L'Ombre de Londres
Bienvenue à Londres!

La capitale entre dans le chaos: les Vampires complotent, les Hunters s'allient et s'organisent, les Alchimistes se réveillent doucement, les Lycanthropes s'assoupissent et les Loups-Garous recommencent à errer.

Citoyen de l'Ombre, te voilà revenu dans nos sombres ruelles...


Forum RPG - Londres au XIXème siècle. Incarnez Vampires, Loups-Garous, Lycanthropes, Homonculus, Chimères, Alchimistes, Hunter...et choisissez votre camp dans une ville où les apparences n'ont jamais été aussi trompeuses....
 
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Dans le sang et les larmes [Hunters + Aria Hinoi] [11-12/03/42]

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Eulalia Grey
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MessageSujet: Dans le sang et les larmes [Hunters + Aria Hinoi] [11-12/03/42] Mer 5 Déc - 15:08

[HRP/ En venant du Grand Théâtre : ''Tempête sur l'échiquier''/HRP]

[Eulalia Grey, Raphaël Veneziano, Alexender Von Ravellow, Aria Hinoi]

Le fiacre s'élançait à toute allure le long des rues pavées, créant un raffut de tous les diables. Les chevaux galopaient plus vite que jamais et bien vite, ils échappèrent aux lueurs infernales du Théâtre. Eulalia savait que Sarah était en sécurité, l'agent s'était occupé d'elle. Les plaies les plus graves des deux jeunes hommes avaient été soignées et Marguerite s'occupait désormais de parachever les soins.

En soupirant, la jeune femme se laissa tomber à genoux sur le plancher du cab et s'agrippa à la banquette. Elle peinait à respirer correctement et de grosses gouttes de sueur perlaient à son front. Avec un demi sourire, elle entendit la respiration régulière de Raphaël. Il était vivant... Inconscient mais vivant.

Alexender remuait un peu plus, ce qui la rassura. De sa main fébrile, elle caressa le front blanc de l'Italien. Il était glacé... Sa gorge se noua lorsqu'elle repensa à tout ce qu'ils venaient de vivre. Fiora, le Comte, ses parents...


Sa gorge se serra. Elle venait de les perdre tous les deux en moins de deux heures et c'était sa faute... C'était elle qui avait parlé à son père de ce complot, elle qui était responsable... Plus jamais elle ne reverrait le sourire de sa mère, plus jamais son père ne viendrait la prendre dans ses bras.

Ce fut comme si on avait ouvert un abysse profond dans son cœur. Elle se sentit comme aspirée, anéantie. Elle ne pouvait pas croire qu'ils étaient morts. Ils allaient revenir, ils allaient la guérir, comme autrefois, à l'aube de son adolescence...

L'acceptation viendrait petit à petit, au fil des jours. La Huntress se mordit la lèvre et s'entoura elle-même de ses bras avant d'étouffer ses sanglots dans le tissus de sa robe.

Lorsqu'ils arrivèrent enfin devant sa maison, la santé d'Eulalia avait visiblement baissé. Elle tenait encore debout mais son visage était au moins aussi blanc que celui de Raphaël. Suzanne et Marguerite l'aidèrent à mettre les deux hommes debout et les sortirent avec peine du fiacre. La jeune femme tambourina à la porte et une vieille femme vint ouvrir, en chemise de nuit, une bougie à la main.


- Mais qu'est-ce que... Oh par tous les saints ! Mademoiselle, que s'est-il passé?

Pour avoir servi pendant environ cinquante ans dans la famille Grey, Mrs Patterson savait que Lally, comme son père et son grand-père avant elle, chassait des vampires. Elle n'eut aucun mal à imaginer ce qui s'était passé, d'autant plus que Thaddeus lui avait touché deux mots au sujet du complot qui visait le Théâtre. Elle s'écarta pour les laisser rentrer et Eulalia murmura :

- Je vais installer Mr Veneziano dans ma chambre... Occupez-vous de Mr Von Ravellow et de ses domestiques... La chambre de mes parents fera l'affaire...

Eulalia laissa échapper un gémissement de douleur et sa fidèle gouvernante l'interrogea du regard.

- Etes-vous blessée?

- Non, ce n'est rien... Occupez-vous de ce que je viens de dire... S'il vous plaît.

Eulalia se dirigea faiblement vers les escaliers, pliée sous le poids de Raphaël. Il faisait bien 10 centimètres de plus qu'elle, ce qui la gêna grandement. Néanmoins elle monta, petit à petit, accrochée à la main courante. Elle faillit plusieurs fois tomber mais jamais elle ne s'arrêta. Elle arriva enfin sur le palier et se dirigea vers sa chambre. Elle disposait d'un grand lit en chêne où elle coucha le vampire avant de s'écrouler sur le plancher, à bout de forces. Son corps était secoué de frissons douloureux et elle avait le cœur au bord des lèvres.

Pendant ce temps, Mrs Patterson s'était occupé d'Alexender et l'avait emmené dans la chambre des parents d'Eulalia où elle le veilla pendant que les deux jeunes femmes déchargeaient les caisses de médicaments, tâche bien trop difficile pour elle, au vu de son âge.

La vieille femme prit sans peine la directive des opérations et après que les caisses eurent été transportées dans la salle de bains, elle descendit avec l'aide de Suzanne deux matelas qui restaient au grenier, afin qu'elles puissent se reposer dans la même chambre que leur maître.

Ceci fait, elle les laissa veiller sur le jeune homme roux et changea de pièce. Là, elle trouva Eulalia étendue à terre, secouée de spasmes. Elle crut un instant que la jeune fille allait y passer et ce fut non sans crainte qu'elle la releva.


- Mademoiselle... Est-ce que vous vous sentez bien?

- E-Emmène-moi dans la salle d'eau... Je... J'ai besoin de me rafraîchir...

La vieille dame s'exécuta et traîna la pauvre fille sur tout le couloir en lui murmurant des paroles d'encouragement.

A peine Eulalia eut-elle touché le carrelage qu'elle se précipita au lavabo où elle vomit de tout son soûl. Les effets secondaires de la potion étaient terribles... Elle avait l'impression que l'intérieur de son corps était en fusion, qu'on lui arrachait les entrailles. Sa gorge brûlait, son ventre contracté la fit se plier en deux.

Elle gémit longuement avant de se laisser tomber à terre, incapable de tenir debout. Mrs Patterson, affolée, tâta son front et se rendit compte que sa maîtresse était littéralement bouillante. Sans plus hésiter, elle referma la porte et fit couler de l'eau froide dans la baignoire avant de déshabiller la Huntress. Une fois que ce fut fait, elle la transporta tant bien que mal dans la baignoire et la surveilla en nettoyant le linoléum.

Dieu qu'elle regrettait qu'Aria ne soit pas là ce soir ! Elle était sortie vagabonder et passait certainement la nuit dehors...

Quand elle se fut assurée que la température de la jeune femme était quelque peu redescendue et qu'elle ne risquait pas de glisser dans l'eau, Mrs Patterson retourna dans la chambre où elle alla chercher des sous-vêtements et une chemise de nuit blanche. Le jeune homme sembla s'agiter sur le lit et avant de partir elle lui murmura:


- Tout va bien... Ne vous en faites pas. Reposez-vous...

Elle retourna ensuite dans la salle de bain et sortit Eulalia de l'eau avant de la sécher et de lui passer des vêtements propres et secs pour la nuit. La jeune femme frissonnait sans s'arrêter et ne répondait plus. Plusieurs fois, elle s'affaissa et ce fut avec beaucoup de peine que la femme de chambre la ramena dans son lit.

Elle s'attela ensuite à changer les bandages de l'Italien qui était tout simplement gelé, ce qu'elle mit sur le compte des blessures qu'il avait reçues. Lorsque tout fut en ordre pour la nuit, elle s'éclipsa, laissant sa maîtresse seule avec cet homme étrange qu'elle avait identifié comme un bon ami et alla s'occuper du fameux Mr Von Ravellow

Elle aida les deux servantes jusqu'à tard dans la nuit, prenant le temps de tout ranger, de déplacer le fiacre et d'effacer les traces de leur passage. Elle se recoucha vers deux heures du matin, sans avoir noté que Thaddeus et sa femme manquaient à l'appel.

Eulalia passa une nuit abominable, à cauchemarder et à subir des douleurs abominables. Elle ne vomissait plus mais la fièvre était progressivement remontée. En tout, elle passa près de cinq heures dans une torpeur étrange où elle était à moitié endormie mais gardait pourtant un contact avec la réalité. Puis elle sombra dans un sommeil agité où elle revit en boucle les assassinats sauvages de ses deux parents.

Sur le coup de sept heures du matin, la jeune femme ouvrit brusquement les yeux. Elle ne sut pas vraiment ce qui l'avait réveillée mais, avec la réalité, la douleur et la chaleur brûlante de la fièvre revinrent. Elle se prostra en gémissant dans les draps. De grosses larmes roulaient le long de ses joues. Elle avait mal, elle avait peur...

Instinctivement, elle alla se réfugier contre le corps le plus proche d'elle. Raphaël. Elle avait oublié qu'il était ici... A nouveau, les souvenirs la submergèrent et elle se mordit la lèvre pour ne pas hurler son chagrin.


- C'est ma faute, ma faute... Pardon...

Au contact de la peau glacée du Vampire, sa fièvre ainsi que la douleur se calmèrent, anesthésiées par le froid. Elle donnait de la chaleur au jeune homme et se trouvait soulagée en partie de ses maux. Elle ne sut pas vraiment dire s'il était conscient ou non mais elle commença à parler, sans doute pour occuper son esprit et ainsi éviter de penser à son corps qui subissait le contrecoup de son don.

- Père et mère... Ils sont morts tous les deux... C'est de ma faute, c'est moi qui les ai entraînés dans cette histoire... Le Comte...

Eulalia se mit à pleurer, à nouveau. Quelque chose sembla caresser son épaule mais elle ne sut dire si c'était le fruit ou non de son imagination.

- J'ai dû décapiter mon propre père...

Elle essayait de contrôler le flux de ses larmes mais se trouva bien incapable d'avoir une quelconque constance en cet instant. Sa température retombait progressivement mais son âme, elle, se trouvait ronger par le deuil. Elle niait l'évidence, elle ne voulait pas voir la vérité. Ils avaient cessé d'exister et on ne retrouverait peut-être jamais les corps...

Pendant un long moment, elle pleura silencieusement, recroquevillée contre l'Ange Blanc comme un oisillon blessé. Ses muscles n'obéissaient plus, son corps était agité de violents frissons de fièvre.

Elle caressa faiblement la joue du jeune homme, consciente que lui aussi aurait pu mourir face à Fiora, cette démone aux pouvoirs  étranges qui avait bu à son cou et brisé ses bras... Si elle en avait eu la force, elle se serait crispée et aurait fulminé toute la haine que lui inspirait cette femme. Mais au lieu de cela, elle couva son amant du regard avec un faible sourire. Puis elle murmura:


- Je suis si heureuse que tu sois encore en vie...

Elle ne savait pas ce qu'elle aurait fait si elle avait perdu Raphaël cette nuit là. Mais le Seigneur avait décidé de leur accorder encore du temps. Leur heure n'était pas encore venue...


Dernière édition par Eulalia Grey le Dim 5 Mai - 18:04, édité 2 fois
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Raphaël Veneziano
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MessageSujet: Re: Dans le sang et les larmes [Hunters + Aria Hinoi] [11-12/03/42] Ven 7 Déc - 0:47

[HRP/Venant du théâtre "Que le spectacle commence! Tempête sur l'échiquier"/HRP]

Il avait sombré. Son corps avait atteint ses limites. Le théâtre s'était brouillé. La fin s'était avancée.
Les flammes et les visages, les odeurs et les couleurs, les mouvements comme les paroles : tout avait soudainement disparu. Le néant avait envahi son esprit pendant que l'obscurité éternelle avait voilé ses yeux. Raphaël avait soupiré une dernière fois, entièrement tourné vers Dieu, son éternelle loi, et vers Eulalia, sa seule et unique joie. Allongé au sol, les membres douloureux, il avait tendu sa main vers sa croix d'or qui gisait-là, sur la moquette, et avait prié pour son amante. Son sang gorgeait les fibres du tissu ondulé et s'étendait presque jusqu'à l'objet religieux, lorsqu'il perdit connaissance.

Dans les méandres de ses cauchemars, il vit surgir de l'ombre une main crochue qui cherchait à lui prendre son épée d'argent qu'il portait à la ceinture. Cette main était décharnée, sans corps, noyée dans les ténèbres. Elle s'agrippait, il reculait, elle le griffait, il la repoussait en lui donnant des coups. Mais tout ses mouvement étaient mous et vains, la main venait l'étrangler. Puis elle disparu soudainement, laissant le néant prendre sa place. Raphaël errait seul, sa voix était sans timbre, le silence le tuait. Une plante rampante arrivait ensuite à ses pieds, languissante, gémissante, effrayante...Il l'écrasait du pied, elle lui attrapait la jambe et la tordait violemment. Il hurlait et se battait...
Ainsi Raphaël était-il constamment traqué par toutes sortes d'étrangetés qui habitaient les ombres de son âme. Et il se débattait, toujours, en vain. Son front perlait de sueur, son souffle s'accélérait, puis ralentissait dangereusement, il soupirait, grognait, se taisait : une fièvre pernicieuse le prenait.

Sans le savoir, le Vampire avait été sauvé. Lui qui avait senti une nouvelle fois son heure arriver, avait finalement survécu. Sarah et ses alliés, Lally, les domestiques d'Alexender, les Hunters de son école secrète, le gitan...tous lui avaient sauvé la vie en intervenant chacun à leur manière dans la bataille. Il avait été soulevé, traîné par une porte latérale et monté dans un fiacre qui avait quitté les lieux en toute hâte. Inconscient, il avait été emmené jusque chez Eulalia, aidée par sa domestique, soigné. Alexender aussi avait été sauvé, mais le Vampire l'ignorait encore.
Ils avaient eu une chance inouïe ce soir et, sans les jeunes femmes et l'intervention inopinée du Scotland Yard, jamais ils ne seraient sortis vivants du théâtre. Leur plan avait été des plus suicidaires. Jamais encore pareil complot avait été monté contre le Comte et ils avaient eu la faiblesse de se croire assez forts pour lui faire face sur son propre terrain, alors qu'il était entouré de ses disciples et de Vampires tels que Fiora. Oui, ils avaient eu une chance inespérée.

Couché dans le lit de son amante, Raphaël avait été pansé et recouvert d'une couverture. Ses plaies étaient nombreuses. Elles saignaient abondamment d'un sang glauque qui coagulait étrangement facilement. Son rein s'était reformé depuis que Fiora l'avait percé à Milte & Co, mais sa blessure au thorax, faite par le katana de la Vampire, saignait encore fortement tout comme sa blessure à l'épaule droite qu'elle lui avait faite au théâtre par la suite à l'aide d'une épée aiguisée. La domestique d'Eulalia eu du mal à tout bander, son corps était à lui seul un véritable champ de bataille. Son dos et ses épaules comportaient de longues griffes sanglantes, son cou était cruellement meurtri par une plaie arrondie et il était en plus couvert d'hématomes énormes, très bleus, qui montraient assez bien à la vieille dame que le jeune homme avait été littéralement battu aux poings et aux pieds. Sa résistance semblait extraordinaire ! Son souffle avait même repris un rythme régulier depuis qu'il était allongé dans le matelas moelleux de la jeune miss Grey. A sa place, plus d'un homme aurait attrapé une fièvre épouvantable et se serait retrouvé à l'article de la mort. Mais, étrangement, Raphaël était redevenu calme. Même s'il transpirait et gémissait, même s'il s'agitait parfois en grognant et qu'il manifestait une évidente souffrance physique, il semblait s'apaiser lentement.

De même qu'il ne réagit pas pendant que Mrs Patterson lui bandait ses plaies, il ne sentit pas Eulalia se coucher vers deux heures du matin et resta droit, profondément endormi. Son visage était douloureux et soucieux. Tout ses trais trahissaient ses cauchemars et ses gémissements exprimaient la souffrance qu'il éprouvait, même dans l'inconscience.
Vers trois heures et demi du matin, il s'agita. S'éveillant à moitié, il sentit prêt de lui un corps. Par réflexe, il s'éloigna dans un geste brusque mais totalement nébuleux, puis il se rendormi presque aussitôt.
Pendant son sommeil, ses hématomes disparurent lentement. Cependant, une chose avait été oubliée par ses soigneuses : sa mâchoire était brisée, cela ne se voyait pas réellement, mais il fallait la remettre en place pour que son don vampirique puisse la guérir. Aussi, à force de marmonner dans ses cauchemars, il fut réveillé par la douleur que lui faisaient ses os dans sa bouche. En se redressant, il eu le réflexe de porter sa main à sa mâchoire et de la déplacer d'un geste dur. Il grogna, se plia en deux, senti ses côtes brisées lui torturer la cage thoracique, soupira et geignit sa souffrance avant de retomber dans un sommeil involontaire, totalement dû à la douleur et à la fatigue extrême. Son esprit était si perturbé qu'il ne chercha ni à savoir qui était prêt de lui, ni où il était. Il s'assoupit aussitôt. Une larme coula sur sa joue, du sang tâcha les draps.

Vers sept heures du matin, Raphaël fut lentement réveillé par une chaleur étrange qui lui envahissait le côté du corps. Ce n'était pas une sensation désagréable, au contraire, le Vampire n'avait pas l'habitude de profiter de ce type de contact. Doucement, il reprit donc conscience. La première chose qu'il retrouva, c'était son odorat. Une fragrance d'onguents, de bandages, d'alcool régnait en maîtresse dans la pièce et sur lui. Un parfum plus doux plus fleuri émanait des draps dans lesquelles il était allongé. Puis il reconnu l'odeur d'Eulalia, celle de son corps, de ses cheveux, de son sang...

Il perçu contre lui son petit corps se recroqueviller. Ce ne pouvait être qu'elle. Il l'entendait maintenant. La belle tremblait et sanglotait. Courbaturé et encore à moitié-inconscient, Raphaël la laissa se blottir contre lui et ignora sa douleur. Puis il émergea peu à peu complètement. Il soupira, à la fois de fatigue et d'aise, avant de bouger pour poser une main sur l'épaule de la jeune femme.


- Lally...

Son murmure avait été presque un souffle inaudible.
Il entendait peu de choses, mais la jeune femme pleurait vraisemblablement ses parents. Remuant un peu plus pour s'éveiller, Raphaël cru l'entendre dire qu'elle avait "décapité son père". Ce fut ce qui l'éveilla complètement.


- Qu'est..ce...que tu racontes ? …

Il peinait à parler. C’était devenu difficile d'articuler quoique ce soit pour lui. Et surtout il avait encore du mal à comprendre ce qui lui arrivait. En plus, il n'avait pas vu mourir Thaddeus et il était loin d'imaginer l'horreur qu'Eulalia venait de vivre à son sujet.

- Ce n'est pas ta faute...murmura-t-il en la serrant un peu dans ses bras contusionnés.

Peu à peu, ses yeux d'azur s'ouvrirent et il perça l'obscurité de la chambre. Il eu l'instinct de vérifier immédiatement que les rideaux étaient bien clos et ramena son regard sur l'ensemble de la pièce. A l'évidence, c'était une chambre de femme, certainement celle d'Eulalia. Comment avait-il atterri ici ? Le théâtre lui revint en mémoire. La moquette, le feu, sa croix...Fiora avait failli le tuer !
Comment avait-il été sauvé ? N'était-ce pas un rêve ?

Eulalia lui toucha alors la joue. Le contact chaud de la main de la jeune humaine réveilla ses sens. Sa peau frissonna et le Vampire toussota. S'étranglant un peu, il se redressa en grimaçant. Haletant, il enleva la chemise blanche qu'on lui avait passée et la rejeta loin de lui en grognant à nouveau de douleur. Son épaule et son thorax lui étaient devenus un calvaire. Assis dans le lit, il ferma les yeux un instant. Le Vampire n'avait pas l'habitude de dormir dans des édredons et encore moins d'avoir une femme contre lui. Il avait chaud, étrangement chaud, et cela lui déplaisait soudainement. Il suffoquait presque et son front commença à perler de sueur. En vérité, il avait faim, ses blessures le torturaient et il ne savait plus gérer son corps. Il avait besoin de sommeil pour que sa régénération reprenne ses droits.

Avec cet acte, il n'avait pas fait attention à la décence. Comment s'en préoccuper maintenant ? Aussi les grandes griffes que Maria lui avait infligées dans le dos et sur les épaules furent révélées en partie à la jeune femme près de lui grâce au contraste entre sa peau de marbre et leur rougeur exacerbée. La moitié était dissimulée sous les bandages de son épaule droite, de son torse et de ses côtes. Elles étaient profondes et marquées. Même si elles semblaient déjà se résorber elles laisseraient des traces sur le jeune homme.
Raphaël peina à repousser un peu la couverture qui était sur lui. Il se tenait maintenant le thorax qui le lançait terriblement. Serrant les crocs, il attrapa soudainement la main d'Eulalia qui se trouvait la plus proche de lui et la maintint dans la sienne.
Ses yeux d'azur rencontrèrent les siens dans la demi-obscurité de la chambre.


- Oui...fit-il faiblement. Nous sommes vivants...

Il le réalisait lui aussi, enfin. Trop plein du bonheur qui l'envahissait en cet instant, Raphaël souleva le visage de son amante et l'embrassa longuement avec force. Des larmes baignèrent bientôt ses yeux.

- Je suis si heureux...Ho Eulalia...Merci mon Dieu...

Il la serra contre lui, oubliant une seconde ses propres blessures, puis tout lui revint : Fiora, Alexender, Sarah, Thaddeus, le Comte, les flammes, le bâtiment effondré, le coup de katana en travers du corps, cette Vampire acharnée, la chute dans le théâtre, ce colosse aux poings d'acier, les éclairs...
Raphaël eut alors une réflexion inattendue en cet instant. Il se souvint bien que Fiora lui avait envoyé une étrange décharge à Milte & Co et maintenant qu'il y songeait, c'était encore elle qui avait lancé des éclairs et joué ainsi avec la contenance de l'air et les courants électriques de son corps : sa paralysie ne pouvait venir que de là ! Bougeant ses jambes, il fut heureux de constater qu'il avait retrouvé l'usage de chacun de ses muscles.
Il repoussa gentiment Eulalia en tentant de calmer ses pleurs.


- Eulalia...calme-toi...je suis là...

Il n'avait pas encore compris que les parents de la belle avaient péri. Il avait concrètement vu sa mère mourir sous la fureur de Fiora, mais Thaddeus vivait encore lorsqu'il l'avait perdu de vue. Il était loin d'imaginer quelle fin avait eu le prêtre.

Le regard de Raphaël s'assombrit alors.


- Raconte-moi tout...Le Comte...Est-il mort ?

Il fallait qu'il sache. Certes ils étaient vivants et c'était une chance incroyable, mais qu'en était-il de leur mission ? Où étaient Alexender et Sarah ? Et les autres Hunters ? Le théâtre avait-il brûlé ? Fiora était-elle morte ? Il avait réellement perdu toute notion de temps et il se demanda quelle heure il était. La lumière qui filtrait dans la pièce était très légère. Il devait être tôt encore. Le Vampire était épuisé. Il n'aspirait qu'à retourner à son repos. Deux jours de sommeil ne suffiraient pas pour qu'il puisse à nouveau se tenir debout...
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Alexender Von Ravellow
Hunter - "Criminel" en fuite
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Proie(s) : Tous les Vampires, sauf Raphaël qu'il surveille maintenant sans chercher à l'assassiner. Le Comte Kei est son pire ennemi. Alexender peut aussi s'attaquer à des Loups-Garous.
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MessageSujet: Re: Dans le sang et les larmes [Hunters + Aria Hinoi] [11-12/03/42] Ven 7 Déc - 6:35

[HRP/Après le théâtre, "Tempête sur l'échiquier"/HRP]

Sans l'arrivée de ses compagnons, Alexender aurait perdu la vie, il n'y avait plus aucun doute possible. Heureusement, le Hunter avait été sauvé. Ainsi, après avoir échappé de justesse à la poigne du Comte, il avait été aidé in-extrémis par le gitan et son ami puis soutenu par Marguerite et Suzanne. Ses domestiques étaient apparues comme des anges à un mourant. Mais Alexender ne les avait qu'entre-aperçu avant de perdre connaissance. Les deux jeunes femmes l'avaient alors porté jusqu'à une porte latérale, le sauvant à la fois du Comte et des flammes, des agents du Scotland Yard qui arrivaient en trombes et de Fiora Hagane qui était toujours debout.
Dans le fiacre qui roulait en cahotant vers la demeure des Grey, le jeune rouquin repris un peu connaissance. Ouvrant les yeux à demi en gémissant des insultes bougonnes, il reconnu Eulalia à ses pieds. Elle sanglotait sur la banquette en se tenant les genoux. Il voulu faire un geste vers la jeune femme, mais il était à bout de force et le simple fait d'y penser venait de le fatiguer outre mesure. Raphaël était avec eux, près de lui, il le sentait à ses côtés et ses cheveux blancs ébouriffés brillaient dans l'obscurité du véhicule. Il ne bougeait pas. Était-il mort? Cela se pouvait bien...Et Sarah? Elle n'était pas avec eux...Le coeur du Hunter se serra, ses blessures se ravivèrent, sa conscience se perdit à nouveau.
Sombrant dans un sommeil de plomb, Alexender ne vit rien jusqu'au lendemain matin. Ses blessures avaient eu raison de ses dernières forces. Une balle logée dans l'abdomen, les côtes fêlées, le torse griffé, le poignet broyé et le corps entièrement couvert de marques...tout n'était plus pour lui que douleur et crispation.

Ce fut un sommeil agité mais sans rêve. Un tombeaux de silence et d'obscurité qui s'était ouvert sous ses pieds.

Suzanne et Marguerite l'avaient veillé, comme à leur habitude. Soucieuses, elles l'avaient lavé lentement avec douceur, enlevant une à un ses vêtements fatigués, salis par le sang, trempés par la pluie. Elle l'avaient ensuite séché dans des serviettes chaudes pour détendre ses muscles et panser ses plaies, soigné avec des onguents et des plâtres à base de plantes avant de le bander soigneusement. Puis elles l'avaient rhabillé avec des vêtements amples et pratiques pour finalement le coucher dans le lit des Grey désormais froid à jamais de leur présence.
Avec Mrs Patterson, la domestique d'Eulalia, Suzanne et Marguerite avaient fourni des efforts colossaux pour soutenir les jeunes hommes et leur porter secours. Ils avaient été lourds à transporter et délicats à soigner...
Marguerite avait observé son maitre en se mordant la lèvre: Alexender n'était pas comme Raphaël, il ne régénérait pas. Ses blessures, profondes et particulièrement localisées, surtout pour ce qui était de la balle qu'il avait reçue dans le plexus, ne pouvaient espérer se refermer avant un bon mois de repos. Suzanne avait mis des heures avant d'enlever la balle de ses chairs. Épuisée, elle avait ensuite passé le relais à Marguerite qui lui avait appliqué dessus la flamme d'une bougie pour cautériser la plaie et prévenir d'une infection. Déchirant des bandes de tissu souple, elle avait ensuite fait de solides bandages. Leur maître saignait beaucoup et son teint blanc comme les lys n'avait jamais été aussi terrifiant. Même lorsqu'il était revenu meurtri de ses chasses, il n'avait jamais été aussi durement touché. Une seule chose rassurait les domestiques: Alexender n'avait pas été mordu par une de ces créatures à longues canines...au moins ne ressentirait-il pas l'humiliation qu'un tel affront aurait pu lui faire...

Au cours de la nuit, les deux jeunes femmes se relayèrent pour le veiller. Elles lui faisaient avaler régulièrement une mixture chaude et pâteuse qui devait renforcer son système immunitaire et réchauffer ses membres. Mais le Hunter en mettait constamment la moité à côté tant il gardait la bouche à moitié close. Les deux jeunes femmes passaient parfois dans les couloirs pour vérifier que Raphaël et Eulalia n'avaient besoin de rien. Elles étaient inquiètes. Leur maître suait beaucoup et la fièvre lui montait à la tête. Dans son sommeil, il répétait sans cesse le nom de Sarah. C'était très stressant. Marguerite proposa à Suzanne de retourner sur les lieux pour vérifier que la Huntress en question n'était pas morte...Elles l'avaient aperçue une ultime fois alors qu'elle tirait de toute ses forces sur le Comte et elles culpabilisaient maintenant énormément de ne pas l'avoir attendue pour partir.


- Mais rappelle-toi, murmura Suzanne, elle n'arrêtait pas de nous intimer de fuir...

- Peut-être mais était-ce une raison de ne pas l'attendre?

- A sa place, qu'aurais-tu fait?

Marguerite resta silencieuse un moment. Oui, à la place de la Huntress, elle aurait tout fait pour sauver ses compagnons et conserver son amour intacte. La fougue de la jeune femme était désespérée mais tellement compréhensible à ses yeux! Quoi de plus beau que de sauver sa propre vie pour celui que l'on aime? Alexender était tout pour elles, et Sarah venait de le sauver en lui procurant une diversion. C'est pour cela qu'elle lui serait à jamais reconnaissante. La domestique trouvait cela merveilleux que la belle ai autant sacrifié de forces pour l'aider. La chasseuse avait tout simplement défié l'être le plus puissant de Londres pour s'interposer...

- Tu as raison...finit-elle par soupirer avant de ramener ses yeux sur Alexender qui grommelait des insanités toutes relatives.

Le tissu humide qui trônait sur son front tomba en même temps qu'il donnait un coup de tête sur le côté. Suzanne se leva, prit le dit-morceaux de tissu et alla le mouiller à nouveau dans la bassine qui était à leur disposition avant de revenir l'ajuster à sa place initiale. Elle sourit faiblement lorsqu'elle vit Alexender s'apaiser un peu. Il respirait fort et l'on voyait assez bien qu'il avait du mal à soulever sa cage thoracique. La blessure par balle s'infecterait sûrement malgré tous les soins qu'elles y mettraient: il leur faudrait un médecin dès le lendemain...

Peu à peu, les domestiques s'endormirent sur les matelas que leur avait prêtés miss Grey et Mrs Patterson.
Au milieu de la nuit, Alexender poussa soudainement un cri de détresse. Suzanne se releva et, brandissant une lampe à huile qui était restée allumée près d'elle sur une table base, elle fit face à son maître qui s'était redressé. Marguerite sursauta et se leva à son tour.


- Qu'y-a-t-il Monsieur?!

Suzanne dévisageait son maître avec inquiétude. Il était assis dans le lit, la tête dans les mains, immobile. Seule sa respiration accélérée lui indiquait qu'il vivait. Figé comme une statue, le Hunter semblait dormir encore.
Marguerite le toucha du bout du doigt:


- Monsieur...? Vous devriez dormir...

- Fais attention à son poignet Marguerite...

A elles deux, elles rallongèrent leur maître qui avait toujours les yeux fermés. Il devait avoir rêvé, à moins que ce ne soit la douleur qui l'avait peut-être réveillé l'espace d'une seconde. Elles ne savaient pas. Mais, patientes, elles le recouchèrent sous les draps et se remirent à veiller.

Le lendemain, Suzanne se réveilla en sursaut aux alentours de 6h45 du matin. Lentement, elle laissa son regard tomber sur le lit où dormait toujours Alexender. Il avait l'air plus serein et sa respiration semblait également apaisée. Soulagée, la belle s'étira en baillant mais elle écarquilla soudainement les yeux lorsqu'elle vit que le drap de son maître était abondamment tâché de sang au niveau de son poitrail. Se levant d'un bond, elle alla soulever le tissu tout collant et vit avec horreur que le bandage du rouquin au niveau de son thorax était complètement imbibé. Paniquée, la jeune brunette réveilla son amie et, ensemble, elles enlevèrent le bandage et lavèrent à nouveau leur maître pour refaire son pansement. Alexender tiqua plusieurs fois mais il semblait enfouit dans un sommeil terriblement profond, trop profond même...Marguerite tâta son pouls: il était presque arrêté! En vérité, le jeune homme venait de basculer dans la syncope. En effet, le débit sanguin d'Alexender était altéré par le manque de sang dû à ses blessures et sa conscience avait été complètement perdue.
Heureusement, cela ne dura qu'un bref moment durant lequel les jeunes femmes épongèrent son front avec insistance et lui secouèrent la tête sans brusquerie. Bientôt le Hunter papillonna des yeux avant d'attraper Suzanne par le bras d'une main pesante.


- De...l'eau...murmura-t-il faiblement.

Une fois qu'il eu difficilement avalé deux gorgées d'eau froide en grimançant, il s'enfonça dans l'édredon et retomba dans un sommeil profond.
Marguerite entendit alors clairement un sanglot: il venait de la chambre voisine. Suzanne releva la tête, attentive. Eulalia pleurait. Il suffit d'un regard pour que Suzanne ne se lève à nouveau, confiant Alexender à la jeune blonde afin d'aller vérifier que tout allait bien du côté de la jeune miss Grey. Dans le couloir, elle s'arrêta pour écouter. Apparemment ce n'était pas un crise quelconque ou une panique associée à l'éventuelle mort du jeune homme avec qui elle dormait. Non...Elle pleurait ses parents...Ses larmes firent de la peine à la jeune domestique.
Doucement, furtivement, Suzanne revint auprès de son amie et d'Alexender.


- La jeune miss pleure ses défunts parents...comme dans le fiacre...

- Tu crois qu'on doit la laisser seule avec lui?

- Je ne sais pas...

- C'est quand même un Vampire....

- Oui mais...il est de notre côté...

Elles jetèrent à l'unisson un regard vers Alexender. Ce dernier aurait certainement refusé de les laisser ensemble. Mais...après une pareille bataille, peut-être qu'il aurait meilleur opinion du jeune homme? L'amour entre Vampires et Humains était-il possible? Et l'amitié? Lui qui n'y pensait pas jusqu'à présent allait peut-être changer sa façon de concevoir les choses...Était-ce un bien ou un mal? Ni l'une, ni l'autre ne saurait le dire...Seul l'avenir pourrait le leur enseigner.

Marguerite alla soulever le rideau à la fenêtre. Dehors, la pluie avait complètement cessée et le ciel brumeux annonçait un temps radieux. Quelle ironie...La veille avait été un véritable déluge...Assise sur la bordure de bois, elle soupira. Que cette nuit avait été longue! Elle appréhendait les prochaines. Leur maître ne pourrait certainement pas se lever avant bien des jours. Il fallait maintenant trouver un médecin qui éviterait de leur poser des questions...Elles n'en connaissaient pas. Celui qu'utilisait leur maître pour les bobos de tous les jours n'était certainement pas le plus recommandé pour ce genre d'opération. C'était un des plus connu de Covent Garden...

Alors qu'elle se posait diverses questions, elle vit un homme mettre un journal dans la boite aux lettres de la demeure.


- Je vais voir ce qu'ils disent dans le journal...fit-elle en se levant prestement pour descendre.

La jeune femme croisa Mrs Patterson et lui demanda la clé pour accéder au journal. Lorsqu'elle sentit sur son visage l'air frai du matin, la jeune femme sourit: savoir que son maître était sauf comptait énormément pour elle. Il avait faillit mourir et, finalement, ils étaient à nouveau réunis...Il était blessé assez terriblement pour encore pouvoir succomber, mais elle avait bon espoir. Elle soufflait de soulagement. Entrer dans le théâtre, voir autant d'affrontement mortels, apercevoir ses élèves se faire massacrer en moins d'une minute...tout cela avait été épouvantable! Son maître aurait pu mourir une dizaine de fois, de cela elle en était persuadée! Mais il était là, dans ce lit, surveillé par Suzanne et elle...Dans leurs malheurs, il avait eu de la chance...

Mais lorsqu'elle saisit le journal, elle failli tomber en pâmoison. Son coeur manqua plusieurs battements et elle dû s'agripper au cadre de la porte pour éviter de tomber. Les gros titres étaient terrifiants: l'incendie de Milte & Co faisait la une et il était écrit partout que le lord Keisuke venait d'échapper de justesse à un attentat. Mais ce qui avait fait blêmir la domestique, c'était les noms de Raphaël et Alexender, qu'elle avait vus écris en grosses lettres: ils étaient désignés d'office comme coupables de l'attentat et une récompense avait été mise sur leur tête! La reine elle-même les accusait et le Scotland Yard les cherchait!
Affolée, la jeune femme alla retrouver Suzanne et lui mit sous le nez le papier qu'elle avait presque chiffoné dans sa hâte.


- Ho mon Dieu...murmura la brunnette en saisissant le journal.

- Il a dû ôter son masque en sa présence...Souffla Marguerite.

Elles lurent également que le Comte avait demandé la jeune Sarah Spencer en mariage à l'ouverture de la pièce et qu'Alexender était désormais perçu comme un rival déloyal, terroriste et incendiaire...ajoutant à sa réputation d'aristocrate de bal, frivole, inconvenant et coureur de jupons, une réputation d'assassin et de fuyard.
Hors d'elle, Suzanne jeta le journal dans un coin de la pièce. Les yeux plein de larmes, elle explosa:


- Il n'y a donc pas de justice dans ce monde!? Ils vont être décapités s'ils les trouvent!

Alexender remua faiblement et Suzanne se tue. Tête baissée, elle s'assied sur son matelas et sanglota. Marguerite était aussi abattue qu'elle. Leur maître était fini. Le châtelet allait être saisi, leur lot quotidien allait devenir la fuite et la dissimulation...Le Comte allait gagner...
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Eulalia Grey
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MessageSujet: Re: Dans le sang et les larmes [Hunters + Aria Hinoi] [11-12/03/42] Dim 9 Déc - 9:15

Dans l'obscurité de la chambre, Eulalia sanglotait, blottie contre le corps froid de Raphaël. Tant de choses s'étaient passées durant la nuit... Elle peinait à se contrôler et même pleurer lui faisait mal. Mais elle restait la moins blessée des trois compères et, bien qu'elle ne le sache pas encore, leur guérison reposait uniquement sur ses épaules. Maintenant que Raphaël et Alexender étaient recherchés, ils ne pourraient pas faire appel à un médecin sans risquer la délation, ce qui aurait été la fin de tout.

En cette heure, la jeune femme pleurait ses parents disparus. Il fallait qu'elle se fasse à l'idée qu'elle ne les reverrait plus jamais. Lorsqu'elle semblait se calmer, il suffisait d'une pensée, d'un souvenir, et ses pleurs repartaient de plus belle. Elle se serra elle-même dans ses bras, comme pour combler l'étreinte maternelle à laquelle elle n'aurait plus droit. La vie était injuste, son père ne méritait pas de mourir de cette manière, sa mère aurait dû être encore en vie !

Alors qu'elle sanglotait et murmurait, quelque chose lui toucha l'épaule. C'était Raphaël. Elle le réalisa lorsqu'elle entendit son souffle. Elle ne put cependant s'arrêter de pleurer et gémir, ce qui acheva de l'éveiller. Il avait sans doute noté qu'elle avait parlé de décapitation...
Tout était de sa faute, c'était à cause d'elle et d'elle seule que son père avait été entraîné dans cette histoire. Elle méritait toute la misère du monde pour ce crime atroce dont elle s'était rendue coupable. Le Seigneur l'avait-il donc abandonnée ?

Non... sinon Raphaël aurait lui aussi péri lors de cette funeste nuit. Et elle aurait tout perdu, à tout jamais. Elle enfouit tendrement sa tête dans le cou du jeune homme lorsqu'il la prit maladroitement dans ses bras. Ils étaient tous deux courbaturés, immobilisés en grande partie par leurs blessures... Touts leurs mouvements se faisaient au ralenti ou presque.

Il lui murmura que ce n'était pas sa faute. Eulalia essaya de s'en convaincre, sans succès. Tout revenait toujours au même point. Elle était coupable...

Lentement, elle caressa la joue de Raphaël, qui réagit d'une bien étrange manière. Il rejeta les couvertures qu'il avait sur lui, enleva sa chemise, comme si il mourrait de chaud. Sa toux alarma la jeune femme qui se releva avec un gémissement. Tous ses muscles la faisaient cruellement souffrir.

Elle put apercevoir, grâce à la faible lueur qui perçait au travers des rideaux, les marques qui lacéraient le dos de son amant et qui n'étaient pas cachées par les bandages. L'état de son corps la choqua et une nouvelle vague de remords l'envahit. D'une main hésitante, elle caressa l'épaule de l'Italien, inquiète.


- Oh mon Dieu mais qu'est-ce qu'ils t'ont fait...?

Elle se rendit compte que le thorax du Vampire le faisait souffrir terriblement. Elle aurait voulu le soigner... Mais son don ne pouvait plus être utilisé pour le moment. Ses poings se serrèrent et des larmes de frustration perlèrent aux coins de ses yeux. Elle ne pouvait plus rien faire pour se rendre utile...

Doucement, elle repoussa la couverture du corps de son amant et sursauta quand il lui prit la main. Leurs yeux se croisèrent. Lui aussi réalisa qu'ils avaient la chance d'être encore en vie...
Leurs lèvres se lièrent ensuite, ainsi que leurs larmes. Le bonheur de sentir à nouveau Raphaël contre elle lui fit oublier un instant la mort de ses parents. L'amour qu'ils ressentaient l'un pour l'autre, aussi fort qu'un jeune chêne, semblait pouvoir leur faire surmonter tous les obstacles. Durant un moment, cet instant de félicité volé au Destin parvint à masquer le spectre de la mort qui planait sur eux. Mais lorsqu'Eulalia revint avec la réalité, elle ne put plus s'arrêter de pleurer.

Raphaël dut la calmer. Elle essaya de se maîtriser, aspirant autant d'air qu'elle le pouvait. Après un instant qui dura une éternité pour la jeune femme, elle réussit à stopper ses pleurs et plongea ses yeux gonflés et rougis dans ceux de l'Ange blanc. Il avait besoin d'explications qu'elle était la seule à pouvoir fournir.


- Lorsque tu t'es manifesté pour sauver Alexender au théâtre... Le Comte a faillit se jeter sur toi. Il t'aurait sans doute tué... Mon père est intervenu et il a engagé le combat avec un ennemi trop puissant pour lui. Il... Il s'est fait déchiqueter sous mes yeux et... Et ce vampire l'a transformé en une marionnette de chairs en putréfaction ! Eulalia fit un grand effort pour ne pas se mettre à pleurer à nouveau. Elle déglutit et continua, en agrippant nerveusement le drap. Mon père a commencé à s'en prendre à nos alliés... Et puis, tu t'es fait attaquer par les sbires de la folle furieuse qui a ensuite envahi le théâtre d'éclairs... C'est là que tu as perdu connaissance... J'ai voulu aller te chercher mais mon père s'est interposé... J'ai dû le décapiter... Oh c'est tellement atroce ! Et le Comte, cet immonde salopard... Il est toujours en vie !

Eulalia s'essuya les yeux avec une manche de sa chemise de nuit et serra doucement Raphaël dans ses bras. Elle respira son odeur, caressa ses cheveux, essayant de ne pas penser à la mort qui hantait son esprit. Mais il fallait qu'ils reprennent des forces que seul le sommeil pourrait leur fournir.

Tremblante, la jeune femme se rallongea aux côtés de son amant. Elle n'imaginait pas que la première fois qu'elle partagerait son lit avec un homme se ferait de cette manière... Lorsqu'elle passa la main sous son oreiller, elle sentit un objet fin sous ses doigts. Elle l'extirpa et le plaça devant ses yeux. C'était un petit chapelet d'ambre, qui faisait la taille d'un cou de bébé.


- Ils me l'avaient offert lorsque je suis née...

Elle sentit sa gorge se serrer. Ses mains se refermèrent avec dévotion sur le petit bijou qu'elle passa à son poignet. Puis elle se rapprocha du jeune homme et baissa les yeux.

- Je n'arrive pas à croire... Qu'ils ne seront plus jamais là... Ils me manquent...

Silencieusement, de grosses larmes roulèrent sur les joues pâles de la jeune femme. Elle passa un bras autour du Vampire, très doucement, de sorte à ne pas lui faire mal, et ferma les yeux.

La Huntress tomba dans une profonde torpeur. Elle ne s'éveilla que tard dans l'après-midi pour avaler un peu de nourriture que Mrs Patterson lui fit difficilement avaler. Le sommeil s'empara à nouveau d'elle jusqu'au lendemain vers midi.

Elle s'éveilla curieusement bien. Les douleurs avaient en grande partie disparu. Elle scruta la chambre, toujours plongée dans l'obscurité. Raphaël semblait dormir... Elle se tourna vers lui et caressa la tignasse blanche du jeune homme qui faisait battre son cœur.


- Je t'aime...

Elle se leva du lit, remit ses lunettes et s'emmitoufla dans une robe d'intérieur. Elle se déplaçait encore avec difficulté mais petit à petit, elle retrouvait l'usage de ses capacités. Elle quitta la chambre en se tenant aux murs et se dirigea clopin-clopant vers la chambre de ses parents, où se trouvait Alexender. Si elle pouvait l'aider ne serait-ce qu'un peu à reprendre des forces...

La jeune femme poussa la porte. Le jeune homme était allongé sur le lit et ses fidèles domestiques veillaient. Elles semblaient fatiguées, si l'on considérait les cernes sous leurs yeux, mais aussi furieusement remontées. Ce fut à ce moment là qu'elle aperçut le journal sur la table.Il datait d'aujourd'hui et présentait Raphaël et Alexender comme des assassins, des terroristes, des hors-la-loi infâmes. Cette fois, une sourde colère s'empara d'elle et elle se retint de ne pas froisser le papier.

C'était inadmissible ! Ce Comte Keï n'avait donc aucune limite ?! Qu'était-ce donc que ces mensonges ? Ils allaient finir en prison. Eulalia pensait qu'ils seraient en sécurité ici mais maintenant que ses parents étaient identifiés, le Scotland Yard allait forcément venir fouiller ici. Où les cacher ? Comment feraient-ils ? Ils étaient coincés ! Leurs blessures étaient encore trop sévères pour qu'ils puissent quitter cette maison... C'était la fin.


- Ne nous laisseront-ils donc jamais en paix ?!

Eulalia reposa les journaux sur la table avec un soupir de découragement. Elle ne voyait pas d'issue possible cette fois. A moins qu'ils ne modifient leur apparence ou qu'elle demande à sa marraine, Lady Worlingham, de cacher les fugitifs. Mais Lally ne voulait pas mêler la bonne vieille dame à cela. S'ils se faisaient prendre, ce serait la ruine pour elle et ses enfants.

La Huntress s'approcha ensuite du lit du rouquin pour vérifier que la cicatrisation se passait bien. Toutes les plaies avaient correctement été traitées par Marguerite et Suzanne, la guérison était en bonne voie mais encore lente.


- Vous avez fait du bon travail Mesdemoiselles... Mais au vu des circonstances actuelles, nous ne pourrons pas faire appel à un médecin. Je vais achever le travail pour que Sieur Von Ravellow et Messire Veneziano soient remis dès demain. Si je deviens trop atteinte par les effets secondaires et que le Scotland Yard décide de venir fourrer son nez dans nos affaires, je vous demanderai de vous cacher au grenier avec eux et de n'en sortir sous aucun prétexte. Je vous conseille de cacher tout ce qui peut faire penser que quelqu'un s'est soigné ici. Faites disparaître les traces de sang, l'antiseptique, les bandages, tout. Ils ne doivent rien trouver ici.

Sur ces mots, Eulalia posa sa main sur le front d'Alexender pour prendre sa température. Il semblait conscient aussi elle prit amicalement sa main pour le rassurer.

- Sieur Von Ravellow... C'est moi, Eulalia. Sarah est avec ses parents en ce moment... Je vais soigner vos blessures...

La jeune femme agenouillée étendit ses mains au dessus du corps d'Alexender et incanta. Une lumière bleutée envahit la chambre et entoura les plaies déjà en voie de cicatrisation du jeune homme. Les cicatrices se résorbèrent autant que faire se pouvait et les muscles se reformèrent, notamment à l'endroit où il s'était fait tirer dessus.

Lorsqu'elle eut fini, elle se releva avec peine. Sa tête tournait, elle avait chaud... Mais il restait encore Raphaël à soigner. Mrs Patterson entra alors dans la chambre. Elle avait entendu la jeune femme se lever alors qu'elle fermait les rideaux du salon. En lisant les journaux, elle avait compris que ses maîtres ne reviendraient plus. Elle avait passé la matinée à endeuiller la maison comme le voulait l'usage. De la paille avait été répandue à l'extérieur pour étouffer le bruit des sabots des chevaux, les fenêtres étaient toutes obstruées par les tentures. Pour finir, elle avait recouvert les photos et les miroirs avec du tissus noir.

Il faudrait bientôt organiser les funérailles... Mais avant, un problème se posait. Les deux jeunes hommes que l'on accusait d'être des criminels étaient dans la maison. Bien sûr, la vieille femme ne doutait pas un instant de leur innocence... Mais comment expliquer au Scotland Yard que ce qu'ils prenaient pour un attentat était en réalité une bataille opposant Vampires et Hunters ?!

Ce fut sur ces pensées qu'elle gravit les escaliers pour se rendre dans la chambre des défunts parents. La jeune Eulalia venait d'utiliser son don et chancelait dangereusement. Heureusement, elle fut là à temps pour lui offrir une épaule sûre sur laquelle s'appuyer. Un peu gênée de devoir tant prendre appui sur sa domestique, la Huntress essaya de minimiser au maximum son poids sur les épaules de la vieille femme, qui la ramena dans sa chambre. Là, elle se rassit dans son lit mais, au lieu de s'allonger, elle se tourna vers Raphaël et commença à incanter.

La bonne Mrs Patterson l'interrompit, soucieuse.


- Mais que faites-vous ? Vous n'êtes pas en état ! Soyez raisonnable!

- L'heure n'est pas à la précaution... Nous sommes tous en danger et il faut qu'ils soient rétablis le plus rapidement possible.

Elle reprit le cours de son sortilège et parcourut le corps du Vampire, soignant ses côtes déjà en partie ressoudées, son épaule, les blessures de son dos... La capacité de régénération du jeune homme lui facilita grandement la tâche. Mais elle avait trop puisé dans ses forces et ce fut à nouveau la fièvre et des vomissements quasiment ininterrompus pendant près de quatre heures. Mrs Patterson fut à ses côtés pendant tout ce temps. Elle essayait de faire avaler un peu de pain à la jeune femme pour qu'elle ne recrache pas sa bile et faisait en sorte que l'odeur n'envahisse pas la chambre. Ce fut sur ce second point qu'elle réussit le mieux, fort heureusement pour les sens exacerbés de Raphaël.

Lorsqu'elle se remit, vers sept heures, Eulalia était cassée en deux. Son abdomen la faisait cruellement souffrir et elle se sentait vidée de ses forces. Mrs Patterson lui fit prendre un bain et l'habilla d'une robe en lainage rosée. Elle lui brossa les cheveux et les coiffa en chignon pour qu'elle ait l'air un peu plus présentable.

Enfin, la vieille femme obligea Lally à avaler une bouillie consistante, pour reprendre des forces. Elle laissa ensuite la jeune fille seule avec ses pensées et alla proposer aux deux domestiques du Sieur Von Ravellow un en-cas copieux, ainsi que la possibilité pour elles de se laver.

Seule dans la cuisine, Eulalia avala sa pitance, pensive. Quelque chose la perturbait mais elle ne parvenait pas à mettre le doigt dessus...

Soudain, ce fut le sursaut. La nourriture ! Raphaël allait être bientôt affamé ! Il fallait lui trouver quelque chose... Mais les Blood Tablets qu'il rejetait en temps normal ne seraient que plus inutiles en cette période de convalescence... Du sang d'animal ? Mais comment pourraient-ils en trouver à cette heure ?

Il ne restait qu'une solution... Avec appréhension, Eulalia posa son assiette et sa cuillère dans l'évier et sortit un verre ainsi qu'un couteau du vaisselier. Elle hésita un instant. Etait-ce la bonne solution ? Ne risquait-elle pas d'accommoder Raphaël au sang humain avec cette méthode ? Mais il n'y avait pas d'échappatoire... Elle se mordit la lèvre et se coupa les veines du poignet gauche, laissant couler son liquide vital jusqu'à-ce qu'il remplisse le récipient. Puis elle utilisa encore une fois son don.

Pour une plaie de si petite envergure, la jeune femme ne ressentit que des frissons, désagréables, certes, mais supportables. Précipitamment, elle attrapa un torchon et en couvrit le verre. En remontant dans les escaliers, elle croisa sa femme de chambre. Lally ne put que bredouiller vaguement:


- J'aurais besoin que vous alliez chercher du sang à la boucherie demain... Du sang frais... Dites leur que nous allons faire du boudin, s'ils vous posent des questions.

Puis, elle monta sans s'attarder et disparut du champ de vision de la vieille femme. Mrs Patterson ne comprit pas tout de suite de quoi voulait parler la jeune femme. Mais elle avait l'esprit vif malgré son âge et les pièces du puzzle s'assemblèrent en un rien de temps. La peau si froide du jeune homme, ses cheveux blancs, les hématomes qui avaient déjà disparu et, maintenant, ce besoin urgent de sang... La vieille femme ouvrit de grands yeux et étouffa une exclamation.

- Doux Jésus... J'espère qu'elle sait ce qu'elle fait...

Eulalia pénétra discrètement dans la chambre. Raphaël semblait assoupi mais elle n'en était pas certaine. Sans découvrir le verre, elle s'approcha de lui, posa le récipient à terre et caressa son visage d'ange. Elle murmura à son oreille de douces paroles pour le réveiller. Lorsque ce fut fait, elle hésita un instant avant de s'emparer du verre sans enlever le torchon.

- Tu as besoin de te rétablir très vite... Et... Les Blood Tablets vont aggraver ton état si tu en prends. J'irai acheter du sang animal demain dès l'aube mais en attendant... Je... Je vais te donner un peu du mien. Nous n'avons pas le choix, c'est un cas de force majeure... Mais je ne compte pas te donner plus que ce qui se trouve dans ce verre... Alors contrôle-toi.

Eulalia hésita un instant puis enleva le torchon et donna à boire au Vampire, s'assurant qu'il n'engloutisse pas la totalité en une gorgée. Elle le força à boire très doucement, quitte à lui retirer le verre le temps qu'il ressente l'effet de satiété. Lally paraissait douce et calme mais elle était prête à se débattre et à fuir si jamais Raphaël perdait les pédales.

Lorsqu'il eut fini de boire, elle reposa le récipient et sourit au jeune homme. Sa guérison semblait être bien avancée et il avait l'air déjà plus alerte. Devait-elle lui parler maintenant de l'infamie dont il était victime ou attendre un peu ? Les agents du Yard pouvaient très bien débarquer demain...


Dernière édition par Eulalia Grey le Dim 5 Mai - 18:05, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Dans le sang et les larmes [Hunters + Aria Hinoi] [11-12/03/42] Sam 15 Déc - 17:34

Raphaël tenait Eulalia dans ses bras. La jeune femme pleurait. Elle pleurait pour la tournure qu'avaient eu les événements de la veille, elle pleurait pour ses douleurs physiques et celles de ses compagnons mais, surtout, elle pleurait la mort de ses deux parents. Elle avait perdu en même temps la figure maternelle et la figure paternelle, si chères à tout être, et se retrouvait soudainement orpheline. En une soirée seulement sa vie s'était transformée en un terrible cauchemar...C'était un véritable drame ! Une tragédie des plus glauques ! Raphaël la serrait contre lui comme il pouvait sans risquer ni de la blesser, ni de se faire mal lui-même. Mais, même si le Vampire, qui émergeait maintenant de son sommeil angoissé, comprenait bien que les Grey avaient péri, il était loin de se douter de l'horreur des conditions dans lesquelles Thaddeus avait reçu la mort. En effet, s'il avait vu la mère de son amie se faire tuer par Fiora à Milte & Co, il n'avait pas assisté à la fin du prêtre.

Patiente et éplorée, Eulalia lui expliqua alors comment s'était déroulée la fin du combat. Il avait en effet loupé une partie de la bataille à cause de sa perte de conscience mais, même avant cela, il avait aussi loupé quelques éléments capitaux telles que l'intervention de Lally ou celle de Sarah. Il s'était en effet retrouvé aux prises avec une Vampire aux boucles noires puis il était tombé du balcon, s'était battu avec Fiora et avait manqué de mourir de la main de cette dernière avant d'être sauvé par ses compagnons. Toutes ces actions l'avaient entièrement occupé et, par conséquent, il n'avait pas pu rester attentif à tout ce qui l'avait alors entouré. Il avait lutté de son côté, comme les autres, et avait dû focaliser son attention sur son ennemi direct. Fiora et ses sbires avaient joué avec lui, il n'avait pas pu se dégager de leur emprise, et son regard n'avait pas cherché Eulalia pendant un long moment. Puis il avait perdu conscience...La mort de Thaddeus, la manipulation de son corps par le Comte, l'intervention de Sarah avec les sièges...tout cela avait été occulté dans son esprit.
Aussi, lorsque son amante, en larmes, lui raconta le terrible déroulement de son propre combat, Raphaël ouvrit la bouche et la referma aussitôt : il n'y avait pas de mot pour décrire sa surprise et son horreur. Le Comte avait donc tué Thaddeus, sans aucune forme de pitié, et l'avait ensuite relevé pour manipuler son corps et en faire une arme contre eux-mêmes!? Mourir ainsi et devenir la marionnette de ce malade...quelle triste fin ! C'était horrible ! Ainsi le Comte avait-il ce genre de pouvoir démoniaque ? Raphaël imagina la scène et réprima un grognement de dégoût. La pauvre Eulalia avait donc assisté à ça...elle avait vu son propre père devenir un pantin...quelle abomination ! Mais le pire de l'histoire était à venir...En effet, Eulalia continua en expliquant que Thaddeus, réduit à l'état de cadavre ambulant, s'était jeté sur les autres Hunters, et qu'elle avait dû l'arrêter elle-même. Elle l'avait alors décapité...


- Mon Dieu...murmura Raphaël en se redressant pour mieux envelopper Eulalia dans ses bras. C'est...monstrueux...

Raphaël écarta encore le drap qui lui recouvrait les jambes. Il avait chaud, trop chaud. Il était énervé, faible mais énervé. Et puis quelque chose le gênait, il ne savait quoi, qui le perturbait depuis qu'il s'était éveillé. C'était physique, comme si ses blessures le tiraient d'une étrange manière...

- Ce n'est pas ta faute...Eulalia...regarde-moi...sèche tes larmes...c'est le Comte...tu ne pouvais rien faire d'autre...

Le Vampire faisait ce qu'il pouvait pour calmer la jeune femme mais il était évidemment inutile d'espérer qu'elle ne sèche ses pleurs si vite. Perdre ses parents de cette façon était bien trop affreux. La pauvre jeune femme devait conserver à vie cette vision d'horreur...Décapiter son propre père...Si lui-même avait longtemps rêver de tuer ainsi son père adoptif, il savait bien, au fond, que d'autres ne vivaient que d'amour avec leurs proches et que leur perte sonnait comme la condamnation d'une vie entière qui se voyait alors plongée dans le deuil. Il ne savait plus quoi faire pour rassurer la jeune femme. D'ailleurs, le fallait-il vraiment? Extérioriser toute cette douleur était certainement nécessaire...Toutes les larmes du monde ne les ramèneraient pas, c'était certain, mais Eulalia allait devoir l'assimiler lentement, doucement...

Alors que Raphaël s'égarait dans ses pensées funèbres, Eulalia sortit de sous son oreiller un chapelet. Le Vampire sursauta presque et s'éloigna d'elle dans une moue de dégoût qu'il se força à perdre aussitôt. Cet objet était cher au cœur de son amante : c'étaient ses parents qui lui avaient offert à sa naissance...Mais c'était aussi un objet religieux, béni, très dangereux pour lui. C'était comme une flamme que l'on approche du papier!


- Évite de me toucher avec ça...s'il te plaît...grogna-t-il en dévisageant l'objet comme s'il fut prêt à le mordre.Tu ne devrais pas le garder au poignet en ma présence...

Le Vampire sourit faiblement à son amie. Il était obligé de lui demander cela, même si c'était peu galant et assez déplaisant dans une pareille situation. C'était un objet qui rattachait la belle à ses défunts parents mais...il ne pouvait pas vivre avec...c'était un fait dont il ne pouvait se défaire...

- Je suis désolé...fit-il d'un air réellement contrit, cela m'indispose...

C'était certainement cet objet qui avait perturbé le Vampire depuis qu'il s'était éveillé. Il le repoussait, c'était plus fort que lui, et il en était malade. Lui qui ne jurait que par Dieu et ses préceptes, ne pouvait même pas approcher un crucifix, une coupe d'église, une robe de prêtre sans se trouver mal. Ses yeux de glace observèrent le chapelet au poignet de son amie. Il appréhendait leur relation...Comment pourraient-ils continuer ainsi? C'était un Vampire, elle était Humaine et tout les séparerait toujours...
Une idée lui vint alors...


- Non...finalement garde-le...je le supporterai. Fit-il en souriant aimablement avant de prendre la main de la belle pour l'embrasser dans la paume. Comme ça, si je deviens dangereux, tu pourras me le plaquer contre le visage...comme j'ai fais avec cette garce...

Le regard de Raphaël resta dans le vide pendant quelques secondes alors qu'il repensait à la Vampire aux boucles noires. Sa croix d'or...elle était restée au théâtre...c'était réellement triste. Cet objet était pour lui d'une importance sentimentale...Tant pis, elle serait certainement récupérer par le Scotland Yard...

Accueillant à nouveau Eulalia contre lui, Raphaël la sentit sangloter puis, peu à peu, se calmer et s'endormir. Il resta silencieux et songeur pendant un long moment avant de se rendormir lui aussi et de sombrer dans de nouveaux cauchemars.
Il resta endormi longtemps, très longtemps. Il ne sentit pas Eulalia se lever par deux fois et, lorsque la belle partit dans la chambre voisine pour s'assurer qu'Alexender n'avait besoin de rien, le Vampire était toujours plongé dans un sommeil de plomb. Il rêvait du théâtre. Des flammes lui barrait toujours la route, des croix le gênaient au sol, un souffle glacé lui emmêlait les cheveux...C'était un labyrinthe de souvenirs, de peurs et d'angoisses profondes qui venait lui marteler l'esprit. Il remuait dans son sommeil, perturbé par tout ce qu'il venait de vivre. Et puis, un corps décapité venait à lui. Sa tête, c'était lui qui l'avait dans les mains. Le corps venait la rechercher...

Raphaël se réveilla soudainement en poussant un cri de détresse. Son thorax le bloqua presque instantanément et sa respiration accélérée lui fit plus mal que jamais. Il grogna de douleur et se rallongea doucement. Sa souffrance était vive. Il avait faim, il était épuisé et contusionné...
Ses doigts se crispèrent dans le matelas et l'oreiller de plumes. Ils erra les dents de dépit: quelle affreuse situation! Leur mission était un véritable échec! Le Comte vivait encore et ils étaient tous dans un état grave! Les parents d'Eulalia avaient péris! Rien n'était allé comme prévu! Comment se le pardonner? Leur plan était bancal et aujourd’hui ils en payaient le prix! Jamais il n'aurait dû accepter que la jeune femme ne vienne...Il les avait tous prévenu...Pourquoi ne l'avaient-ils pas écouté? Pourquoi Eulalia avait-elle mêlé ses parents? Elle aussi avait risqué sa vie! Qu'avait-elle récupéré dans cette soirée? Le cadavre de ses deux parents, la vision d'horreur de son père décapité, une douleur insupportable, un chagrin terrible!
Raphaël était amer...

Il se rendormit lentement, affamé, torturé et tourmenté.

Puis, quelques heures plus tard, Eulalia le réveilla. Il émergea lentement, et ouvrit les yeux. Dans un grognement rauque, il se redressa un peu et la regarda l'air fatigué. Pourquoi le réveillait-elle? Et pourquoi ne dormait-elle pas? Il fallait qu'elle se repose! Son teint était d'une pâleur terrifiante pour une Humaine!
Le Vampire sentit alors que son thorax allait beaucoup mieux et que même sa plaie à l'épaule ne le faisait presque plus souffrir. Il y avait soudainement une nette amélioration de sa condition physique, c'était étonnant! Eulalia avait-elle à nouveau utilisé son don? Il ne le fallait pas!
Puis il sentit l'odeur du sang...Jusqu'à présent, l'odeur de ce liquide lui était parvenu à cause des plaies qu'ils avaient tous les deux mais c'était resté léger, désagréable presque à cause de l'alcool à désinfecter et la saturation dans l'air des baumes et onguents. Cette-fois, c'était différent: c'était du sang frais, du sang chaud, du sang pur...

Une lueur vint habiter l'oeil de Raphaël qui recula face à Eulalia. Cette dernière se penchait vers lui avec un récipient couvert d'un linge. Le Vampire tiqua. Il avait compris avant même qu'elle ne se mette à lui expliquer la situation.
Lorsque la belle enleva le tissu et lui tendit le verre, Raphaël sembla se retenir une fraction de seconde avant de se laisser finalement faire. Il tendit la main puis se rapprocha afin de laisser la jeune femme l'aider à boire. En réalité, il n'avait pas besoin d'aide en cet instant. Il bu tout, jusqu'à la dernière goutte, puis il se redressa encore, dégageant la couverture qui l'encombrait. Il se mit à respirer plus fort et il recula contre le bois du lit. Son front perla de sueur. C'était comme s'il était soudainement gagné par une terrible fièvre.


- Il ne fallait pas...il ne fallait...pas...Fit-il en détournant son regard d'Eulalia.

Le contrôle était dur. Raphaël venait de boire l'équivalent pour lui d'une mise en bouche...L'Humaine ne pouvait pas comprendre que ce qu'elle venait de faire était plus dangereux qu'autre chose. Un verre ne suffisait pas à le nourrir, il lui en fallait bien plus! Et cette odeur, ce goût merveilleux, cette sensation de plénitude...il n'aspirait qu'à y retourner!
Le Vampire ramena son regard fiévreux sur Eulalia. Ses yeux de glace dévièrent presque aussitôt sur sa gorge blanche, sans se soucier d'autre chose. Une furieuse envie de l'attraper pour la ramener contre lui et planter ses canines d'ivoire dans sa peau lui vint. Il soupira de rage et crispa ses mains dans la couverture qui recouvrait encore ses jambes. Les dents serrées, les yeux fermés, il grogna:

- Raaa...vas-t-en....vas-t-en...!

Il se rallongea et, les yeux toujours clos, il se mit à respirer de plus en plus fort. C'était une drogue, un déclencheur d'envies...Il avait faim, terriblement faim, et ce verre n'avait fait que le rendre fou. Il avait besoin de bien plus que cela! Il était délicieux...c'était du sang humain...il n'avait pas l'habitude d'en boire! Cela lui procurait une satisfaction qu'il n’avait presque jamais ressenti de toute sa vie et, blessé comme il était en cet instant, il ne pouvait qu'en avoir besoin et le désirer plus que tout!

L'odeur de l'Humaine près de lui semblait s'être démultipliée. Il sentait son parfum, sa chaleur...Il entendait plus distinctement son souffle...C'était un supplice.

Soudain, il se redressa d'un coup et attrapa Eulalia par le col, sans ménagement. Une lueur féline brillait dans ses yeux. On ne pouvait plus l'arrêter, c'était trop tard: cette fois, le Vampire ne lui demanda pas son avis. Il sortit ses canines et les planta dans son cou d'albâtre pour boire à la source vitale. Sur le moment, c'était l'attaque d'un fauve. Il lui avait saisit la robe et maintenu le poignet pour la ramener contre lui et l'empêcher de bouger, mais très vite, tandis qu'il buvait, il fut parcouru par une autre sensation plus intense que les autres: la sensualité revenait. Ils étaient liés par le sang mais aussi par le coeur et cette extase que leur procurait la morsure commençait à faire surface. Fiévreux, le Vampire lâcha le poignet et le col d'Eulalia pour lui entourer la taille et le dos plus calmement. C'était une étreinte passionnée, amoureuse et passionnée. Mais le Vampire ne saurait pas s'arrêter et dès que la belle bougeait pour se dégager, il la maintenait plus fortement, la forçant à lui donner ce qu'il voulait. Plus rien n'avait d'importance. Son sang était excellent...son corps le réclamait comme jamais.
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Alexender Von Ravellow
Hunter - "Criminel" en fuite
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Race : Humain
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Emploi/loisirs : Hunter / Il est recherché par le Yard et les Vampires de Jirômaru Keisuke.
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Proie(s) : Tous les Vampires, sauf Raphaël qu'il surveille maintenant sans chercher à l'assassiner. Le Comte Kei est son pire ennemi. Alexender peut aussi s'attaquer à des Loups-Garous.
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MessageSujet: Re: Dans le sang et les larmes [Hunters + Aria Hinoi] [11-12/03/42] Ven 21 Déc - 6:59

Une chauve-souris. Petite, noire, poilue. Une boule de poils, oui, une petite tâche sombre sur ce mur blanc immaculé. Mais que faisait-elle là? Il n'y avait rien dans cette pièce, pas même une porte. Tout était blanc, comme si le néant absolu régissait l'endroit depuis des millénaires sans jamais avoir été altéré. C'était comme si la neige immortelle du sommet de la plus haute des montagnes s'était invitée dans un coin indéfini. C'était un espace vide, nu, totalement pur. Et pourtant, une aura sombre planait sur le lieu. S'il était au Paradis, Alexender était bien déçu. Quelle était cette étrange impression de déjà vu? Et pourquoi avait-il la sensation d'être clairement observé? Il n'y avait pas l'ombre d'un homme ici. Seule cette chauve-souris, immobile, figée en boule contre le mur invisible, venait apporter à l'ensemble de ce vaste espace une once de vie. Elle ne respirait pas, elle semblait presque sèche. Le Hunter, qui était nu, s'en approcha pour l'observer. Ramenant ses longs cheveux flamboyant derrière ses oreilles, il se pencha en avant et tendit le doigt pour toucher l'animal. Était-il en vie? Que faisait-il là? Ce n'était pas sa place! Au contact de son doigt, la chauve-souris tomba sur le sol comme un fruit trop mûr tombe d'un arbre à la moindre secousse. Surpris, Alexender recula vivement avant de s'accroupir pour retourner le petit animal et l'observe sur le dos. Son ventre brun était doux, ses petites ailes étaient magnifiques...
Soudain, la chauve-souris s'agita de soubresauts. Elle sembla prise de convulsions et le Hunter recula. Ses yeux s'écarquillèrent alors: la petite bête grossissait. Elle gonflait et se contorsionnait en prenant de plus en plus de volume. Intrigué, Alexender se rapprocha mais l'animal s'élargit alors d'un coup et, ayant atteint la taille d'un homme, sa peau se déchira dans un craquement sonore, immonde, gluant, avant de laisser sortir de son corps un bras pâle à la peau maculée de mucus et de sang qui vint aussitôt saisir le Hunter par la gorge. Des doigts puissants coupèrent la respiration d'Alexender et, alors qu'il étouffait un cri inutile, le jeune aristocrate se sentit sombrer dans l'inconscience.


Étrangement, c'était ce qui avait réveillé le Hunter dans la nuit. Il avait poussé un cri de terreur et s'était figé d'effroi devant ses domestiques alertées. Puis il s'était rendormi.

C'était à ce rêve affreux qu'il pensait en cet instant. Il était presque 19h et Alexender se trouvait dans la chambre des Grey, assis contre son oreiller. Sur des matelas à ses pieds, Marguerite et Suzanne dormaient à point fermé. Elles l'avaient veillé toute la nuit et une grande partie du jour, c'était normal qu'elles soient épuisées. A cette heure, Alexender était donc le seul être éveillé dans cette grande pièce sombre. Les rideaux étaient fermés et rien ne bougeait.
La tête dans les mains, le jeune homme sentait la sueur de son front lui coller à la peau et souiller ses cheveux. Il repensait à cette chauve-souris, cet animal nocturne qui s'était désarticulé dans un déchirement ignoble...C'était plus fort que lui, cette image le hantait. Le Hunter frissonna en re-songeant à cette main qui était venu le saisir à la gorge. Sans qu'il ne s'en rende réellement compte, le jeune aristocrate savait en son fort intérieur que cette main était celle d'un Vampire...celle du Comte...c'était évident...Il venait maintenant le poursuivre dans ses cauchemars...Le travail n'avait pas été achevé et ils avaient tous failli y passer. L'heure était grave...

Grimaçant, Alexender se massa le cou. Il avait encore mal partout mais sa plaie au thorax s'était grandement améliorée. Il en connaissait la raison et il ne pouvait s'empêcher de trouver cela formidable. Eulalia était en effet venue le trouver dans l'après-midi pour soigner ses blessures avec son don magique. La jeune femme avait été obligée d'intervenir, car, même si Marguerite et Suzanne avaient fait un travail remarquable, sa blessure par balle risquait de s'infecter. Sans l'intervention de la magicienne, le Hunter aurait certainement vu sa fièvre augmenter dangereusement et l'aide d'un médecin aurait été absolument nécessaire.

Dans son sommeil, alors qu'il remuait, il avait entendu sa voix. Cette dernière presque inaudible, l'avait peu à peu tiré de sa léthargie. Elle discutait avec ses domestiques et venait leur apporter soutien et compliments. Apparemment elle envisageait de changer de lieu avec les blessés et elle parlait de dissimuler les preuves de leur passage. Alexender n'avait rien saisi à ces dernières répliques et dans un murmure rauque, il avait grogné quelques mots sans rapport avec leur sujet de discussion:


- ...et...la bague? Où...est...partie ?...

Pendant que ses domestiques exécutaient les ordres de la jeune femme, trouvant ses remarques tout à fait pertinentes, cette dernière vint s'asseoir sur le lit à côté du Hunter. Alexender tourna alors son regard fiévreux vers elle et tenta de lui sourire:

- ...il...chaud ici...

Le pauvre homme était complètement rongé par la douleur et les narcotiques, son front perlait de sueur et son poul était léger, très léger. En vérité, Alexender délirait.
Eulalia le rassura donc et, douce comme l'aurait pu être une mère avec son enfant, elle pris sa température et commença à incanter pour le soigner. Le Hunter n'avait pas beaucoup réagi. Il ne comprenait pas tout ce qui lui arrivait et son état de fatigue avancée le poussait au sommeil. Mais bientôt, pour son plus grand bonheur, il ressentit dans tout son corps une vague de chaleur et de réconfort. Sa plaie au plexus se referma un peu plus et ses chairs cicatrisèrent à une vitesse anormale. Le don de guérison de la jeune femme était surprenant et si Alexender ne pouvait réellement réaliser la chose sur le moment, il s'en rendait compte maintenant qu'il s'était réveillé après-coup.

Ainsi, Alexender remerciait sa bonne étoile d'avoir permis à un homme tel que lui de rencontrer une femme de cet acabit. Sans ce pouvoir, qu'auraient-ils fait? Ils auraient dû faire déplacer un médecin, chose compliquée, coûteuse, laborieuse aux vues de leur condition. Ils venaient de perpétrer un attentat et personne ne serait assez stupide pour ne pas faire le lien entre leurs blessures et le carnage au théâtre. Il fallait être prudent. Si le Comte avait vu leurs visages, le reste de la société ne devait jamais savoir qu'Alexender Von Ravellow, la famille Grey, Sarah Spencer et Raphaël Veneziano étaient les véritables instigateurs de cette attaque. Sinon, leur vie aristocratique en serait détruite à jamais!
Alexender eut alors une pensée pour Stan...qu'était-il devenu? Était-il mort? Après leur séparation dans les rues de Londres, jamais ils ne s'étaient revu. Peut-être avait-il tout simplement profité de l'occasion pour déguerpir? C'était peut-être un lâche...? A moins que ce ne soit un traître...

Et le Comte...qu'en était-il? Avait-il péri? Que s'était-il passé après sa perte de conscience? Alexender ne se souvenait que de peu de chose. Il avait sentit Marguerite et Suzanne le soutenir, il avait encore en tête l'image du fiacre et de la tignasse de Raphaël, d'Eulalia en pleurs...mais il ne se souvenait pas de la fin de la bataille: il n'en avait rien vu!
Le Hunter hésita une seconde à réveiller ses domestiques pour leur poser des questions mais son regard tomba alors sur un journal froissé dans un coin de la pièce, au-delà du matelas de Suzanne. Difficilement, il se redressa et descendit du lit avec le maximum de précautions pour rester silencieux. Ses domestiques méritaient leur repos. Il se tint une minute après le bois du meuble le plus proche, qui était une commode laquée de noir, et se dirigea lentement vers le journal au sol. Dans un râle, il se baissa pour ramasser le papier et se laissa tomber sur une chaise. Il ne voyait pas grand chose à part des gravures d'incendie: l'écriture lui était obscure. Aussi se leva-t-il à nouveau pour aller entre-ouvrir le rideau qui était non loin. Le lourd tissu lui opposa quelques résistances jusqu'à ce qu'il accepte d'être tiré à moitié. Dehors, il faisait déjà presque noir: la nuit tombait tôt à cette époque de l'année. Mais la journée semblait avoir été radieuse et quelques rayons de soleil perçaient encore l'atmosphère éthérée. Ramenant le journal devant ses yeux dans un geste pour le défroisser, Alexender perdit le peu de couleur qui lui restait et écarquilla les yeux comme jamais. Les gros titres étaient terrifiants! L'incendie et l'attentat avaient bien été rapportés, c'était inévitable, mais lorsqu'il lu que le Comte avait survécu avec une simple balle dans le genoux, qu'il n'y avait soit-disant pas eu de mort et que Raphaël et lui étaient maintenant considérés comme des ennemis de la nation désormais recherchés par le Scotland Yard lancé à leurs trousses, le Hunter flancha. Se rattrapant à la bordure boisée de la fenêtre, il serra les dents de rage et de dépit: c'était fini, ils étaient foutus! Leur plan avait échoué, le Comte était vivant, le royaume entier connaissait leurs noms, ils allaient être traqués, trouvés, conduits en justice, emprisonnés et tués...Leur domaine, leur identité, tout était perdu! C'était désormais impensable de retourner au châtelet du Céans ou à l'Eclipse!

Et Sarah...
Lorsqu'il lu le nom de sa bien-aimée dans le journal, directement mis en relation avec la demande en mariage du Comte, le jeune aristocrate fut submergé par le désespoir et la colère. Dans un cri de fureur, il déchira le journal en deux, puis en trois, puis en quatre...


- SALE FILS DE CHIEN!! PUTAIN DE L'ENFER!!

Suzanne et Marguerite se réveillèrent en sursaut et se précipitèrent vers leurs maître qui vacillait sous son effort.

- Monsieur! Il ne faut pas vous lever!

- Allons calmez-vous!

Alexender se dégagea brusquement de leurs bras blancs et s'écroula sur une chaise avant de frapper du poing sur la table devant lui.

- COMMENT EST-CE DIEU POSSIBLE!!? CE SCÉLÉRAT!! VIVANT!? ET NOUS TRAQUÉS!? IMPOSSIBLE!!

Les deux domestiques échangèrent un regard empli de crainte, de tristesse et d'amertume. Oui: ils étaient condamnés...le Comte avait gagné la partie.
Alexender s'effondra sur la table, la tête dans ses bras. Il venait de réveiller la douleur de son plexus qui n'était évidemment pas complètement guérie. Serrant les dents et les poings, il sentit ses larmes couler le long de son nez et de ses joues. Elles se mirent à rouler jusqu'à son menton pour venir s'écraser sur le bois de châtaignier.
S'en était trop pour lui. Il pleurait maintenant à chaudes larmes. Tant d'épreuves l'avaient malmené dans la vie, trop de supplices. Aujourd'hui, il ne pouvait plus faire comme-ci tout allait bien: jamais sa vie n'avait été aussi belle qu'il ne le faisait croire aux gens. Ses bals et ses sourires avaient toujours caché une profonde mélancolie qui le rongeait depuis la mort de ses parents. Seul Gaspard le savait. Mais en cette heure sombre, le Lycanthrope n'était plus, il vivait sa vie avec sa compagne, Alexender ne pouvait plus compter sur lui.

Suzanne vient derrière l'aristocrate, hésitante, et posa doucement une main bienveillante sur son épaule avant de la serrer tendrement.


- Rien n'est perdu maître...nous allons trouver une solution...Murmura-t-elle l'air plus triste que jamais.

- Une solution...? Répéta Alexender dans sa manche en réprimant un sanglot plus fort que les autres. Et après? Même si nous tuons ce salopard...d'autres viendrons, et encore d'autres! Ça ne finira jamais...

Puis il redressa soudainement la tête l'air choqué.

- Et Sarah?! Où est-elle?! Demanda-t-il en panique.

Il tourna son visage maculé de larmes vers Suzanne qui fit une grimace pour toute réponse.


- Où est-elle!? Vous l'avez vue?! RÉPONDEZ!

Alexender se leva et domina Suzanne de toute sa taille. Il paraissait gonflé de puissance, comme un lion à la crinière éparse qui se dresse face à sa proie.

- Chez elle, murmura Marguerite derrière lui tandis que Suzanne était restée muette de surprise et de peur. Mademoiselle Spencer est chez elle. Ses parents sont venus la chercher au théâtre, elle est saine et sauve.

Le Hunter dévisagea sa domestique avec un air vide, comme s'il réfléchissait à ce qu'elle venait de lui dire pour juger de la véracité des propos entendus. Puis il soupira en se laissant à nouveau tomber sur sa chaise.

- Dieu soit loué...

Au moins Sarah vivait-elle...Mais que faire maintenant? Elle était chez elle, dans sa famille, elle avait certainement écopé de terribles remontrances et maintenant qu'il était annoncé comme un meurtrier et terroriste, il ne pouvait plus imaginer aller la récupérer...Et encore moins l'épouser...Le Comte avait toutes les cartes en mains. Cette fois, il fallait bien avouer la défaite.

Dans un râle de haine, Alexender remis sa tête dans ses bras et étouffa ses nouveau pleurs. Il était épuisé, blessé, humilié! Sa bien-aimée était la proie du pire Vampire qu'il avait rencontré dans sa vie de Hunter, son seul ami était devenu une ombre muette, sa tête était mise à prix et son domaine lui était enlevé. Il n'avait plus rien, le Comte lui avait tout pris. Oui, tout! Ou presque...Contre toute attente, dans cet état de désespoir avancé, Alexender songea au simple fait qu'ils étaient tous en vie. A part Stan, nul ne manquait à l'appel, ou presque...La mort tragique de Thaddeus semblait une vérité. Qui pleurait donc Eulalia dans le fiacre si ce n'était le prêtre en question? Alexender avait vu le vieil homme se faire tuer par le Comte et il s'était retrouvé avec son cadavre animé sur le dos. Quel horrible souvenir! Comment un tel pouvoir était-il possible dans un monde où la science commençait à tout prouver de manière mathématique? Le Comte était terrifiant jusqu'au bout! Aussi haïssable que terrifiant...

Prostré ainsi pendant plus d'une heure, le Hunter remua des centaines de sombres pensées. Il imaginait des plans pour sortir de cette situation abominable. Il tentait de regagner espoir. Marguerite lui fit un thé qu'il sirota en tremblant. Suzanne lui amena une couverture et bientôt Alexender retomba dans un sommeil étrange. La main près de sa tasse à moitié pleine, la tête penchée sur le côté, il gardait la bouche semi-ouverte tandis qu'il abandonnait son second bras le long de son corps.
Suzanne et Marguerite hésitèrent à le déplacer jusqu'au lit mais cela l'aurait sans aucune doute réveillé. Aussi prirent-elles le parti de le laisser sur sa chaise, ramenant néanmoins ses deux mains sur ses genoux tout en ajoutant un oreiller entre sa tête et le dossier.

Alexender n'eut donc pas le temps de s'inquiéter de Raphaël et Eulalia qui étaient ensemble dans la pièce voisine. Cette-fois, la morsure que le Vampire faisait à la jeune humaine n'aurait pas d'interruption de sa part...Eulalia était seule avec son pacte.
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Eulalia Grey
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MessageSujet: Re: Dans le sang et les larmes [Hunters + Aria Hinoi] [11-12/03/42] Sam 22 Déc - 19:10

L'étreinte des bras de Raphaël, sa chaleur, son odeur, tout cela avait manqué à la jeune femme qui avait pleuré ses parents seule, dans le noir le plus total. Maintenant qu'il était conscient, elle se sentait quelque peu revigorée, rassurée par sa présence. Bien sûr, il ne pouvait pas soulager toute la douleur qui pesait sur ses épaules en cet instant mais la tendresse qu'il lui communiquait la touchait profondément. En cet instant, elle pensa qu'elle ne pouvait plus imaginer sa vie sans lui. Tout s'était précipité de la manière la plus illogique et contre-nature qui pouvait être mais Eulalia voulait croire que l'amour -car il s'agissait bien là d'amour- qu'elle portait à Raphaël n'était pas voué à l'échec.

Cependant, lorsqu'elle retrouva le chapelet de ses parents, le petit sourire qui était apparu sur son visage se fana très vite. Raphaël avait reculé en grimaçant devant l'objet religieux. Dieu qu'elle était bête... Cela ne pouvait que l'indisposer ! Il lui expliqua qu'il fallait mieux qu'elle le retire, ce qu'elle comprenait. La jeune femme s'en voulait de ne pas avoir pensé à quelque chose d'aussi évident.
Eulalia leva ses yeux clairs vers son amant et commença à détacher le chapelet de son poignet en se mordant la lèvre.


- Je vais l'enlever, il n'y a pas de problème. Oh, Raphaël, je suis désolée de ne pas avoir pensé à quelque chose d'aussi évident...

Finalement, il l'arrêta, ce qui la surprit. Pourquoi voulait-il qu'elle garde cet objet alors qu'il lui était nocif ? C'était de la pure folie !
Ce fut la seconde d'après qu'elle comprit. Ce n'était pas une concession de sa part mais plutôt une précaution, judicieuse au demeurant. Elle sourit faiblement lorsqu'il embrassa sa main, d'un geste galant et presque chevaleresque. La jeune Huntress fut tentée de l'embrasser encore et encore, pour savourer ce moment d'intimité, pour s'assurer qu'il était bien vivant, pour se sentir revivre sous son étreinte. Mais il fallait qu'ils se reposent, aussi se contenta-t-elle de s'allonger à côté de lui et de l'entourer tendrement avec le bras qui ne portait pas le bijou sacré.

Elle partit plus tard aider Alexender et ses domestiques. Le jeune noble délirait, c'était évident. La fièvre, les blessures, tout lui avait fait perdre la tête. Et Sarah... Elle n'osait pas imaginer les douleurs qu'il devait ressentir en cet instant. Se retrouver ainsi séparé de la femme qu'il aimait devait être une épreuve cruelle pour lui. Compatissante et pleine de dévouement, elle passa un long moment au chevet du gentilhomme avant de quitter la chambre, non sans avoir donné de judicieuses directives à Marguerite et Suzanne.

Ce fut quelque temps plus tard qu'elle commit une erreur monumentale en essayant de nourrir Raphaël... Elle était revenue dans la chambre avec un verre plein de son propre sang, ne songeant pas une seule seconde que ce qu'elle lui ferait boire ne ferait qu'attiser la soif du Vampire au lieu de l'atténuer. En cours de route, elle croisa Mrs Patterson qui se douta bien vite de quelque chose, bien qu'elle n'en laissa rien paraître.

A nouveau engloutie par l'obscurité de sa chambre, elle réveilla son amant pour lui faire boire. Celui-ci résista un instant avant de se laisser faire. Eulalia venait de signer son arrêt de mort de la manière la plus idiote qui pouvait être. Elle le réalisa seulement lorsque Raphaël se dégagea furieusement avant de s'éloigner. Mais que se passait-il ? N'était-ce pas assez ? Avait-il besoin de plus ? Le Vampire, comme atteint par la fièvre, détourna son regard en marmonnant.
Lally reposa le verre en se mordant la lèvre. Il respirait trop fort... Eulalia fit un pas pour s'avancer vers lui, inquiète.


- Raphaël, est-ce que ça va...?

Elle sursauta lorsque les yeux du vampire se braquèrent sur elle. On ne voyait plus qu'eux dans le noir. C'était le regard d'un fauve affamé... Ce fut à ce moment qu'elle réalisa son erreur. Plaquant ses mains sur sa bouche, horrifiée, elle lâcha un petit cri, quasiment inaudible.

- Oh Seigneur... Mais qu'ai-je fait?!

Son amant se rallongea, luttant contre sa soif son envie et lui enjoignit de partir, violemment. Sans plus se poser de questions, Eulalia se releva et essaya de s'enfuir. Mais sa robe la ralentissait et Raphaël se saisit d'elle avant qu'elle n'ait pu dire quoi que ce soit. La violence de son geste la surprit, la pression qu'il exerçait sur son col l'étranglait presque. Il lui broya presque le poignet en la ramenant vers elle, tel une bête affamée. Elle n'eut pas le temps de hurler que, déjà, il plantait ses crocs dans sa gorge blanche, aspirant petit à petit son fluide vital.

Sur le moment, elle eut mal, terriblement mal. La violence de l'agression avait primé sur le reste, de sorte qu'elle ne ressentit qu'une vive douleur. Mais petit à petit, une autre sensation s'infiltra en elle. Une vague de chaleur, de désir, de sensualité qu'elle n'avait jamais ressenti auparavant s'infiltra dans son corps et, petit à petit, elle s'abandonna au Vampire qui la maintenait avec plus de douceur désormais.
Mais, malgré la sensation des plus agréables, l'instinct de survie de la jeune femme réussit à se faire entendre. Si, dans des conditions normales, elle aurait pu nourrir le vampire sans risques immédiats, en cet instant, elle risquait de perdre la vie. Elle était affaiblie, elle venait d'utiliser son Don et sortait juste d'une transfusion sanguine.

Au fur et à mesure, Eulalia sentait la vie quitter son corps pour remplir celui de son amant. Elle allait mourir si elle ne faisait rien, personne ne pourrait la sortir de là... Une idée lui traversa alors l'esprit. La jeune femme remonta doucement sa main ornée du chapelet le long du corps de son amant, avec tellement de patience et de douceur qu'elle put faire passer son geste pour une caresse. Mais lorsque son bras fut à peu près dégagé, elle plaqua son poignet sur le cou du Vampire pour le brûler avec l'objet. Lors qu'il la lâcha, elle se dégagea précipitamment et se heurta au mur du fond de la pièce. La jeune femme s'écroula à terre à moitié assommée, incapable de se relever.

Ses yeux se mirent à piquer, ses paupières devinrent lourdes et le noir le plus complet se fit dans son esprit. Son corps, froid comme le marbre, cessa de lui communiquer les messages nerveux que son cerveau peinait à envoyer. La Huntress plongea dans le plus noir des comas.

Pendant un moment, on aurait pu la croire morte. Son corps cessa de répondre et son souffle était quasiment inexistant. Les minutes s’égrenaient lentement et toujours aucun signe d'amélioration. Ce fut dans l'heure qui suivit que la poitrine de la jeune Huntress se souleva franchement, sans pour autant que cette dernière ne se réveille.

La nuit passa, puis la matinée, sans autre signe de vie que cette respiration régulière, réglée comme un métronome. Aux environs de une heure et demi, elle s'éveilla enfin, émergeant de son état léthargique. Elle tourna la tête à droite puis à gauche, pour essayer d'apercevoir Raphaël. Il était là, elle le sentait...
Avec difficulté, elle se redressa sur les coussins et avança une main vers la forme qui se tenait dans la pièce.


-Raphaël...

Elle se mordit la lèvre en baissant les yeux. Ce qui s'était passé... Elle voulait l'oublier, maintenant. Son erreur la tourmentait, en plus de la mort de ses parents. Qu'avait-ils gagné dans cette histoire ? Elle l'avait tenté, il s'était laissé aller... Dieu que se passerait-il ensuite ? Elle risquait de le rendre dépendant à son propre sang...
Courageusement, elle refoula les larmes qui perlaient au coin de ses yeux. Il n'avait pas besoin de la voir pleurer, la situation était déjà assez dramatique comme ça.

La Huntress se leva avec quelques difficultés et s'approcha de l'Italien en s'appuyant sur les meubles . Elle retira son chapelet et le glissa dans une de ses poches. Maintenant qu'il était nourri, elle ne craignait plus rien dans l'immédiat... Lorsqu'elle le rejoignit, elle resta un long moment sans rien dire, se contentant de scruter son visage dans l'obscurité à laquelle elle s'habituait depuis quelques jours. Puis elle prit la main du Vampire avec une douceur extrême et la serra dans les siennes. Il était difficile, en cette heure, de déterminer qui était le plus froid des deux. Eulalia avança ensuite sa main nue sur le cou de son amant en l'interrogeant du regard.


- Est-ce que ça te fait mal?

En baissant les yeux, elle caressa la nuque du Vampire avec tendresse. Dans quelle aventure s'étaient-ils encore embarqués ? Une vie était-elle possible pour eux ? Tout les séparait pourtant, leurs classes sociales, leurs natures, leurs modes de vie... Pouvaient ils renverser les acquis, les lois naturelles qui les régissaient depuis des centaines d'années ? Auraient-ils assez de force ? En cet instant, Eulalia voulait croire de la plus fervente des manières qu'il était possible pour eux d'y arriver. Il fallait y croire... Après tout, ils n'étaient pas les premiers êtres à éprouver un amour inter-racial... D'autres Vampires avaient dû s'éprendre d'humaines et, pourquoi pas, de Loups-Garous !

-Oh, pardonne-moi, mon amour...

La jeune femme, les yeux humides, caressa la joue de son amant avant de l'embrasser tendrement tout d'abord, de la manière la plus tendre et la plus chaste qui pouvait être. Mais, petit à petit, ses baisers se firent plus osés, plus passionnés. Son corps recherchait au travers du contact amoureux la sensualité qu'il avait éprouvé lors de la morsure. Son souffle se faisait plus profond, ses mains allèrent caresser la chevelure immaculée de son amant. Leurs cœurs battaient au son de la même musique, accordés sur la même ligne mélodique. On aurait dit qu'ils avaient été créés pour s'aimer l'un l'autre.

Pendant un instant, les caresses que la jeune femme donnait et recevait obscurcirent la réalité de ce qu'ils venaient de vivre. Durant un instant, elle oublia la mort de ses parents, la détresse d'Alexender, la morsure du Vampire... Tout ne fut que douceur et silence. Bien que sa raison la poussa à conserver une certaine mesure dans ses gestes par souci de pudeur, son corps la poussait à aller plus loin. Partagée, elle commençait petit à petit à céder à ses pulsions sous l'étreinte du beau Vampire.

Que se serait-il passé à ce moment là si Mrs Patterson n'avait pas toqué à la porte ? Mieux valait ne pas essayer de se l'imaginer. Eulalia se raidit sur place et se dégagea doucement de l'étreinte de son amant pour aller ouvrir, non sans remettre de l'ordre dans ses cheveux et dans sa tenue au passage. La vieille femme portait sur un plateau une assiette de bouillie et un journal. Elle entra dans la pièce et posa la nourriture dans un coin avant de poser un regard sur l'Italien.


- Je suis allée acheter une bonne dizaine de litres de sang de bœuf à la boucherie ce matin... Désirez-vous en avoir un peu ? Et quelle quantité vous faut-il?

La vieille femme hocha doucement la tête d'un air entendu et fit s'asseoir Eulalia avant de lui tendre l'assiette.

- Il faut que vous repreniez des forces...

Pendant qu'elle se nourrissait, la bonne changea les draps du lit, remplaçant les tissus tachés par des étoffes de coton fraîches qui fleuraient bon la lavande. Elle plia les édredons qu'elle laissa au fond du lit et récupéra l'assiette de la jeune femme, dont le regard dériva sur le journal. A sa grande surprise, la mort de ses parents y faisait la une. Fébrile, elle s'empara du papier et passa ses lunettes avant de le lire, à la lueur de la lampe.

Comment avait-on fait pour identifier ses parents ? Et pourquoi les journaux en faisaient-ils les gros titres au lieu d'un simple encart dans la rubrique nécrologique ? Ils n'étaient que de modestes citoyens que personne dans Londres, hormis les gens de leur paroisse, ne connaissaient. Réalisant soudain l'ampleur de la situation, Eulalia reposa le quotidien et annonça d'une voix blanche.


- Le Scotland Yard viendra ici tôt ou tard... Ils voudront que j'identifie les corps... Je... Je ne pense pas qu'ils veuillent fouiller la maison, après tout, je ne suis pas soupçonnée d'être mêlée à l'affaire... Mais... J'ai peur que nous ne soyons découverts tôt ou tard... Il va falloir prendre des mesures. Mrs Patterson, est-ce que les domestiques d'Alexender ont bien fait disparaître le contenu des caisses de soin?

- Oui, mademoiselle. Je vais m'occuper de laver les draps des lits pour enlever les traces de sang... Tout disparaîtra, je vous le promet. Je vais m'atteler à ma tâche, reposez-vous. Vous devez avoir l'air éplorée mais pas affaiblie lorsque les policiers viendront frapper à votre porte.

La vieille femme ramassa la literie et l'achemina vers la porte. Elle jeta un dernier coup d'oeil aux jeunes gens avant de les laisser seuls. Ils étaient attendrissants tous les deux... Mais elle craignait que le Vampire ne soit nocif à sa jeune maîtresse.

A l'intérieur de la pièce, Eulalia retourna s'asseoir sur le lit, comme vidée de toute énergie. Ses poings crispés de colère froissaient le tissus de sa robe et des larmes de frustration coulaient le long de ses joues.


- Ne nous laisseront-ils jamais tranquilles ? C'est... C'est infâme, ignoble !

Eulalia réalisa alors que Raphaël n'avait pas été mis au courant de l'article honteux qui était paru dans le Times la veille. La jeune femme, tremblante, se tourna vers son ami et saisit ses mains dans les siennes, cherchant ses mots. Elle tremblait de rage, cela se sentait.

- Le Comte vous a dénoncé à la police, toi et Alexender... Vous êtes désormais recherchés pour attentat, meurtre et tentative de meurtre... Si la police vous trouve, vous serez emprisonnés puis pendus ! Il n'y a donc pas de justice ?! Il faut que vous vous cachiez loin de Londres, le temps que je prouve votre innocence... Je suis la seule à pouvoir le faire, en l'état actuel des choses... Oh, Raphaël, je ne veux pas risquer de te perdre... Pas toi...

Le trop plein d'émotion fit rouler de grosses larmes sur les joues de la jeune fille qui se blottit dans les bras de son amant, à la recherche de son contact, qu'elle risquait de perdre à chaque instant. Son col rattaché à la va-vite s'ouvrait légèrement, laissant voir une parcelle de la peau de son cou d'une blancheur inouïe. Ses bras se serrèrent plus fort autour de son amant, sans pour autant l'oppresser. Elle avait peur, peur de ne plus le revoir, peur de devoir renoncer à ce lien qui s'installait désormais entre eux. Elle l'aimait si fort... Si elle devait le perdre lui aussi, elle ne s'en relèverait pas.

Spoiler:
 


Dernière édition par Eulalia Grey le Dim 5 Mai - 18:06, édité 1 fois
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Raphaël Veneziano
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MessageSujet: Re: Dans le sang et les larmes [Hunters + Aria Hinoi] [11-12/03/42] Lun 31 Déc - 7:34

La douceur de sa peau, la chaleur de son sang, ce parfum si suave et si voluptueux...
Raphaël buvait au cou d'Eulalia tout ce qu'il pouvait. Il savait ce qu'il faisait, il s'en rendait compte mais il ne pouvait plus s'arrêter. C'était ce qu'il avait toujours craint. Il se savait incontrôlable. C'était d'ailleurs bien la raison pour laquelle il s'était toujours isolé du reste du monde et qu'il avait fuit la compagnie des Humains. Ainsi, malgré toute la volonté du monde qu'il mettait pour arrêter son geste en cet instant, son corps et son esprit ne répondaient plus qu'à une seule chose: son désir. Et son désir était ardent. C'était un désir de sang, un désir de vie. Une envie d'étancher sa soif trop longtemps sollicitée par ses derniers efforts. C'était un désir de prendre enfin ce qu'il s'était toujours refusé. Un désir bestial, purement vital mais, peu à peu, cela devint également un désir tout à fait physique...
Eulalia était belle. La pâleur de sa peau aurait fait blêmir n'importe quel Vampire. Son odeur aussi, fragrance fleurie mêlée à celle de son sang sucré, jeune et vigoureux...

Raphaël l'avait empoignée par le col sans ménagement et l'avait tirée à lui pour planter ses crocs d'ivoire dans son cou immaculé. Son geste avait été brusque, sauvage, presque hargneux. Puis, peu à peu, alors qu'il maintenait un poignet de la belle d'une main et sa taille de l'autre, le désir charnel était monté en lui. Cette vague de chaleur inattendue le pénétra ainsi dans ses chairs et instilla une nouvelle force à l'aiguillon de son désir. Il commença à s'adoucir et il se mit bientôt à s'enivrer de ce corps blotti contre lui. Lentement, il pris encore le dessus, forçant la belle à le laisser la dominer. Il s'apesantit un peu sur elle et l'obligea à accepter qu'il soit au-dessus d'elle. Eulalia résista tout d'abord, mais il sembla que cette sensation intense la pénétra elle aussi et, bientôt, elle s'abandonna à son tour. La morsure devint moins douloureuse et l'étreinte se fit caresses. Eulalia se mit à l'embrasser dans le cou et sa main libre passa dans ses cheveux blancs. Raphaël détendit ses mains et laissa les poignets de son amante pour parcourir ce jeune corps que lui dissimulaient encore maints tissus.

La peur devint alors passion, la douleur devint douceur, mais Raphaël buvait toujours. Encore et toujours. Le fluide vital d'Eulalia coulait dans sa gorge comme un nectar divin. Il n'était pas prêt de s'arrêter. La sensation était trop intense.

Heureusement, la jeune femme avait gardé son chapelet. Et, tandis qu'elle semblait caresser le cou de son amant, elle finit par lui plaquer l'objet religieux contre sa peau d'albâtre. Raphaël sentit soudainement contre lui une chose brûlante et sa peau se mit à pulser comme pour rejeter l'objet. Il poussa un hurlement en lâchant tout à fait l'Humaine et recula vivement en se tenant le cou. Il ne s'y était pas attendu. Eulalia, elle, s'était levée et avait percuté le mur près d'eux avant de s'écrouler à son pied.
Contre le bois du lit, le Vampire semblait revenir d'un songe. Haletant, une main crispée sur son cou comme s'il avait voulu s'arracher la peau, il crachotait des râles de souffrance.


- Arrh!! Mais qu'est-ce que c'est...?! Arrr...

La croix du chapelet s'était imprimée dans sa chair, en biais, et une odeur âcre s'était répandue dans la pièce aussitôt que sa peau avait brûlé à son contact. La douleur était infernale. Raphaël garda le visage fermé, les yeux plissés de colère et de souffrance. C'était comme si l'on avait versé de l'huile bouillante sur son cou. Sa peau tressaillit et ses doigts cherchèrent la plaie, l'esquivant dès qu'ils la trouvaient à cause du mal qu'il avait au contact de sa chair calcinée.
Mais bien vite la raison refit surface et Raphaël sembla réaliser la situation dans laquelle il était. Il avait conscience de cette dernière depuis le départ mais sans cette intervention forcée, jamais Eulalia ne s'en serait sortie à cause de son manque de contrôle. Les yeux fiévreux du Vampire cherchèrent alors la belle et la trouvèrent inconsciente aux pieds du mur.


- Eu..lalia...

Péniblement, le Vampire se leva. Il tituba quelques secondes, se rattrapant à la table de nuit qui siégeait près de lui et se dirigea vers la jeune femme. Comme pris d'un nouveau tic, il ne pouvait s'empêcher de toucher sa plaie. Aussi tituba-t-il encore à force de s'acharner à y laisser une main. Arrivé au niveau de son amante, Raphaël se laissa tomber à genoux. Il saisit la jeune femme dans ses bras et la serra contre lui.

- Pardonne-moi...

Ses yeux s'humidifièrent et de grosses larmes coulèrent le long de ses joues. Il s'en voulait à mort. Encore. Il ne pouvait supporter ce genre de scène. Et pourtant, c'était déjà la deuxième fois qu'il ne se contrôlait pas et qu'il mettait en danger la vie de son amante.
Malgré le regain d'énergie que venait de lui procurer le sang d'Eulalia, Raphaël se sentait faible et malade. Ses blessures se refermaient lentement, grâce à la magie de la belle et à sa propre régénération, mais tout cela demandait de l'énergie, beaucoup d'énergie, et il n'avait pas été préparé à devoir résister à la fois à l'appel du Sang et à celui de l'Amour. Les deux combinés ne faisaient qu'accentuer son mal-être.
Serrant encore Eulalia contre lui, il resta ainsi pendant de longues minutes qui auraient pu passer pour une éternité. Puis, soudainement conscient de la froideur de l'Humaine, le Vampire la souleva et la porta jusqu'au lit où il la déposa en douceur. Le chapelet de la belle lui frôla la main droite et il retint une injure en montrant les crocs dans un sifflement bestial. C'était un objet saint qui avait été béni et qui portait une croix...une chose effroyable pour lui. Mais il était heureux en cet instant, ho oui combien heureux, que la jeune femme ai pu l'utiliser contre lui!

Raphaël repoussa les couvertures et entrepris de mettre Eulalia en dessous afin qu'elle puisse se réchauffer. Il tâta son pouls et manqua un souffle lorsqu'il ne le sentit pas. Très perturbé, le Vampire posa sa tête contre la jeune poitrine de son amante et écouta son coeur. Il battait, faiblement, certes, mais il battait. D'un regard empli de crainte et de honte, il observa sa morsure en tournant lentement la tête d'Eulalia avec deux doigts sous son menton parfait. Il fit une grimace de dégoût en découvrant ses profondes entailles qu'il lui avait faites. Comment avait-il pu la mordre aussi fort? Était-il donc fou?! La réponse à cette question...il l'a connaissait...

Laissant la jeune femme sous les couvertures, il s'éloigna du lit dans un râle de rage pour se rendre près de la fenêtre. La nuit s'avançait. Raphaël resta à la fenêtre durant de longues heures. Il songeait, ruminant d'horribles pensées suicidaires, et il soupirait. L'extase qu'il venait de ressentir l'avait noyé dans un chaos épouvantable. Il voulait y retourner pour se gorger de cette sensation incroyable, mais la culpabilité le rongeait maintenant jusqu'au sang. Son corps était entièrement réveillé et, malgré la fatigue qu'il ressentait dans ses jambes, il avait regagné un étrange état d'excitation. Il se sentait près à aimer cette Humaine, il se sentait prêt à soulever des montagnes! Il sentait aussi ses pouvoirs renaître et un petit serpent noir l'accompagna timidement sur son épaule. Il le caressa lentement, d'un geste machinal, tandis que l'animal hérissait ses écailles devant la marque que portait son maître au cou.


- Et toi...Ira...Où es-tu donc? Murmura ce dernier à la nuit dans un soupir mélancolique.

Puis Raphaël se tourna vers l'intérieur de la chambre, laissant le jardin aux chouettes et aux chauves-souris. Son regard se posa sur Eulalia. Elle était magnifique dans ce lit. Ses cheveux ondulaient sur l'oreiller qu'il avait placé sous sa petite tête. Sa peau était blanche comme de la porcelaine et ses lèvres, légèrement entre-ouvertes, laissaient imaginer d'étranges choses au Vampire.
Il s'en approcha. Son invocation disparue dans un nuage de fumée noire. Doucement, il s'assied près de la jeune Humaine et l'observa. Il resta ainsi presque une heure, veillant à son pouls et à sa respiration. Mais ses yeux recommencèrent à chercher son cou et son artère. Souvent, il souriait en lui replaçant une mèche de cheveux tombée, mais ses envies refaisaient vite surface et il dû bientôt s'éloigner de lui-même. Pourtant il avait bien assez bu! Ce n'était donc pas le sang qui l'attirait...

Enfin, Raphaël alla s'asseoir sur une chaise au loin et mit sa tête entre ses mains. Il était désespéré par sa nature et ses pulsions. Jamais encore il n'avait eu si peur de lui-même. Il était évident qu'il ne pourrai pas continuer ainsi. Faire équipe avec ces Hunters était une idée décidément stupide! Il devait les quitter pour retourner vivre comme un damné dans son maudit manoir! Il fallait qu'il s'isole à nouveau et qu'il arrête d'espérer quoi que ce soit avec Eulalia! Il était bien fou! Sa présence les mettait tous en danger. Son aura était encore détectable et sa soif en faisait un véritable problème! Alexender avait raison depuis le début! Pourquoi avait-il fallu que Sarah n'intervienne lorsqu'il avait tiré sur lui?

Après qu'il eut passé plus d'une heure à se torturer ainsi l'esprit, le Vampire se résigna. Il se leva et alla s'allonger auprès de son amante. Lentement, il se tourna vers elle et la prit dans ses bras pour se coller à son dos. Faisant de son propre corps un réceptacle, il la tint tout contre-lui. S'il dû se retenir de sentir son parfum dans son cou, il resta cependant ainsi durant une grande partie de la nuit. Fatigué, il s'endormit même pendant quelques heures durant lesquelles il ne fit aucun songe.

Lorsqu'il s'éveilla, Raphaël laissa Eulalia qui dormait encore profondément. Ses yeux de Vampire étaient dérangés par une lueur intense qui provenait de derrière les rideaux: le soleil était monté dans le ciel, remplaçant l'astre d'argent pour une boule de feu incandescente. Il devait être aux environs de midi: le pire moment possible pour un être de la nuit.
Brièvement, l'idée d'ouvrir les rideaux d'un coup vint à l'esprit du Vampire. Revoir le soleil, se gorger de sa chaleur et disparaître du monde une fois pour toute...Comme cela était tentant!

Il se leva et marcha lentement vers la fenêtre. Il sentait sur sa peau une brûlure infime, comme une série de picotements à mesure qu'il approchait de la source de lumière. Il s'avança toujours plus et tendit mollement la main vers le lourd velours qui érigeait une frontière entre lui et la mort. Le bout de ses doigts se mirent à le piquer un peu plus et une sensation de chaleur en envahit les pores.
Mais bientôt Raphaël fut obligé de s'arrêter. Il ne pouvait aller plus loin. Le choix était là.
Il hésita. Jetant un coup d'oeil à Eulalia, il tendit à nouveau la main vers le rideau. Mais quelque chose l'arrêta alors. Était-ce la raison? Ou était-ce ce mouvement que la belle venait d'esquiver dans son sommeil? Lui même ne su pas ce qui le ramena vers le lit.

De nouveau assit sur le bord, il se mit à se tripoter le cou avec ses longs doigts blancs. La marque du chapelet n'était pas très profonde mais elle le grattait. La douleur était passée, en partie, et il n'en restait qu'une impression dans ses chairs.
Puis Eulalia s'éveilla près de lui. Il l'entendit respirer différemment et s'agiter. Gardant sa position, il ne se tourna pas vers elle. Il voulait la laisser émerger tranquillement et surtout lui éviter un regard emplis de larmes.
La belle prononça alors son prénom. Cela lui fit l'effet d'un coup de poignard. Cette voix si douce, si tendre, si faible...elle prononçait encore son nom avec tellement de gentillesse après ce qu'il lui avait fait! La belle se leva alors doucement et vint le rejoindre. Il sentit sa main froide prendre la sienne et la serrer tandis que de l'autre elle touchait son cou. Le Vampire esquiva une grimace à sa question.


- Oui...ça...ça me brûle un peu...Mais ne t'en fais pas...fit-il d'une voix sourde comme s'il fut pris à la gorge par quelque sanglot.

Puis elle lui demanda pardon et vint contre lui pour l'embraser. Raphaël fut presque surpris par son baiser tant il était volontaire et tendre. Il lui répondit assez froidement tout d'abord, la repoussant un peu.


- Te pardonner? Ce n'est pas toi la fautive...Ho Eulalia...Je...Je ne suis qu'un monstre...

Mais il semblait que la belle ne voulait rien savoir et ses baisers étouffèrent bien vite ses balbutiements moroses de Vampire. Elle se pencha alors sur lui, l'embrassant de plus belle et, dans un souffle voluptueux, elle paru désirer s'abandonner à lui pour de bon. Raphaël fut maladroit sur le moment. Lui qui ne pensait qu'à de sombres choses en cet instant ne s'était pas attendu à ce que dès son réveil la jeune femme puisse faire preuve d'autant de tendresse à son égard, surtout après une pareille morsure! Mais il n'y réfléchit bientôt plus et, attrapant doucement les bras de la belle, il la tira à lui pour l'allonger sur son torse. Eulalia semblait prise d'une nouvelle sensualité et, laissant de côté toute timidité ancienne, tout en restant cependant dans les limites de la bienséance, elle s'aventura peu à peu vers de nouveaux horizons vaporeux. Raphaël ne résista pas. Il la laissa lui caresser le poitrail et les cheveux, haletant à son tour, pris d'une pulsion érotique. Il laissa lui aussi ses mains trouver les splendeurs cachées de son corps de femme, les dirigeant lentement vers ses hanches et sa poitrine, agrippant un peu ses cheveux avant de revenir vers son buste...Plus rien ne comptait à par elle, à par lui, à par eux. Il ne faisaient qu'un.

Oubliant ses obscures idées, le Vampire se laissa ainsi aller à la plus vive des sensualités. Eulalia le cherchait toujours plus, agitant langoureusement ses mains autour de lui. Raphaël, de son côté, commençait à chercher la manière dont la robe de son amante pouvait bien s'enlever...

Quand soudain, Mrs Patterson frappa à la porte. Ce fut comme si tout un univers s'écroulait. Raphaël cligna des yeux et laissa Eulalia se relever pour aller ouvrir la porte. Abandonné sur le lit, le Hunter se rassied et passa une main dans ses cheveux en soupirant. Son coeur battait la chamade et il avait du mal à remettre ses idées en place. Trop conscient de ce qu'il venait de se passer, le Vampire se passa une main sur le visage et grogna. Qu'est-ce qui lui avait pris? Était-ce donc le moment pour songer à de pareilles choses? Eulalia était restée sous l'emprise de la ''marque'', ce n'était rien d'autre. C'était la fascination et la morsure qui avaient déclenché chez elle cet élan de sensualité. Il n'avait pas le droit d'en profiter! En aucun cas!

La domestique entra et présenta à Eulalia un plat de bouilli avant de venir ensuite vers Raphaël pour lui proposer du sang de boeuf. Le Vampire écarquilla et les yeux et déglutit avec difficulté.


- Pardon? Fit-il en s'étouffant à moitié.

Il jeta un regard à Eulalia. Apparemment la domestique était au courant de sa nature et elles s'étaient concertées pour lui fournir du sang animal. Le Vampire grimaça un sourire et, grandement gêné, il acquiesça:


- Je...Oui...s'il vous plait...Juste une carafe...

Fallait-il lui préciser que le sang devait être extrêmement frais et encore chaud s'il ne voulait pas risquer l'empoisonnement? Non...Il verrait ces détails plus tard. Pour l'heure, il n'avait pas faim de toute façon et s'il préférait avoir une telle carafe non loin de lui c'était bien pour éviter de se sentir l'envie de mordre à nouveau son amante.

- Je...Merci...

Puis Raphaël dû se lever pour laisser la domestique changer les draps. Cela faisait si longtemps que le jeune homme vivait seul qu'il fut gêné de voir cette vieille dame s'afférer ainsi pour eux. Il s'éloigna un peu pour lui laisser de l'espace autour du lit et se rapprocha d'Eulalia qui mangeait en lisant le journal.
La belle releva soudainement la tête pour faire part de ses craintes. Raphaël leva un sourcil.


- Le Scotland Yard? Qu'est-ce qu'ils..?

Mais le Vampire eut très vite les réponses qu'il cherchait. En effet, une fois que Mrs Patterson fut sortie, Eulalia s'assied sur le lit en vue d'explications. Raphaël se posta devant elle d'un air hésitant. La belle le mit alors au courant de la situation. Ainsi il découvrit que le Comte était vivant et que la police les cherchait. Il en serra les dents de rage. Le Scotland Yard avait en effet essayé de les arrêter lorsqu'ils étaient sortis de Milte & Co mais il ne pensait pas qu'ils auraient à rendre des comptes...Ce qui, en soit, était stupide puisqu'il était assez connu pour que l'on reconnaisse sa tête un peu n'importe où, surtout avec sa chevelure atypique. Mais le pire c'était évidemment la suite: le Comte avait fait d'Alexender et lui les ennemis publics numéro un de Londres et de la couronne toute entière, ce qui les condamnait tout bonnement. Écarquillant les yeux, Raphël pesta:

- Raaa l'enfoiré!! Il a bien réussi son coup...Nous sommes finis!

Se laissant tomber sur le lit près d'Eulalia, il s'allongea sur le dos et posa sur ses yeux un bras comme pour se reposer. En vérité, il cachait des larmes de rage. Il était fatigué et maintenant ce n'était plus un simple fuyard, c'était un homme carrément recherché pour meutres!

- En même temps...nous avons été stupides! Tellement stupides! Ragea-t-il en serrant les dents.

Eulalia vint contre lui chercher du réconfort. Elle aussi était grandement affectée par les journaux. Il enroula un de ses bras autour de la jeune femme et soupira.


- Nous devons quitter cette maison au plus vite. Le Comte sait où nous sommes...

C'était évident. Les journaux mentionnaient le nom de Monsieur et Madame Grey, mettant en avant leur fille devenue orpheline et il semblait inévitable que le lord n'ai pas fait le rapprochement entre eux et cette famille...
Se redressant, Raphaël jeta un regard vers la fenêtre.


- Nous n'avons pas le choix...Il faut bouger.

Il ramena son regard de glace sur son amante et posa une main sur sa joue en la caressant du pouce.

- Toi aussi...Il faut que tu disparaisses...Il a tué ton père...Il t'as vue...Tu ne peux rien faire...

C'était terrible mais c'était vrai. Ils n'étaient absolument pas en sécurité, aucun d'entre eux. Et nulle demeure leur appartenant ne pourrait les sauver. Ils ne pouvaient rester ni chez elle, ni chez lui, encore moins chez Alexender ou Sarah.

- Il faut prévenir les autres. Je suppose qu'ils sont ici? Comment vont-ils d'ailleurs? Est-ce qu'on a des nouvelles de Stan?

Raphaël ignorait que Stan n'était jamais intervenu au théâtre. Il ne l'avait pas vu mais il ne l'avait pas non plus cherché. De même, il ignorait que Sarah n'était pas avec eux en ce moement et qu'Alexender la pleurait. Il ne savait pas non plus à quel point le Hunter avait été affaibli et combien difficile allait être sa convalescence. Mais il savait qu'Eulalia avait utilisé ses pouvoirs.

- Tu ne devrais pas utiliser tes pouvoirs sur moi tu sais...Fit-il en lui accordant un pâle sourire. Je ne le vaux pas...et puis je me régénère...

Il s'approcha du visage de la belle pour l'embrasser sur le front.

- Tu es si bonne...

Puis il la lâcha et son regard s'assombrit.

- Et moi je suis monstrueux...

Le sang de boeuf allait peut-être lui permettre de tenir un moment, c'était une bonne chose, mais Raphaël garderait toujours ce problème nutritionnel. Le sang animal était un bon palliatif en général, même s'il n'en usait que rarement à cause de son goût infecte. C'était toujours mieux que les Blood tablet en tous cas.
Machinalement, Raphaël plongea sa main dans la poche de son pantalon et en retira une boite de métal. C'était son étui à Blood Tablett. Il fit sauter le couvercle d'un mouvement de doigts et jeta un coup d'oeil à l'intérieur: il ne lui en restait pas beaucoup...
Après un soupir, il continua:


- Je suis vraiment désolé...C'est impardonnable...Ce que je t'ai fait...Je n'attends pas autant de bienveillance...

Sa main glissa le long du bras d'Eulalia pour chercher le chapelet mais étrangement le Vampire ne le trouva pas. Surpris, il recula un peu pour observer la jeune femme.

- Où est-il? Garde-le toujours! Tu as vu comme il t'as sauvé...la vie...

Le regard de Raphaël se figea dans le vide comme si son âme venait de s'envoler. Oui...Il avait faillit la tuer...Qu'aurait-il fait s'il s'était retrouvé avec son cadavre dans les bras? Qu'aurait-il pu faire? Ha comme ce soleil l'attirait là-bas, derrière ce rideau...

Baissant la tête, Raphaël toussota. Son thorax n'était pas encore guéri.


- Il faut partir...Mais je ne sais pas où aller...

Le Vampire songea à son épée que le Scotland Yard avait gardé. Il songea aussi à sa croix qui était restée au théâtre. Et ses pensées dérivèrent sur son manoir qu'il devait abandonner. Y retourner aurait été une véritable folie. Deux jours s'étaient déroulés depuis l'attentat et leur tranquillité n'avait eu comme raison que la lenteur des agents et le cafouillage médiatique. Il doutait maintenant que l'Eclipse n'ai pas été entièrement fouillée, de même que la demeure d'Alexender.

- As-tu une idée du lieu où l'on pourrait aller? Sarah le sait peut-être?

Raphaël pris la main d'Eulalia et la serra soudainement très fort. Il lui jeta un regard profond et posa sa tête contre sa poitrine en serrant les dents.

- Dans tous les cas...je ne vous accompagnerai pas.

La sentence était triste mais ferme. Elle tombait comme un marteau sur une enclume:Raphaël avait prévu de les quitter. Il ne pouvait pas faire équipe de cette manière et il ne voulait surtout pas mettre à nouveau en danger qui que ce soit. Il avait toujours agi de façon solitaire et, même si son amour pour Eulalia le déstabilisait dans sa décision, il avait ruminé cette idée toute la nuit.

- Je ne peux plus me permettre de te mettre en danger. A moi seul je suis aussi mortel que vous trois réunis. Et puis...

Il saisit le visage d'Eulalia dans ses deux mains.

- ...moi non plus je ne veux pas te perdre.

Il embrassa alors la belle pendant de longues minutes.
Lorsqu'il lâcha enfin le visage d'Eulalia, ses yeux étaient embués de larmes miroitantes.


- Il faut que tu m'oublies. Il faut que je disparaisse. Tout cela ne rime à rien. Je ne serais qu'un fardeau. Mon aura servira toujours de piste au Comte et ma soif finira par te tuer. Nous ne pouvons continuer ainsi. Partez de votre côté. Alexender te protègera. Moi j'irais du mien pour trouver d'autres Hunters et je fomenterai de nouveaux plans pour tuer ce monstre. Jamais je n'abandonnerai. Tant que ce scélérat vivra, je me battrai!

Son regard flamboya un instant et il montra ses longues dents d'ivoire à la jeune femme.

- Je le saignerai pour toi, pour vous, pour Londres et le monde.

Il attrapa le menton d'Eulalia pour l'obliger à le regarder.

- Trouve un moyen de te disculpabiliser...Dis que je t'aie enlevée...Et vis, Eulalia, vit pour moi!
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Alexender Von Ravellow
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Emploi/loisirs : Hunter / Il est recherché par le Yard et les Vampires de Jirômaru Keisuke.
Age : 25 ans
Proie(s) : Tous les Vampires, sauf Raphaël qu'il surveille maintenant sans chercher à l'assassiner. Le Comte Kei est son pire ennemi. Alexender peut aussi s'attaquer à des Loups-Garous.
Crédit Avatar : Personnage par Ayami Kojima.
MessageSujet: Re: Dans le sang et les larmes [Hunters + Aria Hinoi] [11-12/03/42] Mer 2 Jan - 9:15

C'était dans le désespoir le plus complet qu'Alexender s'était endormi. Sur une chaise, la tête penchée sur le côté, il avait regagné l'éther noir de ses cauchemars...
Son sommeil fut lourd et, dans un océan de conflits, au milieu des coups de feu et des cris, le visage de Sarah lui apparut sans cesse, tout au long de la nuit. Étrangement, il ne s'éveilla pas une seule fois. Les narcotiques ajoutés à l'accumulation de la fatigue, la puissance de sa rage, l'intensité de son stress et la profondeur de ses blessures, avaient noyé son esprit dans un abysse d'obscurité. Rien n'avait aidé son âme à regagner confiance en elle et à reprendre vie. Automatiquement, comme dans une réaction instinctive, Alexender s'était fermé à tout autre son que ceux qui provenaient de son inconscience.
Ce fut donc pour lui une nuit noire, agitée d'ombres et de fantômes. Les visages qui passaient devant son regard terne semblaient plein de suie. Rien n'était distinct, rien n'était clair. La lumière avait tout simplement disparu de sa vie. Il voyait des formes se mouvoir autour de lui. Il entendait des rires moqueurs et des soupirs de détresse. La lune, sa demeure, une tombe, un gouffre et puis plus rien.

Lorsque le Hunter ouvrit les yeux, il faisait jour depuis quelques heures. Son front, perlé de sueur, recevait un pâle rayon de soleil qui filtrait au travers des rideaux non loin de lui. C'était lui qui les avait entre-ouverts la veille dans son excès de rage...Lentement, Alexender redressa la tête et cligna des yeux. Il avait mal au cou à cause de sa position, et ce malgré les précautions qu'avaient prises ses domestiques. Il avait soif aussi...
Se frottant la nuque en rattrapant son coussin qui tombait dans son dos en biais, le jeune homme ajusta son assise sur sa chaise et grogna. Il souffrait encore au niveau de son abdomen: la blessure qu'il avait reçue par balle n'était pas encore complètement guérie, même si les fabuleux pouvoirs d'Eulalia en avaient refermé la plaie et anéanti toute trace d'infection. Ses organes internes étaient saufs, fort heureusement, mais ses chairs sentaient encore la vive morsure de l'objet métallique qu'il n'avait pas pu esquiver. Une main sur l'ancienne plaie, le Hunter soupira de dépit. Il était entré dans le théâtre comme un véritable crétin! Se faire avoir ainsi, au premier pas fait dans l'édifice, relevait d'une incompétence certaine! Quel abruti! Sans cela, le Comte serait peut-être mort...oui...mort...

Serrant les dents, l'aristocrate cracha une injure. Il se remémorait maintenant toute la journée de la veille: sa guérison un peu accélérée, la découverte de la une du journal...Quelle situation désespérée!

Gardant appui sur la table devant lui, Alexender se leva. Il s'agrippa un peu et lâcha bientôt le meuble pour se diriger vers le centre de la pièce. Il chercha alors des yeux ses domestiques. Suzanne était là, sur un des matelas au sol. Son regard mordoré tomba sur la jeune femme avec une reconnaissance infinie. Même à bout de force, la belle était restée-là à le veiller jusqu'à l'épuisement le plus total. Son petit corps était entièrement tourné vers lui: elle s'était endormie en le regardant. Cette vision attendrit le Hunter qui s'approcha de la jeune femme à pas de loup afin d'éviter de la réveiller. Puis, il s'accroupit près d'elle et remonta un peu la couverture sur sa jeune poitrine. Suzanne ne souriait pas, mais son visage était serein. Alexender esquissa un sourire et se releva. Marguerite n'était pas là. Elle devait être en train de s'activer pour le petit déjeuner. Avec un sentiment de culpabilité, le rouquin réalisa que le grand lit était vide: ses domestiques dormaient par-terre, même lorsqu'il n'occupait pas cette place de choix...cela ne lui plaisait pas. Il avait l'habitude de les choyer. D'ailleurs, elles n'avaient pas tout à fait le statut de domestiques à ses yeux, c'étaient plutôt des amies, des confidentes et des amantes...

Contournant le matelas de Suzanne, Alexender atteignit la porte et tourna la poignée avec mille précaution pour éviter tout bruit. Lentement, il fit pivoter la porte sur ses gonds et il sortit en douce dans le couloir. Un courant d'air l'accueillit, ce qui le fit frissonner vivement avant même qu'il ne referme la chambre. Seul, dans une demi-obscurité, le Hunter s'aventura dans le couloir jusqu'à la rambarde de bois qui descendait au rez-de-chaussé. Il mourrait littéralement de faim. Sa mission ainsi que sa longue perte de conscience et sa fièvre l'avaient empêché de manger depuis plus d'une journée. Il fallait qu'il reprenne des forces.
Un instant, il hésita à aller voir ce qu'il y avait dans la pièce d'à côté. Il avait compris que c'était-là que Raphaël était installé. Suzanne et Marguerite l'avaient chuchoté maintes fois à son chevet tandis qu'il délirait et il avait retenu l'information. Le Vampire était-il au courant de leur situation? Avait-il lu le journal? Dans quel état était-il? Lui qui se régénérait...avait-il été aussi blessé que lui?
Toute ces questions furent balayées par un gargouillement intense qui vint directement de son estomac. Esquissant une grimace, le Hunter décida qu'il serait de meilleur goût que de descendre au rez-de-chaussé pour se restaurer plutôt que de déranger un Vampire convalescent...

Pas à pas, lentement, agrippé à la rambarde, il descendit donc les marches qui menaient à l'étage inférieur. Ses jambes tremblaient et cela l'énervait à un point inimaginable. C'était dans ce genre de situation qu'il devenait réellement irritable pour un rien: lorsqu'il se sentait faible. Il avait horreur de ça! Cela le rendait furieux contre lui-même et sa condition physique. Son caractère exécrable ressortait toujours dans ces moments-là. Son ami Gaspard en avait d'ailleurs payé les frais une paire de fois.

Grommelant tout ce qu'il pouvait, le rouquin réussit sans trop de mal à descendre puis à trouver les cuisines. Il tomba nez à nez avec Marguerite qui retint un cri de surprise lorsqu'elle le vit. Le Hunter venait de mettre un doigt devant sa bouche pour lui intimer de se taire. Marguerite lui sourit et chuchota:


- Vous ne devriez pas vous lever Monsieur...Vous avez faim?

Face à l'affirmative de son maître, la jeune femme s'employa à ranger le plat qu'elle était en train de ressuyer pour aider Mrs Patterson et entrepris de servir du thé et des biscuits au Hunter.
Pendant ce temps, ce dernier s'assit sur une chaise non loin d'elle. Il poussa un soupir comme s'il venait de faire un effort sur-humain.


- Je peux vous servir dans le salon d'à côté si vous voulez. Fit Marguerite en lui montrant de la tête une porte latérale. Il y a de bons fauteuils vous savez...

Alexender grogna un ''je suis bien ici'' en noyant ses paroles dans ses bras tandis qu'il s'allongeait en avant sur la table pour plonger sa tête dans les replis de sa chemise.
Il était fatigué et il devait n'être que 9h du matin. Même s'il avait l'habitude de se lever plus tôt, il était encore sous l'effet des narcotiques qu'il avait pris la veille et dans la nuit.


- Dis-moi, Marguerite, Fit-il en relevant soudainement la tête tout en fronçant les sourcils comme s'il venait de penser à quelque chose d'important. Où est Eulalia?

Marguerite lui jeta un regard en biais tout en mettant la théière sur le feu. Apparemment, elle hésitait à lui répondre.

- Ne me dis pas qu'elle dort avec Lui...?

Le ton d'Alexender s'était fait froid et son regard mauvais. Se redressant sur sa chaise, il grogna face à l'air désolé de sa domestique qui n'eut pas besoin de parler pour lui apprendre la vérité:

- Évidemment...Elle se butera à le couver tant qu'il ne l'aura pas saignée...

Les paroles du Hunter étaient si amères que Marguerite se permit d'intervenir:

- Monsieur, je pense que Miss Grey sait ce qu'elle fait, et quand bien même ne le saurait-elle pas, vous ne pourrez jamais rien faire contre l'amour.

Alexender lui jeta un regard interloqué. Il était rare que Marguerite ne s'exprime ainsi. D'habitude, seule Suzanne osait lui parler sur ce ton, sec, sincère et radical. Il leva les yeux au ciel sans répondre et soupira avant de remettre sa tête dans ses bras qui formaient un nid douillet. Les paroles de sa domestiques envahirent son esprit...
L'amour...oui...l'amour...C'était cela-même qui motivait le monde. Depuis ses parents jusqu'à Sarah, depuis Gaspard jusqu'à ses domestiques, ce n'était que ce sentiment qui l'avait poussé à agir. Il s'était levé pour venger sa famille, il s'était perdu pour les beaux yeux de la magicienne, il avait tout fait pour aider son ami à conquérir la femme de sa vie et maintenant il avait presque de la peine pour Suzanne et Marguerite qu'il avait embarquées avec lui dans cette terrible aventure...

L'amour...

Le coeur d'Alexender se serra à la pensée de Sarah. Que faisait-elle à l'heure qu'il était? Était-elle bien rentrée chez elle? Avait-elle retrouvé sa famille sans aucune perte? La pire chose qu'il pouvait être arrivée, c'était que le Comte l'ai entretenue chez elle...
Serrant les poings, le Hunter accueillit sa tasse de thé un peu vite et se brûla. Il poussa un cri de douleur suivit d'un grognement de rage


- HA! Mais c'est bouillant! Raah!

Marguerite leva les mains vers le plafond en soupirant:

- Si Monsieur voulait bien se tenir un peu tranquille et éviter de faire des gestes inconsidérés, nous pourrions peut-être prendre soin de sa personne sans qu'il ne manque de se tuer lui-même avec une simple tasse de thé!

Alexender sourit alors que ses yeux se perdaient dans les volutes vaporeux de sa boisson.

- Hmmph...me tuer moi-même...Je crois que j'en serais incapable...

Marguerite le regarda l'air plus grave que jamais. Jusqu'à présent, de pareils propos n'avaient jamais vu le jour dans la bouche de son maître. Il lui était déjà arrivé de tomber dans des dépressions terribles mais jamais il n'avait songé, ou du moins exprimé, une quelconque envie suicidaire. En cet instant, il n'avait pas dit qu'il n'y songeait pas, il avait dit qu'il ne le pourrait pas, la nuance était importante et terrible.
La jeune femme lui donna un léger coup de torchon et leva un doigt en l'air comme pour gronder un enfant.


- Allons! Buvez-moi ce thé sans vous ébouillanter et mangez-moi ces biscuits! fit-elle en lui mettant sous le nez un bocal empli de petits gâteaux ronds et plats. Ils viennent de France, je pense, alors ne perdez pas des miettes en tout sens!

Alexender grommela en riant et se mit à dévorer les biscuits en question. Ils étaient sablés, tout à fait croquants et tendres, presque chauds dans la bouche tant ils étaient beurrés. La famille Grey avait donc dans ses placards de pareilles merveilles? Cela valait la peine de fouiller un peu...

Une fois sa collation prise, Alexender explora un peu le rez-de-chaussé. Il s'installa dans le salon avec Marguerite. Il croisa deux fois Mrs Patterson qui lui demanda aimablement comment allaient ses blessures. Le Hunter allait mieux, c'était évident. Il avait nettement repris des couleurs et, malgré ses cheveux ébouriffés et sa chemise froissée sur ses bandages, il avait l'air tout à fait réveillé.

Les heures passèrent. Suzanne descendit bientôt en trombes pour s'assurer de la santé de son maître. La pauvre jeune femme s'était réveillée seule dans la chambre et avait paniqué quelques minutes avant de trouver le rouquin avec son amie. Réunis tous les trois, ils restèrent dans le salon un long moment. Ils jouèrent aux échecs, mais Alexender mit un terme à la première partie commencée contre Suzanne par manque de motivation et surtout à cause de son esprit de mauvais joueur. Puis Marguerite ramena le journal. Les nouvelles étaient aussi affreuses que la veille, voire pires, et cela assombrit énormément le regard du Hunter qui avait pourtant commencé à redevenir un peu plus joyeux. Les parents d'Eulalia faisaient la une: ils étaient morts de façon horrible et ils étaient présentés comme les martyrs de leur attentat. Alexender sentit un poids sur sa poitrine: il venait d'apprendre que la belle n'avait pas seulement perdu son père mais aussi sa mère, et que Raphaël et lui étaient poursuivis non seulement pour incendie et attentat contre le Comte, mais aussi pour meurtre...Meurtre sur la famille Grey! C'était affreux.


- Nous ne pouvons pas rester-là! Ces crétins vont nous tomber dessus d'un moment à l'autre! Pesta-t-il en jetant le journal sur la table basse devant lui. Mais je ne me laisserai pas faire! Ha ça non! Jamais! De toute façon je ne comptai pas m'éterniser ici. Sarah a besoin de moi.

Suzanne et Marguerite se regardèrent d'un air inquiet. Alexender allait évidemment chercher Sarah chez elle dès qu'il le pourrait...C'était une pure folie! Il fallait absolument l'en dissuader! Mais comment?

- Mon maître, commença Suzanne d'une voix tendue, Nous pouvons aller la chercher pour vous. Nous ne sommes pas aussi connues que vous et vous êtes blessé...

Marguerite se leva et se posta devant le Hunter d'un air sévère.

- Ha oui alors! C'est hors de question pour vous alliez vous présenter au manoir des Spencer! Surtout dans votre état! Votre tête est mise à prix et je doute sincèrement que Monsieur Spencer et sa famille ne vous reçoivent en toutes civilités après les évènements de jeudi soir!

Alexender lui jeta un regard empli d'éclairs avant d'offrir le même à Suzanne.

- Parce que vous croyez que je vais rester-là les bras croisés pendant que ce taré doit être en train de se demander quel costume il va mettre pour son mariage!? Scotland Yard ou pas, Sarah viendra avec moi!

Pendant que ce débat animait le salon du rez-de-chaussé, l'heure tournait et bientôt Mrs Patterson entra dans la cuisine avec une quantité de sang astronomique. Alexender s'était levé pour débattre et avait ainsi aperçu la vieille femme dans l'entrebâillement de la porte. Intrigué, il avait cessé tout dialogue avec ses domestiques pour aller jeter un coup d'oeil à ses activités en cuisine. Il fronça le nez de dégoût en comprenant de quoi il s'agissait.

- Je suppose que ce n'est pas pour faire du boudin...n'est-ce pas? Fit-il à la veille femme en s'appuyant contre l'encadrement de la porte. Il croisa les bras et leva les yeux au ciel. Vous ne devriez pas laisser votre maîtresse avec Lui...

Mrs Patterson le remit à sa place en une phrase cinglante: sa maîtresse faisait bien ce qu'elle voulait, c'était son toit et il ferait mieux de s'en souvenir. Alexender grimaça alors et retourna dans le salon pour s'affaler dans un canapé qu'il n'avait pas encore essayé.

- Pfff...Nous revoilà au même point de départ...

Ce qui n'était pas totalement faux. Ils se retrouvaient assemblés sous un toit pour se cacher, Raphaël et Eulalia prenaient des risques et Alexender soupirait après Sarah. Seul Stan manquait. Qu'était-il donc devenu d'ailleurs? Le rouquin commençait à se le demander gravement. Le pauvre avait dû être tué avant même d'arriver au théâtre. Jamais ils n'auraient dû se séparer!

Quel échec...
Un échec retentissant!
Stan disparu, Sarah perdue, eux tous blessés...
Et un retour au stade initial...
Ils n'avaient même pas utilisé l'infirmerie qu'ils avaient aménagée à l'Eclipse. Rien ne s'était passé comme prévu. C'était humiliant!

Alexender jeta un coup d'oeil dehors: le soleil montait haut dans le ciel. Il était déjà presque 13h.
Mrs Patterson redescendit bientôt de l'étage où elle venait de monter et se mit à leur préparer un copieux déjeuner.
Le Hunter se retint de demander à la vieille dame comment allaient les deux ''tourtereaux''. Finalement, cela ne lui aurait valu qu'une réplique acerbe de plus. Après tout, ils devaient encore être en train de pleurer leur amour impossible...
Alexender mangeait avec appétit et en silence.
Au fond, malgré son profond dégoût pour la nature de Raphaël, il le plaignait. Oui...derrière son masque de haine et de rancoeur, derrière cette attitude protectrice et belliqueuse, le Hunter plaignait la créature qu'il était...Peut-être que les Vampires avaient un coeur...finalement...

Avec cet incident, beaucoup de choses allaient changer...
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Eulalia Grey
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MessageSujet: Re: Dans le sang et les larmes [Hunters + Aria Hinoi] [11-12/03/42] Mer 2 Jan - 11:41

Au fur et à mesure du temps qui passait, la morsure du vampire s'était faite plus douce, plus sensuelle. Eulalia, désormais dominée par la force de son amant, luttait tant bien que mal contre ses sentiments, la force de celui qu'elle aimait et la sensation de volupté qui s'insinuait en elle à chaque instant. Dieu qu'elle avait dû se faire violence pour plaquer le chapelet sur le cou pâle du Vampire ! Mais fort heureusement pour elle, son instinct de préservation l'avait emporté sur le désir qui l'avait envahie.

Comme elle l'avait escompté, il s'écarta d'elle brusquement et elle en profita pour fuir. Elle titubait encore et ses sens amoindris firent qu'elle frappa de plein fouet le mur le plus proche qui l'assomma net. Son esprit sombra dans le noir le plus complet et la Huntress perdit tout contact avec la réalité. Toute la nuit, son état sembla critique mais Raphaël veilla sur elle, protecteur. Elle ne pouvait savoir combien il se sentait coupable auprès d'elle, combien il regrettait.

Elle se réveilla au moment où l'astre solaire était à son point culminant. Une faible lueur perçait au travers des lourds rideaux, mortelle pour le Vampire. La jeune femme ne sut jamais que, quelques instants auparavant, il avait songé à s'offrir au feu destructeur d'Hélios pour se libérer enfin des ténèbres qui le rongeaient.

Mais il était là, dans la chambre, prostré dans un coin. Elle n'eut aucun mal à imaginer qu'il était rongé par la culpabilité. Quoi qu'il puisse en dire, malgré sa folie, sa nature, sa bestialité, Raphaël restait un homme bon. Son âme était pure, il ne nuisait pas sciemment contrairement au Comte ou à Fiora.
Eulalia ne résista pas à l'envie d'aller le consoler. Il avait besoin de réconfort et, au fond, la Huntress pensait que le Vampire devait savoir qu'elle le pardonnait.

Elle caressa son cou à l'endroit où son chapelet avait laissé une marque et s'inquiéta de la douleur que cela pouvait causer. L'Italien la rassura d'une voix rauque, embrumée par des sanglots difficilement contrôlés. Il avait l'air tellement mal à l'aise... Eulalia, attendrie et encore vibrante de la sensation que lui avait procuré la morsure, embrassa le Vampire avec toute la tendresse du monde.

Celui-ci sembla récalcitrant au début. Il s'écarta d'elle, se traitant de monstre, se blâmant à nouveau. La jeune femme se contenta de se rapprocher à nouveau et de le serrer contre elle sans un mot. Il devait arrêter de se fustiger de cette manière, cela ne mènerait nulle part. Il devait comprendre qu'elle l'aimait envers et contre tout, peu importait le danger. Peu à peu, il se détendit et l'accueillit contre lui. Elle était désormais allongée sur le corps de son amant qu'elle parcourait de caresses encore empreintes de timidité. De ses longs doigts de pianiste, elle commença à caresser le torse de l'Italien, remontant à ses cheveux par la suite. Elle explorait pour la première fois le corps d'un homme, son homme.

Elle sentit que lui non plus n'était pas en reste et son corps frémit sous les premières caresses qu'elle reçut. C'était une sensation étrangère mais infiniment agréable, peut-être même plus encore que la morsure. Les mains de Raphaël jouaient sur son corps de jeune femme et vice versa. Eulalia commença à se sentir mal à l'aise dans sa robe et eut envie d'aller bien plus loin encore. Elle se sentait prête à s'offrir à lui, peu importait les traditions de l'époque qui exigeaient pudeur et chasteté avant le mariage. Ces coutumes avaient été écrites par des humains pour des humains. Pouvaient-elles encore s'appliquer dans une relation aussi peu conventionnelle ? Non, assurément.

Mais alors que les bouches des deux amants se rencontraient une nouvelle fois, Mrs Patterson vint innocemment perturber ce moment de félicité absolue. Eulalia grimaça et se retira à regret de l'étreinte du jeune homme pour aller ouvrir.

La femme de chambre vint leur proposer nourriture et draps propres en plus des nouvelles du jour. Raphaël parut étonné lorsqu'elle lui demanda la quantité de sang qu'il souhaitait boire. Elle ne répondit que par son sourire bienveillant de grand-mère et descendit remplir une carafe de sang, chaud et fraîchement prélevé, judicieusement conservé dans un récipient conçu pour garder la chaleur des aliments. Elle rapporta le tout à l'étage et changea les draps. Elle ne le montrait pas mais la vieille gouvernante était très nerveuse et ne trouvait un échappatoire que dans le ménage. Enfin, elle s'éclipsa et laissa le couple seul.

Eulalia s'était penchée sur le quotidien et ce qu'elle y lut lui fit perdre tout espoir. Tremblante de rage, elle s'assit sur le lit avant d'expliquer aussi calmement qu'elle le put, ce qui était advenu ces derniers jours. Raphaël pesta, comme elle s'y attendait, et se laissa tomber sur le lit. Bien qu'elle n'avait pas traité le Comte de tous les noms, elle n'en pensait pas moins.
La jeune femme le regarda et vit qu'il pleurait. Il le cachait avec son bras mais le tissus présentait de toutes nouvelles taches d'humidité au niveau de ses yeux. Elle baissa les yeux, ne sachant que dire. Elle aussi était en colère, frustrée.

Le Vampire s'énerva à nouveau, appuyant cette fois sur la stupidité de leur acte. Ils n'auraient jamais dû agir si vite... Eulalia alla se blottir contre lui et, d'une main tremblante, elle essuya les larmes de son amant. Elle était bouleversée elle aussi et ses yeux étaient brillants de larmes prêtes à couler. Le bras de l'Ange Blanc autour d'elle lui procura un peu de réconfort, mais ce n'était malheureusement pas suffisant en cette heure sombre.

Il lui confia alors qu'ils devaient partir. Il avait raison, ils n'étaient plus en sécurité ici... Mais où iraient-ils ?


- Tu as raison... Si ce n'est pas lui qui vient, ce sera le Scotland Yard... Et nous n'aurions pas pu rester longtemps... Maintenant que mon père est mort, le Presbytère va revenir au prochain pasteur que l'évêque décidera de nommer.

En disant ces mots, Eulalia se retrouva face à une réalité qu'elle avait toujours occultée. Cette maison n'avait jamais réellement appartenu à sa famille. Ce n'était qu'un logement de fonction... Après l'enterrement, elle se verrait contrainte de déménager. Quelle cruelle réalité... Elle devrait tourner le dos à cette maison et à tous les souvenirs qui s'y rapportaient. Une épreuve de plus pour la jeune femme...

Ils n'avaient pas le choix, comme le disait son amant. Elle acquiesça mais se redressa un peu lorsqu'elle l'entendit dire qu'elle devait elle aussi fuir. Le Comte l'avait vue elle aussi mais si elle fuyait, il ne resterait plus aucun espoir pour disculper Alexender et Raphaël. Elle n'était pas accusée, il fallait qu'elle profite de cette chance de se battre ! Pour lui, pour ses amis... Elle ferait mordre la poussière à ce fossile décoloré par les âges.
Cependant, elle ne dit rien, craignant qu'il ne s'énerve si elle lui exposait ses plans, ce qui, au demeurant, aurait été justifié.

Lorsqu'il parla des autres, elle se sentit mal à l'aise. Il ne savait pas non plus... La gorge serrée, elle le regarda et lui confia:


- En réalité... Il n'y a qu'Alexender et ses domestiques qui ont pu s'échapper avec nous... Sarah est, aux dernières nouvelles, avec ses parents. Quant à Stan... Je ne l'ai pas vu une seule fois. Je crains qu'il ne soit mort ou qu'il ne se soit enfui. Alexender est remis de ses blessures les plus graves mais il est encore faible... Il n'a pas ta capacité de régénération, malheureusement. Mais Marguerite et Suzanne ont fait de l'excellent travail, il devrait pouvoir se déplacer ce soir si tout se passe bien.

Raphaël la regarda et lui fit observer qu'elle devrait arrêter d'utiliser ses pouvoirs sur lui. Elle fit une petite moue sceptique et s'approcha de lui.

- Ne me redis jamais ça. Tu vaux autant que les autres ! Si j'ai utilisé mon pouvoir, c'est parce que ton état était tout aussi critique que celui d'Alexender. Et tu te régénérais trop lentement... Ne t'en fais donc pas...

Il embrassa son front, tendrement. Ce geste presque fraternel la fit sourire. Mais ce sourire retomba bien vite lorsqu'il parla de sa monstruosité. Elle secoua la tête et caressa la joue du jeune homme, d'une froideur de marbre.

- Non, Raphaël... Un monstre ne m'aurait pas embrassée comme tu l'as fait. Un monstre n'aurait pas été prêt à sacrifier sa vie pour protéger un humain qui, par dessus le marché, a voulu le tuer. Jamais tu ne ressembleras à Fiora ou au Comte... Crois-moi.

Il s'excusa à nouveau pour la morsure. Elle se contenta de lui adresser un sourire protecteur. Lorsqu'il se rendit compte qu'elle avait enlevé son chapelet, elle le rassura, posant une main sur son épaule.

- Je le remettrai ne t'inquiètes pas... Plus tard...

Elle resta évasive, préférant ne pas en dire plus sur la raison qui l'avait poussée à enlever cette chose qui aurait pu blesser son amant.
Puis, il se demanda où ils pourraient aller. C'était en effet un problème. Elle réfléchit, le regard tourné vers le vague.


- Je ne sais pas... La solution la plus judicieuse serait de quitter Londres... Mais il y a aussi l'East End. Le Yard aura beaucoup plus de mal à vous retrouver au milieu de toutes ces personnes entassées les unes sur les autres... Et puis les taudis sont de vraies souricières, bien pratiques pour échapper à la surveillance de la police. De plus, dans certains quartiers, la haine envers le Yard est tellement tenace qu'on pourra vous cacher... Du moins je l'espère. Il ne faut pas oublier que l'inconvénient de cette cachette est que l'endroit pullule de Vampires.

Ils semblaient vraiment coincés en cet instant et Eulalia ne savait pas où donner de la tête. Ce Comte Keï avait vraiment bien réussi son coup... Elle ruminait ses pensées quand il lui prit la main avec une présence et une force qui la fit sursauter. Il posa ensuite sa tête contre sa poitrine. Intriguée, elle lui caressa les cheveux, pleine de tendresse.

- Raphaël, que se passe-t-il?

La réponse tomba comme un couperet . Eulalia resta abasourdie. Les larmes lui montèrent aux yeux. Ce n'était pas possible ? Non, il ne pouvait pas les quitter, pas maintenant ! Après tout ce qu'ils avaient traversé ensemble... Le visage de la jeune femme se décomposa et elle bredouilla d'une voix atténuée par des sanglots naissants :

- Mais pourquoi... ?

Il lui expliqua calmement les raisons de son choix. Il avait raison en partie, il était dangereux, ils ne pouvaient pas rester ensembles sans risquer un drame... Mais la jeune femme refusait cette mesure. Il devait y avoir un autre moyen ! Ils ne pouvaient pas se quitter alors qu'ils venaient juste de découvrir la profondeur du lien qui les unissait. Elle allait protester lorsqu'il l'embrassa, longtemps. Elle s'abandonna à son étreinte et lui rendit son baiser, blottie dans ses bras. Lui non plus ne voulait pas la perdre mais ils n'avaient pas le choix...

Il la regarda ensuite. Lui aussi était au bord des larmes. Ils devaient se quitter... Mais c'était si douloureux ! Dans la bouche de Raphaël, ces mots sonnaient comme des adieux. Ils ne se reverraient plus jamais... Non, non ! Elle ne voulait pas l'oublier, surtout pas ! Le laisser seul, sans personne pour veiller sur lui... Il aurait besoin de se nourrir, quelqu'un devait veiller sur lui ! Sans armes, comment ferait-il ? Il semblait déterminé à trouver le Comte... Mais les autres Hunters seraient-ils aussi compréhensifs ? Ne le tueraient-ils pas dès qu'ils auraient appris sa nature ?

La jeune femme sécha ses larmes et regarda le jeune homme dans les yeux.


- Je ne peux pas... C'est au-dessus de mes forces, Raphaël, je ne peux pas te laisser partir ! Que feras-tu tout seul ? Et.... Et si tu ne trouves pas d'autres Hunters ? Et si le Comte te trouve ? Je... Je comprend que tu veuilles partir, mais... Je ne pourrais pas t'oublier... Oh, bon sang, je t'aime ! Je ne pourrais jamais t'oublier ! Promet-moi... Promet-moi qu'on se reverra... Je... Je ne veux pas que tout ce que nous avons vécu ne soit vain. Je t'en prie...

Eulalia baissa les yeux, désespérée. Il la força à le regarder à nouveau. Il lui demanda de remettre tout sur ses épaules pour qu'elle puisse se sauver. Elle devait vivre... Des larmes coulèrent de ses yeux. Elle hocha la tête.

- Je me débrouillerai... Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour vous disculper. Pour qu'Alexender et Sarah puissent s'aimer au grand jour, pour que tu me reviennes sain et sauf... Oh, Raphaël, dis-moi que tu reviendras un jour... Je... Je ne peux plus imaginer de vie sans toi.Elle se serra dans les bras de son amant et gémit. Je veux rester avec toi... Tu es tout ce qu'il me reste...

Après un long moment, elle se leva. Elle devait donner des directives aux domestiques pour que tout soit prêt ce soir.

- Il faut aller prévenir Alexender... Je reviens...

Sans plus rien dire, elle quitta la chambre pour aller retrouver les domestiques. Elle ne les trouva pas dans la chambre mais entendit du bruit au rez-de -chaussée. Elle descendit à pas de loup, prenant bien soin de cacher la marque de morsure à la vue de ses amis. Alexender était dans le salon, en train de prendre son déjeuner. Elle tapota timidement sur le chambranle pour attirer son attention avant de rentrer et de s'asseoir sur un fauteuil.

- J'espère que votre rétablissement se passe comme prévu, Sieur Von Ravellow...

Elle joignit ses mains en déglutissant, quelque peu mal à l'aise. Comment lui expliquer qu'ils allaient devoir partir dès ce soir ? Elle s'en voulait de les mettre ainsi à la rue. Si seulement elle n'avait pas mêlé ses parents à l'affaire ?! Ils auraient eu un temps de répit...

- Cet endroit n'est plus sûr... Il faudra que vous partiez dès la tombée de la nuit. Quittez Londres, réfugiez-vous dans les bois, allez le plus loin possible.

Eulalia alla fouiller dans un tiroir et en tira une bourse. Les économies de ses parents se trouvaient là. Il y avait une belle somme qu'elle répartit équitablement. Elle en donna une partie importante au jeune noble. Il fallait qu'il y ait assez pour lui et ses deux domestiques.

- J'espère que cela suffira pour tenir le plus longtemps possible... Fouillez la maison, le grenier, prenez tout ce dont vous avez besoin, je vous l'offre. Demandez à Mrs Patterson si vous avez besoin de nourriture et n'hésitez pas. Elle vous fournira des vêtements pour vous travestir, il ne faut pas que l'on vous reconnaisse...

Elle marqua une pose et se mordit la lèvre.

- Messire Veneziano partira de son côté... Il... Il se pense trop dangereux pour nous. Et il a raison, je dois l'admettre. Il a prévu de continuer à pourchasser le Comte de son côté. Quant à moi... J'emménagerai probablement chez ma marraine après l'enterrement de mes parents. Pour l'instant, je suis la victime dans cette sordide affaire. Je pourrai me servir de cet atout pour vous innocenter, je vous promet de faire mon maximum.

Après quelques minutes, elle se leva. Son teint était blanc à faire peur. La jeune femme avait beau se maîtriser, on pouvait voir qu'elle était triste.

- Si vous me le permettez... Je... J'ai des adieux à faire.

Elle retourna ensuite dans sa chambre, d'un pas lent et terriblement las. Elle pénétra dans la pièce et ferma la porte avant d'aller fouiller dans sa malle. Elle en sortit sa rapière. Plus légère qu'Ira, c'était néanmoins une arme du même acabit. La jeune femme tendit l'épée dans son étui au Vampire, ainsi que la bourse qui contenait la seconde partie des économies.

- Tu auras besoin de ça, si tu te retrouves dans une situation délicate... Je te conseille également de dissimuler ou de teindre tes cheveux dès que tu en auras l'occasion. J'ai ici des chapeaux et des capes, mais pas d'onguent pour changer leur couleur... Je suis désolée...

Elle alla ensuite fouiller dans sa boîte à bijoux et en sortit un pendentif en cuivre qu'elle n'avait jamais mis car elle le trouvait trop lourd. Il s'ouvrait et l'on pouvait mettre quelque chose à l'intérieur.
Lally s'empara d'un petit ciseau et coupa une mèche de ses longs cheveux qu'elle enroula et cacha dans le bijou, avant de l'offrir à son amant.


- Ainsi, je serais toujours avec toi... Elle marqua une pause pour déglutir avant de reprendre. J'ai une dernière chose à te demander.

Eulalia se leva et verrouilla la porte de sa chambre. D'un pas lent, elle s'assit à côté du Vampire et plongea ses yeux dans les siens.

- C'est peut-être la dernière fois que nous nous voyons... Je ne le souhaite pas bien sûr, mais s'il arrive quelque chose à l'un d'entre nous, je regretterai d'avoir laissé passer ce moment. Raphaël, Je... Je veux t'appartenir corps et âme avant que tu ne partes. Fais de moi une femme... Ta femme.

Eulalia avait réfléchi à ce qu'elle avait demandé au Vampire. Ce n'était pas un simple désir né de la sensualité que lui avait procuré la morsure mais bel et bien un besoin, un vœu sorti tout droit du cœur d'une femme amoureuse.
La jeune femme posa ses lunettes sur la table de chevet puis se rapprocha encore de Raphaël et posa ses lèvres sur les siennes, le plus tendrement du monde. Elle attendit qu'il réponde à son étreinte avant de se faire progressivement plus hardie et sûre d'elle. Ses mains parcoururent à nouveau le torse de son amant avec douceur, avant de partir vers des zones encore inexplorées.

Le désir se faisait plus présent chez elle. Désormais, son amour pour Raphaël prenait une nouvelle dimension, plus adulte et réelle. Petit à petit, ses caresses touchèrent la peau froide du jeune homme, débarrassé de sa chemise. Leurs deux corps se rapprochaient sans cesse, liés par bien plus que le désir charnel. Ils ne vivaient plus que l'un pour l'autre et rien d'autre ne comptait. Lentement mais sûrement, les épaisseurs de tissus tombaient les unes après les autres, telles des feuilles d'automne.

Bientôt, ils se découvrirent dans la plus grande simplicité, tels Adam et Ève au commencement du monde. Eulalia n'était pas très sûre d'elle. En quelques jours elle venait de connaître l'amour pour la première fois et, à présent, elle allait franchir un cap encore plus important dans sa vie de jeune femme. Dans la semi-obscurité de la pièce, elle se serra contre le Vampire en soupirant d'aise et de plaisir. Elle allait enfin lui appartenir...


- Je t'aime Raphaël.

Ses yeux, camaïeu étrange de bleu, gris et vert, se plongèrent dans ceux de son amant, dont la couleur lui paraissait encore plus intense. Elle lâcha un discret gémissement de douleur lorsque le voile de sa pureté disparut. Là, dans le cocon protecteur de ses bras, elle se sentait en sécurité, immortelle.

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Dernière édition par Eulalia Grey le Dim 5 Mai - 18:08, édité 1 fois
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Raphaël Veneziano
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MessageSujet: Re: Dans le sang et les larmes [Hunters + Aria Hinoi] [11-12/03/42] Dim 6 Jan - 9:55

Dans la petite chambre du manoir des Grey, Raphaël et Eulalia discutaient de leur avenir. Ce dernier semblait incertain, et même cruellement sombre. Ils venaient d'échouer dans une confrontation affreuse avec le pire Vampire de la ville, ils avaient des morts sur la conscience et leurs chairs portaient les marques de leurs faiblesses. Leurs vies étaient encore en danger et il leur fallait maintenant trouver refuge ailleurs.
Raphaël fit une moue déconfite lorsque son amante lui expliqua que cette demeure allait être nécessairement confiée à une autre prêtre. La cruelle vérité était là : un être était vite remplacé par un autre dans cette société...C'était injuste. Eulalia avait vécu dans ce manoir avec ses parents et leur mort, plutôt que d'être un mal déjà bien suffisant, allait servir de prétexte pour enlever à la jeune femme son foyer. Ses souvenirs, ses joies, ses tristesses : tout allait disparaître. Ce n'était pas normal...


- Je...tu es sûre ? Fit-il timidement l'air terriblement attristé.

Où allait-elle donc aller ? Non seulement elle n'avait plus de famille mais en plus elle allait perdre son toit ! Il ne lui restait plus que sa domestique, cette vieille femme qu'il avait rencontré tout à l'heure.
Le regard du Vampire dériva sur la carafe de sang sur la table de nuit. Lentement, il dirigea sa main vers elle pour se servir un verre. Il n'avait pas faim mais la simple vue de ce liquide rougeoyant lui suffisait pour qu'il ai envie de le boire. Mais au premier contact du liquide avec ses lèvres, il grimaça et recracha dedans ce qu'il avait dans la bouche. C'était infect. Le sang d'Eulalia paraissait le plus magique des nectars à côté de ce résidu d'hémoglobine. Raphaël baffouilla une excuse en reposant le verre avant de s'en éloigner franchement.

Puis Eulalia lui apprit que seul Alexender et ses domestiques étaient avec eux sous ce toit. Raphaël écarquilla les yeux et grogna :


- Bon sang...Il doit être dans un état...

Le Vampire imaginait assez bien la réaction du rouquin lorsqu'il s'était éveillé sans Sarah à ses côté. A sa place, lui-même l'aurait cru d'abord morte puis, rassuré de la savoir chez elle, il aurait été tout aussi anéantit par la perspective de ne plus pouvoir l'approcher à cause de la mise à prix de sa tête. Quelle triste situation !

- Mais elle est en vie...c'est le principal.

Pour Stan, il n'y avait rien à faire. Raphaël ne l'avait tout simplement pas vu non plus. Si le Hunter était mort, c'était certainement dans un coin de rue non loin du théâtre...Triste fin...Étrangement Raphaël éprouva de la pitié pour lui : il ne l'avait rencontré que rapidement, sans avoir eu vraiment le temps de se connaître, et dès leur première mission il avait disparu....C'était bien regrettable.

Raphaël songea aux domestiques d'Alexender et à Sarah. Il avait de la chance de les avoir à ses côtés. Il était bon de savoir que le rouquin était entouré. Ses domestiques avaient même osé pénétrer dans l'édifice pour venir le chercher. C'était beau. Stan, lui, était un solitaire et cela lui avait coûté la vie. Lui-même, sans ses dons obscures et surtout Eulalia et ses pouvoirs de guérisons, n'aurait certainement pas survécu. Le Vampire soupira alors à son amante qu'il ne valait pas la peine qu'elle s'épuise pour lui. Sa régénération l'aidait bien et il ne voulait pas qu'elle souffre pour ses erreurs.
La réponse sèche et nette que lui fournit la belle le choqua presque : il n'avait pas son mot à dire, au moins cela était clair. Muet, il esquissa un petit sourire. Au fond, même s'il culpabilisait, cela lui faisait chaud au cœur de voir que la jeune femme voulait le soutenir au-delà de tout. Jamais encore Raphaël n'avait connu l'amour et surtout pas de relation réciproque.

Il l'embrassa sur le front, dans un murmure pour se qualifier de monstre en comparaison de ses bons soins. La jeune femme s'insurgea aussitôt, en douceur, pour lui faire passer l'envie de se croire aussi mauvais que les autres Vampires qu'ils avaient croisés. A ses yeux, Raphaël n'était pas un monstre. Ses remarques et exemples perturbèrent le Hunter qui ne savait plus où se mettre. Oui il l'embrassait, oui il avait défendu Alexender...c'était certes là des gestes aimables et tendres, mais il restait sa nature à combattre. C'était un Vampire et il venait de se jeter à son cou avec l'agressivité d'un tigre. Qu'y avait-il de beau là-dedans ? Si lui ne semblait voir que les mauvais côté de sa personne, Eulalia, elle, ne semblait s'attacher qu'aux bons. Au moins se complétaient-ils sur ce sujet sans même le vouloir. Ce qui restait risible, c'était l'inversion des rôles qui s'était opéré : une Humaine, chasseuse qui plus est, défendait un Vampire qui s'auto-flagellait pour sa nature...C'était tout de même comique, au fond.

Un regard sur la morsure ignoble qu'il lui avait faite, Raphaël serra contre lui Eulalia et se rendit compte qu'elle n'avait plus son chapelet. Alerté, il en fut quelque peu décontenancé mais la jeune femme le rassura aussitôt : elle le remettrait en temps voulu. Raphaël n'insista pas. Peut-être que la jeune femme avait maintenant peur de le blesser...mais peut-être aussi qu'elle ne voulait pas le porter à longueur de temps simplement parce que l'objet n'était pas toujours pratique ou agréable à son poignet. Il n'avait pas non plus son mot à dire à ce sujet-là.

Enfin fut soulevée la question de leur fuite : où pouvaient-ils donc aller se cacher ?
Eulalia n'avait pas plus d'idée que lui. Elle songeait à leur faire quitter Londres, ce qui semblait être la plus saine de toutes les décisions possibles. Mais elle pensa également à l'East End, ces quartiers miséreux où chiens et rats cohabitaient avec les hommes. C'était là que se réfugiait toute la fange de Londres. La peste y régnait encore et les histoires les plus glauques avaient toutes leurs sources en cet endroit. Mais surtout, comme elle le précisa judicieusement, c'était le coin le plus infesté de la capitale lorsqu'il s'agissait de parler de Vampires.
Raphaël grimaça. Oui, c'était là le pire endroit possible pour lui. La misère frôlait la folie à chaque coin de rue et les Vampires laissaient pourrir des cadavres par dizaines chaque soirs. Les maladies rongeaient les Hommes et la race aux longues canines dévorait les plus vigoureux. C'était un lieu de perdition où catin et mafieux passaient leur temps sur le pas de leur porte à trafiquer quelques nouveaux coups fumants.


- Hors de question. Fit le Hunter d'un air décidé. Je ne quitterai pas Londres mais je n'irai pas non plus moisir dans un pareil endroit. L'East End me...

Il laissa sa phrase en suspens. Oui, l'East End le terrifiait. Cet endroit aurait sa peau si ce n'est celle de tout ceux qu'il croiserait. Raphaël pensait fermement qu'une vie de criminel dans cette partie de Londres le rendrait fou. Il avait vécu bien des choses horribles dans sa jeunesse et il avait déjà erré dans les rues les plus infâmes de Londres. Mais il ne se sentait plus capable d'endurer ce genre de situation.

- Je ne peux pas. Je deviendrai comme tous les Vampires qui y traînent leur vermine...Je me mettrai à boire le sang Humain pour de bon...

Il fallait trouver une autre solution. Alexender et ses domestiques devaient se cacher. Sarah aussi. Et Eulalia également...Mais lui, il ne comptait pas s'enterrer dans quelque trou pour se faire oublier. Mais surtout, il ne voulait plus risquer de blesser personne. Rester dans ce groupe n'était plus possible pour lui. Alexender avait raison. La nouvelle morsure qu'il venait de faire subir à Eulalia était la preuve que sa présence ne pouvait être qu'un danger pour tous. D'ailleurs, si leurs plans avaient échoué au théâtre, n'était-ce pas de sa faute ? Son aura avait certes attiré à lui Fiora et ses sbires, ainsi qu'une partie des Vampires du Comte, mais n'avait-il pas allumé le feu trop tard ? Et n'avait-il pas ramené avec lui cette furie, manqué de perdre Eulalia et finalement énervé le Comte au point que sans l'intervention de Thaddeus ce dernier serait mort ? D'un certain point de vue, il l'avait sauvé, mais du sien, il n'avait été bon qu'à faire une diversion ridicule avant de se prendre une râclée par la Vampire qu'il n'avait pas réussi à tuer à Milte & Co ! Et puis, si le Scotland Yard les cherchait tous, c'était bien à cause de lui ! Il les avait croisé en sortant du bâtiment en feu et il s'était délibérément échappé de leurs griffes pour se jeter dans le théâtre. Sa coiffure était trop reconnaissable et son nom avait été bien assez prononcé pour qu'il ignore qu'à ce moment-là la police l'avait déjà bel et bien identifié ! Ce n'était pas tellement le Comte qui les avait lancé à leurs trousses...

La tête sur la poitrine d'Eulalia, il lui annonça son départ. Elle devait suivre les autres et s'enfuir, mais, lui, il ne les accompagnerait plus. Sa soif, son aura, sa haine : tout en faisait un danger et il refusait de porter à nouveau le poids de la culpabilité sur ses épaules. Les yeux d'Eulalia brillèrent tandis qu'ils s'emplissaient de larmes. Raphaël l'accueillit dans ses bras tandis qu'elle éclatait en sanglots dans un désespoir attendrissant. Lui non plus ne voulait pas la quitter, mais c'était mieux ainsi, c'était certain.


- Moi non plus...je ne pourrai pas t'oublier...Mais c'est le mieux que nous ayons à faire...

Ses yeux d'azur s'étaient aussi remplis de larmes. Sa compagne sanglotait contre-lui et cela lui brisait le cœur. Il rêvait d'une vie à ses côtes, d'une vie tranquille, loin de toute cette agitation. Mais il fallait maintenant redescendre sur terre : c'était un Vampire, elle était Humaine, il était poursuivi, sa tête était mise à prix...trop de choses les séparaient.
Raphaël resta muet, la gorge serrée. Il caressait doucement les épaules d'Eulalia pour la rassurer un peu mais il n'avait plus les mots pour la calmer : lui-même était dans un gouffre de profonde tristesse.


- Je reviendrai...je te le promets...Toujours, jusqu'à ce que tu ne veuilles plus de moi...

Raphaël chercha les lèvres de son amante. Baigné par ses larmes, il les lui essuya gentiment d'un air grave. Il ne savait plus quoi dire et ils restèrent ainsi silencieux, dans leur affliction partagée.

Au bout d'un moment, Eulalia se ressaisit enfin et elle décida d'aller prévenir Alexender et ses domestiques de leur prochain départ. Même s'ils étaient tous encore convalescents, il fallait maintenant prendre des mesures rapides.

Seul dans la chambre, Raphaël s'assit sur le bord du lit. Son regard revint lentement sur les rideaux. Ces derniers brillaient d'une lueur orangée derrière leur lourde masse de velours. Que n’aurait-il pas donné pour voir le soleil ! Il lui semblait que toute sa vie allait désormais être plongée dans la plus sombre de toutes les geôles du monde ! Sans Eulalia...qu'allait-il devenir ? Son cœur ne pouvait pas imaginer son absence. Il l'aimait, oui, pour tellement de raisons et pourtant si peu à la fois...Ils ne se connaissaient presque pas mais leurs regards, leurs mots, leurs gestes : tout les avait rapproché en secret et finalement liés. Cette terrible situation, cette morsure imprévue, ces confidences tragiques...En quelques jours ils avaient vécu l'équivalent d'une semaine, d'un mois, d'une année ! L'urgence de la situation les avait présenté l'un à l'autre dans leur plus sincère apparence. Le mensonge ne ferait jamais partie de leur relation, c'était évident.

Alors que le Vampire songeait à tout cela, Eulalia revint dans la chambre. Raphaël l'accueillit avec un pâle sourire. La jeune femme lui donna alors sa rapière et une bourse pour son exil. Le Vampire tiqua.


- Mais toi... ? Tu en auras peut-être plus besoin que moi...

Mais la belle ne voulait rien savoir et, abandonnant dans ses mains l'arme et l'argent, elle s'éloigna à nouveau pour aller quérir un petit pendentif de cuivre. Raphaël posa la bourse sur la tabel de nuit, près de la carafe, et la rapière au sol avant de se rasseoir pour attendre Eulalia. Il pensait alors à ce qu'elle venait de lui dire au sujet de ses cheveux : les teindre...Oui, c'était une idée qui ne lui avait jamais traversé l'esprit. Maintenant qu'elle était là devant lui, cela lui paraissait ridicule qu'il n'y ait pas songé avant !
Eulalia se rapprocha alors de lui, le sortant de ses pensées. Elle se coupa une mèche de cheveux. Raphaël ouvrit la bouche pour contester mais le geste avait déjà été exécuté avant même qu'il ne puisse dire un mot. Accueillant le pendentif dans le creux de ses mains, il serra poing autour et embrassa l'objet avant de ramener ses yeux brillants dans ceux de son amante.


- Merci...murmura-t-il la gorge serrée.

Eulalia eut alors un regard étrange qui alarma le Vampire. Dans ses yeux était passé une lueur d'hésitation. Elle se leva alors et s'éloigna vers la porte. Raphaël pensa qu'elle avait une autre relique à lui offrir pour son exil. Mais lorsque la belle verrouilla la porte, son cœur manqua un battement. Une relique...oui...elle voulait bien lui en offrir une autre...Mais ce n'était pas n'importe laquelle...C'était la plus précieuse de toutes.

Lorsque la jeune femme s'assied à côté de lui pour lui demander de la "faire femme", Raphaël se sentit non seulement rougir mais aussi se tendre d'une manière particulière. Son cœur s'affola lorsque la belle posa ses lunettes sur la table de nuit avant de s'approcher tendrement. Elle l'embrassa alors plus sensuellement que les autres fois. Raphaël fut maladroit, hésitant et soudainement angoissé. Que devait-il faire ? En avait-il seulement le droit ?
Eulalia se rapprocha encore. Les yeux du Vampire ne savaient plus où se poser.


- Mais...je n'ai jamais...

Il bégaya un peu mais, au baiser de son amante, il céda lentement pour lui répondre avec la même sensualité. Il laissa alors Eulalia le pousser en arrière et il se retrouvèrent bientôt allongés tous les deux sur ce grand lit moelleux dont les relents de lavande odoriféraient l'atmosphère comme un printemps nouveau. Le Vampire laissa la jeune Humaine parcourir son torse et lui enlever doucement sa chemise. Ses bandages étaient un peu gênants mais la belle ne sembla pas s'en soucier outre mesure. Tout deux prenaient simplement garde à ne pas les déranger. Raphaël se mit alors à répondre de plus en plus aux gestes délicats de la jeune femme. Il l'embrassa à son tour avec plus de fougue et la serra dans ses bras comme jamais encore il ne l'avait serrée. Ses mains passèrent dans ses longs cheveux et dégagèrent sa nuque pour la caresser. Puis, après quelques minutes de tendresses bienséantes, ses doigts cherchèrent les lacets, les agrafes et les boutons qui ouvraient chaque vêtements de la belle. Cette dernière avait déjà amorcé l'effeuillement de son partenaire et bientôt ils se retrouvèrent tout deux dans leur plus simple appareil. Leurs corps nus furent alors l'un contre l'autre. Raphaël était froid, très froid, tandis qu'Eulalia dégageait une chaleur époustouflante.

Enfin, Raphaël se fit plus hardi. Ses mains serrèrent la taille de son amante et son souffle s'accéléra. Il embrassa d'abord sa bouche, puis sa joue, son cou...Il descendit le long de sa gorge, embrassant chaque parcelle de peau qui s'offrait à lui. Puis il descendit vers sa poitrine, encore jeune. Elle était douce et chaude. Il en embrassa les contours, appuyant sa tempe contre elle pour la sentir. Puis il frotta sa joue sur ce coussin de velours incroyablement soyeux. Les seins d'Eulalia étaient rebondis, fermes et parfumés. Ils étaient en forme de poires, magnifiques. Alors que Raphaël n'avait jamais été foncièrement attiré par ce genre d'attribut féminin, il en découvrait toute la splendeur. Peu à peu, sa bouche continua son chemin, passant sur ses côtes flottantes puis son ventre. Ce dernier était parfait, si plat et si chaud...Puis le Vampire embrassa ses hanches. Elles étaient rondes comme les pommes, douces comme la pêche et pointues, aussi, comme si elles formaient un panier dont il ne manquait plus que l’anse. En soit, cette image était vraie : qu'était donc le bas-ventre d'une femme si ce n'était le réceptacle de la vie ? Tout les fruits de la nature se trouvaient là, rassemblés en un. Alors Raphaël alla encore plus loin. Laissant son souffle passer sur les reins de sa belle, il s'attarda un peu dans le creux de ces derniers : là passait une grande veine, l'artère fémorale. Le Vampire la sentit pulser sous lui. Ses doigts la trouvèrent lentement et son cœur se figea un instant : l'idée d'y mordre attisa sa soif. Mais il se contrôla soudainement pour continuer à descendre. Bientôt, il atteignit la source de son plaisir et de celui d'Eulalia. Il s'y arrêta lentement pour l'embrasser puis la caresser tendrement de ses longs doigts d'albâtre. Sa langue trouva aisément le chemin qui menait aux soupirs de la jeune femme. Raphaël tremblait légèrement. Tout son corps était en tension, précautionneux et excité. Il craignait les faux pas et son propre plaisir lui faisait un peu peur.
Au bout de quelque longues minutes qui furent à ses yeux les plus belles qu'il ait pu vivre jusqu'à présent, le Vampire se redressa. Dominant sa partenaire, il passa par-dessus elle et s'allongea sur son petit corps en prenant garde de ne pas l'écraser. Tout en caressant sa taille, ses hanches, ses cuisses, il lui embrassa encore le cou à maintes reprises, allant jusqu'à lécher l'endroit où il l'avait mordue la veille. La plaie de la belle était encore vive mais la salive du Vampire avait un don d'anesthésie qu'il ne lui connaissait pas encore. Sa bouche rencontra une nouvelle fois celle d'Eulalia, son regard brillant se perdit dans ses cheveux, puis, lentement, il la mordit en même temps qu'il la pénétra. La douleur de cette étreinte fut atténuée en ce que la belle fut perdue l'espace d'un instant entre la sensation de la pénétration et celle de la morsure. C'était volontaire. Raphaël ne voulait pas lui faire de mal. Cette technique apportait en outre une double sensation de plaisir. Non seulement le couple sentait alors tout le piquant de leur acte premier, mais en plus la vague de plaisir due à la morsure fut presque entièrement synchronisée avec celle que ce dernier leur procurait. Raphaël releva la tête en poussant un soupir puis il attrapa les cheveux de son amante, sans brusquerie, pendant que de l'autre main il accompagnait son nouveau mouvement en lui tenant une hanche. Ils étaient collés l'un à l'autre, entièrement soudés, sans que rien ne puisse les séparer, jamais.


- Dis-le...fit-il doucement dans le creux de son oreille. Dis-le si je te fais mal...

Ses mots se perdirent dans un nouveau soupir. Son front perlait de sueur et ses cheveux lui tombaient sur une moitié de son visage. Bientôt, il se décolla un peu d'Eulalia pour la regarder tout en continuant son mouvement. Elle était magnifique. Dans la pénombre, il la voyait parfaitement, même si sa vision restait celle d'un animal et qu'il ne percevait pas toutes les couleurs. Elle, elle pouvait l'apercevoir un peu grâce à la lumière du soleil qui tentait de percer les rideaux au bout de la pièce. Dans tous les cas, cette atmosphère les confinait dans un écrin tamisé empli de douceur et de joie.
Leur étreinte dura un bon moment. En effet, Raphaël ne voulait pas se presser et, malgré le plaisir immense que son corps accueillait à chacun de ses gestes, il tint pour prolonger leur extase. Attentif au moindre soupir, de plaisir ou de douleur, que pouvait pousser Eulalia, il se fit de moins en moins maladroit et gagna peu à peu en force et en assurance. Ses muscles se tendirent et, en équilibre précaire sur ses deux bras, il pris entièrement possession de la jeune femme. Dans un mouvement de crispation, il soupira en s'agrippant à l'oreiller derrière la tête d'Eulalia. Il serra ses crocs et manqua de se mordre la lèvre tant cette sensation d'extase l'emplissait de bonheur. De ses yeux clairs roula une larme qui vint mourir contre son poing fermé sur la taie déjà trempée de sa sueur.

Muets, haletants et secoués de spasmes, les deux amants restèrent silencieux un bon moment après leur jouissance. Raphaël s'écarta un peu, s'allongeant après de son amante pour la libérer de son poids et la laisser respirer. Il lui tenait une main, serrée comme jamais dans la sienne. Il ne voulait plus la quitter.
Mais bientôt d'autres sensations vinrent remplacer celle de l'extase : la faim et la fatigue. Cette "petite mort" avait des effets secondaires, pour tous. L'effort que le corps fournissait dans ce genre d'acte charnel rendait les muscles indolents pendant un moment, comme-ci la jouissance les avait paralysés, et l'estomac était le premier à réclamer son dû. Poussant un soupir plus long que les autres pour reprendre son souffle, Raphaël s'assied au bord du lit et bu d'une traite son verre de sang. Il était presque froid et le Vampire manqua de le vomir immédiatement. C'était déjà à la limite du sang mort. Raphaël toussa, fortement, et grimaça en se ressuyant les lèvres.


- Excuse-moi...fit-il pour Eulalia avant de reposer son verre vide.

Puis il revint sous la couverture se blottir contre la belle. Il la prit dans ses bras et appuya son front contre le sien.
Il avait tellement de choses à lui dire en cet instant. Il voulait lui demander si tout allait bien, il voulait s'assurer qu'elle l'avait bien vécu, il voulait lui déclarer encore son amour...Mais cette situation était bien embarrassante. En vérité, Raphaël n'avait jamais eu aucune relation de ce genre. A près de 50ans d'existence, il n'avait encore jamais fait l'amour. C'était une première pour lui aussi.


- Je...

Après tout, il valait peut-être mieux rester silencieux...Il sentait l'odeur sensuelle d'Eulalia. Leurs fluides c'étaient mêlés et Raphaël avait déchiré l'hymen de la belle. Son sang avait perlé lentement et certainement taché le lit...Que pouvait-il lui dire ? Le Vampire se sentait soudainement bien désarmé face à la situation. Fallait-il la rassurer ? Fallait-il la soulager de quelque mal ?

- Souffres-tu ? Demanda-t-il au bout d'un moment. Est-ce que...ça va ? Je ne t'ai pas fait trop mal ?

L'air gêné, Raphaël l'embrassa sur le front et lui sourit :

- Je...pour moi aussi...c'est une première...

Remontant galamment la couverture sur la poitrine de sa compagne, le Vampire se posa contre le dossier du lit. Il ferma les yeux en soupirant d'aise. C'était comme s'il venait d'être libéré d'un poids phénoménal qu'il portait sur ses épaules depuis toujours. Cette sensation de plénitude l'envahit d'autant plus qu'il aimait véritablement Eulalia.
Il lui jeta un regard, doux et compatissant. Mais bien vite une sensation plus désagréable vint lui tourmenter l'esprit : la culpabilité. Il venait de prendre à cette jeune femme son pucelage, sans même qu'ils ne soient mariés. Il venait de la déflorer sans même se retenir. Même si c'était elle qui le lui avait demandé, il ne pouvait s'empêcher de s'en vouloir. Ce n'était qu'un Vampire...Un Vampire en fuite...Que pouvait-elle bien faire de tout cela ? Si elle reprenait vie dans le monde des Hommes et qu'elle se trouvait un mari, cela ne lui poserait-il pas d'énormes problèmes sociaux ?
A cette idée de mari, Raphaël fronça les sourcils. Imaginer Eulalia dans les bras d'un autre lui perça le cœur d'un poignard invisible. Jamais il ne l'accepterai ! Surtout pas maintenant qu'il lui avait laissé à la fois sa marque et son essence. Eulalia était sienne !

Serrant un peu plus ses mains autour de la belle, le Vampire fut pris d'une soudaine mélancolie. C'était une partie du contre-coup tout à fait naturel après l'acte charnel mais c'était également lié à leur situation, évidemment. Que faire désormais ? L'idée d'abandonner Eulalia derrière lui le torturait ! Retourner à son errance solitaire, après tout ce qu'ils avaient vécu, après cet extase magnifique, était une véritable punition.
Raphaël songea alors à Dieu. Écarquillant les yeux, il frémit. Laissant soudainement Eulalia, il se signa et posa son front contre la couverture devant lui. Il se mit à murmurer en latin des paroles de supplication. Il avait péché. Honteusement péché. Il avait pris l'innocence d'une jeune femme ! C'était terrible. Maintenant il réalisait la portée de son acte : le péché de la chair...dans toute sa splendeur...Les événements qui venaient de les bouleverser tous lui avaient complètement fait oublier sa foi. Crispant ses mains sur la couverture, il gémit :


- Mon Dieu...qu'ai-je fait... ? Ho pardonne-moi...

En son fort intérieur, le Vampire se maudissait à nouveau. Non seulement c'était un monstre qui baignait dans le sang, mais en plus c'était maintenant un pécheur de la chair ! Il ne savait plus où se mettre. Eulalia l'avait tenté et elle avait maintenant perdu ce qu'il y avait de plus cher sur Terre : son innocence.

Revenant contre le dossier du lit, le Vampire regarda le plafond et ferma les yeux. Sa respiration se calma peu à peu. Lentement, il reconsidéra tous les concepts religieux qu'il avait appris. C'était trop tard, il ne pouvait plus revenir en arrière. Fallait-il le regretter ? Devait-il faire pénitence pour son acte ? Comment se le pardonner ?
Son silence devint pesant. Puis, tournant ses yeux d'azur vers la jeune femme, il lui pris les mains.


- Eulalia, fit-il soudainement avec un sérieux presque choquant. Je ne regrette rien.

Il sourit alors à la jeune femme. Sa crainte n'était pas passée mais il reléguait les principes divins au second plan. Il était temps, pour lui, de voir le monde autrement.
Il embrassa la belle avec fougue et l'allongea à nouveau pour se coller contre elle. Tendrement, il lui remit quelques mèches derrière les oreilles.


- Mais, toi qui est fille de prêtre, prie pour notre âme lorsque tu en auras l'occasion...Nous sommes des pécheurs...

Il était on ne peut plus sérieux. Raphaël comptait bien prier pour eux deux. Il ne voulait pas voir son âme livrée au Diable. Lui qui combattait pour racheter sa nature, ne pouvait pas se permettre de tout perdre pour une envie. Mais...était-ce réellement ce qu'il pensait en cet instant ? Au fond, il jouissait encore de ce qu'ils venaient de concrétiser tous deux.

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Eulalia Grey
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Race : Humaine (Chasseuse de Vampires)
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Emploi/loisirs : Huntress / Lire le journal, peindre, jouer du piano
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Proie(s) : Lally pourchasse les Vampires qui tuent pour se nourrir.
Crédit Avatar : Moi (d'après une photo de Mia Wasikovska)
MessageSujet: Re: Dans le sang et les larmes [Hunters + Aria Hinoi] [11-12/03/42] Mer 9 Jan - 17:13

Dans le petit presbytère de Bloomsbury Square, l'heure n'était pas à la fête. Eulalia et ses alliés faisaient face à une situation des plus critiques. Raphaël et Alexender étaient désormais recherchés pour meurtre et il fallait les dissimuler aux yeux des autorités. Bientôt, Eulalia devrait quitter sa maison, là où elle avait passé toute sa vie. Ce serait une épreuve des plus difficiles... Elle avait déjà dû se séparer de ses parents du jour au lendemain, sans y être préparée. A peine avait-elle envisagé de faire son deuil que, déjà, elle réalisait que tous les meubles, tous les objets du quotidien qui la rattachaient à sa famille seraient laissés à un total inconnu, alors qu'elle recommencerait une nouvelle vie ailleurs, dans un manoir qu'elle n'avait jamais arpenté.

Toutes ces armoires où sa mère rangeait le linge fraîchement lavé, ce piano sur lequel elle avait répété ses gammes maintes et maintes fois, ce petit jardin dans lequel son père cultivait des fleurs de toutes les couleurs pour fleurir l'église St George, cette cuisine où elle avait dû ingurgiter de force son porridge lorsqu'elle était enfant et, plus que tout, cette odeur caractéristique de son logis, qu'elle ne retrouverait nulle part ailleurs... Elle devrait dire adieu à tout cela. Oh, bien sûr, elle emporterait les effets personnels les plus importants à ses yeux mais pouvaient-ils seulement remplacer les vingt ans qu'elle avait passé ici ?

C'était un nouveau malheur qu'elle subissait désormais de plein fouet. Dans moins d'une semaine, elle quitterait cet endroit pour ne jamais y revenir... Il faudrait oublier, recommencer quelque chose de nouveau ailleurs. Ainsi allait la vie.
Maintenant qu'elle y repensait, Eulalia avait du mal à se rappeler qu'il y avait à peine deux semaines, elle rêvait simplement d'une existence rangée au bras d'un mari convenable et entourée de trois ou quatre bambins souriants. Son existence venait de prendre un tournant irréversible, jamais elle n'aurait droit à cette vie à laquelle elle aspirait tant.

Elle essaya de ne pas se concentrer sur ces détails larmoyants pour le moment et répondit aux questions de Raphaël. Il était resté endormi trop longtemps et semblait un peu prit de court par les événements. Oui, Alexender était en vie, bien que salement amoché et Sarah n'était pas avec eux...
Eulalia avait beaucoup de peine pour le noble. Il venait de tout perdre, son titre, ses terres, sa dignité et, plus que tout, il venait de perdre la femme qu'il aimait.

La jeune femme posa son regard sur le Vampire et essaya de s'imaginer dans la même situation. Le pincement au cœur qu'elle ressentit à ce moment là lui fit clairement comprendre que c'était impossible. Les liens qui l'unissaient à cet homme étaient devenus étonnamment forts en très peu de temps. Les morsures qu'elle avait subi y étaient probablement pour quelque chose mais n'y avait-il pas aussi quelque magie dans ce qu'ils vivaient en ce moment ? Etait-ce le fruit du hasard ou bien une volonté Divine qui avait voulu qu'ils se rencontrent ce soir là, sur le toit du Queen's Head ?
Toujours était-il que pendant le court laps de temps qu'ils avaient passé ensembles, il s'était écoulé l'équivalent de mois entiers. Où cela les mènerait-ils maintenant qu'il était recherché par la police et menacé de mort ? Mieux valait ne pas le savoir. Les voies du cœur, tout autant que celles du seigneur, sont impénétrables...

Ils discutèrent un long moment de leur situation, des événements récents et à venir. Eulalia fit par deux fois de douces remontrances au Vampire qui insistait à nouveau sur la monstruosité de sa nature. En son for intérieur, la jeune femme savait que jamais elle ne pourrait effacer complètement les besoins morbides qui régissaient la vie de son amant. Elle aurait beau lui apporter soins, aide et affection, jamais elle ne pourrait lui rendre son humanité. Le soleil serait à jamais un feu destructeur pour lui, il ne se nourrirait jamais d'autre chose que de sang. Raphaël était et resterait un Vampire et elle ne pouvait rien y faire.
Néanmoins, la jeune femme essayait de faire voir le monde à celui qu'elle aimait d'une manière différente. Elle voulait le sortir de l'ombre, lui apporter le bonheur qu'il méritait. Si Dieu existait véritablement, pouvait-il vraiment abandonner une créature aussi pleine de bonnes intentions à son triste sort ? Eulalia ne pouvait le croire. Peut-être que si leurs routes s'étaient croisées, c'était pour qu'elle change quelque chose à la vie de l'Italien.

Plus tard, ils réfléchirent au meilleur endroit pour cacher les deux jeunes hommes aux yeux des autorités. La jeune Huntress avait pensé à l'East-End ce qui, au fond, était une solution bien peu viable pour eux. Trop de Vampires y pullulaient... Ce serait comme se jeter dans la gueule du loup ! Si les deux hommes parvenaient à échapper à la police, ils tomberaient probablement dans les griffes du Comte...
Pour la jeune femme, cette solution était définitivement exclue. Raphaël le lui exposa lui-même : Si les Vampires ne le tuaient pas, il finirait par s'en prendre aux humains à cause de la promiscuité des lieux. C'était trop dangereux pour lui.

Elle avait également émit l'idée de fuir la ville pendant quelques temps, jusqu'à-ce que l'affaire se tasse mais cette solution ne plaisait pas au jeune homme. Eulalia le comprenait, dans un sens. Il aurait peut-être l'impression de fuir ou de s'avouer vaincu en choisissant cette option. Mais si ni l'une ni l'autre ne convenaient, où iraient-ils?


- Je ne vois pas d'autre solution, malheureusement. Qu'allons-nous faire ? Cette situation est impossible !

Les sourcils froncés, elle cherchait une autre solution lorsque le Vampire posa sa tête sur sa poitrine, l'air terriblement las. Interloquée, la jeune femme l'entendit annoncer la terrible nouvelle. La jeune femme éclata en sanglots dans les bras de son amant. Elle avait envie de crier, de taper sur tout ce qu'elle pouvait. C'était une sensation terrible de se retrouver face à une situation des plus déplaisantes tout en sachant que, quoi que l'on puisse faire, cela ne changerait rien.
Ce même sentiment mettait Eulalia dans un état de désarroi et de rage qu'elle ne connaissait pas.
Longtemps, elle le supplia de rester. Elle lui avoua encore une fois combien elle était attachée à lui ce à quoi il répondit. Lui aussi ne pourrait pas l'oublier... Quoi qu'il puissent faire, l'âme de l'un accompagnerait l'autre, jusqu'à-ce qu'ils soient réunis à nouveau.

Car ils devaient se revoir, il n'y avait pas d'autre solution ! La jeune femme ne pouvait plus imaginer de vie sans lui. Comment ferait-elle ? C'était impossible ! Raphaël la rassura plus ou moins en lui promettant qu'il reviendrait. L'idée qu'elle ne puisse plus vouloir de lui un jour lui parut tout à fait absurde.


- Comment pourrais-je être lassée de toi ? Raphaël, tu es la plus belle chose qui me soit arrivée en vingt ans !

Elle resta dans ses bras un long moment encore, à respirer son odeur, à sentir son souffle. Elle voulait s'imprégner de cette sensation qui allait lui faire défaut pendant de longs mois dès qu'il serait parti. Comment arriverait-elle à se passer de lui ? La tâche lui semblait insurmontable mais elle devait le faire, pour le bien de Londres. La colère, la douleur qu'elle éprouverait loin de lui, elle l'utiliserait pour se battre contre le Comte avec plus de hargne encore.

Elle se leva ensuite et sortit de la pièce pour aller donner quelques conseils et directives à Alexender et ses domestiques, qu'elle trouva en bas. L'entrevue dura peu de temps, elle ne voulait pas envahir le jeune homme qui se remettait lentement. Et puis, un autre projet venait de naître dans son esprit. La jeune femme donna tout l'argent qu'elle pouvait à Alexender et remonta dans la chambre. Pour l'instant, elle ne pouvait rien faire de plus pour lui.
A son retour dans la pièce, elle offrit son arme ainsi que de l'argent à son amant qui s'inquiéta aussitôt pour elle. Lally balaya ses doutes d'un sourire. Elle se ferait faire une autre épée lorsqu'elle déménagerait.
Elle lui donna ensuite un pendentif dans lequel elle cacha une mèche de ses cheveux. La jeune femme vit bien que Raphaël avait esquissé un geste de protestation lorsqu'elle avait empoigné les ciseaux mais elle n'en tint pas compte. Ses cheveux repousseraient et puis, cette mèche ne se voyait pas beaucoup. Il la remercia et embrassa le pendentif, ce qui lui serra la gorge d'émotion.

Enfin, elle se leva et alla verrouiller la porte avant d'offrir à Raphaël l'occasion de faire d'elle une femme. Il parut fortement déconcerté sur le coup et semblait ne plus savoir où se mettre. Elle caressa son visage et l'embrassa sensuellement. Il resta figé, annonçant timidement qu'il était aussi ignorant qu'elle de ce genre de choses. Elle lui sourit de la plus agréable des manières et chuchota:


- Ce n'est pas grave...

Elle captura ses lèvres à nouveau et sentit que, petit à petit, il céda à l'occasion qui se présentait à lui. Tendre et sensuelle quoiqu'un peu maladroite, elle offrait de douces caresses à son amant, parcourant son visage d'albâtre, ses cheveux soyeux et brillants... Elle embrassa la bouche froide du bel homme, liant sa langue à la sienne dans une valse aveugle où les sensations primaient sur la technique. Ils étaient là, allongés sur ce grand lit et se parcouraient de leurs mains jeunes et fébriles. Eulalia enleva la chemise de son partenaire avec précaution et fit attention de ne pas déranger ses bandages. Petit à petit, Raphaël prit lui aussi de la hardiesse et répondit à ses baisers avant de la serrer contre lui. Cette étreinte nouvelle, la jeune femme la savoura en fermant les yeux. Elle se sentait en sécurité dans ses bras, comme si rien ne s'était passé. Elle se blottit contre lui et le laissa caresser sa nuque en souriant. Puis il commença à la déshabiller, dans le plus grand silence. Le plus long fut d'enlever le corset qui emprisonnait sa taille, déjà relativement mince. Ils furent alors nus comme au premier jour. Serrés l'un contre l'autre, ils pouvaient enfin sentir leurs peaux se toucher, leurs températures se mêler. La jeune femme serra ses bras autour de la nuque du Vampire et l'embrassa longuement.

Puis celui-ci commença à parcourir son jeune corps de baisers tendres qui arrachèrent à la jeune femme des frissons de plaisir. Elle le laissa parcourir son corps, découvrir ses seins pourtant légèrement plus petits que la moyenne. Alors que la plupart des jeunes femmes avaient des poitrines déjà épanouies, la sienne était restée presque juvénile, bien que ferme et douce. Mais cela ne semblait pas déranger le beau Vampire de quelque manière que ce soit. La jeune femme le regarda passer sur son ventre plutôt plat et discrètement musclé. Elle n'avait encore jamais songé qu'un jour, ce ventre qu'elle avait toujours connu ainsi s'arrondirait peut-être pour donner la vie. En soupirant d'aise, elle le laissa continuer sa course jusqu'à cet endroit mystérieux qu'elle n'avait encore jamais exploré. Raphaël la parcourut de ses longs doigts et l'embrassa, lui arrachant un soupir un peu plus profond que les autres. Les sensations qu'elle éprouvait à présent lui coupaient presque le souffle tant elles étaient agréables. Ses soupirs discrets allaient de pair avec les mouvements de la langue de Raphaël. Les instants qui s'écoulèrent lui parurent si beaux qu'elle ne vit pas le temps s'écouler, jusqu'à-ce que son amant ne se redresse et passe au dessus d'elle.
Eulalia se positionna de sorte à l'accueillir le plus facilement possible et ses mains retournèrent parcourir son corps de tendres caresses. La peau blanche du Vampire lui faisait l'effet de la neige pure que l'on pouvait trouver dans les bois, l'hiver. Elle caressa le torse délicatement musclé du jeune homme puis dériva sur son dos, ses bras, le creux de ses reins...
Offrant son cou aux lèvres du Vampire, elle n'eut de cesse de le serrer dans ses bras et d'embrasser son visage. Puis elle embrassa ses lèvres passionnément et plongea ses yeux dans les siens. Alors, au moment où elle fut déflorée, il la mordit, lui arrachant un discret gémissement de douleur qui se changea ensuite en profond soupir de plaisir. La sensualité en plus de la sensation de pénétration avaient décuplé son désir. Elle retint un gémissement de plaisir, de peur que quelqu'un ne les entende. Elle essaya d'accompagner les mouvements de son amant, un peu maladroitement, lorsque celui-ci lui demanda de l'avertir d'une éventuelle douleur. Elle lui adressa un sourire comblé et lui murmura d'une voix entrecoupée d'un soupir :


- Ne t'inquiètes pas...

Elle continua d'onduler du bassin, avec plus d'assurance et de force. Petit à petit,ils allèrent plus loin, plus vite et plus fort. La sueur avait commencé à perler de leurs fronts pour humidifier les oreillers et les draps. La jeune femme se faisait violence pour ne pas gémir trop fort, ce qui augmentait encore la force de son désir. Elle distinguait la silhouette de son amant dans la semi-obscurité de la pièce. Ses yeux bleus ressortaient particulièrement et elle se plongea dans leur immensité pendant qu'elle resserrait l'étreinte de ses jambes pour augmenter leur plaisir mutuel. Jamais encore elle n'avait connu cela. L'excitation née de leur union était maintenant à son point culminant.
Raphaël se dressa sur ses bras pour s'emparer d'elle entièrement. La jeune femme lâcha un profond soupir tout en accélérant ses mouvements autant qu'elle le pouvait quand, soudain, elle fut presque foudroyée par une violente vague de plaisir qui la laissa tremblante. Dans le même temps, elle sentit la vie l'envahir, pour la première fois. Elle lâcha un profond soupire d'extase tout en se collant à son amant. Elle lui appartenait maintenant corps et âme. Un sourire éclaira son visage pâle délicatement rosi par l'effort.

Elle ne dit rien, se contentant de rester silencieuse et de savourer l'instant présent, dans les bras de celui qu'elle aimait. Il se détacha un peu d'elle, gardant deux de leurs mains unies. Eulalia le regarda, passionnée et haletante. Dieu qu'elle était heureuse en cet instant...
Soudain, le jeune homme s'écarta d'elle pour boire un peu de sang de la carafe qu'il parut avaler difficilement. Il était sans doute presque mort à présent... Il s'excusa, ce qui la fit sourire tendrement.


- Ne t'excuse pas...

Elle ouvrit ses bras pour l'accueillir dans ses bras et l'enlaça lorsqu'il joignit leurs fronts. Elle plongea ses yeux dans ceux du Vampire et lui sourit. Tant de choses lui passaient par la tête en cet instant... Mais elle se tut, préférant conserver la beauté de ce moment dans sa simplicité. Ses yeux se fermèrent un bref instant et elle constata enfin qu'elle avait perdu sa virginité. Quelques taches rouges avaient dû se déposer sur les draps, qu'en savait-elle ? La douleur était passée, ne restait que le plaisir à l'état brut.

Le Vampire s'inquiéta alors pour elle. Lui avait-il fait mal, souffrait-elle encore ? Son attention la fit sourire et elle caressa sa joue en murmurant.


- Non, ne t'en fait pas, je vais bien... C'est la première fois que je ressent une telle chose...

Elle sourit quand il l'embrassa sur le front et caressa sa joue lorsqu'il lui avoua que c'était la première fois pour lui aussi. C'était étrange qu'en autant d'années de vie, il n'ait jamais goûté aux plaisirs de l'amour... Encore une preuve de sa droiture et de son respect des principes religieux. Une main dans celle de son amant, elle caressa sa paume avec légèreté en le couvant du regard, recouverte galamment d'un drap, elle put encore une fois apprécier la gentillesse et l'attention qu'il avait pour elle.
Que n'aurait-elle pas donné pour que ces instants se répètent encore et encore avec la même passion brûlante. Si seulement ils avaient pu ne jamais devoir se séparer... Mais elle savait que c'était malheureusement la seule solution viable pour eux.

Son amant parut ensuite troublé mais elle ne dit rien, se contentant de caresser son dos en lui lançant un regard interrogateur. Il se mit alors à prier en latin et ce fut alors qu'elle comprit. Il regrettait d'avoir consommé l'acte d'amour avec elle alors qu'aucun lien ne les unissait devant Dieu. La jeune femme se mordit la lèvre, soudain très triste. Etait-ce ainsi qu'il voyait leur relation ? Comme un péché répréhensible, comme un acte de luxure dévoyée ?
Lally sentit ses yeux lui piquer. Après tout, c'était elle qui l'avait tenté, elle qui avait prit l'initiative. Mais elle ne pensait pas que leur relation puisse être punissable, puisqu'elle n'envisageait pas de laisser son corps appartenir à un autre homme que lui. D'une voix étranglée, elle murmura son nom. Elle avait l'air complètement circonspecte, ainsi laissée devant la cruauté de la réalité. Elle était sur le point de s'excuser à son tour quand il lui prit les mains et lui annonça qu'il ne regrettait rien.

Un grand sourire fendit son visage lorsqu'elle entendit cela. Mais elle n'eut pas le temps de répliquer qu'il lui demanda de prier pour leurs âmes. Ils avaient pêché, honteusement pêché. La jeune femme hocha la tête avec un sourire et serra le jeune homme contre lui, appuyant sa tête sur son épaule.


- Je prierai pour nous Raphaël, mais je sais que le Seigneur nous épargnera... Car c'est devant lui que je jure de ne jamais me donner à un autre homme. C'est avec toi que je veux vivre, envers et contre tout. Je t'attendrai toujours, dussé-je passer cinq ou dix ans de ma vie recluse, je t'attendrai, jusqu'à-ce que tu fasses de moi ta femme devant Lui... Si tu voudras toujours de moi.

Elle l'embrassa tendrement et se rallongea en soupirant. Le jour était encore bien là, il devait être à peine deux heures de l'après-midi. La sensation qui l'envahissait lui donna l'impression de flotter sur un nuage. L'extase qui l'avait bouleversée, elle le garderait longtemps en mémoire, gravé dans le plus profond de son cœur. Elle voulait encore lui dire tant de choses, partager tant de sensations...
Mais il fallait se rendre à l'évidence, bientôt, tout serait terminé, du moins, provisoirement. Elle posa sa tête sur le torse du jeune homme en prenant garde de ne pas déranger ses bandages et serra sa main droite dans la sienne. Elle écouta sa respiration, sans rien dire. De longues minutes passèrent dans ce silence qui valait bien plus que des mots. Puis, Eulalia se tourna un peu, de sorte à voir le visage de son amant.


- Il faut que je te dise... Je ne suivrait pas Alexender. Après l'enterrement de mes parents, j'irai habiter chez ma marraine, l'ancienne employeuse de ma mère. C'est une Lady très respectable et je bénéficierai d'un statut relativement protégé pour agir. Je vous disculperai, sois-en sûr. Tu mérites une vie normale, Raphaël, tu mérites le bonheur et je ne laisserai pas ce diable de Comte Keï te priver de cela.

Elle caressa la joue blanche de son amant et laissa une main sur ses bandages. Ceux-ci étaient encore un peu humides suite aux efforts qu'ils avaient fourni durant l'acte d'amour.

- Est-ce que tu as encore mal ? Je peux peut-être faire quelque chose...

Mais il semblait que le jeune homme n'avait pas besoin de son aide. Elle décida de ne pas insister cette fois-ci. Dieu qu'elle avait peur de le perdre ! Ils ne savaient toujours pas où il irait ni comment il se nourrirait. Presque à court de Blood Tablets, il devrait chasser des animaux. Mais s'il ne pouvait contrôler sa soif, au point d'attaquer un être humain ? Ce serait en grande partie sa faute. Oui, c'était elle qui lui avait fait goûter son sang et il s'y était peut-être déjà habitué...
Que ferait-il sans elle ? Soucieuse, elle lui prit la main et le regarda intensément.


- J'ai peur Raphaël. Comment vas-tu te cacher ? Où dormiras-tu ? Et si jamais le Scotland Yard te retrouve...

Elle frissonna d'horreur à cette pensée. Ils l'emprisonneraient probablement dans la Tour de Londres ! Là-bas, il serait privé de sa nourriture et mourrait de faim, ou bien de folie. Ils pourraient peut-être le pendre, s'ils réussissaient à trouver assez d'arguments pour pouvoir le condamner à la peine capitale. Mourrait-il sur le coup ou survivrait-il ?
Eulalia pensa soudain que, si la pendaison n'était pas mortelle à un Vampire, le Comte Keï aurait tout à gagner à éviter ce déboire au jeune Italien, sous peine de voir leur existence dévoilée au grand jour. Intriguée, elle posa la question à Raphaël, dans l'espoir qu'il puisse l'éclairer.

En discutant, toujours nue dans ses bras, elle pensa qu'il serait judicieux qu'ils puissent établir un contact secret, au cas où l'un d'entre eux vienne à avoir besoin de l'autre. Mais ils ne pouvaient pas passer par les lettres, leur correspondance pourrait être suivie par la police et leur permettrait de remonter jusqu'à lui. La jeune femme eut alors une petite idée.


- Si jamais tu as un problème quelconque, poste une annonce dans le Times avec l'adresse où je pourrais te trouver. Il faut qu'elle ait l'air anodine mais que je puisse la reconnaître... Voyons...

La jeune femme réfléchit un moment à cette idée avec l'aide de son compagnon. Ils n'utiliseraient probablement jamais ce moyen de communication mais elle était rassurée de savoir qu'ils pourraient se joindre en cas de problème.
Elle se blottit ensuite dans les bras de son amant, le gratifiant d'un tendre baiser, et profita de cette étreinte qui serait la dernière avant longtemps. Mais l'heure tournait, inexorablement, et ils durent s'habiller pour rejoindre les autres, avant le grand départ. Eulalia quitta à regret la chaleur des draps et renfila ses affaires convenablement, comme si rien ne s'était passé. Elle quitta ensuite la chambre pendant que son amant faisait de même et monta au grenier pour lui trouver des vêtements qui passeraient inaperçus.

Elle devait trouver un costume qui lui permettrait de déambuler aussi bien dans les quartiers riches que dans les quartiers pauvres... Quoi de mieux alors qu'un des vieux costumes de son père ? Il gardait encore ses vieilles tenues, bien qu'elles fussent trop grandes pour lui. Avec l'âge, il avait perdu de la musculature. Lally chercha donc dans les malles jusqu'à trouver l'habit qu'elle cherchait. Elle trouva également une perruque blonde qui traînait au milieu de costumes de théâtre ayant appartenu à sa Grand-mère. C'était la Providence qui avait placé ces objets là ! Elle tenait là le meilleur moyen de dissimuler la chevelure immaculée de son amant.

La jeune femme revint dans la chambre en souriant et tendit le costume à Raphaël avant de positionner la perruque sur sa tête. Elle était si réaliste, malgré toutes ces années passées dans le noir, les agents du Yard n'y verraient que du feu!


- A défaut de teinture, je pense que ceci fera l'affaire ! Quant à ce costume, il devrait te permettre de passer inaperçu sans trop de difficulté. Tu pourras garder des vêtements civils dessous et te changer rapidement si besoin est.


Dernière édition par Eulalia Grey le Dim 5 Mai - 18:09, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Dans le sang et les larmes [Hunters + Aria Hinoi] [11-12/03/42] Sam 12 Jan - 17:21

[HRP : en provenance de Rencontre avec une demoiselle /HRP]

Aria avait quitté la petite maison de pasteur du 40 Bloomsbury square quelques temps auparavant. Combien ? Peut-être déjà au moins un jour ou deux. Elle n’avait pas fait très attention, et ce n’était certainement pas sa déplorable notion du temps qui allait pouvoir lui venir en aide pour résoudre ce mystère –si mystère il y avait. A vrai dire, la jeune fille était d’une humeur maussade : pour une raison inconnue, elle n’avait pas été capable de déloger un seul vampire, et pourtant elle en avait passé du temps dans les noires ruelles de Londres ! C’en était plus qu’exaspérant. Le dernier vampire qu’elle avait rencontré était Glen, et au dernière nouvelle, elle ne l’avait pas tué, et il ne lui avait pas ôté sa vie. Ils avaient discuté et cela avait abouti à un marché douteux entre eux. Très douteux à vrai dire. Et un brin dangereux pour la huntress. Mais que n’aurait-elle pas fait juste pour apprendre à lire et à écrire ? Au fond, c’était certainement stupide d’avoir accepté, puisqu’il lui aurait suffit de demander à Lally, ou Mrs Patterson, qui se serait d’ailleurs fait une joie de lui apprendre. Cela était sans prendre en considération qu’elle serait peut-être morte si elle n’avait pas accepté. Surtout que ce jour là, elle n’avait pas eu envie de l’envoyer en enfer, allez savoir ce qui lui était passé par la tête…

Toujours est-il qu’Aria râlait toute seule, et qu’elle n’avait cessé de maugréer en marchant. Un petit voleur à la tire voulut lui prendre le peu d’argent qu’elle avait emmené –un don de Mrs Patterson. Grand mal lui en pris. Il se retrouva avec un Aria furieuse sur le dos, et bien plus forte que ce qu’il avait pu imaginer –il n’était rien comparé à un vampire. Par quelques coups bien placés, elle le bloqua à terre, plier en deux, la respiration coupée. La petite ruelle à peine éclairée par les premiers rayons du soleil permis que la scène ne fut observer par personne.


-Hey, Gamin écervelé ! Où pensais-tu pouvoir aller ?

Le gosse –il n’avait peut-être pas plus de douze ans– se redressa, une lueur d’incompréhension et de peur dans son regard. Mais c’était qui c’te fille ? Il en avait déjà volé, et tout ce qu’elles avaient su faire, c’était crier « au voleur, au voleur ! ». Mais Aria n’avait jamais crié au voleur. Parce que généralement, lorsqu’elle entendait ces quelques mots, c’est qu’ils lui étaient désignés.

Elle ramassa alors ses quelques pièces dans le petit sac de tissus que tenait le gamin. C’est seulement lorsqu’elle le remis à sa place initial qu’elle ne sembla plus énervé.


-Merci, et à la prochaine !

Et elle planta là le petit voleur. Le jour pointait, et elle avait bien l’intention d’aider Mrs Patterson aujourd’hui. L’idée saugrenue de se défouler en faisant le ménage trottait dans son cerveau. Elle était loin de se douter des évènements de la veille…
L’enfant la regarda partir, incrédule. Il n’avait pas très bien compris ce qui venait de se passer, sauf qu’il n’avait pas réussit à la voler, et qu’elle avait une arme à feu sous son gilet, il l’avait vu.

Plus Aria s’avançait, plus les rues s’agitaient. Les premiers crieurs pointaient leur bout du nez

« ATTENTAT AU THÉÂTRE ! DEMANDEZ LE JOURNAL, DEMANDEZ ! »
« UN COMPLOT CONTRE LE COMTE ! »
« SCOTLAND YARD A DEJA DES SUSPECTS ! »


La jeune femme apostropha l’un des crieurs et lui demanda de quoi il en retournait. Il lui intima de lui acheter le journal. Elle répliqua qu’elle ne savait pas lire, et que le journal en main, elle serait bien en peine d’en comprendre le contenu. Le jeune garçon ne savait pas lire non plus, et ils se trouvèrent bien embêté. Un bourgeois matinal les pris en pitié, et leur lu l’article en question. Aria tiqua. Les Grey avaient été assassinés. Même si d’après l’article, Lally semblait toujours en vie. Aria s’inquiéta alors vivement. Il fallait qu’elle rentre au plus vite. C’est là qu’elle se rendit compte qu’elle avait beaucoup de sommeil en retard, et que « faire vite » serait peut-être plus compliqué que prévu…

Elle arriva bientôt en vue de la maison de Lally vers huit heure Elle trouva bien étrange qu’à cette heure là, les rideaux soit encore pour la majorité tirés, et que la maison ait un aspect si sinistre… Elle ne s’étonna pas en découvrant la porte d’entrée fermée à double tour. C’était rare. Fermé oui, mais aussi bien… Aria sortit sa petite clé : on la lui avait fournie assez rapidement, afin qu’elle puisse rentrer dans la nuit sans réveiller quiconque. La vie d’Aria était si dissolue…

Elle ne s’attarda pas trop dans ses réflexions et ouvrit la porte, entra et la referma comme elle l’était précédemment. Elle monta silencieusement les escaliers et entra dans sa chambre sous les combles, sans rien remarquer d’anormal. En refermant sa porte de chambre, elle se jura qu’elle n’allait que se changer et qu’ensuite elle irait voir Mrs Patterson –qu’elle avait évité, parce qu’elle ne voulait pas qu’elle la voit avec ses habits salis– mais après s’être en grande partie déshabillée, elle s’assit sur son lit et il ne lui fallut pas plus d’une minute pour sombrer dans le sommeil. Elle avait fait une nuit blanche, et cela faisait bien 24 heures qu’elle n’avait pas véritablement dormi, et encore moins dans un bon lit douillet. Aria n’avait pas dénoté d’anomalie dans la maison…si ce n’est qu’elle était en deuil, mais n’était-ce pas normal ?

Elle dormit toute la matinée.

Ce qui la fit sortir de sa torpeur fut Mrs Patterson qui entra dans sa chambre qu’elle pensait vide pour prendre un couverture en plus. Elle découvrit Aria allongé sur le lit, dormant comme une enfant innocente… Cette vision donna du baume au cœur à la vieille femme, qui avait eut deux journées éprouvantes. Elle passa une main rugueuse abîmée par les tâche ménagère sur la joue de la jeune fille, qui s’éveilla.


-Oh bonjour, Caroline !

Elle se releva, découvrant son buste par mégarde. La bonne vieille femme lui remonta immédiatement la couverture. La première fois qu’Aria l’avait appelée par son prénom, elle avait été quelque peu choqué. Mais elle avait bien vite compris que la jeune fille lui prouvait ainsi son affection, et qu d’ailleurs ce n’était pas conscient. Mrs Patterson était simplement entrée dans le cœur solitaire de la jeune femme.

- Ah la la, Aria… Mais qu’est ce que tu as encore fait ? Depuis combien de temps es-tu ici ? il est presque vingt heure !


Aria bailla et s’étira avant de répondre :

- Je suis rentrée ce matin je pense. Je voulais me changer et t’aider, mais j’ai du m’endormir.


Les nouvelles des journaux lui revinrent à l’esprit.

- Eulalia va bien ? On m’a dit que ses parents étaient… Dé…Décédés…

Aria avala un peu la fin de sa phrase. Elle n’était pas particulièrement triste, mais elle était totalement désolée pour Lally et Mrs Patterson, qui était à leur service depuis très longtemps. Mrs Patterson lui fit alors un rapide topo des la situation, et tout particulièrement sur les gens qui étaient actuellement à la maison. Elle lui conseilla d’aller directement à l’un d’entre eux pour avoir plus de renseignements sur ce qui c’était véritablement passé, et lui assura que les deux jeunes gens incriminés par les journaux et le Scotland Yard était bien plus innocent que le Comte Kei qui était un vampire. C’est pourquoi Aria se rhabilla en vitesse et descendit les escaliers pour se rendre au salon. Elle y trouva celui qui devait être Alexander Von Ravellow dans un état de désespoir avancé. Aria bailla à nouveau, fort peu discrètement. Une matinée de sommeil n’avait semblait-il pas suffit.

- Désolée de vous déranger. Vous ne devriez pas faire une tête pareil, vous allez vous ruiner un peu plus la santé.

Elle s’assit en tailleur sur la première chaise qu’elle trouva et planta son regard terne dans les yeux du hunter, sans se soucier des deux domestiques.

- Mrs Patterson m’a dit que vous étiez Hunter… C’est vrai ? Moi aussi. Je suis désolée de ne pas vous avoir calculé ce matin vous et les autres, j’étais cuite. Enfin c’est pas comme si vous m’aviez remarqué non plus !


Aria parlait très familièrement, peut-être parce qu’elle n’était toujours pas bien réveiller ?

-Comment est-ce que vous en êtes arrivés là ? Caroline m’a dit que vous pourriez mieux me renseigner qu’elle. Caroline, c’est Mrs Patterson, au cas où.

Aria ne passait pas par quatre chemins : elle voulait juste savoir pourquoi ses employeurs étaient morts, pourquoi Lally, lui, et un autre était si gravement blessé, pourquoi tout n’était pas comme d’habitude, pourquoi quoi ! Surtout qu’avec tout ça, Mrs Patterson avait omis -volontairement ou par manque de sommeil, elle aussi- de lui expliciter la vrai nature de Raphaël et le lien puissant qu’il avait avec Lally.

- Le Scotland Yard n’est pas encore passé ? C’est étonnant d’apprendre la mort de ses proches par le journal, surtout lorsqu’il s’agit d’un meurtre, non ? Enfin je me fais peut-être des idées, je n’y connais pas grand chose. Mais d’après l’article qu’on m’a lu, Lally semble hors de danger et n’est pas suspectée pour l’instant. Ce qui s’avère être différent dans votre cas. Vous êtes dans la plus grande galère que je connaisse !

Aria semblait presque enjouée. Peut-être parce qu’elle n’avait pas assisté à tout cela. Toujours est-il qu’elle était là maintenant, et qu’elle n’allait pas quitter sa chaise tout de suite.

[HRP : j'espère que c'est bon et que je ne me suis pas trop embrouillée avec les repères temporels ^^' et si il y a quelque chose qui ne va pas je change. Et j'espère qu'il n'y a pas trop de fautes aussi.../HRP]
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Alexender Von Ravellow
Hunter - "Criminel" en fuite
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MessageSujet: Re: Dans le sang et les larmes [Hunters + Aria Hinoi] [11-12/03/42] Jeu 17 Jan - 15:27

Pendant qu'Eulalia faisait ses adieux à Raphaël, dans l'ombre de cette petite chambre à l'étage, Alexender et ses domestiques déjeunaient en compagnie de Mme Patterson. Le Hunter était resté silencieux durant tout le repas, se contentant d'acquiescer ou de refuser les propositions de la vieille femme. Il préférait éviter tout débat. Qu'importe qu'Eulalia et Raphaël soient ensemble! Après tout il ne pouvait plus lutter et, comme le lui avait gentiment fait remarquer Marguerite, le couple pouvait bien faire ce qu'il voulait: l'amour seul guidait leurs routes. C'était à eux, et à eux-seuls, de choisir le chemin à emprunter. A part lutter contre les pulsions du Vampire ou le détruire s'il en venait à s'attaquer à tout le monde, Alexender ne pourrait jamais se lever contre leur relation. D'un côté, cette situation le dégoutait. Mais d'un autre, il devait bien reconnaître que le Vampire lui avait sauvé la vie au théâtre. Devoir être reconnaissant à une telle créature lui retournait l'estomac. Cependant, plein d'appétit à cause de ses blessures, cela ne lui coupait pas l'envie de dévorer les pommes de terres sautées que Mme Patterson venait de leur cuisiner. C'était simplement une sensation des plus désagréables, une espèce de dette qui pesait dans son coeur. Continuer à persécuter le Vampire n'avait plus aucun sens maintenant qu'il avait la preuve que ce dernier était définitivement dans leur camp. Il avait l'impression d'avoir fraudé, d'avoir agit avec tord depuis quelques jours et il ruminait maintenant son erreur. La reconnaître était une chose, l'accepter en était une autre. Qu'un Vampire fasse partie des Hunter, c'était du jamais vu pour lui! Comprendre qu'il était de leur côté et accepter qu'il le soit comme n'importe quel humain était bien difficile pour un chasseur aussi radical que lui. Il s'était juré, devant sa maison natale, de traquer et de tuer toutes ces créatures sans exception. Toutes étaient dangereuses et incontrôlables! Eulalia prenait des risques, beaucoup trop de risques. Mais il fallait bien avouer que sans Raphaël lui-même aurait perdu la vie face au Comte.

Mâchonnant ces sombres pensées, Alexender était perdu entre ses pommes de terre et sa conscience. Il ne remarqua même pas Mme Patterson se lever pour aller vaquer à ses occupations. Ce ne fut qu'après une bonne dizaines de minutes qu'il réalisa qu'elle était partie. Ses domestiques, qui avaient fini leurs assiettes, le regardaient d'un air inquiet.


- Vous allez bien monsieur? Demanda Marguerite en penchant la tête sur le côté afin de mieux constater le teint de son maître. Cela n'est pas à votre goût?

Alexender la regarda d'un air endormi, laissa ses yeux tomber dans son assiette et remarqua qu'il avait à peine touché à son plat alors qu'il était persuadé d'avaler comme d'habitude. En réalité, il était beaucoup plus lent dans ses mouvements qu'à l'accoutumée, il était las et son corps n'était pas encore remis.

- Bah! Fit-il en laissant sa fourchette dans son assiette. Nan, j'aime bien, mais ça ne passe pas...

C'était étrange comme impression. Lui qui avait faim et qui était persuadé de manger correctement depuis le début du repas, réalisait maintenant qu'il brichenaudait dans son assiette sans porter les aliments à sa bouche. Peut-être avait-il le coeur plus près de ses lèvre qu'il ne l'aurait cru? Ses blessures allaient mieux mais son esprit était tellement remué qu'il ne faisait plus attention à tout.

Repoussant son assiette, il soupira:


- C'est sûrement les gâteaux et biscuits de tout à l'heure...

C'est alors qu'Eulalia apparue dans l'encadrement de la porte. Alexender releva la tête brusquement et se leva d'un bond.

- Miss Grey! Vous allez bien?!

La jeune femme avait un teint cadavérique et, malgré sa coiffure et sa tenue presque impeccables, on sentait que la belle manquait de sommeil. Alexender remarqua cependant qu'elle ne portait pas de bandage: au moins n'était-elle pas blessée comme eux.

- Je...je suis désolé pour vos parents...fit le Hunter d'un air à la fois timide et gêné.

Parler de cette tragédie ne pouvait pas aider la belle. Aussi Alexender décida-t-il d'éluder un peu le sujet pour lui éviter peine et tracas.


- Nous les vengerons...je vous le promets. Fit-il en s'approchant de la jeune femme qui farfouillait dans un tiroir.

Lorsqu'il reçu une bourse dans les mains, le rouquin rester muet de surprise. Eulalia leur demandait de partir, pour leur sécurité, et de trouver un refuge ailleurs. Le Scotland Yard n'allait pas tarder à venir frapper à la porte et cette bourse allait lui servir à se mettre à l'abri avec ses domestiques.


- Je ne peux accepter...murmura le Hunter d'un air déconfit.

C'était bien la première fois de sa vie qu'on lui offrait de l'argent! Lui qui était plein aux as ne pouvait concevoir qu'une jeune femme de plus basse condition, en plein deuil qui plus est, puisse lui confier autant d'argent pour sa fuite. C'était bien aimable de sa part et cela relevait de la plus belle de toutes les générosités, mais accepter un tel présent était indécent, aux yeux du Hunter.


- Je...

Alexender ne savait pas quoi dire. Il était évident que s'il refusait cette bourse Eulalia le convaincrait de l'emporter. Il ne pouvait pas lui confier qu'il avait prévu de retourner à son châtelet pour récupérer quelques biens, la belle l'aurait tout simplement incendié comme ses propres domestiques et il n'aurait pas eu le choix que de lui mentir en lui affirmant qu'il changeait d'avis.

Serrant ses doigts autour de la bourse, il lui sourit donc d'un air gêné.


- Hé bien...Je vous remercie de tout coeur. J'espère que vous en avez assez pour vous...?

Eulalia lui expliqua alors que Raphaël avait décidé de faire à nouveau route seul pour éviter de présenter un nouveau risque pour la bande. Alexender ouvrit la bouche pour protester et la referma aussitôt. Que lui arrivait-il? Il voulait donc que le Vampire reste parmi eux? C'était une étrange réaction qui le déstabilisa un peu. Il resta donc coi et se contenta d'hocher la tête pour montrer à la jeune femme qu'il comprenait sa position.
La belle lui conseilla de se déguiser et de rester prudent. Elle le recommanda à Mme Patterson pour les derniers préparatifs de sa fuite et pris congés pour aller dire au revoir à son amant.

Alexender resta droit, raide et muet dans la cuisine en la regardant s'éloigner vers les escaliers. Elle avait l'air si triste...Au bout de quelques minutes, une fois que la jeune femme eut disparue, le rouquin baissa son regard sur la bourse qu'il avait dans sa main droite. Une étrange nostalgie l'envahissait. Après ces trois jours de folie, il commençait à se rendre compte que des liens profonds s'étaient établis entre lui et les autres. Penser que Raphaël allait pourchasser le Comte seul le remuait. Songer que la jeune Eulalia allait poter le deuil de ses parents, seule face au monde, et qu'elle allait tenter de les innocenter en risquant sa vie et ses biens, le torturait en un plus. Imaginer que leur groupe devait se dissoudre maintenant alors que la lutte n'était pas terminée commença à envahir son esprit de remords et de tristesse. Non, ils devaient rester soudés! C'était cela qu'il avait toujours cherché: de monter des groupes de Hunters, de prouver au monde qu'ils étaient toujours là, dans l'ombre, prêts à protéger l'Humanité! Mais il songea alors à ses élèves qui avaient péri et son coeur se serra. Entraîner autrui dans ces quêtes de mort ne pouvait pas sauver l'humanité...il ne faisait que conduire les autres à leur perte....

Le Hunter soupira et confia la bourse à Suzanne avant de regarder son assiette d'un air blanc.
Marguerite soupira à son tour et enleva l'assiette du noble avant de se lever pour entamer la vaisselle. Suzanne proposa alors à son maître d'aller se rasseoir dans le salon, ce qu'il accepta volontiers dans un murmure rauque. Marguerite les rejoignit très vite.
Affalé dans un sofa, le rouquin se remis à ruminer d'obscures pensées. La main sur le front, il grogna:


- Il faut que j'aille chercher Sarah. Vous pouvez venir avec moi...si vous le voulez, mais vous ne m'arrêterez pas. Il faut que je passe au châtelet...Je n'ai plus le choix.

Ses yeux fixèrent ceux de ses domestiques. Un éclair de rage traversait ses iris mordorés.

- Je vais être direct avec vous...Je compte tirer Sarah des griffes du Comte et l'emmener loin de Londres avant de revenir pour le massacrer. Raphaël ne peut pas lutter seul et je considère que ce combat est le mien, depuis le départ. De son côté, Eulalia a subi de très lourdes pertes...de trop lourdes pertes...ajouta-t-il l'air éteint, lui en demander plus serait inhumain. Déjà, elle n'est pas toute blanche pour le Scotland Yard et elle aura à répondre de ses actes ou à mentir pour tenter de nous disculper. Elle va prendre de très gros risques et c'est une mission qui peut la détruire. Il faut se tenir prêts à la récupérer en urgence pour la faire sortir de la ville.

Suzanne et Marguerite restaient muettes, écoutant avec attention les projets de leur maître. Quoi qu'il entreprenait, elles seraient là pour l'appuyer, quand bien même ce genre d'opération pouvait les mener à la mort.

- Une fois nos armes récupérées, une fois mon argent mis en sureté, j'irais chercher Sarah. Nous partirons alors pour nous installer dans la périphérie de Londres, peut-être même dans la lande, dans l'Est End ou Dieu sais-je, pour nous cacher et préparer notre vengeance. Il faut que je prévienne mes élèves. Ils doivent déjà avoir compris la situation grâce aux journaux et ils se tiennent certainement prêts à nous aider, mais il ne m'en reste pas beaucoup...Le regard du Hunter s'assombrit au souvenir des jeunes adolescents carbonisés par Fiora. Mais bientôt son regard se raffermit. Je compte donc trouver un maximum de Hunters et reformer le groupe avec plus de forces. Nous avons vu que nos collègues existaient...c'est une aberration que nous ne soyons pas en relation les uns avec les autres! Il faut que l'on s'organise pour mieux lutter contre ces salops!

La conviction se lisait maintenant dans les yeux du jeune aristocrate. Lui qui avait ouvert sa petite école secrète comptait maintenant rassembler de véritable Hunters pour anéantir le Comte. Cette tragédie lui avait ouvert les yeux sur ses méthodes et elle allait lui servir de leçon pour l'avenir. Si les chasseurs continuaient à rester aussi dispersés, il serait impossible de lutter contre les créatures de la nuit.

Une fois son plan établit, Alexender adopta un air terne et sans vie. Il réfléchissait et il pensait à Sarah. L'accompagnerait-elle dans ses démarches? Accepterait-elle de le suivre dans les bas fond de Londres ou dans la lande pour reformer les rang des chasseurs? Quitterait-elle sa famille? Toutes ces questions lui serraient le coeur et la gorge.

Soudain, une jeune femme apparut dans l'encadrement de la porte et bailla. Lorsqu'elle s'adressa au Hunter, ce dernier sursauta presque. C'était une voix qu'il ne reconnaissait pas. Sur le qui-vive, Alexender la fixa de ses yeux flamboyants. C'était une adolescente d'à peine 18ans, à l'air revêche et enjoué. Alexender la regarda s'installer en tailleur sur une chaise devant lui et haussa un sourcil fasse à son langage. Mais qui était donc cette gamine? D'où sortait-elle? Était-ce donc une domestique? Ils n'avaient pas été présentés et ni Eulalia, ni Mme Patterson ne l'avaient prévenue de son arrivée.
Lorsque la jeune fille se présenta comme Huntress, Alexender se détendit un peu mais il fronça les sourcils. Huntress? Si jeune? Il se fit alors la remarque qu'il avait commencer à chasser les créatures de la nuit très jeune lui aussi...Ses doutes tombèrent.
La jeune fille voulait savoir ce qui s'était passé au théâtre et avoir le point sur la situation. Alexender s'assied un peu plus confortablement et la toisa d'un air à la fois surpris et intéressé.


- Hé bien...Miss Grey ne nous a pas dit qu'elle avait d'autres amis Hunters...Et oui, je suis en effet du métier...

Suzanne et Marguerite se posèrent sur un sofa non loin. Elles regardaient le nouvelle venue avec inquiétude: ce n'était pas le moment de déranger leur maître. Mais d'un autre côté, savoir qu'ils avaient déjà dans leur rang une nouvelle alliée, même si jeune, était une chose très positive. Elle restèrent muettes, laissant la situation aux mains d'Alexender.

Ce dernier croisa les jambes et entreprit d'expliquer à la jeune femme leur situation plus en détails afin qu'elle saisisse l'ampleur de la chose.


- Tuer le Comte était notre but, c'est en cela que les journaux ne mentent pas. C'est un Vampire, bien évidemment. Ajouta-t-il pour justifier leur acte. Mais nous avons échoué, il était bien trop protégé et bien trop fort pour nous. L'incendie de Milte & Co nous servait de diversion. En vérité, ça a été un véritable carnage. Les parents d'Eulalia, notre compagnon Stan, une partie de mes élèves et même des amis de Thaddeus Grey...ils y sont tous passés...Nous avons essuyé une cuisante défaite...

Alexender pesait ses mots et déglutissait avec peine. Revivre ces évènements le torturait presque.

- Raphaël et moi sommes pris pour des criminels, nous devons fuir chacun de notre côté. Raphaël veut continuer la lutte seul, ce qui est hors de question. Miss Grey est prise pour une victime mais elle ne va pas tarder à être ennuyée par le Scotland Yard. Elle veut tenter de nous disculper. Quant à moi, je vais devoir me cacher mais je vais d'abord passer prendre Sarah Spencer, ma...compagne, pour laquelle...ce dingue a le béguin...Je compte rassembler des Hunters pour recommencer...Et je compte frapper fort, cette fois-ci...

Le Hunter venait de tout raconter à la nouvelle venue. Les yeux dans le vide, il se ressaisit soudain en tendant la main à la jeune femme d'un air sérieux:

- Alexender Von Ravellow, miss, pour vous servir. Puis-je avoir votre nom?
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Raphaël Veneziano
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MessageSujet: Re: Dans le sang et les larmes [Hunters + Aria Hinoi] [11-12/03/42] Mer 23 Jan - 13:44

Il venait de vivre un cauchemar, il venait de vivre un rêve...
Raphaël était perdu dans les limbes de la plus grande des improbabilités. Lui qui avait craché sa rage, maudit sa race et brandi son épée face au Mal avant d'être blessé, presque tué, et de souffrir finalement comme un damné, blessé dans ses chairs, dans sa fierté et dans son honneur, au milieu de la honte, de la haine et du désespoir ; il renaissait aujourd'hui au sein d'un nuage de tendresse, de douceur et d'amour inespérés. Tel un naufragé qui ne croit pas à l'île magnifique qui lui offre enfin terres et denrées après un long voyage emprunt de sel et de mort, Raphaël avait du mal à croire à ce paradis de coton, de chaleur et de sentiments dans lequel l’accueillait maintenant Eulalia.

Tant de douleur pour tant de bien...
Tant de joie au milieu de tant de peine...

Le Vampire vivait un étrange paradoxe.
Ses yeux d'azur brillaient dans la demi-obscurité de la pièce. Il regardait son amante, comme si la quitter des yeux risquait de la faire disparaître à jamais. Si Orphée avait dû éviter le regard de la belle Eurydice, Raphaël, lui, cherchait toujours celui d'Eulalia. Elle était belle, elle était pure. Lui seul pouvait représenter une quelconque souillure.

La jeune femme semblait aux anges après leur ébat. Elle était encore essoufflée, comme lui, et le Vampire sentait son cœur battre contre sa peau. La belle Humaine était bouillante, trempée de sueur, haletante. Lui était toujours froid mais sous l'effort qu'il venait de fournir, étrangement, sa peau avait un peu changée de température : lui qui était toujours glacial était presque tiède. Cette sensation était nouvelle chez lui, comme tout le reste.
Allongé le long de sa compagne qu'il serrait dans ses bras nus, Raphaël songeait a ce qu'ils venaient de vivre ensemble. Ses pensées étaient absolument confuses. Jamais encore il n'avait réalisé l'acte d'amour. Évidemment, comme tout être, il y avait déjà songé, et ce même plusieurs fois. Malgré sa foi cette idée lui était parvenue à maintes reprises sans qu'il ne cherche pour autant à la concrétiser. Jamais encore il n'avait prêté attention à une femme, jamais le désir n'avait pointé le bout de son nez dans sa vie. En réalité, il l'avait toujours évité le plus possible, se tenant loin de la gente féminine, se contentant de sourires et de politesses mondaines, sans plus. Certaines femmes lui avaient plues plus que d'autres, c'était indéniable, mais jamais encore son regard ne s'était arrêté sur l'une d'entre elles. Sa fureur, ses envies de vengeance, sa nature : tout cela l'avait toujours contraint et retenu. Il avait enfoui tout ses désirs masculins dans son cœur sombre et avait laissé de côté les beautés de la vie pour s'attacher aux plus noirs sujets. Traquer les Vampires, les éliminer jusqu'au dernier pour garantir aux Humains une vie saine et sans peur : voilà ce qui avait toujours motivé sa vie. Depuis sa transformation, il n'avait cessé d'observer le monde humain et de se poster comme justicier masqué. Il avait eu l'occasion d'observer les femmes comme les hommes, bien sûr, mais il ne s'était jamais attardés sur leurs attributs. Rien ne comptait plus à ses yeux que leurs sourires, leurs joies et leur sécurité. Les Humains avaient le droit de vivre la vie de rêve qui lui avait été enlevée par son père adoptif...

Eulalia était sa première et certainement sa dernière conquête.

Raphaël l'observa encore. Ses grands yeux étincelaient. Elle aussi elle le regardait. Dans un silence religieux, ils profitaient encore de ce moment de tendresse. Le Vampire frissonna en se rappelant la sensation qu'ils avaient partagé tout au long de cet acte merveilleux. Ce début, timide, hésitant, tendre et finalement calculé pour éviter douleurs et désagréments, l'avait poussé à affronter ses propres craintes. Puis la montée du plaisir, leur assurance nouvelle, ces mouvements intuitifs et plaisants qui avaient succédé à la pénétration l'avaient totalement envahi. Enfin, cette incroyable danse, qui avait atteint un paroxysme fulgurant de délices et d'amour, lui avait offert tant de plaisir qu'il en avait été comme paralysé sur le moment.. Eulalia était magnifique. Son souffle, sa peau, ses cheveux, sa sueur, son odeur, ses gémissements...Raphaël s’était délecté de chacun de ces petits éléments qui formaient un tout débordant de vie et de bonheur. Eulalia était sienne, entièrement sienne, et lui aussi il lui appartiendrait à jamais. Oui, à jamais. Jusqu'à ce que la mort ne les sépare ou que l'immortalité ne les détruise. Raphaël n'accepterait plus l'idée que la jeune femme puisse avoir un autre soupirant.

Ses caresses, ses regards et ses baisers le calmèrent gentiment. Il était encore sous l'effet de la jouissance et l'effort physique lui avait coûté beaucoup d'énergie, surtout dans son état. Remuer autant de pensées en même temps ne pouvait pas l'aider à reprendre constance. Heureusement, Eulalia était plus sereine que lui et sa tranquillité apaisa peu à peu le Vampire.

Lorsqu'il avait réalisé qu'il avait franchi un pas de trop aux yeux de Dieu, Raphaël avait été pris d'une nausée incroyablement puissante. Lui qui suivait les principes saints avait honteusement pêché en cet instant. Mais, après quelques paroles en latin et une détresse impressionnante, le Vampire se rassura et accepta que ce qui avait été fait n'était plus possible à défaire. Il prierait, Eulalia aussi, et tous deux se juraient fidélité en ce jour. Le Vampire tenait les mains de la jeune femme lorsque cette dernière lui exposa encore ses sentiments. Elle l'aimerait toujours, elle serait sienne jusqu'à la fin des temps, elle acceptait d'être liée à lui devant Dieu, elle l'attendrait s'il partait pour leur survie à tous...Raphaël eut un pincement au cœur mais en même temps sa joie atteignit un sommet qu'il ne pu retenir :


- Je t'épouserai, Eulalia, oui : pour tout l'amour de Dieu, pour tout l'amour que je te porte. Tu seras ma femme, tu porteras mon nom, je te protégerai toujours, nous trouverons un moyen...

Son souffle s'accéléra à mesure qu'il parlait. Sa bouche chercha celle de son amante et il l'embrasa encore longuement tout en parlant. Ses mains se perdirent sur la taille de la belle, comme s'il cherchait de nouvelles caresses.

- C'est toi, oui c'est toi...Depuis toujours...Je n'osais y croire...Je n'y pensais pas...

Raphaël s'était toujours refusé à l'amour. Depuis la perte de sa mère puis celle de sa nourrice, il ne s'était plus jamais attaché à un être fait de chair et de sang. Seule son épée, Ira, avait eut droit à son affection, durant toutes ces années. Aujourd'hui, Eulalia lui avait prouvé qu'il pouvait aimer et être aimé en retour, qu'il avait une chance de vivre comme tout le monde, et elle lui disait maintenant qu'il avait le droit, lui aussi, d'être heureux. Lui qui s'était cloîtré dans son passé, lui qui avait sombré peu à peu dans le désespoir et la haine, voyait à présent poindre une lueur d'espoir. Malgré la situation terrible dans laquelle cette lumière apparaissait, sa foi et sa conviction grandirent en même temps que la Huntress l'embrassait à son tour.
Mais il restait un démon, un tentateur et un meurtrier. Cela était inscrit au fer rouge dans ses chairs. Lentement, il porta discrètement sa main à son cou. Il sentit sous ses doigts la marque creusée dans sa peau par le chapelet d'Eulalia...Oui...il était encore trop impur pour songer au bonheur. Il devait encore faire pénitence et c'était l'occasion ou jamais de prouver sa valeur.

Plein d'une nouvelle fougue, Raphaël répondit aux questions de son amante :


- Très bien, je comprends, Alexender a besoin de rester seul de toute façon, enfin je pense...Mais en cherchant à nous disculper, prends garde ! Je ne veux pas que tu prennes de risques inconsidérés. Vas chez cette marraine, oui, donne-moi l'adresse, si tu as confiance en moi...De mon côté, je vais...finalement...aller dans l'East End. J'ai des choses à faire...Et je ne peux pas m'éloigner de Londres. C'est la seule solution, tu avais raison depuis le début. Même si ce lieu empeste la mort, je pourrais y élaborer un nouveau plan.

Eulalia s'inquiéta alors à nouveau pour ses blessures. Raphaël grimaça :

- Mmm j'ai encore mal et je pense que mes bandages sont bons à refaire...

Il fit une moue amusée et lança un regard coquin à sa compagne. Étrangement, le Vampire semblait plus détendu. En vérité, concrétiser cet acte lui avait redonné un but et sa détermination venait de prendre un nouveau chemin.
Eulalia commença alors à paniquer. Elle songeait au Scotland Yard et à la possible arrestation de Raphaël. Ce dernier tiqua et fronça les sourcils.


- Ne t'en fais pas, allons ! S'ils me trouvaient je m’enfuirais, encore et toujours. Je ne me laisserais pas faire !

La belle songeait à la Tour de Londres et à la peine de mort. Raphaël se fit plus sérieux. Il sembla réfléchir avant de lui répondre :

- Je n'y ai jamais songé...Je ne sais pas si je mourrais d'une pendaison...Je pense qu'un Vampire expérimenté pourrait feindre la mort et se relever, mais moi...je suis jeune...pour un Vampire...

Raphaël resta pensif. Comment expliquer à Eulalia toute ces choses dont il n'avait pas totalement idée lui non plus ?

- Je..Je n'ai que...44 ans, Eulalia...ou 45...je ne sais plus. Il paru gêné. Son âge, par rapport à l'Humaine, était conséquent, mais pour un Vampire, c'était très très jeune. Cela ne fait que 20 ou 25ans que je suis un Vampire...Et je n'ai pas été...élevé par mes...semblables...Ou du moins pas correctement. Je ne connais pas grand chose...finalement...

La gorge nouée, Raphaël préférait éviter de parler de tout cela. Il repensait à son passé, à la violence de son père adoptif, à sa jeunesse gâchée dans le sang et les larmes. Il repensait à sa mère assassinée, à sa bienfaitrice anéantie...Toute sa vie avait été pulvérisée par ce Vampire qui l'avait transformé pour l'abandonner et le laisser moisir dans les égouts. Il n'avait rien apprit, parce qu'il ne l'avait jamais voulu...

La tête baissée, il repris :


- Je...Je ne sais pas si je mourrai...Je suppose que oui. Nous...respirons...comme vous...

Songer qu'il était si différent d'Eulalia le brisa dans son élan de zèle et d'espoir. Sa force pourrait la protéger, son corps pourrait lui convenir, mais son immortalité, sa peau froide, son incapacité à vivre à la lumière du jour...Comment Eulalia pourrait-elle s'en accommoder ? Et c'était sans compter sa soif de sang, inextinguible, dangereuse, malsaine...Son intolérance aux objets religieux...D'ailleurs comment pourraient-ils se marier ? C'était un rêve, c'était impossible ! Il n'était même pas certain de pouvoir se faire bénir pour son amour sans brûler sur place !
Sa nature le désespéra à nouveau.

Il eut alors une étrange idée qui fut presque comme un réflexe. Ses yeux dévièrent du regard de la belle pour suivre ses cheveux et la courbe de son cou. Il observa alors les deux trous qu'il avait percés dans sa peau de nacre. Ils étaient terriblement profonds et larges, il ne savait toujours pas mordre doucement et le sang qu'il lui avait pris la veille avec sauvagerie lui avait déchiré la peau avec une imprécision digne d'un fauve...Perturbé par cette vision, il détourna son regard. Cependant, son idée continua de se faire un chemin jusqu'à son cœur.

Et s'il la transformait ?
Ils pourraient vivre ensemble pour l'éternité ! Elle serait plus forte, elle serait sienne à jamais ! Leur couple n'avait aucun avenir s'ils restaient ainsi. Lui ne pouvait pas redevenir humain, mais elle pouvait très bien le rejoindre...

Oui, cette idée traversa l'esprit de Raphaël en cet instant. Mais il la chassa très vite : c'était égoïste et horriblement cruel ! Comment pouvait-il penser à une chose pareille ? La priver de lumière à jamais ? La condamner à boire du sang toute sa vie ? A errer dans les souterrains comme un rat ? Non ! Cela était impensable ! C'était une idée affreuse ! Lui voler sa virginité, puis lui voler son humanité ? Non ! Jamais !

Raphaël serra les dents et grogna soudainement pour lui-même:


- Pff je suis comme les autres...

Mais il se repris aussitôt pour éviter d'affoler Eulalia :

- Non rien, je pensais...à l'East End. Il faut que j'y aille. Oui...Ne t'en fais pas...C'est la seule solution. Je ne serai pas loin comme ça, et le Scotland Yard ne pourra pas me trouver dans ces taudis.

Eulalia se blottit contre lui et il la rassura encore comme il pu. La belle eut alors l'idée qu'ils pouvaient communiquer par des annonces dans le journal. Mais il fallait être malin et n'utiliser ce moyen qu'en cas d'extrême urgence. Raphaël lui sourit :

- C'est une excellente idée. Il nous faut des noms d'emprunt et un code. Je peux me faire appeler Wiliam Johnson, et...mm...que dis-tu d'utiliser le vocabulaire culinaire ou celui des lettres. Un rendez-vous pour un dîner ou une lecture peut signifier une urgence, les initiales du plat ou du livre proposé peut donner les initiales du lieu...Je ne sais pas...

Le Vampire réfléchit encore. Cette idée était ingénieuse, il devait bien le reconnaître, quoiqu'elle était éminemment dangereuse puisque le Comte et ses sbires, ainsi que la police, le Scotland Yard, de même que les gardiens de la reine lisaient tous le Time. Il fallait qu'ils se montrent très prudents.

Eulalia lui répéta alors qu'il avait besoin de se travestir pour passer plus inaperçu. Après quelques baisers, elle disparut pour aller au grenier. Raphaël la regarda tout d'abord d'un œil presque avide, émerveillé par sa nudité, mais il détourna bien vite le regard pour la laisser se rhabiller dans la pudeur et l'intimité. Il avait un avantage sur la jeune femme : il voyait dans le noir...Mais il savait qu'il ne devait pas abuser de cette capacité, non seulement pour éviter de gêner la belle mais en plus par simple pudeur de gentleman. Cependant, il fallait bien avouer que le Vampire n'avait pas eu l'occasion de contempler un corps féminin depuis sa naissance, ou presque. Il avait déjà eu des propositions étranges et il s'était déjà retrouvé dans des situations érotiques, mais jamais il n'avait franchi le pas et il s'était toujours enfuit avant même que la nudité de la femme ne lui soit dévoilée. Aujourd'hui, même si le corps d'Eulalia était encore jeune, il pouvait enfin contempler un exemplaire de cette merveilleuse nature.

Une fois qu'Eulalia fut partie au grenier, Raphaël se leva à son tour pour se rhabiller. Ses bandages le gênaient et sa sueur l'exaspérait. Il pris donc le soin de se laver rapidement grâce à la bassine qu'il trouva sur une commode non loin, il remit son pantalon et entreprit d'enlever tout seul ses bandages. Son torse était trempé, ses bandelettes humides et sanglantes lui collaient à la peau, c'était affreusement désagréable. Lorsqu'Eulalia revint du grenier avec des vêtements de son père et une perruque, Raphaël sursauta presque, comme s'il avait été pris sur le fait.


- Ha ! Fit-il gêné. Pourras-tu m'aider ? Il faut que je les défasse et les refasse...

Tandis qu'il laissait aux bons soins de sa compagne de découper les bandes qui enserraient son torses, le Vampire tentait de penser à autre chose en jouant avec la perruque. Il se regarda dans le miroir et sourit de manière bancale.

- Moui...ça me fait une drôle de tête...Je teindrais mes cheveux dans l'East End, on ne sait jamais...Une perruque peut tomber ou s'arracher...Le moindre faux pas peut nous être fatal. Je ne dis pas que c'est une mauvais idée, ajouta-t-il précipitamment, au contraire, c'est formidable que tu aies cela sous la main, mais ça ne pourra me servir qu'un temps.

Une fois leurs codes secrets convenus pour le journal, une fois les bandages du Vampires changés et une fois qu'il eut revêtu les vêtements de Thaddeus, le couple s'enlaça une dernière fois. Leur étreinte fut longue et leurs baisers presque douloureux. Ils sentaient que leur séparation approchait et ni l'un ni l'autre ne souhaitait voir ce moment arriver. Mais il fallait être raisonnable et c'était une chance incroyable que le Scotland Yard ne soit pas encore passé dans la demeure des Grey. Peut-être était-ce une question de respect lié au deuil de la famille ? Cela était probable mais en général la police ne tardait pas, surtout pour des questions de meurtres. Quelque chose ne tournait pas rond, il fallait se méfier.

- Allons-y...fit le Vampire en embrassant sa compagne sur le front avant de lui prendre la main.

Le Hunter récupéra la rapière que lui avait prêté Eulalia et la glissa à sa ceinture avant de l'entraîner avec lui vers l'escalier. Ils quittèrent la chambre, laissant le lit en désordre et les bandelettes de Raphaël près de la bassine d'eau souillée. Mme Perterson comprendrait. La perruque dans la main, le Vampire se pressa.

Arrivés en bas, ils passèrent par la cuisine et arrivèrent dans le salon. Ils trouvèrent alors Alexender et ses domestiques, ainsi qu'une jeune femme que Raphaël n'avait jamais vue. Gêné, le Vampire s'excusa  en lâchant Eulalia :


- Excusez-nous, peut-être que nous vous dérangeons ?

Raphaël jeta un regard à Alexender. Le rouquin semblait fatigué mais il respirait correctement et il paraissait se remettre de ses blessures. Il était lui aussi bandé au niveau du torse...

- Je vois que vous êtes encore en vie, Monsieur Von Ravellow. Étrangement j'en suis heureux.

Un pâle sourire éclaira le visage du Vampire. Il était temps d'enterrer la hache de guerre avec le rouquin mais il doutait que ce dernier ne le laisse tranquille malgré les événements du théâtre.

- Bonjour mademoiselle, fit-il ensuite à l'inconnue. Raphaël Veneziano, pour vous servir.

Il esquissa une courbette et jeta un regard à Eulalia près de lui. Il s'inquiétait de ce qu'il pouvait dire devant cette jeune fille. Qui était-elle ? Que faisait-elle ici ? Elle semblait s'accorder avec le rouquin et ses domestiques. Était-ce une sœur d'Eulalia ? Cette idée fit frissonner le Vampire : après tout, il ne connaissait pas bien sa compagne. Peut-être qu'elle avait de la famille à laquelle il n'avait pas encore été présenté ? C'était étrange de se rendre compte qu'ils avaient concrétisé un amour aussi puissant au bout de si peu de temps. En soit, ils ne se connaissaient pas encore et ce n'était que l'urgence de la situation et leur attirance respective qui les avaient poussés à s'aimer aussi fortement. Leur péché prenait encore plus de poids.

Mais l'heure n'était pas au badinage et Raphaël prit un ton plus pressé :


- Sieur Ravellow, je vais me rendre dans l'East End pour m'assurer une certaine tranquillité. Il faut attendre que cette affaire ne se tasse et préparer de nouveaux plans dans l'ombre. Je ne saurais que trop vous conseiller d'en faire de même. Ne retournez pas à votre demeure, quittez ces lieux et disparaissez de la circulation un moment...Notre seul espoir réside aujourd'hui dans notre discrétion. Il nous faut de nouveaux alliés et de nouvelles armes. Nous pourrons communiquer par le journal, le Times, si l'on est assez malins pour s'accorder sur un code. Nous n'avons malheureusement que peu de chance de revenir à une vie "normale"...

Son regard s'égara dans le vide puis dévia vers les rideaux fermés. Il était environ 14h30 ou peut-être 15h, il ne savait pas. Le temps, dans cette petite chambre, s'était étrangement étiré. Il en avait perdu la notion. Cependant, il voyait clairement qu'il faisait jour et même plein soleil. Il ne pouvait pas quitter la demeure des Grey avant la nuit...

- Le temps nous est compté...Fit-il finalement en prenant doucement Eulalia par la hanche tout en défiant Alexender du regard. Il était temps que leur alliance devienne une réalité. Ils avaient besoin de s'entre-aider et ce, plus que jamais.
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MessageSujet: Re: Dans le sang et les larmes [Hunters + Aria Hinoi] [11-12/03/42] Sam 2 Fév - 16:44


Aria avait l'étrange impression d'être décalée dans son attitude. Le récit sanglant d'Alexender ne semblait pas avoir d'effet sur elle. Des gens étaient cependant morts, et l'imagination d'Aria était bien assez puissante pour reconstituer la scène, non pas fidèlement, mais agrémenté de détails totalement irréalistes dont la jeune femme avait le secret. Mais surtout, ce qui la fascinait littéralement, c'était ce personnage, le Comte. L'ennemi juré des hunters ? Celui tout du moins qu'il fallait abattre de toute urgence, selon le hunter. Celui aussi qu'ils avaient lamentablement raté, malgré leur nombre.

La jeune fille n'était pas stupide, elle manquait juste d'éducation. C'est pourquoi elle restreignit quelque peu sa que trop débordante imagination pour réfléchir en même temps que le hunter parlait. Il était évident qu'il ne regardait toujours pas des évènements si proche avec une distance raisonnable, ni avec calme, très certainement parce que cette Sarah Spencer, sa compagne, était toujours en danger. Il n'avait pas la tête froide du tout, jugea Aria. Sinon, comment aurait-il pu envisager une contre-attaque rapide ? Selon Aria, ils étaient déjà tous allés un peu trop vite en besogne. Que savait-il vraiment du comte ? Que c'était un noble, et après ? Un noble qui possède la confiance de la reine, même si c'est un vampire, n'était pas à prendre à la légère. Bien qu'Aria douta qu'il eut été pris à la légère une seule seconde, au vu des dires d'Alexender.

Elle qui n'avait pas été là, n'avait pas les images d'horreur du théâtre, les vrais. C'est pourquoi elle avait pris le soin de retenir les paroles de son interlocuteur, pour y voir clair, et qui sait, lui faire voir un peu clair à lui aussi. Et autres par la même occasion. Elle était en plein supposition quand il se présenta. Elle lui sourit avant de se lancer dans sa courte présentation, en lui serrant la main.

-Je m'appelle Aria Hinoï, j'aide Mrs Patterson ici... quand je suis là serai plus exacte, à vrai dire... Je sais qui vous êtes, parce que les petits vendeurs de journaux crient votre nom et celui de Monsieur Vene... Aria s'aperçut que sa mémoire des noms avait encore frappé... Raphaël. Rajouta-t-elle très rapidement. Je suis ravie de faire votre connaissance !

Elle s'arrêta dans son flux de paroles. Elle ne savait pas si parler du comte n'allait pas énervr le hunter qui semblait à bout... Mais tout de même, elle n'allait pas garder ses réflexions pour elle toute seule !

-Vous savez, après avoir écouté votre récit, je pense que le Comte est quelqu'un de vraiment puissant et dangereux. Il y avait Sa Majesté la Reine à cette représentation, n'est-ce pas ? Et elle avait été invité par ce vampire, je suppose, après tout, c'était sa pièce. Il devait y tenir d'ailleurs, il doit enragé actuellement... C'est un beau foutoir votre histoire. Néanmoins, c'est un proche de la Reine, et on ne peut pas en douter, avec la réaction du Scotland Yard... Un vampire de bas étage n'aurait pas ce rang-là. C'est impossible, un vampire plus âgé et plus puissant aurait immédiatement pris sa place, et au final... Non, je dois me tromper... C'est sûrement mon imagination qui m'a rattrapée ! Il est impensable que vous ayez eu l'idée saugrenue d'attaquer l'un des plus puissant voir le vampire Maître de la ville ! Elle rit nerveusement Excusez-moi, j'ai entendu tout un tas de rumeur sur le fait qu'il y aurait un vampire très âgé à Londres qui en serait le maître, le véritable maître... Mais je dois me tromper !

Elle marqua une pause. Elle n'était précédemment pas aller au bout de cette réflexion, parce que ça lui faisait peur de savoir que le pétrin dans lequel ses camarades étaient puissent être aussi important. Elle avait voyagé, avec son père. Ils en avaient vu des vampires et des villes ! Et ils avaient fait ce terrible constat : toutes les grandes villes avec un certain pouvoir politique ou financier regorgeaient d'ennemi à longues canines... avec à leur tête un chef... L'humanité ne s'appartiendrait peut-être bientôt plus... Enfin cela faisait longtemps que les gens de l'ombre agissaient sans que personne ne le sache...

-Je crois, tout bien réfléchis, que votre amie Sarah Spencer ne devrait jamais mettre les pieds chez ce type. Jamais. Je suppose que perdre son statut est une chose difficile, mais contre perdre la vie, ce n'est pas grand chose. Vraiment. Après, on peut voir le problème à l'envers : si elle accepte de se marier avec ce monstre -ne me regardez pas comme ça ! c'est une supposition – alors elle sera certes en danger de mort, mais une potentielle informatrice... Je suis bien consciente que c'est un jeu dangereux que cela mais avouez que nous manquons très sérieusement d'informations sur ce vampire ! Il n'était pas seul au théâtre. Ceux qui l'accompagnait lui obéissaient ! Il est vitale d'en savoir plus. Par ailleurs, envoyer votre amie là-bas relève du sacrifice pur et simple, surtout si l'on considère que vous souhaitez le tuer parce qu'il s'en est approché, et pour la protéger... elle soupira Non mais franchement, quelle galère...

Elle le regarda, lui et sa colère sourde, sa peur de perdre cette femme qu'il aimait.

-En plus, il n'a peut-être pas le « béguin » pour elle, vous savez ? Enfin je ne le connais pas, mais vu que c'est un vampire, il a peut-être les idées plus tordues que ça, peut-être qu'il fomente autre chose, je sais pas moi ! Ou alors, il a vraiment le béguin pour elle, auquel cas elle survivrai entre ses griffes un peu plus longtemps. De tout façon, voyons un peu le bon côté des choses, vous êtes tous les deux vivants ! Et s'il parvient à l'avoir, il sera bien obligé de se montrer en public avec elle non ? Allez, souriez un peu, que diable ! Rien n'est encore perdu ! une idée folle passe par là Et si on le discréditait aux yeux de la Reine ? Et si on retournait contre lui les vampires ? Et si... Peut-être qu'un jour il mourra ? Je sais pas moi ! SOURIEZ, VOUS ÊTES VIVANT ! S'exclama-t-elle soudainement

La jeune femme avait fini par s'exaspérer de la tête de déterrer du hunter : soit il avait le regard vide, soit il avait une tête de déprimé, et de toutes façons, il n'arrivait pas à sourire du tout et il ne souriait pas et il ne semblait jamais heureux, et ça commençait à agacer la jeune femme, tout ça.

-Et puis ce n'est pas une défaite totale. Vous l'avez blessé physiquement mais aussi très probablement dans son orgueil, c'est un noble après tout, ça n'a pas du lui plaire du tout, surajouté à ça, il perdu certain de ses sous-fifres. Ce n'est pas si négatif que ça ! J'admets qu'il y a eut peut-être plus de mort de votre côté, mais c'étaient des vampires, pas des gamins de foire ! Bon, les parents de Lally y sont passés aussi, et c'étaient mes employeurs. Ils sont morts au combat, dans une cause qui leur semblait juste, et je suis sûre que chacun de ceux qui vous ont accompagné n'avait pas peur de mourir pour débarrasser le monde d'un être tel que le Comte.

Aria s'agita sur sa chaise. Elle commençait à s'en vouloir de ne pas y avoir été. Elle aurait été vraiment utiles, pour une fois ! Son discours visait tant à remonter le moral du hunter qu'à se consoler elle-même de ne pas avoir pu protéger ses employeurs, qui avaient la bonté de la laisser faire ce qu'elle voulait, surtout la nuit. Elle baissa la tête, laissant ses longs cheveux lui cacher le visage. C'est à cet instant que Raphaël Veneziano et Eulalia arrivèrent, ensemble. Lorsque le vampire parla, Aria sursauta presque. Elle se leva précipitamment. Se présenta rapidement, mais sans courbette, elle n'en voyait pas l'usage en ce moment (et puis il fallait bien l'avouer, elle n'aimait pas trop ça, les courbettes par-ci, par-là). Elle l'écouta s'adresser à Alexender, et sa dernière phrase « le temps nous est compté... » raisonna comme une sentence dans la pièce.

-Vous pouvez parler librement devant moi... C'est pas un problème... Vous venez de plomber l'ambiance un peu plus qu'elle ne l'était déjà... Félicitation... Tu en tires une sale tronche, toi aussi, Lally... Bref, et vous comptez tous faire cette tête insupportable de macabé encore longtemps ? Ah et comme Eulalia ne semble pas vous avoir parler de moi, au vu de votre réaction, sachez que je suis une huntress et que vous êtes dans le pétrin, mais ça vous le savez déjà et que moi aussi, du coup. Bon, et maintenant, vous allez dans l'East End ? Vous y êtes déjà allez, ou ne serai-ce que passé ? Vous avez déjà vécu dans la rue ? Non ? Eh bah ça va pas être du gâteau...

Elle les regarda tous. Ils étaient fatigués. Ils étaient poursuivis et en danger.

-Rejoindre l'East End maintenant, je ne sais pas si c'est une mauvaise ou une bonne idée. Je ne sais pas comment pense votre ennemi, et s'il pensera à chercher là-bas. En attendant, il est certain que vous ne connaissez pas la Rue. Vous n'en avez pas idée. Les sous-sol de la Royal academie of art possède un lit et une table, en plus de la discrétion du gardien contre une légère rétribution de n'importe quel type. Si jamais vous avez un problème, allez là-bas. Au pire, vous pouvez commencer à vous habituer au froid et aux mauvaise conditions là-bas...

Aria sourit à nouveau. Imaginer des gens qui n'avait jamais connu la faim devoir se cacher sans rien à la rue l'amusait presque... C'était peut-être mesquin, mais elle n'avait pas connu mieux ces dernières années, si on omettait son tout nouveau et bien court travail chez les Grey.

-J'oubliais de préciser qu'il y a également des armes en argent dans ce sous-sol. Enfin il en reste deux je crois. Et quelques rats, aussi... M'enfin c'est secondaire ça. La table est bancale, le lit dur, grinçant et rempli de puces, mais il y a le confort salvateur de deux couvertures bien chaudes mais mitées, désolée...

Aria le voyait mal supporter la rue. Vraiment, surtout que cela risquait de lui miner le moral, et cela, il ne le fallait pas pour vaincre l'abruti qui avait tué ses employeurs.


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Eulalia Grey
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MessageSujet: Re: Dans le sang et les larmes [Hunters + Aria Hinoi] [11-12/03/42] Mer 13 Fév - 13:56

Comment donc avait-elle pu trouver le Paradis dans cette situation infernale ?

Dans la petite chambre qui avait vu passer ses jeunes années, Eulalia était allongée sur le lit, nue comme au premier jour. Elle venait de concrétiser son amour avec Raphaël, l'homme qui la tenait entre ses bras blancs et froids comme la neige. C'était bien la seule chose qui pouvait, en cet instant, rappeler à la jeune femme que ce n'était pas un humain qu'elle aimait mais un Vampire. Qui aurait pu croire que ce serait à une créature de l'Ombre que son cœur allait appartenir, alors que sa famille s'évertuait à les chasser depuis des siècles ?
Aujourd'hui, ils achevaient de rompre les codes qui régissaient leurs classes sociales et leurs races. Aujourd'hui, Eulalia aimait. Simplement.

La seule chose qui aurait pu la perturber était la rapidité avec laquelle cette relation s'était formée. Maintenant qu'elle y repensait, elle ne connaissait le bel Italien que depuis une semaine, peut-être deux. Depuis qu'ils s'étaient rencontrés, leurs vies avaient dû essuyer maints écueils. Ils se connaissaient à peine mais ils avaient déjà fait face à une terrible bataille, défiant ainsi le plus puissant des Vampires de Londres. C'était au milieu de chaos qu'ils s'étaient aimés, du jour au lendemain. Il lui avait plu au premier regard et elle lui avait bien vite offert son amour, sa tendresse et son aide.
La qualifier de fille facile aurait été un jugement erroné. C'était tellement plus compliqué... Comme si une force supérieure avait délibérément placé l'un sur le chemin de l'autre. Il y avait une certaine forme de magie dans ce qu'ils vivaient tous les deux aujourd'hui.

Tout en caressant doucement le corps tiède de son amant, elle repensa elle aussi à ce qu'ils venaient de vivre. Leurs ébats maintenant gravés dans son esprit pour le restant de ses jours avaient été tout simplement parfaits. La douleur n'en avait pas fait partie, il n'était resté qu'une tendresse maladroite en premier lieu, bien vite suivie par une étreinte brûlante de passion et de tristesse. Ils allaient se quitter ce soir et Dieu seul savait quand ils se reverraient. Mais jusqu'à leurs prochaines retrouvailles, elle garderait en tête ce ballet merveilleux, cette danse de la Vie qu'ils avaient partagés ensembles. Ils n'avaient pas seulement unis leurs corps ce jour là, mais également leurs âmes. L'un était la propriété de l'autre, ils n'appartiendraient jamais à personne d'autre. Eulalia n'accepterait jamais d'autre soupirant, Raphaël ne toucherait jamais d'autre femme. Aujourd'hui, ils scellaient un pacte d'amour et de fidélité qui jamais ne serait rompu.

Là, aux anges dans l'obscurité, elle apaisait son amant de caresses et de baisers. Sous le coup de leur jouissance, il semblait fatigué et nerveux, sans qu'elle sache pourquoi.

Soudain, il sembla paniquer et se mit à prier en latin. Il se sentait coupable aux yeux de Dieu, coupable d'avoir volé sa pureté... Eulalia se sentit elle aussi très mal. C'était elle qui l'avait tenté, qui l'avait embrassé. Sa faute n'en était que plus grave ! Mais elle ne pouvait renoncer à l'idée que leur acte n'était pas un péché de chair mais un acte d'amour. Bien qu'ils ne soient pas mariés, la jeune femme comptait bien offrir sa vie au jeune Vampire et elle le lui jura, prenant le Tout Puissant à témoin.

Durant un instant, elle eut peur que Raphaël ne partage pas son avis. Après tout, peut-être l'aimait-il moins qu'elle ? Ils se connaissaient depuis si peu de temps...
C'était évidemment un doute infondé et stupide et elle s'en rendit bien vite compte lorsqu'il lui fit la promesse de la prendre pour femme.

Un sourire vint fendre son visage au fur et à mesure qu'il parlait. Elle voulait vivre avec lui, partager sa vie, peu importe le prix. Elle saurait changer ses habitudes, passer du jour à la nuit, si c'était pour lui, alors elle le ferait !

Leurs lèvres se cherchèrent à nouveau et se lièrent. La jeune femme sentit les mains du jeune homme sur ses hanches pendant qu'un frisson parcourait sa colonne vertébrale. Elle était la seule, depuis le début. Il lui confia qu'il n'y croyait pas, qu'il n'y avait pas pensé...
Sa nature, ses désirs de vengeance l'avaient éloigné des sentiments, de l'amour, le plongeant un peu plus dans la haine et la souffrance. Lally était là désormais, pour raccrocher Raphaël à la lumière et lui rendre le goût de la vie. Tendrement, elle murmura à son oreille:


- Tu seras toujours le seul qui compte à mes yeux...

Elle se blottit contre lui et ferma les yeux un instant. Pourraient-ils un jour connaître le bonheur malgré tout ? La nature de son amant serait-elle toujours un obstacle pour eux ou bien pourraient-ils surmonter cette épreuve ensemble ? Il craignait bon nombre de choses qui faisaient partie intégrante de sa vie, à commencer par les objets religieux. Sa soif aussi était un problème, il ne tenait pas les Blood Tablets et le sang animal était moins nourrissant... Etait-elle vraiment ce qu'il y avait de mieux pour lui ou bien ne ferait-elle qu'accélérer la longue descente aux enfers du jeune homme ?

Pendant un instant, elle fut envahie de doutes affreux. Mais elle les chassa de son esprit pour se concentrer sur le présent. Des problèmes plus urgents pointaient le bout de leurs faces grimaçantes et il fallait les solutionner au plus vite. Ni le Comte Keï ni le Scotland Yard ne leur accorderait le temps de se cacher et de se préparer convenablement à la contre offensive. Ce n'était pas une partie de cache-cache mais bel et bien une chasse à l'homme qui était en train de se mettre en place et la jeune femme ne savait pas encore qu'un homme allait la traquer sur les ordres du plus grand Vampire de Londres.

Elle exposa alors à Raphaël qu'elle comptait s'établir chez sa marraine, le temps que les choses se tassent. Le statut de celle-ci lui permettrait d'être à peu près protégée de la police et d'agir de manière à disculper son amant ainsi qu'Alexender. Et pourquoi pas aussi, se venger de l'ignominie que ce fossile décoloré avait fait subir à son père.
Le bel Italien lui conseilla alors la prudence et lui demanda l'adresse de cette fameuse parente. Puis, il lui annonça qu'il irait dans l'East End.

Ainsi, il était revenu sur sa décision... Eulalia en était presque soufflée. Il admettait qu'elle avait raison et reconnaissait qu'il n'y avait pas d'autre solution. Mais la jeune femme s'inquiétait. Il y avait autant de chances de passer inaperçu au milieu de la population que de chances de se faire repérer par un Vampire ! Certes, les auras des autres personnes présentes pourraient masquer l'aura de Raphaël mais... Pourrait-il résister à la tentation du sang face à une telle promiscuité ? Survivrait-il dans cette antichambre de l'Enfer ?
La jeune femme déglutit et hocha doucement la tête. Elle ne pouvait qu'aller dans son sens, malheureusement.


- Ma marraine habite un grand manoir du côté de Hyde Park, le ''Rosebury Manor''... Tu ne pourras pas le rater, c'est l'un des plus grands de la ville... Il est très reconnaissable à la grille de l'entrée, en fer forgé ; elle représente un treillis de roses. Pardonne moi de ne pas être plus précise, cela fait une éternité que je ne m'y suis pas rendue. Pour ce qui est de l'East End... Je ne peux malheureusement qu'appuyer ta décision, il n'y a pas d'autre solution... Mais j'ai tellement peur que tu ne résistes pas à la tentation, ou qu'un Vampire ne te trouve... Où te réfugieras-tu le jour venu ? Comment vas-tu te nourrir?

Elle essaya de se calmer, ce n'était pas la peine d'assaillir Raphaël de questions auxquelles il ne pouvait pas répondre. Elle devait lui faire confiance... Il était certainement plus débrouillard et hardi que ce qu'elle imaginait. Il ne fallait pas qu'elle s'en fasse pour lui, cela ne ferait que leur nuire à tous les deux. Elle se concentra ensuite sur les bandages de son amant, pour changer le cours de la conversation. Avait-il mal ? Souffrait-il d'une quelconque manière que ce soit ?

Il lui répondit avec un sourire coquin. Oui, il était vrai que ses bandages étaient dans un piteux état après ce qu'ils avaient fait... Elle lâcha un éclat de rire léger comme du cristal et caressa la joue de son amant du bout de ses longs doigts de pianiste.


- Mh, il va falloir que j'aille remettre de l'ordre dans tout ça...

Elle lui sourit mais une pensée vint à nouveau obscurcir son petit bout de bonheur. Si jamais le Scotland Yard venait à mettre la main sur lui, que se passerait-il ? Il serait certainement emprisonné ! On pourrait l'accuser d'avoir fomenté un attentat contre la reine et la pendaison serait alors la seule issue possible ! Raphaël avait beau lui dire qu'il s'enfuirait à chaque fois, elle ne pouvait s'empêcher d'imaginer le pire. Sa seule bravoure suffirait-elle face aux hordes de Vampires du Comte et aux policiers zélés du Yard ?

Que se passerait-il si, finalement on l'arrêtait ? Eulalia ne savait pas exactement comment le métabolisme des Vampires fonctionnait. Elle s'en inquiéta encore plus et posa des questions à Raphaël, dans l'espoir d'être rassurée ou au moins d'être un peu éclairée.

Il ne savait pas grand chose lui non plus, son jeune âge ne lui permettant pas de faire le point sur ses capacités. Un vieux Vampire aurait sans doute pu feindre la mort mais lui... Eulalia se rappela alors que même si les capacités de son amant étaient exceptionnelles par rapport aux siennes, il ne restait pas moins l'équivalent d'un louveteau dans la hiérarchie Vampirique. Ils s'attaquaient à des ennemis beaucoup plus gros qu'eux...

Eulalia se mordit la lèvre, prenant conscience de sa ridicule faiblesse par rapport à leurs ennemis.
Avant qu'elle n'ait eu le temps de répondre, Raphaël enchaîna, parlant de son âge réel, du fait qu'il n'avait pas été élevé par des Vampires. Son éducation n'avait pas été achevée, il n'avait aucune idée de comment maîtriser sa nature, ses pouvoirs...

La jeune femme mit le temps à digérer le fait que, malgré les apparences, il était près de l'âge de ses parents, en réalité. Si Raphaël n'avait pas été changé en Vampire, il aurait pu être son père...
Qu'avait-il sacrifié ? Comment avait-il vécu ses jeunes années ? Il n'avait même pas un âge conséquent pour un humain, les souvenirs de sa jeunesse devaient encore l'oppresser.

Figée, elle l'écouta jusqu'à la fin. Les Vampires eux aussi respiraient. Etaient-ils si différents des humains, finalement ? Pouvaient-ils vivre sans oxygène ? Eulalia n'osa pas poser la question de peur d'attrister encore plus le beau jeune homme mais les pendaisons en Angleterre causaient la mort à cause de la rupture des cervicales et non pas à cause de la privation d'air. Un Vampire pouvait-il survivre à cela ? Elle en doutait.
Mais il ne fallait pas non plus oublier que les exécutions se passaient dans la journée. Raphaël brûlerait avant d'arriver à la potence, révélant ainsi sa nature aux yeux de tous !

Alors que cette idée achevait de mettre le moral de Lally au plus bas, une autre idée germa dans son esprit. Le Comte n'apprécierait peut-être pas de voir l'existence des Vampires exposée ainsi ! Peut-être que cela leur laisserait une chance... Ou peut-être pas. La jeune femme se méfiait du Comte, qu'elle soupçonnait capable de bassesses auxquelles elle n'aurait jamais le cran de penser.

Pour finir, elle enlaça Raphaël, essayant de lui donner du courage. Ils allaient traverser de dures épreuves... Doucement, elle embrassa ses cheveux, laissa sa main vagabonder sur sa joue en une tendre caresse et lui murmura:


- Nous trouverons une solution, je te le promet... Jamais je ne te laisserai entre leurs mains. Et s'ils te capturent je te ferai évader !

Elle resta serrée contre lui un moment, bien inconsciente de ce qui torturait l'esprit de son amant. Dieu seul savait comment elle aurait réagi si elle avait su qu'il avait songé à lui faire rejoindre le monde des Ombres...
Peut-être aurait-elle été terrifiée, trop attachée à son humanité, ou peut-être aurait-elle accepté par amour pour lui. En cette heure, on ne pouvait pas savoir quelle aurait été la réaction de la Huntress.

Cependant, celle-ci leva les yeux vers son compagnon lors qu'il avoua qu'il était ''comme les autres''. Alarmée, elle fronça les sourcils et s'écarta de lui pour mieux le voir dans la semi-pénombre de la pièce.


- Comment ça ? Raphaël... Quelque chose ne va pas?

Apparemment, il se souciait de son séjour dans l'East End, malheureusement seule et unique solution qui se présentait à eux. La jeune femme avala le mensonge de Raphaël sans sourciller bien qu'elle avait une petite impression de malaise, signe que quelque chose n'allait pas. Elle mit cette sensation sur le compte de la situation qu'ils vivaient et se blottit contre son amant, en quête de contact et de réconfort.

Elle avança alors l'idée d'une communication au travers des petites annonces du Times que le Vampire sembla trouver plutôt astucieuse. Il commença à donner des idées qu'elle écouta attentivement en hochant la tête. Les noms de code étaient bien évidemment inévitables. Le jeune homme avait choisi William Johnson... Elle imprima cette information dans un coin de sa mémoire et élabora un code en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire.


- Très bien. Je m'appellerai Vivian Dawson. Je passerai une annonce de maison ou d'objets à vendre pour une cause quelconque et l'adresse que je donnerai pour le rendez-vous sera celle à laquelle tu devras te rendre une fois la nuit tombée, à ceci près que je ne t'attendrai pas à l'endroit exact mais dans les alentours. Je suppose que tu me retrouveras grâce à mon odeur... Et à chaque fois que nous nous verrons, nous conviendrons d'un nouveau nom de code pour la fois suivante, ce sera plus sûr.

Après quelques mots, elle se rhabilla et alla au grenier pour trouver de nouveaux vêtements pour le jeune homme. Au passage, elle trouva une perruque qui pourrait toujours dissimuler les cheveux blancs du Vampire jusqu'à-ce qu'il puisse les teindre. Heureuse de sa trouvaille, elle revint dans la pièce où elle vit Raphaël à moitié habillé, aux prises avec ses bandages. Il avait besoin d'aide pour les enlever, c'était évident, et elle ne put s'empêcher de rire en le voyant sursauter en essayant de se dépatouiller.

- Bien sûr, je vais m'en charger ! Elle lâcha un éclat de rire. Voyons voir, quel sac de nœuds est-ce que tu m'as fait là ?

Avec un sourire, elle alla chercher une serviette pour essuyer le torse de son amant avant d'enlever les bandelettes. Elle les découpa prudemment avec un ciseau et mesura l'ampleur des dégâts. Les plaies s'étaient déjà bien refermées mais la cicatrisation n'était pas encore complète.

La jeune femme se mordit la lèvre. Il aurait besoin d'être le plus en forme possible lorsqu'il s'aventurerait dans la rue et sa blessure risquait de l'handicaper. Si elle utilisait son don, elle ne se mettrait pas en danger, les cicatrices restaient encore d'une gravité raisonnable et le contrecoup serait gérable pour elle. Sans plus attendre, elle étendit les mains et incanta avant que son amant n'ait pu dire quelque chose.

Lorsqu'elle eut fini, elle resta immobile, les yeux fermés pendant quelques secondes, pour supporter un petit vertige. Elle sentait bien que Raphaël n'approuverait pas son geste aussi lui dédia-t-elle un petit sourire avant d'annoncer d'une voix pourtant très ferme:


- Tu en as plus besoin que moi. Tout ce que je risque c'est un petit accès de fièvre ce soir, dans mon salon, quand tu seras dans la rue, potentiellement attaquable à tout moment ! La douleur de cette blessure t'aurait trop gêné...

Elle remit tout de même des bandages neufs pour protéger la peau nouvelle, encore fragile. Pendant ce temps, il titilla la perruque et se la mit sur la tête. Eulalia le regarda et sourit pendant qu'il parlait. C'était vrai qu'il avait l'air d'un autre homme avec cette tignasse blonde sur le crâne. Ce n'était pas disgracieux, mais étrangement comique.
Cela permettrait au Vampire d'avoir un répit le temps de trouver une teinture. Elle savait très bien qu'il ne pourrait pas garder éternellement cet accessoire sur lui et qu'un coup de vent ou un geste brusque aurait vite fait de révéler ses vrais cheveux au grand jour.

Une fois les bandages biens fixés et les tissus usagés posés à côté de la bassine, elle aida son amant à passer une chemise puis le vieil habit clérical un peu élimé par endroits. Elle le regarda un long moment, sans rien dire. Ainsi donc, ils allaient se quitter ce soir... N'y tenant plus, Eulalia se précipita dans les bras de son amant et l'embrassa longuement. Chacun de ses baisers pouvait être le dernier, ça en devenait tellement douloureux... Elle aurait voulu que cette journée ne se finisse jamais mais le Temps ne pouvait se plier à ses seules envies.

Quand elle sentit que le moment était venu, elle saisit le pendentif qu'elle avait offert à Raphaël et le lui attacha autour du cou, avant de le cacher sous le col de la soutane. Il l'embrassa ensuite sur le front et ils se préparèrent à descendre. Avant de partir, il se saisit de sa rapière et oublia de prendre l'argent qu'elle lui avait confié. Elle le récupéra en vitesse et le glissa dans une des poches du jeune homme, prévenante.

Ils descendirent au salon où se trouvaient Alexender et Aria, à la grande surprise de la jeune femme. Raphaël la lâcha et s'excusa tandis qu'elle faisait un pas en direction de la jeune fille. Elle était donc revenue ! Et visiblement au moment le plus adéquat. Eulalia savait que la jeune demoiselle avait vécu dans la rue, elle pourrait peut-être les aider à préparer la fuite de ses amis...
Pendant ce temps, Raphaël témoignait un peu de chaleur à Alexender. Il essayait d'atténuer les tensions, enfin ! La Huntress sourit, satisfaite de les voir à peu près s'entendre.
Il se présenta ensuite à l'adolescente et l'interrogea du regard. Il ne la connaissait pas et ne savait pas ce qu'il pouvait dire ou non... Elle ferma les yeux et esquissa un mouvement de tête pour lui faire comprendre qu'il pouvait parler librement mais déjà, son amant reprenait la parole, plus sérieusement, s'adressant directement au Hunter roux. Il lui exposa ses plans et de ce qu'ils avaient convenu dans la petite chambre. Il était temps de se mettre au point... Evidemment, il déconseilla à Alexender de retourner chez lui. Eulalia se tut mais elle savait pertinemment que l'homme voudrait aller chercher sa compagne. Elle le comprenait. L'amour était un sentiment contre lequel on ne luttait pas...

Pour finir, il la prit par la taille en annonçant solennellement une évidence qui tomba comme un couperet. Le temps leur était bel et bien compté et il allait s'écouler bien plus vite que ce qu'ils pensaient.
Ce fut Aria qui reprit la parole et qui expliqua alors qu'elle était Huntress, comme eux et qu'elle comprenait le pétrin dans lequel ils s'étaient fourrés. Selon elle, l'East End ne serait pas une partie de plaisir, ce qu'Eulalia imaginait bien volontiers.

La jeune fille leur raconta alors en long en large et en travers comment la vie allait être difficile pour eux et Eulalia se retint de la presser d'en venir aux conseils qu'elle pourrait leur donner. Les propos maladroit de l'adolescente pouvaient être mal interprétés et la dernière chose dont ils avaient besoin c'était d'une mésentente entre ses amis et elle.

Au moment où elle ouvrit la bouche, Aria mentionna sa cachette à la Royal Academy of Arts. C'était effectivement un bon endroit où Raphaël aurait pu se cacher ! En sous-sol, il serait à l'abri des rayons mortels de l'astre diurne et pourrait sortir le soir. Le problème, c'était le gardien... Serait-il assez malin pour faire le rapprochement entre lui et l'attentat ? Le dénoncerait-il ou accepterait-il de garder le silence ?
Une fois que son amie eut fini de parler, ce fut la jeune femme qui exposa le fond de sa pensée.


- Je dois admettre que la cachette d'Aria serait très pratique pour vous cacher, c'est peut-être le meilleur endroit possible pour l'instant. Mais l'idée du gardien me fait un peu peur. Sera-t-il assez intelligent pour vous identifier, même déguisés ? Ne vaut-il pas mieux vous cacher à son nez et à sa barbe ? Raphaël, je suppose que vous réussiriez à échapper à la vigilance d'un humain normal sans trop de problème, n'est-ce pas ? Mais... Elle se tourna vers Alexender. Où irez-vous ? Je sas très bien que vous allez essayer de sauver Miss Spencer des griffes du Comte Keï et ce n'est pas moi qui vais vous en empêcher... Je vous demande seulement d'être prudent et d'envisager un second plan.

Elle soupira et réfléchit. Où pourrait-il bien se cacher ? Comment allait-il faire ? S'aventurer dans l'East End avec ses deux domestiques était risqué, intensément risqué.

- La première chose à faire serait de teindre vos cheveux. Je ne crois pas avoir le matériel nécessaire ici mais j'ai quelques perruques et vieux costumes pour vous dissimuler pendant un temps... J'ai également des déguisements féminins pour vos domestiques, si vous le désirez. Nous avons également convenu d'une communication secrète au travers des journaux. En cas d'urgence, je publierais une petite annonce sous le pseudonyme de Vivian Dawson pour un événement quelconque avec une adresse. Je me rendrait alors dans le périmètre du lieu que je vous aurais indiqué une fois la nuit tombée. Il va sans dire que nous changerons les pseudonymes à chaque fois que nous nous rencontrerons...

Eulalia ne voyait pas quoi dire de plus. Il était temps qu'elle s'occupe des déguisements des domestiques ainsi que de celui d'Alexender. Lorsque les jeunes femmes entrèrent dans la pièce, elle en profita pour les harponner au passage et les emmener au grenier pour qu'elles puissent choisir parmi les vieux costumes de théâtre, quelque chose qui puisse leur permettre de passer inaperçues. Elle leur proposa également certaines de ses robes qui auraient pu faire l'affaire. Pendant qu'elles faisaient leur choix, elle trouva pour Alexender un manteau tout ce qu'il y avait de plus banal et une perruque de cheveux courts et noirs qui avait l'air assez large pour lui permettre de cacher son opulente crinière. Enfin, elle s'empara d'un chapeau large tout à fait classique pour parachever l'ouvrage. S'habiller comme Mr et Mme tout le monde était la meilleure façon pour eux de ne pas attirer l'attention. Lorsque les deux jeunes femmes furent prêtes, elle s'assura que rien ne manquait à leur déguisement et leur confia :

- Je sais que je peux compter sur vous pour veillez à ce que le Sieur Von Ravellow ne se mette pas en danger, vous le connaissez bien mieux que moi. Je crains qu'aller sauver Lady Spencer dans l'état où il se trouve ne le conduise tout droit à sa perte... J'espère que vous le mettrez hors d'état de nuire si jamais il tente cette entreprise trop tôt, j'ai peur que ses blessures ne soient plus graves que ce qu'il ne pense. A propos, avez-vous besoin d'aide d'une quelconque manière ? J'ai déjà donné de l'argent à votre maître mais vous faut-il des armes, de l'eau bénite ou même des provisions ou des couvertures ? Ne vous en faites pas, je vais quitter cette maison sous peu et je ne conserverait que peu de choses, autant que le reste puisse vous servir...


Dernière édition par Eulalia Grey le Dim 5 Mai - 18:10, édité 1 fois
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Alexender Von Ravellow
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MessageSujet: Re: Dans le sang et les larmes [Hunters + Aria Hinoi] [11-12/03/42] Ven 15 Fév - 18:54

Sous le toit des Grey, des plaies se refermaient, d'autres s'ouvraient, la défense s'organisait et de nouvelles alliances voyaient le jour. Alexender et ses domestiques discutaient de leurs nouveaux plans pour échapper à la vigilance des Vampires et du Scotland Yard. La fatigue, la tristesse et la crainte teintaient l'atmosphère de tensions difficiles à supporter mais que pouvaient-ils bien y faire ? Leur situation était des plus désespérantes et rien ne pourrait l'adoucir. Non seulement ils avaient échoué dans leur tentative d'éliminer le Comte, mais en plus ils avaient dû essuyer des pertes incroyablement tragiques. Des Hunters, des adolescents, des collègues et puis les parents d'Eulalia...Ces deuils imprévus venaient alourdir l'ambiance déjà plombée par leurs méfiances respectives et leurs amours impossibles. Toute cette vaste opération, organisée à la hâte et sans réel moyen de vaincre, les avait conduits dans une impasse. Il fallait maintenant s'en dégager, quitter l'ombre de cette cage pour trouver une nouvelle cachette, plus sûre et plus pratique, un endroit qui pouvait leur permettre d'avoir des échappatoires et divers chemins qui les mèneraient à l'objet de leur quête. Il fallait désembourber la roue de leur fiacre et partir, partir loin, très loin.

Au milieu de leurs réflexions, alors qu'Alexender commençait à hausser la voix pour expliquer d'un ton ferme à ses domestiques ce qu'il avait l'intention de faire à présent, une jeune femme était arrivée. Aria Hinoï...Non, ce nom ne lui disait rien. Alexender n'avait absolument jamais entendu parler de cette jeune femme qui se présentait maintenant à lui. Leurs mains se lièrent l'espace d'une seconde, le Hunter lui expliqua la situation et la jeune femme lui confia qu'elle était déjà au courant de bon nombre de choses à cause des journaux. C'était une Huntress elle aussi et elle semblait se placer clairement dans leur camp. C'était une bonne nouvelle. Alexender se sentit quelque peu regonflé d'espoir à son arrivée : d'autres Hunters existaient, il suffisait de les trouver ! Le Comte ne perdait rien pour attendre. La prochaine fois, ils seraient plus nombreux, plus forts, mieux entraînés, mieux organisés, tout irait comme sur des roulettes et ses cendres seraient dispersées sous le soleil dans un élan de joie ! Oui, rien n'était joué ! Malgré les pertes, malgré les pleurs, les Vampires n'étaient pas encore à la tête du monde et le Comte n'était pas encore venu frapper à leur porte. Il fallait maintenant fuir pour mieux revenir.

Malgré son jeune âge, Alexender était prêt à accepter l'aide de cette nouvelle venue. Il l'accueilli d'abord avec hésitation et méfiance, mais bien vite il lui sourit et lui expliqua d'un air plus que sérieux la façon dont s'étaient déroulés les événements au théâtre pour la mettre à jour. La jeune femme l'écouta et réagit plus vivement que ne l'aurait cru le Hunter. Son langage, naturel et franc, perturba le rouquin qui n'avait pas l'habitude de tant d'optimisme au milieu du pessimisme. Sa façon de s'exprimer était étrange, paradoxale et éminemment déstabilisante pour un homme tel que lui. Alexender avait l'habitude des hypocrites, des aristocrates et des bourgeois, et même s'il restait tout à fait bienveillant pour les classes inférieures et qu'il faisait même de l'égalité son cheval de guerre depuis des années, il fallait bien reconnaître qu'il n'avait pas souvent fréquenté ce type de personne. Aria était une jeune femme pleine de fougue et de bonnes intentions, mais son air détaché en faisait aussi une étrange alliée. Elle semblait alarmée par leur situation et elle la dépeignit d'ailleurs comme une terrible chose, bien difficile à surmonter. Elle semblait pessimiste au possible quant à leur réussite future et elle prenait apparemment leur échec pour le glas de leur vie.
Alexender en fut mal à l'aise. Oui ils étaient dans la mouise la plus profonde qu'ils n'avaient jamais connue, oui ils avaient désormais la police aux trousses en plus d'un Vampire dont la puissance restait encore à mesurer...mais se l'entendre répéter n'était pas une bonne chose pour avancer.
Suzanne et Marguerite se taisaient. Elles ne souhaitaient pas intervenir dans cette nouvelle conversation : leur maître se devait d'affronter seul cette nouvelle alliance, c'était son rôle et aussi son devoir.

Aria enchaîna ses réflexions sans laisser le temps aux Hunter de s'exprimer. Ce dernier y renonça, préférant l'écouter religieusement. Avoir un autre point de vue pouvait s'avérer utile, même si ce dernier restait paradoxal. La jeune femme évoqua le fait que le Comte devait être bien plus puissant que ce qu'ils imaginaient déjà, elle avait entendu parler d'un Vampire terrible, à la tête de la ville, et elle soupçonnait le Comte d'être l'un des Vampires les plus puissants de leur ère. Alexender y avait déjà pensé, mais au fond de lui il ne pouvait pas accepter cette idée. S'il avait été le Vampire le plus puissant de cette ville, pourquoi ne les aurait-il pas déjà éliminer ? Il devait avoir les moyens de le faire, rapidement et discrètement. Mais, maintenant qu'il y pensait, Aria avait peut-être raison...Le Comte était proche de la reine, trop proche pour que ce ne soit pas louche. Et, depuis son piège dans les égouts, Alexender le savait également sadique. Et si les garder en vie n'était qu'un jeu ? Et s'il avait autre chose à faire que de s'occuper de petits Hunters comme eux ? Tout était floue, tout était confus, le rouquin ne savait plus où donner de la tête. Cela se voyait. Son visage s'était fermé dans une expression de tristesse. Il réfléchissait tandis que la jeune femme parlait.
Elle avait raison aussi pour Sarah...Peut-être qu'il n'avait pas réellement le béguin pour elle et qu'il en avait tout simplement besoin ? Mais pourquoi ? Qu'avait-elle de plus que les autres ? Pourquoi s'acharnait-il à la vouloir elle plutôt que d’aller voir ailleurs ? Était-ce un défis personnel ? Ou Sarah était-elle réellement importante pour ses plans ? D'ailleurs quels étaient-ils ?
Alexender réalisa qu'il avait décidément agit la tête baissée sans même chercher à comprendre qui était sa proie. Il le savait lord à la cours de Victoria, il le savait puissant et sadique, il le savait entouré de sbires tels que Angelstone...mais que savait-il d'autre ? Rien, absolument rien. Il ne s'était absolument pas renseigné avant de l'attaquer et cela était évidemment la pire erreur qu'il avait faite. Maintenant, il était rongé par les remords. Ce n'était pas le tout d'avoir trouvé un plan pour l'attaquer à un moment approprié comme sa pièce de théâtre, ils auraient dû meiux le connaître avant d'agir...Cela avait toujours été le problème d'Alexender : sa fougue, son envie d'en découdre, sa ferveur dans ses principes vindicatifs avaient toujours risqué de le faire tuer. Gaspard le lui avait répété souvent, de même que ses domestiques. C'était une véritable tête brûlée. Mais le pire dans cette affaire, c'est qu'il avait entraîné avec lui des Hunters et des innocents qui avaient payé le prix de sa bêtise.

Rongé par la culpabilité, le rouquin sursauta presque lorsque la jeune femme lui demanda de sourire. Il lui jeta un regard étrange, entre la colère et la tristesse. La belle continua sur sa lancée pour reprendre un ton plus optimiste. Oui, ils n'avaient pas non plus tiré dans l'eau : le Comte était blessé, il avait perdu des âmes de son côté aussi, et ils étaient encore vivants...enfin pour la plupart. Tout espoir n'était pas perdu. Ils pouvaient bien pleurer les morts et rager sur leur échec, ils pouvaient bien se désespérer dans la culpabilité et ruminer de sombres pensées, cela ne ramènerait personne et cela ne les ferait pas avancer. Il fallait qu'ils se relèvent, qu'ils tirent des leçons de leurs erreurs et qu'ils combattent encore, d'une autre manière, sur d'autres fronts, pour mieux vaincre un jour ce démon. Aria avait raison, malgré la noirceur du ciel qui se présentait à eux, il y avait toujours le soleil, derrière ces nuages gris...Il ne fallait jamais l'oublier...

Cependant, les solutions que la jeune femme donnaient n'étaient pas non plus pour plaire au Hunter. Elle imaginait que Sarah puisse accepter le mariage pour devenir leur informatrice et pour se rapprocher du Comte afin de mieux le poignarder. Cette idée hérissa les cheveux du rouquin l'espace d'un instant.


- Non, c'est hors de question, avait-il murmuré dans un grognement sourd. Ce serait bien trop dangereux. Je vais l'emmener avec moi, elle sera à nos côtés, mais elle ne servira pas de taupe. Comme vous venez de le dire, le Comte n'a peut-être pas réellement le béguin pour elle...S'il la veut pour s'en servir, nous n'aurons fait que lui fournir gentiment un élément crucial. Et puis...non...c'est simplement hors de question. Il ne posera pas les mains sur elle.

Le regard sombre d'Alexender devint flamboyant. Le mariage...Non, c'était impensable. Livrer son amour à ce Vampire, le voir l'embrasser, la laisser dormir sous son toit...Et si le Comte la désirait vraiment ? Alexender savait qu'il avait déjà tenté de l'obtenir physiquement parlant. Sarah le lui avait dit, chez elle, lorsqu'il était venu la retrouver après sa sortie des égouts et son rétablissement. Elle lui avait confié qu'entre-temps le Comte l'avait emportée dans son repaire, qu'il l'avait embrassée...et plus...
Les poings du Hunter s'étaient imperceptiblement resserrés à ce souvenir. Ce salopard la voulait, c'était certain. Peut-être qu'il n'avait pas réellement envie d'en faire sa femme par amour, mais le Hunter restait persuadé qu'il la désirait. Le Vampire voulait certainement établir une nouvelle image sociale de lui-même et Sarah était toute désignée par rapport à son âge et son rang, mais il la désirait aussi pour son corps...Jamais Alexender ne permettrait qu'une pareille chose n'arrive. L'idée même le révulsait, le révoltait, le retournait. Non.


- Sarah ne sera jamais sienne. Conclue-t-il d'un air farouche. Nous trouverons d'autres moyens de l'approcher.

C'était clair, Alexender rejetait l'idée du mariage d'un seul et même bloc. Il ne l'accepterait jamais.
Puis Raphaël était arrivé alors qu'Aria venait de le rassurer quant à leur dernière opération. Ils n'avaient pas totalement raté leur attentat. Le Comte était blessé et ses forces devaient être amoindries. Au moins auraient-ils réussi à l'énerver...

Lorsque le Vampire aux cheveux blancs était arrivé, Alexender s'était raidi. Mais bien vite, il fut soulagé de voir Eulalia à ses côtés. Son regard tomba sur son cou, mais ce dernier était dissimulé sous son haut sol. Il songea alors aux marques qui devaient encore se trouver sur sa peau...Sa haine revint aussitôt lui lécher les entrailles, mais, face à la remarque aimable du Vampire, le Hunter préféra se taire. Il serra les poings et les dents, mais il se retint. Répondant d'un simple grognement, il se tue ensuite pendant que le Vampire exposait son point de vue sur leur situation. Lorsqu'il ramena Eulalia contre lui, Alexender perçu son regard de défis. Il tiqua mais il se contenta de l'ignorer. Le Vampire voulait lui montrer qu'il n'avait plus le choix d'accepter cette relation contre-nature, mais lui-même venait de s'en convaincre. A quoi bon faire des vagues ?

Après s'être présentée à Raphaël, Aria leur parla de l'East End et de la rue.
Alexender jeta un coup d'oeil à ses domestiques. La jeune femme marquait un point. Même s'il avait vécu des situation terrible depuis la Nouvelle Orléans, il n'avait jamais été à la rue. Et même s'il avait failli mourir une paire de fois dans ses chasses nocturnes, il avait toujours eu son châtelet pour réfugier sa carcasse en lambeaux. Que faire dans la rue ? Si quelque chose tournait mal, seraient-ils assez préparés pour savoir s'en sortir ? Ils avaient de l'argent et tous savaient que l'argent pouvait tout acheter, des armes au silence, d'un bon lit à des bandages, mais serait-ce suffisant dans l'East End ? Cet endroit devait regorger de Vampires, en plus des catins, des mafieux et autres figures terribles de ce siècle...Comment fomenter une nouvelle guerre dans pareil lieu ? Les oreilles traînaient dans tous les coins de ces sombres rues et les langues pouvaient se délier trop facilement pour leur assurer une certaine sécurité. C'était décidément une nouvelle mauvaise idée.
Avaient-ils seulement le choix ? Non. C'était l'East End ou la fuite hors de la ville. Tout cela était trop dangereux, il leur fallait une porte de sortie...

Une solution tomba alors du ciel comme par enchantement : Aria avait une cachette sous la Royal Academie of art. Alexender releva la tête face à cette information. Ils avaient au moins un lieu où se réfugier en cas de problème. Il y avait même des armes, c'était inespéré ! Mais le Hunter avait aussi compris qu'ils ne pourraient pas y habiter tous ensemble et y préparer leurs prochaines actions. Ce devait être un appartement très petit et le gardien posait problème.

En tous cas, Raphaël et Eulalia s'accordaient sur une méthode pour communiquer discrètement. Ils avaient songé aux annonces dans le Time. Alexender hocha la tête pour leur faire comprendre qu'il était d'accord. Cette idée était brillante. Sous des pseudonymes ils pouvaient faire passer des messages très facilement sans se faire avoir. L'idée de vendre une maison ou de la louer pour donner des rendez-vous avec des lieux et des horaires était bien trouvée. Cela pouvait marcher.


- Très bien, je serai Emett Smith pour notre première correspondance, fit-il enfin. Nous passerons par le Time. Miss, fit-il à Aria, je pense que votre cachette pourra s'avérer très utile si nous nous retrouvons dans une situation extrême, mais nous ne pourrons pas tous l'utiliser en même temps, d'après ce que j'ai compris. Son regard revint vers Eulalia. Je vais me débrouiller. J'ai de nombreuses relations dans l'aristocratie mais j'en ai aussi dans les bas fonds...

Le Hunter était gêné de se l'avouer mais il avait en effet des liens avec quelques prostituées qu'il était certain de retrouver dans l'East End. Ces filles de joie n'étaient pas toutes recommandables, si on pouvait considérer que pareille créature pouvait l'être, mais il était certain qu'au moins deux d'entre elles pourraient lui accorder leur soutient. Il suffisait de les payer grassement...
Suzanne et Marguerite avaient compris ce que leur maître sous-entendait par ces "relations". Elles se jetèrent des regards inquiets mais elles ne pouvaient que soutenir Alexender. Oui, c'était l'heure de faire marcher ses plus inavouables liens...Ils n'avaient pas le choix.


- Je me teindrai les cheveux, c'est en effet une solution pour passer inaperçu. Il faut dire que nous ne sommes pas des plus discrets, ajouta-t-il en jetant un regard à Raphaël que sa tignasse blanche rendait encore plus pâle. Il faut que l'on se fonde dans le paysage...

Suzanne et Marguerite suivirent alors Eulalia pour aller chercher des costumes et des perruques. Pendant ce temps, Alexender arpentait le salon. Il était resté avec Aria et Raphaël. Son stress se ressentait. Il était fatigué et ses blessures le gênaient encore pour respirer. De temps à autre, son regard revenait sur Raphaël. Le Vampire semblait mieux rétablit que lui, c'était normal. Mais il notait tout de même qu'il était plus pâle que d'habitude. Une chose évidente lui vint alors à l'esprit : Aria n'était pas au courant de sa nature...Il valait mieux l'en informer maintenant. Mais était-ce à lui de le faire ? Certainement pas. Quoique...si cela pouvait éviter que la jeune femme ne se fasse bouffer sans qu'elle ne s'y attende...

- Raphaël, fit-il soudain, je crois qu'il faut lui dire.

Son regard flamboyait. C'était à lui d'avoir un air de défis. Le Vampire comprendrait aisément ce qu'il voulait dire.

De leur côté, Suzanne et Marguerite se changeaient pour prendre des apparences nouvelles. Elles échangèrent leurs aimables robes contre des vêtements plus ternes et plus élimés. Il falaient qu'elles s'adaptent à leur environnement. Marguerite endossa le rôle d'une ouvrière, Suzanne d'un jeune homme qui pouvait aussi bien travailler dans une tannerie. Lorsque Eulalia leur fit des recommandations et des remarques, Suzanne lui répondit immédiatement :


- Alexender est un homme fougueux et indomptable, mademoiselle Grey, nous le suivons depuis bien des années et nous le connaissons certainement mieux que quiconque. Il va en effet aller chercher miss Spencer, et nous ne pourrons rien y faire. Mais rassurez-vous, nous allons le raisonner et nous ne le laisserons pas agir en ce sens avant que ses blessures ne soient plus correctes. Nous allons nous cacher chez des prostituées, je suppose que vous l'avez compris. Elles sont du côté de Whitchapel, dans les rues proches de l'église. Elles sont faciles à trouver si vous les cherchez, leur lanternes rouges brillent le soir...Elles ont des caches et des chambres à nous louer, nous y seront en sécurité tant que nous aurons de quoi les payer. Votre argent nous sera très utile, nous ne vous remercierons jamais assez...

Eulalia proposa alors des couvertures, de l'eau bénite et des armes. Suzanne accepta volontiers cette dernière aide :

- Oui, si vous avez de l'eau bénite, nous serions heureuses que vous nous en donniez. Quant aux armes...

Elle souleva ses jupons et montra à la jeune femme qu'elle portait un pistolet à percussion accroché à la cuisse.

- ...nous avons ce qu'il faut. Peut-être avez-vous quelques couteaux ? C'est tout ce qui pourrait nous aider. Les couvertures ne nous serviront pas là où nous allons...

Marguerite donna à Eulalia l'adresse exacte des deux prostituées qu'ils visaient.

- Nous seront chez l'une de ces deux personnes, je ne sais pas encore laquelle, mais si vous nous cherchez, vous saurez où nous trouver. Passez par le journal avant de nous rejoindre, on ne sait jamais...Vous pourriez être filée...

Une fois que toutes ces choses furent terminées et convenues, les trois jeunes femmes redescendirent dans le salon.
Alexender vint directement à elles. Il accepta volontiers les vêtements que lui tendit Marguerite et remercia Eulalia en lui tendant la main.


- Miss Grey...Nous ne vous remercierons jamais assez. Vous avez fait des miracles...Croyez bien que vos parents seront vengés et que votre bonheur sera fait. Il jeta un coup d'oeil à Raphaël. J'y veillerai.

Son regard n'était nullement agressif, il était au contraire étrangement bienveillant. Alexender avait ouvert les yeux sur l'amour qui pouvait les lier. Même s'il ne l'acceptait pas encore totalement, il était prêt à les aider. Raphaël lui avait sauvé la vie, maintenant il se démenait avec eux pour sauver ce qui leur restait d'espoir de vaincre, il méritait son respect. L'heure était aux alliances durables.

- Nous ne retrouverons jamais notre vie normale, cela est certain, fit-il en prenant la main d'Eulalia, mais nous vaincrons.

Il serra soudainement la jeune femme dans ses bras et lui chuchota à l'oreille ces quelques mots :

- Soyez prudente...Je doute que le Scotland Yard ne vous laisse tranquille...Le Comte doit déjà avoir fait le lien entre la mort de vos parents et nous tous...

Laissant Eulalia, Alexender revint vers Raphaël et lui tendit la main.

- Merci pour votre intervention au théâtre...Je pense que nos pas se recroiseront. J'ose espérer que ce jour-là je n'aurai aucune raison de vous tirer dessus.

Il lui sourit faiblement avant d'avancer encore sa main.

- Prenez soin d'elle...Je sais que vous n'en serez jamais loin. Prenez soin de vous aussi...Nous nous retrouverons pour un nouveau feu de joie.

Une fois sa poignée de main effectuée, le Hunter se tourna vers Aria.

- Mademoiselle, je suis heureux de vous avoir rencontrée, même si ce fut bref. Si vous pouviez rassembler des Hunters de votre côté et aider miss Grey à affronter le Scotland Yard en lui trouvant des alibis, nous vous en serions vraiment reconnaissants. Votre cachette pourra nous servir de retraite en cas de problème, c'est un soulagement.

Les vêtements et les armes prises, les noms de codes et les adresses clés retenus, les conseils et les idées données, Alexender termina ses adieux et sortit. Il monta avec Marguerite dans le fiacre qui leur avait servi à fuir le théâtre. Suzanne pris la place du cocher et fit des signes à tout le monde avant de fouetter les chevaux.
Bientôt, le fiacre disparu à l'horizon. Le soleil riait au-dessus d'eux. Alexender ferma les rideaux du véhicule et prit Marguerite contre lui. La crainte l'avait envahi plus que jamais...

Qu'allait-il se passer pour la suite ? Raphaël allait certainement se retrouver chez Aria, Eulalia allait sûrement affronter seule le monde pour les déculpabiliser...Et lui, il allait se trouver un refuge dans la bauge de Londres avant d'en ressortir aussitôt pour aller chercher Sarah. Il ne voulait plus entraîner personne dans ses actions folles et il allait agir seul cette fois. Dès que Sarah serait avec lui, il recontacterait ses élèves et fomenterait de nouveaux plans.
Mais tout cela avait-il seulement un sens ? Ne courraient-ils pas tous à leur perte ?
Ce Comte...il fallait se renseigner à son sujet...
La prochaine fois, ils seraient prêts ou ils mourraient.


[HRP : fin du rp avec Alexender. Suite à Whitechapel, "L'espoir d'une lanterne"/HRP]


Dernière édition par Alexender Von Ravellow le Ven 22 Fév - 15:43, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Dans le sang et les larmes [Hunters + Aria Hinoi] [11-12/03/42] Mar 19 Fév - 0:32

Il fallait maintenant agir vite, vite et bien. Le temps passait, l'heure se faisait grave, la course du soleil était aussi brûlante que leurs plaies. Il était inutile de songer encore au passé tout comme il était vain de rester en ces lieux pour tourner en rond alors que le pire ennemi qu'ils avaient jamais combattu était prêt à frapper à leur porte.
Cela, Alexender l'avait bien compris, à l'instar de Raphaël. Ainsi, les deux hommes s'accordaient enfin. Plutôt que de se lancer de réels pics désagréables, ils avaient choisis aujourd'hui de changer de ton. Malgré l'ironie et malgré les regards menaçants qui restaient de mise dans une idée de domination et de défis, ils faisaient maintenant la paix. Raphaël ne doutait pas que le rouquin était réellement heureux de le voir encore en vie. Il n'avait fait que grogner pour répondre à son aimable remarque teintée d'ironie, mais cela avait suffit au Vampire pour s'assurer sa bienveillance. Un pâle sourire lui avait étiré ses froides lèvres.
En ces heures sombres, les alliances prenaient tout leur poids. D'ailleurs, la jeune femme qui accompagnait Alexender, en plus de ses deux domestiques éternellement fidèles à leur poste, semblait connaître Eulalia. Son langage était très familier avec elle et son ton, quelque perdu entre un optimisme fringuant et un pessimisme des plus graves en faisait une étrange rencontre. Raphaël s'inquiéta un peu mais le regard de sa compagne le rassura vite et la jeune femme devant lui explicita ce qu'Eulalia avait sous-entendu de ses yeux. Raphaël observa alors la belle. Il ne connaissait toujours pas son nom.

Il avait plombé l'ambiance? Drôle de façon de l'accueillir. Cela pouvait être vrai mais...était-elle seulement au courant de la situation ? Le Vampire se retint de la reprendre pour lui faire ravaler sa petite langue de gamine. En vérité, il s'avéra rapidement que la belle était bien au courant de leurs affaires et qu'elle se posait maintenant en alliée. Raphaël comprit bien vite qu'elle était Huntress elle aussi, d'ailleurs elle l'explicita juste au moment où il y songeait. Cela était une bonne chose...
Ils étaient dans le pétrin ? Sans blague !
Ils n'avaient certainement jamais vécu dans la rue ? L'East End semblait mortel pour eux...
Raphaël crispa sa main sur la taille d'Eulalia et se retint une nouvelle fois d'intervenir. Cette jeune femme semblait les prendre pour une paire de nigauds perdue dans la nature. Elle qui n'avait aucune idée de leur vécu se posait-là comme une savante qui venait apprendre à de jeunes blancs-becs combien était difficile la vie. Du point de vue du Vampire, cela était presque insultant. Lui qui avait vécu un enfer depuis sa naissance, qui avait erré dans les endroits les plus mal famés du monde, qui avait même été élevé dans les égouts...qu'en avait-il à faire de ses conseils et de sa joyeuse moquerie ? Mais Raphaël n'était pas non plus idiot au point d'ignorer son jeune âge et son air fougueux : il était évident que cette jeune fille souhaitait simplement les aider, même si elle restait maladroite.
Elle parla bientôt d'une cachette sous la Royal Academie of Arts. C'était un élément très intéressant. Elle n'était peut-être pas tout à fait dans l'East End mais elle pourrait toujours leur servir en cas de réel problème.

Pendant qu'Alexender donnait son avis sur la chose, Raphaël passa sa main contre son torse pour sentir ses bandages. Il n'avait presque plus aucune douleur. Lally venait d'user de ses pouvoirs afin de le soigner encore par la magie. C'était un don incroyable ! Cette fois, le Vampire sentait que sa blessure était bel et bien refermée et qu'elle ne risquait plus de saigner. Sa peau était restée sensible mais sa régénération aurait vite-fait de guérir complètement le coup de katana...
Les paroles de sa compagne lui revinrent alors en mémoire, comme un écho :
"Tu en as plus besoin que moi. Tout ce que je risque c'est un petit accès de fièvre ce soir, dans mon salon, quand tu seras dans la rue, potentiellement attaquable à tout moment !" Elle avait raison et cela rejoignait les conseils de la jeune fille sur l'East End. Malgré son dégoût de la chose, Raphaël devait bien lui accorder ce fait et il était heureux d'être maintenant debout sans souffrir. Il se sentait plus fort, plus à même de mener à bout ses projets. La souffrance pouvait revenir, il était prêt à la retrouver.

"Jamais je ne te laisserai entre leurs mains. Et s'ils te capturent je te ferai évader ! "
Cette phrase qui résonnait maintenant dans sa tête lui arracha un sourire. Lally était merveilleuse. Même s'il doutait sincèrement de pouvoir être sorti de la Tour de Londres s'il y finissait, cette petite réplique, exprimée avec tant de ferveur, restait non seulement une preuve d'amour et de force, mais aussi une marque de colère et de combativité. Eulalia était forte, très forte pour une femme de son âge, surtout dans pareille époque qui enfermait les belles dans des tâches ingrates ou faibles.

Faibles...Oui...
Les Humains l'étaient tous...

"Raphaël... Quelque chose ne va pas?"
Oui...il y avait songé...La transformer en aurait fait une puissante Vampire et une alliée de taille. C'était une solution pour la délivrer de son humanité. Une réponse à ses questions de mariage et d'amour. Elle n'aurait plus vieilli et son cœur aurait pu lui appartenir éternellement et concrètement. Mais le remord, la culpabilité et la crainte de Dieu avaient arrêté l'idée de Raphaël. Il devait absolument éloigner cette pensée de sa tête ! La rejeter d'un seul bloc ! C'était criminel, égoïste et criminel ! Il n'avait pas le droit d'y penser !

Alors que Raphaël était perdu dans ce genre de réflexion, la voix d'Alexender le ramena à la réalité. Emett Smith...Le rouquin venait de choisir un nom de code pour le journal. Le Vampire se ressaisit et se força à retenir ces noms...William Johnson, Vivian Dawson, Emett Smith...Leurs plans pour communiquer se mettaient en place. Il devait rester attentif. Eulalia venait aussi de lancer enfin le nom de la jeune femme qui était présente : Aria...Et il fut à nouveau question de sa cachette. L'idée de teindre leurs cheveux revint également et Raphaël sentit qu'Alexender lui lançait un regard en biais. Oui, évidemment qu'ils étaient visibles à des lieues ! Le rouquin avec sa crinière de feu et lui avec la blancheur de la sienne...Il fallait en effet se déguiser. Après les perruques d'Eulalia il faudrait qu'ils s'arrangent pour changer d'identité. Cela n'était pas difficile, surtout dans l'East End, et même si cela pouvait être désagréable, cela était désormais nécessaire.

Eulalia s'éloigna alors avec Suzanne et Marguerite pour leur trouver des costumes. Raphaël la lâcha avec une moue et resta avec Alexender et Aria. Il s'avança un peu pour s'appuyer sur un fauteuil. Il était fatigué et surtout il avait faim. Ses derniers efforts l'avaient réellement vidé de ses forces.
C'est alors qu'Alexender brisa le silence de la manière la plus brusque qu'il soit : il venait de lui demander clairement de dévoiler sa nature à la jeune femme qui était avec eux. Raphaël lui jeta un regard noir et serra les poings. Pourquoi se mêlait-il de cela ? Pour la protéger elle aussi ? Pour faire son chevalier servant ? Quel homme insupportable ! Mais bien vite le Vampire se calma et soupira : finalement, Alexender avait raison. S'ils voulaient tous se faire confiance, il fallait qu'il lui apprenne sa nature. De toute façon, elle le saurait tôt ou tard et cela allait certainement éviter de malheureux accidents. Il suffisait qu'elle ai l'idée d'ouvrir les rideaux et il était fichu ! Oui...il était nécessaire de le lui dire...Mais ne valait-il pas mieux le faire devant Eulalia ? Peut-être que sa compagne aurait dit la chose avec plus de tact ? Alexender était décidément un véritable problème quand il s'y mettait !

Raphaël se tourna alors vers Aria d'un air résolu. Ses yeux d'azur croisèrent les siens.


- Aria, il faut que vous sachiez...que...je...Il hésita. Ce fut le regard d'Alexender posé sur lui qui l'obligea à continuer. Je suis de ceux que vous chassez.

Cette information pouvait avoir une conséquence immédiate et terrible. Aria pouvait très bien réagir avec colère et tenter de le tuer dès maintenant, mais la présence d'Alexender sembla plus que bénéfique. Ce dernier semblait appuyer le Vampire dans sa tâche.

- Je suis un Vampire, reprit-il pour éclaircir la situation. Mais je chasse les miens...enfin ces créatures...Je...Je suis en accord avec Eulalia et cet homme. Finit-il en donnant un coup de tête en direction du rouquin. Je vous jure que je ne vous ferais aucun mal. Ce n'est pas dans mes intentions. Je n'ai jamais accepté ma nature...

Raphaël fuyait maintenant du regard à la fois Aria et Alexender. Dévoiler ce genre de chose et en parler lui était non seulement douloureux mais aussi honteux. Heureusement, Eulalia et les domestiques d'Alexender revinrent très vite et le rouquin en profita pour éluder le sujet tout en empêchant Aria de réagir. Il saisit les vêtements que lui tendait la belle et se lança dans des adieux d'une politesse absolue.

Il salua d'abord Eulalia en la remerciant pour sa gentillesse et son hospitalité puis, contre toute attente, il la serra dans ses bras. Raphaël eut un réflexe haineux : dans un soupir exaspéré, il fit un pas en avant comme pour aller récupérer le rouquin par le col mais il s'arrêta tandis que ce dernier se tournait vers lui en tendant la main. Le Vampire hésita mais face à ses paroles emplies d'amabilité et de sollicitude, il serra la main du rouquin en esquissant un pâle sourire.


- J'y compte bien...répondit-il en desserrant son étreinte initiale qui tenait un peu trop fortement les doigts de son collègue. Merci à vous...Je souhaite que vous retrouviez Sarah et que vous la sauviez. Faites preuve de prudence...Si vous désirez mon aide, n'hésitez pas à me contacter...

Enfin ils se comprenaient, enfin ils étaient a peu près conciliants l'un avec l'autre. Alexender avait accepté sa présence au sein du groupe qu'ils formaient, il s'était résigné à tolérer son amour pour Eulalia et leur relation de sang. Maintenant, leurs pas se séparaient pour mieux se retrouver plus tard afin de faire plier le Comte. S'ils devaient brûler un autre bâtiment, ils le feraient ensemble...

Les adieux se continuèrent. Pendant qu'Alexender allait saluer Aria, Raphaël s'éloigna pour se rapprocher d'Eulalia. Il la prit par la main et lui chuchota doucement en ce moment opportun :


- Aria sait...pour moi...Il lui sourit d'un air bancal et inquiet. Vous nous avez interrompus...je ne sais pas si elle l'aura accepté...

Ce fut alors l'heure de se séparer. Alexender et ses domestiques quittèrent la demeure des Grey déguisés comme de pauvres erres. Raphaël ne pouvait pas les regarder par la fenêtre, il était presque 16h et le soleil brillait toujours. Il resta donc dans le salon, au fond d'un fauteuil, à ruminer les derniers éléments qu'il devait retenir pour son futur périple. Il avait une rapière, de l'argent, un nom de code, une probable cachette...Il allait se rendre dans l'East End et bâtir une nouvelle force...
Mais au fond, il ne savait plus que faire. Se réfugier dans l'East End, attendre qu'un jour il y ai un article dans le Time, tenter de trouver des Hunters et moisir...oui moisir dans une cave pour se cacher...Cette perspective le rendait triste.
Ses mains trouvèrent à son cou le pendentif que lui avait offert Eulalia. Il l'ouvrit pour regarder la petite mèche de cheveux qui y logeait. Qu'elle était belle, si brillante, si significative ! Elle lui redonna espoir, comme s'il venait de retrouver le but de sa manœuvre : Eulalia...leur bonheur...oui, il ne fallait pas qu'il perde de vue cet objectif ultime.

Lorsque Eulalia et Aria furent revenues de l'entrée, il se leva et s'avança vers les deux jeunes femmes d'un air ferme.


- Aria, fit-il, j'ose espérer que vous me ferez confiance, comme votre aimable amie...fit-il en prenant la main d'Eulalia. J'aimerai que vous me conduisiez directement dans votre cachette...Je comprendrais que vous ne le vouliez pas et que vous laissiez votre porte close pour le monstre que je suis. Je pourrais survivre par mes propres moyens, contrairement à ce que vous pensez, je suis habitué à ce genre de condition. Mais mon but est de préparer une nouvelle attaque contre le Comte et sans repaire fixe je ne pourrais pas agir comme je le souhaite. Alexender va nous envoyer des alliés, il en a encore quelques uns sous la main...J'aimerai voir vos armes et votre cachette pour évaluer nos forces.

Raphaël s'agita un peu et son air se fit plus soucieux.

- Je ne sais pas où sont nos chances dans cette histoire, mais nous avons besoin d'alliés, cela est un fait. Nous avons besoin d'organisation aussi, d'armes et de confiance...Je sais que je ne suis pas le mieux placé pour parler de ces choses-là, mais je reste persuadé que je peux rester utile. J'ai presque juré à Alexender de tuer le Comte et de lui rendre Sarah. J'y laisserai la vie s'il le faut. Raphaël serra la main d'Eulalia et son regard revint dans ses yeux. Je ne sais si j'aurai le droit au bonheur mais j'aimerai pouvoir croire qu'il est possible de l'accorder aux autres...Son regard revint sur Aria. Une nouvelle détermination s'y lisait. Conduisez-moi dans votre cachette ! Pendant qu'Eulalia tentera de nous disculper sur la scène publique, nous pourrons agir das l'ombre. Êtes-vous avec moi?

[HRP/ J'éditerai cette fin de post selon la réponse d'Aria/HRP]
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MessageSujet: Re: Dans le sang et les larmes [Hunters + Aria Hinoi] [11-12/03/42] Sam 9 Mar - 18:22

Alexender refusa en bloc son idée de mariage pour faire de sa très chère Sarah une infiltrée, ce à quoi elle s'attendait, bien qu'elle n'imaginait pas autant de véhémence dans la réponse du hunter. Elle ne répliqua pas. En fait, l'arrivée de Lally et Raphaël l'empêcha de ré-attaquer le sujet qu'elle avait laissé de côté pour faire un bilan moins négatif que précédemment sur la situation (en profitant pour râler contre la mine déconfite et absolument affreuse du hunter). Ils étaient arrivés, quasiment bras dessus bras dessous. Et puis il y avait ce regard de défi envers Alexender. Tiens ? Ils ne s'entendaient pas aussi bien qu'elle ne le pensait ? Aria aurait plus tard la réponse au pourquoi du comment.

, aux regards qu'elle jugea exaspérés que lui lançait Eulalia comprit qu'elle parlait un peu trop. Cela ne l'empêcha en rien de continuer sa phrase et de finir ce qu'elle avait envie de dire. Elle avait bien compris que les deux hommes qui étaient là n'étaient mais alors pas du tout du même milieu qu'elle ! Ils en étaient même très loin, mais elle n'allait pas se changer comme ça. Surtout que cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas été en présence d'autant de monde qui lui était inconnu et avec qui elle parlait malgré tout. La solitude dans laquelle elle s'était précédemment enfermée lui avait en partie fait oublié le plaisir de parler, et apparemment, sa langue se déliait de plus en plus.

Elle fut assez étonné de la méfiance qu'ils avaient tous du gardien. Il était tout à fait gentil et il l'avait aidé plus d'une fois. Mais pour elle, cet homme avait quasiment sa seule relation avec le monde extérieur, et c'était presque un ami. Elle lui faisait confiance. C'était ce qu'on appelait un bon bougre. Qui n'avait pas forcément envie d'avoir le Scotland Yard sur le dos... Mais il suffisait qu'il ne sache pas qui était l'inconnu qui allait emprunter les sous-sol pour se planquer. Il ne posait de toute façon plus de question, ayant abandonné face au mutisme d'Aria dans ces cas là. Il le prendrait tout au plus pour un autre gentil fou de passage. Parce que pour lui, Aria ne devait pas être plus que ça : une pauvre fille de la rue un peu dérangé, mais pas méchante (Il ne connaissait pas son amour des armes ni le fait qu'elle en possédait plusieurs et qu'elle les maniait tout à fait correctement).

-Si jamais il y a un problème avec le gardien, je peux m'en charger... En tout cas je suis ravie que cette idée vous convienne.

Elle était surtout ravi d'avoir été utile.

Puis fut aborder le moyen de communication entre eux afin de pouvoir se retrouver. Par le Times. Avec des pseudos. Avec des annonces. Du chinois pour Aria, en somme. Vivement que Glen lui apprennent à lire et à écrire ! Elle se souvint alors qu'il était un vampire, et qu'elle allait devoir être discrète avec lui, dans ses propos, pour le bien de tous. En plus, peut-être qu'il savait quelque chose ? Elle pourrait toujours lui demander ce qu'il en pensait, innocemment. Sa situation risquait de devenir compliquée. Mais un contrat était un contrat, et pourquoi n'en tirerait-elle pas profit ? Ne s'agissait-il pas de tuer des vampires en échange du savoir que pouvait lui apporter Glen (surtout dans le domaine de la lecture et de l'écriture de la langue, ce qui l'intéressait tout particulièrement) ? Elle pouvait parfaitement mener son enquête de son côté. Elle n'avait pas été vu au théâtre. Et absolument personne ne la soupçonnait pour l'instant. Encore fallait-il que cela reste en l'état.

- Euh... je vous laisse avec ça, hein... je suis analphabète donc... je me débrouillerai...avec Lally ou Mrs Patterson...

Elle se demanda à nouveau ce qu'elle allait faire après ça. Lally avait peut-être une idée pour elle ? Elle lui demanderait plus tard car celle-ci avait justement enchaîné sur leur déguisement respectif, et en particulier sur la dissimulation des deux chevelures les plus voyantes, qui -qui l'eût cru- étaient celles des deux hommes. Blanche et rousse, quoi de plus voyant ? Elle sourit. L'idée du déguisement lui plaisait beaucoup, bien qu'il ne fut pas question de la déguiser elle -ce qui l'aurait pourtant bien amusé, pensez-vous, une première pour elle !

Lally partit avec les deux domestiques du rouquin préparer ce qui pouvait être utile aux changements d'apparence. Celui-ci semblait pensif, lorsqu'il parla sans prévenir. La phrase qui sortit de sa bouche parut sur le coup très énigmatique.

- Me dire quoi ?

Raphaël était troublé, voir peut-être légèrement en colère, pour serrer les poings ainsi. Mais que se passait-il à la fin ? C'est alors qu'il commença à parler, hésitant. « je suis de ceux que vous chassez ». Aria fut interloquée. Alors ça, elle ne s'y attendait pas du tout ! Il continua, apparemment gêné et embêté, malgré l'appuie d'Alexender. Il ne devait pas aimé parler de « ça ». Mais s'il était hunter où pouvait donc bien être le problème ? Aria fit soudain le rapprochement avec cette information et l'attitude du rouquin un peu plus tôt. Et puis Lally qui semblait beaucoup apprécier le vampire -il l'avait pris par la taille et elle n'avait pas bougé ! Elle resta pantoise, à penser. Que pouvait-elle bien dire, là, maintenant ? Qu'elle n'en avait strictement rien à faire qu'il soit un vampire et que c'était là bien le cadet de ses soucis ? Devant un autre hunter qui semblait avoir du mal à faire preuve de véritable tolérance envers Raphaël malgré ses apparentes bonnes intentions ?

Elle n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit que déjà Eulalia, Suzanne et Marguerite étaient de retour, et il fut alors pour Alexender de faire ses adieux. Son attitude ayant changé avec le vampire Aria, surprise , pensa que ses déductions étaient fausses. Ou alors qu'elle n'avait pas compris quelque chose. Elle imaginait pourtant bien la majorité des hunters avoir du mal avec un vampire à proximité... Ce qui, s'il fallait trouver de nouveaux alliés, risquait d'en gêner plus d'un. Trouver de hunters, des alliés en tout genre et un alibi pour Lally, voilà ce que le rouquin lui proposait de faire. Elle n'allait pas y manquer.

- J'ai été ravi de vous rencontrer. Je ne sais pas comment ça va se passer, mais ça va être géni...elle se reprit enfin ça va être grandiose si on y parvient. Faites bien attention à vous !

Et elle l'accompagna lui et ses domestiques jusqu'à la porte avec Lally, laissant Raphaël dans ses pensée au milieu de la pièce. Lorsqu'elles revinrent, il s'avança vers elle deux, et prenant la main d'Eulalia en parlant, il exprima son désir d'être accepter, puis le fait qu'il voulait voir sa cave. Ce qui en soit, était ce qu'espérait Aria. Parce qu'elle ne voulait pas être à l'écart. Parce qu'elle avait envie d'être utile. Parce qu'ils avaient besoin d'elle en tant qu'alliée. Et c'était bien une première. Depuis la mort de son père. Et même avant. Il travaillait à deux, et ne demandaient pas d'aide aux autres. Ou si rarement. Et puis son père avait malgrè tout, au fond de lui, toujours été contre ce qu'Aria se batte contre les vampires. Malheureusement il lui avait transmit l'envie de se battre contre l'ombre tapis à chaque coin de rue. Elle avait été fascinée très tôt par les armes de son père. Elle les avait fauchées plus d'une fois pendant que son père travaillait et écoulait ses tissus.

- Je ne savais pas si je pouvais le dire tout à l'heure, et je n'en ai d'ailleurs pas eu le temps, mais je n'ai jamais eu peur des vampires, et ce n'est pas faute d'avoir essayé ! C'est vrai quoi ! La peur est une force parfois bien pratique pour les humains. Elle soupira. En fait, je me contrefiche pas mal de ce que vous êtes. Vous êtes là. Et d'après ce que je vois elle lança un coup d'œil équivoque à leurs mains liées vous ne pouvez pas être un monstre. Vous... elle passa alors au tutoiement tu es un alliés. Si tu te vois trop comme un monstre, je ne vois pas pourquoi les autres auraient une meilleurs opinion de toi. Et puis je ne suis pas faible sous prétexte que je n'ai que dix-sept ans. J'adore me battre et j'aime encore plus manipuler les armes. Et encore au-dessus, j'aime la vie et je refuse catégoriquement de mourir maintenant. Donc tu vois, je ne me laisserai pas faire si jamais il te prenait une envie absolument irrésistible de me bouloter.

Elle le regarda dans les yeux, aussi déterminé que lui -et absolument sérieuse, malgré les maladresses de son langag.. Puis elle se tourna vers Lally.

- Je l'accompagne jusqu'à là-bas, et après, je rentre ? Ou alors je dois faire autre chose ? Et... Euh.. je voulais savoir... qu'est ce que cet endroit va devenir ? Et... toi ? Je peux rester à ton service, ça pourra me servir de couverture pour le reste...non ? Je suis la seule absolument libre et sans personne à mes trousses après tout. Enfin v'là quoi.. je...

Elle tourna la tête vers Raphaël. Il était encore là ? Et il comptait se changer quand ?

- Tu devrais allez te camoufler, que l'on puisse y aller.

Elle sourit., puis ajouta :

- J'ai en ma possession, en comptant ma cachette, un bloody rose, un poignard en argent, un arc avec des flèches pointes d'argent -forcement- et un fleuret, argent également. Je ne me sers jamais des deux derniers, qui sont les armes dont mon père se servait. Toute sont de son héritage, mais il m'avait offerte les autres avant sa mort. Si... si vous veniez à vous en servir, prenez en soins s'il vous plaît.

Sa dernière phrase, elle l'avait dite avait plus de gravité que les autres. Ces armes, elle y tenait comme à la prunelle de ses yeux. Elle préférait presque qu'on lui donne de l'argent pour aller en acheter d'autre plutôt que quelqu'un ne s'en serve. En comprenant qu'elle avait cessé de sourire et que son visage avait une expression plus fermé, elle se reprit et esquissa un petit sourire. Tout petit.

Il alla se préparer, avec l'aide de Mrs Patterson et de Lally. Aria resta seule dans la pièce. Elle qui s'était levée se laissa tomber sur la chaise qu'elle avait laissé en plein milieu. Elle ferma les yeux. Elle allait accompagner un vampire dans sa cachette. Alors que celle-ci la cachait justement des vampires. N'était-ce pas risqué, dans le fond ? Mais l'adolescente n'en avait que faire. Ce n'était pas important, c'était un détail. Le fait qu'il était un vampire était un détail. Non négligeable certes, mais que pouvait-il donc faire contre sa nature ? Et elle qu'y pouvait-elle ? Rien, tout simplement. Elle avait bien passé un contrat avec un vampire. Et un qui avait bien l'intention de se rassasier au cou des gens. Elle laissa choir sa tête en arrière et regarda le plafond, passa une main sur les bandages qui couvraient son cou, ses poignets se découvrant alors, laissant voir les mêmes bandages. Elle les avait bien dissimulé. Personne ne les avait remarqués. Et de ce fait, personne ne savait qu'il y avait quelque chose en dessous qui la rendait très reconnaissable... Raphaël s'était énervé quand elle avait décrit la rue. C'est vrai qu'à ce moment-là elle les avaient peut-être pris un peu de haut... Mais elle ne savait pas qu'il était un vampire. Rare était les vampires qui n'avaient jamais souffert. Elle repensa à ceux qui lui avait laissé les marques que cachaient les bandages. Elle essaya une nouvelle fois de visualiser le visage du vampire qui l'avait sorti de là. Elle était presque certaine que ce n'était pas Raphaël. Rien que d'y penser, son œil gauche se paralysa, un court instant. Cela faisait un moment que ce n'était pas arrivé. Elle monta donc sa main jusque là. Elle voyait mal. Mais cela passa très vite et elle soupira. Les bruits de pas dans les escaliers la firent se relever sur sa chaise avant de se lever vraiment, remettant ses manches et son col en place, terminant juste quand ils entraient à nouveau dans la pièce. Elle les regarda, sourit l'air de rien.

Raphaël était prêt, ils purent enfin y aller. Il ne manquait plus que le soleil soit totalement couché, mais c'était une question de minutes maintenant. Aria salua Eulalia et lui glissa quelques mots réconfortant, ne doutant pas que la jeune femme avait la force morale nécessaire pour faire surface complètement très rapidement, si elle n'y était pas déjà parvenue. Elle alla ensuite à Mrs Patterson, et la serra dans ses bras. Elles s'étreignirent en silence, puis la bonne vieille femme parla à Aria, pour lui donner des conseils :

- Fais bien attention à toi surtout. Ne fonce pas trop et... revient ici nous voir. Nous te tiendrons au courant, c'est promis. Elle tendis à Aria une petite bourse. C'est pour le travail que tu as fais ici. Elle te sera utile. Pour acheter les journaux, par exemple ! Cela évitera à Messire Veneziano de sortir et de ce mettre en danger. Tu les lui donneras et il pourras te les lire. D'accord ? Et surtout, vérifies que tu ne te fais pas suivre. Tu pourrais être soupçonnée, un jour ou l'autre. N'oublie pas non plus d'essayer de ramener des informations, cela nous sera à tous très utile, comme l'a dit Messire Von Ravellow. Fais de ton mieux, ma petite Aria, et ne fais pas d'idioties, s'il te plaît. Je te connaît assez bien pour savoir qu'il t'arrive de ne pas réfléchir parce que tu rêves à la place. elle rit chaleureusement.

Aria opina. Une autre fois, avec une autre personne, elle aurait sans doute répliqué. Mais c'était sa très chère Mrs Patterson. Et l'heure était assez grave comme ça, surtout qu'elle avait raison sur toute la ligne. Aria rêvait beaucoup trop et passait bien trop de temps dans son monde à elle. Ce qui se passait était réel. Bien réel et fort dangereux. Il allait falloir qu'elle change ses habitudes. Elle ne voulait pas se transformer en problème. Et puis le soleil disparut. Ses derniers rayons disparurent derrière l'horizon. Il fallut y aller, pour de bon. Aria sortit sur le palier et se trouna vers celles qui restaient seules ici.

- On y va, maintenant. Au revoir et à très bientôt.

Elle leur tourna le dos et s'enfonça dans la rue avec le vampire, direction sa cachette à la Royal Academie of Art.



[HRP : fin du rp avec Aria. Suite dans sa cachette ! /HRP]
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Eulalia Grey
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MessageSujet: Re: Dans le sang et les larmes [Hunters + Aria Hinoi] [11-12/03/42] Dim 24 Mar - 8:46

Dans la poussière du grenier, Eulalia terminait de rassembler les affaires qui auraient pu être utiles aux fugitifs qu'elle cachait pour encore quelques minutes chez elle. Marguerite et Suzanne avaient trouvé leurs costumes qui passeraient aisément dans les ruelles sombres de l'East End.
Soucieuse, elle les pria de prendre soin d'Alexender et de l'empêcher de se mettre en danger, bien qu'elle doutait bien que le jeune homme n'était pas du genre à se laisser aisément raisonner dans pareille situation.

Puis elle leur proposa diverses affaires qui pourraient leur être utiles pendant leur voyage dans ces sordides quartiers. Peut-être voudraient-ils de quoi combattre les Vampires ? Ou bien des couvertures pour faire face aux froides nuits londoniennes ? Si finalement ils ne trouvaient pas d'endroit où loger, que feraient-ils dans le cruel froid du mois de Mars ? Bien que Suzanne refusait cette dernière aide, elle garda en tête l'idée de leur en confier deux ou trois, ne serait-ce que pour leur servir de baluchon. Enfin, elles n'auraient besoin que de couteaux, aussi pourvues en armes qu'elles étaient. Lally nota les adresses que Marguerite lui dicta sur un bout de papier avec une mine de plomb qui traînait et cacha la feuille dans une de ses poches

Pendant que les jeunes femmes parachevaient leurs déguisements, la jeune femme décida de les laisser un instant pour préparer tout ce dont elles avaient besoin. Elle se rendit dans la chambre de ses parents et ouvrit l'armoire, dans laquelle se cachait un double fond. C'était là que son père rangeait ses armes. Il y avait là plusieurs Bloody Rose et poignards de rechange ainsi qu'une rapière présente dans sa famille depuis plusieurs générations, qu'il réservait à sa fille lorsqu'elle serait plus expérimentée.
L'épée était en effet plus légère, plus effilée et plus longue, comme une aiguille. Elle demandait plus de technique que l'épée qu'elle possédait mais s'avérait meurtrière par son tranchant redoutable. La jeune femme se souvint du jour où son père, pour lui montrer à quel point l'arme était redoutable, avait effleuré le fil de la lame. Presque aussitôt, le sang avait perlé.
Forgée environ 200 ans en arrière elle était aussi brillante qu'au premier jour. Les années n'avaient pas de prise sur cet objet quasiment mystique.

La jeune femme saisit les trois meilleurs couteaux de la petite armurerie ainsi que leurs étuis et des cartouches de balles recouvertes d'argent qui pouvaient être utilisées dans des pistolets à percussion. Eulalia voulut offrir aux deux jeunes femmes un Bloody Rose mais revint sur sa décision, sachant qu'elles mettraient un moment à s'habituer au poids de leur nouvelle arme alors qu'elles seraient en danger constant.
Elle fit ensuite main basse sur le stock de fioles d'eau bénite, et le mit de côté pour les trois compères, prenant tout de même le soin d'en garder quelques unes au cas où un des sbires du Comte lui rendrait visite. Elle sortit d'un tiroir une grande et vieille couverture un peu élimée, assez large pour couvrir le jeune homme et ses deux domestiques. Elle la plia de sorte à en faire un baluchon de taille convenable et descendit discrètement dans la cuisine. Elle entendit vaguement que Raphaël parlait avec Aria et Alexender dans le salon mais ne prêta pas plus d'attention que cela à leurs propos.

Mrs Patterson devait sans doute être occupée à l'étage avec la buanderie car la cuisine était déserte. Elle en profita pour fouiller les placards à la recherche des victuailles les moins périssables possibles. Et si les prostituées ne les nourrissaient pas ? Eulalia se sentait tellement coupable de ne pouvoir les accompagner dans l'East End qu'elle voulait tout faire pour améliorer leur confort et s'assurer qu'ils ne manquent de rien pendant un temps. Et puis la maison serait déserte avant la fin de la semaine, cela aurait été dommage d'y laisser de la nourriture qui aurait pu attirer les rats...
Après son inspection, elle finit par réunir une boule de pain encore fraîche, un beau morceau de viande séchée, une livre et demi de biscuits d'avoine, des légumes conservés dans du vinaigre et des fruits secs. Elle stocka ces derniers dans un petit pot en verre et enroula le reste des victuailles dans des torchons qu'elle glissa dans le baluchon.

Une fois qu'elle se fut assurée qu'il y avait là assez de victuailles pour tenir plusieurs jours en cas de problème, elle remonta en portant le sac avec plus de difficultés qu'à l'aller. Suzanne et Marguerite étant fin prêtes, elles redescendirent donc, parées pour le grand départ.
Revenues dans la pièce à vivre, elle remit le baluchon au Hunter roux après que Marguerite lui eut donné les vêtements. Elle serra la main qu'il lui tendait et sourit à ses dires. La promesse de bonheur qu'il lui fit la réconforta et ce fut pleine d'une assurance retrouvée qu'elle lui adressa la parole. Elle aussi devait être forte.


- Je suis ravie de vous avoir été utile Sieur Von Ravellow. Sachez que si vous avez besoin d'aide, peu importe les circonstances, ma porte vous sera toujours ouverte.

Elle hocha la tête lorsqu'il lui fit remarquer qu'ils ne retrouveraient jamais une vie normale. C'était vrai. Ils avaient scellé leurs destins pendant la représentation du Coriolan et se trouvaient désormais liés, jusqu'à-ce qu'ils triomphent du mal ou bien qu'ils en meurent.

- Je l'espère de tout cœur. Nul doute que la tâche sera des plus ardues.

Ce fut alors qu'il la serra dans ses bras, geste qui la surprit tout d'abord. Elle était peu habituée à ce genre de transports soudains et si elle venait de s'éveiller à l'amour, accepter l'étreinte d'un autre était assez délicat. Mais elle se détendit bien vite et serra elle aussi Alexender dans ses bras, fraternelle et douce. Elle se doutait bien que le Yard n'allait pas tarder à faire le rapprochement entre ses parents et leur coup d'éclat mais quand Alexender la mit en garde, elle réalisa toute l'horreur de la situation. Peut-être allait-elle être inculpée ? Que se passerait-il si elle se faisait envoyer à la tour de Londres ?
Déglutissant, elle prit son air le plus grave et le plus courageux pour murmurer au jeune homme :


- Je saurais me montrer prudente. Et si le Comte prend l'idée de venir frapper à ma porte, soyez assuré que je le recevrai avec tous les hommages dû à son rang...

Elle le laissa ensuite faire ses adieux à Raphaël, heureuse de les voir enfin trouver un terrain d'entente. Le conflit avait laissé la place à une entente virile, qui laissait présager un jour meilleur. Si même ces deux là arrivaient à s'apprécier, nul doute que l'entente entre les humains et les Vampires serait un jour possible...
Accompagnée d'Aria, elle alla aider les trois compagnons à se mettre en route. Ce fut une dernière fois les adieux, dans le soleil déclinant de quatre heures, puis ils montèrent en voiture et s'éloignèrent du presbytère pour ne jamais plus y revenir. Longtemps, la jeune femme agita la main dans leur direction, jusqu'à-ce qu'ils ne tournent à l'angle de la rue et disparaissent de son champ de vision. Désormais, ils seraient tous les trois seuls dans l'East End, quand elle serait calfeutrée chez sa tante... Mais hors de question de se faire oublier ! Elle aussi participerait à la bataille qui s'annonçait !

Les deux jeunes femmes revinrent dans le salon où Raphaël était resté. Le soleil l'aurait tué s'il les avait accompagnées au dehors...
Il prit sa main et commença à parler à la jeune Aria. Il avait besoin d'elle pour se cacher, c'était indéniable. Mais même dans les sous-sols de la Royal Academy of Arts, serait-il en sécurité ?
Elle ouvrit de grands yeux lorsqu'elle réalisa qu'il avait confié sa nature à Aria. Allait-elle se montrer aussi clémente qu'elle ? Après tout, elle ne la connaissait que depuis peu de temps... Nerveusement, elle raffermit sa prise sur la main de son amant, crispée, dans l'attente des paroles de la jeune domestique. Heureusement, celle-ci semblait avoir le même point de vue qu'elle sur la nature de Raphaël. C'était pour elle un allié et elle semblait prendre au sérieux le lien qui les unissait tous deux. Soulagée, elle laissa un franc sourire éclairer son visage. Elle couva la jeune fille d'un regard amical et tendre lorsqu'elle lui demanda des directives à suivre après l'installation de Raphaël dans sa cachette.


-Le mieux serait que tu l'accompagnes et que tu rentres le plus vite possible. Maintenant que mes parents sont... sont morts, nous allons devoir évacuer le presbytère qui sera remis au prochain vicaire en charge de l'église St George. Ce n'est qu'un logement de fonction... Les prochains jours, nous débarrasserons la maison de tous ce qui pourrait permettre au Yard de remonter jusqu'à nous. Les meubles et vêtements qui nous appartenaient seront donnés à des œuvres de charité, nous ne garderons que le strict minimum. Avant la fin de la semaine, ma marraine nous accueillera chez elle. C'est une Lady très respectée, elle nous permettra d'évoluer dans le même monde que ce Comte Keï... Mais il faudra pour cela que j'apprenne à me comporter comme une dame et que je laisse derrière moi une bonne partie de mon passé... Tu seras reprise à son service, ainsi que Mrs Patterson. Au cas où, pour une raison éventuelle, tu ne pouvais pas regagner la maison avant le déménagement, voici l'adresse où tu pourras nous retrouver.

Eulalia la lui donna oralement et l'aida à la mémoriser. Aria ne savait pas lire, lui donner un papier aurait été inutile...
Aria souligna qu'il était temps d'aider Raphaël à se préparer. Il lui restait quelques vêtements à enfiler et un déguisement à parfaire. La jeune femme sourit à la domestique et entraîna Raphaël dans sa chambre, pendant que Mrs Patterson faisait du rangement dans celle de ses parents.
Elle l'aida à passer sa soutane en silence et lui fixa le col blanc en baissant les yeux. Les gestes qu'elle accomplissait, cruels mais nécessaires, marquaient la séparation toute proche des deux amants. Combien de temps passerait-elle loin de ces bras doux qui l'avaient protégée ? Reverrait-elle seulement un jour le regard d'azur de cet ange tombé du ciel, sentirait-elle à nouveau son odeur ?

A chaque frôlement de leurs mains, elle frémissait, revoyant tous les moments intimes qu'ils avaient vécus ensembles. Étrangement, elle se trouvait gauche et ne parvenait pas à trouver ses mots. Son regard était fuyant. Mais elle devait faire face... Il fallait qu'elle remonte, qu'elle se montre forte !
Elle alla chercher la perruque pour la poser sur la tête du Vampire et rencontra son regard. Il lui sembla en cet instant qu'elle voyait dans son âme. Les yeux brillants, pleins de larmes prêtes à tomber, elle l'enlaça de toutes ses forces. Elle voulait sentir sa froideur, capter les battements de son cœur une dernière fois. Elle respira l'odeur de son cou et murmura d'une voix étranglée :


- Surtout promet-moi de faire attention à toi... Je ne supporterais pas de te perdre. Es-tu sûr d'avoir tout ce qu'il te faut ? … Je... J'espère que je te retrouverai vite.

Elle l'embrassa alors, longtemps, profitant de ces derniers instants qu'ils avaient ensemble. Elle se blottit contre son torse, caressant ses cheveux de soie. Tout l'amour qu'il lui inspirait la remplissait d'un bonheur sans nom. Elle se sentait pousser des ailes, ivre d'un indicible sentiment de volupté. C'était lui. Toute sa vie, elle ne connaîtrait qu'un seul homme, dusse-t-il être un Vampire. Elle lui appartenait corps et âme, à jamais. L'Amour, le vrai, celui des romans auquel elle avait souvent rêvé la touchait enfin dans toute sa grâce. Leur relation construite si vite ne laisserait jamais la place au moindre mensonge.

- Toujours je serai à toi, jusqu'à-ce que plus rien ne nous sépare.

Mais bientôt, ce fut l'heure du départ. Après s'être assurée que le jeune homme avait bien en sa possession la bourse et la rapière qu'elle lui avait offert, elle le conduisit sur le pas de la porte. Les adieux furent déchirants pour Eulalia mais elle ne versa pas une larme. Aria était sûre d'elle, ils ne risquaient rien. La tignasse blanche de son amant était désormais camouflée, ce qui lui permettrait de passer inaperçu au milieu des passants noctambules.
La jeune femme sourit à Aria et, pendant que Mrs Patterson lui faisait les dernières recommandations, elle enlaça son amant une dernière fois. Dieu sait combien elle aurait voulu le garder auprès d'elle, le ramener dans sa chambre, le cacher là et l'aimer toute sa vie ! Mais le Destin en avait décidé autrement.

'' Je sais que vous n'en serez jamais loin... ''

La phrase d'Alexender lui revint en tête et lui redonna courage. Il veillerait sur elle, il serait là, même lorsqu'elle ne s'en douterais pas. Elle prolongea l'étreinte quelques secondes et se sépara de lui à regret. Elle ne dit rien par souci de pudeur mais ses yeux transcrivaient tout l'amour, toute la tendresse qu'il lui inspirait ainsi que la souffrance qu'elle ressentait à l'idée de le quitter.
Lorsque Aria fut prête, elle essaya de sourire et les observa à la lumière du lampadaire.


- Bien, allez-y et soyez prudents, pour l'amour de Dieu. Et surtout, faites attention à vous...

Elle resta longtemps sur le pas de la porte, même lorsqu'elle ne les vit plus. Ce fut Mrs Patterson qui l'obligea à rentrer, de peur qu'elle n'attrape la mort. Une fois à l'intérieur, Eulalia se ressaisit et retroussa ses manches. Il fallait détruire tout ce qui pouvait indiquer que des personnes blessées étaient passées ici.
Pendant que la femme de chambre faisait tremper les draps tâchés de sang dans une bassine avec les vêtements que les deux hommes avaient laissé ici, Eulalia se chargea de vider tout le sang de bœuf dans l'évier qu'elle récura ensuite en n'oubliant pas un seul centimètre carré de surface. Elle lava toute la vaisselle qu'ils avaient utilisée, n'oubliant pas la carafe de sang qui était restée dans la chambre. Les draps témoins des ébats des jeunes gens avaient été tirés convenablement par la vieille dame mais la bassine sanglante ainsi que les bandages étaient encore là. Elle redescendit le tout et les brûla dans la cheminée.
Une fois la vaisselle faite et les preuves jetées au feu, elles allèrent se coucher. Le lendemain, même manège. Elles s'acharnèrent à détruire tout ce qu'elles pouvaient en s'assurant qu'il n'en restait pas un débris. Ce qu'elles ne pouvaient détruire, comme les caisses d'objets de soins encore remplies, elles le cachèrent dans les meubles qui leur appartenaient et qu'elles firent livrer dans un dépôt grâce à une charrette qu'elles louèrent pour la journée. Il n'y avait pas de reçu signé et tellement de livraisons que personne ne pourrait jamais affirmer avec certitude qu'elles étaient venues ici, surtout qu'Eulalia avait prit la peine de se déguiser afin que les ouvriers qui travaillaient au dépôt ne la reconnaissent. A cause des journaux, son visage était connu et ce n'était pas pour lui plaire...

Elles donnèrent presque tous les vêtements. Eulalia conserva uniquement sa plus belle robe, son manteau le plus chaud et ses bottines vernies des grandes occasion ainsi que quelques sous-vêtements. Sa tante lui avait fait comprendre par le biais d'une brève missive qu'elle se chargeait de lui fournir une garde robe adéquate. Mrs Patterson garda les robes civiles qu'elle possédait et rangea les uniformes de domestiques dans un placard. Les soutanes de Thaddeus furent remisées également. Des vêtements de sa mère, offerts au nécessiteux, la jeune femme avait voulu garder sa robe de mariée...

Le jour du départ, la maison était dépouillée d'un peu moins de la moitié de ses meubles. Le garde-manger avait été vidé, les bibelots sans importance avaient été remisés au grenier. Devant la maison, une splendide voiture décorée du blason des Worlingham les attendait. Mrs Patterson et Eulalia virent des valets charger leurs trois valises, la malle et quelques sacs de moindre importance sur le haut du carrosse. La jeune femme avait finalement emporté une robe de rechange et quelques sous-vêtements en plus de ce qu'elle portait. L'essentiel de son bagage consistait en souvenirs de sa vie passée, comme le tableau que ses parents s'étaient offert peu de temps après sa naissance. Il représentait le jeune couple Grey avec un beau bébé aux yeux d'un bleu changeant, à l'époque bien inconscient des bêtes qui rongeaient ce monde...
Elle avait enfin caché toute l'armurerie de son père dans la grande malle. Elle aurait besoin de s'entraîner pour pouvoir manier la lame antique qui lui était réservée mais lorsque les Vampires attaqueraient, elle serait prête.

Après un dernier regard à sa maison d'où on avait enlevé les symboles du deuil, le véhicule s'élança pour la conduire au manoir de sa marraine, endeuillé lui-aussi sur l'initiative de Lady Worlingham, qui avait bien entamé les préparatifs de la cérémonie funèbre des parents de la jeune fille, qui aurait lieu le lendemain.


[HRP/ Fin du RP, suite à définir ! Désolée de l'attente et de ce post plutôt pauvre, je me rattraperais la prochaine fois ! /HRP]
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Dans le sang et les larmes [Hunters + Aria Hinoi] [11-12/03/42]

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