L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


Forum RPG - Londres au XIXème siècle. Incarnez Vampires, Loups-Garous, Lycanthropes, Homonculus, Chimères, Alchimistes, Hunter...et choisissez votre camp dans une ville où les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses....
 
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[A Monsieur Leichenhalle] Petite annonce au coin du Times

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MessageSujet: [A Monsieur Leichenhalle] Petite annonce au coin du Times Dim 25 Sep - 22:00

"Recherche : personne douée de diplomatie et d'intransigeance, afin de convaincre un importun de me laisser en paix.

Le différend me semble insoluble. J'ai tout tenté, la force comme la raison. D'un individu si acharné, je ne puis me faire comprendre ; mes craintes quant aux extrémités qu'il pourrait entreprendre augmentent à chaque jour qui passe.

Le noeud de l'affaire est trop personnel pour être exposé dans un quotidien. Nous en discuterons en privé. Sachez néanmoins que je souhaite apporter à la chose une issue définitive.

Ob Sie Deutsch sprechen, o se parlate italiano, nous pourrons échanger dans ce langage.

Le prix de vos bons services sera bien sûr à négocier, sachant que je dispose d'importantes ressources., et que ma gratitude sera tout aussi importante, dans la mesure où je serai rapidement et pleinement satisfait.

Pour rendez-vous : écrire à P. DiVeneris, chez L. Gutcher, 11, Raven Row, Whitechapel - London."


Phorao replia le journal, traversa la rue, et se perdit dans la foule grisâtre qui elle-même allait se dissoudre un peu plus loin dans la brume. Quel étrange sentiment de puissance, et de petitesse à la fois ! Ses quelques lignes s'étaient répandues sur la vie comme les tentacules encrés d'une entité machiavélique. Bientôt, quelqu'un écrirait ; il faudrait qu'il passe voir Ludlow tous les soirs en rentrant chez lui. Que de trajets à faire, que de ruelles sombres et froides à traverser, alors qu'Il était à Londres... Nul doute que cette fois, tout était prévu pour capturer Phorao, le soumettre à Dieu sait quelles expériences, et finalement le faire disparaître, dans le but de le remplacer par quelque morte-vivante plus conforme aux appétits du malandrin. Décidément, pourvu que l'on réponde vite à son annonce ; mais, à ce qu'il avait cru entendre, Londres ne manquait pas d'assassins. Le message n'était pas tombé dans l'oreille d'une multitude sourde.

Très certainement, Phorao lui-même aurait pu faire front. Vaincre, peut-être pas, mais du moins se montrer un adversaire plus pugnace qu'il ne l'avait été jusqu'alors, fuyant comme un chat échaudé. Mais cette éventualité n'était pas de son goût. Apprendre à se défendre, à détruire, lui était étrangement répugnant ; il ne reculait pas devant un péché de ci de là, parce que cela lui semblait une bonne idée sur le moment, mais il ne programmait rien, et n'allait jamais trop loin de son point de vue. Aucune vie n'avait jamais été bouleversée par ce qu'il avait dérobé ou les mensonges qu'il avait pu dire. Cette fois, il s'agissait de sa propre vie, mais il n'était pas certain qu'on puisse lui donner ce nom. C'était une grande question philosophique dont il ne pouvait juger seul. Tout en réfléchissant à cela, il traversa la route et s'approcha d'une façade sombre et allongée comme un visage de prêtre vaudo, frappa à la porte et échangea quelques mots avec un vieillard à la barbe caprine, à l'unique oeil bienveillant. Pas de courrier aujourd'hui. C'était encore trop tôt, sans doute. Phorao étouffa un soupir, remercia l'écrivain public qui lui tenait lieu de poste restante, et se résolut à replonger dans la nuit qui tombait, ses dangers, et ses mystères.


Dernière édition par Phorao Marcio DiVeneris le Jeu 29 Sep - 21:12, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [A Monsieur Leichenhalle] Petite annonce au coin du Times Lun 26 Sep - 21:06

La pointe d'acier de la plume alla tremper dans une encre d'un noir d'ébène, avant de se poser sur un fin parchemin.
Wynn réfléchit pendant quelques secondes, un sourire satisfait aux lèvres. Il avait encore sous les yeux le petit article publié récemment dans un quotidien de la ville.
Il n'avait retenu que quelques mots: Intransigeance et issue définitive. L'annonce était brève et peu détaillée, mais elle sous entendait l'assistance d'un assassin.
La plume se mit à gratter sur la surface jaunâtre du parchemin, à mesure que de sombres idées se formaient dans l'esprit du vampire.


"A P. DiVeneris.

Monsieur,

J'ai pris connaissance de l'annonce que vous avez fait paraître il y a peu dans un quotidien.
Vos motivations me sont inconnues, et sachez que je ne m'intéresserai en aucun cas à votre vie privée, mon seul but étant de satisfaire la demande.
Assassin et tueur à gages de profession, je vous propose donc mes services afin de vous aider à régler le différent qui semble vous opposer à une certaine personne.
Je sais user de diplomatie et de manipulation, comme vous le souhaitez, mais je ne puis faire preuve de clémence, il me semble important de le souligner.
Je comprends vos intentions quant à l'issue définitive de la chose, et je puis vous garantir une entière satisfaction à ce sujet.
Mes honoraires ne sont pas fixes, et varient selon la qualité de l'exécution et vos exigences. J'ai à ma disposition de nombreux moyens pour exécuter cette mission, et sachez que je puis aussi user de plus fourbes méthodes si vous souhaitez le faire parler.
Faites moi part de vos attentes, et nous négocierons ensemble les termes de ce contrat.

Nous pouvons garder un contact au moyen de lettres si vous souhaitez garder l'anonymat, ce que je respecte.

Je pratique l'allemand à un bon niveau, ai quelque notions de français et pourrait également vous répondre en anglais. Malheureusement, je n'ai pas le loisir de pratiquer la langue de Dante.

Dans l'attente de votre réponse.

Répondez-moi à Wynn Leichenhalle, xxx – London"


Il reposa doucement la plume sur son bureau, non sans avoir omis de signer au bas de la page.
Il roula la feuille et la ferma d'un ruban de velours noir qu'il scella d'un peu de cire.
Le vampire tendit le billet à son animal de sang, un gros corbeau ébène, qui l'attrapa dans le bec et s'empressa de s'envoler par la fenêtre pour s'acquitter de sa mission.
Soufflant la flamme vacillante de la bougie, il resta un long moment dans l'obscurité, seules ses iris améthystes luisant à la lueur de la lune.
Cela faisait déjà quelques temps qu'il n'avait pas eu de mission intéressante. Un mois auparavant, il avait eu affaire à quelques trafiquants d'opium et une histoire de traitrise, bien trop rapidement réglée à son goût.
Wynn aimait tout particulièrement les défis. Devoir analyser la situation et amorcer une tactique l'excitait comme un enfant un soir de Noël. Il était tel un animal, appréciant la traque et goûtant avec délice les plaisirs d'une mission rondement menée.

Il ne pouvait nier que l'émetteur de ce message l'intriguait. Qui pouvait être cet étrange «P.?» Il semblait très discret sur sa personne et sur ses motivations, mais Wynn espérait bien qu'il lui en dirait plus à sa prochaine lettre. Le vampire était prudent et soigneux. Il n'aimait pas s'aventurer sur un terrain inconnu sans avoir un minimum de données au sujet de la personne à abattre.

Mais avant de spéculer, il lui fallait attendre la réponse de P. L'impatience faisait ronronner les revolvers dans son dos, qui semblaient s'amuser de la situation presque tout autant que leur propriétaire.
La perspective d'une nouvelle chasse les alléchait tout autant, et c'est avec un sourire serein aux lèvres que Wynn se glissa hors de chez lui pour profiter de la fraicheur de cette belle nuit calme et paisible.


Dernière édition par Wynn Leichenhalle le Jeu 29 Sep - 21:26, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: [A Monsieur Leichenhalle] Petite annonce au coin du Times Lun 26 Sep - 21:34

Sans guère d'espoir, Phorao détailla un instant la physionomie dépourvue d'expression que lui adressait le vieil homme, et laissa échapper un soupir machinal. Non, cette fois encore, il n'y aurait rien. Par acquis de conscience, il prononça la phrase fatidique, d'un timbre voilé qui trahissait sa lassitude et sa déception. Il avait eu de la chance toute la journée, le visage redouté ne s'était pas montré, mais cela ne voulait pas dire que l'intrus n'était pas sur sa piste, et d'ailleurs tout pouvait changer d'une seconde à l'autre, ce soir même, à son retour au domicile. Il suffisait que le destin soit d'humeur à lui jouer un tour pendable.

-Rien ce soir, maître Ludlow ?

Les yeux se mirent à briller entre les rides qui se plissaient, et le vieil homme s'anima d'un sourire. Phorao songea, entre agacement et plaisir, qu'il venait d'avoir droit à une manifestation silencieuse de ce qu'on appelait l'humour anglais.

-Une lettre. C'est étrange : elle s'est trouvée sur le rebord de la fenêtre, sans que j'aie entendu passer personne. C'était une minute avant que tu arrives. Ce n'est pas de toi, tout de même ?

Le vieillard perdait peu à peu la vue à force d'être courbé sur les écrits de ses clients ; son ouïe ne laissait déjà échapper aucun détail, et lorsqu'il serait tout à fait aveugle, il y serait prêt, comme il le disait avec bonne humeur. Phorao lui faisait toute confiance quant à sa remarque étonnante. Mais peu importait ; d'ailleurs, si la personne était suffisamment discrète pour porter sa lettre sans être remarquée, cela augurait favorablement de ses talents. Malgré ses formules pacifiques, nécessaires pour écrire dans un quotidien que consultait aussi la police, Phorao cherchait en effet un assassin, purement et simplement. Il n'avait pas imaginé une approche plus subtile que cela.

Son idée changea tandis qu'il parcourait la missive imprévue. Faire parler l'homme, voilà qui semblait fort intéressant, et il aurait sans doute regretté un jour de n'y avoir pas songé. Chacun veut savoir d'où il vient, témoins les généalogies maniaques des aristocrates, et les recherches paléontologiques des autres ; Phorao, qui n'avait pas d'existence propre, et ne voulait pas non plus de celle qui lui avait pourtant été offerte sur un plateau, avait besoin de quelques renseignements tout de même pour construire quelque chose de nouveau. Toutes les possibilités du corps qu'il occupait ne lui étaient pas connues. Les objectifs de son ennemi eux-mêmes n'étaient pas certains. Il allait falloir y remédier avant de le faire taire définitivement. Car lui, Phorao s'en assurerait personnellement, nul ne le rappellerait jamais à la vie.


-Je peux entrer un moment ?

Animé d'une rare impatience, il griffonna en toute hâte une réponse affirmative - non, il n'avait pas besoin des services d'un écrivain public, merci bien - puis prit congé et se dirigea vers l'adresse indiquée, décidé à transmettre lui aussi de sa main le message si fatal et si décisif. Il se sentait plus puissant à présent, la possession d'un objectif valait presque celle d'un trésor. Il faisait nuit mais cela n'avait aucune espèce d'importance.

"Monsieur,

Je crois que nous pourrons faire affaires. Je vous invite à une visite du Musée de Madame Tussaud, demain, à 18h, si vous ne l'avez déjà vu, c'est une curiosité. Si vous le connaissez par coeur, c'est que vous l'appréciez, aussi mon projet ne vous dérangera pas. Notre contrat comportera une part de dialogue forcé, et une part de mise à mort, si vous le voulez bien. Je vous remercie d'avoir proposé cette alternative.

Phorao Marcio DiVeneris, d'avance votre obligé."


Dernière édition par Phorao Marcio DiVeneris le Jeu 29 Sep - 21:11, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [A Monsieur Leichenhalle] Petite annonce au coin du Times Mar 27 Sep - 23:20

Un frottement attira son attention. L'ouïe surdéveloppée de la créature nocturne qu'il était avait reconnu le chuintement caractéristique d'une lettre glissant à travers la fente de la porte de chêne massif.
Assit sur le rebord de la fenêtre, il quitta des yeux le recueil qu'il parcourait, se leva, et le posa sur son bureau, avant de se diriger vers le rez de chaussée afin de récupérer la dite missive.
Si le manoir était d'une propreté exemplaire et particulièrement bien rangé, il y régnait un froid glacial, tant au sens propre qu'au sens figuré. La décoration était pauvre, pour ne pas dire inexistence, et le peu de lumière y entrant donnait à l'intérieur une ambiance stricte quelque peu oppressante.
A vrai dire, Wynn vivait peu dans ce manoir. Il bougeait sans cesse et y revenait rarement, seulement pour prendre ses éventuels ordres de missions ou pour affaire.
C'était justement une affaire qui l'avait poussé à rester chez lui plus d'une journée. Un contrat qui pouvait s'avérer très intéressant, et le prix à la clé particulièrement juteux.
Songeant à cela, il sourit. Il n'était ni avare, ni cupide. Il avait simplement décidé qu'il aimait l'argent, sans vraiment éprouver une quelconque passion pour ces morceaux de métal dorés.

Il ramassa la lettre, la décacheta et la parcourut rapidement. Il constata avec étonnement que son mystérieux correspondant souhaitait le rencontrer. Par sa discrétion, il s'était attendu à ce que l'autre choisisse d'abord de communiquer avec lui par l'intermédiaire de messages écrits.
Il retint un ricanement satisfait. Soit. Il appréciait la spontanéité, et serait enfin fixé quant à l'identité de cet homme décidé à en finir avec un certain importun.
Remontant à l'étage, il posa le billet sur le bureau, se saisit d'une plume et d'un parchemin, et répondit rapidement.
Dix huit heures lui semblait un peu tôt pour se montrer à l'air libre. Wynn ne souhaitait pas être réduit en poussière pour avoir oser se montrer au grand jour. Il décida donc de retarder le rendez-vous d'une demi-heure. En cette période de l'année, le soir tombait rapidement.


Monsieur,

C'est entendu, retrouvons-nous au musée de Madame Tussaud. J'aurais grand plaisir à le redécouvrir, cependant je me permet de vous proposer 18h30 et non 18h. Je suis fort occupé demain, et je n'aimerai pas vous faire attendre.
Je consent parfaitement à vos exigences, et vous ferai part avec plus de détails de ma manière de procéder.

Wynn Leichenhalle.


Il hésita à ajouter quelque chose, mais décida finalement de signer, se contentant de noter sobrement son nom.
Wynn avait saisit la façon subtile qu'avait l'autre de proposer l'alternative du dialogue avec celui qui serait sa future victime. Le vampire était d'avance enthousiasmé par cette idée, friand qu'il était de ce genre d'activité qu'il qualifiait plutôt de jeux. En créature sanguinaire fidèle à sa nature de monstre qu'il était, il adorait se prêter au jeu du chat et de la souris. Laisser la pauvre créature apeurée espérer un instant, puis lire à nouveau la détresse dans son regard suffisait à l'occuper, et il envisageait déjà de nombreuses manières de pousser cette cible inconnue à tout avouer.

Laissant à son corbeau le soin de déposer le pli à l'adresse de Phorao, Wynn retourna s'assoir sur le rebord de la fenêtre afin de poursuivre sa lecture. Il lui tardait d'en savoir un peu plus, mais le calme naturel qui l'habitait le laissait aussi serein qu'à l'accoutumée.

(…)

Wynn considérait que le sommeil devait être la chose la plus absurde dans la vie de toutes créatures. Bien qu'étant immortel, il ne dormait pas plus de quatre heures par nuit, et il lui arrivait de rester plusieurs jours sans songer un seul instant à se reposer.
C'est pourquoi lorsque vint l'heure de rejoindre le musée, il était déjà prêt depuis longtemps, ses longues boucles platine pour une fois bien attachées dans son dos, ne laissant que quelques mèches éparses retomber sur son visage.

Le crépuscule commençait à s'installer doucement sur Londres, et bien que la lumière encore assez vive lui brûla les yeux, il put sortir sans le moindre problème.
Rajustant le col de sa chemise blanche, décorée d'une lavallière, il parcourait tranquillement les rues, chaudement emmitouflé dans sa redingote. Les vampires ne ressentaient ni le chaud ni le froid, mais il aurait été étrange de se promener en chemise en cette période de l'année, raison pour laquelle il adoptait cette attitude plus discrète.
Lorsqu'il arriva au musée, il s'adossa nonchalamment à une griller sur le trottoir en attendant son invité. S'il était venu en civil, il gardait attaché à sa ceinture ses revolvers fétiches, bien dissimulés sous la veste de laine.

Il attendit donc de voir arriver le nouveau contractant. Il ignorait tout de lui, jusqu'à son allure et son âge. Mais il pressentait qu'ils sauraient se reconnaître facilement.
Après tout, à cette heure tardive, il y avait peu de gens à se chercher, devant le musée. Balayant les alentours du regard, le vampire avait tout à fait l'allure de l'homme cherchant un visage connu, et ne faudrait pas longtemps à l'autre pour le repérer, pour peu qu'il ne soit pas déjà à l'intérieur du bâtiment.


Dernière édition par Wynn Leichenhalle le Jeu 29 Sep - 21:28, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [A Monsieur Leichenhalle] Petite annonce au coin du Times Mer 28 Sep - 11:52

La bâtisse attendait ses derniers visiteurs, sous un grand écriteau annonçant le Baker Street Bazaar. Un homme d'une cinquantaine d'années, le jeune monsieur Tussaud en personne, distribuait les billets à l'entrée, en attendant de pouvoir renvoyer les foules pour tirer les rideaux et épousseter les visages immobiles de la boutique. Son impatience était presque palpable, et lorsque Phorao vint lui acheter deux places, il dut se retenir de lui demander vertement quelle beauté mûre l'attendait à la maison, pour lui donner tant envie d'aller la rejoindre et profiter de son expérience. Il n'avait jamais travaillé dur, longtemps debout sans bouger ou au contact de mille plaisantins plus ou moins insupportables auxquels sourire sans en penser une miette. Et quelque chose lui disait que la personne dont il avait endossé l'apparence à son entrée dans le monde n'avait jamais travaillé dur elle non plus, forte de son double statut de Dame et de haute-bourgeoise. Il en concevait un très léger mépris presque inscrit dans ses gènes pour les gens dont le regard semble vous dire : si je pouvais cesser de vous servir, je vous planterais là bien volontiers, mais puisqu'il le faut, allons-y. Rien ne lui était plus désagréable.

Ce n'était pas du tout l'impression qu'il avait en relisant la dernière lettre reçue de l'assassin. D'ailleurs, ce dernier ne le servirait pas, lui, petit commanditaire inconnu ; il servirait son propre plaisir de dilettante, c'était patent. Tant mieux, Phorao avait compris rapidement en ses quelques années d'existence que les amateurs sont parfois plus perfectionnistes dans leur art que les professionnels. C'est également l'impression qu'il eut lorsque se présenta le personnage attendu ; il sut exactement qu'il s'agissait de lui, car leurs regards jumeaux cherchaient visiblement quelqu'un, et il n'y avait plus grand monde dans l'antichambre des Horreurs, comme il surnommait secrètement l'entrée des lieux ; les passants pressés qui se frôlaient du coude au long de Baker Street étaient presque invisibles à force d'indifférence. Et puis, il y avait un quelque chose qui retenait l'attention chez cette homme, une aura. Phorao y était sensible. Il appréciait immensément que l'on sache percevoir la sienne, c'est pourquoi il vouait aux animaux une si tendre adoration ; et il prenait donc soin de rendre cette politesse étudiée à ceux qu'il avait à fréquenter. D'ailleurs, à propos d'animaux...


-Comment avez-vous fait, avec le corbeau ? Avant même d'observer son nouveau partner in crime, c'était la première chose qui le fascinait vraiment. S'il n'avait pas été au bord de la fuite à chaque instant, comme un fugitif de la loi qui tente du bout des doigts de reconstruire sa vie sous une identité secrète, comme il aurait aimé, lui aussi, gagner l'amitié d'une bête de la nuit et lui confier des missions, et partager avec elle un peu de sa lutte pour la vie ! Mais il ne pouvait se le permettre. Il ignorait s'il ne lui faudrait pas soudain disparaître en laissant tout derrière lui, et il aurait éprouvé du remords à infliger cela à un être duquel il se sentirait responsable.

Par prédilection naturelle, Phorao s'exprimait à voix très ténue, à peine audible, car il ne l'aimait guère - hormis quand un chant bien placé pouvait arranger ses affaires, auquel cas il devait reconnaître qu'elle était fort pratique - et préférait que nul, ni lui, ni un autre, ne l'entende véritablement. Dans ce cas précis, il s'agissait d'un parfait inconnu, et britannique qui plus est, selon toute vraisemblance ; ils n'étaient pas faits l'un à l'accent de l'autre, à ses tournures de langage, et allaient sans doute respecter un moment une certaine distance de sécurité qui n'arrangerait rien à l'affaire. Phorao s'était donc forcé à grand regret à déployer un peu sa voix, car il convenait en ce premier contact de se faire parfaitement comprendre ; et ce qui en avait résulté se situait quelque part entre le timbre d'un jeune garçon qui s'exerce à bavarder avec les adultes, et celui d'une féministe accoutumée à aborder les mâles d'égal à égal.

[Seconde moitié dans ce sujet.]
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