combattre.
Un genou à terre, l'autre replié devant lui, Van observa à nouveau les blessures tout en reposant son bras droit sur son genou


- Je reconnais n'avoir encore jamais vu ce genre de stigmates et je ne suis probablement pas le plus grand médecin de Londres mais je ne suis pas du genre à m'incliner à la première difficulté. Avecvotre autorisation je pourrais peut-être essayer de faire des recherches. Dans le pire des cas, je ne trouverais rien, et dans le meilleur des cas j'arriverais à vous aider. Vous n'avez rien à perdre à tout à y gagner. La décision vous appartient, quoique vous décidiez je n'insisterai pas, je vous laisse y réfléchir

Van n'avait jamais vu ce genre de blessure. D'où pouvait provenir ce mal ? Comment l'avait-il contracté ? Ces étranges blessures soulevais bien des questions tout comme elle venait de réveiller son intérêt. Partir défaitiste c'était partir perdant, et ce n'était pas dans sa nature. Ce défi le passionnait et il désirait ardemment en venir à bout, si toutefois Jun voulait bien accepté de le laisser le relever avec lui. Depuis ses recherches sur la pierre philosophale, rien jusqu'à aujourd'hui n'avait su susciter sa curiosité avec autant d'intérêt.

Remontant doucement le fin peignoir sur sa chaire dénudé, Van remarqua alors que les main de cet homme étaient blanches et fines, pour ne pas dire délicates. Les mains d'un aristocrates qui semblaient n'avoir jamais connu le moindre dur labeur, pourtant cet homme n'avait rien d'un noble. Encore l'une des innombrables contradictions qui entourait Jun. Alors qu'il le repoussait doucement, Jun lui demanda pour quelle raison, il lui venait en aide, alors qu'il était un étranger pour lui. Cette remarque le fit sourire.


- Je te connais, tu t'appelles Jun Kozo, et quand bien même, serait-ce une raison pour passer mon chemin alors que j'avais la possibilité de t'aider ? Je ne suis pas le genre de personne à détourner le regard. Les gens sont de plus en plus individualistes et vu la misère qui nous environne je ne peux pas le leur reprocher, mais si personne ne fait d'effort, alors comment les choses pourraient-elles changer ?

Alors que l'orage commençait enfin à se calmer les hurlements du chiens, eux, ne s'estompèrent point et continuaient de déchirer la nuit. Enragé, l'animal s'élançait avec une violence rare et sans s'épuiser contre la porte en bois qui le maintenait enfermé ! Ah ce rythme il finirait par faire sauter le verrou. Bon sang, une balle et tout aurait été réglé ! Les deux hommes avaient tourné simultanément leurs visages dans la direction du porche et lorsque Jun reprit la parole le médecin se tourna à nouveau vers lui pour lui faire face et écouter avec attention ses paroles si pleine de désespoirs. Sans son intervention disait-il, ce chien l'aurait délivré....

De toute évidence Jun était las de la vie, Van eut un sourire las. Il comprenait ce qu'il voulait dire. Lui aussi avait connu ça à une période, lorsqu'il pensait avoir tout perdu. Par deux fois ça lui était arrivé, lorsqu'il avait perdu Matt, Collen et Abigael dans les mines, et ensuite lorsqu'il s'était réveillé alors qu'il aurait du mourir. Il aurait du périr dans les flammes de cette explosion et pourtant quelqu'un en avait décidé autrement et cela avait tout changé.


- Je n'appelle pas ça une délivrance. Tout à l'heure tu m'as dit que la mort n'était que le commencement, je ne partage pas cette opinion, pour moi, la mort c'est la fin de tout. Quand on meurt s'est terminé, il n'y a plus rien. Je ne crois ni à l'enfer ni au paradis. On nait, et on meurt tous, mais c'est mieux si entre les deux on a fait quelque chose. Jun je ne connais pas ton histoire mais, je pense que ce qui ne nous abats pas nous rends plus fort.

Sans répondre, l'homme se releva péniblement en prenant appui contre les planches en bois avant de reprendre sa marche le pas mal assuré. Surprit, Van réalisa alors seulement à quel point cet homme était grand. Jamais il n'avait vu un tel géant, et encore, il ne se tenait pas droit mais courbé, il devait aisément dépasser les un mètre quatre-vingt cinq. Ne comprenant pas ce qu'il cherchait à faire, Van l'imita à son tour et comme lui se releva sans le quitter des yeux. Au vu de son état, Jun ne devrait pas sortir sous cette pluie battante, pourtant, l'homme avança, sans se préoccuper de la pluie qui s'abattait sur lui, chancelant sans trop savoir où aller. Avait-il seulement un endroit où rentrer ?

- Où vas-tu ?

Trop affaiblit, Jun vacilla et son immense silhouette se retrouva à genoux, ses mains le retenant de justesse et l'empêchant d'embrasser le sol.

- Jun ! S'exclama Van en le rejoignant

L'homme était recroquevillé sur lui-même, sous la pluie battante et impitoyable, tremblant de froid.
Je suis seul, lui confia-t-il dans une plainte aussi déchirante que désespéré. Puis, ses paroles devinrent décousus. Il prétendait ne pas avoir d'âme, il s'adressait à lui en lui disant qu'il l'enviait qu'il n'était qu'un humain, et qu'il ne devait pas s'approcher de lui. Jun était une âme perdue, égaré, seul et désorienté que la fièvre commençait à faire délirer. Passant son bras sous ses aisselles pour l'aider à se relever il referma sa main droite sur sa ceinture afin d'avoir une meilleure prise pour agripper, puis, il passa le bras de Jun derrière son propre cou et lui teint fermement le bras qui pendait à proximité de son visage. Sans son par-dessus, la pluie glaciale qui s'abattait sur lui le transperçait comme de fines et impitoyables aiguilles, mais s'en préoccuper n'y changerait pas grand chose.


- Crois-moi, si tu me connaissais vraiment tu ne m'envierais pas, lui confia-t-il dans un sourire amer

Une lumière provenant d'une maison perçait l'obscurité ambiante et la fenêtre s'ouvrit pour laisser un homme hurler sa rage. Il leur reprochait de faire hurler ce satané clébard et leur ordonnait menaçant de dégager vite fait les lieux. Van qui sentait la colère s'emparer de lui, lui adressa un regard noir. Cet homme était chez lui, bien au chaud, et pourtant ça ne lui suffisait pas d'avoir un toit, ceux qui en était dépourvu le dérangeait. Il ne faisait montre d'aucune compassion envers les pauvres ères qu'ils étaient. Il ne pensait qu'à son confort, et à vrai dire Van mourrait d'envie de lui faire ravaler ses menaces, mais il préféra s'abstenir. A quoi cela servirait-il ? Et puis il devait s'occuper de Jun qui continuait à délirer.
Le bruit de la pluie qui battait le pavé, les hurlements du chien qui ne cessaient de transpercer la nuit, les accoues qui faisait trembler la porte de la remise à chaque fois qu'il s'élançait contre cette dernière, sans oublier la voix de cet homme qui leur tonnait de dégager séance tenante, tous ces éléments couvrait la faible voix de Jun qui murmurait des choses qui n'avaient aucune logique entre elles et auquel Van ne prêta guère attention. Après tout, ce n'était là que les propos d'un homme en proie au délire. Tout juste Van entendit-il murmurer dans son oreille, certaines informations qui pour lui demeurait un mystère.

Salluste ? Déjà quand il s'était approché il avait prononcé ce prénom, qui était-ce ? Et Jenny ? Elle ne sera jamais vieille ? Aurait-il perdu sa petite fille ? Cela ne pouvait être que ça. Il fronça les sourcils lorsque Jun murmura avoir tué quelqu'un. Ça ne l'offusquait pas outre mesure, lui-même avait du sang sur les mains, il aurait été bien mal venu de sa part de le juger. Et puis Jun ne semblait pas être quelqu'un de mauvais, juste un pauvre bougre anéanti par un évènement qui était survenu récemment dans sa vie et qu'il avait besoin de surmonter.


- Je vous ai dit de dégager ! On n'veut pas de clochards ici ! Insista le malotrus.

- On s'en va ! Hurla-t-il à l'adresse de cet homme à qui il souhaitait d'ouvrir la remise avec ce chien enragé à l'intérieur puis plus doucement il rajouta à l'adresse de Jun, Viens avec moi.

Il était glacé, Van l'avait déjà constaté en lui serrant la main mais par ce temps glaciale il n'y avait rien d'étonnant. Ils devaient se réchauffer à tout prix, sans quoi, ils ne se joueraient plus longtemps de la faucheuse. Van donna un coup de pied dans la porte de la remise devant laquelle ils passèrent et où se trouvait enfermé le chien histoire de le faire enrager de plus belle, même après leur départ. C'était puérile mais c'était sa petite vengeance envers cet homme qui les avait chassé sans se préoccuper de savoir où ils pourraient trouver refuge sous cette pluie diluvienne.

Ils descendirent la ruelle mais il était bien difficile de voir quoique ce soit avec cette tempête, sans parler de l'obscurité de la nuit qui n'arrangeait en rien leur vision. Ils longèrent 3 ruelles tout aussi désertes et lugubres puis Van lui fit emprunter des escaliers qui menaient vers une sorte de cave qui se trouvait en-dessous du trottoir, Il poussa la vieille porte en bois mal fermé et fit entrer Jun. Tout était y était sombre et une forte odeur de moisis lui chatouilla désagréablement les narines.


- Reste là, je vais faire du feu. La personne qui habitait ici est morte la semaine dernière, lui expliqua-t-il en se dirigeant vers le foyer. Elle a été renversé par une voiture, sa maison est pour le moment inoccupée, ça nous permettra de rester à l'abri au moins durant la tempête.

Très vite, le feu dans l'antre de la cheminée se mit à prendre et éclaira la pièce. Van referma la porte au moment où un chat voulu se glisser à l'intérieur, mais sentant la présence du vampire l'animal se ravisa et préféra affronter la tempête qui continuait de faire rage à l'extérieur. Tant pis pour lui songea Van en refermant la porte. La pièce dans laquelle ils avaient trouvé refuge ne payait pas de mine, mais elle avait au moins le mérite de les tenir à l'abri du vent et de la pluie. Elle contenait une table en bois, deux chaises, un sol terreux, et un lit crasseux. Van se dirigea vers l'armoire branlante et en sorti une vieille couverture de laine qu'il posa sur les épaules de Jun.


- Tu devrais te déshabiller et te sécher. Tu es glacé. Je vais d'ailleurs en faire autant.

Van prit place sur une chaise, retira ses bottes, puis sa veste. Il déboutonna sa chemise qui gouttait tristement mais ne la retira pas. Tout comme, il garda son pantalon trempé. Puis, il prit place sur le sol terreux, devant la cheminée pour se réchauffer de son feu, croisant les pieds devant lui et faisant reposer ses bras sur ses genoux tout en observant les flammes danser. Il avait beaucoup de questions à poser car son compagnon l'intriguait et il avait très envie de faire plus ample connaissance avec son compagnon d'infortune mais il était on ne peut mieux placer pour savoir qu'on n'avait pas toujours envie de se confier. Néanmoins parfois c'était l'inverse, et on n'attendait qu'une chose, qu'on vous donne la possibilité de s'ouvrir. Parfois, face à un inconnu, c'était plus facile aussi décida-t-il d'engager la conversation. Si Jun ne désirait pas parler, il n'insisterait pas.

- Qui est Salluste ? Tu as souvent prononcé son prénom depuis que je t'ai rencontré? Et Jenny ? Qui est-ce ? Tu as perdu ton enfant ? Demanda-t-il. C'est pour ça que tu erres dans la ville ? C'est récent ? Tu désires en parler ? Tu sais, on a tous perdu des êtres chers, et je peux comprendre la douleur qui t'accable en cette période de deuil, mais il faut un temps pour tout Jun. Un pour pleurer nos morts et un autre pour continuer à vivre sans eux. C'est le meilleur hommage que tu puisses leur rendre.
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Blanches ténèbres [Comte, Van] [06-07/04/42] Mer 20 Aoû - 2:30

Assis sur une chaise devant cette vieille cheminée, Jirômaru observait le feu crépiter dans l'âtre brûlant. Les flammes dansaient dans ses pupilles d'immortel, donnant vie aux limbes qui les recouvraient de leur voile fantôme, comme pour les animer d'une force venue d'un autre monde. Le corps enveloppé d'une épaisse couverture, le colosse pensait à son devenir tandis que sa peau de marbre se gorgeait de la chaleur imprévue que lui apportaient ces lieux. À ses côtés se tenait Liam, un jeune Humain qui se prétendait médecin et qui l'avait sauvé d'un chien errant quelques instants plus tôt. C'était lui qui avait allumé ce feu. Sans son secours, le Comte aurait sans doute perdu face au canidé et il serait probablement resté allongé sur les pavés humides de la rue jusqu'à ce que l'aube ne vienne recueillir son dernier soupir entre ses crocs sanglants. Il aurait péri car c'était un être brisé par le chagrin et la fatigue, un homme qui avait atteint ses limites et qui avait en grande partie perdu sa foi. Enfin un homme...c'était surtout un Vampire, une créature de la nuit qui se nourrissait de sang, autrement dit un assassin, un envoyé du Diable, un émissaire de la Mort. Pourquoi Liam l'avait-il donc sauvé ? Parce qu'il ignorait tout de sa véritable nature et parce que son cœur plein d’abnégation le poussait apparemment à préserver la vie d'autrui sans qu'il n'ait besoin de réflexion. C'était un homme naturellement charitable, une de ces âmes généreuses que l'on ne croise que dans les contes. Ni le chien, ni la pluie, ni même cet homme qui avait beuglé par sa fenêtre ne l'avaient détourné de la divine mission qu'il s'était donné en voyant celui qu'il avait pris pour un vieillard patauger dans la vase. Avions-nous là un ange soucieux des démons ?

- C'est ridicule...souffla l'immortel en ramenant la couverture sur ses larges épaules. Ses longs cheveux de neige glissèrent le long de ses joues en un pudique rideau qu'il imposa au médecin qui l'observait encore.

Depuis que le jeune homme l'avait soulevé de terre pour le porter et le pousser à venir se réfugier dans cet abri de fortune, Jirômaru n'avait dit mot. Tout au plus avait-il murmuré quelques noms, quelques brides d'événements passés qui n'avaient pu avoir de sens que pour lui-même. Sa conscience s'était égarée un moment et il avait perdu la notion du temps et de l'espace ainsi que celle de l'équilibre. Là-bas, dans la rue détrempée, focalisé sur ses malheurs et sa douleur physique, il semblait avoir tout abandonné, depuis ses idéaux jusqu'à sa dignité. Mais son corps rampant avait su émouvoir l'Humain jusqu'à le faire ressortir sous la tourmente afin de le relever. Dans un sursaut de conscience et alors qu'il touchait à la limite du grand sommeil, par prudence mais aussi peut-être par honte, le Vampire avait alors tenté de le repousser songeant que cela serait mieux pour tous les deux. Il ne souhaitait pas qu'on lui offre de l'aide comme l'on balance à un mendiant quelques piécettes pour sa survie. Il ne voulait pas d'une dette à payer un jour, surtout pas à un Humain...

Avant qu'il ne décide ainsi de quitter le porche de bois pour errer au dehors, beaucoup de choses s'étaient bousculées dans sa tête alors que Liam tentait de faire connaissance avec lui. Le pauvre Humain ne pouvait pas le comprendre. Tant qu'il ne connaîtrait pas la vérité sur son compte, tant qu'il ne partagerait pas complètement sa vie, il ne le comprendrait jamais. Jirômaru en avait doucement ri avec une amertume à peine dissimulée.
De la chance ? Non ce n'était pas de la chance s'il ne craignait pas le froid, c'était une malédiction, une véritable plaie ! Il aurait tant aimé le ressentir comme il le ressentait avant sa transformation ! Même si cette sensation pouvait paraître désagréable à ceux qui pouvaient la toucher, elle lui manquait parfois cruellement, tout comme le goût des aliments ou la couleur du jour...Son enveloppe charnelle avait subi les modifications que le Don Obscur lui avait apportées. Il avait obtenu le pouvoir de lutter contre la Mort, mais il y avait perdu son âme au passage. Ah ! Combien le regrettait-il !


- Si la mort est inéluctable, avait-il sombrement répondu, pourquoi la repousser plutôt que de l'accueillir à bras ouverts ? C'est notre lot à tous, mortels comme immortels, nul n'est invincible. Croire que l'on peut la fuir nourrit d'un espoir qui rend fou.

Et ces stigmates qui intriguaient tant le jeune homme...Oui...Ils étaient la marque de son refus éternel d'appartenir à cette race impure. C'était le symbole de sa déchéance, de la dégénérescence de ce qu'il lui restait de sang humain. Liam ne pourrait jamais le comprendre. Jamais.

- Les observer ne t'apporterait rien d'intéressant. Moi je n'aurai rien à y perdre...mais toi...bien plus que tu ne le crois...

Liam était un idéaliste. Un de ces hommes qui pensaient que, si les Hommes travaillaient main dans la main, ils seraient capables de prodiges. C'était un point de vue louable et cependant terriblement naïf. Le Comte avait déjà eu ce type de pensées, il y avait maintenant des siècles, mais il avait rapidement compris que pour une poignée de combattants, le monde continuerait de pourrir sous les guerres, les volontés cupides et l'appât du pouvoir. Pour relier toute l'Humanité, il fallait déjà tuer ce qui la rongeait de l'intérieur sans qu'elle n'en ai encore conscience. Cet esprit poisseux, noir de violence et de lucre, incarné par les créatures de la nuit, faisait son chemin sans que personne ne réussisse à l'arrêter. Il fallait des sacrifices, il fallait des forces de son acabit pour le renverser, il fallait ruser...Comment Liam pourrait-il assimiler tant de notions, tant de causes et d'effets ? Au sein des plus grands méandres de la vie, qui devait le faire cet « effort » ? Tous ? Qui en serait seulement capable ? Jirômaru ne concevait plus que le fagot de roseaux était plus fort que la poutre. L'individualisme...Oui...Il fallait le combattre, mais pour plonger la main dans le feu, il valait mieux qu'il n'y ai qu'un seul homme qui agisse.

Le jeune médecin était également persuadé qu'après la mort il n'y avait plus rien d'autre qu'un néant absolu et une solitude irréversible. Le Comte songea à sa Pièce Noire. L'y envoyer un jour pourrait peut-être lui faire comprendre son point de vue...Le mordre pouvait aussi l'éclairer...Mais il ne le méritait pas, après tout il l'avait secouru...

Sans autre mot qu'un simili de reproche, Jirômaru s'était ensuite détourné de l'Humain pour éviter de déverser sur lui son désespoir ou sa colère. Il avait eu besoin de solitude. Salluste revenait le hanter. Il avait eu besoin d'air, loin de cette proximité qu'il jugeait indécente, presque répugnante avec son sauveur. De quoi se mêlait-il donc ? La fatigue avait définitivement envahi ses membres, le froid avait même commencé à le gagner, mais surtout sa vision l'avait presque abandonné.

Puis il y avait eu la chute et le délire.

Jirômaru ne se souvenait pas du trajet qu'ils avaient effectué ensemble, bras dessous bras dessus. Il n'avait comme image qu'un ensemble de pavés mal agencés, tordus, grisâtres et visqueux qui avaient défilé sous ses yeux à demi-clos. Il ne se souvenait pas non plus de leur entrée dans cette maison abandonnée, tout juste d'une « morte » dont Liam avait parlé.

Maintenant qu'il était au sec et qu'il profitait d'un confort tout relatif, il se sentait lentement revivre. Les flammes ramenaient sa conscience égarée comme un phare guide un navire après une tempête. Ses chairs glacées se gonflaient doucement d'une énergie nouvelle. Chacun de ses pores semblait prêt à accueillir la chaleur qui se diffusait dans la pièce. Comment son peignoir s'était-il retrouvé sur le rebord de la cheminée ? Il n'en avait cure. Où le médecin avait-il dégoté cette couverture ? Qu'importe ? Le Vampire agita ses mains, pliant et dépliant ses longs doigts diaphanes sur son giron afin d'apprécier le retour d'un semblant de force en eux. Il préférait l'ombre et l'humidité à la lumière et à la chaleur, c'était dans sa nature, il était plus proche des cafards et des chauve-souris que des rats ou des chats, mais il devait bien avouer que ce passage de l'extérieur sous la tourmente à cette maison abandonnée lui avait fait le plus grand bien. Finalement, il avait tout de même conservé quelques sensations humaines et son corps se rappelait de cette lointaine époque où un sang rouge et chaud coulait encore dans ses veines au lieu de cette mixture noirâtre et coagulée qui l'avait sournoisement remplacé.  

Silencieux, le Comte songeait. Que devait-il faire à présent ? Ses plans parviendraient-ils à tenir la route sans son ami ? Et Sarah...était-elle bien celle qu'il avait cherchée pendant ces cinquante dernières années ? Comment le savoir ?
L'immortel soupira. Il était exténué et la perte de ses pouvoirs commençait à l'inquiéter. Comment pourrait-il mener à bout ses projets maintenant que son plus fidèle compagnon était mort de sa main et qu'il n'avait plus lui-même de quoi se défendre d'un simple chien ? C'était désespérant...
Massant légèrement sa cuisse droite jusqu'à son genoux, le Vampire respirait toujours difficilement. Ses stigmates le compressaient plus violemment que d'habitude. Étaient-ils la cause de sa perte de pouvoir ? Non...C'était un phénomène lié à tout ce sang maudit qu'il avait ingurgité. Celui de Joyce était empoissonné, trop puissant pour sa carcasse décatie. Celui du mendiant avait achevé de le rendre malade. Pourquoi n'avait-il donc pas réussi à l'assimiler ? Qu'est-ce qui clochait chez lui ? C'était un imprévu qui le faisait tomber de haut...

Le timbre de Liam perturba Jirômaru. Le jeune Humain tentait de nouveau de faire la conversation. Mais il ne parla pas de ses stigmates, ni de sa conception de la mort, cette fois-ci il fut question de Salluste et de Jenny. Le Vampire tourna lentement son visage vers lui pour le toiser d'un air presque dédaigneux. Il parlait de faire son deuil, de faire honneur à ses morts sans pour autant oublier de vivre pour lui. Comment osait-il se mêler de ses affaires ? Le sauver était déjà à la limite de l'affront. Qu'est-ce qu'il espérait avec ses paroles toutes faites ? Qu'il allait le convaincre que sa vie valait encore la peine de lutter pour elle ? Qu'en savait-il ? Il ne connaissait pas son histoire, il l'avait dit lui-même, alors que croyait-il maintenant faire ? C'était insupportable !


- Je n'ai pas besoin de ta pitié, Liam, encore moins de ta compassion ou de tes conseils.

Sur ces mots d'une dureté effroyable, Jirômaru voulut se lever et partir mais il tangua aussitôt et dû s'accrocher au dossier de sa chaise avant d'arrêter définitivement son geste. Dans un soupir douloureux, il serra les dents et s'assied à terre auprès du médecin. Replié sur lui-même, la tête sur ses genoux, l'immortel ferma les yeux un moment avant de les rouvrir sur les flammes devant lui. Finalement, à quoi bon rejeter cette occasion de libérer son cœur ?
Sans regarder le jeune homme, il commença alors à lui raconter une partie de son histoire sur un ton monocorde et nostalgique, dans un murmure tout juste audible par-dessus le crépitement joyeux du feu :


- Salluste était mon ami, mon plus fidèle ami...Avec lui, j'aurai pu soulever des montagnes, abattre des forêts entières, assécher tous les océans pour arriver à mes fins, mais il est mort...Je l'ai tué de mes propres mains...

La gorge du Comte se serra et il se tue un instant. Le souvenir de l'horrible scène qu'il avait vécu sous l'Opéra lui arracha un léger frisson. Tout ce sang...toutes ces épreuves pour en arriver là...Fronçant les sourcils, il continua :

- C'était un accident, mais j'ai été stupide...Tout est de ma faute ! À cause de ma...cupidité, j'ai perdu le seul être au monde qui comptait réellement pour moi...C'était mon frère, mon successeur, mon...compagnon...et il ne l'a jamais vraiment su...

Le feu vacilla l'espace d'une seconde et le Vampire crispa ses ongles sur ses tibias. Il ne cessait de réprimer des larmes qui montaient dans ses yeux brumeux. Puis il sourit faiblement et jeta un regard au médecin comme à un collègue de galère.

- Même si j'ai effectivement une fille, elle ne s'appelle pas Jenny...

Marquant une légère pause au souvenir de Sarantuuya qui gisait dans un cercueil en attendant son réveil, Jirômaru finit par grimacer.

- Jenny est une enfant que j'ai trouvée et aidée, mais que je n'ai pas pu sauver tout à fait...C'est compliqué à expliquer. Elle est comme moi, malade, à ceci près qu'elle est sans doute trop jeune pour le supporter longtemps...

Quelle idée saugrenue que de dire une telle chose à un médecin ! Liam allait sans doute sauter sur l'affaire pour demander à voir et à examiner la fillette pour tenter de les aider tous les deux ! Ils n'étaient pas à proprement parler « malades » mais le Comte n'avait rien trouvé de mieux à dire...C'était, à ses oreilles, une conversation des plus déplaisantes. Jamais encore il n'avait parlé de ses projets ou de sa race à un Humain, à moins qu'il n'ait décidé de le dévorer derrière, et ce genre de confidence était tellement exceptionnel chez lui qu'il sentit un terrible malaise s'emparer de lui.
Grognant une chose incompréhensible, le colosse recula un peu pour s'éloigner du feu qui commençait à lui blesser la peau des joues. Il n'avait pas l'habitude de se tenir si prêt du foyer mais c'était aussi une excuse pour s'éloigner de Liam dont la proximité physique l'énervait.
Assis plus naturellement, Jirômaru respira profondément. Ses poumons semblaient accepter plus facilement l'air qu'il ingurgitait. Peu à peu, sa voix s'était faite plus forte, plus sûre.


- J'ai tué son tortionnaire. Fit-il soudainement.

Redressant la tête, il fixa Liam dans les yeux comme s'il le jugeait pour savoir si, selon ses réactions et son regard, il était digne d'obtenir plus d'informations ou non.


- Oui j'ai tué, et je tuerai encore. Crois-moi. Jirômaru hésita, puis il crispa la mâchoire d'un air dégoûté et reprit : Je traque ce que l'on appelle des Vampires, Liam. Ces créatures qui ne vivent que de nuit et qui se nourrissent de sang. Celles que vous imaginez dans vos cauchemars les plus fous sans jamais véritablement leur accorder de crédit. Je les traque depuis toujours, en secret. Et, même si leurs pouvoirs sont immenses, pour des enfants telles que Jenny, je suis prêt à y laisser ma vie.

Les iris embrumées du Comte brillèrent d'un vif éclat sous ses mèches blanches qui retombaient ça et là sur son front. Après un long soupir, il saisit un peu de terre sur le sol poussiéreux et, tout en parlant, il l'égrena lentement entre ses doigts avec force pour la remettre à sa place.

- Ils existent, que tu y crois ou non, Liam. Et je te mets en garde : ne croise jamais leur chemin sans une arme ! Un pieu dans le cœur les tue, l'argent les tue, le feu les tue. Ce que vous prenez pour de simples superstitions n'en sont pas. L'ail les repousse réellement, les crucifix les tétanisent, le soleil les réduit en cendres...Vous avez tellement d'armes capables d'en venir à bout ! Tellement de moyens que vous ignorez et que vous négligez...

Il y avait encore l'eau bénite, la verveine, le sang mort et bien d'autres choses qui pouvaient blesser les Vampires, mais Jirômaru ne pouvait pas être exhaustif, ce n'était pas là son but. Il parlait presque seul, comme s'il préparait un discours destiné à l'Humanité tout entière et que Liam n'assistait-là qu'à une répétition privilégiée.
Au bout de quelques minutes de silence, l'immortel cessa de jouer avec la terre.


- Il faut un temps pour tout, oui, il faut savoir faire son deuil, je suis d'accord, mais lorsque la vie n'est faite que de morts ou que la mort n'est faite que de vies, lorsque deux mondes aussi éloignés se rencontrent l'arme au poing, que pouvons-nous espérer ? La réconciliation ? Je ne crois pas...L'une ou l'autre doit triompher.


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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Dernière édition par Comte Keï le Mar 30 Sep - 19:01, édité 1 fois
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Van Collins
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MessageSujet: Re: Blanches ténèbres [Comte, Van] [06-07/04/42] Ven 5 Sep - 23:05


« C'est ridicule » avait pesté son compagnon entre ses dents. Van avait glissé son regard sur lui sans cesser de s'affairer, faisant comme s'il n'avait rien entendu. Qu'est-ce qui était ridicule ? Cette situation dans laquelle il se trouvait ? Leur rencontre ? Il se trompait peut-être mais il avait l'impression de se trouver en présence d'un homme fier qui n'avait pas pour habitude qu'on lui vienne en aide. C'était quelque chose qu'il pouvait comprendre, lui-même à une certaine époque, pensait n'avoir besoin de personne, pourtant tôt ou tard, vient un moment dans sa vie où l'on se rend compte que l'on avait tort et que l'on a besoin des autres.
Fébrilement, Jun s'enveloppa un peu plus dans la couverture qui recouvrait ses épaules. Il avait l'air fatigué et usé. Il était encore jeune s'il en jugeait par les traits de son visage, et pourtant dans son regard si triste, se reflétait toute une vie. Une vie qui semblait ne pas l'avoir épargné et qui l'avait  usé... Quel genre d'homme était Jun ? Qui était-il réellement ?
Ses stigmates dissimulés à sa vue à présent l'intriguait, mais Jun l'avait mis en garde, les étudier ne lui apporterait rien de bon surtout pour lui. Etait-ce contagieux ?
Il fut tiré de ses réflexions par la voix de Jun qui lui demandait à quoi servait de repousser la mort si elle était inéluctable.

Van avait glissé son regard sur Jun, ce n'était pas tant ces propos qui l'intriguait ou sa vision des choses mais un terme celui « d'immortel ». Etait-il donc de ceux qui portaient foi aux différentes superstitions et autres créatures fantastiques, à moins qu'il n'ait déjà eut à faire à des Homonculus.... mais même eux avaient leurs failles. Immortels en apparence, en réalité, ils ne l'étaient pas.

- Personne n'est immortel, répondit Van dont la voix ne trahissait aucun doute quand à es propos. En apparence on peut se l'imaginer mais en réalité toutes les créatures de ce monde vivent et meurent un jour, c'est ça la vie. Pourquoi repousser la mort au lieu de l'accueillir ? Parce que nous avons en nous ce que l'on appelle l'instinct de survit. Parce que nous ne sommes pas ici par hasard. On ne peut peut-être pas choisir l'heure de notre mort, ni la manière dont on mourra mais on peut décider de la vie que l'on veut mener et des choses que l'on souhaite accomplir.

Van observa Jun à la dérobé, l'observant se masser douloureusement la cuisse tout en respirant avec difficulté. Il ne s'agissait pas d'une respiration d'asthmatique, c'était différent. Etait-ce les stigmates qui lui causaient ces symptômes ? Et sa cuisse, qu'avait-elle ? S'était-il blessé ? Il n'avait rien remarqué ? A moins qu'il ne s'agissait d'une ancienne et douloureuse blessure...
Van ouvrit la bouche mais finalement s'abstint. Jun savait qu'il était médecin s'il désirait qu'il s'occupe de lui, il lui suffisait de demander.

Assis sur le sol terreux, se réchauffant à la chaleur du foyer, Van avait tenté d'entamer la discution avec son compagnon, mais l'homme rejeta froidement toute tentative. Il avait touché un point sensible avec ses questions indiscrètes et ses remarques, aussi décida-t-il de respecter son silence et n'insista pas. Ramenant ses jambes vers lui tout en croisant ses pieds, il posa ses bras sur ses genoux et perdit son regard dans les flammes qui dansaient sous ses yeux dans l'âtre de la cheminée. Le silence ne le dérangeait pas. Il n'était pas de ces personnes qui se sentaient obligées de faire la conversation. Et puis être seul avec ses pensées ce n'était pas si mal après tout. Son esprit vagabonda vers Azami qu'il ne pourrait finalement pas voir ce soir. Vu la tempête qui sévissait au-dehors, ça ne la surprendrait surement pas. Dommage, il aurait bien aimé lui faire la surprise. La surprise ? Allons donc, pour qui se prenait-il ? Comme si Azami l'attendait ! Ce n'était pas parce qu'ils avaient passé une nuit ensemble qui resterait inoubliable pour lui, qu'elle allait guetter son retour. S'il s'imaginait ça, c'est qu'il était stupide. Elle ne remarquerait même pas son absence, c'était fort à parier. Quand à Evène si ce fichu temps voulait bien se calmer d'ici à demain matin il irait la voir, mais s'il ne le pouvait pas ce ne serait pas très grave, la jeune femme n'avait souffert d'aucune complication, et récupérait merveilleusement bien. Elle pourrait même reprendre ses activités professionnels sous peu.

Il sursauta en réalisant que Jun avait prit place à ses cotés. Depuis quand était-il là ? Il ne l'avait pas vu venir et encore moins senti. La surprise passée, il observa l'homme qui avait prit place à ses côtés. Le visage blafard, les jambes ramenées vers lui, ses étranges yeux gris perlés étaient perdus dans les flammes vacillantes. Il n'y avait pas que dans son regard, ni à la couleur de ses longs cheveux aussi blanc que la neige qu'il lui paraissait vieux et usé, tout dans son attitude lui donnait l'aspect d'un homme rongé par la maladie, et peut-être même guetté par la folie, que ce soit dans sa manière de se tenir ou de trainer ce corps trop grand, trop encombrant. Van dissimula sa surprise lorsqu'il l'entendit prendre la parole, et lui confier que Salluste était son meilleur ami. C'était une véritable amitié, comme Van n'en n'avait jamais connu. L'admiration et l'amitié que Jun portait à cet homme se reflétait dans son regard, et dans la manière qu'il avait d'évoquer le défunt. Une partie de lui en était même presque envieux tant ils semblaient proche, mais ses yeux s'écarquillèrent de surprise lorsque Jun lui avoua qu'il l'avait tué.

Comment était-ce possible ? Il avait bien de la peine à y croire. Comment deux hommes qui semblaient si proche avaient-ils pu en arriver à une telle extrémité ? Que s'était-il passé ? Etranglé par l'émotion Jun s'interrompit mais Van ne prit pas la parole pour autant, respectant son silence. Il attendit patiemment qu'il reprenne le cours de son récit, ce qu'il ne tarda pas à faire.
Lorsqu'il découvrit que Jun n'avait pas retiré délibérément la vie à Salluste mais qu'il s'agissait d'un accident un sourire désabusé s'afficha sur ses lèvres. Bien sur qu'il s'agissait d'un accident, quel genre de monstre aurait-il pu assassiner de sang froid un tel ami ?
Une fois encore, Van préféra garder le silence détournant le regard pour respecter l'intimité de Jun, dont la douleur était palpable, à moins que ce ne fut plutôt pour s'isoler lui-même, et ne pas dévoiler la culpabilité qui le rongeait en cet instant alors que ses paroles résonnaient en lui comme un douloureux échos..

Van laissa Jun sangloter sans rien dire, vu la manière dont il évoquait leur amitié passé, il était persuadé que l'homme n'avait pas eut besoin de mots pour formuler tout ce que Salluste représentait à ses yeux. Il était sur de ne pas se tromper en disant que tout ce que venait de lui confier Jun, sur ce qu'il ressentait pour cet ami perdu, Salluste le savait déjà, et ce, même s'il ne le lui avait jamais dit de vive voix.

Un faible sourire se dessina sur ses lèvres lorsque Jun lui confia qu'il avait effectivement une fille mais elle ne s'appelait pas Jenny, néanmoins il n'en dit pas plus préférant se concentrer sur la petite Jenny. Qui était-elle ? A en juger par ce qu'il lui disait, l'enfant souffrait du même mal que lui. Van fronça aussitôt les sourcils et se tourna vers lui bien plus franchement. L'avait-il contaminé ? Avait-il affaire à une nouvelle épidémie ? Si tel était le cas, il ne pouvait pas fermer les yeux. Il ne pouvait pas laisser ces deux personnes déambuler tranquillement dans la ville au risque de contaminer d'autres personnes, ni prendre lui-même le risque de contaminer qui que ce soit.

Comme s'il avait pu lire dans ses pensées, Jun se mit à grogner et se recula un peu de lui. Le regard de Van se fit quand à lui plus dur, que ça lui convienne ou non, s'il jugeait que Jun et Jenny étaient porteur d'un mal contagieux il prendrait les mesures nécessaires, ainsi que pour lui-même, mais pour l'heure il devait d'abord en savoir plus sur cette maladie.

Reprenant le cours de son histoire, Jun lui confia à sa plus grande surprise qu'il avait tué le tortionnaire de l'enfant. En disant ces mots Jun semblait avoir retrouver de la contenance. Sa voix s'était faite plus forte et plus sur et il semblait respirer beaucoup mieux, au contraire de Van qui sentait son coeur s'accélérer et se gonfler de colère et de haine. Ainsi la fillette avait été la victime d'un homme sans scrupule ? Quels genre de sévices lui avait-on infligé ? Comme pour lui rappeler ses propres tourments, il eut la sensations que ses cicatrices lui brulaient le dos, et un flot de souvenirs qu'il aurait préféré oublier à tout jamais se mit à tourmenter son esprit.

Van détourna son regard de Jun pour le plonger à nouveau dans les flammes qui crépitait tout doucement. Le vert de ses yeux était devenu glaciale, et sa main se resserra un peu plus sur le tissu de sa manche. Lorsque Jun lui dit qu'il avait tué et qu'il n'hésiterait pas à tuer encore, Van ne pouvait que l'approuver. Probablement qu'il s'était mépris sur son attitude. Probablement avait-il songé que Van avait été horrifié par ses propos alors qu'il n'en n'était rien. Il était simplement assaillit par ses propres souvenirs, mais de cela, Jun ne pouvait le savoir. De son point de vu, quelque soit la mort qu'avait infligé Jun à cet homme, elle n'était pas encore assez douloureuse

- Ce n'est pas moi qui te blâmerait, répondit finalement Van d'une voix sereine, tranquille, mais surtout froide et implacable. Tu as bien fait, et j'espère juste que sa mort n'a pas été trop rapide.

Il ignorait ce que cette pourriture avait fait subir à l'enfant mais quoique ce fut, il n'avait aucune excuse. S'en prendre à des enfants qui sont incapables de se défendre ce sont des méthodes de lâches et de mécréants ! D'hommes qui ne méritent pas de vivre. Il avait vécu une situation similaire, une situation qui s'imposa dans son esprit avec force et le souvenir brulant des  coups reçus réveillèrent la douleur de ses cicatrices qui ne disparaitraient jamais
Lui aussi avait tué leurs tortionnaires, à lui, à ses soeur et à son frère. Lui aussi recommencerait sans hésiter puisque la justice était du coté des riches, il ne fallait pas hésiter à faire sa propre justice. Comment pouvait-on réduire en esclavage des enfants, mais également des hommes et des femmes pour les faire travailler comme des bêtes dans des conditions absolument abominables ?

Il fut arraché à ses terribles souvenirs par la suite du récit de Jun. Ses dernières paroles l'obligèrent à se tourner dans sa direction. Que venait-il de dire ?!! Il traquait... des vampires ? Avait-il bien entendu ? Etait-il fou ou était-ce la fièvre qui le faisait délirer ? Pourtant l'homme semblait parfaitement serein. Il lui paraissait même aller beaucoup mieux qu'au moment de leur rencontre. Il avait perdu cet air hagard qu'il avait lorsqu'il l'avait aidé à se relever dans la rue. Jun ne tenait plus des propos décousus et incompréhensibles et c'était peut-être ce qui paraissait le plus inquiétant aux yeux du médecin. Cet homme qui l'accompagnait semblait croire à plus forte raison en ce qu'il disait. Des vampires ? Vraiment ? Ce serait donc des... vampires qui s'en serait prit à cette petite Jenny ? Etait-ce un terme imagé pour définir leur comportement où Jun croyait-il vraiment en l'existence de ces créatures ?

Comme s'il avait à nouveau pu deviner la teneur de ses pensées les plus profondes, comme s'il avait su qu'il ne prenait pas pour argent comptant ce qu'il était entrain de lui confier, Jun lâcha un soupir et se mit à jouer avec la terre qui se trouvait à leur pieds. Jun ne pouvait pas lui demander de croire aveuglément en ces... fariboles. Il était ouvert d'esprit, du moins, se plaisait-il à le croire mais ça... c'était un peu trop lui demander. Il n'était plus un petit garçon qui avait foi en tout ce qu'on lui racontait que ce soit aux rêves les plus fous ou aux pires cauchemars.

N'importe qui, de sain d'esprits, n'aurait jamais tenu ce genre de propos, et s'il avait commencé à aborder le sujet il se serait vite interrompu, trop découragé par la propre teneur de ses propos pour oser en dire davantage. Pourtant Jun n'avait rien d'un fou. Il lui avait paru certes désorienté quand il l'avait rencontré c'est vrai, et peut-être même fiévreux ce qui pouvait expliquer ses délires, mais à présent, il semblait avoir retrouvé tous ses esprits, du moins en apparence car les propos qu'il tenait n'étaient en rien ceux d'une personne qui avait toute sa tête. Loin de s'arrêter dans ses confidences, l'homme poursuivit, et le mit en garde contre ces créatures de la nuit. Tel un expert qui savait de quoi il parlait, il lui donna même les différentes armes qui pourraient lui sauver la vie si jamais sa route venait à croiser l'un de ces êtres.
Van l'écouta attentivement et plus Jun parlait plus il l'intriguait. Certes les propos qu'il lui tenait étaient grotesques pourtant il parlait de manière calme, posé, parfaitement structuré tout le contraire d'un aliéné qui aurait commencé à s'agiter et à s'exciter comme un diable au fur et à mesure de son monologue. Et puis quelque chose dans son récit rocambolesque avait attiré son attention, c'était la manière dont il s'adressait à lui. Il employait le terme « vous » pour s'adresser à lui non pas par déférence mais plutôt comme s'il s'adressait à l'humanité toute entière à travers lui. Une humanité dont Jun avait l'air de s'exclure. Pourquoi ? Ne se sentait-il plus concerné ? Pensait-il que son combat était fini avec la mort de Salluste ?

Plus l'homme parlait et plus un sentiment étrange était entrain d'envahir Van. Jun ne cherchait nullement à le convaincre. Qu'il le croit ou non semblait être le cadet de ses soucis, il éprouvait simplement le besoin de se confier. De se décharger d'un trop lourd fardeau gardé tout au fond de lui pendant plusieurs années, car il avait bien conscience que jamais personne ne l'écouterait et que quiconque entendrait ces paroles, le prendrait pour un fou

Etait-ce le froid de sa chemise humide et trempée qui le fit frissonner légèrement ?

Des vampires.

Existaient-ils vraiment ? L'esprit cartésien de Van ne pouvait accepter cet état de chose. Non bien sur que non, c'était même ridicule de se poser la question ! Comment pouvait-il s'interroger à ce sujet ne serait-ce qu'un instant ? Etait-il donc plus influençable qu'il ne le croyait ? Ces créatures dont Jun venait de lui parler avec tant de ferveur n'existaient que dans son imagination. A la rigueur il se pouvait que Jun ai prit un quelconque homonculus pour un vampire c'était même plus que probable pourtant si Jun avait rencontré un Homonculus avec ce genre de caractéristiques il ne pouvait pas en avoir croisé plusieurs avec ces mêmes traits, c'était impossible. Si les vampires existaient et s'ils étaient aussi nombreux et dangereux que le sous-entendait Jun, n'aurait-il pas du en rencontrer lui aussi ? Van avait parcouru la capitale dans tous les sens, elle n'avait plus aucun secret pour lui, que ce soit des beaux quartiers aux pires gouges. Si les vampires existaient vraiment, lui qui sortait toujours sous couvert de l'obscurité, à la nuit tombée, il aurait fini par en rencontrer. Hors sa route n'avait croisé que celle de voleurs, d'ivrognes, de catins, de miséreux, d'orphelins, mais jamais aucun suceurs de sang.

Pourtant... il ne pouvait pas non plus nier qu'il se disait des choses et notamment dans ce qu'on appelait « la voie des rats »... la voies des rats c'était les égouts de Londres, on l'avait surnommé ainsi car c'était un véritable coupe gorge dans lequel sévissait et grouillait toute la vermine de la capitale. Dans ces sous-sols Van avait entendu d'étranges rumeurs sur  des créatures diaboliques qui vidaient leurs victimes de leur sang. Des corps auraient été retrouvé exsangue mais de là à croire en l'existence des vampires...  il y avait forcément une autre explication. Van avait toujours eut beaucoup de mal à prêter une quelconque crédibilité à ce genre de croyances populaires. Les Homonculus oui, ils existaient puisqu'ils étaient des créatures nés de l'alchimie. Des créatures dont on pouvait scientifiquement prouver l'existence, mais.... des vampires ! Cela reviendrait à admettre que l'enfer existe et par extension le paradis également, et cela, il y a bien longtemps qu'il y avait renoncé....

Van posa un regard intéressé sur Jun lorsqu'il lui demanda ce qu'on pouvait espérer de deux mondes aussi éloigné qui se rencontraient l'arme aux poings. Une réconciliation était-il possible ? Ce n'était pas là les propos d'un fou. Jun n'avait rien d'un fou ni même d'un illuminé...

- Je ne sais pas, reconnu-t-il en plongeant à nouveau son regard dans le feu. A priori, je ne pense pas non plus. Lorsque deux idéologies aussi opposées l'une que l'autre se font front je serais tenté de dire qu'aucun compromis n'est possible et qu'il faudrait probablement se battre jusqu'à ce que l'une d'elle s'incline. Mais seul face à une multitude, il faut frapper un grand coup sans s'inquiéter d'être loyale pour causer un maximum de pertes et attaquer sans relâche pour ne pas leur laisser le temps de reprendre leurs esprits et de s'organiser

Le militaire qui était en lui venait de ressurgir en énonçant une tactique implacable mais ô combien efficace lorsque l'on était en sous-effectif. Qui était réellement Jun ?

- Tu m'as dit que tu m'enviais tout à l'heure, à présent c'est moi qui t'envie. Contrairement à toi je n'ai jamais eut la chance d'avoir un véritable ami, du moins pas comme toi et Salluste étiez proches. J'avais des connaissances certes un cercle d'intime mais ça n'allait pas au-delà. Pour moi, la conception d'un ami ça s'apparentait à une personne dont on pouvait se servir pour atteindre ses objectifs et dont on se débarrassait une fois qu'on en avait plus l'utilité. Effroyable n'est-ce pas ? Sourit-il amèrement en levant son regard sur lui. Je n'ai jamais su faire confiance à qui que ce soit, parce que j'avais toujours un secret à dissimuler... La seule personne qui s'apparentait le plus à un ami pour moi était un garçon de mon âge que j'avais rencontré dans les mines. Il s'appelait Stefan, et moi aussi je l'ai tué.... mais contrairement à toi, fit-il en appuyant bien son regard dans le sien, ce n'était pas accident. Je l'ai regardé droit dans les yeux quand je lui ai ôté la vie. Depuis, il ne se passe pas un jour sans que je pense à lui et au crime que j'ai commis. Alors crois-moi, je peux comprendre la culpabilité qui te ronge, même si dans ton cas, tu as la conscience surement plus tranquille que la mienne. Je ne connais pas les circonstances de la mort de Salluste, mais proche comme vous l'étiez, je suis certain que tu n'avais pas besoin de lui dire toutes ces choses que tu éprouvais pour lui, parce qu'il le savait probablement. Certaines choses n'ont pas besoin d'être dites tant elles sont évidentes.

C'était la première fois qu'il parlait ouvertement de la mort de Stefan. Il ignorait ce que Jun allait penser de lui, surement rien de très honorable et à vrai dire, il ne pourrait pas l'en blâmer puisqu'il n'en pensait pas moins non plus. C'était peut-être la raison pour laquelle il n'osait pas le regarder, de peur d'y lire la peur et le dégout qu'il s'inspirait lui-même. Et puis, c'était beaucoup plus facile de se confier sans regarder l'autre.

- Tout comme toi, j'ai éliminé des tortionnaires. Mais contrairement à Stefan, en ce qui les concerne, je ne regrette absolument pas mon acte et si c'était à refaire je n'hésiterais pas à recommencer. Ces hommes avaient la mort de milliers d'enfants sur la conscience, quand à ceux qu'ils ont torturé, ils en garderont les cicatrices à vie.

Van ne faisait pas référence aux seules cicatrices physiques mais à celle de l'âme bien plus douloureuse, et de l'esprit dont une partie était à jamais brisé et resterait pour toujours dans ces galeries minières froides et obscures


- Mes adversaires étaient aussi des monstres, même s'ils n'appartenaient pas au même genre que les tiens.  

Cette fois, il leva son regard franc sur Jun afin d'en savoir plus sur ce qu'il lui avait dit

- Jun, je suis désolé mais je ne crois pas en l'existence de vampires... pas plus que je ne crois en l'existence de Dieu. Je ne sais pas contre quoi tu te bats, mais les vampires s'ils étaient aussi nombreux et dangereux que tu le prétends, auraient fait parlé d'eux depuis longtemps. On connaitrait forcément leur existence. Un homme peut se dissimuler et passer inaperçu mais pas une multitude et surtout pas avec de telles...capacités. Qu'est-ce qui te fais croire que tu affrontes des vampires ? D'ailleurs, comment as-tu découvert leur existence et les moyens de les combattre ? Est-ce que ces stigmates seraient liés d'une manière ou d'une autre à ces créatures que tu appelles vampires ?
Demanda-t-il en posant son regard sur le torse de son compagnon.

Il pouvait parfaitement se poser la question, après tout, Jun chassait soi-disant les "vampires", la petite Jenny aurait été victime de ces créatures et souffrirait du même mal. Un mal qu'il n'avait jamais vu jusqu'alors ni même n'avait entendu parler jusqu'à aujourd'hui

- Ces stigmates, quand sont-elles apparus ? Sont-elles contagieuses ? C'est pour ça que tu m'as mis en garde contre elles ?

Ce torse à présent dissimulé derrière une couche de tissu formé par la couverture qui le recouvrait et dans laquelle il s'était blottit. Un torse d'albâtre strié d'étranges marques qui n'était autre que la manifestation d'un mal qui le rongeait. Mais quel mal ? Et surtout avec quelle conséquences ?
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Blanches ténèbres [Comte, Van] [06-07/04/42] Mer 1 Oct - 20:19

L'âtre crépitait. Les corps se réchauffaient et les esprits baignaient dans une étrange émulsion fantastique. Non loin de l'orphelinat, deux âmes étrangères échangeaient, partageaient, nouaient d'étranges liens que nul n'aurait pu prévoir. D'un côté se tenait un homme d'une vingtaine d'année, médecin et alchimiste. De l'autre, c'était un monstre d'un demi millénaire, lord et metteur en scène, qui articulait sa vie. Un Humain et un Vampire...Deux vies, deux cœurs sensiblement différents qui battaient pourtant à l'unisson face aux flammes d'une cheminée abandonnée par son âme sœur qui avait elle-même rejoint les ténèbres...

- Personne n'est invincible, c'est une certitude, mais des immortels, crois-moi, il y en a.

Depuis qu'ils avaient engagé une nouvelle conversation dans cet abri de fortune Jirômaru fixait Liam avec intensité. L'être de la nuit jugeait du regard l'Humain comme on jugeait un enfant auquel on donnait une information de la plus haute importance et dont les fondement se devaient d'être compris pour son futur et son bien.

- Quant à notre mort, continua-t-il, je reste persuadé qu'on peut la choisir...

Liam pensait le contraire, cela le contrariait. Du point de vue de Jirômaru, tous les êtres vivants avaient en commun ce fameux « instinct de survie » dont venait de parler le jeune médecin, c'était évidemment un des principaux rouages qui géraient la vie et l'équilibre du monde, mais il se demandait jusqu'où cet instinct pouvait fonctionner sans se briser. Pour sa part, cela faisait presque six cents ans qu'il était né et qu'il marchait sur cette Terre. Six cents ans qu'il errait au cœur de cette machine infernale. L'instinct de survie était ce qui l'avait maintenu éveillé tout ce temps, le médecin avait au moins raison sur ce point, mais c'était également cet instinct qui l'avait poussé à accepter le Pacte Obscur, l'immortalité, la voie des ténèbres...Oui, c'était cette force de la nature qui l'avait enjoint de choisir ce chemin fait de lâcheté et de violence ! Comment pourrait-il encore regarder ce concept d'un œil bienveillant ? Nul ne voulait mourir, mais cela ne pouvait durer lorsque la vie elle-même n'avait plus de sens. Le Comte errait parmi les mortels depuis trop longtemps. Sous cette forme déplaisante, jamais il n'avait complètement accepté son « Don » et il ne pouvait plus concevoir que le but ultime d'une existence était l'existence elle-même. La vie, la vie avant tout, la vie pour la vie...cela n'avait plus de raison d'être, en tous cas à ses yeux.

- L'instinct de survie...Murmura-t-il sombrement sans chercher à dissimuler son amertume. C'est ce qui peut nous sauver comme nous perdre...

Cette conversation était vouée à l'échec. Liam ne pouvait pas comprendre le vieil être de la nuit. Le jeune Humain qu'il était ne connaissait pas assez Jirômaru et ce genre de notion le dépassait trop largement pour que les sous-entendus de ce dernier ne fassent lumière dans son esprit.
Heureusement, le médecin changea rapidement de sujet : il demanda à son étrange compagnon qui était ce fameux « Salluste » dont le nom avait glissé entre ses lèvres étirées et froides pendant son délire. La surprise et la colère passées, le Comte accepta bientôt de se confier, à lui, un parfait inconnu qui n'avait qu'eut le bon goût de lui sauver la vie. Paradoxe plein d'ironie...
Le jeune homme fut patient, attentif et respectueux de l'intimité de son aîné. Il se contenta de l'écouter sans l'interrompre, sans lui poser de questions au milieu de ses réflexions et de ses larmes que le Vampire ne réussissait plus à retenir complètement. Ce fut, quelque part, un immense soulagement pour la créature de la nuit. Cet Humain savait tendre l'oreille et prêter une épaule compatissante pour recueillir les soupirs. C'était rare, surtout à cette époque, rare et beau, rare et terriblement déstabilisant pour Jirômaru qui n'avait pas l'habitude de se montrer dans de semblables états, et encore moins de se plaindre ouvertement ou de révéler des brides d'informations sur sa vie intime, son passé ou ses sentiments.
Cependant, au fur et à mesure qu'il parlait, le Vampire se livra d'avantage, allant jusqu'à évoquer sa fille, chose qu'il n'avait jamais faite sauf avec Salluste et Manouk, ses plus fidèles disciples et amis. Puis, il évoqua de nouveau Jenny et parla rapidement de sa « maladie » afin d'expliquer brièvement au médecin ce qu'il en était afin qu'il comprenne un minimum son ressenti. Jirômaru avoua au passage sa terrible colère avant d'exposer plus avant sa violence, son meurtre et les crimes qu'il comptait perpétuer derrière le dernier en date.
Parlant avec lenteur mais également avec de plus en plus de force dans la voix et le ton, il jugeait toujours le jeune médecin. La moindre de ses réactions l'intéressait. Il ne cessait de se demander jusqu'où il pourrait se confier. Jusqu'où pourrait-il lui faire découvrir son monde pour sauver le sien ? Liam allait-il durement le juger et tenter de lui fausser compagnie ? L'emmènerait-il dans un asile ? En prison ? Cela amusait le Comte même si l'enjeu, pour lui, était tout à fait sérieux.
Étrangement, son compagnon imprévu ne sembla nullement choqué par ses confidences que d'autres auraient jugées « tordues » et « malsaines ». Au contraire, il lui fit part de sa propre colère face aux injustices du monde et aux cinglés tels que Joyce dont le nom n'avait pas été donné mais dont la personnalité, même brièvement évoquée, avait suffit à le faire réagir.
Le Vampire sourit. Cet homme lui plaisait. Qu'avait-il donc vécu pour en être arrivé là ? Que savait-il au sujet de ce type de relation ? Qu'avait-il réellement compris dans ce discours allusif ?
Le médecin sembla soudainement songeur et contrarié. Jirômaru le laissa réfléchir. Après un silence, Liam lui fit comprendre que son crime n'en n'était pas un à ses yeux et qu'il ne supportait pas lui-même les tortionnaires d'enfants. Ah l'innocence ! L'or de cet imbroglio sanguinolent qu'était l'Humanité et que l'on tentait d'éviter d'extraire trop tôt ! Douce utopie, dure réalité. Jamais ils ne pourraient épargner tous les enfants du monde...C'était presque...mignon...

Finalement, la conversation dévia sur les Vampires. C'était inévitable. Liam voulait comprendre. Il voulait savoir...Soit.
Jirômaru avait ainsi choisi de mettre en garde le jeune Humain sur ses semblables, sans pour autant se dévoiler complètement. Il avait décidé de lui accorder un savoir que peu d'entre les siens pouvaient se vanter de posséder. Le médecin l'avait sauvé de la mort et sans aucun doute de la honte absolue, il méritait donc sa compassion et son aide. Le schéma s'inversait-il ? Peut-être...Liam était loin de se douter à qui il avait affaire, c'était une situation fort étrange, dont l'ironie échappait encore aux deux êtres. En tous cas, le fait que Liam n'ait pas reconnu le « lord Keisuke » prouvait au Vampire que c'était un homme drôlement occupé, sans doute plongé dans des soucis que les gens du bas peuple cultivaient systématiquement avec leurs maigres revenus. Ne lisait-il donc pas les journaux ? N'avait-il pas déjà vu de gravures ni de photographies de lui ? C'était sans doute mieux ainsi. Au moins, Jirômaru partit du principe qu'il pouvait se permettre de le plonger dans la confidence la plus houleuse sans avoir à le tuer derrière. Quoique...Peut-être comprendrait-il plus tard et lui ferait-il la guerre aux côtés des chasseurs ? Quelle importance...Son cœur avait besoin d'assouvir cette pulsion altruiste.

Doucement, le Comte avait donc expliqué au médecin qu'il chassait lui-même les Vampires, que ces créatures n'étaient pas de simples fantasmes sortis tout droit des cauchemars des enfants et qu'il y avait de nombreuses méthodes pour les anéantir. Cela ne lui coûtait rien. Un Humain de plus dans le cercle des instruits ne pouvait que l'aider à accomplir sa quête ultime.
Mais le visage de Liam s'était assombri de plus en plus jusqu'à ce qu'une moue ne vienne tordre ses traits. Il ne le croyait pas. Cela sauta aux yeux de l'immortel et ne le surprit pas une seconde. À moins qu'il n'ai déjà eu affaire aux Longues Dents, comment un Humain pourrait-il croire à leur existence ? C'étaient des créatures que l'on mettait dans les contes pour effrayer les plus petits, des agitations sporadiques dans les faits divers, rien d'important, rien de crédible pour eux.
Apparemment conscient que ce sujet ne serait pas des plus agréables pour tous les deux, Liam préféra s'attarder d'abord sur l'opposition de deux mondes incapables de s'entendre. Jirômaru regretta presque d'avoir autant avancé ses pensées mais ce que le jeune Humain lui répondit l'intéressa tout de même. Sans savoir de quoi il parlait exactement, le médecin offrit au Comte une vision bien violente de la démarche à suivre. D'après lui, il fallait « frapper un grand coup », ne pas « s’inquiéter d'être loyal », « attaquer sans relâche » pour éviter que ses ennemis ne puissent revenir à la charge. N'était-ce pas là la technique qu'avaient tenté d'employer les Hunters et qui les avait finalement conduit à leur défaite ? Le Vampire tiqua nerveusement et esquissa un sourire narquois.


- Je pense qu'il faut frapper un grand coup, oui, mais pas attaquer sans relâche,  plutôt attendre son heure et sortir une fois que l'on est certain d'obtenir le résultat escompté. Tant pis pour les victimes que la patience oblige à coucher sur le satin. Il vaut mieux frapper un seul coup, un coup terrible, plutôt que de s'épuiser au risque de ne pas achever sa tâche.

Les deux hommes avaient une vision presque semblable de la tactique à adopter pour gérer un conflit d'importance, mais le quiproquo était facile et le moment mal choisi pour discuter de ce genre de chose. Jirômaru était épuisé et ses nerfs se tendaient sous la pensée des Hunters. Après ses échecs, après la perte de Salluste et cette pluie diluvienne, il n'avait plus la force d'avancer des stratégies.

Heureusement, Liam ne s'attarda pas non plus sur ce point, préférant se confier à son tour. Jirômaru tendit l'oreille sans pour autant montrer trop d'intérêt à ses paroles. La perspective d'en apprendre un peu plus sur lui en retour lui plaisait, même si au fond il se contrefichait de ce que ressentait le jeune médecin. Au moins avait-il lui-même l'impression de retrouver un peu de cette humanité qu'il avait perdue en étant considéré soudainement comme un égal.
Liam expliqua alors qu'il l'enviait pour son amitié avec Salluste et lui confia qu'il avait souvent eu des compagnons dont le lien n'était basé que sur l'utilité. Il trouvait cela « effroyable ». Jirômaru haussa un sourcil et sourit clairement d'un air critique. Qu'espérait donc le jeune homme ? Que croyait-il ? Que Salluste n'avait pas été un instrument à son service ? Ah s'il savait...Ce qu'il venait de prendre pour de l'amitié pure n'était qu'une illusion créée par ses mots un peu forts, surtout dans l'oreille d'un mortel pour qui les sentiments sont toujours extrêmes. L'immortalité changeait tellement ces notions...Cependant, le Vampire n'interrompit pas le médecin et évita de tiquer d'avantage pour ne pas le mettre mal à l'aise.
Le jeune homme souffrait visiblement de sa perte à lui, de son ami, ou du moins de son complice, auquel il avait volontairement ôté la vie. Cette fois-ci, Jirômaru ne pu s'empêcher d'intervenir.


- Qu'avait-il fait ? Pourquoi l'as-tu tué ?

Liam parlait de tortionnaires d'enfants, de monstres, de culpabilité. Il exposait sa haine de la violence sur l'innocence et son bonheur d'éliminer ce genre de déviance. Qu'avait-il vécu ? Jirômaru ne le suivait pas tout à fait. Son esprit était trop occupé par l'image de Salluste qui baignait dans le sang de Joyce, le sien, le leur...Toutes ces images ne cessaient de lui revenir à force d'en parler. Il fallait qu'il dorme, qu'il se régénère encore, qu'il se nourrisse...

Le regard du médecin pesa alors sur lui comme un nuage sur une montagne trop haute. Jirômaru releva la tête pour le soutenir. Il n'aimait pas la pause qu'il venait de faire dans son récit et ce que ses yeux exprimaient maintenant le hérissait. Il semblait prêt à l'attaquer verbalement, il hésitait mais sa franchise compatissante était palpable.


« Jun, je suis désolé mais je ne crois pas en l'existence de vampires... pas plus que je ne crois en l'existence de Dieu. »

Aux paroles de Liam, Jirômaru leva plusieurs fois les yeux au plafond, réprimant une envie terrible de lui montrer ses crocs. S'entendre nié ainsi l'exaspérait, même si dans l'absolu il n'en voulait pas au jeune homme qui se tenait près de lui. Ce n'était qu'une naïve ignorance. Non...Il ne voulait pas lui prouver leur existence par la violence. Pas ce soir. Il ne pouvait risquer un combat, ni boire du sang sans manquer de le régurgiter, il ne pouvait pas non plus utiliser ses pouvoirs pour l'impressionner, il était bien trop faible pour cela. Mais à mesure que Liam exposait ses doutes le visage de Jirômaru se ferma. Et lorsqu'il fut de nouveau question de ses stigmates, il soupira bruyamment pour exprimer sa lassitude. Oui...là il commençait à devenir énervant.

Le Vampire hésita. Ses yeux de brume posés dans ceux du médecin, il resta silencieux un moment pour réfléchir. Son visage exprimait tant de choses à la fois : son impatience, sa colère, sa fatigue, sa réflexion, sa compassion. Jirômaru avait toujours été perdu entre deux extrêmes en terme de comportement. En cet instant, il pouvait tout aussi bien se jeter à la gorge de Liam pour le vider de son sang et rire par-dessus son cadavre avant de le jeter dans la rue que lui poser une main sur l'épaule afin de lui sourire avec bienveillance.

Lentement, le Comte finit par se relever. Il tint la couverture qui le couvrait partiellement d'une main et attrapa Liam par le bras pour lui intimer de se lever. Son geste ne fut pas brutal mais ferme, comme s'il avait décidé qu'il était temps d'agir. Le dévisageant d'un air contrit, il le lâcha lorsqu'il fut débout et resta face à lui, proche de son visage, pour lui parler d'un ton raide.


- Tu dis que tu m'envies d'avoir eu un ami, un frère, un compagnon qui me suivait dans mon périple et non pas un être simplement « utile », tu dis que tu ne crois pas aux créatures de la nuit ni en Dieu, mais tu n'as pas conscience de ce que l'immortalité peut offrir comme nouvelle vision...Tu n'imagines même pas à quel point ce monde est vil, combien il est rongé par des forces qui vous dépassent et jusqu'à quelles extrémités la nature à réussi à se pervertir. Si tu ne crois en rien, Liam, si ce n'est en la médecine et la justice, si tu ne peux imaginer que de telles entités puissent errer parmi les mortels, jusqu'où crois-tu que ta vie ira ? L'ignorance n'est pas un mal dit-on souvent, mais elle permet aux puissants de diriger les faibles, aux tueurs d'encercler leurs proies, aux créatures surnaturelles de se cacher...

Le Comte sourit avec ironie et s'éloigna sensiblement de Liam pour aller s'asseoir sur une chaise. Il soupira en se passant une main sur le visage, le coude appuyé sur la table bancale.

- Liam...Les Vampires effacent les mémoires, jouent avec les esprits et peuvent même se rendre invisibles...Tu as eu de la chance d'éviter la peste et ces créatures jusque là...Mais à errer comme tu le faisais ce soir, à ramasser les moribonds sans te méfier d'avantage, tu ne pouvais éviter de tomber sur l'un ou l'autre. Lequel des deux est le pire ? J'ai mon idée...

Jirômaru comprit bien vite que ce ne serait pas par les mots qu'il pourrait convaincre le jeune homme. Aussi, attrapant la couverture qui le dissimulait, la laissa-t-il tomber sur son giron pour dévoiler son torse d'albâtre. Exposant ainsi son corps torturé au jeune Humain, sans plus de pudeur, il lui permettrait d'appréhender ce qu'il lui avançait.

- Toi qui est médecin, regarde et dis-moi : en quoi ce corps te parait-il humain...?

Le Vampire avait tous les membres qu'un être humain pouvait posséder, ni plus, ni moins, mais la blancheur cadavérique de sa peau contrastait avec la demi-pénombre des lieux, ses longs cheveux blancs descendaient jusqu'à ses hanches dans une cascade extraordinaire, ses yeux en amande, voilés comme ceux d'un aveugle, laissaient passer des volutes de brume dans leur iris grises, ses stigmates le marquaient de tâches noirâtres qui s'effilochaient en toiles d'araignées le long de ses veines...Non, il n'avait rien de banal. Sa taille à elle seule était étrange...

- Je n'ai pas beaucoup de force...Fit-il en fixant le médecin dans les yeux avec une intensité particulièrement poussée.

*...mais je peux au moins te prouver que nous avons accès à vos esprits...*

La voix de Jirômaru avait pénétré Liam, résonnant dans sa tête comme une voix dans une caverne sans fin puis s'était arrêtée. Cela avait de quoi déstabiliser et le Comte s'attendait à maintes réactions de la part du jeune Humain. Mais avant de le laisser réagir, il reprit:

- Mes stigmates ne sont pas contagieux, ce n'est que mon sang, ou du moins ce qui coule dans mes veines, qui nécrose depuis 589 ans...tu ne crains rien...La maladie, telle que vous la concevez, ne m’atteint pas.

Un mince filet rougeâtre coula soudainement du nez de Jirômaru, laissant tomber une goutte sur la table devant lui. Ramenant sa main droite à l'entrée de sa narine, il sourit au médecin d'un air faussement amusé.

- Cependant, tu as raison, Liam, nul n'est réellement immortel...

Jirômaru se leva alors lentement, tournant le dos au médecin dont il s'éloigna de nouveau. En quittant sa chaise, il avait murmuré un « crétin » pour lui-même en serrant les dents. Sur la table, ses ongles avaient gravé le bois brut dans un ultime et vain effort pour contenir son saignement.
Sans plus de manières, le Vampire essuya son nez sur sa couverture avant de la jeter à terre. Il avait chaud. Il voulait sortir. Mais dehors la pluie avait repris et l'aube ne tarderait plus. Il était condamné à dormir en ces lieux s'il voulait pouvoir continuer sa mission. Jetant un regard au lit vermoulu qui trônait dans un coin de la pièce, il fit une moue, écœuré. Non...Il préférait encore dormir par-terre...
Sans se soucier de Liam, il revint vers sa couverture et s'allongea dessus, dos contre le sol. Il releva une jambe et abandonna son bras droit sur son front et ses yeux. Son soupir en dit long : il était épuisé.


- N'ouvre pas les volets...Murmura-t-il doucement en s'endormant. Ou fais-le...après tout...

Le Comte s'endormit pour de bon. Son esprit s'effondra dans un abysse fait de ténèbres et de silence. Ses derniers mots moururent à la commissure de ses lèvres dans un souffle glacé.


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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Van Collins
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MessageSujet: Re: Blanches ténèbres [Comte, Van] [06-07/04/42] Jeu 23 Oct - 10:21

La soirée prenait une bien étrange tournure. Une tournure que Van n'aurait certainement pas imaginé lorsqu'il était venu en aide à cet homme affaiblit et fatigué au prise avec un chien errant qui n'avait guère apprécié de voir le mendiant s'abriter dans son refuge lors de cette tempête qui faisait rage sur la capitale londonienne. De prime à bord, Van l'avait prit pour un vieillard, trompé qu'il était par la blancheur immaculé de ses cheveux et l'obscurité de la nuit. Il lui paraissait fatigué et usé comme tous les mendiants qui ne se nourrissaient pas à leurs faims et qui subissaient chaque jours une vie faite d'injustice et de misère. Une vie qui devait leur paraitre bien trop longue et interminable. Au départ, Van pensait s'abriter avec lui jusqu'à ce que la pluie cesse, mais c'était sans compter sur le canidé qui, énervé par leur présence et en rage d'avoir été piégé et enfermé sans ménagement dans une remise, avait aboyé à en réveiller les morts. Mais en guise de mort c'était plutôt les voisins mécontent que l'animal tira de leur sommeil. Un homme en particulier qui les chassa sans ménagement et à qui Van souhaitait bien du plaisir lorsqu'il ouvrirait la remise demain matin.
Les deux hommes avaient donc été contraint de quitter leur refuge de fortune pour affronter la pluie battante. Ni l'un ni l'autre ne pouvait rester à la merci de cette pluie diluvienne qui s'abattait sur eux sans relâche, brouillant leurs vues et assourdissant leurs sens. Trempés, leurs cheveux plaqués sur leurs visages, la pluie traversait impitoyablement les vêtements qu'ils avaient sur le dos et qui ne les protégeaient même plus du froid. Ils devaient à tout prix s'abriter et se réchauffer sous peine d'attraper la mort et c'était particulièrement vrai pour Jun, son étrange compagnon, qui était complétement glacé et qui paraissait à bout de force. Van l'avait donc entrainé avec lui dans des ruelles inondées jusqu'à un logement de fortune dont la malheureuse occupante avait périt sous les roues d'une voiture quelques jours plus tôt.
Comme plongé dans un état second l'homme se laissa guider sans opposer la moindre résistance. N'ayant nul part ou aller, pourquoi aurait-il résisté après tout.

Si ce n'était l'odeur nauséabonde qui régnait dans le lieu, et qui était un savant mélange situé entre la moisissure et l'enfermement, et bien qu'insalubre, la pièce où ils avaient trouvé refuge, n'était pas désagréable à vivre quand on n'était pas exigeant. Et puis, elle avait cet avantage indéniable de les abriter de la pluie ainsi que du vent et le luxe de posséder une cheminée sur laquelle Van s'était précipité pour allumer un feu qui les réchaufferait immanquablement. Puis, il s'était chargé de les déshabiller tour à tour. Gardant pour sa part son pantalon et sa chemise, Van avait retiré le peignoir de Jun avant de le recouvrir avec la seule couverture plus au moins correcte qu'il avait trouvé. Cet homme en avait bien plus besoin que lui.

Le médecin avait tenté d'engager la conversation mais cela s'était soldé par un échec immédiat. N'insistant pas, Van respecta le silence dans lequel son compagnon avait trouvé refuge. Perdu dans ses propres pensées, il ne réalisa pas immédiatement que l'homme avait fini par se rapprocher de lui jusqu'à finalement s'assoir à ses cotés. Ce fut Jun qui, en définitive, réduisit la distance qu'il avait au préalablement imposé, et c'est encore lui, qui décida de rompre ce silence dans lequel ils baignaient. Il l'avait fait dès qu'il s'était sentit prêt ou du moins assez confiance, sans que Van n'eut à insister ou à l'y inciter. L'alchimiste s'était simplement soumis à son bon vouloir, respectant son envie de solitude quand il en avait besoin, tout comme celle, par la suite, de se confier à une oreille attentive.

Etait-ce l'atmosphère ? La situation ? Toujours est-il que ces deux âmes solitaires se confièrent étrangement l'une à l'autre. Van n'avait jamais parlé de la mort de Stefan à qui que ce soit. Etait-ce les confidences de Jun qui l'incitèrent à en faire autant ? A moins que ce ne fut son envie de changer et d'apprendre à s'ouvrir un peu plus aux autres qui fut la cause de ce besoin soudain de partager ce qu'il avait toujours si jalousement tenu secret ? Ou peut-être tout simplement éprouvait-il le besoin de soulager un peu sa conscience... Pour quelle raison à Jun plutôt qu'un autre ? Parce qu'il était là à ce moment présent et semblait tout aussi tourmenté qu'il avait put l'être lui-même.

En discutant, Van découvrit que beaucoup de choses les opposaient.
Ainsi, Jun croyait en l'existence des créatures immortels, pas Van. Il était bien placé pour savoir qu'aussi fort puisse être un adversaire, aussi désespéré puisse sembler un affrontement, nul n'était invulnérable et encore moins immortel.
Van pensait également que nul ne pouvait choisir sa mort, alors que Jun pensait le contraire. A ce sujet Van reconnaissait qu'aucun d'eux n'avait tout à fait tort ou raison. On pouvait ainsi se lever un matin et périr dans la journée sans rien voir venir. C'était ce qui avait faillit arriver à cet homme qu'il avait soigné juste avant de rencontrer Jun. Une machine était tombé sur lui à son travail et lui avait écrasé les jambes, il aurait très bien pu mourir sur le coup sans comprendre ce qui lui arrivait. Il en allait de même pour cette vieille femme qui avait vécu dans ce logement qu'ils occupaient momentanément actuellement. La mort vous fauchait impitoyablement sans qu'on puisse s'y attendre ou s'y préparer. Mais Jun n'avait pas tort pour autant. On pouvait tout aussi bien se lever un matin et décider d'en finir avec la vie. Ces hommes-là, par lâcheté pouvaient effectivement se targuer d'avoir décidé de l'heure de leur mort et de la manière qu'il l'accueillerait. Jun avait-il déjà tenté de mettre fin à ses jours pour penser ainsi ? Il semblait si las et fatigué de la vie que Van n'en serait pas surprit....

Quand à l'instinct de survit qu'il avait évoqué, il ne semblait guère convaincre Jun. Bien qu'il reconnaissait son existence, Jun prétendait pour sa part que c'était quelque chose qui pouvait tout aussi bien nous sauver, que nous perdre. Ce qui eut le don de pousser Van à s'interroger. Comment notre instinct de survit pouvait-il nous perdre ? Ne pas se laisser abattre, continuer de se relever en faisant face à l'adversité, pouvait nous permettre de prolonger notre existence et de connaître de nouvelles joies, de nouveaux bonheurs, même lorsque tout nous paraissait noir et sans espoir. Alors que lorsque l'on mourrait, s'était terminé. Il n'y avait plus rien après, plus rien à espérer.
Si on demandait à Van qu'elle était son bien le plus précieux, il répondrait sans la moindre hésitation la vie. Il avait faillit la perdre à plusieurs reprises pourtant il était toujours là, et à chaque fois qu'il s'en sortait, il prenait conscience de la chance qu'il avait. S'il était mort il n'aurait pu sauver toutes ces vies, il n'aurait pas rencontré Brain, Azami ni même Jun. Pour Van il n'y avait rien de plus précieux que la vie et il défendrait toujours chèrement son existence...

Toutefois, malgré leurs oppositions, et leurs points de vus divergeant sur certains sujets, lui et Jun avaient de nombreux points communs. Tout d'abord tuer ne leur faisait pas peur, surtout lorsqu'il était question de vengeance. Quoi qu'on en dise, quelque soit les beaux idéaux derrière lesquels on se dissimulait, lorsque l'on ôtait la vie à une personne c'était soit pour préserver la sienne soit pour se venger. Ils avaient également, à peu de choses prêt, la même vision des choses. Frapper un grand coup, sans se préoccuper des dommages collatéraux ou se préoccuper d'être loyal ! Dans une guerre tous les coups étaient permis même les plus vils. Leur différence de tactique se situant dans le fait qu'après avoir frappé un grand coup, Van préconisait d'attaquer sans relâche pour ne pas laisser le temps à ses ennemis de se remettre de cette attaque alors que pour Jun s'il on attendait le bon moment, on pouvait terrasser son adversaire d'un seul coup. Jun tenait les propos d'un homme qui manquait d'expérience. Aussi bien pensé soit-il, un plan n'était jamais efficace à 100%, il y avait toujours des impondérables, des imprévus qui surgissaient, c'était la toute la différence entre un jeu d'échec et une guerre.


- Vous jouez aux échecs Jun ? Demanda-t-il en plongeant son regard dans le sien. Le but du jeu est de faire tomber son adversaire en s'emparant du roi. Le jeu est soumis à des règles que les adversaires sont contraints de respecter. Les pions que l'on utilise ne peuvent être déplacé que d'une certaine manière. Mais dans la vie, lorsque l'on entame une guerre, il n'y a plus de règle, quand à nos pions, ils restent des humains et nous ne sommes pas à l'abri d'une désobéissance, ou pire d'une trahison. Nous ne savons jamais comment les gens peuvent réagir dans une situation donnée. Je partage votre opinion, l'idéal c'est de frapper un grand coup, mais aussi parfait soit-il, il est illusoire de s'imaginer qu'une attaque puisse nous débarrassera de tous nos adversaires. Il est à mon sens plus sage de frapper une fois un grand coup au moment propice, comme vous le dites, et d'enchainer immédiatement avec des attaques ininterrompus pour ne pas laisser le temps à nos adversaires de se reprendre et de se relever. Mais vous avez raison, on risque très vite de s'épuiser et de voir l'avantage nous échapper, aussi faut-il que ces dernières attaques soient des attaques éclairs. Des attaques efficaces et rapides. Si ce n'est pas le cas, on risque de s'empêtrer dans un interminable conflit et voir notre avantage disparaitre.

Van ignorait s'il c'était parfaitement fait comprendre néanmoins, il partageait en grande partie l'avis de Jun et il appréciait d'échanger avec lui sur ce sujet, mais pas seulement...

Jun s'était confié à lui et Van avait fini par en faire de même. Bien sur, l'alchimiste n'entra pas dans les détails restant sommaire sur les circonstances, et préférant aller à l'essentiel sans trop en dire, mais comme il fallait s'y attendre, le risque lorsque l'on commence à faire de telles confidences et de voir son vis-à-vis s'intéresser à ce que vous lui dites et par conséquence, le voir vous poser des questions que vous auriez préféré passer sous silence.
Lorsque Jun lui demanda pour quelle raison Van avait ôté la vie à son ami, quel était son crime, le médecin s'était interrompu et avait levé son regard sur lui. Il pouvait soit lui mentir, soit lui dire la vérité, soit encore se contenter d'une partie de vérité....


- Je t'ai dit que j'avais moi-même ôté la vie à des tortionnaires. Je n'ai pas agis par pur altruisme et encore moins par esprit de justice mais uniquement par vengeance. Stefan m'a vu faire et m'a reconnu. Il n'aurait peut-être pas parlé, mais je ne pouvais pas courir le risque de laisser un seul témoin de mes actes en vie, alors je l'ai tué de sang-froid. Aujourd'hui, même si ce crime me fait culpabiliser, si c'était à refaire, je veux croire que je courrais le risque de lui faire confiance, mais à vrai dire, pour être tout à fait honnête, je n'en suis pas sur... A croire que les gens ne changent pas et reproduisent éternellement les mêmes erreurs.

Jamais il n'avait reconnu cela ouvertement à quiconque, pas même à lui. Il réalisait, à présent qu'il avait prononcé ces mots à voix haute, à quel point, malgré ses efforts, il était resté le même.
Son instinct de survit probablement.....
Il ignorait franchement comment allait réagir Jun face à un tel aveu, néanmoins, il voulait croire que si une personne pouvait être à même de le comprendre au moins en parti, c'était bien lui. Mais peut-être avait-il tort...

Préférant ne pas trop s'attarder en confidences qu'il pourrait regretter par la suite, Van aborda le sujet des vampires. Il ne croyait pas une seule seconde en leur existence et n'avait pas manqué de s'en ouvrir franchement à Jun, qui leva plusieurs fois ses yeux en direction du plafond. A quoi s'attendait-il ? Qu'il gobe naïvement chacune de ces paroles ? Il n'était pas aussi crédule ! Il ne doutait pas un instant que Jun livrait un combat contre des personnes très puissantes, des êtres qu'il comparait à des vampires mais qui n'en n'était pas, parce qu'ils n'existaient pas si ce n'était dans son imagination.

Face à son rationalisme, le visage de Jun se mit à exprimer beaucoup de sentiments : la contrariété, l'agacement, la fatigue,...
Finalement, l'homme se redressa pour se lever rappelant soudainement à Liam à quel point cet homme était grand de taille. A vrai dire, pour être tout à fait honnête, alors qu'il se dressait face à lui qui était resté assis, Van le jugea très impressionnant, et plus encore lorsqu'il l'incita à se lever en lui prenant le bras. Jun n'avais pas agit avec violence pourtant Van fut surprit par la force que cet homme possédait. Entre ses mains, il avait eut l'impression de ne pas peser plus lourd qu'un pantin de bois que l'on manipulait sans aucune difficulté.
Ne comprenant pas où il voulait en venir, Van lui jeta un regard ampli de stupeur. Lorsque Jun approcha son visage du sien, comme si ce geste était plus propice à la confidence, Van ne recula pas et fixa les billes grisâtres qui plongeaient dans son regard. Il n'aurait su expliquer pourquoi mais son rythme cardiaque s'accéléra soudainement comme s'il était inconsciemment conscient qu'il allait être le témoin de quelque chose d'inattendu et de très important.

Jun prit la parole sur un ton qui se voulait presque solennel, reprenant point par point leur sujet de conversation. Il avait prétendu envier son amitié avec Salluste ? Oui, mais à présent, à la manière dont Jun en faisait référence, Van avait la désagréable impression de s'être trompé sur toute la ligne !!! Cette amitié presque fraternel qui unissait les deux hommes et que Van avait cru deviner semblait soudainement s'être transformé en une relation d'utilité réciproque. Il sembla irriter de constater que Van ne croyait ni en Dieu ni aux vampires. Van ne rétorqua rien, préférant l'écouter plutot que d'entrer dans un débat stérile à ce sujet. Cependant, lorsqu'il fit référence à l'immortalité, les sourcils de Van se froncèrent d'incompréhension avant de se durcir sous la contrariété. Comment osait-il prétendre qu'il ne savait rien de ce monde ? Comment pouvait-il croire qu'il ignorait à quel point ce monde dans lequel ils vivaient était vile et cruel ? Il le sous-estimait, car il avait été confronté très jeune à toute l'horreur de la condition humaine. Mais là où Jun le moucha fut lorsqu'il lui fit remarquer qu'il ne croyait en rien. Il ne niait pas seulement l'existence de Dieu ou des vampires, il ne croyait en rien et... il avait raison. Presque raison.
Il ne croyait en rien ni en personne et certainement pas en la justice qui n'existait pas en ce bas monde, du moins, pas pour des gens de leur condition. Il ne croyait pas non plus totalement en la médecine qui était loin de répondre à tous les maux auquel le genre humain pouvait être confronté. La seule chose en laquelle il croyait, c'était l'alchimie !
Pourtant la suite de son discours intrigua bien plus le jeune homme. Mais où Jun voulait-il en venir ?

Désarçonné, il le vit soudainement s'éloigner de lui, pour prendre place sur une chaise, comme accablé soudainement par un poids beaucoup trop lourd à porter. Avec lassitude Jun passa sa main sur son visage tout en prenant appui sur la table bancale, et dans un soupir, il tenta de le convaincre une fois encore, de ce qu'il avançait. Oui les vampires existaient et selon lui, s'il n'en n'avait pas conscience c'est parce qu'ils avaient pu lui effacer la mémoire, jouer avec son esprit ou se rendre invisible à ses yeux, à moins que ce ne fut encore une fois sa chance insolente qui l'eut préservé de cette rencontre mortelle. Pensait-il vraiment qu'il allait croire ces affabulations ?! Il était curieux de voir à quel point Jun tentait de le persuader de l'existence de ces créatures, c'était comme si sa vie en dépendait. Il essayait de lui apporter une explication logique qui permettrait de comprendre les raisons pour lesquelles il n'en n'avait encore jamais rencontré, du moins... jusqu'à aujourd'hui. Van fronça les sourcils sceptique, que voulait-il dire lorsqu'il lui disait « qu'à errer comme il le faisait ce soir, à ramasser les moribonds sans se méfier d'avantage, il ne pouvait éviter de tomber sur l'un ou l'autre ». Sous-entendait-il que sa route avait croisé celle d'un vampire cette nuit... ? Ridicule ! Il le saurait si c'était le cas.

La couverture qui recouvrait Jun s'ouvrit alors et glissa sur lui avant de tomber à ses pieds. Van, qui avait suivit la chute de la couverture de son regard, releva ensuite ses yeux sur Jun. La stupeur se peignit sur son visage et un léger mouvement de recul suivit dès lors que ses yeux se posèrent sur le corps de Jun. Le doute commençait à le ronger, des doutes qui s'accentuèrent lorsque Jun lui demanda en quoi ce corps lui paraissait humain. Se reprenant, son regard plongea dans les yeux de Jun avant de glisser à nouveau sur ce corps qui se dévoilait à lui pour le détailler scrupuleusement. Sa peau était aussi blanche que celui d'un cadavre fraichement recouvert de son linceul. D'ailleurs dans la pénombre de la pièce, elle semblait presque lumineuse et lui donnait l'apparence d'un spectre. La froideur de sa peau l'avait interloqué également. Glacé comme il l'était, il aurait du être prit de tremblement, être terrassé par la fièvre et pourtant il n'en n'était rien. Le feu qu'il avait fait et qui aurait pourtant dut le réchauffer n'avait en rien réchauffé sa peau qui restait aussi froide que du marbre. Lorsque Jun l'avait saisit pour l'inciter à se lever, la paume de sa main était toujours aussi gelé. Et que dire de ces stigmates obscures qui striaient impitoyablement son corps d'albâtre ? Ce mal étrange dont Jun souffrait et qu'il n'avait jamais vu jusqu'alors ni même entendu parler... Sans oublier ses longs cheveux blancs qui lui donnaient l'apparence d'un vieillard alors qu'il avait un corps jeune et vigoureux, et ces étranges yeux gris,.... qui était réellement Jun ?
Pouvait-il continuer de nier l'évidence ? Pourtant il s'y refusait. Il refusait de croire que Jun puisse être un... non c'était idiot ! Il était fatigué et il se laissait impressionner bien trop facilement.
Comme s'il avait deviné que son scepticisme était toujours de rigueur Jun l'informa qu'il n'avait pas beaucoup de force, avant de s'interrompre subitement.
Il n'avait encore rien fait, il ne l'avait pas menacé, mais Van, sans en comprendre la raison, commençait à craindre ce qui allait suivre. Pourquoi ? De quoi avait-il peur puisqu'il ne croyait pas aux vampires ? N'était-ce finalement pas plutôt sa raison, son esprit cartésien qui refusait de voir la réalité alors que son instinct lui, avait déjà comprit ce qu'il refusait d'admettre ?

Van se sentit blêmir lorsqu'il entendit la voix de Jun se mettre à résonner dans sa tête bien que ses lèvres restaient obstinément closes.


- Comment... comment as-tu fait ça ?!!! Bégaya-t-il choqué en portant la main à son crane

Pourquoi ? Pourquoi refusait-il d'admettre que tout ce que Jun venait de lui dire était réel ? Lorsque la voix de Jun se mit à résonner à nouveau dans la pièce de façon normal, Van leva son regard perdu sur lui. Selon ses dires il aurait... 589 ans ?!! Impossible ! Cela ne se pouvait !! Et ces stigmates qui striaient son corps serait son sang qui se nécroserait...

Il avait besoin de s'assoir, pourtant il ne fit aucun mouvement. Le temps lui parut suspendu jusqu'à ce que la voix de Jun se mette à résonner à nouveau et le tira de sa léthargie. A l'entendre, le vampire, puisque Van commençait à croire un peu malgré lui en ce qu'il lui disait, était condamné.
Silencieusement Jun s'était levé de sa chaise et lui présenta son dos, au dehors la pluie n'avait pas cessé de tomber ni le vent de souffler. Après avoir jeté sa couverture à même le sol, Jun s'y allongea tout en dissimulant son front et ses yeux sous son bras et lâcha un soupir profond qui exprima toute sa lassitude. Il lui demanda de ne pas ouvrir les volets, avant de se reprendre et de lui laisser le libre arbitre, puis il s'endormit.

Le silence régnait à présent en maître dans la pièce, seul le crépitement du feu dans l'âtre indiquait qu'il y avait au moins une présence vivante dans ces lieux. Immobile, Van fixa la silhouette étendue sur le sol. Ainsi, sans défense, il était à sa merci. Après de telles confidences, qu'est-ce qui l'empêchait de le tuer ? Van ne s'était pas totalement dévoilé, mais il lui en avait révélé suffisamment pour mettre sa vie en danger, quand à lui, s'il disait vrai, s'il était réellement un monstre, un vampire, ne serait-il pas préférable de l'éliminer maintenant qu'il en avait le l'occasion ? Mais des deux, qui était véritablement le monstre ? Celui qui se qualifiait de vampire ou celui qui ne songeait qu'à sa sécurité quitte à éliminer sans égard un homme qui s'était ouvert à lui et qui ne lui avait rien fait ? Non c'était fini, il n'était plus cet homme-là. Jun était peut-être ce qu'il prétendait, mais il ne lui avait fait aucun mal jusqu'à présent. D'ailleurs, ne prétendait-il pas éliminer ceux de sa caste ? En toute logique, il était donc du côté des humains.

Encore abasourdit par toutes ces révélations, Van éprouva le besoin de s'assoir et prit place sur la chaise qu'avait préalablement occupé Jun peu avant. Posant sa main sur la table il sentit que le bois de la table souffrait de profondes entailles sous ses doigts. Intrigué, il retira sa main pour observer les profondes marques et découvrit avec stupeur des traces de griffures très profondes comme celles laissé par un animal sauvage aux griffes acérées. Il avait bien entendu parler d'un loup blanc qui avait semé la pagaille au marché mais c'était encore différent. Hésitant, il posa sa main sur les marques et réalisa avec effarement que les traces de griffures correspondaient aux emplacements de ses doigts. Interloqué, il posa vivement son regard sur Jun. Etait-ce lui ? Etait-ce lui qui avait fait cela ?!
Quel était donc l'étendu de sa véritable force et de ses pouvoirs ?

Les mains jointes devant lui, Van observa le vampire dormir paisiblement, à même le sol.
Ses longs cheveux blanc entourait son visage telle une auréole. Curieusement, allongé de la sorte, le torse nu striés sans pitié par ses stigmates, sa blancheur cadavérique,... tout ceci conférait à donner vie à un étrange tableau. Comme si Jun était entrain de donner vie à l'un de ces nombreux tableaux qui représentait le chemin de croix du Christ. Une scène tout particulièrement, celle où l'on pouvait voir le corps du Christ sans vie, allongé dans son linceul, pleuré par la vierge Marie, juste avant sa résurrection. C'était un tableau qui l'avait pronfondément marqué.
Et lui, dans ce cas, qui était-il dans l'histoire ? Un de ses fidèles disciples ou Judas ?

Lâchant un soupir, il détourna son regard vers la table et plus particulièrement sur les traces de griffures. Lui qui ne croyait plus en rien depuis tant d'années voyait ses convictions les plus profondes être remis en doute. L'enfer et le paradis existaient-ils ? Qui était réellement Jun ? Le sauveur ou le diable en personne ?

Les ombres se mélangeaient avec les flammes vives du foyer projetant des formes fantomatiques sur le vieux mur défraichit. Jun s'était endormis d'un sommeil paisible depuis un long moment déjà, quand à Van, il était resté à ses cotés des heures durant épuisé mais incapable de trouver le sommeil tant il était harcelé par des questions sans réponses. Il aurait pu fuir ce lieu, cette... créature à toutes jambes comme n'importe quel être censé l'aurait fait et pourtant il n'en n'était rien.
Comment une créature aussi puissante que lui, avait-elle pu se faire terrasser par un chien sauvage ? Avait-il voulu mettre fin à ses jours en laissant ce chien en finir avec lui ? Jun paraissait las de vivre, pourtant, une part de lui refusait de se laisser mourir, Van pouvait le sentir. Etait-ce parce qu'il voulait terminer son combat ? Eliminer des vampires ? Mais pourquoi ? Pourquoi voulait-il éliminer les siens ? Etait-ce par vengeance ? Combien étaient-ils réellement ? Comment était-il devenu un vampire ? Naissait-on vampire ou le devenait-on ? Combien de temps lui restait-il à vivre ? Etait-il seul dans son combat où bénéficiait-il de soutient ? Salluste était-il lui aussi un vampire ? Oui, très probablement. Et Jenny, une enfant,... il y avait donc également des enfants chez les vampires ? D'ailleurs, sa véritable fille était-elle morte ou était-elle comme lui, un être de la nuit ? Si Jun avait cette capacité de pouvoir pénétrer dans son esprit est-ce que cela signifiait qu'il pouvait lire dans ses pensées également et découvrir le moindre de ses secrets ? Entendait-il toutes ces questions qu'il se posait ?

Relevant son regard perçant sur lui, Van cru le voir tressaillir. Avait-il bougé ou était-ce les ombres qui lui jouaient des tours ? Etait-il réveillé ? Choisissant de croire que le vampire était éveillé, sa voix se mit à résonner tranquillement dans la pièce, sans trembler, calme et profonde, formulant à voix haute les questions qui lui paraissaient les plus importantes.


- Pourquoi ? Pourquoi m'as-tu fait toutes ces confidences ? J'aurais très bien pu profiter de ton sommeil pour te tuer. Si tu lis dans les esprits, tu sais très bien que si je l'avais décidé, je n'aurais pas hésité, alors pourquoi ? Pourquoi avoir courut un tel risque ?


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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Blanches ténèbres [Comte, Van] [06-07/04/42] Dim 26 Oct - 17:09

Le vide. Les ténèbres. Un voile d'obscurité sur ses paupières closes.
Il n'y avait aucun tunnel, aucun tombeau, aucune toile bleutée...
Était-ce la Salle Noire ? Non...Il n'avait même pas de corps. Aucune lumière n'était visible. Matosaï était absent.
Où errait-il donc ?


« Jirômaru... »

Une voix. Un écho.

« Umiko est morte. »

Son père.

« Tu dois rester fort. »

*Je le sais*

Aucun son ne pouvait sortir de sa gorge invisible.
Pourquoi ce passé lointain venait-il le hanter en cet instant ? Il savait qu'il dormait. Pourquoi ces voix résonnaient-elles en lui ? Il souhaitait les oublier à jamais.
Non...Il en avait besoin. C'était ce qui le rattachait encore à son humanité, ce qui avait toujours motivé sa lutte. Il conservait ce petit quelque chose que de nombreux Vampires n'avaient déjà plus au bout d'une paire de siècles.

« Umiko t'aimait. »

*Je ne l'ai jamais connue*

« Jirômaru... »

*Mère, je n'ai jamais pu vous pleurer. Je ne vous ai jamais connue.*

« Je ne t'en aime pas moins. »

Un silence.
C'était ridicule. Il ne voyait rien. C'était comme s'il avait de nouveau perdu la vue.

« Pourquoi ? »

Un soupir.

« Si...dans les esprits, tu sais très bien......alors pourquoi ? »

Liam...
Il s'éveilla.


- Ton pistolet est vide.

La voix du Vampire avait empli la petite pièce nauséabonde de son timbre tranquille. Il avait répondu au jeune Humain dans un souffle devenu écho, comme s'ils s'étaient trouvés dans une vaste salle sans fin. Pourtant, il n'avait pas bougé d'un pouce. Il était resté allongé sur le dos, son bras droit plié sur son visage, le gauche posé le long de son corps glacé, les yeux fermés, comme s'il dormait toujours. Seules ses lèvres avaient bougé.

- Tu n'as pas d'épée en argent...Continua-t-il paisiblement pour répondre au jeune Humain. Tu ne pourrais qu'utiliser le soleil mon ami...Et il n'est pas encore là. Me tuer te serait...sans doute impossible.

Cette fois-ci le Comte laissa sa jambe pliée se reposer et dégagea son visage. Mais, soudain, il ouvrit les yeux et fixa le plafond. Manouk n'était pas loin, il venait de le sentir. Son aura revenait-elle donc ? L'Africain était un danger pour l'Humain car, même si son maître le protégerait pour la simple et bonne raison qu'il l'avait aidé avec le chien, s'il dormait à son arrivée, il doutait que le Vampire à la peau d'ébène ne soit tendre, surtout après les derniers événements qu'ils avaient vécus dans son antre.
Lentement, Jirômaru se mit sur son céans et grogna de douleur. Il souffrait de l'estomac. Le sang de Joyce l'avait bien plus affecté que prévu. Un morceau de ses dons ne voulait pas quitter son organisme. Il avait beau avoir craché tout ce qu'il avait pu, il en avait tout de même assimilé une partie. Salluste n'avait rien pu sauver de plus et en était mort : ce sang était donc si puissant ? Quels pouvoirs son ancien allié lui avait-il légué ?
Se redressant tout à fait, le Vampire se releva et se dirigea vers la cheminée sans jeter un seul regard à Liam. D'un geste maladroit, il récupéra son peignoir taché de boue. Grâce au feu crépitant, le tissu s'était déjà séché en partie. Il était presque sec mais le bas et les amples manches étaient encore trempés. Abandonnant l'idée de le remettre pour éviter à l'Humain la gêne, le Vampire se contenta de retourner sur sa couverture pour s'asseoir. Il se mit en tailleur, laissant ses longs cheveux blancs descendre jusqu'à son aine. Dans cette position, on eût dit un vieux chaman des temps anciens.


- Détends-toi, Liam. Ou quel que soit ton nom, je n'en ai cure...Tu n'as rien à craindre de moi, pas directement en tous cas.

Le Comte ne resta pas plus de quelques minutes assis. Bientôt, il se rallongea pour s'étendre et fermer les yeux. Il était épuisé, véritablement à bout de forces. Il avait besoin de dormir pour récupérer un temps soit peu ses pouvoirs. Non il ne craignait pas le jeune médecin, parce qu'il avait senti en lui cette touche de générosité et d'altruisme si rare et si belle qui l'avait décidé à lui faire confiance. Mais de là à se croire en sécurité...Il avait tous les Vampires de la Camarilla sur le dos, ajoutés à ceux du Sabbat qui le détestaient déjà cordialement d'habitude. Ses sbires le cherchaient également. Qu'étaient-ils sans leur chef ? Dans Londres, ce devait avoir été une nuit terrible pour les mortels...Et puis, le soleil n'allait pas tarder à pointer ses premiers rayons, des Hunters pouvaient lui tomber dessus à tout moment...Physiquement, il aurait encore pu lutter, car sa force surnaturelle était en partie revenue dans cet abri, mais il n'en était même pas certain. Le chien n'avait-il pas réussi à le maintenir au sol ? Un simple animal avait manqué de gravement le blesser, lui, alors qu'il était habituellement capable de soulever un Loup-Garou...Bien sûr que Liam aurait pu le tuer en cet instant ! Lui dire le contraire ne servait qu'à le dissuader d'essayer.

- Tu me parlais d'échecs tout à l'heure...Oui, j'y joue, plutôt bien d'ailleurs...Pourquoi te révèle-je donc tout ça ? Peut-être parce que, pour la première fois de ma longue vie, les pièces de mon plateau sont presque toutes tombées et que l'idée même de continuer la partie ne m'inspire plus aucun espoir de vaincre...

Pourquoi avait-il donné à Liam autant d'informations sur les Vampires avant de dévoiler sa propre nature ? Pourquoi lui avoir donné autant d'armes avant de se mettre à sa portée ? Jirômaru lui-même n'était pas sûr de le savoir précisément. Il avait besoin de se confier, l'ignorance de l'Humain l'avait mis en colère, il avait voulu le remettre à sa place, peut-être, il voulait mettre en garde toute l'Humanité...Tant de raisons lui virent à l'esprit pour expliquer son acte. Il voulait venger Jenny, venger sa propre monstruosité, libérer son cœur. C'était une part de désespoir qui l'avait poussé.

- J'ai longtemps lutté en assénant coup sur coup à mes ennemis, comme tu le suggérais tantôt, mais me voilà vieux et fatigué. Préparer le terrain pour frapper un grand coup, un ultime coup, voilà mon but.

Qu'y comprendrait l'Humain s'il n'allait pas au bout de ses explications ? Peu de choses, sans doute. Qu'importe ? Jirômaru soupira.

- La mort de ton ami, Stefan, était un mal pour un bien. Il faut parfois faire des sacrifices...Mais jusqu'où pouvons-nous nous permettre ce genre de chose ? Jusqu'où notre conscience peut-elle l'accepter ?

Il avait besoin de dormir. Il mourait de faim mais le sang ne passait plus, il ne le pouvait plus. Van aurait pu lui servir de victime, son sang ne devait pas être plus mauvais qu'un autre, mais il n'osait plus en boire. L'Humain avait eu de la chance de tomber sur le Comte dans un tel moment. Sinon, sans doute le Vampire aurait-il moins hésité à le mordre.

- Pourquoi te ferais-je confiance ? Tu t'es retrouvé sur mon chemin, tu m'as sauvé...N'est-ce pas suffisant pour te considérer comme un homme respectable et respectueux de la vie ? Tu m'as parlé de désobéissance, de trahison, de ce grain de sable capable de dérégler n'importe quelle belle mécanique bien huilée...Je doute que tu sois le grain de sable de mon horloge...Pourtant, tes inquiétudes sont légitimes...et tes doutes pourraient te conduire à m'éliminer. Après tout, maintenant que tu en sais autant, tu pourrais bien jouer le rôle de Stefan et moi le tien. Le premier à frapper sauverait sa peau...

Le sang battait à ses tempes. Pourquoi Liam l'avait-il tiré de ses songes ? Il avait sommeil mais il sentait également ses sens revenir hanter sa vision du monde. Il entendait le cœur du jeune Humain battre dans sa poitrine. Il sentait presque son sang couler dans ses veines. Sa respiration commençait à devenir assourdissante.
Le Vampire rouvrit les yeux et se rassied. Il ne tenait plus en place. Un malaise le prenait. Les jambes pliées devant-lui, il enfouit son visage dans ses genoux et grogna.


- Liam...Je suis affamé. Affamé et malade.

Se levant de nouveau, le Vampire chancela un court instant avant de venir près du médecin. Il posa une main sur son dossier, l'autre sur la table, l'entourant ainsi de son corps comme pour lui barrer toute possibilité de retraite. Ses yeux voilés fixaient maintenant ceux du jeune Humain avec une lueur d'alarme.

- Il faut que tu partes ! L'un des miens va arriver. Fit-il un peu vite.

Mais Manouk était déjà devant la porte. Le Comte se retourna vivement au moment où ce dernier l'ouvrit sans même toucher la poignée. Dans l'encadrement, le colosse se tint un instant, demandant silencieusement la permission à son maître d'entrer dans son abri de fortune. Jirômaru sentit que cette demande n'était en rien respectueuse mais seulement destinée à lui ouvrir le droit de pénétrer dans son cercle vampirique. Il n'avait guère le choix. Peut-être que son amitié était intacte ? Il en doutait. Mais sa fidélité, elle, n'avait encore jamais failli. Ses ongles s’enfoncèrent dans le bois de la chaise de Liam.


*N'interviens surtout pas.* Murmura-t-il dans l'esprit du jeune Humain.

Lentement, Manouk entra. Il referma la porte derrière lui et s'avança vers son maître qui venait à sa rencontre. L'Africain était vêtu d'un frac, d'une chemise et d'un veston. C'était l'habillage habituel des hommes de cette époque, à ceci près qu'il avait la peau d'un noir soutenu et qu'il portait un collier tribal sous ses vêtements humides de pluie. Le Comte, lui, était nu comme aux premiers jours du monde. Son disciple avait l'habitude de ce type d'exhibition. Il savait faire abstraction complète de ce corps, même s'il était rudement marqué en ce jour et qu'il attisait la curiosité de chacun.
Sa puissante voix résonna comme le tonnerre dans la pièce lorsqu'il s'adressa à Jirômaru :


- Pourquoi es-tu parti ? Les autres te cherchent.

Le Comte tiqua en arrivant à sa hauteur. Il murmura sans sourire :

- Comment m'as-tu retrouvé ?

L'Africain saisit aussitôt son maître par la gorge et le plaqua brutalement contre le mur le plus proche. Malgré la haute taille de ce dernier, il le souleva de terre. Jirômaru étouffa un cri et s'agrippa aux bras du colosse dans un réflexe de survie.

- Donne-moi une seule raison de plus et je rends ton Don Obscur aux Ténèbres !

- Tu...Tu finirais comme Salluste...Gémit le Comte entre ses longs doigts serrés comme des étaux.

Manouk le jeta sur le côté, directement à terre. Le vieux Vampire toussota en tâchant de se redresser. L'Africain laissa alors son regard noir tomber sur Liam.


- Tu comptes en faire quoi de celui-là ? C'est ton nouveau calice ? Fit-il en grimaçant de dégoût avant de s'approcher du jeune médecin d'un pas rapide.

- Laisse-le. Grogna le Comte en se massant la gorge.

Mais Manouk avait déjà attrapé le jeune homme par le col pour le soulever et lui montrer ses crocs aiguisés. Jirômaru sortit les siens et cracha sa colère comme un fauve :


- Je t'ai dit de le laisser ! Manouk !

L'Africain lâcha l'Humain. Tout ne s'était déroulé en une fraction de seconde. Manouk revint vers son maître. Il lui tendit alors une petite boite de fer blanc sur laquelle une rose était gravée.

- Imbécile...

Le Comte rattrapa la boite que lui proposait le colosse d'ébène. D'un geste, il l'ouvrit et en vida directement une partie dans sa bouche. Dans le mouvement, quelques cachets tombèrent à terre. C'étaient de petites pastilles blanches, rondes et plates. Parfois, un numéro apparaissait sur l'une d'elles.

- Doucement...Gronda l'Africain.

Le Vampire mâchait avec difficulté et son serviteur vint bientôt l'aider à cracher une partie des comprimés. Sans eau, les Blood Tablett étaient véritablement infectes. L'Africain regardait son maître avec un soupçon de compassion. Jamais encore il ne l'avait vu dans un état pareil. Il était si pâle, si...vieux. Sa taille et la longueur de ses cheveux accentuaient un air faussement famélique que la blancheur de sa peau peignait déjà. Le Comte était large d'épaules et fort musclé mais, ainsi diminué, il donnait l'impression d'être plus fin, plus faible que jamais.


- Vas t'en...Manouk...Vas surveiller les disciples...Finit par murmurer le seigneur Vampire en le repoussant du bras.

- Marco a pris le relais. Qu'est-ce que tu crois ? S'énerva l'autre.

- C'est bien...et...Salluste?

L'Africain grimaça d'un air mauvais.

- Il n'y avait rien à faire, tu le sais.

Le Comte baissa la tête. Il chancelait toujours. Manouk l'attrapa par les épaules pour le secouer.

- La Camarilla n'a pas bougé. Jirômaru, il faut réorganiser l'opéra...Tu ne peux pas rester là !

Le Comte jeta un regard inquiet à Liam. Manouk, qui avait oublié sa présence, leva les yeux au ciel. Son maître s'était toujours entiché d'Humains, c'était insupportable. Même s'il connaissait ses plans, il ne comprenait pas pourquoi il s'obstinait à s'en entourer tant que la victoire n'était pas acquise. C'était dangereux.

- Tu veux que je le tue ? Demanda-t-il d'un air exaspéré, rageant contre sa propre bêtise.

- Non...Vas t-en...

L'Africain jeta un regard venimeux au jeune médecin avant de conduire son maître jusqu'au lit crasseux qui se trouvait au fond de la pièce. Le Comte se laissa porter, comme un vieillard écrasé sous le poids des ans. Une fois qu'il fut allongé sur les draps grisâtres, son disciple l'abandonna à lui-même, sans prononcer un mot de plus. En passant devant Liam, il ne lui jeta pas un regard, sans doute pour éviter d'avoir envie de l'assassiner. Enfin, il atteignit la porte et posa une main de suie sur sa poignée vermoulue. Jetant un dernier regard vers Jirômaru, il grommela :

- J'espère que tu sais ce que tu fais...

Puis il quitta la vieille maison, claqua la porte et s'en alla d'un pas vif. Le soleil commençait déjà à caresser de ses rayons le sommet des toitures, il devait rejoindre les égouts au plus vite.

- Liam...?

Le Comte appela le jeune homme qui avait dû rester en retrait tout le temps de cette étrange conversation. Même si cela n'avait duré qu'une paire de minutes, c'était suffisant pour avoir donné à l'atmosphère une texture différente. La tension, qui avait été phénoménale, redescendait lentement et le calme était revenu dans cette petite pièce où l'âtre continuait son aimable crépitement.

- Liam...Reprit le Comte une fois qu'il l'eut en vue. Je te demande de ne pas lui laisser d'occasion de te faire du mal. En ma présence, il n'oserait pas, mais si je m'endors...prends garde.

Laissant sa tête reposer sur l'oreiller délavé, il soupira:

- Tu ne m'appartiens pas...

Dans sa main, le Vampire serrait la boite de fer que son disciple lui avait donnée. Fermant de nouveau les yeux, il s'endormit.


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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Van Collins
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MessageSujet: Re: Blanches ténèbres [Comte, Van] [06-07/04/42] Lun 17 Nov - 12:27

Assis sur la chaise, Van fixait ce corps étendu sur le sol qui avait tout d'une icône religieuse. Ainsi, immobile, les yeux clos, il semblait dormir d'un sommeil profond pour ne pas dire éternel, et pourtant il n'en n'était rien. Van en avait l'intime conviction et lorsque la voix profonde de Jun se mit à résonner dans la pièce, il sut qu'il avait eut raison. La vérité implacable qu'énonça son compagnon lui tira un sourire amusé alors même qu'il baissait la tête. Il avait raison, il n'avait plus de balles dans son arme, mais jusque là, il ignorait que Jun s'en était rendu compte. Van releva la tête en direction de Jun alors qu'une lueur de défi traversa le vert de son regard.

*Penses-tu que je sois aussi démuni que cela ?*

Van n'avait absolument pas formulé ses réflexions à voix haute, il s'était simplement contenté de les penser très fort, et le vampire lui avait répondu d'une voix égale, sans éprouver la moindre crainte. Jun l'avait-il entendu ou bien avait-il deviné le tréfonds de ses pensées ? Van n'en n'était plus très sur, mais qu'il ait pu lire dans ses pensées ne le surprendrait aucunement. Sa rencontre avec Jun avait fait voler en éclat toutes ses certitudes. Les vampires existaient, il en avait désormais la preuve irréfutable là, juste sous ses yeux. En allait-il donc de même pour Dieu, les archanges et le diable ? Il commençait à le croire.
Un vampire et un humain réunit dans la même pièce, aussi incongru que la situation puisse paraître ni l'un ni l'autre ne se considérait comme une menace pour l'autre. A tort ou à raison, Van lui-même l'ignorait la seule certitude qu'il éprouvait en cet instant était que Jun le fascinait. Il était un véritable mystère. Un mystère qui piquait indéniablement sa curiosité.


- N'en sois pas si sur, lui répondit l'alchimiste un petit sourire amusé aux lèvres

Il n'avait certes pas d'épée en argent sur lui, mais ce n'était pas pour autant qu'il ne pouvait pas en faire apparaître une si le besoin s'en faisait sentir, bien que ce fut pas dans ses intentions actuelles.
Le vampire ouvrit alors brusquement ses yeux et Van fut tellement surprit qu'il se redressa correctement sur sa chaise. Lentement, il vit Jun prendre place et s'assoir tranquillement tout en grognant douloureusement. Etait-ce ses stigmates qui le faisait souffrir ? Car à n'en pas douter, le gémissement qu'il venait de pousser était une plainte douloureuse.

Nu comme au jour de sa naissance, sans en éprouver la moindre gêne, il se dirigea vers la cheminée dans le plus simple appareil et récupéra son peignoir encore humide puis, il regagna sa place et s'assit en tailleur, face à lui. Dans cette position une force tranquille et rassurante se dégageait de tout son être. Sensible à sa méfiance, Jun entreprit de le rassurer sur ses intentions. Il fronça légèrement les sourcils lorsqu'il sous-entendit que Liam pouvait ne pas être son véritable prénom, mais il ne confirma ni ne réfuta cette information. Mais ce qui l'intrigua le plus était de comprendre ce que Jun sous-entendait quand il disait que Van n'avait rien à craindre de lui, du moins pas directement. Que voulait-il dire ?


- Pas directement ? Répéta l'alchimiste soupçonneux

Mais Jun ne lui répondit pas, préférant s'allonger à nouveau sur son lit de fortune. Il paraissait soudainement si vieux, si affaiblit, si malade.

- Toi non plus tu n'as rien à craindre, je ne te ferais pas de mal

A aucun moment Jun n'avait paru avoir peur de lui, cette affirmation était complétement inutile et Van en avait conscience, mais peu importait après tout, Jun prétendait être un vampire et l'alchimiste commençait à le croire. Il aurait du s'en méfier étre épouvanter, éprouver de la répulsion face à cette créature démoniaque pourtant, il n'en n'était rien. Si Jun avait voulu le tuer, il l'aurait déjà fait depuis longtemps et ce malgré son état actuel, il en avait l'intime conviction. Et puis Jun n'avait donné aucune raison à Van de se méfier de lui. Il était réellement un vampire ? Que connaissait-il donc à ces créatures ? Sous prétexte qu'on les décrivait comme des monstres assoiffés de sang ils ne méritaient pas de vivre ? Van avait rencontré des humains bien plus impitoyables et dangereux que ce vampire-là. Les humains pouvaient se montrer bien plus redoutables que les créatures qu'ils craignaient.
Un légère sourire s'esquissa sur ses lèvres lorsque Jun lui révéla être un très bon joueur d'échec.


- Vraiment ? Il faudra que l'on s'affronte un jour alors

Mais le sourire de Van s'effaça lorsque las, Jun lui avoua sentir la victoire de cette partie qu'il jouait lui échapper

- C'est une certitude, ce n'est pas dans cet état d'esprit que tu gagneras. Songer à sa défaite est déjà une demi victoire pour tes adversaires et tu sais très bien qu'il existe des batailles que l'on n'a absolument pas le droit de perdre.

Van ignorait tout de la bataille que Jun avait engagé, tout juste savait-il qu'il se battait contre les siens, contre d'autres vampires. Néanmoins, il pouvait deviner à quel point cet enjeu semblait important autant pour Jun que pour eux, les humains. Ce combat semblait avoir été engagé et mené depuis bien longtemps, trop longtemps peut-être. Si bien qu'aujourd'hui, Jun se sentait vieux et fatigué.

- Allons donc, vieux, toi ? A 589 ans à peine ? Que me chantes-tu là ? Le bouta Van avant de reprendre son sérieux. Tu es seul pour te battre à présent que Salluste n'est plus ?

Car à n'en pas douter, les deux vampires luttaient cote à coté et Van pouvait aisément imaginer Salluste sacrifier sa vie pour permettre à Jun d'atteindre leur but. La mort de son compagnon l'avait ébranlé à n'en pas douter et c'est ce qui le faisait douter aujourd'hui.  
L'irlandais releva son regard sur Jun lorsqu'il évoqua Stefan, surprit qu'il l'évoque et que malgré ses ennuis, il pense à soulager sa conscience ou tout du moins à justifier son acte. Van ne répondit rien, mais Jun posait la bonne question. Jusqu'où sa conscience pouvait-elle aller ?
Une espèce d'amertume traversa son regard lorsque Jun évoqua la possibilité qu'aujourd'hui il puisse jouer son rôle et lui celui de Stefan.


- Impossible, lui certifia Van, pour la simple et bonne raison que tu n'es pas moi et que je ne suis pas lui.

Visiblement contrarié, Jun se rassit et enfuit son visage entre ses genoux, tout en émettant un grognement sourd dans lequel il lui confia être affamé et malade. Van se tendit légèrement, était-ce une manière de le mettre en garde ?

- Je peux faire quelque chose pour toi ? Demanda-t-il prudemment

Méfiant, Van vit le vampire se diriger vers lui, et l'empêcher tout retrait en posant sa main sur le dos de sa chaise et l'autre sur le rebord de la table bloquant ainsi toute échappatoire. Guère rassuré, Van n'en montra rien et soutint le regard grisé qui le fixait, mais très vite la méfiance disparu sitôt qu'il repéra une lueur de panique animer les étrange pupilles de son vis-vis.

- Qu'est-ce qui se passe ? Demanda-t-il. Qu'est-ce qui t'arrive ?

La réponse ne se fit pas attendre et avec une certaine inquiétude, Jun l'exhorta de filer car l'un des siens arrivait. Un des siens ? Un vampire ? Etait-ce un allié de Jun ou l'un de ses ennemis ? Mais déjà il était trop tard, Jun se retourna vivement en direction de la porte et Van suivit son mouvement avec la tête. La porte s'ouvrit alors laissant le vent glaciale et humide s'engouffrer dans la pièce. Le feu dans l'âtre fut un instant malmené, et la pluie tomba à l'entrée. Immobile sur le seuil de la porte, se tenait un colosse noir qui attendait et les observait tour à tour de son regard inquisiteur. Il paraissait insensible aux intempéries qui faisait rage à l'extérieur comme si l'eau de la pluie glissait sur lui sans l'atteindre. Un vampire. Et celui-ci semblait dangereusement menaçant. Glissant sa main prêt de la table prêt à faire usage de l'alchimie, il en fut empêcher par Jun qui lui ordonna de ne surtout pas intervenir. Guère convaincu, mais choisissant toutefois de s'en remettre à ce dernier en lui faisant confiance, Van abaissa sa main.

Le colosse à la peau d'ébène s'avança dans l'antre avant de refermer la porte derrière lui empêchant le froid et la pluie de s'inviter dans la demeure. Pourtant l'air était toujours aussi glaciale et le feu, bien que reprenant de plus belle dans la cheminé, ne parvenait pas à le dissiper. Van pu mieux observer le nouvel arrivant. Vêtu à l'européenne, son physique déjà très impressionnant avait quelque chose d'inquiétant. Une impression qui était renforcé par le noir de sa peau, son regard de prédateur et, guère plus rassurant, l'étrange collier tribal qu'il arborait fièrement autour de son cou de taureau. Face à lui, Jun, grand et pourtant bien bâti, semblait aussi fragile qu'une allumette. Impression peut-être renforcé par le fait que le vampire aux longs cheveux blanc lui faisait face en tenu d'Adam. Attentif, et prêt à intervenir en cas de nécessité, l'alchimiste observa les deux vampires se jauger et s'affronter du regard. S'il devait prendre des paris, il ne miserait pas grand chose sur Jun.

Le nouveau venu semblait furieux après Jun, lui demandant sur un ton de reproche, pourquoi il s'en était allé. Plutôt que de répondre à sa question, Jun lui en posa une autre. Il voulait savoir comment il avait réussi à le trouver. Cette réponse, qui n'en n'était pas une, déplut très fortement à l'africain qui empoigna Jun par le cou avant de le plaquer sans ménagement contre le mur le plus proche. Les yeux de Van s'écarquillèrent de stupeur, il savait que Jun lui avait demander de ne pas s'en mêler mais il ne comptait pas rester ainsi sans réagir d'autant plus qu'après, ce serait forcément son tour, il n'avait aucun doute à ce sujet. Il ne comptait toutefois pas lui donner la satisfaction de le laisser faire sans se battre. Il ordonna à l'africain de lâcher celui qui était actuellement son compagnon de fortune tout en espérant secrètement que tout ce que Jun lui avait révélé pour vaincre les vampires serait vrai.

Le vampire lâcha sa proie qui vint s'écraser sur le sol tel un pantin désarticulé avant de poser son regard sur lui, comme s'il venait seulement de prendre conscience de sa présence. Le pas menaçant, il se dirigea sur lui tout en demandant à Jun qui il était et s'il était son nouveau calice. Un calice ? Qu'est-ce qu'il voulait dire par là ?
Van fondit vers la cheminée pour se saisir d'une buche enflammé, malheureusement pour lui, l'africain se déplaça bien plus rapidement que lui, et avant qu'il ne comprennent ce qui lui arrive, Van fut saisit par le col et soulevé à hauteur de son visage comme s'il ne pesait pas plus lourd qu'une vulgaire poupée de chiffon. Le menaçant de ses crocs saillants, Van n'en menait pas large, les vampires étaient décidément des créatures beaucoup plus fortes et rapides qu'il ne l'aurait soupçonné. Tandis qu'il serrait les dents tout en refermant ses mains sur l'avant bras de ce colosse, Van tenta de passer en revue les différents moyens qu'il pouvait avoir pour se sortir de cette situation inextricable, et ce, avant qu'il ne lui brise le cou. Son regard glissa sur ses gants qui étaient posé sur la table. S'ils les avaient porté, il aurait pu faire surgir un mur de terre et la créature aurait relaché sa prise ne serait-ce que sur le coup de la surprise. Une autre solution vite. Sa montre ! Sa montre d'alchimiste. Jun n'avait-il pas dit que l'argent pouvait les tuer ? La main droite toujours agrippé sur cet avant bras qui le maintenait douloureusement, Van tenta péniblement de glisser sa main gauche dans la poche de son pantalon. Lorsque ses doigts se refermèrent sur sa précieuse montre gousset, et qu'il s'apprêtait à la sortir pour la coller sur le visage de son agresseur, la voix de stentor de Jun se mit à retentir dans la pièce. C'était une voix impérieuse, forte, et lourde de menace.
Aussitôt, le dénommé Manouk relâcha sa prise et Van retomba à ses pieds, haletant, en portant sa main tremblante à la naissance de son cou, tout en levant son regard sur les deux vampires. Allaient-ils s'affronter ? Si c'était le cas, affaiblit comme il l'était, il ne donnait pas cher de la survit de Jun. Pourtant, loin de là, l'africain revint à de meilleurs sentiments et se dirigea vers Jun en lui tendant une curieuse boite en fer blanc sur laquelle était gravé une rose. Se remettant de ses émotions, Van se releva silencieusement, observant avec intérêt l'étrange spectacle qui se déroulait sous ses yeux.

Jun s'empara alors de cette précieuse boite avec une étrange avidité, comme si sa vie en dépendait et en vida tout le contenu dans sa bouche, sans retenu, tel un naufragé complétement déshydraté ou affamé. La boite refermait d'étranges pilules rondes et plates. Qu'est-ce que c'était ? Etait-ce pour soigner sa maladie ? Intrigué, Van s'accroupit et en récupéra une qui était tombé à leurs pieds. De plus près, il pu constater qu'un numéro était gravé dessus. Refermant sa mains sur cet étrange médicament, il se releva et observa le manège des deux vampires qui ne faisaient de toute évidence absolument plus attention à lui.

Van écoutait l'étrange discussion que les deux hommes échangeaient mais il n'y comprenait pas grand choses si ce n'est que Salluste avait bel et bien périt et qu'un dénommé Marco s'occupait des disciples. Des disciples ? Quels disciples ? Jun avait-il des disciples ? C'est en tout cas tout ce que semblait indiquer cette conversation. Et ce Manouk, qui était-il ? Une sorte de bras droit ? Et qu'est-ce que la Carmilla ? Le fait que ce prénom de femme ait été précédé par un article lui laissait à penser qu'il s'agissait du nom d'un groupuscule, mais quel groupuscule ? Qu'était réellement la Carmilla ? Des Vampires ennemis ?
Ses sourcils se foncèrent davantage lorsqu'il fut question de « se réorganiser sous l'opéra ». Sous l'Opéra ?! C'était donc là-bas que se terrait ces créatures ?

Comme s'ils en avaient trop dit, Jun lui jeta un regard inquiet, alors que l'africain s'enquit de savoir s'il fallait le tuer. La main gauche de Van s'était immédiatement refermé et crispé sur sa montre d'alchimiste d'Etat. Et bien que Jun interdisait à Manouk de le toucher, Van ne relâcha pas sa prise pour autant, pas tant que l'africain serait toujours là.
Ce dernier lui adressa un regard noir et venimeux, qui ne laissait aucun doute quand au sort qu'il n'aurait pas manqué de lui réserver si Jun n'avait pas été présent. Avec son arrogance habituelle, Van lui rendit ce même regard. Un regard menaçant et dangereux. Dans la réalité, Van n'en menait pas large, il avait comprit que les vampires étaient bien plus forts et dangereux que ce qu'il s'était imaginé, et que pour les vaincre, s'il devait en affronter un, il devrait non seulement faire usage de ce que lui avait révélé Jun, mais aussi se montrer plus rapide et malin qu'eux, car les mouvements de ces créatures étaient incroyablement rapide et impitoyables. Mais son arrogance et sa fierté naturelle refusaient de s'incliner et de montrer sa peur. Il observa sans bouger Manouk porter Jun sur le lit et le recouvrir du drap usé comme s'il était son père. Puis, sans s'attarder, il passa à coté de lui en l'ignorant et se dirigea vers la sortie. Mais avant de franchir la porte une dernière fois, il jeta un dernier regard sur l'homme qu'il venait de coucher en grommelant qu'il espérait pour lui qu'il savait ce qu'il faisait.

Van ne le quitta pas des yeux jusqu'à ce que la porte se referme définitivement sur l'épaisse silhouette de l'africain. Qui était au juste cet homme pour Jun ? Un allié ? Un ami ? Un ennemi ? Un rival ? Une personne avec laquelle Jun était contraint de s'allier pour mener son projet à bien mais avec laquelle il n'avait aucune affinité ? Un serviteur ? Non, un serviteur ne se serait jamais comporter de la sorte. Pourtant Manouk semblait lui devoir le respect. Qui était réellement Jun ? Tant de mystère l'entourait, mais avec l'arrivé de Manouk ce mystère s'épaississait davantage encore. Il y avait également l'opéra. Et ces médicaments, de quoi s'agissait-il ? Se demanda-t-il en observant cette intrigante pilule qu'il avait ramassé sur le sol et qui gisait à présent dans le creux de sa main.

La voix de Jun qui l'appelait faiblement le tira de ses songes, et Van se retourna en direction du vampire. Le lit se trouvait tout au fond de la pièce, dans un angle mal éclairé.


- Je suis là, répondit Liam doucement après que Jun l'eut appelé une seconde fois faiblement. Merci d'être intervenu

Il pouvait encore sentir Manouk le saisir avec force par le col, et il revoyait encore parfaitement son compagnon menaçant Manouk, tel un fauve prêt à attaquer. Jun aurait-il pu gagner ? Dans son état, il en doutait, mais en appréciait d'autant plus le geste.

- Serait-ce que tu t'inquiètes pour moi ? Ne put-il s'empêcher de plaisanter lorsqu'il le pria de ne pas donner la moindre occasion à Manouk de lui faire du mal. Je ne lui laisserais pas l'occasion de recommencer, lui certifia-t-il après avoir reprit son sérieux

Liam fronça les sourcils lorsque Jun rajouta que, ne lui appartenant pas, Manouk pouvait très bien revenir pour le tuer si Jun n'était pas à ses cotés pour l'en empêcher. Sous-entendant par là, que des humains pouvaient devenir la propriété des vampires, bénéficiant ainsi de leur protection que leur maitres fussent à leur coté, ou non. Etait-ce cela un calice ? Tant de questions sans réponse se bousculait dans sa tête mais la plus intrigante restant cette étrange boite que Jun gardait si précieusement dans le creux de sa main, et qui contenait ces étranges pilules. Qu'étaient-elles au juste ?

- Je n'appartiens à personne. Rétorqua-t-il froidement.

Il avait été l'esclave de bien trop de personne à son goût. Des exploitants miniers, de Brain, même si lui l'avait bien traité, il n'en restait pas moins qu'il devait lui obéir, mais tout cela était terminé.
Lorsque Van releva son visage sur Jun, ce dernier semblait dormir paisiblement. Refermant sa main sur la mystérieuse pilule qu'il avait ramassé, Van se détourna de Jun et attrapa sa veste. Pour sa part, il ne pouvait pas rester ici plus longtemps. Bien que pluie continuait de tomber sans discontinuité, la tempête, quand à elle, semblait s'être calmé, et puis, d'autres personnes attendaient sa visite, dont la jeune Evène. Il vérifia que les volets étaient bien fermés, et fut rassurer de constater que même si on venait à les ouvrir, la lumière du jour n'atteindrait jamais ce coin sombre de la pièce dans laquelle se reposait actuellement le vampire.
Il se dirigea ensuite vers la cheminée et éteignit le feu dont Jun n'avait plus besoin, plongeant à nouveau ce petit lieu de vie dans la même obscurité que celle qu'elle baignait avant leur arrivée. Ici, Jun ne risquait rien. Personne ne viendrait, quand à ses vampires ennemis, ils ne pourraient pas accéder à ce lieu grâce au jour qui venait de se lever. Pour sa part, il ne pouvait rien faire de plus pour le vampire. Le combat que Jun menait actuellement n'était pas le sien, mais il espérait de tout coeur que le vampire remporterait la victoire sur ses ennemis.
Van releva le col de sa veste et se dirigea vers la porte qu'il ouvrit mais avant de la franchir, il se retourna en direction de Jun qui n'avait pas bougé. Il espérait que leurs routes se croiseraient à nouveau. Puis, il referma la porte derrière lui et s'enfonça à son tour dans les ruelles inondées de Londres.

Sur la table de bois il avait laissé un ultime message à l'attention de Jun. Il s'agissait d'une inscription gravé dans le bois. Une inscription écrite en latin et qui disait :


Vincit qui se vincit*

Si Jun voulait gagner sa guerre, il devait reprendre confiance en lui et en sa victoire.


[HRP/ Fin de RP, suite dans Entre crocs et lames/ HRP]

_________
* Il est vainqueur celui qui se domine.


Dernière édition par Van Collins le Ven 23 Jan - 13:38, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Blanches ténèbres [Comte, Van] [06-07/04/42] Lun 24 Nov - 18:14

Pourquoi un Vampire sympathiserait-il avec un Humain dans la rue? Si ce n'était pour en faire son repas ou un calice, quel intérêt pouvait-il avoir à fréquenter l'un de ces êtres "inférieurs" dans semblable contexte? Loin de tout, dans le noir, dans un moment de désespoir, que pouvait-il espérer d'une telle créature hormis son sang? Pourrait-il l'aider à tuer son ennui ou sa solitude? Absurde. Pourrait-il l'aider à se relever après des épreuves dont la portée n'aurait pour lui aucun sens? Tout aussi absurde.
Et pourtant...

Jirômaru ne s'était jamais posé la question jusqu'à présent car il n'était jamais encore arrivé à de telles extrémités. Il avait toujours évolué avec son maître, des complices, des victimes, sans se soucier de l'éventualité qu'un être Humain puisse un jour entrer dans ses confidences sans qu'il ne le connaisse un minimum au préalable. Les seules tentatives qu'il avait faites s'étaient soldées par de cuisants échecs. A quoi bon? Il avait trop de secrets terribles à dissimuler, trop de responsabilités, une image à conserver, une distance à respecter pour éviter les accidents dans son schéma calculé. Ses stratégies ne pouvaient souffrir d'écarts.

Mais, au fond, Jirômaru avait besoin de ce type de rapports. L'esprit de la Bête que le Don Obscur avait glissé en lui lors de sa transformation n'avait jamais totalement effacé l'esprit de son ancien corps. Pourquoi devrait-il ignorer son humanité bafouée et la réduire finalement à néant alors qu'elle avait été là la première? Devons-nous oublier les origines de notre propre vie, effacer le passé jusqu'à en anéantir la soupe primitive dont a jailli l'âme première sous prétexte qu'une plus forte s'est érigée sur ses frêles épaules? Non. Jirômaru avait conservé cette part d'humanité qui lui avait interdit de basculer dans l'ombre profonde. Un rayon brisait toujours la Salle Noire, l'espoir était permis. En effet, quand bien même avait-il plongé ses crocs dans l'innocence, ses mains dans la carcasse de la barbarie et de la mort, n'avait-il pas gardé en lui cette étincelle qui l'avait porté tous ces siècles sur le chemin de l'harmonie? Celle de la mesure, celle du fin calcul qui sauvait plus de vies qu'il n'en prenait? La mesure vacillait certes souvent, comme une balance que l'on ne cesse de remplir tantôt d'un côté, tantôt de l'autre sans jamais trouver l'équilibre parfait, mais n'était-ce pas là le signe d'une possible rédemption?

Ainsi, même si son parcours l'avait poussé à songer à une hiérarchisation des "espèces" qui le plaçait naturellement à son sommet, Jirômaru s'était toujours considéré comme un hybride qui ne pouvait décider totalement du sort des autres au point de condamner la masse sans faire de différence. N'avait-il pas lui-même fait partie de cette race? N'était-il pas né "Humain" lui aussi? N'avait-il pas été misérable? Parce qu'il avait acquis le pouvoir de déjouer la Mort, avait-il le droit de dénigrer complètement ceux qui n'y accéderaient peut-être jamais?

Liam l'avait sauvé, il ne pouvait le réduire à néant sans regretter son geste. Pourquoi devrait-il le considérer comme un simple objet de sa volonté? Le respect du guerrier jetait un voile de pudeur et de justice sur un tel acte. Pourquoi le déchirer? Renier l'art de son existence n'était pas dans ses projets, pas entièrement...Liam n'était pas un Loup-Garou. C'était différent.

Ainsi, dans cet abri de fortune, Jirômaru avait-il appris à se contrôler et à accepter la présence de cet Humain à ses côtés. Il l'avait écouté, il s'était confié à son tour, ils avaient conservé une forme de distance exagérément rude afin de préserver leur intimité respective, du moins en apparence, signe de méfiance et de tortures individuelles, et ils avaient finalement trouvé chez l'un comme chez l'autre des sujets qui avaient piqué leur curiosité commune.

Le jeune médecin avait impressionné la créature de la nuit. Déjà, il l'avait sauvé, sous la pluie battante, allant jusqu'à se battre avec un chien des plus agressifs, afin de lui porter secours sans même savoir à qui il avait affaire. Ensuite, il l'avait conduit jusqu'à cette maison abandonnée pour lui permettre de se mettre à l'abri, de se sécher, de se reposer. Il l'avait recueilli sans à priori maladif, sans cupidité, avec la plus généreuse des compassions. Cela avait été imprudent, certes, mais très chevaleresque. C'était rare en cette époque de troubles et d'ombres. Enfin, même lorsqu'il avait appris que c'était un Vampire et que Manouk était intervenu, il avait su garder son calme, sa fierté et sa raison. Combien d'Humains auraient perdu pied dans semblable situation? Combien auraient hurlé jusqu'à pousser les Vampires à l'égorger? Même s'il s'était évidemment préparé à riposter face à l'Africain, Liam avait su attendre, avec une remarquable patience qui lui avait sans aucun doute sauvé la vie. C'était un homme intelligent.

C'était également un garçon capable d'humour, qui donnait sans attendre de retour, et qui savait prendre des risques pour montrer le meilleur de lui-même. N'avait-il pas presque rit lorsque le Comte lui avait affirmé qu'il ne pourrait rien faire contre lui s'il décidait de l'attaquer? N'avait-il pas proposé une partie d'échecs juste après? N'avait-il pas également joué avec son âge pour tenter de le faire sourire? Il avait ainsi accepté sa nature sans pour autant dénigrer ce qu'il lui restait d'humanité. Le croyait-il réellement ou jouait-il avec les mots pour éviter de lui dire qu'il n'était qu'un fou à ses yeux?
Quelle importance après tout...?
Jirômaru l'avait apprécié, malgré le recul et l'air désagréable qu'il avait pris avec lui tout au long de cette bien étrange soirée, à cause de sa peine et de sa douleur qui paralysaient ses meilleures volontés.


- Nous ferons une partie...Un jour. Si la mienne ne s'arrête pas avant...  

Revoir cet Humain...Pourquoi pas? Après tout, sa gentillesse un peu naïve avait charmé le vieil être de la nuit qu'il était.

- Salluste n'est plus, mais je ne suis pas seul...Cependant...j'ai besoin de toujours plus de...pions.

Non Liam n'appartenait à personne, il n'était le maître que de lui-même et c'était ce qui le plaçait dans une position si dangereuse aux yeux du Vampire: il n'appartenait à personne, il n'était donc sous la protection de personne...Même s'il n'était "pas si démuni que ça", il n'avait pas encore conscience de l'horreur de sa faiblesse dans le monde des ténèbres.
Ce que Jirômaru ne savait pas de son côté, en songeant à de telles considérations, c'était que Liam était en réalité Alchimiste et que ce dernier aurait largement pu lutter contre lui ce soir-là, voire même remporter la victoire. Lui non plus n'avait pas entièrement conscience du monde qui l'entourait. Il était lui-même muré dans une vision étriquée qui était en partie la raison de ses échecs récurrents. Il n'avait pas encore compris que les Hunters n'étaient pas uniquement des enfants, il n'avait pas compris l'ampleur des avancées alchimiques, il ne connaissait pas les Chimères, ni les Homoculus...C'était lui-même un enfant, et ce qu'il prenait pour naïveté et prétention chez les Humains tels que Liam, émanait également de tout son être.


- Haha...Après six cents ans de lutte, il y a des espoirs qui s'effritent...

La confusion régnait en maître dans l'esprit malade de Jirômaru. Il était épuisé, Liam le surprenait, il avait faim, Liam l'intriguait, il baignait dans une mélancolie nauséeuse, Liam riait...Quelle étrange rencontre!

Il s'était endormi avec la sensation d'avoir vécu un calvaire dont les éléments étaient devenus incontrôlables.


*Tu es là...Oui...*

Cet Humain avait en lui une force incroyable. Il avait tenu tête à Manouk sans pour autant risquer de l'énerver d'avantage, il lui avait fait confiance, il avait assimilé de nombreuses informations plus terribles les unes que les autres sans réellement broncher, il était resté à ses côtés jusqu'à ce qu'il s'endorme...
Pourquoi? Comment?
Avec cette rencontre, Jirômaru allait découvrir une facette ignorée du monde, un nouvel horizon, une vie plus complète, plus apaisée. Liam avait surgi de la fange comme une pépite se dégage de la vase pour briller d'une lueur inespérée, imprévue dans le miroir glacé de l'âme du triste chercheur d'or.

Un jour, ils se retrouveraient et, comme ce soir, il n'aurait rien à craindre de lui directement. Seuls ses sbires et les Sectes pourraient, à travers lui, représenter une menace pour son existence en sa présence.


*Et s'il jouait la comédie? Et s'il était Hunter? Ne sait-il pas où se trouve l'opéra?*

L'avenir les opposerait ou les relierait, à moins que la neutralité de ce soir ne devienne leur point d'accord.

*********************

Nuée ardente de mon coeur essoufflé
Brûle, brûle encore ma poitrine.
Cisaille mes ongles, tue l'éternité
De ces terribles iris cristallines.

Sur mon tombeau viens reposer
Tes yeux fatigués par le labeur,
Et sur la pointe de mes pensées
Recueille la fin de mon âme soeur.

Je l'ai perdue, l'espoir s'envole.
Pourtant si jeune et si soucieux,
N'ai-je point mérité l'auréole
De ce bon ami, ce bon Dieu?

Oublie-moi. Oublie mon nom, mon sacrifice.
Oublie jusqu'à la couleur de mes songes.

Laisse-moi partir, la source visiter
De ces dramatiques artifices,
Pour anéantir ce qui nous ronge
Aux tréfonds de nos coeurs brisés.

- Laisse-moi...

Jirômaru remua. Les limbes de ses yeux s'ouvrirent sur un plafond crasseux. Où était-il?
Une sourde douleur paralysait ses membres. Il avait l'impression d'avoir dormi dans un cours d'eau chaude plein de gravillons hérissés.
Il se mit sur son séant et se recroquevilla sur lui-même un instant, plongeant son visage émacié dans la cascade immaculée de ses cheveux blancs. Puis, il se redressa et posa un regard intrigué sur la pièce qui l'environnait.
Il se trouvait dans une demeure abandonnée, une maison sans prétention, miséreuse, laissée par son ancienne propriétaire aujourd'hui décédée. Oui...Il se souvenait maintenant...


- Liam...

Un sourire fendit son visage. Dans un rire sourd, il se laissa glisser du lit pour rejoindre la terre ferme. Ses pieds s’imprégnèrent de l'humidité des lieux. Le feu s'était presque entièrement éteint.
Combien de temps avait-il dormi? Quelle heure était-il? A travers les volets fermés, il pu constater que la pâleur du jour était passée. Il devait être 20h, peut-être plus...Il faisait nuit. Il était seul. Comment était-ce possible?

Lentement, le colosse d'albâtre se dirigea vers le foyer. Il prit sur le dossier d'une chaise son peignoir qui était enfin complètement sec et s'en revêtit doucement, mesurant chacun de ses gestes comme un ancien qui prendrait soin d'éviter les mouvements brusques afin de laisser à son corps le temps de s'adapter à sa nouvelle position verticale.
Baissant les yeux sur ses longues mains effilées comme des cierges de messe, le Vampire soupira avant de clore les poings comme s'il voulait mesurer sa force actuelle. Les ombres vacillèrent, l'espace se réduisit jusqu'à ce qu'il rouvre les mains. Dans ses paumes, les marques de ses ongles brillaient de sang. Sa peau crépita alors et, après quelques minutes, ses plaies se refermèrent d'elles-mêmes.

Quel bonheur de se sentir si fort, si éveillé! Quel changement soudain! Lui qui venait de donner l'image d'un vieillard décharné tout juste levé avait en réalité eu du mal à comprendre pourquoi, une fois son corps retrouvé, il avait éprouvé une telle sensation de puissance.

Jirômaru ouvrit la bouche et sortit ses canines comme pour mordre une proie invisible. Un rire rauque gargouilla dans sa gorge desséchée. La nausée l'avait quitté! Le sang de Joyce ne le torturerait plus! Jamais il ne s'était senti aussi bien! Quelle joie! Pourtant, ce lit n'avait pas été des plus confortables...Il avait horreur de dormir en dehors d'un cercueil. Il préférait même le sol comme il l'avait laissé apparaître la veille.

S'agenouillant près du feu, il remua machinalement les braises à l'aide d'un tisonnier qu'il avait trouvé pendu à côté de l'âtre. Son regard s’égara dans les cendres brûlantes. Un étrange sourire continuait de coller à ses lèvres, prémice d'une dangereuse renaissance. Dans ses iris décolorées, les bouts de carbone pétillant reflétaient une lueur fauve qui lui donnait le regard d'un animal à l’affût.

Il avait faim.


- Moi non plus...je ne te ferai pas de mal...Fit-il tout haut comme si le médecin était toujours dans la pièce à ses côtés.

Se relevant d'un coup, le Vampire décida qu'il était temps pour lui de sortir et d'agir. Salluste ne serait pas mort en vain, jamais! D'un pas décidé, il abandonna l'âtre agonisant en jetant le tisonnier devant lui pour se diriger vers la vieille porte de bois. En passant prêt de la table vermoulue, il s'arrêta net. Ses longs doigts caressèrent sa surface imparfaite, glissant sur les gravures qui y figuraient. Le jeune Humain lui avait laissé un message...Prêt de sa maxime latine, ses marques d'ongles demeuraient.


- Vincit qui se vincit...Lut-il dans un murmure en donnant à son geste une douceur marquée sur chaque lettre qu'il frôlait. Tu as raison Liam...

Laissant derrière lui la table et ses symboles, Jirômaru ouvrit la porte d'entrée et plongea dans l'obscurité de la ruelle. Six ombres surgirent aussitôt des ténèbres pour l'entourer. Il n'en sembla pas surpris le moins du monde, au contraire, son sourire s'élargit.
Une jeune femme encapuchonnée s'avança et vint à sa rencontre pour lui présenter une gaine de cuir. Le Vampire tendit la main et saisit l'arme. Oui...Maria avait raison: retourner jusqu'à l'opéra ne serait peut être pas évident...Les sbires de la Camarilla rôdaient alentours et s'ils n'étaient pas entrés pour le cueillir ces dernières heures, c'était bien parce que les Sept étaient arrivés en premiers sur les lieux.


- Allons. Lança-t-il en leur jetant un coup d'oeil victorieux.

Maria frémit. L'aura de son maître avait changé. Doucement, baissant la tête, elle rejoignit ses compagnons. Bientôt, Jirômaru et ses fidèles frôlèrent les murs de la ville et disparurent dans la nuit.


[HRP/Fin du RP avec le Comte. Suite de ses aventures dans "Renaissance Tuméfiée./HRP]


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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Blanches ténèbres [Comte, Van] [06-07/04/42]

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