L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


Forum RPG - Londres au XIXème siècle. Incarnez Vampires, Loups-Garous, Lycanthropes, Homonculus, Chimères, Alchimistes, Hunter...et choisissez votre camp dans une ville où les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses....
 
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L'Heure du Cavalier a sonné [Comte, Glen] [13/03/42]

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Comte Keï
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MessageSujet: L'Heure du Cavalier a sonné [Comte, Glen] [13/03/42] Jeu 13 Déc - 10:13

[HRP/En venant du Grand théâtre, "Que le spectacle commence! Tempête sur l'échiquier."/HRP]

C'était fini, Coriolan était annulé, tout le monde était dispersé, c'était un fiasco complet. Tandis que le Comte ruminait une des rages les plus profondes qu'il avait eues depuis bien des années, le fiacre s'élançait dans les ruelles humides en cahotant sur les pavés irréguliers. Le véhicule traversait flaques d'eau et amas de boue à un rythme soutenu, secouant parfois durement ses passagers. Mais l'heure était grave et il n'était plus question de traîner. Qu'importait donc le confort en cet instant précis? Il fallait quitter les lieux au plus vite pour éviter les questions du Scotland Yard ! Et puis le Comte avait besoin de repos et de soins...Il était hors de question de perdre plus de temps. Plus rien ne pourrait ramener la pièce perdue, ni les Hunters dispersés d'ailleurs : il était inutile de s'accrocher à une situation définitivement chaotique. Oui, c'était l'heure de rentrer, promptement, et d'aller se coucher...

Maria, toujours évanouie contre son maître, murmurait des paroles incompréhensibles. Elle papillonnait des yeux et évoquait parfois le nom du Comte dans un souffle. Ce dernier la soutenait d'une épaule sans réellement lui accorder son attention. En vérité, s'il se souciait de sa santé par pure bienveillance, il ne se souciait guère de son ressenti et des sentiments qu'elle devait mélanger dans son état, entre la lucidité et l'inconscience. Il n'avait jamais eu la même nostalgie qu'elle au sujet de leur passé d'amants. Furieux en cet instant, il l'ignorait tout bonnement. Ses yeux gris regardaient par la fenêtre dont il écartait les rideaux de sa main droite. La pluie tombait toujours, tout était sombre, la brume s'accumulait dans les ruelles...Le lord observait les maisons défiler dans la nuit. Elles étaient aussi ternes et froides que ses pensées qui lui faisaient serrer les dents de colère et de douleur.
Tant d'efforts pour rien...Tant de précautions...Et son genoux qui saignait contre sa jambe...Le Comte souffrait. Oui, il souffrait même cruellement. Sarah avait bien visé et le liquide noirâtre des balles de Bloody lui rongeaient les chairs en continue. Il fallait absolument qu'il se soigne ! Sa hanche et son genoux n'étaient que gouffres fumants et sanguinolents...Comment avait-il pu en arriver là ? Lui qui tenait tout ces Hunters sous ses crocs...

Serrant le poing, il referma le rideau d'un geste brusque et s’appesantit sur la banquette du véhicule. Ignorant toujours Maria, il ferma les yeux et soupira. Sa colère était telle qu'il s'en sentait soudainement las. La fatigue le prenait. Comment avait-il pu se laisser tirer dessus par cette pitoyable Humaine? Et par deux fois en plus! Et puis ce prêtre qui l'avait atteint dans le dos avec de l'argent...Alexender et son eau bénite...Jamais le Comte n'avait essuyé autant de blessures en si peu de temps. Ces enfoirés de Hunters auraient pu avoir sa peau s'il avait été seul, et cela lui retournait la tête. Comment avait-il pu faire autant d'erreurs en une soirée? Lui qui tuait des Loups-Garous par dizaines à chaque pleine lune! Lui qui maîtrisait le terrain et qui avait même des sbires à chaque porte! Comment avait-il pu devoir quitter ainsi le bâtiment sans les étriper d'abord?  Avait-il faibli ? Impossible...C'était ridicule! Des erreurs...oui...et Sarah...
La seule pensée de ce nom le mit hors de lui. Ses griffes s'enfoncèrent dans le tissu de la banquette et en lacéra le ventre bombé. La mousse en sortit en petites boulettes cotonneuses qui virent lui rouler entre les doigts.


- La peste! Rugit le Comte en serrant les dents et le poing.

D'un geste brusque il vira alors la mousse qu'il avait sur son gant et se figea soudainement en observant sa main tendue devant lui. Du sang la maculait. Lentement, le Comte porta son gant à sa bouche et goûta le liquide rougeâtre. Ce n'était pas le sien...c'était sûrement celui d'Alexender...Il avait le goût infecte de la défaite, celui du sang froid aussi...presque déjà devenu poison pour lui...Le Comte cracha au sol et vomit à nouveau sa haine dans un flot d'insultes qui se perdirent à ses seules oreilles.

Le voyage paru long mais bientôt les lampadaires se firent de plus en plus rares et, après une bonne demi-heure de route, la propriété publique du Comte Kei lui apparue. Une fois la grande grille passée et un bout de parc traversé, le fiacre s'arrêta devant un escalier droit. Le cocher, qui n'était autre qu'Arnoldo, petit Calice italien, descendit alors et vint ouvrir à son maître.
Salluste était déjà là, derrière le jeune homme, droit et muet. Il était revenu directement du Buckingham Palace pour attendre son maître. Pendant que le garçon de 15ans tenait la porte ouverte, le vieux Vampire s'approcha du véhicule et tendit les mains pour soulever Maria que lui passait le Comte. Dans un râle de douleur, ce dernier descendit alors derrière la jeune femme et s'agrippa à la porte du fiacre tout en serrant les dents. Le Calice écarquilla les yeux en découvrant son maître blessé pour la première fois. Lui qui était si terrible et si puissant! Lui qu'il avait cru infaillible...avait ce soir les vêtements couverts de sang, de son propre sang! Son front ainsi que sa joue droite, étaient déformés, comme brûlés à l'eau bouillante, et il souffrait évidemment de la jambe droite que dissimulait en partie son long manteau rouge. Non seulement c'était un spectacle inédit pour le garçon de 15ans mais c'était aussi un spectacle étonnant pour Salluste qui fut choqué de trouver le Comte dans un pareil état. Inquiet, il s'approcha d'un pas, soutenant Maria sur une de ses épaules et ouvrit la bouche pour parler. Mais il n'eut rien le temps de dire qu'il recevait déjà un violent coup au visage qui lui fendait la lèvre inférieure.


- Qu'est-ce que tu fabriquais! Imbécile! Hurla le Comte en se tenant au fiacre les cheveux complètement défaits. Je ne t'ai pas demandé de flâner au Buckingham Palace! Pauvre crétin!

Le disciple se redressa et resta muet. Il aurait pu répondre qu'il avait fait son devoir, sans faille, et qu'il avait raccompagné la reine pour garantir sa sécurité comme le lord lui avait ordonné, mais il savait qu'il ne fallait absolument pas répondre en cet instant. Le Comte était dans une colère qu'il n'avait encore jamais autant ressenti. Son aura écrasait l'atmosphère et étouffait ses sens: ce n'était décidément pas le moment de faire état de sa fidélité...

Le Comte resta agrippé à la portière du fiacre et pesta à nouveau le regard plus orageux que jamais:


- Vas l'allonger dans un coin...cette idiote finie! Et trouve-moi Ludwig!

Salluste s'exécuta aussitôt. Il avait vu le sang qui maculait la hanche de son maître, il avait vu que son genoux droit était presque réduit à l'état de charpie, et il aurait voulu le soutenir lui plutôt que Maria, mais il valait mieux obéir aux ordres du Comte plutôt que de faire du zèle qui aurait pu lui coûter un oeil...

Le petit cocher s'approcha du Comte d'un air terriblement inquiet. Il tendit le cou et sourit faiblement.


- Mon Seigneur...je suis là...

- Dégage! Rugit le Comte en faisant un geste de la main assez brutal pour que le jeune homme ne sursaute et ne manque de tomber en arrière.

Jirômaru avait mal et cela ne lui était plus arrivé depuis longtemps. Cet état était pour lui une humiliation terrible et qu'un jeune Humain de 15ans vienne lui proposer son aide était un véritable affront. Le petit Calice s'éloigna de lui, comme s'il avait pris conscience qu'approcher un animal blessé n'était qu'une folie, puis il remonta à sa place de cocher.
Le Comte claqua la porte du fiacre et commença à se diriger vers l'escalier en boitant d'une façon clairement douloureuse.

Le véhicule redémarra: Arnoldo le reconduisait à sa place initiale. Ses roues de bois laqué crissèrent sur les gravillons et le Comte se retrouva seul devant son domaine.

Sans support, le Vampire sentit qu'il fléchissait. Il se rendit alors compte que sa canne-épée était restée au théâtre. Dans un grognement de rage, il soupira de frustration. Quelle plaie! Cette soirée avait réellement tourné au cauchemar, même pour lui! C'était inacceptable! Intolérable! Insupportable! Il aurait leurs têtes empaillées dans son bureau! Ces Hunters trop chanceux dans leur malheur...Ha! Ils ne valaient rien! Tout ceci n'était que le fruit de malheureuses coïncidences et d'erreurs...oui d'erreurs...c'était peut-être cela le pire...

Eldwood apparu alors dans l'entrée et jeta à son tour un regard inquiet à son maître. Le vieux domestique hésita. Fallait-il aider le Vampire? Il en doutait fortement. Aussi resta-t-il droit, les mains dans le dos, attentif et patient. Mais bientôt le Comte plia le genoux et hurla sa douleur en plantant ses griffes dans les graviers pour se rattraper. Eldwood se précipita vers lui pour l'aider à se relever. Il vit alors que le lord avait le genoux complètement détruit par balle et que sa jambe droite ne répondait plus. Jirômaru le repoussa d'abord lentement, puis il lui montra les crocs en grognant comme un fauve menace une proie potentielle. Le vieux domestique recula vivement et s'écarta de son chemin.
Le Vampire se releva difficilement. Une fois debout, il dégrafa lentement son manteau rouge sang d'un geste maladroit. Puis, laissant ce dernier tomber lourdement derrière lui, il continua son chemin, plus léger. Eldwood contourna prudemment son maître pour aller ramasser le dit-manteau et se mit à le suivre, un peu en biais.
Ce fut long et difficile, mais le Comte arriva bientôt en haut des marches de son domaine. Son front était couvert de sueur et il peinait à réprimer ses grognements de douleurs. Il lui restait un ultime effort à fournir: entrer. Mais à peine eut-il tendu la main vers la poignée de la porte que cette dernière s'ouvrait d'elle-même. Un grand jeune homme d'une trentaine d'années, blond, les yeux bleus et pétillants, se présenta à lui avec une courbette et lui donna le bras. Le Comte s'appuya dessus une fraction de seconde avant de l'écarter de son chemin pour s'engouffrer, de lui-même, dans le hall immense de son manoir. Sans attendre, il franchit ce dernier, pénétra dans un court couloir et vira sur la droite pour entrer dans le premier salon de sa demeure. Sans plus de manières, il se laissa soudainement tomber dans un canapé et resta là, allongé sur le dos. Sa jambe droite pendait sur le côté : il ne l'avait pas levée jusqu'à l'assise du canapé. Le Comte souffla alors et s'essuya le front d'un revers de main. Cette soirée aurait été la pire qu'il avait vécu depuis presque deux siècles...

Ludwig vint s'agenouiller prêt de lui. Il regarda d'un air inquiet le genoux du lord et murmura :


- Monseigneur...Que désirez-vous ?

Le Comte avait les yeux fermés. Il ne bougea pas. Pendant quelques minutes de silence total, il resta ainsi, comme endormi. Aussi, lorsqu'il s'anima de nouveau, le calice recula-t-il un peu en sursautant. Son maître avait tourné sa tête vers lui et le sondait maintenant de ses yeux brumeux. Lentement, Ludwid s'approcha du Vampire et lui tendit son cou. Le Comte l'attrapa doucement par l'épaule et mordit à pleine dents la peau pâle de l'allemand. Ce dernier fit tout d'abord une grimace de douleur, puis il se laissa totalement faire, conservant un air neutre qui se mua peu à peu en un sourire de satisfaction.
Non loin, dans un coin de la pièce, Arnoldo baissait la tête. Il avait rangé le fiacre et venait de rentrer pour voir que son maître préférait encore Ludwig à lui...Cela le blessait cruellement d'autant qu'il ne pouvait rien faire pour changer cela. Salluste vint le couvrir de son ombre. Il posa une main sur l'épaule du jeune homme et l'incita d'un mouvement de poignet à regagner ses quartiers. Puis, les bras croisés, il s'appuya contre l'encadrement de la porte du salon pour observer son maître. Il avait laissé Maria aux soins des domestiques et leur avait donné des instructions à respecter impérativement : le Comte était blessé, il ne fallait absolument pas se risquer à lui poser des questions et il était vital de se faire encore plus humbles que d'habitude afin d'éviter ses foudres.

Au bout de trois longues minutes, le Comte lâcha l'allemand en poussant un grognement de contentement. S'essuyant la bouche du revers de la main, il se redressa pour s'asseoir sur le canapé. Un à un, il commença à enlever les boutons de son veston qu'il jeta sur une table basse avant de déboutonner ensuite sa chemise blanche. Cette dernière était maculée de sang, surtout dans le dos, tout comme le veston, mais la couleur carmin était bien plus visible sur le tissu blanc que le mélange de brun et or qu'il avait arboré par-dessus. Le Comte se déshabillait : il fallait le soigner maintenant...


- Vas chercher Carl et Eldwood...murmura-t-il au calice blond d'une voix terne. Salluste, viens m'aider.Ajouta-t-il en s'adressant à son disciple sans même le regarder.

Ludwig s'en alla prestement, presque en courant, pour aller chercher le maître cuisinier qui servait aussi de médecin au Comte avec Eldwood. Il croisa d'ailleurs ce dernier, qui avait posé la cape lacérée du Comte dans une salle d'eau pour voir ce qu'il pourrait en faire plus tard et qui revenait maintenant vers l'entrée. D'un regard et d'un coup de tête, le calice lui indiqua le salon et lui fit comprendre qu'on avait besoin de lui.  
Lorsque le vieil homme entra dans le dit-salon, il retint une expression de dégoût. Le dos du Comte s'offrait à lui : deux immenses balafres rouges lui avait déchiré la peau et cette dernière, malgré ses dons de régénération, peinait visiblement à cicatriser. De l'argent...ce ne pouvait-être que ça. En soit les plaies n'étaient pas profondes, elles étaient même superficielles, mais la peau restait très rouge autour des longues lacérations qui ondulaient dessus, et les blessures contrastaient affreusement avec la couleur marbrée du reste de son dos. Salluste était là, les bottes du Comte dans les bras. Ce dernier, assis, plié en deux, les coudes sur les genoux et la tête baissée entre ses bras, laissait ses longs cheveux blancs toucher le tapis à ses pieds. Il avait tout enlevé, même ses sous-vêtements. Tout ce qui cachait son intimité était un coussin couleur sable qui était déjà souillé de sang...
Attrapant les gants du Comte qui traînaient près de lui sur le canapé, Eldwood les posa sur la table basse où trônait déjà son pantalon et ses autres vêtements déchirés. Puis, ses yeux tombèrent à nouveau sur ce genoux complètement en charpie. C'était une blessure presque étonnante dans sa violence. Le tireur avait bougrement bien visé !
Prenant lui-même une initiative importante, il appela deux domestiques pour leur ordonner d'amener deux bassines d'eau chaude.
Le Comte tiqua. Tout lui coûtait...même respirer devenait fatiguant. Il sentait surtout dans son genoux le liquide noirâtre de la balle de Bloody qui lui rongeait les chairs. C'était comme si on lui aspirait son cartilage par un tuyaux de plomb froid...

Carl arriva. Il portait une grosse valise de médecin. Remontant ses lunettes sur son nez aquilin, il écarquilla les yeux de surprise et d'inquiétude:


- Ho bon sang ! Monseigneur...Je ne pensais pas que...

Il se tue soudain, transpercé par le regard sombre du Comte. Ce dernier le dévisageait d'un air mauvais à travers ses cheveux qui lui tombaient en cascade devant le visage.

- Enlevez-moi ça...gronda-t-il d'une voix sourde.

- Ici!? S'exclama Carl d'un air surpris. Dans le salon ?!

Le Comte sortit les crocs.

- Tu crois que je te demande ton avis?

Le jeune homme se tue à nouveau. Il était allé trop loin. Quel imbécile ! Le Comte souffrait, c'était pourtant évident ! Il avait une bonne raison de ne pas aller plus loin dans le manoir ! Et puis, il était chez lui, c’était le maître, il n'avait pas son mot à dire...Baissant la tête, il souffla:

- Pardonnez-moi...

Puis il posa sa valise et commença à enfiler des gants pour les plonger dans l'eau bouillante, puis sortir des instruments tranchants...
Carl et Eldwood s'occupèrent ainsi du Comte pendant des heures. Ils enlevèrent les éclats de balles qui étaient restés dans sa hanche et son genoux, ainsi que dans son bras gauche. Mais la tâche ne fut pas aisée à cause de la régénération du Vampire qui se faisait parfois trop rapide, parfois trop lente. Le Comte contrôlait en partie cette dernière mais le poison du Bloody l'empêchait de maîtriser véritablement la chose, surtout ce soir. De plus, son esprit était dérangé par maintes questions et il était agité de sursauts de colère. Les balafres qu'il affichait dans son dos, plus bénignes mais tout de même conséquentes, furent elles aussi nettoyées et bandées. Pour son visage, cependant, rien ne fut fait. Le Comte refusa tout bonnement que ses domestiques n'y touchent. L'eau bénite lui avait brûlé le front et la joue gauche, mais sa peau, déjà, s'était reformée. Elle était juste un peu plus grossière au niveau de la joue. Mine de rien, le Comte avait eu de la chance dans son erreur : il avait levé le bras d'Alexender un peu haut, ce qui avait vidé très rapidement sa petite fiole et donc forcé le liquide à rejoindre le sol au plus vite sans lui permettre de s'attarder trop sur son visage. A ce souvenir, le Comte ragea à nouveau.
Le pire fut évidemment le genoux. Jamais une telle douleur n'avait atteint le Vampire depuis qu'il s'était établi à Londres. Serrant les dents, il laissa Eldwood lui mettre les jambes à plat sur le canapé et, pendant que le vieux domestique et Salluste le maintenaient fermement, Carl devait lui enlever les éclats de métal tout en replaçant les morceaux de cartilage qui restaient en état pour que la régénération puisse se faire correctement. Le Comte en vint à déchirer le coussin et à le jeter au loin dans la pièce. Son sang maculait le canapé en abondance et la sueur que dégageait son corps collait ses longs cheveux après ses épaules dénudées. Bientôt, les ombres tombèrent sur le manoir et , alors que le petit matin pointait son nez, l'intérieur de la demeure n'avait jamais parue aussi sombre. Sans réellement le vouloir, le Comte exprimait sa douleur et sa rage via les ombres. Chaque objet semblait éclairé du dessous, projetant leurs immenses ombres aux plafonds d'une manière peu naturelle. Carl cilla une paire de fois, perturbé par l'atmosphère terriblement lourde qui régnait dans la pièce, mais, en vrai chirurgien, le jeune homme réussit à recoudre l'affreuse plaie une fois qu'il eut tout vérifié à l'intérieur pour finalement bander le genoux solidement. Les ombres se retirèrent enfin.

Un torchon dans les mains, pour essuyer le sang qui les maculait, Carl se redressa enfin. Il devait être 3h du matin. Le Comte respirait déjà mieux: le pire était passé.
Contre toute attente, plutôt que de regagner sa chambre et de se reposer dans son propre lit ou d'emprunter son cercueil qu'il gardait dans un débarra, le Vampire décida de rester sur place, dans le salon, sur ce canapé maculé de sang. Il n'y avait rien à dire, c'était son choix.
En vérité, le Comte sentait qu'il ne pouvait pas se lever sans se mettre à boiter comme un lépreux estropié or il avait deux étage à monter jusqu'à sa chambre. C'était trop d'humiliation ce soir, il avait eu sa dose. Dormir ne ferait qu'accélérer sa régénérescence, il le fallait maintenant.


- Fais surveiller Maria et ramène-moi Manouk demain...Grogna-t-il avant de s'allonger sur le canapé de tout son long.

Il savait qu'Arath était vivant, Manouk le lui avait laissé en trace dans l'atmosphère du grand hall. Mais il était grièvement blessé et l'Africain faisait son possible pour le sauver. Le Comte, malgré son état, aurait pu se lever et aller jusqu'à la chapelle pour lui porter assistance, mais il avait un grief de fer contre-lui et c'était maintenant qu'il le lui ferait sentir...Ainsi était le Comte: rancunier et cruel. Arath avait osé gâcher son plaisir avec Sarah, il avait eu le malheur ce soir de laisser Raphaël s'échapper de Milte & Co, il aurait mieux fait de périr plutôt que d'entraîner Manouk dans les flammes et de motiver les foudres du Comte...

Sans se revêtir, avec un simple drap de soie que lui amena Salluste, le lord se força finalement à sombrer dans le sommeil. Son second, droit et grave, resta à son chevet toute la journée. Il avait comme devoir de protéger son maître qui était maintenant affaibli. Il devait être certain que les Hunters n'allaient pas les pourchasser ici. C'eût été pure folie mais, après ce qui s'était passé ce soir, il était prêt croire que ces imbéciles étaient bien capable de frapper à la porte...



*************************
Le lendemain soir, alors que Salluste lisait d'un oeil brillant le journal du jour, le Comte s'anima enfin de nouveau. Il était resté immobile, totalement inerte, toute la journée. Il n'avait ni cillé, ni murmuré. Il avait été comme mort. C'était un état que le Vampire prenait rarement: l'état second du sommeil noir. D'habitude, il dormait comme les Humains et se laissait emporter par ses songes plus ou moins volontairement, mais pour régénérer ses blessures, il avait eut besoin d'un sommeil plus profond, plus violent. Aussi avait-il laissé sa vie dans les mains de Salluste...

Lorsqu'il ouvrit les yeux, d'un coup, Salluste releva la tête, abandonnant la lecture du journal. L'aura de son maître était revenue et son mouvement indiquait assez bien qu'il allait se lever.

-
Bienvenue chez vous, maître...Dois-je appeler Arnoldo ou Ludwig? On vous a ramené votre canne-épée...elle est dans votre chambre.

Le Comte se redressa et se mit sur son séant. Il grogna de douleur et soupira: ce trop plein d'informations d'un coup venait de le brouiller. Au bout d'un moment, il tourna la tête vers Salluste. Son regard de brume tomba aussitôt sur les gros titres qui s'affichaient devant lui. Penchant légèrement la tête, il lu les premiers d'abord avec une neutralité certaine, puis avec un sourire mesquin: si Alexender et Raphaël lui avaient bien échappés, à son plus grand damne, ils étaient maintenant catalogué comme des meurtriers et terroristes. Ils avaient sur le dos l'incendie de Milte & Co et la destruction d'une partie du théâtre, ils étaient pourchassés par le Scotland Yard et une récompense avait même été mise sur leur tête!


- Salluste...Murmura-t-il avec un demi-sourire qui aurait fait frémir n'importe quel fauve. Je suppose que c'est toi qui a poussé Victoria dans ce sens...?

Salluste sourit à son tour et se leva en dépliant le journal pour mieux montrer la couverture.

- Vous voulez parler de ceci?fit-il d'un air enjoué. Ho! Ceci n'est que bagatelle...

Le Comte leva les yeux au ciel et regarda le plafond pendant quelques minutes silencieuses. Il allait mieux, déjà. Ses blessures dans le dos étaient totalement refermées, quoique douloureuses à cause de la morsure de l'argent. Il devait même avoir des cicatrices peu avenantes...Son épaule et son bras gauche étaient reformés et la douleur n'était plus qu'un souvenir sensible. Seul son genoux et sa hanche le blessaient encore. Car, même si le liquide noirâtre des balles de Bloody avait été prélevé la veille par Carl et Eldwood, de même que les fragments de métal, il allait falloir une bonne semaine de repos pour que le cartilage ne se refasse entièrement et pour que la sensation de brûlure ne quitte les os de son bassin. Même un Vampire de 600 ans d'existences pouvait sentir le goût amer de l'argent et du poison noir...
Enfin, le Comte se leva. Il esquiva une grimace mais ignora assez la douleur pour continuer à se redresser. Il noua autour de sa taille le drap de soie et s'éloigna bientôt vers le hall pour monter les escaliers. Il voulait se rendre au second étage, dans ses quartiers intimes, afin de se laver et de regagner sa chambre.
Ce fut une véritable expédition. Autant le Comte pouvait-il désormais tenir debout sans tomber, autant il ne pouvait toujours pas plier le genoux et par conséquent monter les marches sans aide. Contraint par la nécessité, il laissa Salluste le soutenir jusqu'à sa salle d'eau. Ce furent ensuite Anabelle et Cécilia qui prirent le relais pour laver le lord et lui refaire ses bandages. Carl vint les aider, surtout pour le genoux, et bientôt le Comte fut à nouveau propre, bandé, coiffé et habillé. Il portait une chemise noire, chose rare chez lui, et un pantalon brun très foncé accordé à son veston brun et beige, orné de motifs fleuris.

Le Vampire se rendit ensuite dans le salon de son étage pour se rassasier. En vérité, malgré le don de sang que lui avait fait Ludwig la veille, le lord était affamé. Il avait encore perdu beaucoup de sang, pendant l'opération et pendant la journée. Son bain avait également été complètement rougit par ses plaies. Aussi fut-il servi, assis dans un fauteuil plus moelleux que les autres dans un verre à pied. La carafe de cristal, dans laquelle le liquide rougeoyant avait été recueilli, fut posée à ses cotés et bientôt Jirômaru se mit à siroter le sang que le petit Arnoldo avait donné sous l'ordre de Carl.

Enfin rassasié, le lord lu attentivement les journaux que lui amenèrent tour à tour ses domestiques et disciples. Il sourit face aux gravures flamboyantes et aux intitulés. Finalement, il ne s'en tirait pas à si mauvais compte. Sarah serait tout de même sienne, à moins que Monsieur Spencer ne décide de la jeter en pâture à toute cette société complètement affolée par les évènements, Raphaël et Alexender étaient considérés comme des fuyards non seulement par les siens mais aussi par les Humains et, pire encore, le gouvernement, et enfin le théâtre avait été finalement matériellement sauvé.

Vers 4h du matin, le Comte format une réunion des Sept dans ce même salon. Sa fureur éclata. Agniès et Ambre avaient été inutiles au possible, Arath était dans un état critique sous la chapelle, sauvé par Manouk qui en avait lui-même les mains brûlées, Maria était horriblement mutilée de la joue par la croix que Raphaël lui avait imposée sur le visage et Salluste avait trop tardé depuis le Buckingham Palace. Seul Marco semblait avoir été exemplaire, ce qui était d'ailleurs totalement faux, mais il fallait croire que le Comte lui portait en cet instant plus d'estime que pour tous les autres réunis.


- C'est le seul, LE SEUL, a avoir été présent lorsque j'avais besoin de forces supplémentaires...Vous êtes pitoyables! Tout ceci n'est qu'une véritable honte! Ces enfoirés de Hunters courent toujours, ils vivent...ILS VIVENT!

Le poing du Comte frappa souvent la table du salon. A chaque fois, les disciples sursautaient, même Salluste. Tous étaient conscients que Coriolan avait non seulement été gâché par cet attentat mais qu'en plus ils avaient tous agit dans un désordre phénoménal qui n'était pas dans leurs habitudes. Leur maître en avait été blessé, c'était pour eux un véritable coup dans leur propre dignité.

La nuit se termina ensuite tranquillement. Le Comte ne semblait pas vouloir donner d'ordres concernant la poursuite éventuelle des Hunters et particulièrement de Sarah. Les disciples ne comprenaient pas ce soudain détachement. Pourquoi ne pas les tuer maintenant? Les pourchasser, les trouver, les démembrer dans l'ombre...c'était faisable. Ils étaient tous réunis et, hormis Arath qui dormait dans un cercueil sous la chapelle, ils étaient tous capables de se relancer dans la bataille.
Mais le lord semblait aspirer au repos et au calme, comme s'il avait comme projet d'oublier toute cette soirée en un claquement de doigts. Évidemment, ce n'était pas le cas. Jirômaru ruminait sa haine et sa vengeance. Il n'acceptait pas cette pseudo-défaite et laissait bouillonner de nouveaux plans dans son esprit torturé. De son point de vue, il fallait surtout qu'il reprenne des forces et joue le jeu des Humains afin de se faire mousser dans cette société de crétins dégénérés. Rester enfermé, jouer la convalescence et goûter au véritable repos, ne pouvait que lui faire du bien en vue d'une guérison accélérée, mais aussi le faire réellement passer pour une victime, afin d'appuyer encore la sentence qui était tombée sur Raphaël et Alexender.

Dans la journée, le Comte avait reçu des centaines de lettres de ses spectateurs, outrés et déstabilisés par un pareil attentat. Les domestiques avaient dû clore les portes et repousser les journalistes et curieux qui venaient « rendre visite au Comte pour s'assurer de sa santé ». Même le médecin dépêché par Victoria en personne fut renvoyé avec une missive qui remerciait la reine de ses bonnes grâces et l'assurait que le Comte avait déjà été pris en charge.



*************************
Le lendemain, soit le deuxième jours après le fiasco du théâtre, le Comte ne fit aucun changement à sa façon de vivre. Il se laissa soigner par ses disciples et domestiques, bu allègrement aux cous de ses calices et passa sa nuit à paresser dans sa chambre en lisant du Shakespeare.

Il avait seulement reçu la visite de Maria qui venait s'excuser de son comportement au théâtre, le remercier de l'avoir ramenée dans le fiacre et pour lui proposer son sang. Le Comte avait grimacé et l'avait renvoyée avec une gifle sonnante dans la mâchoire. En vérité, la Vampire commençait à l'agacer outre mesure avec ses maladresses et ses pleurnichements.


- Combien de fois devrais-je te le répéter, Maria?! Ton sang est devenu aussi infecte que les autres! Ose encore me le proposer...et je t'arrache la langue pour t'obliger à te taire!

Maria en avait été brisée, comme souvent depuis que le Comte s'était lassé d'elle. Mais son coeur et sa fidélité l'avaient encore relevée.

Peu de temps après, le Comte écrivait une lettre à Wynn Leichenhalle, son chef d'orchestre et assassin.
[voir la lettre]

*************************
Deux jours passèrent encore. Le Comte occupait tout son temps à se reposer, boire du sang frais, lire les journaux et ouvrir ses courriers de plus en plus nombreux. En vérité, à mesure que la pièce de théâtre s'éloignait, les journaux et les rumeurs gonflaient et gagnaient du terrain pour son plus grand bonheur. Raphaël et Alexender étaient toujours introuvables et le Scotland Yard avait augmenté la prime sur leurs têtes. Les cadavres des Hunters et du couple Grey avait d'ailleurs attiré l'attention du Comte dès le deuxième jour. En vérité, il avait vite fait le lien entre ces deux imbéciles et leur fille, Eulalia Grey, qui était mentionnée à plusieurs reprises comme orpheline...Deux parents morts...une jeune femme esseulée...et cette brunette qui avait décapité le prêtre? N'était-ce pas cette jolie jeune femme dont le portrait faisait un joli macaron sur le troisième journal que lui avait proposé Marco? Alexender et Raphaël devaient agoniser...Ce n'était pas difficile de retrouver leur trace, au final...

Pourtant, le Comte gardait pour lui ses réflexions. Il n'était pas le seul a avoir remarqué ce détail d'importance qu'était la famille Grey dans toute cette affaire, et les disciples n'attendaient que le signal approprié pour aller traquer les Hunters dans leur cachette. Si le Comte ne bougeait pas, c'était qu'il avait d'autres plans bien plus cruels à leur égard...

Il était donc maintenant 2h du matin et le Comte venait de déjeuner. C'était lundi et l'habituel chaos de lettres que le Comte recevait depuis vendredi matin fit déborder la boite de l'entrée au plus grand amusement des domestiques qui avaient l'impression que leur maître était devenu l'étoile de ce siècle. L'ambiance au domaine s'était nettement améliorée et le Comte semblait être revenu dans un espèce de mélange de froide retenue et d'apaisement certain.


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
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MessageSujet: Re: L'Heure du Cavalier a sonné [Comte, Glen] [13/03/42] Jeu 13 Déc - 20:25

L'immensité verdoyante nimbée de lumière qui s'étend à ses pieds, une brise légère faisant voler ses cheveux roux et le parfum de sève et de fleurs typique du printemps. Un havre de paix et d'harmonie s'offre à ses yeux sous ce soleil chaleureux qui semble l'inviter à s'étendre dans l'herbe pour compter les nuages moutonneux qui parcourent le ciel. La quiétude, la vraie, le silencieux apaisement au mille éclats dorés, un paradis à nul autre pareil...
L'innocent enfant s'en va en conquête du monde, traversant d'un pas décidé les grandes prairies d'un Eden qu'il s'est lui même construit. Il a laissé derrière lui le chagrin et l'indifférence, un édifice de pierres grises majestueux et pourtant austère. La forêt, l'obscurité et les ombres l'appellent, mais rien ne lui faire peur, sinon l'inconnu.
Et dans les ténèbres, sous les grands conifères, à l'abri des vents, elle l'attend. Sur son trône de pierre grossièrement taillé, sa robe blanche se confond avec la pâleur de sa peau. Semblant pulser d'une lumière irréelle, l'enfant baisse les yeux pour ne pas être aveuglé. Il souhaiterait ardemment voir son visage pour y mettre un nom, il sent sur lui son regard bienveillant, mais ses lèvres restent hermétiquement closes. Alors elle lève un bras, pointant un doigt inquisiteur vers les verdoyants pâturages.
Un frisson glacé remonte le long de l'échine du bambin, la peur lui saisit le ventre alors qu'il se retourne. Elle lui parle, il ne l'entend pas, ne la comprend pas.
Sous ses yeux horrifiés, un soleil rougeoyant contemple son oeuvre depuis les cieux. Les prairies vertes ne sont plus, c'est une terre stérile et imprégnées de mort sur laquelle ne poussent plus que des cadavres au regard vitreux, et un loin, prêt de l'horizon, d'immenses flammes dévorent avec avidité les derniers restes d'un château en ruines.


Glen poussa un hurlement en se redressant vivement. Tremblant de toutes parts, ses yeux écarquillés regardaient au pied de son lit. Tout comme dans son rêve, elle se tenait devant lui, tout aussi anonyme. Pestant, le vampire rejeta en arrière ses cheveux rouges et ébouriffés qui lui retombaient sur le visage. Alors qu'il reprenait ses esprits, l'illusion qu'il avait involontairement créé s'effaçait peu à peu, prenant un aspect fantomatique. Posant une main sur son torse nu, le vampire essaya de se calmer pour ralentir les battements de son coeur.
Ce rêve était un manège incessant, une spirale sans fin qui le rendait nerveux toutes les semaines.
L'irlandais poussa un profond soupir et se laissa retomber sur le dos pour contempler le plafond. Tout cela n'avait aucun sens. Un souvenir? Une angoisse incessante? Un avertissement? Son esprit fou et malmené par les années lui jouait de vilains tours qui le réveillaient souvent ainsi. Cette forme spectrale avait tout des attraits humains et pourtant, il se demandait s'il ne s'agissait pas plutôt d'un phénomène, d'une entité que son subconscient aurait représenté sous la forme d'une femme.
Alertée par le hurlement de son maître, Aisling déboula dans la chambre, inquiète. Son ample robe de taffetas bleu pâle faisait ressortir sa peau matte, et elle tenait un journal dans sa main gauche.


-Quelque chose ne va pas, monsieur?

-Oui..., se contenta-t-il de répondre en fixant toujours le plafond avec insistance.

La jeune femme referma la porte derrière elle et s'approcha du lit de Glen.


-Tu as encore fais un cauchemar, n'est ce pas...

-Oui... Toujours le même, il m'obsède... Il me contrarie parce que je n'en comprends ni le sens propre ni le figuré..., murmura-t-il.

-Il n'y a peut-être rien à comprendre! Tu t'obstines sûrement pour rien!

-Je sais! Inutile de me le rappeler! Cracha-t-il avec mauvaise humeur en lui tournant le dos. Enlaçant un oreiller comme pour se rassurer, il bougonna. Quelle heure est-il?

-20h15. Il fait déjà nuit depuis plus d'une heure! Répondit Aisling en se levant.

D'un geste vif, Glen lâcha son oreiller et se retourna, enlaçant cette fois la taille de la jeune femme.


-Non reste... Ta compagnie est plus agréable que celle de mon oreiller! Dit-il en posant sa tête sur la jambe de sa seconde avec une moue satisfaite.

Aisling éclata de rire en passant sa main dans les cheveux de Glen. Il pouvait avoir l'air si mature par moment et pourtant si innocent et enfantin par d'autres qu'elle en était encore étonnée. Elle le savait torturé par un cauchemar, un seul, qu'elle ne parvenait pas à effacer de son esprit. Elle qui avait le don de manipuler les rêves était pourtant dans l'incapacité de soulager son esprit. L'irlandaise avait vu de quoi étaient faits les cauchemars de son maitre et pour rien au monde elle ne souhaitait voir cela à nouveau. Dans son esprit, la logique et le rationnel n'avait pas leur place, seul le chaos régnait, la plupart du temps.


-J'ai tout essayé pour t'en débarrasser, tu sais... Je suis désolée.

-Moui je sais... Arrête d'être désolée, ça ne change rien! Est ce que je suis désolé, moi? Non! Et puis j'ai faim, tiens!

-Hum... Tu as raison! N'y pensons plus! Que dirais-tu d'aller cueillir quelques jeunes donzelles et gentilshommes pour égayer un peu cette soirée? Allons chasser! Cela fait longtemps!

Devant l'enthousiasme d'Aisling, Glen sourit mais garda le silence un moment. Les yeux clos, il gardait la tête posée sur la jambe de la jeune femme, l'enserrant toujours avec possessivité. Jouant avec un volant de la robe de taffetas bleu de la demoiselle, Glen finit par lui répondre.

-Hummmoui... Pourquoi pas! Ca fait longtemps, tiens... Tu as le Times d'aujourd'hui?

La jeune femme hocha la tête et attrapa le journal, qu'elle avait posé sur la table de chevet.

-As tu lu ceux du week end? Il paraît que deux humains ont fomenté un attentat au théâtre! Ah! On dirait bien que ce Comte a beaucoup d'ennemis, en fin de compte! Je ne comprends pas comment tu as pu te soumettre à lui...

-Ca s'appelle de la collaboration, pas de la soumission! Dit-il en donnant une pichenette dans le ventre de la jeune femme. Ne m'insulte pas, s'il te plais!

D'une main, Glen déplia le journal et parcourut les gros titres du regard. Il n'était question que de l'attentat au théâtre, on offrait une forte récompense à qui trouverait les deux aristocrates responsables de l'affaire, on déplorait presque une dizaine de morts mais l'on affirmait que les plus importantes têtes d'Angleterre étaient indemnes... Ou presque. Glen ricana doucement. La veille, il avait été amusé de voir que même les journalistes n'arrivaient pas à se mettre d'accord sur l'heure de l'incident, la cause ou encore le nombre de cadavres retrouvés. C'était l'anarchie, mais qu'importe! Les gens ne cherchaient ni la vérité ni les faits, ils voulaient du ragot, du commérage, de quoi entretenir de vives discussions acides dans les salons! Pouvoir cracher ouvertement sa rancoeur sur le dos du voisin, supputer tout et n'importe quoi et surtout le mensonge! Tout était bon pour faire pencher la balance! Ce genre d'attitude faisait toujours beaucoup rire Glen, elle avait quelque chose de profondément mesquin et pourtant tellement humain!
Aisling, qui avait gardé le silence pendant que l'irlandais lisait les gros titres, reprit finalement d'une voix tendue.


-Je me fais du soucis pour toi, c'est tout! Dit la jeune femme en bougonnant avant de marquer une courte pause. Mais... Tu sais, nous pourrions aussi prendre sa place! Il me suffirait d'affaiblir son esprit par quelques songes atroces, tu pourrais alors fausser sa vue par quelques illusions et l'achever serait un jeu d'enfant, non?

-... Tu as un humour morbide..., répliqua Glen d'une voix froide et menaçante alors qu'il repliait la journal.

-Ah! C'est l'hôpital qui se fout de la charité! Répondit la jeune femme en riant.

Son rire fut étouffé alors que Glen la saisissait par le col, la plaquant contre le lit. Son visage faisait une ombre inquiétante sur celui de la jeune femme, et elle déglutit péniblement en tentant de soutenir le regard perçant de son maître.


-Tu vas trop loin, Aisling... Depuis quand contestes-tu à ce point mon autorité? Tu sais à quel point j'ai horreur de l'insubordination... Je pourrais finir par croire que c'est moi que tu cherches à renverser, et tu n'aimerais pas perdre ma confiance, n'est ce pas? Je crois que ce n'est pas tant l'homme que ce qu'il a pu me raconter, qui t'effraie à ce point... Ne pas savoir, c'est cela qui te chagrine! Prends ton mal en patience et adopte une autre attitude. Il caressa doucement la joue tremblante de l'irlandaise. Tu sais que je n'aime pas te punir... Les larmes te vont moins que le sourire...

Sa main glissa le long de la gorge fine de la demoiselle. Sa peau matte était délicieuse et lui vint l'envie d'y goûter à nouveau, mais il se retint. La menace avait portée ses fruits, et la jeune femme acquiesça vivement.

-Bien! Brave petite! Dit le vampire en déposant un baiser sur le front de la jeune femme. Changement de programme, je vais aller rendre visite à quelqu'un qui saura sûrement mieux me renseigner au sujet de cette affaire! Et non tu ne m'accompagnes pas, navré, désolé, quel dommage, c'est bien triste, mais je n'aimerais pas que tu... Casses malencontreusement une tasse sur la tête de quelqu'un!!

Aisling, qui avait ouvert la bouche, prête à répliquer, la referma immédiatement. Glen se redressa et sauta vivement hors de son lit avant de s'étirer comme un félin. Les craquements de ses os arrachèrent une grimace de dégout à sa disciple, qui avait ce son en horreur. L'irlandais alla ouvrir la porte de sa chambre et héla Alice, l'une de ses servantes. La jeune femme ne tarda pas à le rejoindre et s'inclina en attendant les ordres. L'aristocrate lui demanda de lui faire couler un bain et de lui sortir des serviettes propres, chose qu'elle fit sans ajouter un mot.
Très soucieux de sa tenue, il avait la saleté en horreur et rien ne le mettait de plus mauvaise humeur que la sensation de ne pas être irréprochable. Il avait passé bien des années dans une crasse sans nom, il avait même finit par être adopté par les ours et tigres dont il s'occupait, à cause de l'odeur qu'il dégageait. Cette époque là ne lui manquait pas, étrangement! Se plongeant avec délices dans l'eau parfumé, l'aristocrate y resta de longues minutes, contemplant le mur carrelé de beige en face de lui. Il commençait à se demander s'il faisait bien de s'aventurer jusque chez le Comte ce soir... Certes il lui avait demandé de le rejoindre quelques jours après la représentation de Coriolan, mais les choses ne s'étaient certainement pas déroulées comme il l'avait envisagé. Toujours très prudent, Glen réfléchissait à cela depuis quelques jours. Il était horriblement curieux, il voulait savoir ce qu'il s'était réellement produit, mais il n'avait aucunement envie de se retrouver bêtement scindé en deux morceaux. La condition de vampire décapité n'avait jamais été une ambition chez lui!
D'un autre côté... N'était-ce pas faire preuve de dédain et d'ignorance à l'égard du Comte que de ne pas répondre à cette invitation lancée la semaine précédente?
Glen promenait son doigt à la surface de l'eau tiède, pesant le pour et le contre des deux options qui s'offraient à lui. Il n'avait pas rencontré de vampire aussi difficile à comprendre et cerner que le Comte depuis si longtemps qu'il avait perdu l'habitude de ce genre de choix.
Quand enfin la curiosité l'emporta sur la prudence, l'eau de son bain était froide, et le bout de ses doigts aussi ridés que ceux d'un vieillard. Quelle étrangeté pour un homme de plus de quatre siècles qui avait conservé la jeunesse de ses vingt sept ans...
L'irlandais finit par sortir de son bain et enroula une serviette autour de sa taille. Il essora ses longs cheveux rouge sang jusqu'à ce qu'ils soient ébouriffés et lui retombent sur le visage.
Regagnant la chambre, Glen attendit qu'Aisling vienne l'aider à s'habiller. Ce soir, il avait choisit le violet comme dominante colorée. Sa chemise violine se mariait à merveille à son veste noir brodé de parme, un élégant pantalon noir lui couvrait les jambes, et il choisit tout naturellement une veste de brocard assortie à sa chemise. Un noeud couleur prune venait ceindre son cou, et des gants noirs couvraient ses mains pâles. Pendant que la demoiselle l'habillait, Glen continuait à fixer un point sans réellement le voir.

Il savait lire entre les lignes d'un article racoleur de journal... Un attentat, certes, deux fugitifs, bien sûr, mais avant tout un échec. Ce qui lui sautait aux yeux, c'était cet échec, cette absence de victoire triomphante dont lui avait parlé le Comte. Il y avait donc bien à Londres des chasseurs ou des gens suffisant forts et remontés pour tenir tête à un vampire tel que lui. Un rictus forcé naquit que les lèvres du vampire. Les Hommes n'avaient pas encore totalement perdu leur rage de vaincre ni leur envie de se battre pour sauver leurs maigres carcasses.
Quand le vampire fut habillé et coiffé, il alla s'assoir devant sa petite console pour maquiller ses yeux et son visage. Il se décida finalement à rompre un silence trop pesant.


-Alice, fais nous porter à boire, s'il te plais! Demanda-t-il à la jeune servante qui venait de refaire le lit de l'aristocrate.

La jeune fille s'exécuta, et lorsqu'elle fut sortit, Glen en profita pour s'adresser à nouveau à Aisling.

-Ce qui me chagrine... C'est que tu ne me fasses pas plus confiance, dit-il en traçant un trait de khôl sous son oeil gauche. Tu n'as aucun soucis à te faire, et en temps voulu je t'expliquerai tout ce que tu as besoin de savoir! Tu peux me croire quand je te dis que ce qui se joue à présent n'est pas une piètre opérette de bas étage... C'est grand, c'est immense, incommensurable et je suis tenté d'inventer un nouveau mot pour le qualifier! Termina-t-il en se retournant vers la jeune femme.

Toujours aussi muette, Aisling esquissa néanmoins un sourire en hochant la tête. Glen avait vu juste, ce qu'elle redoutait réellement était le fait de ne pas savoir ce qu'il avait en tête. Elle le savait prudent mais aussi auto destructeur, se mettre en danger ou accueillir la mort à bras ouverts avait toujours été une seconde nature chez lui. Pour qu'il s'agite autant depuis quelques jours, elle se doutait bien qu'il devait avoir trouvé un nouveau centre d'intérêt... Seulement sa curiosité et son besoin de tromper l'ennui restaient ses deux plus grandes faiblesses, et elle ne savait comment le lui rappeler sans risquer de le mettre à nouveau en colère. Ce sourire de clown aux accents sadiques, elle préférait ne pas le voir une deuxième fois dans la soirée.
Glen se leva alors, et tendit une main gantée à sa seconde. Le khôl faisait ressortir ses yeux bleus, et son teinte pâle avait été renforcé par une légère touche de poudre. La demoiselle ne se fit pas prier et lui prit la main. Elle sembla se détendre un moment, bien qu'elle resta crispée quand elle sentit Glen l'attirer vers lui.


-Efface moi cette mine déconfite de ton visage, dit-il en caressant la joue de sa seconde. Je suis convié à un bal qui doit avoir lieu d'ici quelques semaines, et je te promet de t'y emmener, cette fois!

-Ah! Voilà qui me rassure! Je n'oublierai pas que tu me l'as promis! Répondit-elle en se forçant à sourire.

Il était encore tôt, et le deux vampires prirent le temps de discuter un peu dans le petit boudoir attenant à la chambre de Glen. Alice leur apporta deux verres et son propre sang, que l'irlandais appréciait tout particulièrement. Il écarta tout de suite le sujet de la soirée à venir et ne s'attarda que sur des sujets anodins, le bal à venir, d'autres petites choses futiles, et il sentit peu à peu Aisling s'apaiser. Il ne comprenait pas son inquiétude, pas plus qu'il ne saisissait sa réticence vis à vis de Mim. Il trouvait même étrange que la demoiselle ait plus de respect pour Elizabeth, qui s'était montrée si sauvage et mystérieuse, que pour la tueuse à gages, qu'il n'avait pas mis de temps à effrayer suffisamment pour la forcer à courber l'échine. Leur logique devait aller en sens contraire, et Glen finit par ne plus y penser, laissant néanmoins la question en suspend dans son esprit.
Pour l'heure, il était plus préoccupé par cette attaque au théâtre. Il avait vu juste lorsqu'il avait vu les flammes ravager le quartier de Trafalgar. Si les journaux mentionnaient des fugitifs, des meurtriers, des assassins, chacun utilisant un terme différent, cela ne pouvait signifier qu'une chose: Ils étaient en vie, et ne tarderaient sûrement pas à renouveler leurs attaques. Glen aurait aussi bien pu s'en désintéresser totalement, lui qui était doté d'un égoïsme hors du commun, mais si les chasseurs commençaient à se regrouper sous une seule et même bannière, il était évident que lui aussi avait une nouvelle bonne raison de s'allier à d'autres vampires.
Il se doutait bien qu'Aisling devait se demander pourquoi Glen semblait vouloir accorder un peu de sa confiance et surtout son intérêt au Comte. Étrangement, l'irlandais avait eu le sentiment que ce vampire arrivait à voir autre chose que son masque de clown et ce sempiternel sourire sur ses lèvres, chose qui l'avait plus que surprit. Certes ils s'utilisaient l'un l'autre pour parvenir à leurs fins, mais ne pouvait-on pas avoir une certaine sympathie pour l'autre même dans un cas pareil? Qu'importe, Glen marchait à l'impression et était souvent impulsif, se poser plus de question n'aurait fait que le rendre encore plus indécis.

Le curiosité le poussait à y aller, quitte à le regretter, et il n'avait absolument pas envie d'attendre dans son coin qu'on vienne sonner à sa porte pour réclamer sa tête. Porte qu'il referma derrière lui après avoir enfilé sa redingote et son chapeau haut de forme. Son cocher l'attendait depuis quelques minutes déjà, et l'aristocrate n'eut qu'à lui donner l'adresse et monter dans la voiture pour qu'il ordonne aux chevaux de se mettre en route.
Les jambes nonchalamment étalées sur la banquette en face de lui, Glen regardait les rues sombres de Londres qui défilaient sous ses yeux au rythme chaotique des pavés. Il vit à peine le temps passer, et lorsqu'il fut arrivé, il fut presque étonné de sentir l'attelage s'arrêter non loin des grilles de fer.
Quelques minutes s'écoulèrent, jusqu'à ce que Glen s'impatiente. Poussant un soupir, il descendit de la voiture et s'approcha des grilles de fer. Absorbé dans ses réflexions et contrarié par son cocher qui tardait à revenir, il en oublia sont aura, qu'il n'avait pas entièrement dissimulée.
Non loin de lui, une ombre semblait se mouvoir prêt de l'entrée du domaine. Il perçut quelques gargouillements étranges et reconnu la couleur de la veste de son cocher. S'approchant un peu plus, Glen toussota.


-Hum... Dites... Ca vous ennuierait de lâcher mon cocher? C'est qu'il m'est utile, voyez vous... Sans lui je vais être obligé de rentrer à pieds! Allons lâchez-le, il a été impoli? Si c'est le cas, je le punirai!

Glen se pencha pour voir l'agresseur et tenter éventuellement de sauver un morceau de son cocher. C'est à ce moment là qu'il se rendit compte qu'il avait peut-être sous estimé la garde rapprochée d'un vampire convalescent... Sur ses gardes, il jura qu'on ne l'aurait pas si facilement mais seul, il ne faisait pas le poids, c'était certain.


Dernière édition par Glen O'Sullivan le Jeu 20 Déc - 10:49, édité 1 fois
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: L'Heure du Cavalier a sonné [Comte, Glen] [13/03/42] Mar 18 Déc - 0:08

Il était aux environs de 3h du matin et le domaine du Comte semblait dormir d'un sommeil bienveillant. Nulle âme ne faisait plus aucun bruit. A cette heure, le silence qui régnait sur les lieux paraissait presque surnaturel. Seules Annabelle et sa sœur chantaient. Elles étaient occupées à arroser les plantes dans le hall. Un doux son de piano hantait les lieux: Ludwig était avec Arnoldo dans la salle de musique pour apprendre au petit calice à lire de nouvelles partitions. Hormis ces douces voix et cette petite mélodie éloignée, nulle trace de vie ne semblait animer l'endroit. Marco était installé avec Eldwood dans la bibliothèque du second étage. Les deux hommes lisaient en silence des ouvrages sur les Loups-Garous, persuadés qu'ils renfermaient un indice capable de faire office de faille dans leur défense. Salluste, lui, errait dans le musée du rez-de-chausée. De leur côté, Carl et les cuisiniers préparaient quelques collations pour le personnel humain encore actif tandis que les autres domestiques dormaient. Les Sept s'occupaient d'Arath et Maria sous la chapelle et les jeunes disciples erraient alentours pour veiller sur la propriété, attendant le retour de ceux qui étaient de chasse cette nuit.

Le domaine semblait paisible. Rien ne venait perturber la quiétude des Vampires et de leurs serviteurs.
Le Comte lui-même était allongé dans son lit. Il regardait le plafond et son baldaquin. Muet, il semblait presque mort avec ses yeux voilés de brume. Sa chemise blanche était à moitié ouverte, laissant entrevoir quelques bandages neufs. Son petit foulard carmin, noué en cravate, était défait pour plus d'aisance, et ses longs cheveux d'argent formaient une véritable rivière emmêlée sur son drap de soie rouge. Il gardait sa jambe droite allongée tandis qu'il avait l'autre pliée. Dans sa main droite, Roméo et Juliette de Shakespeare trônait encore, encore et toujours. Le livre était fermé et ses longs doigts d'albâtre servaient de marque page. Laissant son regard transparent sonder l'espace au-dessus de lui, le Comte songeait. Il songeait à la fée Mab, encore, et dormait presque. Dans son esprit s’envolaient d'étranges réflexions. Ce n'était pas pour rien qu'il conservait une figurine de cette fée dans sa chambre sous l'Opéra...non...c'était sa muse, celle qui lui ouvrait les portes des autres plans...il en était persuadé. Les Hunters pouvaient bien lui prendre Coriolan...il conserverait Mab et ses songes...elle était belle, dans son imagination, belle et bienveillante, comme une mère.

Le Vampire s'endormit. C'était rare que le Comte ne dorme ainsi en pleine nuit. Lui, qui était toujours très actif dès que le jour tombait, semblait ce soir particulièrement las. En vérité, sa blessure au genoux l'avait grandement fatigué et ces derniers jours avaient été tellement frustrants qu'il n'en avait que peu dormi. En effet, il n'avait pas l'habitude de peiner pour se déplacer et sa colère interne, qui lui rongeait les nerfs depuis son échec, accentuait la tension général de son corps. Il était fatigué. La montagne de lettres auxquelles il répondait souvent l'avait également fait veiller aujourd'hui et, alors qu'il venait de manger et de s'allonger confortablement dans son lit, Shakespeare venait de le plonger dans des réflexions trop oniriques pour qu'il ne se sente pas assez apaisé pour dormir. Il avait donc fermé les yeux et s'était laissé aller.

Un serpent, non un foulard...ou peut-être une chevelure...
Longs filaments laiteux au sol...
Chemin tracé, chemin sacré.
Arianne avait été oubliée...
Mais pas par lui.


A peine un quart d'heure après qu'il ai sombré dans un étrange sommeil agité d'ombres et de formes sinueuses, une perturbation dans l'atmosphère de son domaine éveilla les sens du Comte. Le Vampire se redressa et, abandonnant Shakespeare près de lui, il se mit à tendre l'oreille. Il ne pouvait pas entendre quoi que ce soit à l'extérieur, évidemment, surtout que "l'intru" qu'il venait de détecter était encore au niveau des grilles du parc, mais il était assez puissant pour reconnaître cette aura : c'était Glen, le Vampire qu'il avait rencontré dans le cimetière de Highgate. Le Comte hésita une seconde, assis sur le matelas moelleux. Que venait-il faire ici ? Était-ce une simple visite de courtoisie ou sa curiosité qui l'avait poussé à venir jusqu'ici ? Était-ce raisonnable de le faire entrer ? Il y eut alors un mouvement d'auras plus faibles mais plus nombreuses et agitées, et le Comte fronça les sourcils. Ses disciples ne connaissaient pas le Vampire aux cheveux rouges, il n'en avait jamais parlé...L'accueil n'allait certainement pas être très agréable vue la situation...

Le lord se leva alors d'un bond pour enfiler ses bottes et, après avoir reboutonné rapidement sa chemise, il refit son nœud d'un geste précis avant d'empoigner sa canne-épée pour s'y appuyer. Il fallait accueillir ce Vampire comme il se devait! Attrapant au passage une veste carmin, le Comte la jeta sur ses épaules et saisit la poignée de sa porte d'un mouvement rigide.
Lorsqu'il fut dans le couloir, le Comte tomba nez à nez avec Salluste qui était monté depuis le rez-de-chaussée.


- Ha ! Mon maître, je venais vous chercher : un Vampire extravagant vient de se présenter à vos portes...

Le Comte l'écarta avec humeur pour passer.

- Je sais ! C'est mon invité.

Salluste resta muet. Il était surpris que le Comte puisse avoir "un ami" dont il ignorait l'existence. Depuis toujours, le lord ne cachait aucune de ses relations à aucun de ses disciples et, même s'il pouvait évidemment avoir quelques secrets à conserver pour lui-même, il n'était pas habituel qu'il ne les tienne pas au courant de ses relations vampiriques. Lui, au moins, était toujours dans le secret. Sallustre fronça donc les sourcils et suivit son maître avec inquiétude : il trouvait que quelque chose avait changé chez lui depuis quelques mois. Il avait déjà remarqué que l'arrivée de Sarah Spencer dans la vie de son maître l'avait affecté, influençant son moral, ses plans, sa santé même! Mais aujourd'hui son comportement l'alertait réellement. S'attacher à une Humaine aussi insupportable et dangereuse que cette magicienne pouvait bien être une forme de désir et de défit que tout le monde voulait bien lui accorder, mais fréquenter de nouveaux Vampires sans les tenir au courant avait bien plus d'importance... Sébastian... Fiora... Wynn... Elizabeth...et maintenant celui-là...ce nouveau qui venait directement le trouver chez lui...Quelque chose le remuait chez son maître : lui qui avait autant de disciples et d'élèves semblait chercher de l'aide chez des inconnus. C'était insensé ! C'était même complètement irrationnel et surtout dangereux! A quoi jouait-il donc? Que leur cachait-il au fond? S'était-il donc lassé de ses disciples? Voulait-il les remplacer? Il était temps de montrer au Comte que la situation ne pouvait pas plaire à tout le monde et que sans un minimum de confiance ses plans risquaient de mal tourner. Cela faisait maintenant plus de 3 siècles qu'ils se fréquentaient et jamais encore Salluste n'avait eu à critiquer ses méthodes. En effet, quoique douteuses en général, elles n'avaient jamais été composées sans leur accord commun. Le Comte commençait à faire des plans en solitaire et à mêler des étrangers à ses affaires...Cela ne lui plaisait pas du tout...Ce nouvel arrivant était la goutte d'eau.

Alors que Salluste était perdu dans ses sombres pensées, le Comte s'arrêta soudainement dans la galerie du premier étage qu'ils venaient d'atteindre et le disciple manqua de lui rentrer dedans. Surpris, le Vampire se trouva face à face avec son maître qui venait de faire brusquement volte face pour le dévisager avec colère. Salluste cilla et sa figure se décomposa en une expression de peur lorsqu'il vit dans les yeux brumeux du Comte une pointe de fureur briller sur lui.


- Depuis quand, Salluste, es-tu jaloux de mes rencontres...? Demanda-t-il en le regardant de haut.

Salluste pâlit. Le Comte avait lu dans son esprit et il lui tombait maintenant dessus: c'était l'heure des explications.


- Je...je ne suis pas...jaloux, Monseigneur...je suis simplement inquiet...Bégaya le disciple en reculant d'un pas tandis que le Comte avançait encore contre lui. Le lord l'attrapa alors par le col et le tira à lui.

- Je n'ai à justifier ni mes actes, ni mes choix, Salluste. Fit-il les dents serrées sur un ton froid et lugubre. Lorsque j'aurai besoin de ton avis, je te sonnerai ! Pour l'heure, va prévenir Carl et Eldwood !

Le Comte poussa Salluste en avant pour le laisser passer devant lui. Le vieux disciple grimaça et avança d'un pas plus rapide. Mais, tandis qu'il s'éloignait, il se retourna soudain et, une lueur de défit dans le regard, il pointa le Comte du doigt:

- Prends garde Jirômaru, certains Vampires iraient loin pour obtenir ne serait-ce qu'une goutte de ton sang!

Sur ces mots, Salluste quitta la galerie pour s'engouffrer dans un couloir et se rendre à la bibliothèque afin d'exécuter l'ordre que venait de lui donner son maître et pour éventuellement échapper à sa colère. Eldwood devait être par là...
Le Comte quant à lui était resté figé, droit et dur, fac à l'insolence de son disciple. Il serra les dents et les poings en regardant ce dernier partir. Depuis quand Salluste était-il aussi amer avec lui ? Il repassait au tutoiement qui les avait lié pendant longtemps, dans une amitié certaine, mais c'était presqu'une menace directe qu'il venait de lui faire! Il avait besoin d'une correction mais, en même temps, le Comte lui donnait raison. Il savait bien que dans son état ce n'était pas très prudent d’accueillir un Vampire aussi âgé que Glen alors qu'ils ne se connaissaient pas encore vraiment. Et il savait que ses plans actuels allaient en dérouter plus d'un...Mais il était chez lui, il ne craignait absolument rien concernant Glen et ses projets avaient besoin de se développer dans l'ombre la plus totale pour réussir...Salluste en savait bien plus que d'autres, et il était simplement vexé de ne pas avoir été mis dans la confidence au sujet de sa rencontre avec Glen...Vulgaire jalousie! Il avait son sceau! Que pouvait-il espérer de plus? C'était la plus grande marque d'honneur et de reconnaissance qu'il soit dans le monde de la nuit!
Le Comte tiqua à cette pensée et il soupira soudain: oui Salluste était jaloux, mais il avait surtout peur...non pas réellement peur pour sa vie, mais peur que le Comte ne se laisse tenter de donner son sang à un autre que lui...Il craignait tout ces nouveaux contacts...particulièrement Fiora Hagane...Et il avait senti que ce nouvel arrivant était non seulement assez vieux pour attirer son maître mais aussi clairement dans son estime! Pour que le Comte ne se lève ainsi afin d'accueillir l'un des siens, dans son état, c'était qu'il appréciait assez ce dernier...

Toutes ces réflexions mises de côté d'un revers de la main, le Comte se rendit dans le hall où chuchotaient Annabelle et Cécilia. Lorsqu'elles virent le lord arriver, elles se retirèrent sur le côté en esquivant une courbette.

Dehors, le cocher de Glen avait été attrapé par Alphonse. Le Vampire, âgé de 250ans, domestique à la demeure du Comte, avait été prévenu de l'arrivée du fiacre par deux disciples qui aimaient se percher sur la chapelle pour observer les environs. Arrivé à la hâte, écartant de son rôle le gardien de la grille, il était venu pour aller à la rencontre de l'inconnu. L'aura qu'il dégageait était impressionnante pour lui, et les disciples sous la chapelle se tenaient prêts à intervenir. Avec leur maître blessé et les instructions de Salluste, ils étaient sur leurs gardes depuis le théâtre. Il fallait éviter que le Comte ne soit dérangé pour rien et surtout repousser les opportunistes qui pourraient lui chercher quelques failles.
Mais, arrivé à la grille, il était tombé sur un jeune humain qui avait franchi cette dernière de lui-même...


- Qu'est-ce que vous faites? C'est une plaisanterie?! Avait tonné le Vampire en attrapant le cocher par le col. Vous vous permettez d'entrer sur la propriété du Comte sans même attendre que l'on ne vous ouvre?!

Alors qu'il montrait les crocs, Alphonse fut interrompu par une voix claire et douce. Il se retourna vivement pour dévisager l'inconnu. C'était un homme de petite taille, cependant plus grand que lui qui ne mesurait qu'un mètre soixante-douze, et ses cheveux étaient d'un rouge flamboyant très étrange. Son manteau s'ouvrait sur un costume noir et mauve du plus grand style et son haut de forme ajoutait à son visage maquillé une touche d'ombre à la fois menaçante et tranquille.

Alphonse ouvrit la bouche pour demander haut et fort à l'inconnu de s'annoncer mais il sentit alors sur lui une pression étouffante: l'aura du Comte venait d'envahir le domaine avec une nouvelle force. Le Vampire lâcha aussitôt le cocher et fit une courbette.


- Pardonnez-moi...Veuillez entrer: le Comte vous attend...

Perturbé, le domestique ouvrit complètement les deux grilles de fer pour laisser passer le fiacre. Lorsqu'il referma la porte derrière le véhicule qui s'en allait vers le perron du manoir, Alphonse resta un instant contre les barreaux froids de cette dernière. Il était évident que le Comte avait menacé tout le monde au sujet de l'inconnu afin de leur intimer l'ordre de le laisser passer. Alphonse se ressaisit rapidement et il regagna le domaine pour aider le cocher à détacher les cheveux afin de les conduire à l'écurie voisine.

Le Comte était en haut des marches, dans l'encadrement de la porte ouverte. Il s'appuyait sur sa canne-épée et laissait sa veste carmin se gonfler de vent. L'air était léger car, tout comme la journée avait été belle, c'était une belle nuit qui s'avançait. Aussi le lord respira-t-il avec joie une bouffée de cette saveur nocturne. Soupirant d'aise, il laissa son regard blanc tomber sur Glen. Un sourire carnassier vint animer son visage tandis qu'il l'accueillait à bras ouverts.


- Monsieur O'Sullivan! Que me vaut l'honneur de votre visite?

Ne laissant pas à Glen le temps de répondre, le Comte le fit entrer.

- Mais entrez, entrez...Vous me raconterez cela devant un bon verre...

Une fois dans le hall, Anabelle débarrassa Glen de son manteau et de son chapeau pendant que le Comte présentait sa demeure au Vampire.

- Bienvenue dans mon humble demeure...venez, nous serons mieux au salon.

Entraînant Glen, le Comte traversa le hall, franchit une porte, un couloir puis une seconde porte qui donnait sur un magnifique salon où les attendaient déjà deux verres et une carafe de sang chaud. En chemin, il était évident que le Comte boitait mais le lord se tenait tout de même droit et sa démarche ne perdait pas beaucoup de sa prestance.

Une fois arrivé dans le salon, le Comte présenta à Glen un fauteuil et Cécilia leur servit chacun un verre de sang. Le Comte s'assied à la suite de Glen, en face de lui, et posa sa canne-épée contre son propre fauteuil. Avec un sourire charmeur, il rit en tapotant son arme:


- Pardonnez-moi cet usage à l'intérieur, je ne chercherai pas de duel, rassurez-vous...Mais vous savez que je ne puis m'en passer pour le moment...

Son sourire s'accentua. C'était entre l'exposition d'une situation et l'ironie la plus complète. Visiblement le Comte restait amer quant à sa blessure au genoux.

- Alors? Fit-il en se retenant de croiser les jambes. Que puis-je pour vous, Monsieur Sullivan?


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
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MessageSujet: Re: L'Heure du Cavalier a sonné [Comte, Glen] [13/03/42] Jeu 20 Déc - 13:09

Glen s'était attendu à ne pas avoir un accueil des plus chaleureux, mais il était tout de même plus que surprit. Son regard se promena le long des grilles d'acier, et il lui sembla bien qu'on l'observait. Un domaine bien gardé et bien protégé, c'était certain. Pourtant, l'irlandais trouvait l'attitude du gardien bien paranoïaque. Il fut prit de l'envie de lui faire remarquer que son maître n'était pas en cristal et encore moins en sucre, mais il se retint. Quand il le fallait, il savait garder sa langue dans sa poche.
Pour l'heure, il était surtout agacé. Son cocher était un incapable doublé d'un empoté. Nerveux, il avait tenté de pousser les grilles de l'entrée sans même attendre qu'on vienne lui ouvrir. Quel idiot! Mais il était jeune, il avait à peine dix sept ans et il s'agissait là de l'un de ses premiers voyages. Son prédécesseur avait eu le malheur d'ouvrir la bouche une fois de trop alors que son maître le rabrouait férocement. Il en avait payé le prix fort, forçant le Marquis à se trouver un nouveau serviteur pour remplir son office de cocher et palefrenier. Loin d'être conciliant, Glen jeta un regard glacial à son serviteur, qui ne savait plus où donner de la tête entre son maître et le vampire qui le tenait par le col.
Entendant ce dernier vociférer, l'irlandais leva les yeux au ciel avec un soupir agacé.


-Et de quoi avez-vous peur? Que nous vous attaquions? Soyez réalistes! Nous sommes deux, ce n'est qu'un humain, c'est ridicule! Si nous reprenions les choses calmement et civilement, qu'en dites-vous?

Mais ils n'eurent pas le temps de poursuivre cette conversation car déjà, l'aura du Comte semblait avoir mis tout le monde d'accord. Le vampire s'inclina vivement et invita l'irlandais à entrer, forcé de courber l'échine face à une telle force. Glen esquissa un sourire, satisfait, et remonta dans le fiacre. Sentir la présence d'autant de gardes autour du domaine ne l'étonnait pas tant que ça. Par nature, les vampires étaient méfiants, et ils gardaient leur domaine avec jalousie comme un dragon son tas d'or. Lui même avait résisté à la tentation de torturer plus encore Mim lorsqu'elle s'était introduite chez lui sans y avoir été invitée. Mais parce qu'elle avait su se montrer utile à ses yeux, il s'était contenté de la malmener psychologiquement. En y repensant, il avait trouvé cette soirée amusante. Il ne s'était pas trouvé en présence de si jeunes vampires depuis bien longtemps, et leur impulsivité, leur maladresse et leur inexpérience l'avaient beaucoup fait rire. Il entendait bien creuser un peu plus du côté d'Elizabeth, à qui il ne faisait pas du tout confiance, mais Mim avait été si amusante à traumatiser! Ce soir, les choses seraient différentes et reprendraient certainement la direction prise au cimetière, et il ne serait pas question de jouer comme il l'avait fait quelques jours plus tôt.

Quand la voiture s'arrêta à nouveau pour déposer l'aristocrate devant les marches de la grande bâtisse, le cocher vint ouvrir timidement la porte, se cachant comme il le pouvait derrière le petit rideau. Perdu dans ses pensées, Glen mit une seconde avant de se ressaisir et sauta vivement hors de l'habitable. Il jeta un regard furibond au jeune homme, qui tenta de se faire plus petit qu'il ne l'était déjà. Glen se contenta d'hocher sèchement la tête plutôt que le morigéner immédiatement. Il avait tout le temps de le reprendre plus tard, ce qu'il ne manquerait pas de faire.
Se désintéressant du cocher, le rouquin leva les yeux vers le perron, où l'attendait le Comte. Toujours aussi élégant dans son manteau carmin, il baissait les yeux vers l'irlandais, un sourire de prédateur aux lèvres. Glen lui sourit à son tour, quelque peu amusé, même s'il avait à l'instant l'étrange impression d'être un morceau de viande ou une friandise particulièrement appétissante.
Ôtant son chapeau, il s'inclina légèrement.


-Monsieur le Comte!

Glen remarqua alors les marques sur le visage de son hôte, ainsi que l'irrégularité de sa peau. Elle n'avait pas l'air d'avoir brûlée ni abimée avec de l'argent... De l'eau bénite, peut-être? C'était fort probable, et malgré la cicatrisation qui semblait se faire, le résultat n'était pas bien beau à voir.
Pourtant, le sourire de l'irlandais ne quitta pas son visage. Il n'eut pas l'air inquiet et ne montra pas la plus petite marque de pitié. En vérité, il ne connaissait pas la pitié, et savait combien il pouvait être insultant pour un puissant vampire de sentir peser sur lui une fausse compassion.
Glen ouvrit la bouche, prêt à répondre à la question du Comte, mais celui-ci ne lui en laissa pas le temps, l'invitant tout de suite à entrer. Sans se faire prier, le Marquis le suivit sans un mot.
Une fois à l'intérieur, une jeune femme l'aida à retirer son manteau et prit son chapeau. L'aristocrate admira alors la beauté de l'endroit. Des boiseries aux tons chauds ornaient les murs, reflétant la lumière des lustres grâce aux vernis, et d'élégants tapis tissés avec soin et style décoraient le sol. Tout l'intérieur faisait montre d'une richesse impressionnante, mais sans exubérance ou surcharge. Le mobilier avait été choisit avec minutie pour se marier au décor, les chandeliers ouvragés décoraient les meubles, et l'irlandais s'accorda tout de suite à dire que l'intérieur faisait preuve de beaucoup de bon goût.

Malgré l'impression de chaleur et d'hospitalité qui se dégageait du lieu, Glen avait la très nette impression de ne pas être le bienvenu. En un sens, cela pouvait se comprendre. C'était un étranger, un vampire farfelu à l'attitude étrange, mais il ne semblait pas avoir fait preuve d'une quelconque agressivité. Que craignait-on de lui? Qu'il se jette sur le Comte pour lui sucer le sang jusqu'à la dernière goutte? L'idée était si grotesque que Glen fut tenté de rire. Il était fou et par bien des aspects peu fréquentable, mais le respect de la hiérarchie était un point sur lequel il restait intransigeant. Ayant horreur de l'insubordination chez les siens, il savait rester à sa place. Dès lors qu'on ne le prenait pas pour un brave toutou ou pire, une marionnette, bien sûr... Glen n'était pas idiot, il n'était pas chez lui et qui plus est désarmé. Au fond, il n'était pas venu seulement par curiosité ou simple courtoisie. La semaine passée, il avait apprécié la tournure prise par la conversation, et malgré sa méfiance vis à vis du Comte, il n'avait pas pu s'empêcher de revenir.

Une fois de plus, Glen fut coupé dans son élan alors qu'il s'apprêtait à complimenter le travail de l'architecte et du décorateur. Ce que le Comte lui dit à cet instant le figea et le fit grimacer. L'irlandais tenta de garder une certaine contenance, mais le rictus maladroit sur son visage ne dût pas passer inaperçu. Lui même ne parlait jamais de son manoir comme d'une humble demeure, pour la simple et bonne raison que la résidence d'un aristocrate n'avait rien d'humble. Mais plus que tout, ce qu'il venait d'entendre reprenait à peu de choses près les premiers mots que son père lui avait adressé. Très attaché au passé, Glen gardait un souvenir indélébile de cet instant, de ce jour où il avait eu envie de lui arracher la langue pour lui faire passer l'envie de se moquer de lui. Encore aujourd'hui, il trouvait toujours ironique que l'on soit prêt à comparer le château d'un prince à la mansarde d'un miséreux.
Mais l'irlandais retrouva rapidement son sourire, tentant de chasser cette désagréable impression de déjà vu de son esprit. Il n'avait jamais parlé de cela à qui que ce soit, même Aisling ne le savait pas, ce n'était qu'une coïncidence, un pur hasard... Du moins tentait-il de s'en convaincre.

Glen se contenta de suivre le Comte jusqu'au salon. Il remarqua rapidement que ce dernier boitait et s'appuyait sur sa canne pour garder l'équilibre, mais il marchait si vite et avec une telle détermination que l'irlandais dû presque courir derrière pour ne pas être distancé. Il était à présent certain de ne pas avoir affaire à un homme jouant sur la maladie pour s'attirer la compassion de son prochain, et Glen se demanda avec amusement ce qui pourrait bien arriver à celui qui oserait poser une main sur son épaule en se pensant bienveillant...
Le salon dans lequel il entra était à la hauteur du reste de l'édifice: Somptueux. De grandes étagères exposaient des dizaines de petits objets, les verres faisaient briller leur surface à la lumière des chandelles et de moelleux sofa semblaient attendre patiemment qu'on s'y installe. Une jeune domestique vint leur servir à boire tandis qu'ils prenaient tous deux place. S'installant dans le fauteuil que le Comte lui proposait, Glen appuya son coude contre l'accoudoir, afin d'y reposer son menton avec nonchalance.


-Et bien! Voici un cadre qui change singulièrement de celui de notre première rencontre! Dit-il en riant. Vous avez là une demeure absolument magnifique!

A la remarque du Comte, Glen sourit avec amusement en hochant la tête. Chercher un duel avec lui n'aurait fait que le frustrer, car l'irlandais n'aimait pas se battre. Il avait apprit à manier l'épée et le fleuret, bien sûr, mais il préférait que l'on se batte pour lui plutôt que de se salir les mains. Son arme la plus redoutable restait sa langue acérée et sa répartie, en aucun cas son gabarit ou sa force de frappe. Jugeant la remarque du Comte ironique, Glen préféra renchérir avec une note d'humour, sans mettre en avant la blessure qu'il portait au genou. Si celle-ci ne tarderait certainement pas à cicatriser, elle marquerait sûrement bien plus sa fierté, et retourner le couteau dans la plaie n'était certainement pas la meilleure solution.

-Oh je m'en doute bien! D'autant que je suis totalement désarmé, ce ne serait pas équitable! Les duels à l'épée ne sont pas ma spécialité, je le crains fort! Mais je comprends. Les journaux de ces derniers jours ont fait état du scandale du théâtre, et je n'ai pas pu m'empêcher de suivre cette affaire de près! Les journalistes ont du mal à se mettre d'accord, et de jour en jour les choses changent, c'est à n'y rien comprendre! Je dois vous admettre que ce n'est pas seulement cela qui m'interroge, dans cette histoire...

Glen marqua une courte pause. Voir tant d'informations incompatibles les unes avec les autres l'avait amusé, des cadavres apparaissaient et disparaissaient chaque jour, certains journaux dramatisaient la situation à l'extrême pour alimenter les ragots, et le rouquin attendait encore le jour où l'on annoncerait l'agonie ou la mort d'un des protagonistes de cet attentat.
Seulement, une autre chose le chagrinait davantage. Alors qu'il semblait regarder le Comte, son regard se perdit au loin, comme s'il réfléchissait à voix haute, l'air soudain bien plus sérieux.


-Ils sont plusieurs, n'est ce pas? Les chasseurs se rassemblent sous la même bannière, il me semble. Pourtant, je croyais leur ligue éteinte depuis plus d'un siècle, à Londres. Même à Galway, d'où je viens, il n'y a plus que le chaos pour régner en maître sur ces chasseurs, et ils passent plus de temps à se battre entre eux qu'autre chose! Mais on dirait qu'ici, ils se sont décidés à bouger...

Le regard perdu de Glen vint se planter à nouveau dans ceux de son interlocuteur, et il retrouva son sourire par la même occasion.

-Pardonnez-moi, je réfléchis à voix haute! Ce n'est peut-être pas le bon moment pour parler de ça, me direz-vous! Pour vous répondre, vous m'aviez dit l'autre jour que vous souhaitiez me revoir après votre pièce, alors me voici! Dit-il joyeusement en ouvrant les bras. Je suis un homme de parole, et vous m'aviez sous entendu que nous avions encore bien des choses à nous dire...

Posant les coudes sur ses genoux, Glen se pencha en avant. Leur rencontre au cimetière ne l'avait pas laissé de marbre, bien au contraire et depuis quelques jours, il repensait à ce qu'il avait vu. En particulier ce songe étrange et bleuté qui l'avait laissé dans l'incompréhension la plus totale.
Conscient de sa propre folie, Glen avait toujours pensé que ses propres rêves n'avaient aucun sens parce qu'ils n'étaient pas fait pour en avoir un. Ils étaient grotesques et délirants, c'était ainsi, et il n'avait pas cherché plus loin, comme s'il avait peur d'en comprendre le sens profond. Mais à présent, il s'interrogeait. Avait-il eu raison de demander à Aisling de chasser tous ses rêves de son esprit pour ne plus avoir à en supporter le non sens? Pendant un instant, il hésita à faire part de ses questions au Comte.


-Voyez-vous, je m'interroge depuis notre rencontre..., murmura-t-il dans un souffle avant de s'assurer qu'on ne l'écoutait pas. Sur ces images que vous m'avez montré. J'ai toujours cru que les songes n'étaient qu'un délire onirique de notre esprit, je n'y ai jamais vu de sens profond... Et j'aurais aimé avoir votre avis sur la question... Pensez-vous qu'ils ont tous quelque chose de concret à raconter? Glen se recala alors contre le dossier du fauteuil. C'est peut-être moi qui divague, aussi!

Le vampire éclata de rire mais au fond, il était sérieux. Il s'interrogeait réellement sur la question, et pour qu'il en vienne à demander son avis à un autre, ce n'était pas pour rien: Il n'arrivait pas à trouver de réponse concrète à sa question.


Spoiler:
 


Dernière édition par Glen O'Sullivan le Dim 30 Déc - 18:03, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'Heure du Cavalier a sonné [Comte, Glen] [13/03/42] Jeu 27 Déc - 23:23

L'arrivée de Glen chez le Comte avait radicalement changé l’atmosphère du lieu. L'air calme s'était fait électrique et la paisible demeure semblait maintenant s'être réveillée d'un quelconque sommeil embaumé. Il fallait dire que l'intervention tumultueuse d'Alphonse au portail avait quelque peu crispé l'ambiance dès le départ et qu'il avait même certainement fait outrage au Vampire en visite, ce qui avait eu pour conséquence directe la colère du Comte. Le déploiement d'aura que ce dernier avait d'ailleurs été obligé d'exercer pour remettre à sa place le disciple avait écrasé tout le monde dans un flot de menaces: nul ne devait être inquiété sur ses terres, encore moins un invité tel que Glen! Après leur entrevue tranquille à Highgate, leurs retrouvailles avaient donc bien mal commencées.
Et puis il y avait aussi tout ces regards, derrière les murs...la cruelle méfiance de disciples tels que Salluste ou Marco, qui se renfrognaient face à la situation. Cette dernière venait ajouter un voile lourd de suspicion au-dessus l'ensemble. Salluste était ainsi arrivé dans la bibliothèque, complètement remonté contre le Comte, et il avait prévenu Marco en même tant qu'Eldwood. Tandis que le domestique descendait pour rejoindre son maître, l'Allemand, lui, avait laissé son livre ouvert sur une table et s'était penché aux carreaux d'une fenêtre de la bibliothèque pour tenter d'apercevoir ce fameux "intrus" dont son compagnon venait de parler. Il fronça les sourcils, soucieux de cette étrange nouvelle.
Le Comte accueillait donc encore un nouveau Vampire dans son cercle? C'était devenu drôlement courant ces temps-ci...Courant et dangereux...Car même s'il était le maître de la ville et qu'il avait pour habitude de rencontrer les nouveaux arrivants pour les juger aptes ou non à vivre sous son égide, il n'avait jamais encore fait entrer dans son intimité qui que ce soit en dehors des Sept. Maintenant, il était évident qu'il se créait un nouveau groupe et qu'il s'ouvrait à d'autres plus facilement qu'avant...Ses pièces d'échec commençaient à inquiéter tout le monde, pour leur sécurité mais aussi et surtout pour la sienne. Le Comte n'avait encore jamais laissé paraître de faiblesse ni d'ouverture et ses nouvelles méthodes le fragilisaient. Beaucoup avaient ainsi conscience que le Comte commençait à atteindre un si haut sommet de mégalomanie qu'il pouvait bien en tomber brutalement du jour au lendemain. Coriolan n'en avait été qu'un exemple illustratif préludant certainement à pire...

Mais le Comte avait sa volonté propre et nul ne pouvait fléchir ou dévier ni ses envies, ni ses besoins, et encore moins sa façon de procéder. Il avait des plans, de grands projets qui nécessitaient de nouvelles alliances, et il ne comptait certainement pas se laisser dicter ne serait-ce qu'un conseil par ses disciples qui n'agissaient visiblement que par jalousie et par crainte.
Aussi le lord accueillit-il Glen comme il se devait - c'est à dire en personne et avec un sourire bienveillant - pendant que ses disciples échangeaient leurs inquiétudes dans la bibliothèque. Il ouvrit sa demeure au Vampire, le fit s'asseoir dans un fauteuil confortable, lui fit servir à boire et commença à l'entretenir comme n'importe quel aristocrate le ferait de n'importe quel invité de marque.
Son aura s'était atténuée pour éviter de le gêner et pour ramener le calme dans le manoir, et, tandis que sa canne-épée reposait auprès de lui, il jeta un oeil à sa domestique qui amenait la carafe de sang avant de reprendre la conversation que Glen voulait apparemment mondaine, distinguée et polie.


- Hé bien, je vous souhaite la bienvenue, Monsieur O Sullivan. Et encore navré pour l'accueil d'Alphonse...Ce garnement n'a pas été correctement élevé...Il sera puni. Sévèrement.

Une fois qu'ils eurent chacun un verre à la main, le Comte et Glen, commencèrent à discuter de la demeure.

- Merci, fit le Comte face à son compliment, ce manoir est vaste et agréable, je vous le concède, mais j'ai l'habitude de vivre dans des espaces plus étendus et moins hauts. Je préfère les couloirs horizontaux plutôt que les escaliers. Enfin bon, que voulez-vous? Il nous faut bien une résidence..."publique"...

Le Comte sourit et rit un peu. En vérité il n'aimait pas ce manoir et il préférait de loin son repaire sous l'Opéra. Ce dernier le satisfaisait bien mieux dans la disposition de ses pièces et dans la gestion de l'espace. C'était un repaire immense et enterré, bien plus appréciable pour le Vampire qu'il était que cette demeure dont les rideaux devaient être minutieusement fermés à l'aube. En ces lieux, il se sentait plus vulnérable et aussi moins libre, ho oui, bien moins libre que sous l'Opéra...

- Heureusement que je possède cette chapelle...Continua-t-il. Vous l'avez peut-être aperçue en entrant? J'y ai quelques souterrains. Je préfère les domaines sans fenêtre voyez-vous...

Cela avait son sens, évidemment. Le lord leva les yeux au ciel, sirota un bref instant son verre et esquiva aussitôt une légère grimace en dévisageant le liquide avec une once de dégoût. Après le sang de Ludwig et d'Arnoldo, celui-ci semblait réellement trop sucré, c'était infect pour lui.

- J'ose espérer que c'est à vôtre goût...Fit-il en reposant son verre sur la table basse qui siégeait entre eux. Ce n'est pas du mien en tous cas. Je peux appeler un autre calice si vous le désirez...

C'était le sang de Lucie Piedmont qui siégeait dans cette carafe. Une jeune française un peu enrobée. Or, non seulement le Comte avait l'habitude du sang des hommes plutôt que de celui des femmes, mais en plus il appréciait toujours plus un sang salé à un sang sucré. Les calices sous son autorité prenaient toujours garde à leur alimentation pour satisfaire les goûts de leur maître et de ses invités. Ainsi certains étaient plutôt sucrés, d'autres plutôt salés, d'autres à tendance aigres ou amères. Celui-là faisait parti des sangs que le Vampire aimait le moins.
Abandonnant donc définitivement son verre, le Comte croisa ses doigts et sourit à la remarque de Glen sur les duels.


- Vous m'en voyez ravi! Je n'aime pas non plus me donner en spectacle lorsqu'il s'agit de mesurer sa force et je n'ai besoin que d'une canne ce soir...Laissons donc les épées dans leurs fourreaux!

Jirômaru se retint d'accorder au rouquin le fait que ce ne serait de toute façon pas un combat équitable: cela aurait pu le froisser. Mais il était évident qu'avec ou sans sa canne, blessé ou non au genoux, le Comte aurait l'avantage non seulement physique sur ce dernier mais certainement aussi mental. Provoquer en duel le Comte en cet instant aurait relevé de la folie, surtout dans son domaine. De toute manière, bien loin d'avoir envie d'étaler sa force, le lord n'avait en aucun cas imaginé une seule seconde une lutte possible avec Glen. Avec ses congénères, l'attitude véritablement belliqueuse, au sens physique du terme, n'avait jamais été une de ses manières. Il menaçait, certes, par sa carrure, ses regards, ses mots et ses gestes mais jamais encore il ne s'était battu concrètement pour prouver sa force. Les envies de duel dont avait fait montre Fiora Hagane l'avaient énervé à un point inimaginable justement à cause de son caractère noble et tranquille. C'était certes un broyeur de corps, mais il préférait toujours gagner une quelconque lutte par les mots et la prestance. C'était un principe plus pacifique mais également plus orgueilleux.

Glen enchaina alors sur ce qu'il avait appris dans les journaux. Évidemment, il était au courant de l'échec de la pièce, de l'incendie et des blessures du Comte dont les journalistes avaient fait tout un scandale, mais, comme beaucoup, il lui manquait de nombreux éléments pour tout assembler. Les périodiques relataient en effet les faits dans un chaos innommable qui ne permettait absolument pas de tout saisir. Le nombre de cadavres changeait, le coût des dégâts aussi, les investigateurs se voyaient rattachés à de nouveaux complices tous les jours et le Comte était tantôt porté disparu, tantôt convalescent dans son manoir...C'était tout simplement l'anarchie et le lord lui-même commençait à s'en soucier par rapport à son image publique.
Se redressant dans son fauteuil, il fronça un peu les sourcils en écoutant le rouquin.
Ainsi Glen était-il venu cueillir des nouvelles fraiches afin d'obtenir le vrai du faux? Il voulait savoir ce qu'il s'était réellement passé au théâtre? Le Comte tiqua un peu. La curiosité était un bien vilain défaut. Voulait-il donc qu'il lui raconte l'affaire en entier pour que sa petite tête puisse enfin être assurée d'avoir tout compris? Quelle perte de temps! Coriolan avait mal tourné, il n'avait pas besoin de revenir dessus! Tout cela l'irritait terriblement.

Mais, contrairement à toute attente, le Comte décida de faire à nouveau preuve de patience en sa présence. Il était inutile de déverser sa bile sur Glen, au contraire, il fallait lui montrer que la confiance pouvait devenir une réalité entre eux.
Il soupira donc et, alors qu'il s'apprêtait à répondre au Vampire dont les cheveux flamboyant attiraient irrémédiablement son regard de brume, ce dernier, les yeux dans le vide tout d'abord, puis braqués dans les siens, fit état de son inquiétude au sujet des Hunters, déviant un peu du sujet principal, ce qui eut pour effet d'éluder quelque peu celui des blessures du Comte.
Jirômaru se renfonça dans son siège, prenant un air encore plus grave. Oui...la question des Hunters était directement liée à toute cette affaire. Il était temps de l'aborder, il le fallait bien.


- Oui...ils sont nombreux...Répondit le Vampire de sa voix grondante tout en fronçant encore plus les sourcils. L'incident au théâtre, qui m'a valu ces magnifiques marques au visage et ce désagrément au genoux, fit-il en montrant sa joue gauche d'un geste haineux puis son genoux d'un regard terne, n'est que le commencement d'une guerre à plus grande échelle. Le Comte posa ses deux bras sur ses accoudoirs et en saisit chaque bout pour y planter un peu ses griffes. Non seulement ces cafards se regroupent et possèdent de plus en plus d'armes, mais en plus ils entraînent une relève qui risque de ravager les rangs des plus jeunes d'entre-nous...

Oui, le Comte y avait déjà beaucoup réfléchi. Avec Ilsa, le Sabbat, les hauts membres de la Camarilla, Angelstone même, et Salluste, il avait observé l'évolution des Hunters. Ils se faisaient de plus en plus nombreux et organisés, ils tuaient à tout va dans les rues et devenaient une véritable gène. Certains étaient jeunes, trop jeunes, pour ne pas avoir de maître. Il était apparent qu'ils ouvraient des écoles secrètes. Les Hunters qui s'en étaient pris à Fiora sur scène étaient des adolescents...C'était la preuve que les générations se préparaient. Il fallait donc surveiller les jeunes Vampires qui devenaient alors des cibles faciles et prévenir les plus vieux dont le rôle était de protéger leurs cadets. L'eau bénite semblait se vendre à chaque coin de rue et de nouveaux pièges étaient inventés pour les coincer. L'heure était venue de s'en préoccuper pour de bon.

- Malheureusement, repris le lord en jetant un coup d'oeil à son verre plein, j'ai bien peur d'en être en grande partie la cause.

Jirômaru marqua une pause et finit par darder son regard de brume sur Glen. Il paraissait à la fois furieux et véritablement ennuyé par la situation, presque gêné même.

- Mon pouvoir attire de plus en plus de Vampires, amenant son lot d'immatures et de crétins à Londres. Les Humains cherchent à se défendre et se sentent de plus en plus menacés...c'est normal qu'ils s'organisent dans pareilles conditions. Mais l'incident du théâtre n'est pas seulement l'oeuvre de Hunters isolés qui se seraient rassemblés pour m'atteindre dans un idéal humanitaire, sur un coup de tête, après avoir éventuellement découvert mon identité de manière fortuite, non, ils venaient "sauver" l'une des leurs...

Il était temps d'expliquer à Glen le vrai lien qui l'unissait à Sarah. Il devait le savoir...Ainsi comprendrait-il un peu mieux la situation.

- Sarah Spencer, la femme que je traque actuellement pour des raisons bien personnelles, et que j'ai d’ailleurs demandée en mariage sur scène avant la catastrophe, n'est autre qu'une Huntress. Le regard du Comte se fit menaçant. Glen avait évidemment plutôt intérêt à éviter de juger tout haut les goûts de son aîné... Une magicienne et une Huntress liée à l'un de ceux qui sont venus perturber ma pièce...C'est la compagne de cet Alexender Von Ravellow dont parlent les journaux... Les doigts du Comte se crispèrent un peu plus sur son siège. Sa rage refaisait surface. Vous avez dû faire le lien...Tout est là...Je m'attendais à une attaque de Raphaël Venezziano: ce traître invertébré a presque clamé son arrivée en tuant un membre du Sabbat la veille...Mais je ne m'attendais pas à ce qu'il se ligue avec l'amant de la miss Spencer d'autant que ce dernier était censé être mort...Le Comte sortit les crocs. Je suis entouré d'incapables...Et cette garce manie bien le Bloody! Mais j'ai besoin de cette fille, il me faut...un sacrifice particulier....

Le Vampire resta silencieux un moment. Il s'était trop étalé sur sa vie privée, son ressenti et ses projets. Tout n'était pas réellement nouveau, et le triangle "amoureux" qui s'était créé-là était logique, évident, flagrant d'après les journaux et ce que le Comte avait déjà dit précédemment à Glen au cimetière. Cependant, le ton qu'il avait employé montrait bien trop son amertume, sa colère et sa fatigue. Le Comte révélait clairement à Glen, sans le vouloir, qu'il ne gérait plus la situation. Pour une fois, son horlogerie bien huilée avait perdu un rouage...et ce rouage semblait être un des plus importants...

Le lord se redressa soudainement pour se ressaisir. Il serra les dents en bougeant sa jambe droite et soupira:


- J'ai fait preuve de négligence. Les journaux sont ridicules pour celui qui cherche les précisions mais ils disent en grande partie la vérité: ma pièce a bien été annulée à cause de l'incendie de Milte & Co, entièrement planifiée par Raphaël, pour une fois que le coupable visé est le bon..., le public a aussi bien été évacué, la reine également et j'ai bien été la cible principale de cette attaque...Évidemment ni Scotland Yard, ni l'opinion publique ne savent que c'est une lutte entre Vampires et Hunters qui a ravagé l'intérieur de l'édifice. Et c'est une joie que, grâce à mon statut, ils mettent sur le dos des Hunters la mort de leurs auxiliaires tels que les Grey...

Le Comte détourna le regard pour le laisser courir le long de l'étagère à sa droite. Il observa la tranche d'une paire de livres qui dataient du XVIème siècle et continua tout en épluchant leurs titres la tête quelque peu penchée sur le côté:

- Mais c'est vrai que les journaux n'en restent pas moins allusifs et pervers. Il n'y a rien à savoir, véritablement, sur ce qui s'est passé au théâtre Glen. Les Hunters ont péri ou sont en fuite...d'ailleurs je sais où se cachent ces rats puants...ajouta-t-il pour lui-même dans un grondement, Les miens ont été blessés, moi-même ai-je subi les conséquences de mon assurance...

Le regard du Comte se voila un peu plus et revint dans les yeux vifs de son interlocuteur.

- Comme tu viens de le souligner toi-même, il faut seulement en retenir que les Hunters sont plus forts que ce que l'on croyait et qu'il y a maintenant des mesures à prendre pour éviter qu'un pareil fiasco puisse se reproduire...

Le Comte était repassé au tutoiement en l'espace d'un instant. Il était clair que lorsqu'il s'agissait d'être on ne peu plus sérieux il changeait radicalement de ton et d'attitude. Cette fois-ci, c'était presque de la confidence. Un silence se fit. Puis Glen changea aimablement de sujet en confiant à son tour une de ses réflexions. Il avait apparemment été très affecté par le songe que le Comte lui avait fait voir à Highgate et il lui révélait maintenant qu'il en faisait aussi. Le lord l'observa d'abord, silencieux comme une tombe. Il s'était redressé et, telle une statue de marbre, son visage était devenu des plus inexpressifs. Attentif et un peu attendri, quelque part, de la timidité relative qui variait le ton de son invité et le faisait maintenant rire aux éclats de manière maladroite, il lui sourit bientôt d'un air plus que bienveillant, heureux de trouver-là un sujet des plus plaisants à ses yeux.

- Les songes ne racontent pas tous une histoire. Commença-t-il en augmentant un peu le ton pour calmer le rire de Glen. Parfois, ils nous restent en tête, comme les rêves des Humains, et ne sont que le fruit de notre imagination qui travaille le jour toutes les images que l'on a croisées la nuit. Mais...notre race a effectivement développé un pouvoir plus profond...Nos capacités mentales, liées au Don Obscure, permettent à certains d'entre-nous de voir des fragments de l'avenir, ce qui n'est pas mon cas, je ne vois pas l'avenir, je n'ai que pressentiments et alarmes, ce qui est déjà bien en soit. D'autres peuvent songer au présent et voir des lieux où ils n'ont jamais mis les pieds simplement parce qu'ils sont liés mentalement à un autre de nos congénères ou un reste d'aura qui traîne par-là. D'autres, encore, peuvent voir ce qui se passe dans des mondes inexplorés et inexplorables, les plans dont je te parlais au cimetière...

Le Comte s'arrêta. Ses yeux brillaient étrangement dans la demi-pénombre du salon. Les domestiques étaient sortis depuis longtemps et seul Eldwood se tenait dans l’entrebâillement de la porte.

- Je t'ai fait appeler pour rien, Eldwood. Fit soudainement le Comte en penchant sa tête en arrière sur son fauteuil pour jeter un coup d'oeil au vieux domestique. Éteins juste ce lustre...

Le domestique esquiva une courbette, entra pour se diriger vers la corde qui descendait le petit lustre de cristal afin d'en éteindre les bougies. Carl, grand Allemand à lunettes, arriva et fit une courbette à son tour avant d'aider son collègue. Enfin, les deux domestiques remirent en place le lourd objet.

- Carl, laisse-moi des bandages dans ma chambre...Et maintenant, que personne ne nous dérange!

Après plusieurs hochement de tête et un "compris maître", les deux domestiques s'en allèrent. La porte du salon fut soigneusement fermée. Seul à seul, le Comte et Glen n'étaient plus éclairés que par deux lampes à huile. Leurs ombres frétillaient à leurs pieds et celle du Comte semblait presque parfois danser.
Le lord se leva alors et se mit à se promener dans la pièce. Appuyé sur sa canne-épée, il boitait légèrement et observait son ombre qui ondulait sur les tapis de manière étrange.


- Bien...Fit-il en soupirant. Nous serons plus tranquilles.

Après quelques pas vers les étagères de verre qui contenaient divers ustensiles nautiques, le Comte revint vers Glen et lui sourit avec un soupçon d'ironie.

- Quel genre de rêve faites-vous donc, Monsieur O Sullivan? Est-ce que vous apparentez cela à des songes, vraiment? Est-ce que cela ressemble à ce que je vous ai montré...? Ou ne sont-ce en effet que des divagations...?

Le lord s'approcha encore, rôdant lentement autour de Glen. Bientôt il posa ses deux mains sur le dossier du Vampire, sans brusquerie, et se pencha en avant pour susurrer dans son oreille:

- De quoi as-tu peur?

Dévoilant ses dents avec un sourire mesquin, le Comte se redressa et s'assombrit. Il contourna alors le fauteuil pour se placer devant le Vampire aux cheveux rouges. Tirant un peu sur son gant droit pour le remettre en place, sa canne-épée sous le bras, il continua d'une voix plus grave et ronronnante tandis qu'il se redressait avec noblesse:

- Car c'est bien de peur dont-il s'agit...n'est-ce pas? Cela se lit dans vos yeux et vous ne m'en auriez jamais parlé si cela avait été anodin...Que voyez-vous donc le jour? Racontez-moi...Peut-être puis-je vous aider...

Le Comte voulait maintenant savoir ce que Glen avait apporté avec lui. Il n'était apparemment pas venu seulement pour s'enquérir de l'histoire du théâtre et de la remise en forme du lord, non, il était aussi venu pour des raisons bien plus personnelles. Leur alliance, les plans qu'ils avaient à dessiner encore et le besoin qu'ils avaient à s'apprivoiser l'un l'autre l'avaient tout à la fois amené ici, mais il était là également pour enquêter sur sa propre personne, comme un fidèle vient voir son prêtre pour lui demander conseil face à la vision d'un Saint. Jirômaru le prenait bien, peut-être même trop bien: Glen lui apparaissait maintenant comme un enfant auquel il pouvait apprendre des tours. Mais d'un autre coté, quelque chose le piquait violemment: si un Vampire tel que Glen pouvait voir ce qu'il voyait et utiliser les songes, alors l'exécution de son plan prochain devait avoir lieu rapidement. En effet, si d'autres trouvaient avant lui la voie vers le Père, il faudrait qu'il prenne des mesures...de graves mesures...

Terminant son geste avec son gant, le Comte resta droit, appuyé sur sa canne-épée en attendant que Glen ne lui raconte ses songes.


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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Dernière édition par Comte Keï le Jeu 3 Jan - 7:30, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: L'Heure du Cavalier a sonné [Comte, Glen] [13/03/42] Lun 31 Déc - 0:07

Son verre en main, Glen faisait lentement tourner le liquide qu'il contenait, sans y prêter réellement attention. Le sang déposait un voile rosé sur la surface de cristal, et aurait presque pu être confondu avec du vin. Le menton posé dans le creux de sa main, le vampire écoutait le Comte avec un demi sourire aux lèvres.

-Il en sera de même pour mon cocher... Je ne saurais tolérer qu'une telle chose puisse se reproduire!

En vérité, Glen avait la ferme intention d'apprendre les bonnes manières au jeune garçon, mais il n'était pas non plus fâché de savoir que celui qui s'était adressé à lui sans aucune courtoisie serait puni à son tour. Mais il n'était pas non plus dans la nature de l'irlandais de se plaindre et geindre pour si peu. Il était orgueilleux et n'avait certes pas apprécié l'attitude du vampire, mais de là à froncer le nez en jouant la vierge éplorée, il y avait une marge non négligeable.
Aussi le sujet fut-il rapidement mis de côté pour passer à des banalités telles que le manoir du Comte. Glen appréciait sincèrement l'endroit. Il était agréable, joliment meublé et agencé avec goût, mais il ne pouvait que comprendre l'attirance de son confrère pour les lieux plus froid et clos. L'instinct des vampires les poussait à préférer les sous sol aux grands palais lumineux et ouverts, seulement pour se fondre dans la masse et passer inaperçu aux yeux des humains, il fallait suivre leurs codes et vivre à leur manière. Une chose que Glen trouvait stupide et à laquelle il se pliait avec beaucoup de mauvaise volonté. Certes il aimait son manoir londonien, mais il préférait cent fois plus le château qui l'avait vu naitre. Les couloirs de pierre grise aux murs couverts d'anciens tableaux, les courants d'air glacés et les meurtrières alignées sur les remparts et dans les tours, constituait le cadre qu'il appréciait réellement. Bien des vampires auraient préféré le sous sol d'une église ou d'une cathédrale, mais l'irlandais s'y sentait un peu trop enfermé.
A l'évocation de la chapelle, Glen hocha la tête.


-Je l'ai aperçu de loin, en effet! Un bien bel édifice également. Et je ne peux que vous comprendre. Les fenêtres nous sont un peu inutiles, malheureusement! Ajouta-t-il en haussant légèrement les épaules, sans désinvolture, simplement avec résignation.

Glen n'ajouta rien et porta à son tour le verre à ses lèvres. Contrairement au Comte, il aimait la saveur du sang qui lui était proposé. Il était sucré et jeune, vif, agréable au goût comme une friandise. Cette douceur plaisait au vampire, mais il aurait su apprécier tout autant un sang salé ou plus fort. Glen n'était pas particulièrement difficile, si ce n'est qu'il avait horreur des sang trop mûrs. Passé quarante cinq ans, un humain pouvait dormir sans crainte que le vampire ne vienne le mordre. L'irlandais les trouvait sans saveur, l'âge apportait son lot d'angoisse et d'aigreur qui donnait au sang un parfum des plus désagréable pour ses papilles. En vérité, Glen avait toujours eu un faible pour le sang des jeunes femmes, comme si la jeunesse et la pureté d'une demoiselle à peine sortie de l'adolescence le satisfaisait davantage. Aussi l'irlandais vida-t-il à moitié son verre avant de répondre à son hôte.


-Oh non ne prenez pas cette peine! Il est tout à fait à mon goût! A moins que vous ne souhaitiez boire autre chose, celui-ci m'ira parfaitement! Répondit le vampire d'un ton joyeux en passant le bout de sa langue sur ses lèvres pour en effacer toute trace de sang.

A la remarque de Glen sur l'inutilité d'un duel entre eux, le Comte répondit sur le même ton. L'irlandais lui fut d'ailleurs reconnaissant de pas aborder avec moquerie l'inégalité évidente d'un tel duel. Il était conscient de ne pas impressionner qui que ce soit par sa carrure. Il n'était pas très grand, loin d'être bâtit comme une montagne, et il n'aimait pas se battre. Il préférait que l'on se batte pour lui, raison pour laquelle la plupart du temps, son homme de main se chargeait d'abattre ceux qui décidaient d'en venir aux mains avec lui. Sa transformation en vampire n'avait pas apporter à Glen une grande force physique. Il était plus rapide, incroyablement souple et agile de part son passé d'acrobate, mais provoquer le Comte en duel, que ce soit à l'épée, au sabre ou au fleuret, n'aurait fait que le conduire à l'échec. D'autant que l'irlandais n'y avait jamais songé. Il misait toujours sur la parole et le pouvoir des mots pour montrer qu'il était loin d'être bête et impuissant. Fort heureusement pour lui, le Comte ne semblait pas être fait comme ces vampires avides de combat et toujours prêt à se battre pour un oui ou pour un non.
Et alors que sujet était à son tour écarté puis oublié, Glen en vint au premier point qui l'amenait si loin de chez lui ce soir. Son envie d'en savoir plus sur l'attentat du théâtre. Aborder le sujet ne fut pas une chose facile, et il comprit au soupir du Comte qu'il aurait presque eu mieux fait de s'abstenir.

Il n'était plus question de faire machine arrière, et Glen préféra garder le silence en affichant une expression neutre plutôt que d'interrompre son vis à vis avec quelques remarques inutiles. En réalité, même s'il agissait ainsi par curiosité et inquiétude, l'irlandais n'avait trouvé que ce sujet là pour masquer la véritable raison de sa présence.
Comme il l'avait imaginé, les chasseurs étaient de plus en plus nombreux et se rassemblaient. Les plus vieux devaient avoir comprit le danger que pouvaient représenter les créatures de la nuit et à présent, ils se mettaient en marche pour les contrer. Par dessus tout, ce qui piquait Glen était la présence de chasseurs parmi les vampires. Mim, qu'il avait rencontré quelques jours auparavant chassait elle même ces créatures, et armées de ses Bloody Rose, elle représentait un danger pour les vampires. Et parce qu'il n'avait pas le droit de vie ou de mort sur l'un de ses semblables, Glen avait choisit de la surveiller plutôt que de la tuer. Mais ce genre d'énergumène l'horripilait. Trouvait-on des humains défendant avec ferveur les intérêts des vampires? Prêt à se retourner contre leurs semblables? Il en doutait fortement.
Seulement, l'irlandais avait conscience que son attitude comme celle de beaucoup d'autres vampires ou loups garous était la cause d'une telle haine. La plupart des jeunes qui rejoignaient les rangs des Hunters avaient vu leur famille ou leurs amis périr sous leurs crocs et leurs griffes. La vengeance les caractérisait, et peut-être était-ce là la raison principale de leur haine.

De même, Glen voyait de plus en plus de jeunes vampires livrés à eux même, abandonnés par leur maitre et incapable de se contrôler. Ils étaient les premiers à mourir mais aussi les premiers à se faire remarquer en commettant des erreurs. Le rouquin en avait encore rencontré deux la semaine passée. A quoi cela rimait-il? Pourquoi choisir de prendre un nouveau né sous son aile s'il fallait l'abandonner juste après? Lui même n'avait reçu de son maitre que quelques gouttes de sang et une morsure. Glen garda cette information pour plus tard, préférant hocher la tête alors que le Comte reprenait.
Lorsqu'il parla d'immatures et de crétins attirés par son pouvoir, le Marquis tiqua et se redressa dans son fauteuil, son regard s'assombrissant. Ces paroles étaient-elles le fruit d'une colère trop longtemps contenues, d'une déception certaine visant ceux qui le servait ou Glen devait-il se sentir concerné? Il espérait bien que non car pour un crétin, il se trouvait bien informé. Plutôt que de relever quoi que ce soit, il se contenta d'écouter, la mine sérieuse.

Et alors que Glen se demandait une fois de plus la raison qui avait poussée les Hunters à agir ainsi, le Comte lui apporta la réponse tant attendue. Une femme. L'irlandais eut envie de rire, mais le regard glacial de l'aristocrate l'en dissuada immédiatement. Ce n'était pas part moquerie mais plus par ironie qu'il avait eu envie de rire. Combien de fois dans l'Histoire les hommes s'étaient-il battu pour une femme? Un triangle amoureux avait vite fait de détruire plus d'une vie, et Glen fut tout d'abord étonné d'apprendre que le Comte s'était battu pour une simple humaine. Jusqu'à ce qu'il lui parle de sacrifice. A ce moment là, il comprit davantage les motivations de son vis à vis, même s'il restait surprit. Cette Sarah devait être la femme dont le Comte lui avait parlé au cimetière sans plus de détails, et Glen aurait à présent été curieux de voir à quoi pouvait ressembler cette demoiselle, ce qu'elle avait de si particulier pour qu'on en vienne à se battre ainsi pour elle.
N'ayant jamais vraiment aimé qui que ce soit, l'irlandais avait du mal à concevoir un tel combat. Mais plus que les faits qu'on lui exposait là, c'était le ton employé qui l'étonnait. Cette façon de lui jeter un regard menaçant, ses crocs saillant prêt à mordre et cette véhémence dans le ton... Glen découvrait une facette bien plus animée et humaine du Comte, qu'il s'était bien gardé de lui montrer auparavant. Il devait probablement se sentir dépassé par les évènements et pourtant, la situation n'était peut-être pas si désespérée. La lassitude, l'échec et la fatigue semblaient avoir eu raison de ses nerfs, c'était on ne peut plus visible. Mais d'après ce qu'il venait de lui révéler, les chasseurs qui le pourchassait était morts ou bien mal en point, recherchés, sa demande en mariage était faite, tout n'était plus qu'une question de temps, finalement! Pourtant, la rancoeur était palpable dans la voix du Comte et Glen se garda bien lui dispenser quelques conseils. Après tout, il aurait été bien mal placé pour cela, et il aurait été plus qu'insultant de le faire. Mais il avait du mal à rester impassible et silencieux devant un tel spectacle. Bien que l'affrontement se soit soldé par un demi échec de chaque côté, chacun avait gagné quelque chose, et les chasseurs s'en sortaient plutôt bien. Ils avaient affaiblis le rangs des vampires, et Glen attarda un moment son regard sur la joue du Comte.

Jusque là immobile, l'irlandais s'anima à nouveau, posa son verre sur la table basse et redressa dans son siège.


-Même si je n'étais pas présent et que je ne me permettrais pas de juger quoi que ce soit, j'aurais tendance à penser qu'il ne s'agit pas de la négligence d'une seule personne mais plutôt un tout... Nombreux sont les vampires incompétents qui laissent leurs créations dans la nature sans même prendre le temps de les éduquer... Les nouveaux nés deviennent la cible première des chasseurs, qui finissent par rendre les plus vieux responsables, c'est un cercle vicieux, finalement!

Glen se tut. Il était inutile d'ajouter autre chose, le sujet était délicat, et ce n'était pas vraiment le moment de l'aborder. Il savait maintenant de qui il devait se méfier et à qui il pouvait faire confiance, et cela lui suffisait, même s'il n'était guère rassuré. Il était même plutôt contrarié. Mais il avait comprit que le sujet était encore trop frais pour être abordé avec du recul, et il avait saisit l'essentiel de l'affaire: Les Hunters devaient être arrêté au plus vite. Les mesures dont parlait le Comte, son ton soudain plus familier fit acquiescer Glen. Il se sentait étrangement impliqué dans la suite des évènements, chose étrange pour quelqu'un qui s'arrangeait toujours pour rester en dehors des affaires gênantes. L'irlandais commençait à comprendre pourquoi Aisling lui avait reproché son attitude étrange ces derniers jours. Il commençait à revoir son jugement sur bien des choses, et il s'apprêtait à confier certains de ses secrets à un homme qu'il ne connaissait pratiquement pas. Mais Glen avait le sentiment qu'ainsi, il pourrait trouver des réponses à des questions qui lui trottaient continuellement dans la tête.

Ainsi, il en vint à reparler du songe que le Comte lui avait montré, et à ceux qu'il faisait lui même. Peu enclin à la confidence, Glen ne pu retenir un éclat de rire nerveux, et ce malgré le regard plus doux que son interlocuteur posait sur lui. Le rouquin n'était tout simplement pas du tout à l'aise, mais le besoin de réponse se montrait plus fort que tout le reste. Alors que le Comte haussait le ton pour calmer son rire nerveux, Glen reprit son verre pour avaler une gorgée de sang.
Il écouta attentivement, le menton à nouveau posé dans le creux de sa main. Il considérait la plupart de ses songes comme de simples fantaisies de son esprit, un petit manège grotesque qui allait et venait sans jamais prendre la même forme, et même si certains de ces rêves le secouait violemment, Glen n'y accordait jamais beaucoup d'importance. En revanche, les capacités liées au Don Obscur dont parlait le Comte l'interpelaient grandement.


-Le voile qui sépare de simples élucubrations de l'esprit des songes tels que vous me les présentez est parfois si ténu que j'ai un peu de mal à faire la différence entre les deux... Comment sait-on s'ils ont un réel message, une véritable histoire? C'est une chose fascinante mais horriblement complexe, je trouve! Reprit Glen en s'animant de nouveau.

Il se tut lorsque le Comte s'adressa à l'un de ses domestiques et reporta son attention sur son verre, qu'il vida avant de le reposer sur la table. Un instant, il se demanda à quoi rimait tout cela. Pourquoi tamiser à ce point la lumière de la pièce, et lorsqu'ils furent seuls, Glen fronça les sourcils en se raidissant un peu sur son siège. Puis il pencha la tête sur le côté avec un air interrogatif. Le sujet devait être bien secret pour que le Comte réagisse ainsi! Se détendant légèrement, Glen ne fut finalement pas fâché de se savoir seul avec son hôte. Il n'avait pas vraiment envie de crier sous les toits ce qu'il avait l'intention de dire.

L'irlandais resta assit alors que le Comte arpentait la pièce comme pour se promener. Lorsqu'il revint vers lui, Glen soutint son regard avec le même sourire plein d'ironie.


-Je n'irais pas jusqu'à affirmer qu'il s'agit de songes à proprement parler, ce n'est peut-être qu'une succession d'images sans queue ni tête et contrairement à vous, je n'ai jamais pu évoluer dans une réalité autre que celle ci, mais..., il marqua une courte pause avant de désigner sa tempe d'un geste de la main. Je n'ai plus toute ma tête, et vous vous en êtes probablement déjà rendu compte. La plupart de mes rêves ont si peu de sens que je me demande parfois si je n'ai pas l'esprit qui tourne à l'envers! Il rit doucement avant de reprendre. J'ai appris à faire la différence entre ses rêves déjantés et celui qui accapare mon esprit en ce moment... Disons que celui-ci est... Différent.

Glen se tut, le regard dans le vague. Avouer qu'il était à moitié fou ne lui posait pas de problème, mais réussir à expliquer concrètement un rêve dont il ne comprenait pas le sens lui en posait un sérieux. Il interrompit ses réflexions en sentant le Comte poser ses mains sur le dossier. Le rouquin eut un léger sursaut mais il resta droit, et seul un frisson lui parcourut l'échine quand l'aristocrate lui susurra quelques mots à l'oreille. Lentement, Glen tourna légèrement la tête sur le côté, ses longs cheveux roux lui masquant en partie le visage et effleurant la joue du Comte tandis qu'il lui jetait un regard en coin. Un sourire étrange naquit sur ses lèvres, alors qu'il avisait les crocs de son hôte, à quelques centimètres de sa gorge.

-Bien des choses et si peu à la fois..., murmura-t-il sur le même ton en jouant sur le mots.

Glen ne pouvait nier qu'une chose l'effrayait dans le rêve qu'il faisait sans cesse, mais quoi? Il n'arrivait pas à mettre le doigt sur ce qui l'angoissait réellement. Suivant le Comte du regard alors qu'il revenait lui faire face, Glen se renfonça dans son siège, ayant retrouvé son sourire serein. Etrangement, l'inquiétude ou l'agacement ne l'avait pas saisit alors que le Comte semblait presque se moquer de lui. Au contraire, l'envie de jouer le jeu l'avait emporté sur le reste.


-Parce que vous n'avez jamais peur, vous même? Demanda-t-il avec un sourire sans attendre de réponse. Plus sérieusement, je n'ai aucun intérêt à vous mentir. Alors de la peur, peut-être bien...

Pour l'instant, Glen préférait éluder la question. Tout comme il avait volontairement omis de préciser que le rêve qu'il faisait était le seul qu'Aisling n'ait pas réussit à chasser de son esprit. Le seul qui semblait le narguer en revenant le harceler régulièrement.
L'irlandais fini par se lever et s'éloigna un peu, s'approchant d'une fenêtre. Lorsqu'il réfléchissait ou qu'il ne comprenait pas quelque chose, il avait besoin de marcher, comme si cela pouvait l'aider à avancer dans ses réflexions.


-Inutile que je vous raconte les plus farfelus de mes rêves, ils vont et viennent sans jamais revenir et n'ont pas vraiment d'intérêt. Mais il en est un qui revient sans cesse et accapare mon esprit. Qu'importe ce que je fais la nuit, il revient, c'est une boucle infernale et je vais finir par devenir complètement fou! Ajouta-t-il avec un sourire avant de retrouver son sérieux.

Glen marqua une pause, poussa un profond soupir et se décida à se lancer dans son récit.


-Rien ne diffère, il est identique à chaque fois! J'y vois le château de mon enfance, les vastes prairies d'Irlande et la forêt qui bordait le domaine. Rien d'extraordinaire, si ce n'est le jour, la sensation étrange de sentir le soleil sur ma peau... J'évolue sous l'apparence d'un enfant, je ne sais pas si c'est moi ou un autre, mais je ne suis pas maitre de mes mouvements, c'est comme si on me forçait à suivre un chemin prédéfini sans me demander mon avis! C'est assez frustrant... Toujours est-il que plus je m'approche de la forêt, moins il y a de lumière. J'ai chaque fois le sentiment de ne pas être rassuré mais je viens chercher quelque chose, ou quelqu'un. Et ce quelqu'un me cause bien des tracas! A chaque fois je vois cette même femme, assise sur un rocher. Elle est grande et vêtue d'une robe rappelant curieusement les tenues romaines... Mais j'ignore de qui il s'agit. Elle m'apparait comme pulsant de lumière, et cette lumière m'empêche de voir son visage! J'ai eu beau me démener, je n'arrive pas à m'approcher plus pour la voir, et lorsqu'elle pointe le doigt derrière moi, je me retourne et trouve que désolation, un champ de bataille stérile sous un soleil rougeoyant comme s'il était prêt à se coucher... Et rien de plus! Je ne comprends pas pourquoi mon esprit continue de ressasser ces images, je suis un peu perdu...

Glen se tut à nouveau, laissant un silence planer dans la pièce. Il venait de se rendre compte qu'à mesure qu'il racontait son rêve, il s'animait un peu plus, semblant revivre cet étrange rêve qu'il faisait si souvent. Se tournant vers le Comte, il s'approcha à nouveau de lui.

-Je me fais probablement des idées, et peut-être qu'à force d'être obsédé par ce rêve j'en viens à provoquer sa venue, mais depuis notre rencontre, je me pose des questions... Je ne suis peut-être pas très clair, aussi si vous me le permettez, autant que je vous montre...

Ce que Glen allait faire était une première pour lui. Il n'aimait pas exposer ses pouvoirs à d'autres vampires, préférant les surprendre en cas de combat, mais après s'être ainsi confié au Comte, l'idée de lui montrer à présent une partie de ses pouvoirs ne l'ennuyait plus tellement.
Sur le siège qu'avait occupé l'irlandais, l'illusion commença à prendre forme. La femme dont il avait parlé se tenait assise dans le fauteuil, sa robe blanche et vaporeuse épousant les courbes de son corps avec grâce. Son visage restait masqué par la lumière, rendant ses cheveux blonds presque blancs. Ces derniers semblaient même flotter au rythme d'un vent inexistant.
Tendant la main vers sa création, Glen l'invita à se lever. Elle n'avait aucune consistance matériel et pourtant, elle semblait faite de chair. Le grain de sa peau, le tissu de ses vêtements, le relief de son corps... Si son apparence n'avait pas été aussi atypique, elle aurait pu avoir l'air réel. Pourtant, lorsqu'elle tendit la main pour prendre celle de Glen, elle la traversa. Il la fit tourner sur elle même comme s'il dansait avec elle.


-C'est la reproduction la plus fidèle que je puisse vous montrer... Et rien à faire, elle n'a ni visage, ni nom, ni voix! C'est une parfaite inconnue! Dit-il avant de laisser l'illusion quelques minutes encore. Et c'est horriblement frustrant de ne rien comprendre à tout cela! D'un geste vif, Glen balaya l'illusion qui s'évapora dans l'air.

Soupirant, il passa une main dans ses cheveux qui lui retombèrent devant les yeux. Les doigts de sa main droite persistaient à s'agiter nerveusement. Glen n'était pas très habitué à parler autant de ce qui lui traversait l'esprit, encore moins de ses rêves. Il ignorait tout des conséquences que pourraient avoir ses paroles.


-Vous pensez peut-être que je suis complètement fou... Ou que je n'ai pas de raison de m'inquiéter ainsi..., dit-il en ricanant faiblement. Mais pour être honnête, oui quelque chose dans ce songe m'effraie. Mais quoi? Ca je n'en sais rien! Mais tout cela n'a rien d'anodin, en effet...

Glen s'approcha un peu, dégageant les cheveux qui lui retombaient sur le visage. Alors qu'il s'apprêtait à se rassoir, il leva les yeux vers le Comte, fixant ses prunelles brumeuses. Un instant il se surprit à les trouver fascinantes et se demanda si l'on voyait les choses différemment avec des yeux aussi étranges.

-Je n'arrive pas à mettre le doigt sur ce qui m'alerte le plus là dedans! Je déteste ne pas comprendre quelque chose! J'ai l'impression d'avoir la réponse sous les yeux, c'est idiot! Ajouta-t-il en faisant la moue. Si je vous confie tout cela, c'est parce que je n'arrive plus à trouver d'hypothèse convaincante!

Finalement, Glen se laissa retomber dans son fauteuil, ses doigts tapotant sèchement l'accoudoir. Ce n'est pas vraiment d'être rassuré dont il avait besoin... Il espérait grandement des réponses, ou du moins une piste, quelque chose... L'assurance que quelqu'un d'autre comprenait sa frustration et son incompréhension. Mais avec le Comte, Glen n'était sûr de rien. Pourtant, ce regard que l'aristocrate lui avait lancé plus tôt l'avait quelque peu rassuré. Mais il ne pouvait être plus précis et se montait incroyablement honnête, chose rare chez lui et preuve évidente d'une certaine confiance.
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: L'Heure du Cavalier a sonné [Comte, Glen] [13/03/42] Sam 5 Jan - 19:48

Dans la lumière tamisée du salon, Glen et le Comte s'entretenaient sur d'étranges sujets. Après quelques mondanités banales faites de politesses et de compliments habituels dans la haute société, ils avaient rapidement dévié la conversation sur l'échec du théâtre. Ce sujet, encore trop vif pour le Comte, avait vite été éludé pour qu'ils puissent s'appesantir sur un sujet plus grave, tout à fait lié au théâtre et tout aussi énervant pour le lord, mais cependant moins honteux car évidemment moins personnel: la multiplication des Hunters. En effet, c'était devenu une affaire des plus préoccupantes, et elle concernait tout le monde vampirique. Ces derniers devenaient nombreux. C'était une véritable menace pour leur race et ce qui s'était passé au théâtre n'était que le résultat de leur inaction. Il fallait désormais les traquer et s'assurer qu'ils ne puissent jamais réellement s'organiser. Car s'ils réussissaient à former des groupes et à redorer le blason perdu des chasseurs, le monde obscur aurait bien des soucis à se faire. Le Comte ne se souvenait que trop bien de l'époque où les Bloody des Hunters flamboyaient! C'était une ère de terreur pour tous, durant laquelle les plus jeunes Vampires n'avaient alors aucune chance de s'en sortir pendant que les plus vieux étaient effroyablement décimés. Heureusement, les Vampires avaient alors réagi et les chasseurs avaient été anéantis et dispersés. Ils étaient devenus solitaires, rares et solitaires...Les éviter ou les tuer s'était fait plus aisé. Aujourd’hui, la marque que portait le Comte sur sa joue gauche et l'état aggravé de son genoux droit ne faisaient que confirmer leur nouvelle force: s'ils osaient s'attaquer à un tel monstre de puissance, en pleine représentation théâtrale, devant même les yeux de la reine, c'était qu'ils avaient retrouvé foi en leur lutte. Et ça, la foi...c'était bien ce qui régissait le monde. Eux qui avaient été détruits jadis se levaient donc à nouveaux. Tout cela était à surveiller de très près désormais. Les Vampires n'avaient plus le droit à l'erreur. Les anciens n'étaient plus assez nombreux...Et quand bien même ce qui s'était passé au théâtre pouvait relever d'une certaine forme d'acte désespéré, les Hunters se rassemblaient, c'était un fait. Même le Sabbat commençait à sentir leur regain de vitalité. Il fallait tuer dans l'oeuf les manigances de ces idiots...

Puis la conversation avait changé de bord et bientôt ce fut au sujet des songes que les deux compères se mirent à débattre. Glen avait été marqué par la vision que lui avait montré le Comte à Highgate. Il y pensait encore et cela pour des raisons bien précises: lui-même rêvait souvent et il se demandait où était alors la frontière entre les rêves et les songes. Le Comte, ravi de trouver-là l'occasion de faire part de son expérience et de ses idées, lui répondit aimablement avec un soupçon de mystère comme il aimait bien en conserver. Les rêves restaient fades, comme ceux des Humains, les songes étaient plus profonds, répétitifs, embrumés...

Lorsque ses domestiques, Eldwood et Carl, étaient arrivés, le Comte avait interrompu la conversation pour leur donner quelques directives. Il leur avait alors simplement ordonné de tamiser l'endroit et de prendre congé. Pourquoi éteindre le lustre et laisser seulement deux lampes à huile briller dans la pièce? Tout simplement parce que le lord préférait amplement ce genre d'ambiance, pour ses yeux, pour sa voix, pour son ombre qui se délectait de chaque recoin aménagé pour elle...Et puis, pour ce genre de dialogue empli de mystères, il préférait étouffer un peu leurs paroles. Une fois les domestiques enfin sortis, le Comte s'était levé pour apprécier l'espace et tourner autour de ses étagères, puis de Glen. Il n'aimait pas rester assis lorsqu'il parlait, c'était son métier de metteur en scène que de dominer l'espace pour mieux le cerner et laisser ses pensées vagabonder autour de lui. Malgré la douleur qu'il ressentait encore au genoux, il arpenta la pièce, lentement, allant et venant entre ses étagères et Glen.

Ce dernier sirotait son verre de sang en exposant ses pensées. Il se posa alors comme fou et cela fit grandement sourire le Comte qui s'arrêta pour le considérer d'un oeil bienveillant.


- Un fou qui se sait fou n'est pas un fou mon cher...Il ne l'est qu'à ses propres yeux. D'ailleurs, nous sommes toujours le fou d'un autre, c'est bien connu. La folie n'est qu'une part de subjectivité. Elle s'oppose à une forme de normalité, encore faudrait-il définir cette normalité-là avant que s'en sentir exclu...

Le Comte pensait fortement ce qu'il disait. Pour lui, la folie n'était réellement qu'un vulgaire point de vue. Se penser fou marquait déjà une nette intelligence mais surtout une certaine sensibilité au regard des autres: Glen se souciait plus de ce que pensait autrui qu'il n'y paraissait. Il semblait détaché de toute réalité, et peut-être était-ce sa façon de gérer sa propre vie en indépendant qui l'avait ainsi confronté à la notion de folie, mais en vérité il se souciait bien plus du monde qu'il ne voulait le dire, ou même le croire. S'auto-qualifier de fou dénotait une volonté de se démarquer des autres...et d'être reconnu. Glen devenait plus intéressant à mesure qu'il s'exprimait.

Jirômaru lui tourna autour tandis que ce dernier parlait de la frontière intangible qui s'érigeait souvent entre les rêves et les songes. Il ne savait pas faire la différence entre les deux, comme beaucoup, et cela était bien naturel. A mesure que le Vampire s'exprimait, Jirômaru sentit monter en ce dernier une certaine tension qui dénotait sa crainte. En soit, il venait se confier et cette forme de confiance, donnée à un Vampire aussi influent et puissant que le Comte, était toujours risquée, il le savait. Mais était-ce réellement ce type de crainte qui s'élevait chez Glen? N'était-ce pas plutôt la peur de dévoiler à son aîné des fragments de sa vie personnelle et de lui ouvrir ainsi de plus en plus de brèches dans lesquelles ce dernier pourrait se faufiler pour mieux le briser un jour? Ou était-ce une simple marque de pudeur?
En réalité, il s'avéra rapidement que Glen avait peur de ses propres rêves et que l'un d'eux en particulier venait perturber son esprit. C'étaient donc l'incompréhension qu'il en avait et les problèmes qu'il rencontrait pour l’interpréter qui lui faisaient peur...Pourquoi ce rêve venait-il le hanter? Il était venu ici pour trouver des réponses à ses questions les plus intimes à ce sujet.

Le Comte vint alors tout près de lui susurrer à son oreille quelques mots pour appuyer sa domination et le tester. Étonnamment Glen resta droit, malgré les crocs que Jirômaru dévoilait près de son cou. Plutôt que de s'en effrayer réellement, il entra dans le jeu de son aîné. Sa réponse, murmure presque sensuel, vint combler les attentes du lord. Dans son double sens, ce souffle explicitait soudain que Glen était ouvert à bien plus qu'une simple entente tacite entre puissants. Le sourire qu'il avait alors affiché et ce mouvement de nuque avaient pénétré le Comte d'un pic de curiosité nouvelle: si Glen se laissait approcher aussi facilement et s'il en venait à jouer avec les mots d'une façon aussi osée, leur entente allait rapidement devenir plus franche. Quelque chose, chez ce Vampire étrange, l'attirait physiquement autant qu'il l'attirait mentalement. Son aura avait la particularité d'être houleuse et son parfum se faisait enivrant. La rougeur de ses cheveux répondait à celle de ses lèvres et la noirceur de son khôl se mariait à merveille avec son costume mauve...Glen lui plaisait, c'était indéniable. Cela faisait longtemps que le Comte n'avait pas été attiré par un homme.

Jirômaru cessa ce petit jeu pour revenir sur le sujet qui les intéressait. Il se posta alors devant Glen, dans une position presque impérieuse, pour attendre son récit. Son invité, loin de se démonter, fit un peu d'ironie. Jirômaru lui sourit d'un air franchement amusé :


- Bien sûr que j'ai déjà eu peur et que ce sentiment vient encore parfois saisir mes sens ! Nous avons beau rester des êtres supérieurs, les craintes sont le fondement de la survie...

Glen resta alors sérieux et se leva à son tour. Le Comte le laissa passer près de lui. Son regard de brume croisa alors le sien, incandescent, et le lord le laissa s'approcher de la fenêtre et lui tourner presque le dos. Le Vampire commença à raconter son rêve d'un air presque fatigué tant il était devenu grave. Il faisait nettement une différence entre ce rêve et les autres, ce qui le rapprochait certainement des songes dont lui parlait précédemment son ainé. Au début, le Comte écouta Glen d'une oreille un peu détachée, préférant attarder son regard sur ses cheveux ou son col, mais, à mesure que son invité entrait dans les détails, le lord fronça les sourcils et se concentra. Que son confrère rêve de son enfance, cela n'avait rien d’extraordinaire, en effet, d'ailleurs Glen lui-même ne s'attardait pas sur ces éléments d'apparence anodins, même si c'était relativement rare chez les Vampires de leur âge qu'ils se remémorent leur enfance humaine, surtout jusqu'à errer sous cette forme; mais que le Vampire rêve d'une femme en vêtements romains...cela avait une toute autre importance, surtout pour le Comte qui s'attachait à tout ce qui avait trait à l'Italie. Une femme sur un rocher, une femme sans visage, apparemment venue de l'Italie ou la Grèce antique, une plaine désertique, un champs ravagé...une vision apocalyptique...
Le Comte réfléchissait tout en écoutant Glen poursuivre son récit. Cela pouvait bien avoir un rapport avec les anciens mythes et les légendes de l'Antiquité, et l'on pouvait aisément interpréter ce rêve comme l'annonce terrible d'un conflit prochain. Mais ce pouvait tout aussi bien être la marque d'un certain ravage de son esprit rongé par une culpabilité ancienne. Glen avait-il tant de choses à se reprocher ? Fallait-il voir son rêve comme une prémonition ou comme un regard sur son ancienne vie ? Avait-il seulement connu ses parents ? Cette femme pouvait bien être sa mère humaine...Aucune piste n'était à exclure.

Puis Glen revint vers lui. Jirômaru le fixa avec intensité. Ce Vampire l'intriguait drôlement. C'était presque devenu inquiétant. Pourquoi s'intéresser aussi vite à l'un de ses confrères ? Cette histoire de songe commençait à le remuer. Jamais encore il n'avait partagé les siens avec quelqu'un, sauf Salluste, gardien de ses pensées, et toutes ces démarches mondaines et intellectuelles étaient nouvelles pour lui. Cet état de confiance était fragile, dangereux...excitant ! C'était cela qui motivait maintenant le regard du Comte : l'excitation. C'était comme s'il avait non seulement trouvé un nouveau compagnon de jeu mais en plus un réel interlocuteur avec lequel il pourrait développer ses convictions les plus intimes.

C'est alors que Glen fit usage de ses pouvoirs. Son aura grandit un peu et bientôt une forme fantomatique apparu sur le fauteuil qu'il avait précédemment occupé. Le Comte tiqua l'espace d'une seconde : nul ne faisait usage de ses pouvoirs sous son toit, c'était interdit, banni, puni pour diverses raisons. Dans le manoir, Salluste s'agita et grommela quelques médisances au sujet de ce nouvel arrivant. Mais le Comte, lui, ne dit rien et son visage resta figé dans une expression de pure réflexion. Qu'importe que Glen déroge à la règle, il en avait l'autorisation en cet instant, bien évidemment ! L'important était maintenant de déchiffrer ce songe. Le lord observa donc l'illusion que son confrère venait de créer et l'admira pour son réalisme. C'était une femme d'une grande beauté, presque incroyable tant elle était belle. Mais son visage manquait, il était baigné d'une lumière trop puissante pour que l'on puisse détailler ne serait-ce qu'un trait de ce dernier. Cela était effectivement frustrant. Appuyé sur sa canne-épée, une main sous le menton, Jirômaru murmura :


- C'est impressionnant...Et sa toge...Hmm...

Le Comte réfléchissait. Sourcils froncés, il se remémorait l'époque lointaine où il errait en Italie au milieu des plus beaux vestiges de ce monde. Son amour pour les vieilles pierres accompagnait un amour des mythes antiques et il ne pu s'empêcher de rapprocher cette forme féminine des grandes figures gréco-latines dont il avait traduit quelques exploits dans certains textes latins. Cependant, rien ne le choquait. Seul un étrange sentiment de déjà-vu le prenait alors.

Mais lorsque Glen fit tourner sur elle-même cette figure énigmatique, le Comte retint un sursaut et un cri de stupeur. Dans son dos, la jeune femme portait un symbole, inscrit sur sa toge. C'était un dessin en apparence très anodin : un cercle qui contenait un navire sillonnant les flots au milieu de quelques monstres marins. Mais ce qui venait de frapper le regard du Comte était une minuscule inscription sur la coque du dit-navire. Elle était presque invisible mais Jirômaru avait vu tellement de symboles de ce type qu'il savait précisément où regarder lorsqu'il en croisait un. L'inscription en elle-même était en latin : "Alturen ad aeternamque mater".
Crispé sur sa canne-épée, le Comte cligna des yeux une paire de fois lorsque Glen fit disparaître la chimérique créture. Tandis que le Vampire aux cheveux flamboyant ébouriffait un peu plus ces derniers, le Comte, silencieux, se passa la main sur le visage pour reprendre constance. Heureusement, Glen ne l'avait pas vu réagir et le lord remis bien vite son masque de géant impassible.
Mais son confrère se rapprocha alors et leurs regards se croisèrent à nouveau. Le Comte le dominait alors de toute sa taille, et il se rendit soudainement compte que son invité devait mesurer près d'une vingtaine de centimètres de moins que lui. Glen était tout près, trop près même...En cet instant le Comte ne l'acceptait pas. Aussi se détourna-t-il de lui pour cesser ce jeu de regards. Il était indisposé par la situation et ses yeux de brume venaient de prendre un nouveau voile.

Son invité voulait des hypothèses pour trouver des réponses à ses questions ? Il en aurait...et des terribles...

Le Comte s'éloigna donc de Glen, et cela relativement froidement. A son tour, il se posta devant la fenêtre comme pour réfléchir. Les rideaux en étaient ouverts dévoilant le ciel. Entièrement couvert d'étoiles, ce dernier semblait appeler à la poésie ce soir...Mais pour Jirômaru, l'heure était à la réflexion.
Que devait-il faire? Tuer Glen? Là, tout de suite, maintenant? Anéantir toute trace de cette vision? Pénétrer son esprit pour lui voler ce fragment de songe? Devait-il le briser pour extraire de lui ce qu'il voulait? Ou devait-il s'allier définitivement à lui et marcher main dans la main avec? La situation était maintenant devenue des plus alarmantes. Il avait senti que ce Vampire avait quelque chose à lui offrir, d'où son intérêt soudain à Highgate, mais il n'avait absolument pas envisagé une chose pareille! Ce n'était plus un simple cavalier sur son échiquier, c'était soit un adversaire farouche soit un allié de taille! Comment devait-il maintenant gérer leur relation? Devait-il lui confier ce qu'il venait de voir ou garder pour lui cette information capitale afin de lever le voile sur cette énigme lentement, très lentement, avec subtilité et indépendance, au point que Glen ne se rendrait pas compte de ce qu'il faisait? Fallait-il l'entrainer avec lui dans l'abysse de ses projets ou l'en écarter? Avait-il seulement le choix? Cette fois-ci, le Comte devait rendre allégeance à sa chance. La saisir, éviter de la perdre, c'était désormais sa mission.

Jirômaru soupira puis il ferma d'un coup sec les rideaux avant de revenir vers le centre de la pièce. Sans jeter un seul regard à Glen, il abandonna sa canne-épée contre une chaise et enleva ses gants pour les jeter sur la table basse entre eux, puis il ôta sa veste carmin ainsi que son veston de velours brun qu'il laissa sur le dossier de la chaise. Ainsi, en simple chemise noire, il s'abandonna sur le sofa près de lui. Il pris garde à son genoux, évidemment, et esquissa une légère grimace lorsqu'il leva la jambe droite pour la poser sur le canapé. Allongé sur le dos de tout son long, le Comte posa sa tête sur ses bras croisés. Les yeux fermés, il soupira alors d'aise, comme pour signifier qu'il venait de se libérer d'un grand poids.

Après un silence de quelques longues minutes, un sourire vint animer son visage et son regard de brume se mit à observer le plafond.


- Le monde est petit...je l'ai toujours dit...murmura-t-il sur un ton des plus enjoués comme s'il jubilait secrètement de quelques nouveaux desseins. Si petit...Glen...Ho Glen...Haha...HAHAHAHAHA !!!

Le rire du Comte se fit impressionnant. Clair, terriblement poussé, nerveux, clairement jouissif, il montrait à quel point le Vampire était heureux en cet instant. Quelque chose venait de réanimer entièrement ce vieux corps fatigué.

Se redressant un peu sur son coude, le lord fixa Glen dans les yeux avec une intensité terrible. Son regard était devenu entièrement blanc, sans plus aucune nuance de gris. Ses iris en étaient presque effacées. Dévoilant ses crocs d'ivoire dans un sourire des plus jubilatoires, il ronronna :


- C'est là le plus beau des songes...mon cher...Le plus beau...Ho oui...Moi j'ai trouvé le Père...toi tu as là...la Mère...

C'était dit : le Comte pensait sincèrement que cette vision était celle de la Mère des Vampires. Cette simple inscription l'en avait convaincu. Cela expliquait aussi pourquoi elle n'avait pas de visage : le Père non plus n'en avait pas dans ses propres songes...Ils étaient cachés, précieusement cachés par leurs gardiens...

- HAHAHAHAHA !! reprit du plus bel le Comte en ramenant son regard sur le plafond. Moi qui pensais la trouver en torturant son mari une fois que j'aurais mis la main dessus...Ce ne sera plus nécessaire...Haha !

Le lord plaça un de ses bras sur son front comme s'il avait soudainement de la fièvre et grimaça. Il grogna et se redressa pour s'asseoir sur le bord du canapé. Ses longs cheveux blancs tombèrent en cascade le long de son visage par-dessus ses deux épaules. Ils contrastaient terriblement avec sa chemise. Le visage dans ses mains, le Comte soupira nerveusement.

- Ha...

Puis, entre ses doigts, son regard brilla étrangement. Une lueur carnassière vint habiter son œil. Il observa Glen, silencieux, puis il dégagea son visage pour mettre ses longs cheveux derrière ses oreilles. Il se leva alors et se dirigea d'un pas leste vers le fauteuil où son confrère était assis. Sans plus de manières, il s'appuya sur ses deux accoudoirs pour rapprocher son visage du sien et le repousser un peu dans son assise. A quelques centimètres de ce dernier, il lui sourit :

- Tu es bien loin d'être fou...Glen...Et cette peur est normale...

De sa main droite, le Comte caressa la joue du rouquin et attarda son pouce sur la commissure de ses lèvres.

- J'ai su, dès notre rencontre...que tu étais différent...chuchota-t-il dans un souffle.

Une lampe s'éteignit et les ombres grandirent dans la pièce. Elle s'étirèrent, comme si elles venaient de prendre vie. Le Comte sortit les crocs et poussa Glen en arrière. Sa main droite descendit le long de sa joue jusqu'à son cou tandis que sa main gauche plantait ses ongles dans l'accoudoir sur lequel il s'appuyait. Ses longs cheveux blancs se mêlèrent à la crinière rouge de son confrère. Tout proche de sa bouche, il murmura:


- Laisse-moi plonger dans tes rêves, Glen...Laisse-moi pénétrer ton esprit...

Le genoux gauche du Comte vint s'appuyer sur le fauteuil, entre les jambes de Glen. Le lord s'approcha encore...Sa bouche dévia de celle de son confrère pour venir hanter l'espace entre son cou et son oreille.

- Nous pouvons retrouver leurs visages...Nous pouvons les déloger de leur plan...

Le Comte recula un peu son visage pour fixer celui de Glen. Ses yeux blancs brillaient dans la pénombre comme ceux d'un chat. L'heure était venue pour le Cavalier d'entrer en scène. Ensemble, ils exécuteraient ses plans et la race des Vampires pourrait enfin jouir d'une liberté nouvelle! Glen devait marcher avec lui ou contre lui. Il n'avait absolument plus le choix. L'option du retrait n'était plus possible. Maintenant que le Comte avait trouvé chez lui cet élément capital, il n'était pas prêt de le lâcher...
Il voulait maintenant en savoir plus, partager ses pensées, ses envies, ses projets...
Le Comte voulait faire de Glen son compagnon...
Et ce dernier n'avait plus guère le choix...Il en savait bien trop...


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: L'Heure du Cavalier a sonné [Comte, Glen] [13/03/42] Jeu 10 Jan - 1:23

Dans la lumière tamisée du salon, les ombres dansaient une sarabande muette qui les rendait presque effrayantes. Engloutissant la lumière avec une voracité surprenante, elles formaient à présent une incroyable masse obscure prête à se jeter sur le premier qui oserait s'approcher trop près d'un mur.
Assit dans son fauteuil, faisant tourner machinalement le sang qui restait dans son verre, Glen fixait un point au loin sans réellement le voir. Sans sa main qui continuait de faire bouger le verre, on aurait pu le croire mort, tant son regard était éteint et le reste de son corps figé.
Mais quand le Comte reprit la parole, l'irlandais s'anima de nouveau, tournant la tête vers lui en haussant un sourcil. C'était bien la première fois qu'on ne le qualifiait pas d'étrange ou de fou même au bout de cinq minutes d'entretien. Quelque chose dans l'aura du vampire inquiétait et fascinait souvent. Impulsif et passionné, Glen pouvait passer du rire franc à la froide colère en seulement quelques secondes, et il tenait parfois des discours sans queue ni tête simplement pour déstabiliser, raison pour laquelle on le qualifiait de psychologiquement instable, pour ne pas dire décadent. Certes, quelque chose ne tournait pas rond chez lui, il était versatile et manipulateur, et semblait prendre un malin plaisir à se mettre à dos tous ceux qu'il rencontrait, mais le Comte n'avait pas mis de temps à comprendre que Glen était bien plus lucide qu'il voulait bien le montrer.
Penchant légèrement la tête sur le côté, il prit le temps d'analyser ce que venait de lui dire le Comte. En soi, il n'avait pas tort. Il avait même entièrement raison. Glen gardait sa capacité à réfléchir par lui même, et même s'il valait mieux éviter de le laisser trop longtemps cogiter sur certains points au risque de le voir déterminé à faire tout brûler, il n'en restait pas moins lucide... La plupart du temps. Il n'était pas dupe et savait à quel point l'éternité pouvait lui peser parfois. La vie éternelle n'avait rien de désagréable pour lui, seulement il n'en voyait pas l'intérêt s'il s'agissait d'errer sans but à la surface du globe, en marchant continuellement sur un fil tendu au dessus du vide de la nostalgie. Il lui fallait un but, quelque chose à accomplir, n'importe quoi qui serait susceptible de motiver sa curiosité et sa ténacité. Glen s'était plus d'une fois trouvé des occupations, le théâtre, la musique, l'étude des langues, des sciences... Seulement, toutes ses choses finissaient par avoir un goût amer, une impression de déjà vu, et il finissait par les laisser de côté pour ne plus jamais y revenir.

Maintenant que le Comte demandait à connaître ses rêves, maintenant qu'il avait éveillé sa curiosité à ce sujet, Glen trouvait un nouveau centre d'intérêt. Quelque chose qui l'occuperait sûrement bien plus longtemps que les autres, avec un but d'autant plus grand, plus alléchant et surtout bien plus dangereux. L'irlandais avait toujours trouvé une forme d'excitation dans le danger, tout en restant dans la mesure.
Glen esquissa alors un sourire. Définir la normalité pouvait prendre des heures, des mois, des années! Selon lui, rien n'était plus anormal que la normalité. Ce terme n'existait que pour formater les vivants, les rassurer quant à la logique de leurs actions. Le débat aurait pu être intéressant à mener, mais Glen préféra ne pas renchérir sur le sujet, au risque de s'engager dans une longue conversation jusqu'à oublier l'objet principal de sa présence au manoir du Comte.

Il se mit donc à expliquer ce qui le gênait dans le songe qu'il faisait, sans pour autant en expliciter le contenu immédiatement. Une chose l'inquiétait et le fascinait à la fois, dans les rêves: Ils étaient incontrôlables, omniprésents, ils s'emparaient des sens et brisaient la barrière de l'esprit avec une aisance incroyable. L'homme le plus puissant et le plus sage au monde ne pouvait lutter contre ce phénomène inconscient... De quelle matière étaient fait les rêves, comment étaient-ils façonnés, Glen aurait bien voulu le savoir.
Cette pensée fut chassée de son esprit lorsque le Comte vint se pencher à son oreille. Ce rapprochement si soudain, cette proximité presque tourmentante aurait fait réagir Glen en une fraction de seconde, en temps normal. Il ne serait pas laissé approcher, il aurait instauré une distance qu'il aurait lui même choisit ou non de briser. Pas l'inverse. Mais pour une raison qu'il ne parvenait pas à expliquer, la soudaine proximité du Comte l'amusait et lui plaisait. Leur façon de jouer avec les gestes et les mots était la même, cette brusque sensualité teintée d’ambiguïté avait quelque chose de purement excitant pour Glen. Et il n'était pas au bout de ses surprises.
Quittant cet état étrange, le rouquin retrouva un sourire plus naturel quand le Comte lui répondit.


-La peur est inscrite dans nos gênes, mais que serions-nous sans elle? C'est un mal pour un bien que d'avoir peur! Dit-il d'un air très détaché.

Glen retrouva rapidement son sérieux et se leva pour raconter son rêve. Il ne bégayait pas et devait avoir l'air sûr de lui lorsqu'il parlait, et ce malgré son inquiétude, mais il lui avait fallu passer outre sa méfiance pour parler aussi franchement. L'irlandais avait prit l'habitude de cacher tout de sa personne à ceux qui l'entouraient. Il montrait volontiers son visage de clown facétieux, faisait montre de sensualité et de galanterie en toutes circonstances avec les dames, paraissait assuré et sans l'ombre d'un reproche. Mais il masquait un passé qu'il détestait, un nombre incommensurable de regrets et quelques épisodes houleux et obscurs, des choses qu'il était le seul à savoir.
Pourtant, à mesure qu'il parlait, Glen se rendait compte du soulagement qu'il éprouvait à parler de son rêve avec une personne susceptible de le comprendre. Un poids semblait avoir quitté sa poitrine lorsqu'il revint près du Comte pour lui montrer l'allure de la femme qui hantait son esprit. Glen espérait bien avoir une réponse à l'issu de son récit, même s'il ne s'agissait que de le rassurer, peu lui importait, il avait besoin d'un avis extérieur.
Même si son intention n'avait rien d'insultant et encore moins d'agressif, Glen sentit que son geste était peu apprécié dans le domaine. User de ses pouvoirs chez un autre vampire était généralement mal vu, mais en l'occurrence, Glen ne voyait pas d'autre moyen de procéder. Une image aussi fidèle valait bien plus que toutes les descriptions et tous les croquis, et il voulait être certain de ne pas laisser de zones d'ombre sur cette étrangère. Et la voir ainsi, sous ses yeux pour la seconde fois de la journée, incapable de discerner ses yeux, son nez, sa bouche, l'exaspéra au plus haut point. D'un geste rageur, il la fit disparaître, n'ayant pas remarqué le brusque sursaut de stupeur du Comte. A vrai dire, le rouquin se posait tant de questions qu'il n'avait absolument pas vu l'expression de pure réflexion sur le visage de son aîné.
Si bien que lorsqu'il croisa son regard en se rasseyant, Glen ne comprit pas la brusque froideur du vampire.

Désormais silencieux, l'irlandais regardait son hôte évoluer dans la pièce en attendant des réponses. Posant les coudes sur le fauteuil, il joignit ses longs doigts pâles pour poser son menton dessus, légèrement penché en avant. Il n'y avait pas seulement cette femme, cette apparition qui le dérangeait, mais aussi le cadre, l'endroit! Lorsqu'il se retournait, suivant du regard ce qu'elle lui montrait, il ne voyait plus que mort et désolation... Il avait songé à une forme d'Apocalypse, de stérilité et de mort, mais il lui manquait un liant pour comprendre pleinement la trame de ce songe. Comme si on lui avait donné un curieux ouvrage à lire après en avoir prélevé quelques pages.
Glen tourna brusquement la tête vers le Comte lorsque celui-ci ferma les rideaux d'un geste sec, brisant ainsi le silence qui s'était installé entre eux. Il le vit alors poser sa canne, retirer ses gants, sa veste et son veston, et se demanda à quoi rimait tout cela. Mais il garda le silence, de peur de briser les réflexions du Comte et de lui interdire l'accès à la résolution qu'il attendait tant. Ce casse tête avait besoin d'un esprit plus aguerri que le sien, plus apte à en analyser les combinaisons.
Le Comte sembla soupirer d'aise en s'allongeant, tandis que l'irlandais retenait sa respiration, ne bougeant plus d'un cil. Un léger sourire était figé sur ses lèvres, mais celui ci disparu lorsqu'il entendit son vis à vis éclater de rire.

Ce rire n'avait rien de simplement enjoué ou jovial, il était sombre, froid, presque machiavélique. Un rire qui fit trembler l'échine de Glen sous un violent frisson. Il y avait quelque chose de mauvais dans ce rire, quelque chose d'effroyablement définitif. Il sonnait comme un glas, une cruelle conclusion alliée à une franche détermination. Le Comte jubilait, c'était on ne peut plus évident, mais son engouement n'avait rien de rassurant pour Glen qui se demanda soudain s'il n'avait pas commit une erreur en lui racontant son rêve. Le Comte semblait incroyablement heureux, mais le Marquis ne parvenait pas à partager sa joie, tant son attitude le déstabilisait. Il comprenait un peu mieux pourquoi on lui reprochait parfois d'avoir un rire terrifiant... Lui même riait souvent de cette manière lorsqu'il avait une sombre idée en tête.
Mais Glen ne s'était pas attendu à une révélation aussi terrible. Ses yeux s'écarquillèrent alors qu'il tentait de digérer l'information. Le regard du Comte était devenu difficile à soutenir, même pour lui. D'un blanc total, il ne semblaient plus avoir ni pupille ni iris, comme s'ils s'étaient révulsés à l'instar de ceux d'un mort. Cela n'avait rien d'ordinaire, et Glen finit par fermer les yeux un instant en secouant la tête.


-Attendez... C'est une plaisanterie, c'est ça? Dit-il en riant nerveusement. Vous n'avez même pas vu son visage, comment pouvez-vous l'affirmer? Et puis pourquoi moi? Jusqu'à la semaine dernière, je n'avais aucune preuve de son existence, et il y a bien des vampires plus vieux et érudits que moi... C'est... Absurde!

En réalité, Glen ne disait pas cela par manque de confiance en lui ou parce qu'il se sous estimait. Il disait plutôt cela parce qu'il n'avait pas envie d'admettre que le Comte avait raison. La coïncidence lui semblait si grosse qu'il avait du mal à y croire. Pourtant, s'il l'avait voulu, il aurait comprit que le destin ne faisait rien par hasard ou fantaisie mais suivait bien une trame précise. Et cette trame les avait placé l'un en face de l'autre pour une bonne raison. Cette raison était peut-être même en lien avec l'étrange attirance que Glen ressentait pour le Comte. Poussant un léger soupir, l'irlandais reprit.

-Vous êtes sérieux, n'est ce pas...? La... Mère? Enfin..., A nouveau il fut prit d'un rire nerveux. Je dois admettre que je m'attendais à bien des choses mais pas à cela!

La fin de sa phrase mourut, engloutie par le rire du Comte. Glen comprit immédiatement ce que sous entendait sa dernière phrase. Il n'allait pas le lâcher de si tôt et aurait besoin de lui pour la localiser... L'irlandais espérait naïvement qu'on ne lui charcuterait pas l'esprit pour obtenir le précieux renseignement. L'idée de voir son subconscient mis à nu et disséqué, épluché et mis à sac ne l'enchantait pas du tout.
C'est pourquoi le regard sauvage que lui lança le Comte l'inquiéta on ne peut plus. Glen ne contrôlait plus rien, il n'avait aucune idée de ce qui allait advenir de lui, et cette incertitude lui pesait plus de seconde en seconde. Il fallait qu'il se sorte de là, et vite, qu'il reprenne les rênes de sa propre personne et se décide à faire un mouvement. Mais ses yeux étaient rivés dans ceux du Comte, toujours aussi immaculé, et même sans cela, il voyait une lueur inquiétante briller à leur surface. Glen connaissait ce regard. C'était le regard d'un vampire prêt à fondre sur sa proie. Et ce soir la proie, c'était lui, chose qui lui déplaisait au plus haut point. Mais il était incapable de bouger, il voulait en savoir plus, il restait des zones d'ombre à éclaircir...

Il n'eut d'ailleurs ni la force ni le temps de se lever lorsque le Comte s'approcha à nouveau de lui, le dominant de toute sa hauteur. Déterminé à ne pas avoir l'air d'une misérable souris prise au piège par un chat, Glen soutint le regard de son hôte.


-Je crois plutôt que c'est l'incertitude qui me fait peur, dans cette histoire..., murmura-t-il. Mais je ne compte pas la craindre plus longtemps...

Glen se raidit un instant lorsque le Comte porta la main à sa joue, mais il se détendit rapidement, un frisson lui parcourant l'échine sous la caresse. L'agacement et la méfiance dus à la proximité semblaient avoir laissé place à une attirance nouvelle et un certain désir. Une chose nouvelle pour Glen, qui n'avait jamais été attiré que par les femmes. Il aimait leurs rires cristallins et leur soupirs passionnés lorsqu'il leur offrait l'étreinte, mais jamais il éprouvé ce genre d'attraction pour un homme. Encore moins un vampire. Et curieusement, cette sensation n'était pas si désagréable. Elle était simplement déstabilisante. Même ainsi, les yeux blancs, le visage abimé par l'eau bénite et l'étrange expression sur le visage, le Comte restait impressionnant et beau. Ses traits étaient plaisant, et Glen les trouvait même curieusement magnifiés par cette pointe de cruauté qui résidait dans son regard.
Glen ne broncha pas lorsque le Comte fit glisser sa main jusqu'à ses lèvres et lorsqu'une lampe s'éteignit, ses yeux bleus brillèrent dans le noir d'une lueur irréelle. Il leva légèrement le menton en sentant la main de son vis à vis quitter son menton pour se loger au niveau de son cou.
Un étrange lien commençait à se tisser entre eux, il commençait à se resserrer, mais il sembla se briser un instant lorsque le Comte demanda à Glen de lui ouvrir son esprit. Un sourire mauvais naquit sur les lèvres du rouquin tandis que son regard se faisait plus dur.


-… Cette demande mérite réflexion... Je n'ai pas pour habitude d'ouvrir ainsi mon esprit... Et sans vouloir vous offenser, nous nous connaissons bien peu...

Glen ne pouvait décemment refuser cette demande, se défiler aurait immédiatement fait de lui un ennemi, un obstacle aux plans du Comte et donc un individu à éliminer. A quoi bon fuir pour l'éternité, condamner à se méfier de tout le monde, à errer à la recherche d'un abri temporaire, et sans aucune réponse, alors qu'il pouvait choisir de s'allier définitivement au Comte? Il avait bien plus à gagner en choisissant la seconde option. En revanche, dévoiler ainsi ses songes pouvait le rendre inutile, après coup... N'allait-il pas être traité comme un vulgaire consommable, un pion comme un autre sur un immense plateau de jeu? Glen ne parvenait pas à savoir si le Comte saurait honorer sa contribution ou s'il s'en ficherait totalement dès qu'il aurait obtenu ce qu'il souhaitait.

Quand le Comte vint presque effleurer sa gorge de ses lèvres, Glen tourna la tête, tendit le cou pour s'éloigner, mais il comprit rapidement que son geste ne faisait que dévoiler un peu plus sa gorge, et il redressa rapidement la tête. Au fond du fauteuil, il ne pouvait plus bouger comme il l'aurait voulu, tant il était proche du Comte. Relevant les yeux avec une moue indécise, Glen reprit.


-Pardonnez ma méfiance, mais si je vous montre... J'ose espérer que tout cela ne me portera pas préjudice. Car je ne suis pas maître de mes songes... J'aimerais pouvoir profiter de leur éventuelle utilité...

Par là, Glen signifiait clairement qu'il était prêt à dévoiler au Comte des choses que personne ne savait, pas même Aisling. Mais il espérait également ne pas devenir une marionnette susceptible d'être jetée au feu à n'importe quel moment.
L'irlandais se redressa alors, son visage si proche de celui du Comte qu'il pouvait sentir son souffle sur ses joues.


-Allons donc déloger ces lâches, qu'ils nous montrent leur visage..., murmura-t-il avec un sourire malicieux.

Reculant à nouveau, Glen porta la main au noeud violet noué autour de son cou, en lissant le tissu.


-J'ai cependant le regret de vous annoncer que je suis novice en la matière! Je n'ai jamais fais cela consciemment!

Glen avait profondément enfouit dans son esprit les épisodes les plus sombres de son existence, et le Comte lui avait dit au cimetière que son passé ne l'intéressait pas, seul son avenir avait de l'importance. Le rouquin dissimula donc tout ce qu'il refusait de montrer, ne laissant en surface que ce qu'il voulait bien présenter, à savoir ses rêves, ses envies, son but... Il oublia même de dissimuler l'étrange et nouvelle attirance qu'il éprouvait.
Dans cet esprit malmené se battaient de trop nombreuses pensées. Glen n'avait jamais l'esprit vide, son cerveau fonctionnait en permanence, il réfléchissait, il imaginait et inventait continuellement, l'intérieur de sa tête fourmillait de milliers d'informations, parfois anodines, parfois cruciales.
En premier lieu, le Comte ne pouvait que voir la haine virulente de Glen pour les humains, mais aussi sa volonté de leur offrir un ennemi inconnu qui les terroriserait, un ennemi qu'ils seraient dans l'incapacité de voir mais dont ils auraient conscience. Par dessus tout, l'irlandais aimait sentir la peur d'une proie incapable de le voir ou de le sentir. Il s'agissait là de la raison qui le poussait à conserver sa nature secrète auprès des humains.
Mais il n'y avait pas que ça. Il y avait aussi ce songe que Glen avait exposé au Comte. Les images se succédèrent dans son esprit, la forêt, le château au loin, la femme assise sur son trône de pierre... Puis ce paysage dévasté, ce soleil rouge dépourvu de chaleur, cette impression de mort omniprésente, le feu ravageant les derniers habitations au loin, les crânes, les cadavres, les arbres morts qui jonchaient un sol exhalant des relents de pourriture... Plus il voyait cette image, plus Glen avait le sentiment qu'il s'agissait d'un avertissement, d'une chose à laquelle il devait faire attention.
Mais le songe s'arrêtait là, et tous les autres avaient été masqués par le pouvoir d'Aisling pour apaiser son esprit.

Pourtant, pour une raison que Glen ignorait, le fragile rempart vint à se briser. Comme si l'on avait gratté à la surface d'un grès particulièrement friable, le barrage vola en éclats, déversant un flot de pensées et de rêves sans rapport les uns avec les autres.
Le choc fut tel que l'irlandais sentit son estomac se soulever. S'il n'avait pas été assit, il serait probablement tombé. L'esprit n'était pas préparé à accueillir une telle quantité d'information, et un violent mal de tête vint s'ajouter à toutes les images qui défilaient devant ses yeux. Les fermant en baissant la tête, il serra les dents pour ne pas gémir de douleur.
Tant de rêves dont il avait oublié l'existence vinrent lui accaparer l'esprit. Les premiers le firent sourire malgré la douleur.
Un monde étrange en négatif, ou la gravité semblait s'être inversée, plaçant la terre en l'air et le ciel en bas. Dans ce monde étrange, un homme parlait à l'envers lui aussi, tenant sa tête sous son bras. L'image était si grotesque et dénuée de sens que Glen fut prit de l'envie de rire. Une envie qui lui passa rapidement lorsqu'il la vit. Dans ce monde où les protagonistes apparaissaient en surbrillance sur un fond en nuances de gris, elle seule semblait avoir l'air naturelle. N'ayant fait ce rêve qu'une fois, Glen n'avait pas remarqué que la femme qu'il voyait à répétition dans son songe hantait celui ci également.

L'image bascula, un autre rêve prit place. Glen entrait dans un salon. Plongé dans la pénombre, il n'était éclairé que par la lune, pleine, dont la lumière perçait à travers les rideaux. Le vampire distinguait les ombres des nombreux convives, entendait la rumeur des conversations, et s'avançait vers eux. Mais alors qu'il était au centre de la pièce, les chandeliers s'éclairaient comme par enchantement, révélant la véritable nature des invités. Plus un son, plus un murmure, tous s'étaient mués en de macabres marionnettes. Vêtues de superbes tenues, certaines étaient de cire, d'autres de bois. S'approchant d'elles, Glen voyait peu à peu la cire de leur visage fondre, tandis que les autres voyaient leur bois verni rongé par les mites. Et alors qu'elles tombaient toutes en lambeaux, il voyait à nouveau la femme disparaître derrière un rideau. Incapable de bouger, Glen restait là, entouré des restes de poupées désarticulées portant des vêtements réduits à l'état de charpie.

Les rêves se succédèrent ainsi, apportant tous leur lot d'incompréhension et d'irrationalité. Ils étaient tous plus grotesques et étranges les uns que les autres, mais un détail ne changeait pas: Elle était là à chaque fois. Qu'il s'agisse de la Mère ou non, Glen prenait conscience qu'elle était présente dans chacun de ses rêves, semblant le narguer alors qu'il se débattait avec ses questions.
Ses pensées commencèrent à s'enchainer de plus en plus vite, sans que Glen ne puisse les arrêter, comme s'il était monté dans le wagon d'un train dépourvu de frein. Il ne pouvait que voir ses rêves l'entrainer un peu plus vers le fond. Car à mesure qu'ils évoluaient, il prenait peu à peu du sens. Les réflexions insensées laissèrent place à des rêves trop personnels pour que l'irlandais se laisse faire. Du ressentiment, des fragments de son passé mais surtout la culpabilité qui l'avait marqué au fer rouge dès sa naissance. Tout cela vint heurter son esprit avec une violence inouïe. Les années ne lui avaient pas ôté ce sentiment d'avoir commis une erreur monumentale sans le vouloir. Comprenant que les choses allaient trop loin, Glen commença à reprendre pied. La douleur de son crâne s'accentuait à mesure que les images défilaient dans son esprit, et bientôt elle serait si aiguë qu'il ne pourrait plus rien contrôler. Son aura semblait se mouvoir autour de lui, comme si elle suivait les mouvements des images qui lui traversaient la tête.

Glen agrippa alors le poignet du Comte, dont la main était toujours posée sur son cou, et le serra comme s'agissait pour lui du dernier rempart le séparant de l'abime. Il ouvrit les yeux avec difficulté. Les images dansaient devant son regard effacé, et une grimace de douleur enlaidissait son visage maquillé.


-Ca suffit..., grogna-t-il avant de lâcher le bras du Comte comme s'il s'était brûlé.

Glen se passa une main sur le visage en ricanant faiblement. Celui-ci se mua en rire nerveux tandis qu'il évitait soigneusement le regard du Comte, de peur d'y voir son propre reflet déformé par ce qu'il venait de voir.


-Je m'attendais à quelque chose de plus agréable... L'expérience est loin d'être plaisante à vivre...

Il eut un sourire forcé en serrant ses doigts sur l'accoudoir jusqu'à faire blanchir leurs jointures. Ce qui avait ainsi brisé les scellés qu'Aisling avait mis en place dans son esprit, Glen l'ignorait. Peut-être était-ce le Comte, peut-être était-ce lui, le principe lui échappait. Mais il était sûr d'une chose, à présent: La femme de son songe le suivait partout lorsqu'il dormait, sans qu'il en ait conscience.
Poussant un profond soupir, Glen rejeta la tête en arrière, contre le dossier, et posa son regard sur le plafond où continuaient de danser des ombres. Il se sentait à la fois las, désarmé et pourtant en possession d'une information qui ne pouvait que lui permettre d'avancer. Ses rêves l'avaient sûrement saisit avec plus de force que le Comte, mais il avait lui aussi tout vu, et Glen finit par baisser les yeux vers lui.


-Je crois que notre... Amie a bien plus à dire qu'il n'y paraît..., murmura-t-il dans un souffle, un sourire amusé aux lèvres.



(HRP: Je m'excuse d'avance, ça doit être bourré de fautes! Mais il est tard, je corrigerai tout ça demain pour que ça soit présentable! ^^)
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: L'Heure du Cavalier a sonné [Comte, Glen] [13/03/42] Ven 18 Jan - 17:41

Glen n'était pas au bout de ses surprises...

Depuis maintenant une heure qu'ils étaient ensemble dans ce salon, le rouquin et son ainé avaient abordé un sujet des plus intéressants, mais aussi des plus inquiétants: celui des songes. Le Comte avait saisi l'occasion pour expliquer à son confrère sa vision des choses: pour lui, chaque rêve pouvait être aussi insignifiant que ceux qui hantaient les Humains la nuit, mais il existait aussi une autre forme de rêve, les songes, qui se développaient surtout chez les Vampires âgés, comme eux, ou ceux qui utilisaient leurs dons télépathiques depuis tout jeunes.
Ces filandreuses machines à remonter le temps ou à l'étirer plus en avant, ces mécaniques de la prophétie et de la traque de l'inconscient, étaient, pour le lord, une réelle passion. Il n'aimait pas sonder les esprits, encore moins les manipuler via le Don Obscur, mais il adorait chercher en leur sein les clés qui pouvaient manquer à ses plans. Il les étudiait, depuis maintenant des siècles, et vénérait en secret une entité shakespearienne qui faisait des rêves son allégorie. Les siens, en particulier, lui indiquaient la voie vers le Père. Cet être, dissimulé dans un autre plan, était son but le plus cher. Jirômaru lui faisait la guerre et le trouver était devenu le moteur de sa vie. Ce vieillard sénile commençait à perdre constance et à laisser ses barrières mentales tomber face à la puissance du Comte. Mais ce dernier était encore loin de pouvoir franchir la membrane intangible qui les séparait. Cela était à la fois frustrant et palpitant. Cette quête ultime avait pris des allures de chasse et Jirômaru se positionnait dans la peau du fauve. C'était extraordinaire! Traquer son ancêtre, son créateur, tenter de le déloger de son cercueil de pierre pour le faire disparaître en poussière...c'était un projet grandiose! Machiavélique! Cela relevait certes de la mégalomanie mais également d'une envie profonde de devenir, enfin, le maître de lui-même. Il voulait la liberté de tous les Vampires! Il voulait s'affranchir des frontières que leur imposait cette entité décatie sans que personne ne s'en rende compte. Les règles vampiriques étaient établies par la société des Vampires, et lui-même trouvait que cela était une bonne chose, mais pourquoi étaient-ils donc si limités dans leurs pouvoirs? Pourquoi la nostalgie les prenait-elle à partir d'un certain âge pour les conduire peu à peu vers la déchéance? Comment expliquer leur dégénérescence? Tout cela était à imputer au Père et à la Mère. Les créateurs les bloquaient, c'était évident! C'était eux qui avaient commis un pécher jadis, quel qu'il fût, et il fallait libérer la terre de leur présence pour retrouver l'harmonie originelle. Le Comte voulait plus de pouvoir, il voulait que les Loups-Garous disparaissent, que les Humains soient à jamais sous la domination de sa race sans le savoir et que ses semblables détiennent le monde sans se retrouver aux prises avec leur soif, leur Bête, régie par la faiblesse de leurs parents! C'était cela qu'il fallait anéantir: le péché initial, la Bête qu'ils avaient libérée! Il fallait lutter pour couper ce lien insupportable qui les avait affaibli jusqu'à la décomposition de leur corps, de leurs principes et même de leurs âmes...Jirômaru se posait comme grand libérateur de sa race.

Mais rien de tout ceci était prouvé, bien évidemment, et si le Comte était persuadé de suivre la bonne voie, d'autres lui auraient ouvert le crâne pour moins que ça. C'était son plan, ses grands projets. Seule Ilsa et Glen étaient au courant de ses idées. Même les Sept ne savaient pas que le but ultime de leur maître était d'anéantir pour de bon leurs racines. En vérité, le Comte leur en parlait souvent et il exposait ses idéaux sans gène depuis maintenant des siècles. Mais personne ne le prenait au sérieux. Personne ne pensait sincèrement que le lord voulait détruire des millénaires de mythes et de culture. Tous pensaient qu'il voulait rencontrer le Père et la Mère pour leur demander plus de pouvoir et de liberté, mais aucun ne pensait réellement que Jirômaru avait prévu de les tuer. En soit, cette idée même n'était pas raisonnable, et elle était d'ailleurs presque risible. Comment un Vampire, qui avait même 600 ans d'existence, pouvait-il lutter contre des Vampires qui avaient probablement plus de 3000 ans? Tous, dans son entourage, pensaient que son envie de meurtre n'était qu'une allégorie de sa volonté de liberté, comme serait défini plus tard le complexe d'Oedipe. Seulement, il n'en était rien. Le Comte voulait réellement planter un poignard dans le coeur de ses ancêtres, et ce pour diverses raisons plus obscures les unes que les autres...

La liberté n'était-elle pas une simple excuse?

Lorsqu'il s'était posé sur le sofa, allongé de tout son long, et qu'il avait soudainement éclaté de rire dans son trop plein d'émotion et de joie, le Comte avait joui d'un soulagement hors du commun. Il travaillait à trouver le Père depuis des siècles et ses pas l'avaient menés à Londres pour le trouver. Mais il avait également prévu de trouver la Mère, bien évidemment. Seulement, cette entité ne lui avait laissé aucun indice et, jusqu'à présent, il n'avait détecté aucune trace d'elle, que ce soit dans les archives, les livres, les pensées d'autrui ou ses propres songes. Elle n'avait tout simplement jamais manifesté sa présence en ce monde. Le Comte avait donc laissé tomber sa traque pour se concentrer sur son avatar masculin et tenter de la retrouver via ce dernier. Mais aujourd'hui, Glen venait de lui prouver son existence dans un autre plan.

Comment ne pas jubiler?

De son côté, Glen sembla perturbé par cette révélation. D'ailleurs, la coïncidence était tellement choquante qu'il ne cru pas son ainé sur le moment. Plaisantait-il donc? Ho non, jamais! Le Comte ne se levait pas souvent pour faire des blagues...
Son rire et son air terrible fit rapidement comprendre à son confrère qu'il était en effet bien loin de plaisanter et que la dure réalité était que leurs pas les avaient conduits l'un vers l'autre pour mieux les rassembler dans cette quête insensée. Jirômaru ne croyait pas au destin, ni à la fatalité, il ne croyait qu'aux influences d'auras et aux mouvements de pensées. Peut-être qu'il croyait en la chance, oui, certainement, mais il ne la personnifiait jamais. Ainsi, si Glen était venu à Londres, c'était qu'il devait avoir senti, sans le savoir, la présence du Père sous leurs pieds, comme le Comte. Mais il devait également avoir été attiré par le désir du lord de retrouver la Mère. Depuis un siècle Jirômaru était un véritable aimant dans la capitale mais lui-même avait été attiré ici par la puissance de l'ombre qui s'étendait sur les lieux. Le Père les rassemblait sans le vouloir, à cause de ses failles qui laissaient passer un peu de son pouvoir dans l'atmosphère.

Cependant, cette hypothèse n'expliquait en rien la présence de la Mère dans l'esprit de Glen.
Cette dernière, envahissait ses songes...Pourquoi? Un mystère était à éclaircir.
Car si le Conte voyait le Père, c'était bien parce qu'il l'avait cherché. Glen, lui, n'avait apparemment jamais eu la prétention de courir après la Mère. Pourquoi donc apparaissait-elle dans ses songes alors? Qu'est-ce que ces images cachaient? Glen lui aurait-il menti? Cherchait-il la Mère? Ou était-ce cette dernière qui l'avait trouvé...? Cette fois, le problème devenait alarmant.

C'est pour cela que le Comte s'était rapproché du Vampire aux cheveux flamboyants, c'était pour cela qu'il l'avait coincé dans son fauteuil pour l'imprégner de sa sensualité, le caresser et le pousser à lui ouvrir son esprit. Il voulait savoir. D'où venaient ces visions? Pourquoi est-ce que Glen pouvait y accéder et pas lui? Le Comte brûlait de curiosité, mais un autre feu commençait aussi à lui lécher les entrailles...
Il avait choisi: Glen serait son compagnon ou son ennemi.
Il en savait trop, bien trop...

A mesure qu'il s'en approchait, caressant sa joue, son cou, ses lèvres, le rouquin tentait de lui échapper, sans geste brusque. Il se contentait de tourner légèrement la tête et d'esquiver un peu le regard blanc que le Comte plongeait dans le sien. Mais il n'avait plus le choix, c'était évident, et un malaise intense l'avait envahi. Le lord le sentait et il s'en irritait tout comme il s'en repaissait. Cette peur d'être pris pour une proie, ce frisson de désir et de crainte qui l'avait fait frémir à son approche, le faisait à la fois tiquer et jubiler...
Jirômaru le repoussait toujours plus en arrière alors qu'il se penchait sur lui.
Le sourire mauvais que Glen lui offrit lorsqu'il lui demanda d'ouvrir son esprit fit l'effet d'une épine dans l'élan du Comte. Glen faisait partie de ces Vampires dont l'esprit tordu recelait des choses si terribles qu'il le fermait à quiconque. Qu'avait-il donc à cacher? Son passé était-il si terne? Qu'en avait donc à faire le Comte? Il ne se souciait pas de sa vie antérieur: tout ce qui comptait maintenant à ses yeux était cette alliance future. Glen saurait-il jouer le rôle qu'il allait lui offrir dans cette merveilleuse mascarade? La Mère était en lien avec son esprit: il n'était plus question de le laisser s'échapper.

Glen tiquait, hésitait, tremblait imperceptiblement. Il gardait son éternel sourire sur sa face de clown et prenait des précautions tandis que le Comte s'en approchait, encore et toujours. La lumière s'était presque entièrement éteinte dans le salon. Seule une lampe brillait faiblement dans un coin, lentement dérangée par les ombres qui s'étendaient d'étrange façon. Sans que le rouquin ne le sache, le Comte exerçait déjà son pouvoir télépathique. Il testait son esprit à ses frontières et commençait à éroder leur roc.


- Oui...susurra le lord. Nous ne nous connaissons pas encore...Mais cela viendra...

Sa main s'appuya un peu plus sur le cou du Vampire tandis qu'il rapprochait encore sa bouche de son oreille.

- Avec le temps, avec le sang...

Glen cilla un peu et tendit le cou pour s'éloigner. Les yeux du Comte tombèrent alors sur sa trachée. L'envie de dévoiler un peu plus ses crocs et de pénétrer cette chair blanche le prit. Glen était tout à fait désirable et son sang délicieux. Il avait cette pointe d'amertume que le Comte appréciait. Mais, maître de sa soif depuis longtemps, le lord s'en éloigna dans le même temps que Glen ramenait son regard dans le sien.

- Je n'ai pas pour habitude de consommer mes semblables...murmura Jirômaru dans un grondement presque caverneux pour le rassurer.

Il voulait signifier là deux choses. La première était qu'il ne buvait pas souvent de sang de Vampire, et c'était bien vrai. Le Comte ne supportait plus le sang décati de sa race et il n'acceptait que très rarement de mordre les siens. Cela leur donnait en outre un certain pouvoir qu'il ne voulait pas leur accorder. Sa marque était puissante, nul ne pouvait ignorer son utilité. C'était une forme d'honneur qu'il ne pouvait se permettre de distribuer n'importe comment. Sa responsabilité envers l'être marqué le gênait. La seconde était que Glen ne serait certainement pas utilisé pour être ensuite jeté. Le Comte ne se débarrassait de ses pions que s'ils devenaient dangereux et non pas lorsqu'ils s'avéraient inutiles. Sous l'Opéra, de nombreux Vampires l'avaient appuyé dans ses actions, aucun n'était exclu de son domaine, même après coup. Le lord avait en effet un certain respect envers ses serviteurs et ses alliés. C'était un chef de guerre, non pas un vulgaire leader tyrannique. Il fallait que Glen comprenne que, temps qu'il ne lui serait pas hostile, il ne serait jamais considéré comme ''jetable''.

Glen céda alors. Un sourire de victoire s'afficha sur le visage du Comte lorsque le rouquin lui murmura qu'il était d'accord pour qu'il fouille dans son esprit. Lui aussi voulait connaître la vérité. Il était aussi curieux que son ainé et cette occasion de trouver la clé de ses songes ne se représenterait peut être jamais s'il refusait maintenant.


- Ne t'en fais pas...fit le Comte face aux hésitations de son congénère. Je ne fouillerai pas au-delà de ce qui nous intéresse aujourd'hui...

Ses yeux prirent une teinte plus vive, plus brillante. Dans le noir, on eut dit des yeux de chat dont le reflet était provoqué par un réverbère. Le Comte pénétra alors lentement l'esprit de Glen.

Au début, celui de Jirômaru se retrouva dans un flot continue de pensées diverses et variées. Il erra pendant une bonne vingtaines de secondes dans une rivière de rêves et de souvenirs entremêlés. Glen ne maîtrisait pas tout à fait ses pensées, c'était évident, et cela n'allait pas lui faciliter la tâche.
Triant les informations, louvoyant sur cet océan anarchique d'images, le Comte ne s'arrêta pas aux détails qui ne lui importaient pas. Il en retint cependant que Glen était un être haineux, empli d'une volonté de chaos et de destruction. Il avait les Humains en horreur, il faisait partie du Sabbat et pourtant conservait la Mascarade dans le but d'imposer aux Humains une peur sans nom. C'était un désir de pouvoir, une volonté de manipulation dans l'ombre. Glen voulait terrifier le genre humain en conservant les légendes qui les faisait frémir. En soit, c'était une excellente chose pour le Comte, il suffisait qu'il ne devienne pas aussi fanatique et bruyant que les véritables adepte du Sabbat. Sinon il allait évidemment devenir problématique.

Puis, peu à peu, le Comte retrouva ce décors apocalyptique que lui avait décrit Glen. Après une errance au milieu des flammes, des cadavres et des ruines d'une cité inconnue, il se retrouva dans un champ entièrement ravagé. Tout était noir, la terre était faite de cendres et de flammes rongeaient le sol par endroits comme pour se repaitre des derniers vestiges de végétation. La Mère était là, impérieuse, baignée dans cette lumière divine qui cachait toujours son visage. Des crânes gisaient à ses pieds. Son corps, entièrement enveloppé dans sa toge aux mille plis soignés, semblait presque luire de l'intérieur.
Elle était tournée de trois quart et, lorsque le Comte s'en approcha, matérialisant son corps auprès d'elle, cette dernière lui fit face. Son visage était toujours impossible à voir. Le Vampire souffrit alors des yeux et fut obligé de mettre sa main devant lui pour atténuer la lumière.


*Tu ne peux nous combattre Jiromaru...*

Cette voix, terrible et profonde, résonna dans l'esprit du Comte juste avant que la vision ne s'efface pour laisser la place à une autre. Cette femme était partout dans l'esprit de Glen. Dans chaque rêve, chaque recoin de son être. La Mère l'avait envahit. En vérité, le Comte apprit ainsi que cela faisait déjà longtemps qu'elle pénétrait son esprit sans qu'il ne s'en rende forcément compte. Elle l'avait possédé pour mieux le manipuler de l'intérieur...

Perturbé, le Comte ferma les yeux et serra un peu plus sa main sur la clavicule de Glen avant de poursuivre son œuvre. Les paysages se succédaient, des informations en masse passaient près de lui, frôlant sa propre conscience, mêlant la vérité et le mensonge...C'était un exercice que le Comte ne pratiquait pas souvent et cette fois-ci il luttait avec un esprit étrangement fermé.
Mais la sensualité de Glen ne lui échappa aucunement, de même que sa soif de connaissance et son sadisme. C'était des points qu'il saurait retenir pour l'avenir.

Puis la vision apocalyptique revint avec son soleil rouge et sans âme. La Mère se tenait-là, droite et fière. Le Comte sentit qu'elle souriait, pourtant il ne pouvait toujours pas discerner les traits de son visage. La peur l'envahit alors, plus profonde que jamais. C'était une peur ancestrale, une véritable frayeur. La Mère l'avait percé à jour et le regardait maintenant de ses vrais yeux. Réduit à l'état d'enfant sur lequel le regard sévère d'un adulte tombe après qu'il ait commis une faute, Jirômaru serra encore les dents auprès de Glen qu'il tenait toujours. Dans son esprit, une barrière céda et différentes images se succédèrent sans son consentement. Un casque japonais brisé sur le sol, une chevelure blonde sur la neige, du sang dans un flacon, une yourte recouverte de feuilles mortes, le visage d'une femme enroulée dans une capuche de fourrure, un cheval caparaçonné, un bateau nauséabond...


*Sors de ma tête...*Grogna-t-il à la fois dans son esprit et dans la réalité.

La Mère disparut.
Un salon, la lune, des convives des pantins, une vision d'horreur pourtant commune aux yeux du Comte...tout s'accéléra. L'univers mental de Glen se mêlait à quelques souvenirs de son aîné. Tout était flou, le monde était parfois en haut, parfois en bas, le tout était entrecoupé de fragments d'errance dans les steppes glacées. Un sentiment de peur traversait chaque parcelle de leur être. La Mère jouait avec leurs esprits et celui de Glen possédait d'étranges remparts que Jirômaru n'arrivait pas à franchir.
Enfin, la Mère disparut complètement et les frontières qu'imposait Glen cédèrent. Le Comte avait un peu forcé les choses mais c'était aussi le rouquin qui avait faibli une seconde. Finalement, souhaitait-il réellement cacher son passé? N'était-ce pas une forme d'aveu qui prouvait sa volonté de tout comprendre malgré la honte, la pudeur et le respect de lui-même?

La culpabilité le rongeait, c'était désormais clair.

Soudain, le Comte sentit sur son poignet une pression inattendue. Tout cessa d'un coup. Il fut arraché de l'esprit de Glen, de grand yeux verts le transpercèrent de part en part comme pour l'éloigner encore et il fut soudainement à nouveau conscient, dans le monde réel. Le salon était silencieux, la flamme de la seconde lampe se ralluma et les ombres disparurent.
Le Comte chancela au-dessus de Glen. Son regard, redevenu gris, se posa lentement sur la main que ce dernier serrait sur lui. C'était un geste défensif, un réflexe, mais cela faisait des siècles qu'un de ses semblables n'avait pas osé porter la main sur lui. Le rouquin dû le sentir et, soit par respect, soit par peur, il lâcha très vite son aîné. Puis, étirant une grimace de douleur et de dégoût, Glen grogna et détourna son regard comme un homme mélancolique évite celui de son confident.

Mais le Comte ne le regardait déjà plus. Il avait reculé, laissant le fauteuil de son confrère pour s'éloigner d'un pas ou deux. Lui aussi il évita soigneusement que leurs regards ne se croisent. En vérité, il serrait les dents de rage: la Mère se jouait de lui! Elle venait de le frapper de plein fouet. Un haut le coeur le prit alors et il fit un pas de travers. Cette sensation...Cet affront...Le lord se sentit violé dans son âme.

De son côté, Glen s'était un peu calmé. Il avait ramené son regard sur le Comte avec un sourire amusé. La situation le motivait clairement.

Mais son ainé se tourna alors lentement vers lui d'un air grave et même terriblement haineux. Il lui lança un regard mauvais, comme s'il venait de le blesser et qu'il lui tardait de le détruire sur place. Il dévoilait ses crocs, serrés comme ceux d'un fauve aux abois.

Un filet de sang se mit alors à couler de son nez...
Le liquide carmin dessina lentement une fine rivière jusqu'à sa bouche.

Dans un grognement, le Comte lâcha du regard le rouquin pour tirer de sa manche un mouchoir blanc qu'il appliqua immédiatement sous son nez.


- Je m'attendais aussi à quelque chose de plus agréable...fit-il avec hargne.

S'éloignant encore de Glen, le Comte se retint à la table qui se trouvait non loin des sofas. Il avait un mal de crâne terrible et les images continuaient d'envahir son esprit. Il était conscient qu'il avait laissé s'échapper quelques éléments de sa vie...mais ce qu'il savait surtout c'était que la Mère elle-même l'avait repoussé. C'était elle qui avait brisé une partie de sa défense et c'était elle également qui l'avait perdu dans les rêves tordus de Glen. C'était comme si le rouquin avait été contrôlé par cette entité le temps d'une paire de secondes. Qu'est-ce que cela voulait donc dire? Glen avait-il été conduit à Londres pour lui opposer une résistance? La Mère manipulait-elle son esprit pour l'atteindre lui? N'essayait-elle pas d'en faire sa nemesis?

Le Comte regarda son sang qui formait de grands cercles rouges sur son mouchoir immaculé. Non...cette première séance n'avait pas été agréable du tout...Que fallait-il en penser désormais?

L'aura du Comte avait augmenté pour user de son pouvoir mais elle avait ensuite faibli d'un coup. Aussi, toute la demeure était-elle en alerte. Les Sept étaient dans le couloir prêts à intervenir. Ambre sentait l'odeur du sang de son maître et s'inquiétait. Cette fragrance était particulière et rare dans son état pur. Jusqu'ici, la présence de l'odeur du sang du Comte n'était due qu'à des blessures physiques et non pas à un écoulement clair comme aujourd'hui. Avait-il donc partagé son sang avec cet étrange invité?
Salluste était en proie à une rage hors du commun. Il faisait les cents pas, hésitant chaque seconde à entrer avec fracas dans le salon.

Mais le Comte ne semblait pas réclamer d'aide, au contraire. Son aura se remit à grandir lentement pour montrer sa puissance et éloigner les curieux.


- Qui est Aisling? Demanda soudainement le lord en revenant vers Glen.

Son regard était dur. Ce nom lui avait traversé l'esprit une paire de fois...
Il arriva à hauteur du rouquin et le fixa de ses yeux de brume avec un soupçon de fureur.


- Il n'y a pas que la Mère qui a plus à dire qu'il n'y paraît...

Cela sonnait comme un terrible reproche. En vérité, le Comte ne s'était pas seulement confronté à la Mère, ni à Glen: il avait sentit qu'une protection avait été érigée dans l'esprit du rouquin par une tierce personne. Cette Aisling...elle avait manipulé son esprit pour mieux le renforcer. Comment pouvait-il trouver la Mère et aider Glen à clarifier ses songes s'il érigeait de multiples barrières de cette façon?

Le Comte épongea encore un peu le bord de ses narines. Son sang coulait à flot, il n'arrivait pas à l'arrêter. C'était insupportable!
D'une humeur massacrante, il revint alors vers son sofa et s'allongea à nouveau sur le dos. Au bout de quelques minutes, il reprit la parole:


- La Mère sait que je la cherche. Elle sait aussi que je traque son mari. Elle t'utilise, Glen, pour me nuire. Elle t'as amené ici pour rire de mes projets...

Que faire? Cette garce devait insuffler à Glen des principes ancestraux pour qu'il s'érige contre lui! Et pourtant ils s'étaient tellement rapprochés en si peu de temps...Qu'essayait-elle donc de faire? Glen était-il sensuel dans l'unique but d'entrer dans son intimité pour mieux le détruire? Tout cela était dangereux...

Mais le Comte avait plus d'un tour dans son sac et il comptait bien renverser la situation. Glen était inconscient de cette manipulation et Jirômaru pouvait encore le forger à son goût en le prévenant. La Mère saurait bientôt qu'en venant le narguer elle avait fait une erreur monumentale. Enfin il pouvait désormais la trouver!


- Approche Glen...fit doucement le Comte en tournant sa tête vers lui. Son mouchoir teinté gisait dans sa main: son nez ne saignait presque plus dans cette position horizontale. Approche et dis-moi ce que tu penses de tout cela...

Le lord fit signe à son confrère de venir s'asseoir près de lui. Se mettant ainsi volontairement dans la position du souffrant, inversant les rôles qu'ils avaient tenus l'un et l'autre depuis le début de leur conversation, il le regarda de ses yeux fatigués.

- Dis-moi...fit-il dans un souffle avant de se redresser lentement pour agripper le veston du rouquin et se coller presque entièrement à lui. Dis-moi jusqu'où irais-tu pour la clé de tes songes?

Les yeux du Comte se perdirent dans l'éclat de ceux de Glen et il rapprocha sa bouche de la sienne.

- Dis-moi...Murmura-t-il tendrement. Jusqu'où irais-tu avec moi?


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: L'Heure du Cavalier a sonné [Comte, Glen] [13/03/42] Mer 23 Jan - 23:18

S'il n'avait pas été dans une telle position, c'est avec amertume que Glen se serait mis à rire. Quelle ironie, vraiment ! On lui avait maintes fois répété que pour être aussi dérangé et lunatique, il ne devait pas être seul dans sa tête... Il avait toujours accueillit la chose avec un grand rire, persuadé d'être maître de ses paroles et de ses actions. A présent, il doutait. Toutes ces révélations remettaient en doute tout ce dont il était persuadé. Etait-il seulement encore capable de penser par lui même ? Toutes ses réflexions n'étaient-elles pas le fruit de celles d'une autre ? L'idée même d'avoir été manipulé pendant plusieurs siècles lui donna envie de vomir. Il avait cru garder ses idées à l'abri des regards indiscrets, dans son propre esprit... Mais le dit esprit s'avérait manipulé lui aussi par quelqu'un d'autre. La sensation était répugnante, Glen sentait son estomac se retourner, cette histoire lui broyait les tripes en lui infligeant un terrible malaise.
Mais un petit espoir perdurait dans l'esprit du vampire, et il espérait de tout cœur que toute cette histoire n'était qu'une énorme coïncidence. Mais le Comte ne l'aidait pas à se sentir à l'aise. Penché au dessus de lui, alliant sensualité et mystère dans le ton, il mettait l'irlandais plus mal à l'aise qu'en confiance. Il l'avait rassuré un instant en sous entendant qu'il était prêt à laisser le temps les amener à mieux se comprendre, seulement... Avec le sang ? Glen hocha le tête, mais il ne fut que partiellement rassuré quand l'aristocrate lui avoua qu'il ne consommait que rarement du sang de vampire. Le rouquin l'espérait bien. Car même si la marque du Comte pouvait lui être précieuse, elle impliquait bien d'autres choses. Une liberté freinée par cette appartenance, un lien qui tiendrait plus de l'attirance liée au sang qu'à autre chose, un net sentiment d'infériorité, également. Glen préférait ne pas bénéficier de ce privilège pour ne pas avoir à subir tous ces points handicapant. Et il appréciait l'honnêteté du Comte là dessus : L'irlandais avait de plus en plus le sentiment de ne pas être simplement un consommable, un esprit à mettre en pièces puis à jeter sans y accorder le moindre intérêt. Il avait sentit l'envie de son vis à vis lorsqu'il avait tourné la tête, mais rien de s'était passé.

Et parce qu'il en fut rassuré, il consentit à ouvrir son esprit au Comte, chose qu'il n'avait encore jamais faite volontairement. La première impression fut étrange, car arpenter ses propres pensées et souvenirs en sentant une autre présence que la sienne avait quelque chose d'incongru et d'inhabituel. Mais les images se succédèrent sans à coups, jusqu'à ce que tous deux revivent ce songe étrange que Glen faisait régulièrement. Tout était identique, jusqu'à ce que l'irlandais aperçoivent le corps fantomatique du Comte prêt de la Mère. Elle lui parla, et il entendait clairement sa voix, mais elle semblait lui venir de si loin qu'il ne pouvait discerner la moindre syllabes. Un écho d'une longueur interminable l'empêchait même de comprendre une ou deux lettres. Ce n'était qu'un amas sonore sans queue ni tête et il avait beau se concentrer, ses paroles restaient floues et indistinctes.
Jouait-elle donc pour voir jusqu'où allait sa curiosité ? Le dégoût que Glen ressentait à son égard ne fit que croître un peu plus. Des mensonges, des cachotteries... Tout cela ressemblait à sa propre attitude avec le monde qui l'entourait. L'irlandais aimait stagner et imposer cette sensation d'incertitude aux gens, ce «peut-être» qui voulait tout dire et rien à la fois. A présent il voyait à quel point ce genre d'attitude pouvait être frustrant!

Mais alors que ses pensées et rêves se succédaient dans son esprit, Glen sentit le rempart qu'Aisling avait érigé se fissurer. Et curieusement, les pensées qu'il dissimulait ne furent pas les seuls à envahir son crâne. Il sentait clairement la peur l'envahir, mais ce n'était pas la sienne, elle appartenait à un autre. Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre que cette peur était celle du Comte, et l'irlandais en frissonna. Cette angoisse semblait s'être emparé de lui et l'enserrait à présent dans un étau cruel. Cette peur était emprunte de regrets et de souvenirs, et des images l'accompagnait. Malgré sa curiosité, Glen n'était pas certain d'avoir envie de voir tout cela, mais il fut entrainé, incapable de résister, et il vit ces images. Un casque brisé, sûrement le signe d'une déchéance militaire, une chevelure qu'il ne parvint pas à identifier, un visage, un cheval... Un lieu qu'il ne connaissait pas. Les habitations et autres éléments du décors ne lui inspiraient rien du tout. Ce n'était pas son esprit qu'il parcourait mais bien les souvenirs du Comte. Le genre de souvenirs qu'il avait l'air de vouloir cacher, étant donné la peur qui l'avait envahit. Des regrets, de l'amertume... Si la compassion et la pitié ne faisaient pas partie des sentiments que Glen savait éprouvé, il pouvait en revanche comprendre le Comte, dans un certain sens. Ils avaient leurs regrets, leurs culpabilité. Certainement pas la même, mais s'ils pouvaient se comprendre sur un point, c'était bien celui ci.

L'irlandais tiqua lorsque son vis à vis grogna quelques mots. Il eut la conviction qu'il s'adressait à la Mère, et Glen put alors ajouter le mot lâche à la longue liste de défauts qu'il lui avait trouvé en seulement quelques minutes. Elle l'utilisait lui pour envahir l'esprit d'un autre, il ne pouvait le tolérer mais était aussi incapable de l'en empêcher. Elle était immatériel, il ne pouvait s'en prendre qu'à une forme d'illusion ou un rêve, rien de plus! Il tenta lui aussi de s'arracher à sa domination, mais il perdit pied et la protection d'Aisling ne fit que se fissurer un peu plus avant de voler en éclat, laissant ses pensées les plus noires envahir son esprit. Sa propre amertume refit surface et il eut bien du mal à s'extirper du bourbier dans lequel il était empêtré.
La main serrée sur le bras du Comte, Glen luttait pour ne pas se laisser glisser au pieds du fauteuil. La pièce tournait autour de lui, tout tanguait comme s'il était dans un bateau en pleine tempête. Et ces images, toutes ces images qui continuaient de défiler devant ses yeux sous la forme de lueurs fantomatiques et obsédantes... Ses propres rêves se mêlaient aux fragments de souvenirs du Comte qu'il avait entraperçu, s'imbriquant les uns avec les autres sans aucune logique.
Mais à présent, il sentait cette présence dans son esprit. Peut-être parce qu'il en avait conscience ou parce qu'il avait brisé les sceaux d'Aisling, mais il avait la désagréable impression d'être surveillé. D'un naturel méfiant et nerveux, Glen se sentait encore plus épié que d'ordinaire. Finalement, ce sentiment qu'il avait d'être observé n'était peut-être pas le fruit de son imagination mais bien une impression réelle. Et en avoir conscience ne le rassurait absolument pas, bien au contraire.

Après avoir lâché le bras du Comte, Glen détourna rapidement le regard. Il souriait et riait, mais son ressentit était tout autre. Sans son sempiternel sourire accroché aux lèvres, l'irlandais aurait affiché une mine tout à fait contrariée et agressive. Il était pourtant mitigé. Dans un sens, la découverte de ces mécanismes de l'esprit le fascinait et l'enthousiasmait, mais l'aigreur et le dégout avaient vite pris le pas sur sa motivation. Il se sentait... Trompé et abusé. Et l'irlandais comprit rapidement que l'engouement dont il faisait preuve était mal vu par le Comte. Le regard qu'il lui lança le fit un instant grimacer alors que son corps se tendait, prêt à le pousser à se défendre à la moindre attaque.
Mais il n'en fit rien, et Glen fronça les sourcils en voyant du sang couler sur son visage. Ce voyage dans l'esprit du rouquin ne semblait pas avoir été agréable pour lui non plus, et il se doutait que les paroles de la Mère qu'il n'avait pu comprendre n'avaient pas été tendre. Elle maitrisait bien mieux le contrôle de l'esprit, elle avait même l'air particulièrement redoutable, malgré son manque de substance physique.
Soudain Glen eut un frisson d'angoisse. Elle voyageait à travers les esprits avec une aisance remarquable, elle faisait ressurgir des images enfouies depuis des siècles et pouvait les pousser dans leurs retranchements... Sans même les toucher? Qu'adviendrait-il alors s'il se retrouvait face à elle, en chair et en os? Elle ne ferait qu'une bouchée de lui, c'était certain!

Toutes ces pensées ne parvinrent pas à effrayer suffisamment Glen pour qu'il en oublie le dégout qu'il avait à son égard. Il était manipulé de l'intérieur depuis trop longtemps, et jamais il ne s'en était rendu compte. Quelle naïveté! Par dessus tout, il voulait savoir pourquoi elle s'en prenait à lui. Il n'avait jamais cherché à la trouver ni à lui nuire, auparavant. Il ne voyait donc que deux raisons: Soit il possédait quelque chose qu'elle convoitait ou dont elle avait besoin... Soit il avait l'esprit suffisamment faible pour être manipulé. Et cette deuxième option ne faisait qu'accroitre un peu plus sa rancoeur.
Jetant un regard glacial au Comte lorsqu'il reprit la parole, Glen ne répondit rien pour autant. Il n'avait fait que lui ouvrir son esprit comme il lui avait demandé, et se sentait tout aussi souillé que lui. On avait mis son esprit à sac et il s'était laissé faire... Mais depuis combien de temps?
Depuis combien de temps ses choix étaient-il manipulés par une autre? Sa haine des humains, son caractère sournois, ses idéaux, son but chaotique et sa brusque envie de revenir à Londres quelques mois plus tôt... Peut-être était-ce elle qui l'avait guidé ou pire, qui l'avait ordonné sans qu'il le sache!

Cette pensée le vida de son énergie. Ses convictions tombaient en lambeaux et sa volonté lui filait entre les doigts. Il trouvait la situation ridicule et plus qu'énervante! Mais à qui s'en prendre? C'était insensé! Grotesque! Il eut soudain l'envie de s'ouvrir le crâne pour la faire partir, mais cela n'aurait rien changé, hormis son mal de tête qui n'aurait fait qu'empirer. Un bourdonnement incessant lui vrillait les oreilles et il avait la désagréable impression qu'on l'enlaçait dans une étreinte qui n'avait rien de chaleureux. Quelque chose d'étouffant qui le força à bouger sur le fauteuil pour se redresser.
Il se prit la tête entre les mains, sa migraine lui donnant la nausée, mais releva rapidement la tête en sentant un mouvement d'auras provenant de l'extérieur du salon. La tension était à son paroxysme. La rage du Comte était palpable, la colère de Glen semblait bouillir et son regard était animé d'une lueur malsaine, et il sentait aussi l'inquiétude et l'agacement de l'autre côté de la porte. Ce n'est que lorsque l'aura du Comte grandit à nouveau que la tension redescendit légèrement, et Glen tourna vivement la tête vers lui. Une question simple, toute bête, mais à laquelle il ne répondit pas tout de suite. Il avait pour habitude de présenter Aisling comme sa soeur ou sa cousine lors des soirées mondaines, et on ne lui posait généralement pas de questions à son sujet. Puis le Comte enchaina, semblant lui reprocher son manque d'honnêteté.
Glen fit la grimace en se laissant aller contre le dossier du fauteuil. Il n'avait pas de terme précis pour définir sa relation avec Aisling. Elle avait longtemps été son élève et restait sa favorite, mais elle tenait plus de la confidente et de l'amie que de la subalterne. Pourtant, Glen venait de montrer des choses au Comte qu'elle même ignorait. Comment trouver un terme qui marque un juste milieu? D'autant qu'il sentait le peu d'amitié que le lord portait à sa protégé, sûrement en raison de la barrière qu'elle avait dressé dans l'esprit de Glen. Le moindre faux pas pouvait lui être fatal, et il se refusait à cela. Elle devait être la seule qu'il était prêt à protéger sans attendre de contrepartie.


-Aisling est mon... Elève, et encore je ne suis pas certain que le terme soit le bon, nous n'avons aucun lien de sang, répondit Glen d'une voix éteinte. La plus fidèle, en tout cas. Nous nous connaissons depuis plus de deux siècles. C'est moi qui lui ai demandé de fermer ainsi mon esprit. Elle a le don d'influer sur les rêves, et...

Glen marqua une courte pause avant de se prendre la tête entre les mains.

-Quel idiot! Je ne supportais plus toutes ces images, ces rêves, ces pensées incessantes... Ca me rendait fou! J'ai craqué, elle a refusé mais je lui ai ordonné de fermer mon esprit pour que je n'ai plus à subir ça... Quel imbécile je fais... J'ai ouvert grand la porte à cette garce! Pesta-t-il avant de relever la tête. Ce n'est pas Aisling la fautive dans cette histoire. A force d'avoir le cerveau martelé par ces images, j'en ai eu assez. Et je pense que c'était ce qu'attendait la Mère...

La fin de sa phrase mourut dans un murmure, et Glen garda un moment le silence. La colère et l'impuissance commençait à entamer sa volonté et son impulsivité reprenait le dessus. Il avait la tromperie en horreur et même si cela pouvait paraître paradoxal, il avait un grand respect pour ceux qui lui étaient dévoué. La loyauté avait fait partie de son éducation et restait ancrée dans ses gênes.
Pourtant, un doute vint lui pincer le coeur. Un instant il songea à une chose: Et si Aisling l'avait trompé et avait endormit sa vigilance volontairement? Et puis il balaya rapidement ce soupçon d'une geste rageur de la main. La loyauté de la jeune femme était à toute épreuve, et il ne pouvait se permettre de douter. Il ne croyait pas en sa malhonnêteté, d'autant qu'elle avait une dette éternelle envers lui. Aussi Glen n'ajouta rien sur l'instant et se contenta de tapoter l'accoudoir avec une nervosité palpable. Il avait été persuadé pendant longtemps que fermer ainsi son esprit le rendait plus fort et inaccessible et que rien ne pouvait l'atteindre, mais le contraire s'était produit. Si le Comte ne l'avait pas prié de lui montrer ses rêves, peut-être ne serait-il jamais rendu compte de la manipulation... Une étrange culpabilité vint pincer le coeur de Glen. Involontairement, il faisait barrage à l'aide qu'on lui offrait.


-Je... Suis désolé. Vous essayez de m'aider et je ne fais que compliquer davantage les choses, souffla-t-il, résigné.

Car il l'était, désolé. Cette aide pouvait lui être précieuse, alors à quoi bon dédaigner cette main tendue vers lui?
Pourtant, ce que lui dit le Comte fut la goute d'eau qui fit déborder le base. L'image d'une grotesque poupée à son effigie, manipulée par cette femme sans visage s'imposa à nouveau à son esprit. Cette idée lui était intolérable! Dans cette histoire, il n'était qu'un pion, une vulgaire carte inutile ou le faire valoir d'une folle! Quelle lâche! Plutôt que d'affronter elle même celui qui cherchait à lui nuire, elle utilisait le premier venu... Avait-elle donc si peur du Comte? Quelle ironie... N'y tenant plus, Glen répliqua d'une voix monocorde.


-M'utiliser... Pour vous nuire...? Et dans cette histoire, je sers à quoi? Ne suis-je donc qu'un pantin qu'elle envoie au massacre si j'ai le malheur de me dresser contre vous? Je n'ai pas conscience de ces hypothétiques moments où elle me manipule! Je... Elle me file entre les doigts, c'est ridicule! Puis il se mit à rire nerveusement. Alors que suis-je censé faire? La suivre comme un brave petit chien qui remue la queue dès qu'on le flatte? Ou jouer le héros téméraire en me dressant contre elle? Je n'ai pas envie d'être son esclave, pas plus que je n'ai envie de passer le restant de mes jours à m'en tenir à ce qu'elle veut...

Un frisson de dégout lui parcourut l'échine. Il était amer et en colère. Il n'aimait pas se sentir ainsi prit au piège, entre une manipulatrice âgée de plusieurs millénaires et un vampire capable de le réduire en cendres d'un claquement de doigts. Il avait l'air fin, ainsi pris au piège! Aisling avait eut raison de lui dire qu'il voyait un peu trop grand... Mais le déni n'aurait fait qu'en faire davantage un pantin.

-Je n'ai pas l'intention de la laisser rire encore longtemps... J'ai passé quatre siècles à manipuler les gens et je n'ai pas été capable de voir que la marionnette, c'était moi. Je n'ai particulièrement envie que ça continue...

Mais d'un autre côté, Glen ne savait pas s'il pouvait entièrement se reposer sur le Comte. Il se sentait un peu prit entre deux belligérants, contraint de choisir son camp. Et ce choix serait déterminant. Être un accès royal et privilégier pour atteindre l'autre ne l'enchantait aucunement, à vrai dire. Un troisième s'était offert à lui la semaine passée, il aurait pu répondre qu'il ne voulait pas se mêler de cette histoire, mais il était trop tard pour reculer. D'autant que l'irlandais était suffisamment remonté pour avoir la folle envie de massacrer la Mère à mains nues. Le choix était donc vite fait.

Lorsque le Comte l'invita à le rejoindre, Glen se leva et ses premiers pas furent difficile. Son sang pulsait à ses tempes et le mal de crâne faussait sa perception de l'environnement. Avançant avec difficultés, il se laissa presque tomber dans le sofa. Baissant les yeux vers le Comte, il le regarda avec la même lassitude. Peu lui importait d'être ainsi en position supérieure, il n'avait plus ni la force ni l'envie de se montrer important. Après un moment de silence, il se mit à parler.


-Je pense très sincèrement qu'elle a peur... Ou que c'est une lâche. Elle évolue sur son propre terrain et utilise un esprit autre que le votre pour vous atteindre. Je n'aime pas du tout cette idée de n'être rien de plus que cela, mais je ne vois que cette explication. Si elle n'a pas peur, pourquoi prend-elle autant de précautions, pourquoi se cache-t-elle? Non je suis persuadé que quelque chose chez vous l'effraie... Mais quoi? Ca..., il tourna son regard vers le Comte, C'est à vous de me le dire! Si elle n'avait rien à redouter, elle aurait déjà agit... Ou si elle me manipulait si bien, je vous aurais probablement déjà planté un couteau dans le dos!

L'idée même fit frémir Glen de dégout. Il savait suffisamment tuer sans avoir besoin d'être guidé. Mais il espérait ne pas se retrouver dans une telle situation. Il fallait qu'il agisse vite pour retourner la situation en sa faveur. Ignorant ses pensées qui le travaillaient, le Comte saisit Glen par son veston et se redressa, collant son corps au sien. Surprit, l'irlandais loucha un instant en haussant les sourcils d'étonnement. La froideur des minutes passées laissa à nouveau place à cet étrange lien sensuel qui s'était tissé entre eux un peu plus tôt. Au fur et à mesure, Glen commençait à s'habituer à ce rapprochement, il le trouvait même presque... Réconfortant. Plus que l'étreinte glaciale qu'il avait encore l'impression de sentir autour de ses épaules. Pourtant, son mal de crâne ne fit que s'accentuer, comme pour le pousser à reculer et à se tenir loin du Comte. Mais Glen passa outre et garda son calme. Pourtant, l'odeur du sang qui avait coulé du nez de l'aristocrate ne le laissa pas indifférent. C'était un parfum puissant, presque irrésistible, et il sentit un instant la faim et l'envie lui tirailler les entrailles.

-J'irais jusqu'à lui arracher ce visage qu'elle nous cache pour comprendre. Dussés-je le regretter amèrement si cela lui déplait. Je ne veux pas passer le restant de mes jours dans la peau d'un pantin..., sa voix se mua en un étrange ronronnement menaçant. J'ignore où est le bout de cette histoire, mais je suis prêt à y plonger la tête la première pour la simple et bonne raison qu'elle ne se moque pas simplement de vous, ou de moi, mais de sa race toute entière. Vous n'êtes pas fou de vouloir l'éliminer pour purger votre race... Cela vous semblera peut-être étonnant mais étant donné ce que j'ai vu, je vous trouve plutôt lucide!

Glen haussa légèrement les épaules en esquissant un sourire. A la réflexion, il comprenait que le but du Comte n'était pas de prendre la place du Père ou de la Mère mais bien de les détrôner pour offrir la liberté à sa race. Mais lorsqu'il s'approcha un peu plus de lui, frôlant son visage, Glen ne su plus quoi penser. Le Comte passait d'une proximité plus qu'intime à une froide distance sans lien direct. Tout cela était déstabilisant, et une petite voix dans sa tête lui hurlait de ne pas faire confiance à l'aristocrate. Mais Glen ne pouvait plus vraiment se fier à ce qu'il pensait mais plutôt à ce qu'il ressentait. Il avait le sentiment que se joindre au Comte lui serait bien plus profitable que de le repousser. Et ce visage était attirant, il avait un regard mystérieux qui appelait à la découverte, des traits que Glen avait envahit de redessiner du bout du doigt... Cette sensation était nouvelle pour lui et il avait l'intime conviction de ne pas laisser le Comte indifférent. Le lord cherchait peut-être plus qu'un simple allié, peut-être davantage un compagnon ou quelqu'un partageant les mêmes songes étranges. Car l'irlandais se sentait de son côté soulagé d'un poids, maintenant qu'il n'était plus le seul à se poser des questions sur ces étranges apparitions.

-Je... Je n'y ai pas vraiment réfléchis, murmura Glen à son tour, Mais il paraît que certains actes valent mieux qu'un long discours!

Ce visage si prêt du sien l'invitait à s'en rapprocher, et l'irlandais voulait connaître cette sensation, tout comme il en avait envie. Ce n'était aucunement une démonstration quelconque d'amour brusque et soudain, chose que Glen ne savait de toute manière pas éprouver concrètement, mais plutôt une attirance particulière. Son visage s'approcha un peu plus, jusqu'à ce que ses lèvres effleurent celles du Comte. L'irlandais n'avait pas l'habitude de prendre des pincettes dans ce genre de situation, puisque habituellement, il se montrait plus franc. Mais il s'aventurait sur un terrain plus dangereux et restait dans l'hésitation. Il y mit alors plus de volonté et de franchise sans pour autant se montrer brusque, et posa sa main sur la jambe du Comte, lorsqu'une douleur lancinante lui traversa le crâne.

S'arrachant brutalement aux lèvres de son vis à vis, Glen se prit la tête entre les mains en grognant. Elle lui semblait être sur le point d'éclater tant il avait mal, et la faible lueur des bougies encore allumées lui brûlait la rétine. A nouveau il lui semblait entendre cette voix lointaine à l'écho exagéré et dont il ne discernait pas les paroles mais seulement le timbre. A croire que maintenant, elle ne le lâcherait plus. Mais Glen ne comprenait toujours pas pourquoi elle semblait avoir jeté son dévolu sur lui. Après tout, il venait de prouver qu'il s'alliait au Comte pour la contrer. Et finalement, une idée qui lui parut d'abord saugrenue puis pas si bête que ça germa dans son esprit.
Il redressa légèrement la tête en réfléchissant. L'heure n'était plus aux cachoteries mais à la franchise.


-J'ai été mordu par un vampire complètement fou qui m'a abandonné après m'avoir transformé... Il avait l'habitude de ne choisir que des humains qu'il jugeait démunis ou qui gardaient une grande colère en eux... Vous devez probablement en avoir entendu parler. Sa fâcheuse habitude a finit par le rendre célèbre, et quand il a été pourchassé pour ça, on l'a déclaré fou sans plus de cérémonie..., souffla-t-il.

Glen n'avait jamais revu son maître, et il ne s'était intéressé à lui que brièvement, jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il était simplement étrange et fou. Un vampire relativement connu pour avoir causé bien des maux aux chasseurs comme aux vampires. Mais maintenant, il se posait à nouveau la question.


-Et... Je me demande s'il était vraiment si fou que cela. Il nous a choisit pour notre caractère et nos antécédents... Peut-être qu'il cherchait un esprit que la Mère pourrait aisément amadouer? Il eut un rire nerveux. Si c'est le cas... J'ai encore plus l'impression d'être une marchandise, c'est... Désagréable. Mais l'idée d'un fanatique prêt à multiplier les vampires pour en faire des pantins à son service ne me paraît pas si idiote... Si la Mère a autant de facilités à me manipuler, elle l'a sûrement fait avec d'autres. Et multiplier ses partisans ne fait que réduire les risques de soulèvement, c'est logique... Enfin je crois...

Glen soupira profondément en se passant une main dans les cheveux. Son raisonnement lui semblait juste, d'autant que cela le rassurait sur un point: Il avait vraiment eu affaire à un malade.
Son mal de crâne semblait s'être un peu calmé et la lumière ne lui agressait plus les sens. Il fit une moue à la fois gênée et amusée.


-Et avec tout ça je ne sais plus ce que je disais! Reprit-il, son regard fixant celui du Comte.
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: L'Heure du Cavalier a sonné [Comte, Glen] [13/03/42] Sam 26 Jan - 17:01

[HRP/Attention les posts suivants contiennent des scènes relatives à la sexualité./HRP]

Le Comte avait pénétré l'esprit de Glen, il était entré dans les méandres de son être, il avait frôlé son âme...Pour aller chercher la Mère au milieu de ses souvenirs, il n'avait pas hésité un instant à envahir ces derniers. Le Prince de l'Ombre voulait comprendre son confrère et accéder à la connaissance. Son but, trouver la Mère et l'assassiner, allait de paire avec le besoin de savoir. Il voulait voir son visage, comprendre ce décors apocalyptique qui l'accompagnait et accéder à son plan d'existence.
Mais l'esprit du rouquin avait été plus coriace que prévu. Non seulement le Comte n'avait plus l'habitude de fouiller dans l'esprit d'un autre que lui-même mais en plus il s'avéra que Glen avait déjà été envahi par l'esprit de la Mère. Cette dernière riait clairement de la situation. Elle avait fait face au Comte avec une prestance et un mystère rapidement insupportables, pour lui opposer une résistance particulièrement farouche. Elle était là pour briser sa foi et le pousser à l'abandon. Mais ce n'était pas tout, elle était aussi là pour jouer avec lui, comme si elle prenait ses intentions parricides comme une excuse efficace qui justifierait son sadisme. Elle devait s'ennuyer, oui, dans son plan de dévastation, elle cherchait à protéger les éternels, elle ainsi que son mari, mais il était maintenant évident qu'elle ajoutait à cet instinct de survie une touche de plaisir ludique et purement gratuite.
Confrontant Jirômaru à son pouvoir dévastateur, elle avait ainsi profité de cette occasion pour pénétrer dans la tête de ce dernier de la façon la plus pernicieuse qu'il soit. Par le biais de Glen, elle l'avait atteint, frappant de plein fouet à la fois son esprit, sa psyché et son orgueil. Jirômaru serait longtemps marqué par cette gifle mentale...

Il avait échoué.
Elle s'était joué de lui.
Il saignait du nez.
Elle restait cachée.

Rien, à part ses yeux d'un vert éclatant, n'avait fait élément nouveau chez cette terrible femme. Son visage était resté baigné dans cette lumière aveuglante, ses vêtements n'avaient pas changé, les décors dans lesquels le lord l'avait trouvée étaient toujours nés de l'imagination de Glen...Rien ne venait l'identifier avec plus de précision.
Sa voix avait cependant résonné dans l'esprit du Comte. Il en avait donc maintenant le timbre. Mais qu'importait donc de connaître la voix d'une telle entité alors qu'elle n'errait plus dans leur plan ? Qu'est-ce que cela pouvait bien lui apporter ? Certes, maintenant il la reconnaîtrait si elle pénétrait dans sa mémoire et ses songes, elle pouvait lui parler sans se montrer sans que cela ne l'empêche de comprendre à qui il avait affaire, mais ce n'était absolument pas ce qui motivait Jirômaru. Il voulait savoir comment l'atteindre physiquement, pas seulement comment lui parler! Il voulait voir son visage et focaliser son être dessus pour pouvoir entrer dans son plan et la tuer! Il avait une frontière à franchir, et temps qu'il ne la cernerait pas il ne pourrait jamais espérer pouvoir la briser.

Blessé dans son esprit et son orgueil, le Comte s'était donc éloigné de Glen. Son regard, meurtrier, avait fixé son confrère avec haine tandis qu'il s'épongeait le nez avec son mouchoir. C'était un regard hautement menaçant mais il ne s'adressait pas au rouquin: il s'adressait à la Mère qui venait de passer par lui pour l'atteindre. C'était comme si, à travers les yeux flamboyants de l'aristocrate, elle était toujours présente pour lui faire face. Le Comte n'était pas prêt d'oublier cet affront. Sa conviction avait grandi à un point tel qu'il lui vint même l'idée de s'élancer vers Glen pour forcer son esprit à lui donner ce qu'il voulait. Quitte à en mourir, Jirômaru aurait pu se perdre dans une lutte insensée contre la Grande Génitrice, là, tout de suite, maintenant. Il aurait pu s'auto-détruire dans un excès de rage en se jetant contre un mur de verre. Mais Jirômaru se retint. C'était certainement ce que cherchait la Mère. Elle était bien plus forte que le Père, c'était une évidence. Ce dernier était mourant, alors qu'elle était encore pleine de vie. Sa malignité et son sadisme faisaient aujourd'hui entièrement surface. Si le Comte avait bien appris une chose ce soir, c'était qu'il avait été découvert, qu'il était en danger et que cette entité allait être plus difficile à anéantir que son avatar masculin. Tout cela ne lui disait rien qui vaille.
Jamais encore il n'avait saigné du nez ainsi après un exercice psychique...

Il erra un instant dans la pièce en titubant. Le choc avait été rude. Pestant sa colère, il continua de s'éponger le nez avant de s'allonger sur le sofa le plus proche afin de reposer son crâne douloureux et d'arrêter son hémorragie de façon plus efficace. Il fut alors pris d'une grande lassitude. En cet instant, sa fatigue était exceptionnelle. Cela était certainement dû au travail de mise en scène qu'il avait fourni pendant des mois pour sa pièce de théâtre, à la violente attaque des Hunters, à ses blessures, particulièrement celle de son genoux, et il fallait ajouter à tout cela ce viol mental...
Il se sentait vieux, terriblement vieux et las.

Depuis quelques minutes, ses élèves s'agitaient dans le manoir, ajoutant la tension général un soupçon d'angoisse. Les Sept étaient prêts à intervenir et tous les Vampires du domaine étaient aux abois. Le sang du Comte en avait perturbé beaucoup mais c'était surtout la soudaine perte de puissance de son aura qui les avait fait réagir. Ils étaient habitués à ce qu'il la modifie à sa guise mais cette fois-ci il était clair que le Comte avait eu un choc. Toute cette pagaille d'auras était éminemment désagréable pour tout le monde. C'était comme si un bourdon s'était perdu dans une ruche agitant la colonie entière. Aussi le Comte se concentra-t-il pour reprendre constance. Il se calma, respira un grand coup en reniflant un peu, puis il redéploya lentement son aura pour calmer la situation. Si les Sept se contentèrent de reculer et d'attendre dans la pièce d'à côté, les autres élèves, ainsi que les domestiques, reprirent leurs activités habituelles sans se poser plus de questions que cela.
Le Comte respira plus profondément.

De son côté, Glen semblait irrité au possible. Son esprit avait été violé lui aussi et il devait d'autant plus souffrir qu'il avait été le réceptacle de la lutte entre celui de la Mère et celui du lord. Accueillir ainsi deux esprits aussi puissants dans sa propre tête devait être une réelle épreuve de force. Un Vampire plus jeune aurait même certainement tourné de l'oeil avant la fin. Mais, heureusement, Glen avait un mental robuste et tenace. Ce qu'il appelait sa "folie" était en fait une lucidité particulière que ne possédaient pas beaucoup d'autres Vampires. Il était certes manipulé de loin depuis longtemps, mais il avait aussi compris que quelque chose ne tournait pas rond chez lui et, plutôt que de rester inactif, il avait agi.

Cette fameuse Aisling, dont le nom avait été répété une paire de fois dans ce chaos de pensées qu'ils venaient de partager, était apparemment son élève ou du moins un genre de suivante. Glen tenta de s'expliquer à son sujet avec un soupçon d'alarme. Le Comte lui jeta un regard en biais. Cette femme était peut-être un peu comme Maria...ou Salluste pour lui. Le rouquin avait une étrange relation avec elle, cela crevait les yeux. C'était celle qui avait érigé des barrières dans son esprit, pour le protéger de ses songes. Glen avait tenté de les fuir de cette façon et de les oublier. Il en payait aujourd'hui le prix. Car, même s'il fallait reconnaître que sa petite protégée avait fait des merveilles, il n'aurait pas pu les ignorer longtemps. Peut-être qu'ils venaient lui murmurer des choses qui devenaient insupportables, peut-être qu'ils obnubilaient ses pensées et l'empêchaient de vivre correctement, ou du moins de dormir d'un véritable sommeil, mais ils ne pouvaient pas être écartées ainsi. L'esprit de Glen avait érigé des remparts naturels et Aisling les avait renforcés en y intégrant les siens afin de soulager son maître d'un certain poids, mais face à la Mère, face à l'urgence de la situation et face, maintenant, au Comte, Glen ne pouvait plus se contenter de les mettre de côté. L'heure n'était plus à la cachotterie, l'heure était venue pour lui de prendre en main son propre esprit. Nul n'avait le droit de le manipuler ainsi. Même le Comte, qui avait longtemps utilisé son Don Obscur pour influencer autrui, était exaspéré par ce type de moyens. Surtout qu'en cet instant il venait de comprendre l'ampleur de la situation : la Mère pouvait entrer dans l'esprit de ses semblables et les dresser contre lui...C'était dangereux, très dangereux...
Glen lui-même venait de s'en rendre compte.

Il fallait maintenant agir.

Le rouquin s'énerva alors contre lui-même. Il ne supportait pas l'idée que sa méthode n'aie pu que le conduire dans une impasse. Il ne voulait surtout pas blâmer cette fameuse Aisling et il semblait prêt  tout pour la disculper. Pour lui, c'était son propre entêtement qui l'avait poussé à fermer son esprit. Maintenant qu'une partie de ses barrières avait été abattue, il réalisait qu'il n'avait aucun contrôle sur lui-même. A force d'enfouir ses souvenirs et ses songes derrière ce paravent bigarré, il avait fini par négliger sa force naturelle et à finalement se créer des failles. Seul un entraînement de l'esprit pouvait le rendre maître de ce dernier. Le laisser dans l'ombre, éviter de l'explorer et finalement le cloîtrer dans un recoin de son être, n'avait fait que le nécroser et l'effriter.

Face à sa colère, le Comte resta silencieux. Il se contenta de regarder le plafond d'un air éteint. Un lourd silence s'installa dans le salon.

Ce fut Glen qui reprit le premier. Il sortit du mutisme dans lequel il s'était lui aussi muré quelques intstants et se mit soudainement à s'excuser. Le Comte redressa la tête, maintenant son mouchoir toujours appliqué sous son nez. Il regarda son confrère d'un air soudainement surpris. De quoi s'excusait-il donc ? D'avoir voulu prendre des précautions pour éviter que l'on entre dans sa tête ? Qui ne l'aurait pas fait dans sa situation ? Étrangement, le Comte le comprenait parfaitement. C'était le premier à vouloir faire barrage aux esprits des autres. Chacun devait pouvoir conserver son intimité et vouloir se protéger des intrusions était tout à fait louable.
Évidemment, en ce jour, les barreaux qu'avait érigés Aisling avaient été une véritable entrave à leur réussite. Il lui avait fallu les anéantir pour pouvoir atteindre un certain niveau de l'esprit du rouquin. Cela leur avait éminemment compliqué la tâche, Glen avait finalement raison.


- Tu ne pouvais pas savoir...grogna le Comte en détournant son regard pour le fixer à nouveau le plafond.

Puis le lord s'anima. Il expliqua à Glen son point de vue sur la situation: pour lui, la Mère se servait de l'esprit de Glen pour l'atteindre lui, Jirômaru, et se jouer de la situation. Il avait dû l'affronter pendant quelques secondes, cela lui avait valu une douleur affreuse et une véritable humiliation. Cela faisait longtemps qu'elle errait dans l'esprit de Glen.
Le rouquin fut bouleversé par cette hypothèse. Lui qui luttait pour éteindre quelques songes se rendait maintenant compte qu'il avait été violé, depuis longtemps, et qu'il n'était devenu que l'intermédiaire d'un genre de vengeance préméditée. Servir ainsi de messager et de corps pour l'esprit d'un autre était nécessairement gênant voire désespérant. Glen se sentait non seulement souillé et utilisé, mais il semblait également se sentir humilié, lui aussi, et dénigré dans sa substance. Qui souhaitait devenir le pantin d'un autre ? Le Vampire n'était pas assez fou pour apprécier cette manipulation.

Il bégaya alors, rit nerveusement et s'énerva bientôt. Il ne voulait pas être considéré comme un vulgaire pion et encore moins comme un jouet ! La Mère allait trop loin ! Il ne voulait aucunement se dresser face au Comte, et cette forme de menace commençait à le faire paniquer.
Le lord soupira en grognant de fatigue :


- Calme-toi...Je ne compte pas te tuer, même si tu t'opposais à moi, et je ne compte surtout pas te laisser devenir le chien de cette catin...

Après un long silence, le Comte invita Glen à le rejoindre sur le sofa. Le rouquin continuait à paniquer un peu. Sa douleur et sa fatigue s'alliaient à sa colère qui devenait réellement palpable. L'atmosphère du salon se faisait de plus en plus étouffante. Mais, lorsqu'il se laissa tomber sur le sofa à ses côtés, le regard de Glen se fit plus calme, plus las. Le Comte l'observa de ses yeux brumeux: Glen semblait soudainement très mélancolique.

L'Irlandais donna alors son avis à son ainé, comme il venait de lui demander. Il trouvait que la Mère faisait preuve d'une lâcheté étonnante et il la portait maintenant clairement en horreur. Il ne supportait pas l'idée qu'elle puisse pénétrer son esprit seulement pour atteindre le Comte. C'était comme le prendre pour un bouclier, un tampon entre elle et la fureur de Jirômaru. Il se sentait pris entre deux feux, comme un être perdu au milieu d'un champ de bataille qui n'était pas le sien.
Le Comte ne l'écoutait pas réellement, trop occupé à observer ses iris pour déterminer la sincérité de son interlocuteur, mais lorsque que le regard de Glen transperça le sien pour lui dire qu'il pensait sincèrement qu'une chose en lui faisait certainement peur à la Mère, le Comte lui sourit d'un air sadique.


- Peut-être...oui...Elle commence surement à se sentir piégée...

En vérité, le Comte avait trouvé le Père et il était si proche de franchir la paroi sensible qui s'établissait entre eux que la Mère devait l'avoir senti. Elle venait aujourd'hui protéger ses intérêts et ceux de son mari, pour garantir l'état actuel du monde et les règles vampiriques ancestrales qu'il risquait de détruire avec eux. Mais bien plus que cela, elle avait certainement appris par son avatar masculin que le Comte était fort, très fort pour un Vampire si jeune à côté d'eux, et surtout qu'il se préparait une armée ainsi qu'une descendance...Rien ne semblait pouvoir l'arrêter. Même dans la mort il risquait de leur porter préjudice...

Glen évoqua alors le fait que la Mère n'avait pas encore agit par elle-même. En soit, elle utilisait son esprit pour atteindre le Comte, sans se risquer à entrer directement dans le sien. De plus, elle ne l'avait pas manipulé physiquement dans le but de le tuer, cela sautait maintenant aux yeux. Comme le rouquin le faisait judicieusement remarquer, il avait déjà eu l'occasion d'assassiner le lord, ou du moins d'essayer de l'atteindre. Mais jamais encore il n'avait été agressif à son égard et cela montrait de manière un peu naïve que son bras n'était pas encore dirigé par la Génitrice.
Le Comte ferma les yeux. Oui, en soit il n'avait pas tord, mais il ne pouvait pas s'empêcher de songer que si la Mère voulait pendre le contrôle total de l'esprit de Glen et lui faire porter un coup fatal, elle le pourrait, peut-être plus tard...Cette inactivité physique n'était peut-être qu'une ruse...
Au fond, le lord pensait comme Glen : la Mère n'avait pas encore les moyens de l'utiliser de cette manière ou alors elle s'y refusait pour une raison inconnue. Était-ce la peur d'être anéantie par sa colère ? Impossible...Il était si faible à côté d'elle...
Le Comte réfléchit et sourit soudainement : peut-être qu'elle ne ferait pas le poids, finalement. Cela faisait des siècles et des siècles qu'elle était restée en stase : peut-être qu'elle n'avait plus réellement de force, comme son mari ? Cette idée fit jubiler le lord.
Il les tuerait, oui, tous les deux. Elle ne perdait rien pour attendre !


- Un couteau dans le dos...répéta le Comte dans un murmure. Oui...

Il avait parlé pour lui-même sans réellement prêter attention à Glen. Ce serait lui qui planterait des couteaux...De cela il en était convaincu !

Tournant son regard de brume vers son confrère, il lui demanda jusqu'où il irait pour résoudre cette énigme. La réponse du rouquin, vive et hargneuse, renforça la foi du Comte. Glen était définitivement en rage contre la Mère. Il la haïssait maintenant pour son intrusion dans son esprit, pour ces songes infernaux, pour cette manipulation, ce visage invisible...Il ne voulait pas être utilisé comme une arme malgré lui. Il ne voulait pas devenir une vulgaire poupée qu'une gamine excentrique coifferait à sa guise.

Le Comte lui sourit alors plus sincèrement. Ses cheveux rouges attirèrent encore son regard fantomatique. Glen était au-dessus de lui, un peu penché en biais, de telle façon que le lord pouvait voir une grande partie de son cou tendu. Le désir revint ainsi poindre en lui. Glen lui plaisait de plus en plus. Il était beau et son excentricité lui donnait un charme inégalé. Sa rage renforçait ses traits déjà soulignés par le khôl qui cernait son regard de feu. Cela lui donnait un air plus sérieux, plus téméraire et plus impérieux. Il avait une touche d'élégante noblesse dans la colère, plus ferme et plus magnifique que celle qu'il avait déjà naturellement sur sa face clownesque. La violence de ses mots plut au Comte de même que sa conviction grandissante. Il se rangeait clairement de son côté, face à la Mère, dans l'espoir de l'anéantir. Il était prêt à endosser son rôle pour sauver leur race du déclin et redorer leur blason terni par ces irresponsables dégénérés. C'était un instant unique: une alliance terrible se concrétisait.

Le lord garda ses iris voilés sur son confrère. La bouche de ce dernier articulait sa rage avec des mouvements délicieux qui égaraient un peu son attention. Mais soudain, Glen lui dit qu'il le trouvait lucide. Cet adjectif le réveilla en sursaut. Lucide ? Lui ? C'était bien la première fois qu'il entendait quelqu'un lui dire une chose pareille ! Même les Sept et même Ilsa n'avaient pas réellement foi en sa quête. Il avait toujours été le seul à se comprendre et personne, jusqu'alors, n'avait trouvé son projet autrement que mégalomane, impossible à concrétiser ou complètement fou. Glen venait de lui donner-là une raison de plus de se liguer avec lui. Enfin le Comte se sentait en présence d'un compagnon. Enfin il se sentait soutenu dans la longue et difficile tâche qu'il s'était assigné lui-même !


- Lucide... ? Répéta-t-il lentement alors que Glen haussait les épaules.

Ce mouvement dévoila encore un peu son cou derrière ses mèches de feu. Pris d'une pulsion érotique, le Comte attrapa alors le col de Glen et le rapprocha de lui avec force. Une soudaine sensualité surgit de tout son être. Jusqu'où irait le rouquin à ses côtés? Il voulait le savoir ! Il le désirait ! Allait-il lui prêter allégeance à jamais ? Il avait déjà accepté de lui donner une goutte de son sang, ils étaient déjà liés de façon concrète, mais le Comte désirait plus : il voulait un compagnon, un confident, un amant. Glen lui correspondait parfaitement. Il était à son goût, sa force mentale était impressionnante, il détenait en lui la clé pour trouver la Mère, il comprenait son vaste projet et se dressait déjà comme un allié...Que demander de plus ? Le choix était évident. Jamais encore le Comte n'avait ressenti une chose pareille pour un homme. Il avait déjà eu des conquêtes masculines, il était en effet à l'aise avec les deux sexes, mais jamais il ne s'était attaché à aller plus loin qu'une simple nuit orgiaque dans quelques bains d'aspect antique.
Cette fois-ci, il trouvait en Glen un véritable compagnon de voyage...

Salluste avait déjà été l'avatar de ce compagnon tant recherché, d'où sa colère et son mépris pour la situation actuelle, mais jamais il n'avait été totalement au goût du Comte. Une complicité s'était développée entre eux et, l'un comme l'autre, ils se confiaient régulièrement leurs angoisses et leurs points de vue, mais jamais encore Salluste n'avait paru assez complaisant aux yeux de son maître. Ce qui les entravait était la sagesse du Vampire : le vieux Vampire ne cautionnait pas totalement les projets de Jirômaru et il ne faisait que se contenter de l'aider à s'orienter pour éviter certains dégâts. Ils avaient été compagnons de voyage, compagnons de galère et ils étaient même complices de meurtre...Le Comte lui avait imposé son sceau, lui promettant son sang et ses pouvoirs à sa mort...Mais jamais une véritable harmonie les avait liés.

Ce soir, Glen recevrait bien plus de sentiments.

En cet instant, le Comte était si proche de ce dernier que leurs souffles s'échangeaient déjà. Leurs lèvres s'effleurèrent et, plutôt que de reculer, le rouquin s'approcha lui aussi. Le lord se sentit envahi d'une violente envie de le posséder et Glen, malgré ses hésitations certaines, semblait tout à fait ouvert à toute éventualité. A la question de son aîné, il se fit plus osé encore que les autres fois où ils avaient été aussi proches. Jirômaru comprit alors que l'Irlandais était déjà sien. Son sous-entendu avait été si explicite qu'il n'y avait maintenant plus aucun doute possible quant à la tournure qu'allait prendre leur relation.
Le Comte resta figé, gardant ses mains crispées après la chemise de Glen. Ce dernier l'effleura encore et bientôt ses lèvres touchèrent les siennes tandis qu'il posait une main sur sa jambe. Le Comte se laissa faire, sans bouger. Il voulait laisser Glen venir à lui et tâter le terrain pour qu'il se rassure lui-même quant aux réactions probables qu'il pouvait avoir. Ainsi, Jirômaru lui montra qu'il pouvait aller aussi loin qu'il le désirait sur ce terrain-là sans encourir ses foudres.

Mais, alors que le lord allait répondre à son baiser, Glen recula soudainement en se prenant la tête dans les mains. Le contre-coup de la pénétration psychique lui donnait apparemment un mal de crâne abominable.
Le Comte l'avait lâché pour le laisser reculer et il s'était redressé lentement pour le regarder d'un oeil grave. C'est alors que Glen se mit à parler de son passé et particulièrement de sa naissance en tant que Vampire. Il avait été mordu par un fou qui l'avait ensuite abandonné. Il parlait vite, de manière hachée, comme si ces mots lui étaient douloureux. Le poing du Comte se serra. Rien ne l'exaspérait plus qu'un Vampire irresponsable! Cela donnait naissance à des Vampires incontrôlables dont la soif devenait vite le moteur de leur vie. Combien d'entre eux avaient donc été anéantis par les grandes instances de leur race à cause de leur dégénérescence avancée par ce genre d'abandon? Ils ne se comptaient plus...C'était une perte de temps, une perte de sang...
Un chaos inutile.

Glen semblait prétendre que son maître était un Vampire connu. Le Comte fit alors bien vite le lien entre l'origine irlandaise dont le rouquin l'avait informé à Highgate, son âge approximatif et les rumeurs de l'époque présupposée à laquelle son maître devait l'avoir transformé. Il fouilla dans sa mémoire et se souvint d'un certain Mac Hattan...mais aussi d'un autre Vampire, un être insaisissable qu'on avait surnommé Raven...Ces deux Vampires avaient été éliminés par la Camarilla pour leurs actes insensés. L'un de ces tarés était-il donc le maître de Glen?
Le Comte resta muet, laissant le rouquin continuer sa réflexion. Pour lui, son maître faisait partie des plus insupportables des Vampires: ceux qui multipliaient les leurs sans se rendre compte du danger que cela représentait pour leur race entière. Glen avait raison: si la Mère rassemblait des Vampires, comme son maître en avait créé à la pelle, et que tout ceci avait un lien, ils avaient du soucis à se faire.
Mais le Comte ne voyait pas l'intérêt pour le Père et la Mère de pousser certains Vampires à créer des enfants incomplets et fragiles car, même si cela pouvait leur permettre d'avoir sous la main des esprits assez faibles pour influencer les mouvements de l'Histoire et du temps par leur biais, cela ne pouvait que causer des dommages à leur race en laissant s'échapper dans la nature des Vampires trop jeunes et incontrôlables qui risquaient de dévoiler leur existence à tous.
Non...quelque chose clochait dans ce raisonnement.

Glen se tue. Il semblait un peu plus calme. Peut-être que cela faisait longtemps qu'il avait besoin de cracher cette partie de son passée? Peut-être qu'il avait ruminé trop longtemps la haine qu'il vouait à son maître? Le Comte ne pouvait que le comprendre...Lui n'avait pas eu affaire à un véritable fou, c'était heureux, mais il n'avait pas non plus eu un maître qui s'était montré très responsable, surtout au début de son errance vampirique. Il en avait été malade, il avait failli mourir...

Alors que le Comte se rappelait son errance en Russie, le regard de son confrère retomba sur lui. Le lord quitta ses pensées pour le soutenir avec intensité. Sans hésiter, il tendit la main pour l'attraper de nouveau par la chemise. Il le rapprocha à nouveau de lui, comme à l'instant qui avait précédé le discours du rouquin, et lui posa doucement sa main libre sur son front. Ses iris se teintèrent de blanc.


- N'aies pas peur...murmura-t-il d'un air très sérieux. Je vais te soulager.

Le Comte entra dans l'esprit de Glen mais il resta cette fois aux frontières de ce dernier. Il releva alors toutes les barrières d'Aisling et en ajouta de nouvelles plus fortes, plus solides mais surtout destinées à faire face à une autre forme de menace que celle que les songes lui lançaient. Elles étaient faites pour soutenir l'esprit de Glen face à des Vampires tels que Salluste. Le Comte ne pouvait pas ériger de rempart contre la Mère, pas encore. Il pouvait la ralentir mais il n'avait pas la puissance nécessaire pour lui faire totalement obstacle. Une sensation de chaleur de déversa dans l'esprit de Glen pendant que le Comte agissait ainsi sur lui. C'était comme si l'on appliquait un baume sur une plaie béante.
Une fois l'opération terminée, le lord laissa sa main descendre du front de Glen à sa joue glacée. Il lui caressa cette dernière dans un geste tendre et attentionné.


- Je ne peux faire mieux, surtout ce soir...

Sa voix, grave et ronronnante, se voulait rassurante. Glen n'avait plus de quoi avoir mal à la tête. Son ainé venait de lui apaiser l'esprit et de construire un meilleur environnement pour sa pensée.

- Ton maître...reprit le Comte en se rapprochant de la bouche de son confère, était un imbécile...Son regard se fit encore plus intense à mesure qu'il lui caressait la joue puis le cou. Je ne pourrai jamais le remplacer...continua-t-il avec tendresse. Mais je pourrai t'aider à l'oublier...

Le Comte embrassa alors Glen avec fougue, liant ses minces lèvres glacées aux siennes dans un mouvement soudain. Sa main se crispa plus fortement sur le col de sa chemise tandis qu'il l'entrainait avec lui sur le sofa. Son baiser se fit à la fois plus sensuel et plus violent. Le Comte alla jusqu'à l'audace de passer sa langue sur la commissure des lèvres du Vampire avant de pénétrer sa bouche avec ferveur pour l'entrainer dans une curieuse danse.
Jirômaru était un être de pur sensualité et Glen allait le découvrir dans toute sa splendeur.
Poussant ainsi l'Irlandais à s'allonger sur lui, le Comte releva sa jambe gauche pour le coincer gentiment entre cette dernière et le dossier du sofa. Il grimaça dans un grognement rauque lorsqu'il sentit sa jambe droite souffrir à nouveau. Son genoux allait le gêner...Mais plus rien ne pouvait arrêter le lord désormais. Glen serait sien dès ce soir.
Un cliquetis à peine audible marqua le verrouillage de la porte du salon. A nouveau, une des deux lampes à huile s'éteignit et les ombres grandirent dans la pièce. Le Comte prenait entièrement le contrôle de la situation. Cette fois, nul ne le dérangerait.
Lentement, sa bouche quitta celle de Glen pour glisser le long de son cou avant de parcourir sa peau. Il le fit d'abord avec ses lèvres, puis avec sa langue, frôlant parfois de ses crocs acérés son épiderme mit à l'épreuve des frissons. Sa main enleva les premiers boutons de la chemise de son confère avant de s'occuper de son veston qui le gênait. Bientôt Glen fut torse nu et le Comte enleva lui-même sa propre chemise qu'il abandonna d'un geste sur le tapis aux pieds du sofa. Contre le rouquin, le lord finit par renverser la situation et à se retrouver au-dessus de lui.

Glen n'était pas un habitué de ce type de relation, cela sautait aux yeux. Mais le Comte avait déjà séduit maints hommes avant lui, même si cela ne lui était pas arrivé depuis Rome et son passage en France. Aussi était-il assez expérimenté avec le genre masculin pour lui promettre autant de sensations que s'il avait été une femme. Il lui montrerait comment faire, il le guiderait dans chacun de ses gestes, sans jamais le forcer à quoi que ce soit.
Le Comte sentit que le rouquin était tendu et que le stress le tétanisait un peu. C'était normal. Face à un autre homme, s'il n'avait connu que des femmes, il ne pouvait que se sentir maladroit. Et puis il n'étais pas avec n'importe quel Vampire...Le Comte avait conscience que son statut pouvait le bloquer dans ses gestes: si Glen avait peur de faire un mauvais mouvement et de lui faire affront, il n'aurait aucune initiative, ce qui serait dommage...Il fallait donc qu'il lui montre qu'il était consentant à le laisser prendre soin de son corps comme il allait prendre soin du sien.

Jirômaru serait patient.

Ses cheveux d'argent tombaient en longs fils sur ses épaules jusqu'à reposer sur le torse de Glen en dessous de lui. Le lord les dégagea un peu sur le côté avant de descendre le long du corps de l'Irlandais afin d'entreprendre la tâche d'enlever les boutons de son pantalon. Mais avant de terminer son ouvrage, il songea aux bottes de son confrère. Il s'assied alors sur le bord du sofa pour enlever les siennes avant de tirer doucement sur celles du rouquin. Abandonnant les objets de cuir, Jirômaru revint vers Glen pour le dominer à nouveau.

Bientôt, les deux hommes furent libres de tout leurs vêtements et ils purent contempler leurs corps respectifs et profiter l'un de l'autre.

Ce qui se passa cette nuit-là dans le salon du Comte fut digne d'être écrit. Mais il est bien connu que les plumes s'assèchent souvent lorsqu'il s'agit de passer outre la bienséance et d'imposer aux moeurs faussement contrites une élégante touche de sensualité interdite...
Il faut cependant noter que Jirômaru traita Glen comme il avait toujours traité Ilsa, c'est à dire avec tendresse, douceur, respect et même un soupçon de prévenance que l'on était loin d'attendre de lui aux vues de son autorité, de sa violence et de sa réputation. Rien ne fut forcé, rien ne fut désagréable. Chaque geste était resté doux, parfois téméraire, souvent ferme et dirigé, mais toujours respectueux et calculé pour le plaisir de chacun. Les rôles furent souvent alternés et si Glen avait pu penser que le Comte serait égoïste et éminemment dominant, le contraire lui fut prouvé ce soir. En vérité, le lord fut un peu plus souvent au-dessus de lui pour une simple question de pédagogie envers son cadet, mais, même s'il montrait de temps en temps son envie de domination, Jirômaru laissa à Glen diverses occasions de lui montrer ce qu'il savait faire...

Le genoux droit du Comte l'handicapa une paire de fois, le forçant à changer de position plus tôt que voulu ou à ralentir ses mouvements et sa ferveur. Mais il n'y eu pas réellement de geste maladroit. L'expérience de chacun avait joué en leur faveur et pendant presque 2h ils apprirent à se connaître d'une façon plus intense que lors de leurs différents dialogues.
Glen avait raison: certains actes valaient mieux que des paroles.

Dans le manoir, les Sept avaient regagné leurs différents post lorsqu'ils furent certains que le Comte n'avait pas besoin de leur aide. Seul Salluste s'était évertué à rester dans le couloir devant la porte du salon. Ambre était revenu le chercher et ils discutaient tout bas lorsque la porte du salon s'était verrouillée. Salluste en avait presque sursauté. Le regard perdu dans le vide, il grogna après Ambre qui disparut bien vite pour laisser toute l'intimité que désirait apparemment son maître, tandis que le vieux Vampire était resté muet d'effroi. Maintenant, il prenait entièrement conscience de la relation que pouvait bien avoir le Comte avec ce Vampire aux cheveux flamboyants. C'était inattendu. Finalement, cela le soulageait d'un côté, car cela brisait définitivement l'ambiguïté qu'il avait pu avoir avec son maître et qu'il avait toujours considéré comme malsaine. Mais d'un autre côté, cela l'effrayait d'avantage: si le Comte avait décidé de faire de cet excentrique son amant, il pouvait aussi bien le laisser l'atteindre, sans le vouloir, en lui montrant ses ambitions, ses défauts, ses failles...
Ils allaient devoir surveiller tout cela de près.
Bientôt, Salluste se sentit obligé de quitter le couloir pour éviter d'entendre la jouissance des deux Vampires. Il était certes inquiet et rageux, mais il savait respecter l'intimité d'autrui, surtout de son maître. Il savait que trop ce qu'il risquait à le déranger dans pareil moment. Arath avait failli y passer avec Sarah...

Lorsque le calme revint sur le petit salon, le Comte et Glen étaient couverts de sueur. Les cousins du sofa étaient dispersés sur le tapis aux côtés de leurs vêtements et l'atmosphère avait pris une odeur plus acre et douce qu'auparavant.
Le Comte était allongé sur le dos, la tête sur l'accoudoir du sofa. Une jambe relevée, il tenait Glen contre lui. La joue du rouquin reposait sur son épaule musclée, la sienne sur sa tignasse de feu. Ils étaient beaux, ainsi dévêtus et haletants. A eux seuls ils peignaient un tableaux merveilleux de sensualité et d'antiques rêveries.


- Le monde a été fait pour que les mortels et les immortels s'ébattent...fit le Comte de sa voix grave et douce. Il jeta un regard complice à Glen avant de lui relever le menton d'un doigt. Le savais-tu?

Le lord sourit et embrassa Glen de la plus tendre des façons avant de s'en écarter lentement pour le laisser respirer. Lui-même poussa un soupir d'aise. Il était fatigué et son genoux le torturait sans qu'il n'en laisse rien paraître. Ce début de semaine avait été dur pour lui et cette soirée était devenue bien physique...
Les lampes à huile se rallumèrent et l'air se fit un peu plus sain. Le Comte grimaça et se redressa avant de pousser un peu Glen afin de pouvoir s'asseoir sur le bord du sofa. Ses longs cheveux lui collaient le dos et tombaient le long de son torse avec anarchie. Cela lui donnait un air à la fois sauvage et sage.

Une aura approchait. Le Comte soupira d'exaspération.


- Je ne serai donc jamais tranquille...murmura-t-il pour lui-même.

Il jeta un regard à Glen et se leva avec quelques difficultés. Son genoux plia et le lord laissa échapper un gémissement de douleur.


- Pfff, pesta-t-il, ce coup de feu ne m'aura pas loupé...décidément...

Une fois dressé de toute sa hauteur, le Vampire se dirigea d'un pas irrité vers la porte. Il tourna la poignée, déverrouillant la serrure dans le même temps, et ouvrit la porte avec fermeté. Dans le couloir se tenait Marco. L'Allemand recula d'un pas face au regard de son maître et à sa nudité. Il se sentait comme un enfant face à un colosse de muscles et de virilité. Détournant le regard, il tendit une lettre au Comte.

- Cela vient des Spencer maître...J'ai pensé que cela pouvait être urgent.

Le lord sourit d'un air mesquin face à la pudeur de son disciple. Ce dernier n'était pas encore habitué à l'aisance qu'avait son maître avec la nudité. Jirômaru n'était plus d'aucune pudeur depuis bien longtemps. Il leva les yeux au ciel, pris la lettre et congédia Marco d'un geste de la main avant de refermer la porte et de retourner aux côtés de Glen. Ses yeux, rivés sur l'enveloppe qu'il tenait, observaient le sceau des Spencer tandis qu'il s'approchait du sofa. Abandonnant la lettre sur la table base, le Comte se rallongea de tout son long.

- Haha! Rit-il en regardant le plafond tandis qu'il étirait ses bras derrière sa tête pour s'en faire un coussin. Laissons cela pour plus tard...Trop de joie tuerait la joie...

D'une main, le Comte attrapa Glen par la taille et l'attira à lui. Son regard flamboyait d'audace.

- Sais-tu que ta peau est douce, Glen? Sais-tu le plaisir que tu m'as procuré? Le lord sourit avec douceur avant de ramener sa main sur la cuisse de son confrère. J'ose espérer que tu m'as trouvé à ton goût...

Le Vampire agrippa un peu la peau du rouquin et continua:

- Sais-tu la différence entre une rose et un chardon? Demanda-t-il en ronronnant. Il n'y en a pas: les deux sont de magnifiques créations de la nature et les deux piquent lorsque l'on ne sait pas les prendre en douceur...On pourrait cependant croire que la rose est plus noble que le chardon, mais il n'en est rien...

Le Comte jeta un regard sur la lettre qui gisait non loin. Dans son esprit, Sarah était la rose, Glen était le chardon, et tous deux méritaient de figurer dans son champ des possibles.
Pour la première fois de sa vie, le Comte était partagé entre deux âmes.

Laquelle sacrifierait-il?


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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Dernière édition par Comte Keï le Sam 13 Mai - 11:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'Heure du Cavalier a sonné [Comte, Glen] [13/03/42] Ven 1 Fév - 18:12

Tout tournait comme dans un carrousel. Glen en entendait presque la musique entêtante et répétitive, et les voix résonnaient avec un étrange écho, comme si elles avaient été doublées. La tête entre les mains, Glen tentait de remettre chaque idée à sa place pour ranger le désordre incommensurable qu'il avait dans le crâne. Toutes ces informations d'un coup l'avaient épuisé mais d'un autre côté, il trouvait encore un côté excitant à la situation. Malgré sa colère, malgré sa haine, il restait cette quête du mystère et de l'inconnu qui le motiverait quoi qu'il arrive. Glen était si curieux et avide de connaissances qu'il aurait pu continuer à ramper à moitié mort ou avec un bras et une jambe en moins pour atteindre son but. Il y avait une forme de danger dans cette histoire qui l'excitait purement et simplement, une envie presque suicidaire d'aller débusquer la mère pour l'anéantir. Elle découvrirait bientôt une autre facette de sa personnalité: Celle d'un infatigable prédateur prêt à tout pour dévorer sa proie. Bientôt, c'est lui qui rirait en la jetant dans la fange où elle méritait de croupir pour le restant de ses jours. Même si l'idée de la démembrer de ses propres mains restait on ne peut plus alléchante... Car si Glen savait difficilement se montrer compatissant, il débordait en revanche d'imagination quand il s'agissait de causer du tort ou faire du mal. C'était même devenu une seconde nature chez lui. D'autant qu'il ne ressentait absolument pas ce pincement au coeur ou cette angoisse à l'idée de détruire peut-être un jour la génitrice de toute son espèce. Elle était la Mère et alors? Cette notion de respect et d'allégeance lui était floue et vague. N'ayant connu ni l'amour ni l'équilibre au sein d'une famille, l'irlandais pouvait difficilement avoir des remords ou une pointe de compassion. Il ne retenait qu'une chose: Son esprit avait été sournoisement introduit par cette femme, et elle allait s'en mordre les doigts. Car désormais elle n'avait plus un ennemi mais deux. Certes elle devait bien rire de la ténacité de Glen, ce vampire si jeune et insignifiant par rapport à elle... Un vampire d'apparence chétive, absolument pas taillé pour le combat... Et cette idée le faisait rire intérieurement. Si elle se fiait aux apparences, elle tomberait dans le piège le plus évident qui soit.
Cette ridicule partie de cache cache avait assez durée. Glen en avait assez de compter, de chercher et de revenir bredouille. Un jour les rôles seraient inversés. C'est elle qui compterait, lui qui la poignarderait dans le dos avec toute la ferveur et la volonté que cela impliquait. Pour son affront, son intrusion, et sa perversion. Glen savait se montrer particulièrement rancunier et vicieux quand on osait toucher à son esprit.

Mais il s'égarait, il commençait à hésiter, à bégayer parce qu'il était pris au piège, et parce qu'il réalisait le temps qu'il lui avait fallu pour comprendre qu'il était le pantin de cette histoire. Son manque de maitrise du se sentir, et le Comte lui intima de se calmer dans un grognement de fatigue. Gardant le silence, Glen l'observa un instant. Une voix fatiguée et pourtant déterminée, mais la plus petite trace de fausse gentillesse pour l'amadouer. L'irlandais appréciait finalement cette spontanéité, et la préférait aux sous entendus et paroles floues. Il avait déjà ressentit une curieuse forme de soulagement après avoir dévoilé ses songes au Comte, comme s'il se rendait compte que leur poids était finalement trop lourd pour qu'il le porte sur ses maigres épaules et à présent, il se sentait plus en confiance. Certes il n'irait pas se jeter à ses pieds en jurant de tout lui raconter dans les moindres détails, mais sa méfiance était suffisamment apaisée pour qu'il se lève et aille rejoindre le lord sur son sofa.
Pourtant, Glen n'avait pas toujours été aussi farouche. Jadis, il suffisait de lui tendre une friandise avec quelques mots doux et il s'exécutait sans broncher, bien trop content d'avoir l'impression d'être utile. Mais tout cela appartenait au passé, à une existence humaine qu'il rejetait et dénigrait de tout son être. Il s'était fermé pour mieux manipuler, et l'amadouer pour en faire le plus tendre des agneaux relevait aujourd'hui de l'exploit. On pouvait obtenir sa confiance, et lorsqu'il la donnait Glen s'y tenait, mais vouloir le garder jalousement en en faisant un adorable chiot, ça... C'était autre chose, et il jura qu'on ne l'y reprendrait pas. Par principe, il se méfiait de tout le monde même de lui même. Il savait à quel point le mensonge était ancré dans les gênes de chacun, et à quel point il pouvait être une arme redoutable, raison pour laquelle il ne faisait réellement confiance à personne. Et cette attitude finirait par lui causer du tort. Il était temps pour lui de sortir de son mutisme et de retirer son masque mais cela, il n'en avait pas encore totalement conscience.

Une fois installé sur le sofa, Glen exposa son point de vue, d'une voix soudainement plus morne et grave que d'ordinaire. Il n'avait plus envie de plaisanter ou encore de noyer sa sincérité dans quelques phrases alambiquées au sens douteux. Il en était certain, il sentait au plus profonde lui même: Elle avait peur... Peut-être que sans le vouloir il arrivait à percevoir ce qu'elle ressentait, des bribes de ses sentiments, pourquoi pas après tout? Elle n'était pas plus infaillible qu'un autre, et il était évident qu'une chose l'effrayait et la mettait en colère. Tournant son regard vers le Comte, Glen poursuivit. Que pouvait-elle craindre? N'importe quel vampire plus jeune aurait été en droit de craindre le lord. Il ne possédait pas seulement de grands pouvoirs, il avait aussi la volonté et l'intellect suffisant pour renverser quiconque se dresserait sur sa route, mais elle... C'était absurde et pourtant si logique! Si sa survie dépendait de celle de son époux, peut-être était-ce là ce qu'elle craignait par dessus tout: Qu'il soit tué, entrainant sa perte avec lui. Il devait pourtant y avoir quelque chose de plus profond, un élément, un fait... Un souvenir, peut-être. L'affirmation de Glen resterait en suspend tant qu'il n'aurait pas connaissance des maillons manquant à sa chaine.
Mais tout cela ne l'alarmait pas autant qu'un éventuel contrôle total de son corps. S'il y avait bien une chose que Glen redoutait, c'était bien d'être forcé d'assister à des actes qu'il aurait commit lui même sans avoir le contrôle de son corps. Se réveiller un soir et croiser un regard émeraude et brillant dans son miroir le hanterait certainement plus d'une journée. Une chose rassurait l'irlandais: Il n'avait encore rien fait qu'il ait amèrement regretté en se demandant pourquoi. Tant qu'il ne verrait pas son bras se lever contre sa volonté, il aurait un temps d'avance, mais pour cela il faudrait qu'il prenne son esprit en main et vite. Si l'expérience s'avérait aussi désagréable que la première, nul doute que l'irlandais effectuerait ce travail à contre coeur, mais il n'avait pas réellement le choix. Il ne lui donnerait pas la satisfaction de se soumettre à elle et encore moins de lui servir de costume bariolé pour se présenter à la foule.
Quand le Comte murmura quelques mots, Glen plissa les yeux. Un autre obstacle viendrait leur barrer la route, et pas des moindres. Ils se battraient sûrement pour avoir le privilège d'achever la Mère mais pour Glen, c'était un but bien plus égoïste et fourbe. C'était avant tout pour venger son orgueil et son esprit bafoués qu'il voulait sa mort, et ce même si l'idée de voir les vampires enfin émancipés de cette hiérarchie ancestrale était alléchante au possible. Mais l'issue serait la même, arriveraient-ils à se mettre d'accord sur ce point? Un esprit de vengeance se montrait souvent capricieux et rarement partageur, et Glen n'envisagea pas une seule seconde qu'il pourrait être tout simplement trop jeune et incapable d'une telle tâche. Pas plus qu'il n'envisagea partager ce coup fatal qui serait porté à leur génitrice. Il y songerait sûrement plus tard, mais tout était encore trop frais dans son esprit.

Mais déjà le Comte lui demandait jusqu'où il était prêt à aller pour obtenir la réponse à cette énigme, et Glen pu pleinement déverser sa rancoeur. A mesure qu'il parlait, son ton se faisait plus agressif, sa voix plus sombre et menaçante et ses mots prenaient des accents tranchants et vifs. L'irlandais avait horreur de laisser une question en suspend, sans réponse, il s'attachait toujours à y accoler une réponse ou une ébauche de raisonnement amenant plus tard à une solution.
Puis, tournant les yeux vers le Comte, le rouquin nota l'insistance avec laquelle il le regardait. Loin d'en rougir ou d'avoir l'air gêné, un sourire amusé vint fendre son visage de clown. Nul doute à présent qu'il lui plaisait. Peut-être pour son allure déjantée ou pour ses paroles, pour son esprit farfelu, mais Glen s'en amusait et aurait malhonnête s'il avait osé dire qu'il trouvait cela inconvenant ou mal venu. Les conventions sociales, il ne les suivait que pour le principe ou pour donner une certaine illusion de lui même. Mais alors qu'on lui donnait entre vingt sept et vingt huit ans, il n'était pas marié et ne cachait jamais l'absence d'une fiancée à son bras. Qu'on lui parle de mariage et il soupirait avant de changer de sujet de conversation. A vrai dire, Glen faisait partie de ses hommes qui appréciaient le premier instant, la découverte, et qui ne vivaient que par passion, pas par sentiment. Aussi, s'enchainer à une femme pour le reste de son existence ne l'attirerait sans doute jamais. Mais pour l'heure, ce qui amusait Glen était cette lueur dans le regard du Comte. Ils devaient avoir le même tempérament, car il reconnaissait cet éclat d'envie et de sensualité.
Tout en continuant à parler, l'irlandais fixait le Comte sans ciller, se prêtant à un jeu qu'il trouvait pour le moment très amusant. Jusqu'à ce qu'il parle de la lucidité de l'aristocrate. Glen le vit légèrement sursauter, comme s'il était étonné de l'entendre dire ça. L'irlandais en fut tout autant surprit. Le trouvait-on fou à ce point? Ou personne ne croyait donc en son projet? Il trouvait cela étrange, pour un vampire qui semblait avoir de si fidèles disciples... Lorsque le Comte répéta son dernier mot, l'articulant comme s'il le découvrait pour la première fois, Glen sentit comme une pointe de soulagement dans sa voix.


-Et bien... Oui, lucide! Clairvoyant, éclairé, réaliste, sûrement téméraire mais visionnaire aussi et que sais-je encore! Répondit-il à toute vitesse avec une pointe de malice dans la voix. Ou...

Mais Glen n'eut pas l'occasion de terminer sa phrase que le Comte l'attirait un peu plus à lui en tirant sur sa chemise, l'enveloppant dans une étreinte de sensualité pure. Elle en était devenue presque palpable tant l'irlandais la sentait. Elle semblait irradier du corps de l'aristocrate, comme pour l'inviter à se rapprocher un peu plus, encore un peu... Ne serait-ce que pour franchir ces quelques centimètres qui les séparaient encore. Et Glen avait toujours ce sourire amusé aux lèvres et cette malice dans le regard. En cet instant, leur complicité et leur alliance se scellait, aussi dangereuse soit-elle pour l'irlandais. Il comprenait à présent une chose: Lui semblait être le seul à trouver le Comte lucide et à accorder un véritable crédit à ses projets, tandis que ce dernier lui avait très simplement dit qu'il ne le trouvait pas fou mais au contraire plutôt clairvoyant. Et même s'il ne le montrait pas, Glen accordait une grande importance à ces mots. Même ses serviteurs ou alliés les plus proches n'auraient pu dire avec honnêteté qu'ils le trouvaient sain d'esprit. Quelque chose dans les mots qu'avait employé le Comte changeait radicalement la façon de voir les gens de l'irlandais. Il se sentait presque... Comprit, en réalité. Sans avoir besoin de s'expliquer ou de se justifier il se sentait plus en confiance qu'avec un vampire qui l'aurait regardé avec crainte ou haine.
Sous ce masque de marbre qui formait la figure du Comte, derrière ce regard voilé qui semblait toujours regarder vers au delà à peine perceptible se cachait sûrement bien plus que le tyran mégalomane qui semblait aller quotidiennement de paire avec son nom. Depuis qu'il était à Londres, Glen avait entendu maintes rumeurs à son sujet, de la plus vraisemblable à la plus grotesque qui soit, mais certains adjectifs revenaient souvent. Or, il avait découvert ce soir des choses qu'il n'avait encore jamais entendu, auxquelles il ne s'attendait pas étant donné la réputation de l'aristocrate. Tout cela montrait à quel point les apparences pouvaient être trompeuses. Sous cette apparente dureté se cachait sûrement bien plus de douceur ou tout du moins de sympathie. Glen fut frappé par cette apparente ressemblait entre eux, et à laquelle il n'avait pas songé jusqu'à maintenant. Peut-être ce masque d'impassibilité était-il fait pour ne tomber qu'en présence de certaines personnes, après tout. On pouvait difficilement juger un vampire de son âge sur les quelques dernière décennies, après tout.

Il y avait déjà cette sensualité hors du commun que l'irlandais sentait se mêler à la sienne, l'entrainant dans une étrange valse endiablée, ce regard insistant et cette immobilité qui l'incitait à aller plus loin et à montrer ses intentions. Décidément la situation était amusante et de plus en plus intéressante. Les deux vampires se tournaient autour pour se tester, c'était évident, et sur le coup, ni l'un ni l'autre ne semblait avoir envie de franchir le pas ultime les séparant. Glen adorait ce petit jeu de «tu m'auras, tu ne m'auras pas», mais il n'avait pas l'habitude d'une telle sensualité et encore moins d'un homme. A vrai dire, les seuls contacts physiques autres que les poignées de main qu'il entretenait avec d'autres aristocrates se résumaient souvent à des poings maladroit visant son visage ou encore des coups de coude rageur... Glen avait eu droit à plus d'un mari jaloux et cela ne l'étonnait plus, mais cette fois, c'était un contact totalement différent et cette proximité nouvelle avait quelque chose d'aussi étrange qu'excitant. Et l'irlandais fut le premier à franchir le pas.

Mais son mal de tête vint le rappeler à l'ordre et il recula immédiatement. Il avait l'impression qu'on lui avait enfoncé une cloche dans le crâne pour lui rappeler à la manière d'une alarme qu'il était en train de faire une bêtise monumentale. Seulement à ses yeux, ce n'était pas plus une bêtise que d'avoir laissé la Mère lui empoisonné l'esprit pendant toutes ces années. Malgré la douleur, il exposa un raisonnement qui lui paraissait à la fois plausible et étrange. Etrange dans le sens où certaines zones d'ombre demeuraient et restaient à éclaircir. Mais il entendait bien creuser dans ce sens également. Glen n'éprouvait aucune haine particulière envers son maitre, il l'avait si peu connu qu'il pouvait difficilement avoir de la rancoeur envers lui, mais il ne l'avait jamais comprit. Son petit hobby lui semblait si absurde, si dangereux et si insensé que Glen s'était toujours demandé pourquoi il agissait ainsi. Et même si le rouquin ne le haïssait aucunement, il avait retenu de lui une leçon essentielle: Abandonner un vampire nouveau né était une erreur. Une terrible erreur. Cela n'engendrait que des monstres et fragilisait encore plus leur société. Glen n'aimait pas beaucoup l'idée de marcher sur un sol de plus en plus friable à cause de l'incompétence de certains.
Mais alors qu'il relevait la tête, le Comte le saisit par le col et posa sa main sur son front. En le sentant entrer à nouveau dans son esprit, l'irlandais eut un réflexe purement défensif et se ferme immédiatement, jusqu'à ce qu'il sente toutes ces barrières brisées se relever, remettant un peu d'ordre et de tranquillité dans son esprit chaotique. Une vague de chaleur apaisante l'envahit et il sentait soudain son corps plus léger et malléable, comme s'il était passé du stade d'enclume à celui en guimauve en une fraction de seconde... Une comparaison un peu étrange qu'il jugea pourtant amusante. Il ignorait cependant comment le Comte avait fait pour réparer ainsi ce qui avait été brisé. Glen aurait été curieux de savoir comment manipuler ainsi son propre esprit afin de le rendre plus simple à parcourir, mais l'heure n'était plus aux questions et il esquissa un étrange sourire qui allait de paire avec son regard soudain plus effacé, comme s'il avait consommé quelques substances hallucinogènes.


-Ah oui... Tout de suite c'est mieux comme ça! D'ici que je vois des petits papillons voler, plus rien ne m'étonne! Dit-il avant de rire un instant de sa propre bêtise.

Puis ce brusque changement du à l'apaisement de son esprit passa, et Glen retrouva sa lucidité et un meilleur contrôle de sa personne. Il se contenta de hocher la tête quand le Comte reprit la parole. Il ne cherchait pas un maitre de remplacement, il n'en avait jamais eu besoin, de toute manière. Ce devait être pour cela que Glen avait toujours du mal à prendre des leçons d'un autre... Il n'y était pas habitué. Seulement il était d'accord avec l'aristocrate sur un point: Ce maître avait été un parfait imbécile et un inconscient, et son visage fut rapidement oublié quand le lors attira le rouquin à lui avec plus de force qu'auparavant. Il lui laissa à peine le temps de respirer, et Glen fut surprit par cette brusque vivacité de sa part. Cette première expérience lui paru étrange, mais il s'y abandonna face à une sensualité qui allait de paire avec la sienne. Si les baisers du Comte se faisaient audacieux, l'irlandais ne voulait pas rester en reste et ne tarda pas à lui montrer qu'il était loin d'être un novice en la matière. Un frisson lui parcouru l'échine alors qu'il sentait les crocs de l'aristocrate effleurer sa peau rendue hypersensible. Glen laissa alors tomber sa veste violine qui le gênait, avant de faire courir ses doigts pâles sur la chemise de son vis à vis. Machinalement, ses derniers allèrent retirer les boutons du vêtements tandis que le rouquin s'affairait à redessiner la clavicule du lord du bout des lèvres.

Ce n'est que lorsqu'il se retrouva torse nu et allongé sur le sofa, le Comte au dessus de lui, que Glen prit pleinement conscience de ce qui allait se passer. Il n'avait guère envisagé que les choses iraient si loin, et son malaise du se sentir lorsque le lord lui lança un regard bienveillant. Plus que le fait d'être avec un homme, ce qui ennuyait l'irlandais était le fait de se retrouver... En dessous. Son naturel dominant et impérieux n'était pas réellement préparé à ce genre de choses. Une moue se peignit sur son visage, mais il ne pouvait plus reculer maintenant et il n'avait absolument pas l'intention de passer pour un lâche ou une vierge effarouchée. Après quelques secondes, un sourire à la fois pervers et charmeur se peignit sur son visage. Il entendait bien montrer au Comte qu'il pouvait être plein de surprises et surtout audacieux. Il ne serait plus question de mesurer le moindre geste, d'ici quelques minutes et si Glen n'avait pas encore totalement réalisé, il n'allait cependant pas tarder. Ses bottes lui furent retiré ainsi que le reste de ses vêtements mais peu lui importait. Ses mains courant le long du torse du Comte, il attendait désormais que ce soit lui qui fasse le premier pas. Ce dont il ne se fit pas prier.

Tout alla un peu trop vite pour que Glen en retienne les moindres détails. Les deux vampires furent liés par une étreinte de pure sensualité, leurs baisers se mariant à leurs soupirs pour ne plus former qu'un intense bouillonnement de passion et de désir. Et l'on aurait pu s'interroger sur la tournure incongrue que prenaient les évènements, sur cet étrange lien charnel qui s'était tissé entre eux, un lien qu'ils avaient sûrement été à des lieues d'envisager lors de leur rencontre au cimetière. Si leur sensualité et leur pur désir charnel prit rapidement le dessus, Glen fut étonné de découvrir autant de tendresse et de douceur chez le Comte. C'était inattendu mais néanmoins pas déplaisant. Seulement, pour lui montrer qu'il n'était pas si fragile qu'il en avait l'air, l'irlandais se montra plus hardi et sauvage par moments, comme pour rompre cette tendresse qui aurait finie par être monotone.
Par dessus tout ce qu'il apprécia fut l'échange des rôles, qui permit à chacun de se montrer dominant envers l'autre. Glen aurait sûrement gardé une certaine forme d'amertume s'il avait eu à se soumettre sans avoir son mot à dire. Et il s'en voulu presque d'avoir imaginer le Comte égoïste, et lui montra que même s'il manquait visiblement d'habitude avec un homme, il n'était pas en reste. Si l'un pouvait accorder le plaisir à l'autre, les choses devaient pouvoir marcher dans les deux sens, et ni l'un ni l'autre ne sembla être déçu de l'expérience.

Glen ne s'intéressa pas à la durée de leur échange, mais il fut bien plus efficace que quelques discours visant à tourner autour du pot sans jamais y mettre les pieds avec conviction. Il y avait en somme quelque d'agréable dans le fait de n'attendre aucun sentiment, aucune déclaration sirupeuse après cela. L'irlandais appréciait de pouvoir se laisser aller à une passion étrange sans envisager d'obligations fâcheuses le lendemain. Ils n'avaient rien de plus à ajouter, leurs gestes étaient bien plus explicites, et ils venaient d'apprendre à se comprendre bien mieux en quelques poignées de minutes qu'en plusieurs heures de paroles.

Une singulière atmosphère s'était maintenant installée dans le salon. Glen pouvait encore entendre leurs soupirs résonner contre les murs et l'air semblait avoir prit une consistance plus lourde et doucereuse qu'auparavant. Le silence n'était ponctué que par la respiration courte des deux vampires. La joue posée sur l'épaule du Comte, Glen sentait ses cheveux coller à son front et son maquillage lui étouffait littéralement le visage. Il devait avoir l'air d'un panda ou encore d'un raton laveur, avec son khôl étalé sur la figure mais il se fichait bien de savoir quelle allure il avait à cet instant. Il avait là un amant plus qu'imprévisible, qui avait su le surprendre bien plus que ses dernières conquêtes.
L'irlandais ricana lorsque le Comte reprit la parole. Oh oui il le savait! Il l'avait maintes fois vu et expérimenté pour le savoir! Il semblait être dans leur naturel de jouir ainsi de tout ce que le monde pouvait leur offrir alors pourquoi se priver? Etirant son bras avant de porter la main à son oreille pour jouer avec les anneaux qui l'ornait, Glen répondit avec une moue satisfaite.


-Moui... Ça je l'ai remarqué! Le contraire serait d'une tristesse! Pourquoi se priver de ce que l'on a? Dit-il d'une voix quelque peu éteinte.

Il releva la tête quand le Comte l'invita à le faire et l'embrassa avant tout autant de douceur. Se dégageant de son étreinte, l'irlandais se retourna pour se retrouver le nez dans le dossier du sofa, ce qui ne sembla absolument pas le gêner. Les bras repliés sous sa tête, il tenait le dernier rescapé d'une colonies de coussins qui étaient à présent éparpillés au sol, et resta ainsi immobile alors que le Comte se levait. Il tourna la tête pour le voir se lever, souriant à sa remarque, puis fronça les sourcils en voyant son genoux plier sous son poids. Les journaux ne s'étaient pas étendu sur le sujet, le lord non plus, et Glen ignorait tout bonnement qui avait pu lui tirer dessus avec autant de précision pour une lui infliger une telle blessure. De même que son visage abimé par l'eau bénite. Lui pose ainsi la question était un peu délicat, surtout dans de telles circonstances, et Glen tourna à nouveau la tête vers le dossier du sofa, restant pourtant attentif. La gêne dans la voix de l'homme qui apportait apparemment une missive à son maître fit ricaner l'irlandais. Nul doute que la situation devait être un peu... Dérangeante, vu de l'extérieur. Lui même ne fit pas le moindre mouvement pour tenter de se cacher, à vrai dire cela lui était bien égal! Le sofa était confortable et il n'avait pas l'intention d'en bouger tout de suite.
La respiration plus posée, il semblait dormir lorsque le Comte revint s'allonger à ses côtés. Pourtant il était parfaitement éveillé et réfléchissait encore. Cette soirée était définitivement bien mouvementée et pleine de surprises! Lorsque le lord l'attrapa par la taille, le rouquin poussa un grognement de protestation, forcé d'abandonner ses réflexions et le coussin.


-Hum... Mon oreiller..., dit-il avec une moue bougonne en calant sa tête sur l'épaule du Comte avant de ricaner. Mais celui-ci n'est pas mal non plus!

Relevant la tête, Glen croisa le regard brillant du Comte et se demanda un instant s'il n'avait pas l'intention de repartir pour quelques heures de plaisir supplémentaires. Mais il se contenta de complimenter l'irlandais qui répondit d'une voix amusée.

-Je m'en suis douté, et tes soupirs n'ont fait que me le confirmer! Puis il susurra à son oreille, faisant courir un doigt sur le torse de l'aristocrate. Et je ne serais pas encore là si tu n'étais pas à mon goût! Je suis un homme exigeant!

Glen lui sourit d'un air malicieux, ses mots traduisant parfaitement son ressentit. Si les débuts l'avaient quelque peu gêné, ils avaient désormais été totalement oublié. Puis il perdit son sourire de clown lorsque le Comte reprit la parole. Cette soudaine métaphore le fit tiquer, et il se redressa, prenant appui sur son coude posé sur le siège. Une rose et un chardon... Lancer cela sans lien direct semblait un peu étrange et Glen avait la désagréable impression d'y être lié. Deux fleurs à l'apparence fragile et délicate, mais si dure au toucher... Qu'il fallait apprendre à saisir pour éviter de s'en mordre les doigts... N'était-il pas en train de lui sous entendre qu'il l'amadouait depuis le début? S'il décidait de s'aventurer sur ce terrain là, ils seraient deux à jouer... Puis il lui apparut évident qu'il faisait référence à la douceur de ses gestes quelques heures auparavant, sûrement pour ne pas le brusquer ou le faire tout simplement fuir.
Seulement, Glen restait mitigé quant à cette révélation. S'il s'agissait bien de lui, il n'avait pas envisagé l'idée d'avoir une telle importance... S'il avait bien saisit le sens caché de cette phrase, était-ce une bonne ou une mauvaise chose pour lui?


-Curieuse métaphore... Tu essaies de me faire comprendre quelque chose? Demanda-t-il avec un léger sourire.

Glen soupçonnait quelque chose, mais il ne voulait pas s'aventurer à croire avant d'être certain, simple question de bon sens. Surprenant le regard pensif du Comte sur la lettre qu'il avait posée sur la table, l'irlandais repensa à ce qu'il avait entendu. Il n'y avait pas vraiment prêté attention, mais il avait retenu le nom Spencer lorsque le coursier était venu porter la missive. Ce nom disait vaguement quelque chose à Glen, il l'avait plusieurs fois entendu murmuré ou clamé à Londres mais de là à dire qu'il voyait parfaitement de qui il s'agissait, il y avait une marge et pas des moindres.


-Cette... Rose dont tu parles... A-t-elle un lien avec cette lettre? Quoi que tu n'es pas obligé de me répondre, reprit-il avec un regard malicieux.

L'irlandais était conscient que de nombreux secrets voilaient encore l'image qu'il se faisait du Comte, et le harceler de questions n'aurait fait que l'agacer. D'autant que Glen était le premier à garder jalousement ses propres secrets. Machinalement, il porta la main à son cou, ayant l'habitude de jouer avec le médaillon qu'il portait autour du cou, et s'aperçu qu'il n'y était plus. Se redressant en grognant, il regarda autour de lui en se passant une main dans les cheveux. Il n'était pas sur le sofa ni sur lui, pas plus qu'il n'était sur le tapis et les coussins... Se retournant, le rouquin regarda par dessus l'accoudoir, et un éclat brillant attira son attention. Il se redressa un peu plus, tendant la main en avant pour saisir le bijou... Et sans vraiment comprendre pourquoi ni comment, se retrouva le nez sur le parquet. Il grommela quelques mots en se redressant, espérant que sa lamentable chute passerait inaperçu. Le vampire n'avait pas fait attention à l'aspect plus que glissant de l'accoudoir vernis et se retrouvait à présent un peu bête, se massant le nez en grimaçant.
Si la situation devait être plus que drôle vu de l'extérieur, elle l'était beaucoup moins pour lui qui se sentait franchement ridicule. D'un geste il récupéra son médaillon, se leva, et alla le ranger dans une poche de sa veste violine., avant de jeter un oeil autour de lui avec un sourire amusé.


-Et bien... Je ne m'étais pas rendu compte du désordre que nous avions mis...

Les coussins trainaient un peu partout, les vêtements éparpillés, un ouragan semblait être passé dans la pièce! Fouillant dans une autre poche, Glen en sortit un mouchoir blanc, puis posa la veste sur le dossier du fauteuil qu'il avait occupé en début de soirée. Son regard fut alors attiré par la carafe de sang à moitié pleine, sur la petite table. Toutes ces émotions avaient réveillés son appétit, et la vue de ce liquide couleur rubis ne fit que l'amplifier. Seulement il était froid, il avait prit une très désagréable odeur de fer et commençait déjà à coaguler malgré la quantité. Il n'avait plus rien d'agréable au goût et devait être horriblement indigeste. Quel dommage... Son arôme sucré avait plu au vampire!
Se détournant avec un air presque déçu, Glen porta le mouchoir à son visage pour retirer le maquillage qui y restait. Le fard s'estompa rapidement, mais un peu de khôl demeura autour de ses yeux, accentuant son regard naturellement froid. Sans tout son maquillage, l'irlandais perdait un peu de cette touche de folie excentrique qui le caractérisait tant, mais il avait soudain l'air plus sage et plus âgé. Plus mystérieux et moins clownesque, aussi.
Laissant le mouchoir noircit par le khôl sur la table, Glen s'approcha à nouveau du divan et se pencha en avant avant de poser un genou sur le siège de tissu, ses longues mèches rouges retombant sur le torse pâle du Comte en créant un étrange contraste. Alors qu'il se penchait un peu plus en avant, son regard luisant dans l'obscurité, le son d'une cloche au loin alerta ses sens et il se redressa légèrement. Six heures, déjà. Dans à peine une heure, le soleil serait levé, mais le rouquin se contenta d'un sourire et d'un haussement d'épaule.


-Pauvre de moi, le soleil va bientôt se lever... Heureusement que j'ai plus de la permission de minuit, je n'aimerais pas me changer en citrouille, murmura-t-il avec amusement en faisant allusion au conte de Cendrillon.

Puis il se pencha à nouveau pour cueillir les lèvres du Comte entre les siennes, se délectant de ce fruit défendu sans en éprouver la moindre honte. Au loin la cloche se tut, et un autre bruit parasite vint prendre son relai. Un grognement sourd, un gargouillement... Qui lui venait de son estomac. Glen n'y prêta tout d'abord pas attention, puis quand il sentit son estomac le rappeler à l'ordre, il se détacha presque à regret.


-Et... Ca ce n'est pas très discret j'en conviens..., jugea-t-il bon d'ajouter en faisant la moue.

A cet instant, il maudis son estomac un peu trop bruyant et surtout très impoli!
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: L'Heure du Cavalier a sonné [Comte, Glen] [13/03/42] Jeu 7 Fév - 19:50

La sensualité, mère de toute chose en ce monde, le désir, père de toute chose en ce monde, l'amour, leur fils, la passion, leur fille...

Où en étaient donc ces deux Vampires qui venaient de s'ébattre dans ce petit salon, bien à l'abri dans un des manoirs les mieux gardés de la capitale? Où allaient-ils? Que prévoyaient-ils? Cette nouvelle alliance avait pris une tournure des plus extraordinaires pour l'un et l'autre et l'atmosphère, qui vibrait encore de leur pacte invisible, laissait supposer que leur relation n'était pas prête de s'arrêter là. Ils avaient parcouru des lieues sur leur sensible épiderme et ils s'étaient volontairement brûlés pour plonger dans ce chaos de sensations immodérées. Immodérées? Non. Glen et le Comte avaient maîtrisé la situation bien mieux que ne l'aurait jamais imaginé le lord. D'un naturel dominant, il avait réussi à calmer ses pulsions les plus sauvages pour laisser à son nouveau compagnon le loisir de prendre lui-aussi son plaisir et d'expérimenter ses capacités sur lui-même. Même si le Comte avait l'habitude de laisser Ilsa prendre le contrôle de ce jeu empli de passion, il n'y avait qu'avec elle qu'il se montrait respectueux jusqu'au bout. D'autres femmes subissaient souvent sa violence et il s'étonna lui-même d'avoir su maîtriser son envie de pouvoir sur Glen. Le Vampire aux cheveux de feu n'avait rien pour se plaindre de son comportement: son aîné avait été d'une douceur et d'une attention particulièrement poussées. C'était certes pour s'assurer une entière coopération de cet allié inattendu mais il ne fallait pas non plus écarter le fait que sa manière d'agir relevait cette fois également d'une intention plus honorable: celle d'apprendre à son cadet les ficelles de l'amour entre hommes. En effet, c'était aussi une simple envie de se faire professeur et de rassurer son compagnon afin de lui montrer avec tact et pédagogie comment on pouvait procéder dans un pareil échange.
Tout s'était déroulé dans un cotonneux espace de compréhension et de patience. Évidemment, à mesure que la leçon était apprise, l'élève gagna en assurance et bientôt il voulu montrer à son maître ce dont il était capable. C'est à cet instant que le Comte dévoila à Glen sa capacité à plier lui-aussi pour perdre de sa préséance et de son autorité: il était prêt à courber l'échine dans certaine circonstances et ne se privait pas de recueillir son plaisir au travers de celui d'un autre. Ainsi, l'Irlandais pu découvrir une facette presque inconnue du Comte: sa part de partage, sa part de bienveillance aussi et sa part d'amabilité.

Enfin posés après l'acte, les deux Vampires ne se lassèrent pas de leurs caresses et, murmurants, ils se complimentèrent l'un l'autre. Cependant, le Comte eut une pointe de mépris pour Glen lorsque ce dernier lui susurra tendrement qu'il ne serait plus là si le lord ne s'était pas montré à la hauteur. Quelle impertinence! Certes il avait été compatissant, patient et même agréable avec lui, mais croyait-il donc avoir le choix de ses actions une fois la porte close? Si le rouquin avait eu le malheur d'arrêter en pleine ébauche leur ébat, le Comte ne l'aurait pas forcé, cela était sûr, il gardait un respect pour ceux de sa race, mais il ne l'aurait certainement pas laissé sortir comme ça...Se croyait-il donc libre en sa présence? Il était sous son toit et donc sous son autorité la plus totale. En dehors de toute sensualité, il avait des règles à respecter. Partir sur un coup de tête ne pouvait relever que de l'insulte pour un Vampire tel que le Comte. Les codes de l'hospitalité vampirique s'appliquaient dans un sens comme dans l'autre. L'hôte devait s’acquitter de nourrir son confrère avant même de lui demander son nom, et l'invité, ou le visiteur dans le cas de Glen, se devait ensuite de respecter la volonté du maître des lieux. L'Irlandais ne pensait visiblement pas à mal lorsqu'il avait ainsi étalé ses pensées, il semblait même en rire, pour détendre l'atmosphère et jouer avec les mots, mais le Comte le pris ainsi: comme une marque de son orgueil et de son impertinence.

Le lord songea alors à ce qu'il lui avait dit avant qu'ils ne se lancent dans l'acte charnel: il le trouvait lucide et même visionnaire...Peut-être...Cela était flatteur. Mais s'il voulait que leur alliance aie quelque poids, il avait intérêt à éviter l'humour trop décalé avec lui. Visionnaire, il l'était, certes, mais mégalomane et tyrannique, il l'était également. Si Glen pensait sincèrement en cet instant que le Comte était plus noble et plus aimable que ce qu'en disaient les rumeurs, il serait rapidement surpris! Oui le lord cachait une part de gentillesse et de bienveillance que seuls ses disciples les plus proches connaissaient et non il n'était pas si fou qu'on le pensait puisque ses plans avaient en effet un aspect réellement tangible, mais il ne fallait pas oublier que c'était aussi le Prince de cette ville, qu'il avoisinait les 600 ans d'existence et que sa position d'Indépendant au sein de la communauté vampirique en faisait un être trop dangereux et trop puissant pour qu'on ne le sous-estime. Glen apprendrait à mesurer ses paroles en sa présence. Tout n'était qu'une question de temps et de patience...

La patience, c'est ce que décida de choisir le Comte face à ces mots qu'il jugeait déplacés.

Mais une autre facette de Glen n'allait pas tarder à l'irriter: sa propension à jouer les fanfarons. En effet, le rouquin ne tarda pas à lui révéler que sa face de clown n'était pas qu'un simple maquillage visant à lui donner du charme et de la prestance, mais bien un reflet de ce qu'il était lui-même: un être comique qui pouvait rire de tout et n'importe quoi, et qui allait jusqu'à se tourner en ridicule pour son propre plaisir.
Le Comte avait déjà noté son histoire de "papillons" lorsqu'il lui avait relevé les barrières mentales qui s'étaient effondrées suite à leur échange de pensées, de songes et de souvenirs. Cette petite pointe d'humour n'avait pas gêné le lord qui s'était contenté de la chasser d'un revers de la main. Glen pouvait bien parler de papillons, cela lui importait peu, l'image en elle-même lui rappela au passage "la fée verte", cette petite allégorie qui faisait de l’absinthe, boisson encore très peu connue à l'époque, un spiritueux quelque peu hallucinatoire. Même si l'effort qu'il venait de fournir lui donnait un goût de sang dans la bouche, ce qui était très loin d'être drôle pour lui, il considéra que ces quelques mots n'avaient pour but que de détendre l'atmosphère.
Cependant, après leurs ébats, Glen se montra un peu plus maladroit et osé qu’auparavant. Son grognement de protestation dans son oreiller lorsque le Comte était revenu avec sa lettre, puis sa chute du canapé pour récupérer un médaillon...Tout cela avait fortement irrité le Vampire au regard de brume. D'ailleurs, il ne regardait plus son confère avec autant de bienveillance, au contraire, son froncement de sourcils indiquait bien assez son malaise teinté de colère. Glen pensait-il donc que le lord avait besoin d'un clown dans ses rangs? Le pensait-il désormais trop bon et trop accessible pour se permettre de tels écarts? Il n'était pas question que le rouquin ne s'imagine une seule seconde que le Comte était à traiter comme un vieil ami. Son retour au tutoiement avait déjà bien assez perturbé le lord pour que le rouquin n'aille plus loin. Jirômaru se devait d'accepter ce tutoiement malgré lui, sans quoi leur relation aurait à nouveau eu un décalage hiérarchique en terme de sensualité et de confiance qu'ils ne pouvaient plus se permettre dans de telles circonstances, mais Glen devait se méfier des proximités avec lui. Le Comte avait certes besoin d'un peu d'excentricité et de couleurs dans sa vie, mais certainement pas d'un gamin impertinent de maladresses et de clowneries.

Aussi, lorsque Glen se mit à chercher son médaillon en se penchant au-dessus de l'accoudoir, le Comte tiqua-t-il en l'observant du coin de l'oeil. Que fabriquait donc son compagnon? Qu'avait-il à s'agiter de la sorte? Et puis Glen était tombé. Le lord s'était redressé pour le regarder à terre se relever en se massant le nez. Quelle position ridicule! Le rouquin était donc assez stupide pour faire de pareilles chutes? C'était profondément décevant. Mais le lord se contenta de lever les yeux vers le plafond et de refouler son mépris. Il ne supportait pas la maladresse et, visiblement, il serait servi avec ce Vampire...

Pendant que Glen se relevait, le Comte songea à son histoire de rose et de chardon. Le rouquin l'avait étrangement pris, s'inquiétant de cette métaphore un peu soudaine. Le lord avait alors fixé ses yeux de feu avec ferveur pour lui expliquer son point de vue:


- Cette lettre, avait-il commencé en jetant un coup de tête vers l'enveloppe des Spencer, vient du père de ma future femme, la rose, si tu préfères. Elle et toi avez plus en commun que je ne pensais, c'est tout.

Et cela s'était arrêté là. Le Comte ne voulait pas s'étaler sur ses sentiments et encore moins expliciter une si belle métaphore: cela ne ferait qu'en ternir l'éclat. Glen devait se contenter de cela pour le moment. Ce petit écart lyrique n'avait pas à l'inquiéter, c'était un simple envol de pensées dissolues qui c'était échappé de l'esprit de son aîné. Il s'habituerait à la poésie du Comte, il l'accepterait un jour ou l'autre.

Puis Glen s'était relevé et avait erré un moment dans la pièce au milieu des coussins éparpillés. Le Comte n'avait pas bougé. Son genoux le lançait et sa paresse lui ordonnait de rester allongé-là, sur ce canapé moelleux, encore chaud de la présence de son amant. Il regarda du coin de l'oeil le rouquin se démaquiller. La sueur avait altéré poudres et khôl qui lui recouvraient d'habitude son visage avec précision. Le lord était intrigué par la façon qu'avait son confrère de se maquiller. C'était en partie ce qui l'avait attiré, dès le cimetière. Cela lui donnait un air de dandy, qui altérait doucement sa virilité. D'ailleurs le Comte ne se gêna pas non plus pour détailler à nouveau son corps élancé. Glen était finement musclé et sa petite taille n'amoindrissait aucunement son allure, au contraire, le rouquin était tout à fait proportionnel et bien fait de nature.
Lorsque ce dernier se tourna vers lui, abandonnant le mouchoir blanc devenu noir sur une table, le Comte le dévisagea d'un oeil nouveau. Glen faisait plus âgé, plus mûr sans cette couche de peinture qui lui recouvrait d'habitude chaque trait. Il lui restait un peu de khôl autour des yeux, ce qui accentuait son regard flamboyant. Finalement, le lord n'aurait su dire s'il préférait Glen avec ou sans maquillage. Cela le changeait, c'était presque un autre homme qui se tenait devant lui, mais cela ne lui faisait pas une meilleur figure: il restait beau, avec ou sans. Cependant, Jirôamaru apprécia ce visage aux airs plus sages. Cela venait quelque peu redresser l'image qu'il était en train de se faire de son compagnon quant à son attitude clownesque. Peut-être que le Vampire allait se faire plus sérieux maintenant?

Cependant, le lord déchanta lorsque Glen vint vers lui pour finalement s'arrêter en relevant la tête afin d'écouter l'horloge sonner. Il était déjà 06h du matin, le soleil n'allait pas tarder à se lever. C'était l'heure pour les Vampires de disparaître dans l'ombre jusqu'au couché de l'astre maudit. Fallait-il qu'ils se quittent maintenant? Le Comte avait encore de nombreuses choses à voir avec lui et il paru évident que Glen dormirait sous sont toit. Cela ne le dérangeait pas, au contraire.
Ce qui fit tiquer le lord ne fut pas cette prise de conscience concernant l'heure et l'histoire du couché, ce fut l'allusion que Glen fit au conte de Cucendron. Il le connaissait, certes, et c'était une image qui pouvait coller à la situation, mais le Vampire n'avait absolument pas l'habitude de ce genre de propos. Ses disciples ne se permettaient pas ce genre d'humour et le Comte n'appréciait guère le sourire de Glen. Fallait-il qu'il s'y habitue ou qu'il ne brise le naturel de son nouvel amant? La question se posait clairement à lui lorsque le rouquin se pencha au-dessus de son corps, mêlant ses cheveux rouges aux siens d'un blanc éclatant, contrastant avec sa peau de marbre, pour l'embrasser doucement. Le Comte se calma: Glen pouvait bien avoir des références oniriques et lancer de temps à autre ce genre de propos, cela ne pouvait qu'égayer un peu l'ambiance...Après tout...

L'estomac du rouquin se mit alors à jouer une symphonie que le Comte entendait rarement. Surpris, Jirômaru se redressa en jetant un regard interrogateur à Glen. Il avait faim? Oui, c'était normal, lui-même sentait son envie de sang lui triturer les entrailles.
Dans un grognement, le lord se releva donc. Son genoux plia encore avant qu'il ne se redresse complètement. Le Comte posa alors une main sur l'épaule de Glen et le regarda dans les yeux en souriant.


- Allons, je ne vais pas laisser mon invité mourir de faim!

Le Vampire s'éloigna alors pour partir à la recherche de ses vêtements éparpillés au milieu des coussins. Ce ne fut pas tâche aisée que de retrouver chaque pièce de son costume mais ils étaient deux et lorsque ce n'était pas Glen qui trouvait un vêtement du Comte, c'était le Comte qui trouvait un vêtement de Glen.

Une fois rhabillé, le Comte s'assied sur le canapé pour remettre ses bottes de cuir. Il laissa alors son regard tomber sur la lettre de Monsieur Spencer. Le Vampire hésita un instant mais il attrapa finalement l'objet pour le fourrer dans une des poches de sa veste carmin. Enfin complètement prêt, le Vampire se leva et fit signe au rouquin de le suivre. Il n'avait que faire des coussins étalés en tous sens, il avait des domestiques pour cela. Ses yeux virèrent un instant au blanc puis il continua.


- Suis-moi, fit-il à Glen en ouvrant une autre porte que celle par laquelle ils étaient entrés.

Ils arrivèrent directement dans une salle à manger de taille conséquente [n°1 sur la carte]. Très vaste, très ornée, c'était une pièce traversée par une table immense en chêne massif, entourée de chaises droites. Des miroirs, des tableaux et des tentures agrémentaient les murs. Une grosse cheminée siégeait côté balustrade et l'on pouvait aisément remarquer que son pourtour était en marbre. En soit, cette pièce était très cossue, comme le reste de la demeure.


- Prends place, fit le Comte en lui désignant une chaise.

Un léger frôlement vint animer une des portes de la pièce et bientôt cette dernière s'ouvrit pour laisser entrevoir une petite tête aux cheveux noirs tout en bataille.


- Entre.

C'était le petit Arnoldo. Le jeune garçon de 15 ans entra timidement.

- Vous m'avez appelé, maître? demanda-t-il en jetant un regard inquiet à Glen.

- Oui, toi et Carl, que fait-il?

Le ton froid du Comte n'étonna pas le petit Italien mais cela le fit tout de même frisonner. Il allait répondre qu'il ne le savait pas lorsque la porte s'ouvrit à nouveau. Un beau jeune homme de 27 ans entra à son tour. Élégant, ses cheveux blonds rejetés en arrière, il redressa ses lunettes rectangulaires sur son nez avant de se tenir droit comme un i face au Comte.

- Je suis là, excusez-moi pour mon retard. Je vous ai amené miss Piedmont, continua-t-il en faisant entrer une femme rondelette qui portait un corset et des jupons d'un bleu océan.

Elle était peut-être un peu ronde, mais elle n'avait que 18 ans et son visage était empli de mille grâces que l'on ne trouvait pas souvent chez des femmes plus minces. D'ailleurs, sa poitrine était particulièrement développée pour une si jeune personne.


- Très bien, fit le Comte, tu peux disposer.

Carl fit une courbette et s'en alla en refermant la porte derrière lui. Le Comte ignora Arnoldo et prit par la main la belle française pour la remmener devant lui et la présenter à Glen.

- Voici Lucie, tu as déjà pu goûter à son sang tout à l'heure. Fit-il en la faisant tourner sur elle-même afin de lui exposer la belle dans son entier. Il m'a semblé comprendre qu'il te plaisait, aussi fais-en donc ce qu'il te plait. Si tu désires en goûter un autre, dis-le, j'ai une multitude de calices qui se tiennent disponibles.

Le Comte poussa en avant la belle qui souriait aimablement. Elle ne semblait pas craindre Glen et, au contraire, elle paraissait même prête à satisfaire tout ses désirs. Elle s'en approcha et dégrafa le raz-de-cou qui dissimulait une morsure impeccable qu'elle portait déjà. C'était un calice que le Comte offrait à ses invités, un des meilleurs, et il était habituel chez les Vampires de mordre à la même gorge quand celle-ci était clairement destinée à la consommation commune. La belle française se pencha vers Glen, dévoilant son corsage étiré et sa poitrine gonflée. Ses longs cheveux châtains faisaient ressortir ses beaux yeux verts.

De son côté, le Comte s'était rapproché d'Arnoldo qui était resté droit, les mains jointes, la tête baissée. Le lord lui mit une main sur l'épaule et lui sourit.


- Alors, Arnoldo, j'espère que tu es en forme...

Le jeune garçon lui sourit faiblement. Oui il était en forme et il n'attendait que cela: satisfaire son maître comme avait pu le faire Ludwig à son retour du théâtre. Mais le Comte ne lui laissa pas le temps de répondre. Il l'abandonna à nouveau pour se diriger vers une armoire de verre. Il en ouvrit une porte et sortit deux bouteilles translucides. Il en posa une sur la table près de Glen en lui jetant un regard amusé avant de revenir vers le jeune garçon. Arnoldo s'attendait à être mordu tout comme l'avait été son ainé un peu plus tôt, mais lorsqu'il vit le Comte revenir avec une bouteille dans la main, il fit une grimace. C'était du saké, l'alcool préféré de son maître.

- Bois, fit le lord en arrivant à sa hauteur.

Il lui tendait la bouteille d'un air sévère. Le jeune garçon tendit la main et hésita.


- Ne me dis pas que tu n'aimes pas ça, fit le Comte avec mesquinerie. Je sais que tu en bois tous les jeudis avec Carl...

Le jeune Italien ouvrit la bouche et la referma aussitôt. Comment le Comte savait-il cela? Mais le regard terrible que le Vampire lui lança alors acheva-là ses pensées. C'était comme-ci sa question avait été une insulte de plus pour son maître.

- Bois, répéta le Vampire en lui mettant la bouteille dans les mains. Bois tout.

Arnolda serra l'objet glacial entre ses doigts.

- Tout? répéta-t-il timidement en levant son regard vers le Comte qui le dominait de toute sa hauteur.

Ce dernier ne lui répondit pas. Évidemment le petit avait compris ce que le lord désirait. Et comme ses désirs étaient des ordres, il déboucha la bouteille et se mit à boire. Au début, il fronça les sourcils tant l'alcool surprit son palais, mais bientôt il buvait tranquillement. En vérité, son estomac hurlait à chaque gorgée. Le jeune garçon avait certes l'habitude de boire du saké mais jamais il n'avalait une telle quantité d'un coup. Toute la bouteille? C'était inhumain! Arnoldo peinait déjà à arriver à la moitié.

Le Comte s'assied alors, abandonnant à nouveau le jeune garçon. Il regarda Glen à qui Lucie s'offrait. Le lord lui sourit d'un air satisfait. Il était évident que Glen pouvait s'amuser avec la jeune femme mais il était aussi clair qu'il ne pouvait pas non plus la vider entièrement de son sang ou la maltraiter. C'était un calice qu'il lui prêtait, pas un esclave qu'il lui donnait. Sur la table, il y avait un plateau argenté avec des verres de cristal et une carafe vide. Le lord saisit un verre et le fit glisser jusque Glen.


- Tu peux boire à sa gorge, fit-il aimablement en désignant la belle française d'un coup de tête, mais si tu préfères nous avons des verres...

Lucie se faisait langoureuse et se laissait totalement faire par le rouquin. Le Comte détourna le regard pour revenir sur Arnoldo. Le petit buvait comme il pouvait mais il avait clairement ralenti la descente. Il était déjà à plus de la moitié de la bouteille. Le Comte sourit d'un air mesquin.

- Alors Arnoldo? On a du mal à la vider celle-là?

C'était une punition. Le Comte savait depuis un moment que Carl lui en donnait régulièrement et jusqu'à présent il avait laissé la chose se faire, mais aujourd'hui, le jeune Italien allait comprendre qu'il ne fallait pas jouer avec son saké. Quoique l'alcool et les denrées du manoir étaient à la disposition de chacun, le lord ne supportait pas l'idée que le jeune garçon de 15 ans était entretenu par son cuisinier avec tant de laxisme. Il était hors de question que leurs petits rendez-vous du jeudi soient maintenus. Carl aurait sa punition en temps voulu, aujourd'hui c'était le petit qui allait recevoir une bonne leçon.

Au bout d'un moment, Arnoldo s'appuya sur une chaise et regarda le Comte avec des yeux vitreux.


- Je...je ne peux plus...

Vu que le jeune garçon risquait de vomir, le Vampire lui montra les crocs tout en donnant un coup de tête vers la table pour l'autoriser à laisser la bouteille sur cette dernière. Arnoldo la posa un peu brutalement et ferma les yeux. L'alcool montait vite, il n'avait pas mangé, il n'avait pas dormi et l'appréhension de ce qui allait se passer maintenant le perturbait énormément. Il agrippa un peu plus à la chaise et supplia:

- Maître...je ne le ferai plus...pitié...

Le Comte le repoussa du pied avec un air narquois. L'Italien lâcha la chaise qu'il tenait, tituba sous la poussée et s'écroula en boule sur le tapis.

- Hahaha! rit le Comte en se penchant en arrière pour poser ses coudes sur la table et croiser les jambes. Ce petit m'étonnera toujours...

Arnoldo resta au sol. Le lord jeta un regard à Glen et lui sourit d'un air sadique.

- Il a de la chance que son sang me plaise...Sans cela il serait déjà au fond de la Tamise...

Le Comte se leva alors pour saisir le garçon par le col. Il le ramena contre lui et s'assied, le petit entre ses jambes. Ce dernier dodelinait de la tête, les yeux rougis par l'alcool et l'effort qu'il venait de fournir. Son maître le prit par le menton pour le montrer à Glen.

- N'est-il pas mignon ainsi? On dirait qu'il vient de voir le Diable...Haha!

Il colla alors le garçon contre son ventre comme pour l'envelopper de tout son torse. Il passa un bras au-dessus de sa frêle épaule et plongea sa main dans le col de sa chemise jusqu'à le maintenir par les côtes flottantes. Il sentait la chaleur du jeune Humain contre sa paume glacée. Cela lui plaisait beaucoup. Arnoldo, lui, ne réagissait pas. Le Comte fit serpenter ses longs doigts d'albâtre sur le cou du jeune garçon et les remonta dans sa tignasse folle pour soulever cette dernière en y crispant le poing. Lentement, il lécha le jeune cou de son calice, savourant de ses papilles cet épiderme parfait et frissonnant. Puis, dans un mouvement carnassier, il plongea ses crocs d'ivoire dans sa tendre peau pour y boire à sa guise ce sang maintenant alcoolisé.
Il était rare que le lord ne boive de cette façon. En soit, le saké était une boisson qu'il affectionnait particulièrement parce qu'elle le ramenait à un passé très lointain qu'il n'avait su oublier, mais il savait que ce genre de mélange était dangereux et il ne pouvait pas se permettre d’affaiblir son corps. Il n'y avait qu'avec Ludwig qu'il s’adonnait à de pareilles déviances quand le temps et l'envie le lui permettaient.

Buvant de tout son saoul le Comte ne se soucia plus ni Glen ni de Lucie. Il se repaissait comme une bête affamée depuis longtemps et se délectait de ce petit goût additionnel qui donnait au sang du jeune Italien une note de folie douce. Affaiblissant dangereusement le jeune homme, le Comte finit par le lâcher. Il le laissa tomber de la chaise et s'écrouler à nouveau sur le tapis. Le lord se leva et le retourna du pied. Dans le même temps, Carl ouvrit la porte et se retrouva nez à nez avec une scène qu'il avait rarement l'occasion de voir: le Comte qui s'essuyait la bouche, imbibant ses gants blancs de sang. Il tiqua en regardant Arnoldo à ses pieds et s'avança la tête baissée.


- Que puis-je pour v...

- Vire-moi ça! L'interrompit aussitôt son maître.

Carl sursauta presque et releva Arnoldo pour le porter. Le Comte s'approcha alors de son oreille et lui murmura sombrement:


- Il semble que le saké ne soit pas bon pour lui...

Le cuisinier cilla face à la menace implicite. Il ne savait plus du tout où poser le regard.

- B..bien...maître...Je saurai m'en souvenir...

Puis le Comte le laissa partir et refermer la porte derrière lui.

- Décidément, je suis entouré d'incapables! fit le Vampire d'un air enjoué en se rasseyant sur sa chaise avant de poser ses deux bottes sur la table pour croiser les jambes.

Ce mouvement lui arracha une grimace qu'il fit bien vite disparaître de son visage redevenu paisible. Dans cette nouvelle position décontractée, le lord sortit de sa poche la lettre de Monsieur Spencer. Il regarda un instant le sceau de cire avant d'ouvrir l'enveloppe d'un geste ferme.


- Voyons, voyons...fit-il joyeusement en dépliant la lettre calligraphiée de la main même du père de Sarah.

Spoiler:
 

La lecture fut rapide mais Glen avait pu voir que l'expression de joie du Comte s'était changé rapidement en haine. Arrivé à la fin de la lettre, le lord serra les poings et chiffonna le papier d'un geste brutal.

- Ha la garce! pesta-t-il en jetant au loin la boulette de papier qu'il venait de réaliser. Cette mijaurée ne perd rien pour attendre!

Se rasseyant correctement, le Comte joignit ses mains pour y poser le menton et ferma les yeux. Il réfléchissait au sujet de Sarah. Comment osait-elle défier une nouvelle fois son autorité? Elle était donc prête à aller se perdre dans un couvent pour l'éviter? Ha et ce nom de Ravellow! C'était horripilant! Monsieur Spencer n'avait donc aucun honneur pour accepter que sa fille soit autant affectée par un aristocrate de bas étage tel que lui? Comment osait-il lui en parler de la sorte? Il faisait partie des terroristes qui avaient tenté de le tuer et cet imbécile osait lui expliquer que sa fille pleurait son absence? Un criminel! Un fuyard! Un couard! C'était un véritable scandale! Le couvent...il ne manquait plus que ça...Sarah avait ainsi trouvé une nouvelle porte de sortie...

- Vois-tu, Glen, fit soudainement le Comte en rouvrant les yeux pour fixer son amant avec insistance, la rose me paraît bien moins noble que le chardon en cet instant...

Devait-il lui expliquer la situation? Qu'en avait donc à faire le rouquin? Ses histoires à l'eau de rose ne devaient pas l'intéresser, même si en soit cela était profondément lié à ses terribles plans. Le Comte finit par accepter d'échanger à nouveau avec lui quelques secrets.

- Miss Spencer croit qu'un couvent sera suffisant pour me faire obstacle. La belle fait sa prude et son impertinente, très bien...si elle s'imagine que cela m'arrêtera dans mes démarches, elle se fourvoie lourdement.

Le Comte se leva et se dirigea vers la fenêtre. Il prit garde à ne pas laisser sa botte dépasser sous le rideau: le soleil perçait déjà le ciel de ses pâles rayons, répendant sur le parquet une lueur dorée. Le Vampire écarta un peu le lourd tissu et abandonna son geste presque aussitôt: il faisait déjà trop clair pour qu'il puisse regarder à l'extérieur. Revenant vers la table, le lord s'assied sur cette dernière avec un soupir.

- Les Humains se croient plus intelligents que nous, c'est pathétique! Il saisit un verre pour le faire tourner entre la table et son doigt. Ils mangeraient dans notre main s'ils savaient à quel point nous sommes les plus à même de diriger ce monde...

Une pointe de mélancolie teintait maintenant les propos du Comte. Il était certes en colère, cela se sentait dans son aura et son attitude quelque peu agitée, mais son regard s'était fait plus vague, plus terne.

- Il faut que je les retrouve...murmura-t-il pour lui-même avant de relever la tête vers Glen. Wynn Leichenhalle, reprit-il, un Vampire assassin, qui est à ma solde depuis peu, a la tâche de retrouver la jeune Miss Grey qui semble avoir aidé les Hunters à envahir le théâtre. Pour ma part, je vais montrer à Sarah qu'elle ne pourra plus se moquer de moi avant longtemps. Je vais jouer un peu avec sa famille...Quant à toi, j'ai une faveur à te demander...

Le Comte stoppa le tournoiement de son verre et teinta son regard d'une lueur cruelle.

- Alexender et Raphaël sont à éliminer. Je ne te demande pas de les traquer, bien que l'envie me titille l'esprit, mais bien de les tuer s'ils ont le malheur de croiser ta route. Je te rappelle que Raphaël est un Vampire...mais je suis aussi l'ainé de notre race et mon droit est de t'autoriser à lui prendre la vie.

Le sourire du Comte grandit. Oui, lui seul, avec quelques races anciens, avait le droit de tuer les siens, ou du moins ceux qui s'avéraient trop dégénérés ou dangereux pour leur société et celle des Humains. Il avait aussi le droit de nommer un exécuteur et, si ses élèves avaient comme instruction de les lui ramener vivants, Glen venait de se voir offrir le droit de mort sur le Vampire aux cheveux blancs.

- Je ne dis pas cela à la légère, tu sais ce qu'il peut nous en coûter si cela se savait. Même si c'est en mon pouvoir, beaucoup ne le comprennent pas et sont loin d'accepter ce genre de chose...

Le Comte se regarda dans le miroir le plus proche. La trace de brûlure qu'il portait au visage se résorbait lentement. Il toucha sa joue dans un mouvement d'observation et ramena son regard sur Glen.

- Si tu croises leur route, sois prudent. Ces Hunters sont plus coriaces qu'ils en ont l'air.

Une aura approchait, c'était celle de Maria. Le lord se redressa et accueillit la belle Vampire qui venait d'ouvrir la porte avec un regard froid. Il l'avait autorisée à rentrer par la pensée tant elle paraissait affolée.

- Maître!

- Qu'y a -t-il encore?! tonna le Comte en se levant.

Maria posa un genou à terre en signe d'allégeance et commença à parler d'une voix tendue.


- Arath s'est réveillé, il nous parle de choses terribles, Fiora Hagane aurait comme projet de vous renverser, il l'a entendue le dire aux Hunters à Milte & Co.

Le Comte leva un sourcil et explosa littéralement de rire.

- HAHAHAHAHA! Et la reine compte sûrement m'épouser! Le sais-tu? fit-il en pouffant.

Mais bien vite il se tue pour attraper Maria par la main afin de la relever doucement.


- Cela vous paraît si extraordinaire que ça? demanda-t-il à sa disciple d'une voix étrangement posée.

- Mais...maître...elle...

- Elle est plus stupide encore que ce que je croyais. L'interrompit le Vampire. Allons, remettez-moi Arath en forme et laissez-moi donc tranquille.

Maria baissa les yeux, esquissa une courbette et s'en alla en jetant un coup d'oeil à Glen. Une fois qu'elle eut quitté la pièce et que la porte fut refermée, le Comte revint vers Glen.

- La trahison...le bon goût de poignarder dans le dos...Qu'y puis-je donc? Moi-même comptais-je la trahir...

Il sourit au rouquin avant de lui caresser la joue.

- Je sais trouver chez mes confrères cette pointe d'hésitation qui fait d'eux des traîtres...

Le lord poussa la chaise de Glen de façon à se retrouver dans son dos. Il dégagea ses cheveux rouges et posa ses deux mains sur ses épaules, esquissant un semblant de massage.

- Et toi...comptes-tu me trahir un jour? Mmh?


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
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Dernière édition par Comte Keï le Mar 12 Fév - 21:09, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'Heure du Cavalier a sonné [Comte, Glen] [13/03/42] Mar 12 Fév - 19:31

Une atmosphère douce et pleine de sensualité entourait ces deux amants étranges dans le petit salon. Et malgré les caresses et quelques mots doux échangés, Glen avait retrouvé cette nervosité et cette méfiance qui le caractérisaient tant. Il avait le sentiment que le Comte parlait de lui comme d'une belle fleur, un ornement qu'il comparait à sa future femme, la rose comme il l'avait laissé sous entendre. Et ce sentiment ne plaisait pas au rouquin. Il aurait pu se sentir flatté, vu par l'un de ses aînés comme un atout de choix, mais il n'en était rien, Glen trouvait cette comparaison soudaine étrange, et il n'était absolument pas habitué à ce qu'on l'on dise cela de lui.
Quelque chose clochait et rendait ses réflexions bancales. Assit sur le sofa alors que son estomac criait famine, il se passait une main dans les cheveux, en gardant un air volontairement détaché.
Et l'agacement qu'il avait sentit chez le Comte ne l'avait pas beaucoup aidé à laisser à nouveau tomber cette méfiance. Mais qu'il le veuille ou non, Glen avait cette facette très enfantine et puérile dans son caractère, et il préférait toujours jouer les clowns que de montrer véritablement ce qu'il pensait. En se montrant ainsi exaspérant, il masquait un tant soit peu le visage morose et tendu qu'il aurait affiché en d'autres circonstances. Si l'irlandais savait très bien jouer sur cet aspect clownesque et souvent horripilant de sa personne, il contrôlait en revanche beaucoup moins son côté farouche.
Ce que le Comte avait derrière la tête, il l'ignorait. Cela ne faisait que le rendre plus méfiant encore.

Pourtant, l'aristocrate se leva, lui sourit d'un air aimable et l'invitant à ramasser ses vêtements pour se rhabiller. L'entreprise fut périlleuse, et Glen se demanda un instant s'il retrouverait la totalité de sa panoplie de dandy. Enfin il put renouer son nœud papillon autour de son cou, enfila ses hautes bottes de cuir et lissa le tissu légèrement froissé de sa veste. A l'exception de son maquillage, pratiquement effacé, et de ses cheveux plus ébouriffés, il avait la même allure que lors de son arrivée. Mais s'il n'aimait pas se montrer sans maquillage en public, par habitude, il n'en avait que faire pour le moment. Il avait faim, et cette faim commençait à le mettre de mauvaise humeur. Aussi suivit-il le Comte sans dire un mot lorsque celui ci l'invita à passer dans la pièce suivante.

La salle à manger était remarquablement agencée. Un mobilier coûteux et de belle facture habillait l'endroit, les tentures soignées se mariaient aux peintures, tout était à la hauteur de ce que Glen avait pu voir dans le manoir jusqu'à présent : Magnifique. Lui même appréciait l'art au point d'avoir un véritable musée chez lui. L'irlandais attarda son regard sur ces tableaux aux scènes chaleureuses, imaginant leur histoire, le message qu'ils avaient à transmettre, analysant le trait comme il avait l'habitude de le faire, puis il revint vers la cheminée, magnifique et imposante avec son pourtour en marbre massif. Sans un mot, Glen parcourait la pièce en en détaillant le décor avec un intérêt non simulé. Lorsque le Comte l'invita à s'asseoir, il sursauta imperceptiblement, chassé de ses pensées. Il hocha la tête, prit une chaise et s'installa, les bras croisés et un léger sourire aux lèvres.

Un bruissement attira son attention et bientôt l'irlandais tourna la tête vers le nouveau venu. Ce n'était encore qu'un enfant, tout juste entré dans l'adolescence, à la timidité évidente. Glen ne mit pas longtemps à comprendre qu'il devait s'agir d'un des calices du Comte, les regards de l'enfant était assez explicites, peut-être même un peu trop.
Le regard perçant du vampire ne le quitta pas lorsque le garçon tourna la tête vers lui, quelque peu effrayé. Qu'il le craigne ou qu'il l'étonne, Glen s'en amusait. Il n'accorda d'ailleurs pas d'intérêt à l'homme qui entra à sa suite, jusqu'à ce qu'il remarque la jeune femme qui l'accompagnait. L'irlandais se désintéressa alors totalement de l'italien pour détailler cette nouvelle arrivante avec un sourire aux lèvres. Elle lui plaisait, c'était indéniable. Sa robe d'un beau bleu lui saillait à merveille, et elle avait un visage des plus aimables. De douces prunelles émeraude venaient habiller un visage qui n'avait pas encore perdu toutes les rondeurs de l'enfance. Cela lui donnait un air espiègle et juvénile tout à fait admirable pour un vampire qui appréciait la compagnie des dames. La détaillant du regard, Glen hocha la tête.

-Elle m'ira tout à fait... Son visage est aussi délicieux que l'est son sang ! Susurra-t-il d'une voix douce.

La demoiselle s'approcha alors de lui et à l'inverse du jeune garçon aux cheveux ébouriffés, elle n'avait pas l'air effrayée, ce qui plut d'autant plus au vampire. Elle se pencha vers lui, il releva la tête pour plonger ses yeux dans les siens. Elle était plus jeune et plus ronde qu'Alice, sa favorite, mais elle avait cette lueur d'amusement dans le regard et ce sourire que peu de dames possédaient à Londres. Son charme lui plaisait d'autant plus qu'elle ne semblait pas moulée dans ce stéréotype de la femme actuelle, engoncée dans un corset bien trop petit, droite, mal à l'aise, forcée de faire bonne figure en toutes circonstances. Faisant tourner une des mèches châtain de la belle entre ses doigts, Glen ne put empêcher son regard de glisser sur sa gorge pâle et le décolleté qu'elle lui présentait.

-Miss, je crois que nous allons bien nous entendre ! Lui dit-il d'une voix enjouée en lui souriant.

La demoiselle lui sourit à son tour alors que Glen faisait courir un doigt sur sa gorge, effleurant la morsure qu'elle y portait. Elle devait avoir l'habitude d'être ainsi présentée aux invités, et elle lui offrit son cou avec docilité. Mais alors qu'il s'apprêtait à y mordre, l'irlandais tourna la tête vers le Comte, qui déposa une bouteille sur la table en lui jetant un regard malicieux.
Penchant la tête sur le côté avec un regard plein d'incompréhension, Glen saisit la bouteille, l'ouvrit et en renifla le contenu. Du saké. L'irlandais n'avait jamais goûté un tel breuvage, pas même distillé dans le sang, mais il savait en reconnaître l'odeur, tout comme celle de bien des alcools. Relevant la tête, Glen lança le même regard malicieux Comte. S'il souhaitait jouer à cela, ils seraient deux à s'amuser. Poussant légèrement Lucie de côté, il observa la curieuse scène qui se déroulait un peu plus loin. Un sourire à la fois sadique et amusé se peignit sur son visage lorsqu'il aperçu le visage du jeune homme passer de pâle à parfaitement livide. D'après ce que l'irlandais pouvait comprendre, il s'agissait là d'une punition, et le garçon pouvait s'estimer heureux de s'en sortir vivant. Si l'alcool ne lui faisait pas perdre la tête avant. N'importe quel humain, même le plus entraîné des ivrognes, n'aurait pu avaler une telle quantité d'alcool fort. Glen était curieux de voir jusqu'où allait la dévotion du garçon du maître... Pendant que celui-ci hésitait, le rouquin se tournait à nouveau vers Lucie, lui tendant la bouteille.


-Et bien ma chère, à votre santé !

Bien sûr, Glen n'avait aucune raison de la maltraiter ou de la pousser à boire entièrement le contenu de la bouteille. Elle lui était agréable et le rouquin n'avait guère besoin de la soûler pour rendre son sang délicieux. Seulement si telles étaient les règles du jeu, il s'y plierait volontiers ! Il eut pourtant un léger rire en voyant la descente qu'avait la demoiselle, et dut pratiquement lui retirer la bouteille des mains pour qu'elle ne lui tombe pas dessus à moitié endormie. Les joues rosies par l'alcool, elle n'en restait pas moins désirable et incroyablement jolie, mais Glen connaissait les effets de l'alcool et de toutes autres substances consommées par les humains sur l'organisme des vampires. Il n'avait pas l'intention de se rendre malade, il jouait simplement le jeu qu'on lui proposait.
L'irlandais refusa alors poliment le verre que le Comte lui proposait.


-Je vous remercie... Mais je préfère la chaleur de la peau à la froideur du verre ! Dit-il en employant à nouveau un vouvoiement mondain.

Attirant alors la demoiselle à lui, il l'invita à s'asseoir sur ses genoux tandis qu'elle passait un bras autour de ses épaules. Lui fit courir ses doigts sur la taille de la jeune femme, couvrant sa gorge de baisers pendant qu'elle riait, légèrement éméchée par l'alcool. L'irlandais ne la brusquait pas, tout était douceur et sensualité dans ses gestes, et s'il était d'un naturel cruel et sadique, il ne maltraitait jamais une femme qui s'offrait à lui de la sorte. Encore moins lorsqu'on lui en faisait cadeau. Un ricanement s'échappa de sa gorge et fit sursauter Lucie alors que Glen restait attentif à ce qui se passait à côté de lui. Pauvre enfant... Pris au piège tel un agneau face à un loup ! Il pouvait courir, gémir et se plaindre, s'il était capable de siroter habituellement le saké comme un innocent verre de lait, il pouvait bien faire un effort pour son maître !

Par politesse, Glen attendit que le Comte ait finit de s'amuser avec son petit calice pour mordre Lucie, même si la faim commençait à lui tirailler les entrailles. Aussi jouait-il avec les rubans de la sa robe, ses longs cheveux, effleurant sa gorge de ses crocs sans jamais y goûter avec conviction. Lui même n'aurait pas apprécié que l'on commence avant lui sous son toit.
Glen rit à son tour en voyant le visage à l'expression perdue de l'enfant. Il semblait à la fois terrorisé et anesthésié, l'alcool rosissant son visage. Il était si adorable que l'irlandais fut prit de l'envie de le martyriser un peu plus, à la manière d'un jeu ! Une si frêle créature entre les mains d'un colosse... Il semblait pouvoir se briser d'un instant à l'autre sans que le Comte n'ait à faire le moindre mouvement. Qu'importe l'ordre qui lui était donné, son d'asservissement était tel qu'il ne pouvait plus rien refuser. Et quand bien même l'aurait-il fait, sang délicieux ou non, sa rébellion aurait tôt fait d'agacer. Un Vampire restait un Vampire, une créature éminemment dominante et peu encline à accepter qu'un humain lui tienne tête.
Petits, si petits... Des insectes à la chair délicieuse pour certains, des cloportes ignobles pour les autres. Glen verrait toujours les humains avec ce même mépris. Si certains devenaient de beaux objets ou de belles créatures lorsqu'il prenait le temps de les regarder, il était incapable d'avoir ne serait-ce qu'un peu de compassion pour eux. Et cet enfant malmené sous ses yeux ne dérogeait pas à la règle, il l'amusait mais ne l'attendrissait aucunement.


-Ils ne se rendent pas compte de leur chance..., puis il rit, Le Diable et peut-être même pire ! Il semble tétanisé ! Ajouta l'irlandais en jetant un regard mesquin au garçon.

Dégageant un peu plus les boucles châtains de Lucie, Glen parcouru sa gorge de sa langue, la faisant frissonner. Puis, avec douceur, il plongea ses crocs dans cette chair tendre et pâle qui s'offrait à lui, la maintenant fermement contre lui. Son sang à l'arôme sucré était rendu plus amer et piquant à cause de l'alcool, mais il n'en restait pas moins délicieux. Le Vampire sentit peu à peu le sang couler dans sa gorge, l'enivrant d'une douce chaleur relative à la boisson que Lucie avait ingérée. La demoiselle serra ses doigts sur le col de l'aristocrate qui n'y fait pas attention, trop intéressé par sa gorge.
Glen aurait pu se délecter de ce sang jusqu'à la dernière goutte, par pure gourmandise, mais il savait se contrôler et ne tarda à retirer ses crocs, passant doucement sa langue sur la gorge de la demoiselle pour en enlever les dernières gouttes de sang. Repus et satisfait, il avait le regard plus vif et semblait soudainement plus enjoué, moins mélancolique. Véritablement ravit, il essuya la commissure de ses lèvres d'un doigt, souriant d'un air étrange à la jeune femme. Sans son maquillage, son rictus de clown prenait une dimension plus sombre et menaçante, il y avait quelque chose de réellement dérangeant dans ce sourire. Mais il garda Lucie contre lui, tournant la tête vers le Comte en haussant légèrement les sourcils. L'enfant n'était plus qu'un petit tas de chiffons blafards à ses pieds, et l'on aurait aisément pu le croire mort, immobile et pâle.

L'homme qui avait amené Lucie revint dans la pièce, comme s'il avait prévu qu'à cet instant le Comte aurait besoin de lui, et fut vite congédié après avoir emmené l'italien avec lui. Etait-ce donc celui qui avait apprit au jeune garçon à boire ? Si tel était le cas, lui aussi ne tarderait peut-être pas à être puni... Cela ne le regardait pas et Glen n'en avait que faire au fond, mais il était si curieux que connaître le fin mot de l'histoire l'aurait ravi.
Il se contenta d'un sourire lorsque le Comte parla de ses serviteurs incapables, et aida Lucie à se lever. La demoiselle n'avait nul besoin d'entendre la suite de la conversation, et l'aristocrate la salua aimablement, bien qu'elle peina à se tenir droite.


-Miss, au plaisir de vous revoir !

Puis il se désintéressa d'elle alors qu'elle sortait de la pièce. Son regard surprit la grimace du Comte et l'irlandais en fronça un instant les sourcils, mais il ne posa aucune question. Il n'aurait fait que l'insulter. Croisant à nouveau les bras, Glen allait ouvrir la bouche lorsque le Comte sortit la lettre qu'il avait reçut un peu plus tôt de sa poche. L'irlandais se leva alors et s'approcha d'un tableau qu'il détailla distraitement. Du coin de l'oeil, il vit l'expression de son hôte passer d'une franche jubilation à une froide colère. Nul doute que le contenu de la lettre était déplaisant. Mais en quoi ? Venait-on contrarier ses plans, lui annoncer un échec ou encore une mauvaise nouvelle ?
Glen regarda ce bouchon de papier sur la table et eut la furieuse envie de le parcourir pour en connaître le contenu, mais il ne bougea pas, droit et immobile près du tableau. Au bout de quelques longues secondes, il s'approcha finalement de la table, silencieux, et reprit place sur sa chaise, fixant le Comte tandis qu'il lui parlait. Et à ses mots l'irlandais comprit bien vite que sa future épouse n'était pas aussi ravie de se marier qu'aurait du l'être n'importe quelle demoiselle de haut rang promise à un bon parti... Impassible, Glen ricanait pourtant intérieurement. Ce devait être une femme dotée d'un fort caractère, pour résister ainsi. Mais qu'avait-elle de plus que les autres ? Peut-être était-ce justement cette résistance qu'elle opposait qui suscitait tant de vigueur chez le Comte ? Non... Il devait y avoir autre chose, elle devait lui être précieuse ou utile d'une manière ou d'une autre. Cette inconnue devenait de plus en plus intéressante. Surtout si elle avait une importance capitale dans les plans du lord.

Posant le menton dans le creux de sa main, l'irlandais soutint le regard de son vis à vis lorsqu'il s'adressa à lui. A nouveau cette étrange comparaison qui ne cessait de le déstabiliser... S'il venait à contrarier son amant, le chardon serait-il alors moins noble que la rose ? Si les choses étaient susceptibles de changer avec autant de facilité, Glen avait tout intérêt à faire preuve de mesure et de finesse. Le Comte était contrarié, c'était évident... Et l'irlandais n'était pas fou au point de chercher à le contrarier encore plus. Mais il peinait à saisir pleinement l'importance de cette femme dans ses plans. Qu'avait donc cette humaine, là était la question ! Gardant le silence pour s'adonner à ses réflexions intérieures, Glen écoutait néanmoins le Comte, et plissa les yeux en entendant la suite. Il s'anima alors, posant ses mains à plat sur la table.


-Une chose m'échappe... Si pour fuir elle a choisit le couvent, n'est-elle pas davantage prise au piège ? Entre quatre murs avec pour unique compagnie un crucifié, elle aura vite fait de s'ennuyer... En revanche s'il s'agit d'une ruse, elle peut aisément faire croire à un repli et préparer quelques sombres projets, non ? Je ne connais pas la dame, bien sûr, et je suis sûrement trop méfiant mais... Je peine à croire que l'on puisse préférer le couvent à son âge...

Car si Glen ne le connaissait pas, cet âge, il se doutait bien qu'elle devait être assez âgée pour se marier. Peu de jeune filles choisissaient encore d'embrasser la vie religieuse après avoir vécu une enfance et une adolescence dans l'aristocratie britannique. Tout n'était que spéculations dans ce qu'il venait de dire, mais il lui manquait de nombreux éléments pour comprendre pleinement la chose, et son naturel méfiant le poussait à imaginer la demoiselle avec de bien plus sombres idées que celle de se retirer dans un couvent.
Le Vampire eut un sourire sarcastique alors que son vis à vis poursuivait.

-Ce qui fait la force des Hommes, c'est leur nombre... Ils seront toujours plus nombreux que nous, et cela pour notre propre bien... Et nous avons besoin d'eux pour survivre, l'inverse n'étant malheureusement pas prouvé..., répliqua l'irlandais avec une pointe d'amertume dans la voix. En revanche, et c'est là dessus que je suis convaincu qu'il faut jouer, ils n'ont pas conscience de la manipulation que nous opérons sur eux. Leurs plus grandes forces sont aussi leurs plus grandes faiblesses !

Cette question, Glen y avait réfléchit plus d'une fois. Il avait été humain, avait pensé et réagit comme un humain, comme tous les vampires, et si un humain pouvait difficilement anticiper la réaction d'un vampire, l'inverse pouvait aisément s'observer. L'irlandais s'accordait totalement sur le fait que les Hommes auraient vite fait de manger de maigres restes dans la main de n'importe quel Vampire s'ils avaient seulement idée de ce qu'ils représentaient pour eux...
Glen sentit une pointe de mélancolie nouvelle dans la voix du Comte, une sonorité qui jurait étrangement avec sa colère évidente. L'irlandais n'ajouta rien, se contentant de l'écouter avec un hochement de tête en signe d'approbation. Son amant lui parla alors d'un vampire qu'il avait engagé pour exécuter ses plans, un autre encore à sa solde, probablement. Glen se demanda combien le Comte avait-il de pions, et combien sur ces pions lui étaient réellement fidèles et dévoués... ? Mais un assassin ne pouvait qu'être un atout de choix pour traquer et éliminer des Chasseurs. L'irlandais était habitué aux assassins, il en avait rencontré plus d'un, et son homme de main possédait lui même plus d'une de leurs qualités. Même si l'affaire semblait réglée, Glen nota le nom de Grey dans un coin de son esprit. Il se souvenait avoir lu plusieurs fois ce nom dans les journaux des derniers jours, notamment la mort de deux des membres de la famille. Il s'agissait donc probablement de leur fille, et si la mort de ses géniteurs avait été causée par le drame au théâtre, nul doute qu'elle devait nourrir une rancune tenace vis à vis du Comte et de ses sbires. En revanche, lorsque l'aristocrate en vint à lui demander une faveur, Glen se raidit sur son siège, soudain bien plus attentif.

En vérité, il avait horreur qu'on lui demande des faveurs et appréhendait beaucoup la suite des événements. Qu'avait-il à lui demander pour employer un tel mot ? Cela sous entendait qu'il lui serait redevable ou du moins reconnaissant... Décidément l'idée ne plaisait pas à Glen. Et il ne fut pas déçu du voyage. Ses yeux s'écarquillèrent sous l'effet de la surprise, et son expression se mua un instant en grimace. Les choses prenaient un tournant des plus déplaisants pour lui. Car si tuer un humain ne lui avait jamais fait ni chaud ni froid en revanche, il n'avait jamais tué de vampire, du moins pas directement. Il s'était toujours arrangé pour que l'on fasse le sale travail à sa place, et n'avait de toute manière que rarement agit de la sorte. Mais se voir ainsi commandé, utilisé comme une extension du bras de son hôte pour abattre ceux qui se dressaient contre lui le ravissait encore moins. Et fort heureusement, il ne lui demandait pas de les traquer. Car si Glen pouvait être un parfait manipulateur, ce n'était ni un chasseur de primes, ni un assassin, et encore moins un mercenaire. Laisser traîner une oreille pour glaner des renseignements ça oui, se lancer à leur poursuite... Ce n'était pas dans ses habitudes. Certes un Vampire traître à son sang, pactisant avec des chasseurs dans le but d'anéantir sa propre race n'évoquait que mépris de haine chez l'irlandais, mais si le tuer le condamnait à finir son existence entre quatre planches, il préférait encore qu'on lui tranche la tête immédiatement !


-L'ennui... C'est que de mon côté, je suis bien loin d'être assez vieux pour pouvoir prétendre disposer de la vie d'un de mes semblables... Bien sûr s'ils croisent ma route, il se pourrait que leur tête tombe malencontreusement à leurs pieds, et j'ai bien saisis à quel point ils pouvaient être nuisibles mais... Dans ce genre de situation, je suis convaincu qu'il vaut mieux éviter de faire des vagues et apprécier la discrétion... Laisser trainer une oreille n'a jamais été proscrit..., ajouta-t-il avec un léger sourire appuyant ses paroles pleines de sous entendus.

Glen palliait toujours à faiblesse physique par un grand talent de persuasion, et il savait à qui faire confiance pour exécuter cette tâche délicate si l'occasion se présentait. En revanche, il ne s'aventurerait pas à fanfaronner là dessus. Mais il n'en pensait pas moins. L'idée ne lui plaisait pas, et il sentait que le Comte était explicite... C'était à lui de tuer ce Raphael et non un autre. Or c'est cela qui chagrinait l'irlandais. Le Comte cherchait donc un prétexte valable pour se débarrasser de lui ou jouait-il encore pour s'assurer sa fidélité? Si le rouquin gardait les lèvres pincées et avait perdu son sourire sarcastique, il ne fit pas part de son inquiétude à son amant.


-Je saurais m'en méfier..., conclut-il avant d'être interrompu par une aura nouvelle approchant de la salle à manger.

Glen n'avait pas encore l'occasion de rencontrer cette jeune vampire, mais elle était incroyablement belle, et ses boucles noires faisaient ressortir ses prunelles vertes. Le menton posé dans le creux de la main, l'irlandais l'observa d'un air distrait. Elle semblait agitée, quelque chose la perturbait et lorsqu'elle parla, le rouquin masqua un ricanement derrière une quinte de toux. Etait-elle naïve ou simplement idiote ? Et tellement transie d'amour pour son maître qu'au moindre doute elle semblait prête à se donner corps et âme... Glen ne connaissait que trop bien ce regard qu'elle jetait à l'aristocrate, mais croyait-elle un instant qu'un Vampire dirigeant une ville aussi puissante que Londres n'avait aucun ennemi ni aucun traître dans ses rangs ?
Pour une poignée de fidèles il devait compter une centaine de personnes prêtes à le poignarder dans le dos à la moindre occasion... Et ce n'était pas être défaitiste que de penser cela mais plutôt faire preuve de lucidité. Le pouvoir attirait les Vampire et les Hommes tout somme la lumière rassemblait quantité d'insectes à la nuit tombée. La puissance, la renommée, le pouvoir, tous possédait un pouvoir d'attraction, et n'importe qui pouvait s'y perdre ou s'y brûler les ailes. Et parce qu'il en avait conscience, Glen savait rester à sa place. Ayant l'éternité devant lui, il n'avait nul besoin de se presser pour atteindre son but.

Il ne fut d'ailleurs pas le seul à être amusé car le Comte laissa échapper un grand éclat de rire. Lui même semblait parfaitement conscient des traîtres qui venaient lui lécher les bottes, et avait sûrement déjà prévu que la demoiselle dont il était question le trahirait. Fiora Hagane... Ce nom évoquait quelque chose à l'irlandais mais il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. Il ne l'avait jamais rencontré, c'était certain, mais son nom avait déjà été prononcé au cours d'une conversation. Sûrement une énième présomptueuse décidée à faire régner sa propre loi à Londres. Pathétique. Quand bien même réussirait-elle, obtenir le pouvoir d'une manière aussi bancale ne pouvait que la conduire à un échec cuisant, rapide et humiliant. Elle aussi promettait d'être très amusante, à l'instar de la demoiselle Spencer. Deux noms qu'il avait hâte de connaître un peu mieux.
Laissant le maître et sa seconde à leur dialogue, Glen accorda cependant un regard à la Vampire lorsqu'elle quitta les lieux. Il avait cette même lueur dérangeante dans les yeux et ce même sourire étrange aux lèvres que lorsqu'il avait laissé partir Lucie. Il y avait quelque de chose de véritablement déstabilisant dans son regard, sans qu'il s'en rende vraiment compte, et il s'était remit à tapoter la table du bout des doigts.
Il cessa ce mouvement lorsque le Comte s'approcha de lui, et l'irlandais leva la tête pour le regarder dans les yeux, se laissant approcher sans la moindre gêne. Ainsi donc cette Fiora n'était qu'un pion qu'il comptait éliminer... Mais n'était-ce pas légitime étant donné les menaces qu'elle semblait avoir proféré ? Il eut un sourire.


-Dans ce cas, peut-on vraiment vous considérer tous deux comme des traîtres ? Si l'un comme l'autre vous aviez les mêmes intentions, c'est davantage celui qui frappera le premier qui l'emportera, n'est ce pas ? Répliqua-t-il d'une voix qui n'était plus qu'un murmure.

Car pour Glen c'était évidemment ce qui se passerait. Le premier à se retourner contre l'autre l'empoterait, mais pouvait-on réellement parler de traîtrise quand les deux partis savaient déjà à quoi s'attendre ? L'effet de surprise tombait à l'eau, mais le plus ingénieux et probablement le plus fourbe des deux l'emporterait... Mais cela, Glen se garda bien de le faire remarquer. Ce n'était pas son affaire et s’immiscer entre deux belligérants n'était pas la meilleure idée qui soit.
Le Comte savait déceler la traîtrise chez les deux ? Dans ce cas, que lisait-il dans le regard perçant de l'irlandais ? Un traître en devenir ou une personne de confiance ? Sa chaise fut poussée, Glen sentit les mains de son amant sur ses épaules, et la question qu'il lui posa, pleine d'ironie lui arracha un mouvement tendu. Il se rasséréna rapidement et leva légèrement la tête, regardant les rideaux qui couvraient les fenêtres. Il resta volontairement silencieux un moment, même si sa réponse était déjà toute trouvée. Il aurait pu choisir l'ironie en répondant oui, mais Glen choisit de rester sérieux, un peu trop piqué par la question.


-Non, lâcha-t-il dans un souffle avant de se taire à nouveau.

Et Glen avait plus d'une raison de ne pas trahir le Comte. Seulement il espérait que les choses fonctionneraient dans les deux sens car à aucun moment il n'avait l'intention de courber l'échine et de l'appeler maître en lui vouant une admiration sans bornes sans rien attendre en retour.
En revanche, et chose peut-être paradoxale venant d'un personne tel que lui, Glen ne trahissait jamais. Ou plutôt, il avait une notion différente de la traîtrise.
Ceux que Glen trahissaient n'obtenait jamais ni sa confiance, ni son intérêt. Il leur souriait et acceptait de conclure bien des accords mais dès lors qu'ils se seraient la main, l'irlandais brandissait un couteau dans leur direction. Quiconque pouvait lui être utile un temps était évincé dès lors qu'il devenait nuisible. Mais un allié, un véritable allié, à qui Glen acceptait de confier certaines choses, n'avait pas à craindre ses complots, seulement son éternelle méfiance. Glen finit par ouvrir la bouche à nouveau.

-Je ne te trahirais pas, répéta-t-il. Pour trahir il faut en avoir l'envie et y voir un intérêt. Or... Qu'aurais-je à gagner en agissant ainsi ? Rien du tout.

Le rouquin se leva, s'arrachant aux mains du Comte et s'approcha à son tour des rideaux. Il aurait voulu voir de quelle couleur était le soleil ce matin là, d'en sentir la chaleur sur son visage, mais bien vite il se détourna pour regarder à nouveau le Comte.

-Il serait idiot de ma part d'agir ainsi, puis il sembla hésiter, Je n'ai aucun intérêt à trahir l'un de mes seuls alliés.

Puis il se tut, conscient de dévoiler à ce moment une information capitale. Glen n'avait que peu d'alliés véritables, il venait de le sous entendre on ne peut plus explicitement. Faisant quelques pas, il s'approcha de la table.

-J'ose seulement espérer ne pas figurer sur la liste des traîtres et... Que les choses n'iront pas que dans mon sens ? Ajouta-t-il avec un sourire. Ah... Ces histoires de traîtrise me rendent amer !

L'irlandais se laissa à nouveau tomber sur la chaise, tapotant nerveusement son pouce sur ses lèvres. Le sentiment de manipulation qu'il avait éprouvé la veille revenait le piquer avec férocité, et une questions ou plutôt une incertitude le taraudait.

-Mais la traîtrise implique-t-elle des choses que je serais incapable de commander... ? Demanda-t-il plus pour lui-même.

Depuis la veille, un élément d'angoisse commençait à naître dans ses entrailles. S'il se retrouvait incapable d'agir par lui même, totalement manipulé telle une marionnette, que ferait-il ? Aurait-il seulement encore la force d'arrêter des mouvements dont il ne serait pas l'origine ?
Pourrait-il seulement faire confiance à Aisling pour qu'elle agisse si une telle chose devait se produire ?


-Bah... C'est idiot, après tout...
, grogna-t-il.

Glen sourit à nouveau à son hôte, mais ce sourire sonnait faux. Il avait besoin de temps pour prendre du recul avec tout les événements de la nuit passée, mais ce détail continuait de lui marteler l'esprit avec force, déterminé à ne pas le laisser en paix pour le reste de la journée.
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: L'Heure du Cavalier a sonné [Comte, Glen] [13/03/42] Jeu 14 Fév - 6:05

Le jour se levait. L'astre brûlant commençait à répandre sa lumière sur le monde et à chauffer l'air de la capitale. Malgré la froidure de la saison, cela se ressentait dans le manoir. L'heure était tardive pour les Vampires, mais prolonger un peu plus leur nuit n'était pas un soucis. Le soleil pouvait bien avaler la rosée du matin, la demeure du Comte n'en resterait pas moins fortifiée contre ce monstre incandescent. La plupart des volets étaient fermés depuis longtemps, les rideaux avaient été tirés et le personnel aux longues canines s'était déjà enfouit sous la chapelle. Seuls Salluste, Maria et Alphonse étaient restés dans la demeure en compagnie des domestiques Humains qui commençaient à se lever.
Beaucoup ignoraient encore que, dans le silence du salon au rez-de-chaussé, une intrigante scène venait de se dérouler...

Après leurs ébats, Glen et le Comte avaient ressenti l'envie et le besoin de satisfaire leur appétit. Il était certain qu'à cette heure tardive et suite à de pareils efforts le corps nécessitait une collation. Les deux Vampires s'étaient alors rendus dans le salon pour s'adonner à une des choses les plus agréables qu'il soit : l'entière satisfaction de leur faim, l'apaisement de leur Bête...

Glen était resté aimable et courtois tout en prenant quelque peu ses aises. Le Comte l'avait observé du coin de l'oeil tandis qu'il jouait avec la jeune française qu'il lui avait fait amener. Il avait même été surpris de le voir accepter le saké et d'en avoir consommé, comme lui, au travers du sang de son calice. Lucie avait été docile, elle était dressée pour l'être et sa condition ne l'avait jamais gênée. Au grand plaisir du Comte, elle sembla plaire au rouquin du début à la fin de leur entretient. Ses formes généreuses et son visage d'ange avaient su séduire l'irlandais et son sang avait pu combler sa soif.
Il eut été dommage que Glen ne reparte de chez son aîné en ne conservant de lui que la seule image d'un comploteur quelque peu audacieux et sensuel sans qu'il ne prenne entièrement conscience de sa qualité d'hôte et de maître. Ainsi, avec Carl et les deux calices, le Comte lui avait-il montré qu'il était tout à fait roi sous son propre toit et que ses serviteurs étaient parfais, sinon punis comme il se devait. Son amant pouvait désormais repartir avec l'image d'un homme que la débauche n’effrayai pas, qu'elle soit sexuelle ou non, celle d'un sire dont les sujets pouvait craindre les lois, celle d'un seigneur bon hôte détaché de ses fonctions et de ses manières dès qu'il était dans l'intimité. Cette folie dans le salon, ce saké à la commissure de ses lèvres, ces bottes sur la table...Le Comte venait de lui dévoiler une partie de ses plans, une esquisse de son esprit, un lambeau de ses souvenirs mais il venait aussi de lui donner un aperçu de sa chaleur, de sa nonchalance, de sa rancoeur aussi et de sa force. L'humanité du Comte ressortait étrangement au milieu de ce flot d'actions vampiriques. La laisser transparaître était une marque de confiance, ou d'orgueil, Glen saurait bientôt faire la différence.

Il faut noter que l'irlandais était aussi bon invité que le Comte était bon hôte. Il respectait les règles élémentaires et, depuis qu'il était sous le toit de son aîné, il n'avait pas dérogé à une seule des attentes du lord. Évidemment, il s'était montré maladroit et il avait fait preuve d'un humour et d'une imagination dont le Comte n'avait ni l'habitude ni le besoin, mais il l'avait salué, vouvoyé, écouté, questionné et finalement embrassé sans faire un seul faux pas en terme de politesse. Il n'y avait que son regard malicieux et ses sourires parfois mesquins qui pouvaient relever de l'impertinence, si l'on excluait ses audacieuses remarques oniriques. Mais il était passé au tutoiement de proximité avec douceur, il avait esquissé des caresses inattendues, accepté le calice sans faire le difficile et même attendu que le Comte ne morde Arnoldo le premier avant de planter ses crocs dans la chair de Lucie. C'était ce genre de petits détails qui relevaient dans l'estime du Vampire n'importe lequel des siens. Glen était un peu excentrique et maladroit, il l'avait même passablement énervé avec son histoire de pendentif et d'oreiller, mais il savait garder sa place et se contenter de ce qu'il avait, c'était maintenant une évidence. Le Comte pouvait bien lui passer ces petites notes colorées, cela pimenterait peut-être leur relation dans un sens qui lui plairait, même à lui qui était si réglé.
Le rouquin était un amant qui saurait rester malin, de cela le lord ne doutait pas.

Il faut dire que les deux Vampires se ressemblaient beaucoup. Ils semblaient avoir tous deux un lourd passé à traîner derrière eux, des infamies à dissimuler, un contact avec les Anciens à élucider ; ils aimaient la débauche dans le sang, le sexe et l'alcool ; ils aimaient les femmes comme les hommes, ils préféraient le contact de la peau plutôt que celui du cristal, ils avaient une propension à la torture, au sadisme, à l'amour de la souffrance d'autrui ; et tous deux possédaient leurs adjudants dans l'ombre, prêts à les servir et à entretenir leur corps et leur esprit, d'ailleurs l'un et l'autre avait même un élève plus proche, efficace, jaloux et possessif...Et puis, ils avaient tous deux des questions sans réponses et des réponses sans confident...
Le destin les avait donc réuni, pour le meilleur et pour le pire. L'Humanité et le monde de l'Ombre n'avaient plus qu'à trembler. Une terrible alliance était née. Et chacun allait y trouver son compte. Glen allait combler le vide dont son aîné ne savait plus que faire et le Comte allait apaiser l'esprit de son confrère que ce dernier ne savait plus gérer. Tout semblait tracé depuis toujours : ils étaient faits pour se rencontrer. Et malgré leurs différences, qui n'allaient pas tarder à les brouiller dans des disputes sans importance, ils allaient savoir s'accorder et plonger dans les méandres les plus obscurs des plans du Comte, main dans la main, en harmonie.
Ce tableau effrayant et ridicule à la fois pour son air tout aussi cruel que romantique, Jirômaru le peignait du sang des sacrifiés. Ilsa était morte, c'était fini, Glen était né. Sarah était condamnée, sa vie lui appartiendrait bientôt, les mailles de son filet se refermaient sur elle jour après jour et elle venait de commettre la dernière erreur de sa misérable existence. Il était temps de la faire plier.

Derrière le rideau de cette nouvelle pièce tragique que le Comte érigeait, il riait aux éclats, comme le metteur en scène jubile d'avance des applaudissements de son public.

Mais abuser le monde était une chose, s'abuser soi-même en était une autre.
Jirômaru s'amusait à biaiser la narration de chacun de ses actes. C'était cela sa clé, son secret. Il était maître de son scénario et il devait aujourd'hui endosser lui-même les rôles les plus dangereux, quitte à perdre sa propre identité...
Il fallait maintenant qu'il agisse avec prudence. Car même si le Vampire n'avait pas encore sorti toutes les cartes qu'il possédait dans son jeu, il n'avait plus le droit à l'erreur : à force, il n'aurait plus d'acteurs.

Le rideau se lèverait, la scène flamberait, mais il fallait aussi penser à le baisser un jour ce fameux pan de velours...Les flammes ne risquaient-elles pas de prendre au lourd tissu ? Le metteur en scène pouvait tout aussi bien tomber dans l'une des trappes qu'il avait aménagées pour sa troupe...

La lettre de Monsieur Spencer avait d'ailleurs réveillé cette alarme. En effet, si le Comte avait été ravi de voir que Glen appréciait son calice et s'il avait lui-même pris plaisir à torturer Arnoldo pour lui apprendre les bonnes manières, la lettre de l'Humain, décachetée avec une nonchalance certaine et un bonheur prématuré, lui avait été bien moins agréable. Les mondanités passées, le sexe et la ferveur oubliés, le goût du sang lui-même complètement mis de côté, le Comte avait erré quelques secondes dans cet espace entre la haine et un dégoût presque viscéral. Son visage s'était paré de traits terribles et un nouvel orage était né dans son esprit. Le vent et la foudre avaient teinté ses yeux d'éclats sauvages et il semblait bien que cette enveloppe n'avait pas contenu ce que le Vampire avait tant attendu. Au contraire ! Ses engrenages venaient à nouveau de se gripper à cause d'une particule de poussière mal avisée qui s'était glissée entre leurs crocs. Un couvent ! Après l'héroïsme et l'amour juvénile qui liaient les Hunters entre eux jusqu'à les pousser à l'attentat, c'était donc la religion qui allait se dresser contre lui!? Sarah serait donc allée se percher hors de sa portée ? Dans un refuge de sainteté ? C'était ridicule ! Comment l'accepter ? Cette chatte de gouttière pouvait toujours escalader les pires taudis du monde, le Comte finirait par l'arracher à sa vie sauvage!

Si Glen n'avait pas été présent et si leurs ébats n'avaient pas été aussi délicieux que le sang qu'ils venaient tout deux d'ingurgiter, sans doute que le lord serait entré dans une de ses fameuses rages folles qui détruisent tout sur son passage. Un de ses disciples, un de ses sbires ou encore un simple domestique lui aurait certainement servi de défouloir sans qu'il ne prenne en considération ni sa douleur, ni son âme. Heureusement, non seulement le Vampire était alors en compagnie de cet être étrange et mystérieux qu'était Glen, et qu'il commençait à affectionner au point de vouloir éviter de lui déplaire, mais en plus il avait fini par s'habituer à ce genre de variation dans sa propre humeur due à la jeune Spencer. Ses refus insolents, ses actes immodérés et son insupportable attitude de vierge effarouchée qui se prenait pour une amazone commençaient à lui être familiers.
Elle ne perdait rien pour attendre, cela était certain.

Glen ne pu s'empêcher de donner son avis sur la question. Sa réflexion, soudaine et inattendue, fit presque sursauter le Comte qui rageait en son fort intérieur. Il avait raison : et si c'était une ruse de la chasseuse ? Sarah était une Huntress, elle n'allait certainement pas simplement s'enfermer entre quatre murs, d'autant que son amant devait être blessé dans un coin de Londres !
Le Vampire réfléchit un instant. Il songeait tout de même que sous l'autorité de son père la jeune femme n'avait certainement pas eu le choix et, pour lui, Sarah avait dû faire une crise au retour de l'Opéra pour refuser le mariage et c'était son père qui, pour la calmer, l'avait enfermée au couvent. Il l'écrivait lui-même : elle était déjà sienne, il suffisait de patienter ! La famille Spencer avait accepté que le Comte ne se lie avec elle et cette histoire de couvent n'était qu'un prétexte social pour adoucir la belle dont le caractère posait apparemment problème aux deux parties.
Mais si Glen avait raison ? Et si la jeune Spencer avait tout planifié ? Elle pouvait aussi bien avoir décrété elle-même qu'elle offrirait son âme à Dieu pour aller s'enfermer au couvent afin d'éviter le Comte le temps que son amant ne soit assez fort pour revenir la soutenir ! C'était une possibilité qu'il ne fallait pas ignorer...Et si le couvent n'était qu'un moyen pour retrouver Alexender ? Peut-être était-il en accord avec les nonnes et qu'il avait là-bas quelques cachettes de Hunter ? Peut-être n'était-ce qu'une excuse pour fomenter une nouvelle attaque ? Oui, tout cela était possible.
Il devait la voir ! Il devait s'y rendre ! Jirômaru venait de comprendre qu'il avait tout intérêt à vérifier cette histoire de couvent au plus vite s'il ne voulait pas se retrouver avec un poignard dans le dos. Il fallait que le lord évite de se laisser distancer par les Hunters.

Le Comte regarda Glen avec un léger voile soucieux qui venait plisser son front de nacre :


- Tu as raison...Cette petite peste serait bien capable de me préparer un sale coup...

Le Vampire grogna un juron et se passa une main dans ses longs cheveux d'argent.

- Si tu savais à quel point elle peut être difficile à garder en vie...soupira-t-il. C'est une nasse d'impertinences et de défis. Ce n'est pas de la patience qu'il faut avec elle, c'est de la folie !

Le Comte murmura plus sombrement :

- Peut-être suis-je définitivement fou me diras-tu...

Puis il enchaîna d'un ton plus hargneux sur l'idiotie des Humains. Ces êtres faits de chairs et de sentiments, si faibles, si ridicules à côté d'eux, les Êtres de la Nuit...Il fallait les conserver, pour la survie de toute leur espèce, mais combien cela pouvait être laborieux parfois! La colère et l'orgueil donnaient souvent envie aux Vampires d'en finir une fois pour toute avec ces insectes, mais heureusement ils se rassérénaient bien vite. Glen et le Comte avaient le même avis sur la question : les Humains n'étaient que des jouets à utiliser correctement. Ils constituaient la source première de leur nourriture et les manipuler était si aisé qu'il eut été dommage de les décimer rien que pour le fait qu'ils faisaient de bons serviteurs et de loyaux sbires dans leurs joyeuses intrigues fratricides. Cependant, le Comte pouvait bien dédaigner les Humains et leur cracher dessus en présence de ses confrères, il pouvait bien les haïr profondément et passer ses nerfs sur leurs stupides faces vieillissantes, il ne donnait jamais le fond réel de sa pensée. En vérité, le Vampire les enviait beaucoup. Son immortalité lui pesait déjà depuis quelques siècles et il n'avait jamais accepté sa propre nature. Le Comte était un être entièrement fait de paradoxes. Il aimait et haïssait son pouvoir, il aspirait à la domination mais il rêvait de tranquillité, il parlait de bain de sang et de macabres projets mais il songeait encore à son passé, son amour, son honneur perdu...Jirômaru, le samouraï du XIIIème siècle, était toujours là, sous cet air froid et cruel. L'homme dévoué, le noble serviteur et l'amant éperdu d'amour étaient toujours là sous cette face déformée par le pouvoir et l'âge. Le Don Obscur et la Bête n'étaient que des héritages involontaires...
Jirômaru Keisuke avait d'ailleurs gardé son nom de naissance : en presque 6 siècles il ne l'avait jamais changé. Cela était était rare chez les Vampires. Eux qui traversaient les âges changeaient souvent d'identité pour se faire de nouvelles vies. Cette particularité chez le Comte était la preuve de son dévouement à l'Humanité, de cette appartenance à ce monde premier. Au fond de lui, le Vampire conservait encore les miettes d'un espoir fou...Derrière ce masque de porcelaine, il pleurait chaque jour le soleil qu'il avait perdu à jamais...


- Oui...répondit le Comte d'un air plus morne après avoir laissé Glen continuer. Ils sont nombreux...Mais nous aussi...

En soit, Jirômaru pensait sincèrement que les Vampires étaient bien trop nombreux. L'Humanité avait beaucoup de chance d'être encore en vie. Le Comte était persuadé que sans des gardiens tels que lui, sa race serait déjà à la tête du monde, impérieuse et tyrannique, de manière concrète, et qu'elle se serait auto-détruite dans sa folie.

- Les Humains ont besoin de nous, Glen, nous régulons leur population et les protégeons, d'une certaine manière...La Nature ne fait rien au hasard, même si je doute parfois de son pragmatisme...

Le lord songea à Wynn, aux Hunters, à Sarah. Il fallait qu'il les retrouve. Il expliqua alors à Glen où en était cette histoire d'opéra. Il l'informa qu'il avait mis sur les traces de la jeune Grey un Vampire assassin et il lui demanda d'agir lui-aussi s'il en avait l'occasion. Même si c'était donné sous le titre de « faveur », cela sonnait évidemment comme une demande d'assurance quant à l'avenir et aux actions de Glen. Ce dernier sembla perturbé. Son regard, jusqu'ici aimable ou dérangeant dans son once de cruauté, se fit plus fuyant. L'irlandais ne voulait pas servir le Comte comme n'importe lequel de ses sbires, c'était évident. De plus, l'idée même de tuer l'un des leurs, même un traître, le faisait tiquer bien plus que ne l'aurait imaginé son aîné. Certes c'était un acte considéré comme un crime par leur société et il serait passible de mort, ou pire, si cela venait à s'ébruiter, mais le Comte avait aussi l'autorité et le droit de lui confier pareille responsabilité. Qu'est-ce qui dérangeait réellement le rouquin dans cette demande ? L'idée d'agir pour son confrère et non pas simplement pour lui-même ou celle de tuer un Vampire et de risquer gros si son amant l'abandonnait derrière ?

Glen ne répondit donc pas directement par l'affirmative. Il n'acceptait pas de devenir le bras droit du Comte et, contrairement à Wynn qui avait en lui cette étincelle vindicative, l'irlandais semblait nettement préférer rester en dehors de toute cette histoire plutôt que d'y plonger les mains. Le lord tiqua face à son hésitation. Était-il son allié ou allait-il jouer ainsi avec ses nerfs dès qu'il en aurait l'occasion ? Que cherchait-il donc ? S'il n'était là que pour s'assurer une certaine protection, comme de nombreux lèches-bottes qui tournaient autour de sa personne afin de profiter de son aura et de sa force, il allait bien vite être déçu ! Et s'il ne cherchait qu'une intrigue mondaine pour satisfaire ses sens dans le luxe et la luxure, afin de partager leurs vices respectifs et s'étendre dans la même baignoire de sang, il allait bien vite être mordu pour finir finalement jeté comme une vieille chausse usagée que l'on a élimée dans sa botte ! Glen avait passé un pacte avec le Comte. Il lui avait même juré fidélité et il lui avait donné volontairement son sang...Son hésitation relevait non seulement de la crainte et du doute mais aussi certainement de la paresse. Hors ça, le Comte ne le laisserait passer...


- Mmm...murmura-t-il d'un ton grondant.

Il allait reprendre son compagnon avec un soupçon de colère mais il se calma presque aussitôt. Non, il n'avait pas saisi toute l'ampleur des propos de Glen : il acceptait d'éliminer les deux Hunters s'ils se trouvaient sur son chemin, même si cela le gênait...Il ferait tomber des têtes si l'occasion se rencontrait et il n'hésiterait pas à laisser traîner "une oreille". Cela signifiait qu'il agirait en temps voulu et qu'il allait même peut-être enquêter dans son coin en se servant de ses relations. C'était ce que voulait le Comte.


- Comme je te disais, précisa le lord en se redressant sur sa chaise, je ne te demanderai pas de les traquer mais bien de m'être fidèle s'ils venaient à croiser ta route. Tu ne seras jamais l'un de mes chiens de chasse, Glen, mais j'ose espérer que notre pacte fait de mes ennemis tes ennemis...

La chose était claire. Si l'irlandais tenait son engagement, il devait partager ses amis avec le Comte et l'aider à éliminer tout ceux qui entravaient sa route. Il ne serait jamais une simple recrue que le lord payerait pour ses actions, comme Wynn, ni un simple disciple auquel il donnerait des ordres, mais leur connivence devait maintenant être clarifiée : si Glen croisait des ennemis du Comte pour leur serrer la main, son aîné saurait le lui faire amèrement regretter...

Malgré ces tensions, le lord termina la conversation sur un simple conseil et un avertissement concernant la force des Hunters. Il venait de croiser dans le miroir le reflet de sa blessure au visage. Cela était laid, mais néanmoins presque disparu, mais surtout cela lui rappelait que trop bien à quel point les Hunters pouvaient avoir de la ressource. Glen murmura qu'il avait compris, le principal était dit. Le Comte saurait juger en temps voulu de la fidélité de son amant. Pour l'heure, il le testait gentiment.

Ce fut Maria qui vint réellement achever le sujet. Son arrivée avait tout simplement énervé et amusé tout à la fois le Comte et Glen. Son air affolé avait vite pris une teneur plus inquiète lorsque son maître s'était mis à jouer de l'ironie la plus poignante. Fiora Hagane, cheftaine du Protectorat, avait donc dit tout haut aux Hunters qu'elle comptait le détrôner en le trahissant? Bagatelle! Rêve de pucelle! Son air revêche et son comportement hautement répréhensible pour sa belliqueuse face et ses atours sur-exposés avaient déjà bien assez mis en garde le Comte contre sa consoeur. Le lord était loin d'être assez stupide pour ne pas s'en méfier. Elle passait son temps à jouer avec le feu, ce qui lui déplaisait au plus haut point. Ses animaux, ses regards, son épée, ses sbires, son échec à Milte & Co, sa perte de contrôle au théâtre...Tout cela avait déjà réglé son compte dans l'esprit de son aîné: Fiora lui avait juré fidélité mais si elle continuait ainsi il saurait lui apprendre ce que le mot « torture » signifiait. L'information que rapportait Maria n'en était pas vraiment une, le lord s'en était douté depuis le départ. Leur rencontre en haut de la Grande Horloge lui avait suffit pour comprendre le caractère pernicieux de la belle. Il n'allait pas tarder à s'occuper de son cas: soit elle plierait et reconnaîtrait ses erreurs de manoeuvres avant de renouveler son pacte avec lui, soit ils seraient ennemis.
Renvoyée sur un éclat de rire, Maria laissa les deux Vampires à leurs intrigues.

Glen souriait lui aussi. Cette histoire semblait l'intéresser et il trouvait cela amusant que les deux camps soient déjà sur leurs gardes avant-même que quelque guerre que ce fut ne soit déclarée. Oui, il avait raison, cela avait un côté comique. De son point de vue, ni l'un ni l'autre ne pouvait être perçu comme un « traitre ». L'irlandais jouait sur les mots, et Dieu seul sait à quel point ce genre de jeu peut nous permettre de tirer tout ce que l'on désire d'une simple phrase, mais il énonçait une vérité que le Comte apprécia à sa juste valeur. Le lord lui avait donc sourit avant de s'approcher de lui afin de poser ses mains sur ses épaules. D'un ton murmurant, et tandis qu'il massait les omoplates de son confrère, Jirômaru demanda à ce dernier s'il comptait le trahir un jour...

La menace sous-jacente fit son effet. L'irlandais se raidit sous ses doigts et laissa son regard s'égarer sur les rideaux comme s'il avait besoin de réfléchir ou de digérer la question. Son souffle, presque inaudible, fit frissonner le Comte. Non...Glen ne comptait pas le trahir...
Alors qu'un sourire carnassier fendait ses lèvres de glace, Jirômaru sentit Glen s'agiter entre ses mains. Pour trahir, il fallait y avoir une envie ou un intérêt disait-il...Le lord sourit de plus belle. Et pour laquelle de ces choses Glen serait-il capable de le trahir? La réponse vint aussitôt: l'intérêt. S'il n'y avait rien à y gagner, il ne réfléchirait même pas à une possibilité de trahison, c'était maintenant clair. Mais dans le cas contraire? Le Comte détenait-là une pièce importante du caractère de Glen. Il avait déjà cerné ce désir d'émotion, ce besoin d'aventure qui devait venir colorer sa morne existence. Glen craignait l'ennui, oui. Mais pourquoi avait-il réellement rejoint son aîné? Le Comte s'était déjà posé la question un peu plus tôt et il avait maintenant une réponse plus nette, plus claire et plus précise: Glen y avait un intérêt. Lequel? La protection? Le plaisir? Ou cherchait-il autre chose?

Jirômaru laissa l'irlandais se lever pour lui expliquer qu'il ne voyait pas le but de trahir un de ses seuls alliés.


*Tiens donc, songea le Comte, il parle donc nettement d'allié?*

Mais ce qu'il fallait surtout noter dans cette mélancolique révélation, c'était que le rouquin restait très seul avec son immortalité. Il ne possédait apparemment pas réellement de fidèles, et ce malgré son âge. Pourquoi ce désert de sous-fifres? Glen avait-il choisi cette vie pour sa tranquillité? Était-il éminemment repoussé par l'idée d'avoir à contrôler un groupe de ses congénères? Ou avait-il besoin de cette solitude pour se bâtir un empire?
Mais le Comte ne poursuivit pas ses réflexions plus avant. Ces réponses tomberaient en temps voulu. Pour l'heure, Glen revenait vers la table, l'air inquiet. Il préférait éviter de figurer au tableau de chasse du lord. Cela fit sourire le Comte d'un air cruel. Observant son confrère se laisser tomber sur sa chaise, le lord nota son agitation. Ses doigts, éternels danseurs qui marquaient le rythme de sa conscience coupable, ses lèvres quelques peu pincées, ce regard perdu, sans repère...
Glen se parla bientôt à lui-même mais le Comte releva aussitôt ses paroles tandis que le rouquin tentait de les chasser du revers de la main.


- Idiot? Répéta-t-il en venant s'asseoir sur la table tout près de Glen. Ho non, Glen, cela est loin d'être idiot...Certains Vampires sont capables de mouvoir les corps, le tien peut tout aussi bien servir à notre chère Mère pour me planter un pieu dans le coeur...

Parfaitement conscient que ses mots auraient un effet sur l'humeur de Glen et sur sa conscience, il lui saisit le visage pour le forcer doucement à le regarder dans les yeux. Le Comte le dominait sans cette impérieuse posture qu'il aurait pris face à un disciple. Il plongeait ses yeux de brume dans les siens avec un soupçon de compassion et de tendresse.

- Mais rassure-toi, continua-t-il en souriant, je ne suis pas de ceux que l'on tue si facilement...

Son sourire se fit plus insistant et il lui lâcha le menton. Glen n'avait pas à avoir peur de la Mère. S'il devait en devenir le bras vengeur, le Comte ne pourrait peut-être pas le sauver de sa propre colère, mais en aucun cas il ne le tiendrait pour responsable. Les Anciens avaient des pouvoirs trop phénoménaux pour que lui-même puisse en rire si tranquillement. A côté d'eux ils étaient tous de jeunes oisillons sortis du nid. C'était dans leur soudaine faiblesse, en ce temps si particulier, qu'ils avaient une chance de leur faire concurrence, mais le lord n'oubliait pas non plus le choc qu'il venait de recevoir de la part de la Mère. Entrer dans son esprit n'était pas chose aisée et, à part son maître au début de son errance vampirique, nul n'avait jamais réussit jusqu'ici. Cet avertissement avait eu un goût bien plus amer que ce qu'il avait laissé paraître.

- Reste droit avec moi, soigne mes alliés, haïs mes ennemis, ne me porte jamais atteinte dans la société, et nous n'aurons pas de raison de nous brouiller. La Mère peut bien envahir ton esprit, j'ose espérer que tu sauras la convaincre d'arrêter. Tu as encore beaucoup à apprendre, tout comme moi, mais des exercices mentaux te feraient le plus grand bien. Je me méfie de cette Aisling, mais j'accepte de te confier à ses soins si tu me jure qu'elle est digne de confiance. Moi-même t'aiderai-je comme je le pourrai...

Le Comte quitta Glen des yeux pour observer ses étagères tout en songeant à ce qu'il venait de dire. Des instruments de mesure nautiques s'enroulaient paresseusement dans la poussière près de livres reliés avec le plus bel art qu'il soit. Une statuette de marin, en or, tenait une boite dans ses mains. Son air revêche amusa le Comte. Le Vampire agita a main et le petit homme se mit à arpenter son étage comme pour chercher la plénitude d'une promenade imprévue. Il maintenait fermement son petit coffre contre son ventre et avançait d'un pas leste. Au bout de quelques minutes de silence, seulement ponctuées des petits pas que faisait la statuette d'or sur la vitre de son étagère, le Comte abandonna son jouet pour descendre de la table. Son genoux lui lança un appel douloureux et c'est dans une grimace que le lord se mit à faire quelques pas pour s'éloigner de Glen les mains dans le dos.

- Il fait jour...Murmura-t-il dans l'ombre de la pièce en jetant un coup d'oeil vers le rideau. Je suppose que nous devons nous coucher...

Il s'arrêta et se tourna vers l'irlandais. Il le gratifia alors d'un sourire plus paternel que jamais. Le rouquin lui paraissait soudainement désorienté et cet air quelque peu hébété lui donnait une touche de grâce juvénile et d'innocence qui ne pouvait pas laisser Jirômaru de marbre.

- Allons! Fit-il soudain en s'approchant de Glen à grand pas. Quittons ce salon sans distraction! J'ai des choses à te montrer...

Il saisit Glen par l'épaule, comme un frère, et le poussa à se relever et à le suivre. Ils quittèrent le salon pour retourner dans le hall afin d'emprunter l'un des deux immenses escaliers de bois vernis. Dans cette partie de la demeure, des lampes à huile brûlaient en tout sens et donnaient à la rampe et aux tableau un soupçon de chaleur ambrée. Ils passèrent un palier, sans s'arrêter et arrivèrent enfin au second étage. Le Comte conduisit alors Glen dans la galerie qui était ornée de tableaux de chasses et de scènes mondaines, tous peints à l'huile avec art et précision. Ils passèrent ensuite dans un long couloir plus obscur, et le Comte finit par s'arrêter devant une double porte de chêne ornée de figures mythiques. Il poussa l'une des portes et fit entrer Glen avant de refermer tranquillement le lourd pan de bois. Un cliquetis indiqua qu'il avait fermé à clé l'endroit.

C'était sa chambre, cela était évident. A la lueur de deux lampes allumées, on pouvait apercevoir au fond de la pièce un immense lit à baldaquin dont les lourds édredons bleus, ornés de liserais dorés , laissaient s'entrelacer roses et épées sur un fond d'une neutralité apaisante. Un grand cercueil noir gisait à ses pieds. C'était un de ces cercueils où l'on pouvait aisément se glisser à deux voire à trois. Le bois laqué devait être de l'ébène et les coins, ainsi que les fines lattes de joint qui ornaient son pourtour et son couvercle, devaient être en ivoire. En tous, il y avait deux commodes, une table avec quatre chaises, un sofa, deux fauteuils, trois étagères de livres et d'objets japonais, trois tapis précieux, deux tables de nuits, deux tables basses, une dizaine de tableaux qui représentaient des scènes de batailles ou des paysages champêtres et des ruines, un secrétaire et, partout, reposant dans des vases d'allure asiatique, des roses blanches au teint fané par l'obscurité.

Le Comte soupira lentement avant de s'affaler dans le fauteuil le plus proche. Il jeta un coup d'oeil malicieux à Glen et l'invita à s'asseoir sur l'autre fauteuil. Ce n'était nullement un piège, mais bien une attitude d'amant, une évidente invitation à la tranquillité dans un contexte plus chaleureux et plus intime que l'était celui du salon. D'un mouvement de bras, le lord attrapa un livre qui reposait sagement sur une table basse. C'était Roméo et Juliette de Shakespeare, l'éternel amour du Comte.


- As-tu l'occasion de lire de pareilles œuvres, Glen? Fit-il en lui tendant le livre. Moi je ne m'en lasse pas...L'amour, la passion, la trahison, les combats, la tristesse, la mort...Si cet homme avait été Alchimiste, nul doute qu'il aurait réussi à mettre la vie en bouteille!

Il était rare que le lord ne parle des Alchimistes, pour lui c'étaient des scientifiques fous dont il fallait absolument se méfier. Cependant, il trouvait l'idée amusante.

- En quelques pages, il a su ravir tout un siècle, puis les suivants et, je ne doute pas, les prochains qui viendront. Il y a bien d'autres littératures qui méritent notre attention, et celle-ci peut même paraître bien enfantine à côté d'autres, mais je maintiens que pour élever un homme, rien ne vaut Shakeapeare!

Le Comte se leva pour s'asseoir sur l'accoudoir de Glen. Cette proximité semblait naturelle mais elle instaurait inévitablement une nouvelle tension. Passant ses mains dans les cheveux du rouquin, Jiromarû laissa son souffle couler le long de la joue de son amant.

- Où préfères-tu dormir? Le cercueil est plus confortable, mais le lit nous laissera plus de place...

Le regard du Vampire se fit plus osé et ses mains descendirent le long du cou de l'irlandais pour atteindre son nœud et le haut de sa chemise. Lentement, il se pencha au-dessus de lui, laissant ses longs cheveux blancs tomber sur ses épaules, pour embrasser les lèvres de Glen. Ce baiser semblait nouveau, comme s'il avait pris un autre teinte, un autre goût que le premier qu'ils s'étaient échangé. Il paraissait plus sincère, plus libre aussi, plus fort. L'environnement se prêtait bien plus à ce genre de jeu que ne l'avait été celui des deux salons du rez-de-chaussé.
Quittant les lèvres de son amant, le Comte recula et s'éloigna pour défaire ses vêtements. Un à un, ils furent abandonnés sur une chaise, lentement, avec paresse. Après un regard entendu lancé à Glen du coin de l'oeil, le lord s'éloigna vers le lit pour s'y asseoir. Il n'avait pas encore enlevé son pantalon. C'est sur le lit qu'il le fit, avec difficultés. Son genoux avait saigné à nouveau et son bandage avait adhéré à la toile de son vêtement. Une fois débarrassé de ce bas bien gênant, le Comte défit le bandage. Il jeta les bandes salies sur une table de nuit et s'occupa de laver son genoux avec un chiffon humide. Puis il attrapa une bande toute neuve qui gisait sur la même table de nuit afin de momifier son genoux avec efficacité.


- Navré d'avoir à t'imposer ce genre de spectacle, mon ami..Fit le Comte en jetant à Glen un regard impatient. Mais cette petite garce ne m'a pas loupé...

C'était dit, Glen pouvait désormais mesurer toute la portée des paroles qu'il avait eues au sujet de Sarah. C'était elle qui lui avait tiré dessus, elle qui l'avait plongé dans cet état pitoyable, elle encore qui avait osé se dresser contre lui avec un Bloody Rose dans les mains.

- Hmpf! Soupira le Comte avec ironie. Shakespeare peut bien trouver l'amour fou au point que l'on se perce le coeur d'une épée ou que l'on s'empoisonne! Certains vont même jusqu'à se faire tirer dessus...

La magie aurait pu se briser là. Parler ainsi de son amour pour la jeune Humaine n'était pas ce qui allait ravir Glen, cela était certain. Car même si ce dernier pouvait tout aussi bien appuyer le Comte dans ses démarches comme il pouvait l'en blâmer, partager aussi pleinement le coeur d'un être tel que lui avec une Humaine ne pouvait qu'être insultant. Insultant ou drôle...Car dans leur relation il n'avait pas encore été question de sentiments. Jusqu'à présent c'étaient la passion qui les animait, les sensations, les frissons...Mais pas l'amour. Ainsi le voyait le Comte en tous cas. C'est pour cela qu'il s'était laissé aller à cette petite révélation.

Son bandage terminé, le Vampire invita gentiment Glen à venir s'allonger avec lui. Le matelas était moelleux à souhait et les oreillers d'une douceur incomparable. Le Comte ouvrit les bras pour accueillir son amant et le serrer contre lui. Ses mains ne mirent pas longtemps à recommencer les caresses qu'ils s'étaient échangées plus tôt. Il trouva rapidement la voie vers la sensualité et sa bouche, liée à celle de l'irlandais, quitta bien vite sa place initiale pour d'autres horizons plus houleux.


- Il est temps de dormir...Fit-il en murmure tandis que son regard perçait l'obscurité devenue totale.

Ses long doigts glacés suivirent alors les courbes des hanches de Glen dans un mouvement onduleux, comme les vagues de l'océan, et son soupir se fit plus pressant.


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: L'Heure du Cavalier a sonné [Comte, Glen] [13/03/42] Ven 22 Fév - 1:00

Le rythme endiablé qui faisait danser les doigts du Vampire semblait croître un peu plus à chaque minute, trahissant une nervosité qui ne cessait de lui ronger les entrailles. Il finit par poser sa main à plat sur la table, lui même agacé par son propre geste convulsif. Mais Glen ne supportait pas de ne pas comprendre les choses, il avait un besoin maladif de savoir, comprendre et affirmer. L'indécision l'insupportait presque autant que la faiblesse mais pour la première fois depuis plusieurs décennies, il était incapable d'être certain de ses propres actes. Il avait la désagréable impression d'être dans un manège à la révolution interminable, et de pas être capable d'en sortir. L'alcool qui lui échauffait le visage n'arrangeait rien à cette sensation de tournis, et l'irlandais sentait comme un voile cotonneux l'enveloppant d'une étreinte à la fois douce et étouffante. Cette sensation n'était en rien désagréable, et il n'avait pas suffisamment bu pour s'effondrer sur la table, mais elle semblait ralentir ses mouvements et son acuité intellectuelle. Pour un homme en permanence en pleine réflexion, c'était on ne peut plus handicapant.

Conscient de sa gêne et de son indécision, le Comte vint s'asseoir prêt de lui, sur la table. Glen l'écouta mais garda la tête ostensiblement tournée vers les fenêtres, comme pour fuir le regard inquisiteur de la seule autre âme présente dans la pièce. Il poussa cependant un léger soupir. Le Comte avait raison, et cette vérité était bien cruelle à entendre. Malgré leur puissance, les Vampires pouvaient se changer en marionnettes en un claquement de doigts, sans qu'ils s'en rendent compte.
Totalement amorphe, l'irlandais se laissa faire quand son amant lui saisit le visage pour le pousser à le regarder dans les yeux. Il n'y vit que bienveillance et compréhension, et curieusement, cette vision le rassura un peu. Mais il ne craignait pas seulement de poignarder un allié précieux, non... Il craignait surtout que ses propres idéaux soient piétinés sans pitié, que pour le punir d'avoir osé résister, il soit contraint de détruire le peu de choses auxquelles il tenait... Et ces choses là n'étaient pas forcément matérielles ou humaines. Il craignait d'être forcé d'aller à l'encontre de ses idées, de briser de précieux ou douloureux souvenirs, de briser lui même son esprit déjà bien malmené. Et par orgueil et vanité, Glen ne pouvait supporter l'idée d'être un chien sagement tenu en laisse.

Cependant il hocha la tête. Il avait comprit ce que les mots du Comte dissimulaient. Et cela ne l'effrayait pas, il avait toujours eu le sentiment que quoi qu'il fasse, sa fin serait brutale et violente. Mais tant qu'il ne la voyait pas venir, tant qu'il n'avait pas besoin de s'en inquiéter, il s'en fichait royalement. Aussi ne réagit-il pas plus que cela, comme s'il était de toute manière résolu. Le visage crispé en une expression de profonde réflexion, Glen se décida enfin à détendre ses traits tirés et esquissa un sourire malicieux.


-Je pense que je saurais trouver des arguments qui à défaut de la convaincre, la déstabiliseront suffisamment..., dit-il avant que son sourire ne s'efface à nouveau.

L'évocation d'Aisling fit immédiatement tiquer l'irlandais. Elle était là, la potentielle et hypothétique trahison de Glen. Que le Comte se méfie d'elle était sans doute normal, mais le rouquin espérait que jamais il ne chercherait à lui nuire. Car si l'affection qu'il portait à la jeune femme n'avait rien d'un amour sincère et véritable, il l'appréciait suffisamment pour la défendre contre n'importe qui. Si trahison il y avait, Glen le ferait pas de gaieté de coeur mais bien par obligation. Bien vite il se rasséréna, conscient qu'il s'agissait juste d'une méfiance vis à vis d'une personne que son hôte aurait bien l'occasion de rencontrer un jour pour s'en faire une autre idée. Mais Glen nota néanmoins l'information dans un coin de sa tête.
Quant à haïr les ennemis du Comte, l'irlandais était passé maître dans l'art de haïr arbitrairement tous ceux qui osaient lui jeter un regard de travers. Ajouter quelques chasseurs à sa liste des personnes méprisables ne le gênait aucunement. En revanche, ses alliés risquaient de le trouver rapidement très étrange et déroutant. Mais si Glen traitait correctement les alliés du Comte, il espérait que celui-ci ferait de même avec les siens, et ce même s'il en avait peu.
L'irlandais n'aimait pas s'embarrasser inutilement d'une foule de disciples, et il en avait probablement bien moins que la plupart des vampires de son âge, mais cela lui suffisait. Malgré sa paresse naturelle, il considérait que pour qu'un travail soit bien fait, il fallait le réaliser soi même. Sa méfiance naturelle le poussait souvent à ne pas faire confiance à ses disciples et alliés.
Se redressant sur sa chaise, Glen ne releva pas l'élément qui le dérangeait dans ce que lui avait dit le Comte, mais plutôt le reste. Si les remerciements lui arrachaient souvent la langue lorsqu'il les prononçait, ils étaient cette fois plus que légitime.


-Je... Te remercie pour ton aide, souffla-t-il. J'avais besoin d'un autre regard là dessus je crois!

Puis le rouquin tourna à nouveau les yeux vers les rideaux, et les laissa vagabonder dans la pièce pour trouver refuge au niveau des étagères, chargées d'objets et de bibelots en tous genres. Un sourire amusé se dessina sur ses lèvres lorsqu'il remarqua un petit marin doré à l'allure volontaire qui commençait à se mouvoir sur son étagère de verre. Jetant un regard en coin au Comte, il devina qu'il était à l'origine de cette étrange phénomène. Que Glen trouvait absolument fascinant. Grand amateur de marionnettes, il en fabriquait pour son bon plaisir et aimait se promener avec un petit pantin dans la poche, au cas où un ennui soudain le prendrait et le déciderait à faire découvrir le monde à cette poupée inerte. Mais il lui fallait toujours fils et dextérité pour manipuler ces objets et leur donner vie, car à son grand regret, Glen ne savait pas pousser les éléments à se mouvoir selon sa volonté. Des poupées de cire, de bois ou d'or dormaient paisiblement dans son manoir, observant les invités du Marquis de leur éternel regard sans vie, mais jamais elles ne bougeaient d'elles mêmes, et un rayon de lumière suffisait à trahir les fils qui les retenaient prisonnière. L'irlandais trouvait une certaine poésie dans ces pantins entièrement dévoués. Un faciès, une tenue, et il ne lui restait plus qu'à imaginer leur histoire, leur parcours, leur nom et leur inventer un caractère. L'irlandais s'adonnait parfois à ce jeu très enfantin et pourtant plus que reposant. Et une poupée ne pouvait le contredire ou lui faire face, elle restait irrémédiablement soumise à son marionnettiste.

C'est une chose que Glen s'était retenu de dire au Comte, lorsqu'il avait parlé de son impertinente fiancée. Si elle lui glissait à ce point entre les doigts, espiègle et fuyarde comme l'eau, pourquoi ne pas la rendre docile et manipulable comme un pantin? Glen avait alors esquissé un sourire sans pour autant répondre. Lui n'aurait pas eu la patience du Comte et aurait probablement égorgé ladite demoiselle pour beaucoup moins. Mais l'irlandais faisait partie de ces Vampire incapables de patienter plus de trois secondes et demi avant d'obtenir quelque chose. Pourtant, il se doutait que courir après cette femme devait être fatiguant, à la longue. Lui l'aurait probablement enfermée dans un globe de cristal, pour la garder jeune et belle pour l'éternité et ainsi, elle n'aurait pu le contredire davantage. Mais peut-être avait-il des idées trop arrêtées sur le sujet... D'autant que dialoguer avec une poupée prenait malheureusement systématiquement l'allure d'un monologue. Glen était radical et définitif, ce qui lui résistait, il l'éliminait, et ce sans le moindre état d'âme. Il fallait souvent un peu de temps pour comprendre que sous le plumage chamarré de perroquet qu'il arborait fièrement se cachait en réalité le manteau d'ébène d'un corbeau.
Le Comte devait probablement affectionner énormément cette demoiselle, pour faire preuve d'autant de patience... Ou bien avait-il quelques sombres projets pour elle, mais dans ce cas pourquoi ne pas l'enfermer de force ou exercer un chantage sur elle? Mais de là à dire qu'il était fou... Il semblait avoir toute sa tête, ou du moins l'essentiel, et son acharnement relevait plus de l'obsession que du trouble mental, aux yeux de l'irlandais. Il s'était alors contenté de secouer la tête en signe de négation. Tant qu'il ne le voyaitt pas réciter des vers à l'envers en sautant d'un pied sur l'autre avec un regard fou, Glen était prêt à persister sur ce point.

Puis la faveur était tombée, et Glen s'était soudain sentit bien plus concerné. Il lui avait fallu réfléchir aux bons mots, user avec finesse de son talent de persuasion pour ne pas risquer d'éveiller la colère de son hôte. Colère qu'il avait néanmoins sentie monter quand l'aristocrate avait reprit la parole. Mais il semblait avoir comprit ce que l'irlandais cherchait réellement à lui dire. Se jeter à corps perdu dans un combat physique qu'il savait perdu d'avance n'enchantait pas Glen. Se frotter à une bande de chasseurs haineux et très remontés l'aurait sûrement mis dans un bien piteux état, et l'irlandais avait depuis longtemps comprit qu'un combat ne se gagnait pas avec de la verve et de l'impulsivité mais bien avec de la patience et du doigté. D'autant que la discrétion était de mise. Les chasseurs que lui avaient mentionnés le Comte étaient ceux que recherchait activement la police londonienne. Et si pour l'heure ils étaient considérés comme de véritables criminels, un assaut mal mené pouvait très bien inverser la tendance et les faire passer pour les martyrs de l'histoire.
Glen n'avait voulu signifier qu'une chose au Comte: Il ne s'aventurerait pas en terrain inconnu avant de l'avoir tâté, et surtout il n'irait pas jouer les héros. Il préférait attendre que l'on vienne à lui pour mieux riposter. C'était un jeu bien plus amusant et bien plus mesuré. De plus, leur alliance nouvelle faisait forcément de leurs ennemis respectifs une masse commune à éliminer. Seulement de son côté, Glen n'avait pas encore posé la moindre condition. Il les pensait évidentes mais ne manquerait pas une occasion de les rappeler. Si leur relation se basait sur l'écoute et l'égalité, l'irlandais n'aurait aucune raison de grincer des dents ou de se montrer réticent.
Il avait d'ailleurs fait preuve d'une courtoisie remarquable, à la hauteur de l'accueil chaleureux que lui avait réservé le Comte. Il appréciait ce genre d'atmosphère, cette étrange convivialité et cette connivence.

Glen ne fut chassé de ses pensées que lorsque le petit marin doré cessa sa marche assurée et régulière sur l'étagère. Le Vampire secoua légèrement la tête, une douce impression de somnolence l'envahissant tout à coup. Une impression qui dut se lire sur son visage, car le Comte lui proposa alors de quitter la pièce pour gagner la chambre à coucher. L'irlandais acquiesça, lui sourit et commença à se lever de sa chaise pour pouvoir s'étirer. Le sourire que lui fitson amant le fit alors sursauter et il resta un moment à le regarder, les yeux ronds. Depuis quand ne lui avait-on pas sourit avec autant de bienveillance et d'intérêt? Trop longtemps. Peut-être même jamais. Habitué à observer les expressions et mimiques sur le visage de ses congénères, Glen voyait là plus de sincérité et de compréhension qu'il n'en avait vu ces huit dernières décennies. Il se sentit alors curieusement rassuré, et son sourire se fit plus franc et enjoué. Il n'avait peut-être pas tant de raisons de douter, finalement... Mais pouvait-il seulement juger sur un regard et un sourire? Probablement pas.

Le Comte posa alors une main sur son épaule, l'invitant à se lever pour le suivre, ce que l'irlandais fit sans broncher. Il prit néanmoins le temps d'étirer tout son corps avec une moue satisfaite. Sa démarche se fit plus guillerette alors qu'il tentait de chasser cette vilaine morosité qui lui donnait un air bien peu aimable. Il suivit son amant à travers le manoir, le regard irrémédiablement attiré par la décoration des lieux et l'architecture. Glen avait toujours été subjugué par les belles choses, il aimait l'art et des beaux bâtiments, et il prit le temps d'admirer chaque pièce qu'il traversait. Ce n'était pas un intérêt visant à chercher une faille chez son hôte mais une simple curiosité artistique que l'on imaginait peu chez lui. Ils gravirent alors en silence les marches menant au deuxième étage, où s'étendait une longue galerie ornées de tableaux représentant pour la plupart des scènes de chasse. Toujours aussi intéressé, l'irlandais se pencha pour admirer les détails et la signature de l'artiste.


-Il y a là un travail absolument remarquable! Quel soucis du détail dans les feuillage! Et ce ciel! On croirait avoir le paysage sous les yeux! Peut-être qu'un jour nous arriverons à capturer une scène telle quelle, qui sait? Dit-il avec un mélange de fascination et d'amusement.

Voyant que le Comte continuait, Glen le rattrapa rapidement et traversa un couloir plus étroit et plus sombre, qu'un humain aurait probablement eu du mal à arpenter sans y aller à tâtons. Enfin, ils s'arrêtèrent devant une lourde porte en chêne, que le Comte poussa pour laisser entrer l'irlandais.
Glen attarda son regard sur l'élégance des motifs ornant les draps, puis baissant les yeux vers le grand cercueil noir au pied du lit. Etrangement, l'irlandais n'avait jamais beaucoup apprécié les cercueils, et préférait souvent le confort d'un lit à l'étroitesse d'une boite. C'était assez paradoxal pour un vampire, mais il avait horreur d'être ainsi enfermé, cela lui donnait l'impression d'étouffer et de ne pas être libre de ses mouvements. Et lorsqu'il invitait de jeunes donzelles à partager sa couche, un lit faisait meilleur effet qu'un cercueil. L'endroit était lui aussi richement décoré et meublé, mais Glen nota surtout la présence d'un grand nombre de roses blanches reposant dans des vases. Il ne lui en fallait pas plus pour en déduire que le Comte devait apprécier cette fleur. Elles n'avaient pas la couleur tapageuse des roses rouges mais en gardait l'élégance, c'était appréciable.
Rapidement, le rouquin alla s'installer dans un fauteuil face à son amant, prenant ses aises. A la question du Comte, il marqua un léger temps de réflexion. Pourquoi s'aventurer soudainement sur un sujet littéraire et on ne peut plus ordinaire, en comparaison de tout ce qu'ils avaient pu se dire depuis l'arrivée de Glen ?


-Et bien... Je n'ai jamais su trop quoi penser de Shakespeare. J'ai jadis été subjugué par le Roi Lear, étrangement ! L'amour filial a su davantage me toucher, je pense... Ou bien est-ce simplement le sujet. Comme l'hypocrisie peut faire gonfler l'orgueil d'un roi et lui porter préjudice par la suite...

En réalité, Glen s'était surtout attaché au personnage de Cordélia. La simplicité de ses mots lui avait valu l'exil, et bien qu'elle ait été aimé de son père, l'irlandais se sentait curieusement proche de la princesse, lui même abandonné sans le moindre état d'âme. S'il avait été échangé contre quelques pièces et un silence, et si leurs conditions s'éloignaient sur bien des points, les paroles de Cordélia avaient su toucher Glen d'une manière bien plus forte que l'amour liant Roméo à Juliette. Un amour inconditionnel qu'il avait du mal à concevoir et qu'il avait même méprisé lorsqu'il avait vu la pièce pour la première fois.

-Roméo et Juliette ne m'a pas laissé la même impression... J'ai trouvé presque ironique que deux familles ennemies décident d'oublier leurs anciennes querelles à la suite du décès des deux amoureux ! Je suis sûrement terre à terre mais... Leur amour sans limites leur a quand même bien voilé l'esprit...

L'irlandais ne détestait pas pour autant l'oeuvre de Roméo et Juliette, simplement elle lui échappait totalement. N'ayant jamais ressentit cet amour pour une femme, il avait du mal à comprendre les motivations des deux protagonistes et plus que tout, il ne comprenait pas leur dévotion, allant jusqu'à s'ôter la vie par désespoir. Etait-ce donc là la finalité d'un amour véritable ? L'impossibilité de vivre sans l'autre ? Si tel était le cas, Glen était bien heureux de ne pas éprouver cet amour. N'ayant pas connu d'affection inconditionnelle, il ne pouvait ni la regretter ni l'envier, simplement l'observer. Mais ce qu'il venait de dire n'était pas anodin. Il apportait moins de crédit à une œuvre traitant d'amour entre deux âmes sœurs qu'entre deux âmes liées par le sang. Tout cela était lié à son passé houleux, à l'absence d'une mère et au dénis d'un père, et il avait su se laisser davantage transporter qu'en voyant Roméo et Juliette.

-En revanche, il est clair qu'en quelques mots, Shakespeare a su cerner des siècles d'humanité. C'en est presque déroutant ! Puis il esquissa un sourire. Il aurait probablement perdu beaucoup de sa créativité en s'enfermant dans l'Alchimie... La vie s'observe et s'admire, mais elle n'est ni matérielle ni monnayable. Ces gens là sont bien fous s'ils se croient capables de l'enfermer et de la manipuler à leur guise !

Le ton acide de Glen trahissait son mépris et sa méfiance vis à vis de l'Alchimie. Il ne comprenait pas que l'on puisse chercher à vaincre une chose aussi naturelle que la mort. Les hommes traitaient les Vampires de créatures contre nature, mais le rouquin trouvait les Alchimistes bien plus dangereux et méprisables. Certains de ses congénères se fascinaient pour cette culture étrange de la science, lui la vomissait et ne voulait même pas en entendre parler.
Il lui apparut évident que le Comte n'appréciait pas non plus les Alchimistes, et le sujet fut rapidement mis de côté pour revenir à Shakespeare. Se calant confortablement contre le dossier du fauteuil, Glen lui sourit
.

-Je pense qu'il faut de tout pour élever un homme, et pas seulement Shakespeare. On n'apprécie réellement un auteur qu'en s'imprégnant du travail de ses semblables ! Répliqua-t-il d'un ton joyeux.

Eternel curieux rongé par l'ennui, Glen ne se lassait pas de découvrir une nouvelle pièce, un nouvelle ouvrage, un nouveau compositeur, et l'art devait être la seule chose qu'il admirait chez les Hommes. Le brusque rapprochement du Comte arracha un regard en coin à l'irlandais, mais il n'eut pas le moindre mouvement de recul. Ses mains vinrent doucement se glisser dans la chevelure flamboyante du Vampire, qui leva légèrement la tête pour répondre, un sourire malicieux aux lèvres. Le sous entendu n'était pas très difficile à percevoir dans le ton de son hôte.


-Le lit, si ça ne t'ennuie pas... Les cercueils et moi sommes un peu fâché, je crois !

Ses lèvres vinrent rencontrer celles de son amant, avec beaucoup plus de douceur qu'auparavant. La fougue avait laissé place à une attitude beaucoup plus posée, et Glen eut le sentiment de redécouvrir ce contact. Il s'arracha à ce baiser presque à regret. Toute sensation physique lui faisait un instant oublier les centaines de questions qui tournaient dans son esprit à la manière d'une roue de loterie.
Il tourna la tête vers le Comte, qui laissait un à un de côté ses vêtements, un sourire amusé aux lèvres. Leurs étreintes passées ne lui avait donc pas suffit ? Ou l'irlandais lui plaisait tant qu'il le désirait à nouveau ? Glen ne se sentait ni outré ni flatté au point de bomber le torse, il était simplement amusé. Il avait parlé un peu plus tôt d'amour et de sentiments, deux choses dont il n'était pas question dans la relation qu'il entretenait avec le Comte. L'irlandais n'avait pas l'impression d'en avoir besoin, et seuls la luxure et le plaisir des sens le satisfaisait.

D'abord immobile, il finit par se redresser et commença à retirer sa veste et le nœud violine qui ornait son cou. Se levant, il les abandonné tous deux sur le dossier du fauteuil et allait retirer son veston lorsque son regard tomba sur la blessure que le Comte portait au genou. Il retint une grimace non pas de dégoût mais de souffrance. Cela semblait incroyablement douloureux, la peau peinait à se reformer autour de l'os, qui semblait bien amoché lui aussi. Du sang coulait encore de la plaie, et l'odeur vint faire frémir les narines du Vampire. Malgré son apparent détachement, il ne pouvait se mentir à lui-même en prétendant qu'un sang aussi puissant ne l'attirait pas. C'était un phénomène purement physique, une attirance presque magnétique que ressentaient tous les vampires plus jeunes pour leurs aînés.


-Elle sait viser... Mais elle ne t'a pas tuer..., souffla Glen d'un ton quelque peu énigmatique.

Il n'avait pas prononcé ces mots avec impertinence ou moquerie, mais pour lui, la chose était simple. Si la demoiselle avait su viser aussi bien une articulation, elle aurait tout aussi bien pu tirer une balle en plein cœur ou en pleine tête. A moins qu'elle n'ait été gênée dans ses mouvements, mais n'éprouvait-elle pas quelques regrets à l'idée de tuer son prétendant ? La chose intéressait de plus en plus l'irlandais. Si derrière la haine farouche qu'elle vouait au Comte se cachait un intérêt, même minime, il voulait être aux premières loges pour assister au dernier acte et au dénouement final. Il se garda bien de le dire, car ce genre de curiosité relevait presque du voyeurisme et de l'indécence, mais le rouquin trouvait cela plus qu'amusant. Après tout, il n'y avait qu'un pas entre l'amour et la haine. Glen avait du mal à imaginer que l'obsession du Comte ne soit pas là pour masquer des sentiments qu'il pouvait avoir à l'égard de sa mystérieuse fiancée. Il venait de se trahir en parlant du sacrifice de Roméo pour Juliette, avant d'enchaîner sur sa propre condition... C'était évident, il y avait plus qu'un simple intérêt ou quelque chose à prouver là dedans.

Le sourire de Glen se fit à la fois agacé et amusé. Agacé car le Comte nourrissait une telle rancoeur vis à vis de la demoiselle que son image semblait l'obnubiler. De même, il eut un instant le sentiment de n'être là que pour combler un manque... Ce qui piqua violemment son orgueil. Mais Glen était à la fois amusé car ce n'était nullement de la jalousie qu'il ressentait. Il n'y avait aucune notion d'exclusivité dans leur relation, et étant donné le caractère quelque peu libertin du rouquin, il ne tarderait pas à aller papillonner à droite à gauche. Amusé aussi car il n'y avait pas de sentiment d'appartenance, du moins pas au sens premier du terme. Pas de prise de tête ni d'angoisse, ils ne recherchaient que les sensations d'extase susceptibles de nourrir leur passion, rien de plus. Finalement, Glen accueillit cette révélation sans broncher. Il se retint simplement d'ajouter que l'amour était traître, mais cela lui en coûta. Plaisanter sur le sujet n'était peut-être pas la meilleure des stratégies à adopter.

L'irlandais se contenta d'un sourire entendu alors qu'il retirait sa chemise avec langueur. Il laissa ses chaussures et le reste de ses vêtements de côté, puis marqua un temps d'attente au pied du lit, le regard espiègle. La situation avait presque quelque chose de comique, le Comte l'invitant à se laisser aller entre ses bras ouverts. Il trouvait cela drôle dans le sens où cette attitude tranchait nettement avec celle qu'il avait adopté dans le petit salon en début de soirée. Ce geste avait quelque chose de si soudain ! Pourtant, après s'être fait désirer quelques instants, Glen vint le rejoindre entre les draps. Il avait encore l'esprit embrumé, et ses doigts mirent un certain temps à retrouver leur dextérité sensuelle, mais en s'abandonnant ainsi aux plaisirs charnels, il espérait faire taire le rire grotesque de la Bête tapie dans ses entrailles, celle-là même qui lui brouillait les sens.
Un sourire dévoilant ses canines pointues vint orner ses lèvres.


-J'ai comme l'impression que notre sommeil va être agité...

Puis il se tut, ses lèvres accaparées par celle de son amant. Sa morosité fut bien vite éclipsée et une passion charnelle avide de luxure et de sensations s'empara des deux Vampires. Une curieuse étreinte les liait, une étrange entente, que quelques mots n'auraient su définir avec précision. Mais l'unisson de leurs soupirs parlait pour eux.
L'un des bras de l'irlandais alla entourer les épaules du Comte tandis qu'il parcourait sa gorge de ses lèvres, et son autre main se crispa sur les draps du lit. Cette effervescence fit bientôt resurgir toute la sensualité de sa personne alors qu'il tendait tout son corps.

Le soleil était déjà haut dans le ciel lorsque les deux Vampires s'endormirent, ne se souciant pas des draps froissés et des oreillers qui avaient chu sur le tapis. Le nez dans les cheveux du Comte, Glen s'était endormit dans une étrange position, l'un de ses bras couvrant en partie son visage tandis que l'autre s'était enroulé dans la couverture. Dans la chambre, il n'y avait pas un bruit hormis leur respiration posée et régulière.
Soudain, Glen remua dans son sommeil et marmonna quelques paroles incompréhensibles. Il se retourna à plusieurs reprises avant de se réveiller en sursaut, se redressant vivement en étouffant une exclamation de terreur. Les mains crispées sur les draps, il lui fallut quelques secondes pour retrouver un rythme cardiaque normal et une respiration posée. Malgré l'obscurité, il parcourut la pièce du regard, jusqu'à ce que son regard tombe sur son amant, paisiblement endormit à ses côtés. Ou peut-être somnolait-il simplement.
L'irlandais poussa un profond soupir en se passant une main sur le visage. Encore une journée qu'il ne passerait pas entièrement endormit, et il avait déjà oublié l'image ou la sensation qui l'avait tiré de son sommeil.
Son regard s'attarda sur une grande fenêtre, masquée par des rideaux. Une espace entre eux laissait passer un mince rayon de lumière orangée, et Glen en déduisit que le soleil devait commencer à se coucher. C'était la fin de l'après midi. Résigné à ne pas se recoucher, il se leva et alla enfiler ses sous vêtements et son pantalon, baillant à s'en décrocher la mâchoire. Plus ébouriffé que jamais, l'absence de maquillage et ses yeux encore humides de fatigue lui donnaient un air incroyablement humain et ordinaire.

Arpentant la pièce en cherchant de quoi s'occuper, il parcourut les rangées de livres couvrant les étagères d'une bibliothèque, reconnaissant la plupart des titres et découvrant les autres.
Sa petite aventure dans les rayons des étagères le mena à nouveau vers la table basse où trônait toujours Roméo et Juliette. L'irlandais hésita un instant, puis s'assit dans le fauteuil et s'empara du livre, qu'il ouvrit pour en lire la préface. Enfin il entama la pièce en essayant d'adopter un regard nouveau sur son contenu. Mais c'était plus fort que lui, le sujet n'arrivait pas à le toucher comme il aurait du.

Soupirant légèrement, Glen laissa aller sa tête contre le dossier du fauteuil et posa le livre ouvert sur ses genoux. Bientôt ses paupières se fermèrent et il somnola ainsi, immobile.
Le mouvement d'aura qu'il sentit en provenance du couloir et qui s'approchait de la chambre ne le fit même pas sursauter et il resta ainsi, inerte et à demi endormit.
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: L'Heure du Cavalier a sonné [Comte, Glen] [13/03/42] Dim 24 Fév - 1:31

Depuis que Glen et le Comte étaient arrivés dans la chambre du lord, ce dernier se sentait plus à l'aise et plus détendu. En effet, malgré les sujets quelques peu houleux qu'ils avaient abordés ensemble dans le salon, l'atmosphère s'était nettement détendue. Il n'était plus question du théâtre, de l'Humanité ou encore de trahison. Le pire semblait passé. Il était maintenant question de littérature. Le Comte venait en effet de tendre à son collègue un des exemplaires de Roméo et Juliette qu'il gardait toujours sur sa table de chevet. Il venait de lui demander s'il avait déjà lu cet auteur et ce qu'il en pensait.

Mais n'était-ce pas là une manière de ramener ces mêmes sujets? N'était-ce pas une façon détournée de revenir sur ces sombres questions qu'ils venaient de quitter? Shakespeare n'était-il pas l'un des grands penseurs de l'Humanité? N'était-il pas le maître en question de guerre, d'amour et de trahison? Bien évidemment.
Mais le Comte testait Glen à nouveau et ce livre, qui régissait en réalité chacun de ses actes, allait lui servir à vérifier une ultime fois s'il avait fait le bon choix. Les yeux gris du Vampire ne lâchèrent plus son amant dès qu'il lui eut laissé le livre dans les mains. Il voulait observer ses réactions, entendre son opinion, sentir ses émotions. Comme le rouquin avait détaillé dans la galerie les tableaux devant lesquels ils étaient passés, avait-il observé d'un oeil critique ce genre d'ouvrage? Que pensait-il de Shakespeare? Cela serait déterminant!

La réponse que lui donna Glen le fit sourire: le Vampire avait apprécié le Roi Lear mais Roméo et Juliette ne semblait pas l'avoir transporté. Il était évident que l'amour inconditionnel qui avait lié les deux protagonistes pour finalement les mener à la mort l'avait exaspéré. Cela était tout à fait compréhensible. Mais cela dénottait aussi chez lui un véritable soucis qu'il avait avec les sentiments. Glen n'avait-il donc jamais connu l'amour? Avait-il été délaissé par sa famille et ignoré des femmes depuis toujours? Cependant, ce qui intéressa plus fortement le Comte dans sa réponse fut sa pointe de dédain pour la réunion finale des deux familles ennemies. Glen n'y croyait pas une seule seconde. Le lord lui sourit ainsi d'un air plus sévère.


- Tu ne crois donc pas que deux familles aussi portées à la haine l'une envers l'autre puissent un jour se comprendre et s'allier?

Cette question, lancée avec un demi-sourire, aurait fait froid dans le dos de n'importe qui tant le regard du Comte semblait prêt à dévoiler de nouveaux plans obscurs. Il était clair que Jirômaru avait-là un sujet sur lequel s'étendre longuement. Mais le Vampire préféra se contenter de rester allusif.

- L'amour ne fait pas tout, c'est évident, mais je reste persuadé que deux mondes étrangers, aussi haineux soient-ils, peuvent s'entendre s'ils ont en commun deux êtres prêts à se sacrifier pour leur réunion...Tout est question de coeur et d'intérêt...

Le lord se tue pour écouter Glen louer Shakespeare comme il venait de le faire. Il nota d'ailleurs au passage sa franche animosité pour les Alchimistes. Au moins allaient-ils se comprendre à leur sujet. Car même si le Comte ne s'était jamais réellement intéressé à leur cas, il était certain qu'il ne les portait pas dans son coeur, encore moins dans son estime. En soit, il était heureux pour l'Humanité et les siens qu'il n'ai jamais touché à cette discipline, car si le lord savait à quel point les Alchimistes avaient avancé leurs théories pour réussir dans la pratique à créer des monstres de puissance aux pouvoirs aussi surprenants que mortels, nul doute qu'il aurait déjà fait sombrer Londres dans un chaos infernal dont même les siens ne se seraient pas relevés.

Ces considérations rapidement oubliées, le Comte se rapprocha de Glen pour lui demander où il préférait dormir. Il avait sa réponse, l'heure était maintenant au repos, ou du moins à la douce débauche suivie du sommeil. Car Jirômaru n’allait pas se contenter d'une seule pratique ce soir et Glen devait bien l'avoir senti. Ce n'était pas réellement l'envie, au sens de désir, qui poussait le Comte à agir ainsi...c'étaient surtout le besoin de chaleur et l'idée de s'endormir corps contre corps, qui le motivaient. Ses longs doigts passèrent dans la crinière flamboyante de son amant pour lui caresser la tête et sentir la douceur de ses cheveux sur son épiderme hypersensible. C'était aussi une façon de lui faire part de son souhait.
Glen lui répondit qu'il préférait le lit. Le lord sourit. Oui, c'était mieux s'ils voulaient de la place pour deux. Mais il nota alors que son amant semblait préférer les lits plutôt que les cercueils et ce de manière générale. C'était étrange pour un Vampire. Il n'y avait rien de plus reposant qu'un bon cercueil! Cela les régénérait plus vite, cela leur permettait de canaliser leurs forces, leur soif, leurs songes, leurs envies. Peut-être que c'était cela aussi qui provoquait chez Glen un mauvais sommeil? C'était peut-être cette faille qu'avait exploitée la Mère? Un Vampire était maître de son corps et de son esprit dans son sommeil, si proche de la mort, mais cela n'était valable que dans un cercueil. En dehors, l'esprit était tout aussi vulnérable que le reste. Le Comte évitait les lits comme la peste. Depuis sa vampirisation, il avait vite compris que le seul véritable repos dont il pouvait jouir se trouvait dans cette boite de bois laqué.

Le Comte tiqua mais ne fit aucune réflexion à Glen. Il s'éloigna doucement de lui pour se déshabiller. Après avoir jeté un regard presque langoureux à son amant, il abandonna ainsi sa chemise. Puis il s'occupa de son genoux, ce qui ramena le sujet des Hunters sur le tapis. Jirômaru avoua alors à demi-mot que c'était Sarah qui lui avait tiré dessus. Cette révélation lui en coûtait, c'était tout simplement un sujet de honte. Mais heureusement Glen su rester à sa place et il évita de sortir quelques paroles qui auraient pu être aisément déplacées en cet instant. Au contraire, tout en enlevant à son tour ses vêtements, il se contenta de dire que si la belle savait viser elle ne l'avait néanmoins pas tué. Que voulait-il dire par là? Que Sarah avait fait exprès de ne pas le toucher plus haut? Que la huntress pouvait aussi bien avoir fait exprès de le louper au niveau d'un endroit plus vital? Non, il ignorait que la belle avait tiré 6 fois sans réellement viser...Le Comte songea au fond de lui-même qu'il aurait réellement souhaité que Sarah l'eut ainsi préservé de la mort par envie, mais il savait que la chasseuse n'avait cherché qu'une chose à ce moment-là: son élimination définitive.

Poussant un long soupir, le lord termina de refaire son bandage et de maudire Sarah ainsi que Shakespeare. Puis, désireux de se prélasser avec Glen dans les draps de ce superbe lit qui ornait sa chambre, il s'y allongea tout en se débarrassant des derniers vêtements qui cachaient sa nudité. Son regard gris sourit face à la langueur dont fit alors preuve son compagnon. Sa manière d'enlever sa chemise le fit presque frisonner d'envie. Oui, finalement il n'allaient pas se contenter de dormir lovés l'un contre l'autre...
Il accueillit Glen les bras ouverts, lui offrant son large torse tendu de muscles. Puis il l'engloba entre ses bras puissants pour l'embrasser vivement. Sa bouche et ses mains entreprirent alors la descente vers d'autres horizons et Glen le suivit à nouveau dans des délices inattendus.

Il faut noter que si le Comte laissait Glen parcourir sa peau avec la sensualité la plus profonde qu'il soit, il restait méfiant et prêt à réagir au moindre faux mouvement. Accepter les caresses et même parfois la domination dans l'acte sexuel était une chose, mais dès que Glen sortait les crocs ou frôlait sa gorge, le Comte se tenait prêt à le briser s'il osait ne serait-ce qu'un instant goûter à son sang. Les frissons qui lui parcourraient l'épiderme étaient ainsi mêlés de tensions menaçantes qu'il cachait au mieux dans leurs ébats. Contrairement à ce que Salluste et ses autres disciples pensaient, Jirômaru était loin de prendre de réels risques. En soit, il ne connaissait pas encore Glen et cette passion, animée par leurs intérêts communs et leur attirance physique, ne lui faisait pas oublier ni son rang, ni sa force. Il était hors de question que Glen ait réellement la possibilité de lui faire du mal ou d'outrepasser simplement certaines limites. Le prince de l'Ombre ne comptait pas souffrir d'une traitrise, surtout dans un pareil contexte.

Jirômaru dormit mal, très mal. A vrai dire, cela faisait des années qu'il n'avait pas dormi avec quelqu'un auprès de lui, hormis Ilsa, et un lit ne lui convenait définitivement pas. Son sommeil fut agité et il se réveilla de nombreuses fois. A chaque fois qu'il ouvrait les yeux, il vérifiait que Glen était toujours là. Son compagnon semblait dormir à point fermé et apprécier le lit comme tout Humain l'aurait fait. Une étrange impression de déjà vu pris le Comte. Cette figure angélique, ce sourire innocent dans le sommeil...Glen réveillait une part de son passé. Il lui remettait en mémoire quelques souffrances et quelques joies qu'il avait presque oubliées. Au milieu de la journée, le lord se redressa pour soupirer contre le bois du lit. Il sentait la peau de son visage le tirer. C'était la régénération: les traces d'eau bénite auraient totalement disparu le lendemain. Il sentait aussi son genoux le lancer cruellement. Le poison de la balle de Bloody Rose avait assez touché ses chairs et ses ligaments pour le tourmenter encore longtemps. Sa régénération était exceptionnelle mais, quelque part, le Comte la ralentissait volontairement. C'était stratégique, il avait encore besoin de cette blessure. Évidement, cela le gênait. Lorsqu'il se recoucha, il jeta un dernier coup d'oeil à son amant. Sa crinière rouge le fascinait, son cou aussi...Une envie d'y plonger les crocs le prit. Mais il se contenta d'effleurer sa peau du bout des lèvres avant de s'allonger dans son dos en enroulant un de ses bras autour de sa taille comme pour le serrer contre lui.

Le lendemain, le Comte dormait enfin paisiblement lorsque Glen s'éveilla. Le lord ne l'entendit pas remuer et ne réagit pas le moins du monde lorsqu'il se leva pour s'habiller. En réalité, le Vampire avait totalement fermé son esprit après avoir informé Salluste de son état. Il n'y avait qu'en cet instant qu'il était véritablement vulnérable. Fatigué, fermé, isolé, à moitié enroulé dans les draps qu'il avait en partie rejeté à cause de leur chaleur...Mais il savait aussi que Salluste et les autres avaient l'esprit si ouvert depuis son réveil au milieu de la journée qu'à la moindre variation de son aura ils interviendraient. Le Comte se reposait ainsi souvent sur ses disciples, les Sept tout du moins, et il n'était pas rare qu'il leur confie sa vie. Manouk et Salluste portaient son sceau, ils avaient sa confiance absolue, et ce malgré les différents qui les opposaient parfois.

Au bout d'un moment, le Comte s'anima enfin. Il remua du bout des doigts, comme s'il allait jouer du piano sur les plis du draps qu'il tenait. Puis ses yeux s'ouvrirent d'un coup. Il se redressa vivement, grognant de douleur. Ses longs cheveux blancs tombèrent en cascade sur ses épaules pour former un rideau d'argent de chaque côté de son visage. Le lord serra les dents en se tenant le crâne d'une main. Il avait un mal de tête affreux! Crispant ses doigts sur sa tête, il laissa son regard tomber sur la place vide à côté de lui. Où était passé Glen? Ses yeux le trouvèrent rapidement, au loin dans la pièce. Il semblait assoupi dans un fauteuil. Le lord lui jeta un regard en biais et se força à se lever. Il attendit quelques instants, assis sur le bord du lit, que son équilibre soit certain et souleva son corps de colosse pour le porter jusqu'à son amant. Il était nu et, comme la veille face à Marco, cela ne le gêna pas le moins du monde de se présenter ainsi. Au passage, il se regarda d'un miroir et constata que la brûlure provoquée par l'eau bénite avant enfin disparue. C'était une bonne chose, il pouvait désormais sortir en société sans s'inquiéter des questions que les Humains n'auraient pas hésité à se poser s'il leur avait montré sa peau ainsi brûlée un jour puis comme neuve le suivant. Le Comte faisait attention à ce genre de chose. Il tenait à conserver secrète l'existence de sa race.

Ses pieds s’enfoncèrent dans le tapis moelleux qui s'offrit à eux dès la descente du lit et ils profitèrent de cette douceur jusqu'au fauteuil où Glen somnolait. Même si la nuit venait de tomber, une pâle lueur filtrait sous les rideaux aux fenêtres: la lumière de la lune qui était éclatante dans sa face à demi-voilée. Le Comte respira un grand coup tout en arrivant devant le rouquin. Il le domina bientôt de sa hauteur, projetant son ombre sur lui. Ses yeux de brume glissèrent alors vers le livre ouvert sur ses genoux: Roméo et Juliette. Un franc sourire anima son visage de marbre. Approchant doucement sa main du visage de son amant, le Comte lui frôla la joue de l'ongle de son pouce.


- Tu n'es pas obligé de le lire s'il ne te plait pas...Murmura-t-il dans un souffle chaud.

Il laissa sa main descendre sur le cou de Glen, puis sur le col de sa chemise avant d'arriver au niveau du livre qu'il saisit lentement pour le prendre avec lui. Le Comte tourna le dos à son amant pour s'en éloigner tout en observant l'ouvrage qu'il tenait maintenant entre ses mains. Il en tourna une page, puis deux, et enfin le ferma pour aller le reposer sur sa table de chevet.
Glen était réveillé, comment ne l'eut-il pas été en cet instant?
Jirômaru lui fit alors volte face et revint vers lui.


- Tu as bien dormi? Demanda-t-il d'une voix ronronnante. Je n'ai pas trop bougé?

Le Comte butta sur un coussin au sol et se pencha pour le ramasser. Un sourire amusé lui fendit le visage.

- Hé bien...hé bien...En voilà une chambre...Ce n'est pas digne d'un lord.

Le Vampire jeta l'oreiller sur le lit complètement défait et s'activa à retrouver ses vêtements pour s'habiller. Au passage, il alluma deux lampes à huile. Finalement, abandonnant ses vêtements de la veille sur une chaise, il alla quérir dans un de ses placards une nouvelle chemise blanche et un veston rouge sang. Il changea également son pantalon brun pour un pantalon noir et termina de fermer ses boutons de manchettes tout en parlant à Glen.

- J'ai conscience que cela peut paraître soudain mais je vais devoir prendre congé de toi. J'ai beaucoup à faire ce soir, il faut que je puisse être "dehors" dans moins d'une heure. Évidemment, je t'invite à partager mon "petit déjeuner".

Son sourire tout aussi aimable que sadique dévoila ses canines d'ivoire. Il claqua dans les mains et la porte de sa chambre s'ouvrit aussitôt laissant deux jeunes femmes en tenue de soubrette entrer vivement. Elles firent chacune une courbette avant de s'activer à ranger les coussins, refaire le lit, faire disparaître les vêtements que le lord avait laissés sur la chaise. En quelques secondes la chambre avait retrouvé son aspect initial. Dans le même temps, un homme aux cheveux blonds en bataille, vêtu d'une tenue distinguée, entra avec un plateau argenté dans les mains et une serviette sur l'autre. Ses lunettes rectangulaires lui donnaient un air très vif et intelligent. Sur le plateau reposaient deux verres à pied et deux étranges bagues allongées terminées par de longues griffes d'acier.

- Où vous servirai-je mes seigneurs? Demanda-t-il avec une courbette.

- Dans le salon d'en face Carl. Répondit le Comte sans même le regarder.

Le serviteur disparu avec les deux jeunes femmes et le Comte se retrouva de nouveau seul avec Glen. Ajustant son col, le Vampire s'assied pour enfiler ses bottes. Lorsqu'il se releva, ce fut avec un grognement. Une main sur la tempe, il fit signe à Glen de le suivre dans la pièce suivante.


- Mmm je ne devrais pas blâmer mes serviteurs lorsque moi-même je bois trop de saké...C'est stupide!...Viens, nous allons nous restaurer.

Glen et le Comte pénétrèrent dans le salon juste en face de la chambre. C'était le plus luxueux du manoir. Ses tapis perses et ses tableaux italiens ravissaient les sens à tout ceux qui y entraient. Deux énormes sofas siégeaient en princes près des fenêtres avec des coussins magnifiques et une vaste table entourée de chaises en bois clair trônait au centre de la pièce. Les étagères regorgeaient d'un tas d'objets japonais et le tout était baigné d'une lueur rouge grâce à des lampions orientaux qui tamisaient l'ensemble. C'était le salon personnel du Comte, un des lieux qui faisaient sa joie dans le monde. En soit, la décoration n'était absolument pas homogène, bien au contraire. Les arts orientaux et occidentaux s'y faisaient face sans ordre. En vérité, c'était un mélange de tout ce qu'adorait Jirômaru.

Près de la table se tenait Elwood, le vieux domestique. Il tenait dans ses bras la cape rouge bordée de blanc que son maître portait toujours. Lors de l'attaque du théâtre, le Comte l'avait trouée et tâchée de sang, mais elle était désormais comme neuve, pliée à la perfection. Le vieil homme tenait aussi dans ses bras la canne-épée du lord. Son pommeau fleuri brillait comme une torche. Le Vampire lui ordonna d'abandonner tout ça sur une chaise et le congédia d'un seul coup de tête. Carl était là, il venait de déposer le plateau argenté sur la table. A l'entrée des deux Vampires, il s'éclipsa en même temps qu'Elwood et referma la porte. Le Comte caressa du bout des doigts le dossier d'une chaise avant de la tirer en arrière. Il jeta un regard aimable à Glen.


- Je suppose qu'une petite bourgeoise te ferait plaisir?

Alors que le Comte et Glen n'étaient pas encore assis, Carl revint avec deux femmes pieds et poings liés. Leur visages étaient baignés de larmes et leurs bouches étaient étouffées d'un foulard. Le domestique les poussa en avant, comme on abandonne sauvagement un innocent mouton dans la cage d'un tigre. Puis il fit une courbette et ferma à nouveau la porte. Les deux jeunes femmes tremblaient comme des feuilles, empêtrées dans leurs robes à crinolines. L'une d'entre elle, en rose, était à genoux au sol tandis que l'autre, en bleu, était restée debout contre la porte. Dans leur regard, la terreur et l'incompréhension se lisaient.

- Mais qu'avons-nous là? Fit le Comte en avançant vers elles d'un pas bondissant. Deux petites souris...Très intéressant...

Le Vampire tourna autour de la belle qui était à genoux. Elle le suivait du regard tout en priant clairement pour son salut. Ses larmes coulaient à flot.

- Tututu... Fit le Comte en la relevant doucement tout en lui détachant les mains. Nous ne voulons pas de ces horribles larmes, votre teint en est tout fané...Une de ses mains glissa le long de la taille de la belle pour la soutenir pendant que l'autre défaisait son bâillon. Puis, une fois que le foulard fut à terre, le Vampire saisit la pauvre Humaine par les cheveux et la força à se regarder dans un des miroirs sur le mur le plus proche. REGARDEZ-VOUS!

La belle poussa un cri de douleur d'abord puis un hurlement de terreur. Elle se voyait bien dans le miroir mais elle ne voyait pas le reflet de son agresseur. Non seulement elle était prisonnière depuis des heures dans une sombre pièce froide et humide mais en plus elle se retrouvait maintenant aux prises avec des aristocrates qui n'avaient même pas de reflet.

- HO SEIGNEUR!! Ayez pitié!!...Que...

- De la pitié? Répéta le Comte en souriant d'un air sadique. Nous n'en avons jamais...

Jirômaru jeta un regard amusé à Glen et plongea sans ménagement ses crocs dans la gorge de la belle. Elle poussa un cri que le lord lui étouffa de ses longs doigts d'albâtre et tenta de se débattre sans succès. La poigne du Comte était dix fois supérieure à celle d'un homme normal. Elle n'avait aucune chance de s'en sortir.
Tombée en pâmoison en quelques secondes, la jeune femme ressembla vite à un pantin que le Vampire manipulait à sa guise. Il la porta avec lui pour s'asseoir sur une chaise en la plaçant sur ses genoux. Puis il saisit une des griffes d'acier qui les attendaient sur le plateau argenté au centre de la table. Après l'avoir mise à l'index droit, il attrapa le bras de la jeune Humaine. D'un geste, il griffa sa peau pour lui ouvrir le poignet et commença à remplir de son sang chaud un des verres de cristal.
Bientôt le cadavre de la belle gisait aux pieds du maître des lieux qui poussait un grognement de contentement en contemplant l'éclat de son verre de sang.


- Haa...Ces petites poulettes des hauts quartiers restent bien fades mais leur parfum m'enivre toujours autant...

Il bu une gorgée de son verre et le reposa aussitôt. Puis, il poussa du pied le corps de la bourgeoise qui tâchait maintenant le tapis.

- Haha! Mes domestiques doivent avoir envie de se pendre à force de nettoyer les tapis...

Puis le Comte jeta un regard à Glen avant d'aller ouvrir la porte. Maria se tenait derrière. Le lord lui tendit une main, la belle y déposa une enveloppe et esquissa une courbette avant de reculer tandis que son maître refermait la porte.

- Encore du courrier! Mais qu'est-ce que c'est que c'est que ce...sceau...

Le Comte reconnu le symbole de la famille Stephenson. Un sourire vint fendre à nouveau son visage qui s'était peint un air surpris.

- Tiens, tiens...

Le Vampire décacheta l'enveloppe et l'ouvrit pour en sortir une invitation. Il lu quelques lignes et finit par lire tout haut:

- "J'ai l'immense honneur de vous inviter à la soirée de présentation de mes dernières machines le 30 Mars. Par la suite, un bal se tiendra dans la propriété, accompagné d'un buffet.
Si vous le souhaitez, des chambres seront disponibles..." etc..."Mrs Chatsity E. Stephenson".


L'air joyeux, le Comte regarda Glen et lui tendit la lettre avant de s'asseoir sur la table. Il avait gardé l'enveloppe qui contenait encore un mot. Il se mit alors à lire ledit mot tout en jouant avec deux boîtes, l'une rouge, l'autre bleue.

Spoiler:
 

Une fois qu'il eu terminé de lire le petit pli plus personnel, il plongea l'enveloppe et les deux boites dans une de ses poches de pantalon avant de se mettre à observer le plafond.

- As-tu déjà eu vent de cette Chastity, Glen? On dit qu'elle est le fruit d'une expérience, et non pas d'une morsure. On l'appelle communément le "cobaye" ou le "monstre". Un scientifique aurait volé du sang à l'un d'entre nous pour transformer cette jeune femme...Son regard revint sur Glen. Je l'aie rencontrée peu avant Coriolan, il y a environ une semaine. Figure-toi qu'elle rôdait près de mon repaire et qu'elle se servait de ma chaudière pour brûler un Loup...Quelle étrange rencontre! Elle travaille sur les Blood Tablett, ce sujet m'intéresse, mais en plus elle possèderait la plus grosse entreprise de machines à vapeur de notre ère, celle de la famille Stephenson! Cette petite à tout pour plaire! Encore faut-il la considérer comme l'une des nôtres...

Le Comte soupira et descendit de la table. Apparemment, cette jeune femme l'intriguait autant qu'elle le perturbait. Comment accepter qu'un être humain aie pu créer un simili de Vampire à partir du sang d'un des leurs? C'était insensé! Monstrueux! Et cela donnait le champ libre à des expériences terribles! Fallait-il éliminer cette trace de folie? Nombreux devaient être ceux qui considéraient le "cobaye" comme un élément à détruire, mais d'autres lui trouvaient assez de charme et de qualités intellectuelles pour la considérer comme une Vampire à part entière. Le Comte ne savait pas encore qu'en penser et cette invitation allait certainement lui permettre de mieux la découvrir et de la juger. Une exposition de machines l'enchantait, tout comme un bal. Il y avait fort à parier qu'elle avait invité quelques hauts Vampires. Le Comte se demanda si Glen allait faire partie des invités. Peut-être que lui montrer l'invitation avait été une erreur...Qu'en avait-il à faire de toute façon? Il était normal que lui au moins soit de la partie.

- Des machines, un bal, une poupée assoiffée de sang...Ha oui, j'ai besoin de me détendre!

Évidemment cette réplique était ironique. Avec la blessure qu'il avait au genou et aux vues des récents évènements, un bal n'avait rien d'agréable pour lui. Cependant, il y voyait-là une façon habile de reparaître en société. Peut-être même qu'il allait jouer la comédie...oui...ce serait amusant. Et puis cette Chastity l'intéressait, c'était le moment de jouer les mondains avec elle.

- Je te la présenterai...Tu verras, elle est...charmante.

Le Comte lui sourit d'un air coquin. Il était vrai que Chastity avait des arguments incomparables qui sauraient plaire à tout homme. Glen ne ferait certainement pas exception. Le Comte ne se souvenait que trop bien de son décolleté bordé de dentelles...
L'horloge sonna alors 20h et le Vampire se redressa d'un bond.


- Diable! Déjà? Il faut que je me hâte. Mon cher O'Sulliwan, je suis navré mais je vais devoir vous laisser...

Le Comte sourit à Glen d'un air moqueur. Reprendre le ton mondain et son nom de famille ajoutait à leur future mascarade. Dans l'intimité, il était normal qu'ils laissent de côté ce genre de politesses mais en société, ils allaient devoir adopter le ton habituel des grands de ce monde...

- Ce fut un réel plaisir...

Le lord serra la main de Glen avec force et le regarda en biais avant de le reconduire à l'entrée avec toutes les politesses nécessaires. Il ne le mettait nullement à la porte: le rouquin devait bien savoir que leur petit rendez-vous n'avait que trop duré. Et c'est dans la complicité qu'ils se quittèrent.

Sa cape et sa canne-épée sous le bras, le Comte fit signe à son amant tandis qu'il le regardait s'éloigner dans un fiacre. L'heure du cavalier avait sonné. L'échiquier allait se redresser. Désormais, c'était à la seconde tour d'entrer en jeu. Mais d'abord, il fallait s'assurer que la reine était à sa place...Le temps devenait précieux.


[HRP/Fin du Rp avec Glen. Suite du Comte chez les Spencer, "Une visite inattendue"/HRP]


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
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Dernière édition par Comte Keï le Mer 10 Avr - 22:35, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'Heure du Cavalier a sonné [Comte, Glen] [13/03/42] Ven 15 Mar - 23:59

Assit dans le fauteuil, la tête tournée sur le côté et les yeux clôt, Glen arborait un visage incroyablement serein. Ses traits détendu, l'absence de son sourire moqueur et de son regard de glace le faisaient paraître presque innocent et étonnamment humain. Le sommeil lui redonnait ce visage pur qu'il avait jadis troqué pour celui d'un clown effrayant, et cette expression avait quelque chose d'attendrissant qu'il s'empressait bien vite d'effacer une fois éveillé. S'il y avait bien une chose que Glen détestait, c'était qu'on lui dise qu'il était mignon, adorable ou encore innocent. Il prenait cela pour de la moquerie, étrangement.
Sa respiration se fit plus posée et profonde à mesure qu'il s'enfonçait dans un sommeil cette fois dépourvu de rêves, mais il fut vite réveillé lorsque la main du Comte effleura sa joue puis son cou. Frissonnant en grognant faiblement, l'irlandais finit par ouvrir les yeux, le regard encore brouillé par la fatigue. Il s'étira en baillant, constatant que le livre n'était plus sur ses genoux.


-Hum...? Oh... Il était là et... Je me suis dis qu'il regard nouveau sur cet ouvrage ne serait pas un luxe..., répondit-il avec un sourire.

En vérité, Glen n'avait pas répondu lorsque son amant lui avait demandé s'il ne croyait pas en la réunification de deux familles grâce au sacrifice des leurs. Il s'était contenté d'un sourire qui explicitait tout à fait sa manière de penser. L'amour, l'irlandais n'y croyait pas. Il n'y avait jamais cru. Il n'avait jamais laissé à ses conquêtes le temps de l'aimer, les délaissant souvent après une nuit ou deux de plaisirs charnels, mais il avait toujours fuit à la moindre parole sentimentale. Aisling était la seule femme qu'il côtoyait quotidiennement depuis des années, à vrai dire. Le rouquin dédaignait toute forme d'amour, comme s'il se l'interdisait par peur d'en comprendre les réels fondements, d'en effleurer la surface et d'y prendre goût, jusqu'à voir sa personne transformée par une foule de sentiments qu'il ne savait gérer. Comment répondre au Comte qu'il trouvait stupide que la mort de deux amants poussent deux familles à se réunir? Si c'était à cela que conduisait l'amour, il était bien content de pas l'éprouver!
Pourtant, Glen ne l'avouait jamais mais au fond de lui, il se sentait seul, et s'il gardait sa jolie seconde auprès de lui, c'était bien pour combler cet évident manque d'affection. Le Comte avait mit le doigt sur un élément fondamental de sa personne: Son absence d'amour ou d'affection pour qui que ce soit. Et pour ne pas alimenter sa curiosité et le pousser à poser d'autres questions, l'irlandais avait choisit de ne pas répondre.

D'autres horizons avait alors été explorés, et c'est grisé de désir et de passion qu'ils s'étaient endormit l'un contre l'autre. Malgré son sommeil agité, Glen sentit à peine les lèvres de son amant effleurer sa gorge, et seul un frisson lui parcourut l'échine. Il n'avait à ce moment là pas conscience de l'attirance du Comte pour sa gorge ainsi exposée et vulnérable. Nul doute que s'il avait été éveillé, il l'aurait couverte de ses cheveux ou se serait retourné. Offrir une goutte de son sang lui avait couté, mais laisser un autre vampire boire à sa gorge était autre chose. L'irlandais avait conscience que cela pouvait être paradoxal pour un vampire plus jeune, mais il n'avait pas très envie de voir son attirance pour son amant exacerbée d'une manière involontaire par le sang. S'il voulait son sang, il lui faudrait sûrement bien plus de quelques baisers et soupirs pour le convaincre. Mais de son côté, il ne pouvait nier qu'un sang aussi puissant l'attirait. Seulement Glen n'était pas assez fou pour tenter quoi que ce soit. Non seulement il aurait immédiatement été réduit en charpie, mais si cela signifiait partager son propre sang à son tour, il préférait encore s'en tenir à l'écart. Il n'avait tout simplement pas assez confiance pour le moment. Si cela devenait un jeu, en revanche... Il ne saurait en refuser une partie, son naturel joueur et facétieux dépassant la plupart du temps son bon sens.

A présent éveillé, Glen posa un coude sur l'accoudoir et se tourna vers le Comte en poussant un ricanement amusé.


-Moui et non... Mais si tu as bougé je ne l'ai pas senti! On dirait que le même ouragan est passé ici! Répondit le Vampire en faisant référence au petit salon, qu'ils avaient mis dans le même état. Quelle... Expressivité!

Un sourire amusé se dessina sur les lèvres du vampire tandis qu'il jouait machinalement avec le noeud pourpre qui ornait sa gorge. Un sourire qui se mua en une expression de sadisme à l'état pur lorsqu'il comprit de quoi voulait parler le Comte. En gourmand qu'il était, il ne pouvait refuser une petite friandise au lever, et lui même estimait qu'il avait passé suffisamment de temps sous ce temps, il lui fallait retrouver son propre domaine. Se levant avant de s'étirer tel un chat, il se dirigea vers la porte, attendant néanmoins que son hôte lui indique la direction à prendre. Une lueur amusée brilla dans son regard lorsqu'il le vit se masser les tempes en grognant. C'était ainsi. Si les vampires jouissaient de l'éternité toute entière pour s'amuser, l'alcool ne leur était plus toléré mais bien proscrit. A forte dose, il les rendait malade et à défaut, leur donnait mal au crâne. Glen avait fait boire bien moins de saké à Lucie que le Comte n'en avait fait ingurgiter à Arnoldo, aussi n'avait-il pas le crâne prit dans un étaux mais une légère sensation de flou qui perdurait depuis la veille mais aurait vite fait d'être effacée.

Ils pénétrèrent dans un salon plus luxueux encore que celui où ils s'étaient tenus en début de soirée. Les meubles resplendissaient, le chandeliers finement ciselés relevaient d'un travail d'orfèvrerie minutieux et magnifique, et les sofas aux coussins gonflés de plumes incitaient à venir s'y reposer. Glen se fit la remarque avec amusement que le confort et le luxe du domaine étaient tels qu'il en venait à douter que les caves soient humides et inhospitalières, et le grenier insalubre.
Il accorda à peine un regard aux deux serviteurs présents dans la pièce, toujours bien plus fasciné par des oeuvres d'art couchées sur la toile que par la condition humaine. Il avait bien plus d'estime pour leur imagination et leur talent que pour leur personne, à vrai dire.
Tournant de nouveau la tête vers son amant, il lui fit un sourire dévoilant ses crocs immaculés avant de ronronner d'une voix douce.


-On ne peut rêver mieux pour commencer la nuit...

Le Comte lui faisait là un bien beau cadeau. Glen appréciait tout particulièrement l'attention, et il était prêt à choyer la donzelle avec toute son... Affection. Bientôt, l'un des domestiques revint avec deux femmes terrifiées, les cheveux ébouriffés et le visage baigné de larmes.
Leurs yeux rouges et gonflés trahissaient une angoisse sans nom, et l'ouïe affutée de l'irlandais pouvait percevoir le martèlement incessant de leur pauvre petit coeur mis à l'épreuve. Cette douce mélopée le fit frissonner d'envie, et c'est avec toute la cruauté du monde qu'il les contempla ainsi prostrées contre la porte.
Malgré les jupons salis et les corsages détendus de leurs robes, elles étaient belles... Aux yeux du vampire, l'effroi les transcendait. Cette peur qu'il humait dans l'air l'excitait bien plus que les éclats de rire cristallins des ignorantes. Glen avait toujours aimé la saveur que prenait le sang sous l'action de la peur, leur épiderme rendu hypersensible à chaque effleurement et leurs tremblements incessants. C'était faire preuve d'un sadisme écoeurant que de vouloir les amener à regarder l'angoisse dans le blanc des yeux mais c'était plus fort que lui, Glen adorait cela. Il allait marteler le crâne de la bourgeoise de paroles acides prononcées avec une douceur effrayante, pour mieux l'amener à sombrer dans le désespoir avant de périr sous ses crocs.

Les bras croisés et un sourire aux lèvres, il regarda la plus frêle des deux se débattre vainement dans les bras du Comte. Que pouvait-elle donc faire? Entre les mains d'un vampire elle n'était plus qu'une faible créature, aussi fragile que du cristal et rendue impuissante sous l'effet de la peur. Un simple geste aurait suffit à son amant pour lui briser les cervicales. Délaissant ce curieux spectacle, l'irlandais s'approcha de la seconde bourgeoise d'une démarche féline, ne la quittant plus du regard. Les épaules secouées de sanglots, elle ne parvenait pas à détourner le sien des glaciales prunelles du vampire, tandis que ses mains s'agitaient frénétiquement dans l'espoir de rompre les liens qui la retenaient prisonnière.
Dans un élan de survie qui n'était que pure folie, elle tenta de ses soustraire à l'infâme créature, tambourinant à la porte comme un beau diable. Bien vite, Glen l'attrapa par le bras et la fit tourner pour la forcer à lui faire face. Son bras se glissa insidieusement autour de la taille de l'humaine, collant son corps contre le sien dans une étreinte ferme. De sa main libre, il lui caressa la joue avec une tendresse plus qu'hypocrite.


-Là, là... Séchez donc ces vilaines larmes... Fermez les yeux et laissez donc la magie opérer... Tout cela n'est qu'un vilain cauchemar!

Un ricanement sombre secoua les épaules du vampire tandis qu'il passait sa main sur les yeux de la demoiselle, l'aveuglant pendant quelques secondes. Puis il retira sa main, la bourgeoise rouvrit timidement les yeux et sursauta en le voyant à nouveau, ses yeux marqués par la terreur se remplissant de larmes.

-Oups! Il semblerait que j'ai raté mon tour! Oh mais suis-je bête! Tout cela n'a rien d'un cauchemar! Vous êtes là, je suis là... Mais de nous deux je crains que je ne sois le seul à m'en tirer entier et vivant! Répliqua-t-il d'une voix enjouée qui jurait affreusement avec ses propos.

La jeune femme écarquilla les yeux, sa peur exacerbée par les propos incohérents et fous du vampire. Il lui retira son bâillon pour la laisser pleinement s'exprimer et contrairement à sa consoeur, elle ne put que balbutier quelques mots d'une voix faible.

-Je... Je vous en prie... Je ne dirais rien à personne! Mais par pitié... Laissez-nous la vie sauve!

Un sourire carnassier se dessine sur les lèvres de Glen tandis qu'il approchait un peu plus son visage du sien.

-Je vous demande pardon? L'âge a du me rendre un peu dur d'oreille, je le crains... Je ne suis pas certain d'avoir tout comprit... Il va falloir vous montrer plus explicite si vous souhaitez obtenir quoi que ce soit de moi!

Sa réflexion piqua la dernière lueur d'orgueil qui restait à la jeune femme. Entre ses mains elle commença à se débattre et pinça les lèvres, lui jetant un regard glacial en pestant contre lui. Sa véhémence fit sourire de plus belle l'irlandais qui pencha la tête vers cette gorge délicieuse qui lui était offerte.

-Et bien tant pis... Nous aurions pu nous entendre, si vous aviez daigné vous soumettre..., murmura-t-il, prêt à mordre la demoiselle.

-Non! Attendez! Je...

Glen releva la tête, un sourire satisfait aux lèvres. Il lâcha la jeune femme, toujours pieds et poings liés, et recula d'un pas. Elle regarda autour d'elle dans l'espoir de trouver une quelconque échappatoire, et son regard tomba sur sa compagne de soirée, que le Comte venait de mordre sans le moindre ménagement. Tournant à nouveau les yeux vers Glen, elle finit par se jeter à ses pieds, pleurant à chaudes larmes en implorant sa pitié. Celui-ci n'eut que dédain pour elle en la regardant de haut.

-Voilà qui est un peu mieux, dit-il avant de poser un doigt sous le menton de la demoiselle pour la pousser à relever la tête. Je saurais m'en contenter...

Il l'aida à se relever, épousseta la robe froissée de la jeune femme et entreprit même de lui retirer ses liens. Les larmes de terreur de la bourgeoise se muèrent en des paroles pleines de gratitude et de joie, elle le loua de toutes les manières possibles et imaginables, s'imaginant déjà sauvée... Jusqu'à ce que le vampire ne mordre à pleine dents sa gorge fragile. Un hoquet de surprise secoua le corps de la bourgeoise tandis qu'elle s'affaissait dans les bras de Glen, le sang venant petit à petit à lui manquer. Bientôt ses yeux papillonnèrent et sa vue se troubla, avant qu'elle ne s'effondre sans vie dans les bras de l'irlandais.
Celui-ci la lâcha sans ménagement, tira un mouchoir de la poche de son veston et essuya la commissure de ses lèvres, tâchées de sang.

-Je ne me lasserai jamais de voir l'espoir mourir dans leurs yeux! Lâcha-t-il avec un soupir de satisfaction.

Se tournant vers le Comte, il accueillit ses réflexions avec un sourire amusé.

-Tant qu'elles savent se prêter au jeu, elles peuvent devenir de délicieuses créatures! Bien que leur sang manque de saveur, il est vrai...

Le vampire alla s'assoir à son tour tandis que son hôte revenait avec une lettre cachetée. Glen n'eut pas le loisir de détailler le sceau que déjà, le pli était ouvert. Il écouta d'une oreille attentive le contenu de la missive, ainsi que ce que le Comte avait à lui dire sur cette Chastity. Il apprit donc qu'elle était le fruit d'une expérience, qu'elle était un vampire, comme eux, mais n'avait pas été mordue. L'idée plut à l'irlandais qui aimait par dessus tout ce qui pouvait briser l'ordinaire et la routine. Il espérait bien avoir l'occasion de rencontrer cette dame, pour en savoir un peu plus à son sujet et à vrai dire, il aurait été ravit d'être invité lui aussi. Non pas pour contempler son art mais bien pour l'étudier elle. Une créature unique, à nulle autre pareille, un cobaye certes mais aussi la seule et unique vampire à ne pas avoir été mordue par un autre. Et si l'évocation des Blood Tablet fit grimacer Glen, qui dédaignait cela, son intérêt pour la jeune femme resta le même.

-C'est... Un cas intéressant, en effet... Je crois qu'elle mérite toute notre attention. En bien comme en mal... Car si je puis me permettre, si un scientifique a réussit à cet odieux prodige, il n'est pas à exclure que cela se reproduise.

En effet, Glen voyait en cet acte la possibilité pour les humains de créer des vampires comme ils le souhaitaient et de les asservir à eux dans le but de se protéger ou pire, de les attaquer. Chastity pouvait bien être intéressante et unique, elle n'en restait pas moins un danger potentiel pour les autres vampires. Il ne fallait pas que les Hommes ou les Hunters aient vent de sa situation.
Glen fut tiré de ses pensées lorsque le Comte promis de la lui présenter. Il l'espérait bien! Cette demoiselle l'intriguait déjà, et il entendait bien converser avec elle, en savoir plus sur sa nature, ses projets... Leur rencontre promettait d'être passionnante!

Ainsi s'acheva leur seconde rencontre. L'horloge les rappela à l'ordre, et Glen se leva, prêt à prendre congé. Le ton mondain teinté d'ironie que reprit le Comte fit sourire l'irlandais, qui lui serra la main à son tour.

-Moi de même, monsieur le Comte! Répondit-il avec la même pointe de malice dans la voix.

Puis il prit la direction de la sortie d'un pas décidé. Il était temps pour lui de se retirer, et même s'il n'avait rien de particulier à faire ce soir là, il avait besoin d'un peu de solitude pour digérer tout ce qui avait été dit et fait depuis la veille. Avec un signe des plus courtois, Glen monta dans son fiacre, les chevaux se mirent en marche sur ordre du cocher, et il quitta le domaine du Comte.
Le trajet lui parut incroyablement court, tant ses réflexions lui accaparaient l'esprit. Il avait hâte de rentrer et pourtant, un curieux pressentiment lui nouait la gorge.


(Fin du rp pour Glen. Suite dans "La curiosité est un vilain défaut!" (transition avant le bal))
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L'Heure du Cavalier a sonné [Comte, Glen] [13/03/42]

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