L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


Forum RPG - Londres au XIXème siècle. Incarnez Vampires, Loups-Garous, Lycanthropes, Homonculus, Chimères, Alchimistes, Hunter...et choisissez votre camp dans une ville où les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses....
 
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Un chasseur sachant chasser (2ème partie) (A P. DiVeneris)

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MessageSujet: Un chasseur sachant chasser (2ème partie) (A P. DiVeneris) Lun 10 Oct - 22:02

(Suite de ce sujet)

Une fois entré dans l'église, conscient de l'avance qu'il avait, Wynn prit le temps de reprendre sa forme d'origine et traversa tranquillement l'église jusqu'à l'autel, admirant les sculptures et peintures comme le touriste qu'il semblait être.
Percevant des bruits de pas derrière lui, il ne songea pas à vérifier qu'il s'agissait bien de son invité, et éleva la voix afin d'être entendu depuis l'entrée, dans un latin où son accent roumain se percevait bien plus.


-Vous seriez-vous égaré, mon ami?

Il se tourna, prenant appui sur un banc, tout sourire.

-Vous m'avez l'air confus... Troublé... Auriez-vous vu un fantôme, par hasard?

Il ne lui restait plus qu'à attiser suffisamment sa curiosité... Sans le sous estimer.
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MessageSujet: Re: Un chasseur sachant chasser (2ème partie) (A P. DiVeneris) Lun 10 Oct - 23:49

Dense, épaisse comme une soupe épaisse d'oeufs de poisson encombrant la clarté des eaux, la poussière était partout, en suspension presque invisible ; poussière d'encens, poussière de temps passé, et cette forme fantômatique qui dansait toujours devant les yeux du voyageur égaré, mais n'était plus, comme si elle n'avait jamais existé, pur produit de son imagination et de son chagrin ; dans un coin, le gisant de pierre lui jetait un regard désolé. Trop tard, il comprit que sa course-poursuite ne l'avait mené qu'à sa perte, et pour la première fois naquit dans son esprit la possibilité angoissante que celui qu'il pourchassait puisse être autre chose qu'une proie. Que cet être sans existence autre que volée puisse faire volte-face et rendre les coups. Ridicule, et pourtant tellement envisageable soudain, dans la mesure où celui qui se jouait de son amour pour sa soeur avait dû être renseigné par quelqu'un qui en savait beaucoup... beaucoup trop. Même si ce quelqu'un n'était qu'un simulacre, il aurait eu ce pouvoir, en effet. Il était simplement étonnant qu'il en ait eu l'initiative.

*Ne vous gaussez pas de moi*, pensa Hermano, approchant de ses tempes le bout de ses doigts afin de se concentrer. *Cet endroit est sous la protection de Dieu. Et si vous ignorez le respect, je ne suis pas à Londres pour vous l'enseigner.*

Avec le sens littéral de ses pensées, venaient des images, des sensations. Sa foi était profonde, elle imprégnait chaque mot de sa seconde phrase et il en retirait une force de caractère indéniable, qui le soutenait à travers les pires épreuves. Son mépris également était sans limites. Il ne considérait à l'évidence celui qui l'attirait ici avec de mauvaises intentions que comme un vulgaire assassin, un être non seulement vil et sans scrupules, mais coupable d'un pacte avec quelque engeance démoniaque. Il le fallait, d'ailleurs, pour maîtriser les formes errantes et les sons. Où comptait-il le conduire, à la crypte ? Pour y pratiquer quels sacrifices impies ? Il y avait aussi une touche de terreur étonnée dans la pensée que transmettait l'alchimiste, et ce, bien contre son gré, comme si sa voix intérieure le trahissait.

Il fallait agir rapidement. Un être plus sensé aurait tourné les talons, cherché une issue, mais il ne s'agissait pas de n'importe qui, et son sens des réalités n'était qu'approximatif. Hermano se redressa de toute sa taille en rangeant sa relique à l'abri, puisque l'inconnu y semblait indifférent, voire s'en amusait. En revanche, le couteau qu'il tira de sa botte ne saurait laisser personne indifférent. La lame était d'argent béni, et frottée d'ail pour faire bonne mesure. Celui qui s'attaquerait à lui dans ces conditions n'en sortirait pas indemne. - A la vérité, il n'en était pas certain du tout. Jamais il n'avait affronté quoi que ce soit dépassant les habituelles victimes du laboratoire occulte. Il n'y avait pas eu combat à proprement parler. Une fois encore, sa concentration d'homme traqué laissait sourdre hors de son âme des informations qui n'étaient guère à son avantage.


*Approche, être des ténèbres, je ne te crains pas.*


Non, il ne le craignait pas en tant que personne ; mais il craignait les événements qui suivraient. Sa crainte elle-même le projeta en avant dans une dérisoire tentative d'attaque frontale. Il n'avait plus guère à perdre, et les dernières défenses sont souvent les plus désordonnées.
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MessageSujet: Re: Un chasseur sachant chasser (2ème partie) (A P. DiVeneris) Mer 12 Oct - 0:22

Appuyé au dossier du banc, Wynn détaillait son interlocuteur d'un regard gourmand. Si son aspect quelque peu dépareillé et vieillissant n'avait rien de très attirant, l'artère qui pulsait d'inquiétude le long de sa gorge attisait sa faim comme l'odeur d'un morceaux de viande aurait attiré un charognard. Chaque pulsation l'affamait un peu plus, et il comprit que ces deux derniers jours sans avaler de sang lui coutait beaucoup. Mais qu'importe, le vampire avait apprit à contrôler sa faim depuis longtemps.

-N'ayez crainte, mon absence de croyance en quoi que ce soit m'oblige à ne pas considérer votre dieu comme ennemi... Sans ennemi, aucune raison de faire preuve d'irrespect ou de manquer de courtoisie...

Un sourire fendit ses lèvres, un de ces rictus dévoilant les odieux appendices dentaires qui faisaient de lui une personne si différente des autres. Si certaines vampires semblaient voir ces crocs saillants comme un affront et un défaut affreusement laid, Wynn les avait toujours trouvé plaisant à regarder, ou du moins tout à fait normaux.

Le silence d'imposa de nouveau, ponctué par la résonance des paroles du vampire dans les tuyaux de l'orgue, au dessus de sa tête. La réverbération du lieu était telle que sa voix mit un certain temps avant de se perdre dans le néant. Il lui apparu alors évident que le choeur de l'église ne serait pas un lieu adéquat: Wynn l'avait remarqué, les tuyaux métalliques des orgues avaient la particularité de conserver un temps les sons les plus violents. Une particularité qui pouvait parfois s'avérer déterminante, étrangement.

Une grimace se peignit sur son visage alors qu'il comprenait un peu mieux le fonctionnement du pouvoir de l'italien. Les mots n'étaient pas les seuls à s'imposer à son esprit, il y avait aussi une étrange sensation, comme si on le forçait à ressentir quelque chose qui ne lui appartenait pas. Et ce qu'il sentait, c'était cette foi qu'il aurait qualifié de virulente, pareille à une gangrène qui dévorait tout son être, comme un parasite que les croyants qualifiait de présence divine.
Il n'avait jamais cru à une présence supérieure, et n'envisageait pas changer cela. Seule les explications rationnelles et purement scientifiques l'intéressait, et il ne s'égarait dans l'imaginaire que par la magie du verbe que seuls les poètes étaient en mesure de manier sans rendre la chose grotesque.

Haussant un sourcil, il constata que son invité improvisé brandissait vers lui un couteau doté d'une longue lame qui par sa couleur et son brillant ne laissait planer aucun doute quant au matériau utilisé: De l'argent. Et comme tout vampire de son époque, Wynn était sujet à une véritable allergie face à l'argent. Pour peu qu'il soit bénit, le contact n'en serait que plus désagréable.
Quant à l'odeur écoeurante qui lui parvenait, il détermina sans mal l'ail. Prévoyant, cet italien. Couteau d'argent probablement bénit, enduit d'ail... Il lui fallait à tout prix éviter un corps à corps.


-Et bien et bien... Quelle hostilité... Est-il besoin d'en venir aux mains? Je ne vous ai pas agressé, pas plus que je ne vous ai insulté, il me semble. Et vous vous permettez de me répondre de la sorte? Quand bien même je serais cette créature de la nuit que vous mentionnez, vous devez bien savoir que cette lutte sera purement stérile...

Résigné, le vampire se mit en garde, saisissant un des revolvers pendu à sa ceinture, retirant le cran d'arrêt pour que l'arme soit prête à être utilisée. Bien sûr, dans un cas extrême, une balle dans l'épaule suffirait à calmer l'ardeur et la véhémence de l'effronté.
L'assassin fut d'ailleurs un instant surprit par la vitesse à laquelle il se propulsa vers lui, l'ayant sous estimé. La lame d'argent alla entamer sa joue, laquelle se mit à fumer désagréablement alors que le vampire grognait de douleur en reculant rapidement un peu plus loin.

S'il y avait bien une chose qu'il ne supportait pas, c'était bien subir cela de la part d'un simple humain. Il se jura de ne pas se laisser avoir à nouveau. Si confiant de ses capacités, il en avait oublié sa prudence naturelle et avait joué les fanfarons. Il se serait d'ailleurs volontiers donné des gifles pour n'avait pas été un peu plus méfiant.
Heureusement, la blessure n'était que superficielle et même le contact avec l'argent l'avait brûlé, elle ne tarderait pas à cicatriser.


-Et bien... Je ne devrais pas sous estimer les humains... Ni même craindre de mettre en pièce ce lieux, car après tout, vous êtes celui qui m'a attaqué, je ne fais que me défendre.

S'élançant alors à une vitesse incroyable propre à son espèce, Wynn contourna Hermano, le saisissant par le col pour le mettre à terre. Les jambes bloquant son buste pour l'empêcher de fuir, il le tenait en joue, le canon du revolver dirigé vers son crâne. Si l'italien faisait un mouvement, il prenait le risque de voir une balle quitter le refuge de l'arme pour aller se nicher entre ses deux yeux.
Et si lui l'ignorait, Wynn savait parfaitement que l'arme à demi vivante ne désirait qu'une seule chose, capturer la vie de cet homme, à cet instant.


-Bien... Je crois que le lieu est mal choisi pour discuter, qu'en dites-vous... Il est un lieu dans cette église où nous pourrons parler sans être dérangé. Si vous souhaitez revoir Marcia, il n'y a que cette alternative!

En vérité, il mentait, bien évidemment. Jamais il ne serait en mesure de la faire revenir, et quand bien même il l'aurait été, il ne l'aurait pas fait. Parce qu'il n'avait pas le plus petit intérêt pour le bien être de cet homme. Simplement, il voulait captiver son attention. Qu'il le croit ou non, ce serait le cas.
Il jeta un coup d'oeil de côté, ne perdant cependant pas sa cible du regard. L'église était toujours déserte.
Seuls les anges de marbre sculpté les observaient de ce regard vide d'émotion propre à la pierre nue. Figé à jamais en un masque de beauté bienveillante, ils n'avaient pas été doté de l'ouïe ni de la vue. En aucune manière ils ne seraient capables de relater les faits se déroulant en ce lieu saint.
Mais pour une raison qui lui était inconnue, Wynn n'aimait pas leur regard posé sur lui. Même inerte, ils représentaient pour lui l'opposé de ce qu'il était. Une créature de la nuit. Aux antipodes de ces joyeux célestes pourvus d'ailes et de grâce... Mais dénués de sentiments...
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MessageSujet: Re: Un chasseur sachant chasser (2ème partie) (A P. DiVeneris) Mer 12 Oct - 19:43

Hermano avait porté le coup avec la force du désespoir, et la maladresse qui peut l'accompagner ; il fut à peine surpris d'atteindre son adversaire de manière si hasardeuse et inutile. Ce qui le frappa davantage fut l'effet du coup sur la peau de cet adversaire. L'efficacité du métal le pétrifia presque lui-même. Il n'avait basé son acquisition que sur les superstitions les plus courantes, mais avoir le résultat devant les yeux était si déstabilisant, effrayant presque - alors que c'était lui qui avait porté le coup - qu'il se sentit incapable de porter le coup suivant. Il s'apprêtait à utiliser son arme pour repousser l'ennemi et l'interroger, comme un inquisiteur aurait utilisé un tisonnier rougeoyant ; quand soudain ce dernier disparut de son champ de vision, une force d'origine inconnue surgit et s'abattit sur ses épaules comme si le plafond s'effondrait, et il rencontra brutalement le saint pavé. Furieux, inquiet pour sa vie et surtout le salut de son âme, il se débattit dans la mesure du possible.

Question épineuse : un homme mordu par un être des ténèbres va-t-il au paradis, ou en enfer ? Question qu'il ne s'était jamais posée : suivant l'endroit où il irait, retrouverait-il sa soeur ? Avait-il seulement une certitude tangible sur sa destination ? Il ne se la posait pas parce que la réponse était non. Du peu qu'il comprenait aux principes de l'alchimie, les âmes se comportaient comme le sang fraîchement versé ; elles demeuraient quelques temps autour de leur ancien réceptacle, renversées et presque impossibles à remettre en place, à moins d'un savoir-faire de type magique ; puis elles se dissolvaient dans la nature et reprenaient la place d'éléments au sein d'un grand tourbillon de forces bâtisseuses et destructrices sans forme et sans couleur. Il avait, espérait-il, fixé l'âme de sa soeur dans la vertèbre prélevée sur ses restes après la cérémonie ratée. C'était désormais sa seule place dans le monde, aucun autre trône doré ou noir siège de torture ne l'attendait en quelque royaume lointain.

C'est alors que les paroles de l'ennemi en firent soudain un centre d'intérêt beaucoup plus ambigu. Tel était le pouvoir des ambitions humaines sur des âmes par ailleurs gouvernées par la raison, que la rage l'instant d'avant apparente dans les moindres détails de cette carcasse d'homme, regard flamboyant, muscles tendus, poil hérissé, souffle rauque, prêt à tout tenter pour se dégager, se métamorphosa à l'écoute d'un simple mot en curiosité, stupéfaction, anticipation presque confiante, en tout cas presque aveugle. Ce qu'on lui promettait était trop beau pour être négligé. Cependant, où était la logique ? Cet homme pourvu de crocs qui savait tout de lui ne pouvait-être qu'en cheville avec Phorao, et ce dernier n'avait sans doute aucune intention de lui restituer sa soeur bien aimée. Mais il n'était peut-être question que d'un contact. Cette pensée lui glaça le sang.


*Ils n'ont pas passé un accord, n'est-ce pas ? Il n'a pas convaincu Marcia de lui laisser son corps ? Cette terre a besoin d'elle, vous savez, elle ne peut pas simplement rester de l'autre côté, pas avant d'avoir accompli sa destinée. Conduisez-moi, il faut que je lui parle.*

Immédiatement, il avait perdu toute combativité et n'était plus qu'un paquet de linge et de chair flasque sur le sol, prêt à se laisser traîner ici ou là. Pour prouver sa bonne foi, il laissa tomber le couteau sur le sol et jeta un regard anxieux à son nouveau geôlier et guide. S'il avait pu choisir toute autre alternative que de suivre cette créature démoniaque et, qui plus est, athée, de son propre aveu, il aurait préféré n'importe quel autre plan. Ce n'était pas ce qu'il avait en face de lui. Il devait s'agir d'une épreuve. Plus terrible l'épreuve, plus grande la récompense... Très bien, alors ce serait son chemin de Damas ; et quand il aurait vaincu, il pourrait donner cet épisode de sa vie en exemple de la puissance de la foi.

Il s'épousseta par réflexe en se relevant. La poussière semblait se confondre avec sa personne en un sinistre présage. Son regard s'attarda un moment sur l'arme à terre. Il se demandait si le vampire, puisqu'il faut l'appeler par son nom, allait le conserver. Non, sans doute ne pouvait-il pas toucher lui-même un pareil objet, et sans doute d'ailleurs aurait-il préféré le voir détruit. Parfait, songeait l'Italien : même si je n'en sors pas vivant, quelqu'un retrouvera cette arme bénite et continuera le combat à ma place...
C'est la preuve que je suis entre les mains de Dieu.
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MessageSujet: Re: Un chasseur sachant chasser (2ème partie) (A P. DiVeneris) Jeu 13 Oct - 12:06

Se reculant pour laisser l'italien se relever, Wynn prit aussi la peine de baisser son arme, sans pour autant enclencher à nouveau le cran de sécurité. En cas d'attaque frontale, sa rapidité à tirer ferait la différence, c'était certain.

-Je ne suis pas au courant d'un accord qui aurait été passé entre deux personnes dont je ne sais pour ainsi dire rien. Mais j'en sais suffisamment pour vous intéresser. Leurs motivations ne m'intéressent guère, pas plus que je ne crois en l'existence d'un libre arbitre propre aux âmes des défunts. Ce ne sont plus que des corps immatériels incapables de vivre ou de penser. Tandis que sans âme, la vie est possible. Prenez mon exemple!! Je vis très bien cette absence d'âme!

Il ricana un instant. Vampire il était, vivant en un sens et mort en un autre. On l'avait privé de son âme en empoisonnant son sang, et jamais plus il ne serait capable d'aime de toute son âme, de penser avec ou de croire en quoi que ce soit. Il s'apparentait plus à une machine guidée par un instinct ou des bribes d'émotion qu'à un être humain. Il tenait de l'animal, ça ne faisait aucun doute, mais il y avait quelque chose de démoniaque, en lui, quelque chose qui n'avait rien de terrestre mais d'infernal. S'il s'était endormit, un médecin aurait clairement pu le déclarer mort, de part l'absence de battements dans sa poitrine ou de respiration.

-Mais passons, mes sombres pensées risquent d'entamer votre foi, et je m'en voudrais de déstabiliser ainsi vos croyances... Passez devant, je vous guide!!

Avec un sourire qui aurait pu se vouloir aimable si ses prunelles n'avaient pas été le reflet d'une cruauté morbide, Wynn l'invita à passer devant, le suivant de près, après avoir rangé son arme, qu'il jugeait pour le moment inutile.
Il jeta un coup d'oeil au poignard au sol, saisit le tissu de coton blanc qu'il avait toujours sur lui et s'en servit pour attraper le couteau sans entrer en contact direct avec. Il s'en débarrassa en le jetant dans une bouche d'aération au niveau du sol. Qu'importe, personne n'irait la chercher là.
A vrai dire, l'assassin était prudent et laissait rarement les choses au hasard. Si quelqu'un découvrait le poignard, enduit de sang carbonisé, il y aurait de quoi se poser des questions, et la suite des évènements dépendait de la discrétion du vampire.

Wynn conduisit Hermano Jusqu'à une lourde porte de bois massif, visiblement fermée à clé. Fouillant dans ses poches, il en retira deux crochets métalliques qui lui servaient habituellement à crocheter les serrures. Il se pencha en avant pour ouvrir le mécanisme, non sans jeter des coups d'oeil répété en direction de l'italien. Le système n'opposa aucune résistance, et la porte s'ouvrit sans le moindre mal. Esquissant une courbette ironique, Wynn invita l'autre à le précéder.
Il fourmillait d'avance d'idées toutes plus ignobles les unes que les autres. Quand il s'agissait de faire parler un homme un peu trop muet, il faisait preuve d'une imagination un peu trop débordante...

Le vampire guida l'italien à travers les couloirs suintants d'humidité, lesquels se ressemblaient tant par leur aspect monotone que s'y retrouver relevait du casse tête. Habitué, l'assassin n'avait plus aucun mal à se repérer, et c'est avec aisance et confiance qu'il indiquait de prendre la gauche, la droite ou au contraire de continuer tout droit. Il savait parfaitement où ses souterrains donnaient, véritable de réseaux d'artères plus ou moins grandes, menant dans divers endroits de Londres.
Et tout au fond de ces souterrains, on trouvait une grande cave, abritant les réserves des différentes églises. L'endroit rêvé pour ne pas être dérangé à une heure pareille. Parfaitement isolés, la pièce ne donnait que sur les différents couloirs, et les murs de pierre étaient si épais pour préserver un minimum les denrées de l'humidité qu'il était pratiquement impossible d'entendre quoi que ce soit.
Avant qu'ils ne soient plongés dans l'obscurité, le blond prit soin d'allumer les quelques torches accrochées au mur, lesquelles diffusèrent une lumière vacillante et intermittente.

Refermant la lourde porte métallique derrière eux, Wynn invita Hermano à prendre place sur l'une des chaises branlantes qui constituait le seul mobilier de la pièce, à l'exception d'une petite table de bois usé, que le vampire amena prêt d'eux. Retournant une chaise pour s'assoir contre le dossier et poser ses coudes dessus, l'assassin observa un moment son ennemi en silence, un sourire aux lèvres.


-Nous avons tout notre temps, alors je vous laisse remettre vos idées en place... Ensuite, vous m'en direz un peu plus sur votre défunte soeur et sur sa «destinée». Je suis curieux... Je tiens à tout savoir!

Il prit alors le temps de sortir de la poche de son manteau sombre une petite trousse de cuir marron quelque peu élimé. L'ouvrant, il dévoila quelques uns de ses macabres instruments de travail. A la faible lumière qu'offrait les torches, les objets métalliques luisaient étrangement. Le petit scalpel de chirurgien semblait faire un signe à son propriétaire, se partageant la vedette avec une grosse seringue aux boucles cuivrées. Quelques flacons remplis de liquides aux couleurs éclatantes l'accompagnaient, comme une garde rapprochée.
Le vampire posa également ses revolvers sur la table, sans se soucier une seconde du fait que l'autre aurait pu s'en saisir pour lui tirer dessus. Qu'elle essaye, l'acide sécrété par les armes l'auraient suffisamment refroidit pour qu'il ne tente plus rien.


-Je m'en voudrais presque de vous imposer une telle panique, mais je me dois d'être prudent. Si vous tentez de fuir, il me faut trouver un bon moyen de vous maintenir en place...

Il se saisit nonchalamment de la seringue et d'un tout petit flacon plein d'un liquide transparent légèrement teinté de vert.

-Peut-être connaissez-vous cela... Je n'ai pas pour habitude de m'en servir, disons que c'est une simple précaution... De la dissuasion, même. Si vous avez quelques notions d'Histoire, vous aurez peut-être reconnu la solution qui a démembré et ruiné une famille... La Cantarella. Il y a quelques siècles de cela, une célèbre famille italienne en a fait un sinistre usage au sein même de sa fratrie... Vous savez de qui je parle, j'en suis certain, dit-il avec un regard mystérieux. C'est un procédé qui se perd aujourd'hui, malheureusement, et il m'a fallut redoubler d'ingéniosité pour m'en procurer. Voyez-vous, c'est un subtil mélange d'arsenic et de phosphore, et d'autres substances que je ne saurais déterminer... Cette petite merveille est pour ainsi dire indétectable, et tellement efficace...

Il plongea son regard améthyste dans celui de l'italien, avant de reporter son attention sur le flacon, dont il préleva une petite quantité de liquide avant la seringue.

-L'ironie de la chose, c'est qu'avec une quantité certaine, je pourrai vous tuer en quelques minutes... Alors qu'une utilisation parcimonieuse conduit à un martyr de plusieurs jours... Amusant, n'est ce pas? Alors soyons clair. Si vous tentez de fuir avant de m'avoir tout dit, je plante cette seringue dans votre gorge et vous n'aurez plus d'autres choix que de rester ici. Il n'y a aucun antidote connu assez efficace pour enrayer les effets de ce poison...

Il marqua un silence, pour s'assurer qu'Hermano avait bien saisit ses paroles. Wynn n'aimait pas particulièrement frapper de front directement. Il aimait toujours installer un climat de tension et de terreur chez sa victime, afin de lui couper toute retraite et tout espoir. Reprenant la l'attitude nonchalante qu'il avait auparavant, on aurait presque pu penser qu'il agitait la sinistre aiguille sous les yeux de l'italien, comme pour l'appâter. Le vampire n'était pas dupe. Ni mort, ni vivant, il ne pouvait subir les effets des poisons, et si dans un élan de hardiesse s'emparait de l'italien, il pourrait toujours enfoncer cette aiguille dans la chair de l'assassin. Il ne ressentirait qu'un pincement, rien de plus. Qu'importe, il n'avait pas l'intention de se servir de cette arme toxique. Il espérait bien avoir suffisamment effrayé l'autre pour qu'il soit cloué à sa chaise.

-Je n'ai pas pour habitude d'attacher qui que ce soit, c'est à vous de décider si vous allez coopérer ou non. Maintenant, si vous souhaitez savoir réellement ce que j'ai l'intention de vous faire, je puis aisément accéder à votre requête. Dans le cas contraire, je vous en ferai la surprise...

Il ricana un instant, avant de reprendre.

-Maintenant que nous sommes... Confortablement installé, dites-moi tout. Qu'essayez-vous d'accomplir? Pourquoi? Et surtout, quel intérêt avez-vous à tourmenter Phorao?

Wynn se tut, laissant Hermano digérer pleinement les quelques informations qui venaient de lui être communiquées. Il n'attendait plus que des aveux de sa part, mais il gardait le souhait de le voir se rebeller un minimum, afin de lui montrer ses quelques talents de persuasion...
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MessageSujet: Re: Un chasseur sachant chasser (2ème partie) (A P. DiVeneris) Ven 14 Oct - 10:06

Mais où pouvait-il bien avoir été entraîné ? Il semblait que le repaire de cette créature se situait près des bouches de l'Enfer. Rien d'étonnant, d'ailleurs. Hermano était endurci à l'ésotérique. Les visions de cauchemar que dépeignent les mystiques, les scènes de sacrifice et autres délires occultes, ne lui faisaient plus peur depuis longtemps. Ce qui le déstabilisait, c'était la science. Il était resté froid et insensible en contemplant les lieux, mais le spectacle de la seringue le décomposa brièvement, et il ne recouvra pas tout à fait son calme. Un de ses doigts pianotait involontairement sous l'effet d'un tic nerveux ; il ne détachait plus son regard du sinistre petit objet. C'est dans cet état d'esprit qu'il reprit la parole, ou plutôt recommença à transmettre ses idées, et l'état d'esprit les accompagnait, flottant, incertain, suspendu entre terreur et colère.

*Vous n'allez pas me parler de ma soeur, n'est-ce pas... C 'est vous qui avez besoin que je vous parle d'elle. Ainsi, vous avez des objectifs la concernant, mais pas d'informations ? Non. Vous n'êtes pas un ésotériste. Vous n'avez pas une once de foi dans tout votre corps. Vos odieux procédés...*

Le fil de ses réflexions s'emballa et rien de construit ne passa plus pendant quelques instants, uniquement des bribes, mots et images enchevêtrés, Phorao se jetant dans le vide lors de la traversée des Alpes, mais aussi une salle dépouillée aux grandes fenêtres couvertes de tentures sombres, et un corps étendu au centre, paupières battantes, mais visiblement proche de l'anéantissement, au milieu d'un savant cercle de bougies et de traînées de sang. Puis Hermano se reprit, mordant sa lèvre inférieure, et serrant le poing dont les doigts pianotaient. Il cherchait en son for intérieur des réserves de résistance qui ne s'y manifestaient pas.


*J'essaie de rendre à ma soeur ce qui lui appartient de droit. Le corps dans lequel elle a vécu, et l'avenir qui l'attend. Quoi de plus simple ? Quoi de plus digne d'un frère ? Je n'ai rien d'autre à vous dire. Quant à Phorao, quelle que soit l'impression qu'il ait pu vous donner, il n'existe pas. C'est une erreur. Seules existent ma soeur et l'alchimie. Réflechissez un peu et vous comprendrez ce que cela signifie.*

Cette flèche du Parthe avait eu le don de ramener un peu de couleur et de triomphe narquois sur ses traits qui semblaient faits pour cette expression. Il releva le menton dans un signe de défi et attendit, certain d'avoir déstabilisé l'adversaire. Hermano était assez mauvais joueur, aux échecs notamment, où il essayait de bluffer comme lors d'une vulgaire partie de poker, au grand dépit de ses adversaires qui ne trouvaient même pas de plaisir à le battre.
Cependant, il sentait sur sa poitrine comme une faible pulsation. La vertèbre montée en pendentif semblait réagir à une présence, que ce soit celle du vampire ou celle de son ancien propriétaire, le corps dont elle avait été retirée, pour y être remplacée par un condensé alchimique. Près ou loin, il était près d'ici, et se tournait vers elle comme elle se tournait vers lui. Leur attraction résulterait tôt ou tard en quelque chose de grand et de terrible, Hermano le savait, mais il n'avait pas suffisamment étudié pour savoir quoi à coup sûr, ou pour aider le processus à s'accomplir rapidement. C'était pourtant son plus grand souhait. La situation telle qu'elle était lui apparaissait ignominieusement contre-nature, et la raison de sa présence sur Terre en tant qu'alchimiste était de remédier à ces petits détails hideux, pour faire advenir une nature idéale de toute chose.
Le délire dans lequel il sombrait s'échappait par vagues de son esprit tourmenté ; sans qu'il en ait l'intention, ces vagues pouvaient atteindre son interlocuteur, et même lèvres scellées il demeurait un livre ouvert.
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MessageSujet: Re: Un chasseur sachant chasser (2ème partie) (A P. DiVeneris) Dim 16 Oct - 18:51

Les prunelles violettes de l'assassin se plissèrent en un regard amusé. Il dévisageait l'italien avec une soif animale qu'illustrait ses pupilles félines quelque peu étirées. Il pouvait sentir la peur et l'angoisse suinter de toutes les pores de la peau de son interlocuteur, que la seringue mettait plus que mal à l'aise. Le glacial objet pointu avait quelque chose d'effrayant pour n'importe quel humain, pour peu qu'il ne soit pas médecin ou purement sadique.
Bien que n'étant pas humain, Wynn avait jadis suivit la formation d'un médecin, et même si ses techniques n'avaient plus lieu d'être à une telle époque, il avait évolué comme le temps. Quant au sadisme, il suffisait de l'observer un minimum pour comprendre qu'il faisait autant partie de ses grandes qualités que de ses pires défauts.


-En effet, je n'ai pas l'intention de vous parler de votre soeur. Pour la simple et bonne raison que je ne sais rien d'elle, si ce n'est son prénom, que vous m'avez révélé il y a... Une trentaine de minutes?

Son ton détaché quelque peu amusé était d'une désinvolture proprement insultante, dont il n'avait pour ainsi dire que faire. Peu lui importait que l'autre se sente offensé par tant de détachement.

-Seulement, votre Marcia m'intéresse. Du moins, j'aimerais savoir ce qu'elle a été auparavant, et en quoi Phorao et elle sont liés. Si je ne m'abuse, et si ce ne sont pas des élucubrations de ma part, la sorcellerie ou toutes autres formes d'alchimie a quelque chose à voir là dedans. Alors dites-moi...

Il suspendit sa phrase, se penchant un peu en avant, l'aiguille de son instrument à quelques centimètres seulement du bras d'Hermano.

-Vous qui semblez avoir une foi inébranlable, de quel droit vous permettez-vous de juger qui doit vivre et qui doit mourir? Si je me souviens bien, dans votre religion, mourir revient à rejoindre votre adoré Seigneur. Vous devriez être comblés pour votre soeur, non? Au lieu de cela, c'est un désir égoïste qui vous anime, et vous tentez à tout prix de la faire revenir parmi nous... Allons... Soyez réaliste!!

Un ricanement sournois s'échappa de sa gorge, alors qu'il prenait un plaisir évident à souffler sur le frêle château de cartes qui protégeait encore l'italien.

-Je vais vous confier quelque chose. Je n'ai aucun intérêt pour la religion, peu importe laquelle. Ce qui m'importe, ce sont les preuves tangibles. Je veux pouvoir toucher de mes propres mains ce qu'on m'expose. Or, la croyance n'est qu'une espérance vaine en quelque chose de purement invisible. Je fais partie de ces gens qui ne croient que ce qu'ils voient!! Cela m'empêche d'être aveuglé comme vous l'êtes. La mort n'a aucune valeur... Parce que les morts n'ont ni honneur, ni fierté. Ils sont morts, c'est regrettable, mais on ne peut rien espérer d'une chose finie et sans avenir.

Il recula à nouveau sur sa chaise, comme pour s'empêcher d'être tenté de mordre Hermano, dont le rythme cardiaque effréné faisait pulser les artères de sa gorge d'une manière presque indécente pour un vampire affamé.

-Je suis bien mal placé pour parler de vie et de mort, me direz-vous... Mais qu'importe. Je vous dis cela pour que vous compreniez que je ne vous prendrais pas en pitié, pas plus que je ne jugerais vos intentions louables. Scientifiquement comme religieusement, vous avez tort. Alors maintenant, dites moi ce que vous êtes en réalité, ce qui vous pousse ainsi à poursuivre Phorao, et tant que nous y sommes, dites moi ce qu'il est réellement. Vous arriverez certainement à m'éclairer un peu plus...

Avec un sourire aimable, il se leva, la seringue toujours en main, et s'approcha de la petite cheminée au fond de la pièce, dont l'âtre noirâtre ne demandait qu'à être ravivé. S'emparant d'une des torches et de quelques morceaux de bois, l'assassin alluma un feu, laissant le temps à Hermano de décider ce qu'il allait choisir. Agitant les braises avec une tiges en métal prévue à cet effet, il reprit.

-Pour quelqu'un d'aussi croyant, vous me semblez assez étroit d'esprit... Et j'avoue avoir du mal avec cela. J'imagine que vous savez déjà ce que je suis, alors pourquoi ne pas me rendre la pareille?

Il se retourna, tenant toujours dans une main la petite seringue et l'autre la tige de métal, qu'il garda en main pour s'approcher de nouveau.

-Et avant que l'on ne me dise impulsif, je tiens à vous dire une chose...

D'un geste vif et sans hésitation, il planta fermement la pointe de la tige brûlante dans l'épaule de l'italien, puis se pencha à son oreille.

-Je manque cruellement de patience... Et j'aime qu'on réponde à mes questions...

Cette voix glaciale et sombre avait quelque chose de radicalement différent du ton moqueur qu'il avait employé plus tôt. Il venait de passer le stade de la désinvolture à celui de la froide indifférence face à la douleur. Il n'hésiterait plus une seule seconde et redoublerait d'imagination pour obtenir les informations tant espérées.
Car après tout, Phorao ne lui avait pas donné tant de temps. Et Wynn avait été honnête sur un point. Il avait horreur d'attendre.
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MessageSujet: Re: Un chasseur sachant chasser (2ème partie) (A P. DiVeneris) Sam 22 Oct - 1:46

La rage d'avoir été joué, de ne plus rien comprendre à sa situation, laissa place l'espace d'un instant à la fierté d'avoir pour soeur une personne puissante et fascinante, qui même après sa mort suscitait les controverses et même une tentative de torture ; qu'il en soit l'objet ne semblait pas frapper Hermano, dans son fanatisme. Dans ses pensées, qui s'écoulaient de son esprit en surchauffe avec le bouillonnement d'un volcan approchant l'éruption, se détachaient des bribes de pensées, des embrassements blancs et interdits dans des lits de soie perlée, et un seul prénom, toujours le même, prononcé de mille manières parfois mystiques, parfois lascives. Parfois d'une voix d'enfant, parfois d'une voix d'homme. Le nom de Phorao mit fin à cette rêverie, qui le soutenait visiblement dans son malheur comme l'opium soutient le mélancolique dans sa détresse, à l'instant précis où se dessinait, vague et pastèle comme une aquarelle, l'image d'une petite fille sur une balançoire, en train de s'envoler vers un ciel frangé d'or. Le néant remplaça tout cela. C'était tout ce que lui inspirait le nom de Phorao : un néant sombre, haineux, le tissu noir d'un masque derrière lequel se cache un visage ennemi - un ennemi qui n'avait pas de visage, dans ce cas précis. La réceptivité du vampire poussait inconsciemment le voyageur à transmettre ses pensées avec une force peu commune, qui le fatiguait peu à peu. Des gouttes de sueur perlaient à ses tempes pâlies.

L'idée de sa soeur, malgré l'obstiné silence de sa bouche, refit surface lorsque son nom réapparut dans la conversation - si l'on peut ainsi nommer un monologue auquel il se refusait de prendre part. L'idée de sa soeur, mêlée à l'idée de religion, de croyance absolue, et d'éternité ; la mort n'avait pas sa place dans cette glorieuse transcendance. Un murmure passa sur ses lèvres fiévreuses.


-Elle changera la face de ce monde. Son heure n'est pas encore venue, elle n'a encore rien fait.

Puis, en se rendant compte qu'il cédait à l'interrogatoire, il se tut à nouveau. Mais il écoutait, et enregistrait les questions qui prenaient une direction inquiétante : le vaste gouffre noir, inconnu, dont était sortie cette abomination que l'on appelait Phorao. Un nom surgit de ses pensées qui tentaient en vain de se murer : "Pharao". Pas de visage, pas d'apparition, mais la sensation d'une présence immense, animée de pouvoirs inconnus, qui tournoyait, invisible, dans la pièce, cherchant un réceptacle. Hermano avait senti la vie chercher à se retirer de son propre corps afin de lui faire place. Mais finalement, c'était le corps de sa soeur qui avait été choisi. Il fit un effort et revint dans l'instant présent ; le souvenir de ce jour le repoussait aussi violemment qu'une claque en plein visage.

-Vous êtes un buveur de sang, et je suis l'apprenti d'une maîtresse alchimiste, qui communiquait avec la force au-delà du monde depuis son enfance. Elle est nécessaire à cette terre, elles s'appartiennent l'une à l'autre, et leurs destins seront liés pour les siècles des siècles. Je l'ai servie dans ces rituels, et je la servirai dans ce passage ultime. Ne cherchez pas à me faire renoncer. Ce qui lui appartient, je le reprendrai à Pharao, et je le lui rendrai, ou je mourrai dans cette entreprise.

La douleur l'avait atteint, il s'était cabré dans son siège et tous ses muscles en avaient tressailli, mais rien dans le flot de ses pensées n'avait trahi cette intrusion, comme s'il en avait à peine pris conscience ; son esprit déjà torturé semblait maintenant une machine infernale affolée, privée de conducteur et lancée à pleine vitesse à travers l'espace. Il ressentait de nouveau la présence de Pharao, il se rappelait avec la vivacité d'un souvenir immédiat l'instant précis où il avait nommé ainsi cette entité fragmentée, désincarnée, incomplète et néanmoins intimidante qui s'imposait à son entendement sous la forme d'une ancienne figure royale au masque d'or, comme les idoles sanglantes des païens. Il avait murmuré ce nom arbitraire dans sa franche terreur, et l'entité avait répété, dans un silence absolu, d'esprit à esprit - et cependant Hermano n'aurait pu jurer qu'il y eût esprit à part entière. Il semblait au contraire qu'au fur et à mesure qu'il dotait cette chose sans forme de qualités anthropomorphiques pour mieux se la figurer, elle acquérait ces qualités, en s'inspirant de l'imagination du seul être vivant des environs. Au milieu d'une sorte de pentacle au sol, dessiné avec du sang frais, le corps ouvert de Marcia était étendu comme un Christ en croix, et nu de même. Dans un coin, le cadavre d'un jeune enfant était recroquevillé sous un drap noir comme pour se protéger du grand froid, à côté d'un couteau sacrificiel à la lame noircie. Hermano n'éprouvait aucun remords à revivre ces scènes ; il n'avait fait que suivre les ordres de sa soeur, de sa très-haute Maîtresse, comme il l'avait toujours fait. Elle ne pouvait avoir échoué. C'était impossible.

Puis il avait sombré dans l'inconscience, terrassé par la sombre présence qui hantait désormais les lieux, comme échappée par cette porte invisible qu'il avait ouverte ; à son réveil le corps de Marcia avait disparu, il devait donc avoir réussi. Elle errait sans doute dans le jardin. Il la retrouverait. Ils enterreraient l'enfant. Tout serait comme avant, mieux peut-être, elle en sortirait plus forte, plus puissante que jamais. La douleur l'atteignit enfin et il grimaça, ses dents mordirent sa langue et le goût métallique du sang envahit sa gorge. Il avait presque oublié le vampire qui le tourmentait de ses gestes et de ses paroles. Cet être vil l'importunait depuis trop longtemps. Il fallait qu'il le laisse reprendre sa quête avant que Phorao n'ait fui de nouveau.


-Je ne veux que restituer aux choses leur nature propre, c'est un principe fondamental de l'alchimie que vous devriez respecter, ânonna-t-il sans grande conviction - ni espoir de convaincre.
-Marcia doit réintégrer son corps physique, et ce qui s'y meut actuellement doit regagner le creuset des éléments indistincts dont il n'aurait jamais dû s'échapper. Pharao, je t'appelle !

-Je m'appelle Phorao, répondit ce dernier, bien loin de là, étendu sur son matelas sur lequel il crispait ses mains de peur de s'envoler et de heurter le plafond. La fièvre semblait s'être emparée de lui ; du moins avait-il lu dans des ouvrages de médecine de tels symptômes rapportés à l'état de fièvre. Mais il était hors de question qu'il réponde à un quelconque appel si c'était contre son gré, et surtout si au bout de l'itinéraire se trouvait cette maudite vertèbre, qu'il espérait bien voir détruite, ou du moins expédiée suffisamment loin pour qu'il n'en subisse plus jamais l'influence. Tout son être semblait se dissoudre, et il devait mobiliser toute sa force d'âme pour résister à la panique. C'était une idée capable en soi de le soutenir aisément : il avait une force d'âme - il avait une âme bien à lui, et elle méritait de poursuivre son existence. Elle avait gagné ce droit, certes en trichant un peu, mais personne ne le lui retirerait.
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MessageSujet: Re: Un chasseur sachant chasser (2ème partie) (A P. DiVeneris) Dim 30 Oct - 15:16

Malgré sa voix glacial et sa poigne de fer, l'assassin aux cheveux d'argent était incapable de se départir de son sourire purement diabolique. Ce n'était pas tant le fait de tenir la vie d'un homme entre ses mains qui l'emplissait de cette jubilation, mais plutôt d'avoir son esprit emprisonné dans son poing. Il se l'était accaparé à la manière d'un frêle bijou de cristal, si fin et si fragile qu'il lui suffisait à présent de serrer les doigts pour le faire voler en éclats.
Finalement, la torture physique avait ses limites, car le cerveau humain finissait toujours pas anesthésier le corps plus ou moins, à tel point que toutes les sévices n'avaient plus le moindre intérêt. Tandis que les méandres de l'esprit étaient d'une profondeur presque inimaginable, tant et si bien que l'on ne pouvait jamais prévoir la réaction de l'humain soumis au supplice. Ils étaient tous unique sur ce point, et c'est bien ce qui fascinait l'esprit cartésien et scientifique du vampire.

Il enfonçant un peu plus la pointe de métal brûlant dans la chair déjà bien abimée de l'italien, dont la résistance à la douleur l'étonna à tel point qu'il eut envie de le pousser un peu plus dans ses retranchements. Mais patience, il avait encore du temps devant lui.
Pour l'heure, ce qui gênait le vampire était d'un autre ordre. Une grimace se peignit sur son visage, ternissant un instant le sourire cruel qui étirait ses lèvres. Il n'aimait vraiment pas cet étrange pouvoir que possédait l'italien. Trop d'images s'imposaient à son esprit, et s'il restait stoïque, elles commençaient à l'agacer plus que de raison. D'autant que les images qui lui apparaissaient n'avaient rien d'innocent.
Wynn n'avait pour habitude de juger ses congénères, pas plus qu'il n'allait leur faire la morale. Il ne voyait l'intérêt à tirer d'une telle attitude, et considérait que gaspiller sa salive pour faire des remontrances à quelqu'un qu'il connaissait à peine n'avait pas lieu d'être. S'il lui arrivait parfois de faire des remarques, ce n'était que pour attiser la flamme de la colère chez autrui, ou encore simplement pour déstabiliser. Il apparaissait comme neutre, et non comme un juge, mais ce qu'il vit l'interpella. Cette étreinte qui avait uni Hermano et sa soeur était-elle une affabulation de l'esprit torturé de l'homme ou bien un souvenir? S'il s'agissait d'une réminiscence d'un passé depuis longtemps disparut, le vampire ne pouvait réprimer ce mouvement de dégout qu'il eut en resserrant un peu plus sa poigne autour de la pointe de fer. Il n'aimait pas les relations incestueuses, quelles qu'elles soient. Non pas parce qu'elle lui semblaient répugnantes et contraire à une religion que de toute manière il ne pratiquait pas, mais simplement parce qu'il trouvait cela narcissique.
Eprouver ainsi le besoin d'enlacer un être de son propre sang, de sa propre chair s'apparentait pour lui à un amour de soit même qu'il trouvait purement égoïste et prétentieux.
Si dans le cas contraire tout ceci n'était qu'un songe imaginé par l'italien, l'assassin ne l'en trouvait que plus pathétique. Si serrer le corps livide et décomposé de sa défunte soeur avait pu apporter quelque répit à son esprit torturé, c'est qu'il n'avait plus aucun lien avec la réalité.
Mais qu'importe, Wynn ne s'estimait pas maitre ni juge d'une telle situation, et si les images l'importunaient, il n'ajouta rien.

Il se contentait simplement d'écouter ce que Hermano avait à dire, et lorsqu'il reprit la parole, Wynn ne put s'empêcher de ricaner.


-Changer la face du monde? Voilà une réflexion bien prétentieuse... Ne savez-vous donc pas qu'élever votre soeur à ce rang est purement égoïste et probablement contraire à vos croyances? Votre soeur n'est plus de ce monde, faites-vous à cette idée. D'ailleurs...

Depuis quelques minutes déjà, quelque chose attirait le regard de Wynn. Penché comme il l'était au dessus de l'italien, il avait remarqué que celui portait un objet autour de son cou. Un fin cordon entourait sa gorge, et ce qui semblait en être le pendentif était marqué par les vêtements, mais on devinait sa présence par la petit bosse qu'il faisait.
D'un geste vif, le vampire retira la pointe de fer de l'épaule d'Hermano, et tandis que celui ci avait l'esprit occupé par la douleur, il tira un grand coup sur la cordelette, laquelle lui resta entre les mains.
Se redressant, il porta l'objet au niveau de ses yeux. On aurait dit qu'il était fait d'os ou bien d'ivoire, mais c'était un matériau résistant, lisse, et blanchâtre. Quant à la forme, Wynn n'aurait su dire avec certitude. Peut-être une phalange? Non. C'était trop gros. Une vertèbre, peut-être.
Qu'importe.


-J'observe cet objet depuis déjà quelques minutes. Si je ne me trompe pas, c'est de cela que m'a parlé Phorao. Comment un si petit objet peut avoir tant influence sur un homme? C'est une chose qui m'échappe mais je serais curieux d'en savoir plus!! Toujours est-il que sans cela, vous êtes démuni? Arrêtez moi si je me trompe, mais j'aimerais beaucoup en savoir plus!!

Il se rassit sur sa chaise, face à l'italien. D'une main il tenait fermement le petit bout d'os, tandis que l'autre serrait toujours le sinistre poison translucide.

-Je ne puis respecter ce que vous me demandez. Vous me parlez d'alchimie? Et bien je vous parle d'un principe scientifique fondamental. Dans toute vie humaine, il y a la vie, et la mort. Certains n'ont pas la chance de passer par le premier état, et passe au second seulement quelques minutes après leur naissance. D'autres voient un voire deux siècles, mais ils sont rares. Quant à votre soeur, elle a vécue le temps qui lui était imparti, et soit dit en passant... Je vous le répète, votre petit manège ne parviendra pas à m'attendrir. Je suis payé pour vous faire avouer, par pour juger.

Un nouveau sourire fendit ses lèvres, un sourire déterminé et totalement désintéressé par le discours de fanatique de sa victime. Il n'était que le bourreau, l'exécutant, et c'est à la manière d'une machine qu'il accomplirait sa mission, sans émotion ni pitié.

-Si votre soeur avait été une créature de la nuit, peut-être aurait-elle vécu, mais nous sommes des aberrations au yeux d'un seigneur incompétent que vous vénérez...Vous pouvez appeler Phorao tant que vous le souhaitez, je doute qu'il vienne. Et même s'il en avait l'intention, il faudrait qu'il soit en mesure de trouver cet endroit. Je ne doute pas qu'il puisse vous entendre, cependant.

Il se pencha un peu en avant, narguant son interlocuteur du petit bout d'os qu'il avait dans sa main.

-Il est très en colère, vous savez... Il n'attend pas seulement de vous que vous le laissiez en paix. Il souhaite avant tout que vous vous excusiez. Ce qui est légitime. Vous ne cessez de l'importuné, après tout. Alors parlons calmement et sérieusement. S'il peut vous entendre, il en sera ravi. Dites lui à quel point vous regrettez votre attitude, que vous vous en voulez, et que sais-je encore... Vous êtes mieux placé que moi pour savoir ce qu'il vous faut expier!

Le vampire rangea ce qui semblait être une vertèbre dans la poche de sa veste, et saisit l'un de ses révolver de sa main libre. A défaut de se montrer menaçant par les mots, il le serait par ses gestes.

-Je pense me montrer suffisamment convaincant, non? Vous ne les sentez pas, mais ces armes ont faim... Terriblement faim. Je m'en veux de les laisser ainsi hurler alors qu'elles sont affamées... Alors j'aimerais vous entendre prononcer ces quelques mots dont je vous parlais tout de suite. Sinon ma main pourrait bien déraper...

Un ricanement mesquin s'échappa de sa gorge. Que l'italien le prenne pour un fou, il n'en avait que faire. N'importe qui serait devenu fou en présence d'armes si monstrueuses. Cet appétit insatiable qui les animait, cette rage sournoise qui s'insinuait chaque jour un peu plus dans son corps, tout venait de ces maléfiques révolvers. Et si Hermano ne souhaitait pas goûter à leur cruelle emprise, il valait mieux pour lui qu'il soit honnête et qu'il parle.
Si les menaces ne fonctionnaient pas et bien... L'assassin trouverait une nouvelle idée pour le faire parler.
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MessageSujet: Re: Un chasseur sachant chasser (2ème partie) (A P. DiVeneris) Mar 1 Nov - 17:44

Triste destin, tristes conclusions. Les rubans d'espoir grappillés ça et là s'étaient effilochés l'un après l'autre, il ne restait plus que le vide et la chute. Et quelle chute étrange que celle provoquée par un interlocuteur qui lui demandait de parler, mais refusait de le croire ! Peut-être n'était-il pas assez précis. Hermano se concentra quelques instants. La sueur sur son front prenait des teintes rougeâtres. L'effort en valait la peine, car l'objet avec lequel jouait négligemment son tourmenteur n'était pas un simple objet, et il était vital qu'il le récupère. C'était la dernière pièce d'un trésor, c'était la clé du Paradis.

*C'est la pièce manquante qui faisait de Marcia un être vivant et pensant... tel que vous et moi, bien que nos natures diffèrent. C'est la pièce manquante qui fait de Phorao une aberration, un spectre incomplet et sans âme. En mourant, ma soeur m'a demandé de pratiquer sur elle un rituel qui permettrait de la relever. Elle est morte, comme vous le dites ; j'étais présent, je le sais mieux que quiconque ; et elle se relèvera. Ce qui a lieu depuis quelques années n'est qu'un délai imprévu dans ce processus.*

Il ne savait comment ordonner ses propos. La peur, la douleur, la confusion et le désespoir grandissant rendaient sa propre appréciation des choses, déjà complexes en elles-mêmes, assez hasardeuse, et il en était conscient. Former des phrases, même mentalement, était ardu. Il se contenta de transmettre des images. Elles jaillirent en flot, mêlées de sensations et de sons indistincts, la symphonie d'un maître fou.

Il avait creusé la vertèbre, y avait versé une poignée de cendres noires.
Un peu plus tôt, il avait brûlé rituellement un coeur humain fraîchement extrait et en avait recueilli les cendres ; c'est elles qui occupaient désormais ce petit réceptacle d'os.
Plus tôt encore il avait ouvert la poitrine de la jeune fille agonisante pour en retirer l'organe chaud et frémissant. Le feu, à côté, grondait déjà. Tout était prêt. Il y avait aussi une pierre, au centre d'une figure dessinée avec du sang. Ce n'était pas le sang de Marcia ; hormis son évidente faiblesse de mourante, et la plaie qui lui transperçait la poitrine, elle ne portait aucune marque de sévice particulier.
Encore un peu plus tôt, une scène plus floue, comme s'il avait essayé de l'effacer de sa mémoire : il était recroquevillé à terre, au pied du lit d'où pendait la main grise de la mourante qui lui indiquait de l'index les gestes à suivre, et il égorgeait quelque chose qui se débattait. Il traçait le pentacle. Il y disposait la pierre. Il jetait un drap sur la victime du sacrifice, guère plus grosse qu'un porcelet. La main grise lui faisait signe d'approcher.

La petite silhouette gracieuse, elfique presque, se balançait dans une nuée d'étincelles solaires, sur sa balançoire d'enfant, au coeur d'un jardin semé de fleurs sauvages ; le sentiment était presque étouffant d'intensité, mais complètement positif, une allégeance sincère et totale, candide - il était à l'époque un enfant lui aussi. Quoi qu'elle lui demande, quoi qu'elle lui impose, il en passerait par là sans plainte et sans scrupule, jusqu'aux portes de la mort.

C'est donc là qu'il était arrivé à présent... Hermano rouvrit les yeux, observa l'arme braquée sur lui, sourit vaguement. Il était amateur d'armes. C'était une pièce de collection qu'il aurait adoré s'approprier. Une sorte de sympathie émana de son esprit, l'impression que le vampire et lui auraient pu, en d'autres circonstances, se trouver des points communs et peut-être partager une traque. Aussitôt ressurgit la haine, la sensation précise et intense d'une forme d'injustice : Phorao n'était pas à sa place sur terre, il n'était pas à sa place en tant que commanditaire d'un tueur et surtout, il n'était pas à sa place dans le corps qu'il occupait. Comment aurait-il pu être en colère, exiger des excuses, envisager une vie plus paisible ? Il n'avait pas de sentiments, pas de droits, pas de vie. Il n'existait pas. La haine pulsait dans l'esprit d'Hermano comme une série de coups de poings jetés à l'aveuglette contre un ennemi invisible. Elle ne visait pas celui qui le torturait ; tout comme lui, il ne faisait qu'accomplir une mission. Elle visait le responsable de l'opération. La seule chose qui ait jamais ressemblé à un échec dans la vie de sa soeur, dans ses manipulations d'alchimiste. Le seul doute qu'il ait jamais eu quant aux dons de Marcia.

*Je fais mes excuses à Pharao, l'entité démoniaque que j'ai par erreur convoquée sur cette Terre et placée dans un réceptacle qui ne lui est pas adapté. Je n'ai jamais été un véritable alchimiste, et sans doute ai-je mal exécuté les instructions de ma soeur, pour livrer sa dépouille à cette entité au lieu de la ressusciter...
Mais je ne m'excuserai pas envers un Phorao qui n'existe pas. Vous parlez d'un jeune homme brun aux yeux verts, qui aime lire, subtiliser les effets personnels de ceux qui ne se méfient pas, et chanter pour les enjôler ? Il s'est présenté ainsi à moi en Allemagne, pour tenter de me convaincre, mais j'ai résisté. Ce jeune homme n'a pas d'existence.
C'est une pierre investie d'une énergie souterraine que j'appelle Pharao, incluse en lieu et place du coeur de ma soeur défunte. Un homonculus, un simulacre si vous préférez, comme nous les appelons. Une ombre et rien de plus. Vous avez ma parole.*
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MessageSujet: Re: Un chasseur sachant chasser (2ème partie) (A P. DiVeneris) Mar 1 Nov - 22:33

Wynn sentait la volonté quitter l'homme décharné comme une étoffe serait partie en lambeau, ou du sable s'écoulant entre ses doigts. S'il avait eu un coeur, il aurait pu éprouver de la peine ou de la pitié pour lui, mais tout n'était que vide et grisaille, il n'avait que faire des soucis de cet homme.
Ce n'est pas pour autant que ce qu'il avait à dire ne l'intéressait pas, bien au contraire, il y prêtait une oreille très attentive.


-Vous deviez pourtant savoir que l'alchimie est une pratique excessivement dangereuse et risquée. Mal maitrisée, elle prend des tournants funestes, et c'est vous qui êtes à blâmer, pas Phorao. VOUS lui avez donné naissance, VOUS êtes responsable de sa venue en ce monde, vous ne pensez pas?

Il laissa échapper un ricanement avant de reprendre, soupirant légèrement.

-Vous ne cessez de me dire que votre Marcia changera ce monde, et que sais-je encore... Vous la sanctifier d'une façon presque déplacée, mais je ne sais toujours pas ce qui fait d'elle cet être si exceptionnel. Je suis prêt à vous croire, je ne demande qu'à voir. Qu'a-t-elle de si spécial?

L'assassin était un homme rationnel. Il aimait les choses concrètes et pouvant s'expliquer mathématiquement, mais l'italien persistait à l'assommer de belles paroles au sujet de sa défunte cadette. Ce dont il n'avait strictement rien à faire, ce n'était pas son travail. Il voulait des faits, et plus particulièrement savoir ce que la jeune fille avait pu représenter.
Il eut alors la projection du décès de ladite personne. Comme un rêve ou un livre d'image particulièrement fidèle à la réalité, il eut le déroulement de l'action. L'agonie de la sainte supposée, le retrait de son coeur, la combustion de celui ci... Et le rituel. Il n'était pas dupe, et se doutait bien que la minuscule créature gémissante recouverte d'un drap et servant de sacrifice n'était pas un animal. Il n'avait que peu de notions de l'alchimie, mais le rituel exigeait un tribut de même importance, à savoir une vie humaine.
Un sourire carnassier se dessina sur les lèvres pâles du vampire. Ainsi genre humain se montrait encore une fois bien cruel. S'attaquer à une créature si petite, si fragile et sans défense, il n'y avait pas plus lâche à ses yeux. Mais qu'importe, il ne jugerait rien là dessus. Il se contenterait d'une raillerie, et ce serait suffisant.


-Et bien et bien... Vous avez du rendre une mère folle de chagrin... Quelle tristesse...

Et il n'ajouta rien. Acculer plus cet homme n'aurait servi qu'à le faire s'enfermer un peu plus dans sa coquille, et c'est bien ce que Wynn cherchait à éviter. Au contraire, il voulait faire voler en éclats cette bulle dans laquelle il s'évertuait à s'enfermer, afin de le pousser à se confier à lui.
Baissant son arme, le vampire remarqua le regard de l'homme sur le revolver, et perçut ses pensée, comme précédemment. Il eut donc un sourire.


-Il vous intrigue, n'est ce pas...

Mais il suspendit sa phrase car le métal du revolver commençait à lui brûler les doigts, et toutes sortes d'ondes malfaisantes assaillirent son cerveau, comme si quelque chose contrariait le diabolique objet.

-Et je crois qu'il n'aime pas du tout votre petit porte bonheur d'alchimiste... Il me semble que lui et son frère n'apprécie pas beaucoup ce qui est lié à votre pratique de fanatique...

Son ton devenait plus agressif, ses mots plus acides, et il du se taire pour ne pas perdre ses moyens. Comme chaque fois que quelque chose venait interférer avec l'un de ses revolver, il ressentait une très vive douleur dans le dos, sentant pulser les noires stigmates qui le couvrait. Il sentait alors comme un fluide empoisonner lui parcourir les veines pour le dévorer de l'intérieur.
Il fallait que cet entretien se termine vite, car son poing serré sur la seringue et sa grimace n'avait pas du échapper à l'italien. Reprenant consistance, il chassa son malaise pour retrouver son sourire insolent. Hors de question de montrer une quelconque faiblesse.


-C'est pourquoi je pense me débarrasser le plus vite possible de cet os, ce sera plus judicieux pour le monde, vous ne croyez pas...?

Nul doute que l'autre ferait tout pour l'empêcher de détruire son dernier lien avec Marcia, et c'est bien le pousser à bout que cherchait Wynn. Puisque l'amabilité ne fonctionnait pas...
Il cru un instant que Hermano ferait réellement ses excuses à Phorao, mais il était évident qu'il se trompait.


-Vous êtes assez contradictoire... Celui à qui vous faites des excuses est le même que celui à qui vous les refusez... Mais vous m'éclairez sur un point. Phorao est bien un homonculus. Ce qui me donne un argument de plus pour le laisser en vie, voyez vous. Maintenant, je suis fatigué de chercher des réponses là où il n'y en a pas. Alors puisque vous semblez décidé à vous murer dans le silence, venons en au fait!!

Et il braqua son arme entre les deux yeux de Hermano. En tirant à bout portant, dans son crâne, il ne pouvait le rater. D'autant que si Wynn était un bien piètre diplomate, c'était un très bon tireur.
Si l'italien retrouvait tout à coup le sens de la parole, il lui laisserait un peu de répit. Dans le cas contraire, si la perspective de mourir ne lui déliait pas la langue, il n'aurait plus qu'à tirer avant d'aller faire son rapport.


-Je vous laisse deux minutes pour me faire part de vos dernières impressions, ou bien un souvenir qui vous reviendrait comme par enchantement alors que je m'apprête à vous tuer. Je vous écoute.

Il retira le cran d'arrêt de l'arme, lequel produisit un clic sinistre et fatidique qui résonna dans toute la pièce, avant d'être couvert par le crépitement du feu.
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MessageSujet: Re: Un chasseur sachant chasser (2ème partie) (A P. DiVeneris) Ven 4 Nov - 16:53

Un gouffre s'était ouvert dans l'esprit de l'étranger, où tombaient les mots qu'il ne pouvait appréhender, ceux que rejetait sa nature. Dangereuse, risquée, funeste. Chagrin, tristesse. Un hoquet ricanant lui échappa. Oh, la mère de l'enfant ? Un visage radieux, extatique se dessina vaguement dans son esprit, visage renversé sur un oreiller couvert de délicats cheveux bruns, grands yeux mi-clos qui murmuraient un prénom, le sien. Un cri dans le fond de la pièce. Elle soupirait, s'arrachait à ses bras, se levait, allait prendre le petit paquet dans ses bras. Le cri s'éteignait. La main grise, un peu plus tard, avait pointé vers ce même coin de la chambre. Il refusa de nouveau d'y penser ; les images tombèrent à leur tour dans le gouffre. L'os également. Il avait suffisamment souffert, il était temps de baisser les bras. Se damner pour complaire aux rituels de sa soeur ne lui avait pas plu ; se livrer aux pires exactions en son nom ne lui avait pas plu. Il était doux de songer qu'il en finirait de la main d'un chasseur, et sous les coups d'une arme digne de ce nom. Dommage qu'il n'ait pu assouvir sa curiosité la concernant, d'ailleurs, c'était presque son seul regret, étant donné qu'il ne pouvait quitter le gouffre où il s'était lui-même laissé glisser.

*Je vous lègue mon sang*, formula-t-il sans relever son visage des ombres, *ça m'est égal.*

Il cessa d'être conscient des détails de cette vie. S'il ne devait penser qu'à une chose à l'instant de quitter ce monde, que ce soit à sa soeur. Elle surgit toute entière, en gloire, dans son imagination éplorée ; et il se perdit dans les images dont il se souvenait, certaines teintées d'un halo d'étincelles, preuve qu'elles s'étaient effacées et que sa vénération les avait reconstituées sans toujours se soucier de la vraisemblance. Elle transcrivait sur ses petits cahiers d'enfants les dessins d'alchimie d'un livre à reliure de cuir humain, qu'un vieux père gâteux lui avait acheté avec attendrissement. Elle sciait avec un couteau d'argenterie au manche ouvragé la tête d'une chauve souris, pour en presser le sang dans un verre. Elle volait les dessous de leur défunte mère, et se glissait dans sa chambre, vêtue ou plutôt dévêtue en princesse des Mille et une Nuits. Le temps volait comme les paysages derrière les fenêtres d'un train ; bientôt le sablier serait vide... Elle faisait de la magie noire, juste pour étudier, disait-être ; une seule discipline, ce n'est pas assez de cordes à son arc. Elle jubilait d'avoir trouvé un très vieux traité sur la fusion des éléments, allait se blottir paresseusement dans son lit de plume, et exigeait qu'il lui fasse la lecture.

C'était du latin. La voix du condamné s'éleva, lancinante. L'entendre après de si longues minutes à converser par l'esprit était un choc, qui le ramena lui-même un instant sur terre. Une lueur de compréhension traversa son regard puis s'éteignit de nouveau. Seule sa voix manifestait encore la vie qui animait cette coquille vide.


-Astrum Sanguineus
Melancholicus Aster
Lucumani Filius
Reburus et Ater
Atra sunt qui corpum urerunt
Atra Bracchia qui te strangulerunt
Qui vixunt in gladio
In gladio peribunt.


Puis elle lui avait jeté un coussin en déclarant que c'était déprimant, il avait posé le livre et l'avait rejointe. Il ignorait ce que contenait la suite, elle l'avait étudié sans lui. Elle lui avait raconté à son retour de voyage - il revit son visage éveillé, angélique presque, animé d'une passion scientifique admirable - que c'était très intéressant, qu'on n'étudiait jamais un poison sans découvrir à l'intérieur son antidote, et qu'elle avait gardé ça sur elle en cas de besoin. Sur elle ? Il se représenta chaque partie de son corps superbe, mais il n'y avait rien ; pourtant il était certain qu'elle parlait d'un tatouage. Elle avait ri, espiègle et diabolique, et ne lui avait jamais dit où ce tatouage se trouvait. Elle avait les cheveux plus courts à son retour. Il y avait sans doute un rapport, mais il ne voyait pas lequel. Sa conscience intérieure s'éteignait à son tour. Telle est la puissance du désespoir sur un homme, qu'il peut le priver d'air en engourdissant les muscles de son thorax, le détourner de manger et de boire, et l'abattre aussi sûrement qu'un poison au lent effet. Le froid était déjà dans ses veines. Aurait-il pu sauver sa vie en présentant les excuses demandées ? Sans doute pas. Sans sa soeur pour le mener, ou l'illusion qu'elle demeurait à ses côtés, il n'était lui aussi qu'un simulacre, une ombre sans âme.
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MessageSujet: Re: Un chasseur sachant chasser (2ème partie) (A P. DiVeneris) Sam 5 Nov - 15:58

La douleur semblait s'être un peu atténuée. Mais elle était toujours là. Elle insupportait le vampire, qui attendait avec impatience le moment où il pourrait enfin appuyer sur la détente du revolver. Il allait falloir qu'il s'occupe sérieusement de ce problème, sans quoi il finirait pas devenir fou.
Pourtant, son calme et sa patience contrôlaient chaque mouvement de son corps, et pas une fois il ne fut secoué d'un spasme de douleur.
La réflexion de l'italien le fit d'ailleurs à peine réagir. Il s'en remettait à l'assassin sans concession, comme s'il abandonnait définitivement son but. Venant d'une autre créature, bien plus fourbe, Wynn se serait certainement méfié, une ruse était si vite arrivée, mais l'homme avait l'air réellement abattu, résigné... Presque serein, au fond. Il accueillait la mort à bras ouverts, prêt à lui laisser sa vie pour aller se blottir dans sa noire étreinte apaisante.


-Vous pensez que votre sacrifice apportera quelque chose à votre soeur? Que vous deviendrez une sorte de martyr? Mais il vous faut regarder la réalité en face... Il n'est pas de jardin dans les cieux où vous pourrez la retrouver, et vivre une éternité de bonheur à ses côtés. Vous retournerez à la terre, tout comme elle. Mais soit. Si vous êtes sûr de votre choix, ce n'est pas moi qui vais me priver de vous ôter la vie.

Sa voix avait quelque chose de différent, un ton plus morne, sans une ombre d'humour ou de cynisme. Un timbre sûrement plus effrayant qu'auparavant, peut-être parce qu'il n'avait plus du tout envie de plaisanter et simplement d'en finir.
Il s'était attendu à ce que l'humain soit plus résistant, à ce qu'il lui tienne tête au point de se débattre, mais la menace d'une aiguille enduite de poison avait apparemment suffit à l'impressionner. Il n'avait pas eu beaucoup à se fatiguer, c'était un bien, mais regrettait presque de ne pas avoir eu à faire preuve d'imagination. Tant pis. Ce serait pour une prochaine fois.

Il eut le privilège d'assister une dernière fois à la manifestation de l'étrange pouvoir de cet homme. Il eut enfin une vision claire de la défunte, pour laquelle il n'éprouva pas plus de pitié qu'auparavant. Le vampire n'estimait pas honorable leur but à tous les deux. En revanche, il trouvait louable l'attachement d'hermano pour sa soeur. Il avait bravé sa propre religion pour elle, au fond, l'avait aimé d'un amour sincère au point d'être prêt à se sacrifier pour la ramener à la vie. S'il n'éprouvait pas grand chose pour qui que ce soit, Wynn n'était pas dénué de raison. Il savait reconnaître la valeur des choses et des sentiments.
C'est bien pour cela qu'il avait décidé de ne pas laisser périr l'italien par le poison ou par la bestialité de ses crocs. Il aurait le privilège de rendre son dernier souffle d'une manière plus rapide, presque plus douce.

Peut-être avait-il comprit que jamais Marcia ne pourrait revenir, et qu'il lui fallait renoncer à un combat déjà perdu depuis de longues années. Il rendait donc les armes pour ne pas avoir à souffrir une vie inutile dénuée de sens? En un sens, cette attitude pouvait s'apparenter à de la lâcheté, mais au fond il n'était motivé que par l'amour et le chagrin, un brin fanatique.
Lassé de chercher à comprendre, ce qu'il ne pouvait définitivement pas s'empêcher de faire, Wynn soupira.


-Si vous avez fait vos adieux à votre soeur, et que vous n'avez plus rien à me confier, finissons-en. Vous avez coopéré, et je n'ai pas pour habitude de forcer la main à ce stade, lorsqu'on me donne ce que je veux. Contentez vous de fermer les yeux en pensant à elle, ça ne devrait pas vous demander trop d'efforts.

Malgré son ton quelque peu flegmatique, Wynn aurait pu paraître compatissant. En réalité, lorsqu'il devait achever quelqu'un, il n'aimait pas agir par pur sadisme. Il avait suffisamment joué, et cette partie était presque la plus ennuyeuse, finalement.
Une détonation retentit, résonnant dans toute la pièce, comme si des milliers de petits éclats étaient allé se nicher dans les pierres de la bâtisse.
Le corps s'affaissa, tandis qu'un filet de sang très mince s'écoulait du front de l'homme mort. Sans un mot, l'assassin se leva, rangea ses révolver et la précieuse seringue, avant de se tourner vers le corps.
Le laisser ici était imprudent, tout comme le sortir était dément. Surtout en plein jour, car il ne devait pas être plus de midi. Tournant la tête vers l'âtre qui n'avait cessé de crépiter, il décida finalement qu'incinérer le corps était une belle façon de ne pas le laisser croupir ici, et surtout de se protéger d'éventuels chasseurs. Après tout, le métier d'assassin avait ses risques, et être poursuivi pas une orde de chasseurs de vampires n'avait jamais intéressé Wynn plus que cela.
Portant le corps jusqu'à la grande cheminée, il le laissa tomber dans les flammes après lui avoir retiré son lourd manteau, le regardant se consumer avec lenteur. L'odeur âcre et répugnante de la chair calcinée le fit grimacer, et la fumée dégagée finit par envahir la pièce. Il y avait de quoi y mourir asphyxié, et s'il n'était pas humain, l'assassin n'aimait pas beaucoup rester dans une atmosphère enfumé. Il ramassa les cendres du défunt et les versa dans le seul récipient qu'il trouva. Une bouteille de vin vide. Il apporterait ce tribut comme preuve de son action, en plus du petit os.

Il étouffa le feu avec le manteau de l'italien pour calmer l'effusion de fumée, et quitta la pièce avec la bouteille dans une poche et la vertèbre dans l'autre.
Il alla se terrer dans un coin reclus de l'église en attendant que le soir tomber, puis il quitta le bâtiment sain pour rejoindre son manoir.
Une fois arrivé chez lui, il écrivit un court billet à l'attention de Phorao, le priant de le retrouver le plus rapidement possible à son adresse, pour qu'il vienne récupérer les biens d'Hermano, ainsi que pour s'enquérir des quelques informations que Wynn avait pu glaner.
Il n'avait plus qu'à attendre.
Mais il espérait que le jeune ferait vite, car l'assassin n'appréciait vraiment pas la proximité d'un objet lié à l'alchimie. D'autant qu'il avait quelques questions à lui poser avant de le laisser partir.



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