L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


Forum RPG - Londres au XIXème siècle. Incarnez Vampires, Loups-Garous, Lycanthropes, Homonculus, Chimères, Alchimistes, Hunter...et choisissez votre camp dans une ville où les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses....
 
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Rêveries antiques [Comte, Glen] [10/03/42]

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Comte Keï
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Date d'inscription : 01/11/2007
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Race : Vampire
Classe sociale : Aristocrate
Emploi/loisirs : Lord / Metteur en scène
Age : 589 ans
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Proie(s) : Les Humains (pour se nourrir) et tout ceux qui se mettront en travers de son chemin.
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MessageSujet: Rêveries antiques [Comte, Glen] [10/03/42] Dim 2 Sep - 23:29

[HRP/ Revenant du post "Attentat aux moeurs"/HRP]

Highgate...Le plus vaste et le plus magnifique des cimetières de Londres...Un lieu empli de mystères et de rumeurs...

Il était onze heure du soir. La nuit avait déjà drapé la ville de son immense manteau noir d'encre. Les étoiles se faisaient rares, les nuages de plus en plus nombreux. Un temps de pluie s'annonçait pour la semaine, et cela n'arrangeait pas le Comte. Demain, sa pièce devait être jouée. Il eut préféré un temps clair et lumineux. Mais s'il pouvait donner la vie et la mort sur cette terre, il ne pouvait pas influencer le temps. Seules les ombres lui obéissaient et elles n'avaient malheureusement pas d'emprise sur le ciel.

Ce soir, Highgate était calme. Il n'y avait aucune réception de prévue et les Vampires qui sommeillaient ici pour animer les lieux étaient aimablement sortis chasser en ville, laissant le Comte se promener à sa guise. Le lord entra donc dans l'immense champ de tombes et de caveaux.
On eut pu s'étonner de voir le Comte sortir ainsi la veille d'une mise en œuvre aussi gigantesque que sa pièce, mais le vieux Vampire avait besoin de calme et de tranquillité. Tout était prêt et ses disciples pouvaient terminer sans lui leurs petites affaires. A quoi bon rester à leurs côtés si c'était pour s'irriter sans raison particulière ? Car, comme avant la réalisation de chaque plan diabolique qu'il orchestrait, le Comte était de mauvaise humeur. Il jubilait, certes, à l'idée que ses plans se déroulent comme prévu, mais il gardait aussi une maussade impression, serrant son cœur, tordant ses tripes, qui venait l'assaillir par vagues le temps d'un souffle ou deux. Était-ce du stress ? Absolument pas. C'était cette nostalgie qui le prenait si régulièrement et qui lui faisait revivre ses pires instants passés. C'était cette vision bleuté qui le rendait de plus en plus malade à mesure qu'elle lui prenait des heures de sommeil sans se soucier de sa santé. Était-il sur le droit chemin ? Beaucoup de questions le gênaient dans ses calculs. Il avait besoin de tout peser. Un pressentiment terrible le rongeait.

Passant la grande porte de pierres, le Comte pénétra dans le cimetière sans se soucier de sa grande grille de fer à moitié ouverte. Il avait déjà admiré tant de fois ses arabesques métalliques qu'il ne les voyait déjà plus. Observant un court instant les tombes alentours, il laissa ses pas le conduire sur la droite du cimetière, vers les tombeaux égyptiens. Il traversa ainsi quelques allées dallées, ornées de pots de fleurs séchées, et arriva enfin dans un couloir encadré de grandes colonnes ouvragées.
Le Vampire était simplement vêtu, comme à son habitude. Chemise blanche, pantalon noir, manteau rouge sang et canne-épée. Il n'avait pas pris son haut de forme, signe qu'il était là en simple visite solitaire, sans rechercher une quelconque mondanité. Faisant tourner son arme comme un funambule ouvre son spectacle, le Vampire jeta donc un œil aux chapiteaux ornés qui composaient le sommet des colonnes qui l'entouraient. Il aimait l’Égypte. Pays de soif, pays de poussière, pays de Vampires enrubannés...Cela l'amusait. Et ces sculptures le longs des tombeaux le soulageaient quelques part d'un sentiment ancestral qui lui collait à la peau. Avait-il eu des ancêtres dans cette contrée sablonneuse ? Difficile à dire...C'était surtout son ancien maître, son créateur, qui avait des liens avec ce lieu empli de momies. Peut-être que son goût particulier pour ses merveilles était passé dans son âme lors de l'échange du don obscur ? Le Comte ne s'en souciait plus guère. Matosaï était mort, c'était tout ce qui l'importait à ce sujet. Et il avait autre chose à faire que de se pencher sur les origines de ce dernier.

Dépassant l'aire égyptienne, le lord s'enfonça dans le cimetière pour se diriger vers le morceau de forêt qui en rongeait le fond. Tranquillement, d'un pas enjoué, il se promena en observant chaque tombe, chaque statue, chaque vase comme un étranger qui découvre la magnificence du lieu pour la première fois. Il soupirait régulièrement, comme un homme qui manquait de souffle à cause de la fatigue ou de la tristesse. En réalité, le Comte était bel et bien fatigué. Il était fatigué de devoir gérer ses novices, fatigué de ne plus dormir à cause de ses songes qui revenaient soudainement le tourmenter dans ses journées qui devenaient tumultueuses, fatigué aussi des alliances qu'il devait assurer pour ses plans, de sa pièce de théâtre à achever demain, de cette Elizabeth qui venait traîner dans ses pattes...Il avait besoin de se ressourcer mais surtout de clore certaines choses importantes à ses yeux. Tout, avec Sarah, serait terminé demain. Cela le rendait fou.
Les pièces de son échiquier étaient en place, il ne suffisait plus qu'à lancer la partie. Ce soir était la dernière soirée qu'il allait pouvoir savourer avant cette nouvelle ère. Car il était certain que cette pièce allait être une véritable étape dans sa vie.

Arrivé à l'orée de la forêt, le Comte, s'arrêta. Respirant l'air humide qui se dégageait des sous-bois, il se sentit envahit d'une douce sensation de plénitude. Il aimait sentir l'humus, la vase, la mousse collés aux branches et aux lianes qui reprenaient leurs droits sur la pierre. Partout autour de lui régnaient les ronces, les lichens et les algues.
Baissant la tête pour éviter une branche feuillue qui dépassait-là, il disparu dans l'ombre des arbres. Leur hauteur se fit croissante et bientôt le Comte erra dans la brume qui s'échappait de toutes les plaies liquides traversant le sol boueux de cet endroit. Ses bottes noires s'enfonçaient dans la terre spongieuse, mais il n'en avait cure. Sa cape soulevait des volutes de brume qui se refermaient lentement sur son passage. Avançant paisiblement, le Vampire tourna autour d'une paire de tombes ornées de statues d'anges. Leurs ailes de pierre, déployées avec grâce, donnaient à leurs silhouettes toute la finesse des éphèbes antiques. L’art gothique battait son plein à ce niveau du cimetière. Le Comte aimait beaucoup venir rôder ici. Cela lui donnait presque l'impression d'être à sa place, même s'il s'amusait surtout à s'imaginer en diable au milieu de ces pauvres petits torturés qui pleuraient leurs défunts avec tristesse.

Comme souvent, le Comte finit par arriver près d'une haute statue de marbre gris. C'était un homme colossale, grand comme deux. Debout, tête baissée, il tenait dans ses bras un bouclier brisé. Le Vampire caressa son pied drapé et contourna son socle rectangulaire. Puis, d'un bond d'une souplesse certaine, il alla s'asseoir sur son épaule. Croisant les jambes en s'appuyant sur la tête du géant, il dégagea la branche d'un arbre à l'aide de sa canne-épée pour voir un morceau de ciel. Aucune étoile en vue. Comme cela l'irritait...

Soupirant, il se mit à murmurer :


- A l'aube du monde, soupirs incessants,
Je t'ai trouvée ronde, Ô ma belle enfant.
Et mes mains rouges sang, t'ont portée bien loin
Souillant dans l'élan ton réel destin...
Qu'y pourrais-je ?
Ma belle amie...


Une aura approchait. Comment ne pas la sentir ? Elle était puissante, étrangement soutenue et surtout...inconnue. Un Vampire était entré dans le cimetière. Ce n'était nullement l'un de ses gardiens, le Comte les connaissait tous. C'était un nouveau promeneur...
Cessant sa petite poésie nocturne, le Vampire se redressa et s'installa plus confortablement sur la statue. Il attendit, mains croisées. Sa propre aura n'était pas dissimulée, même s'il la réduisait toujours de moitié pour éviter de détruire nombre de choses autour de lui. Ainsi, si cet inconnu n'était pas un imbécile, il la sentirait et s'en irait, ou il viendrait se présenter à lui. Le Comte aurait pu être hautement irrité par cette soudaine interruption dans sa petite soirée solitaire, mais il allait se montrer patient, une nouvelle fois. Après tout, il semblait que c'était sa semaine pour les rencontres...

Quelques minutes passèrent. Le Comte ne se souciait déjà plus de l'inconnu. Reprenant ses amères pensées, il scruta à nouveau le ciel. Toujours aucune étoile...
Un doux froissement s'éloigna dans les cimes angoissées des arbres. Un hiboux venait de quitter son perchoir pour aller chasser une quelconque souris. Le Vampire songea à Elizabeth. Que pouvait-il en faire pour le moment ? A part la laisser à Wynn ? Cela ne lui plaisait guère mais il n'avait pas le choix. Calmer l'orgueil du Vampire et la rage de la jeune femme était nécessaire au maintient de l'ordre dans sa ville. Les lier avait été une idée mesquine et diabolique en même temps qu'une idée pertinente. Mais pourrait-il la récupérer ensuite ? Wynn n'allait-il pas la soumettre à sa propre autorité ? C'était envisageable. Il faudrait que le Comte sévisse...


- A l'aube de l'humanité, soupirs gémissants,
Je t'ai trouvée blonde, Ô ma chère enfant...


De douloureux souvenirs lui revenaient soudainement en tête. Pourquoi maintenant ? Quelque chose ne tournait plus rond chez lui. Son pressentiment commençait à l'envahir.

Préférant laisser de côté ses songes nocturnes, le Comte ramena son attention sur l'inconnu qui avançait dans le cimetière. Il valait mieux dialoguer ce soir, il le sentait.
Son aura se fit insistante. C'était une invitation plus qu'explicite de sa part.


- Approchez...fit-il de sa voix ronronnante.

Il était là, il le sentait. Caressant le crâne de la statue, le Comte continua d'un air détaché :


- Il est rare que l'on vienne me déranger en ces lieux. En général, mon aura éloigne les curieux...

Ses yeux de brume se posèrent sur l'inconnu. Un sourire se dessina sur ses lèvres étirées. La soirée ne faisait que commencer.


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
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Dernière édition par Comte Keï le Sam 24 Nov - 9:34, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Rêveries antiques [Comte, Glen] [10/03/42] Lun 3 Sep - 1:19

Les jambes étalées sur son bureau, Glen regardait à travers une des fenêtres de sa chambre. Le ciel était d'un noir d'encre, si bien qu'il voyait son reflet se dessiner sur la vitre. Son visage était à peine maquillé, contrairement à son habitude, et ses traits étaient tirés, le vieillissant de quelques années. Le vampire était perdu dans ses trop nombreuses pensées qu'il ne parvenait pas à mettre en ordre. La veille, il avait conclut un bien étrange pacte avec une jeune humaine, et était rentré de sa soirée de très bonne humeur. Mais depuis qu'il s'était levé ce soir là, il n'avait pas prononcé un mot et était resté dans sa chambre à observer les dernière lueurs du jour à travers sa fenêtre. Il n'était pas de mauvaise humeur, ni triste, ni heureux, rien de tout cela. Pour la première fois depuis plusieurs mois, Glen était parfaitement lucide et calme. Mais il était surtout mélancolique.
Ce soir n'était pas un soir comme les autres. Ses longs doigts maigres se refermèrent machinalement autour de son médaillon ternit par le temps. C'était l'anniversaire de celle qu'il aurait pu appeler «mère» si la vie ne la lui avait pas arraché alors qu'il poussait son premier cri.
Il savait si peu de choses d'elle... Un vieux portrait craquelé dans le manoir familial, une vague description qui lui permettait à peine de l'imaginer, et une mèche de ses cheveux, lesquels avaient blondis avec le temps. On lui avait dit à quel point elle était douce et chaleureuse, on lui avait vanté sa beauté, mais cela il s'en fichait. Il ne savait rien de plus d'elle. Glen la haïssait autant qu'il l'aimait. Il avait su se détacher de beaucoup de choses, lorsqu'il était devenu vampire, mais jamais il ne se séparerait de ce sentiment d'abandon et de manque qui l'avait rongé pendant toute son existence humaine. Il était rongé par la culpabilité, et ce quoi qu'il puisse dire pour se défendre.

Ses doigts s'agitèrent nerveusement sur l'accoudoir de son fauteuil tandis qu'il réfléchissait. Il n'aimait pas cette date. A chaque fois, il sentait le martèlement des années retentir dans son crâne, et cette sensation lui donnait envie de vomir. Il ne saurait jamais s'il bénissait cette vie éternelle ou s'il la maudissait. Une chose était sûre, il s'amusait bien trop en temps normal pour jouer les petits vampires tristes et nostalgiques de l'existence humaine. S'il avait été changé en vampire, c'est qu'il y avait une raison. Rien n'arrivait par hasard, il en était certain.
D'un geste vif, Glen se leva. Habillé d'un pantalon noir et d'une chemise blanche, il enfila sa veste bleue marine et ses bottes noires. A ce moment, sa seconde fit irruption dans sa chambre et se figea en croisant le regard éteint de son maitre.


-Quelque chose ne va pas, monsieur?
-Rien. Je sors. Faites donc ce que vous voulez ce soir!

Puis il passa devant Aisling sans rien ajouter. Elle le regarda avec des yeux ronds sans insister. Il était rare d'entendre cela de la bouche de Glen. Qu'il laisse ses deux acolytes faire ce qu'ils désirent de leur soirée n'était pas dans ses habitudes. Mais la jeune femme n'était pas dupe. Elle avait des limites à ne pas franchir, et si son maitre était un excentrique de nature, il ne pardonnait aucun écart.
Dévalant les escaliers, Glen attrapa son chapeau haut de forme bleu assortit à sa veste et sortit de chez lui.
Levant les yeux, il regarda le ciel. Toujours aussi noir. Pas un nuage, mais pas une étoile en vue. Il fit la moue en voyant cela. C'était assez morose, comme spectacle, mais il saurait s'en contenter, et se mit en route. Où pouvait-il aller? Comment souhaiter dignement l'anniversaire d'une femme morte depuis quatre siècles? Instinctivement, Glen prit la direction de Highgate. Peu après s'être installé à Londres, il y avait fait construire un petit caveau à son nom, qui était resté vide jusqu'à présent. Glen ignorait où sa mère était enterrée, mais il avait tenu à lui offrir ne serait ce que quatre murs pour reposer en paix.

Plongé dans ses songes, le vampire fut presque surprit lorsqu'il fut en face de la grille du cimetière. Et à peine fut-il entré qu'il se figea. Il n'était pas seul. Il sentait une aura, au loin, peut-être dans la partie la plus reculée du cimetière. Une aura qui n'avait rien d'humain, bien au contraire. Une aura ancienne, imposante et... Tourmentée? Il ne trouvait pas d'autre mot pour qualifier cela. Mais plutôt que de chercher immédiatement l'origine de cette aura, Glen décida de poursuivre son chemin. L'inconnu était peut-être lui aussi venu se recueillir, après tout, et Glen savait faire preuve d'un minimum de respect.
Traversant les allées, Glen ne s'arrêta que devant le petit caveau. Il était simple, sans décoration d'aucune sorte. Un choix étrange, pour une personne appréciant l'or et les bijoux. Il ne s'expliquait pas ce choix étrange. Poussant la petit grille du caveau, il entra à l'intérieur et s'assit en tailleur à même le sol et resta un long moment silencieux.


-J'avais préparé un long discours... Mais je l'ai oublié... De toute manière ça ne sert à rien puisque tu ne m'entends pas... Ou si tu m'entends, tu ne me réponds jamais...

Il se tut un moment et tendit les mains. Les fixant un instant, il y fit naître une ravissante fleur de lys d'un blanc très pur. L'illusion était si fidèle qu'elle en paraissait réelle, et le vampire déposa la fleur devant la plaque mortuaire. C'était un petit élément, qu'il pouvait garder ancré dans le monde réel pendant plusieurs jours, et l'image disparaitrait progressivement, comme une fleur qui se fane.

-Je ne sais même pas si tu aimes les lys... Mais je les trouve jolis et moins prétentieux que les roses... Enfin je crois... Peut-être que tu n'aimes pas les fleurs, après tout. Tu ne me dis jamais rien, de toute manière...

Sa phrase se perdit en un murmure, puis Glen se tut. Durant tout le trajet séparant son manoir du cimetière, il avait songé à ce qu'il pourrait dire une fois arrivé. Mais il avait perdu tout ses moyens et se retrouvait muet, incapable de dire quoi que ce soit. A chaque fois c'était pareil.
Mais cette fois ci, il éclata d'un grand rire nerveux en se passant une main sur le visage.


-Quel idiot... Je parle à une vulgaire pierre, évidemment que tu ne peux pas me répondre! Tu ne me vois même pas, je suis sûr... Tu ne sais même pas que j'existe, tu ne connais même pas mon nom...

Il serra le poing et les dents, en proie à une colère soudaine. De nombreux chasseurs le traitaient de monstre sanguinaire, en Irlande on le craignait, on le disait inhumain et féroce, mais au fond... Il avait les mêmes sentiments que les humains. Seulement les siens étaient exacerbés par sa nature et sa folie omniprésente. Quand il haïssait, ce n'était pas pour de faux. Et quand il aimait... Avait-il seulement aimé une fois dans sa vie? On ne lui en avait pas vraiment donné l'occasion.

-Je me raccroche à une illusion... C'est pathétique..., dit-il en ricanant.

Glen se leva et quitta le caveau. Il n'avait plus rien à faire ici. Chaque fois qu'il venait, il le regrettait, mais il ne pouvait s'empêcher de le faire. Il savait que d'ici quelques minutes, tout irait mieux, mais pour l'heure il sentait une boule lui serrer l'estomac. Une désagréable sensation qui lui rappelait sans cesse que s'il était immortel, il n'était pas pour autant invincible, loin de là.
Le vampire s'apprêtait à quitter le cimetière, quand l'aura imposante se rappela à lui. L'autre semblait avoir lui aussi sentit sa présence, car Glen eut le sentiment qu'il l'invitait à approcher. Soit, si cet inconnu souhaitait converser avec lui.
Tout en approchant, Glen se demanda s'il connaissait cette aura. Mais elle ne lui rappelait rien, et appartenait à un vampire plus âgé que lui. Hors, Glen n'en rencontrait pas tous les jours.
Son ouïe fine perçut une voix dans les ténèbres. Un timbre grave et chaleureux, qui invitait l'auditeur à s'arrêter pour écouter son discours. Le ton et le rythme lui rappelèrent celui d'un poème, mais il était un peu trop murmuré pour que Glen puisse en comprendre le sens.
Dépassant les colonnes égyptiennes, il déboucha prêt d'une partie du cimetière donnait sur la forêt.
Là, une imposante statue d'un homme portant un bouclier brisé s'élevait vers le ciel. Et sur son épaule se tenait un homme. Une homme aux longs cheveux blancs et au manteau rouge sang.
Ainsi donc c'était lui, le mystérieux vampire? Glen se rappela soudain ce que lui avait dit Kane, son homme de main. La ville ne Londres était dirigée en secret par un certain Comte Keïsuke, le plus vieux vampire au monde. Etait-ce lui? Il correspondait à la description qu'on lui avait faite, mais dans le doute, Glen préférait ne pas s'avancer à ce sujet. Un vampire tirant les rênes d'une si prestigieuse capitale... Ce n'était pas idiot, en soit. Même très ingénieux et pourtant entouré de mystère. Retrouvant son habituel sourire jovial, Glen retira son chapeau et salua l'inconnu d'une courbette.


-Bonsoir! Loin de moi l'idée de venir vous importuner, je ne suis que de passage. Votre aura est... Impressionnante. Je n'en avais pas ressentit de telle depuis bien des années. Vous m'invitez à approcher, c'est donc que vous n'avez pas l'intention de me faire fuir avec votre aura, conclut-il, le regard pétillant.

Sa remarque n'avait rien d'insolent, c'était une simple constatation lancée sur le ton de la conversation. Car après tout, si ce vampire n'avait pas voulu être dérangé, il ne l'aurait pas invité à approcher, et l'aurait peut-être même poussé à partir.
Peu à peu, Glen commençait à oublier sa mélancolie pour retrouver sa bonne humeur habituelle. Pourtant, une méfiance certaine s'empara de lui en s'approchant un peu plus de l'autre vampire. Jouer avec les nerfs d'un humain était une chose, chercher à ennuyer un vampire plus âgé qui n'avait l'air d'avoir envie de rire en était une autre. Et bien tant pis! Ce soir, Glen aspirait davantage à une discussion plus... Posée. Si l'autre y consentait. Au pied de la statut, il leva les yeux pour regarder son interlocuteur.


-Je me nomme Glen O'Sullivan. Je ne crois pas vous avoir déjà croisé dans les rues de Londres, je me souviendrais d'une telle aura...

Glen aimait connaître les membres de sa race, des plus vulnérables aux plus puissants. Loin de lui l'idée de s'en faire un tableau de chasse, car après tout, il n'en avait qu'après l'espèce humaine. Mais c'était un grand curieux qui occupait son temps comme il le pouvait. Car l'ennui le rongeait et finirait par avoir raison de son esprit.

-Vous m'avez l'air soucieux... Cela se lit sur votre visage..., dit-il avant de marquer une courte pause. Oh... Ce ne sont pas mes affaires, après tout! Je suis un peu trop curieux!

Et pourtant, il mourait d'envie de savoir ce qui semblait préoccuper le vampire. Mais Glen n'était qu'un inconnu à ses yeux, il n'espérait pas que l'autre se confierait à lui. Sa curiosité restait néanmoins palpable, semblable à celle d'un enfant avide de connaissances. Deux émotions se battaient en lui. Cette nostalgie maladive qui ne semblait pas vouloir se faire oublier, et cette envie de savoir. Mais de savoir quoi? Peu lui importait.


Dernière édition par Glen O'Sullivan le Mar 16 Oct - 23:28, édité 1 fois
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Rêveries antiques [Comte, Glen] [10/03/42] Lun 3 Sep - 15:07

Lorsqu'il posa ses yeux brumeux sur l'inconnu, le Comte l'observa tranquillement. D'un œil paisible, il détailla son visage et son accoutrement. Son port était altier, son faciès allongé et fin...Il portait une veste bleue et un chapeau haut de forme assorti. C'était un Vampire d'une élégance rare et son menton avancé lui donnait un air princier, relevé par un maquillage léger et distingué. Mais ce qui marquait au premier coup d'oeil, hormis cet apparent soucis du détail, c'était sa coiffure farfelue. En effet, ses cheveux, d'un rouge soutenu, étaient tantôt courts, tantôt longs, en bataille ou tressés. Cela ajoutait un soupçon de folie à son ensemble, comme à une poupée clownesque abandonnée sur une étagère pendant quelques décennies. Étrange impression.

Le Comte le regarda s'avancer vers la statue sur laquelle il s'était perché. Il nota dans sa démarche une prudence et une retenue intéressantes. L'inconnu le salua alors d'une courbette galante. Le sourire de Jirômaru restait sur ses lèvres. Ce Vampire allait peut-être égayer sa soirée ? Il avait peut-être enfin devant-lui un membre de sa race qui saurait se tenir en sa présence ? Cela faisait longtemps en effet que le Comte n'avait pas eu de discussion mondaine, aimable, sans menace et sans pointe d'impertinence. Peut-être que ce Vampire allait vite comprendre qu'il valait mieux rester à sa place si l'on voulait compter le lord dans ses protecteurs plutôt que dans ses maîtres manipulateurs...
Le Vampire semblait perturbé par l'aura de son aîné. Qui ne le serait pas ? Le Comte était conscient de sa force, cela l'amusait plus qu'autre chose. S'il la déployait entièrement, nul doute que ce Vampire s'agenouillerait ou s'éclipserait à la hâte...Ce n'était qu'une moitié d'aura qu'il ressentait. Mais le Comte n'était nullement là pour jouer au plus fort. Cela ne l'intéressait pas. Fiora ne l'avait d'ailleurs pas encore saisi. Les duels et autres combats silencieux l'ennuyaient rapidement. Lui qui était né pour les armes et qui manipulait si aisément les esprits, n'avait plus goût qu'à la torture ou à la luxure. Rien d'autre, hormis ses intrigues personnelles qui mettaient en jeu toute sa race, ne l'animait d'une quelconque passion.

Le promeneur ne s'attarda pas sur ce détail d'importance et, s'avançant lentement, il se présenta sous le nom de Glen O'Sullivan. Un nom totalement inconnu pour le lord qui ne pouvait pas, malgré son don obscur et sa place à la tête du royaume d'Angleterre, connaître tous les visages et les patronymes des vivants ou des morts.
Face à son ton enjoué et à sa remarque sur son air soucieux, le Comte sourit de plus belle. Sa voix grave répondit doucement, tandis qu'il le regardait de haut depuis son perchoir.


- Soucieux...ce n'est peut-être pas le bon terme...

Il était face à un Vampire qui avait du temps à perdre, c'était évident. Parler avec le maître de la ville était une chose, se promener dans un cimetière et commencer à chercher ce qu'il ruminait en était une autre. Ce Glen prenait des pincettes, heureusement, mais le Comte sentait bien que le ton de la conversation venait d'être donné. Le Vampire souhaitait dialoguer aimablement ? Soit, c'était une perspective qui plaisait au Comte. Après tout, comme l'avait souligné son nouvel interlocuteur, n'avait-il pas attiré ce dernier dans ce but ?

- Curieux...Peut-être...fit-il en soulevant une autre branche à l'aide de sa canne-épée pour tenter de percevoir ne serait-ce qu'une étoile. Mais la curiosité n'est pas toujours un défaut...continua-t-il en ramenant son regard sur Glen. Il suffit de la mesurer...

D'un bond, le Comte sauta de la statue et atterrit aux pieds de son collègue dans un froissement de cape. Ses bottes de cuir imprimèrent leur emprunte dans la mousse spongieuse du sol. Se redressant de toute sa hauteur, le lord fit face à Glen, le dominant d'une bonne dizaine de centimètres. Ses yeux de brume fixèrent les siens, si pâles dans leur bleu marin.

- Nous ne nous sommes jamais croisés, en effet...fit-il en appuyant son regard sur le visage du Vampire comme pour tenter de reconnaître quelqu'un.

Il avait un peu plus de 300 ans, un âge respectable chez un Vampire. Son aura était fine et forte, le Comte ressentait en lui une grande souplesse d'esprit. Bonne ou mauvaise chose ? Il ne pouvait pas encore le définir. Mais ce Vampire, qu'il avait maintenant devant lui, cachait de sombres ficelles derrière ce masque jovial...
Le Comte s'éloigna un peu de Glen, comme pour se promener à nouveau. Il retourna près de la statue pour en toucher le pied d'un air nostalgique.


- Sachez que lorsque l'on a mon âge, Monsieur Sullivan, ce ne sont pas tellement les soucis qui importent...mais bien la manière de s'en débarrasser. Certaines choses restent enfouies, d'autres ressortent parfois de leur tombe. Et en 600 ans d'existence, on n'en possède pas autant qu'en 200 ou 300 ans...Leur nombre multiplie les possibilités d'atteindre cette nostalgie insignifiante qui tue tant des nôtres...

Le regard du Comte revint se poser sur Glen. Appuyé sur le socle de la statue, il continua d'un ton mélancolique en montrant de sa canne-épée le bouclier brisé du géant de pierre.

- Comme Achille, nous possédons un bouclier neuf et poli...Cette expérience que le temps nous offre, en renforce l'éclat. Nous pouvons nous en servir pour terrasser Méduse ou atteindre la gloire en exhibant sa divine origine. Mais...Le Comte parcouru la fente de l'objet en pierre avec sa canne-épée. Tôt ou tard, ce bouclier finira par se briser....

Ramenant son arme dans ses deux mains, il soupira.

- Je suis des ces guerriers fatigués de combattre dans la poussière sous l'égide d'une puissance oubliée en attendant que cette protection ne s'effrite et ne se brise enfin. Mon pouvoir dépasse ce genre de bataille...

Fallait-il continuer cette comparaison ? Le Comte commençait à dévoiler à cet inconnu quelques uns de ses sentiments. Le lord avait-il donc besoin de parler ? Pourquoi révélait-il ainsi au premier venu ses profondes réflexions ? Tout simplement parce qu'il était le plus vieux de tous et que sa tâche, parmi tant d'autres, était d'apprendre aux siens que l'immortalité n'était pas un simple jouet. Il fallait les mettre en garde contre ses effets. Lui-même commençait à se sentir terriblement las.
Mais en interpellant ainsi ses semblables, ne risquait-il pas de dévoiler quelques faiblesses exploitables à son désavantage ? Aucunement. Le Comte savait toujours ce qu'il faisait.


- Mon nom est Jirômaru Keisuke. Reprit-il d'un ton plus léger. Ici on me donne le titre de ''Comte'', même si ce dernier est complètement usurpé. Nos semblables m'appellent parfois Maître, ou Seigneur...cela dépend du contexte.

Revenant vers Glen d'un pas tranquille, le Comte continua d'un air plus joyeux.

- Alors, Monsieur Sullivan...Que faites-vous donc à Highgate ? Admirez-vous quelques statues, comme moi ? Ou venez-vous déterrer quelques mauvais souvenirs dont vous vous passeriez bien ?

Son regard croisa le sien. Un sourire aimable anima son visage.

- Je ne suis pas le seul à avoir l'air soucieux...

C'était évident. Glen n'était pas là pour le plaisir. Comme lui, il venait quérir en le lieux sordide une pointe de nostalgie. Ha comme ils l'aimaient leur gentille nostalgie ! Les Vampires étaient décidément des êtres emprunts de ce sentiment désagréable. Cela les minait constamment, leur rappelant leurs origines, les faisant culpabiliser parfois sur leur ancienne vie humaine...Cet O'Sullivan devait avoir été mordu au même âge que le Comte, dans l'avancement de ses vingt-six ou vingt-huit ans. Il n'avait pas le visage d'un trentenaire malgré les marques que le temps finissait toujours par offrir avec l'immortalité. Quelle était son histoire ? Le Comte commençait à se le demander. Que faisait-il à Londres ? Pourquoi ne s'était-il pas présenté à lui ?
Le Comte ne le savait pas encore et il ne le sentait pas non plus à cette heure, mais ce Vampire et lui-même n'étaient absolument pas faits pour s'entendre. Trop de choses les séparaient, notamment leur conception de la Mascarade. Mais cela viendrait plus tard dans leur conversation. Pour le moment, elle était tout ce qu'il y avait de plus mondain...


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MessageSujet: Re: Rêveries antiques [Comte, Glen] [10/03/42] Lun 3 Sep - 22:04

Au pied de la statue, Glen leva la tête vers le ciel. Sous le ciel d'un noir d'obsidienne, cet inconnu aux cheveux immaculés faisait un bien curieux contraste. Sa silhouette se découpait dans l'obscurité avec une netteté incroyable, et le marionnettiste le regarda un moment en penchant la tête, s'attardant sur ce curieux spectacle. Cet homme avait l'air calme et paisible comme une ombre, mais sans qu'il puisse dire pourquoi, Glen ne pouvait s'empêcher de se méfier. Il s'était toujours méfié des plus vieux que lui. Ils avaient une puissance dont il ignorait tout, les connaissances d'un passé qu'il n'avait pas et une vision de l'avenir qui allait bien au delà de la sienne. Glen ne pouvait nier qu'il jouait lui même de tout cela avec les plus jeunes, mais ce n'était en rien comparable à ce que des vampires de plus de cinq cents ans pouvaient faire.
Il n'y avait aucune agressivité dans son aura, rien qu'une sérénité incroyable et une certaine retenue. Trop de mystère pour un vampire aussi curieux que Glen. S'il ne prétendait ne pas être soucieux, il en avait tout de même l'air. Peut-être contrarié? Non. C'était autre chose. Mais Glen se contenta de lui rendre son sourire, la tête toujours levée vers l'épaule de la statue. S'il n'avait pas envie de s'étendre sur ce qui le préoccupait, Glen n'allait pas lui mettre le couteau sous la gorge en le menaçant. Il n'aimait pas ce genre de méthodes, et à part faire rire son interlocuteur, il n'aurait rien obtenu.
La remarque du Comte au sujet de sa curiosité fit rire Glen un instant. Il n'avait pas tort, car bien employée, la curiosité pouvait être une arme redoutable. En abuser pouvait être dangereux et attiser la méfiance, mais il avait apprit à en user avec parcimonie, ou d'une manière si discrète qu'on ne le soupçonnait pas. Abuser ainsi d'une personne un peu naïve en la poussant à tout révéler était une entreprise d'une facilité déconcertante.


-Tout dépend de ce nous avons à cacher. La curiosité est une arme à double tranchant! Plus un passé est lourd de secret, plus la curiosité d'un tiers devient embarrassante, cela va de soi! Mais passons!

Glen avait beaucoup de choses à cacher mais il le montrait peu. C'est bien pour cela qu'il parlait en connaissance de cause et non pour appuyer l'absence de réponse du Comte, dont le côté évasive était clair.
Glen ne fut pas fâché de voir le Comte descendre de son perchoir. Se tordre le cou plus longtemps pour s'adresser à lui l'aurait vite fatigué et ennuyé. Pourtant, lorsqu'il fut devant lui, le rouquin dut relever la tête pour le regarder dans les yeux. Sans se départir de son sourire, il soutint ce regard brumeux et si étrange. Glen se demanda un instant s'il le voyait réellement ou s'il était aveugle. Mais qu'avaient-ils donc tous à être si grand? Ce n'était pas la première fois que Glen croisait un vampire le dépassant d'une bonne dizaine de centimètres, et chaque fois il se sentait incroyablement petit et insignifiant. Il n'avait pas la carrure d'un combattant mais celle d'un acrobate à l'ossature fine et fragile. Une tempête l'aurait emporté que cela n'aurait choqué personne! Et pourtant, sous cette apparence chétive et sympathique se cachait un véritable monstre aux habitudes macabres.
Glen sentit que le Comte le détaillait, comme s'il cherchait à le connaître avant même de lui avoir demandé quoi que ce soit à son sujet. Quelles questions pouvaient bien lui traverser l'esprit? Cet homme était entouré d'un mystère évident qui déstabilisait Glen. Habituellement, il avait un don certain pour comprendre les gens avec un simple regard ou après quelques mots échangés, mais comment deviner ce que pensait un homme au regard totalement éteint et aux paroles tapissées d'énigmes? Jouait-il avait ses nerfs pour simplement s'amuser? Ou était-ce sa façon à lui de communiquer avec les siens? Si c'était le cas, c'était une bien étrange manière de procéder...

Lorsque le Comte s'éloigna de lui, Glen le suivit distraitement du regard, sans se préoccuper de ce qu'il allait faire. C'est ce qu'il avait à dire qui intéressait le vampire. Et il ne fut pas déçu d'apprendre qu'il avait vu juste. Son interlocuteur avait dépassé les cinq cents ans depuis déjà prêt d'un siècle, d'après ce qu'il disait. Glen était entré depuis peu dans son quatrième siècle d'existence, et s'il n'avait plus rien d'une jeune recrue farouche et indisciplinée, il était encore loin de cette maturité. Il espérait bien l'avoir un jour, même si pour cela il devait dire adieu aux derniers lambeaux de lucidité qui lui restaient. Qu'importe s'il lui fallait devenir encore plus fou, s'il pouvait voir l'humanité se déchirer par jalousie, envie, orgueil, colère ou simple pulsion, il le ferait. Il ne tenait pas à grand chose, et peu de gens tenaient à lui, il n'avait donc rien à perdre. Mais il y aurait toujours quelqu'un pour l'empêcher d'agir, et même s'il n'aimait pas être contrarié, trop de facilité ne l'intéressait pas non plus. Une chose était certaine, le Comte ne serait certainement pas son allié sur ce point là. Car il ne semblait pas nourrir les mêmes ambitions que Glen, ce qui n'était pas très étonnant, à vrai dire.


-Votre façon de voir les choses est... Intéressante. Elle diffère de bien des versions. A vous entendre, on pourrait penser que vous ne vivez pas votre éternité... Vous la subissez... Mais je me trompe sûrement, répliqua Glen d'un air pensif, presque étonné. Je vous rejoins cependant sur un point. Ce sont souvent les souvenirs les plus anciens, les plus secrets qui refont surface au dernier moment pour vous poignarder dans le dos... Je ne peux guère qu'acquiescer à ce que vous dites, je n'ai vécu que quatre siècles jusqu'à présent, et je vous avoue que je ne suis pas pressé de découvrir cette facette de l'âge...

Lui qui se sentait déjà parfois nostalgique, sentir peser encore plus le poids des années n'était pas une chose qu'il avait hâte de connaître... Sa situation actuelle n'était peut être pas si mal, après tout... Un sourire se dessina sur ses lèvres. Un de ces sourires mesquins et cruels qui dévoilaient sa véritable personnalité et donnait à son visage les traits d'un clown blafard et terrifiant. Glen n'avait rien d'un rigolo ou d'un bon vivant. Il aimait les plaisanteries qui font mal, celles qui blessent au plus profond de l'âme, qui vont briser les barrières de l'esprit et s'impriment à jamais dans la chair. Il aimait s'enfoncer au plus profond de l'âme pour en dévorer la substance, se repaitre de peur, de terreur, d'angoisse, de tétanie... Il n'y avait que cela pour lui faire oublier à quel point il était perdu et incapable de trouver son chemin où que ce soit. Il avait prit goût à tout cela, et l'en priver revenait à interdire l'opium à un drogué.
Comme toujours lorsqu'il était nerveux, les doigts de Glen s'agitaient d'une étrange manière, comme les pattes d'une araignée tissant sa toile, ou celle d'un marionnettiste jouant avec un pantin de bois.
Stoppant net ce geste convulsif, Glen reprit un visage des plus avenants, son sourire se faisant plus aimable. Cette façon qu'il avait de changer d'humeur en un rien de temps avait quelque chose de déroutant qui ne passait pas vraiment inaperçu. Sans ajouter un mot, il se contenta d'écouter ce que le Comte lui disait, affichant un air sincèrement intéressé.


-Ah... Mais tout dépend de la façon dont nous entretenons ce bouclier. Laissez-vous submerger et ils vous engloutiront, qu'importe votre renommée, vos origines ou votre rang... Nous ne sommes pas invincibles, c'est bien là notre plus grande force, mais aussi notre plus grande faiblesse. Une trop grande confiance ou un caractère trop présomptueux peuvent facilement briser ce bouclier. C'est ce qui a causé la perte d'Achille, si je ne m'abuse... Il n'existe pas en ce monde de bouclier qui soit indestructible. Rien que des hommes assez puissants pour les préserver.

Si Glen ne parvenait pas à comprendre les motivations du Comte, il appréciait en revanche sa manière de s'exprimer. Achille n'était pas un dieu, tout comme les vampires n'étaient pas immortel. Le temps n'avait pas d'emprise sur leur physique, la maladie ne les touchait plus, ils ignoraient la famine... Mais bien d'autres choses pouvaient causer leur perte, et il n'était pas inutile de le rappeler. Il fallait souvent plus d'un siècle pour qu'un vampire le comprenne et en prenne pleinement conscience. Le Comte le savait sûrement mieux que quiconque, de part son âge et sa façon d'en parler. «Mon pouvoir dépasse ce genre de bataille...», n'était-ce pas là de la lassitude?
Mais l'aristocrate aux cheveux d'argent poursuivit sur sa lancée, et le sujet fut éclipsé. Glen ne s'était pas trompé, il s'agissait bien de l'homme dont lui avait parlé Kane. C'était donc lui, le maître de cette ville? Son nom évoquait l'Asie, plus précisément le Japon. Glen se souvenait y être allé une fois, deux cents ans auparavant. Il en gardait un souvenir assez flou mais plutôt agréable. Et Glen prit le parti de ne pas questionner le Comte sur ses origines. Après tout, deux vampires conversant ainsi au milieu d'un cimetière avaient bien mieux à faire que d'évoquer leurs vieux souvenirs d'enfance.


-Ah... Je n'osais avancer votre nom, mais je ne me serais pas trompé. On m'a déjà parlé de vous. En bien, cela va de soi! Il sourit. Mais je n'avais jamais eu l'occasion de vous croiser... Je ne suis à Londres que depuis quelques mois, et je connais encore bien peu de nos congénères dans cette ville, malheureusement... Cette soirée me prouve que l'on peut faire des rencontres impromptues dans des endroits comme celui ci!

S'appuyant doucement contre une imposante colonne, Glen croisa les bras en regardant le Comte s'approcher à nouveau de lui. On eut dit un prédateur cherchant une faille dans la défense de sa proie... Cet homme avait quelque chose d'étrange et de fascinant à la fois. Et lorsqu'il en vint aux questions, Glen ouvrit la bouche pour répliquer, et la referma immédiatement. Que pouvait-il répondre à cela, sinon la vérité? Ce regard de brume qui le transperçait semblait l'inviter à ne pas mentir... Souriant de plus belle, le rouquin consentit à être honnête... Tout en restant évasif.

-Je suis venu à la rencontre de vieux fantômes... De ceux que l'on voudrait oublier mais qui tiennent trop à nous pour se laisser faire, vous savez! Je dirais plutôt que je suis venu enterrer de vieux souvenirs... Mais ils ne restent jamais longtemps enfouis, malheureusement...

Si Glen avait voulu se séparer une bonne fois pour toute de ce sentimentalisme dont il faisait preuve et qu'il détestait tant, il aurait depuis longtemps brûlé son médaillon souvenir. Pourtant, ce dernier continuait de briller faiblement à la lumière de la lune, paisiblement lové au creux de son cou. Ce sentiment de nostalgie était la dernière lueur d'humanité qu'il lui restait. Tôt ou tard elle disparaitrait, mais inconsciemment, Glen redoutait plus que tout de la perdre. Il voulait garder cette emprise sur son passé et sa nature, et ne pas céder aux instincts les plus primaires des vampires, aveuglément guidés par la haine et la soif de sang.

-Ce n'est pas tant pour le paysage que pour la quiétude du lieu, que je suis ici, puis il laissa échapper un léger rire. Oh... Cela se voit à ce point sur mon visage? Eh bien... Me voilà démasqué! Mais soyons réalistes... Avez vous réellement envie de me dire ce qui vous tracasse? Et avez-vous vraiment envie de savoir ce qui me soucie de mon côté?

Glen haussa les épaules en faisant la grimace. Cette conversation ne tenait qu'à un fil, pour peu que l'un des deux ne cherchent à en savoir plus. Ils ignoraient tout l'un de l'autre, et relancer la conversation sur un autre sujet risquait fortement d'introduire une fort malaise entre eux. Et pourtant, Glen aurait voulu connaître le parcours de ce mystérieux Comte, ce vampire que l'on disait capable de manipuler les hommes d'un simple claquement de doigt... Tout ce qu'on lui avait dit de lui tenait de la rumeur, mais Glen commençait à croire qu'il y avait beaucoup de vrai dans tout ça.
Heureusement pour lui, sa propre réputation n'avait pas beaucoup dépassé les frontières de l'Irlande. Il avait su se faire passer pour une simple créature du folklore que l'on mentionnait pour effrayer les enfants. Glen avait peut-être là l'avantage des bribes de conversation qu'il avait surprise au sujet du Comte. Mais lui... Etait-il curieux de le connaître ou n'avait-il aucune question à lui poser? Plongeant ses prunelles aigue-marine dans l'abime voilé, Glen eut beau chercher, il n'y perçut strictement rien. Ce sentiment lui déplaisait, il ne savait pas sur quel pied danser ni quoi ajouter. Etaient-il en quelque sorte du même côté? Ou étaient-ils ennemis avant même de s'être adressé la parole? Glen espérait bien que non. S'attirer les foudres d'un plus puissant, voilà ce qu'il cherchait à éviter le plus possible, la plupart du temps. Après tout, pourquoi risquer sa peau quand on pouvait simplement s'incliner en apparence? Mais en attendant... Que penser réellement? Lui fallait-il s'ouvrir de lui même en espérant obtenir la même chose en retour? Etrangement Glen en doutait. Ce n'est pas ainsi que tout cela fonctionnait.
Il resta un long moment silencieux, puis se décida enfin à parler.


-C'est étrange... Cette aura de mystère que vous dégagez... Vous n'êtes pas simplement venu admirer les sculptures, n'est ce pas ? Dans votre cas aussi, quelque chose d'autre vous motive...

Glen avait prononcé cela davantage pour lui même, mais à voix haute cependant. Ses doigts s'agitèrent à nouveau nerveusement, comme chaque fois qu'il cherchait à résoudre une énigme. Envolée, la douce nostalgie, effacée, la mélancolie qui l'avait prit au tripes quelques heures auparavant... Trop de choses tournaient à présent dans sa tête, et s'il arborait toujours le même sourire, son tic nerveux parlait pour lui.


Dernière édition par Glen O'Sullivan le Mar 16 Oct - 23:29, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Rêveries antiques [Comte, Glen] [10/03/42] Mar 4 Sep - 20:37

Plus il l'observait, plus il l'écoutait, et plus le Comte trouvait que quelque chose ne tournait pas rond chez ce Glen. Cette figure faussement placide, cette nervosité qu'il peinait à dissimuler, ce regard cruel et ces tics réguliers...Que ce Vampire ne soit pas à l'aise à cause de sa présence, cela était probable, mais le Comte n'était pas né de la dernière pluie et il sentait clairement que le malaise ne venait pas seulement de lui. Comme beaucoup, Glen cachait certainement des choses, des choses qu'il ne fallait généralement pas réveiller, surtout entre congénères. Le Comte, lui, cachait des meurtres et des plans terribles, il était prêt à croire que ce Glen cachait des choses semblables. C'était l'apanage de leur société : le vice comme base de leurs moindres mouvements. Il fallait cesser de croire le contraire, aucun Vampire n'était blanc comme neige, c'était une évidence. Au fond, les pires Hunters avaient raison : ils étaient tous bons à éliminer si l'Humanité voulait avoir une seule chance de régner libre et en paix.
Lorsqu'il analysa les mimiques de son interlocuteur, le Comte songea un instant qu'il était peut-être en face d'un Vampire qui avait commencé sa dégénérescence. C'était possible, surtout à 300 ans d'existence. Mais bien vite il saisit que son attitude dénotait surtout un caractère particulièrement sournois. Son apparence, ses gestes, son ton...c'était un grand joueur, un maître dans l’art du maquillage, un véritable caméléon qui aimait battre les cartes en glissant dans sa manche quelques as en trop...
Comment ne pas s'en rendre compte lorsque chaque phrase prononcée plus tôt était là pour le tester ? Les réponses de Glen avaient simplement fait sourire le Comte. Il voulait lui faire croire à une conversation aimable afin de garder son attention, mais, au fond, le lord ne souriait pas du tout. Jamais, avec aucun de ses semblables, il n'avait été gratuitement poli. Cette rencontre présageait quelques étrangetés dans son quotidien prochain.

Tout en continuant la conversation d'un air serein, le Comte prenait soin de noter chaque mot que Glen prononçait. Il voulait être sûr de saisir correctement son essence. C'était d'une importance capitale.
Glen parlait de la curiosité comme d'une ''arme'', évoquait des secrets qui ''poignardent dans le dos'', de ''facette d'âge'', de ''présomptueux'', de ''renommée'' et d'''hommes assez puissants pour préserver leur bouclier''. Rien qu'avec le vocabulaire qu'il employait, le Comte voyait rapidement à quel genre de Vampire il avait affaire. Glen était un Vampire dans la force de l'âge, parfaitement conscient qu'il était à un seuil clé entre la jeune génération et les acolytes. De son point de vue, il faisait partie des Vampires les plus dangereux, de ces véritables casse-têtes pour l'ordre établi, ceux que le Comte surveillait attentivement. Car si les plus jeunes, comme Elizabeth ou Raphaël, se perdaient facilement dans la haine, eux, au moins, ne contrôlaient jamais assez leurs pouvoirs pour exercer sur d'autres leur domination, alors que les tricentenaires, de leur côté, prenaient vite des airs de maîtres, trop heureux de contrôler enfin une bonne partie de leurs forces pour ne pas le montrer. La mégalomanie et la folie étaient deux formes possibles chez ces Vampires. Au-delà du réel contrôle de leur don, dans la noirceur des ténèbres, ils avaient le devoir de surmonter cette période pour atteindre la prochaine, et de loin la plus savoureuse sur le plan de l'orgueil. Certes, l'éternité commençait à peser dès 400 ans et même avant, la dégénérescence intervenait parfois brutalement à partir de cet âge, de même que la nostalgie emportait nombre des leurs, mais c'était un pallier à atteindre pour commencer à saisir toute la dimension de leur race.

Glen était donc de ces Vampires qui commencent à prendre de l'importance dans le monde obscur et qui savent user de leur verbe pour sous-entendre maintes choses aux plus jeunes et aux plus vieux. Il faisait partie de ceux qui pouvaient se permettre quelques insolences...Le Comte n'était pas un imbécile. Même si le Vampire semblait parler pour toute leur race, employant le présent de vérité générale, il appuyait assez sur le fait que les plus renommés se laissaient trop souvent prendre au jeu pour éviter de trébucher dans quelques failles de leurs propres défenses. Fallait-il qu'il le prenne comme une menace ? Car nul doute que Glen avait compris qu'il avait en face de lui un ancien proche du sommet de sa gloire. Il reprenait pour lui ses propos à consonance antique...Le Comte se rendit ainsi rapidement compte qu'il était en présence d'un esprit plus complexe et plus rusé que tout ceux qu'il avait rencontré jusqu'à présent. Ce Glen avait une touche de charme et de folie qui ne lui déplaisait pas. Imprégnée dans son aura, une élégance dans la violence se lisait. Il savait manipuler les éléments qu'on lui tendait pour les malaxer à sa façon et créer une œuvre d'art. C'était un malin. Un peu loufoque, et il en jouait, un peu tendu, car il semblait perdu dans ses propres fils, mais certainement pas idiot, bien au contraire. Cela intéressait fortement le Comte car il savait composer avec la folie d'autrui pour arriver à ses fins.

La discussion continua sans que le Comte ne révèle ces pensées.

Glen répondait aimablement à chacune de ses répliques, laissant cependant flotter une ombre dans son timbre. Le Comte, lui, observait attentivement chacune de ses réactions, l'air un peu morose malgré son sourire mondain. Ainsi il écouta Glen avec attention à chaque fois qu'il ouvrait la bouche, jugeant rapidement ses manières et ses idées. Il n'avait pas hâte de rejoindre les rangs des plus âgés ? Réaction puérile, même si elle tenait sur le principe que le temps ne pouvait s'empêcher d'emplir leur mémoire de douloureux souvenirs. Principe logique et compréhensible en soit. Mais ce sourire...Ce rictus amusé...Oui, ce Vampire avait compris qui était le Comte, et il jouait avec le feu de façon très subtile, trop subtile même pour que le lord ne se laisse aller à la colère. C'était un jeu auquel il allait se prêter avec plaisir ce soir. Les allusions de Wynn étaient bien lourdes à côté de celles qu'employait cet énergumène. Il allait être bien plus intéressant de creuser dans cette âme plutôt que dans la sienne.

Lorsque Glen évoqua les raisons de sa présence, en réponse à ses questions, le Comte s'anima à nouveau. Il se remit à marcher tranquillement, comme pour se promener. Glen était installé contre une statue.


- De vieux fantômes...répéta le Comte en murmurant. Oui...Nous en avons tous.

''Mais soyons réalistes... Avez vous réellement envie de me dire ce qui vous tracasse? Et avez-vous vraiment envie de savoir ce qui me soucie de mon côté?''

A cette réplique, le Comte se stoppa net. Il jeta un regard surpris à son interlocuteur. Quel imprudence ! Qui était-il pour imaginer, ne serait-ce qu'une seconde, savoir ce qu'il souhaitait savoir ou apprendre ? Et ce rire, ce haussement d'épaules...Il avait balancé cela d'une façon assez hautaine pour que le Comte le reprenne. Cependant, le lord se contenta de continuer sa marche, apaisant ses ardeurs. Les mains dans le dos, sa canne-épée quelque peu agitée, il s'éloigna un instant vers une tombe réduite à néant par quelques lianes. Le Vampire jeta un coup d'oeil à la sépulture en ruine avant de revenir vers la statue au bouclier. Au bout d'un moment, il murmura d'un ton terne :

- Le passé de mes semblables me concerne toujours, que je le veuille ou non, Glen. Il s'arrêta et fixa le regard de son congénère. Le rôle des anciens n'est-il pas de toujours veiller ? Il n'est pas dans mon intérêt de laisser les miens dépérir sous de vieux souvenirs. Et même si je ne me présente pas comme le Père de tout ceux que je croise, je me soucie assez de ma race pour tendre l'oreille à leurs gémissements étouffés.

Le ton du Comte s'était fait plus ferme à mesure qu'il avançait ses idées. Une pointe de colère y transparaissait. Il n'était évidemment pas là pour recueillir les confessions des siens, il n'en avait que faire ! Leur enfance, leurs parents, leur transformation...tout cela ne l'importait absolument pas ! Mais veiller à leur survie, veiller au maintient de leur esprit pour éviter que la nostalgie ne les dévore, cela...il pouvait bien le faire. Il se sentait presque obligé d'y participer. Car, au fond, même si sa pitié et sa compassion n'y étaient pour rien (l'inverse aurait été trop beau), conserver le maximum de ses semblables devenait nécessaire. C'était bien dans l'idée d'une gloire future, d'un royaume prochain, qu'il prenait garde à ses sujets...Un soupçon d'humanité agissait également, mais cela, il refusait de le voir.

"C'est étrange... Cette aura de mystère que vous dégagez... Vous n'êtes pas simplement venu admirer les sculptures, n'est ce pas ? Dans votre cas aussi, quelque chose d'autre vous motive..."

Le Comte sourit. Il s'appuya à nouveau sur le socle du géant.

- La nostalgie ! Fit-il en levant magistralement une main vers le ciel. Le calme avant la tempête !

Son regard brilla d'une lueur féline. Il n'en dirait pas plus maintenant.

- Contrairement à vous, Glen, fit-il en pointant le Vampire de sa canne-épée. Je n'ai personne à regretter en ces lieux...

Son sourire s'accentua tandis qu'il ramenait sa canne vers le sol pour s'y appuyer. Un soupir lui échappa puis il se redressa.

- Marchons, voulez-vous ?

Sans attendre de réponse, le Comte entraîna son interlocuteur dans les allées spongieuses du cimetière. Cette partie était particulièrement obscure et humide. La forêt envahissait tout, les tombes exhibaient leurs blessures, tendant leurs ventres gonflés vers le ciel sans vie. C'était un lieu de mort, de vide, et en même temps de vie et d'excès. Chaque tronc recelait une myriade de petits insectes ventrus, grouillant dans le bois pourri pour se frayer un chemin vers quelques larves à nourrir. Les chauves-souris poussaient parfois leurs cris stridents sous les cimes décaties de ce petit bout de verdure. C'était un décors affreusement glauque et dénudé de tout raffinement. Le Comte s'amusait à y mener Glen.

Le Comte voulait en savoir plus sur ce Vampire. Il était hors de question qu'il ne lui explique quoique ce soit avant qu'il ne le cerne assez. Éludant les questions que ce dernier lui avait sous-entendues précédemment, le Comte reprit donc la conversation sur un terrain plus appréciable.


- Alors, Monsieur O'Sullivan...Qu'êtes-vous venu faire à Londres ? Vous me dites que vous n'y êtes que depuis une paire de mois...Qu'est-ce qui vous amène donc dans ma charmante cité ?

Le ton du Comte était volontairement ironique. Il semblait amusé que l'on puisse venir jusqu'à la capitale londonienne par pures obligations. Non seulement Glen ne semblait pas là par plaisir, il n'y avait aucune note de réelle joie dans son timbre qui puisse le laisser deviner, mais en plus il était poussé par la nostalgie à errer dans ce genre d'endroit. Une sale affaire l'amenait, c'était évident, à moins que ce ne soit un véritable retour sur son passé...douleurs réveillées par pure envie, triste envie...

- Si je ne me soucie guère de votre passé, je me soucie de votre futur...

Son regard de brume croisa celui de Glen.

- Car voyez-vous, Monsieur, j'aime savoir à qui j'ai affaire lorsque je rencontre ainsi quelqu'un sur mes terres.

Ils commençaient à entrer dans une zone embrumée. Lentement, le décors sembla fondre dans les ombres.


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MessageSujet: Re: Rêveries antiques [Comte, Glen] [10/03/42] Mer 5 Sep - 12:32

Qu'il était bavard, face à cet homme si silencieux... Glen s'en fit la réflexion en souriant, ses doigts s'agitant toujours au rythme d'une mélodie que lui seul semblait connaître. Ce n'était pas un vampire à manipuler, et encore moins à provoquer, au risque d'y perdre des morceaux. Cela... Glen l'avait bien comprit, il suffisait d'observer sa démarche. Noble et empreinte d'orgueil, on sentait dans ses pas le poids de la puissance et de la renommée. Certaines choses semblaient évidente chez lui, des choses que son allure montrait sans qu'il ait besoin d'ouvrir la bouche et pourtant, il était entouré de tant de questions que Glen se demanda si sa prestance et son assurance n'étaient pas là pour masquer ses véritables desseins. N'arborait-il pas ce sourire avec une aisance déconcertante? Et ce calme, était-il réel ou purement fictif?
Ils s'observaient comme deux lions en cage, comme s'ils étaient prêt à se jeter à la gorge de l'autre pour savoir qui serait le plus fort. A ce jeu là, Glen aurait perdu, et ce pour une raison toute simple: Il était bien trop chétif et aurait terminé brisé en morceaux au bout de quelques secondes. Ce n'était pas un combattant de terrain mais bien un stratège, un vil serpent qui usait des mots pour blesser en toutes circonstances.

Glen continuait de parler avec une aisance déconcertante, tandis que le Comte gardait le silence, se promenant parmi les statues du cimetière. Impossible de déceler chez lui une quelconque faiblesse ou un élément qui aurait pu le trahir, il ne faisait que marcher paisiblement... C'était bien là une chose qui les différenciait. Glen restait immobile, seuls ses doigts trahissant sa nervosité, tandis que le Comte continuait son évolution sans la moindre gêne. Mais son silence était éloquent. Il testait Glen, c'était certain, et ce dernier en jouait d'une façon volontairement évidente. Il plaçait ça et là des mots en apparence anodin, mais qui étaient une véritable mine de renseignements concernant sa personnalité. Si l'aristocrate aux cheveux blancs souhaitait découvrir qui il était, il ne serait pas déçu. Mais chaque mot était mesuré, et à aucun moment Glen n'évoqua ses plans quelque peu chaotiques. Le faire aurait été une erreur monumentale, peut-être même la dernière qu'il aurait commise. Car si l'on devait comparer le cerveau d'un vampire ordinaire à une horloge effectuant bien sagement ses tours quotidiens, celui de Glen tournerait à l'envers, et avec probablement deux heures d'avance. Son esprit ne tenait plus qu'à un fil, mais un fil si résistant qu'il ne semblait pas prêt de se briser. Il était simplement si instable que le vampire évoluait à sa surface comme un funambule sur un corde tendue.
Mais cela... Le Comte l'avait-il comprit? Rien ne se lisait sur son visage, si ce n'est ce sourire profondément ancré sur ses lèvres. Il semblait attentif au moindre geste du rouquin, mais pas un mot, pas une mimique ne venait combler le manque d'information que Glen avait à son sujet. S'il y avait bien une chose que Glen regrettait, c'était bien de ne pas être capable de lire dans les pensées de ses congénères. Certains vampires très puissants en étaient capables, et quelle félicité cela devait être pour eux! Pouvoir percer à jour une personne sans avoir à ouvrir la bouche, ce devait être plaisant... Et frustrant à la fois. Car la traque des informations perdait alors toute sa saveur et n'avait plus lieu d'être.

Lorsque le Comte reprit la parole, Glen s'extirpa de ses étranges pensées, non sans mal, pour prêter attention à son discours. Mais il se contenta d'une phrase murmurée, qui fit sourire Glen à nouveau.
Ah... N'était-ce pas là sa manière à lui d'avouer qu'il était aussi hanté par de vieux souvenirs, ou de vieilles figures? C'était intéressant. Suffisamment pour que Glen imprime cette donnée infime dans son esprit. Au fond, il se fit une réflexion contradictoire. Tous deux se ressemblaient sur bien des points, et pourtant tout semblait les opposer. Leur attitude était différente, et ils usaient de mots différents... Mais pour avancer la même chose. Restait à savoir si cette apparente opposition serait un bien ou un mal.
Et Glen écarquilla les yeux, étonné, en entendant le Comte répliquer. Le premier mot qui lui vint à l'esprit fut «oups!». Il avait touché un point sensible, et ce sans le vouloir, ce qui le contrariait. Pourtant, son sourire demeura sur son visage, même s'il avait parlé trop vite.
Ne pas questionner son voisin sur ce qui l'ennuyait lui semblait normal, ne pas incommoder en parlant de lui également. On lui avait tant fait comprendre qu'il était transparent qu'il avait gardé ce tic de ne jamais rien dire et de toujours tout garder pour lui, quitte à hurler sa rancoeur dans l'oreiller une fois couché.
Cette petite pique involontaire qu'il lui avait lancé n'était pas une si mauvaise chose. Enfin, le Comte s'animait, même s'il semblait énervé. Ses gestes se firent plus sec et sévères, et la voix suave que Glen avait entendu auparavant venait de se changer en un murmure détimbré. L'écoutant sans prononcer un mot, son sourire vint à se ternir à mesure que les secondes passaient.
Se redressant, il prit le temps d'épousseter sa veste marine avant de répondre.


-Vous offenser n'était pas mon intention, si c'est le cas j'en suis désolé, dit-il dans un souffle. Seulement... Nous avons tous notre jardin secret... Un lieu de repos bien entretenu par nos soins. En donner la clé à tout ceux que l'on croise augmente les risques de voir son havre de paix piétiné et saccagé... Certains d'entre nous ont plus de facilité à parler d'eux sans détour, et doivent voir en vous l'oreille attentive qu'ils ont toujours cherché. Evoquer mes vieux démons ne ferait qu'en raviver la flamme, je préfère les taire, si cela ne vous ennuie pas...

Tout était dans la retenue, Glen n'avait pas l'intention d'agacer davantage le Comte. Comme celui ci le disait, il était probablement de son devoir de prêter attention aux soucis des siens, mais Glen avait horreur de se plaindre de son passé, et encore plus quand il ne connaissait la personne que depuis une demi heure, tout au plus. Son histoire, il l'avait entendu de la bouche d'une gitane, de celle d'un conteur, dans les vers d'un barde, mais aucun d'entre eux n'en connaissait les détails. Ces petites bribes d'information qu'il s'arrangeait toujours pour éluder le moment venu. La seule qui connaissait ses véritables pensées était une morte, un souvenir incomplet... Une illusion. Glen s'était dressé un rempart qu'il pensait indestructible, mais tôt ou tard il cèderait. Le plus tard possible l'arrangeait.
Il espérait que le Comte comprendrait une chose: Ce n'est pas lui qu'il visait en parlait de souvenirs piétinés, mais bien des curieux qui passaient leur temps à s'immiscer dans les affaires des autres. Par prudence, Glen préférait taire tout cela, mais la suite de la discussion risquait fort de tourner autour de lui, si le Comte était décidé à en savoir plus sur lui... Il lui faudrait alors éviter les détails les plus secrets de sa personne.

Tout cela était paradoxal... Glen était un vantard, un prétentieux qui ne pouvait nier qu'il adorait s'écouter parler. Mais tout ce qui sortait de sa bouche en société était tapissé de mensonges. Il n'était honnête qu'avec lui même, cela lui suffisait. En revanche, il n'avait jamais été confronté à un vampire comme le Comte, et la suite promettait bien des surprises. Fixant toujours son interlocuteur, Glen avait de nouveau croisé les bras et son sourire avait perdu de sa vigueur. Son humour également. Et alors qu'il reprenait, parlant presque pour lui même, il fut étonné d'entendre le Comte répliquer avec autant de théâtralité. Cet homme était décidément bien surprenant! Jouait-il donc son propre rôle, l'adaptant au fil de la conversation? Une énigme de plus que Glen ajouta avec plaisir à toutes celles qui lui restaient à résoudre.
Son sourire revint illuminer son visage quelque peu morose depuis quelques secondes, lorsque le Comte évoqua celle que Glen était venu voir. Si l'on ne s'attachait qu'au lieu, il n'avait personne à regretter ici, si ce n'est une pierre où était gravé un nom avec deux dates. Mais ce n'était qu'une tombe factice, et personne ne reposait en son sein, si ce n'est l'espoir irraisonné d'un fou.
Voilà un nouveau point qui les différenciait. Le Comte n'avait personne à regretter ici, personne qui puisse être sa faiblesse ou son talon d'Achille, puisqu'il évoquait le héros peu de temps avant. Glen se garda bien d'ajouter quoi que ce soit, et quand il fut inviter à marcher, il hocha la tête docilement.

Il fut entrainé dans une partie du cimetière plus éloignée encore, un endroit moins avenant et plus sombre que le reste. Les allées sablonneuses avaient laissé place à une portion de chemin recouverte d'humus grouillant et exhalant des relents de mort. Les colonnes dressées à gloire de l'Egypte et les sculptures mettant en scène des héros de légende n'avaient pas leur place ici. C'était un décors de chaos, une scène effrayante où spectres et anciens regrets sortaient le temps d'une nuit pour hurler leur tristesse à la lune. La mort avait cette beauté putride que l'on préférait souvent oublier, mais qui était pourtant une réalité. Glen se contentait d'avancer sereinement, un sourire au lèvres, dans ce lieu hostile et effrayant. Il savait que même en un lieu comme celui ci, on pouvait encore trouver une certaine forme de beauté, à l'instar des lotus qui faisaient naitre de magnifiques fleurs dans une vase visqueuse et épaisse.
Malgré tout, cet endroit n'avait rien de rassurant, même pour un esprit aussi détraqué que le sien. Lorsque le Comte lui demanda ce qu'il faisait à Londres, Glen tourna la tête et lui sourit un instant. Il ne répondit pas tout de suite, laissant leurs pas humides s'étouffer contre les feuilles décomposées.


-Je suis revenu sur un coup de tête. L'Irlande est la terre qui m'a vu naitre, et malgré le temps que j'y ai passé, je m'en lasse difficilement. J'ai voyagé un peu partout, voyez vous. J'ai visité l'orient, ai traversé les terres de Russie, j'ai dansé aux bras de quelques belles dames en France... Et c'est en retournant à Galway que je me suis rendu compte que je négligeais mes origines. Il marqua une pause. C'est une décision assez spontanée... Je me demande moi même parfois pourquoi je suis revenu!

Il rit doucement et se tut à nouveau. Le Comte avait mit l'accent sur un point qui gênait Glen. Pourquoi était-il revenu à Londres, après si longtemps? Un soir il s'était levé, avait ordonné à tous ses domestiques de faire leurs bagages, et il avait quitté l'Irlande. Son expédition ne se résumait-elle donc qu'à cela? Le pathétique caprice d'un enfant à qui l'on dit amen en permanence? Non... Il y avait autre chose, il n'était pas fou à ce point. Autre chose le motivait, mais cela, il ne pouvait le dire sans se trahir. Répliquer avec un grand sourire que pousser les Hommes à s'entretuer était son passe temps favori aurait été une fois de plus très mal venu. Mais ce n'était finalement pas ça qui motivait Glen. Car il n'avait pas besoin d'être à Londres pour le faire. Ce qui l'avait vraiment pousser à quitter l'Irlande, c'était cette routine dans laquelle il s'était enfermé et qui l'ennuyait au plus haut point. L'ennui était toujours son facteur déclencheur. Qu'on lui trouve une occupation, n'importe laquelle, et il oubliait un instant qu'il n'avait plus toute sa tête.

-Tout bien réfléchis, je crois que c'est l'ennui qui m'a fait revenir ici. Finalement, j'ai du me lasser de l'Irlande plus vite que je ne le pensais! Je n'aime pas rester assis sans rien faire, j'ai besoin de m'occuper l'esprit, et ça ne va pas en s'arrangeant! Il rit de nouveau. Londres est une ville pleine de mystères, et même le plus infime de ceux là m'intéresse. Je vous l'ai dis, je suis curieux, mais c'est une simple volonté d'apprendre de ma part.

Un instant, Glen haussa un sourcil et son sourire d'effaça. Que lui prenait-il? Il ne disait que rarement ce genre de choses, et encore moins à un inconnu. Voilà qui lui apprendrait à être trop bavard, et même si ce qu'il disait pouvait avoir l'air anodin, pour lui ça ne l'était pas. C'était là le fondement même de sa personnalité: Même apprendre les choses les plus inutiles qui soit lui plaisait. Son visage reprit une certaine contenance cependant. Après tout, que pouvait-on tirer d'un tel renseignement? Et une question le taraudait.

-Votre ville, vous dites?

Nul doute que cet homme dirigeait la ville avec une poigne de fer, et le fait qu'elle lui appartienne semblait être établit depuis longtemps. Sans attendre que le Comte lui réponde, Glen poursuivit.

-Vraiment? Pourtant l'avenir est incertain... Auriez vous par hasard quelque renseignement sur mon avenir ici...?

Sincèrement curieux, Glen avait hâte de savoir ce que le Comte sous entendait en disant cela. Il semblait avoir une idée derrière la tête, et ce regard qui tomba sur lui était lourd de sens. Le Comte se méfiait de lui, et ce n'était pas si étonnant que ça. N'importe quelle personne censée se serait méfiée de Glen. Il était instable et violent, mais toujours mesuré et discret. Il n'agissait jamais au grand jour et savait se fondre dans le paysage avec une grande aisance. Mais avait-il des raisons de se méfier de lui? Indirectement comme directement, Glen n'avait aucune mauvaise intention le concernant. A vrai dire, cet homme lui était même sympathique, chose étonnante venant d'un vampire qui se faisait très rapidement une idée de ses congénères. Du moins lui était-il agréable pour le moment. Les choses pouvaient encore changer.
A la dernière réplique du Comte, Glen resta silencieux et se contenta de le suivre dans une partie du cimetière envahie par une brume épaisse. Le vampire plissa les yeux en regardant les ombres des arbres se faire engloutir par ce voile de fumée. Bientôt il ne distinguerait plus rien, par même le Comte. Glen appréciait peu d'être entrainé dans un tel lieu, et se figea un instant, alors que son corps disparaissait dans la brume.


-Si vous tenez à le savoir, oui je suis un criminel, j'ai tué, égorgé, éventré nombre d'humains, perpétré des enlèvements et que sais-je encore... Comme la plupart d'entre nous! Vous avez affaire à un vampire, peut-être pas le plus honnête, mais un vampire, conclut-il avec un sourire, sans une once d'insolence. Mais votre méfiance est tout à votre honneur... Seulement, j'aimerais aussi savoir à qui j'ai affaire...

Glen plissa les yeux à nouveau, sur le qui vive. Grace à sa vision parfaite, il parvenait toujours à voir à travers le brouillard, mais ça ne serait jamais aussi clair que sans la brume. Ce n'était pas un hasard s'il se trouvait dans cette partie là du cimetière, il en était certain.

-He bien... Quelle purée de pois! Se contenta-t-il de dire en souriant, avançant en regardant le sol pour pas se casser lamentablement la figure.



(HRP)
Spoiler:
 


Dernière édition par Glen O'Sullivan le Mar 16 Oct - 23:29, édité 1 fois
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Rêveries antiques [Comte, Glen] [10/03/42] Mer 5 Sep - 22:12

Le Comte avançait tranquillement dans la brume. Elle ne lui était aucunement hostile mais il savait que pour d'autres elle pouvait devenir facilement gênante. Le Vampire qu'il entraînait ainsi dans les méandres obscurs de la nuit, sous les voûtes effondrées d'une forêt ruinée par l'humidité, allait peut-être se trouver plus oppressé, plus démuni, dans pareille atmosphère, et donc plus vulnérable à ses méthodes. Le contraire indiquerait certaines choses au Comte. Tout était calculé pour en savoir plus sur son congénère. Même si, au fond, intimider les autres par ce genre de comportement était pour lui un passe-temps agréable, d'apparence simplement ludique, il ne faisait jamais rien sans intentions derrière. Tout, chez lui, était minutieusement pensé. Seuls ses excès de colère et de nostalgie pénétraient sa personne sans qu'il ne le désire. Le reste était mûrement réfléchi.

Lorsque Glen lui avait raconté quelques brides de sa vie pour expliquer sa présence à Londres, le Comte avait simplement souri. Dans un murmure grave et doux, il avait donné son avis sans aucune menace, tranquillement, oubliant la petite pointe de colère qui l'avait animé précédemment.


- L'Irlande...Je n'y suis jamais allé voyez-vous. En six cents ans d'existence, je n'y ai jamais mis les pieds...

Cette réplique, prononcée avec une petite touche de nostalgie, marquait assez bien l'idée que malgré son expérience il restait au Comte bien des choses à faire et à voir. Il ne pouvait pas être tout puissant, ni omnipotent, ni omniscient. Même s'il avait vécu de nombreux siècles, son histoire personnelle, comme pour chacun, l'avait conduit dans des endroits bien précis de ce monde. Et le monde était vaste, si vaste...Le tenir dans le creux de sa main, ça...c'était encore une impossibilité. D'ailleurs le Comte ne rêvait pas de dominer le monde, non, il rêvait d'affranchir les siens pour déclencher une guerre, la dernière guerre, celle qui rendrait aux origines tout leur sens.

- Pourtant, c'est une terre qui m'intéresse. Je n'ai tout simplement jamais pris le temps de m'y rendre...

Le Comte commençait à apprécier la conversation. Glen avait comprit qu'il fallait la meubler pour éviter les questions trop indiscrètes. Parler de voyage, dévoiler une partie infime de son passé, c'était une stratégie pour lui aussi. Ainsi, il montrait au Comte qu'il acceptait volontiers de se prêter au jeu de la mondanité et que, malgré les zones d'ombre nécessaires à son ''petit jardin secret'', il était prêt à lui accorder sa confiance tôt ou tard. Ce n'était que le début d'une relation. Quelle serait-elle ? Une relation sournoise ou politique ? Une alliance prochaine ou un désaccord futur ? Cette partie de la conversation n'était qu'une mise en bouche, un test pour chacun des interlocuteurs. L'un comme l'autre usait de politesses et de manières. Glen était d'ailleurs très prudent, n'hésitant pas à s'excuser face au ton un peu piquant qu'avait employé le Comte. C'était une bonne chose. Non pas que cela marquait un début de soumission chez ce dernier, mais bien un brin d'intelligence subtile que d'autres n'avaient pas. L'insolence pouvait coûter cher, très cher face au Comte. Glen l'avait perçu dès le premier regard, peut-être même dès sa présence, son aura démesurée. C'était un Vampire qui savait user de pincettes, un habile joueur. C'était ce qui commençait à plaire au Comte chez lui.

- Je connais bien la Russie, continua le lord sur le ton de la conversation. J'y ai passé quelques années...A vrai dire, j'ai dû la traverser après ma transformation...

Il n'en dirait pas plus. Glen pouvait bien se nourrir de quelques phrases de ce type, comme une hyène apprécie de mordiller la chair d'un cadavre, il n'avait pas besoin d'en savoir plus pour le moment. Le Comte n'avait pas l'habitude de parler de son passé. Comme chez de nombreux Vampires, il était assez douloureux et emplis de crimes pour qu'il n'ai pas envie d'y revenir. Certains assumaient entièrement leurs actes et aimaient trop l'immortalité pour ne pas se vanter de leurs exploits passés, mais le Comte, lui, jubilait sur ses exploits futurs. Il n'éprouvait aucun désir de se pavaner avec des détails d'un autre temps, non, il préférait jouir de ses prochaines actions et se concentrer sur le présent qui voyait les rouages de sa mécanique se mettre progressivement en marche.

- La France m'a horriblement déçu. Même les femmes y sont fades ! Enfin...j'y étais peut-être à une époque où la misère et la politique n'étaient pas faites pour moi.

Le lord donnait l'impression qu'il acceptait lui aussi de dévoiler quelques éléments de sa vie antérieure. Mais en vérité c'était si peu de chose ! Sa réelle existence était si compliquée et si mouvementée qu'il eut fallu une journée entière pour en faire ne serait-ce qu'un résumé.

Glen expliqua alors qu'il était venu à Londres par pur ennui. Cela fit rire le Comte qui esquissa un véritable sourire.


- L'ennui ? Répéta-t-il d'un air presque surpris après l'avoir écouté. L'éternité n'a pas que des avantages...c'est certain.

Le Comte avait sentit dans ces paroles un désir latent, à peine dissimulé. Glen était là pour la renommée de la ville. Il s'ennuyait et il avait entendu parler de Londres comme d'un nid à mystères...c'était évidemment l'intérêt qui avait conduit ses pas jusqu'à la capitale anglaise, comme beucoup. Les Vampires arrivaient en masse sur ce que le Comte considérait comme son territoire et ce n'était pas pour rien : il les attirait à lui depuis des siècles. Grâce à ses dons, grâce à sa gestion des jeunes générations, il rendait à la ville un certain statut dans la communauté vampirique. Les loups-Garous et les Lycanthropes y étaient rares, même si les premiers se multipliaient dans les landes, et sa présence y était clairement pour quelque chose. Les Alchimistes commençaient à trafiquer dans leur coin, les créatures de la nuit rôdaient à l'extérieur et à l'intérieur de la cité. Tout semblait lisse et beau vu de dehors mais en réalité Londres était devenue une ville où s'installait peut à peu un véritable chaos. Meurtres, vols, crimes, viols...Les Vampires prenaient peu à peu possession des lieux. Le Comte le voyait bien. Tous les jours il faisait de nouvelles rencontres. Ses disciples arpentaient les rues sales pour lui rapporter le moindre détail qui aurait pu lui échapper. Hors, la fascination qu'exerçait la ville sur les siens, elle, ne lui avait pas échappée. Il en jouait beaucoup.

Ainsi Glen faisait donc partie de ces Vampires poussés par la curiosité et l'ennui. Que se passait-il à Londres ? Pourquoi de hauts Vampires s'y rassemblaient-ils ? Qu'est-ce qui en faisait une cité si belle la nuit ? La renommée jouait sur la renommée, tout n'était qu'un cercle vicieux. Car, au fond, Londres n'avait rien à offrir, à personne. C'était un lieu de débauche, de dégénérescence. Rien, à part le pouvoir, le luxe et la part d'ombre qui y régnait ne pouvait attirer les visiteurs.
Le Comte, lui, savait ce qui attirait ainsi les membres de sa race.
Un appel à l'aide sous Londres, minuscule, étouffé, noyé dans la masse grouillante de ses habitants...Mais cela, nul ne pouvait s'en rendre compte encore.

Cette arrivée de Vampires en masse était à la fois un atout pour le Comte et une menace. Ses plans, pour être menés à exécution, avaient besoin de bases solides, d'appuis, de disciples, d'esclaves, de sujets. Mais il ne pouvait pas faire alliance avec n'importe qui. La survie de son projet en dépendait. La sienne aussi...

Glen avait presque tiqué lorsque le Comte avait évoqué l'appartenance de la cité. Le Comte n'avait pas relevé sa remarque. Pourquoi faire ? Pour lui sourire et lui susurrer d'un air supérieur qu'il en était le maître et qu'il ferait bien de s'y faire ? Aucune utilité dans la conversation, pour le moment. Le menacer et s'imposer en possesseur n'était pas une bonne stratégie pour délier sa langue, même si cela pouvait aussi avoir l'effet d'une pince aiguë pour la lui tirer de la bouche.
Puis le Vampire avait pris un air franchement intéressé lorsque le Comte avait parlé d'avenir. Ainsi donc c'était un opportuniste ? Il venait de dévoiler une de ses faiblesses et justement celle que le Comte cherchait à exploiter. Piquer sa curiosité, l'attirer dans les abysses de l'envie, de la volonté de dominer...c'était cela qu'il avait prévu de faire de lui. Ce Vampire avait, à n'en pas douter, les capacités nécessaires à l'accomplissement d'une haute destinée dans le futur de leur race. Comme Wynn, comme Angesltone...Il eut été malhabile de la part du Comte que de l'ignorer. Il était donc curieux à ce point... ? Très bien, c'était une faille dans laquelle il fallait insérer ses idées.


- L'avenir de mes prochains m'est encore inconnue, Glen. Je ne suis pas prêt de voir dans le futur au point que je puisse m'annoncer comme une voyante. Votre avenir est comme toute chose : incertain. Ce que je peux voir, ce ne sont que des brides, des fragments indistincts. A moins...

Le Comte s'arrêta un instant et transperça de son regard de brume les pupilles de Glen.

- ...que vous ne me laissiez lire dans votre esprit.

Jirômaru sourit en levant les yeux au ciel. Comme s'il avait besoin d'une permission pour tenter de franchir les barrières mentales d'un inconnu ! Mais, par pure politesse, par entier respect, il ne le ferait pas.

- Ne vous en faites pas, continua-t-il en se détournant, j'ai horreur de ça...

Leurs pas les menèrent alors à la zone de brume. Le Comte sentit bel et bien Glen se tendre. Il craignait un mauvais coup. Sa prudence était remarquable mais bien vaine.
Avançant plus profondément dans la forêt, le Comte expliqua à Glen qu'il aimait savoir avec qui il conversait et que connaître un minimum ceux qui foulaient ses terres était une chose nécessaire à ses yeux.
Cette remarque paru marquer le Vampire aux cheveux flamboyants. Ce qu'il répondit au Comte fit sourire ce dernier.


- Oui...Un Vampire...cela je le vois bien. Fit-il en riant légèrement pour détendre l'atmosphère. Nous ne sommes pas blancs, cela est évident, et je ne vous demande pas votre parcours de tueur...Nous avons tous un pareil passé, pourquoi s'en cacher ? Moi-même suis-je défini comme un tortionnaire par les membres de ma propre race ! Haha !

Même si cela était dit sur un ton plaisant, le contenu de ce genre de réplique était hautement menaçant. Glen ne le connaissait pas ? Il allait forcément bientôt en entendre parler, alors pourquoi lui dissimuler ce qui faisait sa réputation ? Autant l'affirmer pour mieux l'infirmer.

- Tortionnaire, mégalomane, tyran...Ha ! On fait de moi un démon, un amant fougueux, un fou présomptueux...

Le Comte appuya bien fort sur ce terme pour rappeler à Glen ses propos sur les Vampires qui tombaient de haut à cause de leur trop grande confiance en eux. Le Comte voulait lui montrer qu'il n'avait que faire de sa réputation et qu'il en jouait même. Cela semblait l'amuser que de passer pour tout ce qu'il évoquait.

- J'ai moi-même égorgé plus de femmes que je n'en ai embrassées, attrapé plus d'hommes que je n'ai serré de mains dans toute mon existence...Mais...

Il sourit en faisant tourner sa canne-épée.

- ...qui parle de criminel ?

Il jeta un regard plein de malice à son congénère et continua sa marche.
Tandis que ses bottes de cuir noir épousaient chaque mousse, chaque motte de terre qui se présentaient sous ses pas, le Comte laissait flotter son long manteau rouge sang dans l'air gelé, soulevant par volutes la brume qui envahissait maintenant tout l'espace autour d'eux. Les tombes disparaissaient, les arbres se fondaient dans un flot de vapeur qui les avalait sans pitié.
Le Comte s'avança d'un pas plus rapide, disparaissant dans la brume. Lorsque Glen l'eut rejoint, une paire de secondes à peine s'était écoulées. Le Comte était assit sur une tête en pierre monumentale. Son menton était enfoncé de moitié dans le sol. Légèrement penchée, elle appartenait vraisemblablement à une statue colossale. Mais rien, à part cette tête, n'était alentour. Les tombes avaient disparues, les arbres aussi, ils étaient dans une clairière sauvage, fermé au monde par cette atmosphère pesante d'eau et d'obscurité.

Le regard du Comte se fit plus poussé. Une lueur brûlante fit surface dans ses yeux, remplaçant la fine pellicule de brume qui y siégeait par une pellicule dorée. Il utilisait maintenant son pouvoir de vision parfaite. Assit, sa canne-épée ramenée contre son abdomen, il semblait très paisible malgré cet élément qui pouvait surprendre.


- Je ne vous jugerai jamais pour vos actes passés, Monsieur O' Sullivan, mais bien pour vos actes futurs si ces derniers vont à l'encontre de mes projets.

Le ton était donné, c'était maintenant l'heure des explications. Glen aurait ce qu'il cherchait.

- Je n'ai que faire de ceux qui se font passer pour de bons samaritains. Que peuvent-ils apporter à notre société si ce n'est le chaos et la ruine de tout idéal par le mensonge? Le monde auquel j'aspire est un monde purgé de ces idiots. Le Comte faisait quelques gestes en parlant pour mieux appuyer ses propos. Nous sommes ce que la nature à voulu que nous soyons, ni plus, ni moins. Inutile de se voiler la face, je suis bien d'accord avec vous. Nos corps se nourrissent du sang d'autrui, comment croire que nous soyons dénués de fourberie ? Mais si l'hypocrisie nous sert bien de masque pour sauvegarder les Humains, que diable viendrait-elle faire entre-nous si ce n'est pour nous désunir ?

Les propos du Comte pouvaient paraître complexes, aussi préféra-t-il expliciter sa façon de penser. Pointant Glen de sa canne-épée, il poursuivit plus clairement.

- Vous pourriez être le plus vil de tous les Vampires qu'ai portée cette terre, Glen, je ne vous en tiendrais pas rigueur. A partir du moment où je serai certain que vous ne faites pas partie de ceux qui espèrent me nuire, je n'ai aucune raison de creuser dans vos souvenirs.

Le Comte ne voulait pas déterrer les fantômes de Glen, il n'avait que faire de son passé, cela était maintenant clairement dit. Ce qu'il voulait c'était le connaître un minimum pour obtenir l'assurance que ce dernier avait bien saisi l'ampleur de cette rencontre. Trois choix s'offraient à ce nouveau citoyen de Londres : rester gentiment dans l'ombre sans déranger le Comte, s'associer à lui en acceptant la soumission, ou quitter la cité pour assurer une distance entre eux s'il décidait de s'opposer à ses plans obscurs. La mort était une quatrième option qui s'associait à la dernière. Comme Glen n'avait pas idée des sombres projets que mâchonnait le lord à chaque repas, il ne lui restait que deux options...trois s'il choisissait la mort. Mais quel être aurait été assez fou pour réclamer cette dernière ? L'immortalité n'était-elle pas là pour la fuir indéfiniment ?

- Nous sommes au sommet de la chaîne et trop fiers pour ne pas nous en souvenir ! Les Humains ont beau nous prendre pour de vulgaires bêtes assoiffées de sang, nous n'en sommes pas tout à fait. Mais vous, fit-il plus fermement, vous le savez.

Jirômaru comptait bien cerner ce Vampire mieux qu'il ne l'avait fait avec Wynn ou Sébastian. Pour lui, c'était-là une rencontre bien opportune à pareille heure. Il sentait chez ce Vampire une soif de connaissance qu'il pouvait combler un jour. Sa curiosité et son âge en faisait un être intriguant et utile. Il s'ennuyait ? Le Comte pouvait lui apporter quelques distractions ! Le jeu, l'apaisement de sa soif, le pouvoir...Tout cela était à sa portée s'il acceptait de plier légèrement l'échine et d'entrer dans sa ronde noire.

Le Comte se leva et reprit d'un air plus gai.


- Que voulez-vous savoir de moi ?

Un sourire fendit son visage avec sincérité.

- Il y a tant à dire et si peu à écouter...J'en ai déjà tellement dit...


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
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MessageSujet: Re: Rêveries antiques [Comte, Glen] [10/03/42] Ven 7 Sep - 17:20

D'un mouvement souple, Glen sauta par dessus une flaque de boue, grimpa sur les racines d'un gros chêne et continua sa route en suivant le Comte. Etait-ce un nouveau test, cette petite escapade en pleine nature? Si c'était le cas, il ne serait pas déçu. Il fallait plus qu'un endroit sordide et lugubre pour l'impressionner, et il en arrivait même à regarder le paysage avec une certaine fascination. Ici, les arbres se tordaient avec douleur sous la voute céleste, comme si le fait d'être plantés au dessus les morts les poussait à souffrir avec eux en silence pour l'éternité. C'est un sourire amusé qui vint orner les lèvres du marionnettiste alors qu'il traversait sans encombre le cimetière. Il serait tout de suite moins à l'aise quand le brouillard l'aurait totalement enveloppé, mais cela, il ne le savait pas encore.

Le Comte lui avoua qu'il ne s'était jamais rendu en Irlande, et Glen ne pu s'empêcher de sourire. La discussion commençait à se poser, et ils semblaient s'être enfin mit d'accord sur le ton à donner. Glen avait sentit comme un regret dans la voix du Comte, comme s'il avait prit conscience que malgré son âge, il lui restait encore bien des choses à voir et connaître. Peut-être se laissait-il trop submerger par ses obligations, à tel point qu'il en venait à oublier que s'abandonner un peu à la découverte était une chose agréable? Glen renchérit donc d'un ton détaché.


-Quel dommage que vous n'ayez jamais pris le temps d'y venir! L'Irlande est une terre de légendes aux mille et unes histoires, un lieu magnifique, où s'étendent à perte de vue de grandes prairies verdoyantes. Nul émeraude ne vaut le vert de l'Irlande un après midi d'été! Mais pour cela... Il faut pouvoir sortir de jour, ce qui nous pose un petit problème!

Glen se mit à rire doucement en poursuivant d'un pas léger et guilleret. Il aimait beaucoup parler de son pays, et ce même si ses origines étaient couvertes de ténèbres. C'était une façon pour lui de se dévoiler un peu plus, mais il se laissait très facilement aller au dialogue sur certains sujets. Sa spontanéité lui permettait souvent d'éviter les sujets délicats et les questions embarrassantes. Certains n'étaient pas faciles à berner, mais cette ruse fonctionnait avec bien des gens... Du moins les plus naïfs et les moins curieux.
Pendant un instant, Glen repensa au château où il avait grandit. C'était une belle bâtisse assez ancienne, taillée dans un granit qui brillait de mille feu au soleil. C'était aussi un endroit froid et venteux, qui rendait les hivers infernaux. Il avait passé de nombreuses nuits enterré sous plusieurs épaisseurs de couvertures épaisses et molletonnées, bercé par le crépitement du feu de la cheminée. Combien de fois avait-il fait le tour des remparts du château, traversé les immenses champs de verdure, arpenté la forêt de long en large... Il ne gardait pas que de mauvais souvenirs de sa plus tendre enfance. Certains semblaient anodins et représentaient pourtant énormément de choses pour lui. Mais tout cela était bien loin à présent, et ce n'est pas l'Irlande du 15ème siècle qu'il visitait mais bien un cimetière, quatre siècles plus tard.
En compagnie d'un vampire qui lui parlait maintenant de la Russie. Glen n'avait vu que Saint Pétersbourg et Moscou, la Sibérie l'avait plutôt refroidit. Ainsi donc, le Comte l'avait traversé après sa transformation. Cela semblait évident, il n'y avait guère d'autres solutions pour rejoindre l'Europe. Glen ne tiqua pas, mais cette infime information, il décida de la garder en mémoire. Il ne cherchait pas réellement à tout connaître du Comte pour chercher à en tirer quoi que ce soit. Tout cela tenait davantage du jeu pour lui. Un jeu de piste auquel il adorait s'adonner, comme il l'aurait fait avec un passe temps tout à fait innocent. Sa manie de glaner des informations sur tous ceux qu'il croisait en faisait une mine d'information et un danger potentiel lorsqu'il décidait de s'en servir pour nuire.


-La France a eu son heure de gloire, mais elle n'est plus que l'ombre d'elle même. Lorsque j'y suis allé, les femmes étaient réputées pour être les plus belles d'Europe. Et si je puis me permettre, cette réputation n'était pas usurpée, loin de là...

Glen eut un léger rire en continuant sa progression. C'était un charmeur qui appréciait la compagnie des femmes presque autant qu'il aimait le sang et les plaisanteries douteuses. Il n'avait pas besoin d'user de son attraction vampirique pour faire papillonner les yeux d'une demoiselle, mais ce qu'il aimait par dessus tout, c'était briser les ménages. Tout avait une valeur de jeu, quoi qu'il fasse. Le sérieux était une chose qu'il adaptait à sa façon, et à moins d'être particulièrement en colère, il ne l'était jamais totalement.
Le commentaire du Comte l'amusa beaucoup également. S'il avait mentionné les femmes, c'est qu'elles ne devaient pas le laisser indifférent lui aussi. Quant à sa remarque sur la politique, il devait être plus jeune, ce genre de choses ne devaient pas encore faire partie de ses préoccupations. Mais si sa visite était récente, cela signifiait peut-être que tout l'intérêt qu'il semblait porter à la gestion de Londres l'était également. Songeant à cela, Glen se rendit compte à quel point cet homme savait se faire discret. Il n'avait pratiquement pas entendu parler de lui, ne l'avait jamais croisé auparavant, et il ignorait encore tout de son rôle au sein de la capitale. Il espérait bien le découvrir avant la fin de cette soirée cependant.

Glen fut d'autant plus intéressé lorsque le Comte eut sa première réaction spontanée. Celle-ci ne semblait pas calculée ni simulée, et il avait réellement l'air surprit. Ainsi donc, il pouvait être honnête et montrer autre chose que ce masque de noblesse qu'il portait depuis le début de leur entrevue? Glen appréciait cela. Il ne savait quoi penser des réactions calculées et terriblement mesurées du Comte. Enfin, il avait un modèle de spontanéité sur lequel se baser pour le comprendre un peu mieux. Pourtant, lorsqu'il lui avait avoué que l'ennui l'avait amené à Londres, Glen n'avait pas songé un instant qu'il en serait surprit à ce point. C'était souvent aux alentours de deux cent cinquante ans que les vampires commençaient à prendre pleine conscience de la définition du mot ennui. Glen l'avait saisit bien avant, et cette notion ne l'avait plus quitté depuis. Son esprit avait besoin d'être occupé en permanence, sans quoi il se mettait à tourner en rond en ruminant son prochain mauvais coup.
Mais il n'était pas le seul dans cette situation. L'éternité n'était pas spécialement un don, et tenait plus de la malédiction sur bien des points. Un vampire n'avait ni le plaisir ni le déplaisir de voir son corps vieillir, il ne connaissait ni l'angoisse ni le soulagement que pouvait apporter la vieillesse, leur corps restait à jamais figé au même âge, comme si le temps s'était arrêté pour eux, tout en continuant sa course pour le reste du monde. Et malgré cela, aucun vampire ne pouvait se vanter de ne pas craindre la mort. Ils en avaient tous peur, quoi qu'ils disent, et elle restait la dernière forme d'inconnu pour eux.

Glen jeta un nouveau coup d'oeil au Comte. Et lui? La craignait-il, cette charmante étrangère encapuchonnée? Pouvait-on seulement être encore impressionné par quelque chose, à son âge? Glen en restait persuadé, car après tout, il avait réussit à le surprendre, même un court instant.
Quand le Comte lui parla de son avenir, Glen eut l'air quelque peu déçu. Quel dommage qu'il ne puisse lire l'avenir... Il aurait été curieux de connaître le futur de ce monde décadent, et pourquoi pas en apprendre la fin? Le Comte ne lui laissa pas le temps de se poser plus de question, se tournant vers lui pour le regarder droit dans les yeux.
Glen fronça les sourcils en attendant la suite de sa phrase. Et ces quelques mots suffirent à briser toute sa défense. Son visage prit d'une expression horrifiée tandis qu'il laissait échapper une exclamation choquée.


-Je... Je vous demande pardon...? Laissa-t-il échapper d'une voix sourde.

Il s'était attendu à tout sauf à cela. Son esprit était un véritable champ de bataille pavé de cadavres et de pensées malsaines. Un véritable régal pour quiconque aurait souhaité sa perte.
Glen retrouva rapidement sa contenance, mais il peina à ralentir les battements de son coeur. Cette situation était dangereuse, très dangereuse. Si le Comte avait le pouvoir de lire dans son esprit comme dans un livre ouvert, il pouvait voir le fond de son âme, toutes les idées les plus sournoises qu'il avait en tête, mais aussi son passé.
Il retrouva un semblant de sourire en apprenant que l'aristocrate n'aimait pas cela. Il se contenta de hocher la tête, à peine rassuré. Il s'était embarqué dans une affaire qui allait finir par le dépasser, et il ne pouvait plus compter que sur la bonne foi du Comte pour ne pas se retrouver avec l'esprit mis à nu. Glen serra les dents en poursuivant sa route. Cette fois, il s'était fait avoir, et avait poussé sa curiosité un peu trop loin. On ne l'y reprendrait plus de cette façon, mais il était contrarié.

Un silence s'établit entre eux pendant quelques secondes, alors qu'ils commençaient à traverser une zone encore plus opaque. La brume enveloppant les deux vampires était si épaisse que Glen aurait voulu y sculpter un décor à offrir à ce lieu sordide. Elle s'éparpillait en volutes et lambeaux vaporeux à chaque pas qu'ils faisaient. Il ne fallut pas longtemps à Glen pour comprendre qu'il n'avait aucune raison de se méfier, et bientôt la traversée devint un jeu pour lui. Sans cette étrange capacité qui lui permettait de voir dans l'obscurité la plus totale ou à travers un épais brouillard, l'avancée aurait été plus difficile. Ses pupilles noires luisaient d'une couleur rougeâtre qui s'était étendue à ses iris, les colorant d'un rouge légèrement bleuté. Glen finit par joindre son rire à celui du Comte, plus détendu qu'auparavant mais néanmoins sur ses gardes.


-Un tortionnaire? Et bien! J'ose espérer que vous prenez cela pour un compliment! Dit-il d'un ton malicieux. Nous ne sommes pas fait pour être des anges, pourquoi nous en cacher...?

Glen sentait comme une pointe de menace dans le ton jovial de ce mystérieux vampire. En lui avouant qu'il pouvait lire dans son esprit, il l'avait déjà mis suffisamment en garde. Qu'il soit un tyran ou un bourreau ne le dérangeait pas plus que cela, c'était ses aptitudes à manipuler un esprit qui inquiétait d'avantage le rouquin. Une chose était certaine, Glen ne jouerait pas avec les nerfs de cet homme là. Il tenait à son intégrité mentale et montrerait patte blanche s'il le fallait, même si pour cela il devait garder sa langue dans sa poche.

-Quelle jolie réputation vous avez là..., se contenta-t-il d'ajouter avec une pointe d'espièglerie.

Présomptueux? Non il ne l'était pas... Il ne jouerait pas avec ce mot s'il l'était réellement. En réalité, il semblait prendre toute cette histoire avec humour, et tous les noms que l'on avait pu lui donner lui glissait dessus sans jamais l'atteindre. Ce n'était pas seulement un vampire puissant, il avait aussi suffisamment de jugeote pour se désintéresser totalement de ce que l'on pouvait dire de lui. Peu lui importait le nom qu'on lui donnait tant qu'on le craignait, c'était à présent une évidence pour Glen.
Il se demanda alors si lui aussi ressentait cette peur, et il lui apparu rapidement que c'était autre chose. Il n'éprouvait nulle crainte en sa présence, mais il s'en méfiait autant qu'il s'y intéressait.


-Les Hommes parlent de criminel, mais ce mot est employé à tort et à travers aujourd'hui. Je ne me sens pas plus criminel que l'humain qui s'en va décimer un peuple entier à la gloire d'une entité invisible sous prétexte qu'une voix le lui a ordonné! Dit-il en riant.

Glen ne croyait pas en une force supérieure guidant ses pas. Car si une telle force existait, elle était bien ingrate! Il ne croyait qu'en une chose: Le savoir. Savoir impliquait une certitude que croire ne faisait qu'effleurer.
Le Comte disparut un instant, mais Glen poursuivit sa route calmement jusqu'à le retrouver assit sur une imposante tête en pierre, laquelle s'était en partie enfoncée dans la terre meuble de l'endroit.
C'est un regard malicieux que lança le vampire au cheveux flamboyant à son interlocuteur. C'était la deuxième fois en une soirée qu'il le trouvait perché en hauteur. Son attitude dénotait un fort besoin de se trouver au sommet pour tout observer, ainsi qu'un orgueil qui ne le surprenait pas vraiment.
Observant les alentours, Glen constata qu'il n'y avait rien hormis ce visage de pierre, aux alentours. Il était donc de nouveau contraint de rester en bas, et de se tordre le cou pour regarder en l'air. Les yeux du Comte l'interpelèrent un instant. Ils avaient la même lueur hypnotisante que les siens, rendant son regard plus vivant. Nul doute que lui aussi possédait la vision parfaite, ce pouvoir si précieux qui permettait aux vampires de voir dans n'importe quelle situation.

Glen s'avança et d'un bond, il grimpa sur le nez de la statue de pierre, où il s'accroupit, fixant le Comte. Un moment, il pencha la tête sur le côté.


-Je suis prêt à vous jurer que je ne nuirai pas à vos projets mais... Comme j'en ignore tout, j'ai bien peur de devoir vous dire que je ne peux rien vous garantir! Mais avant que cela n'installe un malaise entre nous, je me permet d'ajouter ceci: A moins que vous n'ayez pour but de vous agenouiller devant les humains, mes actes n'iront pas à l'encontre des vôtres..., puis il se redressa légèrement pour s'étirer.

Glen n'aimait pas beaucoup l'idée de s'incliner devant ce qui lui servait de garde manger et éventuellement de passe temps lorsqu'il s'ennuyait. Après tout, on ne demandait pas à un homme de courber l'échine devant une chèvre.
Attentif, il écouta les propos du Comte avec un sourire de plus en plus intéressé. Enfin il avait ce qu'il cherchait: des réponses. Et s'il y avait bien une chose que Glen appréciait, c'était ce genre de paroles. Car il partageait, à peu de choses près, le même avis. Du moins le partageait-il quand il avait encore suffisamment de présence d'esprit pour ne pas tout mettre dans le même sac.


-Pour vous nuire, il faudrait déjà que j'ai quelque chose à vous reprocher, ce qui clos tout de suite ce débat. Je serais idiot de m'en prendre à vous, et je sais où sont mes intérêts... D'autre part, je partage votre avis sur bien des points. Ces bons samaritains, comme vous les appelez, sont les plus dangereux. Ils se voilent la face et se mentent à eux mêmes, ils vont jusqu'à renier leur nature. Pourtant, il suffit d'une étincelle pour qu'ils deviennent les véritables monstres de cette histoire. Ils n'ont simplement pas le courage d'assumer ce qu'ils sont.

C'est le regard d'un vampire assumant pleinement sa cruauté qui se posa à nouveau sur le Comte. Glen ignorait encore tout de ses plans, et il lui faudrait probablement revoir les siens s'il ne voulait pas risquer de voir l'aristocrate lui tomber dessus. Il n'avait aucune envie de voir ses souvenirs dévoilés au grand jour. Quitte à être contraint de les révéler, il préférait encore que ce soit de sa bouche. Il n'avait pas non plus envie de devoir se cacher pour le restant de ses jours en priant tout ce qui qu'il pouvait prier pour qu'on ne le trouve pas.
A présent, il lui fallait peser le pour et le contre. Sa propre volonté de voir le monde à feu et à sang ne correspondait certainement pas à la vision de l'avenir qu'avec le Comte. Glen pouvait encore sourire avec innocence et hocher de la tête en pensant le contraire de ce qu'il dirait, mais il pouvait aussi être honnête, pour une fois. Le Comte avait mis le doigt sur un point important: L'hypocrisie ne faisait que diviser les vampires plutôt que de les unir. Glen avait sentit la proposition qui s'offrait à lui. Il n'en avait pas l'intitulé, mais certaines choses étaient à présent claires et limpides. S'il jouait avec le feu, il risquait fort de se brûler. Et pourtant, l'idée était tentante... S'adonner à un jeu cruel avec son aîné, dans le but de découvrir lequel serait le plus malin, voilà une perspective que Glen trouvait tout à fait intéressante. S'il n'avait pas été dans un état de clairvoyance remarquable ce soir là, c'est probablement l'option qu'il aurait choisit. La plus chaotique, la plus saugrenue, et la plus suicidaire qu'il pouvait choisir.
Lorsque le Comte se tut, le marionnettiste resta un moment silencieux, un sourire accroché aux lèvres.


-Dites moi... Ne seriez-vous pas en train de m'exposer les choix qui s'offrent à moi...? Mais des choix qui s'appliquent à quoi? Si vous avez quelque chose à me suggérer, je suis tout ouïe...

Il était rusé et malicieux, il percevait facilement le double sens se cachant derrière chaque mot qu'avait employé le Comte. Il avait bien comprit que dans son intérêt, il valait mieux se trouver dans son camp. Mais qu'avait-il à lui proposer en échange? S'il n'avait à lui garantir que sa survie, Glen n'y voyait aucun intérêt. En revanche, s'il avait plus à lui apporter, il était prêt à se montrer très intéressé. Entre eux, il ne pouvait y avoir que deux alternatives. Ils pouvaient choisir de partager leurs idées ou les opposer fermement en faisant tout pour faire basculer l'autre. Plus les secondes passaient, plus Glen penchait pour la première de ces deux solutions. Mais tout cela dépendait de ce que le mystérieux aristocrate avait à lui apporter.

Enfin, il lui donna carte blanche pour lui poser des questions. Glen se redressa avec un sourire pour pouvoir s'assoir en tailleur et en équilibre précaire sur le nez de la statut. Heureusement pour lui, il avait gardé la souplesse et l'agilité de son passé d'acrobate, ce qui lui permettait de rester immobile et en équilibre dans bien des situations.


-Vous en avez beaucoup dit, mais il en reste beaucoup à apprendre, j'en suis certain... Vous avez parlé d'un projet qui nous concernerait tous, mais rien de plus... Êtes vous volontairement discret à ce sujet, ou essayez-vous de me faire languir pour attiser encore plus ma curiosité? Demanda-t-il avec malice.

Le Comte avait suffisamment balisé le terrain en lui parlant de ses projets pour que Glen le remarque. S'il avait souhaité garder cela totalement secret, il n'aurait pas insisté autant sur ce point... En posant cette question, Glen s'aventurait un peu plus dans le camp du Comte en lui montrant son intérêt, mais il restait prêt à se retirer à n'importe quel moment si le moindre détail le dérangeait. Tout se jouerait sur quelques mots qui détermineraient son choix. Son regard effacé ne cillait pas tandis qu'il attendait une réponse, n'importe laquelle. Le vieil aristocrate saurait-il composer avec un esprit aussi fou et calculateur que le sien?


Dernière édition par Glen O'Sullivan le Mar 16 Oct - 23:30, édité 1 fois
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Rêveries antiques [Comte, Glen] [10/03/42] Mar 11 Sep - 19:29

Glen était tombé. Le Comte venait de le cerner bien assez pour pouvoir jouer avec sa personne. Le jeu auquel il allait se prêter maintenant avec lui n'était autre que son sempiternel champ de bataille. L'échiquier géant qui lui servait de support venait d’acquérir une nouvelle pièce : un cavalier. Le Comte sentait qu'il venait de rencontrer un Vampire susceptible de jouer le rôle du fou, mais au fond, il savait que c'était un personnage bien plus subtil et plus rigide à la fois, un feu follet enfermé dans une bouteille, un pion qui saurait avancer en ligne droite plutôt qu'en biais. Sa prudence reflétait la sagesse derrière cet aspect farfelu. C'était un fou, comme beaucoup de Vampires, un sadique, un meurtrier, un assassin jouissant du râle de ses victimes, mais aussi un être qui pouvait être façonné par l'intérêt, la curiosité, l'envie, la cupidité...Il rêvait, c'était un voyageur, un Vampire qui aimait le monde dans sa conception physique. Il riait, c'était un clown échappé d'un cirque, un Vampire qui aimait l'humour glauque et l'hystérie collective. Il tiquait, c'était un calculateur, un Vampire qui aimait son indépendance et qui avait en tête quelques sombres projets. Mais surtout, il se pliait lentement, c'était un opportuniste, un Vampire prêt à sauver sa peau et à se taire pour s'assurer un avenir plus reluisant que son passé. Oui...Le Compe avait réussi à cerner une grande partie du caractère de Glen. Évidemment, malgré son âge et sa puissance, il n'était pas capable de connaître son passé sans sonder son esprit, de même qu'il n'était pas certain de pouvoir le contrôler entièrement. Mais une chose était certaine : Glen ne lui ferait pas obstacle car, lui, il avait compris qu'une hiérarchie était nécessaire quand bien même elle lui serait insupportable. Ce n'était pas comme Wynn dont le Comte se méfiait maintenant fortement à cause de son caractère belliqueux et insolent. Glen savait qu'il fallait changer de pied pour danser selon le partenaire engagé sur la piste. Il voulait valser ! Comprendre chaque pas de cette nouvelle danse qui s'offrait à lui ! Quoi de mieux pour le Comte qu'un Vampire qui s'ennuyait ? Il saurait motiver autant sa curiosité que sa fidélité.

Cependant, le Comte était d'un naturel si calculateur et si mesuré dans ses actions qu'il savait qu'un mauvais pas pouvait très bien perturber ce bal organisé. Un cavalier qui ne sait pas danser est un cavalier qu'il faut surveiller. Si le Comte tenait assez à ses souliers de fête, il fallait qu'il s'assure plus profondément du caractère de Glen. Un fou qui se laisse gentiment caresser la nuque et qui la tend presque à son partenaire de façon soumise, peut toujours se retourner soudainement contre ce dernier. Planter lui-même ses canines à la source du pouvoir qu'il recherche tant à travers cette relation...voilà une possibilité à ne pas oublier.
Faire part de ses projets dans leur ensemble n'était donc pas dans les options du Comte à ce stade de la conversation. Ses plans intimes resteraient secrets jusqu'au bout. Seule Ilsa était au courant et elle, elle ne parlerait jamais.

Au moins, Glen semblait comprendre l'importance de cette rencontre. Il prenait à cœur leurs conversations, exposant ses idées, ses réflexions et ses impressions au Comte sans ciller. Il était de son avis au sujet de leurs confrères hypocrites et il comprenait en grande partie la lassitude du lord face à l'immortalité, le temps, les Humains et leurs conceptions du bien, du mal, de la cruauté, du vice et de la notion de crime. Ils s'entendraient au moins sur ces points, même s'ils étaient évidemment complètement surfaits aux vues de la situation. Une nécessité de politesse et de société.
En tous cas, Glen faisait attention à ne jamais dépasser certaines limites. Il sentait que son aîné n'était pas là pour engager une simple discussion mondaine. Jamais le Comte ne se laissait aller à la palabre inutile et ce n'était pas aujourd'hui, la veille d'un de ses plus grands coups, qu'il allait délier sa langue pour des futilités sans nom.

Muet face aux questions du rouquin, le Comte s'installa sur la tête de statue et regarda Glen monter sur son nez. Un autre indice quant à sa personnalité, et d'un intérêt concret : comme Wynn il n'aimait pas courber l'échine et se sentir inférieur, mais, contrairement à lui, il le montrait de façon physique et non pas à travers son ton, sa voix, ses mots. Mis à part son idée autour de la présomption et des vieux Vampires arrogants, il n'avait pas fait une seule allusion à l'orgueil princier du Comte. Et cela, le lord l'avait bien remarqué. Ce Vampire le suivait sans broncher, mue par sa soif de connaissance. Il le suivait même à travers la brume, sur le relief d'anciennes civilisations, sur ce vestige de pierre abandonné à la nature, mais sans jamais se mettre à son niveau : signe certain de son inclinaison à la paix entre-eux. Pour obtenir le savoir et anéantir son ennui, il semblait prêt à rester une marche en-dessous de lui. Sage décision, la meilleure qu'il aurait pu prendre en cette heure. Il montait dans l'estime du Comte, non pas comme un vulgaire toutou que l'on est fier de dresser, non, mais plutôt comme un collègue qui accepte que sa poignée de main soit plus ferme que la sienne sans chercher à serrer plus fortement ses doigts pour lutter inutilement. Glen ne voulait pas prouver quoi que ce soit. Il était prêt à mettre de côté son éventuelle fierté pour conserver le sourire que le Comte posait sur lui. C'était un être sournois et malin, un Vampire dangereusement intelligent, mais peut-être aussi un homme de confiance une fois qu'il trouvait son compte dans les affaires qui le trempaient. Il était prêt ''à jurer''. Tout était dit.

Le Comte saurait le récompenser pour sa patience et son talent si l'avenir décidait de les lier. Glen devait le sentir à présent. Tout était en place pour lancer leur alliance future.


- Bien sûr que je vous expose des choix...murmura le lord à Glen lorsque ce dernier sembla enfin découvrir l'ampleur de ses paroles.

Puis le Comte se tue, le laissant exposer sa curiosité. Comme il s'y était attendu, Glen se jetait maintenant à corps perdu dans ses secrets les plus noirs. Il était désormais certain d'avoir éveillé chez lui un monstre de malice prêt à tout pour le suivre dans l'abîme. L'ennui le tuait, ce qu'il avait à lui proposer était une opportunité qui ne se refusait pas, sauf par principes. En aurait-il ? Le Comte en doutait bien.

S'installant plus confortablement, presque allongé sur la tête de pierre, le Comte jeta un regard aux étoiles absentes et soupira lentement d'aise. Glen allait être servi ce soir.


- Je vais vous exposer d'abord vos choix, Monsieur O'Sullivan. Car ma priorité est de m'assurer que vous comprenez l'ampleur de notre rencontre jusque ses moindres détails.

Il se pencha un peu pour fixer Glen dans les yeux.

- Vous pouvez errer dans les contrées voisines pour y semer le chaos et la destruction, je n'en aurai cure, à moins que vous ne dévoiliez ouvertement aux Humains l'existence des nôtres. Son regard se fit intense. Il était évident que le Comte était bien de ceux qui conservaient la Mascarade comme principale notion de vie. Les actes des miens ne me préoccupent que s'ils attentent à notre paix. La race des Vampires a besoin de rester dans l'ombre. Vous savez comme moi que la lumière nous tue.

Le regard du Comte voulait tout dire : il ne laisserait jamais un des siens mettre en péril leur espèce. Sans la Mascarade, la lutte avec les Humains était inévitable et le Comte faisait clairement partie de ceux qui ne voyait cette option que comme une perte affreuse.

- Sans cela, l'Humanité périrait et nous...nous mourrions de faim.

Le Comte se redressa et s’assied plus droit sur la statue.

- Vous êtes en mes terres, voilà donc vos choix : soit vous restez loin de mes projets et je vous serai gré de vivre votre vie sans importuner la mienne, soit vous quittez les lieux avant que je ne vous traque.

Jirômaru avait pris, cette fois, un ton très ferme. Ces options étaient prédéfinies, elles ne pouvaient pas être modifiées par Glen. Il était maître de cette ville, il le montrerait jusqu'au bout.

- Soit...

Il arrêta sa phrase, la laissant en suspens avec un sourire presque sadique. Ses yeux lumineux brillèrent d'un éclat plus félin.

- ...vous vous engagez à mes côtés pour atteindre un sommet inespéré.

Le Comte sourit en montrant ses canines. Glen était curieux, oui, et il le laissait languir après ses projets. Cependant, il était temps pour eux de cessez les sous-entendus et les détours, l'heure était maintenant au pacte.

- Inutile de tourner autour du pot, Glen, fit-il en se levant soudainement.

Debout sur la statue, le Comte se mit à marcher silencieusement en faisant tourner de temps à autre sa canne-épée puis il éclata :

- Redonner à cette vie d'ennuis et de lourdeur sa beauté d'antan...retrouver le goût du sang ! Voilà mon projet ! Fit-il en levant les bras au ciel dans un geste théâtral. Puis il pointa Glen de son arme. L'Humanité n'est que notre pièce préférée dans le grand festin du monde, les avaler tout rond ne ferait que nous causer une belle indigestion ! Les Hommes sont notre pain! Eux disparus, nous nous éteindrons. Mais s'agenouiller à leurs pieds pour la seule raison que nous avons besoin d'eux, ça jamais ! Ha !

Le Comte fit tourner sa canne-épée jusqu'à la faire remonter sur sa nuque, l'attrapant sur ses épaules pour s'y appuyer.

- Mais...les chaperonner pour les mener à nos fins, ça nous le pouvons sans crainte...continua-t-il en souriant. Que vaut un sang contaminé face à la noblesse d'un sang pur ? Gérer l'Humanité dans l'ombre, tirer des ficelles invisibles pour retrouver le goût merveilleux d'une Humanité lavée de ses rebuts : voilà mon projet ! Une purge ! Nette, droite et précise ! Un assainissement de leurs chairs et de leurs esprits !

Le Comte sourit cette fois d'un air amusé.

- Même les Vampires de votre génération le sentent : le sang des Hommes s'épuise. Il devient infâme, décadent, ignoble, infecte ! Et nous...nous sommes destinés à souffrir ce goût écœurant jusqu'à la fin des temps si rien n'est fait. Nos pouvoirs vont s'amenuire, nos enfants vont dégénérer, notre race s'éteindra peu à peu. Nous serons condamnés à nous enfoncer sous les sédiments de la terre pour chercher désespérément quelques cadavres de l'ancien temps afin d'espérer sucer leur sang mort pour finalement les suivre dans la tombe, à jamais ! Quelle tragédie !

Jirômaru se mit à rire d'un ton lugubre. Cela l'amusait que de penser à l'avenir des Humains. Ces derniers eux-mêmes sentaient qu'ils perdaient leurs forces. N'était-ce pas cette lutte qu'illustraient les différences sociales et les conflits politiques chez ces créatures dénuées de sens ? Finalement, sans les Vampires, ils étaient condamnés par leur propre bêtise. Mais les Vampires aussi le faisaient rire. Se croyaient-ils en mesure de les gouverner sans conditions ? Ils étaient inter-dépendants et cela il ne fallait jamais l’oublier.

Le Comte ramena son arme pointée vers le sol puis s'y appuya à nouveau d'un air presque las. Tout était sur-joué, c'était un jeu de rhétorique et de mise en scène pour appuyer sur le ridicule de la vie.


- Mener les Humains à retrouver un sang correct semble presque simple et sans réel intérêt, me direz-vous...fit-il en faisant un geste de la main vers Glen pour le désigner d'une façon détachée. Puis il se redressa en prenant une voix faussement grave. Oui...ce n'est qu'un caprice ! Celui d'un gourmand, d'un grand de ce monde qui refuse de passer du manteau d'hermine à celui de lapin ! Le Comte reprit sa marche lente et pesée. C'est un sujet que beaucoup de Vampires abordent dans notre univers car beaucoup en sont dégoûtés. Qu'est-ce qui pourrait donc vous conduire à me suivre dans un si petit projet, me demanderez-vous ? Un être tel que vous, avec vos siècles d'errance, ne s'ennuierait-il pas à nouveau dans un pareil jeu ? Pourquoi ne pas laisser le Sabbat réduire à néant les Humains sans valeur et se concentrer sur l'élevage d'une minorité délicieuse ? Facile ! Abordable ! Il suffirait de rassembler les plus hargneux d'entre-nous et de les pousser à faire eux-mêmes cette fameuse purge ! Inutile de bouger, ennui...ennui...ennui...

Le Comte sourit à nouveau. Il soupira d'un air heureux.

- Piètres questions pour de piètres ambitions...

Le Vampire arrêta sa marche et s'accroupit pour se pencher vers Glen.

- Mais ceci n'est qu'une finalité infime de mon entreprise...

Le Comte se sentait soudainement si puissant qu'il avait du mal à retenir un éclat de rire. Il avait envie de se tailler les veines pour voir couler ce sang si concentré de pouvoir et de connaissances. Il ressentait dans tout son corps un fourmillement intense qui lui rappelait ses capacités et sa soif. Il avait soif, oui, soif de sang, de rage, de destruction, soif de violence ! En cet instant, tuer Glen lui vint à l'esprit. Fallait-il réellement le prendre dans son giron pour en faire une arme ? Ou fallait-il l'abandonner-là, à ce niveau de connaissance, pour lui donner envie d'en savoir toujours plus ? Cela pourrait le maintenir en éveil, le pousser à l'accompagner toujours plus loin. Mais qu'y gagnerait le Comte ? Ce Vampire était encore un inconnu pour lui, même s'il lisait à travers ses gestes et ses paroles. Pourquoi prendre le risque de dévoiler son âme à pareil individu ? Ce n'était qu'un errant parmi d'autres ! La réponse à ces questions était simple et Glen pourrait la découvrir tantôt : le Comte était seul, terriblement seul dans son entreprise. Il avait besoin d'un compagnon. Ses esclaves, ses disciples et ses élèves ne lui apportaient pas ce qu'il désirait. Même sa chasse tournée vers Sarah Spencer n'arrivait plus à motiver ses sens comme avant. Il allait accomplir des prodiges, il le savait, mais à quoi bon le faire seul ? Ilsa avait refusé de l'accompagner. Choix solitaire et regrettable. Ce Vampire aux cheveux flamboyant avait retenu son attention bien plus que d'autres. Depuis un certain temps, le Comte cherchait ce genre de folie latente. Il aimait le risque, il aimait les défis. Ce Vampire pouvait aussi bien devenir sa plus terrible faiblesse que sa plus violente arme.

Lentement, le Comte se laissa glisser à la hauteur de Glen. Le nez de la statue était énorme et il pu ainsi poser un pied dessus pour s'assurer un équilibre, très précaire, certes, mais assez stable pour rester accroupi aux côtés de Glen. Nez à nez avec le Vampire, de façon soudainement si proche, le Comte laissa tomber sa canne-épée au sol. L'arme atterrit sans bruit dans la mousse et l'humus qui recouvraient le sol. Jirômaru saisit doucement le menton de Glen et s'en approcha pour murmurer près de ses lèvres froides.


- Mener les miens à la liberté totale, voilà ma réelle ambition...A toi, Glen, j'aimerai t'y faire goûter maintenant...

Une chaleur étrange imprégna Glen tandis que le Comte lui caressait la joue et le menton. Un état nébuleux les envahit tous deux, comme s'ils s'enfonçaient dans un rêve plein de tendresse.

Un sol bleuté nimbé de brume s'offrit à la vue de Glen. Un sol chaud et doux comme la soie d'un drap abandonné par une femme. Des murs du même bleu pastel s'érigèrent lentement, extirpés de l'obscurité. Ils étaient couverts de toiles semblables à celles que tissent les araignées le soir. Sèches, filandreuses, souples et blanches, elles ondulaient sous une brise tintée de mélancolie. Tout un univers de douceur et de chaleur. Un environnement hypnotique et cotonneux. Puis un cœur qui bat. Un tambour lent et ronflant dans les murs. Une vibration intime, infime, presque immobile. Une vie qui sommeille là, quelque part. Une main ridée, décharnée, desséchée. L'horreur dans la tranquillité.

''Lui vivant, nous sommes enchaînés.''

Cette voix, douce et grave à la fois, fit écho dans la tête de Glen. Puis tout redevint comme avant. Le Comte se trouvait là, sa bouche à quelques centimètres de la sienne, son regard doré plongé dans le sien rougeâtre. Il caressa quelques secondes encore la joue du Vampire à la crinière de feu puis sa main quitta son visage. Ce fut comme un détachement soudain, dur, brutal, un arrachement originel, une fêlure génitrice entre eux. Glen retrouvait tout ses sens d'un seul coup. Ce n'était pas physiquement douloureux mais la cassure mentale que cela impliquait était presque un déchirement maternel.
Le Comte grogna et attrapa Glen par le col pour l'aider à descendre de la statue sans qu'il ne flanche. Sa puissance lui permit ce geste sans qu'il n'ai trop de difficulté. Une fois que leurs bottes touchèrent enfin le sol, il laissa Glen pour récupérer sa canne-épée. Se baisser pour la reprendre en mains lui paru soudainement bien ingrat. Il avait faim et se plier en deux le ramenait à sa douleur. Lui aussi venait de sentir cet étrange déchirement.

Il se tourna alors vers Glen. Son regard avait changé. Il n'était plus enjoué, plus joyeux, ni sadique, juste las, terriblement las.


- Si l'ennui s'avère chez toi un facteur assez puissant pour t'obliger à évoluer dans l'espace comme un fantôme, fit-il au Vampire, sache que chez moi il s'est développé au point que l'idée de mort m'a déjà trop souvent traversé l'esprit.

Le Comte posa sa main libre sur sa propre tempe.

- Mais là, fit-il en appuyant ses doigts contre sa peau d'albâtre, j'ai découvert que nous nous trompions tout simplement de voie. Ce que je viens de te montrer, Glen, est une minuscule partie de mes songes. Un autre monde existe, ailleurs, nous sommes simplement coincés entre les murs de celui-ci. L'immortalité est notre fardeau depuis trop longtemps...

Errant à nouveau dans la brume, le Comte s'éloigna un peu et revint vers Glen. A nouveau tout près de lui, il murmura d'une façon presque sensuelle :

- La liberté absolue Glen...Voilà mes projets...L'affranchissement inconditionné de notre race...


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Rêveries antiques [Comte, Glen] [10/03/42] Mer 12 Sep - 20:48

Les deux petites billes rouge sang du clown fixaient le regard de l'aîné sans se détourner une seule seconde. Ses pupilles n'étaient plus que deux minuscules points noirs perdus au milieu de ses iris à la couleur effacée. Il ne clignait plus des yeux, et peu à peu, son regard perdait de sa brillance et s'opacifiait comme celui d'un mort. Pourtant, Glen était bel et bien vivant, et tout à fait attentif. C'est avant tout le regard d'un fou affamé qui s'accrochait avec ferveur à celui du Comte. Il était aisé de comprendre à quel point son esprit était détraqué et chaotique, mais il avait ce sourire serein qui trahissait une parfaite maitrise de soi.
Glen n'était pas dupe. Il savait que son choix déterminerait la suite des évènements. Il savait également que le Comte l'utiliserait pour servir ses propres intérêts, et non par simple bonté d'âme. Tout cela aurait été bien trop beau et n'aurait rien changé à son ennui perpétuel. Glen avait besoin d'un combat quotidien contre sa propre folie, pas d'une personne lui tapotant gentiment la tête en s'émerveillant faussement devant ses exploits. Bien qu'il en ait parfois le comportement, ce n'était plus un enfant. Certes il aimait qu'on flatte son orgueil, mais ce n'est plus ce qu'il recherchait à présent. Plus de pouvoir, alors? Pas nécessairement. Une puissance démesurée finissait toujours par attirer l'oeil des voleurs ou inquiéter les plus petits qui en venaient à la rébellion. C'est par ses mots, ses connaissances et sa capacité à manipuler dans l'ombre sans jamais se dévoiler, que Glen espérait bien parvenir à ses fins. Ses pouvoirs étaient puissants, son intellect redoutable, mais il n'en dévoilait jamais qu'une partie, afin qu'on le pense trop faible pour combattre. C'est à ce moment là qu'il frappait, et fort. Très fort. Il ne faisait jamais dans la dentelle et les fioritures, il aimait les impacts violents et marquants, ceux qui s'impriment à jamais dans les esprits. Glen n'était tout simplement pas fait pour combattre de front comme les grands héros que retenait l'histoire. Lui préférait séduire dans la lumière pour mieux attirer autrui dans l'ombre et l'y perdre. Il était fourbe, sournois, et ça le Comte l'avait comprit depuis longtemps déjà.

Glen n'était pas facile à amadouer, il se méfiait de tout et pouvait montrer les dents à n'importe quel moment si quelque chose lui déplaisait. Il savait courber l'échine devant un aîné mais refuserait toujours de s'agenouiller ou de ramper devant un puissant. Il avait bien conscience que l'on ne gagnait pas la confiance d'un inconnu en jouant les loques ou en le couvrant de compliments. Il aurait pu se faire tout petit face au Comte et aller jusqu'à lui servir de marche pied, mais il avait suffisamment cerné l'aristocrate pour comprendre que ce genre d'attitude ne fonctionnait pas avec lui. Ce qui ne pouvait qu'arranger Glen qui avait horreur de salir ses vêtements en faisant la révérence. Tout était dit, et tout était clair. Glen n'avait plus besoin d'ajouter quoi que ce soit, son regard parlait pour lui: «Vous ne me manipulerez pas comme une marionnette, mais je ne chercherai pas à vous poignarder dans le dos.»
Il était normal pour le Comte de se méfier de Glen, car il était capable de mentir avec une aisance déconcertante. Il pouvait raconter cinq ou six versions erronées de son histoire au cours d'une seule et même soirée, sans que cela n'éveille les soupçons. En revanche, le lord pouvait lui faire confiance sur un point: Glen ne chercherait pas à le détrôner, et ce pour une raison très simple. Il préférait rester dans son ombre, ne pas attirer l'attention et ainsi ne pas être inquiété, plutôt que de risquer de se mettre à dos un aussi puissant vampire. Glen était un clown, un farceur, celui que l'on recherche toujours sans jamais trouver, une ombre et un fantôme. Il aurait pu chercher à faire tomber le Comte par des moyens détournés, simplement par amusement, mais il n'était pas fou à ce point. Le lord faisait partie de ses fauves puissants qui siègent toujours en haut de la pyramide, et qui ne laissent pas apprivoiser. Lui tendre une friandise n'aurait fait qu'attiser sa colère ou son dédain à son égard. Glen avait apprit une chose essentielle, en quatre siècles: Il vaut toujours mieux compter un vampire plus âgé dans ses alliés que dans ses ennemis. Simple question de bon sens...

Le marionnettiste avait comprit bien des choses concernant celui qui ne serait désormais plus son adversaire. Seulement, une question lui rongeait l'esprit, et il ne pouvait se permettre de la poser sans risquer de briser le fragile équilibre qui demeurait entre eux. Le Comte avait-il l'intention de se débarrasser de lui plus tard? Ne serait-il qu'un vulgaire objet échangeable au service d'un sombre monarque? Glen était prêt à beaucoup de choses pour briser son ennui et oublier les sinistres paroles que lui murmuraient sa folie à l'oreille, mais il tenait à sa peau bien plus qu'il ne le prétendait. Il était fermement décidé à emporter le plus d'humains possible dans la tombe et s'accrocherait à la vie comme un sinistré à une bouée lors d'un naufrage jusque là. Pas une seule fois dans le discours du Comte il ne fut question de cela et pourtant, le rouquin restait sceptique.
Vinrent enfin les propositions qui s'offraient à lui. Immobile sur l'arrête du nez de la statue, Glen esquissa un petit sourire en notant tout le côté théâtral que le Comte tenait à apporter à chacune de ses paroles. C'était un homme fait pour s'exprimer en public, pour captiver les foules, il avait ce talent d'orateur qui se perdait chez les vampires au profit de la barbarie, et aimait ajouter une touche de dramatique à chacun de ses mots. Ils étaient choisis avec soin, comme un poète l'aurait fait, et son discours ne souffrait aucun temps mort, aucune hésitation. Jusque dans ses paroles il était le maître, et il ne s'en cachait pas, loin de là. Il avait indéniablement le talent d'un meneur, et non d'un suiveur, une capacité à diriger sans le moindre effort que Glen regrettait presque de ne pas avoir.
S'il était doué pour parler et séduire, il n'était pas fait pour mener qui que ce soit. Son leitmotiv s'apparentait à la notion de chaos, et dans le chaos, il n'y a pas d'ordre, pas d'alchimie ni de direction. Rien qu'une anarchie totale poussant les hommes à se battre bec et ongle pour arracher au voisin sa pitance. Glen voulait voir les hommes ramper comme des rats, contraint de se repaitre de leur propre chair pour survivre, ils voulaient voir les plus lâches partir les premiers. Ainsi, il ne resterait que les plus braves, ceux qui auraient jurés de se battre contre leur propre nature décadente, et dont l'essence aurait été plus précieuse qu'un diamant. A ceux là il réservait un traitement de faveur. Il les aurait choyé et entouré de toute sa cruauté, aurait réchauffé leur coeur dans les entrailles de leurs proches, jusqu'à les rendre aussi fous qu'il l'était...

Glen redonna toute son attention au Comte et eut un léger ricanement. Si voir le chaos entourer les territoires alentours ne le dérangeait pas, ils étaient fait pour s'entendre. Glen aimait bien trop provoquer le trouble pour accepter de s'en passer si facilement. Un point le fit cependant réagir davantage. Quelques secondes plus tôt, il n'aurait su dire pour quel camp le Comte oeuvrait. Il était à présent évident qu'il n'appartenait ni au Sabbat, ni à la Camarilla. Il ne partageait pas l'envie d'instaurer la terreur chez les humains des premiers, mais se fichait suffisamment de leur situation pour que le rouquin ait la certitude qu'il ne partageait pas non plus les idées des seconds.
Glen plissa les yeux avec suspicion. Il avait été élevé dans un culte du Sabbat assez poussé, chez les Lasombras, et partageait un grand nombre de leurs idées. Seulement, il ne voyait pas l'intérêt de dévoiler l'existence des vampires aux humains. Plus encore, il trouvait cela dangereux. Offrir aux hommes un nouvel ennemi n'aurait fait que les rapprocher, et le Comte avait mit le doigt sur un point qui gênait Glen mais qui était pourtant évident. Sans les humains, les vampires étaient condamnés à mort. Il avait beau les haïr profondément, il dépendait d'eux d'une certaine manière.
Il se contenta de hocher la tête sans ajouter un mot, marquant simplement son intérêt. Il fit cependant la moue en entendant les deux premières options qui s'offraient à lui. Il mordilla l'ongle de son pouce avec un air contrarié. Il s'était attendu à mieux... Tant de mystères pour... Ca? Ce n'est qu'en entendant sa troisième option qu'il retrouva son sourire. Ricanant sombrement, il se décida enfin à parler.


-Ah... Formulée ainsi, l'idée est alléchante... J'ose espérer que le sommet en question est à la hauteur de mes espérances..., susurra-t-il d'une voix mielleuse.

Sans lui laisser le temps d'ajouter quoi que ce soit d'autre, le Comte se leva et se mit à arpenter l'étroite surface de pierre de la statue. Glen ne s'était pas trompé en songeant à un homme de théâtre. Il savait se mettre en scène pour appuyer chacune de ses paroles. C'était un talent non négligeable, mais aussi dangereux. Pourtant, malgré sa méfiance, le rouquin se laissa aller à l'écouter avec un vif intérêt. Le Comte avait le don d'amener les choses avec tant de subtilité que l'on ne pouvait que l'écouter et le suivre aveuglément. Glen ne songea même pas à se relever, il l'écoutait simplement, presque religieusement. Comme l'idée lui plaisait... Traiter la race humaine comme le bien de consommation qu'elle était à ses yeux, ne garder que les meilleurs morceaux et jeter les impuretés, oui le projet lui plaisait énormément. Quoi de mieux pour un vampire comme lui qu'un festin à la hauteur de son orgueil? Glen était de plus en plus séduit, le terme même de purge l'amusait tout particulièrement. Il lui parlait de tirer les ficelles dans l'ombre, chose qu'il savait très bien faire. Il n'employait aucun mot à la légère, il avait comprit comment attirer Glen à lui, et malgré le regard perplexe de celui ci, cette technique fonctionnait plutôt bien. Après tout pourquoi pas? Il y avait peut-être encore quelque chose à glaner chez les humains, même si le rouquin en doutait fortement. Finalement, il posa son menton dans le creux de sa main et prit la parole d'un ton anormalement calme. Intérieurement, il riait aux éclats.


-Tout dépend de la manière dont on procède... Toute entreprise, aussi ambitieuse soit-elle, peut provoquer l'ennui si elle n'est pas bien menée... Je n'aime pas la facilité, l'élevage, comme vous le dites, n'est pas fait pour moi. Je suis bien meilleur destructeur que créateur...

Il se tut, laissant sa phrase en suspend. Son intérêt était palpable, mais il se garda bien d'accepter mot pour mot la proposition du Comte. Et après? Quand il n'y aurait plus d'humains à traquer, quand ils auraient tous sagement mit un genou à terre, que resterait-il, sinon un ennui démesuré? La finalité de ce projet ne plaisait finalement pas tant que ça à Glen. L'idée en elle même l'intéressait suffisamment pour qu'il soit prêt à apporter son aide, mais sa consécration lui semblait bien terne en comparaison.
Lorsque le Comte s'accroupit face à lui, Glen s'apprêtait à refuser son offre, préférant s'occuper de ses petites affaires de son côté sans pour autant empiéter sur les siennes, mais ce que l'aristocrate ajouta lui fit perdre ses mots. Une finalité infime? Tout ce que le rouquin venait d'entendre n'était donc qu'une minuscule partie de ce qu'il préparait? Un projet plus vaste encore que celui-ci... Cela semblait irréel, Glen n'avait connu que des vampires égoïstes incapable de voir plus loin que le bout de leur nez, et lui même était d'un égocentrisme rarement égalé. Il n'avait pas encore conscience de l'ampleur des plans du Comte, mais il comprenait à présent qu'il devait être bien plus clairvoyant que la plupart des siens pour envisager de si ambitieux projets.

Le demi sourire qui était venu éclairer sa mine surprise s'effaça brusquement. L'aura du Comte avait changée, elle était si lourde de puissance, si sombre, si écrasante... Etait-il finalement totalement sain d'esprit? Glen en doutait de plus en plus. Peu de vampires pouvaient se vanter de l'être, et la plupart avait un semblant de folie en eux. Perché sur le nez de la statue, le marionnettiste n'osait plus faire le moindre mouvement et pourtant, son instinct lui hurlait de se lever pour s'éloigner le plus vite possible du Comte. Un instant, il crut que sa tête allait tomber à terre sans qu'il n'ait le temps de réagir, mais l'aîné se contenta de s'agenouiller face à lui, sur le nez de pierre. Il était proche, bien trop proche. Une proximité qui ne plaisait pas du tout à Glen qui recula son visage autant que son équilibre le lui permettait. Lorsque le Comte lui saisit le menton, le rouquin frémit, soutenant son regard. Leur nez s'effleuraient et leurs lèvres étaient si proches que le marionnettiste pouvait sentir le souffle glacé de l'aristocrate contre sa peau. Il avait une sainte horreur des contacts physiques s'il n'en était pas à l'origine, et en temps normal, il aurait réagit instinctivement en lui sautant à la gorge. Mais il était incapable de bouger, fasciné et écrasé devant tant de présence. Il avait face à lui un noyau de puissance à l'état brut, il l'avait à portée de main mais il ne fit pas le moindre mouvement. Il était à la merci du Comte, comme jamais il ne l'avait été avec personne, mais ce qu'il entendit le décontenança d'autant plus.

Malgré l'air glacial de la nuit, une douce chaleur enveloppa le corps de Glen. Elle n'était pas désagréable, au contraire. Douce et légère comme l'étreinte d'une mère, une étreinte qu'il imaginait plus qu'il ne connaissait. Bientôt, il perdit de vue les yeux dorés du Comte pour contempler un paysage utopique. Tout lui semblait irréel et pourtant si agréable... Il n'y avait pas un bruit... A la réflexion, si. Glen entendait quelque chose, ou du moins il le sentait. Une mesure lente et régulière battue par le coeur d'un inconnu. Et une phrase, une seule, qui accompagnait cette main squelettique.
Le songe s'évanouit, Glen revint brusquement à la réalité alors que les lambeaux de toiles s'effritaient autour de lui. Il sentit encore un instant la caresse d'une main sur sa joue, puis les liens invisibles qui le liait au Comte furent rompu, et le rouquin faillit perdre l'équilibre. Pour la première fois depuis qu'il avait dit adieu à son humanité, il ressentait le froid, et il comprenait pourquoi il ne le regrettait pas. Il était agressif et s'insinuait partout, remontant le long de son échine sournoisement.
Glen fut attrapé par le col, et il usa d'une pirouette agile pour se poser à terre sans encombre. Il tenait droit, mais cette nouvelle expérience l'avait quelque peu retourné. Ce n'est pas tant la vision que son arrachement, qui le mettait dans cet état. Il avait quitté un état de félicité pour revenir à une réalité autrement plus terrible.
«Lui vivant, nous sommes enchaînés»... De quoi parlait cette voix? Cette simple phrase était en lien direct avec l'idée de liberté totale avancée par le Comte quelques minutes plus tôt. Et cette main... Etait-ce celle de l'homme dont il parlait? Qui pouvait bien freiner le Comte dans ses ambitions? Il avait souhaité attiser la curiosité de Glen, il avait réussit.

A présent il comprenait qu'il n'avait plus le choix. Il en savait bien trop, le Comte l'avait approché de bien trop près pour qu'il puisse se permettre de refuser, même avec une infinie politesse. Seulement... En avait-il l'envie? Désirait-il vraiment retourner à ses petites affaires quand celles d'un autre pouvait s'y joindre et les transcender? De toute manière, s'il s'en allait comme si rien ne s'était passé, il était mort. Oh non... Il avait tout intérêt à accepter. Ne serait-ce que pour comprendre jusqu'où allait l'ambition de son aîné et parce qu'ils avaient des intérêts communs. Avec ce qu'il venait de voir, Glen avait envie d'accorder un peu de sa confiance à cet homme.

Lorsque celui-ci se tourna à nouveau vers lui, le marquis prit pleinement conscience de son âge. Son visage tiré et son regard avait perdu de sa vigueur. Il avait l'air si vieux, si fatigué... Le contraire de ce que Glen avait vu peu de temps avant. Lui non plus n'était pas infaillible. Il avait faim, comme tous les vampires, il était fatigué, comme tous les vampires, il pouvait certainement souffrir, aimer ou haïr, et au fond il n'était pas si différent des autres. Ce n'est que maintenant que Glen s'en rendait compte. Et quand le Comte s'approcha à nouveau de lui pour lui murmurer quelques mots, le rouquin retrouva son sourire et répondit sur le même ton.


-La liberté absolue, dis-tu? C'est ce que nous recherchons tous, au fond...

Glen s'éloigna un peu, laissant planer un long silence avant de se retourner. Lui aussi venait de passer à un tutoiement poli, instaurant entre eux certaine forme de confiance.

-C'est vrai, nous sommes condamnés à l'obscurité depuis bien trop longtemps, et en fin de compte nous sommes enchainés à notre propre immortalité... Qui profite réellement de cette situation, après tout... Si j'avais connu la liberté de mon vivant, j'aurais pu me l'imaginer aujourd'hui.

S'approchant à nouveau, il posa une main sur la surface rugueuse de la tête de pierre. Tout comme eux, elle était un vestige d'une époque éteinte, révolue, et avait été abandonnée là par des êtres irrespectueux du passé.

-Tu pourrais demander à n'importe quel vampire de t'aider, les plus avides et les plus jeunes te suivraient aveuglément... Pourtant c'est à moi que tu confies tout cela, dit-il en relevant la tête pour regarder le Comte dans les yeux. Tu en as assez de faire tout ce chemin tout seul, n'est ce pas? Ce n'est plus seulement la compagnie d'un idéal à atteindre, que tu cherches, mais quelqu'un pour t'aider à y parvenir...

Glen sourit. Il n'avait toujours pas donné sa réponse à l'aristocrate, laissant toujours planer un doute quant à sa décision finale. Mais il avait suffisamment attendu, il était temps pour lui de se décider, chose qu'il avait faite depuis quelques minutes déjà.

-J'ai pensé à refuser ton invitation. Je l'avoue, j'ai songé à un piège de ta part, et je m'en excuse d'ailleurs... Il est évident que nous avons tous deux bien plus à gagner en agissant ensemble. J'ignore la finalité de ton plan, et même si je brûle d'envie de la connaître, un peu de suspense n'a jamais tué personne. En revanche, je nourris, à peu de choses prêt, les mêmes espérances que toi vis à vis des Hommes. Ils sont perdus, il n'y a rien de mal à les guider un peu dans le noir. Nous sommes des créatures de la nuit, nous connaissons bien mieux l'obscurité. En revanche, je n'ai aucune pitié. Je n'épargnerai pas la vie d'un homme misérable et souillé, et je gage que tu ne m'en voudras pas pour cela. Seulement j'ai une façon d'agir assez... Singulière. Leur murmurer quelques mots à l'oreille pour les amener à faire ce que nous désirons, les conduire à creuser leur propre tombe... Ils n'ont pas besoin que nous le leur apprenions, ils ont déjà commencé leur propre nettoyage. Ils ont simplement besoin d'être un peu conseillé, ou aiguillé...

Il marqua une pause, durant laquelle il s'approcha du Comte, levant les yeux vers lui.

-Tu peux choisir de me considérer comme ton allié, ton collègue ou ton partenaire... Pas une marionnette ou un pantin, je l'espère. Tes projets me plaisent et ne sont pas si différents des miens, et s'il existe un monde où nous ne sommes plus les esclaves d'une nature que nous n'avons pas choisis, j'aimerais pouvoir moi aussi y poser les pierres d'un premier édifice. Ta proposition, je l'accepte.

Puis un sourire éclaira son visage de clown. Il était à présent engagé dans l'entreprise la plus dangereuse de sa longue vie, mais c'est bien ce qui l'excitait: L'inconnu, le danger, le nouveau, et un idéal auquel il n'avait pas songé et qui pourtant le séduisait horriblement. Glen inclina la tête en signe d'acceptation. Ce simple mouvement valait bien plus qu'une révérence pour lui, car il acceptait non seulement d'entrer dans le jeu du Comte, mais aussi de rester dans son ombre. Il lui faudrait très certainement un temps d'adaptation: Glen n'avait pas été en situation d'infériorité depuis très longtemps. Maintenant, il ne pouvait plus reculer, et ce même s'il continuait à se poser des questions. Mais il avait bien trop à gagner et rien à perdre. Il n'avait pas besoin d'argent, il était déjà suffisamment riche. Il n'avait pas besoin de la gloire, il construisait lui même sa réputation. En revanche, il ne connaissait pas la liberté dans sa conception la plus simple, la plus élémentaire.

-J'ose espérer qu'avec le temps, tu pourras m'éclairer sur celui qui nous... Enchaine... Pour qu'il occupe tes songes, c'est qu'il doit être important. Posséder la liberté de toute une race dans le creux de sa main n'est pas donné à tout le monde...

Glen se tut, regardant toujours fixement le Comte. Son visage avait changé du tout au tout, comme si la lassitude de courir après un idéal chimérique l'épuisait totalement. A ce moment, le rouquin ne savait plus réellement quelle attitude adopter avec lui. Laisser un silence s'installer entre eux, ou prendre le risque d'engager à nouveau le dialogue sur cette nouvelle alliance pour le moins étrange? Finalement, il prit le parti de simplement reculer pour aller s'adosser à la tête de pierre. Il était plus poli de laisser le Comte répondre, mais Glen se demandait tout de même pas quoi débuterait leur collaboration.


Dernière édition par Glen O'Sullivan le Mar 16 Oct - 23:30, édité 1 fois
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Comte Keï
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MessageSujet: Re: Rêveries antiques [Comte, Glen] [10/03/42] Ven 21 Sep - 4:40

Le feu brûlait maintenant. Le Comte avait réussit à l'alimenter assez pour qu'il dure un bon moment. Une pincée de sel, quelques épices et le tour était joué ! Glen était désormais entièrement hypnotisé par ses plans étranges et fascinants. L'idée d'un nouvel âge où les Vampires ne manqueraient plus de s'étouffer avec du sang ignoble, souillé, contaminé par la dégénérescence était une chose. N'importe quel Vampire pouvait prétendre se lancer dans cette purge et s'octroyer les mérites d'une telle entreprise. N'importe quel Humain même, pouvait tenter de conserver au mieux le sang pur de sa propre race, et il en existait de ces Hommes prêts à tout pour s'assurer une descendance noble. Mais la liberté absolue, concept si particulier, si indéfinissable dans son essence, comment y résister ? Le Comte tenait-là un tel appât qu'un Vampire aussi âgé que Glen ne pourrait jamais s'en détourner sans une pincette au cœur. De plus, Glen n'était pas n'importe quel Vampire tricentenaire: c'était un Vampire qui s'ennuyait, et c'est sur cela qu'allait jouer le Comte. Depuis le début de leur rencontre, ce dernier sondait le Vampire aux cheveux rouges, il l'observait et le maniait de telle sorte qu'il puisse s'en faire une idée assez précise et lui-même se retrouver séduit. Glen avait été immédiatement intéressé par les projets du Comte, le Comte immédiatement intéressé par sa façon de se conduire. L'un soudainement tenté par la vision de l'autre tandis que ce dernier soudainement soulagé de partager son secret.

Une entente précaire et improbable était née entre ces deux êtres. Une entente qui reposait désormais sur la confiance et la menace. Car Glen n'était pas fou au point de se croire désormais hors de dangers, bien au contraire. La vision que lui avait imposée le Comte le liait désormais à ses plans sans possible retour. Hormis l'effacement de sa mémoire, il n'y avait que la mort pour le sauver s'il se détournait maintenant de son aîné. Le choix serait vite-fait.

En tous cas, le Comte avait trouvé chez Glen une forme de menace qu'il fallait surveiller en même temps qu'exploiter. Il était dangereux pour l'Humanité et pour lui-même. Nul doute qu'il faisait partie des Vampires qui considéraient sans mesure les Humains comme de vulgaires morceaux de viande. Mais il faisait aussi partie de ceux qui étaient assez conscients de la fragilité de leur race et de leur nécessité pour éviter les carnages inutiles. Un ''destructeur'', peut-être...Pas un architecte, cela le Comte l'avait bien compris, mais avait-il besoin d'autre chose qu'un ''destructeur'' ? Oui, il avait besoin d'un stratège, d'un être intelligent, capable de manipuler dans l'ombre les Humains autant que ses congénères. Et Glen, ce Vampire à la crinière rouge, ce promeneur solitaire au sombre passé et aux manières éventées, était certainement le stratège qu'il cherchait. Tout, dans sa démarche, ses mots, ses positions, ses rictus et ses intonations, en faisait l'être idéal. Dangereux, certes, peut-être incontrôlable, mais idéal. Car ce que cherchait le Comte à cette heure, c'était tout sauf un vulgaire mouton sans cervelle. Il n'avait pas besoin d'un suiveur mais d'un second. Ce n'était pas d'un soldat ou d'un élève dont il cherchait l'esprit mais bien d'un général, d'un collègue, d'un fidèle dont il prendrait en compte les conseils un jour.

Au retour du songe, le Comte s'était un peu éloigné dans la brume avant de revenir vers Glen. Ce dernier semblait se remettre assez bien de la déchirure du lien qui venait de les rassembler dans cet univers nébuleux et fantasmagorique. Le lord le laissa reprendre tranquillement ses sens et l'observa. Il le dévisageait, certainement encore un peu hébété par le songe. Mais le Comte nota aussi chez lui une certaine appréhension, ou était-ce de la gêne ? Que pensait-il donc ? Oui, lui aussi il avait parfois quelques faiblesses...Que croyait-il ? A presque 600 ans, la puissance n'excluait pas la fatigue et la lassitude. Le Comte resta droit, son regard de brume posé sur son cadet. Il s'appuyait tranquillement sur sa canne-épée gardant un port altier qui lui seyait toujours.

Puis Glen le tutoya. Le Comte leva un sourcil. Il n'avait pas l'habitude de pareils rapprochements. Il réalisa alors que c'était certainement son propre tutoiement qui l'avait chamboulé. Quelle étrange réaction de la part de son confrère ! Avait-il donc pris son tutoiement pour une quelconque marque de sympathie ? Avait-il cru que son changement de ton allait dans son sens ? Le Comte faillit en rire. Son tutoiement à lui était parti d'une sensualité à laquelle il doutait que Glen puisse répondre. Mais il était également parti de son sentiment de puissance. Jirômaru regardait toujours de haut ses confrères et il passait aisément du vouvoiement aristocratique, base de tout dialogue mondain, au tutoiement hiérarchique. Ce n'était nullement une forme de politesse rapprochée, au contraire, c'était la marque de son orgueil, de son envie irrésistible de domination sur autrui. Glen lui répondait maintenant en le tutoyant...c'était à la fois cocasse et dangereux. Cocasse parce que le Comte préféra le laisser faire dans une perspective intimiste. Dangereux parce que cela l'irrita profondément sur le moment. Mais il ne montra aucun signe particulier quant à son sentiment.

Les propos de Glen sur l'immortalité et sa conception de la liberté intriguèrent le Comte. Son congénère avait-il donc vécu une forme d'esclavage sous sa forme humaine ? Certes il n'avait rien de très aristocrate mais de là à imaginer un enfant né pour servir, le Comte lui-même n'y songeait pas.

Puis le Comte commença à s'agacer. Glen rôdait et cela ne lui plaisait pas. Il allait et revenait, caressant la statue en parlant, comme s'il allait préparer un mauvais coup. Jirômaru le sentit arriver...


''Tu en as assez de faire tout ce chemin tout seul, n'est ce pas? Ce n'est plus seulement la compagnie d'un idéal à atteindre, que tu cherches, mais quelqu'un pour t'aider à y parvenir...''

Le Comte sourit, le regard dur. Glen était malin mais il commençait à aller trop loin. Son ton mystérieux et fier de penser qu'il avait peut-être compris une partie de ses motivations irrita hautement le lord. Il ne supportait pas que l'on tente de jouer avec lui comme il jouait avec autrui. Grave marque de sa vanité. Cependant, patient, calculateur jusqu'au bout des ongles, le Comte attendit sans rien dire, écoutant Glen s'exprimer au sujet de leur futur pacte.

Il avait faillit ''refuser'' son ''invitation''? Quel courage que de l'énoncer ainsi ! Une erreur plutôt. Exposer au Comte son hésitation revenait à lui prouver qu'il s'était trompé sur une chose : la fidélité de Glen. Ce dernier ne pourrait jamais lui être entièrement dévoué, jamais. Tout, maintenant, le lui indiquait. Peut-être qu'il n'irait pas jusqu'à compromettre ses projets, ni à attenter à sa vie, mais ce Vampire ferait partie de ceux qui, opportunistes, vénaux et changeants, le laisseraient seul à la moindre faille. Glen ne pourrait pas accéder à sa confiance, c'était fini. Et son petit manège aurait beau tourner, le cheval de bois resterait fendu à l’encolure temps qu'il n'aurait pas reçu un nouveau coup de peinture.

Puis Glen exposa son avis sur les Humains. Il enleva enfin le voile que le Comte tentait de soulever depuis le départ : celui du sang. Glen était un tueur, un assoiffé. Il expliquait maintenant que sans contre-indications précises du Comte il tuerait ceux qu'il jugeait bon de tuer. Et il s'abreuverait et se distrairait ''à sa manière''. Cela sous-entendait une forme de barbarie que le Comte cru tout d'abord primaire et bestiale, mais Glen lui affirma l'hypothèse secondaire : celle de la sournoiserie à l'état brut. Il aimait manipuler, cela le Comte l'avait saisi, il aimait perdre les Humains en murmures et sombres imprécations pour jubiler dans le noir. C'était une chose que le lord comprenait bien mieux que quiconque.
Ses propos firent tout de même sourire le Comte. S'il savait seulement ce qu'il faisait aux Humains par pur plaisir dans les geôles de son repaire...S'il pouvait imaginer ce qui se tramait dans les cellules poisseuses qu'il cachait sous l'Opéra ! Il était certain que Glen n'aurait pas eu besoin de s'exprimer ainsi à ce sujet. Les Humains, il pouvait bien les écorcher vif, qu'est-ce que cela pouvait bien lui faire ? Lui-même était un réel tortionnaire, addict de la violence gratuite sur ces faibles larves.

Enfin, Glen s'approcha de lui, le regardant dans les yeux. Le Comte soutint son regard. Que cherchait-il donc ? Un quelconque compromis ? Non, il ''acceptait sa proposition'' à une simple condition plutôt explicitée : ne pas être considéré comme un ''pantin''. Le Comte sourit en soufflant d'un air amusé. Qui le souhaiterait ? Alors qu'il lui parlait de liberté absolue, le placer de façon ostentatoire comme un sous-fifre obéissant aurait été plus qu'inconvenant ! Même si la hiérarchie demeurait, elle n'avait de sens que dans le respect de l'âge et des pouvoirs, pas dans une relation de domination, même si celle-ci restait forcément sous-jacente avec le Comte.

Ainsi Glen franchit une ultime frontière.

Jusqu'ici, le Comte s'était fait le plus silencieux possible. Laisser son confrère s'exprimer sans lui répondre directement lui permettait de juger à nouveau son caractère et son esprit. Glen était intelligent et il savait où était son intérêt, mais de toute évidence, il perdait pied. Il n'avait pas tout à fait saisi la façon dont procédait le Comte et il commençait à s'embourber dans un mélange de confiance en soi et de peur. C'était palpable. Dans son ton, son regard inquiet et ses gestes. Il était agité. Il sentait peut-être que quelque chose ne tournait pas rond en cet instant délicat.

Sans plus attendre, le Comte éclaira son esprit. D'une voix douce et calme, il reprit possession de la parole pour réorienter le dialogue où il fallait absolument le ramener :


- Je n'ai pas besoin ''d'aide'', Glen, ne fais pas d'amalgame. De présence dans mes rues, de figures dans mon œuvre, oui, de coéquipier dans mon entreprise...pas tellement. Je suis certain de parvenir à mes fins avec mes seuls moyens, ceci n'est qu'une question de patience et de méditation, pour le moment...

S'approchant un peu plus de Glen, il continua en perçant son regard :

- Je n'ai besoin que d'une chose, une seule et unique chose : l'assurance qu'à l'aboutissement de mon projet je pourrai compter sur quelques fidèles pour diriger notre communauté. C'est encore au-delà de ce monde idyllique que se situe ta tâche, ton coup de pinceau, ta note de musique. L'orchestre est prêt, l'harmonie ne saurait tarder, et cette note, qui surgira de tes entrailles les plus profondes, comme un hymne à la joie, sera alors dans notre partition une des plus importantes pour l'écho de la mélodie. De sa main gantée libre, le Comte fit un signe de vrille vers le ciel puis leva un doigt comme pour retenir l'attention de Glen. Sans ce genre de notes, nul espoir que ce nouveau monde tienne le rythme ! Il nous faut des musiciens qui savent suivre la mesure! Sans quoi l'installation de la fosse aura été vaine et, la dissonance entraînant le chaos, nous serions ramenés à de piètres priorités, sans qu'aucune virtuosité ne fasse vibrer nos cœurs. L'ennui à nouveau, l'ennui naissant de l'anarchie et de la perte de repères. L'excitation d'une balafre dans la partition s'oublie bien plus vite que la divine réussite d'un soliste. L'affranchissement dans le néant n'est d'aucune utilité. L'affranchissement doit se faire dans une nouvelle perspective évolutive. Il est temps pour nous de reprendre en main ce sang trop souvent gâché.

Par cette métaphore filée, le Comte explicitait clairement à Glen sa place dans ses projets. Il se remit à errer dans la brume, s'éloignant cette fois clairement de la statue.

- Une ''compagnie''...Continua-t-il en reprenant les mots de Glen. Il leva son regard vers le ciel noir de nuit. Je ne sais pas...Peut-être ai-je besoin de savoir qu'un autre partage mon engouement pour ce type de dessein, qu'en sais-je ? Il ramena son regard dans celui de Glen. Peut-être que cela me rassurerait de savoir qu'un autre considère ce genre d'idée comme un merveilleux projet plutôt qu'une folie ?

Le Comte reprit sa marche.

- Pour assainir l'Humanité, je n'ai guère besoin d'appui. Pour acquérir la liberté ultime, je n'ai besoin que de mon pouvoir et de quelques...éléments...

Le Vampire se fit allusif et son ton indiqua clairement à Glen qu'il ne fallait pas qu'il s'aventure dans quelques questions à ce sujets.

- Mais au retour de ma mission, il me faudra pouvoir compter sur de solides gardiens. Il est temps de montrer aux nôtres qu'ils perdent leur temps à espérer jouir pleinement de leur immortalité un jour ! Nous ne sommes pas immortels. Le temps nous tue, le mauvais sang participe à notre dégénérescence, mais c'est surtout notre attachement aux origines qui nous créé des failles. Le cordon ombilical ne saurait s'étirer à l'infini ! Nous dépérissons à force de tirer dessus pour chercher ailleurs notre nourriture. Il est temps de le couper !

Le lord était de plus en plus explicite. Il n'était pas difficile d'entre-voir ce qu'il souhaitait faire. Anéantir les croyances de leur race ou frapper directement à leur source, voilà ce que le Comte appelait ''l'affranchissement''.

Il s'arrêta soudainement et fit face à Glen. Sa décision était prise. Elle était radicale, franche et terrible. Posant une main sur l'épaule de son confrère, il serra ses doigts pour le maintenir fermement. Ses yeux fixèrent les siens avec une intensité jamais atteinte encore jusqu'ici. Dévoilant ses crocs, le Comte s'approcha du cou de Glen. Mais il dévia sa trajectoire et vint recueillir ces quelques paroles dans le creux de son oreille :


- Je sais où se trouve le Père, et je vais le tuer...

La sentence était tombée. Toute la dimension des plans du Comte prenait effet en cet instant. Et cette révélation ultime était une nouvelle fois calculée de prêt. Tout était parfait, ou presque.

Serrant un peu plus ses doigts autour de l'épaule de Glen, le Comte fut pris d'une envie qui ne lui était plus venue depuis des siècles. Celle de posséder ce Vampire, de le faire sien et de le mener dans la pire des débauches: celle du sang, celle du sexe, celle de l'indécent assouvissement des désirs primaires. Connaissait-il l'appel orgiaque des anciennes civilisations ? Le Comte l'avait cultivé à une époque. C'était de là que venait une grande partie de sa réputation. Depuis qu'Ilsa s'était refusée à son offre, depuis que Sarah prenait un malin plaisir à lui glisser entre les doigts, le Comte ressentait un vide qu'il lui tardait de combler. Pourquoi ce Vampire ? Pourquoi Glen l'attirait-il tant ? Pourquoi maintenant ? Le cimetière, la brume, ces cheveux rouges comme le sang, cette touche aristocratique, douce, fine et élégante. C'était un Vampire tel que les appréciait le lord : distingué, presque fragile, quelque peu dandy et farfelu, recelant une puissance et une sagesse emprunte de folie. Ils se ressemblaient.

Mais Jirômaru maîtrisait bien trop ses pouvoirs pour laisser transparaître ses envies au-delà de ce souffle échangé le temps d'une seconde. Bientôt, son visage s'écarta de celui de Glen.


- Nous devrions continuer à nous vouvoyer, en public du moins, cela paraît évident.

S'éloignant de Glen, le Comte s'enfonça dans la brume vers le cimetière. Il était temps de quitter cette clairière imaginaire...

- Demain, fit-il en marchant d'un air moins las, je mets en scène une grande pièce de Shakespeare. Coriolan. Connaissez-vous, Monsieur O'Sullivan ? Le Grand Théâtre de Sa Majesté retentira comme jamais !

S'arrêtant soudainement, le Comte s'assombrit. Le regard perdu dans le vide, il gronda :

- Que tu mènes les Humains à leur perte en les manipulant, les ébouillantant, les écartelant, cela m'est totalement égal, Glen. J'ai déjà goûté leur chair, écorché des nourrissons, assouvis mes fantasmes sur de jeunes pucelles...Mais note ceci : la reine est sous ma protection.

Jirômaru fit à nouveau face à Glen. Il avait abandonné à nouveau le vouvoiement le temps de proférer clairement sa menace. Puis, lentement, il saisit un bras de son confrère avec la main qui tenait sa canne-épée.

- N'aies crainte.

La brume disparue, envahie en une minute par une étrange obscurité qui vint l'avaler goulûment comme un monstre de cauchemar. Il faisait maintenant totalement noir et leurs yeux de Vampires, même avec le pouvoir de vision, ne pouvaient plus satisfaire leurs sens. Tenant plus fermement la manche de Glen, le Comte leva sa main libre vers le ciel, paume ouverte, doigts crochus. Des formes obscures naquirent du sol et se mouvèrent dans un horrible gargouillis. Bientôt, Glen pu voir que c'était-là des restes humains qui venaient ramper et s'affaisser sur le sol. L'obscurité disparut peu à peu et les deux Vampires revinrent dans leur paysage de brume.
Le Comte lâcha Glen, se baissa et ramassa une chose brillante à ses pieds.

En une fraction de seconde, dans l'alignement de son bras, le Comte pointait un Bloody Rose sur Glen. Le canon à moins d'un mètre du Vampire semblait le regarder de son unique œil noir comme s'il eut été une proie trop facile.
Le Comte sourit d'un air sadique et donna un coup de tête en direction des Hunters qu'il venait de ramener sur ce plan.


- Vois-tu, Glen, moi non plus je ne suis pas tendre avec les Humains...Il suffit d'éviter les écarts publiques.

Jetant soudainement l'arme sur les cadavres en charpie, le Comte se mit à rire.

- Hahaha !

C'était cette fois-ci un rire affreusement cruel et heureux. Le lord s'éloigna, tournant le dos à Glen et la macabre scène. Il glissa sa main à l'intérieur de son manteau et jeta par-dessus son épaule un pétale blanc, un second, puis une multitude qui s'envolèrent derrière lui.

- Méfie-toi des Hunters, Glen...

L'invitant à le suivre, le Comte marcha quelques minutes, silencieux, puis il s'arrêta.

- Apprends aussi à aimer la brume...

La brume disparue soudainement. Ils se retrouvèrent alors sous les arbres spongieux, entre les tombes, non loin des parties plus entretenues du cimetière. La tête de statue, la clairière, la brume : Glen ne retrouverait jamais ce décor créé de toute pièce par le Comte.
Le lord jeta un regard à son confrère. Ses yeux étaient redevenus brumeux, sans cette teinte mordorée qui les avait voilés plus tôt. Il s'approcha lentement de lui.


- Pour m'assurer de ta collaboration, Glen, il me faut une goutte de ton sang.

Il était évident que c'était pour en garder une trace dans son corps afin de pouvoir retrouver Glen en un clin d'oeil. L'odeur, le goût, la trace lui était nécessaire. Il en savait trop, bien trop, pour que le Comte ne le laisse ainsi partir sans aucune précaution. Et puis, c'était aussi par pure curiosité. Quel goût avait donc le sang de ce Vampire ? Des émotions, des senteurs, des éléments de ses sentiments transparaîtraient avec son sang. Le Comte en avait besoin mais il le désirait aussi.
L'inverse, pour le moment, n'était évidemment pas possible. Un aîné aussi puissant ne donnait pas son sang facilement puisqu'une partie de ses pouvoirs pouvait y être transmise, volontairement ou non, mais surtout parce que l'intimité de la relation pouvait gêner sa tranquillité, sa vie privée et sa domination générale. La patience des fidèles était souvent due à cette envie de plaire aux plus grands pour obtenir d'eux protection et peut-être un jour leur ''sceau'' ou directement leur sang.

Le regard du Comte en disait long. C'était une nécessité pour eux-deux. Glen avait accepté une forme de soumission, le Comte avait dévoilé ses projets, tous deux avaient leurs risques à prendre. C'était maintenant au tour de Glen. Ainsi payait-on un excès de curiosité : l'attachement serait réalité avec ce pacte.


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Rêveries antiques [Comte, Glen] [10/03/42] Sam 22 Sep - 22:38

Glen était allé trop loin, mais il venait seulement de le comprendre. Le silence du Comte l'avait mis sur la voie, mais sa réplique glaciale était on ne peut plus éloquente. Pourtant, depuis le début de cette entrevue, Glen avait prit garde à ne jamais dépasser les limites. Le Comte voulait ouvrir la marche? Soit, il l'avait suivit, restant toujours derrière lui en adoptant une démarche mesurée. Mais l'attitude étrange de l'aristocrate l'avait déstabilisé, et il s'était cru capable de sauter par dessus un ravin sans attendre qu'on y construise un pont solide pour le traverser sans encombre. Glen avait inconsciemment cru qu'il pouvait le devancer, mais il s'était lamentablement cassé la figure. Il en paierait les pots cassés, et cela ne lui plaisait pas du tout.
Mais comment cerner pleinement un homme aussi complexe? Il était aussi changeant que lui, passait d'une froide distance à une proximité presque sensuelle qui semblait appartenir à un tout autre vampire. Il avait su lui montrer deux masques diamétralement opposés, celui de la vanité et un autre qu'il n'aurait su décrire avec précision tant il était compliqué.
A présent, Glen n'était plus sûr de rien, et il prit le parti de se taire. Il avait besoin de se concentrer... Tout comme un funambule qui manque de chuter à besoin de rétablir son équilibre avant de poursuivre son évolution. Car il avait bien faillit briser cet étroit et fragile lien purement intéressé qui les liait.
Seulement, Glen refusait de donner l'image d'un vampire éperdu d'admiration pour un plus vieux. Eprouver de l'intérêt, de la curiosité, il savait faire. Être aveuglé, ça non. S'il y avait bien une chose avec laquelle il ne plaisantait pas, c'était bien ça, et il ne pratiquait pas l'hypocrisie dans ces cas là. Il n'était pas fait pour baver d'envie ou remuer la queue comme un chien. C'était un tacticien, un stratège et un observateur, il jugeait les choses avant d'agir. Mais il avait poussé ce vice un peu trop loin, il le sentait. Le Comte avait été très clair là dessus, il n'avait pas besoin d'un coéquipier.

Le visage du clown perdit alors son sourire, et il se contenta d'écouter l'aristocrate en le regardant. Il savait manier les mots à sa guise pour changer la plus simple des phrases en un vers savamment rythmé. C'était un fait, il était poète et dramaturge dans tous ses discours. Et Glen eut soudain envie de sourire. Un soliste? Là, il ne parlait pas de lui. S'il s'attachait à comparer ses plans à une partition de musique, ce n'est pas un soliste qu'il lui fallait, mais quelqu'un capable d'endosser le rôle ingrat de la rythmique, celui que l'on entend bien peu et qui pourtant permet à l'ensemble de coexister sans fausses notes. Glen n'était pas idiot, il avait saisit le sens de ses phrases. S'il était bon chef d'orchestre mais que ses musiciens ne parvenaient pas à jouer en mesure, c'est bien parce qu'elle manquait, cette pulsation essentielle. Et tout le mérite irait au soliste, à celui qui saurait se mettre en avant sur la scène pour déclamer son brillant discours. Ce ne serait pas lui, c'était certain. Et ce pour plusieurs raisons. Glen aimait s'écouter parler, c'était un fait, mais de là à endosser le rôle du meneur... Ca non, c'était trop contraignant, surtout pour quelqu'un d'aussi égoïste. Mais aussi parce qu'il était évident que le Comte ne partagerait pas autant sa gloire future... Mais à la réflexion... Peut-être? Pour l'heure, Glen en doutait beaucoup. Il n'avait pas son mot à dire, et même si cela le frustrait, il payait pour son arrogance. Il savait à présent quel serait son rôle, et celui-ci interviendrait plus tard, mais il serait crucial. S'il avait un temps de retard ou ne serait-ce qu'un demi ton d'écart, il ferait basculer cette macabre symphonie et la changerait en une cacophonie des plus déplaisantes. Il n'avait pas droit à l'échec, il se l'interdisait de toute façon, car comme tous les mauvais joueurs, Glen avait horreur de perdre.

Le Comte poursuivit, et le marionnettiste le suivit du regard sans l'interrompre. Il avait besoin de savoir que quelqu'un partageait ses idées? Il en avait eu un aperçu avec Glen, qui avait su être honnête sur ce point: Ses projets tels qu'ils lui étaient présentés le mettaient furieusement en appétit. Quant à considérer ses idées comme une folie... Glen était fou, il aurait pu lui dire qu'il trouvait son projet fantastique, choquant ou inintéressant, il avait peu de chance d'être objectif. Pour lui, c'était un projet ambitieux, qui demandait de la mesure, du doigté et beaucoup de patience, mais aussi un projet qui pouvait mener à un idéal au delà de toutes espérances. Et ça, cet espoir, c'est exactement ce qu'il recherchait.

Maintenant, il avait du mal à tenir le rythme avec un vampire aussi étrange. Glen pouvait s'adapter à bien des caractères, mais il avait du mal à suivre le Comte. D'un autre côté, il ne le connaissait que depuis une ou deux heures, ce n'était pas si étonnant.
Il lui avait semblé évident que le vieux vampire souffrait de sa solitude, mais ne venait-il pas de dire qu'il n'avait besoin que de son pouvoir et... D'éléments? Il ne parlait même pas de vampires ou d'autres créatures, mais bien de choses, presque des objets... Quel paradoxe... Que voulait-il, alors? Siéger seul sur un trône au milieu d'une immense salle vide? Ou partager ses pensées pour mieux régner? Après tout, rien ne lui empêchait d'être le souverain de ce monde auquel il aspirait, tout en ayant à ses côtés des généraux, des conseillers, le terme avait peu d'importance.
Glen ne posa aucune question sur ce qu'il entendait par éléments. L'appui qu'il avait mis sur le mot était assez explicite, il ne souhaitait pas s'étendre sur le sujet. De toute manière, le marquis préférait rester silencieux pour le moment.

Vint le moment où le Comte se lança dans des explications plus poussées, toujours voilées par un mystère qui demandait à être éclaircit. Il n'avait pas tort sur un point, la plupart des vampires étaient présomptueux et se pensaient à l'abri de tout, simplement parce qu'ils étaient supposément immortel. C'était faux. Ils avaient cessé de faire la course face au temps, mais celui-ci finissait toujours par user d'une parade pour mieux les frapper. Mais cet attachement aux origines dont il parlait... Allant jusqu'à employer le terme de «cordon ombilical»... Ne sous entendait-il pas l'existence d'une matrice originelle, ou encore d'un lien inconscient et maternel qui liait les vampires à une chose dont ils avaient à peine connaissance? Si Glen s'était attendu à cela... Le Comte ne cessait de le surprendre. Il s'attaquait à un mythe, un phénomène qui n'avait jamais été prouvé... Pourtant, en démontrer l'existence prouverait que les vampires n'étaient pas apparu sans raison. On aurait alors pu dire avec certitude qu'ils n'étaient pas une dégénérescence humaine parmi tant d'autres mais bien une espèce à part entière, descendant d'un ou deux individus.
Glen ne s'était jamais trop penché sur la question, même si elle l'avait intrigué dès le début. Comment pouvait-on affirmer ou réfuter l'existence d'une créature que l'on ne voyait jamais?

Le Comte apporta à Glen la réponse à cette question informulée qu'il se posait. Mais avant cela, il s'approcha de lui et posa une main ferme sur son épaule. Ses doigts s'enfoncèrent dans sa clavicule et l'os de son épaule, s'y agrippant comme un étau. Si Glen afficha un air totalement détaché, cette poigne lui pesait et il eut l'impression de s'enfoncer dans le sol.
Mais ce n'était rien comparé à ce regard qu'avait le Comte. Plus animé et plus sauvage qu'il ne l'avait été jusqu'alors, plus profond, comme s'il avait voulu transpercer Glen de part en part... Et ce sourire... Ces crocs prêts à se fondre dans sa chair pour le dévorer comme un vulgaire morceau de viande. Glen avait ressentit de l'inquiétude, de l'incertitude et une certaine forme de malaise face au Comte. Mais à ce moment, c'est de la peur, qu'il sentit. Il avait pensé pouvoir lui faire confiance, mais il n'y parvenait pas encore, pour la simple et bonne raison qu'il avait cru pendant une fraction de seconde qu'il allait finir vidé de son sang... Une seconde fois.
Cependant le Comte n'en fit rien et se contenta de lui murmurer une phrase, une seule, à l'oreille. A nouveau il usait d'une sensualité aussi effrayante qu'attirante, et un frisson étrange parcourut l'échine de Glen, faisant trembler légèrement ses épaules. Ce n'était pas lui qui menait la danse et qui jouait, c'était le Comte, et il n'avait guère d'autres choix que de l'accepter.

Ainsi donc il avait vu juste. Le Comte envisageait bel et bien de s'attaquer au Père de toute leur espèce... Et s'il savait où il se trouvait, cela prouvait bien son existence. Le regard plongé dans le vague, Glen imaginait ce que cela impliquait... Un parricide, voilà ce que cela signifiait. L'idée ne le choqua même pas. Après tout, il avait assassiné son père d'une manière si cruelle qu'il aurait été bien malhonnête de s'offusquer face au projet du Comte. Il voulait mettre à terre celui qui avait créé tous les autres vampires... Etrangement, il n'avait pas l'air de souhaiter montrer sa puissance en agissant ainsi mais bien briser les chaines qui entravaient les autres vampires... Si ce n'était pas le cas, il jouait très bien la comédie. Souhaitait-il ensuite prendre la place du père et se présenter en dirigeant tout puissant d'une nouvelle nation vampirique? Cette idée restait envisageable, d'autant qu'il appuyait fermement sur un point: L'anarchie ne les mènerait à rien. Par conséquent, il fallait un guide, un supérieur, un chef. Mais un souverain qui se montre et parle à ses congénères ne valait-il pas mieux qu'un éternel absent réduit à l'état de mythe ou de légende? Aux yeux de Glen, c'était une certitude, et ce même si l'idée d'une anarchie totale l'avait toujours attiré. Il ne s'amusait que dans le chaos, la débauche, l'étrangeté, l'incertitude et le désespoir. Mais il connaissait bien d'autres manières plus subtiles de provoquer l'hystérie.

Et il cessa de penser à cela en sentant les doigts du Comte se resserrer un peu plus sur ses os. Il eut un sursaut brusque et une grimace très légère sous l'effet de la douleur. Il sentait le visage du Comte tout prêt du sien mais restait immobile, incapable de faire le moindre geste. Après tout... Avait-il vraiment envie de bouger? Il n'en était plus certain. Ce dont il était sûr, en revanche, c'est que le Comte devait avoir bien d'autres idées en tête, pour se comporter ainsi avec lui. Etait-ce l'envie de le mordre, qui le mettait dans cet état? Ou son agacement, quelques minutes plus tôt? Ou encore une toute autre chose à laquelle Glen ne pensa même pas, car pour l'heure il avait tout simplement mal à l'épaule. Il sentit une dernière fois le souffle glacé de l'aristocrate dans son cou, avant que celui ci ne se redresse.

Le regard de Glen avait perdu de sa vitalité et semblait encore plus effacé qu'auparavant, mais il sourit néanmoins lorsque le Comte l'invita à le vouvoyer en public.


-Cela va de soi, dit-il dans un souffle. J'y songeais également...

En y réfléchissant, Glen se rendit compte que le tutoiement qu'il employait avec le Comte sonnait faux... Mais le vouvoyer ne lui plaisait pas plus. Il aurait voulu trouver un autre pronom, n'importe lequel, en inventer un, quelque chose qui sonne plus juste à son oreille lorsqu'il parlait à l'aristocrate. Peut-être qu'en mélangeant les deux... Le rouquin esquissa un sourire. Il lui arrivait d'avoir de bien curieuses idées, comme celle-ci. Son sourire s'élargit alors qu'il répondait.

-J'ai vu Coriolan, il y a bien longtemps... Une pièce remarquable... J'espère en entendre parler!

Puis il reprit sa marche, suivant le Comte en observant le paysage mystérieux qui l'entourait. Ce n'est qu'en entendant la nuance menaçante dans la voix du vieux vampire qu'il reporta son attention sur lui. Il haussa un sourcil d'étonnement, se figeant un instant. La reine? Ainsi donc, il avait une protégée? Et qu'espérait-il en tirer...? Victoria était une jeune reine, peut-être la manipulait-il dans l'ombre comme une marionnette? Ou avait-il simplement de l'affection pour elle? Glen fut tenté de poser la question, mais il s'était suffisamment mis en danger pour la soirée. Il valait mieux qu'il se taise et hoche la tête bien gentiment plutôt que d'enfoncer un peu plus le couteau dans la plaie. D'un autre côté, il n'avait rien contre la reine, il la connaissait bien peu. Le Comte devait avoir saisit une chose: Glen préférait s'attaquer au bas de la pyramide, aux fondations mêmes, pour faire chuter le reste de l'édifice plutôt que s'en prendre directement aux plus puissants. Alors soit, il ne toucherait pas à la reine... Même si l'idée de braver un interdit le séduisait toujours beaucoup.

Lorsque le Comte s'approcha de lui pour lui saisir la main, Glen eut un geste de recul et cela du se sentir, puisqu'il fut inviter à ne pas avoir peur. Peu de temps avant, il avait laissé tomber une partie de son bouclier de méfiance et avait laissé le Comte s'approcher bien trop près de lui, jusqu'à ce qu'il se rende compte qu'il allait trop loin. A présent, le rouquin redevenait plus distant, car il ne savait pas encore s'il pouvait avoir confiance en cet homme. Après tout, n'allait-il pas l'utiliser pour mieux se débarrasser de lui après? Ne jouait-il a pas un jeu sordide en cherchant à attirer Glen dans les ténèbres pour mieux l'y noyer? Comment pouvait-il être sûr de ne pas être un simple objet, une relique que l'on trouverait intéressante le temps d'un soir et qu'on laisserait prendre la poussière au grenier jusqu'à l'oublier? On l'avait trop longtemps ignoré et brimé pour qu'il accepte à nouveau de n'être qu'un passager ponctuel.
Finalement, Glen se laissa faire et il le regretta amèrement. Aveuglé par les ténèbres, il tourna la tête en reniflant l'air ou en cherchant à entendre quelque chose. Mais il n'y avait rien. Rien que l'obscurité, les ténèbres, une noirceur presque palpable tant elle était opaque. Un sourire naquit tout de même sur ses lèvres. Décidément, le Comte était plein de surprises...
Alors que les ténèbres commençaient à se dissiper autour d'eux, un horrible gargouillis se fit entendre. On eut dit un amas globuleux et repoussant, et c'est avec un petit sourire mesquin que Glen découvrit des cadavres à ses pieds. Horriblement mutilés, compactés les uns aux autres, il était impossible de déterminer leur nombre d'un simple coup d'oeil. L'odeur du sang mort et coagulé vint chatouiller les narines de Glen. Ce parfum repoussant lui rappela qu'il commençait à avoir faim... Mais avant qu'il n'ait pu faire la moindre réflexion, un Bloody Rose était pointé sur lui.

Ce n'est pas la gueule béante du canon que Glen fixait mais bien le regard amusé et satisfait du Comte. Le visage fermé, ayant perdu son sourire, le rouquin le regardait sans bouger, sans trembler, sans chercher à s'éclipser. Ce n'est plus de la peur ou de l'inquiétude qu'il ressentait mais de l'agacement. Le Comte avait comprit sa manière de faire, et il s'amusait maintenant avec lui, il jouait en sachant pertinemment que Glen ne pouvait se permettre de faire de même à son tour. En cela ils étaient semblables. Ils aimaient jouer avec autrui mais n'appréciaient pas le contraire. Que voulait le Comte? Le tester? Voir s'il allait se mettre à pleurer à ses pieds en implorant sa pitié? Non... Il resterait stoïque face à un revolver qu'il avait vu braqué sur lui à maintes reprises.
Glen finit par sourire en voyant le vampire baisser son arme pour la jeter dédaigneusement sur les cadavres. Quel rire effrayant... Un rire qui paradoxalement plaisait beaucoup au rouquin.


-Tu aurais entendu parler de moi bien avant ce soir, si j'avais commis le moindre écart. Je sais choyer les humains sans faire de jaloux!

Un ricanement s'échappa de sa gorge alors que le Comte lançait un pétale de rose par dessus son épaule. Il alla se poser doucement sur l'amas de corps démembrés, embellissant d'un curieuse manière ce macabre spectacle. Une façon tout à fait élégante de parachever une oeuvre.

-Ah... Ce sont donc des Hunters... Tout s'explique! Quelque chose me dit qu'ils ne sont pas tous incorruptibles... Mais je m'en méfie, comme tous les nôtres, je pense.

Il n'ajouta rien et se contenta de hausser les épaules. Il pensait bien sûr à Aria, cette jeune chasseuse à qui il avait offert le savoir en échange de quelques exécutions. Il jouait un jeu risqué avec elle, mais il ne lui faisait absolument pas confiance. Il la testerait avant d'être sûr de pouvoir lui confier une quelconque mission.

-Aimer la brume...? Demanda-t-il en fronçant les sourcils.

La réponse vint d'elle même quand celle ci disparue, et le décors qui l'accompagnait avec. Glen fit un tour sur lui même, totalement éberlué. Les arbres, la sol visqueux, ils étaient revenus au cimetière. Le rouquin n'en revenait pas de s'être laissé berné ainsi par une illusion. Il était illusionniste, il pouvait façonner n'importe quoi avec son imagination, et pourtant, il s'était fait avoir comme un débutant. Mais l'image avec été parfaite, criante de vérité, palpable... Parce que son esprit l'avait accepté et parce qu'il ne s'était pas douté une seule seconde de ce qui se passait. L'endroit lui avait parut aussi tangible que le reste du cimetière... Il était fasciné plus qu'il n'était contrarié.


-Comment... Et bien... Je me suis fais avoir... C'est... Impressionnant...

Il avait murmuré ses quelques mots, suffisamment étonné pour les laisser échapper. Il se tourna vers le Comte, le détaillant avec une fascination qu'il ne prit pas la peine de masquer. Avait-il les mêmes pouvoirs que lui? Ou était-ce simplement l'âge et l'expérience qui lui permettaient ce genre de choses? Cet homme était un mystère à lui tout seul...
Puis Glen repensa à ce que le Comte lui avait dit... Il avait parlé d'apprendre à aimer la brume. Ils avaient traversé un nuage voilé avant de parvenir à la clairière. Et si l'illusion venait de là? Si la brume était à l'origine de la tromperie? Contrairement à son propre don qui s'immisçait directement dans l'esprit, celui ci devait être dépendant de la brume... Il avait du être aveuglé, et le Comte lui avait simplement fait voir ce qu'il voulait. C'était une hypothèse qui plaisait assez à Glen pour qu'il ne cherche pas plus loin. Du moins pour le moment.

L'agacement passé avec quitté ses traits pour laisser à nouveau place à cette soif de savoir qui le caractérisait tant. Il souhaitait ardemment savoir comment il avait pu se laisser si facilement faire... A aucun moment il ne s'était douté de quoi que ce soit. Il savait à présent que le Comte pouvait manipuler son esprit de la sorte, mais aussi qu'il avait un lien avec les ombres. Glen pour sa part ne lui avait rien montré de ses pouvoirs. Il n'en avait pas eu l'utilité.


-Mon sang...?

Evidemment... Il avait cru pouvoir y échapper, mais il ne pouvait se défiler. Glen se doutait que le Comte ne l'attraperait pas par le col pour cueillir son sang à sa gorge, aussi baissa-t-il la tête vers sa main gauche, la fixant un instant. Fine et pâle, on devinait aisément le réseau de veines qui la parcourait, sous la peau translucide. Il la tendit au Comte sans broncher plus que cela, un sourire plein de mystères aux lèvres.
Le Comte pensait avoir tout apprit de lui en l'observant? Le sang ne mentait pas, lui. Il y verrait toute la perversion de son être, le mystère et la sensualité entourant sa personne, son goût pour la mise en scène morbide... Mais surtout, le sang de Glen lui révèlerait ses talents de magicien, de créateur de l'esprit capable de modeler tout à sa guise. Peut-être trouverait-il cela intéressant... D'autant que Glen cultivait son mystère, il révélait rarement toute l'étendue de ses pouvoirs.


-S'il te faut ma signature pour conclure..., dit-il avec le même sourire amusé.

Tout ce qu'il avait à cacher, il le gardait enfouit dans son esprit. Il espérait qu'une petite morsure ne suffirait pas à lever complètement le voile. S'il refusait, le Comte le lui prendrait de force, et certainement d'une manière bien moins agréable, alors à quoi bon couiner comme une mijaurée?
Ce qui chagrinait Glen, c'est que le Comte serait capable de le retrouver où qu'il aille, tandis que lui pourrait toujours le chercher, il mettrait bien plus de temps à le trouver.
Et il restait l'histoire du lien... Si Glen préférait tendre sa main et non sa gorge au Comte, c'est bien parce qu'il n'était pas tout à fait certain d'avoir envie lui appartenir dès maintenant. Et puis il n'avait besoin que d'une goutte de son sang, il l'avait dit lui même. La dernière fois que Glen avait été mordu par un vampire, il avait été vidé de son sang et en était mort. D'ailleurs, le vampire qui l'avait mordu n'avait pas prit la peine de l'anesthésier avec sa salive, si bien que le rouquin en gardait un très mauvais souvenir.

Glen n'était pas dupe pour autant. Il prenait le risque de se lier un peu plus encore avec le Comte, mais il avait eu le choix. Il aurait pu refuser son offre dès le début, il ne l'avait pas fait. Cet attachement lui serait peut-être plus bénéfique qu'il ne le pensait, et pour marquer une forme de docilité mesurée, il avait tendu sa main sans broncher.
A présent, il sentait que la soirée touchait à son terme, et il entendait déjà Aisling le rabrouer pour ce qu'il venait de faire. Elle le sentirait, et elle n'aurait pas tort de le mettre en garde... Mais Glen aimait le danger tout autant qu'il était fou. Il aurait pour seul argument: «je m'ennuyais, j'ai enfin trouver de quoi m'occuper.», et n'ajouterait rien.


-Je sais ce que tout ça implique... Je ne donne pas mon sang à n'importe qui...

Il n'avait pas besoin d'en dire plus. Même s'il y était contraint, offrir son sang au Comte ne pouvait que lui prouver que malgré les apparences, Glen était prêt à lui donner une partie de sa confiance.

-Quant au Père... Je comprends un peu mieux pourquoi tu parlais tout à l'heure d'un idéal autrement plus grand que celui de la purification de la race humaine... C'est ambitieux... Et diablement intéressant.

Les yeux bleus au regard malicieux fixèrent ceux de l'ainé. Le Comte savait où il se trouvait, mais savait-il comment le tuer? Peut-être pas encore. Glen ne posa pas la question. Ce genre d'information viendrait en temps et en heure.
Pour l'heure il s'enchainait de lui même à un vampire alors qu'il s'était juré de ne jamais appartenir qu'à lui même. Visiblement, il avait beaucoup à apprendre...


Dernière édition par Glen O'Sullivan le Mar 16 Oct - 23:32, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Rêveries antiques [Comte, Glen] [10/03/42] Lun 24 Sep - 15:59

Un Vampire puissant, maître de ses émotions, mais surtout prêt à endosser le rôle du cavalier sans flancher. Les réactions de Glen avaient toutes plues au Comte, exceptée peut-être cette pointe d'assurance accompagnée d'un tutoiement regrettable dont le Vampire avait usé sans prendre garde. Mais ce n'était qu'un détail négligeable. Ho oui, négligeable. Le Comte avait ce qu'il voulait, ou presque. Il lui manquait encore quelques éléments pour être entièrement satisfait de sa nouvelle œuvre mais il savait que pour obtenir ce qu'il désirait il lui faudrait user de patience et de ruse. Inutile de courir, il suffisait qu'il ne parte à temps, proverbe bien connu. Glen avait bien des choses à faire désormais, ses objectifs devaient être aussi gigantesques que les siens et même s'il pouvait agir en parallèle, il s’acquitterait de sa mission sans forcément s'en rendre compte. C'était cela le pouvoir de la parole. C'était cela le but du Comte ce soir : obtenir que ce Vampire errant, totalement inconnu, deviennes un être capable de continuer son œuvre sans forcément se savoir entraîné par des rouages pré-huilés. Une relève, pour une partie de son plan, voilà ce qu'était Glen. L'aboutissement des recherches du Comte de saurait tarder et ce Vampire serait là pour assurer le choc que cela provoquerait. Il récupèrerait les plus démunis quand bien même il n'en aurait pas envie: cela serait simplement une question vital, une nécessité qui relèverait du bon sens. Car dans ce mot ''liberté'' sonnait aussi le départ d'une nouvelle ère, d'une anarchie à réguler. Glen pourrait s'amuser dans le chaos de ce nouvel âge, il pourrait jouir de son statut de protégé et de fidèle, torturer, rire de tout, se trouver des cobayes, mais surtout, il sentirait un besoin inextricable de se porter garant de sa propre race. Car il ferait partie des rares Vampires qui comprendraient ce qui se passait. Il pourrait alors maintenir un équilibre précaire et permettre à son aîné de reprendre en mains les fils distendus par l'opération. Distendus, car le Comte doutait fortement pouvoir assurer à la fois la lourde tâche de tuer le Père et celle de relever sa race dans le même temps. Il n'était pas fou au point de se croire assez puissant pour enchaîner les deux missions. Il lui fallait quelqu'un sur le terrain lorsqu'il ressortirait de ce plan bleuté et cotonneux. Il avait besoin d'être certain qu'on l'attendrait de l'autre côté.

Mais pourquoi Glen ?
C'était la question.

Deux des Sept portaient son sceau, les autres le suivraient jusqu'à la mort, ses centaines de disciples étaient prêts à gonfler le torse et à se présenter pour endosser ce rôle primordial et honorifique. Le Comte pouvait aussi rappeler Ilsa. Peut-être accepterait-elle de le soutenir le temps de la transition ? Il pouvait également tenter de formater Glen, Angelstone, Fiora...

Pourquoi donc Glen ?
Pourquoi ce Vampire inconnu, dénué de tout service à ses côtés ? Farfelus, indigne de confiance, totalement anonyme finalement...
Pourquoi lui ?
Tout reposait dans son aura et dans la propre folie du Comte.

Jirômaru avait remarqué chez lui de nombreux éléments importants à ses yeux. Par exemple, lorsque qu'il s'était approché de lui, si près, si dangereusement près, Glen avait simplement frémit. Ce petit tressautement à peine perceptible avait plu au Comte, si bien que s'étaient désormais ancrées en lui quelques voluptueuses idées. Sa peau, ses cheveux, son souffle...il avait tout d'un homme attirant, même pour lui. Mais l'heure n'était pas aux caprices de grands princes, l'heure était à la bataille. Et Glen était prêt. Il n'avait pas bougé, se laissant presque faire...Avait-il comprit que le Comte n'était pas de ceux qui boivent n'importe quel sang ? Ou avait-il saisit qu'il ne fallait pas flancher face à lui dans pareille situation ? Était-ce un signe de soumission ? Si le Comte avait voulu le mordre, il l'aurait fait depuis longtemps. Car même si le jeu faisait partie de ses petits plaisirs personnels, Jirômaru n'était guère patient lorsqu'il s'agissait de se nourrir, de châtier ou d'imposer sa domination.
Ici, il n'avait besoin que de comprendre le fonctionnement de ce Vampire, de tâter ses ambitions, de tester ses réflexes et d'entrevoir ainsi quelques unes de ses pensées. Il ne voulait pas dominer cet étrange personnage, non, il voulait le convaincre qu'il avait tout à gagner en le suivant, le convaincre de la bonne fondation de ses projets, l'entendre dire qu'il le comprenait. Un allié ? Un collègue ? Un amant ? Que cherchait exactement le Comte ? Lui-même doutait, à ce moment-là, de ses propres émotions. Car derrière ce masque de porcelaine veiné comme le marbre se cachait en réalité une foule de sentiments. Le Comte était tout sauf un de ces Vampires frigides que le temps et le don obscur inhibe de son humanité jusqu'à la moelle. Il était de ceux qui gardent une trace profonde de leur passé, comme une cicatrice béante, sujette à l'infection régulière.
Qu'est-ce qu'il avait donc trouvé chez Glen de si attirant ? Peut-être cet air si détaché et joyeux, sa claire originalité, ses couleurs, cette face de dandy marquée de violence... ?


''Je sais où se trouve le Père, et je vais le tuer.''

Ce murmure à l'oreille, cette sentence ultime, le levé de rideau sur les projets du Comte ne l'avait même pas fait cligner des yeux. Il avait pris la chose comme elle venait, comme une concrétisation de ce que le lord lui avait presque promis : la liberté en vue. La joie retenue d'un enfant qui sent que c'est à lui de prendre enfin la mer, voilà l'image que Glen donnait. A force de faire tourbillonner dans l'écume des coques de noix aux voiles vertes, qui n'aurait pas envie de monter sur un réel bâtiment ? Même s'il le dissimulait comme un chef, le Comte sentit l'atmosphère changer encore de couleur et d'odeur. L'apaisement, enfin. Voilà ce que cherchait le Comte : un Vampire dont la conception de la liberté irait avec la sienne. Glen était un peu cette allégorie chérie qu'il recherchait tant.

La tension qu'il avait instauré en s'approchant si près du rouquin et en lui empoignant ainsi l'épaule était retombée d'un coup avec cette réalité.
Glen ne répondit pas. Il se contenta de le suivre des yeux sans commenter cette nouvelle. Il avait dû la comprendre depuis un moment mais l'entendre nettement la prononcer aurait pu le déstabiliser. Au contraire, le Vampire aux cheveux rouges semblait presque soulagé, paisible, plus tranquille qu'avant en tous cas. Avait-il enfin comprit que le Comte ne lui ferait pas de mal ? On ne brise pas une relique fraîchement déterrée...

Glen conforta alors l'idée du Comte qui était de rester courtois et de se vouvoyer en publique. Sage et logique décision. S'il se risquait à le tutoyer en compagnie mondaine, le Comte saurait le remettre à sa place voire même l'humilier. Il était évidemment hors de question qu'on ne le voit avec lui à la cours. Son statut de lord était à conserver dans un parfait état, sans souillure, sans bavure, sans possible scandale. C'était nécessaire à leur société. Un comportement contraire aux bonnes mœurs de leur époque aurait été une grave atteinte à la Mascarade en plus des bienséances et autres chichis courtois dont usaient les Humains.
Glen lui répondit également qu'il avait déjà vu Coriolan. C'était donc un être cultivé, une bonne chose...


- Je ne puis pas vous y convier, malheureusement. Tous les sièges sont pris.

Enfin, le Comte avait saisi Glen par la manche pour le protéger, ouvert la pièce noire, fait revenir les Hunter qu'il avait broyés sous les yeux de Wynn et Elizabeth et avait enfin pointé un Bloddy Rose sur lui pour le tester une ultime fois. Ce dernier avait à peine réagi. Seul un rictus entre l'amusement et le plus naturel des agacement avait surgis. C'était une nouvelle preuve de son sang froid. Glen était un Vampire qui savait garder sa place et qui ne voulait jamais prendre de risques en trop. Il était patient, animé d'un courage exemplaire, sans insolence outrancière, sans volonté de surpasser son aîné. Il était monté en flèche dans l'estime du Comte.
Les Hunter et leur arme abandonnés dans la brume, le décors changea et la brume eut tôt fait de disparaître à son tour, le décors antique avec. Glen, qui avait soufflé de façon presque sarcastique sa manière de faire avec les Humains souffla cette fois-ci d'admiration. Cela arracha un sourire au Comte.


- Ne te méprends pas, Glen, tout ceci n'était pas qu'une illusion. Tout était tangible, tout était réel. Je ne suis pas illusionniste. Mais...

Il pointa à nouveau sa propre-tempe en regardant Glen dans les yeux.

- ...je t'ai montré un tiroir de plus...

Comment lui expliquer ? Le Comte dû s'avouer à lui-même que son esprit était peut-être trop compliqué. Comment faire comprendre à Glen l'ampleur de la chose ? Lui-même s'y perdait. La pièce noire n'en était que la plus monstrueuse apparence et il y risquait sa vie à chaque utilisation.

- Écoute, fit-il en s'arrêtant au milieu des tombes, le Père est dans une des nombreuses strates qui composent ce monde. Il se cache, se terre comme un rat dans les égouts. C'est un être débile, sans aucune puissance physique. Sa carcasse se meurt, il n'est qu'amas décati de chairs poussiéreuses gardées par quelques fidèles baveux de vieillesse ! Mais son esprit...ce qui nous enferme dans une matrice insupportable, est assez puissant pour réussir à me limiter l'accès à sa sphère. La brume, l'obscurité, la forêt, les tombes, la rosée...tout appartient à des plans différents. Habituellement, nous n'en voyons qu'une partie qui s'amoncelle pour former notre monde...Habituellement. Les yeux du Comte se firent plus opaques, comme si cette pellicule aveugle qui recouvrait leur rétine pouvait changer de consistance. Pour ma part, j'en vois plusieurs.

Comment expliquer un phénomène dont il n'était pas lui-même totalement certain ? Un problème se posait-là. Jirômaru était persuadé de ce qu'il avançait mais il avait aussi tellement erré dans ses songes qu'il lui arrivait parfois de se perdre entre réalité, plans et rêves. Il lui arrivait de se demander s'il était bien revenu dans le monde où il était né.

- Tu ne t'es pas ''fait avoir'', continua-t-il, je t'ai juste emmené avec moi dans un autre état du monde.

Le Comte resta vague. Il ne savait pas comment rassurer Glen. Lui-même s'effrayait parfois de ses capacités à errer entre les strates. Il risquait un jour de s'y perdre.
Mais Glen en savait déjà beaucoup. L'heure tournait. Le Comte songea au théâtre qui devait avoir lieu le lendemain. Il était fatigué. Errer seul dans les espaces annexes était déjà difficile alors à deux c'était doublement coriace. Après la pièce de théâtre, le Comte prévoyait de revoir Glen pour le ''former'' à sa future mission. Il fallait qu'il lui explique encore beaucoup de choses et qu'il s'assure de sa compréhension. Et puis, revoir sa tête de clown après la gloire de sa pièce ne pourrait que lui faire du bien. C'était une idée alléchante. Un nouvel objectif dans l'initiation de ses plans. Coriolan n'était que le commencement...

Il demanda alors une goutte du sang de Glen. Ce dernier paru un peu contrarié. Quel Vampire de son âge ne le serait pas ? Après tout, donner son sang était tellement intime ! La marque, l'odeur, le goût, quelques souvenirs peut-être, des pouvoirs parfois et souvent l'envie d'y revenir...tout cela pouvait perturber ou offenser. Mais dans leur situation, ce n'était plus un choix mais un besoin, un devoir même. Si le Comte voulait accorder une partie de sa confiance à cet inconnu, il fallait qu'il puisse le retrouver facilement. Ce lien concrétiserait leur accord.

Jirômaru fut heureux de voir que Glen allait se plier à cette ultime exigence sans broncher. Lorsqu'il lui tendit la main, le Comte la prit doucement dans les siennes, regardant leurs paumes blanches dans le noir. Il approcha lentement son visage de celles-ci et jeta un regard brillant à Glen.


- Après cela, je serais offensé que tu l'offres à d'autres...

Ses yeux de brume restèrent figés dans l'azur de ceux de Glen qui le regardait maintenant avec malice. Il le laissa parler du Père encore un instant, jouant avec sa main, caressant sa peau, sortant lentement ses canines.

- Oui...répondit-il comme ivre de plaisir. Diablement intéressant...répéta-t-il...Diablement délicieux...Tu verras...

Le Comte ne cherchait plus à être compris. Il se parlait à lui-même. Il donna un coup de langue sur l'index gauche de Glen. Puis sa canine supérieure droite entra en contact avec ce dernier. Il perça sa peau, doucement, une perle carmin vint contraster avec l'ivoire de ses crocs. Sans brusquerie, tout en douceur, le Comte se redressa, portant à sa bouche ce doigt si sagement tendu. Il goûta alors au sang de Glen. La sensation fut brève, car le Comte ne prit qu'une infime quantité de sang à son confrère, brève mais intense. Intense parce qu'il sentit enfin sa soif prendre le dessus, elle qui s'était tue quelques minutes, lui gênant les sens. Intense parce qu'il devait se limiter alors que dévorer entièrement Glen était un désir grandissant. Intense aussi parce qu'il sentit qu'il avait eu raison, entièrement raison, de se fier à cette aura dans ce cimetière. Le Hasard ? La Chance ? La Fatalité ? Qui avait donc décidé que leurs pas se croiseraient là, la veille d'un si grand coup, alors qu'il songeait à prendre un nouveau disciple ?
Il sentit à quel point Glen était fou, sensuel et fou, sensuel et dangereux, sadique, meurtrier, manipulateur né. Ils étaient semblables sur de nombreux points. Son sang était délicieux, emprunt d'une noblesse oubliée, de douleur aussi et de charme. C'était un mélange étrange et savoureux. Cela faisait bien longtemps que le Comte n'avait pas bu de sang vampirique.

Au bout de quelques minutes, Jirômaru se força à lâcher le doigt de Glen. Il n'avait presque rien pris, par respect, pour éviter de monter dans la sensualité et pour montrer à son confrère qu'il n'était pas là pour le dominer et s'en servir comme d'un vulgaire pantin.
Il le laissa reprendre possession de sa main en la lâchant lentement. Ses yeux de brume, rivés dans les siens, brillaient d'un nouvel éclat. Ce n'était pas tellement l'éclat dû au sang ingurgité, non, il n'en avait pas suffisamment bu pour que son corps se renforce, mais c'était l'éclat d'un homme heureux de ce qu'il possédait désormais.

Souriant, le Comte remercia Glen :


- Je te remercie. Ainsi je puis te faire plus amplement confiance.

S'éloignant, le lord fit à nouveau tournoyer sa canne-épée. Il chantonna en tournant le dos à Glen.

- C'est dans le silence des milles flots
Que je m'avance O beau matelot
Et qui naufrage sur l’esquif
Fini brûlé comme le suif


S'arrêtant, il s'appuya sur sa canne et se retourna vers Glen.

- Allons...Vous venez ? Il est temps de s'éloigner de ces marécageux horizons.

Errant parmi les tombes en reprenant un ton mondain et enjoué, le Comte invita Glen à la conversation le temps qu'ils regagnent l'entrée du cimetière. Ils passèrent devant plusieurs statues d'anges, à chaque fois le Comte relevait la tête vers elles.

- Nous nous ressemblons, Glen, je l'ai senti dès votre arrivée dans ce cimetière. Pourquoi vous ? Je ne sais pas...Mais je suppose que tout ceci a un sens.

Continuant sa marche, le Comte songea au lendemain. Il valait peut-être mieux que Glen ai un peu plus d'instructions que cela.

- Je vais être franc, Glen, je sais où se trouve le Père mais je ne peux pas encore accéder à sa strate. J'y suis presque...Cependant, un mauvais pressentiment me tourmente ces derniers temps. Je vous serais gré de prendre vos précautions à ce sujet. Son regard devint insistant. Il ne souhaitait pas que Glen, désormais qu'ils étaient liés, ne soit inutilement la cible de ses ennemis. Il ne devait pas intervenir au théâtre, il ne devait pas se montrer en sa présence. Les Hunters s'affolent, le Sabbat a perdu l'un de ses membres, les Loups-Garous errent dans les landes et mes ennemis sont plus nombreux chaque jour...Quelque chose se prépare.

Jirômaru effleura de sa main gantée une paire de tombes sur leur passage. Ses yeux regardaient désormais dans le vide.

- Soyez prêt à me rejoindre. Si nous voulons réussir notre affranchissement, il faudra peut-être donner la chasse aux Hunters. Je vais entrer en possession d'une femme, je vous demanderais peut-être de la conserver...Elle m'est...très précieuse...et utile.

C'était dit. Le Comte entrevoyait des nuages à l'horizon. Glen devait être prévenu. Il devait savoir pour la reine, pour éviter des incidents fâcheux, mais il devait aussi être au courant pour le statut particulier de Sarah. Il n'avait rien à savoir de plus. A partir du moment où elle était ''utile'' au Comte, c'est que cela entrait dans ses plans d'affranchissement.

- Notre liberté découlera d'un long processus. J'espère que vous aurez la force et la patience de me soutenir dans le rassemblement des éléments nécessaires à mon action, puis que vus aurez assez de pouvoirs pour maîtriser mon retour. Sans cela, notre vie n'aura toujours pas de sens car nous serons à nouveau des esclaves...

Les grilles de Highgate apparurent dans le soupçon de brume qui stagnait dans tout le cimetière. C'était une brume légère, sans comparaison à la brume qu'ils avaient pénétrée au fond des bois.
Le Comte attrapa un barreau de fer et rit :


- Nous ne sommes que des ''bêtes à visages humains'', ha ! Voilà ce que disent les Hunters...

Il fit volte face pour fixer à nouveau Glen dans les yeux.

- Mais libérés de la Bête, nous serons enfin des êtres à part entière.

L'incomplétude de leur race, voilà ce que le Comte mettait en avant. Il considérait que temps qu'ils auraient le Père et la Mère pour les abreuver de pouvoir et de rage, ils ne seraient jamais libres de leurs pulsions sauvages. Il partait du principe que le cordon ombilical les étranglait et les nourrissait d'une matière qui n'était plus adaptée à leur condition.

- Il est temps de nous quitter, Glen. Finit-il par dire dans un demi-sourire. Si tu me cherches, viens à l'Opéra, je t'y invite, nous avons encore beaucoup à nous dire. Mais pas demain, je serais au théâtre...

Après quelques paroles, un signe de tête et un sourire, le Comte disparu dans l'ombre de la ruelle adjacente dans un rire atténué. Sa cape de sang frôla les pavés avec un bruissement lugubre tandis que ses bottines claquèrent sur le sol jusqu'à disparaître à leur tour.

Cette rencontre ne serait pas sans suites.
Mais Glen avait-il bien saisit son rôle ? Il voulait éviter l'ennui ? Il n'en n'aurait jamais avec le Comte ! Mais avait-il bien comprit la dimension de cet accord ? Avait-il comprit la portée des projets de son aîné ?
Il avait le rôle d'un allié, cela était certain, celui d'un futur général mais aussi celui de rabatteur. Saurait-il veiller sur les rues en son absence ? Saurait-il aider le Comte à son retour des limbes bleues? En tous cas, il avait le devoir de veiller sur ceux qui étaient dans l'estime du Comte, pour leurs projets, pour leur avenir, pour cette liberté.
Oui...
Cette douce liberté.


[HRP/ Fin du Comte, rendez-vous au théâtre avec Wynny Wink "Que le spectacle commence!" /HRP]


> Jirômaru Keisuke <

Shakespeare, Macbeth, I, 4 (1605).
Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Rêveries antiques [Comte, Glen] [10/03/42] Mer 26 Sep - 22:55

La tension semblait s'être apaisée. A présent, Glen suivait le même rythme que le Comte, sans chercher à presser la mesure pour le distancer. Il avait saisit sa façon de procéder, car tous deux se ressemblaient. Ils avaient besoin de sentir le poids de leurs années, de leur puissance, peser sur les épaules des plus jeunes. Et Glen pourrait faire ce qu'il voulait, même en étant complètement fou et irrationnel, il ne pourrait jamais rien changer au fait que le Comte était bien plus vieux que lui. Et si le rouquin exigeait des plus jeunes un respect particulier, le fait que le vieux vampire attende la même chose de lui lui paraissait maintenant tout à fait normal.
Pour que la balance s'équilibre, il fallait que les deux partis sachent rester à leur place, et Glen avait manqué de tout faire basculer. Cette fois il avait comprit, il savait quelle attitude adopter et comment la mesurer.

Pourquoi se laissait-il faire presque docilement par un vampire en apparence si dangereux? Pourquoi se refusait-il à disparaître tout simplement pour se faire oublier et éviter les ennuis? Et pourquoi se sentait-il fasciné au point de rester immobile même lorsque le Comte l'approchait de si près? Glen n'avait aucune réponse à toutes ces questions. Car son attitude l'étonnait lui même. Il s'était laissé approché de si prêt, il avait laissé le Comte effleurer sa peau sans broncher, il avait à peine tressaillit en croisant son regard de prédateur... Il ne s'expliquait tout simplement pas ses propres réactions. Elles étaient irrationnelles, même pour lui... Glen était un homme en apparence avenant, tactile et charmeur, mais il était en réalité bien plus farouche et méfiant.
Il ne ressentait plus nulle crainte ou suspicion, il sentait presque soulagé de ce que le Comte lui avait dit. Enfin on lui parlait de liberté... Une Liberté écrite avec un grand L, cette Liberté là, la seule, la véritable, la plus simple et pourtant la plus inaccessible des fables. Glen se demandait quelle couleur, quelle saveur elle pouvait avoir. Il l'imaginait aigre douce, presque sucrée, d'une couleur peut-être orangée ou violette... Il aimait cette idée de pouvoir caractériser un concept en lui donnant un arôme et une nuance. Il aurait aimé que la Liberté lui permette enfin de revoir le soleil... Rien qu'une fois, sentir la lumière naturelle lui effleurer la peau et plisser les yeux sous l'abondance de photons. Oui... Il devait l'avouer, l'obscurité perpétuelle avait quelque chose de lassant, et il lui arrivait parfois de regretter de ne pouvoir sortir en plein jour. Il savait que c'était impossible, mais il ne pouvait s'empêcher d'y penser.
Cette Liberté, Glen l'envisageait de tant de façons différentes... Sous plusieurs angles, plusieurs aspects, elle offrait une multitudes d'interprétations, mais il avait saisit que pour y parvenir, il n'y avait qu'une seule solution. Une solution qu'il connaissait à présent. Ils avaient toues les cartes en main, restait à comprendre les dernières règles du jeu. Avoir la clé ne suffisait pas, il fallait une serrure où l'introduire, et cet élément semblait leur faire défaut pour le moment.

Penchant la tête sur le côté, Glen écouta attentivement ce que le Comte lui disait au sujet des multiples strates constituant le monde. Sur le coup, il trouva l'interprétation étrange et presque grotesque, mais il réalisa qu'elle expliquait énormément de choses. N'était-ce pas pour cela que le monde était parcouru de tant d'incohérences? Glen aurait eu l'air idiot s'il avait trouvé l'hypothèse dénuée de sens. Il savait créer des objets avec son esprit, peut-être son pouvoir était-il lié à cette notion de lambeaux de mondes imbriqués les uns avec les autres?
Le regard dans le vague, Glen réfléchissait à voix haute.


-Ce n'est pas si étrange que cela, finalement... Le monde est tel que nous voulons le voir, parce que nous nous imposons cette vision... Par conséquent, l'existence d'un autre plan, un plan dont nous n'avons pas conscience ou que nous refusons simplement de voir n'est pas à exclure... Ce qui expliquerait pourquoi le Père est devenu une légende... En brisant la source de son pouvoir, de ce qui lui permet de nous cacher sa présence... Le trouver pourrait devenir un jeu d'enfant, dit-il avec un regard presque fou tandis qu'il réfléchissait. Mais je m'égare, je divague!

Balayant sa réflexion d'un geste de la main, il sourit au Comte, son regard ayant retrouvé une lueur de lucidité. Il n'avait pas besoin de plus de détails pour le moment, il comprenait où l'aristocrate voulait en venir. Il avait vu de ses propres yeux un fragment de ce monde, et tout ce qui touchait à l'invraisemblable avait plus de valeur aux yeux de Glen qu'une théorie toute faite et évidente. Il y avait une part d'inconnu et de découverte dans l'idée qu'avançait le Comte, une incertitude et un impossibilité à prévoir ce qui pourrait se passer... Malgré le danger que cela pouvait représenter, Glen se sentait on ne peut plus captivé.

C'est alors qu'il avait tendu sa main à son aîné, presque docilement. Il avait hésité, il ne pouvait le nier, car il était conscient des conséquences et de ce que cela impliquerait pour lui. Depuis qu'il était vampire, il n'avait jamais fait don de son sang à qui que ce soit. Pourtant, il fut prit de l'envie de savoir quel effet cela faisait d'offrir son sang à un autre, de voir sa réaction et surtout de savoir si lui aussi ressentirait quelque chose. Et au fond... Il avait réellement envie de savoir s'il pouvait faire confiance au Comte.
Glen éclata de rire en entendant son confrère le mettre en garde s'il faisait don de son sang à un autre. Il avait donc tant de valeur pour qu'il souhaite le garder pour lui tout seul? Ou n'était-ce qu'une énième marque de son orgueil? Etonnement, Glen fut flatté de cette attention, même si ce n'était peut-être pas le but que cherchait le Comte. Il répondit d'une voix toujours aussi malicieuse.


-Je te l'ai dis... Je ne donne pas mon sang à n'importe qui...

Quoi de plus clair et évident? Glen acceptait de partager une chose aussi intime avec le Comte, mais il n'était pas prêt de recommencer avec un autre. En revanche, il appréciait que l'aristocrate ait prit la peine de lui demander sa permission, si permission il y avait, avant de se servir. Ainsi, Glen lui faisait déjà un peu plus confiance.
Et il fut d'autant plus étonné lorsqu'il vit sa façon de procéder. Le rouquin avait un tel souvenir de sa première morsure, violente, soudaine, sans aucune délicatesse, qu'il fut surprit de voir le Comte prendre son bras avec douceur, lui caressant doucement la peau. Glen en frémit, les sourcils froncés d'incompréhension. Un instant, il avait oublié que les vampires étaient fait de sensualité à l'état pur, et que tous ne pratiquaient pas la morsure violente et animale...
Glen ne la perçut même pas. Il avait pensé sentir les crocs du vampire enserrer son poignet, mais le Comte se contenta de cueillir une goutte de sang, une seule, à son index. L'estime que le rouquin avait à ce moment pour son aîné n'aurait pas pu être plus élevée: Il n'avait pas mentit en parlant de ne lui prendre qu'une infime quantité de sang, et il avait fait cela si doucement que Glen n'avait rien sentit. Du moins jusqu'ici.

Cette sensation, Glen était incapable de la décrire. Etrange, fugace et si brève, il ne ressentit probablement qu'une infime partie de ce qu'un vampire pouvait «éprouver dans une telle situation. Une sensation d'évasion étrange liée à un curieux malaise du à son sang qu'il sentait aspiré hors de son corps. C'était... Etrange... Tout simplement inexplicable.
Mais à en juger par la mine réjouie le Comte, il devait avoir bon goût. Un sourire revint orner les lèvres du clown tandis qu'il récupérait l'usage de sa main. Il ne restait plus rien de l'infime blessure sur son doigt, rien qu'un vague souvenir imprégné d'une foule de sensations. Si on lui avait posé la question, il n'aurait su dire s'il avait apprécié ou non ce curieux échange. Ce n'était pas désagréable, mais tout cela avait été si bref qu'il ne pouvait en être certain.
Glen salua les remerciements d'un signe de tête, sans rien ajouter de plus.
Et lorsqu'il y fut invité, le rouquin suivit le Comte. L'ambiance de ce cimetière commençait à le déranger, sentir le regard inquisiteur des morts sur leurs derniers échanges ne lui plaisait pas. Il avait la désagréable impression d'avoir des dizaines de témoins, même s'ils étaient muets, aveugles et sourds. Tournant la tête vers son aîné pour se défaire de cette étrange image, il laissa planer un silence avant de répondre.

Ce n'était pas si faux... Ils se ressemblaient sur bien des points. C'est d'ailleurs ce qui leur avait permit de s'entendre mais qui avait aussi faillit les pousser à se tourner le dos. Ils étaient fiers tous les deux, orgueilleux, cruels et parfois mesquins, et bien d'autres choses encore. C'est peut-être ce qui avait attiré Glen, d'ailleurs, cette ressemblance, cette impression de trouver enfin quelqu'un qui parlait la même langue que lui et ne faisait pas simplement semblant de le comprendre. Glen avait enfin trouvé un vampire avec qui jouer franc jeu sans avoir à s'embarrasser du moindre scrupule... Du moins sur certains points.


-Rien n'arrive par hasard... Nous nous sommes trouvés à la même heure dans un lieu comme celui ci, ce n'est pas anodin. Je ne saurais l'expliquer plus que vous, je pense que nous n'avons qu'à accepter cette situation telle qu'elle est!

Glen n'avait pas besoin d'épiloguer sur le sujet, se poser des questions quant à sa rencontre avec le Comte lui paraissait inutile pour le moment.

-S'il y a autant de mouvement actuellement, c'est bien que quelque chose se prépare, vous ne croyez pas? Inconsciemment, le monde est prêt... Ne vous en faites pas, je sais rester à ma place quand il le faut. Quant aux hunters... Ils ont probablement besoin de redescendre de leur petit piédestal avant de prendre la grosse tête! Puis il sourit. Je me vante d'être un hôte agréable, cette femme n'aura à manquer de rien!

Se disant, Glen réfléchissait intensément. A Londres depuis peu, il n'avait pas sentit l'agitation avec autant de force que le Comte. Et cette femme... Qui était-elle? Le Vampire ne semblait pas avoir l'intention d'en dire plus, même si Glen faisait preuve d'énormément de curiosité. Paradoxalement, le rouquin pouvait faire preuve de beaucoup d'amabilité et de mesure avec une dame, et il ne jouait qu'avec les écervelées et les naïves. D'autant que s'amuser avec la protégée d'un autre... C'était un jeu bien trop risqué pour qu'il envisage ne serait-ce qu'un instant de s'y adonner.
Attardant son regard sur la droite, où s'alignaient des dizaines de stèles bien rangées, Glen poursuivit.


-J'ai eu la patience de vivre de quatre siècles... Et je ne refuse jamais un défis, dit-il en se tournant à nouveau. Je ne sais pas lire l'avenir, je ne peux promettre une chose au risque de passer pour un menteur. En revanche, tout cela me tient à coeur, réellement. Je ferai mon possible pour mener tout cela à bien... Et je n'aime pas m'avouer vaincu!

Se disant, il se mit à rire doucement. Son attitude de mauvais perdant était flagrante chez lui. Il avait horreur de perdre, il trichait souvent de manière plus que déplacée, mais il trouvait toujours un moyen pour remporter la partie. Et s'il y avait bien une chose que Glen avait horreur de voir, c'était bien la déception dans le regard d'une personne comptant sur lui. Ce n'était pas de la sensibilité ou une marque d'affection, mais il avait tant manqué de reconnaissance par le passé que désormais, il ne supportait plus le moindre regard déçu posé sur lui. Même s'il devait s'arracher un bras pour cela, il ferait ce qu'il avait à faire, car c'était dans son intérêt. Dans celui de beaucoup d'autres, bien sûr, mais Glen était bien trop égoïste pour y penser en premier lieu.
Entendant le Comte rire de sa réflexion, le rouquin eut un sourire qui sonnait presque faux. Bêtes, monstres, créatures hideuses ou encore diableries, bien des noms étaient donnés aux vampires. Pourtant, ils n'étaient pas si différents des humains. Ils étaient même entiers, il ne reniaient pas leurs passions, même les plus destructrices, et contrairement à ce que la plupart des Hunters pensaient, les vampires pouvaient aimer et haïr au même titre que les humains. Mais détruire le père ne changerait pas la nature profonde des vampires. Ils se nourrissaient de sang humain, et ce régime ne serait jamais accepté par les mortels.


-Dans un sens, oui! Nous ne serons plus enchainés, mais les Hunters nous verront toujours comme des animaux... Ah... Qu'ils sont aveugles! Si tu dis vrai, nous y verrons plus clair une fois tout cela terminé. Il ne nous manque pas grand chose pour être complet...

Glen se remettait à réfléchir à voix haute, et il se rendit compte qu'il devait avoir l'air quelque peu morose, aussi reprit il une démarche plus volontaire accompagnée d'un grand sourire jovial. Il n'aimait pas afficher une mine déconfite pour bougonne, il aimait sourire, il aimait rire, même dans les pires situations, et on le voyait rarement avec un visage triste. D'ailleurs, il n'avait l'air triste que lorsqu'il était sûr qu'on ne l'observait pas.
Soulevant son chapeau pour saluer le Comte, Glen prit la peine de revenir à ce vouvoiement mondain qu'il avait employé au début. S'ils avaient été totalement seuls dans le cimetière, ils ne l'étaient pas, dans la rue. Il s'agissait là plus d'une marque de prudence que d'amabilité, mais le rouquin préférait éviter d'attirer le regard d'un curieux.


-Très bien! Profitez bien de votre spectacle, dans ce cas! Je viendrai vous trouver dans quelques jours, mais dans le pire des cas, vous savez où me trouver...

Il avait son sang, il pourrait le retrouver n'importe tout, même si Glen décidait de se cacher dans l'endroit le plus reculé de Londres.
Faisant volte face, le marionnettiste partit dans la direction opposée. Il n'avait pas réellement de destination particulière, il avait simplement besoin de réfléchir au calme et à l'air libre.
Le Comte ne semblait pas être une personne s'embarrassant d'alliés inutiles en pagaille. Il lui avait révélé bien des choses, des secrets que peu de vampires devaient connaître... Glen était assez perspicace pour comprendre qu'il avait un rôle clé à jouer là dedans. Et s'il en avait conscience, s'il en était persuadé, il n'était cependant pas capable de saisir l'ampleur de sa tâche. Les projets du Comte étaient ambitieux, horriblement ambitieux, à la hauteur de sa puissance et de son orgueil, mais Glen l'avait dit lui même, il n'était pas capable de lire l'avenir. Il s'attendait à être surprit, à devoir donner de sa personne bien plus qu'il ne l'imaginait, mais il ne pourrait pas se vanter de tout savoir à l'avance.
Se mordillant nerveusement l'ongle, il s'arrêta un moment, au beau milieu d'une rue déserte. Il venait de se rendre compte d'une chose évidente: Pour la première fois depuis trois cents ans, il s'intéressait à autre chose qu'à sa petite personne. Il avait trouvé un intérêt autre que ses plans chaotiques, il avait trouvé... Un allié? Un partenaire? Une personne de confiance à qui il pouvait dire la vérité sans l'embellir de fioritures et ornements? Peut-être... Probablement, même. Glen avait été captivé par le discours de cet homme autant que pas sa personne. Il y avait quelque chose de singulièrement différent chez lui, quelque d'enfoui au plus profond de sa personne, quelque chose qui l'intriguait.
Jetant un regard dans le ciel, Glen finit par sourire, le regard glacial. Toutes ces émotions lui avaient donné faim, et il entreprit de partir en quête d'une jolie jouvencelle. Il avait envie de sang frais, de sang jeune et vif, d'un sang neuf et vierge de toutes souillures... Et il savait où trouver cela.
Son état d'esprit était à la frontière entre l'euphorie et la mélancolie, une stase étrange et incertaine qui nécessitait qu'il se préoccupe d'autre chose pour le moment.
Lorsqu'enfin il planta ses crocs dans la gorge d'une jeune bourgeoise un peu trop naïve, il oublia ses sempiternelles questions pour s'adonner au plaisir le plus bestial que pouvait éprouver un vampire.



(HRP: Fin du rp pour Glenou aussi! Pas de soucis pour Wynny, il arrive! ^^)
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Rêveries antiques [Comte, Glen] [10/03/42]

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